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LtUrts diwrin et le» Ojfto' de Oeéron | m Varim Lectiow ad Biblia grava, dans le 6* volume de la Polyglotte d'Anvers. Il y a de lui, dans le recueil intitulé ; Deliçim /'«ta ru m Bclgicorum, quelques pièces qui prouvent qu'il n'était pas sans talent pour la poésie latine. B— ss.
CAM'Kii (TuxoDORt), frère de Guillaume, naquit à Utrecht, en 1545. Comme lui, il cultiva les lettres, mais sans renoncer au commerce des hommes, et aux devoirs qu'impose la société. Il n'avait pas encore vingt ans lorsqu'il composa ses r«ri<* Leetionts, qui parurent à Anvers en 1374, et sont réimprimées dans le t. 5" du Thttaunu de Gruter. Scaliger, parlant de Canter, dans le Senligeriana, dit : ■ Il y a de bonnes choses dans ses « raina Lteliones ; j'y profite beaucoup. » Son second ouvrage est une édition d'Arnobe ( Anvers, 4582, in-89), avec de courtes notes, qui ont reparu clans la grande édition d'Arnobe donnée à Leyde en 1631, in-4*. 11 avait fait une collection de tous les fragments des anciens poêles grecs. « C'est un u beau labeur, quamvis non dodu* « (.dit encore Scaliger à l'endroit eité) ; » il a lu tous les auteurs « grecs pour recueillir cela. » Apres la mort de la Roviere, qui était chargé d'imprimer cet ouvrage, le manuscrit passa successivement en diverses mains, et, vers le milieu du dernier siècle, il se trouvait entre celles de Pierre d'Orville, frère du philologue de ce nom Nous ignorons quel en est aujourd'hui le propriétaire. Canter avait aussi fait beaucoup de remarques sur St. Clément d'Alexandrie. A l'époque où G. Burmann écrivait son Trajectum eruditum, eu 1758, elles étaient dans la bibliothèque de Drakenborch, Le 4" volume du Syllog. Epiilol. de P. Burmann ( voy. ce nom ) offre trois lettres de Ganter. Ce savant mourut en 1617, à Leuwardcn, et fut enterré à Vollenhoven ; ce que nous remarquons, parce qu'il y a eu quelques doutes sur le lieu de sa sépulture. B — ss.
CANTEUZANI (Sébastien), mathématicien distingué, naquit le 26 sont 17S4, à Bologne, d'une famille honorable. Son père, habile dans l'art de compter, lui enseigna les éléments du calcul ; il apprit de lui-même le dessin et la calligraphie. Après avilir achevé ses études littéraires sous les jésuites, il suivit le cours de philosophie, et en le terminant il recul le prix d'honneur. En 1T60, il obtint la chaire de mathématiques à l'université de Pologne. Quoiqu'il n'est pas fait une étude spéciale de l'astronomie, Il concourut, en 17(5 1, à l'observation du fameux passage de Vénus sur le soleil ; et, en démontrant que les astronomes bolonais avaient rois dans leurs calculs l'exactitude la plus rigoureuse, il contribua beaucoup à faire revenir Pingré du jugement défavorable qu'il avait d'abord porté de leur travail. En 1T66, Il succéda dans la place, non moins difficile qu'honorable, de secrétaire de l'Institut de Bologne, au célèbre François-Marie Zanotti [voy. ce nom ), qui, h portée d'apprécier les talents de Canterzani, l'avait présenté lui-même pour sou successeur. Sans négliger ses autres devoirs, il remplit avec zèle ceux que lui imposaient ses nouvelles font>
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lions. Dm traités dans lestniek 11 exposait les éléments de la science avec autant de clarté que de précision, et plusieurs mémoires où les problèmes les plus difllciles des mathématiques se trouvaient résolus, étendirent promptement sa réputation dans toute l'Italie. La plupart des sociétés scientifiques s'empressèrent de se l'agréger, et Canterzani, pour s'acquitter envers elles, composa de nouveaux mémoires sur les diverses branches de l'analyse. Il avait te projet de publier un Traité de$ équaliont ; mais, prévoyant que ses occupations multipliées ne lui laisseraient jamais le loisir de le terminer, il en détacha plusieurs morceaux, qu'il fit imprimer, sur la Réduction des quantités imaginaires, sur les Équations du 5« degré, sur le Retour det séries, etc. Le cardinal Buoncompagni, secrétaire d'État, ayant témoigné le désir de le consulter sur les réparations qu'on projetait de faire à la coupole de St-Pierre, il se rendit à nome en 1789, et reçut de ce prélat l'accueil le plus fiai leur. Apres avoir passé la plus grande partie de l'automne dans cette ville, il revint comblé des marques de la bienveillance pontificale. On lui offrit, vers le même temps, une chaire a l'université de Naples, avec un traitement plus considérable que celui dont il jouissait à Bologne ; mais il n'hésita pas à refuser des avantages qui l'auraient forcé de s'expatrier. A l'époque de l'occupation du Bolonais par les armées françaises, ses amis ne purent le déterminer à prêter le serment exigé des fonctionnaires publics ; il fbtdoncobligé d'abandonner la chaire qu'il remplissait depuis près de quarante ans, d'une manière si brillante; maiscllelui futrenduequatre ans après, et le gouvernement français parut chercher à lui faire oublier celle persécution momentanée, en le désignant l'un des premiers parmi les membres de l'Institut italien qui devaient recevoir une dotation. En 1817, il fut élu président de la section de l'Institut dont le siège était à Bologne. Son âge avancé ne l'empêchait pas de s'occuper encore des plus sublimes théories. Il mourut le 19 mars 1819, âgé de 85 ans. Dans ses dernières années, il avait été décoré des ordres de France, d'Autriche, et des Deux-Siciles. Outre la continuation de l'histoire de l'ancien Institut de Bologne, dans le recueil de cette société, t. 0 et 7, on cite de Canterzani : 1° Prima geometriea Elementat 1776, 1804, in-8°. 2° Ârilhnutica Rudimtnla, 1777, in-8°. Son panégyriste leur applique ces mou de Virgile : In tenui labor, at tanuis non gloria (Géorgîques, 1. 4). S» Piani délit clatsi matematka * fisiea delta nuova Enciclopedia italiana, Sienne, 1779, iq-4*. 4» iitnuton* intorno al calcolo de frazioni decimali, Bologne, 1805, in-8». Ouvrage composé par ordre et imprimé aux frais du gouvernement. 5° Diseorzo sopra ieliminaiiont d'una incognito da due tquazioni, ibid.t 1817, in-4». 6° Plusieurs mémoires dans le recueil de la société des sciences et de l'Institut d'Italie. On en trouve les titres ainsi, que de ceux, en plus grand nombre, qui sont restés inédits, à la suite de l'éloge de Canterzani par le marquis de Lundi, t. 9 des Mtmorit délia soc. italiana fisica, 141-171, précédé de son portrait gravé par Maxchi. On peut encore consulter l'éloge de
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Canterzani, en latin, par le professeur Schiassi, Bologne, 1819. W— f.
CAN1 HABUS, sculpteur grec, était de Sicyone, et fils d'Alexis, qu'on ne doit pas confondre avec Alexis de Sicyone, sculpteur, élève de Polyclète, qui florissait plus de cent vingt ans avant Canlhanu. Celui-ci a vécu dans la 120» olympiade, 500 ans avant J.-C. Il se forma par les leçons d'Eulychides. Cantliarus fit un grand nombre d'ouvrages recommandantes, mais aucun ne fut rangé parmi les chefsd'œuvre de l'art. On voyait à Élis, de la main de cet artiste, la Statue d'Alexinicus Eléen, qui remporta le prix de la lutte destiné aux adolescents. — Un autre Camiiarls inventa ces vases de terre auxquels on donna le nom de canthare». L — S — E.
CAtSTlLLON (Philippe de), habile négociant, né en Irlande, vers la lin du iV siècle, fut d'abord commerçant à Londres, et vint ensuite à Paris, où il établit une maison de banque. Joignant à un crédit immense des manières aimables et beaucoup d'esprit, il se vil recherché par la meilleure compagnie, cl vécut dans l'intimité des personnes de la première distinction. C'était l'époque où le gouvernement chercliait dans de nouvelles combinaisons financières les ressources qu'il ne pouvait espérer des impôts. Le fameux Law ayant fait ériger sa maison de commerce en banque rotale [voy. Law), manda son compatriote Cantillon et lui dit : u Si nous étions « en Angleterre, il faudrait traiter ensemble et nous a arranger; mais, comme nous sommes en France, « je puis vous envoyer ce soir à la Bastille, si vous « ne me donnez voire parole de sortir du royaume « en deux fois vingt-quatre heures. » Cantillon répondit : « Je ne m'en irai pas, mais je ferai réussir « votre projet. » En conséquence il prit une immense quantité des nouveaux papiers, les lit débiter sur la place par tous les agents de change, et réalisa dans quelques jours plusieurs millions. Il passa bientôt avec son riche portefeuille en Hollande d'où il revint à Londres jouir de sa fortune. En 1753, il fut poignardé |>ar un valet de chambre qui s'était emparé de ses effets les plus précieux, et qui mit ensuite le feu a la maison, espérant effacer les traces de son crime (1). Si l'on en croit Grimm (Corresp. ttttér., t. I"}, Cantillon avait été pendant son séjour à Paris l'amant de la princesse d'Auvergne; mais ce qui est plus certain, c'est qu'il compta dans le nombre de ses amis le célèbre lord Bolingbroke. Plus de vingt ans après sa mort parut un ouvrage de Cantillon intitulé : Essai tur la nature du commerce en général. Londres (Paris), 1735, in-12. Cet ouvrage, supposé traduit de l'anglais, est divisé en S parties dans lesquelles l'auteur traite des sources de la richesse, du troc ou des éclianges, de la circulation des monnaies, enfin du commerce avec les étrangers, c'est-à-dire de l'importation et de l'exportation. Grimm en a donné dans sa Correspondance une analyse très-intéressante; et Fréron en
(I) Une noie àe Freron, dans la table de» ma itère» de l'Année lUtrrttrs, 1733, L s, donne de» détails an pe» différent» sur cet
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rend un compte non moins avantageux dans Y Année
littéraire, 1755, t. 5. Il a été réimprimé dans le t. 3 des Diicourt politiques de Hume, trad. par Mauvillon, Amsterdam, 1761, 5 vol. in-8°. Dans cet ouvrage, Cantillon renvoie pour les calculs sur lesquels reposent ses raisonnements à un second traité, dont Grimm, persuadé qu'il n'avait pas été retrouvé dans les papiers de l'auteur, regrettait singulièrement la perte. 11 a cependant été imprimé, mais en anglais, sous ce titre : The Ânalysis of (rade, commerce, etc. ( Analyse du commerce, des monnaies de billon, de la banque et des changes étrangers ), Londres, 1750, in-8\ On attribue encore à Cantillon : les Déliées du Brabant et de ses campagnes, Amsterdam, 1757, 4 vol. in-8». Cet ouvrage, orné de 200 pl., est une des meilleures topographies que l'on ail de cette belle province ; et les curieux peuvent encore la consulter utilement (1). W — s.
CANTIUNCLLA (Claude Chansonkette , connu sous le nom latinisé de ), savant jurisconsulte dti Ui* siècle, était de Metz, où son père remplissait les fonctions de notaire apostolique. Envoyé de bonne heure a Lcipsick, il y fit ses études d'une manière brillante, el se rendit ensuite à Louvain dans le desir d'entendre Erasme ; mais, à son arrivée, Érasme était absent (2) ; et il repartit presque aussitôt pour Bâle, où il se lit recevoir docteur à la faculté de droit, en 1517. L'aimée suivante, il fut invité par les magistrats de Metz à revenir dans sa patrie foire jouir ses concitoyens du fruit de ses études ; mais il s'en excusa sur le besoin qu'il éprouvait de perfectionner encore ses connaissances par la fréquentation des savants. Cependant il se disposait à revenir à Met/, lorsqu'en 1519 la ville de Bâle établit en sa faveur une cltaire de droit et lui conféra le titre de recteur de l'université. Cantiuncula accepta d'autant plus volontiers qu'au mois de février de l'année précédente, la république messine, peu scrupuleuse dans le choix des moyens qu'elle employait pour conserver dans ses murs des hommes de mérite, avait enjoint à son père de le rappeler sous un délai très-court. Éle\é sur un grand théâtre, il ne cessa d'y paraître avec dignité ; le monde littéraire se remplit de sa réputation; une foule de personnes illustres raltcrcbérent son amilié, el le savant Bama qui habitait Baie depuis 1521, pour surveiller l'impression «le ses œuvres, réfuta, conjointement avec nol'.e jurisconsulte, les sentiments d'OEcolampade sur l'eucharistie. Il voulut même travailler avec lui à la réunion des deux Églises, mais Canthincula s'y refusa par la difficulté qu'il entrevit dans l'exécution d'un pareil projet. Impatient d'acquérir de nouvelles lumières, il quitta sa chaire, peu de temps après, pour voyager. Les grandes affaires de l'Allemagne ne lui |>ermirent pas de sacrifier longtemps à ses goûts. Chargé de diverses négociations importantes,
(() On a attribue à Cantillon une Hultire de SJanitUt, roi 4*
Pologne, pnblieecn 17*), qui parait être plutôt de Cneuiere. (Von.
ce nom.)
(i) Voy. me lettre de Mart- Dorpius (t. Il) parut celles d'Érasme, Mit. de LecJerc, p. 331. Dorpius y parte avec éloge de CaaiiBnraie,
Uts-jeune »l»rs.
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Mit de la put de la Suisse, soit de la part de l'Empereur, il s'en acquitta toujours avec beaucoup d'intelligence et de zélé. Ce fut sans doute pour l'en récompenser que Ferdinand l,r, roi des Homains, le nomma son chancelier pour l'Alsace et les autres États d' Autriche situés sur les rives du Rhin. On lit encore dans un ancien compte de la ville de Metz que, le 31 décembre 1542, partit de cette cité un messager envoyé par let seigneurs commis et affaires de l'Empire, porter lettres à M. Claude Chansonnette, étant à Fnsisluim, par lesquelles on lui prioit vouloir servir messieurs de la cité, à la journée impériale de Spire. Le nom de Canliuncula était aussi céléhre dans la politique et le barreau qu'il le fut en éloquence et en philosophie. Nourri de la lecture des anciens, il se proposa Cicéron pour modèle ; et, suivant Érasme, son style, pur cl facile, grave et majestueux, approcltait de très-prés de la diction élégante de l'orateur romain. Ame droite et élevée, caractère ferme, esprit juste, telles étaient les qualités dislinctives de Cantiuncula. Ses amis furent nombreux et illustres ; Anuce Foés, Henri-Corneille Agrippa, Paul Ferri, en parlent d'une manière trèsavantageuse, ce qui n'a |»as empêché tous les biographes de l'oublier dans leurs colonnes. Cantiuncula mourut à Ensisheim, où il s'était fixé, vers 1560. On a imprimé après sa mort un recueil de ses consultations, Cologne, 1.771 , m- lui. Son portrait gravé a été reproduit par le sculpteur Leroux sur un médaillon en marbre blanc qui décore le grand salon de U maison commune de Metz. Indépendamment d'un opuscule de Poleslale papes, imperatoris et concilii, on cite de Canliuucula : 14 Topica exemplis legum illustrala, Baie, 1520, in-fol.; S* un discours apologétique en latin contre ceux qui prétendent que les principes de droit civil ne peuvent se concilier avec ceux de l'Évangile, ibid., 4522, in-4»; 3» de Officio judicis libri duo; ibid., 1543, in-4% inséré dans le t. 3 des Traclatus tractaiuum juris; 4° Paraphrases in très primas libros Institutionum Justiniani, Louvain, 1549, in-fol. ; réimprimé en 1602, avec des additions. \V— s.
CANTON (Jean-Gabriel), naquit à Vienne en Autriche, le 24 mai 1710, et mourut dans la même ville, le 10 mai 1753. Quoiqu'il ne soit pas compté au nombre des peintres célèbres, il réussit à peindre les hommes et les chevaux; ses traits sont hardis et sa main assurée. H a travaillé les animaux dans les paysages du fameux Orient ( voy. Orient ), et les batailles dans quelques grands tableaux de Meyl* fens. ( Voyez Meyltens. ) Les ouvrages de Gabriel Canton sont très-rares en France ; les amateurs de Vienne en font un cas particulier ; les Anglais les recherchent aussi, et, quoiqu'ils ne soient connus en Angleterre que d'un petit nombre de personnes, le prix en est considérable. A — s.
CANTON (Jean ), physicien et astronome anglais, naquit en 1718 à Stroud, dans le comté de Glocester. Fils d'un ouvrier en draps, il lit de bonnes études dans l'école de celte ville, dont son père le relira ensuite pour lui faire apprendre son métier. Dans ses loisirs, il se livra avec une telle ardeur
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à l'étude de l'astronomie, que son père, craignant que son application ne dérangeât sa santé, le priva de lumière dans sa chambre. Le jeune Canton trouva moyen d'en cacher une, dont il ne se servait que lorsque toute sa famille était couchée ; il employa ce temps à faire, ayee la pointe d'un couteau, un cadran solaire en pierre, qui marquait non-seulement l'heure du jour, mats le lever du soleil, sa place dans l'écJiptique, etc. Il le montra à son père, qui, enchanté de ce travail, lui permit alors de se livrer à son goût, et plaça le cadran sur le devant de sa maison, où il attira l'attention de plusieurs personnes du voisinage ; ce qui commença à faire connaître le jeune Canton, et lui ouvrit l'entrée de plusieurs bibliothèques, où il trouva les secours qui lui avaient manqué. Il prit alors le goût de la physique et des autres sciences naturelles. Le docteur Miles obtint de son père, en 1737, la permission de l'amener avec lui à Londres, où, l'année suivante, il s'engagea comme clerc de Samuel Walkins, maître de l'académie de Spital-Squarc ; et, pendant cinq années, il se rendit tellement recommandable par sa bonne • conduite, qu'à l'expiration de son engagement, en 1742, VValkins se l'associa pour trois ans. Canton lui succéda ensuite dans son emploi, qu'il exerça tout le reste de sa vie. En 1744, il fit un mariage avantageux. En 1745, l'invention de la bouteille de Leyde ayant tourné les esprits vers les expériences électriques, Canton s'y livra avec ardeur, et rendit compte à la société royale de plusieurs découvertes sur l'électricité, sur l'aimant, et sur plusieurs autres points de la physique. Il fut nommé en 1751 membre de cette société. Le 20 juillet 1752, pendant un orage, Canton, le premier eu Angleterre, attira le tonnerre des nuages, et vérifia ainsi la découverte de Franklin. On assure qu'il découvrit ensuite, h peu prés en n>éme temps que Francklin en Amérique, que quelques nuages contiennent l'électricité positive, et quelques autres l'électricité négative. Il continua assidûment ses utiles travaux jusqu'à sa mort en 1772. X— s.
CANTWEL (Anoré), médecin irlandais, né dans le comté de Tippérary, mort le 41 juillet 4764, fut un des plus ardents antagonistes de l'inoculation. Hecu médecin de Montpellier en 1720, il concourut pour la chaire de médecine vacante par la démission d'Astruc. Arrivé à Paris en 1733, il fut reçu docteur à la faculté de cette ville en 1742, étant déjà alors de la société royale de Londres. Ses trois thèses furent : An aer ab inundatione salubris ? Paris, 1741 , in-4* ; An ptyalismus frictionibus mereurialibus provoeaius, perfecia luis venerea sanalioni adversetur ? ibid., 1741 , in-4° ; An calculo vesicat scalpeilum semper necessarium? ibid., 4742, in-8«. Ses conclusions furent toutes négatives. A ces thèses, il faut joindre cette quatrième : An in calculi œtate et temperamento, agrotaniis remedium alcalino-saponaeeum anglicum? ibid., 1742, in-4°. En 1750, il fut chargé de professer la chirurgie latine; en 1760, la chirurgie française, et en 1762, la pliarmacie. Il a beaucoup écrit : 1* Conspecius steretionum, 4731, in-12. V Disserlationes de eo quod deesl in me-
dirino. Pari*, 47211, in-42. 8» Dittertationi tur let A*r« m p*iér«L ibid., ««0, ln-4-. 4- (W tm*#l wk-dicïn» duodeeim, etc., Montpellier, 4731, in-4\ 8* Une traduction des Nouvelle» Bxpérieneet tur U remède de mademoiselle Stevhens, par «aller, Paris, 4748, in*42, à la suite de VBtat d» la médecine ancienne et moderne, traduit do l'anglais de
Clifton par l'abbé Resfonlaine». <V> Hitloire d'un remède i re i -effie are pour la faiblesse et la rougeur de» yeux, el autre» maladie» du mime genre, avec un remidi infaillible contre la morture du chien enragé, traduite de l'anglais de Hans Sloane, Paris, 474», m * , avoe des notes du traducteur, et aussi dans l'ouvrage de St-Yves sur les maladies des yeux, Amsterdam. 4769, in-42. 7» iMlres »ur le traité d» maladie» de l'urètre (de Daran ), Paris, 4749, in-42. 8° Plusieurs observations dans los Trantaelion» philotophique», entre autres : fur une Tumeur glanduleuie considérable riluéedant le battin (ann. 4773, na 446) ; sur un* Paralifiie extraordinaire de» paupière» (ann. 47S8, n* 449); Detcriplion d'un enfant monstrueux < ann. 4789. n* 468). 9* Ijettre anglaite, où le mercure est indiqué comme spécifique d* la rage, Londres, 4788, in-IS. 40° Diiurtatio de dignitaleet diffieullalemedi einw, Paris, 1755, in-4°, discours prononcé à la faculté. 44° Tableau de la pelif vende, ibid., 4738, in- 12 43- Nouvelle Analyse d»s eaux de Patty, ibid., 4758, in- 1 2. 43* Beaucoup d'écrits coutre l'inoculation; une Réponse A M. de la Condamine sur ce sujet, ibid., 4755, in-IS; deux autres lettres sur le mémo sujet à Fréron et à Paulin, même année ; une autre Réponse à 31. Mitta sur le même sujet encore, etc. Z — o.
CANTYVKL ( André-Samdel-Michel), fils du précédent, né en 4744, fui lieutenant des maréchaux de France, et, à ce titre, il fut admis dans l'hôpital des Invalides, en 4792. 11 devint bibliothécaire de cet établissement, et y mourut le 9 juillet 4802. Gantwel fut un des plus ignorants et des plus inexacts traducteurs qui aient affligé la littérature. Il a traduit de l'anglais un grand nombre d'ouvrages : 4* Itabelle el Henry , 4789, 4 vol. in-42. 2* Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain. Les trois premiers volumes parurent eu 4777, sous le nom de Leclerc de Sept-Chénes ; mais on croit que le véritable traducteur était Louis XVI. Deiueunler et Doulard continuèrent la traduction, qui fut finie par Cantwcl et Marinié, et revue, quant aux derniers volumes, par Doulard. Les dis-lwlt volumes de cette traduction ont paru de 1 777 à (793. La nouvelle édition, entièrement revue et corrigée, et actompagné* de notes critique» cl historiques, relative», pour la plupart, à l'histoire d* la propagation du ckrittianitme, par H. Guixot, Paris, Marad«n, 4812-13, a 13 vol. in-8'. S» Uiitoire de» femme», depuis la plu» haute antiquité jutqu'A no» jour», 4793, 4 vol. in-12. 4» De la Naissance et de Itt Chute de» ancienne» république», 471*3, in-8*. L'anteur anglais ( M on ta pu ) avait divisé son ouvrage en 9 chapitre» ; le traducteur y a ajouté un 40* chapitre, ou des conclusions qu'il applique à la république tranra.se. Les réflexions de Curtwei à ce sujet
sont très-sage» : elles Tétaient trop pour être appréciées dans le temps. 5* Ditcourt tur fhiitoire et la politique en général, par le docteur Jos. Prlestley, 4795, 2 vol. in-8*. Le traducteur a ajouté quelque» note» , où il contredit quelquefois son auteur. 6° Voyage en Hollande et tur le» frontière» occidentale» de l'Allemagne, fait en 4794, tuiti d'un voyage fait dan» te» comté» de Lanças 1er, de Wutmoreland et de Cvmberland. 4796, 2 vol. in 8*. 7* Zétuco, ou le Vice trouve en lui-même ton châtiment, roman de J. Moore, 4798, 4 vol. in-42 8* Leçon* de rhétorique, de Blair. ( Voy. ce nom. ) 9* Hubert de Sevrât, ou Histoire d'un émigré, par Marie Robinson, 4797, 3 vol. in -ix. 40° Louise Béverley, ou le Pèreégoitte, 4798, 3 vol. in-42. 44» Lecura, ou la Grotte de P, Philippe, roman de Burton, 4798, 2 vol. In-12. 42° Le» Aventure» de Hugues Trévor, ou le Ôilblat anglais, roman de Th. Halcroft. 48* Le Château, d'Albert, ou le Squelette ambulant, 4799, 2 vol. ln-18. 44» Voyage en Hongrie fait en 4797, précédé d'une description de Vienne et des jardin* de Schœnbrunn, par Rob. Townson, 4799, S vol. In-8*. 45* Voyage de M. Byron à la mer du Sud, comprenant la relation du voyage de ramtral Anson, avec un extrait du second voyage de M. Byron autour du monde, 1799, in-*r. Cantwel enfin a eu part à la traduction de h) Géograplne rte W. Guthrie, par Ptoil. A. B — T.
CANUEL (Simon baron), né en Poitou en 4767, après avoir embrassé ardemment la cause révolutionnaire , déploya la même ferveur pour la légitimité sous la restauration. Le parti libéral ne lui pardonna point d'avoir ainsi renié ses antécédents, et ne lui tint aucun compte de sa bonne foi dans ses nouvelles convictions. Fils d'un marchand de bol» du Poitou, et né dans cette province, Canuel avait vingt-deux ans lorsque la révolution éclata : en 1792 il s'enrôla parmi les volontaires qui marchaient contre les Prussiens. Il était déjà ofHcler lorsque, vers le milieu de 4793, il fut nommé adjoint aux adjudantsgénéraux et employé à l'armée de l'Ouest. On trouve, dans le Moniteur du 42 août de la même année, une lettre du fameux général Rossignol , dont il était Paide de camp , dans laquelle Canuel est désigné parmi les officiers qui s'étaient distingués à la prise de Doué. Aussi ne tarda-t-ll pas a devenir général de brigade, puis général divisionnaire le 28 novembre suivant; cet avancement si rapide ne donnait guère que la mesure des opinions démocratiques qu'il professait alors. Kn effet, membre de la société populaire de Loricnt , ses fréquentes motion» respiraient la haine la plus Implacable contre la royauté et l'aristocratie. Plus d'une fois on le vit figurer dans des députatlons dont la mission était de faire destituer, et, par une conséquence Inévitable, juger révolutionnalrcment la fonctionnaires suspects. Vint la réaction thermidorienne : Canne! pensa qu'une retraite prudente pourrait seule le soustraire aux dangers dont I son tour U était menacé lui-même. Il ne reparut
i qu'en l'an 8. Alors eut Heu la tentative royaliste de Phelippeaux, qui releva dans l'Ouest 1er dra-
I peau blanc vaincu les années précédentes, et s'era-
para de Sanoerre ; mais, surpris quelques jour* après par la générai Canuel, il fut complètement défait. La directoire récompensa Canuel en lui couliant 1« eouimanderaent de la ville de Lyon, avec plein pouvoir de la mettre en état de siège. Le 6 thermidor an S (24 juillet 1707), Mayeuvre, député du Rhône , fit une motion d'ordre pour empêcher l'exécution de celte meauro révolutionnaire, motivée sur le proteste frivole qu'il sa trouvait a Lyon des émigrés rentrés ou des prévenus occupés de leur radiation. Le directoire, qui tenait à s'assurer les fruits de la révolution du 18 fructidor, n'en mit pas moins Lyon en état de siège quelque temps après. Avec de tels auiéoédents Canuel, ne pouvait être i l lu m h io du premier consul ; aussi, en l'an 12 , futil mis en non activité. Toutefois il fut compris parmi les membres de la Légion d'honneur nommés cette mémo année. L'année suivante, il obtint le commandement de la i* division militaire à Méstères et eu 1806, celui de la 25* division à Liège; puis il se vit de nouveau renvoyé dans ses foyers et réduit au traitement de réforme. En 1814, le gou-vememenl royal, auquel il se rallia avec un empressement qui ne devait jamais se démentir, le réintégra sur lo cadre des oflieicrs généraux , et il fut fait chevalier de St-Louis. Au moment de la rentrée de Napoléon en France , en 1815, se trouvant retiré dans l'Anjou, où il avait acheté des terres , Canuel se réunit aux Vendéens , et il lit partie, en qualité de major général, du corps d'armée du marquis de LarochejacqueUn : ancien lieutenant général, il se mettait ainsi sous les ordres d'un jeune homme qui n'était pas encore colonel. Leurs efforts combinés n'eurent pas le résultat qu'ils en attendaient , ainsi qu'on peut en juger par la lettre suivante qu'écrivait Canuel de Croix-de-Vic, le 2 juin : a Le grand œuvre d'iniquité est consommé : > d'Autichamp, Suzannet et Sapincau, qu'ils ont en- « traîne, se retirent et licencient leur monde. Keves nez, nous consulterons ensemble le parti que nous « avons à prendre pour parer, aux inconvénients de s celte infâme défection : il faudra bien que nous « fassions d'amitié à nous seuls ce en quoi tous au- • raient du coopérer. » Nommé , au mois de septembre 1815, membre de la chambre des députés par le département de la Vienne, le général Canuel parut peu à la tribune, mais vota constamment avec l'extrême droite. A la séance du 18 janvier 1816, il fit une proposition tendant à accorder des pensions aux sous-officiers et soldats des armées royales qui avaient reçu des blessures graves. Dans le discours qu'il prononça 4 l'appui, il exprima le regret de ne pas manier la plume comme j'épée. Le 17 mars de la même année , appelé à Bennes pour présider le conseil de guerre chargé de juger le général Travot , il prononça la sentence de mort , et déclara ensuite qu'il avait dénoncé au procureur du roi et aux ministres les différents mémoires des avocats de l'accusé, comme attentatoires à la majesté royale. Les avocats publièrent une justification, et celte tentative de Canuel pour enchaîner ia défense, des accusé , comme Cela s'était pratiqué
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en 1703 , demeura sans résultat. Cet excès de zèle indisposa d'autant plus le public contre lui, que chacun se souvenait qu'autrefois Travot avait en même temps que lui combattu les Vendéens. Destiné par le sort à être, sous la restauration , sans cesse placé en op(Misition avec ses antécédents révolutionnaires , il avait, au commencement de celte même année, été créé baron et nommé au commandement de la 10* division militaire, dont le chef-lieu est celte même ville de Lyon où il avait commandé sous le directoire. Après la dissolution de la chambre de 1816, il se rendit dans celte ville, où il eut presqu'aussilot des troubles à réprimer. Ce mouvement insurrectionnel, provoqué par une question de subsistances, et fomenté par un conflit d'intrigues ténébreuses auxquelles le parti libéral n'était pas plus étranger que certains agents ministériels, éclata dans Lyon le 8 juin, et s'étendit rapidement dans un rayon de cinq lieues, mais fut très promptement réprimé par les troupes du général Canuel, dont une partie, il faut bien le dire, abusa de cette facile victoire. Quelques malheureux paysans surpris dans leurs villages, s'agitant presque sans chefs et ne sachant pour quel objet, furent massacrés. Des troupes parcoururent lot campagnes, rançonnant et maltraitant les habitants. Nous ajouterons que lu général Canuel livra à la justice un officier qui avait autorisé les excès de ses soldais. Mais le parti bonapartiste et libéral, réunis au parti ministériel depuis l'ordonnance du 5 septembre 1816, s'entendirent pour exagérer le mal et
Jour présenter sous le jour le plus odieux la conuiie de Canuel, à qui l'on alla jusqu'à prêter ce mot atroce que la Biographie de itruxelles n'a pas manqué de recueillir ; o Je me suis mis dans le sang «jusqu'à la cheville pour la république, je m'y « mettrai jusqu'aux genoux pour le roi. » Sans calomnier ce général, il suffisait de citer son ordre du jour du 0 juin, dont le style rappelait un peu trop les proclamations de 1703 : «Officiers, sous-officiers cl « soldats de la garde nationale et des troupes de ligne, « des brigands ont lenlé de se mesurer contre vous ; « leur projet n'a échoué que parce qne votre noble « contenance les a épouvantes. Trop lâches pour « croiser le fer avec les braves gardes nationales et « les intrépides soldats du roi, ils ont recours à des « assassinats, et vous eussiez été tous leurs victimes, s s'ils avaient pu vous attaquer un à un. Ils ne res- « pirent que le pillage et le désordre. S'ils osent se « présenter encore, frappez, et qu'ils disparaissent « de celle terre qu'ils ont souillée depuis longtemps « par des forfaits, etc. s Après les exécutions militaires vinrent les cours prévôtales, qui envoyèrent à la mort un grand nombre de malheureux dont le seul crime était d'avoir cédé à uu enlraluemenl irréfléchi. Ces mesures violentes excitèrent des réclamations générales : le gouvernement prit le parti d'envoyer à Lyon M. le maréchal Marmont, investi do grands pouvoirs et chargé de recueillir sur les lieux les renseignements les plus exacts sur cette affaire. Son rapport au gouvernement fut loin d'être favorable au baron Canuel. Le colonel Fabvier, qui avait accotupagué le maréchal en qualité de chef d'élat-
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major, fit paraître, bous le titre de Lyon en 1817, le récit des événements qui s'étaient passés dans cette Tille sous le commandement du général Canuel. Il accusait ce dernier d'avoir mis en mouvement toute sa police militaire pour provoquer, organiser des conspirations. De son côté, le commissaire général de police Charricr-Sainneville, dans une brochure intitulée : Compte -rendu det tvinemenU qui te sont passés à Lyon depuit l'ordonnance du S septembre 1 81 fl,ete.( Paris et Lyon, 1818, in 8"), ne ménagea pas davantage le général Canuel , que le ministère venait de destituer. Au factum du colonel Fabvier, ce , dernier avait opposé une Réponse (Paris, 18l8,in-8») écrite d'un ton fort modéré. Ici se présente une circonstance favorable à Canuel : un fonctionnaire connu par la modération de ses opinions politiques, Chabrol de Crouzol , alors préfet de Lyon, et que les adversaires de Canuel avaient affecté de mettre hors de cause, ne put, en homme d'honneur, se laisser pla- : cer dans une position aussi fausse , sans s'en expliquer hautement. Une relation impartiale des événements de Lyon vint confirmer en grande partie la justification que venait de publier le général Canuel, Celui-ci ne se borna pas à une réfutation écrite , il attaqua ses accusateurs en calomnie devant la police correctionnelle. Celle démarche fut aussitôt traversée par une action judiciaire intentée incidemment et au criminel contre le général. Il s'agissait de l'imputation la plus invraisemblable. On avait imaginé cette fois une conspiration qui ne tendait à rien moins qu'à tenir Louis XVIII, vieux et inlirme, en chartre privée, à renvoyer ou emprisonner les ministres, à rappeler la chambre de 1815, à renverser la nouvelle loi des élections, etc.; colin on faisait remonter jusqu'à Monsieur, comte d'Artois, l'instigation de ce prétendu complot, malencontreuse invention de la police, connue sous le nom de conspiration du bord de l'eau : car les inventeurs prétendirent que les conjurés conspiraient en se promenant habituellement aux Tuileries sur la terrasse qui longe le bord de l'eau. La police arrêta le maréchal de camp Dmpdelaine , MM. «le Songy , ancien officier d'état-nujur , Romilly. de Joannis et Chauvigny de Blot. Un mandat d'arrêt fut aussi lam :é contre Canuel, mais on ne put l'atteindre, et l'on se borna à mettre les scellés sur ses papiers. Peu de temps après il vint se constituer prisonnier. 11 fut mis au secret comme les autres jusqu'au 21 août 1818; mais de l'instruction, qui dura cinq mois , il ne résulta qu'une ordonnance de non-lieu rendue le 3 novembre. Alors fut repris le procès en calomnie. Canuel avait pour avocats MM, Couture et Berrycr. Malgré les efforts de MM. Dupin cl Mauguin, avocats de ses adversaires , le 28 avril 1819, un arrêt condamna Sainneville et le colonel Fabvier à 3,000 fr. d'amende. A cette dernière audience, le colonel avait aussi pour défenseur l'avocat Fabvier, son frère, qui adressa au baron Canuel celte apostrophe vigoureuse : « Nous « direz-vous, général, comment il s'est fait que vous i « ne vous soyez jamais battu que contre des Fran- « çais?» Vinrent les élections au mois de septembre suivant. Canuel se présenta dans le département de la
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Vienne et ne fut point élu. Cependant sa candidature avait été vivement appuyée par le parti royaliste et par M. de Chateaubriand, dans un écrit très-éloquent intitulé les Elections, et qui eut la plus grande publicité. Nous en extrairons ce qui concerne le général Canuel ; cette citation, en donnant le véritable aperçu de la situation des partis à cette époque, fera connaître en même temps l'opinion qu'avait de lui le parti royaliste. ■ Les royalistes ne manquent point « de candidats éclatants, propres à réunir les suf- « frages ; et surtout les victimes ne sont pas rares « parmi eux : il faut placer en première ligne les gé- ■ néraux Canuel et Donnadieu. Tous deux ont été « fidèles au roi dans les cent jours : l'un a combattu « auprès de Larochejaquelin dans la Vendée ; l'autre « a défendu, à Bordeaux, l'auguste prisonnière da « Temple, et l'a suivie dans son second exil. Tous « deux ont sauvé la France, l'un à Grenoble, l'antre « à Lyon : tous deux ont été l'objet des persécutions a ministérielles. Le général Donnadieu a été desti- « tué : il a été, de plus, calomnié, insulté dans les « journaux, dans les correspondances privées, le tout « jiour avoir été fidèle à ses serments, pour avoir « déjoué une conspiration, pour avoir, quoique pro- « testant, respecté le culte catholique, et protégé à « Grenoble les missionnaires. Le général Canuel a c pareillement perdu sa place : il a été jeté dans les « cachots ; victime d'une accusation odieuse, celui « qui venait d'étouffer une conspiration a été traité « comme un conspirateur; non-seulement on a es- « sayé de le présenter, à Paris, comme le chef d'une « prétendue machination aussi stupide que coupa- « ble; mais on a voulu qu'il Tût, à Lyon, l'auteur « même du complot qu'il avait découvert et puni. « Les lois ont deux fois vengé le général Canuel. « Certes, il faut que les révolutionnaires regardent « ses services comme bien importants à la cause « royaliste, pour que leur haine l'ait poursuivi avec « tant de persévérance et de vivacité 1 Les généraux « Canuel et Donnadieu méritent d'autant plus l'hon- « neur de nos suffrages, qu'ils n'ont pas toujours « servi dans nos rangs. La révolution les traite a comme des transfuges ; aujourd'hui on est déser- « leur, on manque à sa foi, quand on est fidèle au « roi légitime. Deux militaires dans la minorité de « droite seraient extrêmement utiles pour toutes les « questions relatives au ministère de la guerre, et « pour répondre aux généraux qui se trouvent pla- « cés dans le centre et dans l'opposition de gauche. « Quant au général Canuel, né dans le départe- « menl de la Vienne, il se présente au collège de ce « département, émule et voisin de la fidèle Vendée. « Lue foule d'électeurs qui se rendront à Poitiers « seront donc de vieux soldats des armées ven- « défîmes. La Vendée, qui, dans ce moment, avec « une modestie digne de ses vertus, semble croire « que nous avons fait quelque chose pour sa gloire, « tandis que c'est sa gloire même qui a réfléchi son « éclat sur un faible ouvrage; la Vendée, dont les « principaux chefs ont bien voulu nous adresser des « remerciements que nous ne méritons d'aucune « aorte, la Vendée voudrait-elle écouter notre voix T
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« Qu'elle De divise pas ses suffrages; que sa politique « soit une et entière ; qu'elle songe que des dissi- « dences malheureuses ont favorise en tout temps « le succès de ses ennemis ; si elle était restée unie, a elle n'aurait pas plus fait, sans doute, pour son « immortalité, mais elle aurait fait davantage pour « son bonheur et pour celui de la France. Puissent « toutes ces rivalités vertueuses, qui ont animé d'il- « lustres chefs, se perdre dans un commun amour « pour le roi ! Nos ennemis sont nombreux, nos « périls divers ; notre union peut tout rétablir, no- • ire désunion peut tout détruire. Le général Canuel « a déjà été nommé une fuis à Poitiers, et alors il « n'avait pas tous les titres qui le recommandent « aujourd'hui à la faveur des royalistes : il n'était « pas frappé de cette proscription ministérielle qui « achève de le rendre Vendéen. * Le général Canuel ne fut point élu, et resta dans un état de disgrâce jusqu'à l'avénement du ministère Villèle. On le vit, en effet, en 1K22, inspecteur général d'infanterie, et gratifié, le 10 juillet, de la croix d'oflicier de la Légion d'honneur. L'année suivante, il lit partie tle l'expédition d'Espagne, et commanda une division au S* corps de l'année des Pyrénées. A la suite de cette expédition,' il fut nommé commandant de la Légion d'honneur (4 octobre 1825), puis, quelques jours après, décoré de la grand'eroix de l'ordre de St-Ferdinaud. De retour en France, il fut immédiatement appelé au commandement de la 21" di- Tision militaire, à Bourges, et nommé grand officier de la Légion d'honneur, le 25 mai 1825. Lors de la révolution de juillet, il refusa de reconnaître le gouvernement de Louis-Philippe; et ses efforts pour défendre le drapeau blanc ne firent qu'exciter contre lui le parti vainqueur. Menacé dans son existence, ainsi que sa famille, il fut recueilli et protégé par M. Matter, alors avocat du barreau de Bourges, aujourd'hui député et premier président de la cour royale de Bourges. Il fut dès lors définitivement rayé du cadre des officiers généraux, et mourut en 1841 . Outre sa brochure sur les événements de Lyon, il avait publié des Mémoires sur la guerre de la Vendit en 1815, Paris, 1817, in-8°, avec carte et portrait. A ce livre, le général Umarque, qui avait combattu Canuel, opposa une brochure assez volumineuse ayant pour titre : Réponse à M. le lieutenant général Canuel, par M. le général Max. Lamarque, ou Lettre à l'auteur du livre intitulé : Mémoire* eur la guerre de la Vendée en 1815, suivie d'une lettre de M. Duchasiel à M. le lieutenant générai Canuel, Paris, 1818, brochure in-8* de 96 pages. Ces diverses brochures renferment des particularités curieuses sur cette courte guerre de la Vendée. D — n— ii.
CANUS (Julius), Romain d'une naissance illustre, qui, ayant cultivé son esprit par l'étude de la philosophie, donna l'exemple d'une constance héroïque que Sénèque admire dans son traité de Tranquillitale animi. 11 se retirait à la suite d'une longue contestation qu'il avait eue avec Caligula, lorsque cet empereur lui dit : • Ne vous y trompez « pas, j'ai ordonné que l'on vous mit à mort. »
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Canus répondit tranquillement : « Je vous en rends « grâce, prince plein de bonté. » Cependant, d'après un décret du sénat, il devait s'écouler dix jours entre le jugement et l'exécution. Pendant cet intervalle , Canus ne montra ni crainte , ni inquiétude, et lorsque le centurion vint le chercher pour le mener au supplice , il le trouva jouant aux échecs avec un de ses amis. Canus compta froidement son jeu et celui de son adversaire, et dit ensuite au centurion : « Vous êtes témoin que j'ai sur lui l'a- « vantage. » Il y avait peut-être beaucoup d'ostentation dans un soin si puéril ; mais Canus fit voir un esprit plus élevé, lorsque, s'adressant à ses amis qui pleuraient sur son sort, il leur dit : « Pourquoi « ces gémissements ? Vous êtes en peine de savoir « si l'âme est immortelle ; je vais en être éclairci a en un moment. Je songe à bien examiner si mon o âme se sentira sortir ; » et il leur promit , s'il apprenait quelque chose de l'état des âmes après le trépas, de revenir leur en faire part. V — ve.
CANUS, ou CANO ( MlLCUIOR ) , évèque des Canaries , naquit en 1525 à Tarançon , l>ourg du diocèse de Tolède , entra jeune dans l'ordre de St-Dominiquc à Salamanquc , succéda en 1540 au célèbre Viltoria, son maître, dans la première ebaire de théologie de cette université , y forma un parti opposé à celui du savant Caranza, son collègue, qui fut depuis archevêque de Tolède. Canus , lier, véhément, ayant joint a l'étude de la philosophie et de la théologie celle de l'histoire et des belles lettres , contribua , dit-on , à la disgrâce de Carança, homme doux et poli, et aux malheurs de don Carlos; mais le P. Touron le défend sur ces deux accusations dans son Histoire des hommes illustres de l'ordre de Sl-Dominique, t. 4. Lorsque les jésuites voulurent s'établir à Salamanque , l'impétueux Canus les dénonça comme les précurseurs de C Antéchrist , et il réussit à les faire renvoyer : ils ne purent s'y lixer qu'après qu'il eut quitté cette ville. On prétend que ce fut à leur sollicitation que Paul 111 l'appela au concile de Trente , et qu'ils le tirent nommer évèque des Canaries en 1552, pour se débarrasser d'un ennemi si dangereux; mais Canus, qui avait su s'insinuer dans l'esprit de Philippe II, dont il flatta l'ambition en lui persuadant qu'il pouvait faire la guerre à quelque prince que ce fût, lorsqu'il s'agissait de soutenir ses droits, se démit de son évècbé , obtint bientôt son rappel en Espagne , devint provincial de son ordre dans la province de Castille, et mourut à Tolède en 1500. C'était sans contredit un «les théologiens les plus judicieux de son temps. Il contribua beaucoup à faire bannir des écoles une foule de questions vaines et absurdes qu'on y agitait alors avec une ridicule importance. Son traité de Locis theologicis en 12 livres, c'est-à-dire, des principes et des sources d'où les théologiens peuvent tirer les preuves de leurs sentiments et les arguments pour combattre ceux de leurs adversaires, est un des meilleurs ouvrages de ce genre , et ne fut imprimé qu'après sa mort ( Salamanque , 1502, in-fol.). A quelques digressions près, il y a beaucoup de méthode ; le style
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en est pur, élégant et même fleuri. Les règles en sont excellente»; mais elles pèchent quelquefois dans l'application. On lui reproche encore d'avoir trop voulu réduire cette matière en art, à l'imitation d'ArUtotc, de Cicéron, de Quintilicn dans leurs traités de rhétorique et de dialectique. Le reproche qu'on lui fait d'une trop grande prévention contre les soolastiqucs vient sans doute de ce qu'il a réduit leur autorité à sa juste valeur. Baronius ne peut lui pardonner d'avoir dit que St. Grégoire le Grand et le vénérable Béde ont adopté sans trop de discernement des miracles qui n'étaient fondés que . sur des bruits populaires. On est étonné que son bon esprit ne Tait pas également désabusé des opinions ultramontaincs. C'est à tort qu'on l'accuse d'avoir dit que les écrivains sacrés n'avaient eu besoin que d'une simple direction du St-Esprit; il ne l'entend que des faits historiques dont ils avaient d'ailleurs une connaissance assurée. La dernière édition de cet excellent ouvrage , souvent réimprimé, est celle qu'a donnée A.-P.-Hyacinthe Serry, docteur de Sorbonne, Vienne, 1754, 2 vol. in-4°. Quoique son traité de Sacramenlit et ses Pralectionet de Pcenitenlia n'aient pas la même réputation que le traité de Locis theologicis, on y reconnaît le même caractère d'instruction, de solidité, de clarté et de méUiode , et le même goût de la lionne latinité. Les œuvres de Mclchior Canus ont été puoliées à Cologne en 1605, in-8«; ibid., 1678, in-8°; Lyon, 1704. in-4°. T— D.
CANUS. Voyez Ca.no.
CANUT 1", roi d'Angleterre et de Danemark, monta sur ces deux trônes réunis l'an 1015. 11 fut surnommé le Grand , pour sa puissance , comme Alfred l'avait été pour ses vertus. Les barbaries commises par les Danois établis en Angleterre avaient attiré sur eux une vengeance plus barbare encore. Èthelred II, 12* monarque anglais de la race saxonne, avait formé la résolution d'exterminer ces étrangers, et il était parvenu à les faire massacrer tous, hommes, femmes et enfants, en un seul jour (25 février 1002). Jl avait même voulu repaître ses yeux de cet horrible spectacle , et avait fait trancher la tète devant lui A la propre somr du souverain qui régnait alors en Danemark. Ce monarque {voy. Sié.no.n), transporte de fureur, était Tenu descendre en Angleterre. Éthelmi , Bprès avoir su assassiner, n'avait pas su combattre, et s'était enfui en Normandie, abandonnant son pays à des vainqueurs furieux. Ceux-ci avaient à leur tour rempli l'Angleterre d'incendies , de carnage, et, ce qui était peut-être pire, de perfidie et de dépravation. Cependant, abandonnés par leur roi, les peuples , dans plusieurs provinces , résistaient encore à leurs oppresseurs. Suénon perdit la vie en Angleterre en 1014, avant d'avoir pu y affermir sa domination. Edmond, surnommé Càle de Fer, plus digne du trône que son père Éthelred , luttait avec succès contre la puissance des Danois , lorsque Canut, lils et successeur de Suénon, vint revendiquer le trôno d'Angleterre. Son premier acte de souveraineté fut de ravager toute, la côte orientale de son |
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nouveau royaume , et de jeter i Sanwicb tans les
Anglais remis en otage à son père, après leur avoir coupé le nez et les mains. Bientôt, avec des renforts qu'il était allé chercher en Danemark, il revint dévaster le midi de l'Angleterre avec la même fureur, entra dans le Dorsetshirc , sut qu'il était menacé par une armée qu'avait levée contre lui le valeureux Edmond , et trouva moyen de la dissiper par ses intelligences avec le perfide Edric , son beaufrére {Voy. Ëdmc.) Edmond en leva une seconde, une troisième , toujours vaincu par la trahison, même quand il avait été vainqueur par le courage, mais résolu de n'abandonner qu'avec la vie la défense de son trône et de son peuple. Enfin, malgré les désavantages et les dangers de son affreuse situation, ayant moins à craindre des armes de son ennemi que de la perfidie d'Edric, tour à tour déconcerté par une trahison ouverte, et séduit par un faux repentir, et ne pouvant être en sécurité ni dans son camp ni dans 6on palais, Edmond sut encore tellement balancer la fortune entre lui et Canut , que les nobles anglais et danois , épuisés de combats et de fatigues , demandèrent impérativement à leurs deux souverains de se partager l'Angleterre. Un traité solennel assura le nord au prince danois , le midi A l'anglais : un mois après ce traité , deux chambellans aclietés par Edric assassinèrent Edmoud , et toute l'Angleterre fut A Canut. Ivimond laissait deux enfants mineurs : Canut composa une assemblée d'états, lit paraître devant eux des témoins subornés, qui jurèrent que, lors du dernier traité , Edmond , au préjudice do ses enfants, avait cédé à Canut l'héritage de sa couronne; et los états confirmèrent celte cession. Faibles et dépossédés qu'ils étaient, ces eufanta portaient encore ombrage; les immoler près du tombeau de leur père n'était pas sans danger : Canut les envoya au roi de Suède, son ami, en le priant de le délivrer de toute inquiétude par leur mort. Le roi de Suéde eut horreur d'une telle proposition, reçut les deux jeunes princes, niais les envoya au roi de tlongric , qui leur donna l'hospitalité la plus généreuse. Après leur mort, qu'il n'avait pu obtenir, un tel éloignement était ce qui convenait le plus à Canut. Il désira dès lors de sec* tir des routes du crime, mais se crut encore obligé d'en commettre quelques-uns , et, pendant vingt ans qu'il régna, il so montra d'abord cruel et injuste, devint ensuite équitable et humain, et finit par être dévot et superstitieux. Plusieurs victimes de ses nouvelles cruautés n'étaient rien inoins qu'iulerusantes : il frappa surtout ceux des Anglais qui avaient trahi pour lui leur roi Ethelred , et l'infâme Edric, ayant osé lui reprocher ses services, fut pendu et jeté dans la Tamise. Il accabla ses sujets d'impôts pour satisfaire l'avidité de ses chefs, mit ceux-ci à la tête de castes territoires, pour les intéresser i l'affermissement de son autorité j puis les bannit l'un «prés l'autre ; et, confondant les Danois avec les Anglais, rétablissant les coutumes saxonnes dans une assemblée des états , assurant A loua uni distribution impartiale de la junise, A chacun mm
protection égale dû sa vie et de sm propriétés , il clangoa en respects et en bénédictions l'horreur qu'avait excitée sa tyrannie. 11 acheva de cliarnior les Anglais en épousant Emma , veuve de leur roi Eihelred, dans laquelle ils aimaient à retrouver leur reine , et , par ce mariage, Canut arrêta les entreprises du duc de Normandie, frère d'Emma, lequel se préparait i faire valoir les droits de ses deux neveux, lils puînés d'EUielred, au trône d'Angleterre. Sûr désormais de pouvoir s'éloigner sans crainte, Canut fil un premier voyage sur le continent, pour vaincre la Suéde, et un second, en 1028, pour conquérir la Norvège. Ce fut alors que, monté tur U faite, on le vit o*pi'r*r à descendre. Devenu le plus puissant prince de son temps, ne trouvant que vanité dans les grandeurs, poursuivi par l'idée du prix qu'elles lui avaient coûté , il se jeta dans les bras de la religion , couvrit le sol anglais d'églises et de monastères , fonda des prières publiques pour les âmes de lous ceux qui étaient morts en combattant pour lui , et couronna tous ces actes religieux par un pèlerinage à Rome , où il obtint de grands privilèges en faveur des écoles anglaises. Quelque minutieux qu'ait paru à Hume cet esprit de dévotion , l'on aimera toujours à voir Canut confondre les Batteurs qui lui attribuaient la toute-puissance, entrer dans La vase de la mer i l'instant du reflux, défendre aux flots de monter jusqu'à lui , et, lorsqu'ils ont mouillé ses pieds , se retourner vers ses vils adulateurs, pour leur dire avec dédain : « Ap- « prenez que celui-là seul est tout-puissant , a qui « l'Océan a obéi , quand il a dit : Va puqmelà et « pas plut loin. » La dernière expédition de Canut fut contre Malcolm, roi d'Ecosse, qui refusait et qui fut forcé de se reconnaître vassal de l'Angleterre pour les domaines qu'il possédait dans le Cumberland : nommage bien positivement borné à ces terres situées hors du sol écossais , et qui postérieurement causa des guerres terribles , lorsque les monarques anglais voulurent l'étendre à tout l'intérieur de l'Ecosse. Quatre années d'un règne heureux et paisible suivirent cette expédition , et Canut mourut en 1636, à Shaftsbury , laissant de son premier mariage avec Alswen, fille du comte de Hampshire, Sweyn et Ilarold, et d'Emma, sa seconde femme, Hardi Canut. Son testament assigna au premier la Norvège, au second l'Angleterre, et le Danemark au troisième. L— T— -t.
CANUT II, autrement Hardi Carut, ou Cahlt le Rqbcste, fils du précédent, apprit en Danemark la mort de son père , et le testament qui lui assignait ce royaume du Nord pour son partage, en établissant Harold , son frère consanguin, sur le troua d'Angleterre. Fils d'Emma, sn?ur de Richard, I duc de Normandie, Hardi Canut devait être appelé i la monarchie anglaise, d'après le traité passé entre le duc son oncle et le roi son père , lorsque celui-ci avait épousé en secondes noces la veuve d'Ethelrad H. Le voeu général des Anglais était pour le fila de leur reine ; mais ib craignirent la guerre I chrue, et réglèrent que Harold serait maître du i pays au nord de U Tamise, et Hardi Canut, de la I
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partie méridionale. Harold ne tarda pas à s'emparer de tout, et mourut après un règne très-court, lorsque Hardi Canut venait , les armes A la main , revendiquer sa part. Reçu en triomphe à Londres, et roi d'Angleterre sans partage , en 1646 , le fils d'Emma, commo s'il lui eût tardé de perdre l'affection de ses sujets , les révolta tous en exerçant sur les restes de son frère Harold une vengeance également basse , absurde et impie. H osa ordonner à l'archevêque d'York de violer le tombeau de Harold, d'exhumer son corps, de lui couper la tête, et de le précipiter dans la Tamise. L'archevêque ne put empêcher l'ouverture du tombean, et le duc Godwin se chargea de l'exécution du cadavre. Des pêcheurs trouvèrent ce corps flottant, et l'ensevelirent à Londres ; Hardi Canut le fit déterrer de nouveau , et rejeter dans la même rivière. Bientôt il se montra aussi avide que cruel. I* nation vit rétablir, de tous les impots , ceux qu'elle détestait le plus. Partout on murmura ; le peuple de VVorcester massacra deux des collecteurs. Hardi Canut jura d'exterminer la ville entière. Godwin, Sivard, Lèofric y mirent le feu, et la livrèrent au pillago des soldats. L'Angleterre frémissait d'un règne qui s'annonçait sous de tels auspices. Heureusement il fut encore plus court que celui de Harold, et ne s'étendit au delà de deux ans. Hardi Canut ayant honore de sa présence les noces d'un seigneur danois, en 1642, y mourut subitement, d'intempérance selon les uns, de poison suivant d'autres. Avec lui s'éteignit en Angleterre la dynastie danoise. Les Anglais revinrent aux deux frères d'Edmond Cète de Fer, (Ils puînés d'Ethclrcd, appelés, l'un Alfred, et l'autre Edouard. Ce dernier fut préféré, soit que Hardi Canut et Godwin eussent assassiné de concert le prince Alfred , ainsi que le disent quelques historiens anglais, soit que Godwin eût commis ce meurtre à lui seul , après la mort de Hardi Canut, ainsi que d'autres le rapportent. ( Voy. Alfred II, et Édouaro le Con-
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CANUT IV (Saint), fils de Suénon II, roi de Danemark, et d'une de ses maîtresses , avait, à la mort de son père, en 1674, partagé les suffrages de la nation pour occuper le Irène. Ses partisans avaient même pris les armes, et l'on était sur le point d'en venir aux mains , lorsque les discours de Harold, son frère aîné, aidés des artifices de deux seigneurs de son parti, firent pencher en laveur de ce dernier les suffrages de rassemblée générale. Canut , en apprenant cette nouvelle, se retira en Suède, et, sourd aux offres d'Harold , mit promettait de lui donner l'investiture de quelque partie du royaume, à condition qu'il reconnaîtrait son élection , il alla en Prusse, où il avait déjà donné des preuves de sa valeur, continuer la guerre que les chrétiens faisaient aux habitants encore idolâtres de ce pays. Harold étant mort en 1096, les états résolurent unanimement de rappeler Canut , qui se trouvait alors en Suède. Dès qu'il eut pris possession de la couronne, il épousa Adèle , fille de Robert , comte do Flandre, puis il termina glorieusement la guerre do Prusse et de Cottrlandc. Il s'occupa ensuite de
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faire rentrer dans le devoir ses sujets accoutumés à la licence et à l'impunité, délivra la mer des pirates qui l'infestaient , fil punir tous les coupables, et ota même à ses frères les gouvernements des provinces où ils s'étaient conduits d'une manière tyrannique; mais sa sévérité souvent poussée à l'excès et sa déférence impolilique pour les prêtres aigrirent les peuples. Le mécontentement général n'attendait qu'une occasion pour éclater ; elle se présenta. L'Angleterre , arrachée à la domination des rois de Danemark depuis la mort de Hardi Canut, était regardée par eux comme une province révoltée. Canut , qui en avait médité la conquête, avait pris des mesures pour cette grande entreprise. 11 conclut un traité avec Olaûs le Débonnaire , son beau-frère , roi de Norwége, qui lui promit un secours de soixante de ses plus grands vaisseaux et d'une armée d'élite. Son beau-père lui envoya près de 1,000 vaisseaux, qui se joignirent à ceux des Norvégiens dans le Lyinfiord (golfe du Jutland). Guillaume le Conquérant, au bruit de cet armement, leva des troupes de tous cùtés , et prit de grandes mesures pour prévenir l'invasion ; mais Canut n'effectua pas son entreprise , soit , comme le rapporte un historien anglais , qu'il fût retenu par les vents contraires, soit qu'il apprit que les Wendes préparaient un armement contre le Danemark; Canut prit le parti d'apaiser les Wendes en leur envoyant des ambassadeurs, et, tandis qu'il attendait leur réponse pour se décider à rejoindre sa flotte, l'armée, impatiente d'un délai dont elle ignorait la cause , cltargea Olaûs, duc de Sleswig et frère du roi, de s'en informer. Canut , indigné des murmures de l'armée et de la hardiesse d'Olaùs, lui interdit sa présence. Bientôt même soupçonnant, non sans raison, qu'il est l'auteur du mécontentement, il le fait arrêter, et le commet a la garde du comte de Flandre. Cette rigueur, en consignant les troupes, accroît leur animosité contre le roi ; on projette une vengeance; mais la crainte , plus forte que le ressentiment, disperse toute l'armée au premier bruit de l'arrivée de Canut. N'ayant trouvé au lieu du rendez-vous que les Norvégiens, il les renvoya dans leur pays comblés de présents, et resta en Jutland pour punir la désobéissance de son armée. Sa sévérité en celle occasion, sa préférence sans réserve pour les ecclésiastiques , et surtout un nouveau tribut qu'il imposa par tête comme expialion de l'injure que son peuple lui avait faite, révoltaient même les plus modérés de ses sujets. L'indignation fut au comble quand il convertit ce tribut en décimes au profit du clergé, et qu'il ordonna que cette espèce d'amende fût exigée avec rigueur, espérant par là faire consentir les Danois à payer au clergé les décimes auxquels les étals avaient constamment refusé de se soumettre. Les collecteurs ayant , par leur dureté , rendu ce fardeau insupportable , le peuple se plaignit, murmura; enfin, dans le nord du Jutland, les habitants massacrèrent deux collecteurs , poursuivirent le roi qui se trouvait dans le voisinage, et le contraignirent a fuir en Fionie. Le soulèvement qui s'était étendu dans tout le Jutland menaçant de j
gagner cette Ile , Canut se réfugia en Sélande. Il eût pu y rester en sûreté ; mais un traître nommé Black lui persuada de retourner en Fionie , où sa présence suffirait pour imposer aux insurgés. Canut arrive à Odenséc accompagné de Black, qui, feignant de remplir auprès des Jutlandais le rôle de conciliateur, les excite à saisir l'occasion de se venger. Le roi , déçu par ce perfide , se fiait à la promesse d'une réconciliation. Il entre dans une église que les conjures investissent. Black, qui les voit retenus par la crainte de profaner ce lieu, leur ouvre la porte; ils le suivent. Canut et ses deux frères. Eric et Benoit, font une résistance inutile ; ils sont massacrés , à l'exception d'Éric , qui parvient à s'écltapper. Ainsi périt dans l'église de St-Alban à Odensée, le 2 juillet 1086, Canut, victime du peuple irrité de la dureté de son gouvernement. Son zèle, plus ardent qu'éclairé , pour les intérêts du clergé, lui mérita en 1100 les honneurs de la canonisation. Plusieurs églises lui furent dédiées. Les anciennes chroniques nous apprennent qu'il était grand , bien fait, d'une figure agréable, qu'il avait le regard plein de vivacité , beaucoup d'esprit , d'éloquence et de bravoure ; mais ses belles qualités furent obscurcies peu à peu, et enfin anéanties par un manque de jugement qui fit son malheur. Il commit, en administration, une faute jjrave , en créant son frère Olaûs duc de Sleswig. 11 retira des fruits amers, de celte mesure , et donna un mauvais exemple à ses successeurs, qui démembrèrent la monarchie. Adèle, à la nouvelle de la fin tragique de son époux , se relira auprès de son père avec un seul de ses enfants, nommé Charles. Ses deux filles étaient mariées en Suède. Charles devint comte de Flandre, fut tué dans une église par ses sujets révoltés , et mis au rang des saints comme son père. Adèle é|»ousa dans la suite Roger, duc de la Pouillc, dont elle eut un fils appelé Guillaume. Elle légua en mourant tous ses biens au pape Honoré. JElnoth, moine de Cantorbéry , a écrit en latin la vie et le martyre de St. Canut. Cet ouvrage , imprimé d'abord à Copenhague, en 1602, a été publié, avec des notes de Jean Meursius, à Hanau , 1631 , in-4<>, et 1657, in-44. André Angeletti a aussi composé en italien la vie du même saint. E— s.
CANUT (Saint), duc de Sleswig, second fils d'Eric le Bon, roi de Danemark , ne fui pas, non plus que son frère aîné, appelé a porter la couronne de son père, qui passa en 1105 à Nicolas, leur oncle. Ce monarque n'ayant pu arrêter les progrès de Henri, roi des Slaves, qui ravageait le Hotstein, et ayant été trahi par le gouverneur de Sleswig, trouva un défenseur dans son neveu. Nommé duc de Sleswig eu 1115, Canut commença par offrir la paix à Henri. Ayant essuyé un rems, il ne tarda pas à recouvrer le Sleswig, et porta même bientôt la guerre dans les Etals de son ennemi, qui revint à des sentiments plus pacifiques. Canut s'occupa à faire régner dans sa province la paix et la justice, et sut y réprimer le brigandage tenu, en quelque sorte a honneur par les braves de ce siècle. Henri étant mort, et ses descendants ayant tous péri dans la guerre
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qu'ils s'étaient faite, Canut monta sur le trône des Slaves Obotrites, et fut couronné par l'empereur Lotliaire II, à la cour duquel il avait passe une partie de sa jeunesse, et à qui il prêta le serment accoutumé. Tandis que Canut se faisait chérir par ses vertus, Harold, son frère atné, que ses vices avaient exclu du trône de Danemark, se faisait détester par ses brigandages. Eric, son autre frère, s'y opposait de tout son pouvoir. Nicolas, trop faible, laissait à Canut le soin de rétablir la paix entre ses frères et de mettre le peuple à l'abri de leurs violences. Cette marque de confiance ayant augmenté l'attachement des Danois pour Canut, ses ennemis insinuèrent au roi qu'à sa mort ses sujets préféreraient à son (ils Magnus, le duc de Sleswig, sur qui tous les regards se fixaient, et qui était trop puissant pour rester lidèle. Nicolas résolut de se défaire de son neveu ; mais craignant le ressentiment de ses peuples, il se décida à tâcher de le noircir dans leur esprit. Il lui manda de venir à l'assemblée des états ré| tondre aux charges qui seraient portées contre lui. Canut, fort de sa conscience, comparut. Le roi l'ayant luimême accuséde manœuvres pour s'emparer du trône. Canut se défendit avec tant de clarté, de raison et de fermeté, que l'assemblée le déclara innocent, et que le roi s'apaisa ou cacha sa haine. Livide, la nouvelle reine, qui avait aussi conçu de la jalousie contre Canut, réussit i entretenir les mauvaises dispositions du roi et de son lils : Maguus jura la mort de Canut. Il l'invita à venir passer les fétes de Noël à Koskild. Canut s'y rendit, malgré les prières de son épouse. Après des fêtes qui durèrent quatre jours, il alla à un château de son frère Harold, situé à peu de distance. Magnus lui expédia alors un message pour l'engager à le venir trouver dans une forêt voisine où il désirait l'entretenir. Canut, arrivé sans armes au lieu de l'entrevue, trouva Magnus qui l'embrassa et le conduisit dans un endroit écarté, et, |)Our parler plus à l'aise, s'assit à terre avec lui. Au milieu de l'entretien, il se leva, le saisit pu les cheveux et lui coupa la tète. Ce lâche homicide, commis le 7 janvier i 151 , consterna tout le royaume. Les vertus de Canut, sa valeur, sa prudence, sa Iwnté, sa justice, lui avaient gagné le cœur des Danois. Il fut canonisé en 1171. Le martyrologe romain le confond avec St. Canut, roi de Danemark. Il laissa sa femme Ingeburge, petite-fille de Waladimir, ou Woldemar, grand-duc de Russie, enceinte d'un fils qui naquit huit jours après, et qui, sous le nom de Valdemar I", occupa glorieusement par la suite le trône de Danemark. ( Vny. Nicolas. ) E — s.
CANUT V, fils du prince Magnus et petit-fils du roi Nicolas, fut, après l'abdication d'Eric l'Agneau, en H 47, l'un des prétendants à la couronne de Danemark. Suénon, son compétiteur, avait pour lui les peuples de Sélandc et de Scanie. Canut était soutenu par les Jul landais. Tous deux, élus rois par les étals généraux de leur parti, coururent aux armes : la victoire se déclara contre Canut, qui, battu en Sélande, fut obligé de se retirer en Julland. Bicntôt les deux rois, i la sollicitation du pape Eugène III, s'unirent pour faire la guerre aux Vandales, ou
Wcndes, afin de les obliger à embrasser le christianisme. Les Danois, peu d'accord entre eux et abandonnés par les Allemands, leurs alliés, éprouvèrent du désavantage, et se retirèrent dans leur patrie, on les Vandales vinrent commettre des dégâts, ce qui n'empêchait pas les deux rois rivaux de se combattre avec acliarnement. Canut s'empara de Hoskild, mais il fut battu une seconde fois à Thestrup. A celte époque, le parti de Suenon reçut un renfort important par l'accession de Valdemar, lils de Canut, duc de Sleswig, assassiné par Magnus, père de Canut V. Ce prince revendiquait le Sleswig compris dans le Julland. Aidé de son nouvel allié, Suénon délit Canut une troisième fois près de Viborg en Julland. Canut se réfugia en Suède, passa de là en Hussie, puis en Saxe, et enfin à Hambourg ; il y trouva un allié zélé dans l'archevêque Ilarlvig, qui ne pouvait pardonner aux Danois de s'être soustraits à la juridiction de son église. Canut avait cependant travaillé à relever son parti en Julland. Il ne s'y fut pas plutôt montré, qu'il eut sur pied une armée nombreuse, et força Suénon à s'enfermer dans Viborg, où il l'assiégea. La disette allait le rendre maître de la place, lorsque Suénou lit une sortie pendant la nuit, et maltraita tellement l'armée de Canut, (pie celui-ci. resté sans ressources, fut obligé d'aller chercher un asile à la cour de l'empereur Frédéric I", cl lui offrit de recevoir, comme fief de l'Empire, les provinces de ses Etats qu'il recouvrerait avec son aide. Frédérie, ravi de cette proposition, jugea pourtant (pic, pour l'effectuer, le consentement de Suénon, demeuré maître du royaume, n'était pas moins nécessaire (pie celui de Canut : il offrit donc, dans ce dessein, de servir de médiateur aux deux princes, et, sous prétexte d'une conférence où leurs intérêts seraient discutés, il indiqua une entrevue a la diète de Mcrsebourg, et y fil inviter Suénon. Ce roi, redoutant l'inimitié de l'empereur, y vint avec Valdemar et une partie de sa cour. Quand il fut question de régler les prétentions de Canut, on déclara ù Suénon qu'il devait, à l'exemple de son rival, reconnaître l'Empereur pour son suzerain. Celte proposition, appuyée de menaces, ne laissant pas à Suénon la liberté du choix, il fut obligé de dissimuler et d'y accéder. Alors l'Empereur prononça à son avantage, et lui conserva la couronne, en reservant à Canut l'ilc de Sélande, qu'il tiendrait comme liefdu royaume. Ce traité fut suivi, selon les auteurs allemands, du couronnement de Suénon par les mains de l'Empereur; mais les Danois prétendent, avec quelque fondement, (pic le différend soumis à l'examen de Frédéric ne concernait que le royaume de Vandalie, et non celui de Danemark. Au reste, Suénon, à peine de retour dans ses Etals, protesta contre le traité qu'on lui avait arraché, et refusa de remettre la Sélande à Canut. Valdemar, qui s'était rendu caution des engagements de Suénon, l'engagea, pour éviter la guerre, a donner à Canut, en place de cette ile, divers domaines en Julland, en Sélande et en Scanie. Après cet arrangement, la paix régna quelque temps entre les princes; mais Suénon s'étant, par ses excès, atdré la haine géné-
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rate, Valdemar, qui se défiait de ses intention*, et qui depuis quelque temps penchait pour Canut, s'unit plus étroitement à ce dernier en épousant sa srrur. Cauut lui céda la troisième partie des domaines qu'il possédait. Cette alliance donna de l'ombrage à Suénon, qui résolut de se venger par la perfidie. Canot et Valdemar prirent le titre de rois en Jntland, et marchèrent contre Suénon, qui s'enfuit en Saxe, puis revint en Fionie, où les deux rois le suivirent. Valdemar offrit sa médiation, et la paix fut conclue. Suénon eut la Scanie, Canut les lies, Valdemar le Julland et le Slcsw ig. Chacun devait gouverner avec Je titre et l'autorité. de roi. Les réjouissances qni suivirent la conclusion du traité fournirent à Suénon l'occasion de se venger. Il invita les Jeux rois à nne grande fête qu'il donna à Roskild en 1 136. Ils y reçurent toutes sortes de témoignages d'affection ; mais vers le soir divers indices lirent soupçonner à Canut quelque perfidie ; il se leva, et, ayant embrassé Valdemar, il se disposait à sortir, lorsqu'une troupe de gardes armés, guidée par Suénon, entre dans la salle, et attaque les deux princes: Valdemar s'échappa, mais Cauut fut tué d'un coup d'épée a la téte. 11 avait régné neuf ans en Jutland, et quelques jours dnns les lie* danoises. Il laissa plusieurs enfants. Un de ses fils, nomme Nicolas, mourut en odeur de sainteté ; il est connu sous le nom de St. Nicolas de Viborg; un autre, nommé Harald, fut par la suite chef d'un parti de rebelles ; une de ses tilles ( Hildegarde ) fut mariée à Joromor, prince de Rugen; une autre (Judith) épousa Bernard, duc de Saxe. Son fils naturel, Valdemar, duc de Slcswig, causa par la suite de grands troubles dans l'Etat. ( Voy. Siénox HT et Valpemar I". ) E— s.
CANLT VI, roi de Danemark, fils aîné de Valdemar 1", désijmé par les états pour lui succéder, et couronné depuis douze ans, monta sur le trône à la mort de son père, en H 82. Peu de temps après son avènement, les Scaniens, qui s'étaient révoltés sous le régne précédent, se soulevèrent de nouveau, sous prétexte que les étrangers occupaient les meilleurs emplois. Ils choisirent pour chef Harald, qui n'avait d'autre mérite que celui d'être fils de Canut V, et reçurent des secours de Canut, roi de Suède; mais bientôt, vaincus par le petit nombre de sujets restés fidèle*, et par l'archevêque Absalon, qui avait amené des troupes de Scanie, ils abandonnèrent leur chef, qui s'enfuit en Suède, oit il mourut l'année suivante. Cette même année, l'empereur Frédéric Barberotisse fit inviter Canut à venir à sa cour, sous prétexte de renouveler l'amitié qui avait existé entré lui et Valdemar, mais, en effet, pour l'engager a lui faire hommage (vmj. Absalojs), et il excita Cogitas, duc de Poméranie, â attaquer le Danemark. Ce prince, battu à plusieurs reprises, vint se jeter aux pieds de Cannt avec ses enfants et sa femme, sœur de ce monarque. Canut lui rendit sa principauté, à condition qu'il la tiendrait sous la suzeraineté du Danemark. Il soumit ensuite le Mcklenbonrg, et prit le titre de roi des Slaves ou des Vandales, que les rois de Danemark ont conservé. La Vandalie comprenait le pays situé depuis l'extré-
mité orientalé dé la Poméranie, jusqu'à la basse Elbe, versHâmbourg.Frédéric,apprenantla prompte soumission de celle contrée, ne put, dans les conjonctures où il se trouvait, songer à la vengeance, mais fl manifesta son dépit, en sommant Canut, pour ht troisième fois, de venir en Allemagne ; et, sur son refus, il lui renvoya la princesse Hélène, sa sœur, qui avait été fiancée à Page de sept ans a Frédéric, duc de Souabe, conformément à la promesse faite par Valdemar. En J 186, pendant que Canut présidait aux étals assemblés à Odcnsée, des messagers arrivèrent avec des lettres du pape Clément III, qui exhortait les Danois à se croiser, a l'imitation des autres fidèles de l'Europe. L'Empereur, qui avait pris la croix, employa le crédit du pape pour engager Canut à conclure une convention par laquelle ce roi s'engagerait à respecter la paix de l'Empire pendant l'absence de son chef ; et, pour lui ôter tout prétexte de mécontentement, il révoqua le décret de proscription rendu contre Henri le Lion, bcaupére de Canut. La noblesse danosie fut vivement émue par les exhortations du souverain pontife, qu'Esbcrn, frère d' Absalon, appuya de toute son éloquence'. Quinze des principaux seigneurs se croisèrent, mais cinq seulement persistèrent dans leur résolution. Le roi fut assez sage pour n'y prendre aucune part. En 1196, il marcla en personne en Estonie, s'empara de la Livonie, où il établit la religion chrétienne, et fit rentrer dans l'obéissance les villes de la Vandalie qui s'étaient révoltées. Il s'appliqua ensuite à faire jouir ses États d'une paix glorieuse et (Tune administration sage. L'évêque de Slcswig, fils naturel de Canut V, à qui il avait donné ce duché à gouverner durant le bas âge de Valdemar, son frère, pique de ce qu'on lui était cette province, voulut s'en venger. Depuis longtemps il ourdissait des trames dans le royaume, et formait des alliances avec quelques princes d'Allemagne, notamment avec Adolphe, comte de Holstein. Enfin il leva le masque, passa en Norwcgc, en revint avec une flotte de trente-cinq vaisseaux, fit une descente en Danemark, et prit le titre de roi, pendant que ses alliés s'avançaient vers l'Eydcr pour le soutenir. Canut se contenta de faire garderies retranchements qui défendaient l'entrée du Julland, et recommanda d'éviter tout engagement. L'évêque, ayant épuisé ses trésors, fut obligé de remercier ses alliés. Il se mil en chemin pour venir demander grâce a*» roi ; mais comme il n'avait pris aucune sûreté, il hit arrêté, chargé de chaînes, et conduit au château do Soeborg en Sélande. Canut marcha ensuite contre le comte de Holstein, qui lui envoya une ambassade pour acheter la paix : elle ne dura pas longtemps. Cauut prétendait traiter Adolphe en vassal ; celui-ci no voulait reconnaître d'autre maître que l'Empereur ; il unit ses intérêts à ceux d'Otlou, margrave de Brandebourg. Canut expédia en Vandalie une Qotte qui, renforcée |>ar plusieurs vaisseaux du Danemark, entra dans l'Oder. Otton s'avança contre les Danois avec une armée égale à la leur. Le clioe fut terrible : les Danois furent défaits ; Torbcrn, leur général, fut tué; l'évêque de Roskild, prisonnier; mais il s'e-
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cliappa bientôt. Après cette action, les deux princes confédérés ravagèrent la Vandalie ; mais l'aunéc «ùvaate, la fece des aflaires diangca : Adolplu;, réduit à demander la paix, oc l'obi un que par la cession de M Pitmarse et de Rendsbourg. Canut fortifia cette place, 7 mit une garnison nombreuse, construisit un pont sur l'Eyder, et, par là, tint Adolphe en échec ; nais celui-ci était d'un caractère trop turbulent pour rester eu repos. Jl assiégea Laueubourg, /qui appartenait au duc de Saxe. Les habitants, se voyant virement pressés, avaient fait secrètement avertir jCanut qu'ils étaient disirocs à lui renietu e la place. (Canut leur avait lait promettre un prompt accours, en leur recommandant d'arborer sur leurs remparts l'étendard de Danemark. Adolphe n'en poussa le siège qu'avec plus d'ardeur, et prit Lauenbourg avant l'arrivée des Danois. Canut entra dans le Holslein. Les sujets d'Adolphe et ceux d'un comte, son voisin, qui l'avait puissamment secouru, outrés de se voir sacrifiés à des guerres étrangères, en murmuraient hautement. Une partie de la noblesse alla même se rendre au roi, ou à Valdemar, qui avait pris le commandement de l'armée. ( Voy. V*t> DEM au 11.) Ce prince soumit toutes les villes du Holstem, et reçut l'hommage des sujets des deux comtes. 11 s'empara ensuite de Lubeck, qui reconnaissait, sous quelques rapports, le comte de Holstein pour souverain. Valdemar reçut des otages, distribua les lieu et les gouvernements de la province aux seigneurs qui avaient pris son parti, et retourna en Danemark jouir de ses triomphes «t prendre de nouvelles mesures pour les assurer. Dés qu'il fut éloigné, Adolphe sortit de Stade, où il s'était réfugié, s'empara de Hambourg, et chercha à soulever le llolsteiu contre ses nouveaux maîtres ; mais Canut le surprit par une marclie forcée, et l'enferma uans Hambourg. On était au cœur de l'hiver; l'Elbe était pris par les glaces. Adolphe, ne pouvaut se sauver-, fut contraint de traiter de sa liberté. Valdemar consentit a la lui laisser, à condition qu'il lui livrerait Lauenbourg. Le commandant de cette place avant refusé de remplir cette clause, Adolphe fut conduit prisonnier en Danemark. Ces succès, et I avéncineat à la couronne impériale d'Otlon, duc de Saxe, fils de Henri le Lion, beau-père de Canut, ayant affermi les conquêtes de ce monarque en Allemagne, il vint se montrer à ses nouveaux sujets. Les bourgeois de Lubeck lui firent une réception magnifique. 11 convoqua dans celte ville les députés du Holsteinct des autres provinces, et reçut leur serment de fidélité; mais cette pompe se changea bientôt en appareil de deuil. Canut, de retour dans ses Etats, fut atteint d'une maladie qui l'emporta le 12 novembre 1202, dans la 40' année de son Age et la 21' de son règne. 11 n'eut peut-être pas pour la guerre autant de talents que son frère Valdemar, ou que l'archevêque Absalon, mais sa piété, sa modération et la pureté de ses mœurs lui ont acquis une gloire qui ne périra pas. Jamais le Danemark n'avait Lie aussi florissant que sous son régne. Canut, n'ayant pas laissé d'enfants, eut pour successeur son frère Valdemar. Leur saur "
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lippe- Auguste, roi de France, qui la répudia. ( Voy. L\G£LSuacE. ) Canut, instruit de la manière indigne dont elle était traitée, envoya à Rome demander justice au pape Céleslin 111. Sons le régne de ce prince, le Danemark eut des hommes distingués en tout genre; les plus remarquables furent Eskild et Absalon, archevêques de Lund ; Esbern, sénateur et frère de ce dernier; Saxo G ranimai icus, et Suéno Aagesen, lustoriens de Danemark ; André Suenscn, qui, entre autres ouvrages, traduisit en latin les lois de Danemark, et Guillaume de Paris, mis depuis au rang des saints, et qu Absalon avait fait venir de France. E — s
CANUT, fils de St. Éric, roi de Suède, espérait succéder à son père en 1 1 60 ; mais les évèques et les grands décidèrent que les princes de la race de Sverker et ceux de la race d'Eric régneraient tour à tour. En conséquence le trône tomba en partage à Charles Sverkerson, déjà roi de Goliiie. Les Gis d'Eric, qui soupçonnaient Charles d'avoir trempé dans le meurtre de leur père, se retirèrent en Norvège. Charles avait régné sept ans, lorsque Canut arriva avec une troupe nombreuse à Visingsoe, fie du lac VYetter, attaqua le roi et le tua, le 18 avril 1 168. Il fut ensuite élu roi de Suède. Cependant il ne jouit pas paisiblement de la couronne ; un descendant de Sverker fut proclamé en Gothie ; d'autres prétendants essayèrent de soulever différentes provinces ; mais ils turent défaits u la bataille de Diaelbo. La tranquillité du régne de Canut ne fut troublée depuis lors que par les incursions des peuples païens de l'est, qui vinrent ravager une partie de ITpland. Canut ne prit aucune part aux troubles de la Norvège et du Danemark. Un de ses grands vassaux envoya cependant des troupes pour soutenir les révoltes de Scanic contre Canut VI, roi de Danemark. La paix qui régna eu Suède sou» ce règne fut favorable au progrès de la culture. Canut fonda un grand nombre de monastères, favorisa beaucoup les moines, et se fit même recevoir dans l'ordre de Citeaua. Vers la fin de sa vie, on l'engagea, en expiation du meurtre de Charles, à nommer pour sou successeur le fils de ce prince. On essaya ensuite vainement «le lui faire entreprendre la guerre contre son beau-frère, le roi «le Norvège. U mourut en 4199, à Ericsberg en Westrogothie, et laissa un fils qui devint roi de Suède sous le nom de Eric X, et deux filles. Les chroniqueurs rapportent qu'il avait des scaldes k sa cour, ce qui fait présumer qu'il protégeait les lettres E— s.
CANZ ( IsuaeIi-GottlieB ) , né à Heinshcim, le 26 février 1090, fil ses études à Tubingen, fut diacre à Nurtingen, et successivement professeur d'éloquence , de poésie, de philosophie et de théologie dans sa ville natale, où il mourut le 28 janvier 1TK3. C'est un des plus profonds disciples de Wolf, dont il avait embrassé les opinions sans s'en faire l'esclave. Son penchant pour la scolasti«iuc et pour l'introduction d'une terminologie nouvelle a nui à sa réputation. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages de philosophie et de théologie; les principaux sont : V Pkilotopkim Leibmdiana el Woifianm Vsus in
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theologia, per prœcipua fidei capiia, Francfort et Leipsick, 1728-17X9, 4 parties in-4° : cet ouvrage a beaucoup contribué à répandre en Allemagne la philosopbie de Leibnitz et de Wolf. 2» Eloquenlia et prœstrlim oratorios lineas paucœ . Tubingcn , 4734, in-4*. 3° Orammaiica univenalis lenuia Rudimenta, ibid., 1737, in-4\ 4" Disciplinai morales omnes, etiam emquœ forma artis nondum hue usque comparucrunt , perpriun nexu tradilœ , Leipsick , 1739, in-8". 5° Ontotogia polemica, Leipsick, 1741, in 8°. C« Meditalioncs philosophicœ, Tubiof», 1750, in-4\ 7* Theologia thelico-potemica, Dresde, 1741, iu-8°. s - Compt ndium theologia purioris, Tubingen, 1752, in-8*, et un grand nombre de dissertations. G— T.
CANZLAR ( Jea.vGeobck), écrivain {tolitiquc allemand, a publié : i° Mémoires pour servir à la connaissance des affaires politiques et économiques de Suéde jusqu'à la fin de 1770, Dresde, 1776, 2 vol. in-4°; 2- Tableau historique pour servir à la connaissance dts affaires politiques et économiques de Vélectorat de Saxe et des provinces incorporées ou autrement réunies, Leipsick, 1780, in-4°. Z — o.
CAONABO, le seigneur de la maison d'Or, aventurier caraïbe, débarqué dans l'Ile d'Hispaniola ou M-Domingue, avait su prendre tant d'ascendant sur les habitants simples et paciliqucs de la province de Maguana située dans l'iutérieur, au milieu des montagnes de Cibao, qu'il était devenu le cacique le plus puissant et le plus redouté, lorsque Colomb découvrit le nouveau monde en 1492. Jaloux de la force et de l'ascendant des Espagnols qui pouvaient porter atteinte à son importance |>ersonnelle, il prolita de la division qui éclata parmi les blancs laissés dans l'Ile, massacra ceux qui se retirèrent sur son territoire, et s'avança avec ses sujets vers la forteresse de la Nativité, où il ne restait plus que dix Iwmmes plongé! dans la sécurité la plus profonde. L'attaque eut Iteu pendant la nuit, au milieu décris effrayante. Tous les Espagnols . |>érirent dans les flammes ou dans les flots, quoiqu'ils fussent défendus par le cacique Guacanagari qui les avait généreusement accueillis. Telle fut la lin du premier établissement européen en Amérique. A l époquc du second voyage de Colomb ( 1494 1 , les Espaguols, sous la conduite d'Alphonse de Ojeda et de l'amiral lui-même, pénétrérenl dans les montagnes de Cibao et y construisirent le fort de St-Thomas. Caonabo n'avait pu les empêcher de planter leur étendard dans ses domaines, mais sa haine s'était accrue, et il se préparait a la guerre tandis que ses ennemis nichaient de le surprendre. Animé par un courage et une audace à toute épreuve, doué d'une intelligence supérieure et de grands talents pour la guerre, secondé par ses trois frères et une tribu nombreuse, il attendit qu'une petite armée de ses ennemis répandue dans la Vega- Réal n'eût plus de chef et fût presque débandée, jiour attaquer le fort .M-Thomas qui n'avait qu'une garnison de cinquante hommes. Cependant avec un corps de 10,000 guerriers armés de massues, d'arcs et de lances durcies au feu, et malgré l'avantage d'une attaque imprévue, il échoua dans son
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f entreprise. Ojeda délia ses efforts, sut résister à ses ruses et à la famine, et lui fit même essuyer de grandes pertes dans de nombreuses sorties. Le chef caraïbe, après la mort de ses plus braves combattants, fut forcé de lever le siège. Pénétré d'admiration pour son rival, mais persévérant dans sa liainc, il voulut former une confédération générale des Indiens. Le cacique Guacanagari, qui refusa seul d'y entrer, vit son territoire et les environs d'Isabelle ravagés par les bandes des provinces voisines. L'activité et les intrigues de Caonabo rendaient précaire la position des Espagnols, qui ne pouvaient pas lui faire la guêtre dans ses montagnes avec quelque chance de succès. Ojeda conçut le projet bizarre et hasardeux de l'enlever par surprise au milieu de son peuple, et de le livrer vivant à l'amiral. Suivi de dix cavaliers vigoureux et déterminés, il arriva au milieu des États de Caonabo qui se trouvait dans une de ses villes les plus populeuses. Il l'aborda comme un prince souverain avec déférence, se donnant pour ambassadeur de Colomb et chargé de lui remettre un présent d'un prix inestimable. Caonabo, témoin de la valeur d'Ojeda. enchanté de ses manières aisées et de sa force physique, lui fit un accueil chevaleresque. L'Espagnol, devenu favori du cacique, mit tout en ouvre pour l'engager à le suivre; il alla même jusqu'à lui offrir la cloche de la chapelle d'Isabelle, qui, selon les Indiens, avait une origine céleste et un langage merveilleux auquel les blancs obéissaient. Caonabo consentit enfin à venir traiter avec les Européens-, mais, toujours défiant, il se lit accompagner par de nombreux guerriers dont la présence aurait pu devenir dangereuse pour la petite colonie. Ojeda eut recours alors à un stratagème qui caractérise son audace aventureuse Arrêté un jour sur les bords de la rivière d'Yegna, il montre à son nouvel ami des menottes d'acier extrêmement brillantes, et lui en fait cadeau connue d'ornements royaux que son souverain met dans les grandes solennité*. Le caraïbe, séduit parle vif éclat »le cette parure, souffrit qu'on l'en décorât, cl consentit avec plaisir à monter en croupe sur le même cheval qu'Ojeda où il fut attaché avec des cltalncs d'un poli éclatant ; il était fier de paraître devant ses sujets avec les ornements d'un roi d'Espagne, sur un de ces animaux terribles. Après avoir passé plusieurs fois devant la |>etite armée, qui, pénétrée d'admiration, reculait à l'approche des coursiers fougueux, Ojeda lit quelques détours, puis «'éloignant derrière de grands arbres, il s'élança tout à coup dans la forêt, suivi de ses neuf cavaliers qui se pressèrent sur ses traces l'épéc a la main pour intimider Caonabo qu'ils finirent par garrotter. Cinquante lieues furent parcourues à travers les montagnes et les forêts, évitant les villages ou les traversant au galop, et Ojeda entra triomphant à Isabelle- ayant toujours en croupe le chef caraïbe. La fierté de Caonabo résista à son mauvais destin : il traita Colomb avec hauteur et dédain, et brava les Kspagnols en se glorilianl du mcuitre de leurs compatriotes. Quant à Ojeda, il ne lui montra aucune animosité, et parut même rempli d'admiration pour le stratagème dont il avait été
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victime. Malgré les tentatives de sa peuplade et de ses frères, l'Indien resta captif dans la maison de l'amiral. Le 10 mars 1496, il partit sur la flotte de ce dernier pour l'Espagne, avec la promesse d'être ramené dans son lie et rétabli dans sa puissance ; mais il ne se laissa pas séduire par un vain espoir, et soutint toujours le même caractère. Arrivé à l'Ile de Marie-Galandc, il y inspira une violente passion à une amazone caraïbe, prisonnière des Espagnols, qui, pénétrée d'admiration pour son courage et pour ses grands meilleurs, préféra l'amour et l'esclavage a la liberté qu'on lui offrait. Le 1 1 juin, les navires arrivèrent à Cadix, mais Caonabo était mort dans la traversée. Ainsi périt sur le tillac d'une caravelle, pleuré par une seule femme, ce guerrier sauvage doué de qualités héroïques, qui, après avoir connu toutes les vicissitudes de la fortune, devint victime de la domination espagnole dont il avait seul prévu les funestes effets. B — v — e.
CAOURSIN (Guillaume), né à Douai, vers 1 430, d'une famille originaire de l'Ile de Kbodcs, possédée alors par les chevaliers de St-Jean de Jérusalem, obtint, par sa capacité, la confiance du chapitre de l'ordre, et en jouit pendant plus de quaraute ans. Son mérite le lit dispenser des vœux d'usage et même de |>orler l'habit, privilège qui ne s'accordait que rarement et à des sujets distingués. En 1402, Caoursin remplissait les fonctions de vice-cltancelier. En 1460, il accompagna le grand-maitre à Borne, en qualité de secrétaire. Il y retourna seul en 1470, pour solliciter des secours coulrc les Turcs, qui menaçaient de faire le siège de Rhodes, et il s' acquitta de cette commission avec beaucoup de diligence et de succès; mais les Turcs ajournèrent leur dessein, et ne parurent devant l'Ile qu'en 1 180. ( Voy. Aubusson.) En 1484, Caoursin fut député par le grand maître à Innocent VIII, pour le complimenter au sujet de son exaltation, et lui demander sa protection pour l'ordre. Le pape hit si satisfait du discours qu'il prononça dans celte circonstance . qu'il le nomma comte palatin , et lui donna le titre de secrétaire apostolique. L'année suivante, il se rendit à Naples, pour conférer avec le roi Ferdinand sur les mesures à prendre à l'égard de Zizim, frère de Bajazet, qui s'était réfugié dans l'Ile de Bhodes, pour se soustraire à la cruauté de son frère. Enfin, lorsqu'en 1488, il fut décidé <|ue mallteureux prince serait remis au pouvoir du pape , Caoursin vint encore a Borne pour régler les condition'!. Cette affaire est la dernière dont il ait été chargé. Il passa le reste de ses jours dans sa famille; car il était marié depuis 1451, et, à cette occasion même, le grand maître lui avait fait un présent. Il mourut en 1501. Caoursin a écrit plusieurs ouvrages en latin, qui ont été recueillis et imprimés à Llm, en 1406, in-fol., avec des ligures en bois, he principal est la description de la ville de Rhodes, et l'histoire du siège qu'elle a soutenu contre les Turcs : Obsidionis et urbis Rhodiœ Ikscriptio. On en connaît une édition. Borne, sans date, in-4\ et une autre. Borne, 4584, in-fol., avec des augmentations. Les ouvrages de Caoursin ont été imprimés à Ulm, 1496,
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grand in-fol. orné de gravures sur bois; ils sont tous relatifs à I ordre que servait l'auteur et aux différentes commissions dont il avait été cliargé. On en trouve la liste dans les Mémoires de Niceron, t. 15, et dans Paquot, t. 3. W— s.
CAPACCIO (JLi.Es-CÉSAn), écrivain fécond, naquit vers 1560, à Campagna, petite ville de la principauté citéricurc, au royaume de Naples. Sa famille, quoique j>eu riche, y était considérée. Son savoir et ses talents le rendirent célèbre. La villa de Naples le choisit pour son secrétaire, place qu'il occiqn pendant trente ans. Il fut un de ceux qui contribuèrent à y établir une académie degli ozioti (des oisifs) , qui eut alors beaucoup de renommée. François de la Bovèrc. duc d'L'rbin, lui conlia l'éducation de son lils, et ce fut pendant qu'il exerçait les fonctions de cet emploi qu'il composa la plus grande partie «le ses ouvrages. Il mourut en 1031. Il a laissé : 1» Tratlato delC imprete in ire parti diviso, Naples, 1592, in-40. 2" // Segretario, Venise, 1..99, in-4°. 3" Il Forasticro, Naples, 1620, in-4", dialogues divisés en 10 journées, dans lesquels un Napolitain instruit un étranger de ce qu'il y a de plus curieux à Naples : cet ouvrage a reparu avec un nouveau titre en 1650 et 1654, in-4° ; il est cependant rare. 4° Mergellina, egloyhe petcatorie, Venise, 1598, in-12 : ce sont dix églogucs en vers, mêlées de prose, dans le genre de VArcadiede Sannazar. 5* Declamaxioni in difesa délia poetia, reci tata nelC accademia degli Ozioti, Naples, 1612, in-4". 6* Annotazioni alla Gerusalemme liberata di Torqualo Tasso, pour l'édition de Naples, 1582, in-12. T Neapolitanœ Historiœ, Naples, 1607, in-4», t. 1". Il n'a paru que ce volume. Le Toppi (Biblioteca napolit.), prétend que cet ouvrage, celui qui fit le plus d'honneur à Cappaccio , est de Fabio Giordano; l.englet Dufrcsuoy pense que Giordano l'avait écrit en italien, et que Capaccio l'a mis en latin. Burmann a inséré cette histoire dans le t. 10 des Antiquit. Italia. 8* Puteolana Hitloria, eut accessit de balneis libellas, Naples, 1604, in-4», lig. Le Toppi assure encore que cet ouvrage est de Fabio Giordano, et que Capaccio n'en est que l'éditeur. Il n'est cependant fait aucune mention de Giordano dans les pièces préliminaires. Le petit traité de Balneis a été inséré par Burmann dans le t. 9 des Antiquilal. Italia. Capaccio traduisit l'histoire de Pouzzol en italien, avec des retranchements , des additions et des changements , et le publia sous ce titre : 9° la Fera Anlichità di Pozzuolo, Naples, 4607, in-8', Borne, 1652, in-8». Ces trois derniers ouvrages sont assez rares. Tiraboscbi met le dernier au nombre de ceux qui participent aux défauts du siècle où ils parurent, époque où, d'un crtlé, la critique et la science des antiquités n'étaient pas encore perfectionnées comme elles l'ont été depuis, et où, d'un autre côté , l'ambition de paraître savant entraînait souvent les écrivains hors de leur route, pour s'occuper de longues et inutiles digressions. 10° Iltuslrium mutin um et illuslrium lit eh s virorum Elogia, Naples, 1608, in-4«. 11» Apologhi e Favole in tersi volgari, con la giunta délie oïceria
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morali, Napjes, 1602, in-8». Ce* apologues en vers sonl faits sur des sujets indiques par Beroardino Baldi, et qui se trouvent dans le recueil de ses Ver$i € Proie. [Yoy. Dcrnardino Baldi.) Ceux de Capaccio ont surtout le mérite d'im sens juste et d'un style concis. Le rédacteur de cet article en a imite deux dans sou recueil de Fables nouvelles , Pari*, Micliaud frères, 1810, 1 vol. grand in-18. Ce sont la 20» et la 36V G— è.
CAPACIUS (Priam), ne £ lïazara, sur la côte occidentale de Sicile, dans le 15' siècle, fréquenta dans sa jeunesse les universités les plus célèbres de l'Allemagne, où jl se fil remarquer autant |«ar ses dispositions pour les sciences que par son goût pour la poésie. 11 prit ses degrés de droit à Lcipsick, ci prononça, dans une assemblée publique de l'université, un discours en vers latins, à la louange de Frédéric l,rct de Frédéric 11, qui fut imprimé. Ceux pièce lui mérita la bienveillance de ses maîtres, qui l'encouragèrent à mettre au jour un poème qu'il avait composé à l'occasion d'une victoire remportée par Frédéric I" sur les Suédois. Ce poème, intitulé ; Friderieeidos, parut à I.eipsick, en 1488, in-4". De retour dans sa patrie, Capacius sut allier les devoir» de sa profession avec son peuchanl pour les lettres, et obtint l'emploi de trésorier du roi. Une émeute ayant éclaté à Mazara en 1517, il se porta au milieu de la foule qu'il espérait faire rentrer dans lu» devoir, mais les révoltés l'entourèrent , et le percèrent de coups. W — s.
CAPALLA (JEAï*-M.\niE),de l'ordre des frères prêcheurs, né à Saluas, dans le 16e siècle, enseigna les lettres «amies à Faenza et à Bologne, et fut inquisiteur général do Crémone. 11 mourut le 2 septembre 1596. 11 a publié : {'Scintilla délia fiamma innossfq, etc., où il traite du purgatoire, de l'eudiaristie, de la foi et des œuvres, du libre arbitre, de la justification, de la liberté cbrétieimc et ecclésiastique, etc.; 2° Arca salutis hutnan», tivt commentaria locupletissima in Ti$tamentum et passionem Domini nçstri Je$u$ Chrisli, etc., Venise, 1606, iu-fbl.; y Traité de la Cène, Veuise, 1604. Z— o.
CAPANA, général de brigade, né à Turin vers 1770, combattit avec bravoure dans les rangs des Français à l'armée d'Italie, et fut ensuite nommé préfet d'Alexandrie lors de la remise du Piémont à la France ; niais ces fonctions convenaient peu a son humeur guerrière. Il rentra sous les drapeaux, puis fut général de brigade, combattit à Diestcru et à Austerlilz, devint aide de camp du grand-duc de Bcrg (Murât), et péril en défendant la petite ville d'Ostroleuka. Z— o.
CAPANNA (Puccio), Tut le disciple de Giollo, peintre du 1 4* siècle, et l'un des plus anciens depuis la renaissance des arts. On n'a pas d'autres renseignements sur l'époque de sa vie. Vasari dit qu'un de* premier» ouvrages de Capanua fut un tableau à fresque, représentant un Fou fait par des navigateurs au milieu d'un violent orage dont ils sonl assaillis. Ce tableau se trouvait citez les dominicains de Kiwi ni. Un autre tableau du même peintre, plus remarquable pour l'histoire de l'art, se trouait dans
l'église de ^-Dominique, 4 Pistoie ; il représentait un Christ, la Vierge et St. Jean, avec cette inscription, qui indique le lieu de la naissance de l'auteur : Puccio di Fiorensa me fret. Capanna travattta longtemps a Assise avec Giotto, qu'il aida dans ses tableaux de l'église de St-Francoi», donttoua les murs sont couverts. On les y yoyak encore en 17TB, quoiqu'ils fussent noircis par la fumée d'une multitude de lampes dont cette église était remplie. Capanna se maria dans cette ville, où sa famille existait encore dans le 16* siècle. « Son pinceau a de la dou- « ceur, dit Vasari, et tient de la manière de Giotto. » (Voy. Giotto.) R— h.
GAPARAKIE, vestale romaiuc, qui péril accusée d'avoir violé son vœu de chasteté, et victime de la superstition de ses compatriotes. L'an 489 de Rome (265' ans avant J.-C.), sous le consulat de Q. Fabius Maximus Gurges et de L. Maxirailius \ indus, une maladie contagieuse lit dans la ville et aux environs de si terribles ravages qu'on eut recours aux livres syhiJlins pour savoir quel crime avait pu attirer ce fléau sur l'État. On parvint enfin a découvrir le défit de Caparanie, qui pouvait être réel, sanK en avoir plus de rapport avec l'épidémie. Condamnée , selon la loi, à être enterrée vivante, elle s'étrangla, pour éviter un supplice long et douloureux. On observa envers son corpus privé de sentiment les mêmes cérémonies que si elle eut encore existé. D— t.
CAPASSO (Nicolas), poète napolitain, d'un génie original, et dont le style, dans le dialecte de son pays, est regardé comme l'uu des plus vifs et des plus piquants, naquit à Fratta, au royaume de Mailles, en 1671. 11 était docteur en droit, et professa in ulroque jutr, dans l'université de haples. H fit quelques ouvrages relatifs à sa profession ; mais Us sont moins comms que ceux qui étaient analogues i son génie : ce sont des poésies latines et napolitaines, MapJes, 1780, in-4°. Sa traduction napolitaine de 17/iadc est regardée comme son chef-d'œuvre. On y reconnaît peu le chef-d'uruvre d'Homère : c'est une parodie, que ceux qui entendent bien celte langue, fertile en tours poétiques , en expressions figurées, et en métaphores, trouvent remplie de sel et d'originalité. Capasso nn.ni rut à Naples en 1746. — l.e même pays a produit un mit re Capasso (Jean-Baptiste), peut-être de la même famille, médecin de profession, né à Grumo, el mort a Naples, en 17S5. Il a laissé un ouvrage latin sur l'histoire de la philosophie, intitulé : Historiœ pkilosophim Synopsis, sive de origine et progressu philosophùe ; de vitis et systematibus omnium philosopkorum, etc. ; il est divisé en 4 livres, cl dédié au roi de Portugal , Naplcs, 1728, in-4». G— 6.
CAPDUELI1 (Pos pl : troubadour que Nostradamus a confondu avec Pos ou Pons de Brcuil, vivait vers la lin du 12' siècle, dans les environs du Par, où il possédait une baronnic. On trouve de lui vingt pièces de poésies dans les manuscrits de la bibliothèque royale, avec une notice sur sa vie, dans laquelle ou voit que c'était un chevalier des plus courtois et des mieux faits de son temps. Il fit partie de la troisième croisade, à laquelle il avait lui-même
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exhorté ses compatriotes dans différentes poésies, et
il y trouva fa mort. Z.
CAPECB (Marin et Conrad), gentilshommes napoIitain!i, célèbres par teur dévouement a la maison de Souabo, conduisirent, en 1254, Mainfroi, persécuté par Innocent IV, au travers des montagnes, et fui donnèrent asile dans leurs châteaux. Ils le firent parvenir jusqu'à Lucéria, et ils le mirent sous la protection des Sarrasins, à la téte desquels Mainfroi reconquit son pays. Après que Mainfroi eut péri dans la bataille contre Cliarles d'Anjou, les Capèce passèrent en Allemagne comme députés de fa noblesse gibeline, pour solliciter Conradin de venir recouvrer l'héritage de ses pères. Après l'avoir déterminé à l'expédition qui eut une si fatale issue, Conrad Capécc vint à Pise, pour assurer à son prince les secours de cette république ; il passa ensuite en Afrique, et il ramena de Tunis en Sicile Frédéric de Castille, et huit cents chevaliers napolitains qui s'étaient réfugiés chez les Maures après Tes malheurs de la maison de Souabe. La Sicile fut reconquise presque en entier par les Capèce ; mais quand ils reçurent la nouvelle de la défaite et de la mort dé Conradin , leurs partisans perdirent courage. Marin et Jacques Capèce, faits prisonniers |>ar fes Français, furent mis à mort, et Conrad Capèce, livré à Guillaume l'Étendard par les habitants de Ccnturbîa, fut pendu après qu'on lui eut arraché fes yeux. S — S— i.
CAPECE (Antoine), jurisconsulte, né a Naples vers la fin du 15* siècle et au commencement du 16*, était d'une famille noble et ancienne qui avait été èn faveur sous les régnas de Frédéric 1", de Henri, de Frédéric II et de Mainfroi , mais tombé dans la disgrâce, à cause de celle faveur métnc, depuis l'avénemenl de Cliarles d'Anjou. Antoine, après s'être fait une grande réputation au lurreau, obtint, dans Tunivcrsité de Naples, la première chaire de droit cîvîl. Quelques troubles s'etant élevés en Sicile, en f5IT, M fut désigné à Charles-Quint, par le vice-roi de Naples, comme l'homme le plus capable de les apaiser. L'Empereur loi confia cette mission, qu'il remplît avec succès. De retour à Naples, il fut nommé professeur do droit féodal, publia un recueil dé décisions, et mourut en 1515. — Ùeclor Capèce, autre jurisconsulte napolitain, fut employé par Philippe IV, roi d'Espagne, dans plusieurs négociations, ét mourût en 1654. On a de lui : t9 Decùionet j»apotifoné, Naples, 1652, m-8* ; 2* tUriulùnus et Seticlionei, Genève, 1661. G— K.
CAPECE (Scipïon), QU du précédent, et célèbre poète latin, fut professeur en droit dans l'université de Naples, comme son père. Un ouvrage de sa profession, qu'il a laissé, prouve qu'il était fort érudit, ce (pii ne l'empêcha point de cultiver avec ardeur les belles lettres. II avait rassemblé une riche et nombreuse bibliothèque de bons livres et de préeteût manuscrits : c'était un lieu de réunion pour les gens de lettres et les savants, qui s'y entretenaient avec lui sur des sujets de philosophie, de philologie et de littérature. C'est là que l'on dut la publication des commentaires de Douai sur Virgile;
il le» fit imprimer, par les soins de Paul Flavius,
d'après un manuserit qui était passé de la brbiothèque du célèbre Pou tan us dans la sienne , Naples, ♦555, in-foh ; édition si rare, que Fabricras, dans sa Bibtiotheea latrna, n'en parle pas. L'épitre dédicatoire, adressée par Capèce au célèbre fpoête espagnol Garci lasso île la Vega , nom apprend qu'ils étaient amis, et que Garcilasso fut un de ceux qui l'engagèrent le plus à cette publication. Il parait par quelques lettres de Bernardo Tasso,* autre ami de Capèce, qu'entre les grandes affaires dont il était chargé, se trouvaient celles du prince de Salerne, Fecrantc Sanseverino, et la gestion des biens de ce prince pendant qu'il était en Flandre, au service de Charles-Quint. La confiscation de ces biens, lorsque Sanseverino eut quitté le parti de l'Empereur pour celui du roi de France, contribua peut-être au mauvais état de fortune dont Capèce se plaint dans une de ses élégies. On a de loi : 4* de Divo Jeanne Bapiitta rate maximo libri 5, poème vanté par Gesner, imprimé, pour la première fois, à Baie, dans un recueil donné par Jean Oporinus, sous ce titre : Poemala sacra prastantium poelarum, 1512, in-89; réimprimé à Venise, par Aide Manuce, avec le suivant; et à Naples, 1594, in-8". 2° De Prinei' piis rerum libri 2, de Vote maximo libri 5, Venise, chez les (ils d'Aide, 1546, in-8 \ Cette édition, qui est rare, est accompagnée d'une lettre du cardinal Betnbo à l'auteur, et d'une autre d'Aide Manuce, adressée à la princesse de Salerne, où le poème dt Principiis rerum reçoit les plus grands éloges. H a été réimprimé plusieurs fois, avec d'autres poèmes du même genre, à Paris, à Naples, à Padoue et ailleurs. Le P. Ricci, abbé du Mont-Cassin, traducteur italien de YAnti- Lucrèce du cardinal de Polignac, en vers libres ou ieioili, a traduit de la même manière le poème de Capèce, et cette traduction a été publiée, avec le texte latin, dans la bonne édition de toutes les (Mures de notre poète, donnée à Venise, 1754, : n -s", (.a physique sur laquelle ce poème est fondé est meilleure que celle de Lucrèce, mais n'est point encore une bonne physique, puisque c'est, en plus grande partir-, celle du 16* siècle. Selon l'auteur, c'est l'air qui est le principe de toutes choses, et c'est à l'air qu'il attribue les effets que quelques philosophes ont attribué aux atomes, quelques autres au feu, d'autres à l'eau, et d'autres à tous les éléments à la fois. La versificatioe et la latinité y valent mieux que b philosophie, quoique, dans plusieurs endroits, cette dernière ne soit pas à mépriser, et que l'auteur y emploie, contre celle de Lucrèce, des arguments qui ont pu n'être pas inutiles à ceux qui Pont combattue après lui. 3* Quatre élégies et six épigrammes, imprimées avec ses autres poésies dans l'édition de Naples, 1594, et reproduites dans celle de 1754. 4° M<tgitiraluum refni Neapolit, quaHter cum antiquis Romanorum convenkmt, Compendiotum nu ne demum recognitum et imtauratum, imprimé dam les deux mêmes éditions, opuscule de 6 p. seulement, mais qui donne des notions claires et suffisantes sur les rapports existants entre ces magistratures. 5- Un traité sur la matière des fiefs, imprimé
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à part, et le seul ouvrage relatif à sa profession que l'auteur ait laissé : Super lit. deacquir. Possessione, vbi mutin in pracl. et in maieria feudorum et eonst. regni continentur, Naples, sans date, in-4°. I-c P. Ricci place la mort de Capèce vers 1550, mais la seconde de ses élégies est adressée au cardinal Scripando, qui ne fut revêtu de celte dignité qu'en 1561 : notre poète vécut donc au moins jusqu'à cette époque : et le cardinal étant mort lui-même au concile de Trente, en mars 1565, on ne risque pas de se trom|>cr de beaucoup en plaçant la mort de Capèce vers 1562. ( Voy. la Biblioteea Napoletana de N. Toppi.ctles Jugements des tavanl* par Baillct.) G— Ê.
CAPECE LATRO (Joseph), de la même famille que les précédents, archevêque de Tarente el ministre de l'intérieur sous le roi Joacliim, naquit à Naples le 25 septembre 1744. Il reçut sa première éducation au Monte de Capeci, établissement ainsi nommé, parce qu'il était une fondation de ses ancêtres ; de là il passa au collège «les nobles , qui possédait alors des professeurs d'un mérite éminenl. tels que Genovesi pour les sciences philosophiques , Cérillo pour le droit, Mazzocchi pour l'antiquité. 11 alla ensuite compléter ses études à l'université de Bologne, y suivit les cours de physique de la célèbre Laure Bassi, et apprit la musique sous le père Martini. Revenu à NHpIes, Capèce, au lieu d'embrasser la profession des armes , à laquelle l'appelaient ses goûts, non moins que sa naissance, entra dans la carrière ecclésiastique ; et cela , pour condescendre aux désirs de sa mère , femme tendre et pieuse qui n'avait que deux lils et qui cependant les dédia tous deux au service des autels. Il obtint de prendre les ordres avant l'âge prescrit par les canons, et devint immédiatement chapelain du trésor de St- Janvier, bénéfice héréditaire dans sa famille Son avancement dans la hiérarchie ecclésiastique Tut tles plus rapides : envoyé en 1769 à Rome, il y remplit pendant plusieurs années, avec distinction, la charge d'avocat consistorial jiour la nation napolitaine'. et à son retour, on lui donna l'arclievêché de Tarente. Capèce n'avait alorsque trente-deux ans. A peine arrivé dans son diocèse , il s'occupa activement des améliorations et des réformes à introduire. Le plus grand de ses bienfaits à nos yeux, celui qui atteste davantage l'élévation de son esprit , fut d'avoir rendu publique sa bibliothèque, bienfait signalé pour une ville qui ne possédait encore aucun établissement de ce genre. Ses lettres pastorales sont des monuments de science et de sagesse ; elles se répandirent rapidement daus tout le royaume, et il en est qui obtinrent les honneurs de la réimpression et de la traduction. Il était tout entier à se* devoirs de pasteur, lorsqu'il fut cliargé par le ministre Acton d'écrire un mémoire contre le tribut de la ha~ quenée , qui depuis longtemps divisait les cours de INaples et de Rome , et que celle-ci continuait à réclamer avec insistance. I >■ sujet était délicat, surtout pour un écrivain ecclésiastique ; aussi ne fut-ce qu'après s'être fait beaucoup prier et avoir reçu un ordre positif du roi que Capèce mit la main à la plume. Il lit preuve dans son travail de tact et de
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finesse, en écartant soigneusement tout ce qui aurait semblé toucher au dogme et à la discipline , cl en s'attachant au côté purement politique de la question. Il put ainsi comballre les prétentions de la cour romaine , sans attirer sur lui les foudres de l'Église. Lorsque les victoires des Français en Piémont et en Lombardie menacèrent le reste de l'Italie d'une invasion générale , Capèce se prépara à la revisser par tous les moyens qui étaient à sa disposition. Il lit prêcher une sorte de croisade dans son diocèse, et offrit au gouvernement son argenteterie , celle de son église et une somme de 2,000 ducats. Pour le récompenser de son zèle cl de son généreux dévouement , le roi Ferdinand el Caroline d'Autriche , sa femme, allèrent, en 1797, passer plusieurs jours à Tarente , dans le nouveau palais épiscopal que Capèce avait fait élever. Malgré cette haute marque de la faveur et de l'estime de ses souverains, il ne les accompagna [tas l'anuée suivante lorsque l'approche de l'armée française , commandée par Cbampionnet , les obligea de fuir en Sicile. Evéque avant tout, il ne crut pas devoir abandonner ses ouailles dans les conjonclures critiques qui se préparaient. 11 resta donc à Tarante et ne tarda pas à éprouver combien sa position était délicate et difficile. Invité plusieurs fois par le gouvernement républicain à prendre une paî t directe aux affaires, il déclina chaque fois, avec adresse, ce dangereux honneur. Au reste , il sut faire des concessions à propos , et s'il refusa de se trouver à la plantation de l'arbre de la liberté, « cérémonie pour laquelle , dit-il , la présence d'un évéque n'est pas nécessaire , » il assista au Te Deum d'actions de grâces qui fut chanté dans la cathédrale. Il prononça même à cette occasion un discours solennel , qui était à la fois un exposé de ses opinions sur l'obéissance due au pouvoir établi , et une justification à l'adresse du roi exilé, que, malgré son adhésion apparente au nouvel ordre de choses, il ne reniait point et ménageait évidemment. Ses instructions pastorales de celte époque respirent le même esprit; partout il recommande la paix , la modération , la joumt'iit'on aux puissances, précepte vague dont il est impossible de préciser les limites , et dont tous les gouvernements, légitimes ou non , peuvent également invoquer le bénéfice. La république parlhénopéenne n'eut, on le sait , qu'une existence fort éphémère ; au bout d'un an le parti royaliste l'emporta el amena la terrible réaction de 1799, une des plus sanglantes dont l'histoire ait gardé le souvenir. Noblesse, talents , vertus, anciens services , rien ne fut respecté. Les hommes les plus éminents tombèrent sous les coups d'une populace déchaînée, ou péri mil par les mains du bourreau. Ceux qu'on accusait de tiédeur pour les intérêts royaux furent jetés dans les fers. Arrêté de nuit dans son palais, Capèce fut conduit i Naples et renfermé d'abord au Château-Neuf, puis au Châtcau-St-Elinc. Après l'y avoir laissé pendant neuf mois, la junte établie pour juger les criminels d'Etat chargea quelques-uns de ses membres d'aller interroger l'archevêque dans sa prison. Mais, dés le début, les rôles furent iuterver-
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