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« de l'humanité et je le veux ; mais en attendant
« que faut-il pour ce que vous avez à faire? — Rien, « repartit le sculpteur, me voilà prêt à remplir vos « ordres. — Vous ferez nia statue, » répliqua Bonaparte ; et il le congédia. Dans un autre entretien, Canova parla avec vivacité de Venise. Cet ardent amour de la patrie, ce ton d'ingénuité ne déplurent pas à Bonaparte : il traitait tous les jours mieux l'artiste. Celui-ci fut agréable au consul, lorsqu'il lui dit avec un sentiment de conviction, en regardant son travail : • Cette physionomie est tellement « favorable à la sculpture, que si on la découvrait « dans un antique, on verrait qu'elle appartient à « un des plus grands hommes de ces temps- là. Si « elle est bien tracée, l'ouvrage réussira, mais ce « n'est pas une physionomie faite pour plaire au « beau sexe ; » cl Bonaparte sourit. David, le peintre des Sabinei, voulut donner à Canova un grand repas, il y invita lous les artistes français. M. Gérard désira faire son portrait. Canova assista aux séances de l'Institut dont il étail associé étranger ; il partit, disant qu'il était pénétré d'une singulière admiration pour l'état des arts en France. Il prenait congé du cousul le jour où on lui présentait un envoyé de Tunis ; Bonaparte dit au sculpteur : « Allez saluer le pa|>e, et dites-lui que vous m'avez a entendu recommander la liberté des chrétiens. » Canova se mil en chemin, pensant à la disposition de la statue du premier consul. Déjà il avait reçu la commande du tombeau de l'archiduchesse Christine, é|M>usc du duc Albert de Saxe-ïeschen ; mais c'était vers l'idée de la statue de Napoléon qu'il dirigeait ses principales méditations. Cependant, malgré lui, une pensée imminente vint le préoccuper. Venise lui demanda un tombeau pour le Titien. 11 traça à la hàtc un premier projet : je possède celle précieuse esquisse, où l'on voit avec quel talent Canova savait dessiner. Ce mouumenl ne fut pas exécuté. Alors presque en même temps parurent dans l'atelier de Canova la statue colossale de Napoléon et le monument de l'archiduchesse Christine. La statue de Napoléon était nue. L'art avait souvent . choisi le nu pour son langage. Mais celle question sur le nu, il ne fallait la laisser juger ni par des jaloux de la gloire de Canova, ni par des ignorants de cour, ni même par celui dont l'image était représentée sous des formes qu'il ne comprenait pas bien. Par une fausse crainte du ridicule, Napoléon fut lui-même une des causes de l'indifférence avec laquelle la France vit ce grand ouvrage et le laissa enlever, comme un bloc sans prix, par un vainqueur présomptueux. La gravure de la statue de l'empereur est dédiée par Canova à la république de Si -Marin, qui l'avail inscrit sur le livre de ses patriciens. Pour le tombeau de l'archiduchesse Christine, l'artiste imagina de représenter, sur un fond de mnr donné, la face d une pyramide élevée de trois degrés. Au milieu de la face pyramidale, on voit une porte ouverte ; c'est vers cetle porte que se dirigent une foule de personnages allégoriques. La principale ligure en tête tient l'urne funéraire, et s'incline un peu pour entrer dans la chambre *e-
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putcrale. En tout, le monument est composé de neuf Usures de grandeur naturelle ; tout y respire une douée tristesse, excepté dans la partie supérieure, où la Félicité semble emporter au ciel l'image de l'arrldducliesse. Un génie repose tristement sur un lion couché. Les femmes sont suivies des pauvres que la bienfaisante princesse soulageait dans leur misère. Les âges. les sexes, le nu, les draperies, sont rendus avec la plus grande vérité. Le groupe de l'aveugle est une pensée qui, comme tant d'autres de Canova, ne se trouve pas dans les «rtivres des anciens; on admire l'air modeste, pudique et résigné des femmes ; on sourit surtout a l'affliction d'imitation si naturelle aux enfants. J'ai vu un soir, par un beau clair de lune, ce monument placé à Vienne en Autriche dans l'église des Angustins • j'en ai emporté une impression qui ne s'effacera jamais de ma mémoire. La ville de Florence demandait a Canova nne copie de la Vénus de Médieis, pour remplacer l'original transporté a Paris. Ne voulant pas faire de copie, il composa une autre Fé*nt«. On ne sait pas, je crois, un fait particulier a cette statue : je demandai un jour â Canova, qui faisait mettre aux points le marbre de Napoléon, comment il avait pris mi bloc si énorme, lui montrant qu'on allait faire une perte immense de matière dans toute la partie qui était sous le bras étendu : « Non, rcprit-il, t sous le bras de Mars, en y pensant, j'ai trouvé « une Vénus.. » Ainsi la Vénus de Canova, qui est à Florence, est du même bloc qui a servi pour la statue de Napoléon. « Celait une mission hasnr- « deusc, dit M. Quatremère, que celle de remplacer « une des célébrités de la sculpture antique, dans u le lien, sur le piédestal même où depuis plusieurs a siècles la déesse de la beauté avait reçu les hom- « mases de l'admiration de toute l'Europe. » Canova évita le danger d'un parallèle trop sensible et trop Voisin. Cette Vénus, appelée depuis Italique, fut répétée pour le roi de Bavière, et pour le prince de Canino, Lucien Bonaparte (celle de ce dernier est jmsée dans le musée de lord Lansdown ) ; une troisième répétition Ait faite pour M. Ilope. La taille est plus élevée que celle de la Vénus de Médieis, ce qui lui donne plus Pair d'une déesse : la physionomie respire l'amour, la chevelure est traitée avec une admirable perfection. Nous devons ici faire mention du buste de l'empereur d'Autriche, et du Pahmèdc exécuté pour M. de Sommariva. Le fils de Natiplius, roi de l'Eubée, porte dans la main gtmchc les dés et dans la main droite les lettres de l'alphabet. ( Yoy. PAi..\Mf:oE.j Madame Letizia, mère de l'empereur, et la princesse Borghèsc, sa su-ur, se trouvaient à Home : elles désirèrent avoir leur portrait de la main de Canova. Nous devons à ces circonstances deux belles statues. Pour la première, il s'était inspiré de la statue antique d'Agrippine, femme de Germanicus; a mais, écrivait-il à son ami « Qnatremère, vous n'y trouvez aucune espèce de • ressemblance, je n'entends pas seulement dans la « tète, mais dans l'ensemble, dans la coiffure, dans « le parti général des draperies. » A proprement parler, Canova n'empruntait que la sedia et un peu
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de la pose : il avait droit et raison d'emprunter cette pose qui donne â sa figure une noblesse plus marquée et une gravité de matrone. Il est impossible de ne pas s'arrêter quelque temps à la Vénus victorieuse, où les traits de la princesse Borghèsc sont si merveilleusement retracés. Vénus vient d'obtenir la pomme, et elle se repose de son triomphe ; le lit sur lequel elle est à moitié étendue sert de plinthe. Ce que l'on admirait dans celte œuvre de Canova, c'est qu'il avait su, grâce aussi aux perfections de son modèle, réunir la lidélité de la ressemblance de la téte, lidélité exigée par la nature du portrait, et ensuite Yidéal dans le développement des formes du corps, et avec un tel accord, que ce qu'il y a de vérité positive cl de vérité imaginative, loin de se combattre, se prêtaient un mutuel agrément. La partie oû le cou se joint aux épaules, les lignes du torse, et le contour des extrémités présentent une foule de charmes qu'on ne peut se lasser d'admirer. La Vénus victorieuse vint jouir d'un nouveau triomphe au pal.iis Borghèse, où elle fut pendant un certain temps soumise aux jugements du public. L'affluence des amateurs, tant de Rome que de l'étranger, ne cessait de se presser autour d'elle. Le jour ne suffisant pas à leur admiration, ils obtinrent la faveur de pouvoir la considérer de nuit, et l'on faisait des parties pour revenir la voir à la lueur dea tombeaux, qui, comme on le sait, fait découvrir les plus fines nuances du travail, mais en même temps en dénonce (es moindres négligences. On fut alors obligé d'établir une enceinte au moyen d'une barrière, contre la foule qui ne cessait de se presser à l'en tour. — La grande renommée du talent d'AIlieri méritait le témoignage éclatant de la reconnaissance publique. La comtesse d'Albany, veuve du prétendant Charles-L'douard, voulut conlicr i Canova le sein d'élever un monument au Sophocle italien ; le sarcopliage se trouve reculé sur un grand soubassement dont le devant est occupé par la statue colossale de Y/talie personnifiée, la téte surmontée de la couronne lourellée, et pleurant en se penchant sur le tombeau. L'artiste portait une prédilection particulière a la statuede la princesse Léopoldin» Esterhazy Lichteinsteiu. On a dit que si cette princesse eût vécu du temps de Raphaël, U lui eût donné une place dans son Parnasse. — Quel génie infatigable que celui de Canova ! Est-ce qu'une trompette guerrière vient de l'exciter à représenter des combats? Il ne dort plus qu'il n'ait moulé et exposé les statues d'Ajax et d'Hector. Ajax a tics formes lourdes et épaisses, et l'emportement d'une violente colère : je courage tranquille et l'intrépidité liéroïqua caractérisent le fils de Priant : c'était ce qu'Homère avait ditaCanova. La Terpsychare fut exécutée deux fois, d'abord pour M. Simon Clarkc, ensuite pour M. de Sommariva. La muse de Canova est vue debout ; la main gauche est appuyée sur le liaut de la lyre, la droite tient le cestrum. Des trois danseuses, la première a raméné des deux mains, sur ses hanches, les plis de sa tunique qui forment de chaque coté des chutes plus ou moius variées ; elle danse un a parie. U y a une grao? extraordinaire dam
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l'allure vive 4e là figure, et (jùelqué chose d'entraînant qui éblouit dans une composition «1 peu cornpotée. La seconde Danteuse est aussi de grandeur naturelle. Il serait difficile de faire comprendre ce qu'il y a de mollesse et d'élégance dans le galbe de toute la figure. La troisième Dante u*e, exécutée pour le prince Hasumowsky, se rapporte plutôt au caractère de la lmccliante ; de ses maihs élevées nu-desaus de sa téle elle agite des cymbales. Dans le Paris, nous voyons un tronc d'arbre fort élevé, semblable à ces colonnes contre lesquelles, on ne sait |>ourquoi, les artistes du temps de Raphaël même, cl après lui. appuyaient leurs madones. Ici le tronc est recourert d'une draperie : le juge des trois déesses va prononcer. Cette statue, faite pour l'impératrice Joséphine, a été transportée en Russie. Canota affectionnait sa statue «le Pàrit, qu'il appelait la meilleure de ses compositions. Il eh répéta la tète pour M. Quatremére, mais avec {des changements. La comparaison avec la statue fait découvrir des variétés notables dans la bouche et dans les yeux de cette tête qui est, à Paris, l'un des plus beaux Ornements du cabinet de M. Quatremére; au bas est écrit : « En témoignage d'amitié. » — Les événements politiques avalent jeté la consternation dans Home. ]jc pape venait d'être Indignement enlevé; on imagina à Paris de consoler Canova de la perte de Son souverain adoptif, en le nommant membre du sénat. 11 refusa positivement toute distinction de ce genre. — En 1810, l'empereur Napoléori appela Canova à Paris pour lui faire faire le portrait de sa nouvelle épouse Marie- Louise. On voulait en même temps qu'il se fixât en France. Canova répondit à l'intendant de la maison impériale : « L'nc soumission « nq»idc aux dispositions souveraines serali conforme « à mes vn-ux et a mes devoirs, mais elle est abso- « lument inconciliable arec la nature et le genre de a ma profession. » Il consentait cependant à partir; mais il désirait revenir prompte ment. Les détails que nous allons donner sont dus a Canova lui-même qui les a écrits de su main. Ils serviront à juger de sou courage, de son érudition et île sa proronde sensibilité. 11 se mit en chemin avec le plus grand regret, laissant des travaux commencés, une statue équestre pour Napoléon, et le Thésée vainqueur d'un Centaure. Il arriva a Fontainebleau le soir du 11 octobre 1810. Le lendemain le maréchal Du roc le conduisit dans les appartements de l'empereur, qui allait déjeuner avec l'impératrice Marie-Louise. Aucune autre personne n'était présente. C'est Canova qui raconte : « Les premiers mots que m'adressa Napoléon furent « pour me dire qu'il me trouvait maigri. Je re|>on- « dis que la cause en était dans mes continuelles « fatigues. Je le remerciai de ce qu'il m'avait ap- « pelé; en même temps je ne lui dissimulai pas « l'Impossibilité où j'étais de quitter tout & fait Home, « et j'en expliquai les motifs. 11 répliqua : Paris est « la capitale, il faut «pie vous restiez ici. et vous y « serez bien. — Vous êtes, sire, le maître de ma « vie, mais s'il plaît à l'empereur qu'elle soit dépeu- « aée et emplovée à son service, que Voire Majesté « me concède de retourner â Rome, après que j'au-
« rai fini le4 travaux du portrait pour lequel je suis « venu. » La conversation tomba ensuite sur les. fouilles ordonnées par la famille Borghèsc et par le pape, sur la grandeur des Humains, sur les travaux exécutés par l'Italie moderne. L'n autre jour, on parla d'une matière plus délicate , du pape luimême, des papes en général, de leur gouvernement : Canova dit des choses très-fortes, et s'étonna que Napoléon l'ecoutat avec patience. Il alla jusqu'à lui redemander les objets d'art romains apportes à Paris. I n jour il fut question des peintres d'Italie, de la rolonne de la place Vendôme, du chemin de la Corniche. Canova paraissait surpris de ce que l'empereur pouvait résister à tant d'occupations. Il répondit : « J'ai iiii.d 'ii. oui i de sujets, 8 a 900,000 « soldats, 100,000 rhevaux, les Homains eux-mêmes « n'en eurent jamais autant; j'ai livré quarante ba- « tailles ; à celle de Wagram j'ai tiré 100,000 coups « de canon, et cette dame, qui était alors archidu- « chesse d'Autriche, voulait ma mort. — C'est bien « vrai, dit Marie-Louise. — Il me semble, ajouta Ca- « tiova, qu'à présent les choses vont autrement. S» Canova eut la permission de retourner a Home. Avant d'entrer dans l'Etat Humain, il trouvai Florence une deputalion de l'académie de St-Luc de Rome, composée de MM. AVicart, peintre; Finelli, sculpteur; Stern, architecte, chargés de lui annoncer que l'académie de St-Luc l'avait nommé son prince. Il accepta ces honneurs. Trois ans après il fut nommé prince perpétuel. Ce Tut au moment de ce retour que Canova eut la commande de la statue de la princesse l'iisi, strur de l'enipeniur. Cette statue, finie plus tard, est devenue une Polymnic ; il exécuta ensuite son groupe de îhétre vainuucur du Centaure, dont il avait fait le modèle en ISO."». L'erîet de la raideur des pieds du centaure avait été copié d'un cheval hors d'à^e et de service qu'or, avait été obligé de tuer. De l'élude de si/s pieds moulés sur-le-champ, étaient résultés de* effets qui ont donné beaucoup de prix à cette partie du groupé, J'ai vu dans un coin obscur de la villa Alb.mi un morceau antique représentant le même sujet ; j'ignore si Canova l'a vu aussi, mais l'exécution de cet antique est très-défectueuse. On admire dans celui de Canova la savante et adroite liaison des deux natures de l'homme et du cheval, liaison que certaines positions évitées par l'auteur pouvaient rendre |<eu. agréables à la vue. L'empereur d'Autriche a fait lraiis|x>rter ce groupe à Vienne, où un édifice élégant a été construit pour le recevoir. On sait que Canova avait fait couler en bronze un cheval, qui devait porter la statue de l'empereur Napoléon : les événements de 1811 ont rendu Ferdinand, roi de Naples, maître de ce cheval, sur lequel il a fait placer plus tard la statue de Charles 111. son pyrç. L'action donnée à ce roi par Canova est d'indiquer les beaux édilicea dont il avait orné sa capitale. l\ est malheureux qu'aucune indication n'ait pu rappeler au spectateur que le palais do Caseiie ost dà aussi à la munificence de ce noble souverain. Joséphine avait demandé a Canova m grouujï des ÎYoù Grâces, sujet singulièrement multiplié chez les an-
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ciens. Il y en a un bean groupe dans la bibliothèque attenante à la sacristie de la cathédrale de Sienne. Ou y voit les Grâces s'embrasser en gardant entre elles une assez grande distance. Dans le groupe de Canova Pélreinte est plus rapprochée. — Le sujet de la statue de la Paix annonce une époque saisie par Canova pour célébrer l'aurore d'une paix qui, troublée quelque temps après, fut bientôt rétablie. Ce calme avait rendu à Home un souverain que Canova nommait son bienfaiteur, et qui avait été captif en France pendant cinq ans. Canova exécuta cette statue dans les proportions de 6 pieds, pour le comte Bomansow.en Russie. Le groupe de JMtir» et Vénus, dont tous les aspects, dés que l'on tourne à l'entour, présentent les plus beurcuses variéiés, a été exécuté avec une largeur de formes, et si l'ou peut dire, un amour de travail, qui, sans préjudice de la pureté du dessin, produisent la vérité de l'action, et fout disparaUrc, avec les traces de l'exécution technique, l'idée même de la matière. Quand il finît cet ouvrage, Canova avait vu à Londres les marbres d'EIgin, c'est-à-dire les restes des statues placées par Phidias sur les deux frontons du Parthénon. — La première pensée de la Naïade réveillée au son de la lyre de l'Amour doit se placer ici. Ce groupe rappelle quelque chose de la Vénus victorieuse ; mais on est tenté de donner la préférence à la Naïade, à cause des sentiments exquis que l'on voit dominer dans toute cette composition. Les sujets, quoique dans les poses il y ait de la conformité, sont tout a fait diflérents. — Nous avons à parler ici du modèle colossal de la Religion, représentée debout, élevant la main droite vers le ciel, tenant, de l'autre, la croix qui se compose avec le piédestal circulaire sur lequel s'élève un très-grand médaillon, où l'on voit figurer en buste les images de St. Pierre et de St. Paul. Cette Religion porte pour coiffure une espèce de mitre ; son vêlement à l'antique est formé de plis dont la chute simple et perpendiculaire descend jusqu'aux pieds. — Nous sommes arrivés à l'époi|ue mémorable du voyage de Canova à Paria en 18(5, après la seconde restauration des Bourbons. 11 était alors occupé à des ouvrages importants, et il ne pensait | . à quitter Borne. Le 10 août, le cardinal Consalvi l'envoya chercher, et lui annonça que Sa Sainteté l'avait désigné pour aller réclamer les monuments des arts enlevés à la suite du traité de Tolentino. Canova refusa positivement ; le cardinal lui adressa des représentations énergiques : « Vous « ne pouvez pas nier que c'est à vous de continuer « l'entretien commencé par vous a ce sujet avec Na- « poléon. > Après bien des résistances il obéit à son souverain, tout incapable qu'il se sentit de réussir dans cette alTaire épineuse. Le 12 août, le cardinal lui remit un bref adressé à Louis XVIII; Canova partit pour Paris, où il arriva le 28 août. Il s'adressa d'abord au gouvernement du roi, qui déclina la demande. Alors le gouvernement pontifical fit remettre aux ministres des puissances alliées une note dans laquelle on développait l'injustice de l'agression, la grandeur des sacrifices, la destitiée d'une ville privilégié*! des arts, l'exemple de Charles VIII, de
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François I,r, même de Charles -Quint (4), qni, maîtres dans Home, ne l'avaient pas dépouillée; l'exemple de Frédéric II, qui deux fois respecta la . galerie de Dresde, et la modération des Russes et des Autrichiens, qui, deux fois entrés à Berlin, n'en enlevèrent (rats les objets d'art. Ce serait insulter le siècle que de faire revivre le droit des Bomains, qui faisaient, des hommes et des choses , la propriété du vainqueur. La civilisation, l'expérience et le mémorable châtiment infligé aux Bomains par toutes les nations de l'Europe, doivent porter à juger mieux cet odieux abus de la force. — Canota avait demandé une audience à l'empereur de Bussie, mais il ne put l'obtenir ; Alexandre consentait à ce que l'on traitât avec la France, mais ne voulait entendre à aucun moyen de violence. Le roi de France défendait les stipulations signées par Bonaparte à Tolentino, tout en sachant bien comment elles avaient été signées. Le gouvernement pontifical répondait : « Dans le -irai té de Paris, et dans le congrès de Vienne, on n'a pas fait mention des engagements de Tolentino. On n'a maintenu aucun des traités nombreux faits avec Bonaparte. Détruirat-on les traités conclus entre lion et lion, pour respecter le traité du loup avec l'agneau? » Mais déjà les étrangers reprenaient, de leur propre autorité, à Paris leur bien où ils le trouvaient, et voilà qu'en même temps le chevalier Guillaume Hamilton, soussecrétaire d'État, conseille à lord Castlereagh de faire sa propre affaire de la réclamation du pape Paraissent incontinent une brochure anglaise trèsvéhémente, et une note fulminante du ministre de la Grande-Bretagne. Wellington prête son appui aux Belges, qui redemandaient leurs tableaux. 11 se déclare aussi ouvertement ]>our la cause des Bomains ; et, dans une publication pleine d'amertume et d'orgueil faite par son ordre, il s'exprime ainsi : « Selon mon opinion , ce serait une chose injuste « que les souverains accédassent aux désirs de la « France. Le sacrifice que permettraient les souve- « rains serait impolitique et leur ferait perdre l'oc- ■ casion de donner aux Français une grande leçon « rnoraie. » Le prince de Metternich demandait pour l'empereur ce qui avait appartenu aux État* qu'il possédait. Il redemandait même ce qui avait été enlevé à Parme et à Modène. Le ministère français résistait toujours, et le roi Louis XVIII n'était pas celui qui manifestait le moins de répugnance. La force prussienne, assistée de la force autrichienne, s'empara des objets d'art violemment. Canova cependant ordonna qu'on en laissât à Paris plusieurs de ceux qui avaient appartenu à Borné, cl qui seraient réputés des dons. De ce nombre ont été la statue colossale du Tibre, et la magnifique PaUas de Velletri. On ne peut disconvenir que l'opinion publique montra, dans cette circonstance, un mécontentement général. Il arriva même qu'on ne put pas facilement trouver un entrepreneur qui fournit des voitures pour conduire une partie du convoi à
(I) L'anut'f île Charle»-Qoint (en I8f7) ne dépouilla pas Rome, I suit elle j detruiiU une fraade partie des monument* d'art.
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Rome. Noos citerons d'ailleurs une lettre de M. de Pradel à Canova, qui fait connaître les sentiments du gouvernement royal à celle époque : « Paris, 23 oc- «tobre 1815. Monsieur, M. Lavallée, secrétaire •t général du musée, me rend compte que dans le * nombre des objets d'art que vous êtes chargé de « reprendre dans ledit musée, Comme appartenant « au saint-siége et à la ville de Rome, il y en a « beaucoup dont vous êtes disposé à faire don, et « cela est une chose très-agréable a Sa Majesté. Tout « acte de modération qui aura pour résultat deren- « dre moins sensible la spoliation du musée royal « ne peut pas être indifférent au roi , et je m'eni- « presse de vous faire connaître ses sentiments à cet « égard. » Canova se faisait un plaisir de montrer celte lettre que je crois avoir été dictée par Louis XVIII lui-même, et il priait ses amis, les Français, de ne pas lui parler de la nécessité où il avait été de venir redemander Y Apollon qui devait reprendre la place occupée par le Ptrtêe (1). Le cardinal Consalvi ratifia les mesures prises par Canova, et dans sa lettre il ajouta ces mots, qui prouvent que le négociateur avait fait tous ces abandons sans autorisation quelconque : « Loin d'être en peine pour « avoir prit sur tout de faire de tels dont, félicitez - « vous d'avoir deviné la volonté du saint-père. » Je ne donne ces détails que sur des pièces oflicielles. — Cependant le gouvernement britannique appelait Canova i Londres : son séjour daus celte ville, où ses talents étaient si connus, fut une longue suite de fétes'et de succès. Flaxmann, l'auteur des belles explications de la Divin a Commedia, le Nestor des artistes anglais, fut un des premiers admirateurs du sculpteur vénitien. Canova vit à Londres les marbres du Parthènon , et il écrivit à son ami, M. Quatremére : a Me voilà à Londres, mon cher « et excellent ami : belles rues, belles places, beaux a ponts, grande proprelé , et ce qui surprend le « plus, et ce qu'ici on trouve partout , le bien-être « de l'humanité ! J'ai vu les marbres venus de « Grèce. Nous avions une idée des bas-reliefs par « des gravures , par quelques plâtres et des frag- « menls de marbre ; mais nous ne savions rien « des figures, et c'est là que l'artiste peut montrer « son vrai savoir. S'il est vrai que ces marbres sont « dus à Phidias, ou dirigés ou terminés par lui, ils « manifestent clairement que les grands maîtres « étaient des imitateurs de la nature : ils n'avaient c rien d'affecté, d'exagéré, ni de dur, rien de ces « parties qu'on appellerait de convention , et géo- « métriques. Je conclus que tant et tant de statues « que nous avons , avec ces exagérations , doivent « être des copies faites par ce grand nombre de « sculpteurs qui répliquaient les belles œuvres grec- « ques, pour les expédier à Rome. Que ce jugeai ment suflise pour déterminer une bonne fois le « sculpteur à répudier toute rigidité, en s'en tenant c plutôt au beau, au doux , et au développement
(I) Toutefois, comme il présidait lai-même a l'encaissement des