‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 83 sur 97 · CAN W · texte numérisé non relu

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statue de la Madeleine avwl été commandée par

monsignor Priuli. L'artiste prit sou idée d'une femme ainsi assise, qu'il vit un jour dans une église de village. C'est en effet de celte manière que se tiennent les femmes après avoir prié quelques heures à genoux. Comme i! n'y a pas de bancs dans le» temples, elles s'y placent dans telle attitude, rebHeut quelquefois un de leurs vêtements sur leur téle, et restent immobiles pendant presque loul l'oflice. Pour une femme pénitente, Canova n'avait pas de prototype dans l'antiquité. La Madeleine en bois de Donalo ne pouvait pas servir de règle, quoique celte slalue soit fort belle et savammeul travaillée. La sainte y est tellement consumée par les jeûnes et par l'abstinence, qu'elle semble plutôt une perfection d'éludé anatomique. Monsignor priuli ue fui pas asses lieu-' rcux pour maiulcuir le marché de sa statue : obligé par son devoir et par sa piété de suivre Pie Y I que le directoire avait fait enlever, il accompagna son bienfaiteur dans l'exil; cl le marbre resta à l'artiste, qui le vendit à un coiumUsairc français demeurant alors a Milan. Des mains do ce commissaire, il passa daus celles d'un artiste doul Cauova m'a dit souvent le nom, mais que je ne puis me rappeler, il. Missirini et M. Qualrcmèrc |*araisscut l'avoir ignoré. Toutefois il est certain que cet artiste apporta le marbre a Paris, et qu'ensuite ayant fait de mauvaises a flaires, il le cacha dans une rave pour le soustraire aux poursuites de ses créanciers. Le marbre eufoui nu se gâta |>as. Après des circonstances plus heureuses, ou le remit au jour, et enfin il arriva dans les niaius de M. le comte de Soinmariva doul le (ils le possède aujourd'hui : les étrangers ne manquent pas d alle* le voir dans l'hôtel de ce digne protecteur des beauxarts. L'auteur lit une réplique de ce chef-d'œuvre en ISOî), pour le prince Kugène, et l'un voit ce marbre à Munich dans le palais de sa veuve, la duchesse de Leuchtenberg. tue des plus grande* gloires (pie puisse ambitionner un artiste uioderue, c'est d'avoir obtenu la récompense morale que l'on vient de décerner .. Canova dans Paris même. L'ut grande église était dédiée à la Madeleine ; il (allait orner le fronton du temple ; un des meilleurs artiste de France, devant représenter la sainte, n'a pas cru pouvoir mieux faire que de prendre le type inventé par Canova ; désormais là Madeleine n'aura plus d'autres traits, une autre attitude, une auU-e douleur. Canova pendant sa vie a eu bien des. détracteurs à Paris, mais jamais réparation fut-elle plus éclatante? L'immortalité de nos 'monuments vient consacrer celle de Canova. Je me souviens d'avoir dit un jour à notre célèbre el ingénieux sculpteur, M. Pierre-Jean David, que la statue de la Madeleine me paraissait la Slalwe - dogme du christianisme, c'est-à-dire de la religion de pardon et de clémence, et qu'il me parut partager entièrement cette opiuion. — Depuis quelque temps Canova, excitait encore au plus haut degré l'intérêt publie . par Peiposilion de son Hercule jetant Lycat à la, mer. Ovide a peint l'action d'Hercule devenu furieux par l'effet du contact de la tunique trempée dans le sang de Nessus, et qui, après avoir saW l'infcrtwé

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Lvcas, le fit tourner plu» d'une fois en l'air et le précipita dans tes eaux de l'Eubée :

Corripit AlcWes, et terque qualerque rotatum MitUt in Euboicas tormento fortltu undas.

Voila une image qui ne peut appartenir qu'au langage de la poésie. Hercule enlève d'une main Lycas par sa chevelure, de l'autre il le tient par un pied : le jeune homme se défend, en s'attachant d'une main au montant de l'autel sur lequel sacrifiait Hercule ( M.Gaudefroy, poète français, qui était alors à Rome, a judicieusement appelé cet autel un tronc justifié ) ; de l'autre main, le jeune homme, qui a pardu sa raison, se retient à la crinière de la peau de lion placée à terre, et qui n'étant pas assujettie ne peut lui être d'aucun secours ; tout le corps de Lycas est retourné d'une manière effrayante, mais vraie. Cette tète renversée qu'on aperçoit entre les jambes d'Hercule devient une étude admirable. Pouvais-je être un des dentiers à complimenter Canova? Il m'était impossible de trouver un défaut dans ce groupe, qui présentait la colère dans l'héroïsme, qui frappait de terreur, de compassion, qui exprimait tant de sentiments divers mieux que ne le pourrait faire aucun langage. — La santé de Canova donnait de temps en temps des inquiétudes; madame Angela Sartori, sa mère, vint à Rome lui prodiguer de* soins. C'était une femme d'un caractère doux cl tranquille, pieuse et remerciant Dieu tous les jours de la grande illustration de son lils, le regardant avec respect, le soignant avec tendresse. Son plus grand bonheur était de voir l'amitié qu'Antoine portait à Jean-Baptiste, sou frère du second lit, qui aû moment où madame Sartori dut retourner à Crespano pour des intérêts de famille, s'attacha A Antoine et ne le quitta plus jusqu'à la terrible séparation qui devait rompre une si constante amitié. — Aussitôt que la santé délicate de notre artiste commençait à s'améliorer, il se livrait a de nouveaux travaux. Après lecippe de l'amiral Emo, le plus considérable ouvrage eu bas-relief qu'exécuta Canova fut le monument de la marquise Santa-Cruz. On y voit la réunion d'une famille éplorée autour du lit funèbre, où dort, du sommeil de la mort, une jeune tille, une épouse chérie. La mère de la défunte parait surtout accablée d'une douleur inexprimable. Au-dessous sont écrits ces mots : Mater infelicissima filim et iibi. Canova a été souvent témoin lui-même des larmes que Taisait répandre cet ouvrage touchant qui a été longtemps exposé dans son atelier. — 11 ne voulut pas oublier le sénateur Faliéro, son premier bienfaiteur, et il lui éleva à ses frais un tombeau. Dans l'inscription, Fauteur remercie le sénateur de l'avoir engagé A se liYrer courageusement à la statuaire. Le même sentiment de reconnaissance lit exécuter un monument pour Volpato, autre bienfaiteur de Canova , et qui l'avait choisi pour élever le mausolée de Clément XIV. Il a fait encore d'autres ouvrages funéraires, tels que le eippe du prince Frédéric d'Orange, placé dans la sacristie des ermites de Padoue ; celui du comte de Souza, ainUssadeur de Portugal à Rome (le père du duc

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de Palmella ) ; celui qui a été placé A Vicence, en l'honneur du chevalier Trcnto, et enfin un projet de monument fK>ur Nelson, le plus grand qui ait été conçu depuis celui que Michel-Ange avait promis d'entreprendre pour Jules IL Rien n'ayant été déterminé dans les conditions arrêtées, le monument n'a pas été continué. — C'est à une époque antérieure à la fin du dernier siècle qu'appartient la première pensée du Pertie. Voici l'idée de l'auteur : Persée, fils de Jupiter et de Danaé, expédié par le roi Polydecte contre les Gorgones, a reçu de Mercure des talonniéres et des ailes, et de Vulcain une faux de diamant avec laquelle il a coupé la tête de Méduse qu'il tient dans ses mains. Cette tête, que l'on représente toujours avec des contractions hideuses, est ici douce, languissante, noble, et elle inspire la compassion. Enfin, au lieu du tronc de V Apollon du Belvédère, on trouve une composition contraire, mais parfaitement analogue au besoin de soutien qu'éprouve une statue en marbre. L'auteur ne doit pas négliger ce soutien , s'il veut que le moindre choc ne renverse" pas son ouvrage : la draperie qui tombe derrière Persée a dispensé du tronc de ¥ Apollon et de la disposition en porte à faux du jet de la draperie sur son bras gauche. Or celte disposition est tellement défavorable à un travail en marbre, qu'elle a donné à croira que l'original dont ! ,(;<u/Jon actuel serait alors une répétition aurait dû être en bronze. Le bronze lui-même exige encore plus que le marbre ces appuis qui souvent sont des contresens, et au moins des inutilités et des causes de lourdeur qui rompent lès lignes, entravent l'élan et la pose naturelle du sujet. A cet égard, il faut le dire, Canova n'a pas toujours justifié ses soutiens aussi bien que dans ¥ Hercule (I). Il ne suffit pas au pape Pie VII d'avoir ordonné que le Persée fût élevé A la place de l'Apollon Pylhien, et d'accordei A Canova vivant un tel Itonneur à coté du Laoeoon ; ayant fait appeler l'artiste dans son palais, il l'embrassa, le créa clievalier par un bref des plus honorables, et rétablit pour lui la place d'inspecteur général des beaux-arts à Rome, avec les droits, les prérogatives et les distinctions dout Raphaël avait joui en cette qualité sous Léon X. A celle place était jointe une j)cnsion de 4,000 écus romains. Le saint -pére ordonna encore que deux pugilateurs, nouvel ouvrage de Canova, seraient placés dans le musée du Belvédère. Ces deux statues ont besoin d'être vues l'une en face de l'autre. Pausanias raconte ainsi le combat que Canova a mis en scène : « Après une longue « lutte les deux Pancratiaitet étaient convenus de se « porter un dernier coup. Créugas avait asséné A « Damoxéne un violent coup sur la tête : c'était A « son tour A attendre le coup de son rival. Celui-ci, « profitant de l'attitude de Créugas qui attendait sans « être préparé A la défense, lui plongea ses doigu « dans le flanc avec tant de violence qu'il le perça

(I) Je dirai Ut en passant qu'uu des troncs jutifir* les plat spirituels est le moyen employé par M. Chaude! dans U slalae du berger Pborha* partant UKdioe enlint, qn'un chien, ici actenr et sontien, cherche a caresser, eu lâchant de •'•leter stf ses pieds jusqu'à

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« et hii fit sortir le» entrailles. » — Le jour où il reçut tant d'honneur, Canova écrivit cette lettre : « Je ne « puis répondre autrement que par le silence et par « les larmes : c'est le seul tribut non équivoque dont « se sentent capables la tendre gratitude et la con- • fusion profonde dont je suis pénétré. » Quant à l'offre de la place qu'avait occupée Raphaël, Canova écrivait : « Je suis hors d'état de remplir la charge « 6 laquelle je suis appelé ; mon tempérament déli- « cal, ma santé si faible, ma méthode de vie, ma « libre si facilement irritable, qui, au seul nom des « emplois publics, s'agite sur-le-champ et se contracte, « m'empêcheraient d'exercer avec l'activité conve- « nable une charge si importante; je la dépose hmn- « blement aux pieds de Votre Sainteté, en la priant « de m'en dispenser. Je représente avec la franchise « la plus respectueuse que cette inspection si flat- « teuse, outre qu'elle répugne à mon caractère et à ma c débile constitution physique, viendrait troubler mes « pacifiques opérations, qui m'ont valu un si doux « accueil auprès de Votre Sainteté. Quelle plus douce « récompense que celle-là pour un artiste ! » Canova ne fut pas et ne dut pas être écouté. — Pendant que le roi de Naples, Ferdinand IV, occupait Rome, en 1798, on avait proposé de faire une statue représentant ce prince. Le sculpteur avait donné à cette statue une proportion colossale de 17 palmes de haut ; mais il n'aimait pas celte composition. Un jour, en me la montrant avec humeur, il lui jeta à la ligure le bonnet de papier qui couvrait sa téte : c'étaient là les colères de Canova. Je vis, dans celte action spontanée, que la pensée, la comfiosition et la disposition ne lui plaisaient pas, et il avait raison. Cet ouvrage est placé à Naples dans le palais appelé Museo Borbonico. Vers la lin de 1802, Cacault, ministre de Frauce i Rome, reçut une lettre de Bourrienne qui le chargeait d'inviter Canova à venir à Paris pour entreprendre le portrait du premier consul. On ne voulait pas qu'il y eut des 'incertitudes pour le prix, et les conditions étaient du premier mot nobles et déjà impériales. On lui payait les Trais de son voyage et du retour. 11 recevait en présent une voiture commode; il supportait luimême tous les frais de marbra et de transport, et on lui donnait, en reconnaissance de tous ses soins, 120,000 francs payables presque à sa volonté. Cacault eut beaucoup de peine à le décider à ce voyage. Canova ne pardonnait pas à Bonaparte d'avoir livré Venise aux Autrichiens, mais enfin ses répugnances furent vaincues, et il partit pour Paris au commencement d'octobre. Il descendit chez le cardinal-légat, et son premier désir fut de voir son ami Quatremère. Introduit chez le premier consul, Canova fut reçu avec une distinction tout à fait particulière ; la physionomie du héros était douce cl riante. L'artiste répondit aux premiers mou : a Je demande la « permission de parler avec ma véracité et ma li- « berlé ordinaires. » Alors, à propos de l'Italie, il dit au consul que Rome était ruinée, que les palais avaient été dépouilles, que tout l'Etat était privé de numéraire et de commerce. — « Je restaurerai « Rome, répondit le premier corauJ, j'aime le bien

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