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d'Uubertsbourg en 1763. Etant retourné à Dresde
avec le prince électoral, il fut nommé professeur de gravure à l'académie de cette ville. Il ne jouit pas longtemps de cette faveur, étant mort l'année suivante, selon Fuêwli, à l'âge de 03 ans, ce qui ne s'accorde pas trop bien avec Dassin et M. Iluber, qui le font naître, le premier en 1728, et l'autre en 1724. Au reste , quoique Camérata ne fût pas sans talents , ses ouvrages n'offrent rien de supérieur ni pour le goût, ni pour la beauté du burin. P — s.
CAMBRER ( JuAN-FatoÉMC ), né â EtUngen en 1720, devint auditeur au service de Danemark, et mourut conseiller de guerre à Woddcr près do Mi derlcben, le 6 novembre 1702. On a de lui, eutre autres écrits . i" Six Lettres sur quelques curiosités du pays de Ilolstein, Leipsick, 1736, in-4"; 2" Mélanges de renseignements historiques et politiques sur quelques contrées remarquables du ScÙeswig et du Ilolstein, Flensbourg et Leipsick, 4738 et 0-L in— 8°. 11 combattit aussi dans plusieurs écrits périodiques cette erreur autrefois accréditée qui veut que les cotes do la Prusse aient été les seules où l'on ait été chercher autrefois l'ambre jaune. Il démonUe qu'on en trouvait aussi sur les eûtes de Schlesvvig ; mais il en exagère la quantité. Z — o.
CAMERINO ( Faaaçois de ), Italien, entra dans l'ordre des frères prêcheurs, et se distingua dans les missions orientales. U se rendit à Avignon en 1333, avec un Anglais nommé Richard, cl fit par t au |>ape Jean XX U du désir que témoignait l'empereur Andronic de se réunir à l'Église romaine. Le pape lit ordonner Camerino archevêque de Vospro, ou du Bosphore. Richard fut aussi sacré évéque in parlibus. L'un et l'autre furent envoyés en qualité de nonces à Constantiuople. Le pape leur remit une instruction pour la réunion .1rs Grecs à l'Église latine, et des lettres adressées à Androuic, à l'impératrice Jeanne, sœur du duc de Savoie, élevée dans la religion catholique, et qui pouvait contribuer à éteindre le schisme; à un Génois, nommé Jean, qui était du conseil de l'empereur ; au patriarche de Constantiuople et à son Eglise : toutes ces lettres sont datées du 4 août 1333. L'année suivante, les deux nonces arrivèrent à Constantiuople. Le patriarche, connaissant l'ignorance de la plupart des évêques grecs qui l'environnaient, et peu exercé lui-même à Part de la parole, n'osait ouvrir av ec les nonces des conférences que le peuple demandait. { Enfin il se décida à consulter FNieéphore Grégoras, qui lit au patriarche et à ses évéques un long discours qu'il n'a pas oublié d'insérer dans son histoire, et dont la conclusion était que, seuls juges de leur doctrine, les Grecs n'avaient pas besoin de disputer avec les Latins sur la procession du St- Fsprlt. Les conférences ne furent donc point ouvertes, et le voyage de Camerino n'eut aucun résultat. V— VE.
CAMER1NUS, poète latin dont les ouvrages ne sont point parvenus jusqu'ànous.ll était contemporain d'Ovide, qui nous apprend seulement que Camcrinus avait composé uu poème sur la guerre de Troie, ( foy. Ovide, ex fon/o. 1. 4, Epist. 16, v. 19.) %.
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CAMERON | Jba.i ), théologien protestant, né à i Glascow en Ecosse, passa en France en 1600, étant alors âgé d'un peu plus de vingt ans. II professa le grec et le latin à Bordeaux et à Bergerac, la philosophie à Sedan, et la théologie à Saumur, où il succéda au fameux Goniar, en 1618. Il retourna en Angleterre en 1620. Ke roi Jacques 1" le nomma principal du collège de Glascow et professeur de théologie. On le payait mal; les puritains le voyaient de mauvais œil ; ces contre-temps l'obligèrent de revenir en France. Appelé en 1624 à Montauban, pour y occuper une chaire de théologie, il y déplut au parti dominant, par son opposition à ceux qui prêchaient la guerre civile. Forcé de se retirer à Moissac pour se soustraire aux mauvais traitements que son esprit pacilique lui avait attirés , il voulut profiter d'un moment tic calme pour revenir à Montauban, où il mourut de chagrin et de langueur en 1625, ou au commencement de 1626, à l'âge de 46 ans. Cameron avait beaucoup d'esprit et de mémoire ; il parlait grec avec facilité ; mais il était peu versé dans la lecture des Pères. Il ne pouvait supporter l'intolérance et le despotisme des principaux ministres de sa secte, prenait à tache de les contredire, se plaignait de ce que la même qualité dont il était revêtu renqiéchait de donner un libre essor à ses sentiments. 11 trouvait beaucoup de choses à réformer dans la nouvelle réforme, et croyait qu'on |>oiivait faire son salut dans l'Église romaine. On assure que ses conversations contribuèrent beaucoup à y faire rentrer la Milletière, son intime ami, qui, peu de temps après sa mort, se lit catholique. Cameron. forma dans l'académie de Saumur un jarli d'opposition à la doctrine rigoureuse du synode de Dordrecht, sur les décrets absolus et particuliers, eu y enseignant une vocation et une grâce universelle offerte a tous les hommes. Cette doctrine, revêtue de diverses circonstances qui la rapprochaient de celle d'Arminius, fut mise dans un beau jour |>ar son disciple Amyrault, adoptée par ses collègues la Place, Cappel, et par les plus habiles théologiens de la réforme, et ..étendit dans toute l'académie de Saumur, (tendant que du Moulin la combattait à la tète de l'a' •■mu- de Sedan, et elle finît par triompher, maigre les censures des synodes, qui n'osèrent jamais la qualilier d'hérétique. On appela universalisles les partisans de cette doctrine, parce qu'elle étendait la miséricorde divine à tout le genre humain ; hypothétiques, parce qu'ils supposaient la foi comme une condition préalable pour avoir part à cette miséricorde. Ce système conciliateur palliait plutôt qu'il ne faisait réellement disparaître ce que la doctrine du rigide calvinisme avait de révoltant, car on y représente Dieu comme désirant le salut de tous, et refusant néanmoins à plusieurs les secours nécessaires pour y parvenir. Cameron est auteur des ouvrages suivants : 1* Prœlectiones theologica, Saumur, 1626-28, 5 vol. in-4*. par les soins de Louis Cappel ; Frédéric Spanheim les fit réimprimer quelques annéesaprès à Genève, 1 vol. in fol., avec une préface de sa façon. 8« Arnica Collalio d«
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gratia el votunlatis humana coneursu invocation*, I.eyde, 1822 : c'est la relation d'une conférence de quatre jours qu'il avait eue avec Tilenus près d'Orléans. 3° Myrothecium evangelievm, publié par Cappel, Genève, 1652; ce sont des remarques savantes et judicieuses sur le Nouveau Testament, qui depuis ont été insérées dans les Critiques d'Angleterre. On a encore de Cameron sept sermons sur le chapitre 6 de l'Evangile selon St. Jean, Saumur, 1624, in-8" ; Drfensio de gratia et libero arbitrio, Saumur, 1621, in-8"; du Souverain juge des controverses en matière de religion, Oxford, 1628, in-4» : ce dernier ouvrage est en anglais, etc. T— o.
CAMERON (Akciiibald), fameux prédicateur écossais sous l'influence duquel une secte se sépara en 1666 de l'église presbytérienne. Les caméroniens, ainsi furent-ils appelés du nom de leur chef, tenaient dans les champs leurs assemblées religieuses; ils adhéraient rigoureusement a la forme du gouvernement républicain établi en 1648, après le meurtre de Charles l". Archihald Caméron, qui ni usait de reconnaître la suprématie de Charles II en tout ce qui concernait la religion, eut recours aux armes pour soutenir ses opinions ; il périt, en 1678, les armes i la main. Ses partisans persistèrent dans leur révolte : réduits en 1690, ils firent une nouvelle tentative près d'Edimbourg en 1709, el furent définitivement dispersés par la force. Depuis cette époque, ils passèrent dans l'église presbytérienne. Waller Scott, dans les Puritains d'Ecosse, a fait connaître le fanatisme farouche de celte secte. D — a— n.
CAMERS ( Jean\ cordelier, est l'un des savants du 18* siècle qui ont le plus coutribué au rétablissement des bonnes éludes. Né à Camerino, en Italie, en 1448, il prit le nom latin de Camers, pour designer sa patrie; car son nom de famille était H ici zzi Vellim. Il fut professeur de phihisophic a Padoue, et provincial de son ordre. Appelé ensuite à l'université de Vienne, il y enseigna pendant vingt-quatre ans la théologie de Scott, et mourut, suivant Locher, en 1556, ou suivant Jacobilli, en 1546, à l'âge de 98 ans. Il |>ossédait a fond la langue grecque, et correspondait en celte langue avec Marc Musurus , archevêque de Malvasia. On connaît peu les autres circonstances de sa vie; mais on lui doit un grand nombre d'éditions d'auteurs classiques, a la plupart desquelles il a joint des notes; les principales sont : Claudicn, Vienne, 1510, in-4»; Denys le géographe, 1512; Flonis et Sextus Rufus, Baie, 1518, in-fol. ; Solin, 1520; Justin, Eutrope, etc. Il a fait encore des tables sur Pline et Pomponius Mêla; des commentaires sur Lucain, sur le Tableau de Cébès, et plusieurs autres ouvrages dont Adclung donne le détail dans son Supplément au Dictionnaire de Jœcher. Les notes de Camers ont été insérées dans le Florus variorum de Blancard, 1690, in-4°; elles sont historiques en général, quelquefois critiques ; il y a fait preuve d'érudition et d'exactitude. Son édition de Claudien est importante, mais elle n'a point de notes, quoiqu'il en promit dans la préface. C. M. P.
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CAMILLA. Foyex Horace.
CA VILLA ( i ycoma-Anto.nia-Veroinese, plus connue sous le nom de), naquit a Venise en 1735, et vint en France avec son père, qui remplit au Tfaéàtre-Italien les rôles de Pantalon. Elle y débuta pour la danse, étant à peine âgée de unit ans, et eut un succès prodigieux. Ce fut à elle que la Comédie-Italienne dut la vogue de ses ballets. Le Tr juillet 1747, elle parut comme actrice dans le canevas des Deux Sœurs rivaU$. Son début n'y fut pas moins heureux ; mais c'était surtout dans Y Enfant d'Arlequin perdu et retrouvé, que Camilla montrait tout le naturel et la sensibilité d'une actrice consommée. On l'admirait également dans la jolie comédie des Tableaux, de Panard. Apres avoir fait pendant assez longtemps les délices du public, elle se retira du théâtre, et mourut à Paris en 4768. Z.
CAMILLE (Marccs Furies Cauillis), d'une antique famille patricienne, ligure sur le premier plan pendant prés de quarante ans dan* l'histoire romaine, depuis l'an de Kome 353 (avant J.-C. 401} jusqu'à l'année 389 (avant J.-C. 366, date de sa mort). Censeur avec M. Postbumius Albinus Regillensis, l'an de Rome 353, il punit d'une amende ou assujettit à un plus fort inqwt les célibataires, et il imposa les orphelins, qui jusqu'alors avaient été exempts de toute contribution. La première de ces dispositions tendait à augmenter la population de la république, la seconde à en accroître les revenu». Il exerça six fois le tribunal militaire, cinq fois la dictature, quatre fois il triompha, mais il ne fut jamais consul. 11 fut pour la première fois créé tribun militaire l'an de Morne 353 ( 401 ans avant J.-C. ), et prit part au long siège de Véies. Trois ans plus tard, il fut revêtu de la même dignité, et marcha contre les Falisques. Devenu censeur, il provoqua une loi qui enjoignait aux célibataires nubiles d'épouser les veuves de ceux qui avaient péri sur le champ de bataille. Les tribuns militaires L- Atilius et Cn. Genucius ayant été battus devant Véies par les Toscans, qui tuèrent ce dernier, et forcèrent son collègue à prendre honteusement la fuite, Camille fut nommé dictateur 1359 de Rome). Il commença par s'engager solennellement à célébrer les grands jeux après la prise de Véies ; ensuite il délit complètement l'armée des Falisques, des Capénatcs et des Toscans. Parvenu sous les murs de cette ville de Véies, assiégée depuis si longtemps, et qui était défendue par une armée entière, Camille lit creuser des galeries souterraines qui aboutissaient à la citadelle, et il parvint, par ce moyen extraordinaire, et dont il est alors question pour la première fois dans l'histoire romaine, à se rendre maître d'une place qui avait bravé pendant dix ans les forces de la république. Le peuple, qui n'avait obtenu qu'une partie du butin, lit entendre des murmures. Ces murmures redoublèrent lorsque l'on vit Camille, vainqueur peu modeste, triompher sur un char superbe, attelé de quatre chevaux blancs, et ayant le visage enluminé de vermillon. Cet ornement (si toutefois c'en était un) était alors réservé aux statue» des dieux, et, depuis l'expulsion des rois, on
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n'attela ii des chevaux blancs qu'au char de Jupiter et à celui d'Apollon. Avant de se livrer ainsi à une vanité ridicule, Camille venait de s'illustrer par un sentiment louable. A l'aspect du sort malheureux de Véies, il avait craint, selon une idée très-répandue chez les anciens, que la cité victorieuse ne fût affligée de quelque grand fléau par des divinités malfaisantes, et avait souhaité que, si ce malheur arrivait, il ne tombât que sur lui seul. Le mécontentement des citoyens fut porté à son comble lorsque le dictateur leur redemanda, alin d'acquitter un va'u qu'il avait fait a Apollon pour le succès de la guerre, la dixième partie de leur part du butin. Après de longs débats, on convint que l'on offrirait au dieu une coupe d'or ; mais l'or était alors fort rare, et les dames romaines furent obligées de porter au trésor public tous leurs bijoux. Le sénat honora leur piété par des distinctions. L'année d'après, Sirinius Dentatus, tribun du peuple, lit la proposition que le peuple allât s'établir à Véies ; mais les sénateurs, et surtout Camille, s'opposèrent avec force h un projet qui ne tendait à rien moins qu'à réduire les forces de l'État en les disséminant. L'année suivante, Camille fut nommé tribun militaire. Il mit le siège devant Faléries, et ce Tut alors que, charnus de sa générosité, les assiégés, qui avaient résolu auparavant de se défendre jusqu'à l'extrémité, se rendirent aux conditions qu'il voulut leur imposer. Un maître d'école avait eu la perfidie de lui livrer les enfants des principaux Falisques confiés â ses soins ; Camille le renvoya dans la ville, dépouillé, les mains liées derrière le dos, et reconduit par les enfants qui le frappaient de verges, ce qu'ils lirent « sans doute de bon cn*ur, » observe naïvement Rollin. Le sénat permit à Camille de disposer du sort des vaincus : il se contenta de leur faire payer la solde due à ses troupes pour cette année ; et m s soldats, qui avaient compté sur le pillage de Paieries, augmentèrent le nombre déjà très-grand de ses ennemis. On reproduisit alors la proposition d'envoyer à Véies la moitié des citoyens, et Camille la lit encore rejeter. Revêtu quelque temps de la dignité d't'ntm-oi, il fut en butte à toutes les persécutions de la haine. Le tribun du peuple Lucius Apuléius l'accusa d'avoir détourné une partie du butin. Camille pressentit qu'il serait condamné, et s'exila volontairement, quoique ses amis lui promissent de payer les 15,000 livres de cuivre qu'on lui demandait. Ce qui jette un grand nuage sur sa vertu, c'est que ces mêmes amis partagèrent l'opinion générale, et lui déclarèrent qu'ils ne pourraient s'empêcher de concourir à sa condamnation. Elle fut prononcée en sou absence. On dit que, moins généreux qu'Aristide cn mie circonstance semblable, il demanda aux dieux d'obliger bientôt son ingrate patrie à le regretter. Si le fait est vrai, sa prière ne tarda pas à être exaucée. Brennus, à la tête d'une armée de Gaulois, battit les Romains, et s'em|ura même de Rome, à l'exception du Capitole. ( Voy. BbKNROS.) Camille habitait alors Ardée depuis deux ans ; toujours animé de cet amour pour la patrie, qui fut une des principales causes des succès des
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Romains, M engagea les Ardéatcs * fermer leurs portes aux Gaulois. II lu plus : les vainqueurs de Rome, méprisant les habitants d'une petite cité, vinrent camper sous les murs d'Ardée sans observer aucune discipline, Camille les attaqua et les délit. Les Romains, qui, après la funeste journée d'Allia, «'étaient retirés à Véies, prièrent Camille de se mettre à leur tète ; mais, soit par respect pour les lois, soit pour mieux faire sentir aux Romains que leur principal espoir était désormais en un proscrit, Camille ne voulut accepter le commandement qu'autant que le peuple, assemblé par curies, le lui décernerait, et, par le mot de peuple, il entendait les défenseurs du Capitole. Pondus Cominius, jeune plébéien, eut le courage de se charger du message, et le bonheur de réussir. Camille, investi du pouvoir suprême, en qualité de dictateur, d'après des suffrages unanimes, se vit bientôt à la tête de 40,000 hommes. Un assaut du Capitule, tenté par les Gaulois, ne réus>it pas (voy. Manlils) ; cependant, lorsque Camille prenait des mesures pour délivrer les assiégés, ceux-ci, pressés par la famine, conclurent par l'entremise du tribun militaire Sulpicius un traité avec les Gaidois, qui consentirait à se retirer en recevant 1,000 livres d'or. ( Voy. Bren- M's. ) Tandis que le chef des Gaulois se servait de faux poids, et joignait l'insulte à la fraude, le dictateur survint, et annula le traité : « C'est par le fer, « dit-il, non par l'or, que Rome doit être rachetée. » 11 fallut alors en venir aux mains : les Gaulois battus quittèrent leur camp pendant la nuit. Le lendemain, Camille, qui s'était rois à leur poursuite, les atteignit près de Gabies, à huit milles de Hume, et remporta sur eux la victoire la plus complète. Aucun n'échappa an massacre, et Camille rentra triomphant dans la ville, au milieu des [acclamations du
Keuple et des soldats, qui lui donnaient les noms de oinulus, de père de la patrie, et île second fondateur de Rome. Tel est en substance le récit que nous offrent Tite-Live et Plutarquc ; mais est-il vraisemblable que lors de la capitulation faite entre Sulpiciuset lcsGaulois, Camille soit arrivé tout a coup \xnir en arrêter l'exécution? Comment surtout les Gaulois, toujours si redoutables aux Romains, se sont-ils laissé égorger comme des troupeaux timides dans deux combats successifs? Les Gaulois ont pris Borne, puis m; sont retirés par capitulation et en recevant une rançon : voilà ce que nous dit Polybc, cet historien grave et judicieux, bien plus voisin d'ailleurs de l'événement «pie Tite-Live. Son témoignage est confirmé par celui de Suétone, d'après lequel, bien des siècles après, Drusus retrouva et reconquit chez les Gaulois la rançon de Rome. B est évident d'ailleurs que les Gaidois ne furent de longtemps chassés de l'Italie centrale. Tite-Live lui-même nous les montre toujours campés à Tibur qu'il appelle le foyer de la guerre des Gaulois ( Arcem gallici btlli). L'intervention de Camille parait donc être ici une fable imaginée j»ar les patriciens, qui furent longtemps les seuls dépositaires des traditions historiques; ils voulaient montrer la vengeance céleste armée contre les plébéiens , quand ils avaient eu
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l'insolence d'offenser un membre de l'ordre sénatorial C'était pour venger l'exil de Camille que les dieux avaient amené les Gaulois à Rome , et Us ne devaient permettre qu'au seul Camille de cltasser ces terribles ennemis. Des prodiges avaient précédé sa condamnation : le plus grand avait été une voix, qui dans la rue Neuve s'était fait entendre a Marcus Cidilius, homme d'une probité rcconuuc , cl lui avait annoncé la prochaine arrivée des Gaulois. — L'histoire, après la retraite de Brcnnus, contiuue de rassembler le merveilleux sur la personne du Camille. Par lui Home était tout : sans lui Borne n'était plus rien. Après avoir délivré la république par les armes , il la sauva |iar la prudence en calmant les émotions populaires. Rome, délivrée des Gau* luis, n'était toutefois qu'un monceau de ruines, et les tribunscurent plus d'op|iorluuité que jamaU de renouveler leur projtosilion d'habiter Yéies. Us cherchèrent même à faire craimireau peuple que Camille, ayant reçu le surnom de Bomulus, ne cherchât à se faire roi ; mais le sénat combattit leurs efforts, et Camille conserva la dictature. Un jour que le peuple était assemblé, on entendit un centurion dire à un de ses soldats : u C'est ici qu'il faut planter votre enseigne. » Camille lit passer ce mot pour un augure, et détermina enfin les Romains a ne point quitter la ville à qui l'empire du monde avait été promis. Borne fut rebâtie, et Camille eut soin qu'on élevât un temple a un dieu inconnu, dont la voix prophétique avait, disait-on, annoncé l'arrivée des Gaulois. Les peuples voisins de Rome entrent que le moment était venu où ils pouvaient l'attaquer avec avantage. En conséquence, les Equcs, les Volsques, les Étrusques, et même les Latins et les Hcrniques, fidèles à la république (an de Rome 360), se liguèrent contre elle. Camille, nommé pour la troisième fois dictateur depuis la bataille de Rhégille, c'est-à-dire depuis plus d'un siècle^ arma jusqu'aux vieillards, et marcha au secours des tribuns militaires bloqués par les ennemis. A son ai rivée, ceux-ci se retranchèrent; mais il mit le feu à leur camp, et abandonna ensuite à ses soldats le butin qu'ils furent obligés d'arracher aux flammes. Us furent sensibles à une libéralité a laquelle ils ne s'attctulaieul pas. Camille prit ensuite la ville de Bole, capitale des Equcs, soumit les Volsques, et força les Toscaas d'abandonner Sutrie, ville alliée de Rome. U triompha alors pour la troisième fois, et, sur le butin qui fut considérable, rendit aux daines romaines ce mi ellés avaient donné pour acquitter son vœu. Camille, parvenu à ce haut degré de gloire, abdiqua la dictature cl rentra sans peina dans la classe des simples citoyens. Dans la suite, l'agression des Antiates le fit nommer l'un des tribuns militaires, et ses cinq collègues lui déférèrent le commandement suprême, de sorte qu'il redevint par le fait dictateur, quoiqu'il n'eu eût pas le titro. Dans un moment où les soldats paraissaient elTrayés du grand nombre de troupes qu'ils avaient a combattre, il les mcua lui-même au combat, et jeta un drapeau au milieu des ennemis. Camille termina la campagne en faisant sentir la sévérité de la vengeance des Romains à. quelques villes alliées qui avaient pris parti
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contre eux. 11 fut ensuite en butte A lu jalousie rie Manlius, qui ne pouvait consentir A se voir éclipsé par lui. Le sénat, alarmé des projets de cet ambitieux, créa pour la cinquième rois Camille tribun militaire (au de Rome 571 ). Manlius périt, et le peuple, qui avait d'abord applaudi à son supplice, ne manqua pas ensuite de le regretter. ( Foy. Mani.Iis) Il fut résolu qu'on attaquerait les Prénestins, alliés des Volsques. et Camille allégua vainement son grand âge pour se dispenser de paraître à la téte des armées; le peuple lui répondit que sa seule présence serait le gage de la victoire. Il marcha donc ; mais voyant que les ennemis étaient plus nombreux que ses soldats, il agit avec circonspection, et parut vouloir éviter le combat. L. Fnrius, jeune bomme que le sort lui avait donné |huir collègue dans le commandement, le pressa de marcher à l'ennemi ; mais tout ce qu'il put obtenir de Camille, ce Hit de le laisser lui-même livrer la bataille, tandis que Camille, fameux par tant «le victoires, se borna a commander un corps de réserve. L'Inconsidéré Furiu>, entraîné dans une embuscade, vil ses troupes mises en désordre ; Camille alors parut, adressa aux soldats des reproches mérités, et força l'ennemi â se retirer. 1* lendemain il attaqua lui-même les Volsqucs : Furius eut la gloire de réparer sa faute en secondant dignement Camille, et en contribuant A sa victoire. On s'attendait que Camille se plaindrait au sénat de son collègue; mais il ne parla que contre les Tusculans. Il fut chargé de marcher contre eux, et on lui laissa le choix de son collègue pour cette nouvelle expédition . Chacun des tribuns militaires briguait cet honneur : Camille choisit Furius. Les Tusculans le fléchirent en ne lui opposant aucune résistance, et mn sixième tribunal militaire fut surtout célèbre par un mut^s qui ne conta de sang ni aux Homains, ni au peuple auquel ils rendirent leur amitié. Cependant une révolution fermentait dans l'intérieur : les plébéiens réagissaient contre le |>ouvoir et les privilèges du palriciut. Les citoyens de la sixième classe du peuple (les prolétaires) , las d'être aussi pauvres, écrasés et exploités jwr les riches, voulant enlin «ne part du bien-être positif, demandèrent 17xi«fenr« matérielle : les plébéiens plus aisés et plus éclairés, comprenant leurs droits et sentant qu'ils pouvaient aiusi peser dans la balance , demandèrent Y existence poHUqnt, et à parvenir comme les patriciens aux premières dignités de l'Etat. De là l'origine de cette aristocratie plébéienne , qui finit par se confondre arec l'aristocratie patricienne dont clic prit les passions et les intérêts , sans que ce qui restait peuple s'en trouvât mieux. Mais alors les patriciens, épouvantés d'entendre proclamer que les dignités A les biens devaient être également la récompense du mérite , sans distinction de naissance et de richesse, craignant en outre de se voir envahis dans ce qu'ils appelaient leurs propriétés et leurs droits politiques , cherchèrent leur salut dans de fréquentes dictatures, et nommèrent pour la quatrième fois Camille a cette dignité (an de Rome 38Gj. Les troubles excités par Ucinius cl Sextius, tribuns du peu-
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pie, agitant alors la cité, Camille accepta en considération dit bien public, mais avec répugnance, une autorité qu'il allait déployer contre des Romains, et non contre des ennemis. Les tribuns lui opposèrent une vive résistance, et le menacèrent de le faire condamner à une amende de 5,000 dragmes lorsqu'il cesserait d'être en fonctions. Soit qu'il se ressouvint de son exil, et craignit d'éprouver une seconde fois l'inconstance des jugements populaires, soit, comme l'assure Tite-Livc, que. s'étant toujours montré trèsreligieux, il ne crût pas |»uvoir rester en charge, parce que, lors de sa nomination, H y avait eu un défaut dans la manière de prendre les auspices, il abdiqua, et on lui nomma un successeur. Camille était parvenu à l'Age de quatre-vingts ans, lorsqu'on apprit qu'une armée formidable de Gaulois marchait vers Rome (an 587). Le sénat et le peuple, réunis par l'approche du danger, tournèrent encore une fois leurs regards vers celui qui lesavait préservés d'un péril semblable, et la dictature fut, pour la cinquième fois, décernée à Camille. Malgré les glaces de l'âge, il se hâta de marcher aux ennemis, déjà parvenus aux bords de l'Anio. Prolitant habilement de leur sécurité et de leur défaut de discipline, il les tailla en pièces, si l'on en croit les mêmes historiens si prodigues du sang des ennemis de Rome. Yélilres se soumit ensuite au dictateur, qui, cette fois encore, obtint le triomphe. Les troubles recommencèrent, et les |»alriciens l'ayant engagé à ne pas abdiquer, il fut exposé aux insultes des tribuns, lu de leurs officiers osa même porter la main sur lui. Camille parvint à calmer l'effervescence populaire. 11 avait auparavant fait vœu de bâtir un temple A la Coucorde, lorsque les troubles seraient a|>aisés. On célébra les grands jeux, pour remercier les dieux du retour du calme, et le temple voté par Camille fut bâti auprès du Cupitole. Vainqueur des ennemis, et pacilicateur de ses concitoyens, Camille abdiqua la dictature, pour passer dans un repos qu'il avait si bien mérité, le peu de temps qu'il avait encore à vivre. L an 389 de Rome, 360 ans avant J.-C, la peste désola Rome, et la plus illustre victime de ce fléau fut Camille. Il fut pleuré de toute la république, cl laissa des descendants qui soutinrent pendant quelque temps la gloire de son nom. Dans la suite, les hommes de sa famille tombèrent dans l'obscurité jusqu'au règne de Tibère; mais les femmes en furent longtemps recommandables par leurs ver» tus, ce qui est constaté par plusieurs passages d'une lettre de St. Jérôme à une dame de la famille Furia, digne héritière de cet illustre nom. (Foy. Plutarque, Aurel. Victor elFlorua.) D— T.
CAMILLE ( Finies), étant proconsul d'Afrique sous le régne de Tibère, marcha contre Tacfarinas, qui commandait une troupe considérable de Numides et de Mores qu'il avait fait révolter contre les Romains. A la téte d'une seule légion et d'un petit corps d'auxiliaires, il défit en bataille rangée l'ennemi, dont les forces étaient très-supérieures. Il passait auparavant pour un novice dans l'art de la guerre. Tibère n'en fut que plus porté A relever sa gloire devant le sénat. Cette compagnie lui décerna
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les ornements du triomphe. Camille, par sa modestie, se lit pardonner cet honneur. Q— R— y.
CAMILLE Voyex Sciubo.niasls.
CAMILLE DE LLLL1S. Voyes Lellis.
CAMILLI (Camillo), poète italien, naquit à Sienne dans le 16« siècle, et se lit connaître par les ouvrages suivants : 1° un recueil d'épilhétes dans la belle édition de VOrlando furioso de Venise, 1581, in-4". 2° Cinq chants pour servir de conlinualion à la Gerusalemme liberata du Tasse, dans l'édition de Ferrarc, 1385, in-12, et dans plusieurs éditions subséquentes : ils avaient paru à part à Venise, in-4©. y Imprese illustri di dicersi, con discorti, Venise, 1580, 2 t. in-4°; les figures sont de Porro. 4° Le Epistole di Ovidio tradolte in terza rima, Venise, 1587, in-12. 5- Une édition augmentée du Vocabolario de las do$ lenguas toscana y caslellana, ibid., 1501, in-8c. C. T — t.
CAMILLO (Jules ), surnommé Delminio, d'une ville de Dalmatie, dont sa famille était originaire, naquit dans le Frioul vers 1479. Après avoir terminé ses études, il enseigna la logique à Bologne avec quelque réputation. Il vint ensuite en France, où il présenta à François l'r un meuble divisé en un grand nombre de tiroirs, chacun desquels ren fermait une régie de l'éloquence, avec les passages de Cicéron, de Quintilicn et des autres rhéteurs qui y avaient rapport. François l** loua cette invention plus bizarre qu'utile, et qui prouvait plus de patience que de goût, l'exhorta à continuer ce travail, et lui donna 500 ducats pour l'y engager. Camillo, dit-on, était plus versé dans les langues orientales que dans la langue grecque, cl avait plus étudié les prétendues sciences cabalistiques qu'il ne convient à un homme raisonnable. Il ne manquait cependant pas de talent. Le Ghilini assure que ses productions en vers et en prose peuvent aller de pair avec celles des plus fameux écrivains. Le Crcscimbeni n'en parle pas si avantageusement, et il prétend que Camillo était plus propre à enseigner les préceptes de l'art d'écrire qu'a les mettre lui-même en pratique. Ses œuvres, en prose et en vers, recueillies par Thomas Porcacchi, ont été imprimées a Venise, 1552, 1579, 1581 et 1581, in-12 ; mais ce volume ne renferme pas tous les écrits de Camillo. On cite encore de lut : 1* Due Tratlati : Cuno délie materie ehe postono venir $ollo lo $(ile dell' éloquente; l'altro délia imiiaxione, Venise, 1511, in-4"; 2* le Idée overo forme délia oraxione da Ermogene considerale e ridolte in lingua italiana, Ldine, 1594, in-4°; 5* Artificio dello scrirere, e giudicare le ben seritte oraxioni, Venise, 1602, in-l»; 4° Modo di ben orare, e drl eompor le oraxioni, etc., Venise, 1608, in 4' ; 5» Idea det thealro, Florence, 1550, in-4*. Les poésie* latines de Camillo se trouvent dans les Deliciœ Poelarum llalorum. Il mourut vers 4550, âge de 71 ans. W— s.
CAM1L0 (Fhançois), peintre, né vers 1610, à Madrid, était lils de Dominique Camilo, Florentin, que ses affaires avaient conduit en Espagne, où il se maria. Dominique, sur lequel d'ailleurs on n'a aucun rcuseignement, cultivait ou du moins aimait
les arts, puisqu'il s'était lié très-étroitement avec Las Cuevas, l'un des plus liabiles peintres de l'Espagne. ( Voy. Cuevas. ) H mourut laissant son fils au berceau , et peu de temps après sa veuve épousa Las Cuevas, qui, déjà sur le retour de l'âge, ne contracta vraisemblablement ce mariage que pour assurer une existence à la famille de son ami. Le
jeune François profita si bien des leçons de son beau-pére, qu'à dix-huit ans il peignit un tableau représentant St. François de Borgia donnant la bénédiction du saint sacrement, qui aurait fait honneur à un artiste consommé. Sa réputation s'accrut de jour en jour ; et quoiqu'il fût très- laborieux, il pouvait à peine suffire aux nombreuses demandes des amateurs. Chargé par le comte d'Olivarès de décorer le palais du Buen Reliro, il y peignit quatorze fresques dont les sujets étaient tirés des Métamorphoses d'Ovide. Quilliet parle avec éloge de ces fresques dans son Dictionnaire des peintres espagnols ; mais Velasco dit que cet artiste était si pieux que Jupiter prenait sous son pinceau les traits de Jésus-Christ, et Junon ceux de la Vierge. (Ft'rfa* de pintores, p. 109. ) On peut en conclure que les sujets mytltologiques ne convenaient pas à son talent. Parmi les chefs-d'œuvre de Camilo nous nous contenterons de citer Sle. Marie Egyptienne et la Communion de Soxime, à Alcala de Hénarès; St. Chartes Borromée, l'une des plus vastes compositions de Camilo, à Salamanque ; une Descente de croix, à Ségovie ; deux tableaux tirés de la vie de Ste. Léocadie, à Tolède ; et enfin une Vierge de Belem. à Madrid. Camilo joint au mérite d'une couleur excellente une grande correction de dessin ; mais on lui reproche d'avoir sacrifié au mauvais goût de son temps, en s'éloignant des belles formes antiques. Il mourut à Madrid, en 1671. Le plus célèbre de ses élèves est Franc. Ignacio. W — s.
CAMUS ADE ( Marc-Alexandre ), grammairien, né à Paris, le 27 février 1746, mort dans un âge avancé, vers 1830, a publié: 1« Premiers Eléments de ta langue française, ou Grammaire usuelle et complète, Paris, 1779, in-8" ; 4* édition, 1814; 2° le même ouvrage abrégé, 1800, in-12; 4* édition, 1814; 3* Petite Grammaire des enfants, Paris, 1801, in-12; 4" tes Participes français pour tous ceux qui se sont fait une loi de parler et d écrire correctement, Paris, 1806, in-8*. Z.
CAMINATZIN, neveu de Montezuma, empereur
' du Mexique, était souverain de Texcuco, qu'il tenait comme fief de l'empire. Indigné de voir sa
j patrie sous le joug de Cortez et d'une poignée d'Es-
j pagnols, il voulut en devenir le libérateur, et, par là, se rendre encore plus digne d'une couronne à laquelle son rang et son courage lui donnaient des
j droits après la mort de Montezuma. Ayant disposé les esprits à la révolte, il rassembla ses amis et ses vassaux dans le dessein de prendre les armes et de se mettre à leur tête ; mais ce complot fut découvert ; Cortez gagna les officiers de Caminatzin, qui fut arrêté et conduit prisonnier au général espagnol. Montezuma, qui était sous l'entière dépendance de Cortez, déclara son neveu coupable de
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trahison, et le déposa. Les Mexicains, «'étant ensuite révoltés, rendirent la liberté à Caminatzin. Ce jeune prince combattit longtemps avec courage, et périt les armes à la main au siège de Mexico, en 1521. B-p.
CAMINER (Dominique), historien, né a Venise en 1651, fut un des collaborateurs de Jérôme Zanetli, qui publiait alors un journal sous ce litre : il Nuovo Poetiglione. Bientôt il en établit un autre intitulé : l'Bvropa leiteraria, dont il a donné 58 vol. de 4768 à 1774. A cette époque, il en changea le plan et le fît paraître sous le titre de Giornate eneidopedico ; nuis il en abandonna la direction à sa Hlle Elisabeth Garni ner (voy. l'article suivant ) en 1777, s'étant ciiargé de continuer la publication de la Storia dell'antw, résumé des principales feuilles publiques, dont il a rédigé plus de 50 vol. in-8*. Cet infatigable écrivain mourut la même année que sa fille, le 5 novembre 1796, à Sant-Angtolo, où il s'était retiré i l'approche des armées françaises. Caminer a continué le Tableau de la révolution dei coloniet anglaises de l'Amérique septentrionale (voy. Ravnal), et a publié un grand nombre d'opuscules peu recherchés aujourd'hui. Ses principaux ouvrages sont : 1° Sioria délia guerra Irà la Prussia c la Porta Ollomana ; 2» Storia délia guerra per la successione degti ttati di Baviera ; 5* Yita di Frederick II. 5 vol. ; A" Sioria del regno di Corsiea. L'article de Caminer, dans la Letteratura Venesiana du P. Moschini, t. 4, p. 121, manque d'ordre et d'ailleurs est très-incomplet. W — s.
CAMINER (Elisabeth), tille du précédent, naquit à Venise en 1751. Dca son enfance elle montra le goût le plus vif pour l'étude ; elle employait a la lecture tous les moments qu'elle pouvait dérober aux occupations ordinaires de son sexe. Son pére, voyant ses heureuses dispositions, ne négligea rien pour les développer ; et, dés qu'elle fut en âge de lui rendre quelques services, il la chargea de mettre au net ses manuscrits et de classer sa correspondance. Dans les loisirs que lui laissait ce travail, elle apprit les langues étrangères. A dix-huit ans, elle traduisit en italien l'Honnête criminel, drame de Fenouillot de Falbaire {voy. Falbairb), qui fut représenté dans les principales villes d'Italie : c'était son premier ouvrage. L'extrême bienveillance que lui témoigna le public fut pour elle un encouragement , et depuis il ne parut pas sur les théâtres de Paris, de Londres ou d'Allemagne une seule pièce remarquable qu'elle ne s'empressât d'en offrir la traduction à ses compatriotes. En 1771, elle épousa le docteur Turra de Vicence ; et, quoiqu'elle eut suivi son mari dans cette ville, lorsque son père, à raison de ses vastes travaux littéraires (1), fut forcé de quitter la rédaction du Giornate eneidopedico, elle le continua du 82* an 255' volume. Malgré ses occupations, Élisabeth s'était chargée de donner
(I) M. VilinL (Uu son article Cahmik de sa Biograp* tuùtersale, t. y. p. <»S, dit qu'Elisabeth ne reprll \t direction de ce journal qu'après U mort de MB père ; mais c'est ope erreur, puisque, comme on l'a vu, Dominique Osmim n'est nurt qu'en 171», quel-
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des leçons de déclamation à quelques jeunes gens. Elle avait fait construire, pour exercer ses élèves, un petit théâtre qui n'était fréquenté qde par une société choisie. Un soir que, fatiguée, elle entrait dans une chambre voisine du théâtre pour s'y reposer, un soldat ivre, qui ne la connaissait pas, voulut l'arrêter, et lui donna un coup de poing dans l'estomac. Cet accident lui occasionna une maladie dont elle mourut en 1706, à 45 ans, vivement regrettée de tous les amis des lettres. Elle entretenait une correspondance suivie avec la plupart des auteurs dramatiques de l'Europe. Parmi ses compatriotes, elle avait pour anus Albergati-Capacelli, avec qui, disait-on, elle avait dû se marier ; les abbés Fortis et Bertola, Fr. Grilli, le célèbre Cari Gozzi, etc. Elle a laissé un grand nombre d'ouvrages. Outre ses Roccolte di tomposiiioni teatrali, traduite, Venise, 1772, 74, 76, en 2i> vol. in-8", on lui doit des traductions des œuvres de Slwkspeare, eu prose ; du Tableau de l'histoire moderne de Mehegan ; des Contes moraux de Marmontel ; de t'A mi det enfante de Berquin, et des œuvres pastorales de Gesner. Cette dernière traduction est excellente ; elle a été réimprimée plusieurs fois. Le P. Moschini promettait, en 1818, une biographie spéciale de rctte femme distinguée, et il avait déjà recueilli des matériaux pour cet ouvrage. ( Foy. la Letteratura Venexiana del secolo 18, t. 4, p. 125. ) W— s.
C AMI Ml A ( Pkdho-Andrade ), poète, né à Lisbonne, d'une famille illustre, au commencement du 16* siècle, était à la cour de Portugal dans une position élevée, et entretenait des liaisons avec les personnages les plus distingués. Lorsque le roi Sébastien partit pour l'Afrique, il recommanda ce poète à celui qui devait lui succéder au trône. L'existence de Caminha finît en 1589, sans avoir rien offert de mémorable. Sa réputation ne demeura longtemps fondée que sur quelques fragments de poésie peu considérables. U y a peu d'années, on a découvert deux manuscrite de ce poète, l'un chez le duc de Cadaval, l'autre dans un couvent de Lisbonne. C'est d'après ces manuscrite qu'on a publié le recueil complet de ses œuvres sous ce titre : Poetiat de Pedro-Andrade de Caminha. On y trouve toute sorte de pièces, des églogues, des pastorales, des épilaphes, etc. De la finesse, de la gr&ee, de l'élégance, de riiarmonie : voila les qualités de ces poésies diverses ; mais point d'âme, de clialeur, ni de sensibilité. Caminlia est un versificateur liabile, mais il n'est pas poète. On sent en lui un homme de cour qui loue sans cesse, parce qu'il veut plaire. Voici pourtant un morceau qui ne manque pas d'une certaine sensibilité ; mais l'auteur en a trop peu écrit sur ce ton. Un berger reproche i une bergère son indifférence et son égoïsme. « Les nym- « phes de ces bocages solitaires te désirent et t'attenc dent ; leurs mains sont prêtes à l'offrir des pre- « sente destinés à toi seule. — Les fontaines et les « ruisseaux laissent couler pour toi des ondes plus « abondantes ; mais c'est la que, dans la solitude, * tu te plais avec toi seule. — Les humides vallées I « et les collines se couvrent de mille fleurs; mais
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« tu n'aimes que loi — C'est pour toi que chantent « tant de bergers dont l'amour anime la voix et le « chalumeau : mais tes amours à toi, c'est loi- « même. » Pour dernière citation, nous offrirons au lecteur cette epilaphe d'un Portugais qui avait fait naufrage : « Toi qui passes, contemple ce tombeau I « Il est orné de palmes ; on y voit aussi le lierre et « le laurier ; mais il est vide : ainsi l'a voulu le « sort. Le corps de Jean Lopez devait y reposer, et « ce corps est dans l'Océan. Son âme fut pure ; elle « s'éleva vers les deux ; elle y attend sa dépouille « mortelle. » Les épitaphes de Camiuha sont, au jugement d'un hommo savant dans la littérature portugaise (M. Ferdinand Denis), le genre d'ouvrage où il a déployé le plus de talent et où il a exprimé ses idées avec le plus de grâce et de bonheur. 11 est dit, dans la Bibliotheca Lunitana de Diégue Harbosa, que Caminha avait compose un poSnw burlesque ayant pour titre Nigralamio. On ne sait ce qu'il est devenu. F — A.
CAMINO (Diaqiin de), souverain de Trévise, d'une famille noble du parti guelfe, et qui avait acquis la souveraineté au commencement du 13* siècle. Il était contemporain du féroce Ezzclin da Romano, et comltattil contre lui pendant toute la durée du règne de Frédéric II. Albéric, frère d'Ezzclin, lui enleva Trévise, et en conserva la souveraineté jusqu'en 1260 ; mais à la chute de la maison de Romano, relie de Camino recouvra la souveraineté de Trévise. Ghérard de Camino fut choisi, en 1201, parle marquis Azzo d'Esté, comme le plus distingué parmi les seigneurs lombards du parti guelfe, et c'est de lui qu'il voulut recevoir les ordres de chevalerie. — Richard de Camino, qui lui succéda, et qui réunissait les seigneuries de Trévise, Feltrc et llellune, fut tué en 151*2 par un paysan qui l'altai|ua avec une serpe, et qui fut immédiatement après mis en pièces par les gardes de ce seigneur, sans qu'on piU découvrir quel motif l'avait poussé à cet attentat. — Guccello de Camino succéda a son frére, et fut le dernier prince de celte maison, dépouillée de sa souveraineté en 1329 par Cane de la Scala. La petite cour des seigneurs de Camino est remarquable pour avoir été de bonne heure l'asile des poêles et des troubadours provençaux, qui étaient honorés en Lombardie avant que la nation italienne ertt elle-même une langue poétique et des hommes capables d'en tirer parti. S — S — i.
CAM MA, veuve de SinatUs, était célèbre par sa beauté : la Galatie lui avait donné le jour. Sinorix, qui habitait ce pays, éiant devenu éperdument amoureux d'elle, avait fait périr secrètement son mari. Camma n'ignorait pas ce lâche assassinat ; mais elle dissimulait son ressentiment. Sinorix eut recours aux prières et aux menaces pour obtenir la main de Camma; celle-ci, craignant que cet imprudent, égaré par sa passion, ne se livrât à quelque acte de violence, feignit de consentir a l'union qu'il sollicitait avec tant d'ardeur. Comme elle était attachée au culte de Diane, elle l'attira en secret dans le temple de cette déesse, sous prétexte de rendre plus solennelle l'union projetée. Camma, après avoir
prononcé les paroles et fait le serment qui étaient en usage dans les sacrifices, prend en main le vase qu'elle avait rempli de poison, et, ayant avalé une |tartic du fatal breuvage, elle présente la coupe à Sinorix, qui boit le | oison qui lui est offert. Camma ne ]>ouvant alors dissimuler sa joie : « Je meurs « contente, s ecria-t-elle ; mon époux est vengé l » ( Yoy. f'lutarque, de Virtutc muHerum; et Polyen, 1. 8, ch. 59. ) — Ce trait Historique a fourni à Thomas Corneille le sujet de sa tragédie de Camma, reine de Galatie, représentée en 1661. Jean de Hays en avait déjà composé une, en 1378, sur le même sujet ; elle est remarquable par sa division en 7 actes. B — bs.
CAMMA. Voyez Dcpcv PC Greï.
CAMO ( Pierre), marchand, l'un des sept troubadours toulousains, fondateurs de l'académie des Jeux floraux (I), qui s'assemblaient, au commencement du 14e siècle, dans un jardin du faubourg des Augustines, hors de la porte st-Éticnne, et prenaient le titre de la gaie compagnie des sept troubadours de Toulouse (fa tubregaïa eompanhia dtU 7 trobadw .< de Thuiota). En 1385, ils conçurent le dessein d'encourager la culture des lettres dans le midi de la France, en proposant des prix aux poêles languedociens. Ils leur adressèrent, au mois de novembre, une lettre circulaire, écrite en vers, et les invitèrent A se trouver à Toulouse le premier jour du mois de mai, pour y faire la lecture de leurs ouvrages. Us promettaient de donner une violette d'or à celui qui aurait le mieux traité un sujet pieux en l'honneur de Dieu, de la Vierge ou des saints. L'ouverture de ce premier concours littéraire connu attira un grand nombre de candidats. Les sept troubadours, réunis dans leur jardin, le I" mai 1524, avec les capilouls et les principaux l>er$onnagcs de la ville, écoutèrent les lectures faites par les poètes ; le lendemain ils examinèrent les ouvrages soumis i leur décision, et le 5, ils adjugèrent le prix S M" Arnaud Vidal deCastelnaudari, pour un poème composé en l'honneur de la Vierge. ( Yoy. Vidal. ) Ce prix était une violette d'or, qui est appelée, dans l'ancien registre de l'académie, la joie de la violette (la joya de la violetta). La solennité de celle fêle inspira aux magistrats le désir de la voir se renouveler pour la gloire des lettres et de leur patrie, et ils arrêtèrent que la violette d'or serait distribuée a pareil jour tous les ans, aux frais des deniers publics. Les sept troubadours, qui avaient un chancelier chargé de sceller les délibéra4 lions et les différentes lettres accordées par la gaie compagnie, dressèrent pour leur académie des statuts qui furent écrits en languedocien, sous le titre singulier de Loix d'amour. Ils sont conservés a l'hôtel de ville de Toulouse dans un registre couvert de velours vert. On y trouve des règles pour la
(l) l.p< noms des oit autre* sont : Bernai «le Panawae, daronl-
aeau (rfomr/) ; Gmllrin de l.obra, h nirproi* {bo*rg*t\} ; Borenisuier de Sanl-l'Uncal, payeur on banquier [ramUnirr'i ; tYvre rie Jdejanavrrj , ld. ; Caille» de Gontjul, marchand ( mtmtHtr ) ; et Reniai OUi. (rr*fu>r de la eonr do Ylgirr iir tari Ht '« cvrl âti Vtftier 44 Telvtë) »'«■». les re*>trr-. de I aradenie.
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poésie qui ne furent connues des poêles français que vers la lin du 16' siècle. On voit dans cet ancien registre qu'en 1355 les sept troubadours prirent le litre de mainteneurs ; que les capilouls ajoutèrent à la violette d'or une églanline et un souci d'argent ; que le souci était appelé la joye , et l'académie les Jeux d'amour; que les sept troubadours dont elle était composée créaient docleuri ou mai- Ires en la gaie science et en rhétorique ceux qui avaient remporté les trois principales Ileurs ; que les lettres de bachelier et de docteur étaient expédiées en vers, etc., etc. Lu 1556. les sept troult»dours transférèrent le lieu de leurs séances à l'hotcl de ville ou Capitole. Cette académie, qu'on appelait alors Collège de rhétorique, devint bientôt »i célèbre, qu'en ISHI. Jean, roi d'Aragon, lit demander par des ambassadeurs au roi de France Charles V l'envoi de quelques poêles toulousains pour établir la gaye science dans ses Étals. ( Voy. Clémence Isauue. ) V— VE.
CAHOENS ( Lotis), le plus célèbre des poêles portugais, naquit à Lisbonne en 1517. Son père était" d'une famille noble, et sa mère de l'illustre maison de Sa. Il fit ses études à Coiinbrc. Les hommes qui dirigeaient l'éducation dans celte ville n'estimaient en littérature que l'imitation des anciens. Le génie de Camoêns était inspiré par l'histoire de son pays et les mœurs de son siècle; ses poésies lyriques surtout appartiennent, comme les œuvres du Dante, de Pétrarque, de l'Ariostc et du Tasse, à la littérature renouvelée par le christianisme et à l'esprit chevaleresque, plutôt qu'a la littérature purement classique : c'est pourquoi les | artisans de cette dernière, très-nombreux du temps de Camoêns, n'applaudirent point à ses premiers pas dans la carrière. Après avoir fini ses études, il revint à Lisbonne ; Cadicrine d'Altayde, dame du palais, lui inspira l'amour le plus vif. Ijcs passions ardentes sont souvent réunies aux grands talents naturels. La vie de Camoêns fut tour à tour consumée par ses sentiments et par son génie. Il fut exilé à Santarem, à cause des querelles que lui attira son attachement pour Catherine. Là, dans sa retraite, il composa des poésies détachées qui exprimaient l'état de son Ame, et l'on peut suivre le cours de son histoire par les différents genres d'impressions qui se peignent dans srs écrits. Désespéré de sa situation, il se fit soldat et servit dans la flotte que les Portugais envoyèrent contre les habitants de Maroc. Il composait des vers au milieu des ha- I tailles, et tour à tour les périls de la guerre aniniaient sa verve poétique, et la verve poétique exaltait son courage militaire. Il perdit l'œil droit d'un coup de fusil devant Ceula. De retour à Lisbonne, il espérait au moins que ses blessures seraient récompensées si son talent était méconnu ; mais, quoiqu'il eût de doubles litres à la faveur de son gouvernement, il rencontra de grands obstacles. Les envieux ont souvent l'art de détruire un mérite par ! l'autre, au lieu de les relever tous deux d'un mutuel éclat. Camoêns, justement indigué de l'oubli dans lequel on le laissait, s'embarqua pour les Indes en
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1553, et dit, comme Scipion, adieu à sa patrie, en protestaut que ses cendres mêmes n'y seraient point déposées. Il arriva dans l'Inde, à Goa, l'un des établissements les plus célèbres des Portugais. Son imagination fut frappée par les exploits de ses compatriotes daus celte antique partie du monde, et, bien qu'il eût à se plaindre d'eux, il se plut à consacrer leur gloire dans un |)Oême épique. Mais la même vivacité d'imagination qui fait les grands poêles rend très difficiles les ménagements qu'cxUc une position dépendante. Camoêns fut révolté par les abus qui se commettaient dans l'administration des affaires de l'Inde, et U composa sur ce sujet une satire dont le vice-roi de Goa fut si indigné qu'il l'exila à Macao. C'est là qu'il vécut plusieurs années, n'ayant pour toute société qu'un ciel plus magnifique encore que celui de sa pairie, et ce bel Orient, justement appelé le berceau du monde. Il y composa la Lusiade, et peut-être, dans une situalion aussi singulière, ce |>oêmc devrait-il être encore d'une conception plus liardie. L'expédition de Vasco de Gaina daus les Indes, l'intrépidité de cette navigation qui n'avait jamais été tentée jusqu'alors, est le sujet de cet ouvrage; ce qu'on en connaît le plus généralement, c'est l'épisode d'Inès de Castro et l'apparition d'Adamaslor, ce génie des tempêtes, qui veut arrêter Gama lorsqu'il est près de doubler le cap de lionne-Espérance. Le reste du poème est soutenu par l'art avec lequel Camoêns a su mêler les récits de l'histoire portugaise à la splendeur de la poésie, et la dévotion chréticune aux fables du paganisme. On lui a fait un tort de cette alliance ; mais il ne nous semble pas qu'elle produise dans sa Lutiade une impression discordante ; on y sent très-bien que le christianisme est la réalité de la vie, et le paganisme la parure des fêles, et l'on trouve une sorle de délicatesse à ne pas se servir de ce qui est saint pour les jeux du génie même. Camoêns avait d'ailleurs des motifs ingénieux (mur introduire la mythologie dans son poème. Il se plaisait à rappeler l'origine romaine des Portugais, et Mars et Vénus étaient considérés non-seulemeut comme les divinités titulaires des Domains, mais aussi comme leurs ancêtres. La fable attribuant à Dacchus la première conquête de l'Inde, il était naturel de le représenter comme jaloux de l'entreprise des Portugais; néanmoins cet emploi de la mythologie et quelques autres imitations des ouvrages classiques nuisent, ce me semble, à l'originalité des tableaux qu'on s'attend à trouver dans un |>oême où l'Inde et l'Afrique sont décrites par celui qui les a lui-même parcourues. Un Portugais devrait être moins frap|>é que nous des beautés de la nature du Midi ; mais il y a quelque chose de si merveilleux dans les désordres comme dans les beautés des antiques parties du monde, qu'on en cherche avec avidité les détails et les bizarreries, et peut-être Camoêns s'esl-il trop conformé, dans ses descriptions, à la théorie reçue des beaux-arts, \a versification de la Lusiade a tant de charme et de pompe dans la langue originale, que non-seulement les Portugais d'un esprit cultivé, mais les gens du peu-
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pic eux-mêmes en savent par cœur plusieurs stances
et les chanlent avec délices. L'unité d'intérêt de ce poème consiste surtout dans le sentiment patriotique cpii l'anime en entier. La gloire nationale des Por tugais y reparait sous toutes les formes que l'imagi nation peut lui donner. Il est donc naturel que les com|Kttriotcs de Camoéns l'admirent encore plus que les étrangers. Les épisodes ravissants dont la Jérusalem est ornée lui assurent un succès universel, et, quand il serait vrai, comme l'ont prétendu quelques critiques allemands, qu'il y eut dans la Lusiade une couleur historique plus forte et plus vraie que dans le Tasse, les lictions du poète italien rendront toujours sa réputation plus éclatante et plus populaire. Camoéns fut enfin rappelé de son exil à l'extrémité du monde ; en revenant à Goa, il lit naufrage à l'embouchure de la rivière Mécon, en Cochinchiue, et se sauva à la nage en tenant dans sa main hors de l'eau les feuilles de son poème, seul trésor qu'il dérobait à la mer et dont il prenait plus de soin que de sa propre vie (1). Cette conscience de son talent est une belle chose, quand la postérité la continue : autant la vanité sans fondement est misérable, autant est noble le sentiment qui vous garantit ce que vous êtes, malgré les efforts qu'on fait pour vous accabler. En délwrquant sur le rivage, il commenta, dans une de ses poésies lyriques, le fameux psaume des filles de Sion en exil [Super flumina Babylonig). Camoéns se croyait déjà de retour dans son pays natal, lorsqu'il touchait le sol de l'Inde où les Portugais étaient établis : c'est ainsi que la patrie se compose des concitoyens, de la langue, de tout ce qui rappelle les lieux où nous retrouvons les souvenirs de noire enfance. Les liabitants du Midi tiennent aux objets extérieurs, ceux du Nord aux habitudes ; mais tous les hommes, et surtout les poètes bannis de la contrée qui les a vus nallre, suspendent, comme les femmes de Sion, leur lyre aux saules de deuil qui bordent les rives étrangères. Camoéns, de retour à Goa. y fut persécuté par un nouveau vice-roi et retenu en prison pour dettes. Cependant, quelques amis s'étant engagés pour lui, il put s'embarquer et revenir à Lisbonne en 1569, seize ans après avoir quitté l'Europe. Le roi Sébastien, à peine sorti de l'enfance, prit intérêt à Camoéns. Il accepta la dédicace de son poème épique, et, prêt à commencer son expédition contre les Mores en Afrique, il sentit mieux qu'un autre le génie de ce poète, qui aimait comme lui les périls quand ils pouvaient conduire a la gloire : mais on eût dit que la fatalité qui poursuivait Camoéns renversait même sa patrie pour l'écraser sous de plus vastes ruines. Le roi Sebastien rut tué devant Maroc, à la bataille d'Alcacar, en 1578. La famille royale s'éteignit avec lui, et le Portugal perdit son indépendance. Alors toutes ressources, comme toute espérance, furent perdues pour Camoéns. Sa pauvreté était telle que, pendant la nuit, un esclave qu'il avait ramené de l'Inde men-
(I) On dit que Osar gnant * la
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it que Osar iMta aiasi ses tablettes (lUeltot), » refam«c ses .„prt, d'Alexandrie.
diait dans les rues pour fournir à sa sut Dans cet état, il composa encore des chants lyriques, et les plus belles de ses pièces de vers détachées contiennent des complaintes sur ses misères. Quel génie que celui qui peut puiser une inspiration nouvelle dans les souffrances mêmes qui devraient faire disparaître toutes les couleurs de la poésie I Enfin le héros de la littérature portugaise, le seul dont ta gloire soit à la fois nationale et européenne, péril à l'hôpital en 1579, dans la 62* année de son âge (I). Quinze ans après, un monument lui fut élevé {2). Ce court intervalle sépare le plus
(I) Lord Hotland possède un exemplaire très-rire des cemre» d« Cim.^as. On rroil qu'il a appartenu à ce malheureux poète. Au ha* de ta première page est écrit le refit de sa mort, en ver» espaguols, par on bonne qui l'a vu mourir a Lisbonne. En voici la traduction : « Quel aspect déplorable que celai d'un si grand g. me « aussi mal récompensé ! Je le us mourir a Lisbonne dans sn ho- « pilai, n'ayant pas mente on drap pour se couvrir, loi qat avait si « souvent triomphé dans les Iodes orientales, et navigue si longci temps sur mer a une distance de i,W0 lieues! Quel avis a cent « qui consacreront a l'élude le jour et la nuit ! » D— « — a.
(J) Matthieu tardoso, jésuite, professeur de belles-lettre» S Evora. composa i'epiiaphe suivante, qui fol gravée sur le de Camoéns :
Nâ.r alagti, Klarrai tyriria, tpicamjiaalr Marcaa
Hie jacat her«« nmÏM Vii(tlraa.
•alaa
I Mm al I
Caataljaai <„um Ira. Il ■nna'iiUmiaa .d taAot, El Oaa(i Ulb abataprlarlt ..,„..,
Lyaja aairaU art, quaaiAo um ranaiiaa larrapi lM*»ri. haaj Kiui,ti Oriaala tu h!
Si» b«M Aa palria marmt, du», falimaat nn, Al pliai A.m hIhm aallara fa*la ralart.
H«a« ll.li. Galli, Hiaaaai f «un r»lM,
Van*,* faa, »a,*ara ■
Bal bM par hw, namu aaaaaAaa «ril.
Le Tasse It un sonnai a la gloire de Camoéns, quelque iena|>s après la publication de la Lutiaée, et avant relie de la Jtr**altm réf. Ce sonnet, qui honore également les deux grands poètrs
épiques (te l'Italie et du l'orlupl, est aalreue I Vasco de Gama. et termine par ces vers :
Kl h.r «■■■ aat ralla, •
la Lfuioiê.
UaA' a qaalli, a rai f alla il INID pot», El A eM farma ia raatra i aaai »t.u»l.
Du l'erron de Ctslera parle de la beauté de ridicule exagération ; il lai donne des chereu Honda, des levrt* it
ÇOTttU^ Bllf hoUfhtS aVftTal VtfVb'ff, li II (t Ml/ l itJ'l' , T€ÎCt4 tf*KN T*TT—
roux et borgne ; qu'il avait le front avancé, voûté, et nn grand en globe par le bout. Indépendamment de la Lutta it. nposa un grand nombre de |>oésies diverse», des sonnets, qui sont au nombre de soîianle-six, des eaneanet, de* texlinat. des odes, des élégies, des eglogues, des stances, des rtdondt- '*»«. des épigrammes, des satires, et deux comédies intitulées: lu 4e Pkitodtme et I Ampaatrian, imite de Piaule. Il y a d'elèvalton dans quelques-unes de ses odes, et beaucoup de Sel dans ses satires. Vn savant Portugais disait a l'abbé de Longueroe que l'auteur de la Luaiede avait Inventé 1,000 mot*, qat tous avaient été reçus (le*e«eriwi»«, t. S, p. 70). Les Portugais le regardent comme leur Virgile, leur Horace, leur Ovide et leur Martial. Le* principales éditions de la Utiadt et des poésies diverses de Camoins sont : <° Ot Lueiadaa, Lisbonne. iS»7. in-A» ; V Ltuiadat eomentadat por Manuel ie l'aria y Sénat, Madrid, <6S», * ton. en 2 vol. in-fol., ug., édition estimée et recherchée. Ce fameux rommciiuteur publia, en t cm, on gros volume in-fol. pour défendre son commentaire, et laissa en mourant ( l'an ISS© )
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cruel abandon des témoignages les plus éclatants d'enthousiasme ; mais dans ces quinze années, la mort s'était placée comme médiatrice entre la jalousie des contemporains et leur secrète justice. L'édition la plus complète et la plus estimée de ses truvres a paru à Lisbonne en 1779-1», sous ce titre : Obtus de Luis de Camoèns, principe dospoeta» de Hetpanha, 4 tomes en 5 vol. in-12; seconde édition, ibid., 1782-83. Le tome 1'', divisé en 2 parties, contient la vie de l'auteur et la Lusiade. Le dernier volume contient le théâtre et les ouvrages attribués au Camoèns (1 ). N. S. H.
de Camoéiu. S' Obrat do grande Luis it Camoèns, corn ot Lutiadai comenladas por itunofl Currea, corn un argumente* do Joam trancv Bamio, rscrila por Mum-ri de fana Seterin, Lisbonne, 17*', in-fol. Manuel Correa, qui publia la première édition de sou coaiiuenlaire en 1613, donne à Camoèns le litre de ptinttpe da poesia kerotea. Celte édition r-l dédiée a D. Hodrigo d'Arunba, inquisiteur de Lisbonne. 4° Otrat de Luit de Camoèns, Paris, f aidot. 175», 3 vg|, petit in-li. Kg.; 5* Himas ditididas In crue* parte». Lisbonne, 4594, iii-4°; deuxième édition, ibid., 139t. in-4*. 6* Himaa tarias comenladas por Manuel de ïoria y Sonia, Lit* bonne, 16*5, in-ful. La Lustàde a été traduite en vers castillans par Lu» h Cornez deTapia, avec de* notes et des observations, Satauianque, (MO , in-*' ; in alaras rimas, par Beuilo Caldera, Alcala, 1580, in-i", par Henri Garces, Madrid, 4tW, in-»'; en lundis et en prose, de la manière la pins fantive, par Dnperron de Casiera, avec nne vie de Camoëns cl des rr marques, Paris, 17.13 et 1768, S vol. in M ; par La harpe, qui ne savait pu un mot de portugais (et d'Hermill»), Paris, 4777, S vol. ln~Ss, Dg. ; en italien, par C.-A. Paggi de Gènes, Lisbonne, 4659 : celte version est dediee an pape Alexandre VII : en anglais, par Ricb. Fanshaw, Londres, 1653, et par G.-J. Mickle, Oxford, 4776, in-**, etc. I n carme, nomme Thomas de Faria, évèque de farga en Afrique, a traduit en hexamètres latins la Lustade, qui tire son nom des Lutiadcs (Portugais), ainsi sommés dans de vieilles et menleases chroniques, de Lnsns, dix-septième roi d'Espagne, ou de Lnsus, Bis ou compagnon du Baccbus indien. La traduction latine de I). Thome de Faria est intitulée : Luiadum Ubn dectm, Oljssipone, 46Si, in-8*. Il existe irvis antres traductions latines qui sont restées manuscrites; l'une est de P. André Bogao, la seconde d'Antonio Mendez, la troisième île Francisco de Sanlo-Agosllao Mendet. Ce poème a été commenté par Luis Cornet de Tapia, Manuel Correa, Pierre de Maria, 4643, in-8", Louis Silva de Britlo ei Manuel Faria de Souza. La vie de Camoèns a eié irrite par Pierre de PJartt, Manuel de Faria et da Perron de Casiera. V— »«.
(I) Depuis les éditions et les travaux dont le Camoèns a été l'objet, et qui sont détaillés dans la note précédente, ce grand poète n'a manqué en France ui d'éditeurs ni de traducteurs. Nous citerons d'abord os Lutiadas, poema epieo, nota cdicào, corrteta e dada a lut por dont Jat.-llar. de Oeuia-Bothellu , Paris, Didot, 4847, gr. m-»', pâmer velia, orne de 40 belles gravures. Cette nliiion magnifique, exécutée anx frais de M. de Souza, n'a pas ete mise dans le commerce; elle a servi de type a deux antres très- jolies éditions, la première publiée en I8i9 chez F. Didot, in-8", avec un portrait d'après le dessin de Gérard, la seconde donnée par AU— laud en IMS, iu-3S, avec portrait. Les oeuvres de Camoèns, Diras, ont été éditées en S vol. in-18, papier velin, sortis des presses de P. Didot, 4S4S. Celle jolie édition a ete faite a Paris poor le compte de la veuve Bertrand et (Ils de Lisbonne ; il n'en est resté en Fiance qu'un petit nombre. Nous ne mentionnerons pas deux ou trois éditions ordinaires, mais toujours soignées, qui ont ele laites de ta Lusiade. (Vas/, le catalogue du libraire Baudry.) En Allemagne, il parai une édition lo-4S assez correcte et assez bien faite, a Berlin, par les soins de C.-D. Winterteld, sans millésime; mais elle est de 1810. Nous connaissons une traduction italienne de ta Lustade publiée sons ce litre : / Lusiadi, recalitn ettara rima, da A. tirtceolanl, Paris, imprimerie de Didol, 1836, i u -32. Les traductions françaises de Camoèns se sont multipliées depuis environ vingt ans. Nous citerons d'abord celle de M. Milite, qui a paru sons ce titre : les Luuades, o* les Portugais, poème en 40 chants, avec des notes, Paris, Didot, 4829, S vol. In-8*. On peut dire que jusqu'alors une traduction da Camoèns manquait 1 la France ; car qu'étaient la version du Duperron et celle de d'Herniilly, revue par Laharpe 1
CAM0S10 (Jean-Baptiste), Trévisan, naquit à
Azolo, d'une ancienne famille, dans le 16* siècle. Il professa la philosophie dans l'école espagnole de Bologne, et ensuite à Macéra ta. Il était , au jugement de de Thou et de Simler, l'un des hommes de son siècle qui entendaient le mieux le grec. Ayant été appelé à Rome par Pie IV, il fut chargé d'interpréter les Pérès grecs de l'Église, et mourut en 1581, âgé de 430 ans. Indépendamment de plusieurs discours imprimés séparément et en divers temps, on a encore de Cainosio : 1° une version latine du traité de Michel Psellus sur la Physique d'Arislote , Venise, 1554, in-ful . ; 2° des commentaires grecs sur la Métaphysique de Théophraste, intitulés : In primu m Melaphysiees Theophrasti grâce, Venise, 1551 , in-fol. ; 5» une traduction latine de la Métaphysique (TAristote ; 4* une autre des commentaires d'Olympiodore lur les Météores ; 5» quelques poésies grecques. De Thou dit que les ouvrages manuscrits de Camosio, dont on lui avait envoyé le catalogue d'Italie, étaient plus nonibrtux que ses ouvrages imprimés. V— VE.
CAMOLX (Anmbal), fameux centenaire, qui n'est guère connu que par son prénom, naquit & Nice, le 20 mai 1658, la même année que Louis XI V, et mourut à Marseille, le 18 août 1759, âgé de 121 ans et 5 mois. Il servit sur les galères en qualité tle soldat. L'exercice et la sobriété le préservèrent des infirmités qui suivent trop souvent la mollesse et l'intempérance. Il atteignit sa centième année sans avoir été malade, et sans qu'il se filt aperçu d'une diminution sensible dans ses forces. Louis XV lui accorda une pension de 500 francs. Il attribuait le phénomène de sa longévité à la racine d'angéliquc qu'il mâcliait habituellement. Né dans une condition obscure, il se (il estimer par ses vertus. Il avait près de cent dix-sept ans lorsque le cardinal de Belloy fut nommé évèque de Marseille. Ce prélat aimait à s'entretenir avec lui ; il le visita sur son lit de mort, et Annibal lui dit : a Monseigneur, je vous « lègue mon grand âge. » Vers la fin de sa longue
revné, corrigée et annotée par M. Dubeut de la bibliothèque rovale, ei précédée d'une notice sur la vie et les ouvrages du Camoèns par M. Charles Maguin de l'Institut, Paris, 1840, 4 vol. grand in-18, fait partie de la Bitliotkèque Charpentier. D'autres traducteurs se sont encore exerces depuis sur Camoèns ; MM. Fortaire et Fournie! l'ont traduite ensemble, Paris, 164V Enfin une traduction de /• Lusiade en vers français, par M. I lagon, inspecteur de l'unlversi e de Paris, Hacbelle, iRti, in-18, a été suivie, en 4844, d'une nouvelle veisionen vers par M. Ch. Auberl, censeur du collège rojal de (.ouis-le-Crand, Paris, 4844, in-4S. — La Lusiade a ete induite en vers anglais par William Mtckle, Oxford, 4773 et 4796 ; en polonais, par PrzvbyLski, Cracovie, 17; o. Le premier essai de traduction allemande fut fait par Meinhard; cet écrivain ne traduisit qoe quelques chants, qui furent publies en 1762. Apres lui vint le baron de Seckrndorf qui traduisit le premier chant, qu'il publia dans le Y volume du Magatin de ta littérature espagnole et portugaise de Berlucb. La première traduction de l'ouvrage complet fut faile par le docteur C.-C. Heise, ei prut a Hambourg en 3 vol., sans désignation d'année ( l MJ6-1 807 ) . Une seconde traduction, de beaucoup meilleure, par Fr.-Adol|>he Kuhn et Charles-Théodore Winkler, parut a Leipsick. 1807, 4 vol. — Dom Manuel Souza Bolcluo fit frapper, en 4810, une médaille en l'honneur de Luis de Camoèns. D'un coté on voit la tète du poète, avec son nom et ta date de sa mort. Le revers de la médaille représente les emblèmes des trois sortes de gloire auxquelles peut aspirer ce grand nomme, comme
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carrière, le cardinal se rappelait avec plaisir ce legs singulier, el disait, en riant, qu'il l'avait accepté. Vernct a peint Canioux Annibal dans une vue du port de Marseille qu'on voit au musée du Louvre. On a plusieurs portraits du môme centenaire, dont l'un est peint par Viali, et gravé par Lucas. Sa vie a été imprimée in 12. V— vb.
CAMPAGINOLA (Dominique), peintre et graveur, né à Padoue en 1482, lils d'un artiste qui maniait avec autant d'habileté le pinceau que le ciseau, apprit, sans sortir delà maison paternelle, les principes du dessin, et alla se perfectionnera Venise sous les yeux de Titien. C'est à ce grand maître qu'il fut redevable de la touche libre et savante, du coloris frais, animé,du naturel charmant et de la verve poétique qui distinguent ses lablt-aux. On en voit quelques-uns à Venise, mais c'est â Padoue que sont ses principaux ouvrages. On y dislingue a la sacristie de la cathédrale : le Sauveur entre Aaron el Melchisédech; les quatre saints protecteurs de Padoue. el des chérubins ilans deux triangles ; à la tcuottt del santo (la chapelle de la confrérie de Sl-Anloine), un Enfant ressuscité par le saint, que M. Valéry trouve très-beau (Voyage d'Italie, t. 2, p. 11). Mais Ste-Maric del Parto peut être regardée comme une véritable galerie de ses tableaux. La voûte de la chapelle, louée par Lanzi (Sloria délia piltura, I. 3, p. 125), représente les évangélistes et d'autres saints dans divers compartiments. Campaguola ne s'est pas borné à peindre; il a aussi gravé à ['eau-forte et en bois, soit d'après ses propres compositions, soit d'après celles de son maître. Les pièces les plus recherchées sont, parmi les gravures à Peau-forte : 1* une Pentecôte, pièce en rond, 1515. 2° Une Vénus nue, moyenne grandeur. 1517. 3° une Ste. Famille, datée de 1517, estampe de grande dimension. 4* Une Adoration des rois. 5* I n Paysage dans le fond duquel on voit un char traîné par des bœufs. G" Jupiter et falisto, d'après Titien. Ces trois derniers morceaux sont à peu près de la même grandeur que le n° 5. Lus trois suivantes ont des dimensions plus petites. 7" I e Dénier de César. H" I.a Guéritnn des malades u° La Parabole du mauvais riche et de Lacar», irais planches en travers. Parmi les pièces gravées en bois, on distingue : JO* I ne Sic. F.tmille où la Vierge allaite l'enfant Jésus, pièce de dimension moyenne, et dix-sepl grandes estampes représentant : H" le Massacre des Innocents, 1,'il7 ; 12" St. Jérôme dans un paysage; 13° un autre Paysage au milieu duquel se trouvent groupés un s<Adal, une femme et des enfants; 14" Trois Enfants, dont l'un est assis et regarde un chien qui ronge un os; 15° eulin Pharaon submergé dans la mer Houge, suite de 12 belles planches d'après le Titien, signées Dominique délie Greche, 15Ï9. Campagnols, âgé de soixante-huil ans, conservait tout le feu de sa jcuncise, et un coloris dont peu d'artistes ont approché. Plusieurs de ses estampes sont signées, d'autres ne portent que les initiales ou les premières syllabes de son nom. La liste qu'en a donnée iluber, Manuel des curieux, t. 3, p. 54, el d'après lui Haverel, Notice» sur les graveurs, t. 1.
p. 146, est loin d'être complète. Il mourut en 1550, non à Venise, comme le dit Huber par distraction, mais à Padoue, puisqu'il ajoute que ce grand artiste fut inhumé dans l'église St- Antoine, prés des Campaguola ses ancêtres. B— n et W— s.
CAM PAN (Jean.\e-Loi/ise-i1e>riette Ge.nest,, institutrice célèbre, vil le jour à Paris, le 6 octobre 1752. Son père, qui était premier commis au département des amures étrangères, songea de bonne heure à la produire à la cour. Pour y parvenir, il crut devoir, en donnant des talents à sa fille, suppléer à ce qui lui manquait du côté de la naissance. Une éducation a la fois brillante et solide cultiva les dispositions précoces de la jeune personne. La musique et les langues étrangères eureut surtout de l'attrait pour elle. Goldoni ex|*lrié lui donna des leçons d'italien ; Albanèsc fut son maître de clianl ; Rochou de Chabannes, Duclos, Thomas, Bai-the, Marmontel , l'initièrent, par leurs conseils et leurs critiques, à l'art difficile de la déclamation et de la lecture. Bientôt des amis obligeants prononcèrent en cour le nom de mademoiselle Genest ; et des dames influentes obtinrent pour elle la place de lectrice de Mesdames, filles de Louis XV. Il faut lire dans ses Mémoires l'émotion craiulive qui l'assaillit quand, devenue habitante du palais de Versailles, elle vit pour la première fois se dérouler à ses yeux la splcndide étiquette et la magnificence du trône. Elle avait alors quinze ans. Une fois ce prestige dissipé, la nouvelle lectrice, tout en s'applaudissant d'appartenir à la cour, sentit vaguement que sa position avait \ <n d'attrait pour une personne de son âge, et répondait fort peu à l'idée qu'on se faisait dans le monde de la vie de Versailles. Il y avait l'infini entre les appartements de Louis XV el ceux de Mesdames : autant la cour du monarque était frivole, gaie et voluptueuse, autant celle des dévotes princesses ses tilles était monotone silencieuse et sombre. Celait tant mieux peut-être pour mademoiselle Genest. Quoique également attachée |>arson titre aux trois princesses, elle se trouvait plus socialement sous les yeux de madame Victoire. Des journées entières se passaient à lire auprès de cette princesse, qui travaillait dans son cabinet, et qui se croyait obligée de veiller sur celte jeune fille comme une mere sur sou enfant. 1* mariage du dauphin, depuis Louis XVI, avec Marie-Antoinette (en 1770), vint jeter un peu de mouvement dans celle atmosphère (l'ennui. Jusque-là mademoiselle Gencsl n'avait eu que d'ini- I puissantes ou tiédes protectrices dans Mesdames , i qui d'ailleurs se seraient reproché de perdre cette I jeune colombe, en la bissant prendre son essor dans d'autres régions de la cour. Louis XV même l'avait à peine remarquée, quoique l'habitude, l'usage, l'étiquette , l'amenassent de temps à autre chez ses filles. Ln jour, suivant le récit de notre héroïne, en passant dans les appartements de Mesdames pour se rendre à la chasse , le roi s'arrête en face d'elle : « Mademoiselle Genest, on assure que vous êtes fort instruite, que vous savez quatre ou cinq langues I étrangères — Je n'en sais que deux, sire. — Les-
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quelles? — L'anglais et l'italien. — Les parlez- Vous familièrement ? — Oui, sire , très-familièrement. — En voilà bien assez jMuir faire enrager un mari. » Et le roi continue sa roule en riant. Ces mots sont bien dans le caractère de Louis XV: mais de celle allocution de deux minutes, oubliée par le prince aussitôt que faite, quoique non oubliée par la vanité féminine de madame Campait, ne résultait rien pour mademoiselle Genest, L'arrivée de la jeune daupliiue vint préparer un changement à son sort. Sans se brouiller avec aucun parti à la cour, la lille de Marie-Thérèse dut se rapprocher plus souvent de ses tantes que des petits appartements où trônait la favorite, et en même temps elle y apporta un peu de gaieté. La conformité de goûts et d'âge lui fît bientôt distinguer mademoiselle Gcncst. Elle aimait à chanter les ariettes nouvelles, et surtout celles de Grétry. La lectrice de madame Victoire, chez qui elle su rendait le plus fréquemment, fut chargée de l'accompagner sur la harpe ou le piano. Cette haute bienveillance était à elle seule une recommandation et une dot. M. Campan, d'une des familles distinguées du Béarn et dont le i>ére avait été secrétaire du cabinet de la reine, devint son époux. Louis XV fit don à la mariée de 5,000 livres de rente, et Marie-Antoinette se l'attacha en qualité de femme de chambre, en lui permettant de continuer auprès de Mesdames ses fonctions de lectrice, et de cumuler ainsi les appointements des deux places. Elle lui promit même de l'élever au rang de première femme. Madame Campan y arriva effectivement au bout de quelques années. Le traitement normal des premières femmes, qui n'était que de 12,000 bancs, mais que le seul produit des bougies de chaque jour portail à 50,000 et plus, n'était que le moindre avantage de ce poste, qui donnait, enire autres prérogatives, la garde des diamants, le maniement de la cassette de la reine, le payement des pensions et gratifications, beaucoup d'iiilUicnce par conséquent sur fout ce qui de près oude loin dépendait de la bonne volonté de la reine. Pendant vingt ans environ, depuis les fêtes du mariage jusqu'en 1789, madame Campan fut dans la confiance de celte princesse, et, de toutes ses confidentes, la plus intime et la plus discrète. Sa conduite privée dans ce laps de temps ne fut point totalement exemple de reproches, et l'on parla beaucoup de ses liaisons avec Dubois de Uellegarde. Mais, après ce que l'on avait vu sous la régence et sous Louis XV, cela ne pouvait pas s'appeler du scandale. Dés l'aurore de la révolution, la première femme de chambre se trouva en relation avec des hommes très-influents du parti constitutionnel, entre autres Thëod. Lamelh. Probablement madame Campan, par la nature de son esprit, par la multiplicité de ses lectures, était plus favorable à ces principes (maux doctrines de la monarchie absolue. Ce qu'il y a de certain, en dépit des dénégations quelle n'a cessé de répéter sur ce point sous la restauration, c'est qu'elle passait à la cour pour constitutionnelle ; que chaque jour on le répétait au roi, à la reine, qui le croyait très-formellement : ce n'est pas à celte
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princesse qu'il eût été possible, même avec tout ce que madame Campan avait d'esprit, de donner le change à cet égard. On sent bien que la confiance de Marie-Antoinette en souffrit. Le moindre penchant pour les doctrine! nouvelles n'était pas un de ces griefs qui pussent trouver grâce aux yeux de la reine. On demandera peut-ôtre pourquoi elle ne la renvoyait pas. Chargée des ordres pour les levers, la toilette, les sorties, les voyages; préposée à la caisse à la parure ; confidente obligée de mille détails de salle de bain et de chambre à coucher, la première femme savait trop de menus secrets dont la révélation peut-être n'eut rien été en d'autres temps, mais qui, en présence de la révolution, d'un |»rli formidable, et des haines qui déjà rugissaient anlourde Marie-Antoinette, eût trouvé des milliers d'échos, et pas un doute; il fut convenu qu'on dissimulerait avec la femme île chambre. Les caresses, les flatteuses paroles redoublèrent. On affectait de tenir dans sa chambre des conciliabules, d'y donner des audiences, d'y rédiger ou d'y déposer des projets politiques. Mais rien de grave ou rien de vrai ne se traitait là. a On vous croit constitutionnelle; on vous « calomnie, ma pauvre madame Campan ; consolez- « vous : ne suis-je pas calomnié tous les jours? I sei >' de voire influence sur vos amis, dites-nous ce que « vous apprendrez ! » El madame Campan faisait au roi et à la reine le rapport des délibérations, des débats, des décrets de l'assemblée nationale. Sa manière facile et nette de résumer les discussions était souvent l'objet des éloges de ses maîtres. Parfois, sans doute, elle devait leur confier des circonstances un peu moins publiques que celles des délibérations législatives ; mais sans doule aussi elle ne disait que ce qu'elle voulait, et supprimait ce qu'il fallait laisser ignorer. Louis XVI était-il dupe de ce manège? élail-il sincère lorsque, pour consoler madame Campan, il lui disait que la proclamer constitutionnelle c'était la calomnier ? On peut le croire. Mais la reine, moins facile à persuader, se tint sur ses gardes. Toutes les |icrsonnes dont l'autorité peut faire foi sur cette matière s'accordent pour l'attester. ( Voy., entre autres, les Mémoires de madame, de Créqui.) Trèsprobablement madame Campan s'aperçut de cette tactique, mais elle fit semblant de croire à la continuation des bontés de Marie-Antoinette, et il y eut ainsi une espèce de compromis entre la souveraine et la première femme. L'hostilité de madame Campan, l'animosité personnelle qu'elle dut sentir contre son auguste maîtresse en reconnaissant qu'elle ne la tolérait que par peur, que l'on se cachait d'elle, et (pie, dans cette lutte d'esprit et de ruse, elle n'avait p. is le premier rôle, la rendirent-elles assez ingrate (tour qu'elle trahit ce qu'elle savait des secrets du château? On n'en a certes pas de preuves judiciaires; et, différente de quelques notabilités de nos jours, madame Campan ne s'est pas vantée après coup de ses perfidies. Mais l'opinion de la reine, a cet égard, n'était point douteuse; et madame Campan mentait très-sciemment en assurant que celle princesse n'avait cessé d'avoir en elle la plus grande confiance. On choisît, pour exécuter le toyage a V*»
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rennes, la semaine où elle n'éttU pas de service. Sui- Tant son propre récit, arrangé peut-être pour dérober aux lecteurs ce que celle particularité contenait d'offensant pour elle, elle était allée accompagner son beau-père aux eaux du Mont-d'Or, et elle ne revint à Paris que dans les premiers jours d'août, lorsque la reine, ramenée dans la capitale, lui eut mandé de la joindre. Ce fait, que madame Campan présente comme une réponse victorieuse aux accusations de ses ennemis, et qui certes ne répondrait 4 rien, même s'il était exact, n'est pas à l'abri de contestation. Un zélé royaliste le nie formellement dans ses Mémoires $ecrel$ et univenelt des malheur s et de la mori de la reine de France, notice bisL, n* 8, p. 384. Au reste, la reine crut ne devoir rien changer a sa tactique liabituelle, et tout continua, en apparence, comme par le passé jusqu'à la matinée du 40 août 1702. La veille, Louis XVI avait remis en dépôt a madame Campan un portefeuille renfermant non pas, dit-elle, des effets précieux, mais des papiers importants. Tous, à l'exception d'un seul, étaient des pièces de nature à compromettre beaucoup le roi et la reine. C'étaient les négociations avec Mirabeau, l'étal des pensions et dépenses supportées par la liste civile |>our arriver A la destruction du nouvel ordre de choses, la correspondance avec les princes émigrés, divers projets de contre-révolution, etc. Madame Campan avait, de plus, reçu de la reine, le 9 août dans la soirée, un coffre contenant ses diamants, des dentelles, etc. Toute la nuit elle fut sur pied, et le lendemain, renfermée dans une chambre avec les autres femmes, elle se vit en butte à toutes les insultes delà populace. Les piques et les sabres étaient levés sur elles, lorsqu'une voix de maître cria aux brigands : « On ne tue pas les a femmes ; » et celui qui l'avait saisie par ses vêtements lui dit : « Léve-toi, coquine, la nation te « fait grâce t » Elle fut alors conduite chez son beaufrère par quatre ou cinq Marseillais, trouva moyen chemin faisant de faire délivrer sa sœur ; trinqua comme elle avec ses gardes, qui certifièrent a la cabaretiére que ces dames étaient leurs sa>urs et de bonnes patriotes. Le II, Marie-Antoinette demanda madame Campan, qui, celle fois encore, parvint près d'elle dans la cellule que cette princesse occupait aux Feuillants. Mais le lendemain, soit que la sévérité des vainqueurs eût pris un subit accroissement, soit que l'affection de la dépositaire des diamants et du portefeuille n'eût pas trouvé moyen de surmonter les obstacles, madame Campan ne put revoir la reine. Elle lit aussi, assurc-t-elle, d'inimaginables tentatives pour obtenir la triste faveur de rejoindre la prisonnière au Temple. Mais tout fut inutile, démarches, sollicitations. Elle dut même s'estimer heureuse de voir son nom échapper aux longues listes de proscription que chaque jour voyait éclore. Il est permis de penser qu'il lui fallut de puissantes protections, et peut-être des services réels ou d'inlimes rapports avec des hommes puissants, pour obtenir cet oubli. Quels purent être ces services ? Des bruits f Adieux lui imputèrent d'avoir livré les papiers de Louis XV I, et te reproche lui en fut adressé un jour
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en face, au milieu du parloir d'Écouen. Le retentissement de cette scène la froissa cruellement : elle crut se disculper en disant que, soumise à de rigoureuses visites domiciliaires, dont la cause unique était le précieux portefeuille, elle le refusa longtemps aux menaces les plus affreuses. Alors les sbires posèrent tous ensemble leurs baïonnettes sur la poitrine de son (ils, jurant de tuer cet enfant si elle se taisait : la maternité l'emporta, et son fils fut sauvé. Entre cette version parfaitement dans le goût des mélodrames de ce bon temps (1810), et celle dont, douze années plus tard, madame Campan orna ses Uémoire», le lecteur pourra choisir. Dans cette dernière, la dépositaire tremblante transmet bien vite le portefeuille à un autre personnage, qui, inquiet luimême de tout ce qui se (tasse, et n'osant garder, ne sachant cacher ces funestes documents, les brûle en présence de madame Campan, et ne garde que la pièce qui peut un jour servir le roi, s'il est mis en arrestation. Ce jour arrive, la pièce n'est point remise ; mais Louis ne l'a pas demandée, et puis madame Campan ne l'a pas entre les mains. Quant aux autres papiers, ils n'ont point été livrés, puisqu'elle les a vu ou cru voir dévorer par les flammes. Si, |tar un désolant liasard, elle a été abusée en cette triste circonstance, au moins son ovur est pur, et ce n'est pas elle qui a vendu le sang du roi ni celui de la reine. Quant aux diamants, jamais \oix ne s'est élevée pour lui imputer de les avoir abandonnés aux jacohins, et, sous ce rapport, ses dernières relations avec la cour sont restées dans l'ombre. Quoique tolérée par le gouvernement de la terreur, madame Campan, pour éviter le tranchant de ia hache révolutionnaire, dut aller vivre solitaire à Couberlin, dans la vallée de Chevreuse. Les événements l'avaient alors placée bien bas : plus d'appointements ni de riches prolits. Les diamants, si elle les avait, ne pouvaient être ni montrés ni aliénés. Au 9 lliermidor, elle avait signé 30,000 fr. de dettes pour son mari, et, pour toutes ressources ostensibles, elle possédait un assignat de 300 livres. Il fallait se livrer à quelipie travail pour redevenir riche ou pour acquérir du moins le droit de le paraître. Elle imagina d'utiliser ses talents en ouvrant un pensionnai de demoiselles. « Telle était ma pénurie, dit-elle, que, • hors d'état de faire imprimer des prospectus, j'eu a copiai cent de ma main et les répandis parmi les a gens de ma connaissance qui avaient survécu à la « tourmente. » Lne réaction royaliste très-forte se faisait alors sentir. Le titre d'ancienne femme de la reine valut bientôt a madame Campan la plus belle clientèle de Paris. Le ton, les grâces devaient s'être réfugiés dans la maison d'une femme dont l'enfance, la jeunesse et l'âge mûr s'étaient passés dans les appartements de Versailles, dans les boudoirs de Trianon. Le nouvel établissement était situé A St-Germain. Au bout d'un an, il comptait soixante élèves ; l'année suivante, il en avait cent. La directrice avait racheté ses meubles, payé ses dettes. Tous les bon-
I heurs s'eucimlnent. Joséphine, qui n'était encore que madame de Kcauharnais, lui amena sa fille et sa uièce. lui confia la surveillance de l'éducation
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d'Eugène, et, un peu plus tard, en partant pour l'Italie, où lappeUut Bonaparte, devenu son mari, elle lui laissa tout pouvoir sur ses deux élèves. Revenu à Paris, le vainqueur de VVurmser et de Beaulieu se montra fort satisfait des progrés de sa bellefille, invita madame Campan à diner à la Malmaison, assista deux fois citez elle à des représentations (ÏEsUier, et mit ses deux plus jeunes sœurs en pension i St-Germain On comprend combien un tel suffrage plaçait Itaut dans l'opinion la liaison de madame Campan, et avec quelle rapidité la mode amenait de jour en jour de nouvelles élèves dans le pensionnat privilégié. Chaque pas de l'ambitieux généra] vers la puissance ou vers la gloire élevait d'un cran le nouveau St-Cyr, et Ton savait qu'y mettre sa fille, c'était faire sa cour à Joséphine cl à son mari. Ce fut bien mieux encore lorsque la prodigieuse fortune du colosse impérial eut transformé toutes ces élèves de St-Germain en mai tklwles, en princesses, en reines : c'était à qui aurait l'honneur d'apprendre la grammaire et la danse sous cette institutrice d'altesses et de majestés, dans cette enceinte où l'on respirait comme une atmosphère de sénatorerics, de grands-duchés et de trônes. Ce n'était peut être \*s là l'impression la plus heureuse à laquelle purent se livrer de jeunes et frêles imaginations, et madame Campan semble, jusqu'à un certain point, s'élre occupée d'en défendre ses élèves; mais cette impression était, en quelque sorte, dans l'air de la maison ; et cet enivrement de grandeur qu'explicitement elle désapprouvait, tout, dans ses manières, dans la tenue de son établissement, dans l'idée qu'elle avait d'elle-même, le respirait et l'inspirait. Un champ nouveau s'ouvrit encore à sa vanité comme à ses talents : l'empereur, accessible à tout ce qui lui était proposé de grandiose, voulut fonder, à l'instar de madame de Maintenon, un établissement modèle où les sieurs, les lilles et les nièces des chevaliers de la Légion d'honneur reçussent une éducation distinguée. Dans une cour remplie des élèves de madame Campan, à qui ent-il été possible de songer, si ce n'est à madame Campan ? Peut-être était-elle pour quelque chose dans cette idée. Ce qui est bien sûr, c'est qu'elle rédigea les statuts de cet établissement placé à Ecouen, qu'elle en eut la direction avec le titre de surinlendante, et de plus, qu'à partir de ce jour, ou dut l'appeler madame la baronne Campan. A quelques légères imperfections près, l'établissement d'Écouen a été, sans contredit, la plus belle création que jusque-là l'expérience et la raison de concert aient élaborée pour l'éducation des femmes; aussi le titre d'élève d'Ecouen a longtemps été regardé dans le monde comme un titre d'Iionneur. Toutefois les ennemis de madame Campan lui ont reproché un intolérable despotisme à l'égard de tout ce qui l'entourait, des airs ailiers, impérieux, des violences même ; et, en repoussant la dernière accusation, on doit reconnaître que ses amis ne l'ont point justifiée. Du reste, d'autres imputations plus graves encore ont été dirigées contre la surintendante d'Écouen : une absolue soumission
raient, a-t-on dit, entraînée à des complaisances bien coupables chez la femme qui avait en dépôt l'innocence et l'honneur des familles ; le nom de Munit a été prononcé en celte occasion par des pamphlétaires. Mais nous sommes convaincus que le nom de madame Canq»an doit rester pur de cette tache, et nous ne mentionnons ces bruits odieux que parce qu'ils ontélé répétés par lapresse(l). Madame Campan était arri véeà son apogée en 1 811 . Cette année, en créant une succursale d'Ecouen à Sl-Denis, Napoléon, malgré la ltaute opinion qu'il avait de madame Campan, ne l'en nomma pas surintendante. Elle eût souhaité ardemment cumuler la direction des deux maisons, et peu s'en fallut que, dans cette occasion, elle n'accusât Napoléon d'ingratitude. Trois ans après, elle reçut un coup plus funeste : les Bourbons étaient rentrés. L neordonnancerévinçade son pachalik d'Ecouen, supprimant à la fois la surintendante et la maison. En vain elle tenta de se réconcilier avec la cour. Ni ses protestations, ni les certificats pompeux de hauts personnages ( toy. Lallv-Tollc.noal) qui peut-être ne connaissaient qu'imparfaitement ses relations avec la reine, ne purent triompher des préventions que les nouveaux habitants des Tuileries avaient conçues. Sa vanité en fut vivement froissée. Quand il fallut qu'elle se le Uni |>our dit, elle bouda, se lit libérale, parla |Hir aphorismes et par sentences, imitant beaucoup le style de madame de Staël : « Jamais l'œil de bœuf de Versailles ne « me pardonnera d'avoir eu la conliance du roi et « de la reine : » nous avons vu ce qui en était ; et : o Le pouvoir aujourd'hui est dans les lois, partout « ailleurs il serait déplacé ; mais cette vérité leur « écliappe; la poussière des vieux parchemins les a aveugle... » Déchue ainsi de ses grandeurs anciennes et modernes, madame Canqtan quitta Paris pour se retirer à Mantes. Là clic reçut la nouvelle de la mort de son fils unique, qui, après avoir été auditeur au conseil d'État et commissaire spécial de police à Toulouse sous le gouvernement impérial, avait été jeté dans les prisons de Montpellier et y avait langui plusieurs mois. Déjà de cruels incidents lui avaient ravi la plus grande partie de sa famille : sa sœur (madame Auguier), sur le point d'être arrêtée le 9 thermidor, s'était jetée par une fenêtre ; la première de ses nièces (madame de Broc) s'éiait noyée en tombant dans un gouffre aux eaux d'Aix en Savoie; la seconde, la maréchale Ney, venait île perdre son mari; leur père à toutes deux était mort de douleur dés le commencement du procès de son gendre; enfin un neveu île ce dernier s'était bridé la cervelle. La mort de Henri Campan porta le dernier coup à la sensibilité de sa mère, dont la santé, depuis ce temps, déclina sans cesse. Les eaux de Bade, les vues pittoresques de la Suisse, la conversation de la duchesse de St-Leu, qu'elle revit avec attendrissement, ne la soulagèrent point. Enfin il fallut pratiquer sur elle une opération cruelle : elle
(I) Koy. la Prit* à partie ie la cour de caniati»», m* lion des requêtes, par le capitaine Kevel, auteur de HaMptrit et Murai rutisitur* tune jeune femme, Paris, mi. (You. misai ce dernier
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la subit avec courage ; mais bientôt des symptômes fâcheux aplanirent, et la mort fut inévitable. Madame Campan expira le 16 mars 1822. Sur son tombeau, dans le cimetière de Mantes, s'élève une colonne de marbre blanc surmontée d'une urne et accompagnée d'une épitapbe fort simple. — Si la vie de madame Campan n'est pas exempte «le taclies, ses travaux comme institutrice recommandent son nom à la postérité. A tout basant, elle voulait que ses élèves fussent en état de se suffire à elles-mêmes. Elle les exhortait aux habitudes simples, aux soins de ménage, aux ouvrages d'aiguille, etc., ayant pour maxime cpie l'éducation d'une femme n'est complète «pie lorsqu'elle n'est étrangère à aucun des travaux de son sexe. Toutefois elle ne se faisait pas d'illusion sur les imperfections qui rendent presque impossible, dans un grand établissement, l'initiation des élèves aux détails domestiques Quant aux arts et aux talents d'agrément, en leur assignant le rang élevé auquel les placent la vie élégante et la civilisation moderne, elle rappelle avec douleur qu'il faul six, huit, dix ans d'études pour commencer à se classer parmi les artistes. Les peines, chez elle, étaient très-douces et très-habilcmcnt graduées, de sorte que la plus légère censure inspirait un effroi immense ; les corrections aftliclives étaient donc tout à f.iit hors de l'esprit de l'institution, et c'est ce qui doit réduire à néant l'imputation des sévices articules contre la surintendante. Madame Campan a dit un beau mot sur elle-même et tracé un beau modèle aux femmes qui suivent la même carrière, en proclamant (pie, dans toute sa vie d'institutrice, elle a voulu faire des élevés qui fussent institutrices à leur tour. « Créer des mères, dit-elle, voilà toute « l'éducation des femmes.» Les ouvrages de madame Campan sont : I* .Ur'moi'rfi sur la vie privée de Ma rie-Antoinette, reine de France el de Xavarre, suivit de touveiiirt el anecdotes historiques sur les règnes de Louis XIV, Louis XV el Louis XVI, Paris, 1822, 3 vol. in 8°; 2'edit., 1823. Ces mémoires, qui font partie de la Collection des Mémoires relatifs à la révolution française, comprennent vingt et un ans, depuis l'installation de madame Campan auprès de Marie-Anloinei te, en qualité de femme de cliambre, jusqu'au 12 août (792. Ils sont écrits avec beaucoup de grâce, abondent en traits curieux el caractéristiques du temps, el peignent très-fidèlement l'intérieur de la reine. On peut ajouter qu'ils la font aimer, et montrent chez elle autaul de noblesse que de désinvolture et d'élégance, autant do bonté que de charmes. Ajoutons aussi pourtanl que la narratrice ne dit pas tout. Nous savons de sour es certaines que l'éditeur de ces Mémoires cul, vers le temps de la publication, accès au château, et qu'il lit disparaître du manuscrit tout ce qui pouvait cIjoquer d'augustes susceptibilités. Mais ces suppressions mêmes n'eussent-elles pas eu lieu, nous croyons que les Mémoire* de madame Campan seraient enrore féconds en réticences. Et quoi de plus simple? L'habile suriuleiidante d'Ecouen avait senti que le seul rôle qui lui convint était une nlTclueuse vénération pour sa bienfaitrice. Elle eut toujours, ou tou-
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jours témoigna ce sentiment. Y déroger dans ses écrits eût été, pour elle, pis que de l'ingratitude : c'eût été de la stupidité, c'en! été prouver l'ingratitude et la trahison dont tant de soupçons la noircissent. 2° Lettres de deux jeunes amies, Paris, 1811, in^«. .V Conversations d'une mère avec sa fille, en anglais el en fiançais, composées pour la maison d'éducation de madame Campan, dédiées à madame Louis Bonaparte, Paris, an 12 f!804j, in-8\ 4° De f Education des femmes, Paris, 1823. 3° Ihéàlrc d'éducation {contenant, entre autres pièces : Arabtlla, ou la Pension anglaise ; la Vieille de la cabane; les Deux Educations ; le Concert d'amateurs; les Petits comédien* ambulants). Ces quatre derniers ouvrages oui été réunis sous le titre d Œuvres complètes de madame Campan sur l'éducation, Paris, 1823, 2 vol. in-8°. On a imprimé, eu 185.3 : Correspondance inédite de madame Campan avec la reine Uortense, précédée d'une notice et d'une introduction par J.-A.-C nuchon, Paris, 2 vol. in-8<>. M. Maigne, médecin des hôpitaux à Mantes, dont la femme avait été élevée à Écouen et avail servi de secrétaire a son institutrice, a publié, en 1824, un Journal antedolique de madame Campan, ou Souvenirs recueillis dans ses entreliens, suivi de sa corrcs|iondance inédite avec son lils, Paris, lleaudouiu frères, in-8% lig. On trouve une notice sur madame Campan à la lètc de ses Mémoires; elle est signée de l'éditeur, M. Barrière. Il faut lire aussi les Observations sur les Mémoires de madame Campan, par M. le baron d'Aubier, gentilhomme ordinaire delà chambre du roi, Paris, 1823, in-8°. Ver» le temps de la mort de madame Campan [orurent d'elle deux lithographies assez remarquables pour l'exécution et la ressemblance: Dans son Mémoire sur les événements relatifs au voyage de Yarennes ( taris, 1823, in-8"), le baron de Goguelal v»y. ce nom) a ré/ute plusieurs assertions de madame Campan relativement à ce voyage. Val. P.
CAMPANA (César), gentilhomme de la ville d'Aquila, dans le royaume deNaples, mort en 1006 dans un <1gc avancé, lit de l'histoire sa principale étude. Il a publié : I» Ittoria dcl mondo dal 1570 al 1596, Venise, 1591, 1599, 2 vol. in-4»; ibid., 1607 : cette histoire commence a la fondation de Rome. 2" Albert délie Famiglie, che hanno êignoreggiato in Manlova, Mantoue, 1590, in-4°. 3a Délie Famiglie di Daviera, e délie Iteali di Spagna, Vérone, 1592, in-4». 4» Vita dcl re Filippo II, Vicence, 1608, 2 parties in-4°, et avec un supplément d'Augustin Campana, son lils, Venise, 1609, 3 parties in-4". 5° Storia délie guerre di Fiandra, Yicence, 1002, in 4". Cette histoire s'étend de 1559 à IbOO; elle fut réimprimée eu 3 part., Yicence, 1622, in-4". 6- Asstdio et Riaquislo di Anversa neir attno 158V, Yicence, 1595, in-4». 7e Compendio itiorieo délie guerre successe Ira christiani e Tmrchi e Ptrsiani sin ail' anno 1397, Veuise, 1597, in-4 . — Albert Camp.vma, dominicain de Florence, mort le 2i septembre 1639, a publié une traduction italienne de la Pharsale de Lucain, eu fera hures, Venise, 1640, in-12. IL G.
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CAMPANAIO (Lore>zo ni Lodovico), surnommé Lnrenzello, sculpteur et architecte florentin, né en 1194, mérita l'amitié «le Raphaël qui l'employa dans divers travaux importants, et lui fit éjKHi^cr une s*rur de Jules Romain, son disciple chéri. Dans su jeunesse, Lorenzelto termina le mausolée du cardinal Fortoguerri, placé dans l'église de St-Jacque* I Pistoie,et qu'André del Verrochio avait laisse imparfait. On y remarque une ligure de la Charité où il commença à développer tout son talent. Il se rendit ensuite à nome. où. malgré son habileté, il fut d'alord occupé à des ouvrages de |>eu d'importance ; mais, ayant fait connaissance avec Raphaël, ce grand artiste lui lit conlier l'cvéculîon du tombeau que le cardinal Cliigi voulait se taire ériger dans l'église de Ste-Maric du Peuple. Lorenzttto fit les deux belles ligures de Jouas et d'Elie qui ornent ce tombeau, et que l'on prendrait pour deux productions du ciseau grec, si l'époque à laquelle elles furent exécutées et le nom de leur auteur n'étaient pu» connus. II attendait un juste salaire de ce 1 cl ouvrage ; mais Raphaël cl le cardinal Chigi étant morts avant qu'il fût terminé, I.orenzetto sévit forcé, par l'avarice des héritiers du prclat, à le garder dans son atelier, où il rota pendant plusieurs années. Ces deux figures ont reçu cependant plus lard la destination qu'elles devaient avoir. Comme architecte, cet artiste a construit à Rome plusieurs maisons particulières et le |»alais Cafarelli, ainsi que la façade intérieure et les jardins du palais du cardinal de la Valle. Dans ce jardin, il exécuta deux magnifiques bas reliefs en marbre, tirés de l'histoire ancienne. Après le siège de Home, te |iape Clément VII avant f.iit abattre deux petites chapelles de marbre placées à l'entrée du pont St-Ange, les lit remplacer par deux statues de marbre, dont l'une, représentant Si. Paul fut confiée à Paul, Rouiano, et l'autre, celle de Si, Pierre, a I.orenzetto. Malgré tous ces travaux, cet artiste habile était sans Toi lune, et cinq Jils en bas âge ajoutaient à ses besoins. C'est alors que San-Gallo, architecte de Si - l'ierre, lui confia une partie des constructions que le pape Paul III avait ordonnées pour l'achèvement de cet édilice. Ces travaux enrichirent l'artiste en peu de temps, et il eût fait une fortune considérable, si une mort prématurée ne l'eût frapi>éeii 1541, a l'âge de 47 ans. P— s.
CAMPANELLA (Thomas), naquit à Stillo, bourg de la Calabre, le 5 septembre I56X. Ses parents ne négligèrent rien pour son éducation, et il réjwndit tellement à leurs soins, que, dés l'âge de treize ans, il écrivait avec une égale facilité en vers et en prose : aussi lîaillet lui a-t-il accordé une place «lans son livre des Enfants célèbres. A quatorze ans et demi, il entra dans Tordre des dominicains, et ses progrès en théologie ne furent pas moins rapides que ceux qu'il avait faits dans I s lettres. Bientôt son premier couvent, où d'écolier il était devenu maître, fui pour sou génie un théâtre trop étroit. Il parcourut toute la Calabre. On a prétendu «pie, dans ses courses, . il rencontra un rabbin qui l'iniiia dans l'art de Rahnond Utile, et lui rcnlit familière, en quinze
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jours, les éléments de toutes les sciences. Quoi qu'il en soit, il ne tarda guère à sapper les fondements de la philosophie d'Aristote, l'oracle «le son siècle. Son dernier maître, qui devait aller disputer publiquement à Coscliza, étant tombé malade, les moines
J du couvent tirent prendre sa place à Cauq>anelln, «pii s'en acquitta avec un tel succès, que chacun, en l'écoulant, s'écriait que l'esprit du grand Tilesius s'était emparé de lui. Campanella ne connaissait point les ouvrages de ce philosophe. Il se procure son traité de Rcrum Satura, le dévore, et bientôt entreprend de réfuter Antoine Marta, «pii. dans un ouvrage contre Aristote, avait attaqué Tilesius. Quoique n'ayant «pie vingt-six ans, il composa son livre en onze mois, tandis <|ue Marta avait mis onze ans à faire le sien. Ce fin à INapics, en l :.!»). qu'il publia ce premier ouvrage, intitulé : Philosophia stusibus demonslrata. Ce livre excita contre lui tous les [(artisans d'Aristote. I n vieillard, qu'il avait terrassé dans mie dispute, l'accusa de mairie. Campanella s'enfuit à Rome, puis à Florence, Venise, Padoue, Bologne. On lui vola tous ses manuscrits, qui forent déférés à l'inquisition. 11 revint ensuite à Naples; de là. dans sa patrie; mais bientôt on lui imputa des délits plus graves. II fut plongé dans les cachots comme criminel d'!\tat, coupable de conspiration, et condamné à une détention perpétuelle : c'était en 1599. On l'accusait, en outre, «l'être l'auteur du fameux livre de tribu» Impostoribus. [Voy. à ce sujet la dissertation île la Monnoye. ) On déterminerait difficilement aujourd'hui ce qu'il y eut de vrai dans la première de ces imputations. Gabriel Naudé, ami particulier «le Campanella, lui prête, dans ses C nnsidérations politiques sur les coups d'Etat, l'intention de se faire roi de la Calabre supérieure, l'iétro r.iannone. historien du royaume de Naples, dit formellement qu'il trama dans son pays une «"'inspiration, se faisant appeler le Messie: «pie
| sa troupe elait composée de prêtres, de motivs. de bandits; qu'ils devaient ina«sacrcr tous les Espagnols, se déclarer indépendants, et former une ré-
I publique; «pic. pour réussir plus sûrement dans s»"s
| projets, Campanella avait fait alliance avec les Turcs, dont la flotte aurait secondé son entreprise; mais qu'elle fut heureusement déjouée par le comte de LéflMS. Quoi qu'il en soit, le réeil «les tourments qu'endura «lans sa prison noire Calahrais fait lierreur. Il fut mis cinq fois en jugement, et subit jusqu'à s«-pt fois la i|iiestion. Sa détention dura vingtsept ans entiers. Enfin, après plusieurs tentative» inutiles, il obtint M liberté le 15 mai 1628, sur la demande expresse du pape Crbaln VIII à Philippe IV, roi d'Espagne. Gabriel Naudc a célébré cet événement dans son Pauegurieus l'rbano VIII dielus ob bénéficia ab ipso in Campanellam collata, Paris, 1644, in m°. Après «|uelque séjour à Rome, redoutant toujours les embùVhes «les Espagnols, Campanella prit la résolution «le se retirer en France. H partit secrètement en 1054, déguisé en minime, dans la voiture de l'ambassadeur de Koailles, et s'arrêta d'abord à Marseille, puis à Aix, où le célèbre PHresc le reçut avec empressement, et lui fournit les
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de se rendre à Paris. Louis XIII et Richelieu lui firent l'accueil le plus distingué. Ce dernier lui accorda, dit-un, une pension de 2,000 livres, et le consultait souvent sur les affaires d'Italie. Fatigué de ses malheurs, Campanella se retira dans le couvent de son ordre, rue St-Honoré, où il termina tranquillement ses jours, à 71 ans, le 21 mai 1059. On a prétendu que l'éclipsé de soleil qui suivit sa mort de quelques jours lui en avait fait prédire l'époque. Les jugements que l'on a portés sur le mérite de ce philosophe varient en raison des passions qui les ont dictés. Tobie Adami (1), son disciple, l'élève jusqu'aux nues ; jouant sur le nom de Campanella, il s'écrie :
AdpenM mundi linuiens in aitgulo, Dormire forte dum placet mortalibus, Multum sonando 3usciUl Campanula.
Sorbiére l'appelle Monachum ineptissimum et indoclissimum Cardani simiam. César de Brancliedor dit que, dans cet homme extraordinaire, le démon a voulu prouver tout ce que peut l'esprit humain. Grotius le nomme rêveur ; Bœcler, hominem callidisrimum et ad fraudera aculum, sine ulla religione ac fide. Naudé lui donne les plus grands éloges. On ne peut nier, en effet, que Campanella eût un esprit profond, une imagination vive et hardie ; mais son asservissement aux rêveries de l'astrologie judiciaire, et la manie de l'argun>entation qu'il emprunta de son siècle, nuisirent beaucoup au développement de ses lumières. Parmi ses principes de physique et de philosophie, on remarque les suivants : l'essence et l'existence des êtres sont une seule et même chose : le lieu est une substance primitive, incorporelle, immobile, propre à recevoir tous les corps ; le froid et le cliaud sont les deux grands agents de la nature : le premier a produit la terre, l'autre le ciel ; la matière et toutes les parties possibles d'icclle, tant petites soient-elles, sont douées de sentiment ; les trois grands attributs de la Divinité sont : puissance, amour, sagesse ; c'est la triade principiante, de laquelle tout est émané, etc Les ouvrages imprimés de Campanella sont : 1° Philotophia s*iuibu$ demonstrala ; advenus eo$ qui proprio arbitratu, non autem stnsala duce natura philosophait «uni : cum vera defensione Bernardi TeUsii, Naples, 1591, in-4*; l'auteur y traite du principe îles mixtes, de la formation du fœtus, du ciel, du monde, des éléments, du cours oblique du soleil, du mélange des éléments, de leurs qualités et du mouvement. 2° Prodromut philoiophim instaurandœ, $eu de natura rerum, cum prafatione ad philosopha Germaniœ, Francfort, 1617, in-4»; cette préface est de Tobie Adami, éditeur de l'ouvrage. 5° De Sen$u rerum et Mugi a libri 4, ubi demonslralur mundum este Iki vivam
(I) Tobie Adami naquit a Wrrda, te 30 août tMI. cl mourut a Weimar, où il était conseiller antique, le » novembre («43. Dans m jronesse, il lli le voyage de la lerie sainte avec Bunau. dont il était M gouverneur. A son retour, il passa par Malle, par Naples, où il connut t^mpanella qui laniraissail dans les prisons; il y séjourna huit mois entiers. Campanella lui fonda plusieurs ouvrages poule» «aire imprimer, et jamais Adami n'abusa de sa couBauce.
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slatuam, beneque eognoseenlem ; omnes illius partes sensu donatas esse, quatenus ipsarvm eonservationi suffieit, et fere omnium natura arcanorum aperiuntur ration < s, Francfort, 1020, in-4», publié par Tobie Adami; et Paris, Boullanger, 1656, in-4», 2' édit. donnée par Campanella lui-même, et dédiée au cardinal de Richelieu. Cet ouvrage, composé pendant sa détention, est un des plus curieux de l'auteur , il s'efforce d'y prouver que les êtres que nous regardons comme les plus insensibles, tous, jusqu'aux cadavres, sont doués du sentiment On y trouve aussi l'opinion que le nombre des mondes est inh'ni, que les planètes sont habitées, et que le soleil s'approche insensiblement de la terre, pour la brûler au jour du jugement. Le P. Mersenne et D.-G. Morhof s'élevèrent avec force contre ce livre. Ce fut aussi sur le même sujet qu'Athanase le Rhéteur, prêtre de Constantinople, composa en grec un Anli- Campanella, abrégé depuis par lui-même en latin, Paris. 1655, in-4» 4* Realis philosophia epilogistiem parles 4 eum Tob. Adami annotai., aecedit appendix politicus, sub hoc lilulo, Civilas solis, seu idea reipublicœ philosophieee, Francfort, Cumelius, 1020; Tampachius, 1625. in-4»; ces quatre parties de la philosophie sont la physique, la morale, l'économie et la politique ; c'est à la dernière que se rattache la Cité du Soleil, espèce de roman utopique, que Camiwnella met lui-même fort au-dessus de la République de Platon, mais queConringius trouve avec raison inférieur à celui de Thomas Morus. L'auteur y établit la communauté des femmes. L'ouvrage est terminé par des questions de Campanella contre les sectes anciennes et modernes. La Cité du Soleil a été plusieurs fois réimprimée ; elle se trouve entre autres dans le Mundus aller et idem de Mercurius Britannicus ( Jos. Halle ), Ulrecht, 1645, 1648, in-12. 5 Apologia pro Galileo, ubi ditquirilur utrum ratio philosophandi quam Galileus célébrai faveat Scripturis saeris,an adversetur, Francfort, Kempffer, 1622, in-4°, publiée par Adami. 0° Astrologieorum libri 6, Lyon, 1629, in-4°, et Francfort, 16.-0, in-4». édit. augmentée d'un 7* liv., de Fato syderali cïtando; l'auteur s'efforce d'y faire concorder les données de l'astrologie avec les doctrines de St. Thomas, d'Albert le Grand et de l'Ecriture sainte. V Alheismus Iriumphalus , seu contra antichristianismum , Rome, 1651, in fol. Le premier titre fut donné à l'ouvrage |>ar Scicppius; on a prétendu, peut-être sans beaucoup de rondement, que celui iVAlheismut triumphans lui conviendrait mieux, parce que Campanella n'y combat que faiblement les arguments qu'il prête aux athées. La 2" édition de ce livre, plus recherchée que la première, est de Paris, Dubray, 1656, in-4°; elle est augmentée des n*« 11 et 12 8° Monarchia Messiœ, ubi. per phitosophiam divinam et humanam, demonslranlur jura summi pontificis super universum orbem, Jesi, Arnaziino, 1655, in-4». 9' Discorsi delta UbertA e délia feliec suggetione atlo stato eeclesiaslico, ibid., 1655, in-4»; ces deux ouvrages, extrêmement rares, que l'on réunit ordinairement, furent supprimés sur la tiède plusieurs souverains, et sont i
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des curieux : Niceron ne les a pas connus. 10* Medie ira Hum juxta propria principia libri sept cm, Lyon, Pillcbottc, 1635, in-4*, publiés par Jacques Gaffarel. L'auteur s'y montre aussi confiant dans l'astrologie judiciaire que peu instruit en anatomic ; il attribue la préparation de la bile à la rate. 11* De Gcntilismo non retinendo, quastio unira, Paris, 1636, in-4*; il examine dans ce litre s'il est permis de contredire Aristote, et de jurer in verba magistri. 12» De Pradestinalione, EUctione, Reprobalione et Auxiliis divina gratim, cenlo thomisticus, Paris, 1656, in-4* ; il rejette les opinions de St. Augustin et de St. Thomas , pour suivre celle d'Origéne. 15* Disputationum in suam philosophiam realem libri quatuor, Paris, 1657, in-fol. 14° Philosophia rationalis partes quinque, Paris, 1658, in-4* ; ce livre avait été composé pendant sa détention. Les cinq parties de la philosophie rationnelle sont : la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la poétique et l'histoire. 11 définit la rhétorique, l'art de conseiller le bien et de dissuader le mal, d'où il suivrait qu'un beau plaidoyer sur une mauvaise cause n'appartiendrait plus à cet art. 15° Universalis Philosophia seu metaphyiicarum rerum libri 18, Paris, 1658, in-fol. 16* Eeloga in portentoiam NalivitaUm Delphini G allia. Paris, 1659, in- 4*; on voulut l'attaquer sur le choix du mot portentosa, que l'on prétendait ne se prendre qu'en mauvaise part, niais il prouva le contraire. 17* De Monarehia hispanica Discursus, Amsterdam, Elzevir, 1640, in-24; Hardenrick, 1640; Amsterdam, 1655, in-12; traduit en italien, en anglais et en allemand, fort augmenté, par Besold. Campanella composa ce livre en prison; il y fournit au roi d'Espagne les moyens de parvenir i la monarchie universelle. 18* De Librit propriit et reela Ratione studendi Syntagma, Paris, 1642, in-8*; Gabriel Naudé fut l'éditeur de ce livre, que réimprimèrent Grotius dans son recueil de Sludiis instituendis, Amsterdam, Elzevir, 1645, in-12; et Th. Crénius dans le traité de Philologia, Leyde, 1696, in-4°. Presque tous les ouvrages de Campanella sont rares, et portent au frontispice une clochette. On trouvera dans les Script, ord. pretdiealorum des PP. Quétif et Echard deux autres indices de ces ouvrages, l'un formé d'après le traité de Ubrii propriis, l'autre conforme au plan que donne Campanella pour une nouvelle édition de ses ouvres, en 10 vol. in-fol., fa la fin de sa Philosophie rationnelle. Les mêmes religieux donnent aussi le catalogue exact des ouvrages manuscrits de leur confrère, composé de plus de cinquante articles. La vie de cet homme célèbre a été écrite en latin par Ernest Salomon Cyprien, Amsterdam, 1705. 1722, in-8°. On peut aussi consulter sur le même sujet, Bayle, Chauffepié, Toppi, Nicodemo, Brucker ( Hist. philos., t. 5), Lorenzo Crasso, les Mémoires du P. Niceron, t. 7, et même V Encyclopédie, où l'on trouve un court exposé de la philosophie de Campanella, tiré de Brucker. D. L.
CAMPANI (Je an- Antoine), HU d'une paysanne de Cavelli, qui accoucha de lui sous un laurier, naquit en 1427. Il prit son nom du mot latin Campa-
nia, qui désigne la Terre de Labour, où est situé le village de Cavelli. Orphelin dès son bas age, Campani fut d'abord berger, puis [>assa au seniee d'un curé de campagne, qui, lui voyant quelques dispositions, lui enseigna la langue latine. Le disciple, devenu plus habile que son maître, alla continuer ses études à [Saples, et y fut précepteur. Dégoûté de cette profession, il partit pour aller étudier le droit à Sienne, et fut dévalisé par des voleurs. Il alla a Pérouse, où il s'appliqua a la philosophie, aux mathématiques, i l'éloquence, à la poésie et à l'étude de la langue grecque; mais , quoiqu'à l'école de Démétrius Clialcondyle, il renonça bientôt à cette langue. Jacques Piccolomini, depuis cardinal de Pavie, dont il lit la connaissance, l'introduisit à la cour du pape, où il composa deux petits traités : de Regendo Magiuratu el de Dignitale malrimonii. Pie II désira le connaître ; il s'établit entre le souverain pontife et Campani une petite correspondance que le pape tenait lui-même Pic 11 nomma Campani évéque de Crotone, puis de Téramo, et mourut au moment où il allait le créer cardinal. Paul II conféra i Campani larchiprétré de St-Eustache, et l'envoya avec le cardinal de Sienne à Datisbonne. Sixte IV, successeur de Paul II, avait été fa Pérouse le professeur de Campani, et lui donna le gouvernement de Todi. Campani ne put apaiser les troubles qui y régnaient, et ne fut pas plus heureux fa Foligno, ni fa Citta di Caslello. Le pape résolut d'y envoyer des troupes; mais ces troupes ayant commis de grands excès à Todi et à Spolètc, les habitants de Citta di Caslello fermèrent leurs porles, en représentant au pape qu'ils étaient prêts à lui obéir en tout, pourvu qu'il ne les forçât pas à recevoir des soldats. On lit alors le siège de cette place. Campani. gouverncui de la ville, écrivit à ce sujet au pape : « Si Votre « Sainteté n'y met point d'autre ordre, qu'est-ce « que tout ceci, sinon une cruauté digne des Turcs, « et non une conduite chrétienne, sacerdotale , ou « qui ressemble fa celle du Sauveur ? » Sixte IV ôta le gouvernement fa Campani, qui ne put jamais rentrer en grâce, et fut même banni de l'Etal ecclésiastique. Campani alla fa Naples, où le roi lui donna le titre de son secrétaire, et lui fit de grandes promesses. Ennuyé d'en attendre l'effet, il se retira à Téramo, puis fa Sienne, où il mourut le 15 juillet 1477. Campant était très-lié avec le cardinal Bcssa- ' rion. Il était laid et mal fait ; il avait les pieds crochus et les mains recourbées et velues, les narines larges et ouvertes, le front petit, le ventre très-gros. Quelques personnes ont attaqué ses mo-urs, et Polilien, qui a fait son épitaphe, lui fait dire : Placuit mihi ulerque Cupido. Cet uterque Cupido a été expliqué de diverses manières. Quelques critiques n'ont vu dans le second Cupidon que l'amour de Dieu ; il est certain que, parmi les vers de Campani, une partie est érotique, et, comme il le dit lui-même, quorum pars est amatoria. L'édition de Tite-Live, Borne, 1471-72, in-fol., fa laquelle il donua des soins, a fait croire à quelques personnes qu'il avait été correcteur d'imprimerie; c'est une erreur. Les œuvres de Campani ont été imprimées d'abord fa Rome,
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1495, in-fol., puis à Venise, par les soins de Ferno, qui y ajouta la vie de l'auteur. Les Mémoires de Niceron, t. 10, 2e partie, p. 290. donnent le détail des ouvrages contenus dans celte édition ; les principaux sont plusieurs harangues, oraisons funèbres, panégyriques, etc.; neuf livres d'épîtres; la Vie de Pie //; la Vie d'André Braeeio {voy. Braccio de Mourons); cet ouvrage a clé imprimé à part, Baie, IMS, in-8»; la traduction italienne a paru en 1030, liuit livres d'élégies et d'épigrammes. Jean Uurchard Mencken a fait réimprimer les Epistola et Potmala, Leipsiek, 1707, in-8». Le nouvel éditeur désirait qu'on réimprimât tous les ouvrages de Campani, et Fred.-Olt. Mencken, son fils, lit imprimer un volume intitulé : J. Ant. Campani Opéra sélection, Leipsiek. 1734, in-8°. On y trouve la Vie de Braeeio, la Vie de Pie II, trois livres contre l'Ingratitude, une Description de Trasimène, et les deux traites dont il est question au commencement de cet article. Il ne par.ru pas que les harangues de Campani aient été réimprimées parles soins de l'un ou de l'autre Mencken. Z.
CAMPANI (Nicolas), poète dramatique, surnomme iï Strascino, mot dont la décence ne permet pas de donner ici l'équivalent en français, était né vers la fin «lu 15' siècle à Sienne. D'un caractère facétieux et d'une gaieté intarissable, il fil les délices de ses compatriotes, qui se plaisent à des spectacles dont ne s'accommode pas aussi bien la délicatesse de leurs voisins : mais on ignore les |>articularités de la vie de ce personnage. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il était membre de l'académie des Hozzi. On connaît de lui quatre comédies rustiques ou églogues, car elles portent aussi ce dernier litre : Il Coltellino, il Strascino, il Magrino et enlin H Berna. Les trois premières sont citées dans la Drumalurgia de l'Allacci, dans V Histoire du théâtre italien île Hiccoboni, etc. ; mais la quatrième n'est indiquée que dans le Catalogue de Piuelli. Quoiqu'elles aient été réimprimées plusieurs fois a Venise et à Florence, séparément ou dans des recueils, les pièces de Campani sont très-rares, même en Italie. On ne les trouvait pas dans la bibliothèque de Floncel, I? plus riche collection de livres italiens qu'où ait vue en France, et on les chercherait inutilement à la bibliothèque du roi. Lu plus connue des pièces de Campani, c'est le Strascino, «tout le nom lui est resté. On en compte au moins cinq éditions. La première esl de Sienne, 1519, et la plus récente de Venise, 1592, iu-8". On doil encore à cet écrivain facétieux un poème in oltaia rima, dont le sujet n'est autre que la maladie à laquelle les Français ont donné le nom de mal de ISaples; il est intitulé : Lamento di quel tribulalo di Strascino sopra et maie incognito, che traita délia patienza e.l impatienta, Venise, 1323, in-8° de 28 feuillets. Les biographe! eu citent d'autres éditions de 152», 1537 et 1021 ; mais les curieux recherchent surtout l'édition originale. On trouve de notre auteur des capitoli dans le second livre des Rime de Berâi, et dans d'aulres recueils du même genre. \V— s.
CAMPAM-AL1ME>IS(MattiIIM K natif du dio-
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cése de Spolète, était curé d'une paroisse de Rome, sous le pontificat d'Alexandre VII, et employait ses loisirs aux travaux de l'optique et de l'horlogerie. Il a travaillé à une célèbre horloge de nuit qui fut exécutée à celte époque, au moyen de laquelle l'heure parait distinctement peinte sur une surface blanche, éclairée par une lumière placée dans l'intérieur de l'horloge. 11 est auteur d'un ouvrage lalin intitulé : UoroUtgium solo naturœ molu atque ingenio dimetiens et numerans monunta temporis constantissime aqualia ; acctdil cireinus sphmrieus pro lentibus («• lescopiorvm tornandis et potiendis , Home, 1078, in -4°. Cet artiste, dans cet ouvrage dédié à Louis XI V, décrit une invention qu'il croit sûre, pour remédier à Fil-régularité provenant des altérations de l'air dans lequel se font les vibrations du pendule, et qui s'opposent à la précision îles horloges. Il prétend aussi remédier à l'inégalité de ces mêmes vibrations, au moyen d'un pendule double, lluyghens avait déjà remédié en partie à cette inégalité, par l'application de la cycloïde au pendule. Campani est surtout célèbre par son adresse à tailler et polir des lentilles d'une convexité très-peu sensible, et telles qu'il les fallait pour les lunettes astronomiques de la plus grande longueur ; il sur|>assa en ce genre tous les artistes de son temps, et, de toutes les parties en l'Europe, on lui demandait de ces lunettes. Louis XIV voulut en avoir pour son observatoire, et Campani lui en lit trois, dont la plus grande avait 130 pieds de foyer : c'est |>ar leur secours que Cassiui découvrit les deux satellites les plus voisins de Saturne. Ces instruments gigantesques, d'un transport et d'un maniement si peu commode, ont cessé d'être employés depuis l'invention des télescopes à réflexion. — Joseph Caupam, son frère, s'occupait aussi des instruments d'optique et d'astronomie. Il avait moins de iialience cl d'adresse que Matthieu pour tailler et polir les verres, mais il montait les lunettes et faisait lui-même des observations. Il a publié 1° ttagguagliodi due nuave osservazioni, una céleste in orJine alla Stella di Saturne, t terrestre l'allra in ovdine a gl'inslrumenli, Rome, 1004, in-8«; ibid., 1005, in-4°. Auxout écrivit sur cet ouvrage une lettre à l'abbé Charles, Paris, 1005, in-4" de 02 p.; et on publia la même année une réponse de Hook aux considérations d'Auzout, et quelques lettres écrites de part et d'autre sur le sujet des grandes lunettes, traduites de l'anglais, Paris, in-4" de 3tt p. {Voy. Auzolt.) 2" Leltcra di Giuseppe Campani intorno aile ombrt délie stelle Medicec nel volto di Giove, ed altri nuoti fenomeni celesti scoperti co suoi occhiali. Rome, 1005, iu-fol. P— E et C M. P.
CAMPANILE (PlllUBEnT), Napolitain, vivait au commencement du 17' siècle. On a de lui : 1" Y Idée à rere forme d'eloquenlia secundo la dotlrina di liermogeneedi altri retori anlichi, Noples, 1006, iu-4-. 2" Armi o vero Insegni de' nobili, Naples, 1015, 1018 et 1081, in-fol. La 3' édition esl la plus ample et la seule recherchée. 3* Historia délia famiglin di Sangro, Naples, iu-fol-, 1015. — Jean-JérimeCxu- PA.MLE, de la même famille, deetcur en droit, e*ê-
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que de Lacerdonc, puis d'Isernie, mort à Naples en 1626, est auteur du Diversorium juris canonici, Naples, 1620, in-fol., et do quelques autres ouvrages moins importants. — Joseph Caupamle, originaire de Diano, dans la Principauté Ultérieure, né à Naples vers l(»30, se (it connaître par quelques productions agréables mais satiriques. Les Leitra sur la noblesse, qu'il publia en 1072, ouvrage dans lequel il citait plusieurs faits injurieux aux familles de Naples les plusrcrommanilables, lui attirèrent un grand nombre d'ennemis. Arrêté sur leur demande , il fut convaincu d'avoir falsilié les titres dont il s'était servi |>our appuyer ses calomnies, et mourut en prison, après deux années, en 1074. On a de lui : 1*1tere eapricciose, Naples, 1000, in-12; Prose varie, 1000, in-12; Dialogi morali, 1060, in-12; et enfiu Noliziedinobillà. Ultere, Naples, 1672, in-4°. W— j.
CAMPAMUS (Thomas), savant suédois, qui, piqué de voir que nulle pari on ne faisait mention dis efforts île ses compatriotes pour précber l' Evangile aux infidèles, résolut de les faire connaître. Il recueillit dans les mémoires de quelques ecclésiastiques suédois qui avaient exercé les fonctions du ministère évangelique auprès des communautés de cette nation, établies en Pensylvanic et en Virginie, les documents d'après lesquels il écrivit dans la langue de son pays un ouvrage intitulé : Description abrégée de la province de la Nouvelle-Suède en Amérique, appelée aujourd'hui rensylvanie , Stockholm, 1702, in-4<>, avec ligures. Ce livre contient des considérations générales sur l'Amérique, et sur la manière dont elle a été peuplée , sur les voyages que les Européens y firent au 10' siècle, épique à laquelle ils lui donnèrent le nom de Vinland. On y trouve aussi l'histoire particulière des établissements suédois, et le journal d'un vovageur de cette nation qui y séjourna en 1042 ; les causes qui tuent perdre cette colonie à la Suède, et le détail des relations qui continuèrent à exister entre ce pays et la métropole, sous le rapport religieux ; enfin un vocabulaire suédois et virginien. Cet ouvrage donne connaissance de particularités intéressantes, et l'auteur réfute les erreurs d'un certain F.-D. Pastorius, qui, en 1700, avait publié en allemand un assez mauvais livre sur la Virginie. E-s.
CAMPANO [Sun), Ce savant naquit à Novare dans le Milanais, et vivait dans le t " siècle, lia écrit sur l'astronomie, sur le calendrier, sur les erreurs de Ptolémée dans ses calculs sur les mouvements de la lune et du soleil, sur la spbère, sur les signes du zodiaque, et sur la quadrature du cercle ; ce dernier traité se trouve à la lin de l'appendix de l'ouvrage intitule : Margarita philotophica. Ou a encore de lui : Euelidis Dala, Venise, 1482, in-fol., Elementa, Baie, 1546, in-fol. Il traduisit Euclide d'après la version arabe, le texte grec n'étant pas encore trouvé de son temps. Aussi cette version est-elle trêsfautive. C. H. P.
CAMPANTS (Jean), disciple de Luther, naquit dans le durhé de Juliers, et se mit à enseigner, ▼ers l'an 1551, à peu près les mêmes erreurs que Serve t. Suivant Cocblée, il condamnait le mot ho~
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mooution , c'est-à-dire, eonsubstanliel, et renouvelait ainsi l'arianisme. Il avait suivi pendant deux ans, a VVittembcrg, les leçons du premier chef de la réforme; mais il s'écarta des opinions de son maître, principalement sur la cène, et différa même sur ce point des sacramentaircs. 11 soutenait que le Fils et le St-Esprit n'étaient pas deux personnes différentes du Père. Il écrivit contre la Trinité et 1 éternité du St-Espril, et fut vivement réfuté par George Wicelius. On trouve une dissertation de Campanus dans le t. 1 1 des Amanitates lilleraria de Schelhorn. — François Camimmls, savant humaniste, né à Colli, petit bourg de la principauté de Luiques, au commencement du 10* siècle, est connu par un ouvrage dans lequel on reproche à Tucca et à Varus d'avoir supprimé au second livre de X Enéide vingt-deux vers, suppression qui rend les passages suivants obscurs, et presque inintelligibles. Cet ouvrage est intitulé : Qtueslio Virgiliana, per quant poêla negligenlia, quant Tucca et Yarut acccrleri haclenus objecerunt absalvitur, et sine qua, multa in divinu ^Enéide ad hanc diem obicuristima loca, sed in secundo praserlim et sexto inlelligi non possent, Milan, 1540, in-4° ; Paris, fMl.in-B», et 4 la suite de Pnrrhusii liber de rébus per epistolam guœsitis, Henri F.stiennc, 1567, in-8". On a encore de Campanus : Ad Adrianum sextum pontificem maximi oratio panegyrica, Pavie, 1523, in-4°. Negri a parlé de cet auteur dans son Istoria degli Scriltori Fiorenlini, p. 189. V— VI et W— ».
CAMPASPE. Voyez Aheli.es.
CAMPBELL (John), était le petit-fils d'Archibal Campbell, comte d'Argyle (voy. Abgylb), lequel péril sur l'écbafaud le 9 juillet 108.'», victime du fanatisme de Jacques II. — Le i'.U du comte d'Argyle, nommé comme lui Arcliibal Campbell, lord Lorne, qui s'était converti à la foi catltolique, reçut quelques faibles marques de la bonté de ce monarque, dont il supporta longtemps les caprices avec résignation ; mais, ne recevant en échange ni biens ni honneurs , et profondément sensible aux maux de sa famille, il se rendit en Hollande en 1088 II faisait partie de la suite du prince d'Orange, lorsque celui-ci mit à la voile pour aller occuper le trône de son betn-pére ; et il fut envoyé d'Exeler en Ecosse pour veiller aux intérêts de Guillaume. II fut ensuite envoyé par la convention à Londres, avec Dalrymphe et Montgoinmery, pour apporter à ce prince la couronne d'Ecosse et obtenir la confirmation des franchises du pays. A son retour, il fut rétabli dans ses honneurs etilans ses biens par la convention qui s'était transformée eu parlement. Aussitôt le clan des Campbell releva la tète et ne montra pas plus de mo leration envers ses ennemis abattus que ceux-ci n'en avait montré à son égard. Archîbald Campbell, devenu par octroi royal duc d'Argyle, commandant de la garde écossaise à cheval et un des lords de la chambre du trésor d'Ecosse, mourut en 1704. — John Campbell, son fils, 2e duc d'Argyle, né en 1078, fut destiné à la profession des armes. Son père lui procura d'abord un régiment à pied sous le roi Guillaume, et sous la reine Anne il sç
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distingua dans la guerre de la succession. En 1706, il signala sa valeur à la bataille de Ramillies, et, en 1708, il était à la téle de vingt bataillons à, la bataille d'Oudenarde. Enfin il seconda si bien le duc de Marlborough aux sièges de Lille et de Gaud, et à la bataille de Malplaquet, qu'il fut décoré eu 1710 de l'ordre de la Jarretière. Dans l'intervalle de ces campagnes, il ne laissa pas d'aller plusieurs fois à Edimbourg, où la reine l'avait nommé, en 1705, son commissaire prés le parlement d'Ecosse. 11 y Tut le principal moteur de l'affaire de l'union , ce qui lui fit perdre de sa popularité. En 1711 , il fut envoyé en Espagne comme ambassadeur extraordinaire auprès de l'archiduc ; mais il trouva les affaires de ce prince presque désespérées. Une fièvre qui le retint au lit, et la paix d'Clrecht qui se traita bientôt après, ne lui permirent pas d'y rien faire d'important. En 1712, il fut nommé commandant i général des forces royales en Ecosse ; mais il ne tarda pas à perdre la faveur des ministres , en se jetant dans le parti de l'opposition, et censurant ouvertement le traité d'Llrecht. Il clierchait à regagner la faveur populaire, en se déclarant contre le bill qui assujettissait l'Ecosse à la taxe du mail , et en travaillant à faire dissoudre l'acte d'union dont il avait été le plus ardent promoteur. Cette versatilité lui lit perdre plusieurs fois les charges qu'il tenait «le la cour. 11 rentra en faveur à l'avènement de George 1*', el commanda en 1715 les troupes royales envoyées en Lcosse pour s'opposer au prétendant. Avec une armée très-inférieure en nombre , mais mieux disciplinée, il arrêta à Dumblain les progrès du général Marr : les deux partis s'attribuèrent la victoire; mais le duc d'Argyle, ayant reçu un renfort de dragons et de troupes hollandaises, força bientôt, le prétendant à se rembarquer. Nommé pair de la Grande-Bretagne en 1718, avec le titre de duc de Grcenwich, il se signala en 1739 par son opposition à l'administration de Robert Walpole. Après que ce dernier eut été écarté du ministère, le duc d'Argyle fut de nouveau replace, mais il ne jouit pas longtemps de ses succès : il mourut d'une attaque de paralysie en septembre 1743, et fut enterré à Westminster, où ou lui éleva un monument. Pope et Thompson l'ont célébré dans leurs vers, et Maepherson, dans son Histoire S Angleterre, parait s'être plu j à le déprécier, Elevé par le célèbre historien Cun- ; ningham, John Campbell fut un protecteur éclairé ! des lettres. C. M. P. et D — r — r.
CAMPBELL (George), théologien écossais, né dans le comté d'Argyle, en 1096, el élevé â l'uni- ! versité de St- André, où il fut nommé, en 1748, professeur d'histoire ecclésiastique. On a de lui un Discours sur Us miracle», célèbre dans son pays, et traduit en français par Jean de Castillon (l trecht, 176.'», in- 12) (I), un Traité sur la vertu morale, et une Défense de la religion chrétienne, publiée en 1736, et qui, renfermant des opinions contraires au calvinisme, indisposa contre lui le clergé écossais;
(l) L* mfme oumgr • nt induit, soa* le liire de DtuertMe* «r/« *ir«rt#i, |«r Ani. Biw, Amsterdam, W7,
en sorte que, malgré son mérite, il n'occupa jamais
qu'une petite cure dans les montagnes de l'Ecosse.
Il mourut on 1737, âgé de 61 ans. — Colin Campbell, architecte, né dans le nord de l'Angleterre, mort en 1 75-1, fut intendant des bâtiments de l'hôpital de Greenwich ; il est auteur d'un ouvrage intitulé : VUruviut Brilannicus, Londres, 1715, 5 vol. in-fol.; ibid., 1767-71, 5 vol. in-fol. On cite plusieurs beaux édifices dans le comté de Kent, élevés d'après ses dessins , mais qui n'étaient que des copies du Palladio. X— s.
r CAMPBELL (Jean), écrivain distingué, né à Edimbourg eu 1708. Sa mère se glorifiait de descendre du poète Waller. A cinq ans, il quitta l'Ecosse, qu'il ne revit jamais, fut emmené à Windsor, et, étant destiné â suivre la carrière du barreau, fut placé chez un procureur; mais un goût exclusif pour la littérature le détourna de l'étude aride du droit. Déjà connu par quelques écrits de peu d'étendue, sa réputation s'accrut considérablement en 1736 par la publication de I Histoire militaire du prince Eugène el du duc de Marlborough, ornée de très- belles cartes et ligures gravées II s'engagea, peu de temps après, comme cooperateur de Y Histoire universelle ancienne, ce qui ne l'empêcha pas de donner au public un assez grand nombre d'ouvrages historiques et politiques, notamment les Vies des amiraux et autres célèbres marins anglais, in-4% dont les deux premiers parurent en t74î, et les deux autres en 1744. Cet ouvrage eut un grand succès, et fut presque aussitôt traduit eu allemand. li en Ait tait trois éditions pendant la vie de l'auteur, et le docteur Berkenhout en a donné depuis une 4* édition. En 1746 cl en 1748 parurent les deux premiers volumes de la Biographia Britannica, ouvrage trésestimé, dont les meilleurs articles sont du docteur Campbell, à qui l'on ne peut reprocher qu'une bienveillance de caractère qui prodigue trop généralement l'éloge. Il travailla également aux deux volumes suivants. En 1750, il publia séparément son Etal actuel de l'Europe, qui avait été imprimé d'abord en 1 746 dans le recueil périodique intitulé Muséum, et dont Dodsley était l'éditeur. Ce nouvel ouvrage de Campbell n'eut pas moins de six éditions ; mais celle de ces productions qui fut le plus favorablement accueillie du public, et par laquelle il termina sa carrière littéraire, est son Tableau poliliqu* de la Grande-Bretagne, 1744, 2 vol. in-4\ Quoique cet ouvrage manque d'exactitude, il le regardait comme un monument qu'il laissait de son amour pour son pays, et en effet jamais écrit plus patriotique ne parut dans la langue anglaise, et peutêtre dans aucune langue. Campbell s'était marié en 1736. Sa vie, partagée entre les lettres et la société, offre peu d'événements remarquables. Extrêmement sédentaire, on le voyait rarement hors de chez lui, où il se plaisait à rassembler le dimanche une société clwisie principalement parmi les gens de lettres, et il ne se promenait guère que dans sa chambre ou dans son jardin. Nommé, en 1765, agent du roi pour la province de la Géorgie dans l'Amérique septentrionale, il occupa cette place jusqu'à sa mort,
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arrivée le 28 décembre 1775, ver» la 68* année de
son âge. Outre les connaissances que font supposer ses ouvrages, il était versé dans les mathématiques, la médecine , la littérature sacrée, les langues anciennes, modernes et orientales. Son style, quelquefois un peu diffus, est en général clair, élégant et harmonieux. Voici le titre de quelques-uns de ses ouvrages que nous n'avons point cités : 1» Voyages et Aventures d'Edouard Brown, 1759. in-8°. 2° Mémoires du bâcha duc de Ripperda, 1759, in-8», et 1744, avec des changements. 5* Précis historique de f Amérique espagnole, 1741, in-8". 4° Hermippus ressuscité, 1745, réimprimé avec de nombreuses additions, en 1749, sous ce titre : Hermippus redivivus, ou le Sage triomphant de la vieillesse et du tombeau. Campbell avait pris l'idée de cet ouvrage dans un livre du docteur Cohausen , publié à Coblentz sous le même titre en 1745, et que la Place a traduit en français (1789, 2 vol. in-8°.) 5° Voyages and Travels, 1744, 2 vol. in-fol. , recueil fait avec beaucoup de goût, sur le même plan que la collection des voyages publiée par le docteur Harris en 4705 : la préface de ce recueil est regardée comme un modèle en son genre. 6" une Introduction à la chronologie et un Discours sur l'industrie et le commerce, dans l'ouvrage imprimé par Dodsley, sous le titre du Précepteur. 7* L'Histoire des établissements portugais, hollandais, espagnols, français, suédois, danois, et d'Ostende dans les Indes orientales, et l'Histoire des royaumes d'Espagne, de Portugal, d'Algarve, de Navarre et du royaume de France depuis Clovis jusqu'en 1636. Nous n'ajouterons pas ici les titres de quelques pamphlets et autres écrits du même auteur, de peu d'intérêt aujourd'hui, quoiqu'ils aient presque tous eu un grand succès dans leur nouveauté (1). Nous disons presque tous; car on raconte l'anecdote suivante : quelqu'un vint un jour communiquer à Campbell un livre allemand supposé traduit du français, et lui demanda s'il ne serait pas à propos d'en donner une traduction anglaise. Campbell, après avoir examiné le livre, ne fut pas peu surpris d'y reconnaître un pamphlet qu'il avait publié quelques années auparavant, qui n'avait produit en Angleterre aucune sensation, et dont un traducteur infidèle avait fait sa proie en le donnant comme son propre ouvrage. X-».
CAMPBELL (sir Nul), officier anglais, né vers 1770, servit trois ans, de 1797 à 1800, dans les Indes occidentales, sans obtenir un grade plus élevé que celui de lieutenant ; retourna en Angleterre, où il devint capitaine, resta dix-huit mois à '.'école militaire, en sortit avec le litre de quartiermaître général dans le district sud ; puis, ayant été nommé major en 1805, il passa derechef en Amérique, d'où il fit de temps à autre quelques apparitions dans sa patrie. 11 obtint successivement les grades d'adjudant général des forces anglaises dans les lies du Vent et sous le Vent, et de lieutenant-colonel. Sa belle conduite dans l'expédition contre la
(t) Il i eu par 1 1 U fjanfe HUIotre uniterullt anglais*. La Cmnafrtphte iti Ma orientêlts «l aussi de lui. D— •
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Martinique et contre les Saintes , prés de la Guadeloupe, l'avait fait remarquer, lorsque la conquête de ces deux Iles et l'expulsion définitive des Français rendirent inutile un plus long séjour des forces britanniques dans ces parages. De retour à Londres, sir Neil Campbell n'y resta que peu de temps ; et, passant dans la péninsule hispanique, il prit part à la guerre contre Napoléon comme colonel du 16* régiment d'infanterie portugais. La brigade de Pack, dont ce régiment faisait partie, n'appartenait spécialement à aucune division, et se transportait partout où le demandait le bien du service. Le régiment de Neil Campbell fut employé , en 1811 et 1812, au blocus d'Almeida , qui formait la gauche de la position durant la bataille de Fucntes de Onor, aux sièges de Ciudad-Bodrigo, de Badajoz, de Burgos , enfin à la bataille de Salamanque. Plusieurs fois le duc de Wellington mentionna son nom avec honneur dans ses rapports. Bamené en Angleterre au commencement de 1815 par le mauvais état de sa santé, le colonel Campbell passa bientôt en Suéde, sans doute avec une mission pour Bernadotte qu'il fallait unir à la coalition ; puis, franchissant la Baltique.il alla joindre le quartier général de l'empereur Alexandre en Pologne, où il trouva l'ambassadeur anglais , lord Cithcart, qui l'employa concurremment avec le colonel Lowe et sir Robert Wilson pour se tenir au fait des forces et des opérations militaires des divers corps de l'armée russe. Le colonel Campbell prit même du service dans le corps de Wittsenstein, et il eut part aux deux campagnes de 1815 et 1814, jusqu'à l'entrée des alliés a Paris. En août 1815, il fut détaché au siège de Dantzick , et il y passa les deux mois suivants. En mars 1814, au combat de la Fère-Champenorse, il chargea impétueusement les Français à la tète de la cavalerie , et fut blessé en cette rencontre , mais de la main d'un Cosaque qui dans la mêlée le prit pour un officier français. Après le triomphe des alliés , Campbell fut un des oniciers désignés pour accompagner Bonaparte jusqu'à l'Ile d'Elbe. Les trois autres commissaires étaient Koller, le comte Schouvalov et le comte Truchsess. M obtint en même temps de son souverain le titre de chevalin- et des armoiries, avec le brevet de colonel dans l'armée britannique , et de l'empereur de Russie la décoration de l'ordre de Ste-Anne, avec les croix de St-George et de St-Vladtmir. Sir Neil Campbell revint ensuite à l'Ile d'Elbe, sous le prétexte plausible de préserver, par sa présence , cette éphémère souveraineté de toute insulte extérieure , mais bien évidemment pour y surveiller les mouvements de Bonaparte. On publiait que l'ex-empereur lui-même avait sollicité cette prolongation de séjonr. Cela veut dire tout au plus que parmi les commissaires étrangers que ses vainqueurs lui pouvaient imposer, le colonel Campbell était le moins désagréable ou le moins redoutable à ses yeux. Le fait est qu'il parvint sans une peine extrême , sinon à l'endormir complètement, du moins à lui donner le ciiange. Toute l'Ile et toute la cote italienne , voisine de Porto-Ferrajo, retentissaient des allées et venues des partisans de.
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Bonaparte ; et Ton s attendait à tout instant a le voir débarquer sur Piombino ou Livourne, pour s'y indemniser un peu en pirate de la lenteur qu'où mettait à lui faire payer les arrérages do sa pension. 11 y eut un art profond à répandre ainsi la croyance d'une équipée sans importance, équipée souhaitée des puissances, puisqu'elle eût fourni un prétexte pour rompre le pacte signé à Fontainebleau avec Bonaparte, lui reprendre cette lie , d'où il menaçait encore l'Europe , et le reléguer au delà des mers. Déjà cette décision avait été prise à Vienne; mais, quoique sage, elle contrevenait si nettement aux traités , que l'on désirait un palliatif ou prétexte de tout rompre. La moindre excursion hors de l'Ile d'Elbe devait en être un excellent : dans cette hypothèse le manque de parole venait de Napoléon, et peut-être, dans les escarmouches qui pourraient s'ensuivre, l'homme dont l'existence était si gênante périrait-il. C'est avec de telles pensées quo le colonel Campbell, sans doute à demi instruit du prochain départ de l'ex-empercur. se rendit sur le continent de l'Italie au milieu de février. Il était à Florence le 23 , lorsque l'événement eut lieu. En revenant le 27, il aperçut du haut du vaisseau qu'il montait la peUle flottille qui allait débarquer à Cannes; mais, ajoute-t-il dans la justification qu'il adressa a son gouvernement , sans se douter de ce qu'elle portait. Celle espèce d'évasion, puisque enfin Bonaparte était aux yeux de l'Europe un prisonnier, donna lieu i des débals animés dans les deux chambres : les ministres prirent hautement la défense et de leur escadre dans la Méditerranée et de leur commissaire. En effet, il est palpable que sir Keil, en facilitant par son défaut de vigilance la sortw de Bonaparte, ne dut que suivra un plan tracé de haut. Les Anglais , quand une fois ils purent traiter en vrai prisonnier cet homme illustre, et qu'ils n'eurent plus envie qu'il échappât , surent bien trouver un geôlier autrement rigide que le colonel Campbell. Au reste, sir Neil n'en avait pas moins été dupe comme tant d'autres , en s'imaginant que Bonaparte rompant son ban allait jouer un jeu misérable cl mesquin, et ne cinglerait pas droit sur la France. Malgré la tournure nouvelle que prirent dés lors les événements , le cabinet ne lui en donna pas moins des missions importantes. En mai, avec le prince Cariati , envoyé par la reine de Naples, femme de Moral, il négocia la capitulation d'après laquelle l'armée anglo-sicilienne occupa la ville de Naples ; l'arsenal lut fut livré, ainsi que les vaisseaux qui se trouvaient dans le port. Vers la fin du même mois, il conclut avec cette princesse, qui s'était rendue à bord du navire anglais le Terrible {the Tremendous), une convention en vertu du laquelle on devait la ramener en France. Mais lord Exmoulh déclara que sir Neil avait outre-passé «es pouvoirs , et do nouvelles négociations amenèrent la reine à se mettre avec ses entants sous la protection de l'empereur d'Autriche. Sir Campbell passa ensuite a l'armée anglaise en Belgique, prit d'assaut, à la lélo d'une des colonnes d'attaque, la porta de Vulencienne^ à Umbray, enlîn reçut le
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commandement du contingent de 9,000 homme»
fourni par tes villes hanséatîques. Vers la lin de 1815, il fut envoyé, avec le major Peodie et le chirurgien Guillaume Cowday, pour explorer les sources du Niger et continuer les découvertes de Muugo Park. En 4826, il succéda, en qualité de gouverneur général de Sierra - Leone, au major général sir Charles Turncr. L'influence délétère de cet horrible climat ne tarda pas à le frapper à son tour. 11 mourut le 14 août 4 827, avant d'avoir complété un an de résidence. Val. P.
CAMPE (Joacium-Hemu), surnommé en France le Berquin allemand, naquit a Beensen dans le duché de Brunswick- Wolfenbûtlel , en 4740, commença ses études à l'école de HoUminden , et alla les terminer à l'université de Halle comme élève en théologie. En 4473, il fut placé en qualilé d'aumônier dans le régiment du prince de Crusse, qui était en garnison à Potsdam ; mais cet emploi ne tarda pas à lui déplaire : le spectacle des désordres et de l'ignorance dont chaque jour il était témoin lui fil sentir les malheurs attachés à une mauvaise éducation , et développa chex lui le désir d'améliorer l'instruction populaire. C'est avec cette vocation qu'il succéda, en 1770, à Basedow comme directeur de l'institut d'éducation de Desseu ( dit Patlan(hropinum). L'année suivante, il quitta ce poste pour se rendre à Hambourg, et y fonder un institut semblable. Sa santé lui imposa la lui de céder cet établisaetneni au docteur Trapp au bout de six ans ( 4783 ) ; il se retira des lors à Tristow, village près de Hambourg, et il y vécut dans la solitude jusqu'en 4787, occupé de la composition de ses premiers ouvrages pour les divers âges de l'enfance. En 4787, le duc de Brunswick l'appela dans ses Étals pour lui conférer le titre de conseiller des écoles. H fut ensuite nommé chanoine du clapitre de Sl-Cyriaque , dont plus tard il devait se trouver le doyen, et il obtint la direction de la librairie d'éducation de Brunswick. On touchait alors à l'époque qui vit l'explosion de la révolution française. Campe , que des raisons de santé avalent amené à Paris , applaudit aux principes que les novateurs mettaient en avant, et, comme tant d'autres, crui de bonne foi i la prochaine destruction des abus et au règne de l'àgc d'or. H fut un de ceux à qui l'assemblée nationale décerna le titre de citoyen français. Ce fut au retour de ce voyage, en 4790, qu'il publia les Lettre» écrite» d$ Pari» pendanl ta révolution. Il aurait dû dire dan» Ut commencement* de la révolution ; car les événements de 17111 , et surtout de 1792 et 1795, ne lui apprirent que trop que la révolution n'était pas finie en 1700, et que ce qui s'était passé durant cette année n'avait élé que la trompeuse annonce d'un ébranlement politique qu'il s'était trop hâté de juger d'après ses sentiments philanthropiques et bienveillants. Ces lettres, au surplus produisirent quelque sensation en Allemagne; mais ce fut la dernière fuis que sa plume si patriarcale et si louchant, de bonhomie osa aborder la politique, et l'on ne peut que l'en applaudir. Depuis oo moment, Campe, suivant m véri-
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table vocation, se dévoua plus ardemment que jamais aux ouvrages d'éducation, et bientôt se vît a même d'acheter la librairie dont il avait été le directeur. Le succès toujours croissant de ces
Kublications Ht de cet établissement un des plus orissants de l'Allemagne. Sa prospérité se soutint au milieu de la crise que la librairie allemande eut à supporter sous la domination napoléonienne. Mais , dés cette époque , rétablissement avait cessé d'appartenir à Campe, qui, las des affaires commerciales, l'avait cédé à son gendro ( Vieweg ), pour se retirer à sa maison de campague, voisine de Brunswick. Quoique plus circonspect qu'enthousiaste , il était profondément affligé des désastres de sa patrie ; et le témoignage honorable que le corps électoral du nouveau royaume improvisé eu faveur de Jérôme Bonaparte lui donna en le nommant membre des états de Wcstphalie pour l'ordre des savants, ne le réconcilia pas avec l'usurpation. Il vécut assez pour voir la chute de cette puissance éphémère ; mais les ravages du chagrin joint à la vieillesse l'empêchèrent d'y survivre longtemps. Il mourut à Brunswick, le 22 octobre 1818. Sa vie avait été patriarcale et modeste : sa mort fut exempte de faste. Par son testament , en ordonnant qu'on l'enterrât dans son jardin , il défendait que ses funérailles offrissent la magnilicence d'usage dans le pays : les sommes qui eussent été affectées à ces vaine dépenses devaient être distribuées aux pauvres, et de plus 2,000 exemplaires de son Thiophron devaient être répandus gratis parmi des enfauts de familles indigentes. Campe avait reçu, en 1809, de l'université d'Helmstaedl le diplôme de docteur en théologie. C'est un des écrivains qui ont le mieux . mérité de la jeunesse et qui ont ouvert pour elle des sources nouvelles d'instruction , tant par le choix varié des sujets sur lesquels il a tenté de promener la mobile curiosité des etifanls , que par l'attrait des formes et des cadres à l'aide desquels il a masqué l'aridité de quelques détails. Feu d'hommes ont mieux que lui possédé l'art de se pro|K>rtionner è l'intelligence des divers Ages qu'il instruit, de mêler le sérieux au léger, les exemples à la théorie, la piquante narration à la discussion de principes ou de lois d'un genre plus haut et plus sévère. Son style pur et simple peut passer pour un modèle du genre. Sa morale est insiuuante et douce en même temps que noble; elle part du cœur, elle persuade. La belle àme de l'auteur se reflète à tout instant dans la simplicité du récit, dans le calme du dialogue , dans le naif entraînement des allocutions morales. Au reste , Campe a d'autres titres encore que ses ouvrages d'éducation aux souvenirs de la postérité. Ses travaux sur la langue allemande, quoiqu'il en ait souvent exprimé le résultat d'une manière singulière , ont un vrai mérite et ne sont pas demeurés inutiles. Il avait surtout en vue de purger la langue allemande de tous ces mots exotiques que les alluvions de tous les peuples de l'Europe ont tour à tour déposés sur le granit germanique ; et il est un de ceux auxquels on doit sttribuer le demi-ïuecés de cette entreprise
difficile. Voici l'indication de ses principaux ouvrages : V Conversations philosophiques sur la révélation indirects de la religion et sur l'insuffisance de quelques démonstrations qui la concernent, Berlin, 1773, in-8\ 2° Commentaire philosophique sur ces mois de Plutarque : La vertu est une longue habitude , ou de la manière dont se forment les inclinations vertueuses, Berlin, 1774, in-8*. 3° Les Facultés dont est douée Came humaine de sentir et.de penser, considérées, la première d'après ses lois, et toutes les deux d'après l'influence qu'elles exercent l'une sur l'autre; et de leurs effets sur le caractère et le génie, Lcipsick, 1776, in-8°. 4e La Vie de Bianca-Capello, traduite de l'italien de San- Scverino, Berlin, 1770, in-8\ 5» Conversations relatives à Nducalion, Dcssau, 1777, 4 cahiers in-8». Basedow fut le collaborateur de Campe pour cet ouvrage. 6° Petit Livre de morale à l'usage des enfants, Brunswick, 1772, in-8*; 8' édition, 1800, in-8*. Ce pcu't ouvrage, qui enseigne aux enfants d'une manière intelligible les vérités les plus profondes de la morale, a aussi été publié en latin sous ce titre : de Moribus libellus singularis, secundum repelilœ lectionis autographum, Brunswick, 1781, in-8' ; il a été traduit de l'allemand en français par filondelu, Colmar, 1788, in-8" ; autre édition en allemand et en français, Baie, 1788, in-8*; autre traduction française, Paris, 1709, in-12; autre en français et en polonais, Brcslau, 180?», in-8", hg. 7* Recueil de différents mémoires sur l'éducation, Leipsick, 1778, 2 vol. in-8*. 8* Compendium artis vivendi exErasmi Roterodami libro de Civililate morum puerilium et ex Jo. Lud. Vivis, Valentini introductione ad veram sapientiam, eoncinnatum, IIaml>ourg, 1778, in-8°. 9° Petite Bibliulhèque instructive des enfants, publiée aussi sous les titres lïÂlmanach hambourgeois pour les enfants, et de Présent de Xocl pour les enfants, Hambourg, 1779-1784. 12 vol. in-16; Brunswick, 1782-1781, 12 vol. in-12. Cet ouvrage a été traduit en français par l'abbé J.-D. Grandmottet, Brunswick, 1800. 4 vol. in-18; M. Breton l'a également traduit et l'a inséré dans la Bibliothèque géographique des enfants ( voy. ci-après) ; enfin un abrégé de la Petite Bibliothèque, traduit de l'allemand, a été réimprimé à Paris en 2 parties distinctes, la 1r' sous ce titre : Bibliothèque de l'enfance, Paris, Cordier, 1820, 2 vol. in-18; la 2* sons le titre de Bibliothèque de t adolescence, Paris, 1825, 2 vol. in-18. 10" De la Sentimentalité et de la Sensibilité sous le rapport de l'éducation, Hambourg, 1779, in-8*. Cette dissertation, corrigée et augmentée de notes très-intéressantes, a été réimprimée sous ce titre : de* Soins nécessaires pour conserver l'équilibre entre les facultés humaines, et Avis particulier contre le vice moderne de l'exaltation de la sentimentalité, dans la Révision générale des matières relatives aux écoles et à l'éducation. 11* Robinson le jeune, Hambourg, 1779 80,2 vol. in-8*; 8* édition, Brunswick, 1805. Wctzel s'occupait de traduire de l'anglais le roman si connu de ïtoeinion Crusoé. Campe avait en même temps conçu le projet d'une refonte de cet ouvrage; et, sans se laisser décourager par
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l'annonce du travail de Wctzel, il publia son Robinson le jeune, qui ne |»eut pas être considéré comme une traduction, car il n'a conservé que le fond du Robinson Crusoé. Il a adopté la forme du dialogue qui amène des explications très-instructives. Le Robituon de Campe a été traduit dans toutes les langues de l'Europe, même en russe et en grec moderne. Il en existe cinq traductions françaises, celle de Huber, Brunswick, 1795, in-8°; celle d'Auguste- Simon d'Arnay, Derne, 1794, in-8°, Genève, 1801 ; celle de l'abbé Grandmoltet, 6e édition, Brunswick, 4812, in-12 ; une quatrième, revue et corrigée |»ar Blanchard, 7e édition, Paris, 1818, 2 vol. in-12. La 3* édition de la traduction latine qu'en a faite P.-J. Licberkûlm, Zullichau, 1791, in-8*, a été «vue par Gadike et enrichie d'un index ; enfin une seconde traduction latine de Robinson, par Goffaux (voy. ce nom), a eu un immense succès en France. 12° Petite Psychologie pour ht enfanlt, Hambourg, 1780, in-80; autre édition allemande, Brunswick, 1804. L'auteur suit dans cet ouvrage la méthode de Socratc |iour éclairer les jeunes élèves sur les facultés de l'âme. Le récit d'un événement, une gravure, lui fournissent la matière d'une conversation simple et lumineuse qui les conduit eux-mêmes à la vérité. Il en existe une traduction française, dédiée à madame de Gcnlis ; elle est intitulée : Eléments de Psychologie, ou Leçons élémentaires sur l'àme, à Cusagc des enfants, Hambourg, 1785; Genève, 1785, in-12, avec planches. 13° La Découverte de l'Amérique, pour l'amusement et Hnstruction des jeunes gens, Hambourg, 1781-82, 3 vol. in-8*; 5* édition, Brunswick, 1801, in 8°. Le professeur Junker en a donné une traduction française qui a été imprimée en Suisse, 1784- 83, in-8', lig. Ce livre, d'une lecture si attachante, a exercé plus d'un traducteur et plus d'un éditeur. Une 4* édition de cet ouvrage, traduit de l'allemand, a été publiée à Paris par Leprieur, 1817, 3 vol. in-12. Une autre traduction a paru sous ce titre : Voyages des premiers navigateurs dans le nouveau monde, Colomb, Cortez, Pizarre, a été publiée à l'aris; Cordier, 1802,6 vol. in-8*, lig. Cette traduction a été reproduite en 1820 |>ar le même libraire, avec de nouveaux titres qui (wrtent 6* édition ; enlin le même ouvrage a paru sou* ce titre : Histoire et Découverte de l'Amérique, et Voyages des premiers navigateurs au nouveau monde, Irad. de l'allemand et précédés d'une note biographique sur Canqie, par M. de la Benaudiëre, Paris, 1826, 2 vol. in-12, lig. 14* Théophron, ou le Guide de la jeunesse, Hambourg, 1783, in-80; 6* édition, Brunswick, 1806. L'nc traduction par l'abbé J.-D. Grandmoltet a paru à Brunswick, 1798, in-8"; elle a été réimprimée à Paris sous ce litre : Ctéon, ou Entretiens d'un vieillard avec son fils prêt à entrn dans le monde, Paris, 1820, 3 vol. in-18. Les Maximes de prudence, tirées des lettres de lord Chcstcriicld à son (ils, qui firent d'abord partic de cet ouvrage, ont ete dans la suite imprimées à part, Brunswick, 1795, in-8°. Lnc traduction française des Maximes a été publiée à Paris en 1804, S vol. in-18. sous ce titre : les Moyens de plaire, ou Examen des qualités propres à faire aimer et
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estimer un jeune homme dans le monde, d'après le comte de Chesterfield, 2* édition, Paris, 1820. 15* Cawseils paternels à ma fille, Brunswick, 1789, in-8*. C'est le pendant de Théophron. L'abbé Grandmoltet a traduit cet ouvrage sous ce titre : Conseils d'un philosophe allemand à ta fille parvenue à l'âge nubile, nouvelle édition, Brunswick, 1812, in-12. Les Conseils ont été réimprimés à Paris, sous cet autre intitulé : Elise, ou Entretiens d'un père avec sa fille sur la destination des femmes dans la société, traduit de l'allemand, Paris, 1820, 2 vol. in-18. 16* Révision générale de toutes les matières relatives aux écoles et à l'éducation, Hambourg, 1785-92, 46 vol. in-8", avec une table des matières. On a publié de cet ouvrage intéressant un extrait en 5 vol., Wurtz- Iwurg, 4800-1803, in-8». 17» Recueil de Voyages
intéressants pour l'instruction de la jeunesse
Une traduction de ce recueil a été publiée par A.-S. d'Arnay, Francfort et Berne, 1788-92, 7 vol. in-12. 18" Lettres écrites de Paris pendant la révolution, 1790, in-8» (voy. ci-dessus). 19° L'Ermite de iVarkworth, ballade northumbrienne, traduit de l'anglais (de Percy) ; nouvelle édition corrigée et servant comme échantillon des caractères d'impression d'une nouvelle forme, Brunswick, 1790, in-8*. La traduction de Campe avait paru d'abord dans le Mercure allemand, n° 10, en 1774, et ensuite dans une Collection d'anciennes ballades anglaises et écossaises, faite par A.-F.Ursinus, Berlin, 1777, in-8*. 20* Echantillons de quelques essais pour enrichir la langue allemande, 5 parties, Brunswick, 1791, 1792 et 1793, in-8". La troisième fut couronnée par l'académie des sciences de Berlin. Campe jeta dans cet ouvrage les fondements du nouvel édifice de la langue allemande qu'il se proposait d'élever. La première partie renferme des observations très-philosophiques ; il y examine si la pureté absolue d'une langue, et surtout de la langue allemande, est possible ; si elle est nécessaire ; jusqu'à quel point il est permis d'épurer celte langue; quelles parties du trésor de la langue allemande ont besoin de celle épuration ; et enfin les principes d'après lesquels ce travail doit être exécuté. La seconde itarlie, consacrée à la pratique, consiste en un dictionnaire qui indique un grand nombre de mots étrangers introduits abusivement, et propose les expressions allemandes pour les remplacer. Rudîger a passé en revue les mots proposés par Campe dans son 5* cahier de f Agrandissement de la grammaire allemande, étrangère et universelle. 21* Voyage d'un Allemand au lac Onéida dans l'Amérique septentrionale, traduit de l'allemand avec des notes par J.-B.-J . Breton, Paris, 1803, in-18. Ce volume est le premier de la collection publiée par le même traducteur, sous le litre de Bibliothèque géographique ( Voy. ci-après. ) 22* Dictionnaire pour expliquer et pour rendre en allemand les expressions étrangères que la langue allemande a été contrainte d 'adopter, servant de supplément au dictionnaire d'Adelung, Brunswick, 1801 , 2 vol. in-4*. Ce dictionnaire s'étend aussi sur les termes latins et grecs conserves dans la langue seteulifique, explique les mots nouveaux employés par
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Fécole philosophique de Kant, et ceux dont on se sert encore dans le style du barreau et dans les chancelleries, il a paru en 1813 une nouvelle édition augmentée de ce beau travail. 23° Kssai pour fixer d'une manière plus positive, et rendre en allemand les termes scientifiques de la grammaire, Brunswick, 1804, in-8°. En cherchant ainsi à fixer «vec plus de précision les idées qu'on doit attacher aux termes dont on se sert dans la grammaire, l'auteur donne un aperçu trés-lumineux de la grammaire universelle. 2 i* Mémoire pour $errir au perfectionnement ultérieure de la langue allemande, par une société d'amis de cette langue, Brunswick, 4795-07, S vol. en 9 parties, in-8". Les plus savants littérateurs de l'Allemagne, tels que Rudiger, Eschenberg, lleynar, Mackenson, Mertian et autres, se réunissaient pour seconder Campe dans ses projets de perfectionner la langue nationale ; leurs travaux sont recueillis dans cet ouvrage, et les productions de Wieland, de Herder, de Goethe, de Kant, de Voss et des principaux auteurs allemands, y sont jugées fiar eux sous le rapport grammatical. 25" Dictionnaire allemand, Brunswick, «807 - 1811, 5 vol. in-4*. 26° Voyage en Angleterre et en France, en Corme de lettres, Brunswick, 1803, 2 vol. in-8". Cet ouvrage prouve que l'auteur connaissait assez mal les deux pays. 27* Relation d'un naufrage sur les côtes d'Aracan, d'après les mémoires de W. Mackay, suivie d'un Voyage à Alger.... La traduction de ces deux voyages par Breton a paru a Paris, 1803, in-8°. 28* Les Soirées sous le vieux tilleul, ou petit cours de morale en exemples... Cet ouvrage, traduit par le même, a été publié a Paris, 1815, 2 vol in-18, 2° édition, 1 821 . 29» Le Portefeuille vert, ou recueil d'entretiens à l'usage de la jeunesse... La traduction en aélé laite par madameS.-l . de Trentadeurc, Paris, 1819, in-42. Ce petit livre, comme tous ceux de Campe, offre une instruction réelle et variée sous des formes agréables ; par exemple, au sujet d'un chêne, l'auteur s'étend sur les genres d'utilité de cet arbre, sur les divers insectes qui l'habitent, même sur les différents états et métiers qui emploient son bois, son écorce, etc. 30* Les Œuvres complètes à l'usage des enfants et de la jeunesse, 4* édition, 1829-1832, forment 57 petits vol. ornés de gravures. 31» Il nous reste à parler de sa Bibliothèque géographique, ou Recueil de voyages intéressants dans toutes les parlies du monde, que M. J.-B.-J. Breton a publié en 1812, Paris, 72 vol. in-18, ornés de cartes géographiques coloriées et de jolies gravures. C'est vraiment là l'ouvrage le plus attrayant de Campe, et peut-être le plus utile. L'ami des enfants, Berquin {voy. ce nom ), avait été enlevé par une mort prématurée, comme il projetait une histoire de voyages mise à la portée de l'enfance. Campe, également cher à l'enfance, a rempli cette tache, en revêtant de son style grave et doux les relations des voyageurs les plus célèbres. On remarque surtout le parti que l'auteur a su tirer des sentiments religieux de plusieurs des navigateurs dont il redit l'histoire, pour inspirer à ses jeunes lecteurs cette vraie piété, cette soumission aux décrets de la divine Provi-
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dence, qui, dans les malheurs en apparence sans remède, préserve l'homme du désespoir. Quel spectacle plus moral que de montrer â la jeunesse le voyageur abandonné sur une plage déserte lace a face avec son Créateur I Ici se renouvelle pour lui les miracles de la religion primitive, et Bobinson s'entretient avec Dieu, ainsi que le faisait le premier homme jeté seul au milieu des jardins d'Eden, Campe a été aussi, avec Struve, Trapp et Heusinger, un des éditeurs du Journal de Brunsicick, pendant les années 1788-89. On lui doit encore un grand nombre de mémoires et de dissertations, insérés dans plusieurs recueils, notamment dans le Muséum allemand, dans le Mercure allemand et dans le Journo/ de Berlin. Son portrait se trouve dans les Caractères des philologues allemands, et à la tête du 4* cahier de YOtla potrida. Val. P. et D— a— R.
CAMPÉGE, ou plus exactement CAMPEGGI nom d'une ancienne et illustre famille originaire du Dauphiné. — Barthélémy Caupége ayant suivi, en 1265, Charles d'Anjou dans le royaume de ÏS'aples, s'établit à Bologne, où ses descendants tinrent toujours un rang distingué. — Jean Campége, obligé de s'exiler de sa patrie pour éviter de suivre le parti des Guelphes, devint professeur de droit à Padoue, s'acquit la réputation d'un des plus savants jurisconsultes de son temps, et composa plusieurs ouvrages, entre autres : Contilia, Tractatus de statutis, de Immunitate, de Dote, etc. H mourut en 1511, âgé de 63 ans. — Laurent Campége, l'alné des cinq fils de Jean, né en 1474, lui succéda dans sa chaire , et ne dégénéra point de sa réputation. Il se maria, eut plusieurs enfants. Devenu veuf, il entra dans l'état ecclésiastique. Jules II le fit auditeur de rote, évèque de Fcltri , nonce en Allemagne. Léon X l'élcva à la pourpre romaine, le chargea de plusieurs missions importantes, en Allemagne, pour tâcher de ramener Luther ; en Angleterre, pour lever une décime destinée à faire la guerre aux Turcs : il échoua dans l'une et l'autre; mais il sut tellement s'insinuer dans les lionnes grâces de Henri VIII, que sa dernière mission lui valut, en 1518, l'evêché de Salisbury. Sous Clément Vif, il fut envoyé, en qualité de légat, à la diète de Nuremberg, où, n'ayant pu réunir les princes contre Luther, il publia, en 1524, des règlements pour la réforme du clergé; mais comme ces règlements ne tombaient que sur les abus du bas clergé, sans touclier à ceux du haut clergé, qui étaient bien plus grands, ils n'eurent point d'exécution ; à celle d'Augsbourg , où fut présentée la fameuse confession de foi qui porte le nom de cette ville; en Angleterre, pour juger l'affaire du divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, conjointement avec le cardinal Wolsey. Il était porteur d'une bulle qui lui donnait les pouvoirs les plus étendus à cet égard. Ces pouvoirs ayant été révoqués, il fit d'inutiles efforts, d'abord pour engager le monarque à se désister de la poursuite du divorce, puis la reine à s'y prêter de bon gré, et à se retirer dans un couvent ; enfin le pape, à satisfaire Henri, ce moyen lui paraissant nécessaire pour conserver l'Angleterre à
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l'Église romaine; mais il ne recueillit de celte mission que la perte de son éveché de Salisbury, dont Henri le dépouilla en 1528. Ce cardinal joignait a imc élude Uès-élcnduc du droit canon, à une longue expérience dans les affaires, toute la dextérité d'un Italien. C'était d'ailleurs un caractère ferme , qui, dans celle du divorce, suivant le rapport de du Bellay, promettait a qu'entièrement il suivrait sa conscience, « et que, là où il pourrait connaître le divorce se pou-
Ivoir faire, il franchirait le sault. nou aultrenicnt. » ussi déjoua-t-il constamment tous les pièges que lui tendait AYolscy ; il résista même à l'offre du riche éveché de Durham, qu'on lui pro|>osait, pour se prêter aux vues de Henri VIII. S'il échoua daus plusieurs de ses missions, ce ne fut point par défaut de talent à les bieu conduire, mais par l'effet des circonstances et par la nature des affaires qui n'étaient guère susceptibles de conciliation. 11 ucn conserva pas moins sa liautc considération et son influence dans les aflaires jusqu'à sa mort, arrivée à Rome le 19 juillet 1551), étant alors archevêque de Bologne, sa patrie. Il avait composé quelques traités de jurisprudence, qui n'out poiut vu le jour. Ses lettres, qui sont intéressantes pour l'histoire du temps, se trouvent dans le recueil intitulé : Epislolarum mitccllanearum ad Fcdcricum Xauteam libri 10, Baie, in-fol. — Alexandre Campéue, son lils, né le 2 avril 1501, se rendit recommandablc par la douceur de ses mœurs, ses libéralités et son habileté dans les langues savantes. Paul III le nomma en 1541 coadjulcur de l'archevêque de Bologno. Ce fut dans son palais que s'assemblèrent les évoques du concile de Trente, que la contagion avait chassés de * celte dernière ville. On y remarquait cinq prélats de sa famille, parmi lesquels était J.-B. Campégc, son frère, éveque de Majorque, savant prélat et célèbre orateur, dont on a une harangue prononcée daus le concile, de Tutnda rcliyione, Venise, 1501, in-4°. Alexandre, étant vice-légat à Avignon, avait fait échouer les desseins d'un reate de Vaudois, qui, à la faveur de la nouvelle réforma, cherchaient à envahir les terres de l'Église et à pervertir les peuples. Jules III le lit cardinal en 1551, et il mourut le 25 septembre 1554. On lui attribue un ouvrage intitulé : de Auloritute ponlificis rotnani, qui est peut-être le même que celui de Thomas Campége, sous le même titre. T — d.
CAMPÉGE (Thomas), ueveudu cardinal Laurent, qu'il accompagna dans plusieurs légations, et auquel il fut associé dans le gouvernement de Parme et de Plaisance. Paul 111 le nomma pour succéder à son oncle dans l'éveché de Fellri, et l'envoya en 1540, avec le titre de nonce, à la conférence de Wortus, qui fut presque aussitôt rompue que commencée. Il se trouva en 1545 a l'ouverture du concile de Trente, et lit décider dans la seconde session qu'on traiterait ensemble des dogmes et de la réformatiou. Ce prélat mourut à Rome le 11 janvier 1504, à 64 ans. On a de lui plusieurs petits traités, où régnent une grande méthode, beaucoup de clarté dans les raisonnements, et moins de préventions que dans u plupart des «utres théologiens ultramonlains
de son temps. Le plus considérable, le plus rire et
le plus curieux de ces traités, est celui de Automate SS. conciliorum, Venise, 1561. H y suppose que le pape peut tomber dans l'hérésie, et être déposé pour cela dans un concile général; mais il soutient que, hors ce seul cas, dans quelque désordre qu'il tombe, le concile ne peut ni le déposer, ni lui imposer de loi, mais seulement lui résister et défendre de lui obéir dans ce qu'il commanderait au préjudice du bien de l'Eglise. Quoiqu'il enseigne que régulièrement c'est au pape a convoquer les conciles, il reconnaît qu'il y a des cas où, à son refus, ce droit est dévolu aux cardinaux, et que, si les cardinaux refu» salent de le faire, le prince, comme protecteur des saints canons, pourrait y pourvoir, et même que les évéques seraient en droit de s'assembler de leur propre mouvement. Considérant le pape comme supérieur au concile, il prétend que les décrets doivent être publiés au nom du pape lorsqu'il y est présent, et être confirmés par lui lorsqu'il est absent. Do reste, il ne reconnaît point d'infaillibilité pour les Caiu, ni dans le pape, ni dans le concile, mais unièmement pour les décisions de foi. Les autres principaux traités de Campége sont : sur V Autorité et la Puittance du pape, d'après les mêmes principes ; wr la Résidence det pasleurt, dont il prouve l'obligation sans la croire de droit divin ; contre la pluralité des bénélices et contre la simonie; sur Ut Annotée, dont il attribue l'institution au concile de Vienne en 1311 ; sur les Réservée det bénéfices, qu'il s'efforce de justilicr; tur les Mariaget det catholiques acte let hérétiques, dont il admet l'indissolubilité, en reconnaissant toutefois dans le pape le droit d'établir un empêchement dirimant dans ce cas; tur le Célibat ecclésiastique , pour prouver qu'on ne doit point abolir la loi qui oblige au célibat ceux qui sont dans les ordres sacrés, etc., etc. — Le comte Rodolphi Campége, de la même famille que les précédents, mort le 28 juin 1024, était renommé par ses connaissances en jurisprudence. Il a laissé des poésies en deux tomes, parmi lesquelles on distingue un poème intitulé : Lncrimc di Maria Vergine, et un épilhalamc sur le mariage de Christine de France avec Viclor- Amédéc, duc de Sayolo, sous le litre (ïltalia consolât a. T — D.
CAMPÉGE ou CAMPEGGI HesoIt), poêle latin de la même famille que le cardinal de ce nom ( roy. Campége ) , naquit a Bologne dans les premières années du 16e siècle. Ayant terminé ses éludes, il reçut le laurier doctoral dans les facultés de philosophie et de médecine , et consacra ses talents à l'enseignement. Il remplit quarante ans les chaires de logiuuc . de philosophie et de médecine à l'académie «le Bologne, et mourut le 15 janvier 1500. Ses restes Turent ensevelis dans Pégli.«e St-Colomban. On a de lui : Italidit libri 10 lalino carminé conscripti, Bologne, 1555, in-fol. Ce poème est très-rare. L'auteur y décrit les prlnci|mux événements dont il avait été le témoin , avec une exactitude et une (Idélilé remarquables. W— s.
CAMPELU) ( Bkrnarpin pb' Comti ) , satant littérateur, négooiateur habile, naquit à Spoltte, le
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98 mars 1595, d'une Illustre famille, originaire de Bourgogne, établie dans cette ville depuis environ la fin du 9* siècle. Apres de brillantes études Faites dans sa patrie, Campcllo se rendit a Rome en 1623. Grégoire XV,et particulièrement Urbain VIII, qui l'avait connu pendant qu'il était évéque de Spolètc, lui procurèrent divers emplois bonorables. Il fut d'abord auditeur du saint-siége près les nonces du pape à Turin, A Madrid, à Florence et à Urbin; il s'acquitta avec autant de décence que de sagesse des différentes missions dont il fut ebargé. Malgré ses grandes occupations, Campcllo trouva toujours des moments à donner à la culture des lettres. Son Etame delV opère del caval. Marini prouve la justesse de son jugement et la pureté de son goût. L'Italie presque entière avait adopté la manière affectée et boursouflée de ce poète, dont le style formait une école ennemie du bon goût et même du bon sens. Campello eut le courage de s'élever contre cette mauvaise manière, et ne contribua pas peu à la faire tomber. Il fut en corresponilancc avec plusieurs célèbres personnages, tels que les cardinaux de Savoie, Facbinctti, Barberini, Rapaccioli et Carpegna ; avec le grand-duc de Toscane, CosmelII; enfin, avec les premiers littérateurs de ce temps-là, tels que Redi, Loredano, les jésuites Sforza Pallavicini, Papebrocli, Ucnsclienius et plusieurs autres. Sur les derniers temps de sa vie, Campello retourna dans sa patrie, où il termina ses jours le 34 mars 1676, Agé de 81 ans. R laissa plusieurs ouvrages en latin et en italien, dont les uns sont restés manuscrits dans sa famille, et les autres ont été imprimés. On distingue parmi ces derniers : i" délia Storia di Spoletiy e suo duealo. Le 1" volume de cette histoire, publié A Spolètc en 1072, in-4°, est divisé en 20 livres, qui vont jusqu'en 910. Les éloges accordés A cet ouvrage par Apostolo Zeno, dans ses notes sur la Bibliothèque de Fontanini, font vivement regretter que le 2* volume ne soit pas imprimé ; également divisé en 20 livres, il terminerait cette bis-. toire, qui joint aux agréments du style des recherches intéressantes et beaucoup d'exactitude dans les faits. 2" Plusieurs tragédies, entre autres la Teodora, le Scozzeti, et la Gerusalemme eatliva. 5* Diteorsi $acri, MaccYata, 1680. Les productions inédites de Campello consistent en diverses poésies, dont un poème héroïque , des éloges, une histoire ecclésiastique de Spolèle, des lettres, etc. R. G.
CAMPELLO ( Paul de' Co>ti ) , fils du prévient , naquit A Spoléte le 19 août 1613, et reçut le aom de Paul pour renouveler dans sa famille la mémoire d'un de ses aïeux, qui dans le 12' siècle, après avoir joué un grand rùlc dans sa patrie, avait successivement rempli les places de podestat A Floreuoe, lorsque cette ville était république, et de sénateur de Rome après Hugues de Lusignan, roi de Chypre. Dès sa plus fendre jeunesse, Campello fut conduit A Florence par son père; il y commença ses éludes, et les acheva dans sa patrie, où il s'appliqua, sous les plus habiles maîtres, aux mathématiques, A la philosophie, aux belles-lettres , et surtout à la poésie. De retour en Toscane, il reçut à Pise, en 1663, l'habit de l'ordre militaire et religieux de St-Etieane,
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et parvint Mentdt A obtenir dans cet ordre le plus grand crédit. Il fut d'abord nommé général conservateur, et ensuite chef du débarquement de l'expédition auxiliaire de la république de Venise contre les Turcs, dans les années 1684 et 1685. L'année suivante, il fut élu grand prieur, et l'un des chevaliers du conseil ; il jouit A ce dernier titre de la plus haute faveur auprès des grands-ducs Ferdinand H, Cosmell et Cosmc III, qui l'employèrent dans les affaires les plus importantes. Campcllo avait des connaissances peu communes, non-seulement dans les mathématiques en général, mais dans l'architecture pratique, dans la cosmographie, dans la musique, dans l'histoire et dans les belles-lettres. Il était aussi très-habile dans les arts qu'on appelle arti cavalleretehe, et dans toutes les questions relatives au point d'honneur. Il fut admis dans presque toutes les académies d'Italie, et lié avec les plus célèbres littérateurs de son temps, tels que Redi, Marchcttl, Bellini, Manara, Zappi, Menzlni, etc. Outre le grec et le latin, il possédait encore la langue française et l'csgnolc. Il avait parcouru non-seulement toute l'Italie, mais encore la France, l'Espagne et les lies adjacentes, une partie de l'Afrique et de l'Asie. Sur la fin de ses jours, il se retira dans sa patrie, et y mourut, A la suite d'une longiu; et douloureuse maladie, le 14 janvier 1715, A l'âge de 70 ans. Aucun de ses ouvrages n'a été publié ; ils consistent en un traité sur le Cours du Tibre, des comédies en prose, des tragédies en vers, des sonnets, des discours académiques, etc. — François- Marie Campello, de la famille du précédent, se distingua par ses talents oratoires. Il était né A Spolète en 1663, et mourut A Rome, Agé de 94 ans. II exerça longtemps la profession d'avocat, et s'y fit une grande réputation de lumières cl de probité. Ses talents littéraires et poétiques le firent nommer membre de l'académie arcadienne, où il prit le surnom de Logislo Nemeo, et l'on trouve son éloge dans les mémoires historiques d'Arcadie, et dans les vies degli Ârcadi'illustri. — Jean Campello, Vénitien, se distingua dans le 17* siècle par son talent pour la poésie latine ; son meilleur ouvrage en ce genre est son poème sur la chasse au cliamois, intitulé : Ibex, seu de capra montana, earmen venaticum , Venise, 1697, in -8°, ibid., 1736, in -8». Ce livre est rare et n'est point cité par les frères Lallcmant dans la bibliographie qu'ils ont jointe A VEcole de la Chasse aux chiens courants par le Verrier de la Conterie. R. G.
CAMPEES* (Jean de], ainsi nommé de la ville de Campen, dans l'Over-Yssel, où il naquit vers l'an 1400. Après s'être formé dans la littérature grecque et latine, il étudia l'hébreu sous le fameux Rcuchelin, en donna des leçons particulières A Louvain, ce qui le conduisit A une chaire publique de celte langue, qu'il remplit avec distinction depuis 1519 jusqu'en 1531. Il se mit alors A voyager pour perfectionner ses connaissances en cegenre, s'arrêta A Venise, où il professa deux ans l'Ecriture sainte dans le texte original, cul des conférences suivies avec un savant juif sur la littérature hébraïque f parcourut l'Allemagne dans les mêmes vues, penô-*
ira jusqu'en Pologne pour y conférer avec les rabbins qui étaient en grande réputation de science dans ce royaume, et se rendit à Rome, où il Tut bien accueilli des hébraïsants et du pape, qui lui donna plusieurs bénéfices. Comme il revenait à Louvain pour y reprendre ses leçons, il mourut de la peste à Fribourg en Brisgau, le 7 septembre 1558. Campen sentait combien les points voyelles ont mis de confusion dans le texte original de la Bible, et combien ils embarrassent ceux qui leur donnent trop d'importance, pour saisir le véritable sens des livres saints. Il s'attacha à la doctrine du rabbin Elias Lévita, qui en avait démontré la nouveauté, et il se donna des peines infinies pour les réduire à une certaine méthode. Il publia pour cela un petit traité, de Natura litlerarum et punelorum hebraicorum ex variis Elia Levila oputculis libellas, 1520, in-12. C'est une grammaire méthodique, dégagée d'une foule de minuties; elle a été souvent réimprimée. Ses autres ouvrages sont : \° Ptalmorum omnium juxta hebraieam tentaient paraphratlica Interprétation 552, in-16,qui a eu plusieurs éditions successives, sous différents titres, a été traduite en flamand, en allemand, en anglais et en français. Celte dernière version est d'Etienne Bolet, sous ce litre : Paraphrase, c'est-à-dire claire translation faicte jouxte la sentence, non pas jouxte la lettre sur tous les psalmes, Paris, 4554, in-16; ibid., 1542; Anvers, 1544. Bans cette paraphrase, qui essuya quelques critiques dans le temps, l'auteur saisit assez bien le sens des psaumes, et explique assez heureusement plusieurs difficultés. Théodore de Béze, qui la trouvait défectueuse, entreprit d'y substituer la sienne ; mais celle-ci eut moins de succès. 2* Paraphrasis in Salomonis Ecclesiaslen , qu'on trouve à la suite de la précédente, dans l'édition de Paris, 1552, séparée dans celle de Lyon, 1546; traduite en français avec celle des psaumes. 5e Commenlarioli in tipist. Pauli ad Rom. et Galalas, Venise, 1554. Quelques critiques doutent que ce commentaire soit de Campen. ï— D.
CAMPEN ou KAMPEN (Jacob oeJ, un des chefs des anabaptistes, qui, chassés de la haute Allemagne, allèrent répandre dans les Pays-Bas leurs monstrueuses erreurs sur la Trinité et sur l'Incarnation. En 1554, Bocold, dit Jean de Leyde, qui venait d'être couronné, dans un cimetière de Munster, roi de cetle secte turbulente et sanguinaire, créa lacob de Campen évéque d'Amsterdam, et lit partir avec lui Jean de Géléen, en le chargeant de soumettre cette ville et la Hollande au royaume de Sion. Mais Géléen échoua dans cette périlleuse entreprise : son complot fut découvert; il se relira dans une tour d'Amsterdam, et fut tué d'un coup de mousquet en se défendant. Campen se tenait caché depuis plus de six mois. Les magistrats promirent une somme considérable à celui qui le livrerait, et menacèrent en même temps de faire pendre ceux qui lui donneraient asile. Le prétendu évéque fut enfin trouvé dans un amas de tourbes. Un lui lit son procès, et il fut condamné à mort. On l'exposa d'abord sur l'échafaud, pendant plus d'une heure,
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aux railleries et aux insultes de la populace. Il portait en tête une mitre de papier. H eut ensuite la langue coupée en punition des erreurs qu'il avait enseignées ; sa main droite, qui avait rebaptisé, fut abattue par la hache; enlin un lui trancha la léte; on livra son corps aux flammes, et l'on fit une publique ex[»osiiion de sa tète et de sa main attachées au fer d'une lance. C'était venger d'horribles cruautés par d'horribles supplices. V — ve.
CAMPEN ( Jacques vas ), architecte et dessinateur, naquit à Harlem, d'une famille distinguée, et fut seigneur de Rambrock. Il lit un voyage à Borne pour se perfectionner dans la théorie de son art. A son retour, il reconstruisit dans un style noble et majestueux l'hôtel de ville d'Amsterdam, qui avait été consumé par les flammes. On prétend que cet édiiiee, le plus beau qu'il y ait en Hollande, coûta 78 millions. Van Campen batil plusieurs autres édilices à Amsterdam, et mourut en 1658. Il ne vendait ni ses tableaux ni ses dessins, mais il en faisait présent , et c'était comme amateur qu'il cultivait les beaux-arts. V— ve.
CAMPEISON ( François-Nicolas- Vincent ), biographe et ami de Bucis, neveu du poète Léonard, et poète lui-même, naquit à la Guadeloupe, en 1772. Il vint en France à l'âge de quatre ou cinq ans. II en avait à peine treize quand sa modeste famille vint s'établir a Sens. L'éducation du jeune Canqienon se lit, au collège de celte ville, sous d'excellents maîtres, qui développèrent ses heureuses dispositions. Sou goût naturel pour les lettres était, en lui, le résultat d'une âme profondément chaleureuse, telle que la comprit cl la peignit Bucis dans une épilre célèbre où l'illustre vieillard, au moment de quitter Paris, après avoir caractérisé le dévouement de Campenon, cet aulre lui-même, et qui le remplaçait en tout, finit par ce irait :
Mais voici mon adresse : A Ducis-Campenon.
Atteint par la révolution de 95 dans les nobles amis, les protecteurs puissants qu'il avait à la cour de France, il composa |M>ur la reine, peu de temps avant la chute du tronc , une romance qui eut, un grand succès, et qui força l'auteur de fuir à l'étranger, où il vécut des leçons qu'd donna. Ce fut alors qu'il écrivit son Voyage à Chambfrtj, petit livre en prose et en vers, où respirent la grâce et toutes les vertus de famille. Hamené en France par la santé de son vieux père, quand Robespierre régnait encore, CaiiqicDou courut alors de véritables dangers. Le règne de la terreur cessa, l'ordre se rétablit. Campenon accepta, sous le consulat, les fonctions de chef du bureau des théâtres au ministère de l'intérieur. Quelque temps après, sous l'empire, ayant autorisé la représentation de l'Antichambre. opéra-comique de M. Bupaly, dans lequel l'empereur crut voir des allusions injurieuses à sa nouvelle cour, le censeur trop facile lut vivement inquiété, cl l'auteur de la pièce livré à des persécutions que feu Alexandre Buval a ainsi rap- |>elécs dans sa préface d'Edouard en Ecosse : « Soit
« que le nom de Dupaly, ses liaisons, sa parenté « avec un grand nombre d'émigrés le rendissent « suspect au premier consul, il agit coutre mon inc téressant confrère avec une dureté qui ne trouve « d'exemple que d ans l' horrible temps de laterreur.11 « le fit prendre par des gendarmes, jeter dans une « chaise de poste et conduire à Brest, pour y être « renfermé sur un ponton jusqu'au moment où une a flotte, que l'an destinait pour l'Amérique, pour» « rait l'y transiter comme uu banni. Pour con- « naître la rigueur du sort que l'on réservait à ce « jeune auteur, il faut savoir que, de toutes les pri- « sons que peut inventer la cruauté, le ponton est, « sans contredit, celle qui doit le plus effrayer le « malheureux qui est condamné à l'habiter.» Heureusement de pareils traits de tyrannie envers les auteurs ne se répétèrent pas du moins en France sous Napoléon, et Campenon, qui d'ailleurs resta toujours étranger à tout esprit d'opposition, put continuer â concilier les devoirs de sa place, qu'il remplissait consciencieusement, avec le culte des Muses. Il donna en 4800 son Épitre aux femmes, petit chef-d'œuvre d'un talent gracieux; mais il s'occupait déjà particulièrement de la Maison de$ champs, poésie où la recherche des principes didactiques, exprimes dans un style élégant et agréable, est souvent tempérée par des traits d'esprit et de sentiment. On a reproché à Campenon d'avoir resserré en un seul chant un poème qui originairement en avait quatre. Mais luimême, dans la préface de la 3e édition, exprime les motifs qui l'avaient déterminé à ne pas étendre son sujet : « On a pu lire sans ennui , dit-il , un petit « poème qui retrace avec quelque vérité des objets « riants et des impressions douces. Mais qui pour- ■ rait m'assurer que celte même peinture, trois ou « quatre fois plus étendue, ne rebuterait pas des « lecteurs déjà rassasiés de descriptions champêtres? « L'art n'a pas le même privilège que la nature ; « celle-ci, toujours la même, parait toujours nou- « velle ; l'autre ne peut pas impunément se répéter « dans ses ouvrages. » Pour apprécier le parti que prit Campenon de se mutiler ainsi lui-méine, il faut se rappeler, que pendant que dans le silence du cabinet il se complaisait dans son ouvrage, le roi des poètes de cette époque, un poète vainqueur, armé du génie de la description, Dclille, occupait notre littérature presque tout entière de ses innombrables alexandrins, sortis successivement de ses Jardins, de ses Géorgiques françaises, de ses Trois Règnes de la nature, cnlin de sa brillante Imagination. Toutefois nous aimons à le rappeler, nous qui fûmes contemporains de cette époque, la Maison des champs, où prédominent des lieautés naturelles que tout l'art de Delille n'a pas fait oublier, trouva des lecteurs, et plaça tout d'abord Campenon au rang des littérateurs de grande espérauce. Il justifia ce qu'on attendait de lui par son Enfant prodigue, petit poème tiré de l'Évangile, qui fait autant d'honneur à l'auteur qu'à l'époque on il parut, et où il fut senti si vivement. Tous les théâtres s'emparèrent à la fois de ce sujet si simple et si attachant. 11 n'y a pas jusqu'au Tiiéa ire- Français qui ne reprit à cette occa-
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sion le faible drame de Voltaire. On a justement loué Campenon des beureux développements qu'il avait ajoutes à ce louchant écrit : il a eu l'heureuse idée de donner une mère à l'enfant prodigue, et le personnage si intéressant de Nephtali rend plus grave aux yeux du lecteur la faute d'Azaêl et en motive mieux le pardon ; le style mérite encore les plus grands éloges. Du reste l'auteur fut bien récompensé de ses travaux : son poème lui ouvrit, à la lin de 1812, les portes de l'Académie, où il remplaça Delille. L'envie, comme c'est la coutume, ne manqua pas de se déchaîner contre son élection, témoin l'épigramme suivante :
Au fauteuil de Delille aspire Campenon, Son talent suffll-ll pour qu'il s'y campe? Non.
La nouvelle de la désastreuse campagne de Russie, qui vint consterner Paris immédiatement après l'élection du nouvel académicien, puis les événements qui amenèrent la chute du gouvernement impérial, retardèrent de plus de dix-huit mois la réception de Campenon : elle n'eut lieu que le 16 novembre 1814. En 1812, il aurait eu à prononcer l'éloge obligé de Napoléon, il eut à y substituer le panégyrique de Louis XVIII, et put sans contrainte louer Delille. Ce fut à celle occasion que dans l'épltre déjà citée au commencement de cet article , Ducis lui adressait ces vers qui peignaient si bien le caractère de Campenon et de ses amis les plus chers :
M .il:- ton cœur noble et doux, mais ta bonté peut-être
L'apaiserait du moins (t), si pourtant il peul l'être
A qui donc as-lu nui? Le ciel l'a fait, je crois,
A peu près, Campenon, intrigant comme mol ,
Comme Droz, Andrieux. Toujours calme et sincère,
Va, jouis de ta Muse et suis ton caractère.
Tu vas louer Delille : ah ! sans être flatteur,
Sou éloge aisément coulera dans ton cœur.
Vous aurez su chanter avec des mœurs nouvelles
L'amour et l'amitié, les fleurs et les abeilles.
Tu feras comme lui : si la dent des pervers
Attaqua quelquefois et sa vie et ses vers,
Sans se plaindre, il chargea, craignant de les confondre,
Et sa vie et ses vers du soin de leur répondre.
On était d'ailleurs dans les premiers jours de la restauration, époque mémorable où les lettres, si longtemps réduites au silence par le bruit des armes et par tant d'agitations tumultueuses, purent élever enfin une voix paisible sous le prince qui fut leur ami véritable, et qu'elles ne sauraient trop regretter. L'heure était arrivée aussi où nos plus belles gloires, les Dclille, les Ducis, et ceux qui, dans leur pure indépendance, avaient conservé à la pensée sa dignité, venaient recevoir leur récompense de l'opinion plus libre. C'était, en quelque sorte, une restauration morale et littéraire dans le sanctuaire des Muses. Nous voudrions pouvoir citer ici la peinture que M . de Feletz a tracée de ces réhabilitations solennelles dans plusieurs colonnes du Journal des Débats, devenu depuis la restauration l'organe officiel de l'Europe éclairée. Le reflet que cet
(0 Le monstre de l'envie.
belle* pages d« l'ingénieux critique ont jeté sur Gampenon ne disparaîtra point dans l'oubli qui entraîne tant de réputations. Arec quelle convenance l'auteur de la M ai si m des champ» sut profiter, dans cette occasion solennelle, de l'avantage de sa position I Admis dans la société intime de Delille, il montra, par la manière dont il sut lo peindra, qu'il était digne de cette faveur ; mais combien ne fut-il pas applaudi, lorsqu'après avoir rappelé ses qualités aimables, il ajouta que cet homme si facile pour tout le monde avait toujours été inflexible à l'égard du pouvoir! « Pourquoi craindre de répéter ce que toute la ■ France a dit? ajouta l'orateur. On a employé tous « les moyens pour obtenir quelques vers du Virgile « français; tout a éclioué, Il est resté fidèle à l'in- « flexibilité de l'Itonncur, et rien n'a pu interrompre « le cours de son silence courageux ; silence que les « plu* beaux vers n'auraient jamais pu égaler. » Pour ne rien omettre sur cette circonstance notable de Ut vie toute littéraire de Campe non , nous dirons que le président qui lui répondit, au nom de l'Académie, était Regnault de 8t-Jean-d'AngéIy, et que des négociations pour écarter ce personnage, dont la présence semblait une sorte de bravade contre les Bourbons, avaient été le motif qui, dans les derniers moments, retarda encore cette solennité. Mais rien ne put fléchir sur ce point l'ancien ministre de Napoléon, qui d'ailleurs fut toujours pour Campenon un patron utile. Campenon, dans les dernières années de l'empire, avait été un des mieux rentes parmi les beaux esprits : Il était commissaire impérial de l'Opéra-Comique et chef adjoint de l'université. La jolie pièce intitulée Requête de» Rotièret de Salcncy à Sa Majesté l'impératrice, insérée dans le recueil intitulé l'Hymen el la Nautance, prouve qu'il sut louer avec grâce et convenance le régime impérial. Lors des événements du SI mars 1814, il n'imita pas l'exemple de deux ou trois académiciens de ses amis qui , par un trop brusque changement, qu'on a pu et qu'on a dû leur reprocher, arborèrent des premiers la cocarde blanche, et devinrent des royalistes aussi fervents que l'heure d'auparavant ils étaient impérialistes dévoués et redoutables même par l'excès de leur dévouement. Campenon, avec ce calme, cette sagesse, cet esprit de convenance qui ne l'abandonnaient jamais, ne courut point au devant des événements ; il les vit s'accomplir, et s'y conforma. Entouré d'amis, de protecteurs d'autant plus zélés pour lui qu'il était moins importun, les faveurs ne se firent pas attendre : il fut nommé membre de la Légion d'honneur le 13 septembre 1814 ; censeur royal le 24 octobre suivant ; enfin, le V janvier 1818, secrétaire du cabinet du roi et des menus-plaisirs , sous les ordres du duc de Duras. A la rentrée de Na|wléon il réclama son emploi de commissaire impérial près le théâtre de l'Opéra- Comique; mais il avait été devancé par un académicien plus prompt. Après les cent jours, il ne conserva que fort peu de temps sa position a l'université, et vécut dans la retraite. Ses études philologiques auraient été fort utile» à l'Académie française, s'il n'en eût été trop souvent éloigné pars» santé, par sou
goût pour sa maison des clianpa, car il avait fini par en avoir une en réalité dans le village de Villccresne (Scine-et-Oise). On ne peut pas dire que les longs loisirs de Campenon ont été inutiles aux lettres. En 1817, ce poète qui, « selon l'expression d'un cri- « tique, a eu le bonheur de trouver et de conserver « de nombreux amis sur le périlleux chemin de la « gloire ; dont le cœur étranger aux passions qui « gâtent les plus belles renommées, et qui troublent « ou détruisent tout ce qui est honorable et bon, ne « s'est ému que pour ce qui est honorable, * (1) publia une S' édition de ses ouvrages, Paris, Delaunay, 1 vol. in-18; en 18*25 il en fit paraître une 4' en 2 volumes, enrichie de pensées nouvelles et contenant son discours de réception. L'élégie sur la Jeune fille mourante respire une aimable sensibilité ; on y trouve ce vers charmant :
Ta mère l'aime trop, lu ne peux pas mourir.
I-es crayons d'Isabey, de Picot et de Duels, ajoutent un attrait de plus à Ut beauté de cette édition. Enfin les notes qui accompagnent le poème de l* Maison des champ» offrent les fragments des chants qui avaient été retranchés par l'auteur. Le lecteur ne jouit de ces fragments qu'en regrettant ce qu'il a perdu. La même année, il publia avec Despret, conseiller honoraire de l'université, une traduction d'Horace , qui réunit l'agrément et la liberté du style à l'exactitude. L'Essai sur la rie et le» écrit» d'Horace, dont cette traduction est précédée, est plein de celte élégance et de cette grâce qu'on retrouve dans tous les écrits de Campenon (Paris, 182S, 2 vol. in-8*). Cet ouvrage fut adopté par le conseil rayai de l'instruction publique. En 1824, parurent le» Et»ait de mémoire» , ou Lettre» mr la rie, le caractère et le» écrit» de J.-F. fhteis, adressés à M. Odogaiihy de Latour, Paris, 1 vol. In-8". Ce livre est encore empreint de ce charme que l'auteur a su répandre sur ses autres compositions. Il y fait revivre Ducis avec la douceur, avec l'énergie dè son caractère et de son talent. On lui a rcproclté l'ordonnance de son ouvrage, la division de son sujet en diverses sections, où sont séparément appréciés les sentiments religieux de Ducis, ses opinions politiques, ses vertus privées, son talent el ses ouvrages. L i Campenon n'a fait qu'user du privilège que lui donnait la forme de correspondance choisie •>ar lui. Un reproche plus grave, et dont il n'est j*as aussi facile de l'absoudre, c'est de n'avoir pa9 conservé à Ducis ces énergiques pensées républicaines dont se souviennent encore les personnes qui ont connu l'auteur d' Œdipe clic: Admète, ce qui n'exclut assurément pas la profonde sensibilité avec laquelle ce vénérable poète reçut les bontés, nous dirons presque les avances de Louis XVIII. Pour prouver que Campenon était loin de passer alors ses années dans ce far niente académique dont on l'a si légèrement accusé, nous citerons encore : 1° son Estai tur la vie el les écrit» de David Hume, qui pre-
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cède VliiUoirt d'Angleterre publiée chez Janet et Çotellc en 181 9-1 829; 2" sa traduction de 17/u/oire d'Ecosse de Roberlson; les mêmes, 1820,3 vol. in-8* ; 3° un morceau sur madame de Sévigné, en téte de ledition îles Lettres de cette femme célèbre publiée en 1822 ; 4* une Notice sur la rie et les ouvrages du comte de Tressan. pour l'édilion de 1823 des œuvres de cet écrivain ; 5° un Essai tutla vie et les ouvrages de Gresset, en téte de l'édilion des œuvres de ce poète publiée chez Janet et Cotcllc (1823, in-8°) ; 6" une Notice sur la vie et les écrits de Ûucit en téle de ses OKuvres posthumes, Paris, Ncpveu , 1826. Campenon avait, en outre, donné une édition des œuvres de Léonard, 1798, avec une notice sur la vie de l'auteur ; enfin il avait composé un Essai sur Clément Marot et sur les services qu'il a rendus « la langue, qui se trouve en tète d'une édition imprimée au Louvre par Didot en 1801, et qui a été réimprimée dan* une édition des œuvre* du même poète, Paris, Janet et Cotelle, 1819 et 1820. Diverses |K>ésie< légère* écluqipées à sa plume facile, mais surtout un poème inédit mu* le Tasse, poème des plus remarquables, et dont il a laissé la publication à sa femme et a sou (ils, seront bientôt recueillis eu un seul volume et un - au jour par M. Mcunecbet. Cami>cuun a été un prosateur distingué, un poète élégant, mal*, mieux que cela, un liomme de bien, un excellent homme, Jaiw toute l'acception du mot (I). Sa conversation était pleine de charme et d'aménité, son instruction solide. 11 vivait, depuis plusieurs auuécs, dans les sentiment» d'une piété profonde, et s'est éteint, au milieu de sa respectable famille, le 24 novembre 1843. M. Paliu, son confrère a l'Académie française, pronouça de toit» hantes paroles sur sa tombe. Campenon a eu pour successeur a l'Académie M. St- Marc Girardin. 0. L— ï cl D — a— R.
CAMPER (Pierre), médecin et naturaliste, né à Leyde, le 11 mai 1722, d'une famille distinguée dans la magistrature, fut élevé dans la maison de •on père, ministre du St- Evangile, qui avait pour amis Bocrhaavc, s'Gravcsandc, Musschenbroeck et le chevalier Moor. Le jeune Camper suivit ses goûts pour les études, et d'abord il appril le dessin de Moor père et iils. Bientôt, se destinant la médecine, il eut pour maître Gaubius, van Kooycn et Albinus. 11 avait le désir de voyager; ses parents, très-Agés, ne purent consentir à. se séparer de lui, «l ce ne fut qu'après les avoir perdus, en 1748, qu'il partit pour l'Angleterre. Mead, Parsons, Pringle, Sharp* Smellie, Winccster et Larcher l'admirent 4 leurs entretiens. Il alla enteudre Bradley A Qxfbrd, et Smith et Wadker à Cambridge. Revenu aur le continent, il visita à Paris Winslow, Astruc, Ferrein, Sanchez, Lorry, Ledran, J.-L. Petit, Quesnay, Kéaumur, Buffou, Bernard de Jussicu, Rouelle, Montesquieu, Helvétius, d'Alembcrt, Diderot, J.-J. Rousseau. Il parcourut la Flandre, l'Allc-
(t) Ose d« psi H" cilcr le» irmonnages d« bonté que me donna Caiujwnon, à prof»» des Éludes, os je Ucbai de montrer Duai entouré de se* amis le* plus dignes ! Q. L— t.
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magne, la Prusse, et se lia avec Ziinœcrmann, Mi-
cltaëlis, llcync, Forstcr, Gmclin, YVrisberg, Blumenbach, Sommering, Memlelsolm, Fonuey, Bodc, Bloch et autres savants. Il fut trés-bien accueilli de Frédéric le Grand cl du prince Ueniï. Les relations que Camper eut dans les pays étrangers avec tout ce qu'ils contenaient d'illustre dans les sciences indiquent le cas que l'on faisait de lui. Il ne jouissait pus d'une moindre considération dans sa patrie. Il occupa successivement les chaires de philosophie, d'anatomie, de chirurgie et de médecine dans les universités de Franeker, d'Amsterdam, de Groningue. En prenant possession de ces chaires, il prononça, suivant l'usage de son pays, des discours qui furent tous remarqués jwr les connaissance* étendues qu'elles annonçaient en physique, en médecine, en anatomie, et par un rare talent d'observation. Dans tous ses voyages, qu'il ne Ht jamais qu'à petites journées, il tenait un journal où il notait, non-seulement ses observations, mais encore, dit Yicq-d'Azyr, «les erreurs, les vérités, les pro- « jets, les systèmes. » Doué d'un esprit très-actif, il concourut souvent pour les prix proposés par les académies; l'académie des sciences l'avait couronné en 1772, et il y obtint l'accessil eu 177G; l'académie de Dijon en 1770 ; t elles de Lyon en 1773, de Toulouse en 1775 ; celles de Harlem, la tocielé d'Edimbourg, lui adjugèrent des prix; l'académie de chirurgie lui en décerna trois d'hygiène; aussi u'a-t-il presque écrit que des mémoires : il avait commencé plusieurs grands ouvrages, il n'en acheva aucun- Les académies de Berlin, de Pétersbourg, etc., ics sociétés royales de Gotitingue et de Londres, le comptaient au nombre tic leurs membres , l'académie des sciences de Taris le nomma en 1783 à l'une des huit places de ses associés étrangers, et il est, après Bocrhaave, le seul Hollandais qui ait eu cet honneur. A ses occupations littéraires. Camper joignit souvent des fonctions politiques; il fut membre du conseil d'Etal des Provinces-Unies, et député a rassemblée des états de la province de Frise. Lors de la révolution de 1787, par habitude ou par reconnaissance, il testa dans le parti du slalhouder, sans en approuver cependant tous les actes ; le triomphe de ce parti finit même par l'affliger, et la douleur abrégea ses jours. 11 mourut le 7 avril 1789. Parmi les découvertes qu'il a faites , on doit remarquer celle de la présence de l'air dans les cavités intérieures du squelette des oiseaux, découverte qu'il lit en 1771 à Grouinguc, et que le célèbre Hunter s'appropria en 1774. Camper a prouvé le premier que le singe, dont les anciens ont donné des descriptions anatomiques, était de l'espèce du orang-outang, puisque cette espèce est la seule où le larynx est accompagné d'une double poche, dont chaque division y communique par une ouverture séparée. C'est Camper qui a observé que la courbure de l'urètre est plus forte dans les enfants que dans les adultes. Ses mémoires sur l'opération de la taille, sur celle de la symphise, sur l'inoculation, ont répandu du jour sur ces matières. Il s'était beaucoup occupe de l'ostéologie comparée, et il croyait, ce
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que les grands travaux de Cuvier ont mis hors de doute, qu'il a réellement existé des animaux dont l'espèce est perdue aujourd'hui, tels que le mammouth, etc. Passionné même pour ces recherches, Camper, ordinairement froid et sévère, s'animait à l'aspect de ces objets de ses études et de ses ponts. Sa Dissertation sur ta variété» naturelles, elc, est le premier ouvrage qui ait jeté un grand jour sur les variétés de l'espèce humaine, que l'auteur distingue par les formes osseuses de la tète. M. Adrien-Gilles Camper a publié un précis de la vie de son père. Condorcet et Vicq-d'Azyr en ont fait chacun un éloge. Cuvier a honorablement mentionné Camper dans le Discours sur les progrès des sciences physiques depuis 1789 adressé à l'empereur. Vicq-d'Azyr a, dans son éloge, rapidement analysé tous les mémoires de Camper, dont on trouve la liste dans les notes mises à la réimpression faite en Hollande (Amsterdam, cher Immerzel , 1809, in-8»), du Discours sur les Progrès des sciences, lettres et arts, depuis 4789 jusqu à ce jour, Mous ne citerons que les suivants : 1* Demonslrationum anatomico-palholttgicarum libri duo, Amsterdam, 1760-62, 2 vol. in-fol. ; 2° Disserlalio de fractura patella et olecrani, la Haye, 178», ouvrage posthume publié par son fils; 3» Icônes herniarum, Francforl-sur-le-Mcin, 1801, in-fol., public par S.-T. Sommering; 4° sur t'Organe de l'ouïe des poissons, dissertation insérée dans le 7* volume des Mémoires de mathématiques et de physique, présentés à l'académie des sciences en 1774 ; 5* de admirabili Ânalogia inter slirpes et animalia ; 6" de Cerlo in tnedicina : ces deux derniers opuscules sont des discours d'inauguration ; 7* Description anatomiqut d'un éléphant mâle, ouvrage posthume publié par son lils, 1801, in-fol., et réimprimé dans le 2' vol. des OEuvres de P. Camper qui ont pour objet l'histoire naturelle, la physiologie H l'analomie comparée, traduites par Janscn (précédées de l'éloge de l'auteur par Condorcet ), 4803, 3 vol. in-8". Avant la publication de celte collection, nous possédions déjà en français : 1" Dissertation sur tes variétés naturelles qui caractérisent ta physiv 'nmic des hommes des divers climats et des divers âges, etc., suivie de Réflexions sur la beauté, particulièrement sur celle de fa tète, avec une Dissertation sur la meilleure forme des souliers, le tout traduit par Jansen, 1791, in-4"; cette dernière dissertation fut faite d'après un défi : l'auteur y prouve tour 4 tour de grandes connaissances comme antiquaire, comme analomiste, comme artiste. 2* Dissertation physique sur les différences réelles que présentent les traits du visage chez les hommes, etc ; sur le beau qui caractérise les statues antiques, traduite par D.-B. Quatremère-d'lsjonval, llrecht, 1791, in-4°. 3° Discours sur les moyens de représenter les diverses passions qui se manifestent sur le visage ; sur té^onnanle conformité qui existe entre les quadrupèdes et les hommes, traduit du hollandais par le même, Llrecht, 1792, in-4*. A. H- t.
CAMPESAN1 ( Bekve.nuto de'), né A Virence, vers 1260, était déjà célèbre à dix-neuf ans, et s'était but connaître par diverses poésies. Il fut un des
meilleurs portes de son temps; l'historien Ferreto, son concitoyen, qui avait été son élève, lui donne les plus grands éloges, et a consacré à sa louange un grand nombre de vers que Muratori a insérés dans sa grande collection historique. Campesani était auteur d'un poème héroïque en vers hexamètres, dans lequel il célébrait les victoires de l'empereur Henri VIII, qui, en 1311, délivra la ville de Vicence du joug des Padouans. Le manuscrit de ce poème existait encore il y a un peu plus d'un siècle, mais il s'est perdu depuis. Pagliariiii en fit beaucoup d'usage dans sa Chronique de Yicence, et en cite quelques vers. Muratori a mal placé la mort de ce poète en 1313 ; il était encore vivant en 1323, et il parait probable qu'il mourut en 1524. R. G.
CAM PESA NO ( Alkxa.ndhe), naquit à Kassano en 1521, et fit de brillantes études à Padouc, sous la direction du savant Lazare Buonamico. Après avoir pris le grade de docteur, il se rendit à Bologne, où il acheva son droit sous le fameux André Alciat. Ayant (ini ses études en 1542, et à peine âgé de vingt et un ans, le sénat de Venise le nomma lecteur extraordinaire à une chaire de droit ; celte chaire ayant été supprimée, Campesano se retira dans sa patrie, et cultiva en paix les lettres et l'amitié. Ses concitoyens le nommèrent aux premières places de la ville. Il mourut le 42 juin 4572. La notice de ses ouvrages est insérée dans le recueil des Opusculi scientifici de Calogera (t. 48) : on y trouve aussi son testament ( t. 22, p. 267 ). Parmi les productions de Campesano qui ont été publiées, on distingue : 1* des poésies, insérées dans les Rime scelle de' poeli Bassanesi, Venise, 4576, in-4»; réimp. en 1769, iiv80. 2° Carmina. Ou trouve aussi des vers latins de lui dans le recueil de ceux qui furent faits a la louange de Jeanne d'Aragon, publié par Huscelli. 3- Des lettres sur divers sujets, imprimées dans différents recueils. La vie de cet écrivain, écrite par J.-B. Vèrci, se trouve dans le t. 30 du Nouveau Recueil d'opuscules par le P. Mandelli, continuateur de Calogera, et dans les Rimt scelle de' poeli Bassanesi. H. G.
CAMPHARI (Jacques), théologien du 45» siècle, était né, vers 1440, à Gènes. Ayant embrassé la vie religieuse dans l'ordre de St-Bominique, il fut envoyé par ses supérieurs à l'université d'Oxford pour y terminer ses études. 11 y reçut le grade de licencié dans la faculté de philosophie, et de retour en Italie, publia son traité : de Immortalilate anima, opusculum in modum dialogi. Cet ouvrage est écrit en italien, quoique l'intitulé soit latin. La 1" édit. in-fol., sans date, de 25 feuillets, est sortie des presses de J.-Phil. Lignamine, à Rome, en 1472. Elle est si rare qu'on ne l'a pas encore vue passer dans les ventes à Paris. On en trouve la description dans le Catalogus romanarum edit. d'Audifredi, p. 110. Quelques bibliographes en citent une autre édition de 1473 ; mais son existence est plus que douteuse, puisque, d'après la suscription qu'ils rapportent, il faudrait que l'impression en eilt été terminée le même mois et le même jour que la précédente. On en connaît quatre autres qui, par leur date et
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lion des curieux : ce sont celles de Milan, 1475, Vienne, 1 477 . Cosenza, 1478, toutes m-4\ et B rescia, 1478, in-fol. VV-s.
CAMPHLYS (Jeax), en latin Camphics, né à Harlem en 1634, fut apprenti orfèvre dans sa première jeunesse. A l'âge de ringt ans, il entra au ser- Tke de la compagnie des Indes, et passa dans cette contrée, où, par ses talents et sa bonne conduite, il s'éleva de grade en grade, et, au bout de trente ans, il fut nommé a l'emploi de gouverneur général i Batavia. Parvenu au comble des lionneurs, il n'oublia point son origine, et fit mettre un marteau dans ses armoiries. Après une administration aussi sage que glorieuse d'environ sept ans, il se démit de cette dignité en 1691, et se retira dans une magnifique maison de plaisance qu'il avait fait bitir près de Batavia. Il aimait la botanique, et il avait rassemblé dans ses jardins un grand nombre d'espèces d'arbres et de plantes. Il favorisa de tout son pouvoir l'étude de cette science dans les établissements hollandais, et principalement la connaissance des végétaux qui pouvaient être utiles et devenir un objet de commerce. Camphuys avait rassemblé beaucoup de matériaux pour une description du Japon, et il les céda au chirurgien Kamipfer, qui les a employés dans la relation de son voyage, sans en nommer l'auteur. Il fut aussi lié d'amitié avec le célèbre Rumphe, gouverneur d'Amboine ; il contribua à enrichir la collection de plantes des Moluques que ce dernier avait formée, et à l'exécution du précieux ouvrage qu'il composa, lequel fut recueilli après sa mort par la compagnie, et envoyé a Amsterdam, où il a été publié sous le litre d'flerOarium Amboinense. Camphuys est fauteur <f un ouvrage historique trésestimé ! Histoire de la fondation de Batatia. Il mourut dans cette ville en 1693, âgé de 61 ans. Ounotevier (van Haren) a donné en hollandais la vie de Camphuys. B — P— s et B — o.
CAMPHUYSEN (Théodore-Raphelz i, né à Corcum en 1386, fut élève de Théodore Govertz : ses rares dispositions pour la peinture se développèrent rapidement. Campliuysen est placé avec raison au rang des plus fameux paysagistes; aucun peintre n'a mieux réussi que lui à représenter les aprèsmidi, les soleils couchants et surtout les hivers. Sans employer la monotonie de la neige, et en évitant le blanc pur, le bleu et le noir, il a su donner à ses tableaux la physionomie de la nature. On n'y trouve point ces couleurs rroides qui dominent généralement dans les représentations des hivers ; la conqtosition en est aussi simple que l'effet en est séduisant; le givre, la glace et le dépouillement des arbres y sont rendus avec une étonnante vérité. Le pinceau de Campliuysen est gras et moelleux ; ses tableaux sont exempts de cette sécheresse et de cette dureté dont van der Neer lui-même n'a pas toujours su se préserver; le style en est vrai et harmonieux. Le talent de Camphuysen est d'autant plus remarquable que ce peintre est le premier qui ait fait connaître à la Hollande la véritable manière de traiter le paysage; les Hollandais en avaient ignoré les
cipes jusqu'au moment où il leur en donna des modèles. Camphuysen sut encore peindre l'architecture moderne avec un Ulent remarquable. Ses ouvrages, dont les amateurs font un cas particulier, sont extrêmement rares. Il avait abandonné de bonne heure la peinture, qui lui promettait une gloire tranquille, pour l'étude de la théologie, qui arma contre lui l'envie et les persécuteurs. Il étudia à Leyde sous Arminius, s'attacha à la secte des mennoniles, d'où il passa dans celle des sociniens. Il avoue dans une de ses lettres qu'il était assez disposé à vivre sans religion ; mais qu'ayant trouvé que les sociniens débarrassaient l'esprit de la crainte de l'éternité des peines, il adopta leurs dogmes. On voit même, par une de ses lettres, qu'il trouvait assez édifiante l'opinion de ceux qui disent que les impies périssent, et qu'il n'y a point d'immortalité pour eux. Sur la fin de ses jours, il renonça à la qualité de ministre, et mourut à Worcum en 16*7, laissant les ouvrages suivants : f Thrologiscke Werehen (Ouvrages théologiques), Amsterdam, 1657, in-8*; 1660 et 1672, in-4». 2» Paraphrase de* Psaumes en rimes flamandes, in-12. 3» Cantilenm sacra, 1680, in-12, mises en chant par Butlilerus, musicien d'Amsterdam : ces deux derniers ouvrages eurent grand nombre d'éditions. 4« De Statu animarum, ou de l'étal des morts et des peines des réprouvés après cette vie, suivant le système socinien : cet ouvrage est précédé d'un Compendium doctrines soeinianorum. 5* Yole mundo; c'est une exhortation à la fraternité en Jésus-Christ : la r édition est de 1650, in-4\ 6° Une version flamande du traité de Fauste Soc in, de Auctoritate S. Seripturœ, et de ses Le ni. me s sacres, avec des notes.
1666. in-4*.
et T— d.
i vmm ou CAM PO ( A moi m: ), peintre, architecte et historien de Crémone, y était né dans le 16* siècle, et vivait encore en 1591. On lui doit l'ouvrage suivant : Cremona fedelissima città e nobilissima eolonia de' Romani rappresentata in dtsegno col suo contado, e iilustrata d'una brève istoria délie cote più notabili appartenenli ad esta ; e di ritralti naturali de' duchi e duchesse di Milano e eompendio délie loro rite, Crémone, 1585, in-fol (1). On voit que les plans et les portraits sont la partie essentielle, et qu'ils ne sont qu'accompagnes de notices historiques. Les gravures au burin, dessinées par Campi lui-même, sont d'Augustin Carrache, et donnent lieaucoup de prix à cette édition. Elle est rare et chère. L'édition de Milan, 1645, in-4-, est commune ei peu recherchée.— Pierre-Marie Campi, chanoine de Plaisance dans le 17* siècle, est auteur, t4 d'une histoire ecclésiastique de sa patrie, sous le
(«.) Cet 0OTra«f, imprimé chet lanlenr. est de 15*2 et noo de 15*5. Le coidre 2 » ne chance f » 5 ili plume dai les e wmpljires. Ceux qui portent la dite de 15*2 o fermée dans le titre; ainsi : Crtmcme citti fedelinnu e «mm foin,, ter Homau * .« Srere nient telle pm e*>e di suelle itttUreU, e éuerne ce» éilitet léi; tic. On y trwne quelque* autres légères différences dans la dedirace anx conseiller» de Crémone, et dans le portrait de Philippe 11, q«i e*l <* ie«e nne et arme, m coiffe d'une lotpje et ea du reste, test une seule et même édition, dont la 1
m CAM
titra d« : AtlV HitWria eedetitutien di Piaccnta, 4651-4062, 3 vol. in-ful. : c'est l'histoire des saints, des bienheureux et des évêques de Plaisance; 2" d'une VU de Grégoire X, écrite en latin, et publiée à Konio, 106», in- 4°. G— t.
CAM PI (Bernardin), peintre, né à Crémone en 4522, fut un inalire du troisième ordre, que l'on cslime assez en Italie. II est auteur d'un ouvrage intitulé : Parère $oprà la pUtura, Crémone, 4580, In-; : réimprimé dans la même ville, 4584, in-4°. Suivant plusieurs lettres autographes de Bernardin, on sait qu'il vivait en 4590. Ces lettres sont datées de 4588 , 4589 , 4590. On les trouve dans les Mémoire» d'Oretti. Le musée du Louvre a de ce maître un tableau représentant fa Vierge qui pleure la mort de ton (lit étendu à tet pirdt. 11 ne faut pas confondre Bernardin Campi avec d'autres peintres crémonais qui ont porté le même nom : Galeazzo Campi , né en 4475 et mort en 4550; Jules, llls de Galeazzo, né en 4500, mort en 1372; Antoine Campi, second fils de Galeazzo, et auteur de la Cremona fedrlittima eillà, etc. (roy. l'art, précédât), et Vincent Campi, troisième fils do Galeazzo, mort en 4591 . Les tableaux de Bernardin Campi ne sont pas très-rares. A— d.
CAMPI (Balthasar et Michel), deux frères, droguistes et parfumeurs A Lucqucs , vers le milieu du 40* siècle. Ils avaient des connaissances fort étendues sur toutes les substances qui étaient l'objet de leur commerce, et s'appliquèrent surtout a reconnaître les plantes dont les anciens ont fait mention. Ce fut dans les écrit* de Dloscoride* et dans ceux des auteurs arabes qu'ils cherchèrent à s'instruire a cet égard ; mais n'y ayant pas trouvé tout ce qu'ils désiraient, il parcoururent plusieurs fois la chaîne des Apennins et d'autres confiées de l'Italie pour en observer les plantes. Ils publièrent le peu de découvertes réelles qu'ils lirent dans un ouvrage intitulé : Spicilegio botanieo. Ils en ont produit ensemble , et sous leurs noms réunis, plusieurs, dont voici les titres : 4» Diteorto nel quale tidimottra mtal lia il vero Mllhridato , contra lopinione di tutti li tcrtttori e i aromatari ; ton un brève eapitolo del vero atpalato , Lucques , 4023, in-4". 2» Sopra il Balsamo, Lucques, 4559, in-4°: c'est un traité sur le vrai baume de Judée ou de la Mecque. 5° llitpotta ad alcune oggetioni faite al libro tuo dtl Baltamo, Lucques, 4040, in-4» ; 4749, in-4». 4* Dilucidatione e Confirmaskme maggiore di alcune cote ttate da noi nella ripotta al S. Gatpari, etc., Pise, 4041 , in-4" : ce sont des explications et des réponses aux observations critiques qui avaient été faites sur le traité du baume. 5° Spicilegio botanieo, ncl quale ti manifesta la conotciuta cinnamoni detli an— ikhi, Lucques, 4032, in-4°, 4654 et 1049, in-4». Dans ce livre, ils ont fait connaître les plantes qu'ils avaient observées dans leurs voyages; mais leur objet principal est de prouver que la cannelle des modernes est différente du cinnamome des an-
CAMPI ( Paul-Emile ), poète dramatique, était né, vers 4740, à Modène, d'une famille patricienne,
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et déjà connue dans les lettres. ( Voy. la Bibtioi. me— denete de Tiraboschi. ) Il débuta , en 4774, par la tragédie de Biblit, pièce condulleavec beaucoup d'art et dans laquelle on trouve des situations d'un grand effet. Elle fut jouée avec succès sur les principaux théâtres d'Italie, et valut b l'auteur les encouragements tle Voltaire. Une lettre qu'il écrivit au patriarche de Ferney à l'occasion de son Dialogue de Pégate et du Vieillard lui mérita de m part de nouveaux compliments. ( Voy. la Corrctp. de Voltaire, année 4774. ) Il donna, quelque temps après, une seconde tragédie: Woldomir , ou la Convertion de la Rutile ; un style pur et plein de convenance en Rssura le succès. Quelques critiques, en accordant à cet écrivain un génie vraiment tragique, trouvent sa versilication un peu lâche. Campi mourut en 4790. W— s.
CAMPI AN (Enuosn), né à Londres en 1540, n'avait encore que treize ans lorsqu'il fut distingué de tous ses condisciples de l'école de Christ-Church, I pour complimenter en latin la reine Marie à son j avènement. Il remplit la même fonction auprès d'Elisabeth, A Oxford, lorsque cette princesse alla visiter l'université, et il soutint une thèse en sa présence avec le plus brillant succès. Après avoir reçu les ordres sacrés, selon le rite anglican, il se réfugia en Irlande pour y faire profession de la religion catholique , s'y livra , pendant un an et demi de séjour, à l'étude de l'histoire de ce royaume, et r< cueillit des documents précieux. Ses relations avec les personnages de distinction qui désertaient journellement la nouvelle réforme donnèrent de l'ombrage aux protestants : ce Tut pour se soustraire à leurs recherches qu'il repassa en Angleterre , et de là sur le continent en 4570. Après avoir enseigné les humanités, puis In théologie au collège de Douai, Campian alla en 1573 se fait e jésuite A Home. Ses supérieurs l'cnvojèrcnt professer successivement la rhétorique et la philosophie à Prague. 11 fut appelé à Vienne où il se fît une brillante réputation par une pièce de sa composition , sous le titre de Nectar et Ambroisie , représentée devant la famille impériale. Jusqu'à cette époque, la mission ratholilique d'Angleterre n'avait été confiée qu'à des prêtres séculiers. Le docteur Allen , qui en était regardé comme le chef, engagea le général des jésuites à y envoyer des membres de sa compagnie. Campian et Parsons furent mis à la tête de la nouvelle colonie. Ils abordèrent dans celte Ile en 4580. Le premier, peu de temps après son arrivée, publia un écrit intitulé : Babsacct romanut , teu decem rationtt Mati ccrlaminit in causa fidei rtddila academicit Angliœ (l). C'était un défi fait au clergé anglican d'entrer en dispute sur les dix points principaux qui séparaient les deux communions, rédigé avec autant d'élégance que de modération. Cet écrit fit du bruit ; le succès de la mission en fit encore davantage. Le gouvernement s'alarma des converti) Cet oamge t été trtdaH n traçais p*r la P. Brif»M>, j*«nii«, khw , o tilt* i D'* i '■ 1 " ét t» ittui 4* U rtUfio» ckrHitmt frtyotia mu wuttrtiiti i AugtcUm, t'am, i, Boodot, lîOt. IMS. n-n-i.
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siotn nombreuses qui •'opéraient journellement dans toutes les classes. L'ombrageuse Elisabeth, qui croyait voir des conjurés contre ta jicrsonne dans tous le» catiioliques qui abordaient eu Angleterre, entretenait partout des émissaires pour les découvrir et les lui dénoncer. Le secrétaire d'État Walsingham mit des espions aux trousses de Campian et de ses compagnons. Campian Tut arrêté à I .y lord, dans le Berkshire, et conduit à travers une partie de l'Angleterre, portant un écriteau sur sa tète , qui annonçait son nom , son état , et les crimes dont on avait intérêt de le déclarer cou|>able. La populace de Londres , ameuté par cet appareil, l'accompagna jusqu'à la Tour , eu le chargeant d'imprécations. Cette disposition de la multitude fut alimentée par des pamphlets remplis tf Invectives , où les nouveaux missionnaires étaient n-présentéi comme les agents d'une ligue formé entre le pape et le roi d'Es|iagne contre l'Angleterre ; et l'on finit par le mettre en jugement avec d'autres missionnaires. Leur acte d'accusation portait qu'ils avaient juré une obéissance sans bornes à l'évoque de Rome , comploté contre la vie de la reine, excité les peuples a la rébellion. On leur envoya des théologiens anglicans pour disputer avec eux , en leur refusant les moyens nécessaires pour soutenir une pareille controverse. La plupart des témoins à charge furent choisis parmi les dénonciateurs ou des apostats. Des juges prévenus cherchèrent à les embarrasser par des questions captieuses, à les intimider par des menaces : on les mit à la torture sans jkwvolr leur arracher l'aveu d'aucun crime. Campian protesta, au contraire, qu'il avait toujours prié pour le salut de la reine et |K>ur sa conservation, a De « quelle reine entendez-vous parler? lui demanda « Howard. — C'est d'Elisabeth, votre reine et la « mienne, » reprit Campian. Le résultat de cette procédure fut une sentence de mort contre Campian et ses coaccusés. On leur offrit leur grâce et des bénéfices, s'ils voulaient renoncer à leur mission et reconnaître la reine comme chef suprême de l'Église anglicane. Sur leurs refus, Campian et trois de ses complices présumes furent pendus à Tyburn et coupés en quartiers, le 1" décembre 1581. Étant montés sur l'échafaud, Ils prièrent a haute voix pour la reine et pour la prospérité de son gouvernement. Campian ne manqua pas d'apologistes parmi les catholiques. Sans parler du jésuite Dombino, son biographe (roi;. Uombi m) , qui l'appelle le Iront fbis heurtux Edmond Campian, prince des premiers martyrs anglais, le cardinal Alan ou Allyn démontra son innocence et celle de ses compagnons, et prouva que leur mission n'eut jamais d'autre objet que de ramener les Anglais a la religion de leurs pères, sans avoir fait la moindre démarche tendant à troubler l'État. On peut lire sur cela la lettre où Campian rend compte de cette mission à son général. On n'y trouve rien qui ait rapport à un complot. 11 est encore reconnu qu'avant de partir de Home, il avait obtenu de Grégoire XIV des modifications importantes a la bulle de Pie V contre Elisabeth. Hume, trompé par Camden, dont on sait mie l'ouvrage avait été altéré: avant
CAM si!
l'impression, par Jacques 1", prétend que Campian •'avoua coupable dans ses Interrogatoires. Le contraire résulte évidemment des faits que nous avons rapportés. Au surplus, Camden, Collier, Hume, et tous les historiens protestants, ne lui ont jamais reproché que d'être catholique, et ils conviennent que cette exécution tut une mesure polititpje pour calmer les inquiétudes des Anglais sur le projet de mariage du duc d'Anjou, alors a la cour de Londres, avec Élisabeth, projet dans lequel les zélés anglicans voyaient la tolérance du papisme. Wood observe qu'au jugement de tous les écrivains des deux partis, Campian, doux, modeste par caractère, était aimable en société, doué des plus rares talents, orateur éloquent, excellent dialecticien, prédicateur exact dans sa morale, savant dans le grec et le latin. Ces qualités brillent, en effet, dans ses ouvrages, dont les principaux, outre ceux déjà cités, sont : 1 * Neuf Artieltt adressés aux lords du conseil privé, * 1581 . 2* ses Conférences à la Tour (en 1581) avec les théologiens anglicans qui lui furent envoyés, publiées par ses propres adversaires, Londres, 1583, in-i*, en anglais. 5* Narratio de divortio llenriei VIII ab uxore l'alharina, mise au jour par Richard Gibbons, jésuite, Douai, ICîi, in-fol., avec l' Histoire eedésiatt d'Angleterre de N. Hapsfeld, et Anvers, 1651 . 4" Epistolœ tarieead Uercurianum, gtncralem soc. Jesu, ibid., même année. 5* Histoire d'Irlande, en anglais, donnée au public par Jacques YVare, Dublin, 1655, in-fol. Hollingshed avait beaucoup profité de son manuscrit conservé dans la bibliothèque Cottonienne. 6° L'hronologia universalis, 7° Orationes lalina>, Anvers, 1631. 8* De Imitatione rhetorica, ibid., même année. Les Orationes, Epistolœ, et de Imitatione rhetorica ont été réunies en un vol. in-8», à Ingolstadt, 1602. T— D.
CAMPIGLIA (Alexandre), auteur italien qui écrivait A la lin du 16' siècle et au commencement du 17e, est principalement connu par une Histoire des troubles de la France pendant la vie de Henri le Grand, qui n'est, en quelque sorte, qu'une histoire de ce roi depuis sa naissance jusqu'à l'époque de sa ré* conciliation avec l'Eglise romaine, proclamée solennellement à Rome, le 17 septembre 1595, par le pape Clément VIII. Le titre entier de l'ouvrage, qui comprend depuis 1553 jusqu'en 1594, et non pas seulement les années 1593 et 1594, comme le dit l'auteur de VEsprit de la Ligue, est : dette Turbulent de ta Francia in tita del re *Henrico il Grande, d'Alessandro Campiglia, tib. 10, ne' quali non sol si narra la nascità, l'educalione, la ragione di succedere alla corona, t traragli, te grandi imprese di quel re, le guerre, le leghe, te divisioni del regno, la pace e la liberlà donata, ma si tratlano politicamente gl' inieressi ed i fini particotari cA' hebbero a quel tempo i principi delV Europa, Venise, 1614 et 1717, in-4" ; Augsbourg, 1616, Jn-4». L'auteur, dans son épltre dédicatoirc au rot Louis XIII, dit qu'A la nouvelle de l'assassinat de Henri, l'Italie entière avait fondu en larmes, et que lui particulièrement, après s'être livré à sa douleur, avait conçu le projet de tirer vengeance de ce for-
bit, et, n'ayant point a sa disposition d'autre moyen, de faire la guerre avec sa plume au temps et à la mort. Cette épltre offre plusieurs autres singularités. Entre toutes les raisons qui font regarder à 1 auteur Sa Majesté très-chrétienne comme le plus grand roi de l'Europe, il compte le privilège d'être le berger des moulons à la toison d'or, qu'il pe ut tondre quand il lui plait : Perché voi siele il paslore de' montoni dal telto d'oro i quali polete lotare quai hora a voi piace. L'histoire est écrite de meilleur goût et avec plus de simplicité que l'épllre dédicatoire. L'admiration de l'auteur pour la mémoire de Henri IV, et la dédicace même adressée à son lils et son successeur, disent assez quel en doit être l'esprit. Il serait tout à fait ineiact de dire qu'il n'approuve ni ne blâme la St- Barthélémy. Il raconteavec beaucoup de sincérité les intrigues de la cour qui amenèrent cette horrible journée, et ne dissimule pas que la reine mère en fut le principal auteur. Il dit que, dès le 22 du mois d'août, commença la tragédie par le massacre de l'amiral. Cette sanglante matinée, dit-il ailleurs, fut celle du jour consacré à St. Barthélémy. Il ne parle pas, saus doute, de celte boucherie du ton dont le ferait un Français; mais il lui donne aussi ce nom ùe bouclurie, et, sans quitter ce ton impartial de l'histoire, il blâme peut-être autant ce grand crime qu'il convenait à un étranger, dans la position où se trouvait alors, en Italie, un Italien écrivant sur les affaires de France. G — É.
CAMPIGLIA (Jean-Domimqle), dessinateur célèbre, né à Lucques, en 1692, reçut les premières leçons de son art d'un oncle qui excellait & travailler en marqueterie. 11 alla de bonne heure étudier à Bologne, d'où il rapporta des dispositions pour le dessin qui lui donnèrent un commencement de réputation et le firent appeler à Rome. Chargé de dessiner d'après l'antique, il s'acquitta de ce devoir avec une intelligence remarquable. C'est d'après lui qu'on a gravé une grande partie du Mutée Capitolin, 4 vol. in-fol. Appelé ensuite à Florence, il dessina la riche collection de camées et d'incises que possède le cabinet grand-ducal. Depuis, celte lâche honorable a été continuée par le célèbre Jean-Baptiste 'NVicar, élève de David, et qui s'est inspiré de toute la verve et de la correction de son prédécesseur. Campiglia, de temps à autre/exécutait quelques tableaux où l'on admirai! la force et la fermeté du dessin. Il a eu l'honneur d'obtenir que son portrait fit partie de la collection de ceux des peintres célèbres qu'on voit à Florence dans le musée. Campiglia mourut vers 17S0. A— d.
CAMPIGNEDLLES ( Charles • Claude • Floee>t-Thorel de), né à Montreuil-sur-Mer, le 5 octobre 1737, trésorier de France à la généralité de Lyon, cultiva les lettres par goût, et s'essaya dans presque tous les genres, sans obtenir de succès décidé dans aucun. Il débuta par un ouvrage intitulé : le Temps perdu, ou Histoire de M. de C..., 1736, in-12. C'est un roman tel qu'on peut l'attendre d'un jeune homme de dix-neuf ans qui écrit avant de bien connaître les ressources de sa langue, et qui veut peindre le monde avant de l'avoir vu. Aussi
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a-t-on dit de ce livre, que ce qu'il avait de meilleur, c'était le titre. Quelques années après, il entreprit une feuille périodique intitulée : le Journal des Dames, qu'il rédigea depuis le mois de janvier 1759 jusqu'au mois d'avril 1761, ouvrage qui n'a jamais pu s'élever au-dessus du médiocre, bien que la direction en ait été confiée a des écrivains qui lui étaient très-supérieurs. Il a encore publié : 1* Cléon, ou le Pelit-Maitre esprit fort, 1757, in-12; 2* Essais sur différents sujets, 1758, in-12; 5* Anecdote t morales de la fatuité, suivies de recherches et de réflexions sur les i» Hts-maitres. 1760, in-12; 4» le Nouvel Abailard, ou Lettres d'un singe au docteur Abadolf, 1763, in-8"; 5* Nouveaux Essais sur différents sujets de littérature, 1765, in-12 ; 6* Dialogues moraux. 1768, in 12. La France littéraire lui attribue une Sain- du roman de Candide. Campigneulles était membre des académies de Lyon, Angers, Villefranchc, Caen, et des Arcadiens de Rome. 11 est mort en 1809. W— s.
CAMPIGNY (Charles), religieux célestin et bénédictin, né â Orléans en 1569, fit profession chez les céleslins en 1589, et n'ayant pu rétablir la régularité dans son ordre, entra dans la congrégation des bénédictins de St - Maur, et y mourut i Paris en 1 633, dans la maison des Blancs-Manteaux. Etant encore célestin , il corrigea et augmenta la Somme de la foi catholique . écrite en latin par le P. Crcspct du même ordre; Lyon, 1598, in-fol. On lui doit aussi : 1° le Bréviaire des céleslins de la congrégation de France , rétabli conformément aux vues du concile de Trente ; 2° la Vérité du différend qui est entre le P. Placidus et le P. Menaliut, c'est-à-dire entre lui-même et les supérieurs de la congrégation des céleslins ; 3° le Guidon de la vie spirituelle pour les PP. céleslins du noviciat de Paris, 1615, in-12; 4° X Analypophyle bénédictin, à Paris, 1615, in-12, ouvrage qui fut censuré par la Sorbonne, comme injurieux à l'ordre des bénédictins. On lui attribue une apologie pour lui-même, sous ce titre : Apologelica innocenlim oppressœ, et reformations ablegala Propugnatio. Elle est adressée au pape Paul V, et fut réimprimée à Anvers sous le nom de Denis de Montaigu , abbé de Valserein (Becquet, Hisl. Caelest. gallic. congreg.) Z — O.
CAMPILLO ro> Joseph del), l'un des ministres de [Philippe V, à qui l'Espagne doit deux écrits pleins de sens et de raison, qu'il composa en 1742, et dont son pays aurait dû profiter plus tôt. L'un est intitulé : Ce qu'il y a de trop et de trop peu en Espagne; l'autre : l'Espagne réveillée. B— o.
CAM PION (de), nom de trois frères distingués par leur esprit et leurs connaissances, et qui cependant ont été oubliés des biographes jusqu'au moment où M. le général Grimoard a attiré sur eux l'attention par une lettre adressée à Barbier, imprimée dans le Magasin encyclopédique, année 1808, t. 4, p. 95. — L'atné, nommé Alexandre , né en 1610, mort à l'âge de 60 ans, publia, en gardant l'anonyme, un volume intitulé : Recueil de lettres qui pourront servir à l'histoire (écrites depuis 1651 jus- I qu'en 4646), et divers poésies, Rotwn, 1657, in-8\
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Ce recueil, dédié à madame de Fiesque, amie de l'auteur, n'ayant été tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires, est devenu assez rare. — Henri, né le 9 février 161}, mort le 11 mai 1663 , a composé des Mémoires que M. de Grimoard a publiés en 180C, in-8°, avec des notes. — Nicolas, né le 6 mars 1616, entra dans l'ordre ecclésiastique. On a de lui : Entretient sur divers sujet» d'histoire, de politique et de morale, imprimés après la mort de l'auteur, Paris, 1701, in-12, par les soins de Garambourg, chanoine d'Ëvreux. L'épitre dédicatoire, au cardinal de Polignac, renferme des détails curieux sur les personnages qui figurent dans les Entretiens cous des noms supposés. C'est probablement à l'alné de ces trois frères que l'on doit la Fie de plusieurs hommes illustres, tflnt Français qu'étrangers, Paris, 1637, in-8». W-s.
CAMP10N. Voyez Tersan.
CAMPISTRON (Jean Galbert ne), naquit à Toulouse, vers 1656, d'une famille noble originaire du pays d'Armagnac, et fixée à Toulouse depuis le milieu du 16* siècle par la charge de capitoul et par celle de procureur général à la chambre des eaux et forêts. Un duel, où Campistron fut blessé dangereusement à l'âge de dix-sept ans, obligea ses parents à l'envoyer à Paris. Il crut s'y sentir des dispositions pour la poésie, obtint des conseils de Racine, et donna sa tragédie de Virginie, dont le succès éclipsa celui de Téléphonie, pièce fortement protégée par la duchesse de Bouillon. Pour n'avoir pas à lutter une seconde fois contre la cabale puissante de cette dame, qui avait un moment fait préférer Pradon à Racine, il lui dédia Arminius, dont le succès fut plus grand encore. Andronie suivit de près : l'affluence fut telle, que les comédiens se virent obligés de doubler le prix des places. Cette tragédie offre, sous d'autres noms, l'aventure funeste de don Carlos, qu'il n'était pas permis de mettre sur la scène sans ce changement. Après Andronie vint Alcibiade, qui eut encore un plus grand nombre de représentations ; le célèbre Baron fit singulièrement valoir cette pièce, en y jouant le principal rôle. Le duc de Vendôme, voulant donner une fêle au dauphin, demanda à Racine les paroles d'un opéra. Racine, qui avait renoncé à travailler pour le théâtre, proposa Campistron, qui fit Acis et Galathée. La ville confirma les applaudissements que la cour d'Anet avait donnés à cet ouvrage. Deux autres opéras de l'auteur, Achille et Alcide, eurent un sort bien différent : le dernier donna lieu à cette épigramme :
A force de forger, on devient forgeron; Il n'en est pas ainsi du pauvre Campistron : Au lieu d'avancer, il recule :
Voyeî Hercule.
Retourné au Théâtre-Français, il n'y fut pas d'abord aussi heureux qu'auparavant : Phocion ne reçut qu'un froid accueil ; on en fit un beaucoup trop vif à Phraate, à cause des allusions qu'il offrait. L'auteur, effrayé de son succès, eut besoin de la protection de la dauphine pour faire cesser les représentations. La pièce ne fui point imprimée, et elle a
été perdue, aussi bien que la tragédie tïAétius. Celle d'Adrien fut peu suivie. Il n'en fut pas de mfiiie de Tiridate, qui obtint un succès prodigieux, et resta pendant assez longtemps au théâtre ; c'est l'histoire d'Amnon, fils de David, amoureux de sa sœur Thamar, sujet traité sous des noms empruntés, comme celui de don Carlos , également par des raisons de convenance. Il ne manquait à Campistron qu'un triomphe sur la scène comique : il l'obtint dans U Jaloux désabusé, pièce un peu froide, mais dont la conduite, les caractères et le style ne sont point sans mérite. 11 avait fait une autre comédie intitulée l'Amante amant, pour consoler une actrice de ce qu'elle n'avait pu se montrer en habits d'homme dans la Femme juge et partie; il la désavoua, comme étant beaucoup trop libre : on ne l'en a pas moins insérée dans ses œuvres en 5 vol. în-12, Paris. 1750, ainsi qu'une tragédie de Pompéia, qu'on croyait perdue, et dont la perte n'aurait pas été très-regrettable. Il s'occupait, sur la fin de sa vie, d'une tragédie de Juba, dont on a retenu ces deux vers :
Tu verras que Calon, loin de nous secourir, Toujours fier, toujours dur, ne saura que mourir.
Le duc de Vendôme, n'ayant pu faire accepter une gratification à l'auteur iVAcis et Galathée, le lit son secrétaire des commandements, comme avait déjà fait, à son égard, le prince de Conti, et, «le plus, le nomma secrétaire général des galères. Il se trouva souvent à côté du priuce au milieu des batailles. A Steinkerque, celui-ci, le voyant tout près de lui, dit : « Que faites-vous ici, Campislrou ? — Monseigneur, «■ répondit-il, voulez-vous vous en aller? » La réponse plut au héros. Sur le champ de bataille de Luzzara, le roi d'Espagne récompensa son courage en lui donnant l'ordre de St-Jacques de l'Épéé et la commanderie de Xi menés. Le duc de Mantouc lui donna le marquisat de Pcnango, dans le Montferrat. Après trente ans de service, il demanda sa retraite au duc de Vendôme ; cette démarche fut ridiculement taxée d'ingratitude. Il n'était plus jeune, et il avait acquis le droit de se reposer. Il épousa mademoiselle de Maniban de Cazaubon, sœur de l'archevêque de Bordeaux et cousine du premier président du parlement de Toulouse. Il eut de ce mariage six enfants, et mourut presque subitement a Toulouse, le 1 1 mai 1723, âgé de 67 ans. La cause de sa mort fut un abcès au poumon, et non, comme on l'a dit, un excès de gourmandise ou un accès de colère contre des porteurs de chaise qui refusaient de le porter à cause de sa grosseur. Il avait été reçu à l'Académie française on 1701. « On a loué, dit Laharpc, a la sagesse de ses plans : ils sont raisonnables, il « est vrai : mais on n'a pas songé qu'ils sont aussi « faiblement conçus qu'exécutés. Campistron n'avait « de force d'aucune espèce, pas un caractère niar- . « qué, pas une situation frappante, pas une scène « approfondie, pas un vers nerveux. H cherche sans « cesse à imiter Racine ; mais ce n'est qu'un ap- « prenti qui a devant lui le tableau d'un maître, et « qui, d'une main timide et indécise, crayonne des « figures inanimées. La. versification de cet auteur
CAM
« n'est que d'un degré au-dessus de Pradon ; elle «t n'est pas ridicule ; mais, en général, c'est une prose « commune assez facilement rimee. » Il s'est fait néanmoins dis éditions de ses œuvres (I). A^g— r.
CAMPISTKON (Lotis os), frère du précédent, entra dans l'ordre des jésuitea, cultiva les lettres, suivit aussi le duc de Vendôme dans ses campagnes d'Italie, et mourut à Toulouse, dans la maison professe, au mois de mars 1737, Agé de 77 ans. Professeur de rhétorique , orateur et poète, il mit en vers plusieurs pensées de Sénèque, composa une tragédie d'Abtalon, qui est perdue, et prononça les oraisons funèbres des deux dauphins et (ils et petitfils tic Louis XIV, imprimées à Toulouse en 1711 et 1712, in-4°. Il prononya aussi l'oraison funèbre de Louis XIV; elle est dans le recueil de l'académie des Jeux floraux, où l'on trouve plusieurs pièces de poésie de Louis Campistron : une ode sur U Jugement dernier, faussement attribuée à mademoiselle Cliéron ; une idylle sur la Ma , V Eloge de l'amilié et le Portrait du Sage. On remarque dans sea vers, comme dans ceux de son frère , plus de facilité que de verve, et jiolnt de coloris. (Yoy. la Biographie Toulousaine.) V — ve et D — n — n.
CAM PO (Ahtosio). Yoy et Campi.
CAMPO-BASSO. Yoyex Charles le Teiié-