CAN S
« naturel. » Au moment de son retour à Rome,
Canova fut inscrit sur le livre d'or du Capitale, et créé marquis d'Ischia. A ce titre était joint un brevet de pension viagère de 3,000 écus romains. Il n'y avait que le désintéressement de Canova qui pût égaler la libéralité de son souverain. Le marquis d'Ischia partagea les revenus de cette rente entre l'académie d'archéologie, l'académie de St- Luc, l'académie des lÂncei, et des prix à distribuer entre les artistes romains. Interpellé alors de choisir des armoiries, il se souvient de son Orphie et de son Ëuridiee, d'Orphée et de sa lyre, d'Euridice et du serpent : il réunit donc dans un seul ajustement la lyre el le serpent, comme une sorte de monogramme des deux personnages de son premier groupe. Deux jours après avoir si modestement reconnu ce qu'il devait à ses premiers ouvrages, Canova reprit sa vie solitaire et de travail. Il abandonna la gestion de ses intérêts à son ami Antoine d'Esté, son compatriote, aussi sculpteur, et en qui il avait la plus entière conliance. Il donna des soins à la statue de Wasinghton qu'il représenta avec la cuirasse et le sagum (vêtement militaire des Romains). L'ouvrage fut reçu en Amérique, et inauguré aux applaudissements de tout le pays. — Canova depuis longtemps avait la pensée d'élever un monument collectif au cardinal d'York et aux derniers des Stuarts. Ce monument fut placé dans l'église de St-Pierre, ntais le local n'est pas heureusement choisi. Les Anglais ont beaucoup loué ces tombeaux. Le prince-régent, qui n'avait plus rien à craindre des Stuarts, voulut payer une partie des frais de ces monuments qui ont été l'objet de quelques critiques. — Nous sommes parvenus aux derniers ouvrages de Canova : YEndymion pour le duc de Devonshirc , la Nymphe appuyée sur une cista ( panier mystique). Des amis du sculpteur voulaient qu'il apfwlàt celte statue une Atalanle attendant le combat à la course. Il composa encore une répétition delà Madeleine, le colosse du pape Pie YI, qui fut placé à la confession de St- Pierre, et un petit St-Jean, pour le duc de Blacas. Cette dernière statue est charmante, remplie d'expression, de divinité et du plus grand prix. Canova avait promis à M. Quatremère d'inventer un groupe de Descente de croix, et il tint parole. L'artiste était déjà assez dangereusement malade ; le courage ne l'abandonnant pas, il put seulement achever le modèle; mais il n'eut pas le temps de l'exécuter en marbre. Le modèle se compose de trois figures, la Ste. Vierge, le Sauveur mort, et Ste. Marie-Madeleine : les maîtres de l'art y ont reconnu une des meilleures compositions de Canova. Toutes les figures y sont heureusement liées entre el es : chaque point de vue se présente sans rompre l'unilé. Le Christ, étant au milieu des deux figures drapées, arrête convenablement les yeux sur le point principal du sujet, et qui est celui de l'art, c'est-à-dire le nu. La croix placée au centre de la composition contribue encore à l'efTet pyramidal de l'ensemble. — Cependant Canova, par ses formes remplies d'aménité, de vraie bienfaisance, et de franchise douce, avait fait oublier les scènes de Paris, même à ceux qui
s'en étaient montrés le plus affligés. La paix était générale en Europe, et une foule d'étrangers abondaient â Home. Ils accouraient auprès du grand arli.slc : c'était un triomphe européen. Canova poursuivait le projet de placer sa Religion dans la basilique du Vatican, en face du St. Pierre en bronze ; et cette disposition était consentie depuis le 30 octobre 18M. En 1810, H s'était élevé des obstacles. Le 1 1 août 18|7, il ne s'agissait plus de la basilique de St-Picrrc ; la statue devait orner le Panthéon, ou, disait Canova à M. Qualrcmère, elle apparattrait majestueusement. Deux mois après, ce projet était encore attaqué. On a dit dans le temps que des ecclésiastiques sévères s'opposaient à ce qu'on plaçât dans un temple une allégorie en face de la figure du premier apôtre. Ces allégories, disaient-Ils, ce sont des théologies de tombeaux, des dogmes de sculpteur. Après avoir fait la religion, qui empêchera de faire, par exemple, le Cultt? pourquoi ensuite n'en viendrait-on pas à personnifier l'Eglise, te Droit canon, riYwnoï/c? Le christianisme n'adore que des vérités : que l'allégorie soit a un certain point tolérée pour des sarcopliagcs; mais immédiatement en face de St. Pierre on ne peut placer qu'un autre apôtre. J'ai entendu murmurer ces critiques. Je les rapporte sans prendre part a la discussion, qui est hors de la portée de mes études. En 4819, Canova conçut l'idée de réunir le Parthénon d'Athènes et le Partbénon de Home dans une seule composition , qui fit foi de l'audace grecque et romaine et des efforts d'un moderne pour égaler cette audace dans un seul monument. Canova était animé d'un ardent amour de son pays natal. La fêle d'ovation que lui avait préparée Bcita Biasi n'était pas sortie, de son souvenir. Le chemin cou vert de fleurs, ces cris d'enthousiasme, ces pleurs de tendresse, ce curé, ces anciens de la ville, les joies qui dans la première enfance avaient suivi le désir de se donner la mort, s'emparaient quelquefois de son Imagination. A Possagno, il était libre, il était prince, il était roi. Ce bourg n'avait qu'une église pauvre et ruinée. Les habitants priaient leur compatriote d'accorder quelques secours alin de la rebâtir. Donner peu jKHir des restaurations mesquines déplaisait a Canova : donner lieauroup pour une grande fabrique souriait à son esprit noble et magnifique. L'idée d'un temple assiégeait tous les jours davantage son imagination créatrice; mais comment en ordonner la disposition? Canova répétait souvent que le Partbénon avait soutenu les outrages de la fortune et des siècles, les dégradations des Turcs, les vols de Worlsley, et ceux qui avaient enrichi récemment l'Angleterre ; il se souvint aussi qu'il avait été mutilé pat les bombes des Vénitiens, quand Morosini , en 1681 , fit le siège d'Athènes. Alors il parut à Canova qu'il serait h propos qu'un Vénitien réparât au moins les fureurs de l'aveugle guerre, et cela ne pouvait se faire mieux qu'en reconstruisant le portique dans sa primitive magnificence : aussi il se décida à rétablir Vatrium dorique dn Partbénon , se réservant d'y ajouter un élégant pronooi corinthien. L'intérieur aurait la forme du Partbénon de Rome. A Crespano vivait un ardu-
tecte nommé Jean Zardo, surnommé Fantolin. Ça fut à lui qu'il confia la direction de l'entreprise qui devait être exécutée â Possagno. A la nouvelle do celte décision, là Joie s'y réjvtndit. Canova voulut associer les habitants .1 ce grand projet, apparemment pour qu'ils pussent croire un jour que c'était là leur ouvrage ; et, suivant son usage, ce fut la partie la plus considérable des dépenses flu'il se résolut de payer. La commune devait fournir les matériaux ordinaires, ce qui ne serait ni grandes pierres, ni marbres ; elle donnerait le gros sable, la chaux ; en échange, Canova payait la contribution personnelle pour deux cent cinquante habitants, et fournissait les chevaux, les bœufs, les charrois, et les moyens de transjwrt pour tous les objets accordés par la commune. Le contrat fut signé. Sur 100 ducats de dépense, Canova en dohhait 93 et la commune 5. Survinrent les jeunes filles de Possagno, qui voulurent entrer dans cette grande rivalité de courtoisie. Canova ordonna qu'elles sciaient écoulées. Pilles déclarèrent qu'elles s'engageaient volontairement et sans l'exigence d'aucun salaire a apporter la portion des matériaux les moins lourds, et qu'elles vaqueraient régulièrement à ce travail aux heures de repas des Jours ouvrables, et les jours do fîtes après les cérémonies de l'église , si le curé le permettait. Le curé le permit. Canova accepta cette offre, et fonda une gratification annuelle de l,0fH> livres qui serait partagée entre les jeunes filles agréées pour prendre part â ce travail. Il commença à payer la gratification avant qu'aucune d'elles se mit à l'ouvrage, parce que, disait-Il, les actes gracieux doivent être justes, cl que les actes justes doivent être gracieux. Ce fol bientôt un spectacle ravissant de voir ces jeunes filles, la tète ornée de fleurs, apporter les menues pierres dans des broueltesà deux timons, ou elles s'attelaient en cliantant et en folâtrant. Le jour destiné pour la pose de la première pierre est arrivé. Ce sont les femmes seules, a l'exclusion des hommes, quels qu'ils soient, par leur rang et par leur âge, qui iront, au nombre de deux cents, chercher l'eau nécessaire pour établir les fondations. Ces mouvements spontanés de tendresse, ie dévouement, de patriotisme, touchèrent Canova. Il voulut seul être le maçon, prit la scie et le marteau, tailla un bloc, reçut la truelle, le mortier, et posa la première pierre. Au moment de se mettre à table, pour terminer la cérémonie par un banquet général, il aperçoit une jeune fille belle, mais dont la coiffure était négligée : aussitôt de la même main qui avait tant de fois ajusté la chevelure des princesses et des divinités , il arrange les c heveux de cette timide enfant, et de longs applaudissements accompagnent un acte de bonté aussi touchant. Le banquet fut interrompu par des décharges de, mousquets, par le son des cloches, et des chants Improvisés. Dés ce moment les travaux avancèrent avec rapidité. Fantolin avait a sa disposition tout l'argent qu'il |>ouvait désirer. Le produit des commandes du monde entier n'avait jamais été si considérable, ni si régulièrement acquitté, lin 18*i, Canova rtvinl voir sa cottstruetiotl, mais II était malade, et wa
CAN
compatriotes lui donnèrent des marques de reconnaissance qui devaient être les dernières. Après avoir vu les travaux, et témoigné sa satisfaction à Fantolin, Il alla visiter la famille du sénateur Falléro. Sur la route d' Asola , le mal redoubla ; il prit alors, malgré ses amis, le chemin de Possagno; il Jeta un dernier regard sur le bourg , sur la maison paternelle, sur la vieille église, sur le temple, qu'il he lui était pas permis de voir achevé ; et il demanda à être transporté à Venise, où il arriva le 4 Octobre. A peine cut-il la force de monter l'escalier qui conduisait à son appartement , chez son ami, M. Antoine Franccsroni. Dés la première nuit, le malade commença à éprouver un vomissement violent, qui se renouvela ensuite toutes les fois qu'il prenait le moindre aliment, et qui fut bientôt suivi des circonstances les plus alarmante». Un de ses amis, M. le conseiller Aglietti , se cliargea du triste ministère de lui annoncer qu'il touchait à son dernier moment. Celle âme pure reçut la fatale annonce avec ce calme et cette résignation dignes de couronner une vie consacrée tout entière à des œuvres de bienfaisance et de religion. Lorsqu'on lui administra les sacrements, les sanglots qui retentissaient autour de son lit attestaient la douleur des assistants et l'émotion que leur faisait éprouver la vive piélé avec laquelle le malade s'élauçait dans les bras de Dieu. Canova expira le 13 octobre 18OT, à l'Age de £o ans, en prononçant ces paroles : « 0 Seigneur, « vous m'avez donné le bien que j'ai en ce moment, « vous me l'olei, que votre nom soit béni dans l'é- « Itrnitc ! » Par son testament, il laissa au pape Pic VU le droit de choisir dans ses ouvrages ce qui lui serait agréable. Il légua aux fils du sénateur Faliéro deux de ses statues à leur choix, aux jeunes filles de Possagno trois dots de 60 écus romains chacune à perpétuité, et à son frère Jean- Baptiste Sartori Canova l'héritage universel de ses biens, en l'iuvitant à terminer, sans la plus petite épargne, le temple de Possagno ou il voulait être inhumé. Le 16 octobre on célébra des funérailles dans la somptueuse église de Si-Marc; le patriarche de Venise officia ponlilicalemcnt. Le corps fut ensuite disposé pour être transporté à Possagno. Quand le cortège arriva devant l'académie des beaux-arts, tes professeurs tirent apporter le corps au milieu de leurs salles, et là on prononça un discours où d fut proposé de lui élever un monument i Venise. On a pris pour modèle celui que Canova avait composé lui-même en l'honneur du Titien, et qui n'avait pas été exécuté, A Possagno, la vieille église ne pouvant contenir toute la population et celle des environs, on fit les funérailles au milieu de In place publique. — Rien n'égale la magnificence du service qui fut célébré à Rome dans l'église des Sta-A poires (presque A (a vue du monument élevé à Clément XIV) par l'académie de St-Luc, qui avait dors peur président M. Maximilieu Laboureur, sculpteur français. Ce service fut vraiment royal. Los mmistros étrangers 1ère m &b corps; les princes étrangers qui se trouvaient à Rome avaient été placés dans dés tribunes ; toutes, kl académies, toutes les institutions îit'.craim
et scientifiques étaient présentes; un voyageur qui serait arrivé en ce moment aurait cru qu'il allait voir les funérailles d'un souverain. On avait transporté dans l'église le groupe en plâtre de la Descenle de croix, un groupe du tombeau de l'archiduchesse Christine, les Lions du pape Rezzonico (Clément XIII), la statue colossale de la Religion, le bas-relief du sénateur Emo, enfin tout ce qui pouvait attester le noble génie et la grandeur de Canova. Monsignor Zen, Vénitien , alors nommé nonce .en France, célébra la messe. M. Missirini, pro-secrétaire de l'académie de St-Luc, prononça un disronrs rempli de passages attendrissants, et dans lesquels il s'éleva jusqu'aux plus sublimes expressions. Ce discours, quelquefois interrompu par ses sanglots, produisit une vive émotion. Presque tous les cardinaux, le sénat, la noblesse romaine, avaient accepté les invitations de l'académie. La dignité seule du souverain pontife l'empêcha, disait-il lui-même, d'y / assister. Tels furent les honneurs que Rome rendit au plus grand sculpteur du siècle. — Canova n'eut pos d'élèves : il disait que les compositions d'un maître étaient propres à former les élèves, et qu'avec les ouvrages on avait les conseils du m;iltre, et des conseils polis, surs, qui ne disaient que ce qu'il fallait dire, sans amertume, sans reproche et sans flatterie. Dans ses conversations, il citait volontiers Plutarque et le Dante, et il disait aussi que Tacite et Machiavel étaient les auteurs qui avaient le mieux exprimé leurs pensées ; il n'estimait pas beaucoup les personnes qui savaient trop de langues. R était charitable et pieux, et il ne connaissait pas l'envie, ni même le défaut moins grave de la jalousie. Aucun homme n'a senti plus que lui le («soin de l'amitié, et ne lui a été plus fidèle. — Canova a scnlpté, de sa propre main, cinquante-trois statues, douze groupes (le treizième, la Descente de croix ou la Piété", est resté en modèle) ; quatorze cénotaphes, huit grands monuments, sept colosses, deux groupes colossaux, cinquante-quatre bustes, dont deux ce—
1 lossaux (parmi les autres il ne fout pas oublier celui de Cimarosa et celui de Slatilde, amie «lu Dante, pour lequel il a emprunté les traits de madame Récamier qu'il appelait fa Dca) ; vingt-six bas-reliefs nrodelés (un seul a été exécuté en marbre) ; en tout cent soixante-seize ouvrages complets. Ensuite, outre qu'il a sculpté au delà de cent statues, dans ces cent soixante-seize œuvres de sculpture qui ne mut pas sorties de ses ateliers sans avoir été perfectionnés par lui, H a peint vingt-deux tableaux, car il a pratiqué aussi avec succès fart de la peinture ; mats ce n'est pas comme peintre que nous avons voulu principalement le considérer (une de ces peintures est au musée de Nantes et faisait partie de la collection de Clisson, appartenant à M. CacaulO. On ne compte pas ici la quantité immense d'études, da dessins d'architecture , de modèles que renferme
i son cabinet. Si l'on n'indiquait pas a peu prés le lieu où chacune de ses œuvres est placée, on pourrait croire ce nombre exagéré ; car, en exceptant les ouvrages de sa jeunesse, tous ces travaux ont été exécutés en cinquante ans. J'ai vu, de mes propres yeux,
tous tes modèles et plus des deux tiers des statues dont j'ai parlé. — Il a été frappé une assez grande quantité de médailles en 1 honneur de Canova. Ses ouvrages ont été gravés par différent* artistes et forment une collection considérable. Le soin de la vente de ces gravures avait été confié à l'amitié éclairée de H. Durant , attaché aux affaires étrangères, qui a contribué à les répandre en France. Les artistes romains ont répété toutes les inventions de Canova sur des pierres dures et des coquilles. Le pape Léon X II lui a fait élever dans les salles du , Capitole, par le statuaire Fabris, un monument qui se compose de deux parties. L'une est la statue de Canova représenté couché, et s'appuyant sur la tête de Minerve : il est a demi drapé dans le style de l'antique. L'expression de la ligure est celle de l'inspiration; sa proportion est de 7 pieds. L'autre partie de la composition consiste en un très-beau piédestal servant de support à la statue couchée. Sur son champ antérieur sont sculptés, de grandeur naturelle, les trois Arts du dessin éplorés. On croit trouver dans l'agencement de ce groupe des trois Arts une réminiscence du groupe des trois Grâces, par Canova. En bas de ce monument, qui a de 12 à 15 pieds de haut, on lit Ad. Ânt. Canova Léo XII Pont. Max. — Le frère de Canova a achevé le temple de Possagno ; nous en avons le dessin. Dans ce magnifique monument (1) orné de métopes composés par Canova, on a placé son tombeau. Le groupe de la Piété, jeté en bronze, est placé sous l'orgue devant les tribunes du milieu, au coté droit en entrant dans la rotonde. En face on a dis|Misé le tombeau du grand sculpteur. Le corps repose dans une grande urne faite par Canova lui-méuie pour le tombeau du marquis Bério de iSaples , et que la famille n'a pas réclamée. Tout a été terminé par le digne frère de Canova, qui était, comme lui, doué d'un excellent cœur et qui méritait bien d'être appelé à exécuter les dernières volontés d'une âme si généreuse. On va en foule visiter ce monument, où l'on contemple, ainsi que l'avait décidé Canova, une partie de la gloire de la Grèce et de celle de Rome ; et Possagno est devenu un lieu privilégie , où les étrangers se dirigent nécessairement aujourd'hui, parce que, depuis Michel-Ange, Canova est le sculpteur qui a excité en Europe l'admiration la plus universelle. En 1823, M. Quatrcmérede Quincy a lu à l'Institut des fragments d'un Eloge historique de Canota qui ont été écoutés avec le plus vif intérêt. On a publié à Paris, en 18i4, l'Ofeurre de Canova, recueil de gravures au trait , d'après us statues et ses bas-reliefs, exécutées par M. Hévcil (2), précédé d'un essai sur la vie et les ouvrages de ce célèbre artiste, par M. H. Delatouche. Ln grand
(«) Il a daiw s»B diamètre eaierieur SS, 76» nieire* ; le rayon do entre au |*nnwtre HMM «i de I7.M2 merr*-. l'rtfte IMé-
(»j L'autre de Canuti à ele publie a Londres en »W», sou» le titre »ulv»Dl : The Work» of AlUonio Canota in tcnltlnrr and mo- **V**t4 in otllmt l.y lier* Mot<$. wilh dfcriniùmt from tke llnlmnoflke t»n,ta* Albriui, and Uogrankhvi memmr h counl Ocùfnarn, s roi. m-4°. Plu* Uid un a puUic de no» «eau, » Pam, m recueil de grature», F— *.
CAR
nombre de graveurs italiens ont particulièrement
consacré leur burin à Canova. A — D.
CA noyai (Sta.msi.as), savant religieux italien du 18* siècle, naquit à Florence, le 27 mars 1740. Il y fit ses premières études chez les pères des écoles pies, et obtint dés l'âge de douze ans d'en prendre l'habit. Transféré à Pise dans le collège de son ordre , il y eut pour maîtres les plus célèbres professeurs de l'université, et se distingua surtout dans les mathématiques, qu'il enseigna ensuite à Cortone et dans le collège de Parme. Reçu membre de l'académie étrusque de Cortooe , il enrichit d'excellentes dissertations les recueils de cette société. L'académie lui décerna en 1788 le prix fondé par le comte de Dur fort , ambassadeur de France en Toscane, pour l'éloge d'Amérîc V espuce. Le discours du P. Canovai est une de ses plus remarquables productions. 11 sut y exposer avec beaucoup d'art ses idées particulières sur les biens cl les maux qui sont dérivés de la découverte du nouveau monde, et sur le degré de lumières et de culture littéraire où ce pays peut atteindre. Il soutint, contre l'opinion du savant Galeani Napione, de l'académie de Turin , que cette découverte est vraiment due à Améric Vespuce, qu'il y aborda un an avant Christophe Colomb, et que ce fut encore lui qui fit celle du Brésil , sans s'arroger l'honneur de lui imposer son nom. 11 joignit à son discours des pièces justificatives, et entre autres une lettre de Vespuce, qu'il accompagna d'un savant commentaire et d'une liste de mots et de phrases espagnoles de ce temps-là , qui se trouvent dans celte lettre , et qu'il a mieux expliqués qu'on ne l'avait fait avant lui. M. Galeani Napione a repris depuis ce sujet ; il a donné de nouveaux développements a son opinion dans sa dissertation intitulée délia Patria deW Colombo, insérée d'abord dans les Mémoires de C académie de Turin en 1805, et réimprimée , avec des augmentations considérables, et avec deux Lettres sur la découverte du nouveau monde, Florence, 1808, in-8*. Il parut, peu de temps après, un écrit anonyme intitulé : Osservasioni inlorno ad una letlera ru la scoperta del nuovo monda, où l'on critiquait durement la deuxième lettre de Napione. Le P. Canovai y était beaucoup loué , et son opinion défendue à toute outrance. Il déclara que ces observations n'étaient pas de lui, mais d'un jeune homme, son eléve , qui s'était trop laissé emporter à son zèle. Napione répliqua par une nouvelle dissertation qui a pour titre : del Primo Scopritort del continente del nuovo mondo , e dei più antichi slorici che ne scrissero, etc., Florence, 1809, in-8*. Cette réplique parait démonstrative; le P. Canovai défendit cependant encore, par deux nouveaux écrite, la cause d' Améric Vespuce. On peut s'abstenir de prendre un parti dans cette question, ou même se ranger de l'avis du savant académicien piémontais, sans refuser cependant de rendre justice au savoir et au talent pour la discussion qui brillent dans le discours du P. Canovai. Malgré son amour pour les sciences et pour les lettres , il ne cessa jamais de reiuolir avec exactitude les fonctions du minuter»
m Ymmm I W » M " '» ■ » -» ■ • ™ T " «• IMMSMVV4 ^
i:an
CAN
ecclésiastique. Ta confiance et l'estime qu'il s'y était acquises étaient telles que , se trouvant à Florence lorsque le poète Allicri y mourut, ce fut lui que cet homme célèbre lit appeler à ses derniers moments. Bienfaisant , charitable cl véritablement bomme de bien, il ne comptait pour rien ni la plus grande fatigue, ni même la privation des choses les plus nécessaires, quand il pouvait rendre quelque service. 11 revenait de visiter des malades lorsqu'à la nuit tombante, le 17 novembre 1811 , il fut frappé d'apoplexie dans la rue même, et mourut peu d'heures après. Sa mort causa dans Florence une consternation générale : ses obsèques furent faites avec une pompe extraordinaire; et, quelque temps après, dans une cérémonie jvarliculière, son oraison fuuèbre fut prononcée par M. l'abbé J.-It. Maneiali, recteur du séminaire. On reproche à Canovai d'avoir eu quelquefois dans son style un peu d'enflure. On a de lui les ouvrages suivants : 1° Componimento drammalico da cantarsi nclla nobile accademia Elrusea, etc., intitolato Ercole in cielo, Florence, 1771 , in-4». 2° Riflessioni intorno aile publiche scuole, Florence, 1773, in-8°. 3" DUserlazionc suW anno magno seconda Plutarcn c Suida invalso appreito gli anlichi Toscani, imprimée dons le 7* volume du recueil de l'académie Etrusque de Corinne, Florence, 1783. A" Concelto in cui tennero gli anlichi il lealro , imprimé daus le loine 8 des Libri poelici délia Bibbia tradolti da Savcrio Alattei, Naples, 1781 , in-8«. 5° Oraziont funèbre del marchese cavalière Giuseppe Benvenuto Venuli, di Cortona, Florence, 1780, in-4°. 6» Il donna en 1781, de concert avec son disciple le P. Gaétan del Ricco, une traduction italienne des Leçons êlémenlairet de mathématiques de la Caille, revues par l'abbé Marie, en y faisant des additions et des améliorations; il s'en est fait cinq éditions, et les célèbres professeurs Grégoire Fontana à Pavic, et Antoine Cagnoli dans l'école militaire de Modéne , adoptèrent cette traduction dans leur enseignement. 7* Ce fut Canovai qui donna la première édition italienne des Tables logarithmiques de Gardiner, Florence, 1782. 8- Il publia , conjointement avec le même P. Gaétan Ricco : Elementi di fisica maternai i> dedicali ail' altesse reali di Ferdinando , etc., Florence, 1788. 9* Monumenti relu tin al giudizio pronunzialo dall' accademia Elrusea di Cortona di un elogio d' Amerigo Vespucci, etc., Florence, 1787, in-8». XV Elogio d' Amerigo Vespucci che ha riportalo ilpremio dalla nobile accademia Etrusca di Cortona, etc., con una dissertation* giuslificativa di questo célèbre navigatore, Florence , 1788 ; ibid., 1798 , 4* édition , avec le pot trait d'Améric Vespuce. 11° Ditsertazione sulle vicewle délie longitudini geografiche da' tempi di Cesare Augusto fino a quelli di Carlo F, dans le t. 9 de l'académie de Cortone. 12" Des Memorie istoriche di più uomini illustri, imprimé à Pise, VEloge du dominicain Alexandre Spina , né dans cette ville après la moitié du 13* siècle, et qui ne fut pas le premier inventeur des lunettes , mais qui , sachant qu'elles étaient récemment inventées, et n'ayant pu obtenir de l'inventeur qu'il lui en com-
muniquât le secret, parvint à en fabriquer sans maître et sans modèle. 13° Riflessioni sul melododi risolvere l'equasioni numeriche proposte dal signore de la Grange , dans le t. 7 des Aiti de' fisiocritict di Siena, Sienne, 1791. 14° Dissertazione sopra il primo viaggio a" Amerigo Vespucci aile Indie occidental^ Florence, 1809, in-8». 15» Esame critico del primo viaggio a" Amerigo Vespucci ai nuovo mundo, Florence, 1811. On voit que Canovai eut fortement a ctrur ce sujet intéressant jusqu'à la fin de sa vie, puisqu'il publia ce dernier écrit peu de temps avant sa mort. G— «s.
CANSTEIN ( Raban de ), ministre d'État prussien, né le 19 août 1617, étudia le droit à Wittenberg , fut employé dans des négociations qui le firent voyager en Hollande, en Angleterre, en France, en Suède; devint conseiller aulique de la princesse Anne-Sophie de Brunswick, cl entra enfin au service du grand électeur Frédéric-Guillaume, qui prit en lui une telle confiance, qu'il s'en lit accompagner à l'armée, lui donna l'administration de la justice dans tout son électoral , et le nomma grand maréchal ; mais l'envie perdit peu à peu Ganslcin dans l'esprit du souverain , et l'obligea enfin à se démettre de ses dignités. H mourut le 2'2 mars 1680. G— T.
CANSTEIN (CilAnLES-Hu.DEBRA!«D de), né à Lindcnbcrg, le 15 août 1667, fit ses étudesà Francforl-sur-l'Oder , fut d'abord page de l'électeur de Brandebourg, servit comme volontaire dans les Pays-Bas, et, attaqué à Bruxelles d'une longue et cruelle maladie, quitta le service pour se retirer à Halle , où l'amitié qu'il contracta avec le docteur Spener lui fit consacrer sa vie aux exercices de la piété la plus active. Le désir de répandre ses sentiments religieux parmi les classes les plus pauvres, lui (il chercher les moyens de publier une édition des livres saints qu'on pût donner à très-bas prix. L'idée de la stéréotypie se présenta à son imagination ; il saisit tous les avantages de ces planches fixes, qui épargneraient les frais d'une composition répétée» et laisseraient la facilité de corriger les fautes. H publia son projet, ouvrit une souscription, et mit la mnin à l'œuvre. En 1712, après avoir fait fondre un nombre de caractères suffisants pour composer en entier le Nouveau Testament , il en lira 5,0lMl exemplaires qui furent vendus a très- bas prix. Quatre éditions suivirent successivement en 1715, et, cette même année , parut la première édition de la Bible entière , imprimée de la sorte. Elle se répandit avec une étonnante rapidité, et fut si souvent renouvelée que d'après un calcul exact fait à Halle en 1791, on avait vendu depuis l'invention de Canstein jusqu'à cette époque 1,566,759 Bibles complètes, 660,900 Nouveau Testament avec le Psautier, cl 60,000 Nouveau Testament in-12 isolés. En 1735, Frédéric-Guillaume 1*', roi de Prusse, donna à In maison des orphelins de Halle, oit était cet établissement, un nouveau privilège, y fonda une nouvelle imprimerie, et on y a publié depuis plusieurs Bibles en langues étrangères. Canslein a écrit aussi une Harmonie des quatre Evangiles, Halle,
578 CAN
1718, in -fol,, une VU a» Spmr, qui ne fut publiée <pj'en 1729, c'est-à-dire, dix an» «près sa mort, et quelques ouvrages de théologie. Il mourut i Halle, le 10 août 1719, léguant à la maison des orphelins sa bibliothèque et une partie de sa fortune. G— t. CANT. Voyex Kant.
CANTACUZENE (Jean), empereur d'Orient , exerçait en 1520 la charge de grand domestique, l'une des premières dignités de l'empire grec, et à laquelle sa naissance, ses vertus et ses talents l'avaient fait parvenir. A cette époque , le vieil Andronic Paléologuc refusait d'associer à l'empire son petit-fils Andronic III , auquel la mort de Michel, son père , venait d'ouvrir le chemin du trône. Cantacuzène, guide et ami du jeune Andronic , se déclara pour lui ; mais il s'opposa en même temps aux conseils violents que lui donnaient Syrgien et Apocauque. (Voy. Andronic III et Apocacque.) Lorsque ce prince fut seul possesseur du sceptre, il trouva dans Canlacuzènc un ministre habile et vigilant. En 1556, il négocia la paix avec les Génois qui désolaient l'Archipel. Un an après, il battit les Turcs, et, en 1359, son éloquence lit rentrer dans le devoir plusieurs rebelles; mais la mort d'Andronic III, arrivée en 1511, et la minorité de son lils Jean Paléologuc, âgé de neuf ans, livra bientôt l'empire aux plus cruelles agitations, et Cantacuzène, en voulant le servir, fut lui-même le jouet de la fortune. Andronic l'avait nommé régent ; le protovestiaire Apocauque et le patriarche Jean d'Apri excitèrent contre lui l'impératrice mère , Anne de Savoie. Les troupes se déclarèrent pour le régent, qui, loin d'abuser de ces dispositions , calma lui-même leur indignation, détrompa l'impératrice, et ne songa plus qu'à bien gouverner l'État confié à ses soins. Il employa ses biens à payer les troupes. Cependant les Bulgares et les Turcs déclarèrent la guerre. Cantacuzène les délit; mais, pendant son absence, Apocauquc fomentait une conspiration. Le régent l'amena a une soumission apparente ; mais Apocamme forma bientôt de nouveaux complots, et il y culmina l'impératrice, le patriarche et la populace. Cantacuzène , à celte nouvelle, lit prier l'impératrice de lui donner des juges; Apocauque fit maltraiter ses députes, jeter sa mère en prison, et saisir ses propriétés. Malgré ces persécutions, Canlacuzènc voulait encore se mettre entre les mains de ses ennemis : mais ceux qui raccompagnaient l'en détournèrent, et lui représentèrent que le seul moyen de mettre On a tant d'intrigues et de soutenir l'Etat cliancclant était de ceindre un diadème que tout l'empire lui déférait. CanUcuiéne consentit à se laisser couronner ; mais il ne voulut être nommé qu'après Jean Paléologue et l'impératrice Anne. Celle-ci |>cncliait vers un accommodement ; les factieux l'en détournèrent ; les partisans de Cantacuzène furent bannis des villes qu'ils croyaient soulever ; son armée se découragea. Dans ce péril, il eut recours A l'alliance du craie de Servie. Les pièges se multipliaient sous ses pas, les intrigues, la calomnie et le poison étaient employés tour A tour contre lui ; on débauchait ses troupes, on publiait
CAN
sa défaite ou sa mort. Il fit inutilement le siège de Pherès; ses alliés le servaient faiblement; quelquesuns furent près de le trahir; enfin, en 1545, Amir, sultan de Lydie, vint unir ses armes aux siennes, et, l'année suivante , Cantacuzène se vit en état de menacer à son tour ses ennemis. Amir et lui firent proposer la paix à l'impératrice ; mais les députés de Cantacuzène furent traités avec la dernière barbarie. Il s'en vengea en poussant ses conquêtes avec vigueur. L'impératrice, pressée de toutes parts, redoubla d'intrigues et arma contre Cantacuzène les Bulgares et le craie de Servie , et un de ses propres officiers nommé Montmitzile, qui l'attaqua en trahison et faillit le tuer. Cependant, Apocauque ayant été massacré en 1 546, les amis que Cantacuzène avait conservés dans Constantinople résolurent de lui en ouvrir les portes : ils le firent prévenir de ce dessein, et le régent s'étant approché avec ses troupes, Tut reçu presque sans opposition. L'impératrice, pressée par son fils Jean Paléologue, alors âgé de quinze ans, consentit enfin à partager le trône, et Cantacuzène entra dans le palais le 8 février 1547. Il signala d'abord sa clémence et sa modération, et ne «'occupa qu'à fermer les plaies de l'État ; cependant la nomination qu'il lit faire d'un moine palamisle au siège de Constantinople causa quelques dissensions, et dans le même temps, les Servions lui déclarèrent la guerre ; Cantacuzène voulait la pousser avec vigueur ; plusieurs partis s'y opposèrent , et Manuel, son propre lils, leva daus cette occasion l'étendard de la révolte. La peste vint accroître les malheurs de l'empire et les chagrins de Cantacuzène, qui cependant négocia secrètement, mais inutilement, l'alliance des princes d'Occident. Les Génois établis à Galata prirent les armes, et osèrent même assiéger Constantinople, en 1548. Après plusieurs succès, ils furent forcés de demander la paix. En 1550, Cantacuzène vainquit le crâle de Servie, et le contraignit A signer un accommodement , qui fut aussitôt rompu. L'année suivante, il assembla un concile à Constantinople, et s'y déclara en faveur des palamistes. Il entreprit aussi de réduire les Génois, de concert avec les Vénitiens, qui ne coopérèrent que faiblement à celte entreprise. Mais de nouvelles intrigues allaient enfin décourager le grand cu'ur de Cantacuzène. Il s'aperçut que la jalousie de Jean Paléologue devenait de jour en jour plus vive contre lui et contre Matthieu son lils aîné. En vain voulut-il apaiser ces querelles; il fallut combattre ; car déjà Paléologue assiégeait Matthieu dans la citadelle d'Andrinople. Cantacuzène le délivra; Jean fit venir à son secours les Bulgares et les Servions ; son rival appela les Turcs, et fit couronner Matthieu dans l'église de Ste-Sophie. Cependant l'empire était dans un désordre affreux. Cantacuzène ne voulant pas prolonger tant d« maux, et voyant diminuer la faveur publique dont il avait joui si longtemps, se hâta de conclure un traité avec Paléologue, et après avoir engagé lui-même les villes qui tenaient pour lui A se soumettre, il renonça au sceptre en t :>.">:> prit l'habit religieux et les noms de Jotuapkut Chriitodulus, mus lev
GVN
quels il a compose ses écrits, et se retira dans le ritdnaslèredc Mangane. Irène, sa femme suivit son exemple ; elle prit le voile et le nom iï Eugénie, et l'enferma dans le couvent dô Ste-Marthe, fondé jrtr les aïeux de Cautncuzênc. Leur tils Matthieu fut bientôt en guerre ouverte avec Paléologuc ; Cantacuzénc, du fond de sa retraite, lui conseilla d'imiter sa modération et de descendre du trône ; Matthieu souscrivit à ce conseil, et l'amitié de Paléologuc le dédommagea du sacrilice qu'il avait fait. L'histoire a placé Cantacuzène au rang des plus grands hommes qUC l'empire romain ait comptés : il était digne par ses talents, par l'élévation et la modération de son caractère, des plus beaux jours de cet empire ; il a vécu dans ses moments les plus obscurs et les plus agités, et son génie seul tic |>ouvait résister au torrent qui entraînait les tristes débris du trône des Césars. Lambécius place sa mort au 20 novembre M 10, mais il est difficile de croire qu'il ait poussé sa carrière aussi loin. Jean Cantacuzène a écrit : 1- Ilislorim llysantinœ Ubr( quatuor. Jacques Pontanus en trouva te manuscrit dans la bibliothèque de Bavière, le traduisit en latin avec des notes ; Gretscr , qui en fut éditeur, y ajouta de nouvelles notes, et publia le toutâ Ingolstadt, 1603, iu-fol. Cette édition ne contient que la version latine. Le texte grec fat, aveC la version latine, imprimé d'après un manuscrit du chancelier Séguier, a Paris, imprimerie royale, 1643, 3 volumes in-fol., et fait ainsi partie de la collection Byzantine. Cette édition a été réimprimée à Venise en 1729. Le président Cousin l'a traduite en français dans le t. 7 de sou Histoire de Constantinople. Cette histoire s'étend de 1320 à 1337. Les harangues dont elle est semée sont éloquentes, mais souvent trop longues. On reproche à l'auteur les éloges qu'il s'est prodigués. 2" Quatre Apologies ou défenses de la religion chrétienne, et Quatre Discours ou livret contre les erreurs du mahométisme . qui ont été imprimés par les soins de Rodolphe Gaultier ( Gualtcrus ) , qui les avait traduits en latin, sous ce titre : AsScrtio contra fidem mohatnmtticnm, Baie, 13»3, In-fol. L'éditeur remarque que Cantacuîène combat plusieurs erreurs I dés juifs, qui sont communes aux mahométans ; ce qui a fait présumer a J.-A. Fabi icius que les traités de Càntacti2énc contre les juifs leurraient n'être autres que cet ouvrage; mais Fabricius ajoute que cependant Philippe Labbe, dans sa Bibliolh. manutcript.nota, parle de neuf discours de Cantacuzénc contré les juifs. 3" Quelques autres ouvrages de théologie , qui n'ont point été imprimés, dont on possédé des manuscrits dans plusieurs bibliothèques , et dont Fabricius donne la liste dans sa Bibliolheca $rœca, 1.3, ch. 3. 4« Paraphrasis Ethicorum Aristotelis. aussi inédite, et dont parlent Simler et Pli. Labbe. — Matthieu Cantacizène , à l'exemple de son père, cultiva aussi les lettres dans son cloître. On à de lui : Expositlo in Canlicum eanlicorum, imprimée à Rome, grec et latin, avec les notes de Vincent Ricrard, 1624, in-fol. L— S — E.
CANTACUZENE ( Seuban), prince de Valacide dans le 17' siècle, ne fut pas plutôt parvenu
à cette dignité, qu'il cherclia les moyens d'arracher son pays au joug de la Porte Ottomane. Le sérasquier qui commandait en Bulgarie, ayant découvert qu'il entretenait des correspondances avec les ennemis du croissant, résolut de le faire déposer; maisSerban, par ses libéralités et son adresse, sut détourner l'orage ; il envoya un de ses frères, George Cantacuzénc, auprès do l'empereur Léopold, et il conclut aussi une alliance avec le czar. On lui promettait de le déclarer souverain des Grecs , comme descendant de la famille impériale de Cantacuzène, si les Turcs étaient rejelés au delà du Bosphore. Les préparatifs de Serban répondaient à la grandeur de son entreprise : il avait fait fondre un grand nombre de pièces d'artillerie ; 30,000 hommes rassemblés dans les bois et sur les montagnes n'attendaient que le signal du combat, lorsqu'il fut empoisonné, en 1684, par deux de ses parents que l'ambition conduisit à ce crime. — Un autre frère de Serlian, nomme Démétrius, fut deux fois hospodar de Moldavie. C'était un prince faible, privé de moyens, qui rendit odicuso sa domination. Th. Thornton, auteur de VÉtat actuel de la Turquie, (trad. en franç., Paris, 1812, 2 vol. in-8"), doute que la famille actuelle des Cantacuzène desceude de celle
?ui a régné à Coustautinople ; Démétrius Cantcmir assure positivement ; mais on doit observer qu'il avait épousé une Cautacuzène. D. N— l. CANTACUZÈNE ( Constantin ). Voues Bvs-
SARARA.
CANTA-GALL1NA (Rémi), graveur, peintre et ingénieur, né en 1336, doit l'espèce de célébrité dont il jouit à la gloire qu'il eut d'enseigner a Callot les premiers éléments de son art ; ce|»endant cet artiste dessinait le paysage à la plume avec une certaine facilité. H n gravé aussi, d'après ses propres compositions et celles de Jult» Parigi , un grand nombre de vues , de fêtes et de décorations théitraks. H mourut à Florence en 1624. P— e.
CANTALYCILS, ou CANTAL1C10 ( Jean-Baptiste ), poëte latin du 13" siècle, n'est connu que sous ce nom qui lui venait do sa patrie, et sous celui de Valentino, qu'il tenait d'une famille puissante à laquelle il fut attaché. Il était né à Canlalice dans l'Abruzze, et fut, en considération de son savoir, choisi par le pape Alexandre IV pour instruire son neveu Louis Borgia. Ce jeune homme étant devenu cardinal obtint pour son précepteur l'évéché de Penna et d'Atri , et la permission de porter le nom do Valentino, mis en grand honneur par le crédit et la fortune du trop fameux César Borgia. On sait que César, d'abord cardinal de Valence en Espagne, avait ensuite été fait duc de Valence en Dauphiné. Les Italiens, a ces deux titres, l'appelaient il Valentino , et l'évéque de Penna se tint sans doute fort honoré de porter ce nom. Ses poésies ne sont pas sans mérite, quoique moins élégantes que celles de plusieurs autres poètes latins, qui fleurirent en Italie, surtout dans le siècle suivant. On a réuni et publié ses épigrammes, en 12 livres, Venise, 1403, in-4", et l'on en a mis , à la lin de* siennes, quelques-unes de ses disciples. On
Îi80 CAN
a aussi de lui un poème latin en 4 livres, dont le grand capitaine, Gonsalve de Cordoue, est le héros, Naples, 1506, in fol.; réimprime à Strasbourg, 1513, in-4°. Ce poème a été traduit en prose italienne par Sertorio Quattromani de Cosence. G — É.
CANYECLAIR (Charles). Voyez Me>a.nore- Protector.
CANTEL (Pierre- Joseph ), né le I* janvier 1645, dans le |«vs de Caux, jésuite en 1664, mort à Paris le 6 décembre 1684, avait altéré sa santé par excès de travail. Il Tut employé à l'édition des auteurs latins destinés à l'éducation du dauphin, et publia : Juslini Historiœ, Paris, 1677, in 4"; Valcrius Maximus, ibid., 1679, in-4°, tous deux avec des notes estimées et de bonnes dissertations. On a de lui : 1° de Romana republica, site de re mililari et Chili Romanorum, Paris, 1684, in-12; llrecht, 1691-96, 1707; Venise, 1730, in-8°, avec lig. C'est un bon abrégé des Antiquités romaines, qui a été traduit en français. 2° Melropolilanarum urbium tiisloria avilis et ccclcsiastica, 168», io-4*. Ce premier volume devait être suivi de plusieurs autres; mais la mort prématurée de l'auteur l'arrêta au milieu de ce travail. Le P. Cantel avait été charçé de continuer les Thcolugica Dogmala du P. Pclau, et il était ca|«hle, dit le P. Oudin, de remplir celle tâche avec honneur. T — D.
CANTEL Ll (Giacomo), géographe et bibliothécaire de François 11, duc de Modène, mort en 1095, lit pour ce prince deux globes qui font l'ornement de la bibliothèque ducale. Il avait aussi commencé une carte particulière des Etats du duc de Modène, qui Tut achevée par Vandetli. Les cartes du Mercvrio geografico de Rossi, Home, 1692, in-12, sont encore de Cantelli. On dit qu'il avait été invité par Colberl à venir en France. Il a publié, avec une préface, trois dialogues latins de l'abbé Bacchini, Modène, 1692, in-12, réimprimés en 1740; et inséré quelques articles dans le journal du même Bacchini pour 1663. Z-o.
CANTEM1R (Constantin), né en Moldavie, entra fort jeune au service de Pologne, et en sortit avec le grade «le colonel. Il fut attaché quelque temps à George Gika, prince de Valachie, revint ensuite dans sa province, où il fut élevé successivement aux premiers emplois. Il commandait la division auxiliaire des Moldaves, lors de l'expédition de Mahomet IV contre les Polonais; et, loin d'imiter le vayvode Petreczeicus, qui passa du côté de l'ennemi à la journée de Choczim, il défendit avec courage les femmes du sultan, et empèclia qu'elles ne fussent enlevées. Cet exploit lui valut la promesse de régner un jour sur la Moldavie. Il fut provisoirement revêtu de la dignité de soudan, et chargé en cette qualité de la défense des frontières entre le Dniester et le Pruth. Constantin Cantemir occupait ce poste depuis plusieurs années, lorsque le prince Démélrius Canlacuzène, qui était jaloux de son mérite, le dénonça au sérasquicr Soliman-Pacha. Constantin réussit â se justifier ; et, par un jeu singulier de la fortune, il obtint la principauté de son accusateur, sur la demande de ce même sérasquier,
CAN
qu'on avait voulu rendre l'instrument de sa perte. Bon officier et politique adroit, il favorisa, mais sans se compromettre, les entreprises des Polonais sur la Moldavie. Ces derniers l'ayant attaqué, par une espèce de trahison, à la journée de Boïau, il les combattit avec tant de valeur, que les Turcs lui durent la victoire. 11 eut la satisfaction d'apprendre à son ht de mort que les Etats lui avaient donné pour successeur son second fils, le célèbre Démélrius Canlemir. Il mourut le 23 mars 1693, après avoir gouverné la Moldavie pendant huit ans. D. N — L.
CANTEMIR (Dêjiétriijs), second fils du précédent, naquit en Moldavie, le 26 octobre (673. A quinze ans il fut envoyé à Conslanlinople pour y remplacer, comme otage, son frère Antiochus, et il y resta quatre ans. 11 apprit la langue turque, et introduisit chez les Ottomans l'usage de la musique notée. Il lit ses premières armes en 1692, sous les ordres de son père, au siège de Sorocz, sur le Dniester. A la mort de Constantin, ses grandes qualités déterminèrent les barons de la province à le choisir pour leur prince, quoiqu'il n'eût pas encore vingt ans ; mais l'intrigue prévalut à la Porte Ottomane sur les services du père et le mérile du fils : sa nomination ne fut |kis confirmée, et il reçut l'ordre d'aller vivre à Conslanlinople, où il ne tarda pas à jouir d'une grande faveur. Nommé deux fois hos- |H)dar de Moldavie, il eut toujours le crédit de faire donner celle principauté à son frère Antiochus. U l'avait accompagné en Moldavie, la première fois que ce prince alla prendre possession de sa dignité, et, lorsqu'il eut été dé|iosé par les intrigues de Brancovan liassaraba, Démélrius revint à Conslanlinople, et fit balir un palais dans celte capitale : c'est alors qu'il commença son Histoire de l'empire ottoman. Ëcliappé aux manoeuvres ipie Bassaraba ( coy. ce nom ), ennemi de la famille Cantemir, avait employées |K)ur le |>erdre, il fut nommé une troisième fois prince de Moldavie, en novembre 17 »0. Pour s'assurer de son acceptation, la Porte lui donna l'expectative de la principauté de Valachie. On lui promit en outre qu'il conserverait toute sa vie la souveraineté de celle province, et qu'il ne serait tenu à aucun tribut ou présent pour le temps qu'il resterait en Moldavie; mais à peine était-il installé, qu'il reçut l'ordre d'envoyer à Conslanlinople les sommes d'usage pour son joyeux avènement, et de tout préparer |>our la guerre qui allait éclater contre la Russie. Le prince, voyant le peu de fond qu'il avait a faire sur les promesses des Turcs, résolut de traiter avec le czar. Il fut convenu que Démélrius joindrait ses troupes à l'armée de Pierre, et que la Moldavie serait érigée en principauté héréditaire, dont il jouirait, ainsi que sa descendance, sous la protection des empereurs russes. Ce traité ne put recevoir son exécution. Le czar, qui avait compté sur le secours des Polonais, des Valaqiies et des Moldaves, fut abandonné par les uns, trahi par les autres, et Démélrius lui-même, trompé dans ses espérances, n'eut bientôt d'autre asile que le camp de son allié. La liaine des Turcs l'y poursuivit. Le grand vizir exigeait , comme une des
CAN
premières conditions «Je la paix, que Can ternir lu fut livré ; mais le czar, quoique réduit à la plus fâcheuse extrémité, s'y refusa constamment. • J'a- « bandonnerai plutôt, écrivait-il à sou ministre, tout « le pays qui s'étend jusqu'à Kursk ; il me restera « l'espérance de le recouvrer ; mais la perte de ma « foi est irréparable, je ne peux la violer. » Pierre, rentré dans ses États, créa Cantemir prince de l'empire russe. Les nobles moldaves qui l'avaient suivi ne durent relever que de leur ancien souverain , et ils obtinrent des établissements considérables en Ukraine. Démétrius perdit en 1713 sa femme, Cassandre Cantaeuzène, et il épousa en 1718 une fille du prince Trubezkoi, feld-maréclial des troupes russes. Il fut nommé à cette époque conseiller privé. Il accompagna Pierre le Grand, en 1720, dans son expédition contre les Perses; il devait même diriger sous ce prince les affaires civiles ; mais à vingt lieues de Moscou, il ressentit de grandes faiblesses et de la lièvre ; il ne gagna la ville d'Astracan, et ensuite Derbent, qu'avec une extrême difficulté; il eut la douleur d'y apprendre (pie la fi égale qui portait ses équipes avait péri dans la mer Caspienne, et que son cabinet et tous ses papiers étaient perdus. Démétrius revint à A.stracan dans un état désespéré ; les soins d'un médecin habile prolongèrent ses jours; mais le mal ayant reparu avec plus de force, il mourut le 21 août 1725, dans les terres qu'il tenait de la munificence du czar. Démétrius Cantemir parlait le turc, le persan, l'aral>c. le grec moderne, le latin, l'italien, le russe, le moldave, et il entendait fort bien l'ancien grec, le slave et le français. Il était versé dans l'architecture, la musique, la géométrie et dans les sciences philosophiques. L'académie de Berlin le comptait au nombre de ses membres. Ses principaux ouvrages sont : i" Histoire de C agrandissement et de la décadence de Vempire ottoman : l'original latin est demeuré manuscrit. J.-l.. Schraidt l'a traduit en allemand, Hambourg, 1745, in-4"; Nie. Tindal le traduisit en anglais par ordre de la reine Anne, Londres, 1734, 2 vol. in-fol „ précédé de la vie de l'auteur; de Jonquiéres l'a traduit en français d'après la version anglaise, et elle fut publiée par Desmolets, Paris, Nyon fils, 1743, in-4*; ibid., 4 vol. in-12. Cette histoire, qui se divise en 2 parties, va jusqu'à l'an 171t. On reproche à l'auteur d'y montrer peu de critique, et de n'avoir point consulté les historiens orientaux : néanmoins, cet ouvrage sera toujours consulté avec fruit ; la chronologie en est généralement exacte, et les noms propres n'y sont point défigurés comme dans la plupart des ouvrages de ce genre. 2* Système de la religion mahométane, St-Pétersbourg, 1722, in-fol., en allemand. 3* Histoire ancienne et moderne de la Dacie, en langue moldave, demeurée manuscrite; le même ouvrage en latin | il fut perdu dans la mer Caspienne ). 4» Etat frisent de la Modalvie, avec une grande carte du pays, imprimé en latin, en Hollande. la traduction allemande, faite par le professeur J.-L. Redslob, de Berlin, a été insérée par BÙsching dans son Magasin pour l'histoire moderne et ta I
CAN 581
géographie et a été imprimée à part, Francfort et Leipsick, 1771, grand in-8*, avec une carte et la vie de l'auteur. 5° Histoire des familles Brancovan et Cantaeuzène, manuscrit in-4c, écrit en langue moldave ; on l'a traduit en russe, de russe en allemand, et de l'allemand en grec moderne. 6" Histoire des mahométans , depuis leur prophète Mahomet jusqu'au premier sultan des Turcs : cet ouvrage s'est |>erdu dans la mer Caspienne. 7* Notice sur les Portes caspiennes et autres antiquités du Caucase, souvent mise à contribution par Bayer dans sa dissertation de Muro Caucaseo, insérée dans les mémoires de l'académie de St-Pétersbourg. 8" Introduction à la musique turque, en moldave, ia-8*. Suivant Todcrini, Cantemir, à la demande de deux ministres puissants, composa en turc un traité de musique, et le dédia au sultan Ahmed II. Les notes y sont indiquées en lettres et en nombres turcs. Cet ouvrage a joui d'abord cliez ce peuple d'une gmndc célébrité; mais la routine a lini par reprendre le dessus. D. N — L.
CANTEMIR (A>Tiocnts, et selon cj'autres, CojisTA.vriN DÉMÉTRit s, prince), lils de Démétrius, naquit à Constantinople en 1709. Après avoir reçu une éducation soignée à Moscou et à Pétersbourg, il devint lieutenant de la parde impériale, avec le rang de colonel, sous le régne de Pierre II. Il venait de perdre sa fortune dans un procès avec sa belle-mère et son frère aîné, lorsqu'Annc monta sur le trône ; cette princesse lui accorda sa protection, et il lui en témoigna sa reconnaissance, en obtenant qu'elle fut rétablie dans la jouissance du pouvoir absolu, auquel le parti des Dolgoroucki l'avait obligé de renoncer. A l'âge de vingt-trois ans, Cantemir fut nommé ministre de Russie à Londres. En 1736, il se rendit à Paris pour se faire guérir d'une ophthalmie, et peu après il devint ambassadeur de l'impératrice auprès de la cour de France. Sa santé s'étant affaiblie, il obtint la permission de se rendre en Italie ; mais sa faiblesse augmenta au point qu'il ne put entreprendre le voyage, et il mourut à Paris, le 11 avril 1744, âgé de 31 ans. A m n.r] m s Cantemir avait hérité de son père le goût des sciences et des lettres, et son séjour à Paris lui donna celui des beaux-arts. 11 était versé dans la physique, les mathématiques, la géographie et l'histoire; il cultivait la poésie, savait plusieurs langues, et connaissait la peinture et la musique. Il est surtout connu par ses satires en vers russes, dont il fit la première à l'âge de vingt ans ; elles sont au nombre de huit, et ont principalement pour objet les mœurs moscovites. On les a traduites en français et en allemand. La traduction française, |iar l'abbé de Guasco, a pour titre : Satires du prince Cantemir, précédées de l'histoire de sa vie, Londres, 1750. 2 |*arties in-12. 11 composa aussi en russe des cantiques, des fables, des odes, un poeïne sur le czar Pierre, intitulé : Pélréide; un Traité de la prosodie russe; et il traduisit dans la même langue les Lettres persanes, la Pluralité des mondes, l'ouvrage d'Algarotti sur la lumière e{ les couleurs, et quelques auteurs grecs et latins. C— AD.
582 CAN
CANTENAC (le sieur de), poète du 11* siècle, est auteur d'un volume intitulé : Poésies nouvelles tt autres etuvres galantes du sieur de C..., Paris, Girard, 1062, in-12; 4665, in-12. Ces poésies sont divisées en 5 parties; la |M contient les Poésies nouvelles et galantes; la 2*, les Poésies morales et chrétiennes ; la les Lettres choisies galantes du sieur de Cantenac. C'est à la suite de la première partie, entre les p. 108 et 105, qu'on intercala un caliier de quatorze pages contenant l'Oee<uion perdue et recouvrée, poème de quarante stances. Aussitôt que l'ouvrage parut, le président Lamoignon manda le libraire, cl lui ordonna d'ôler cette pièce scandaleuse des exemplaires qui lui restaient ; il ne s'en était vendu que quelques-uns, et cette pièce n'a pas été reproduite dans l'édition de 1665. Le Carpenlariana attribue & tort à Pierre Corneille l'Occasion perdue et recouvrée. Les Mémoires de Trévoux, de l'année même où parut le Carpenlariana (1724), relevèrent cette cireur; le P. Nircron la signala encore dans le 15e volume de ses Mémoires, imprimé en 1T5I ; cela n'a pas empéebé plusieurs auteurs de la commettre depuis, et entre autres M .-J .-Christ. Klotz, qui, dans son ouvrage de Libris auctoribus suis falalibus, Leipsick, 1761, lû-8°, a copié la faute du Carpenlariana. Cantenac n'était pas sans talents. Son Occasion perdue et recouvrée se trouve dans le Recueil des pièces du temps, ou Divertissements curieux, la Haye, J. Strick. 1685, in-12, et encore dans les Poésies gaillardes tl héroïques de ce temps, petit volume in-12, sans date. A. B— r.
CANTFR (Guillaume), était fils de Lambert Canter, sénateur dllrccht. Il naquit dans cette ville le 24 juillet 1542. Après ses études, et quelque* voyages littéraires entrepris pour visiter les savant* et les bibliothèques de France, d'Allemagne et d'Italie, il se lixa dans la ville de Louvain. Sans ambition, sans autre passion, que celle de l'élude, Canter ne voulut prendre de grade dans aucune université, et s'éloigna de toute espèce de fonctions publiques, pour se livrer exclusivement et sans réserve â la culture des lettres savantes. 11 ne voulut point non plus se marier, craignant les distractions que peuvent causer une épouse et des enfants, et il mourut sans avoir jamais eu de liaison avec aucune femme. L'amitié même lui semblait dangereuse ; il était souverainement ennemi des repas et des réunions de société ; et quand il consentait à recevoir quelqu'un, cette rare exception u'avait jamais lieu que pour un savant. Chaque heure de la journée a\ait son usage déterminé d'avance, et il observait scrupuleusement la règle qu'il s4était faite. «Je n'ai • jamais vu » dit Juste Lipsc, dans une de ses lettres (cent. I, ép. I. ), « je n'ai jamais vu un esprit « si infatigable, si amoureux des travaux littéraires, « si propre à les supporter. Il est au milieu des li- « vros et des |>apiers le jour, la nuit, sans cesse; il « n'en bouge pas. Tous les jours de la vie vont de « compto fait à ces éludes savantes ; que dis-je ? « toutes les heures : il les partage, la clepsy dre sous « les yeux : et chacune est consacrée à telle ou telle
CAN
« lecture, à telle ou telle composition. » Cet excès de travail jeta Canter dans une maladie de langueur dont il mourut, n'ayant pas encore 33 ans accomplis, le 18 mai 1575. Ses ouvrages sont nombreux, cl l'ont placé parmi les plus habiles critiques. F.n voici l'indication : 1* Orationes funèbres in obitus aliquot animalium. Ces discours sont traduits de l'italien d'Ortansio Lando. La 2* édition est de Lcydc, 1591, in-8°. L'ouvrage de Lando avait été traduit deux fois en français; la première par Poutoux ( Lyon, 1560, in-16); la seconde par François d'Amboise, sous le faux nom de Thierry de Timophile (Paris, 1583, in-10). On a cru que Canter, qui savait peu l'italien , s'était aidé do l'une ou de l'autre de ces versions. 2° Aorœ Lecliotus, etc. : la I" édition (tlàle, 1561) n'avait que 4 livre»; la 2* ( llâle, 1566) en eut 7 ; la 3' fui donnée à Anvers en 1571, in-8% et est aussi complète que celle de Gruter, qui a imprimé les Nova Leciiones en 9 livres, dans le t. 9 de son Thésaurus criticus. Le 4' livre qui, dans les autres éditions, a 31 chapitres, n'en a que 30 dans Gruter, et c'est de ce chapitre retranché qu'est formé le 9* livre. Les A'ora Isctiancs sont un recueil très-précieux d'observations philologiques ; la critique verbale en est le principal objet. Scaligcr prétendait que Canter lui avait volé un bon nombre d'excellentes remarques, cl ce reproche n'a pas semblé tout à fait injuste. 3" Aristidit Orationes. C'est la traduction latine des discours d'Aristide. Itciskc a dit qu'Aristide était, après Thucydide, le plus difficile des auteurs grecs, et cette opinion a été adoptée par l'abbé Morclli. En traduisant d'une manière a la fois élégante et fidèle un écrivain aussi obscur, Canter se lit beaucoup d'honneur. Cette traduction, imprimée pour la première fois à Haie, 1566, in-fol. en 3 parties, a reparu dans l'Aristide do P. Etienne, et dans celui de Jcbb. Canter y joignit, dans une A" partie, la traduction de quelques discours de Gorgias, d'Anlisthène, d'Alcidamas, de Lesbonax, d'Ilérodc Atticus, etc. A la fin de celte 4" partie, on trouve : 4" Sgntagma de ralione emcndandl greecos autores. Ce petit ouvrage, et sont indiquées les principales sources de la corruption des textes grecs, vit le jour pour la seconde fois, et avec des augmentations, à Anvers, 4571, in-8*. Jcbb l'a imprimé dans le 5* volume de son édition d'Aristide. 5° Arislotelis Pepli Fragmentum, Bàlo, 1566, in-4"; et Anvers, 4571, in-8». Canter est le premier qui ait attribué à Arislotc lés épitaphes anonymes des héros grecs morts à Troie, et il les a données, sous ce litre, avec une traduction latine, qui a été réimprimée fréquemment. 0° Kuripides, Anvers, 1571, in-12. Dans cette édition, Canter a, le premier, mis quelque ordre cl quelque mesure dans les clur-urs. Il doit être compté parmi les meilleurs éditeurs d'Euripide. 7° Sophocles, Anvers, 1579, in-12, édition rare et estimée. 8" &schylus, Anvers, 1580, in-12; le travail de Canter est fort bon, et ce volume n'est pas commun. 9" Nous nous bornerons à nommer ses u-aductions latines de Lycophron, de Stobée, de Pléthon, de quelques ouvrages de Synésius ■ ses notes sur Properce, sur les