‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 81 sur 97 · GAN · texte numérisé non relu

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se donnait aux veux des whigs et de Ifl coiif les avantages de l'opposition et du minislérlalisme, et n'était ni tout à fait ennemi ni tout à lait ami. Ce rôle ci (invoque fatigua le ministère, qui enfin, pour l'éloigner et ne pas le méronlcnter, le nomma, en remplacement de lord Hastings, gouverneur général de l'Inde. Canning taisait le plus lentement possible ses préparatifs de départ, et pourtant était sur le point de mettre à la voile, lorsque le suicide de Castlereagii (12 août 1822) changea encore une fois son sort. Lord Liverpool peignit Canning au roi comme le seul homme en élat de remplacer le ministre défunt. George IV, depuis la procédure contre sa femme, avait gardé son antipathie contre Canning ; et il fallut toute l'urgence des circonstances, la nécessité d'avoir un homme capable de diriger la chambre, et la physionomie menaçante de toute l'Europe partagée en deux camps; Il fallut de plus que Canning dû publiquement a Liverpool que, vu les circonstances, il pouvait être bon de ne plus remettre de longtemps la question catholique sur le tapis, pour décider Sa Majesté a confier aux mains de l'ex-président du contrôle les sceaux «les affaires étrangères. On assure qu'en les lui donnant le monarque exprima le désir de le voir suivre la même ligne que son prédécesseur. « Site, « répondit Canning, il s'est tué. » Ce mot, s'il est vrai, révélait tout un système. Mais il est plus que permis «le douler «pie Canning ait fait cette réponse. Très- probablement à celle époque il hésitait encore sur la marche qu'il devait suivre. Cette fluctuation d'idées est encore sensible dans les réponses du nouveau ministre aux véhémentes interpellations de lord Russel, sur les traités qui liaient la France et l'Angleterre. « Y a-t-ll, disait l'orateur, à l'oeca- « sion des menaces prodiguées par les légitimités « européennes aux Portés d'Espagne, y n-t-il dans « ces traités quelque clause par laquelle l'Angleterre « garantisse aux Bouillons le Initie de France ou à d'autres couronnes? ■ La réponse éva<ive de Canning^ qui se Iwrnait a renvoyer son interrogateur aux traités de 181 i et de 18IÎ5, lui valut de la part de ce dernier, pour toute réplique, une invitation d'étudier plus sérieusement et plus profondément la série des traités en question, et surtout de s'expliquer plus catégoriquement dans une autre séance. Le résultat de ces dialogues parlementaires flit une déclaration du ministre portant : 1« que le cabinet britannique avait l'attitude d'une puissance médiatrice entre la France et l'Espagne; 2a (pie, d'après le discours de clôture du roi aux chambres législatives françaises, le gouvernement n'avait pas du «'attendre au système embrassé par le cabinet j des Tuileries; 5* enfin qu'en inscrivant sur sa bannière le principe de non-intervention armée, la I Grande-Hieiagne avait renoncé en cette occasion à 1 Je défendre par les armes. La France ici, disait— il, n'était pas ambitieuse : clic n'occuperait le territoire (pie pour d'autres, non potirclle; temporairement, non à toujours. La grande question des colo- ) nies était complètement hors «le cause dans l'invaikm française. Du reste, rien dans les traites ne ga- I

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rarttlssatt le trdrie dé France atix flourbons i il était dit seulement que jamais membre de la famille de Napoléon ne posséderait ce tronc. Pour l'Espagne, neutralité parfaite et qui ne pouvait cesser que lorsque l'état de cette contrée léserait de la manière la plus évidente la prospérité de l'Angleterre. On voit combien ce langage ambigu était peu propre à satisfaire les idées exclusives des deux partis. Les légitimistes trouvaient bien molle cette neutralité dans une lutte révolutionnaire, et ils criaient à l'apostasie; les révolutionnaires tonnaient contre la faiblesse du ministère qui laissait les puissances continentales agir sans frein et sans contrôle, ne consultant ta Crande-lJretagne que pour la Tonne. A vrai dire, deux raisons majeures empêchaient tout hotnme d'État Un peu Circonspect de lancer de nouveau la Grande-Bretagne dans l'arène des combats, l'imminence d'une révolution intérieure, liée i une redoutable crise commerciale et manufacturière, puis l'énormltê de la deltc, ténia rongeur au prix (hiqucl l'AngleteiTc était restée victorieuse sur le champ de bataille. Les torys exagérés ne voulaient pas voir ces causes puissantes d'inertie et de longanimité. Leurs Incriminations furibondes forçant chaque jour Canning à imaginer un nouveau palliatif et a chercher des appuis moins exigeants, le poussaient rapidement vers les wbigs. Bientôt il n'eut plus a sa disposition qu'une formule pour dessiller son système : grandeur et gloire de l'Angleterre, èt en conséquence opposition aux envahissements des ennemis de l'Angleterre, opposition a la rupture de l'équilibre. En apjiarence et dans un sens n'avait-ce pas été le principe de toute sa vie polit*que ? n'était-ce pas celui de Pin? n'est-ce pas celui de tout Ahglais digne de ce nom? L'Angleterre doit, sous peine «le périr, combattre partout et toujours l'omnipotence continentale. Que cette omnipotence réside en un seul ou en quatre, qu'elle appartienne à Napoléon ou à la saiute alliance, qu'elle ait pour mot d'ordre la révolution ou la légitimité, qu'importe? elle aspire à tout courber sous son joug, même l'Angleterre ; et l'Angleterre doit chercher le réactif propre à la dissoudre. Cependant ces idées ne s'éïioncèrcnt pas encore sur-le-champ avec tant de netteté. D'abord un membre de l'opposition proposa une adresse au roi pour lui demander le renvoi des ministres, attendu la faiblesse et l'inhabileté dont ils avaient fait preuve dans les négociations sur la guerre d'Espagne. Accueillie avec mollesse, cette motion devint pour Canning un moyen de se plaindre de vaines tracasseries, d'exiger de ses antagonistes politiques ou le silence, ou un jugement en forme, et de ressaisir l'offensive. En ntême temps il faisait sentir aux whigs qu'être neutre, après avoir été si hostile à la révolution française, c'était, en dépit du langage ostensible tenu aux torys, avancer de leur côté. Le i:. mai suivant, à propos d'une motion de M.Buxton pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies d'Amérique, il proposa, au lieu du projet de cet orateur, trois résolutions qui , repoussant le principe de l'affranchissement subit, y substituaient celui de l'wnélioration graduelle. On re-

marqua que dans ce discours Canning présenta le christianisme comme parfaitement compatible avec le principe de l'esclavage, et prétendit (nie la doctrine du Clirist n'avait contribué en rien à éteindre cette plaie du monde romain. La question catholique revint ensuite. Sir Francis Burdett concluait à supprimer « cette comédie annuelle qui consistait à « former en faveur des catholiques des demandes « qu'on était certain de voir rejeter. » — « Et que « les ministres proposants désirent voir rejeter, 9 ajoutait lord Nugept. Canning pc put répondre que par des feux-fuyants, disant en somme que, si pour l'instant il était impossible de réunir en faveur de l'émancipation catholique les suffrages de tout le ministère, plus tard peat-étre, par une nouvelle composition du parlement, toutes les demandes présentées pour les catholiques viendraient à être admises, et qu'en attendant, le parti le plus mauvais à prendre serait de déserter leur cause comme désespérée, sans même risquer le combat. Alors M. Brougham, après avoir répliqué qu'il était inutile de conserver la moindre lueur d'espoir pour les calho; liques, peignit d'un ton profond et grave la fausse position du ministère siégeant à côté de ses ennemis, usant sa voix éloquente à plaider la cause qu'il improuvait dans son cœur. « Ses ennemis l'envient, « dit-il, ses vrais amis en ont pitié. Tout le monde « sait que , lorsqu'il entra dans le ministère , son « avenir dépendait du. lord chancelier Eldon : il lui « sacrifia son opinion sur les catholiques. C'est un a exemple incroyable de soumission pour obtenir « une place; unexpmplc qui n'a pas son pareil dans « l'histoire des tergiversations politiques. » Canning alors, se menant debout, s'écria : « Je me lève pour c dire que cda est faux. » Ln temps de silence accueillit cette violente repartie, puis une longue agitation succéda. Le président rup|>clait le ministre au règlement } et l'invitait à rétracter ses expressions. Celui-ci dit qu'il désavouait les mots qui avaient blessé la chambre , mais non le sentiment qui les lui avait dictés. Plusieurs membres s'interposèrent : quelques-uns voulaient que la chambre mit les deux adversaires aux arrêts : sir Bob. Wilson distingua l'homme politique de l'homme privé, disant que Brougham n'avait attaqué que le premier ; Brougham lui-même confirma cette explication ; et Canning promit de ne plus y penser. Ainsi finit cette scène violente. Mais l'opinion ne fut pas satisfaite de ce riénqnnjent , qui laissait le ministre prévenu de mentir à sa conscience jwur obtenir un portefeuille, et son antagoniste sous le poids d'uu démenti. L'année 1823 vit encore marcher agrandi pas la solution du problème relatif aux colonies espagnoles. Déjà, dés la On de 18-22, Canning avait, quoique sans éclat, posé en principe l'établissement de consuls dans les principaux ports des nouveaux États. Bientôt des commissaires partirent avec la mission d'examiner la situation de ces pays ; et l'on fît généralement dans cette mesure le prélude de )a reconnaissance. La marche rapide des troupes françaises en Espagne, l'espèce de gloire que cette expédition semblé donner au, régne «j pjWM|j,uif

des Bourbons, indisposaient l'orgueil britannique, qui se joignait à l'esprit de parti, à l'esprit radicaliste, pour demander une compensation en faveur de la vieille Angleterre. La reconnaissance formelle des républiques américaines, avant que d'autres • puissances les eussent reconnues, présentait des chances dans l'un et l'autre sens. L'iptentlon, ni ors exprimée par d^s puissances continentales, d'employer ou de favoriser la coaction contre les républiques, accéléra la manifestation de plans opposés; de la part de l'Angleterre. Dans une entrevue avec l'ambassadeur français (VL de Polignae) qui parlait d'un congrès contre les indépendants du nouveau monde, Canning déclara en termes non équivoque^ que la Grande-Bretagne désirait que l'Espagne prit elle-même les deyauts en reconnaissant l'indépendance des colonies, mais qu'elle ne pouvait attendre iudéliniment cet événement ; et que, si quelque puissance étrangère s'unissait à l'Espagne dans une entreprise contre les colonies espagnoles, la Grande- Bretagne serait forcée d'agir selon que ses intérêts, le commanderaient. On pense bien qu'après ce langage il ne put être sérieusement question d'expédition contre les Américains du Sud. Un diner public à Plymoulh (novembre 1823) fournil bientôt à Canning l'occasion d'une profession de foi plus ferme, et dans laquelle eu affectant le même langage quautrefois , il laissa percer de tout coté les idées nouvelles. En voici l'analyse : « Tout homme public « doit s'attendre à des attaques impitoyables; je m'y; « suis attendu, et je suis invariablement nia route. « Un jour justice me sera rendue, et Pop verra que « dans l'ensemble mes sentiments ont été à l'unisson « de ceux de tout le pays. La philosophie moderne 0 est lar^'c dans ses formules : perfection, améliorais tion , bien-être du genre humain. .Moins vaste, a j'avoue que le grand objet de mes méditai ions « dans la conduite des affaires jwlitiques est l'in- « térét de la Grande-Bretagne. Cet intérêt d'ailleurs « n'est pas isolé : nous sommes unis intimement aq u système du reste de l'Europe. En résulle-t il que « nous devions en toute occasion, avec une activité a intrigante et inquiète, nous mêler des affaires « de nos voisius? non. Pesons les devoirs qu( « s'entre -choquçnt, pesons les avantages rivaux « qui nous sollicitent de côtés divers. Ainsi nous a nous sommes abstenus de prendre part dans les • différends entre l'Espagne et la fiance. Et quj « doute maintenant que nous n'ayions eu raison? « Savions-nous seulement ce que nous aurions été ci faire dans la Péninsule? Aurions-nous seconde une a résistance nationale, ou seulement alimenté upie « guerre* civile ? Et qu'on ne dise pas que nous nous « maintenons en paix parce que nous avons peur. v L'Angleterre est comme la flotte de guerre <juj a doit sur les Ilots, et qui dans une minute voiuira « la mort par mille bouches à feu. Toutefois rien de a mieux pour elle que le repos. Cultivons les arts de » la paix, et procurons au commerce, qui repaif, 0 une plus grande extension e( de plus grands dv- » LmtdiLi. d L'opposition fut plus pressante encore sur u, mes pe* W^"*5 J*""^ k WW de i PWr

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que jour elle gagnait du terrain, et le ministère, quoiqu'il crût son honneur engagé à disputer pied a pied, n'en reculait pas moins, n'en était pas moins toujours débordé. De concessions en concessions, non sans doute aux hommes du libéralisme, mais à la force des choses que Pitt avait voulu et su comprimer, mais que ses élèves se sentaient impuissants à paralyser plus longtemps, le ministère en était réellement venu à être, de fait en même temps que de langage, révolutionnaire. Toute innovation politique en Europe et hors d'Europe attendait, espérait, et souvent obtenait sa sanction. La Grèce surtout implorait les secours de l'Angleterre dans sa lutte contre les Ottomans; et quoique le ministère, par sa position vis-à-vis des puissances du continent, ne fût pas en mesure de l'aider directement, il favorisait l'élan public en faveur de celte nation malheureuse, laissait les secours d'hommes et d'argent prendre le chemin de la Morée, et répondait ( I* décembre 4824) à son gouvernement provisoire que si tùt ou tard les Grecs jugeaient convenable de réclamer la médiation britannique, il ferait tous ses efforts pour qu'elle leur fût utile. Enfin, au commencement de 1825, une note communiquée à tous les ministres étrangers accrédités à Londres les informa que Sa Majesté britannique envoyait des chargés d'affaires dans les États de la Colombie, du Mexique et de Buenos-Ayres, et qu'elle allait conclure avec ces Etais des traités de commerce. La Grande-Bretagne n'avait en rien contribué aux événements qui avaient amené l'indépendance de ces États, elle les reconnaissait, c'était tout. La Grande-Bretagne n'était pas non plus infidèle aux traités de 1799 et de 1814. Le premier avait eu pour but le renversement de Bonaparte ; le second stipulait que le gouvernement anglais ne fournirait point de secours aux insurgés, et un ordre du cabinet en 1814, un acte du parlement en 18(9, avaient interdit aux sujets anglais de fournir aux insurgés des munitions de guerre. Enfin la Grande-Bretagne avait à diverses reprises offert sa médiation entre les colonies et l'Espagne. Mais celle-ci l'avait toujours déclinée ou bien avait évité de s'expli ;uer sur la base qu'il conviendrait d'adopter. La force des choses pourtant l'avait amenée, à la fin de 1822, à proférer le mol d'indépendance des colonies comme point de départ d'un arrangement. Dès lors l'Angleterre a pu admettre ce principe. La deuxième partie de la note, plus remarquable encore peut-être, contenait la théorie des procédés à suivre avec les gouvernements de fait, une fois qu'ils ont acquis certaine stabilité. Lorsque des colonies ou des tributaires se séparent de la métropole ou de la puissance gouvernante, il n'est pas nécessaire que les puissances tierces, pour entrer en relation avec le nouvel État, attendent qu'il plaise à celle-ci de reconnaître en droit une émancipation qui existe en fait. L'exemple tiré de la conduite de l'Angleterre et de l'Europe contre la révolution française, et de la restauration des Bourbons, ne prouve rien. Tous les gouvernements de l'Europe, notamment l'Espagne, ont traité avec la république française et avec Bonaparte : l'Angleterre l'eût fait

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elle-même en 1808 et 1814, s'il eût consenti à traiter sur des bases raisonnables. La coalition a eu lieu contre l'ambition impériale, non contre le principe du gouvernement de fait appliqué en France ni par respect pour la monarchie légitime. L'Espagne, ajoutait Cannnig, ne peut ignorer que, même après qu'on eut mis de côté Bonaparte, il fut question d'un autre qu'un Bourbon pour le trône de France. H terminait par tourner très-finement en ridicule l'intention où était M. Zéa de garantir, par une protestation solennelle, l'imprescriptibilité des droits du roi des Espagnes et des Indes. On le voit, la palinodie était complète; et, après ce pas, on ne devait plus douter qu'à moins d'un renversement de ministère, une marche tout à fait nouvelle ne dût être imprimée à la politique de l'Angleterre. Le parti pris à l'égard du Mexique, de la Colombie et de Buenos-Ayres prouvait qu'on en ferait autant à l'égard du Guatimala, du Chili et du Pérou, dès que ces contrées auraient un gouvernement stable. L'attitude de l'Angleterre, lors des troubles qui éclatèrent en Portugal après l'abdication de don Pédro en faveur de sa fille, et la promulgation de la constitution, achevèrent de prouver que le disciple de Pitt, infidèle aux principes du grand homme, ne reculerait plus dans la carrière où il venait d'entrer. Et, en effet, sa position était de celles où il faut se mouvoir, quoique le mo^rVemcnt lui-même ait ses dangers. Un pas en arriére défaisait en un instant toute son administration et lui enlevait peut-être à jamais le ministère. L'inertie, le stalu quo lui enlevaient l'appui tout à fait circonstanciel du libéralisme. M fallait donc aller en avant. Et il obéissait à cette dure nécessité ; et tout en se raidissant pour se tenir dans le milieu entre les partis extrêmes, tout en affectant la plus grande répugnance pour les guerres, pour les révolutions, pour les désordres, il devenait menaçant à son tour. Canning prit donc la résolution d'intervenir en faveur de la constitution portugaise, attaquée par un parti que soutenait l'Espagne. Après en avoir fait la promesse formelle à l'ambassadeur de la régence, il annonça lui-même à - la chambre des communes, le 41 décembre 1826, ses intentions à cet égard. Les traités faisaient un devoir à l'Angleterre de fournir des secours militaires au Portugal dès qu'elle en serait requise. L'Angleterre remplissait ses obligations : elle avait déjà pris à cet effet des mesures décisives. Ainsi le voulait la politique. Ici le temps était venu d'intervenir. Naguère, lors de la blâmable invasion de l'Espagne, les circonstances étaient autres : nulle clause ne liait l'Espagne et la Grande-Bretagne; et quant au danger de voir la France gouverner l'Espagne, qui pouvait sérieusement le croire grave? Qu'était-ce que l'Espagne? Oui, jadis, il y avait eu sur le globe une Es|>agnc puissante, riche, formidable par ses possessions dans tous les mondes, une Espagne maîtresse des Indes. Celle-là, il eût été ruineux pour l'Angleterre de la voir tomber aux mains ou même sous l'influence de la France : de là les guerres de géant entre les coalitions européennes mues par l'Angleterre et l'empire envahisseur de Napoléon.

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Mais ce qu'on appelait aujourd'hui l'Espagne, ou même les Espagne», n'était qu'un fragment de cette antique monarchie. La France avait franchi les Pyrénées ; lui, Canning, sans armée, sans folles dépenses, avait ôlé un hémisphère à ce monarque que Ton restaurait : d'un mot il avait séché la vie dans le sein de l'Espagne ; d'un trait de plume il avait rétabli la balance de l'ancien monde en donnant l'existence au nouveau. L'Angleterre sur ce globe est haut placé; de plus elle n'ignore j>as que sous sa bannière se réunit tout ce que l'époque compte de mécontents, d'esprits inquiets, de cœurs et de bras énergiques dans leurs désirs du mieux. « Je pâlis « a l'idée de cette force, ajouta Canning, car c'est « la force d'un géant. Notre but n'est pas de chercher « les occasions de la déployer ; mais notre devoir « est de faire sentir à ceux qui professent des sen- « timents exagérés que leur intérêt n'est pas de se « donner un tel empire pour adversaire. L'Anglc- « terre, dans la lutte des opinions politiques qui agi- « tent le monde, est dans la position du maître des « vents : elle tient dans ses mains les outres d'Éole ; « et nous pouvons d'un seul mot les lâcher sur le « monde ((). » On se souvient encore du retentissement que ces paroles eurent en Europe, et depuis on a souvent donné au ministre le surnom de VEole britannique. Ces prophéties, ces menaces coupées de réticences et de conseils aux trônes, furent pour beaucoup de personnes l'équivalent d'une déclaration révolutionnaire ; d'autres pensèrent que du moins l'aveu était imprudent, et que, même vrai, l'état des choses actuel est de ceux que l'on constate, mais que l'on cache. L'imprudence serait incontestable en effet, si Canning alors eût été du parti des rois contre les insurrections ; mais son intérêt présent était dans les rangs opposés. Et au reste, sa position personnelle lui ordonnait d'éviter toute grande lutte par les armes : il sentait bien qu'il n'était qu'une transition ; attermoyer, mitiger, était la seule cliance de salut pour son portefeuille; la paix seule pouvait le maintenir ; une fois la question révolutionnaire remise derechef aux chances d'une guerre générale, il n'était l'homme ni des légitimistes ni des révolutionnaires. Mais le destin ne le réservait pas plus à voir ces grands débats se vider de son vivant que sous son influence. Quoique jeune encore pour un homme d'État, il sentait sa constitution s'affaiblir de jour en jour. La fortune sembla lui sourire encore une fois en le portant dans sa patrie au comble des honneurs. Lord Liverpool, depuis longtemps malade, et Ivors d'état d'agir, fut remplacé, le 12 avril, par Canning dans le poste de premier commissaire du trésor, équivalent à celui de premier ministre. Alors voulant foire révoquer cette nomination qui avait été précédée de nombreuses intrigues pour et contre, et

(I) Canning disait, en parlant des conttitutioat, que l'époque n'était pas éloignée où les peuples demanderaient quelque chose de fit* ou de mieux. Les constitutions, ajootalt-ll, passeront comme les croyances religieuses absurdes. Uuelqu'an dit i a Que met- «.tttx-Toas a la place T — la machine à vapeur, » répliqua Can- BU*;* celte réponse réduisit l'Interrupteur au silence.

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qui a coup sûr n'eut pas eu lieu si les chambres n'eussent été en pleine session, les comtes BaUiurst et de Westmoreland, le lord chancelier Eldon, le duc de Wellington, Peel, en un mol tous les ministres envoyèrent simultanément leur démission. Leurs prévisions furent complètement déçues, en dépit des sentiments bien connus du roi ; et Canning. lancé enfin par cet isolement indicateur de lutines irréconciliables dans une voie décidément contraire à celle de toute sa vie, composa un cabinet tout libéral, où de l'ancien ministère il ne fit rentrer que lord Bexlay, et où les Tierney, les Brougham, les sir Francis Bunlelt, les sir Rob. Wilson, ces antagonistes qu'il avait combattus trente ans, figurèrent en première ligne. Une opposition .violente de la part des torys accueillit le nouveau ministère, et plus spécialement son chef. Canning était habitué à ces luttes de tribune et de journaux. Mais cette fois l'opposition le blessa au cœur. Au milieu des louanges sincères ou fausses dont les fractions modérées du libéralisme l'environnaient, il ne pouvait se dissimuler que tous ces alliés nouveaux n'étaient pas fidèles, que ses services étaient de trop fraîche date pour être regardés comme méritant une reconnaissance sans bornes, que beaucoup les niaient, voyant dans sa conduite et dans les progrès de la cause libérale le résultat de la force des choses, et non celui de sa volonté. D'autre part l'opposition de ses anciens amis devenait insultante, car chaque parole semblait distiller le dédain et laissait percer le mot trahison ; elle était même vexatoire, car connaissant mieux que ses ennemis d'autrefois sa vie, ses actes, et ses motifs secrets, ils frappaient avec plus de précision le point vulnérable, et le piquaient incessamment de coups d'épingle qu'il ne pouvait éviter. Cependant il parla plusieurs fois avec sa supériorité habituelle, rendit compte à sa façon de la formation du nouveau ministère, développa brillamment son budget (1" juin 1827), annonça son intention de consacrer les premiers moments à l'examen de la position financière du pays, et d'adopter dans les dépenses toutes les réductions exécutables. Ces promesses surtout furent accueillies avec transport, et certes elles ne pouvaient se réaliser plus à propos ; car l'Angleterre sortait à peine d'une grande crise commerciale qui fut imputée par les torys à la marche inusitée que prenaient les relations extérieures confiées à Canning, tandis que les whigs y voyaient la conséquence de la politique suivie dans les trente dernières années à l'égard du continent, et dont Castlereagh avait été l'âme. Par suite de cette épouvantable détresse, des émeutes eurent lieu dans toute l'étendue du Royaume-Uni, et toute Tannée 1826 fut remplie d'incidents de ce genre. (Test Canning qui dut se charger à la chambre de porter la parole sur tous les objets que le malheur public mettait à l'ordre du jour. C'est lui qui demanda troe la chambre se formât en comité, pour accorder au gouvernement, pendant la vacance du parlement, le pouvoir discrétionnaire de permettre, suivant la nécessité, l'importation des blés étrangers.

Il prit part aux débats sur tous les bjlls proposés à

ce sujet. A la réouverture des chambres (14 novembre 1826 ), il proposa et soutint le bill d'indemnitéen faveur (les ministres que les circonstances avaient forcés à violer les lois relatives aux céréales. Un autre bill sur les blés exigea de sa part de semblables efforts au commencement de mars 1827, et passa, grâce à son éloquence. Pour achever l'analyse des travaux parlementaires de Canning, il faudrait encore le suivre, depuis 1823, dans sa conduite relativement aux catholiques. Après plusieurs discours toujours un peu équivoques où , tout en avouant la justice des réclamations en leur faveur, il concluait à l'ajournement, tantôt en raison de l'inopportunité ou du danger, tantôt à cause de la répugnance anglicane à entendre impartialement les arguments des catholiques, il en vint à plaider sérieusement et chaudement leur cause (4 mars 1 S 27 , bans toutefois obtenir un triomphe. La motion pour laquelle il parlait fut rejetée à la majorité de quatre voix, Nous devons ajouter, |>our compléter ce tableau, que le 19 mai 1826 il s'était encore opposé à une motion tendante a l'amélioration du sort des esclaves. « Le principe, disait-il alors, est «juste, mais les mesures sont prématurées : aller «trop vite, c'est risquer de manquer son but; y « tendre lentement, c'est le moyen du rendre le «succès certain.» Le 87 mars suivant il soumettait à la chambre sa correspondance avec le minière des Etuls-Lilis à Londres, relativement au commerce entre les colonies de la Grande- Bretagne et l'L'nion. Cette correspondance était un modèle de clarté, de logique, d'esprit de conciliation. C'est peu «le jours après cet exposé qu'il fut appelé au poste de lord Liverpool. Ou a vu quelle fut sa situation après cette promotion subite, et de quels auxiliaires il s'entoura. Tous les yeux étaient fixés sur la Graudc-Brclagne et vers le cher de son cabinet, que l'on regardait universellement comme le directeur de la puissance libérale qui aspirait a modifier l'Europe. Il venait de signer avec la France et la Russie (G juillet 1826) un traité dont le but était d'effectuer une réconciliation entre la Turquie et la Grèce, et, en cas de refus, de mettre fin 4 la querelle par la voie des armes. Les conséquences de celte alliance étaient incalculables, et les projets de , Canning n'allaient sans doute à rien moins qu'à éliminer la Porte Ottomane de l'Europe, lorsque sa santé baissa visiblement. Il alla vers le milieu de juillet passer quelque temps à |a délicieuse villa du duc de Pcvonahire a ChiswieK, dans l'espoir que le cltangemcnt d'air améliorerait son étal. Mais son mal ne lit qu'aggraver. 11 s'occupa encore d'affaires publiques le 31 juillet. Hais le 2 août il fut obligé de garder le lit, et le 8, ai quatre heures du malin, il avait cessé d'exister. Ses funérailles, qui eurent lieu le 16, furent simples, mais remarquables par rallluenoe de tout ce que Londres comptait de personnages distingués. Il est inutile de dire que cette mort, au milieu de tant de grands événements accompli* ou sur le point de s'accomplir, produisit "ne sensation profonde, et son absence ne larda

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pas à sa faire sentir dans la politique g4R4r*le de l'Europe. On doit avoir néanmoins deviné que C*Or ning a nos yeux ne fut un grand homme ni par U tète ni par le cœur. 11 était ambitieux, il avait une prodigieuse facilité de locution et de sophisme. S« versatilité, en dépit des explications les plus subtiles, ne peut être excusée ni même palliée. Loin de faire les événements, loin de diriger les hommes, il fut au contraire traîné par eux à la remorqua. Ne parlons pas de ta position inférieure sou* Pin, ce n'est pas à celle époque qu'il faul chercher dan* le disciple, dans l'ambitieux jeuno homme, le meneur de la politique européenne. Mais plus tard, pendant et après Iq régne de Casllcreago, quel fut son rôle î Complaisant de Casllereagh qu'il méprisa, qu'il offense et qu'il soutient à la chambre, de temps à autre il le boude, il feint de se rallier aux wbigs ; puis, quand il s'est approché de ce parti, il se laisse accaparer par lui, il est entraîné daus sa sphère ; en vain il est lent a le suivre, cl s'en écarte quelquefois ; il y revient, sinon eu ligne droite, du moins en spirale, et finit par être obligé de so laisser nommer son chef. Encore ses aides de camp mumnitanés ne lui cachent-ils pas (pic son règne est court, qu'ils attendent, qu'ils l'usent jusqu'à la corde, puis le laisseront là. Tel est le revers de la médaille, louangeuse frappée en France à l'honneur de Canning, et qui contient d'un coté ces mots : Liberté cicilcci religieuse dans tout l'unir en; de l'autre An nq»« des peupla, les. Fronçait à George Canning (1 ). La ville de Liverpool, qui l'cnvpya quatre fois au parlement, lui a élevé une statue de bronze. Considéré sous le rapport littéraire, Canning mérite ime mention distinguée. Kous avons caractérisé son éloquence railleuse, sophistique, souvent pptnpeusc et riche en images. « Et toi, le dernier suret vivant de nos orateurs, » s'est quelque part écrià Byron, qui eertes éprouyait peu de sympathie pour Canning (2). Celui-ci avait gardé le goût de la polémique des journaux, et il fut lougtemps un des collaborateurs actifs de la Quarlrty tfeview. Comme poêle il n'eut pas le temps de se développer. Nul doute qu'il n'eût aussi dans celle carrière acquis de la célébrité. Son style correct et pur ressemble à son éloquence : toutefois il est un peu sec, et comme presque tous ses morceaux consistent en satires de la démagogie française, le ton en est dogmatique et uniforme. Les idées aussi et même les formes qu'il donne à ses idées sont un peu surannées. Les Mallet-Dupan, les Hivarol ont fait presque tous les frais du perpétuel argumentabor de l'Apollon anti-jacobin. Ses poésies et quelques autres ont été recueillies après sa mort, et publiées en anglais et eu français, avec une notice sur sa vie, par Deujainin la Hoche, Paris, 1827, in-18, avec portrait. Can-

(0 Ce fut M. Cnarle» Dupin. membre de l'Institut, qui fat le promoteur de relie souscription.

(8) Rappelons eacnre le jugement sut Canntaf «ni lord Ryrnn * coiuignre dans la préface des donner» chaal* d* Aea Jtmn : « Caimirif, dil-il. est mi serin: presque universel, un orwrnr, un t bel esprit, on poéie. on hoangc d Eut. Il n'ai ta* hit pour salira « loaiitcniu* le* lr.inn d'un lord Ca*llareaa.li. Si jamais boama fui « capable de mi ver soa par*, c'est lui • nuit la vaudra Mit >

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fclng avait MM plusieurs discours ou analyses de ses discours, et trois tetlret au comte de Camden [ 1809, in-8*) : la dernière était relative à son duel avec Castlereagh (1). Val. P.

CAKNIZARÈ5 (dox JosEPn de), un des meilleure auteurs dramatiques du théâtre espagnol, vivait à la cour de Madrid dans le iT siècle. 11 est, avec Cervantes, Morelo, Solis cl itatuora, au-dessus de Lopez de Vega et de Caldcron pour l'observation des régies. 11 composa un grand nombre de pièces, dont la plupart sont indiquées dans le catalogue de 4,000 comédies que publièrent à Madrid, en (735, les héritiers de François Medel. Cannlzarés se distingua principalement dans la comédie d'intrigue, que les Espagnols appellent comedia di figuron. a 11 « offre, dit Velasquez, une peinture lidèle des « mœurs ; son style est plein de verve ; il a de la « finesse et de la grdee dans les détails. Il a donné « à la poésie dramatique un tour que ses devanciers « n'avait pas connu. » On estime son Musico por cl àmor, et surtout son Domine Lucas, pièce à earac-

Îéres qui pourrait être intitulée le Pédant genlilwmme; elle est d'un bon comique et l'une des plus régulières du théâtre espagnol. V — vl\

CANO (Jacques), navigateur portugais, envoyé par le roi don Juan pour |>énétrer aux Indes orientales, s'embarqua à Lisbonne eu 1481, arriva à l'embouchure du £aîre, découvrit le royaume de Congo, revint en Portugal avec quatre Ethiopiens, fut envoyé ensuite en ambassade au roi de Congo, découvrit deux cents lieues de paya au delà du Zaïre, rentra à Lisbonne en 1486, après avoir rempli l'objet de sa mission, et mourut vers la tin du 15* siècle. fl— p.

CANO (Sébastien uel), né à Guetaria, dans le Guipuscoa, s'embarqua comme maître à bord du navire la Conception, qui faisait par tie de l'escadre de Magellan. Lorsque ce dernier et un assez grand nombre des siens curent été tués aux Philippines, les équipages des trois vaisseaux qui restaient sous le commandement de Jean Carvallo ne se trouvant pas assez forts pour les conduire, en brûlèrent un, et, avec les deux autres, la Trinité et la Victoire, se mirent eu route pour les Moluques. Ils y arrivèrent après bien des Uaverses, et tirent amitié avec lè roi de t"idor, qui leur permit d'élever un comptoir et de charger du girofle. Les deux vaisseaux firéht ensuite voile pour l'Espagne; mais la Trinité se trouva hors d'état de continuer la route et retourna aux Moluques. La Victoire partit seule sous le commandement de Cano, avec quarante-six Espagnols et treize Indiens. Après avoir reconnu Ainboiné, Solor, Timor, il prit lu roule du cap de

| (I) Di paru plusieurs biographies de G. Canoiog sous le titre ' .-• rèttn&er de StMofret; l'une ( Jtmoirt of Ihe rijkteott George* CtfMfeJi nc.\ «tr Tlwmis Rede, Londres, Ilj7. In-*"; l'attire (nidaw tèdej par Thomas Tegf , Londres. 4828, 2 toi. in-S". Ces MU ouvrages renferment de long* eau-ails de discours parlementaire», et n'offrent qu'une biographie apologétique. — Le portrait de Cauniftg. prfut fit Gérard, a llgttré avec an grand succès an salon de 18*8. -h Un tojte italien. H. J. Amrdee Ravina, a chante ta mort de ce auisuo dans oa poêaie intitule : Ja Marie de Gimfic Ce*-

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ftonne-Espérance, en «'éloignant des côtes des Indes, pour éviter les Portugais. Avant de doubler lo Cap, il fut ballotté par les vents contraires pendant cinquante jours, et perdit vingt hommes par la misère et les maladies. La disette le força de relâcher aux lies du cap Vert, où les Portugais lui enlevèrent encore treize hommes. Enfin il arriva à San-Lucar, près de Séville, le 8 septembre 1522, après une navigation de trois ans et quelques jours, et eut ainsi la gloire d'avoir fait le premier voyage autour du monde. Les Espagnols conservèrent précieusement à Séville le vaisseau la Victoire, qui enlin périt de vétusté. Cano reçut du roi d'Espagne de grandes récompenses, et mourut, le 4 août 16â#}, dans la mer du Sud, où il avait entrepris un nouveau voyage avec une flotte commandée par Loaysa. Celui-ci étant mort le 51 juillet, Cano, qui lui succéda, ne jouit de l'honneur du conunandement que pendant quatre jours. E—-s.

CANO (Melchior). Voyes Cauls.

CANO (Alonzo ou Alexis), l'un des plus grands artistes que l'Espagne ait produits. 11 fut à la fois peintre, sculpteur et architecte, de sorte que la variété de ses talents et surtout leur étendue peuvent le faire considérer comme le Michel-Ange de l'Espagne; on verra même, dans le courant de cet article, que, sous le rapport du caractère, Cano eut aussi plusieurs points de ressemblance avec ce grand arliste. Il naquit à Grenade en 1000, de Michel Cano, architecte, qui lui donna les premières notions de l'art qu'il professait. Séduit par le charme de la peinture, le jeune Cano étudia à Séville sous François Pacheco, peintre estimé et qui a composé un livre sur son art. (Voy. Pacheco.) Après s'être perfectionné dans l'école de Juan del Castillo ou dans celle de Uerrera, Cano, qui s'était, en outre, exercé dans la sculpture, se fit connaître par trois, statues de grandeur naturelle placées dans lu grande église de Lebrija : elles représentaient une Tierce avec l'Enfant Jétut, St. Pierre et Si. Paul. Cano n'avait que vingt-quatre ans, et dès lors il fut mis au rang des grands artistes; cependant, comme tous les hommes destinés à occuper un des premiers rangs dans les arts, il sentit mieux que personne ce qui lui restait encore à faire, et, protégé par le duc d'Olivarez, il se rendit à Madrid. La vue des tableaux précieux qu'il y trouva lui arracha une de ces exclamations que la médiocrité, toujours contente d'elie-méme, ne profère jamais : « Pauvre Cano, combien tes tact lents sont encore bornés 1 Combien de vies comme « la tienne ne te faudrait-il pas pour approcher «eu* « lement de ce qu'il y a de beau dans l'un de ces « morceaux ! » L'appui du ministre, son protecteur constant, lui valut, en 1058, le titre de maître eU$ ouvres royalet, de peintre de la chambre, et la première place parmi les artistes qui donnèrent des leçons au prince don Baltliasar Carlos d'Autriche. La réputation de Cano lui procura un grand nombre de travaux. Comme architecte, il donna les plans de plusieurs constructions pour des palais, des portes de ville, et d'un arc de triomphe érigé lors de l'entré solennelle de Marie-Anne d'Autriche, seconde.

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femme de Philippe IV; ce dernier monument fut généralement admiré. Comme peintre, il exécuta plusieurs compositions célèbres. H était alors au comble de sa gloire : aussi ne tarda-t-il pas à être en butte à l'envie. Un événement fâcheux fut, pour lui, la cause d'une foule d'autres malheurs. En revenant chez lui, il trouva sa femme assassinée et sa maison volée. Un domestique italien, sur qui le soupçon tomba naturellement, ne put être arrêté. Les juges firent une enquête sur ce délit : ils découvrirent qu'Alonzo Cano avait été jaloux de cet Italien, et qu'il était attaché à une autre femme; ils acquittèrent l'amant fugitif et condamnèrent le mari. Cano fut alors obligé de s'enfuir de Madrid. 11 fit répandre le bruit qu'il était allé en Portugal, et se réfugia à Valence. La nécessité le força bientôt d'avoir recours à son art, et son art aussitôt le fit reconnaître. H chercha un asile dans un couvent de chartreux, parut quelque temps décidé a prendre leur habit ; mats il abandonna bientôt cette idée, et eut même l'imprudence de revenir & Madrid. II s'y cacha d'abord ; mais, ne pouvant se soumettre à cette contrainte, il se laissa arrêter en disant : Excellent in taie non débet mori. S'il ne put«se soustraire à la torture, il obtint, comme une marque d'égards pour son talent, que les bourreaux épargnassent son bras droit. H souffrit la question, et eut le courage de ne proférer aucune parole qui le fit juger criminel. Cette circonstance ayant été rapportée au roi, ce prince le reçut de nouveau dans sa faveur. Cano, voyant qu'il n'y avait de sôrelé que dans le sein de l'Eglise, entra dans les ordres et fut nommé résident {reuionero) de Grenade. Le chapitre s'opposa à sa nomination, et députa deux de ses membres pour faire des représentations au roi, observant, entre autres choses, qu'il manquait d'instruction. Ce prince renvoya les députés en leur ordonnant de procéder à sa nomination, et en leur disant que si Cano avait été un homme instruit, il l'aurait peut-être nommé leurévêque. Il se servit même des expressions qui, dit-on, avaient été employées par Charles-Quint au sujet du Titien : c Je peux, leur « dit-il, faire 1 mon plaisir des chanoines comme « vous, mais Dieu seul peut faire un Alonzo Cano. » L'église de Grenade profila de sa nomination : il lui lit présent de plusieurs peintures et sculptures, aussi bien qu'à l'église de Malaga. Un conseiller de Grenade lui ayant demandé une statue de St. Antoine de Padoue, Cano lui en demanda 100 pistoles. c Hé quoi l lui dit cet homme, vous avez été vingt- « cinq jours à sculpter cette ligure de St. Antoine, « et vous m'en demandez le prix exorbitant de 4 « pistoles par jour, tandis que moi, qui suis conseiller « et votre supérieur, je ne me procure point la moic tié de ce gain par mes talents ? — Imbécile que c vous êtes, avec vos talents, s'écria l'artiste furieux, « pour faire cette statue en vingt-cinq jours, il m'a « fallu étudier pendant cinquante années. » Et aussitôt il la brisa avec violence contre le pavé. Le conseiller s'enfuit, certain qu'il ne le respecterait pas plus qu'une figure de saint, et Cano dut s'estimer heureux que cette aventure ne parvint pas à l'inqui-

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si t ion ; il n'eut d'autre punition que d'être suspendu de ses fonctions par le cliapitre de Grenade. Le roi les lui rendit cependant en 1658; mais il exigea qu'il finit un magnifique crucifix que la reine lui avait ordonné de sculpter, et qu'il avait longtemps négligé. Depuis cette époque, Cano mena une vie exemplaire, charitable et pieuse. Quand il n'avait pas d'argent pour faire l'aumône, ce qui lui arrivait souvent, il prenait un papier et faisait au mendiant un dessin qu'il lui donnait en lui enseignant où il pouvait le vendre. Il avait une telle antipathie pour les juifs, qu'il regardait comme une tache d'être touché par quelqu'un d'eux, et, en pareil cas, il se dépouillait de ses habits, défendant à son domestique, a qui il les donnait, de porter jamais ce qu'il avait rejeté. A son lit de mort, il refusa de recevoir les sacrements du prêtre qui l'exhortait, parce qu'il les avait donnés a des juifs convertis. Il ne voulut point accepter d'un autre le crucifix qu'il lui présentait, parce que, lui dit-il, c'était un morceau si mal travaillé, qu'il n'en pouvait supporter la vue. (Ce trait a été aussi attribué à Watteau.) Alonzo Cano mourut à 76 ans, en 1676. — Un autre Cano (Jean) exerça aussi la peinture, mais avec bien moins de succès. Il naquit à Valdemoro, à quatre lieues de Madrid, en 1656. Son principal talent consistait a bien peindre des écrans. Il peignit cependant la chapelle de Notre-Dame du Rosaire, dans l'église de sa ville natale. Palomino Velasco, qui ne cite de Jean Cano que cet ouvrage, dit qu'il mourut en 1696, à l'âge de 40 ans D— t.

CANON (Pictrb) jurisconsulte, né à Mirecourt, vers la fin du 16* siècle, fut anobli en 1626 par le duc de Lorraine Charles IV, ■ en considération de « sa probité, doctrine et capacité, et de l'estime et « réputation en laquelle il estoit entre les premiers « de sa profession au bailliage de Vosges. » Il fut ensuite pourvu de la charge de juge assesseur au même bailliage. Canon est auteur d'un Commentaire sur tes eoutlumet de Lorraine, auquel sont rapporliet plusieurs ordonnances de Son Ailette et det duet tet devanciert, Épinal, 1654, petit in-4# de 494 p. Le commentateur établit sur chaque article de la coutume un certain nombre de principes généraux en forme de règles de droit. Il les accompagne d'une glose dans laquelle ou désirerait trouver, à de moins longs intervalles, des décisions plus immédiatement applicables à la Lorraine. On prétend, dit Camus, « que le commentaire donné sur la coutume de Lor- « raine par Abraham Fabert est de Florentin Tliie- « riat et de Canon. » Cette indication est erronée en ce qui concerne ce dernier, dont l'ouvrage avait paru vingt-trois ans avant la publication de celui de Fabert. — Claude-Francoit Canon, fils du précédent, né à Mirecourt, en 1658, s'éleva, par son mérite, aux principales charges de ta magistrature. Devenu premier président de la cour souveraine de Lorraine, il fut envoyé, par le duc Léopold, comme ministre plénipotentiaire, au congrès de Ryswick. Négociateur habile, il contribua beaucoup a faire rendre moins onéreuses les conditions du traité de paix qui rétablit le duc dans ses États. 11 mourut eu

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1686. La bibliothèque publique de Nancy possède

un manuscrit qu'on lui attribue. Il est intitulé : la Médaille, ou Expression delà vie de Charles IV, duc de Lorraine, par un de ses principaux officiers. On a publié, six années après sa mort : l'Ombre de M. Canon et ta descente aux Champs-Elysées, 1704, petit in-12. Cet ouvrage contient des particularités curieuses sur l'histoire de Lorraine depuis le règne de Charles IV. L — u — x.

CANON ICA (le chevalier Luigi), né à Milan, en 1742, fut un des architectes les plus distingués du 18* siècle. Milan lui est redevable de deux de ses plus beaux monuments, l'amphithéâtre de la porte Vercellina et le théâtre Carcano. Il était président du conseil impérial et royal des bâtiments publics de Lombardie. Il mourut en février 1844, laissant une fortune de 5 millions de lire (environ 3 millions et demi de francs). Par son testament, il légua 174,000 francs aux écoles primaires de la Lombardie, puis 17,000 francs à l'académie impériale et royale des beaux-arts de Milan, à la charge par celle-ci de placer cette somme en fonds publics, et d'en employer les intérêts à des secours qu'elle accordera alternativement à un jeune peintre, sculpteur ou architecte de talent qui manquerait de ressources pécuniaires pour continuer ses études. Z— o.

CANONIEHI (Piehre-Am ki, , en latin Cano- NBtiiis, médecin du 17* siècle, né à Gènes, fut tour à tour militaire et docteur en médecine et en droit. Apres avoir été reçu docteur en médecine à Gênes, il alla se faire recevoir docteur en droit à Parme. Il servit ensuite dans les armées espagnoles, et se lixa enfin à Anvers, où il cultiva a la fois la médecine et la jurisprudence. Il a commenté Hippocrate dans l'ouvrage suivant : In septem Aphorismorum Hippocratis libros médical, polilica, morales ae theologica Interprétations, Anvers», 1618, 2 vol. in-4». Ses autres ouvrages sont : T Epislolarum laconicarum libri 4, Florence, 1607, in-8*; 2* de Curiosa Doctrina libri 5, Florence, 1607, in-8*; 3* délie Causa dell' infelicila e disgrasie degli huomini lelterari e guerrieri, Anvers, 1612, iu-8°; 4* de Admirandis vini Virtutibus libri très, ibid., 1627, in-8"; il avait d'abord publié ce traité en italien, Viterbe, 1608, in-8*, sous ce titre : le Lodi e i biasmi del vino; 5* Flores illuslriumepitaphiorum, Anvers, 1627, in-8* ; 6* Flores axiomatum potiticorum, ibid., 1615, in-8* ; 7* Quasliones ae Ditcursu» in duosprimos libros Annalium Taciti, Rome, 160i), in-4 " ; 8* Dissertationes et Discursus ad Taciti Annales, Francfort, 1610, in-4*; 9* Introduzione alla polilica, alla ragion di stato et alla pralica del buon governo, en 10 livres, Anvers, 1614, in-4*. Z.

CANOVA ( Antoine ) , le renovateur de la sculpture moderne , uaquit le 1er novembre 1757 à Possagno, dans la province de Trévise, de Pierre Canova, architecte et sculpteur, qui mourut à l'âge de 27 ans. Sa veuve épousa François Sartori, de Crespano, et voulut emmener avec elle dans ce bourg, voisin de Possagno, le jeune Antoine, âgé de quatre ans-, mais Pasino Canova, grand-père de l'enfant, n'y voulut pas consentir ; il était riche et possédait

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de* carrières d'un* pierre recherchée pour sa qualité. A peine Antoine avait-il cinq ans que son aïeul mit dans ses mains la masse et le ciseau. L'enfant manifesta dès ce moment une grande intelligence; mais Pasino, ayant éprouvé des mécomptes dans ses opérations, se vit ruiné, et, dans son désespoir, il maltraitait son petit-iils, qui un jour était près de se donner , la mort , si Pasino, effrayé et attendri, ne l'eût retenu. Antoine avait quatorze "ans lorsque son grand-père le conduisit chez Jean Faliéro, sénateur vénitien, qui passait l'automne dans une terre à Pradazzi, près de Possagno. Faliéro aimait les beaux-arts ; il vit avec plaisir les premiers travaux du jeune artiste, lui donna des éloges et lui prédit de glorieux succès. Il pensa même â le placer comme élève chez un sculpteur de Ragnono , nommé Torrelto , qui était de moeurs très-sévères. Antoine prit auprès de lui des liabitudes de modestie qu'il a gardées toute sa vie. L'amour vint le surprendre au milieu de ses travaux. Ayant rencontré une assez nombreuse réunion de jeunes bergères vêtues de leurs habits de fêtes, il en distingua une, Butta Iliasi , remarquable par des yeux noirs étincelants de grâce et de beauté, et par une chevelure qu'il disait plus tard n'avoir retrouvée que dans les descriptions d'Apulée. Déjà l'on parlait de mariage : Pasino y consentait. Betta Biasi était sensible aux agréments de l'esprit et de la figure d'Antoine ; mais Torrelto voulut alors aller s'établir a Venise, et son élève fut contraint de l'y suivre : là , tout en regrettant les plaisirs de Possagno, il eonti-r nuait à se perfectionner dans son art. Apres avoir travaillé sur les plans souvent imparfaits du maître, à ses l>eurcs de repas il allait étudier le modèle vivant à l'académie. Torretlo étant mort, l'atelier passa dans les mains de son neveu et de son premier élève, Jean Ferrari, qui consentit à garder Antoine, mais plutôt pour le réduire à une condition servile que pour achever de l'instruire. Pasino, ayant eu connaissance des plaintes d'Antoine , vendit la dernière propriété qu'il possédait, et du produit de cette terre, qui s'éleva à 100 ducats vénitiens, il promit de payer une pension |K>ur son |>e— lit-fils pendant un an, pourvu que Ferrari permit a l'élève d'aller étudier à l'académie. Canova ne reçut jamais que ce secours de la maison paternelle. Le bienfaisant Faliéro , se souvenant de ses prédictions, voulut commander à Canova son premier ouvrage. Il le pria donc d'exécuter pour lui, en marbre statuaire, deux corbeilles de Heurs et de fruits, destinées à orner la rampe d'un escalier : on les voit encore au palais Farsetti à Venise. Ce travail, rempli de diflicultés, ayant été porté à un degré remarquable de finesse d'oulil et de dextérité , Faliéro commanda à Antoine deux statues : Orphée et Euridict. L'artiste pensa donc à se séparer de Fer- . rari, et à ouvrir des ateliers pour son propre compte à Possagno et à Venise. Ce fui alors véritablement qu'il entra dans la pratique de L'art proprement dit de la sculpture, ou autrement de l'imitation du corps humain par les formes en plein relief de la. matière. Canova n'avait plus de guide , il montra.

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bien en celle circonstance qu'il devait être ce que les Grecs expriment par un seul met («imJiJ*<r*atX»î), ton propre mailre. 11 chercha , il trouva des modèles, et il commença ses esquisses; après avoir conçu, repousse, repris quelques inventions tout à fait nouvelles, il s'arrêta a celle-ci : la jenne Kuridicc était déjà enlevée par les Furies , et forcée de reprendre le chemin de l' Enfer : Orphée, qni malgré ses promesses s'était retourné pour revoir son épouse, portait sur ses traits le repentir de sa faute. Ces travaux s'exécutaient à Possagno, où Ganova avait plus de liberté ; mais il ne. fallait pas abandonner les leçons de l'académie de Venise, ou l'artiste revenait à pied jusqu'aux lammeo. Tadini dit, a propos de ces statues, que Canova dut à Virgile les plaintes d'Euridico , et à Ovide la consternation d'Orphée, mais qu'il dot à lui seul l'acte par lequel les deux statues se parlent et se répondent. Il avait choisi pour les exécuter deux morceanx semblables «le celle belle pierre du pays qui rivalise avec le marbre. Une répétition de î pieds de hauteur, en marbro de Carrare, fut demandée par Marc-Anloiue Grimant , et elle contribua à répandre dans tout le-Trcvisan le nom de l'auteur ; bientôt Anse Quérini «ommanda le buste du doge Renier. Ce fut alors que Y.t marquise Spinola , excitée par les recommandations d'André Mcmmo, voulut avoir de Canova une Maroc tïEsculapr, liante de 7 pieds, qui devait offrir les traits du sénateur Alvise Valleresso; mars railleur, en la livrant, se déclara mécontent de son ouvrage , qui péchait surtout par la draperie. Il n'avait aucune idée ni fait aucune élude, dans l'antique , de cette partie de rajustement des statues. Peut-être verra-t-on qu'il aura conservé quelques habitudes de ces temps de son jeune âge , dans la manière et dans l'exécution de celles «le ses draperies sur lesquelles la suite de nos descriptions devra nous ramener? Tl s'occupa peu de temps après de deux autres statues, Apollon cl Duphné , qui sont restées en modèle; il les abandonna pour un grou|>e de Dédale et Irare. A peine Dédale a-l-il appliqué une aile snr l'épaule de son lils , que celui-ci tourne la télé en souriant, et semble dcinaiulor avec un ah- de confiance, de présomption et de surprise, pourquoi son pére léluoigue quelque doute et une inquiétude inutile. A Venise, quoique le goftl des arts ne fût pas universel , comme il l'avait été autrefois, on applaudit à ce travail; mais Venise, il faut le dire, ne suffisait plus à un génie qui demandait à étendre sa gloire. Celle ville, n'étant plus le centre d'nnc activité politique hardie, no pouvait pas donner d'aliments à l'ambition «les artistes; il ne restait, en ce genre, qu'à s'enorgueillir des productions de ses temps de puissance au ItV siècle. A l'époque du renouvellement des arts elle avait joué un grand rôle , mais plutôt dans ses travaux de peinture et d' architecture ; Venise enlin, et co fait est bien démontré par l'histoire de Canova , n'avait pas alors un seul statuaire. L'enthousiasme de cette viltc pour les frttvres imparfaites d'un jeune homme qui avait travaillé sans maître, sans conseils, n'était qu'un cn-

couragement pour aller chercher un. auti o théâtre -

il fallait donc que Canova quittât une ville ou i I ne se serait formé qu'un style fidèle à l'imitation, sans art, de la nature bornée à l'individu ; il fallait que son gont et son esprit allassent pénétrer profondément dans le secret de cette imitation qu'on appelle idéale , ou généralisée. Or , ce secret qui , même quand on ne voit que les formes d'un seul corps ou d'une exactitude individuelle , consiste à s'élever jusqu'à l'universalité de caractère . de proportion, d'harmonie, de convenances et de beauté abstraite ; ce secret, l'art des Grçcs l'avait pu seul deviner ; il pouvait être encore à Rome : U fallait l'aller conquérir. Le gronpe de Dédale el Icare avait été payé. 100 sequins. En voyant compter cette somme, Canova s'écria : « Voilà mon voyage à Rome. Il avait a terminer la statue du marquis Polcni, mais il promit de revenir pour l'achever. Canova partit de \ enise pour Rome à la fin d'octobre I779t Le soir de son arrivée il courut à l'académie de France al Corto, pour y voir fi-ludc du nu. Le lendemain, il se présenta chez le chevalier Zulian, ambassadeur de la république, qui lui proposa un logement dans sou palais, lur conseilla de faire veuir à Rome le plâtre de son groupe de Dédale, e\ d'aller en attendant visiter les nouvelles découvertes de Naples. Quel éuii alors l'état des arts à Home? L'école romaine, toujours en présence des admirables monuments dé l'antiquité, n'avait jamais perdu le sentiment des beaux-arts. Cependant on venait de découvrir llcrculanum et Pompéi, YVinckelmann avait paru; Enuius Visconti commençait à écrire , et les descriptions du musée Oéiucntin, dues à son père, éveillaient l'attention. Gavino Hamitton, assez bon peintre, se distinguait parmi ceux qu'on appelait antiquaires. Son suffrage devenait une autorité : U était vénéré par le chevalier Zulian , et 11 pensa, après avoir vu le plâtre de Dédale, que l'ambassadeur devait de plu» en plue encourager son jeune compatriote et lui procurer au plus tôt un marbre de Carrare, pour qu'il sculptât un nouveau sujet à sou choix. Canova accepta le défi. Quand il vit devant lui ce marbre qui attendait fa vie, élève de lui-même, comme nous l'avons dit, il sentit qu'il n'avait eu jusqu'alors pour guide qu'un sentiment irrésolu, et une divination vagua de ce qu'avait été l'état primitif des arts dans les siècles modernes : il reconnut le besoin d'une iustruciwn qui le mit à même de se rassurer dans les ténèbres Cette instruction préliminaire, il la trouva ehet Gavino Ilarmllon, homme siuçuUèrement habile dans la connaissance do l'état des arts à leur renaissance. Hamilton jugeait ainsi le Wdo/e, et U parlait devant des hommes savants, Volpato, Cades, Folchi et Augelini : « Je ne présume pas assez de mon opiiiiou pour la manifester devant ces messieurs, mais je ne me trompe pas dan» mon sentiment : voilà un ouvrage simple et ingénu où l'on observe que le jeune auteur a copié la nature comme il l'a vue ; il ne lui inanimé que d'y ajouter le style et les maximes des maitres ancien». La voie prise par Antoine esj, celle qu'ont suivie le» artistes eu» siques à toutes les époques ; U a étudie la nature ; je

toupçonhe , tTalHeUrt , qu'avec le jugement et Ife ihoix, H lâchera de se former un gortt pur et Un Stylé large , qui , en saisissant d'al»rd lâ forme b plus noble de la nature, s'attachera à l'embellir, à la perfectionner et à la rendre, ainsi que l'enseignent les anciens, idéale et divine. » C'était précisément çet iéfal que Canova poursuivait en accourant de Venise. On parlait de ce qu'il avait pressenti, de ce qui s'était offert & lui dans ses rêves , de ce qu'une prescience indéterminée lui avait comme révélé. Lagrcnée, directeur de l'école si glorieusement fondée par Louis XIV à Home, approuvait les réflexions d'Hamilton. Canova s'essaya d'alwrd à faire une petite statue d'un ^po«ort q'ul se couronne , et 11 la présenta au sénateur de Rome , don Abondio Rezzonico, neveu du pdpe Clément XIII. Comme nous verrons toujours chez cet artiste les qualités du ctrur, la sensibilité», la reconnaissance, la générosité , marcher de front avec les conceptions les

f'dus distinguées, Il est à propros de dire qu'il résout de méditer longtemps son nouveau sujet et qu'il se proposait d'aller à Venise achever sa statue du comte Poléni. Dans une course a Possagno, il regretta -flotta liiasi qui croissait encore en beauté ; mais 11 hsscutlt bientôt plus que jamais l'amour de Rome, où il revint eu 178$. Celle ville attire, de tous les pays de la terre , les admirateurs des art*. Alors un homme s'y rencontra qui passait pour tire comme une sorte de missionnaire de l'antiquité, M. Quatremére de Qiilncy, qui fut depuis l'ami cl un second frére de Canova. Je puis prier de leur intimité, car j'ai pendant vingt ans favorisé leur correspondance avec autant de soins que Celle de ma famille ; je sais à quel point ils s'estimaient ; je sais tous les conseils que demandait le Lias. il sculpteur , je sais tous les avis sages , nobles et indépendante que lui envoyait un tel ami. Aujourd'hui, par les mémoires sur Canova qu'il a publiés et dont nous prierons, l'Europe reconnaît ail'! Juste titre il a pu se proclamer ( historien de l'illustre Vénitien, et révéler ses pensées, ses secrets, sa belle dîne cl sa doctrine dans les arts. 4l. Quatremére apprit à Rome par la voix publique qu'un jeune Italien , qu'on avait vu souvent dessiner et mesurer les colosses de Monte-Cavallo, venait de composer un groiqie de Thésée vainqueur du Slinotaure , et assis triomphalement sur le corps de ce monstre. Laissons parler M. Quatremére. a Je ne pus sans surprise voir, de la part d'un jeune inconnu, un ouvrage qui, considéré sous le seul rapport du travail et de l'exécution, semblait annoncer un talent formé el uue pratique consommée : mais beaucoup d'autres considérations le recommandaient ; celle de la nouveauté n'était pas la moindre, lu effet, le goût franchement adopté et reproduit de l'antique était quelque chose alors d'étrange et d'inouï. Dans le fait, le Thésée, même depuis que Canova s'est mesuré tant de fois avec l'antique, ne laisse pas de se placer encore à la suite avec honneur. » Le dessin en était naturel , c'est-à-dire , ne s'élevait pas tout à fait à la hauteur et a la noblesse de l'idéal, mais il en approchait déjà, et il était compatible

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arec ie sujet à'ûU grand personnage historique. On remarquait que l'auteur avait pris d'autres leçons que celles qu'il avait apportées de Venise. A la première visite que M. Quatremére fit à l'atelier de Canova, ou pour mieux dire à son Thésée , en 1785, H ne vit pas l'artiste : soit qu'il fui retenu par la modestie, soit qu'il désirât laisser toute liberté à la critique, soit enfin qu'il eut un autre motif, notre Français quitta l'atelier sans connaître l'auteur. A une autre visite, il lui dit que son Thésée était après le Dédale le second exemple de la résurrection du style, du système et des principes de l'antiquité. Cet entretien développa entre eux une sympathie de vues et de doctrines qui ne s'est démentie à aucune époque, et que la correspondance continue uVs deux amis a perpétuée jusqu'aux derniers iustaulsde la vie de Canova. N était-ce pas un spectacle propre à exciter un vif intérêt, de voir le Dédale et le Thésée placés l'un en face de l'autre? On pouvait, en examinant le premier groupe , se convaincre de la vérité des observations d'Hamilton, confirmées et encore expliquées par M . Quatremére, qui les avait si bien lues dans les traités des anciens. La on piivait juger de l'effet de la nature simple et prise sur le fait, de la nature banalo et vulgaire , qui se borne à calquer en quelque sorte l'individu et ne t'adresse qu'au sens borné. Ln se retournant vers le Thésée, on trouvait quelque chose de la nature idéale, autant que l'étude avait pu, du parallèle de» iudividus , faire résulter une idée de perfection , de pureté et de beauté , dont il semble que Dieu n'ait jamais voulu, nulle part, compléter l'image. A l'art seul appartient d'opérer ce complément , précisément parce que l'ait n'a qu'un but dans sou œuvre. Le développement de ces réllexious plaisait à Canova, el il disait en se frappant le fient : « Combien il y a encore à faire, quand on a étudié a même le plus beau modèle ! » Zulian l'avait noblement et presque royalement encouragé : lorsque le groupe de Thésée fut leruiiiié , l'artiste alla demander à l'ambassadeur où le groupe devait élre placé. Le Mécène magnifique parut étounù , et répoudit i « 11 n'ost pas juste que je reçoive votre travail. Il a été fait par vous et non par moi, il est à vous et non à moi. » Le sculpteur se vit le maître de retirer une somme assez-considérable que le baron île Friès de Vienne paya pour acquérir ce monument. Déjà Canova avait le soin de menor do front divers ouvrages de style opposé. Il lit pour la princesse Lubormirsk) le poi tiait du jeuno prince Henri C/urlorinski sous les traits de l'Amour. H en a ele fait depuis une répétition pour lord Kawdor. Canova sculpta aussi une Psyché, en statue isolée, qui a la grâce d'une jeune lille de quinze ans. Le buste est un ; les draperies tombent au-dessous du sein; elle pose de la main droite dans la gauche le papillon dont les Grecs avaient fait le symbole de l'ame. L'auteur en dédia une répétition au chevalier Zulian qui avait quitté Home pour aller résider comme liaile a Cent* tantiuople. Il n'accepta ce présent qu'après avoir fait frapper une médaille qui représentait la même Psyché. On lit au revers : Ilieronymut Zutiamu

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tqves, Amieo. ï,e lecteur peut bien deviner qu'il ne

sera pas possible de rendre un compte chronologique exact des compositions de Canova, tant il se présenté de causes fortuites qui font qu'un ouvrage modelé n'est exécuté en marbre que plus tard, par suite de commandes plus pressées. La vraie manière de ne pas s'égarer serait de parler des ouvrages à mesure que le modèle est exposé ; mais entre le modèle et l'exécution il y a des repentirs, des corrections, des embellissements, peut-être aussi des idées moins heureuses ; il faut donc suivre une sorte de distribution un peu libre, et qui d'ailleurs ne doit pas tromper, quand on prend positivement pour guide un esprit de méthode relative, de justice et de vérité. J'entreprendrai donc dans ce sens l'examen complet des ouvrages de Canova. On lui attribue souvent les sculptures mises en vente aujourd'hui. Jl est convenable que l'article biographique qui lui est consacré contienne la nomenclature vraie et un jugement rapide et franc de chacune de ses œuvres. Après cela, les menteurs et les charlatans ne pourront plus en imposer aux amateurs trop crédules de la belle sculpture moderne. Au nombre des amis de Canova on comptait au premier rang Volpato, l'un des juges appelés par le chevalier Zulian, lorsqu'il avait voulu se former une idée des talents du jeune Vénitien. Volpalo, graveur des plus beaux ouvrages de Raphaël, était d'une intégrité exemplaire. Parmi ses enfants on distinguait Domeniea, qui s'était fait une réputation |>ar sa beauté et la dignité de ses manières; la bergère de Possagno n'était plus présente, Canova devint éperdument amoureux de Domeniea, et il la demanda secrètement en mariage à son père. Celui-ci examina les convenances, les âges, et parut prêt à donner son consentement. Je sais de Canova lui-même qu'il était excessivement jaloux, et qu'un jour, pour épier les paroles et les moindres actions de sa belle amante, il se déguisa en pauvre, et alla l'attendre devant la porte d'une église. Domeniea ne le reconnut |>as, et lui donna l'aumône, après l'avoir regardé avec bienveillance. Sur ces entrefaites, le sieur Carlo Giorgi, qui avait du à Clément XIV un emploi très- lucratif, voulant élever un monument à ce |K»ntife, chargea Volpato de chercher un sculpteur propre à exécuter dignement ce grand ouvrage. Volpalo choisit Canova, non parce qu'il allait être son gendre, mais parce qu'il était homme de talent. Le nom de celui qui payerait les frais devait rester ignoré; Canova promit de ne pas révéler ce secret. Au milieu de ce bonheur Canova devait éprouver un chagrin ; il se déguisa encore, et cette fois il apprit qu'il n'était plus aimé. Domeniea avait un autre penchant pour Raphaël Morghen qu'elle a épousé depuis. Vol|»ato, en retirant sa parole de père, confirma les commandes de l'ami, et conseilla au jeune artiste d'aller à Carrare chercher les marbres convenables pour son monument. A son retour, il commença et il acheva assez rapidement en créta le modèle colossal. La statue de Clément XIV, en habits pontilicaux, était assise au dessus d'un sarcophage, accompagnée de deux statues de même proportion, l'une debout qui est la J*fo-

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dération pleurant ; l'autre, la Mantuilvde, est vue

assise sur le soubassement qui devait se composer avec la porte de la sacristie de l'église des Sainls- A poires (I). Avant de jeter le modèle en plâtre, il pria son ami Gavino d'amener un jour avec lui le peintre Pompeo Battoni. Celui-ci arriva, vit le groupe et ne dit que ces mots : « Ce jeune homme a un « grand talent, mais il suit une mauvaise voie, je « lui conseille de la quitter ; » et il sortit. Canova resta écrasé par cet arrêt dictatorial; Gavino lut rendit du courage. M. Quatremére survint, et dit ason ami que Battoni avait parlé en partisan des Bernin, des Carie Maratte et de leurs méchantes traditions : « C'est précisément contre leur manière et « leur goût d'imitation que vous venez de relever la a bannière de l'antiquité ; vous devez donc vous « applaudir plutôt que vous affliger d'une telle cri- « tique. La réponse à de telles opinions est de savoir « persévérer dans le système qu'il s'agit de rehabi- « liter. ■ Voulant ensuite paraître encore plus un ami véritable, il loua la Mantuélude, où il demanda que l'on corrigeât quelque lourdeur. Quant à la Modération, M. Quatremére alla jusqu'à dire : a Dans « l'état où je la vois, elle n'est pas digne àjt vous. » Canova répliqua avec un accent d'amitié : « Oh gra- « xie tante ! • 11 jeta à bas cette Modération, et il en composa une autre. Huit jours après, la nouvelle statue , .haute de 11 pieds, était terminée, telle qu'on la voit aujourd'hui. Milizia, qui passait pour un Aristarquc rigide, écrivit alors au comte San-Giovanni que dans ce mausolée la Mantuélude est aussi douce (jue l'agneau placé auprès d'elle ; qu'autrefois en Grèce et aux plus beaux temps de la Grèce, si l'on avait eu à représenter un pape, on n'aurait pas fait autrement que Canova n'avait fait pour Ganganclli : la composition est d'une simplicité qui parait la facilité elle-même, et qui au fond est la difficulté. 11 ajouta que les jésuites aussi louaient et bénissaient le pape Ganganelli en marbre. Canova travaillait encore à son Thésée vainqueur du Minolaure, lorsque don Abondio Rezzonico le pria d'élever pour Clément XIII un monument sépulcral. Canova en traça sur-le-champ le modèle. Le pape est à genoux en face du spectateur, et il y a, quant à l'aspect général de la figure, l'expression d'un sentiment si vrai, que l'intérêt se reporte toujours vers lui, en descendant de la figure principale vers celles qui bordent à droite et à gauche le sarcophage. Il faut remarquer la statue de la Religion : son ajustement, consistant en trois draperies l'une sur l'autre { la dernière un peu trop courte), paraîtrait avoir quelque chose de redondant, et qui approcherait de la pesanteur. Toutefois, comme on le verra, l'artiste a tenu à cette idée, puisqu'il a répété cette figure en grand, avec des réminiscences avouées. En pendant de la Religion est la figure d'un Génie sous la forme d'un jeune homme dont la tête annonce la douleur, et qui tient un flambeau renversé. Le lion est un

d] Afin de mieux expliquer les oranges de Cmoy», j'« rdv* iour de moi tome» les fnmre», «ui

el je décru le» obj«i* sur les imure» i

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des symboles de Venise, aussi l'auteur a ménagé deux massifs servant de piédestaux à deux lions. L'un semble rugir, et ses ongles sont menaçants; l'autre semble dormir, et ses ongles sont rentres. Ce grand ouvrage fut placé dans l'église de St- Pierre. Canova, voulant connaître la louange et le blâme, prit les vêtements d'un abbé déguenillé : le sénateur Rexzonico était là entouré d'une foule d'admirateurs, et il Ht un geste d'ennui pour éloigner l'importun. Celui-ci entendit mal parler surtout de la statue de la Religion, mais on comparait le Génie à ce que la Grèce avait produit de plus beau. On y trouvait même une expression attendrissante et mélancolique dont les anciens n'ont pas laissé de modèle. Il ne faut pas croire que depuis l'époque où parut le Thésée jusqu'à celle où fut exposé le monument de Kezzonico, Canova n'ait produit que ces deux monuments; il composa dans cet intervalle une foule d'autres ouvrages moins important ; il modela en grand le groupe d'Adonis assis et de Vénus ornant d'une guirlande de roses les cheveux de son amant. Depuis, il abandonna ces ouvrages, non pas, ainsi qu'on l'a dit, |>arce que les statues étaient nues, mais |«rce que d'autres pensées vinrent occuper son esprit; car Canova ferme désormais dans les principes fondamentaux de l'art, assurait que le nu était le vrai langage du statuaire, et qu'il n'y a jamais ni mauvaise grâce ni indécence dans le nu, si on l'élève aux formes de Vidéal, et si on le compose avec modestie et avec pudeur. Nous continuerons d'examiner les ouvrages de Canova en nous rappelant et les premiers vrais principes qu'il avait entendus de la bouche d'Hamilton et de celle de M. Quatremére, et les préoccupations qui le dominaient sans cesse. Celles-ci deviennent à la fois l'explication de ses fantasie (je prends à dessein l'expression italienne qui n'a pas d'analogue en français ), et le corollaire des pensées tour à mur voluptueuses, terribles, profondes et savantes qu'il va disséminer avec tant de profusion dans ses ouvrages. Ne perdons plus de vue Canova s'érigeant eu suprême ministre de la beauté, la cherchant partout, dans les scènes héroïques et dans les délassements de l'innocence, et nous déclarant qu'il entend ainsi nous entraîner à la vertu plutôt qu'au vice. Crayons aussi qu'en suivant les pas d'un tel guide, nous ne rencontrerons jamais de viles imaginations ni de lâches désirs. Pindemonte a bien apprécié ces leçons, quand il a dit de la première Psyché : Casto corne Cimago è il gran lavoro. Ces prémisses étant fortement établies, il ne reste plus qu'à décrire. On trouve, si nous nous reportons à ces temps de la vie de Canova, les bas-reliefs représentant la Mort de Priam; Socrale buvant la ciguë H congédiant sa famille ; le Retour de Tétémaque à Ithaque ; Hécuhe avec les matrones Iroyennes; la Danse des fils d'AlcinoOs; l'Apologie de Socrale devant ses juges ; Criton fermant Us yeux à Socrale. Nous arrivons à la statue d'Hébé qu il sculpta deux fois, d'abord pour madame Vivante Albrizzi à Venise, ensuite, pour l'impératrice Joséphine. La répétition, qui depuis est passée en Russie, fut dans son temps exposée au Louvre.

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M. Quatremére dit de cet ouvrage : L'idée en est • des plus aimables et la composition ingénieuse. Rien de plus achevé que le buste nu et le bras élevé qui porte le vase : la pensée de l'ajustement est pleine d'esprit et de goût. Cependant on désirerait que son étoffe légère eût badiné avec quelques variétés sur les contours du bas des jambes, et ne fût pas coupée là par un ourlet continu, qui ne semble « avoir ni vérité ni agrément. ■ Nous ajouterons : « On ne pourra pas dire que l'artiste ail emprunté « de quelque ancien marbre l'attitude de cette jeune « déesse, descendant de l'Olympe avec une légèreté « toute divine, et prête à verser l'ambroisie qui dés- « altère le maître des dieux, quoiqu'il soit singulier a que celte idée ne se soit pas présentée à l'esprit « des anciens. » L'air qu'Hébé fend avec vitesse, tenant le corps penché en avant, repousse derrière elle1, par un effet naturel, son léger vêtement, sous lequel se dessine le nu ; le bras qu'elle tient levé pour verser la liqueur déploie avec tant de grâce les contours de la figure, que malgré la décence qui règne dans les dispositions de la draperie, l'œil pénètre jusqu'au moindre détail des belles formes où respire toute la fraîcheur de la première jeunesse. Le changement le plus important qu'ail tait l'auteur dans la réplique de celle statue a été de supprimer les va|>eurs qui dans la précédente étaient sous les pieds. Uebé n'a de mission que quand le ciel est pur. Y a l-il rien de plus délicieux que ces quatre vers de Pindemonte?

O Canova immortal, che indietro lassi L'italico scarpello. ed il greco arrivi : Sapea cbe i inarml tooi son molli et vivi : Ma chi vislo l'avea scolpire i passi ?

A l'occasion de cette statue, on se récria à Paris sur l'emploi que l'artiste avait fait de quelques dorures dans l'enjolivement de son Hébé, et sur ces petits vases de métal doré que portent ses deux mains. M. Quatremére justifia complètement Canova sur ce que l'on appelait un ahus, en montrant l'universalité de cet usage chez les Grecs, usage dont il a développé plus tard les raisons dans son ouvrage du Jupiter olympien, où il réunit de nombreuses et imposantes autorités. Nous ne nous arrêterons pas au groupe de Vénus voulant retenir Adonis partant pour la chasse. Rien de plus passionné, et en même temps de plus noble que le maintien de Venus. Le sentiment du regret ne pouvait se peindre avec plus de grâce, par un mol abandon, par la position de la tête doucement inclinée, par un regard languissant et à demi élevé où brille l'espérance du retour. Adonis l'a souvent quittée, mais il est toujours revenu. Dans VAmour et Psyché couchés, Canova toucha, a-t-on dit, les confins de la volupté, par l'expression difficile et tout à fait nouvelle d'un de ces moments fugitifs qu'il n'est donné qu'au génie de pour voir saisir, au moment même de l'action. Canova aura vu folâtrer deux enfants, et il aura ainsi trouvé ce groupe enchanteur, malgré quelques débuts sur lesquels nous reviendrons. L'artiste exécuta deux fois l'Amour «< P*ycW debout : le premier groupe, tait en

m cas

fut ensuite destiné & orner Compiègne, et le second, exécuté en 4800, a été acheté par l'empereur té Russie. On remarque moins de variété dans ce dernier sujet, qu'ont traité aussi le* anciens, et dont lia nous ont laissé plusieurs groupes, notamment celui du Capitole. Il y n une grande différence entre celui-là et le groupe de Canova. Pans le marbre grec, l'artiste a etprimé l'instant du baiser amoureux; les bouches sont encore roi lues l'une sur l'autre : dans celui de Canova, Psyché, avec toute l'innocence d'une jolie enrant, ou avec la défiance qu'on a d'un maladroit (celte supposition faisait beaucoup rire Canova), tient soulevée de sa main gauche la main gauche de l'amour, sur laquelle elle pose, de la main droite, un papillon. L'Amour ayant le liras droit passé autour du corps da Psyché, avec une grâce inexprimable, appuie sa joue, rien que sa joue, eur une épaule de la jeune lillc. Madame Lebrun {voy. ce nom), qui était à Home quand le groupe obtenait tant de succès, écrivit à ce sujet une lettre charmante. On dit que cette dame va publier ses mémoires : probablement elle y insérera cette lettre ; n'en connaissant que la traduction italienne, je ne la rap|K>rterai pas ici, craignant d'affaiblir la grâce française de l'original. Je ferai seulement observer, relati veulent à cette Icltro, que madame Lebrun semble y douter quelque peu de l'innocence de la jeune tille, et pense qu'elle donne son conir, tandis qu'elle ne fait qu'un jeu d'enfant. Ce jeu d'enfant est sans doute uue pensée profonde pour les spectateurs, un sujet de méditation do la plus haute philosophie ; mais encore une fois, pour Psj clic, c'est un jeu tout au plus mêlé d'un peu de malice, s'il est vrai, connue Canova a permis de le répéter, qu'on peut supposer, dans la jeune tille, la crainte que l'étourdi ne laisse envoler le papillon placé avec tant de pré cautions sur sa main. Pour le groupe tic Psyché et V Amour debout, Canova acceptait les compliments. Quant à celui de Psyché et l'Amour couchés, il s'accusait franchement lui-même, et il n'oubliait pas que M. Qnatrcnière lui avait écrit : « tSc vous rap- « piochez pus du goût de quelques étrangers a\ec « lesquels vous êtes lié à Home : souvenez-* ous « d'Ilamillon, évite* la prétention, soyez toujours p dans les idées simples et les grandes maximes d'un « gonl sévère ; ne devenez pas un ternin Il n'était pas possible que Canova ne s'inspirât pas d'Homère; il le lisait dans la version que lui avait envoyée Osarotti Celui-ci répondait aux rcnierefinenls de Canova : « Votre lettre m'a fait plus de « plaisir que si j'avais obtenu des louanges d'une « académie entière de savants ; l'érudition sans itinc >• m1 sert qu'à fomenter la médiocrité ci les régies < pé '.mti'sqiies. Jl n'y a que les hommes inspirés « par la nature qui puissent juger avec .sagacité des « imitations de l'art. C'est a Phidias uni a Aprllcs, a par là j'entends Canova, qu'il appartient de parler a d'Homère : il convient à relui Qui a représenté « avec un talent sublime Pyrrhus tuant Priai», de « montrer Achille tuant Hector. Que je serais heureux « si je pouvais nie llatter d'entendre dire par mes « contemporains que j'ai traduit l'Achille d'Homère

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