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rature et de la philosophie. Ce fat après avoir parcouru d'une manière brillante toutes les routes de cette carrière, qu'il entra dans l'ordre de Citeaux. Quelques années d'étude de la théologie à Salamanque lui suf/irent pour enseigner dans l'université d Alcala, où il consacra une partie de son temps à apprendre les langues orientales. Appelé ensuite dans les Pays-Bas, il s'occupa de divers ouvrages, s'y fit beaucoup de réputation par ses sermons, prit le bonnet de docteur en théologie à Louvain, et s'attira quelques fâcheuses affaires par son zèle contre le livre de Jansénius. L'abbé de Citeaux le nomma abbé de Melros en Ecosse, avec le titre de son vicaire général dans les lies Britanniques ; maiscomme il n'existait plus, dans aucun des trois royaumes, de couvents de cisterciens, il ne passa jamais la mer pour aller exercer des fonctions qui étaient sans objet. Caramuel fut alors fait abbé de Dissembourg dans le bas Palatinat. Il s'y appliqua avec succès à réparer les désordres que l'hérésie y avait causés, à ramener ceux des habitants qu'elle avait égarés, et, pour donner plus d'autorité à sa mission, l'archevêque de Mayence le choisit pour son suffragant, sous le titre d'évêque de Missy. Les révolutions arrivées dans le Palatinat l'ayant obligé d'en sortir, le roi d'Espagne l'envoya, en qualité de son agent, à la cour de l'empereur Ferdinand III. Ce dernier prince fut si satisfait de sa conduite, qu'outre une pension considérable, il lui donna deux abbayes, l'une h Vienne, l'autre à Prague ; et le cardinal de Harach, archevêque de cette dernière ville, l'y lit son vicaire général. Lorsque les Suédois l'assiégèrent, en 1648, Caramuel ne crut pasquesa double qualité de moine et d'évêque dût l'empêcher de prendre les armes pour la défense commune contre les hérétiques. Il avait déjà donné des preuves de son humeur guerrière et de ses talents militaires dans les guerres des Pays-Bas, où ses talents pour les mathématiques le rirent employer comme ingénieur. A Prague, il se mit a la tête d'une compagnie d'ecclésiastiques exercés par hii et animés par son exemple, et se porta partout où sa présence pouvait contribuer à repousser l'en: "mi. Ses services en cette occasion furent récompensés par un collier d'or que l'Empereur lui fit remettre -.c'est ce qui a fait dire qu'il avait aban donné son état de religieux pour celui de soldat. A la paix de Westphalie, il reprit ses travaux apostoliques, et de Karach fait monter à 2,500 le nombre des hérétiques qu'il ramena dans le sein de l'Église. Son zèle lui valut l'évêché de Konisgratz, dont il ne put jouir, parce que les terres en étaient occupées par les protestants. En 1657, Alexandre VII lui donna l'évêché de Campagna , au royaume de Naples; mais comme il n'y trouva pas assez de facilité pour faire imprimer ses volumineux ouvrages, quoiqu'il entretint à ses dépens une imprimerie à Sl-Angelo. il s'en démit en 1675, et fut nommé par le roi d'Espagne à l'évêché de Vigevano, dans le Milanais, où il termina sa carrière le 8 septembre 1H82. Caramuel avait une vaste érudition, mais mal digérée ; une imagination très-vive , mais peu réglée ; une prodigieuse facilité de s'énoncer, mais sans
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justesse ; beaucoup d'esprit, mais peu de jugement. C'est sans doute d'après cette idée qu'on disait de lui, qu'il avait reçu le génie au huitième degré, l'éloquence au cinquième, et le jugement au second. Il se dispensait de lire les anciens, parce qu'il supposait que les modernes s'étaient emparés de tout ce qu'ils contenaient de bon, et l'avaient embelli. Il avait imaginé une grammaire pour exprimer d'une manière claire et distincte les conceptions obscures et équivoques des métaphysiciens et des scolasliques; mais les mots barbares qu'il voulait introduire étaient plus propres à embrouiller les choses qu'à les éclaircir. Il avait composé soixante-dix-sept gros volumes, autant qu'il comptait d'années dans sa vie, et, pour en faciliter le débit, il les avait disposés de manière que les derniers renvoyaient toujours aux précédents, ci que les premiers ne pouvaient guère s'entendre sans ceux qui les suivaient. Il y en a sur la grammaire, la poésie, l'art oratoire, les mathématiques, l'astronomie, la physique, la musique, la politique, le droit canon, la logique, la métaphysique, la théologie, et sur des sujets de piété. A travers beaucoup de fatras, on y trouve quelques bonnes vues. Cet auteur aurait pu servir utilement le public s'il se fût moins livré à son excessive fécondité, et qu'il se fût borné aux matières pour lesquelles la nature lui avait donné un talent décidé. En théologie, sa morale est si décriée, que ceux qui s'éloignent le plus du rigorisme ne voudraient pas qu'on les soupçonnât du moindre penchant pour ses opinions. Il prétendait résoudre les questions théologiques, même celles de la grâce et du libre arbitre , j»ar des règles d'arithmétique et de mathématiques. Il enseignait que les préceptes du Décalogue ne sont point immuables; que Dieu peut les changer ou en dispenser, cook mander le vol, l'adultère, etc. Le moindre degré de probabilité lui suffisait pour justifier une action, quelque criminelle qu'elle fût. L'auteur des LeUre$ provinciale» a versé quelque ridicule sur cette étrange morale. On trouve dans les Mémoire! pour servir à l'Histoire littéraire des Pays-Bas, par Paquot , une notice détaillée et intéressante des ouvrages de Caramuel, au nombre de deux cent soixante-deux, non compris les manuscrits. Les titres de la plupart des volumes qu'il publia sont très-singuliers : Primus . Calamus, ars grammatiea ; Secundus Calamus, rhythmiea ; Calamus lertius , me (amerrira ; Cabota grammatiea Spécimen ; Grammatiea audax; Hereulis logici Labores ; Metalogica; Pandoxium pkytieolhicum ; Mathesis audax ; Sublimium ingeniorum Crux ; Solis et artis Adulteria ; Ci, re, mi, fa, sol, la, si, nova Musica, Vienne, 1645, in-4»; Intérim aslronomicum ; Muiœum mortis ; Bernardus triumphans; Cabalœ théologies Excidium; Theologia intenlionalis et prœter-inlentionalis ; Scholion elimalum ; I.ibra de pracedenlia ; Benedictus Christiformis; Officii divini Eneyclopedia ; Tribunal Dedali; Caramuelit Deus, etc., etc. Nicolas Antonio, dans sa Biblioth. Ilispana, donne le catalogue de vingt-sept volumes in-fol., dix in-4", de Caramuel. Il cite parmi ses manuscrits un Art militaire en espagnol, et un autre en latin. Grégoire Mayans s'exprime ainsi
en parlant de Caramuel : Auctor in omnibus operibus suit, qum quam plurima sunt, sui timilis est, magis ingeniosus quam judicwsus; magis mirabilis quam ulilis. T— 1>.
CARANI (Lklio), traducteur italien, naquit à Reggio, et passa la plus grande partie de sa vie à Florence, où il a publié la traduction des Proverbes d'Erasme, 1550, in-*'; de Sallusie, 1550, rare, 1536; des Amours d'Ismène et d' liménias, 1550, 1560, 1560; et dans le toiue 4 des Erotica greeca, publiés en 1816; de la Tactique et des Stratagèmes de Polyen, 1552. Z— o.
CARANLS, fils d'Aristomidas, et descendant de Téménus, à la septième génération, aida ('bidon, son frère, à monter sur le trône de ses ancêtres : il se mit ensuite à la lêtc des mécontents, et les emmena dans la Macédoine, où il s'empara d'abord d'Kdesse. Ayant ensuite chassé du paysMidas, roi des Briges, il jeta les fondements du royaume de Macédoine, vers l'an 8(10 avant J.-C. Il eut pour successeur Canins son fils. C— u.
CARANZA (Alphonse), jurisconsulte espagnol, vécut sur la fin du 16* siècle, à Sé ville, et ensuite à Madrid, où il publia divers ouvrages en latin et en espagnol : de Parlu naturaliet légitima, 1628, in-fol. Cet ouvrage estimé, sur les droits des enfants naturels et légitimes, offre une nouvelle preuve du crédit que les lois romaines eurent en Espagne. Il a été souvent réimprimé in-10,à Genève, 1611, 1650, 4668, 1677 ; à Francfort, 1614 ; à Cologne, 1029, etc. On trouve à la suite de ce traité, écrit avec beaucoup de clarté, une diatribe du savant jurisconsulte sur la Doctrina temporum du P. Petau. ( Voy ce nom.) 2° Rogacion al rey D. Felipe IV, en deteslaeion de los grandes abusos, etc., nuovamente intrndudios en Espana, 1636, in-4". 3° El Ajustamienlo y Proporeion de las monedas de oro, plata y cobre, y la réduction de estos metales a su debida estimation, etc., 1628, in-fol. V— ve.
CARAUSIUS (Marcus-Aurelils-Valerics) , naquit de parents obscurs chez les Ménapiens, peuple de la Gaule belgiquc, entre la Meuse et l'Escaut. U se distingua par plusieurs actions d'éclat dans la guerre que Maximien Hercule eut à soutenir contre les Germains et contre les Gaulois révoltés, qu'on appelait Bagaudes. Comme il avait passé sa jeunesse à s'exercer dans la marine , l'empereur le chargea d'équiper à Boulogne une flotte pour délivrer l'Océan des pirates dont il était infesté, et pour défendre les côtes de la Belgique et de l'Aquitaine contre les Saxons et les Francs qui désolaient ce pays; mais Carausius fut soupçonné de laisser passer librement les barbares pour leur enlever à leur retour le butin qu'ils avaient fait, et, comme d'ailleurs il n'était pas fort exact à en rendre compte, Maximien donna ordre de le faire mourir. Averti du danger qu'il courait, Carausius se décida à se faire reconnaître empereur, l'an 287, par les légions de la Grande-Bretagne, où il parait qu'il était vivement désiré. On connaît une médaille au revers de laquelle on Ht : expectate veni ; elle est d'autant plus curieuse que c'est la seule, dans la longue suite l
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des empereurs romains, qui nous offre une telle légende. Maximien Hercule lit de grands préparatifs |>our marcher contre cet usurpateur, et ordonna la construction d'un grand nombre de vaisseaux qu'il fit descendre par les rivières jusqu'à la mer; mais, malgré les légers succès qui semblaient dans les commencements lui promettre une heureuse expédition, il fut obligé de céder au talent et à l'expérience de Carausius, avec lequel, suivant Eutrope et Aurélius Victor, il (il un traité qui le laissait jouir paisiblement de cette lie. Quelques historiens le mettent au nombre des empereurs, d'autres ne le regardent que comme un tyran ; Mamertin et Eumcnes l'appellent constamment le Pirate; mais, soit qu'il ait été reconnu par Diocléticn et Maximien comme leur collègue à l'empire , soit qu'il voulût passer pour tel, ses médailles attesteraient celte association, si elles n'avaient pas été frappées par ses ordres. La plus importante est celle où se trouvent les tètes accolées des trois empereurs, avec la légende caravsivs et fratres svi. Elle a été publiée et savamment expliquée par Gasp. Oderico, dans une lettre insérée dans le journal de' Lelterali de Pise, année 1782. D'autres médailles nous donnent la légende suivante : pax avggg, Laetitia avggg (ta paix des trois Auguste, la joie des trois Auguste), Ce qui pourrait faire croire qu'il ne fut |»s reconnu par 'es deux empereurs comme leur collègue, c'est qu'il paratt, d'après lui-même et Mamertin, que Constance Chlore partit pour réduire Carausius aussitôt qu'il fut nommé César. ( Voy. Constance.) Quoiqu'il en soit, il se maintint avec gloire dans la Grande-Bretagne, la gouverna avec sagesse, la défendit contre les barbares, et même contre les Romains. Il y régna tranquillement pendant 7 ans, et fut assassiné en 2'J3, par Allcctus, un de ses principaux officiers, qui se fit proclamer empereur à sa place. Gcnebrier a donné Vllisloire de Carausius prouvée par les médailles, Paris, 1740, in-4°, ouvrage beaucoup moins complet que celui de Guillaume Stuckcley , publié en anglais, Londres, 1757, in-4", qui contient pourtant plusieurs erreurs. T — N.
CARATE. Voyes Zahate.
CARAVAGE (Miciiel-A.nge-Ameiugiii ou Motion], dit MiCliEt-AiSGE de), peintre, naquit à Caravaggio, dans le Milanais, en 1569. Il fut d'abord compagnon maçon ; mais bientôt il s'appliqua à l'étude «le la peinture, et ne tarda pas à devenir célèbre. On peut le regarder comme l'inventeur d'une manière nouvelle qui trouva une foule d'imitateurs. Taillasson parle ainsi de cet artiste : «Très-fort dans « quelques parités de la peinture , très-faible dans « d'autres, Caravage fut admiré de beaucoup de gens a et peu senti et déchiré par beaucoup d'autres. Sur « une surface plate, donner aux objets la ron- « deur et la saillie qu'ils ont dans la nature, et offrir « cette saillie de la manière la plus piquante que la o nature puisse la présenter elle-même , voilà une « des grandes parties de la peinture, et le but qu'elle a a dù avoir avant tous les autres. Le Caravage est a un de ceux qui l'ont approché de plus près. A la
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« force, â là vérité âû clair-obscur, if Joint ta forcé « et la vérité de la couleur, et c'est lâ un «le ses ca- « raeléres distinct ifs. Pour obtenir ces vérités, il af- « fecta d'éclairer les objets d'en bâtit, avec des lu- « miêres étroites. Il donna a la rtatnrc qu'il imitait « des niasses d'ombres larges et vigoureuses, qui ac- « croissaient beaucoup l'éclat des lumières. Ces « moyens, dont il a tiré un grand parti, sont une « des choses qui le caractérisent le mieux. Cette ma- « niêre heuve séduisit l'Italie, et Ht auCaravageune <« réputation étonnante. « 11 faut maintenant faire connaître les défauts de ce pclntré. Quand II avait imité la nature, il croyait avoir tout fait, il Ignorait quelle gloire acquiert un maître qui, & ce premier fcuccés, sait allier la sagesse dans la composition , et l'élévation dans les idées. Annibal Carracbe et le Doihiuiquin, pendant leur vie, brllléreht peut-être moins qu*; le Caravagc ; mais, après leur mort, ils obtinrent une place plus distinguée, parce que, sans négliger le coloris et l'étude de la nature, ils cherchèrent la correction du dessin et la noblesse des pensées. On reproche au Caravage d'avoir trop employé fa terre d'ombre dans ses demi-teintes et dans ses carnations, et on pense que l'obscurité, souvent désagréable et à contre-sens, répandue aujourd'hui dans beaucoup de ses tableaux, doil être attribuée à cette terre d'ombre sujette à pousserait noir. Nous apercevons dans ses ouvrages une sorte de crudité, là où ses contenqiorains voyaient une vérité frappante qu'ils ont tant louée. En effet, Félibien dit de lui qu'il possédait parfaitement l'ai t de peindre, et qu'il exprimait heureusement les objets de la nature qu'il avait sous les yeux. On doit convenir qu'il a traité si bien les carnations, qu'à cet égard il a surpassé le Poussin, à qui il reste la gloire d'être infiniment plus noble dans le choix de ses sujets. Àrhérighi eut le tort de parler avec mépris des ouvrages des autres, it s'éleva une querelle à ce sujet entre lui et le peintre Joseph Cesari, connu sous le nom de Josépin, chevalier d'Arpino. Caravagc voulant se Itatiré avec Josépin, celui-ci s'excusa en disant qu'il ne se battait pas avec un homme qui n'était pas chevalier. Caravage passa alors a Malte, et demanda à être reçu chevalier servant. Il obtint celle faveur, et se mit en chemin pour venir retrouver son ennemi; mais, après diverses aventures malheureuses , il fut saisi par une fièvre violente, dont il mourut en 1609, à l'âge de 40 ans. Les peintres qui l'ont imité le plus sont : Manfrcdi, Valcntin , et Pibeira , dit l'Espagnolct. Le musée du Louvre a quatre tableaux de cet artiste. Il y a un peu de confusion dans celui qui représente un concert ; mais on y trouve de la vérité, et une couleur vigoureuse. On estime beaucoup celui qui représente le Corps du Chritt porté au tombeau par St. Jean et Sicodème, accompagnât des trois Marie. A— D.
CAHAVAGE (Poltdore). Voyes Caloara.
CAPAV1TA (Grégoire), natif de Pologne, exerçait la chirurgie ù Rome au commencement du 16' siècle. 11 imagina la coraposi tion d'une huile qu'il regardait comme un antidote certain. Le pape Clément VU, voulant en faire constater I efficacité
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fiar une expërienée positive et publiante, fui fit ilVrét,
en 1524, deux criminels condamnés à mort. Ort leur fit prendre une fbrtc dose d'aconit napël. L'un, ailquel Caravita avait administré son antidote, n'éprouva aucun effet nuisible de cette plahté vénéneuse, au lieu que l'autre, qui fut abandonné A l'action dît poison, périt. Malthiolc. qui rapporte cè fait comme témoin oculaire, était le disciple de ce chirurgien. Il rapporte aussi deux autres expériences semblables qu'il fit lui-même une trentaine d'années après à Prague, en présence de l'Empereur. — Deux jurisconsultes italiens du même nom ont publié dans le 16' siècle des écrits sans importance. R — P — s.
C A RÎ1EN (Victor de ) , rabbin allemand, né en i423 de parents peu aisés, lit cependant de trèsbonnes études, et acquit des connaissances fort étendues dans les langues, les coutumes et les lois des peuples de l'Orient. Les juils de Cologne le choisirent pour leur rabbin, et, dans cet emploi, il aconit une réputation telle que l'archevêque de cette ville attacha une grande importance a sa conversion : il l'entreprit, et y réussit, A l'âge de cinquante-neuf ans, Carbcn renonça publiquement â sa croyance, abandonna sa femme, plus ferme que lui dans la fui judaïque, et trois enfants nés de leur mariage, et reçut le baptême en présence d'un grand concours de peuple. Quelque temps après, il entra dans les ordres, fut fait prêtre, et, dès ce moment, employa ses talents à combattre les erreurs qu'il avait luimême partagées pendant tant d'années. Il mourut à Cologne, le 1 février 151 S, â l'âge de 92" ans. Tous ses ouvrages sont rares; tes plus remarquables sont: 1° Propugnaculum fidei christiana, instar diàtogi, christianum et judœum disputalores tntroducens, sans date, in-4" de \1i feuillets : cette édition est la plus recherchée des curieux; 2^ Judœorum Errores et Moresy opus aureutn ac not>um et a dôctU virii diu eipectalum , Cologne, 150!), in-l»; traduit en allemand, 155<J, in-fi*. J.-A. Strubberg à publié une lettre latine touchant Victor de Carben et son ouvrage contre les juifs, Jéna, 1721, in-4°. \V— s.
CARBON ( Caïus J , fut uii des plus grands orateurs de son temps. Il n'avait pas, dit Cicéron, une élocution brillante; niais il avait de la finesse et de la grâce. Son caractère était d une mobilité qui se montra dans sa conduite publique. Tribun du peuple au temps de Tibérius Gracchus, il agit en factieux; ii persécuta Scipion Émilien, et fut fortement soupçonné d'avoir eu part à l'assassinat de ce grand homme, l'an 632. Consul aussitôt après la mort de Caïus Gracchus, dont il avait étél'aiiiiet le collègue, il défendit publiquement le consul Opimius, ennemi du tribun, qui avait pris les armes contre lui et provoqué sa mort. A son tour, il fut accusé par L. Crassus, jeune orateur, dont cette cause était le début. ( Voy. L. Cn.\sst;s.) Carbon, pour se soustraire à la condamnation qu'il redoutait, se donna la mort. — Arvina C.\iino5 fut sénateur, et perdît la vie dans le massacre que fit au sénat lé préteur Brutus Damasipus, par l'ordre de Marins le fils. Cicéron, dans ses Lettrés familières, dïï que, de toùld
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la famille, Carbon Aryina fut seul bien intention^ pour la république. Q — R — y.
CARBON (CjiÉus-PAPiaïus), fils de Caïus Papirius, fut soupçonné de complicité dans le crime de péculat dont on chargea la mémoire de son père. Marius ayant été rappelé d'exil, l'an de Home 66"», Carbon, l'un des chefs de son parti, fut mis à la tête d'une des quatre armées qui assiégèrent Rome à cette époque. Deux ans après, Cinna le prit pour collègue dans le consulat. Tous deux persécutèrent à outrance les partisans de Sylla, et se préparèrent i la guerre contre ce général, qui la faisait alors a Mithridatc. Ciuna ayant péri par les mains de ses soldats, Carbon resta seul consul, et ne voulut point accéder aux propositions de paix que faisait Sylla, quoique le sénat les trouvât raisonnables. Pour continuer la guerre avec plus de sécurité, Carbon imagina d'exiger de toutes les villes et de toutes les colonies d'Italie des otages de leur opposition à Sylla. H fallut toute l'autorité du sénat pour résister à une innovation si dangereuse. Pompée s'élant déclaré pour Sylla, marcha contre Carbon, qui était à la tète d'une nombreuse cavalerie, et le battit auprès du fleuve jEsin. Consul pour la première fois avec le fils de Marius, en 670, Carbon, soutenant encore la guerre contre Sylla revenu en Italie, et contre sc« lieutenants, reçut un nouvel échec. On cite de lui le mot suivant sur Sylla, qui débaucltait les troupes de ses adversaires : « J'ai à combattre un renard et un « lion ; mais le renard est plus dangereux. » Enfin, les chefs des deux partis, Sylla et Carbon, se trouvèrent en présence l'un de l'autre auprès de Clus'ium : il ne se passa rien de décisif; mais, en l'absence de Sylla, Carbon et Norbanus ayant réuni leurs forces, se portèrent sur le camp de llélellus pour l'assiéger, quoique la nuit fût proche, et la situation des lieux désavantageuse. Ils furent défaits avec une très-grande perte, et le reste de leur armée fut dispersé- D'autres revers firent perdre à Carbon l'espoir de conserver l'Italie; et, quoiqu'il eût encore 50,000 hommes, des forces assez considérables sous divers généraux, et la nation des Samniles pour lui, il abandonna bonteusement l'Italie et son armée, et se réfugia en Afrique, puis dans Pile de Cossura, où H fut arrêté par l'ordre de Poncée, et conduii garrotté aux pieds de ce général , qui prononça son arrêt de mort. Lorsque Carbon vit le lier prêt à k frapper, M cber- \ eba la du- me o t a prolonger sa vie, jusqu'au moment i où un HQldat impatient lui coupa la tête. Pompée l'envoya à s v lu , pour qu'il eût à repaître ses yeux de ce spectacle. C'éjaii. l'en de Rome «T«. ( Voy. Cicéron, in Mmio.) Q— R— r.
i CARBON. Voyez Funs
CARBON ARA ( le comte Lotis), né à Gênes, i le 4 1 mars 1755, fit ses études au collège des nobles à Novi, suivit le cours de droit civil romain, et, après avoir reçu le doctorat, fut admis au collège des juges à Gênes. Son premier emploi fut celui d'avocat des pauvres, dont il défendit les intérêts avec autant de zèle que d'éloquence. A l'âge de quarante ans, d'après les statuts de la république, il (ut noiMté sénateur, et ensuite l'un des buit régents de
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la banque de Sl-Gcorge. En 1707, Carbonaro fut un des trois députés envoyés à Milan auprès du général Bonaparte, pour recevoir de lui une constitution démocratique A l'approche des Austro-Russes, en avril 1799, il fit partie du gouvernement provisoire de Gènes, et, après le siège de cette ville, en 1800, il devint l'un des sept membres de la commission de gouvernement En 1803, le sénat de la république ligurienne le nomma juge au tribunal suprême, et, en 180J, sénateur <4 membre de la cour de justice, charge qu'il exerça jusqu'en 1805, époque à laquelle Napoléon réunit la Ligurie à son empire. Une cour d'appel ayant été établie à Gênes, Carbonara en fui nommé premier président. En 1800, il entra au sénat, fut créé comte de l'empire, officier de la Légion d'bonncur et commandant de la Réunion, il adhéra, en 1814, à la déchéance de Napoléon, probablement avec l'espoir du rétablissement de la république de Gênes, d'après les proclamations de lord Benlinck, commandant la Hutte britannique dans la Méditerranée, et d'après la promesse des puissances alliés, de maintenir le Hatuquo de 1790; mais ces promesses furent éludées par le traité de Vienne en 1815. La cession de Gênes au roi de Sardaigne amena une nouvelle organisation judiciaire, d'après les lois carolines de 1770. Une cour suprême de justice, appelée sénat, jugeant sans appel, fut installée a Gènes, et Carbonara en fut nommé premier président. La décoration de la Légion d'honneur ayant été défendue aux sujets piémopitais, il reçut en échange la grande croix de l'ordre de St-Maurice et de St-Lszare. Il fut souvent consulté par le ministre de l'intérieur, et chargé par le roi de plusieurs missions particulières. Lorsque la banque de St- George fut supprimée et son passif réuni a la dette publique de l'Etat sarde, Carbonara fut un des commissaires de la liquidation (4 }. Plus tard il remplit les fonctions de commissaire du roi près l'administration municipale de Gênes; et en 1830, sous le ministère du comte Balbo, il fit partie d'une commission législative convoquée à Turin pour reviser les lois carolines de 1770; mais le travail de cette commission n'eut aucun résultat et resta enfoui dans les bureaux. En 1821, pr suite de la révolution piémontaise, le roi Victor-Emmanuel ayant abdiqué en faveur de son frère Charles- Félix, qui se trouvait alors à Modéne, les Génois envoyèrent près du nouveau rot trois délégués au nombre desquels était Carbonara. II mourut à Gênes, le 25 janvier 1826. On a de lui des plaidoyers, des consultations sur des affaires administratives, et des décisions de magistrature imprimées séparément. G — c — v.
CARBONDALA (Jeas de), né a Santhia tu Piémont, exerça avec dislincuon la chirurgie à Cré-
(0 Le il mars ISIS, il avait été nommé, par ordonnance du rot de Sardaigne, président d'âne commission chargee de recevoir le* réclamations de tons les créanciers on fournisseurs des hôpitaux et autre» établissements nteux, de» cbapUres, «es attire* et eorpwalions religieuse» de lÉUt de Cène», «ni «nraUnl ète «nM.w* MM les administrations uWte, <,nj*M m * dette publique. u-*-*.
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mone, Pavie, Plaisance, Vérone, où il étail professeur en 4298, et, dans les dernières années de sa vie, à Sanlhio. [Vous avons de lui un traite fort bon pour son temps , que Marc de Vcrgasco, son élève et son compatriote, nous a conservé, et qui a pour titre de Operatïone m armait, manuscrit in- Fol. de trois cent vinu'l colonnes, suivi d'un supplément qui contient deux mémoires : 1° Ef/ectus aqum vila mirabiles in corpore et extra corpus humanum, V colonnes; 2* ad Inflammationem carbunculi, 5 colonnes. Au commencement de ce traité, que l'auteur composa pour acquiescer aux demandes de ses confrères, et qu'il adressa à un certain Bono, il assure qu'il n'indique ni remède, ni opération quelconque qu'il n'ait exécutée ou essayée plusieurs fois pendant le long exercice de sa profession dans les villes et endroits les plus remarquables de la Lombardie. L'ouvrage est divisé en 5 parties , que l'auteur expose lui-même ainsi: Primm Traclatus erit de «griludinibus omnibus qwt fiunt in manifesto corpore a capite usque ad pedes, ab inlrinseca causa ; Secundus de omnibus vulneribus et eontusionibus qua fiunt in omnibus membris a capite usque ad pedes ; Tertius est de algebra, id est reslauratione convenienti circa fracturam et dislocationem ; Quartus de anatomia in communi et de fnrmis membrorum et figuris quœ sunt consideranda in incisione et eauterisatione ; Quintus de cauteriis, sciticet quibus in membris possint fieri; de formis instrumentorum et de medecinis necessariis ad hanc arlem et utilibus pênes unamquamque operationem. En examinant ce traité, on remarque que Carbondala était un homme profond dans son art. Il recommande surtout à ses élèves la pratique et l'observation , et désire que le chirurgien ne se livre à la pratique qu'après avoir assisté à un grand nombre d'opérations exécutées par un excellent maître ; car il ne croit pas que l'on puisse jamais devenir un bon chirurgien en se bornant à la lecture des livres. Dans le cours de l'ouvrage, on trouve d'utiles observations sur l'hydrocéphale, sur une maladie du cuir chevelu, sur les maladies des yeux, sur une énorme épulie, sur les apostémes des cuisses cl des bras, sur les fractures du crâne, sur l'influence de là lièvre et des convulsions dans les blessures, sur les plaies et les contusions du larynx et de la trachée-artère, sur une ancienne dislocation du fémur, sur les différentes espèces de cautères et les endroits où on peut les appliquer ; et, comme il avait pratiqué dans les arméesf son traité est parsemé de détails précieux sur la chirurgie militaire. Mais ce qui est tout à fait singulier, c'est qu'il parle de la maladie vénérienne dans le chapitre 42, et surtout dans le chapitre 48 du \n livre, de pustutit albis ut milium et rubeis et fissuris H corruptionibus quai fiunt in virga et circa prapueium proplcr coytum ru m fada vel merelrice. Dans ce chapitre, il ne fait point mention du mercure et de ses préparations ; cependant il les connaissait, puisqu'il s'en servait pour le traitement de la gale. Quoiqu'il ait vécu avant Mondino, Carbondala n'était pas moins versé dans l'anatomie. Son traité sur celle science, qui est divisé en 6
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chapitres, et ne contient que les connaissances purement nécessaires au praticien, est, sans contredît, tout aussi bon que celui qui a immortalisé le nom de Mondino; il est même plus exact, plus précis en plusieurs endroits, et, dans d'autres qui semblaient l'exiger, il s'étend davantage. Au surplus, des hommes d'un grand mérite qui ont été à même d'examiné l'ouvrage de Carbondala nous assurent que sa chirurgie est bien plus claire et plus instructive que celle de Gui de Chauliac, qui lui est de beaucoup postérieure. Sa pharmacopée chirurgicale est assez simple, et ne se ressent nullement du goAt prédominant des Arabes pour la complication et la multiplicité des formules. Ses moyens étaient simples, et il ne se servait jamais des instruments des qu'il pouvait s'en passer. Il avait lu avec attention les ouvrages d'Hippocrate, Galien, Celse, A vice une, etc.: se sont même les seuls auteurs dont il appuie ses opinions. {Article tiré de l'ouvrage du docteur Malacarne, intitulé: délie Opère de' medici e de cerusici che nacquero o fiorirono prima del secoto 16 negli stati délia real casa di Savoja.) Z.
CARBONE (Louis), orateur et poète latin, naquit à Ferrare en 1436, d'une famille originaire de Crémone Après avoir étudié la langue grecque sous Guarino de Vérone et sous Théodore Gaza, il fut nommé professeur d'éloquence et de jwésie à l'université de Ferrare, à peine âgé de vingt ans Le pa|>e Pie II passant par cette ville en 4459, pour se rendre au congrès de Manloue, Carbone fut choisi pour le haranguer. Pie fut si content de son discours, qu'il lui accorda le titre de comte palatin. Carbone alla passer quelques années à Bologne, et y donna, en diverses occasions, des preuves de ses talents pour l'éloquence. Revenu à Ferrare, il s'y maria, ce qui ne l'empêcha pas de suivre, en 1475, les princes d'Esté, Sigismond et Albert, dans un voyage qu'ils firent à Naples, et d'aller a Rome, a Florence et à Sienne, où il prononça plusieurs discours publics. Il mourut de la |»esle vers 1483. Il avait composé plus de deux cents discours latins, et fait plus de 10,000 vers, comme il le dit luimême dans une harangue qu'il prononça en 1469 devant l'empereur Frédéric III. La plupart de ses discours, dont aucun n'a été imprimé, sont des oraisons funèbres, ou furent prononces pour des cérémonies de mariage. Ils contiennent souvent des particularités historiques ou peu connues. On en conservait plusieurs en manuscrit à Rome, dans la bibliothèque de Ste-Marie del l'opolo. La publication en serait utile , même pour l'histoire. — L'n autre Carbone {Jérôme) , poète napolitain dans le 16* siècle, a publié quelques poésies de peu d'importance. R. G.
CARBONE | Jean-Bernard ), peintre, né en 1614 à Albaro, prés de Gênes, étudia sous André de Ferrari. Ses premiers ouvrages sont des sujets tirés de l'histoire ou de la fable, il s'attacha ensuite à faire des portraits, et chercha surtout la manière de van Dyck, qu'il sut heureusement imiter. On a de Carbone des portraits à l'huile de toute grandeur; quelques-uns sout même assez petits pour
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qu'en paisse les monter en bague. Il eut le désir de Toir Venise et les monuments de cette ville, et il en revint avec une collection abondante de dessins et d'idées nouvelles. On remarqua que son pinceau avait acquis de U finesse et de la franchise. A cette époque, Valerio CasteUo étant mort a Gènes sans . avoir achevé une grande fresque à Santa-Maria del Zerbino, Carbone reçut ordre de la terminer. Bientôt après on exposa dans l'église de la Nunsiata del Guastato un tableau de Jean-Bernard, destine pour une chapelle de la nation française, et qui représentait St. Louis en adoration devant ta croix. Derrière ce prince on voit quelques seigneurs de sa cour ; au-dessus est une gloire d'anges d'une beauté surnaturelle. Contre l'attente de Carbone, celle composition n'eut 1*3 de succès, et on en commanda ir le même sujet au
Le tableau vint de Paris et fut placé sur l'autel. Peu de temps après, on fut mécontent de ce second tableau, et on en commanda un troisième a Paris. Ce dernier n'ayant pas encore convenu, on se décida à donner la préférence à celui de Carbone. On lit ces deuils dans Raiti, qui les raconte de manière à faire croire qu'il est animé par quelque prévention nationale. Les autres ouvrages de Carbone se voient dans l'église paroissiale de Celle ( rivière du Ponent) et à Lirici. Cet artiste mourut d'une attaque de goutte, en 1683. A— d.
CARBON EL (Ht gués). Français de nation, de Tordre des frères mineurs de l'étroite observance, fleurit vers l'an 1620. On a de lui : 4* Discours sur le mauvais riche et le Lazare ressuscite', l'an?. 1616; 2* Sermons sur Us Evangiles de Carême, Paris, 16Î0. Z-n.
CARBONEL (Joseph-Noel), fils d'un berger, naquit à Salons, en Provence, le 12 août 1751. Devenu orphelin de bonne heure, U fut redevable a la charité d'un particulier d'entrer dans un collège des jésuites, où le célèbre Massillon le prit en amitié. Plus tard il vint à Paris pour y étudier la chirurgie ; son goût pour la musique lui lit abandonner carrière , et il s'adonna tout entier au perfectionnement du galoubet, instrument de son pays ; il conçut le projet de le perfectionner et d'en faire son unique ressource. Il eut le bonheur de réussir, se lit de puissants prolecteurs, et fui appelé a exercer son talent a Vienne en Autriche. Ce fut dans cette capitale qu'il connut le célèbre Noverre, qui y était maître de ballets, et qui le lit entrer depuis à l'Académie royale de musique. Son galoubet y eut le plus grand succès. Floquet, son compatriote, composa pour lui son ouverture du Seigneur bienfaisant, que Carbonel exécutait derrière la toile. 11 parvint par un travail continu à donner à cet instrument tout le développement dont il était susceptible, et à en jouer dans tous les tons sans changer de corps. On lui doit la première bonne méthode de cet instrument, et l'article Galoi bet dans r Encyclopédie. Il mourut en 1804, pensionnaire de l'Opéra. Son tils s'est fait quelque réputation comme musicien com-
CARBONTŒAU (Nico las-Charles- Léon abd ),
né en 1782 à Pont-TEvéque ( Calvados),
ses études an lycée militaire de Compiègne, puis les finit à l'école de C niions. A son entrée dans le il exerça divers métiers, se fit comédien, se fut pendant les cent jours secrétaire des fédères de la rue de Grenelle ; mais rien ne put le soustraire à l'indigence. 11 avait de l'instruction, de l'esprit , il ne manquait pas de certaines qualités ; mais le défaut de conduite et de suite dans les idées le condamnait à être toujours malheureux. Après la seconde restauration, comme il ne fréquentait que des ennemis du gouvernement, des bonapartistes, il se lia avec un tanneur nommé Pieignicr, qui, avant de lui parler d'aucun complot, le tira de la misère par des avances qui s'élevèrent jusqu'à la somme de 200 francs. Ce fut alors seulement qu'il lui parla du complot des patriotes de 1816. Pleiimier n'était luimême que l'instrument d'un espion de la préfecture de police nommé Scheltein ou Scheluns, qui avait
par ses discours, par ses offres, par ses politesses de bouteilles, les malheureux que le mécontentement de leur situation conduisait dans ces rejaires. Pleignier, à qui Scheltein communiqua un projet de bouleversement général, en fit part à Carbonneau, au graveur Tolleron, a l'imprimeur Charles. Ils n'approuvèrent pas tout ce que leur dit Pleignier, et voulurent voir celui qui risquait de semblables propositions. On prit un rendez-vous ; et l'agent de police sut les entraîner, les éblouir. 11 leur montra un projet de proclamation qui fut discuté. Carbonneau, qui y indiqua plusieurs modifications, se chargea de la copier. L'imprimeur Charles dut fournir la planche, et le graveur Tolleron fabriquer les cartes à distribuer aux aftidés. Ce fut Carbonneau qui engagea Charles à se cliarger de cette périlleuse commission ; et dans le cours des débats, où ii montra un beau caractère, il repéta plusieurs fois qu'il donnerait tout son sang pour ne pas l'avoir entraîné dans cette mauvaise affaire. Les débats établirent encore que Carbonneau avait fait insérer dans la proclamation une phrase en faveur de la religion, et qu'il était étranger, même comme copiste, a une addition où il était question de la mort des Bourbons. Cependant Pleignier, effrayé des suites du complot, le lit connaître au ministre de la police générale, Decazes. • Celui-ci, dit Peuchet dans ses « Mémoires tirés des archives de la police d* Paris% € l'engagea fort a suivre celte affaire et à lui en « rendre compte. Les agents du préfet de police i ( Angles | intervinrent dans les réunions, ou les «conspirateurs furent arrêtés... Cette manœuvre, a aux yeux du public, resta comme une preuve du • coupable système des provocations; elle n'a pas «été la seule.» Mis en jugement le 27 juin 1816 devant la cour d'assises de Paris, il fut condamné à mort le 4 juillet. Son défenseur (M* Bexon) essaya sans succès d'atténuer les preuves de sa culpabilité, et lui-même chercha vainement à se justifier dans un discours où il expliquait la nature de ses relations avec Pleignier ; ce récit ne put le soustraire supplice. U disait : « Je n'ai point déclaré
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« à la police le projet dont voui ave? cûitrtihteanc»,
« parce que j'avais de l'éloigttement pour la délation, a et que d'ailleurs je ne pouvait ni ne devais dé- «noncer Pleignier, qui venait de me tirer de la mi- «sère. J'ai trop vu que, lorsque l'homme est accablé a par le malheur, il arrive souvent que le moment a qui semble devoir apporter du soulagement a ses « maux est celui qui comble son infortune. » Et plus tard, quand le président de Sêze lui demanda s'il avait quelque observation a faire sur l'application de la peine : «Je pense, dit-il, mes- « sieurs, que l'article 4" de la loi du 9 novembre « ( sur les écrits séditieux ) m'est seul applicable. Je « n'ai été que l'instrument de Pleignier, et je n'ai «point ourdi et tramé. Je supplio également la « cour de jeter un regard de pitio sur une femme « et trois enfants eu bas âge, que je laisse sans ap- « pui. » Son pourvoi en cassation et son recours <fens la clémence du roi furent rejetés. Le 28, à <ait heures du soir, il fut exécuté avec Tolleron et Pleignier. Garbonneau montra d'abord de l'accablement au sortir de la Conciergerie, et laissa échapper quelques sanglots en pensant à sa malheureuse famille; mais, arrivé sur l'échafaud, son visage n'annonça plus que de la résignation. Ses restes, ainsi que ceux de Pleignier et de Tolleron, furent déposés au Mont-Parnasse, où, depuis 1830, on leur a rendu quelques honneurs. D — n — r.
CARBONE EL (Antoine-Jacques), ancien régent de seconde au collège de Perpignan, sa ville natale, où il est mort le 80 janvier 1854, était une des célébrités littéraires du département des Pyrénées-Orientales. On a de lui : 1° Essai : Opuscules divers, Perpignan, 1817, in-8° de 72 p. ; S* Mailty, ou le Tribut de la reconnaissance, ode, Perpignan, 1820, in-8* de 32 p. On trouve dans la préface une notice biographique sur le marécltal de Mailly. La même brochure renferme un poème lyrique intitulé VAmour de la gloire. Il y a dans ces deux odes quelque talent (toétique, mais plus d'élévation et quelquefois d'enilure que de goût et de flexibilité. On a encore d'Antoine Carbonnel quelques poésies dans le recueil intitulé Hommuget A LL. AA. RR. monteigneur le due H madame la duchesse dTAngouléme, Perpignan, 1821, in-8". Z— o.
CARBON NET DE LA MOTHE (Jeanne de), religieuse i Bonrg-en-Bresse, sous le nom de mère Jeanne de Ste- Ursule, a fourni des matériaux aux autographes et aux biographes, en publiant l'ouvrage suivant : Journal des illustres religieuses de l'ordre de Sle-Vrsule, avec leurs maximes et pratiques spirituelles, tiré des chroniques de l'ordre et antres mémoires de leurs vies, Bourg, 1684-1G90, A vol. in-4». Cet ouvrage, à la rédaction duquel le P. Groset, jésuite, a eu beaucoup de part, est rangé suivant l'ordre du calendrier, et ne va que jusqu'à la fin d'octobre. Il parait que les deux mois suivants n'ont pas été imprimés. Ce recueil, contenant le tableau des vertus de sept cent cinquante-cinq umtlines et de trente bienfaiteurs de l'ordre, peut fournir aux religieuses une lecture édifiante et instructive, mais le manque de critique et le
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défaut dé dite» et de détails biographique» n'y laissent qne peu de matériaux pour l'histoire. On y trouve cependant quelques anecdotes qui ne sont pas sans Intérêt, par exemple sur le P. Cotton. jésuite ; mais il faut de la patience pour les chercher. C. M. P.
CARBURI ( Marin), Grec, natif de l'Ile Céphalonie, a rendu son nom célèbre par un des plus grands travaux de mécanique dont l'histoire de cette science fasse mention. Obligé de quitter sa patrie pour un procès criminel dont II était l'objet, il alla chercher du service en Russie, où il prit le nom de Laseary. 11 y parvint au grade de lieutenant-colonel, chargé de la direction du corps noble des cadets, après avoir été aide de camp et adjoint du conseiller privé Bclxky, intendant des bâtiments et des arts. Catherine II ayant fait exécuter en bronze la statue équestre de Pierre le Grand ( voy. Falconnet), résolut de lui donner pour base un rocher de granit que l'on trouva dans la Carélie, au milieu d'un marais, à un quart de lieue de Cronslatd, Il s'agissait de transporter à Pétersbourg cette ma** énorme, qui avait 21 pieds de haut, 42 de long, et 27 de large, et dont la pesanteur s'évaluait à plus de 5,900,000 livres, poids de marc. La distance était de 20 werstes (plus de 3 lieues de poste), dont les deux tiers pouvaient se faire par eau. On promit 7,000 roubles de récompense à celui qui viendrait à bout d'amener ce fardeau, le plus considérable que la main de l'homme ait jamais remué. ( Le plus grand obélisque connu, celui que l'empereur Constance fit venir d'Alexandrie â Rome, ne pesait pas tout à fait un million.) Laseary se chargea de l'entreprise, surmonta tous les obstacles, et, en six semaines, le rocher parcourut les six werstes qui le séparaient de la mer. La rigueur de l'hiver, qui gelait la terre à plusieurs pieds d'épaisseur, reudait le chemin assez ferme pour un pareil transport, qui aurait été impraticable dans tout autre climat. Aucune sorte de roues ni de rouleaux ne pouvait supporter l'effort d'une telle charge. Laseary y substitua des boules de bronze, qui, roulant entre des rainures de même métal, diminuaient le frottement autant que |>ossible, ne portant chacune que sur deux points. On voit à Paris, au Conservatoire des arts et tué- , tiers, un modèle de cet ingénieux appareil, dont on doit, dit-on, l'invention à un serrurier mécanicien de Pétersbourg, nommé Muriel, qui n'osa faire de réclamation quand Laseary s'en lut attribué l'honneur. L'embarquement de cette masse énorme entre deux frégates, et son débarquement, ne demandèrent | i.i s de moindres précautions. Enfin le transport fut achevé en 1760, et la dépense totale s'éleva à 70,000 roubles. On peut voir un détail intéressant de cette belle opération dans l'ouvrage intitulé ; Monument élevé à la gloire de Pierre le Grand, ou Relation des travaux et moyen» mécaniques qui ont été employés pour porter à Pétersbourg un rocher de 3 millions pesant, destiné à tervir de beue à la statue équestre de cet empereur, par le comte Marin Carburi, Paris, 1777, in-fol., avec 12 planches. On trouve a la fui du volume un examen physique
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et chimique de ce rocher, par Je comte J.-B. Carburi, médecin de l'hôpital royal de Turin, membre de l'académie de la même ville, et connu par plusieurs ouvrages de chimie. Marin Carburi ayant obtenu de la république de Venise de |K>uvoir retourner dans sa patrie s'y livra à de nouvelles entreprises, et voulut y introduire la culture de la canne à sucre et de l'indigo; mais ayant pris querelle avec ses ouvriers, ceux-ci l'assassinèrent avec sa femme en 1782. C. M. P.
CARCAN 0 (François), gentilhomme de Vicence, mort en 1580, âgé de 8t> ans, passait pour le plus habile chasseur de son temps, surtout dans l'art de dresser les oiseaux de proie : il a publié sur ce sujet : Tre libri degli uccelli da preda, ne' quali si conliene la vera coguisione dell' une de' ttruccieri, ed il modo di conoteere tutti li ucctili di rapina. con un trattalo de' «mi, Venise, 1568, in-8°; Vicence, 1622, iu-8\ Cet ouvrage, l'un des plus complets en ce genre, est fort rare, et a échappé aux recherches de MM, Lallcmand, dans la bibliographie qu'ils ont jointe à l'École de la chatte aux chient courants, C. M. P.
CARCANO (AitcufUJUJs), médecin, né à Milan en 1556, fut professeur à l'université de Pavie, et mourut prématurément le 22 juillet 1588, après avoir publié : 1» de Pctle Oputculum, Milan, 1577, in-4° ; 2° in Jphorismos Uippocralit Lucubralionts, Pavie, 1581, in-8°. On trouve à la suite : de Methodo medendi et colligandi libri duo ; — de acutorum et diurnorum morborum Causit et Signis, petit traité qui a été réimprimé à Paris, avec des notes de P. Polit. — Jean-Baptiste Carcako-Léone, son compatriote et son contemporain , fut disciple de Fallope, qui le choisit pour prévôt de son amphithéâtre, et l'avait même désigné pour son successeur. La mort de Fallope détruisit les espérances de Carcano, qui, de Padoue, alla a Pavie, où il eut la chaire d'anatouiie. 11 vivait encore en 1600. On a de lui : I4 de Mutculis palpebrarum oeulorum motibus intervient tum, 1574, in-8"; 2« Anatomici libri duo, 1574, in-8«; 3» de Yulneribus capitis liber abtolutissimus, Milan, 1585, in-4"; 1584, in-4°; 4° Exaceratio cadacerit illuslrissimi cardinalis Borromai, Milan, 1584, in-4« ; 5" Lelttre del felice successo di sua anatomia fatta guetta anno, 1585, in-4". Carrèrc vante l'érudition et les recherches de Carcano, mais critique son style dur, prolixe, obscur et incorrect. — Ignace Carcamo, petil-iils du précédent, docteur en ntécine, et membre du collège des médecins de Milan, a donné : 1° Considération x akune sopra l'ultima epidemia bovina, Milan, 1714; 2* Refkstioni sopra la naturalezza del lucimetUo veduto in un peeso di carne lessaia, etc.. Milan, 1716, in-4». Z.
CARCANO (François), naquit à Milan en 1753, d'une ancienne famille patricienne dont plusieurs membres s'y étaient signalés par de riches établissement de charité, et notamment Jean-Pierre Carcano, qui, en 1621, avait fait construire le plus beau et le principal corps de bâtiment du magnifique hôpital de celte ville. François Carcano se montra diguo de ses anortn* par sa libéralité en-
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vers les pauvres. Chéri de ses concitoyens pour ses
qualités sociales et ses vertus, il obtint leur admiration par ses écrits. Il avait fait de bonnes études a l'université de Sienne; et il a composé quelques morceaux de littérature, tant en vers qu'en prose, qui méritent d'être assimilés aux productions des auteurs les plus vantés, entre autres : gli Occhiali rnagici; i Capitoli d'autore occulta; (4 Sermon* <«torno ad akune faite opinion* lenuie da varj nello terivere poet immente. Ces opuscules, imprimés dans le temps, parurent sans nom d'auteur ; la modestie ou la déliante de François Carcano l'avait empêché do s'y nommer. Ils se trouvent dans les bibliothèques de tous ceux qui, en Italie, sont les justes appréciateurs des productions de l'esprit ; et ses compatriotes, qui le perdirent le 1" mars 17»4, n'ont point oublié qu'il fut un promoteur zélé des bonnes éludes et le généreux protecteur des gens de lettres et des savants. G— h.
CARCAVI ( Pierre ), né à Lyon, fut d'abord conseiller au parlement de Toulouse, puis vint a Paris, où il acheta une charge de conseiller au grand conseil. Jl avait été très-lié arec Fermât, qui, en mourant, le lit dépositaire de ses écrits. Il était ami de Pascal et de Descartes ; mais il se brouilla avec ce dernier pour avoir embrassé avec trop de chaleur le parti de Rolxrval. En 1645, il prit part à la dispute qui s'éleva sur la quadrature du cercle, dont il démontra l'impossibilité. Careavi, après avoir quitté sa place au grand conseil, s'adonna à la bibliographie, et passa pour le plus habile homme de son temps. Colberl lui confia sa bibliothèque, où, dans l'espace do cinq ans, Careavi mit en ordre et ht copier l'immense recueil îles Mémoires du cardinal Matarin, en 536 volumes. Cofbcrt, \mir récompenser Careavi, le commit à la garde de la bibliothèque du roi en 1665. Ce fut pendant l'administration de Careavi, en 1666, qu'on transféra la bibliothèque du roi, de la rue de la Harpe dans la rue Vivienne. Dans ce nouveau local, l'académie des sciences, qui venait d'être créée, tint ! longtemps ses séances, et Careavi en fut un des principaux membres pour les mathématiques. Le Prince, dans son Essai historique sur la bibliothèque du roi, parle longuement des services rendus à cet établissement par Careavi, qui se retira •près la mort de Colbert, en 1683, et mourut luimême en 1684. — Charles-Alexandre Cxrcwi, fils de Pierre, né vers 1063, fut élevé auprès du duc d'Orléans, depuis régent, embrassa l'état ecclésiastique, et mourut au mois de février 1723. II avait composé, en 1720 : !• le Parnasse bouffon, comédie en 1 acte et en prose, non représentée ; 2* (a Comtesse de FoUenville, jouée avec peu de succès sur le Théâtre-Français, le 11 octobre 4720, et non imprimée. Z
CARCINDS d'Agrigente, poète tragique et comique, florissait un peu avant l'époque de Philippe, roi de Macédoine. 11 se trouva avec le philosophe
IEschrne à la cour de Denys. \\ mit au théâtre quatre-vin Kt-(ii\-huî t pièces, «ne, entre antres, intitulée im Riche?, que cita Athénée, et que d'autre*
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ont appelé Plutus. Aristote parie de ce poète avec éloge data plusieurs endroits de ses ouvrages, et Diodore mentionne honorablement ta pièce qu'il avait coni|K>sée sur Cérès cherchant sa fille Proserpine. Atbénée en cite des vers très-piquants contre les vieillards qui épousent de jeunes femmes. ( Voy. Suidas, et Athénée, liv. 8. ) — Cn autre poète tragique du même nom était d'Athènes, et presque contemporain du premier. Athénée cite deux de ses pièces : Achille et Sémélé. On lui en attribue cent soixante. Il ne fut couronné qu'une fois. L'obscurité énigmatique de son style avait donné lieu au proverbe : C'est du Careinut, pour désigner une diction pénible et entortillée. Carcinus d'Athènes eut trois fils, Xénocle, Xénétime et Dérootime, dont la vanité fut tournée en ridicule par Aristophane. ( Voy. Suidas, Athénée, liv. 8; Vossius, de Poct. greec, ch. 7.) A— D— R.
CARDA ILLAC (Jean de), d'une ancienne famille du Qucrci, professa le droit à Toulouse, fut nommé, en 1351, évêque d'Orense en Galice; en 1360, évéque de firaga en Portugal ; en 1371, patriarche d'Alexandrie et administrateur de l'évéché de Rhodez ; en 1376, administrateur perpétuel de l'archevêché de Toulouse. Il fut employé utilement par la cour de Rome en diverses légations, et donna des preuves éclatantes de civisme dans les guerres de Charles Y contre les Anglais. En 13G8, il parcourut la Guienne, où commandait le prince Edouard de Galles, alla de ville en ville, engageant les habitants à secouer un joug étranger, et gagna seul à son prince soixante villes, places ou forteresses. Une armée victorieuse eut fait des conquêtes moins rapides. Le zèle cl l'éloquence du prélat facilitèrent les succès qu'obtint en 1570 le connétable Du gu esclin, qui soumit presque toutes les villes de la Guienne et du Poitou. Cardaillac fit fondre à ses frais, pour la cathédrale de Toulouse, une cloche d'une grosseur extraordinaire qui portait son nom, et pesait 50,000 livres : elle a été détruite pendant la *■ révolution. Ce prélat mourut le 7 octobre 1390, laissant plusieurs manuscrits qui prouvent son éloquence et son érudition, et que l'on conservait dans la bibliothèque des dominicains de Toulouse. On estimait principalement son Oraison funèbre du pape Clément VI, celle d'Urbain V, un Panégyrique de la Vierge, prononcé a Paris le jour de la féle de l'Annonciation, et divers traités lur les Ordres sacrés. La vie de Jean de Cardaillac se trouve dans les Essais de littérature de l'abbé Tricaud, Amsterdam, 1702, in-12. V— ve.
CARDAN (Jérôme), médecin et géomètre, naquit a Pavie, en 1501. I.;i date précise de sa naisnance est incertaine ; car il en indique deux dans ses ouvrages; l'une au 23 septembre, et l'autre au 24 novembre ; circonstance d'ailleurs peu importante, ainsi que la prétetition qu'il annonce de descendre de la famille des Châtillon , souverains de Milan cinq cents ans auparavant. Il était fils de Facio Cardan, médecin cl jurisconsulte, qui mourut en 1524. On croit généralement que sa naissance était illégitime , et il est convenu lui-même que sa mère re-
courut à des breuvages pour se faire avorter lorsqu'elle était enceinte de lui. Il fut cependant élevé dans la maison de son père, qui demeurait à Milan. C'était un homme d'un grand savoir, d'une probité incorruptible, qui donna beaucoup de soins à l'éducation de son lils , et dont celui-ci ne parle jamais qu'avec tendresse et vénération. A l'âge de vingt ans, Jérôme Cardan se rendit à Pavie pour y achever ses études, et, deux ans après, il y expliqua Euclide. A trente-trois ans, il commença à professer les mathématiques, puis la médecine à Milan. Il retourna ensuite i Pavie, professa quelque temps à Bologne, et, s'y étant attiré de mauvaises affaires, il alla terminer sa carrière à Rome. Là , il fut agrégé au collège des médecins, et reçut une pension du pape. En 1547, le roi de Danemark l'avait fait inviter i venir dans ses Étals; mais le climat et la religion du pays le détournèrent d'accepter les offres avantageuses que lui faisait ce souverain. Le dernier motif de son refus parait bien singulier pour un homme qui fut accusé d'irréligion ; mais les biographes sont peu d'accord sur ses véritables sentiments à cet égard. Ils citent des passages contradictoires, qui n'ont rien de surprenant de la part d'un homme qui se perdait dans les rêveries de la cabale, qui disait avoir un démon familier, dont il recevait des avertissements, mais qui se croyait aussi quelquefois en la présence de son bon ange. On sent qu'avec de pareilles dispositions, lorsqu'il voulut philosopher suivant l'esprit du temps, il donna beaucoup de prise sur lui aux théologiens. Son orthodoxie fut vivement attaquée ; on le rangea même au nombre des athées. Et comment un athée pouvait-il croire au démon, à la magie? Ce ne sont pas là les opinions d'un esprit fort, et quand on les adopte, il reste peu de choses difficiles à croire. La vérité, à ce qu'il nous semble, c'est que Cardan fut un esprit superstitieux, dont les chimères ne s'accordaient pas avec celles qui étaient en crédit, et que ses ennemis chargèrent de l'imputation d'athéisme , parce qu'elle était la plus odieuse qu'on pût imaginer alors. Cardan s'entêta de l'astrologie, au point de tirer plusieurs fois l'horoscope de sa mort, et d'attribuer la fausseté de ses prédictions, nonàTineertilude de fart, mais à Fignoranee de l'artiste. On a été jusqu'à dire que, pour accomplir sa dernière prédiction, ou plutôt pour ne pas survivre à la honte que son erreur devait attirer sur lui, il se laissa mourir de faim à l'âge de 75 ans; mais ce fait n'est pas constaté. Il ne fut pas plus heureux dans les prédictions qu'il fit pour les autres : il annonça une longue vie à Édouard VI, qui mourut assez promptement; mais une révision du calcul justifia l'événement ; car l'astrologie ne pouvait alors avoir tort. L'horoscope
d'œuvre parmi les extravagances de ce genre ; et, malgré les persécutions que Cardan éprouva à ce sujet, il ne voulut jamais en restituer l'honneur à Pierre d'Ailly et RussilianusSextus, qui avaient fait les frais de l'invention. Deux traités , qu'il publia sous ces titres : de SubtUUale et de Rcrum Variétaie, embrassent l'ensemble de sa physique, de sa
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métaphysique et de ses connaissances en histoire naturelle, et peuvent paraître curieux à ceux qui aiment à voir dans quelles erreurs s'est promené l'esprit humain ; mais ce n'est pas ici le lieu d'en parler plus au long. On en trouve un extrait fort détaillé dans l'article Cardan, placé a la tin du second volume du ZXrdonnaire de philoiopkie de YEnq/clopédie méthodique. Il écrivit aussitôt sur la médecine; et, parmi beaucoup de fatras, il émit quelques idées saines. Sa réputation, comme médecin fut trés-étendue, et le fit appeler en Écosse par l'archevêque de Si- André, primat du royaume. Les soins et les conseils de Cardan rendirent la santé à ce prélat, malade depuis dix ans, et qui avait recouru vainement aux médecins du roi de France et de l'Empereur. Mais s'il reste à Cardan des titres réels à la reconnaissance des savants, ce sont ceux qu'ils s'est acquis en mathématiques, sur lesquels cependant une conduite peu délicate a répandu beaucoup de nuages. L'algèbre, qui, depuis sa naissance, n'était guère cultivée qu'en Italie, excitait beaucoup d'émulation entre les mathématiciens de ce pays; ceux qui pouvaient faire des découvertes les cachaient soigneusement, ponr s'assurer les moyens de triompher dans les défis publics qu'ils se proposaient les nns aux autres, allant de ville en ville, à la manière des musiciens, faire montre de leurs talents devant les curieux rassemblés clans les églises pour les juger. Cardan apprit que Tartaglia ( voy. ce nom ), provoqué par de semblables défis, avait trouvé la résolution des équations du troisième degré, et, dès ce moment, il conçut le plus vif désir d'en obtenir la communication . Ses premières sollicitations ayant été inutiles, il écrivit à Tartaglia que le marquis del Vasto désirait le connaître et s'entretenir avec lui de ses découvertes. Tartaglia crut devoir céder à l'invitation pressante d'un personnage distingué, dont il espérait se ménager la protection ; mais en arrivant à Milan , ce fut Cardan seul qu'il trouva dans la maison du marquis, et qui lui offrit de faire tous les serments qu'il exigerait de ne point révéler son secret, qu'il le jurerait même sur l'Evangile. Vaincu par ces instances , et pour obtenir la lettre oc recommandation qui devait l'introduire auprès du marquis del Vasto , Tartaglia fit connaître ses méthodes à Cardan, qui les imprima quelques années après, en 1545, dans son Art magna, malgré la foi de ses promesses. Les plaintes de Tartaglia furent aussi vives qu'elles étaient fondées; il dévoila la conduite de Cardan en publiant la correspondance et les entretiens qu'il avait eus avec lui. Cardan, de son côté, réduisait à la formule du procédé de la solution ce qu'il devait à Tartaglia ; il affirmait que seul il en avait trouvé la démonstration , et attribuait la première découverte à Scipion Ferreo. Quoi qu'il en soit de ce débat, sur lequel il est assez difficile de prononcer aujourd'hui, l'honneur de donner son nom à la méthode est demeuré à celui qui l'a publiée le premier, et l'on dit encore, la formule de Cardan. On s'accorde a penser que Cardan
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pas compris dans la règle donnée par Tartaglia, et, entre autres, celui qui porte le nom de cas irréductible ; qu'il s'aperçut de la multiplicité des racines des équations des degrés supérieurs, et enfin de l'existence des racines négatives , dont pourtant il ne reconnut pas l'usage. M. Cossali, qui a fouillé dans les vieux manuscrits italiens, fait remonter plusieurs de ces remarques jusqu'à Léonard de Pise ; mais il n'en assigne pas moins à Cardan une part très-honorable dans les découvertes sur la résolution des équations, et revendique en sa faveur l'application de l'algèbre aux problèmes de géométrie déterminés, généralement attribuée à Y iète ; mais, en cela, il nous paraît que Cossali va trop loin. (Voy. le 2« vol. de VOrigine e Transporto in Italia del algebra, ouvrage dont nous avons tiré une partie de ce qui précède.) Cardan tenta aussi d'appliquer la géométrie à la physique, comme on verra par le titre de l'un de ses ouvrages; mais il manquait de données assez précises, et n'eut aucun succes. Avec un amour-propre excessif, une humeur très-irritable , et quelquefois peu île scrupule pour s'emparer des découvertes des autres, Cardan ne pouvait manquer d'ennemis. Jules Scaligcr s'acharna particulièrement sur le traité de Subtilitate, et prétendit avoir fait mourir l'auteur de chagrin par ses critiques. La vie de Cardan fut encore plus troublée par ses vices, dont il n'a pas besoin de chercher l'énumcration dans les invectives de ses ennemis , car il a pris soin de tracer lui-même un portrait affreux de ses mœurs et de son caractère dans l'ouvrage intitulé : de Vita propria. La franchise, ou plutôt la hardiesse des aveux, y est jwrtée aussi loin qu'elle peut aller ; et ceux qui , sur cette production, ont voulu juger Cardan avec quelque indulgence, ont été réduits à le regarder comme ayant des accès de folie : c'est ainsi qu'en ont parlé Leibnitz et Naudé. 11 nous apprend que, dans le monde, il ne savait dire que ce qui devait déplaire à ceux qui l'entouraient , et qu'il persévérait dans cette mauvaise disposition, quoiqu'il en vît les effets; qu'il recherchait les souffrances physiques, parce qu'elles le préservaient des orages qui s'élevaient fréquemment dans son esprit ; qu'il se procurait lui-même des sensations dans cette vue, et pour jouir de la volupté qu'il éprouvait i celte cessation ; enfin qu'il employait aussi ce moyen comme un remède ou comme un palliatif dans les grandes afflictions morales. Il éprouva dans sa famille des malheurs accablants : son fils aîné eut à vingt-six ans la téle tranchée, pour avoir empoisonné sa femme. Son second dis le tourmenta beaucoup par son inconduite. Cardan met encore au nombre de ses plus grandes infortunes l'étal d'impuissance qui le priva du commerce des femmes depuis vingt et un ans jusqu'à trente et un , époque à laquelle il se maria. Il a laissé une fille qui n'eut point d'enfants. Pendant une grande partie de sa vie , l'état de ses affaires, voisin de la pauvreté, l'obligea de multiplier ses ouvrages et de les grossir pour en tirer plus de profit : cependant il n'est pas vrai qu'il mourut dans l'indigence. Nous avons déjà dit qu'il
recevait une pension du pape, « et il était alors, dit « Montucla, dans l'aisance d'un médecin accrédité « qui va voir ses malades en voiture. » Il y a quelque incertitude sur l'époque de sa mort; dcTbôu la lixc au |* septembre 1575; niais Itayle , à l'article Cardan, (ait remarquer qu'il écrivait encore sa vie au mois d'octobre 1576, ce qui s'accorde avec l'âge de 75 ans, qu'on lui donne au moment de son décès (1). Ses principaux ouvrages sont : 1° Ârlit magna, seu de regulis algebra liber unus, Nuremberg, 1515, in-4\ 2° De Subtilitate libri 21, Nuremberg, 1550, in -fol. : il y en a une traduction française par Ricbard Leblanc, Paris, 1550, in-V. 3" De Rerum Variclale libri 17, cum appendice, Bâle, 1557,in-fol. 4° Opus novum de proportionibut numerorum, mo~ (uum, pnndcntm, sonorum, Baie, 1570, in-fol. 5° De Fita propria, Paris, 16-15, iu-8°, publié par Gabriel jSaudé; réimprimé à Amsterdam, 1054, in-12. 7* Neronxs Encomium. 8" De Sani(a(c luenda el Yila producenda libri 4, Rome, 1580. Tous les écrits de Cardan, au nombre de plus de cinquante, ont été réunis en 10 volumes in-fol. par Charles Spon,sous le titre de Weronymi Cardant Opéra, Lyon, 1003 : c'est dans le t. 4 que so trouvent VArs magna et les autres traités concernant les mathématiques, (foy, Cardanus lui-même, de VHa propria; Vossius, de Mathcmalicis, les Mémoires du P. Niceron, 1. 14, et YWttmre de de Tliou, 1. 6.) — Son fils aîné, Jean- Baptiste Cardan, médecin, qui périt malheureusement comme on l'a dit, a laissé deux traités qui ont été imprimés avec les ouvrages du père : 1* de Fulgure; 2* de Abstinentia eiborum fetidorum. L— x.
CARDENAL (Pieiire), l'un des plus féconds parmi ces poètes connus sous le nom de troubadours, naquit vers le commencement du 13e siècle, et mourut en 1300, âgé de 100 ans. Les biographes ne sônt pas d'accord sur le lieu de sa naissance ; ils désignent pour sa patrie ou Rcaucairc , ou le Puy- Cn-Velay, et ne s'accordent pas davantage sur les différentes actions de sa vie. Millot rap|K>rtc qu'ayant fait quelques études, afin de pouvoir entrer dans les ordres sacrés , il préféra suivre la profession de chanteur ambulant. Jean Noslradamus le fait aller se (IxeràTarascon, où il se fit maître d'école. Les manuscrits de la bibliothèque royale contiennent quatre-vingt-dix pièces qu'il a composées; elles consistent : 1* en tentons ou jeux partis, sorte de questions de Jurisprudence amoureuse qui renfermaient ou un purisme d'amour poussé au fanatisme, ou un libertinage outré ; 2» en sirrenles, pièces ordinairement satiriques ; 3* en chansons. Les différentes pièces composées par Catdcnal sont empreintes de cette manie de subtilité qui régnait dans les écoles, et de cette métaphysique de sentiment devenue si ridicule. Aussi trouve-t-on un grand nombre de passages si obscurs qu'ils deviennent intclli-
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gifaltt. (Yoy, la Bibliothèque de la Croix du Maine
et Duverdier.) R— T.
CARDENAS (Barthélémy de), peintre portugais, mort à Yalladolid en 1000, a laissé plusieurs morceaux à fresque et des tableaux très-estimes que l'on voit dans les églises des dominicains, k Madrid el à Valladolid. On cite surtout les fresques qui ornent le cloiU*e de St-Paul ; le retable du maitreautcl représentant la Fie de Jésus-Christ; une gloire de 40 pieds carrés qui occupe tout le fond du chœur, et une Cène dans le réfectoire du même couvent. Z — o.
CARDENAS (Bernardin de), né à Chuquisaca, dans la province de las Charcas, au Pérou, entra assez jeune dans l'ordre de Si- François, où il no tartla pas à se distinguer par son talent pour la prédication, et fut missionnaire apostolique- Nommé en 1G43 h l'évéclié de l'Assomption, dans le Paraguay, sa piété lui concilia la plus grande partie de ses diocésains ; mais les missions des jésuites étant voisines de son diocèse, il ne vit dans la défiance avec laquelle ils en défendaient l'entrée aux Espagnols comme aux autres Européens, qu'un projet de se soustraire à l'obéissance du roi d'Espagne ; il les accusa avec chaleur; les jésuites se défendirent, et parvinrent même à le mettre mal avec les officiers du roi. Le zélé ardent de Cardenas ne fut pas refroidi par les désagréments qu'on lui suscita. Son exemple encouragea d'autres évèques de l'Amérique à combattre les entreprises des jésuites. Le plus célèbre de ces prélats, Palafox, était en correspondance intime avec Cardenas. La cour de Madrid, à qui les deux partis avaient envoyé des mémoires, nomma des commissaires qui eurent beaucoup de peine à concilier les esprits. On peut voir les détails do cette querelle dans l'Histoire du Paraguay par le P. Charlcvoix. Cardenas, nommé à l'évéché de Pcpayan, refusa, en s'excusant sur son grand âge; mais le désir do la paix lui fil accepter, en 1006, celui de Santa-Cruz de la Sierra, où il mourut peu d'années après. On a de lui : I* Jtfanual y Jielacion de las casas di Piru, Madrid, 1634, in-4"; 2° llisloria Jndiana et indigenarum; :»• JMémorial présenté au roi d'Espagne pour la défense de D. Bernardin de Cardenas, eve'que du Paraguay, contre Us religieux de la compagnie de Jésut, et pour répondre aux mémoriaux présentés à la susdite majesté par U P. Pedraca, procureur des jésuites aux Inde*, traduit de l'espagnol, 1662, in-12, ouvrage curieux. Cent ans environ après la mort Cardenas, on a publié en Espagne le livre suivant : Documentos tocantes à la persecucion que los regularcs de la compafut de Jesu suscitaron contra don B. de Cardenas, ebispo de Paraguay, Madrid, 1768, in-4". E — s.
CARDENEAU (Augustin baron de}, né en 177G, d'une famille distinguée dans le barreau, entra au service en 1791, fut nommé lieutenant au régiment d'Angoumois, qui forma la 148* demi-brigade, servit à l'armée des Pyrénées-Occidentales, et contribua, sous les ordres du fameux la Tour d'Auvergne, à la défense du poste important de Joliment. Le général en clief Mullcr l'ayant désigné pour *-
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rifer la colonne qui devait effectuer sur ce point l'attaque de l'armée espagnole, Cardencau obtint un fucoès complet, et la prise des redoutes du col de Baya et de Béra ouvrit à l'armée française l'entrée du territoire espagnol. Le grade d'adjudant général fut la récompense de m belle conduite. Ce fut en qualité de colonel qu'il combattit à Marengo à la tète du 40* régiment de ligne. Il eut dans cette journée trois chevaux tués sous lui. Après avoir fait la guerre d'Italie jusqu'à la bataille d'Austerlitz, et mérité la croix d'oftlcier de la Légion d'honneur, il fit partie de l'armée victorieuse qui entra dans le royaume de Naples, se signala au siège de Gaêlc et fut tait général de brigade, sur la proposition du maréchal M asséna. Il fut en outre nommé baron. A la suite des événements de 1814, il reçut de Louis XVIII la crois de 8t-Loufe. Pendant les cent jours il commanda une brigade d'infanterie, et fut, après le second retour du roi, mis en disponibilité. Appelé en 1818 par le département des Landes à la chambre des députés, il prit place aux bancs du centre gauche, et se prononça en 1819 contre les lois suspensives de la liberté de la presse et de la liberté individuelle. N'ayant pas été réélu en 1823, et ayant été mis à la retraite comme officier général en 1836, à cause de son âge , il rentra dans la vie privée jusqu'au mois de juin 1830 que les électeurs de Dax l'appelèrent de nouveau à faire partie de la chambre. Il prit part à tous les votes de la majorité constitutionnelle , ne fut point réélu en 1881, te retira de nouveau dans ses propriétés du département des Landes, et mourut en 1811. Z—o.
CARDER (Peter). Lorsque le 6 septembre 1678, le fameux Drake eut débouché du détroit de Magellan dans la mer du Sud, il détacha de sa flotte un petit bfttiment pour revenir donner en Angleterre nouvelle de son passage. Cette pinasse, sous la conduite du capitaine Carder, repassa le détroit, et vint aborder au nord de la rivière de la Plata, sur un rivage habité par un peuple sauvage, qui tua une partie des Anglais. En s'éloignant de cette côte malheureuse, ils touchèrent contre une petite Ile, et la pinasse fut mise en pièces. Le peu de monde qui avait échappé aux sauvages périt, à l'exception de Carder et d'un autre Anglais. Us se nourrirent dans cette lie de fruits assez semblables à l'orange, de feuilles, de crabes et de petites anguilles qu'ils trouvèrent dans le sable ; mais comme il n'y avait pas une goutte d'eau, ils furent réduits à boire leur urine. Il fallut de nouveau se remettre en mer sur quelques planches de la pinasse. Après être restés trois jours et deux nuits à la merci des flots, la vague les poussa sur le rivage du continent, près .d'une petite rivière d'eau douce. Le compagnon de tarder, malgré ses conseils, voulut en boire sans modération, et en mourut deux heures après. Quant à Carder, il tomba entre les mains des sauvages, qui, quoique cannibales et dans le barbare usage de manger les prisonniers de guerre, respectèrent à son égard les droits de l'hospitalité ; ils le prirent même en amitié lorsqu'ils eurent senti de quelle utilité leur pouvait être un nomme fort in-
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dustrieux et possédant plusieurs connaissances. Après avoir vécu parmi ces sauvages assez long* temps pour apprendre leur langue, Carder en obtint la liberté de partir. Il entra sur les terres des Portugais, d'où enfin il revint en Angleterre, en 1586. Le grand amiral le présenta & la reine Élisabeth, qui prit beaucoup de plaisir au récit de ses aventures. ( Histoire des Voyages. ) M — le.
CARDILUCICS (Jean-IIiskias), médecin allemand du 17* siècle, était grand partisan de l'astrologie, de l'alchimie et de la doctrine de Paracelse et de van llelmont. Après avoir étudié en Hollande et à Mayencc, Il s'établit à Nuremberg, où il prenait le titre de comte Palatin et de premier médecin du duc de Wurtemberg. Il y a donné de nouvelles éditions de deux ouvrages allemands de Barthélémy Carrichter. Il y fit des additions considérables. L'un parut à Nuremberg en 1686, in-84, sous le titre de Livres de plantes et de médecine : il a été réimprimé à Tubingcn, en 4739, ln-8°; l'autre, de l'Harmonie, de la Sympathie et de l'Antipathie des plantes, Nuremberg, 4086, ln-8° : Cardilucius y ajouta une préface. On y voit que l'auteur cl l'éditeur étaient également imbus des mêmes préjugés. Ils croyaient qu'il fallait consulter tel ou tel signe du zodiaque, avoir égard à son degré d'élévation sur l'horizon, lorsqu'on voulait cueillir une plante ou administrer un médicament. Ce médecin a publié un ouvrage en latin intitulé : Of/icina sanitalis, site Praxis chymiatrica Joannis Hartmanni, cui annexus tst Zodiacus medicus, Nuremberg, 1677, in-4°. On lui doit encore une Ecole évangélique des arts et des sciences, puisée dans la mit tue, 1683, 4 vol. in-8" ; un Palais royal de chymie et de médecine, 1684, in-8», et une Description de quelques maladies ( le
typhus nos mi.it et la dyssenteric ), 4684, in-12;
ces trois ouvrages, imprimée à Nuremberg, sont en allemand. D — P — s.
CAHDIM (Antoixe-Fraaçois), jésuite portugais, né en 4613 à Viana, près d'Evora, fut envoyé aux Indes comme missionnaire. Il visita le Japon , la Chine, le royaume de Si. un, la Cochinclùne et le Tunquin, et remplit l'emploi de recteur du collège de Macao. Sa province le députa à la huitième congrégation générale do son ordre. Il lit naufrage en retournant aux Indes. Délivré de ce péril, Cardim employa le reste de sa vie aux travaux apostoliques, et mourut a Macao en 4639. On a de lui en portugais : 1° Relation de la mort glorieuse de quatre missionnaires portugais décapités au Japon pour la foi, Lisbonne, 4643; 2° Rclalione de la provincia del Giapone, Rome, 46*3, \n-8° -, traduite en français avec une autre relation du P. Baretli, composée en italien, Paris, 4646, in-8". Le P. Cardim écrivit en latin : Fasciculus e Japonicis floribus suo adhuc sanguine madenlibut cotnpositus, cum elogiis et imaginibus inUrfectorum in odium fidei, Rome, 1646, in-4"; Catalogué omnium in Jupon ta pro Chrislo interemptorum, ibid. La relation de Cardim, indépendamment du détail des missions, contient quelques particularité^ relatives aux. pays qu'il avait parcourus.
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CARDINI (Ignace), médecin, né en 1562, à Hariana, en Corse, est auteur d'un ouvrage latin, si rare que nous n'avons pu nous en procurer même le titre. Le Moréri de 1759, d'après lequel nous parlons de ce volume, dit qu'il est divisé en 2 parties : « La 1" traite de la métallique de son pays ; « la 2* contient l'histoire des plantes qui y crois- « sent et des lettres plus satiriques que criti- « ques. » Les prêtres et les moines, attaqués avec violence dans ces lettres, suscitèrent à l'auteur une telle persécution qu'il fut obligé de sortir de Corse, et se retira à Lucques, où, trois mois après, il mourut d'une dyssenterie. Les moines corses ont détruit de cet ouvrage tous les exemplaires qu'ils ont pu trouver. ■ A. B — t.
CARDON ( ANTOiNE-ALEXA?inRE-JosEPH ) , naquit à Bruxelles, le 7 décembre 1759, et annonça les plus heureuses dispositions pour le dessin ; elles se développèrent rapidement dans l'atelier de la Régna, peintre «le l'impératrice Marie-Thérèse. Ce maître, qui le chérissait, l'ayant emmené a Vienne, le présenta à la princesse, qui lui accorda une pension et lui donna les moyens de se rendre à Rome, pour y continuer ses études. Après trois années de séjour dans cette capitale des beaux-arts, le jeune Cardon vint à Naples, abandonna la peinture et se livra presque exclusivement à la gravure ; il exécuta les vues et plans de la ville de Naples. Son burin facile autant que gracieux ayant été dignement apprécié par le célèbre et riche amateur Dancarville, Cardon fut chargé de la gravure des planches du magnifique ouvrage des Antiquités étrusques, grecques et romaines, qu'avait commandé à grands frais le chevalier liamilton, envoyé d'Angleterre à la cour de Naples. En 1769, Cardon grava une partie des tableaux du duc d'Aremberg et du comte de Cobentzel. Il fut, en 1815, nommé membre de l'Institut royal des Pays-Bas, classe des sciences et arts. Il vécut encore quelques années et mourut presque octogénaire, après avoir eu le malheur de perdre son fils héritier de son talent. — Antoine Cardon, fils du précédent, né à Bruxelles en 1772, se livra dés son enfance avec enthousiasme aux études qui avaient illustré son père. Dirigé par ses conseils, il remporta successivement, pendant plusieurs années de suite, les premiers prix de dessin à l'académie de Bruxelles, et fut décoré de la médaille d'or dans la classe de nature. Ayant résolu d'adopter le même genre que son père, il partit en 1792 pour l'Angleterre, où de nouveaux succès l'attendaient. Couronné en 1794 par l'académie royale de Londres, il entreprit plusieurs gravures d'une grande dimension qui ajoutèrent fa sa renommée, et parmi lesquelles on cite le Mariage de Catherine de France avec Henri V ; les victoires remportées par les Anglais dans l'Inde, sur Tippou-Saheb ; la Bataille d'Alexandrie en Egypte, et le Combat de Maîda en Portugal ; le port rail en pied du prince royal, depuis George IV. Chargé par le gouvernement anglais de reproduire par le burin les tableaux du musée, il commença par la Femme adultère de Rubens : il fit un chef-d'œuvre. Les encouragements flatteurs qu'il reçut fa cette époque de
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la part de l'empereur d'Autriche et du roi des Deux»
Siciles, les éloges qui lui vinrent de toutes parts, enflammèrent son zèle et son amour pour le travail
à un tel point, que sa santé ne put y résister. Il
succomba en 1815, à une maladie de langueur. Le Dictionnaire des graveurs de F. Basan confond les deux Cardon, n'en fait qu'un seul personnage, et fait aller à Naples, en 1766, Antoine, né seulement en 1772. D— R— a.
CARDON A (Jean-Baptiste), antiquaire et bibliographe espagnol, naquit à Valence, dans le 16* siècle, et fut successivement chanoine de cette ville, membre du tribunal de l'inquisition, évéque de Perpignan, de Vie en Catalogne, et enfin de Tortosc. Il cultiva les lettres avec succès, et s'appliqua, sur la fin de sa vie, fa rétablir d'après les manuscrits les véritables leçons des Pères; il en avait déjà restitué plus de huit cents dans les œuvres de St. Léon le Grand et de St. Hilairc, lorsqu'il mourut, le 50 décembre 1589. On a de lui les ouvrages suivants : 1« Oratio de S. Stephano, |ianégyrique prononcé à Rome en 1575. 2° De Expungendis hœrclicorum propriis Nominibus, Rome, 1576, in-8", dédié au [»a|»e Grégoire XIII. 5° De Hegia S. Laurentii Scorialensù Bibliotheca libcllus, sive consilium cogendi omni* generis utiles libros, et per idoneos minislros frucluose, caltideque custodiendi, Tarragone, 1587, in-4*. On trouve aussi dans cet ouvrage, dédié à Philippe II, un petit commentaire estimé de Diptycis ; un traité de Bibliotkecis, tiré de Fui v io Orsino, et un autre de la Bibliothèque du Vatican, extrait d'Onofrio Panvino. ( Voy. la Biblioth. Uisp. de Nie. Antonio ; l'flupan. Bibliolh. de André Schott, et YHistoire de Valence, par Gaspard Escolano. ) V— ve.
C ARDOISE (Raiuond de), général aragonais, fut envoyé en Italie en 1522, par le pape Jean XXII et le roi Robert de Naples, pour commander les armées guelfes. Il jouissait de la réputation d'un grand général, et cejwndant il n'éprouva guère que des revers. Il Tut défait le 6 juillet 1322 par Marc Visconti, à Bassignano. Après avoir rétabli son armée et conquis Tortone et Alexandrie, en 1525, il fut de nouveau défait a Van io, le 16 février 1524, et, cette fois, il tomba entre les mains des Visconti, ses ennemis. Ces seigneurs de Milan le relâchèrent au bout de quelques mois, pour ouvrir, par son moyeu, une négociation avec l'Église ; ils lui firent seulement prêter serment de ne plus servir contre les gibelins ; mais le pape le releva de ce serment et l'envoya commander les Florentins, < attaqués alors par Caslruccio. L'armée de Cardone était fort supérieure en nombre fa celle de ses ennemis ; mais il la retint pendant une partie de l'été autour des marais de Fucecchio, pour que les bourgeois florentins qu'il avait sous ses ordres, degou- ; tés d'un si pénible service, achetassent de lui leur î congé. Après que cette misérable avarice eût fait » perdre courage a son armée, il livra bataille fa Castruccio devant Altopascio, le 25 septembre 1525 : il y fut complètement battu et fait prisonnier. Son
I vainqueur l'obligea de marcher à pied devant son
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char, comme il rentrait en triomphe à Lucques. Ainsi se termina la carrière militaire du premier Raimond de Cardone en Italie. — Raimond II de Cardone , de la même famille, fut nommé vice-rot de Naples par Ferdinand le Catholique, le 24 octobre 1509. Ce monarque s'étant détaché, en 1511, de la ligue de Cambray, donna commission à Raimond de Cardone de défendre le pape et les Vénitiens contre les attaques de l'empereur Maximilien et des Français. 11 commença, pendant l'hiver de 1512, le siège de Bologne ; obligé de le lever à l'approche de Gaston de Foix, il livra à celui-ci la sanglante bataille de Ravenne, le 11 avril 1512. 11 la perdit après une horrible boucherie; presque tous • ses ofliciers généraux furent tués ou faits prisonniers; mais Gaston de Foix, son adversaire, perdit la vie dans la mêlée ; et Cardone, n'ayant plus ce terrible antagoniste, se releva bientôt de sa défaite, plus redoutable que jamais. Les Français, attaqués par les rois d'Angleterre et d'Aragon, et abandonnés par Maximilien, avaient retiré leurs armées d'Italie. Cardone fut alors envoyé en Toscane pour punir les Florentins de leur alliance avec Louis XII. Il surprit la ville de Pralo, et la livra au ma$!>acrc d'une manière si horrible que les Florentins perdirent courage ; ils rappelèrent les Médicis, leur rendirent l'autorité dont ils les avaient privés pendant dix-huit ans, et se soumirent à payer d'énormes contributions ; mais à peine les Français s'étaientils retires d'Italie, que Ferdinand changea de nouveau de politique; il trahit les Vénitiens, qu'il avait défendus, et Cardone leur enleva la ville de Brescia avec les châteaux de Peschiera, Legnago et Trezzo, et les força ainsi à chercher un refuge auprès de ces mêmes Français qui les avaient jusqu'alors opprimés. Cardone, en faisant la guerre aux Vénitiens, ne se montra pas moins féroce qu'il l'avait été dans ses autres campagnes. Barthélémy d'Alviano, pour réprimer la barbarie des Espagnols, leur livra bataille près de Vicence, le 7 octobre 1513; mais son armée fut détruite, et Cardone continua ses ravages jusqu'au bord des lagunes. Enfin, en 1515, la paix fut momentanément rétablie, et Cardone reconduisit ses troupes dans le royaume de Naples, dont il demeura vice-roi sous l'autorité de Charles-Quint. S— S — i.
CARDONE (Vincent), religieux dominicain, né dans l'Abruzze citérieure, s'amusait à ces sortes d'ouvrages qui n'ont guère d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue. Ayant naturellement peine à bien prononcer la lettre r, il couq>osa d'abord un petit volume dans lequel cette consonne ne se trouve pas une seule fois, excepté dans le titre ; il l'intitula : la R tbandita, topra la potenza d'amore, et le publia sous le nom de Jean-Nicolas CimituUo- Cardone, qu'il avait |>orlé dans le monde, Naples, 1614. in-8°. Le succès de ce premier ouvrage engagea Cardone à faire le même travail successivement sur chacune des lettres de l'alphabet ; cet ouvrage de patience, qu'il intitulait Alfabetodistrutto, étant achevé, il était en route pour le dédier au duc de Savoie, lorsqu'il mourut à peine âgé de
25 ans : il venait d'entrer dans l'ordre de St-Dominique. C. M. P.
CARDON NE (Denis-Dominique), savant orien-
| talistc, naquit à Paris en 1720, et partit à l'âge de neuf ans pour Constantinople, où il apprit le turc,
' l'arabe et le persan, et où, pendant un séjour de vingt ans, il acquit de grandes connaissances sur les mœurs, les usages et le caractère des peuples de l'Orient. A son retour à Paris, il fut nommé successivement professeur des langues turque et persane au collège royal, en 1750, secrétaire interprète du roi pour les langues orientales, censeur royal, caissier et inspecteur de la librairie. Il étudia avec beaucoup d'assiduité les manuscrits orientaux de la bibliothèque. Son premier ouvrage fut Y Histoire de l'Afrique et de l'Etpagne tout la domination des Arabes, 1765, 3 vol. in-12, traduite en allemand par de Huit, Nuremberg, 1768-70, en 3 vol. in-8e, dont un est composé de notes; et par Fa»i, Zurich, 1770, in-8°. Cet ouvrage, rédigé en grande partie d'après des manuscrits arabes, aurait jeté un grand jour sur l'histoire d'Espagne sous les Sarrasins, si les matériaux qui ont servi à le composer eussent été employés avec plus de critique ; mais Cardonne s'est trompé quelquefois dans les dates ; il a négligé plusieurs manuscrits aussi importants que ceux dont il a profité, en sorte qu'on ne doit le consulter qu'avec défiance. Biornsurhl, qui, du reste, parle de Cardonne avec beaucoup d'estime, lui reproche aussi de n'avoir pas cité exactement les auteurs dont il a tiré les détails de son histoire. Ce même voyageur parle du grand succès qu'eurent à Paris les Mélanges de lilléralure orientale, traduits de différents manuscrits turcs, arabes et persans, que Cardonne publia, 1770, Paris, 2 vol. in-12; la Haye (Paris), 1771 : c'est une contrefaçon à laquelle on a ajouté les Bons Mots des Orientaux, par Galland. Ces Mélanges furent traduits en anglais la même année, et en allemand en 1781. Le choix en est très-bien fait ; tout ce que Cardonne a donné est neuî et ne se trouve ni chez d'Ilerbelot ni chez d'autres orientalistes. Cardonne continua la traduc-
1 tion des Contes et Fables indiennes (1), commencée par Galland ; elle parut en 1778, 3 vol. in-12, et fut traduite en allemand en 1787. 11 avait assuré à Biornsti-lil qu'il s'occupait aussi d'une histoire des califes. Elle n'a point paru. C'est encore lui qui a fourni les extraits d'auteurs orientaux qui se trouvent à la suite de V Histoire de St. Louis, par le sire de Joinville, édition de 1741, et à l'abbé Mignot beaucoup de notes pour son Histoire des Turcs. Cardonne mourut le 25 décembre 1785. On a mis au jour, en 1796, ses X mura us Mélanges de lilliralure orientale, 2 vol. in-12, qui ne sont que la réimpression de ses premiers Mélanges sous un
(4) Les aneedoies et fragments moraux qui eoricbls$e«l cetoemte sont tirrs des auteurs suiiutits que la bibliothèque nivale possède en manuscrits : Adjalbcl Measer. FalcbaUH-KoBlefa-Cbebabeddin- Amroebdeir-Anbrhab, Mt-Kmooa-Hikalai. Laiirename, Beharélan- Molladjami , Knis-Elaripinpir-Mabmoud. Ebiscl-Arifln-Pirniabmoud, Saadi, Novalri. Soiooihi. Said-lbo -Patrick. HumaioDi-Namé, N.gfaitrisian, HalMd-kuu.nl, Sabi-E ffeodi, Khalili, etc. (France littéraire de M. Quérard.) D— *— k.
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titre nouveau. Il a «usai travaillé a la Bibliothèque univerullt det romani, du marquis de Pouchun, à laquelle il a fourni l'extrait des principaux romans de l'Orient, dans les années 1775 à 1780. D — c.
CARDONNEL (Pierre-Balvi-Félix de), conseiller à la cour de cassation, né en 1770, à Monestier, exerça fort jeune la profession d'avocat à Albi, et fut nommé juge au tribunal civil de cette ville. 11 avait à peine atteint sa vingt-cinquième année, qu'il fut appelé au conseil des cinq-cents par les électeurs du Tarn. Il s'y distingua par son activité, ses talents et son éloignement pour les institutions nées du régime révolutionnaire. 11 fut rapporteur de plusieurs commissions, notamment de celle de la classification des lois. 11 se prononça contre le divorce pour incompatibilité d'humeur, contre l'aliénation des presbytères, et se plaignit, non sans raison, de l'ignorance et de l'incapacité des notaires de cam- |»agne. Bientôt il accusa la commune de Toulouse, en lui reprochant de favoriser les jacobins; il avait promis d'en fournir les preuves, mais la journée du 18 fructidor ne lui permit pas d'accomplir sa promesse. Quelque temps auparavant, Cardonnel proposa, au nom d'une commission spéciale, d'excepter des lois contre les émigrés ceux qui avaient cultivé les lettres et les arts dans les pays où ils s'étalent réfugiés. Guillcmardel lit sentir que c'était un moyen détourné pour les rappeler tous en France. On ne vit plus dés lors Cardonnel à la tribune : lui-même comprit qu'il ne fallait pas éveiller l'attention à ce sujet, et il garda le silence jusqu'à sa sortie du conseil, le 20 mai 1708. Il avait pensé même être une des victimes de la réaction de fructidor; mais le général Lacombe St-Michcl obtint, a son insu, qu'on effaçât son nom de la liste des déportés. Retiré dans ses foyers, Cardonnel rentra dans la magistrature dès qu'il eut l'âge requis i>our en remplir les fonctions. En 1802, il fut nommé juge d'instruction, puis vice-président au tribunal d'AIbl. En 1811, il fut appelé au corps législatif et fut du nombre de ceux qui, dans la courte session de 1815, s'élevèrent avec le plus d'énergie contre le despotisme de Napoléon. Cardonnel avait été nommé conseiller à la cour impériale de Toulouse; et, lors de la révolution de 1814, ce fut dans sa résidence d'AIbl que cette cour, réfugiée dans cette dernière ville jtar suite de l'invasion, signa son adhésion aux événements qui ramenèrent en France la maison de Bourbon. Pendant la session de 1814, Cardonnel se prononça contre la liberté de la presse, et parla en faveur de la restitution des biens des émigrés nou vendus; enfin son opinion sur la cour de cassation fut distinguée par la force des raisonnements et la solidité des principes. Il y réfutait les objections de Flaugergues. Le 3 septembre 1814, il fut nommé président de cliambre a la cour royale de Toulouse. Au mois de février 4815, des lettres de noblesse lui furent conférées par Louis XVIII, qui voulut composer lui-même les armoiries du nouveau gentilhomme. Cardonnel était membre de la Légion d'honneur. Désigné, par ordonnance du 15 juillet 1814, pour préaider te collège électoral
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d'AIbl, H fut élu et devint un des chefs de la majorité de la chambre introuvable. 11 fut élu secrétaire dans la séance du 9 janvier 1816. Membre de presque toutes les commissions Importantes, il fit partie de celles qui furent formées, le 21 octobre 1815, pour l'examen du projet de loi relatif aux cris séditieux ; le 25 novembre, sur la proposition de M. Piet, tendant à proroger jusqu'au t»T janvier 1818 le sursis accordé par l'art. 14 de la loi du 5 décembre 18(4 concernant les biens non vendus des émigrés; le 12 décembre, sur le projet de loi d'amnistie; le 18 janvier 1810, sur le projet concernant les pensions ecclésiastiques ; le 7 avril , sur la proposition de M. de Kergorlay relative à la responsabilité des ministres, etc., etc. Il parla pour la réduction des cours et tribunaux, pour la suppression de l'inamovibilité des juges, sur les diverses propositions faites par MM. de Castcl-Bajac , de Blangy et Roux-Laborle, pour l'amélioration du sort du clergé et pour confier aux prêtres la tenue des registres de l'état civil; enlln toutes les mesures de rigueur proposées dans cette session trouvèrent en lui un zélé partisan. Après la dissolution de la chambre, il fut, malgré les efforts du ministère, réélu par le collège d'AIbl /octobre 1816). Durant la session de 1817 à 1818, il s'éleva contre la nouvelle loi d'élections proposée par les ministres. Dans la discussion du budget, il attaqua toute la marche du gouvernement. « II o est pénible pour un bon Français, dit-il, d'avoir à « dire des vérités qui peuvent être pour son roi des a motifs d'affliction. » II s'attacha aussi à faire l'éloge du caractère de M. de Yillôle, que le côté droit présentait dès lors comme le seul homme capable de bien conduire les affaires de la monarchie. 11 ne se prononça pas moins vivement contre la loi de recrutement. Réélu en 1819 par le même département, Cardonnel suivit la même ligne, et il fut dès lors un des députés qui appuyèrent le plus constamment les lois d'exception proposées par MM. de Corbières et de Yillôle. On le voit, au mois de février 1823, membre de la commission chargée d'examiner la proposition de M. Forbin des Issarts tendant à l'expulsion de Manuel. Cardonnel ne fut pas un des députés les inoins bien traités par la nouvelle administration : il fut nommé commandeur de la Légion d'honneur, membre de la cour do cassation ; enfin il avait reçu les insignes de l'ordre de Malte. Une attaque d'apoplexie l'avertit de sa fin ; sa fille unique mourut de douleur à cette nouvelle ; et lui-même, succombant à une autre attaque, mourut à Paris, entre les bras de son gendre, au mois de juillet 4829. Ses occupations comme député et comme magistrat ne le détournèrent point de la culture des lettres, et il avait fait du Pstulitr une traduction on vers qui est restée manuscrite. D — n— n
CAHDOSO { Febwmi , médecin, né en Portugal, exerça la médecine à Madrid, après l'avoir professée à Valladolid. Il se relira, en 1075, à Venise, pour y suivre plus librement la religion judaïque, qu'il avait embrassée. Ou a de lui : 1° de Febre tyncopali M rociiàiîOi < u>i/f i ' m j.^ obsci m l io rn l) m s t fît siovtxs referta, Madrid, 1634, in-4». * Uiilida4t$ M oyua,
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y de la niete, del beber frio y caliente, Madrid, 1637. 5° Panegyrico del color verde, Madrid, 4655, in-8°. 4° SI Yetuvio, Madrid, 1632, in-4° : c'est d'après George Cardoso qu'Antonio lui attribue ces deux derniers ouvrages. 5° Philotophia libéra in teplem libros ditlribula, Venise, 1675, in-fol., dédiée au doge de Venise : ce volume porte le nom d'Itaac Cardoso, parce qu'en abjurant le christianisme, l'auteur avait changé son nom de Fernand en celui d'I- Mac. 6° Las Kxcelencias de lot Hebreos, Amsterdam, 1678 : dans ce livre, qui est fort rare, il développe en autant de chapitres les dix prérogatives qu'il attribue à la nation juive, et réfute les calomnies dont elle a été l'objet. — Fernand-Rodrigue Cardoso, autre médecin portugais, ué à Lisbonne, dans le h> siècle, a laissé : 1" Mcthmtus medendi tumma faeililate ac diligentia, Venise, 1618, in-4°. L'ouvrage est divisé en 5 parties; la 1" traite des signes des maladies en général ; la 2*, des moyens au utils la 3*, des préservatifs. 2" De tex Rebut non naluralibut, imprimé d'abord sans nom d'auteur, Lisbonne, 1602, in- 4*; réimprimé avec son nom chez Pierre Uffenbach, Francfort, 1620, in-8°. Antonio attribue cet ouvrage à Fernand Rodrigue, et à un Rodrigue Cardoso. A. B— ».
CAHDOSO (George), prêtre, né à Lisbonne au H* siècle, mort le 3 octobre 1009, est auteur d'un Àgiohgio Lutitano dot tantôt t Yaronet illutlrci em viriude do reino d» Portugal, e tuai conquittat, Lisbonne, 1652-1666, 3 vol. in-fol., contenant les six premiers mois de l'année. Il avait composé ou du moins commencé un traité dot tantuario* de Portugal, c'est-à-dire, des lieux consacrés au culte de la Vierge. 11 préparait une Jiibliotheca Lutitanay dans laquelle il aurait profité des manuscrits délaissés par Jean Soarez de Itrilo et Jean-François Barreto, qui s'en étaient occupés avant lui. Antonio, qui mentionne quelques autres opuscules de Cardoso, parle de beaucoup d'auteurs du même nom, dont aucun ne mérite d'être tiré de l'oubli. A.D — t.
CARDUCHO (Barthélémy), Florentin, accompagna son maître Zucchéro eu Espagne, et fut employé dans l'Escurial, de concert avec Pellegrini, de Bologne. Il peignit le fameux plafond de la bibliothèque. Les ligures d'Aristote, d'Euclide, d'Archimède et de Cicéron sont de lui, et lui font un grand honneur, tant pour le dessin que pour l'exécution. Une partie des fresques exécutées dans les cloitres est aussi de lui. Ces travaux satislirent entièrement Philippe II, qui lui donna 200 ducats au-dessus de son salaire; et quand Carducho fut invité à venir en France par le roi très-chrétien, Philippe montra tant de regrets de ce qu'il se disposait à partir, que le peintre en fut touché, s'excusa le mieux qu'il put auprès de l'ambassadeur de France, et demeura en Espagne. Carducho passa quelque temps à Valladolid, eu il reste plusieurs de ses peintures. R peignit aussi quelques tableaux pour le palais de Madrid, particulièrement une Cène, et une Cirronedtion, qui est un excellent ouvrage; mais le tableau qui a le plus établi M réputation en Esjwgne est Descente de Croix, placée
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chapelle prés de la porte latérale de l'église do St-Philippc el Real, à Madrid. Ce morceau est d'une exécution si supérieure, que Cumberland n'hésite point à dire qu'on pourrait le croire de Raphaël. Dans la seconde chapelle à droite de l'église de 6t. Jérotnc est une excellente ligure de St. Françoitt avec le* ttigmatet. Il y a aussi dans la chapelle du vieux palais à Ségovie une composition très-estimable de ce peintre, dont le sujet est l'adoration det Maget, et une autre au-dessus représentant le Père éternel dan» ta gloire. Carducho continua de demeurer en Espagne plusieurs années après la mort de Philippe II, et fut choisi par Philippe III pour peindre une galerie dans le palais du Pardo ; le sujet devait être tiré de la vie et des actions de Charles- Quint. Carducho commença l'ouvrage; mais il mourut au Pardo, à l'âge de 50 ans, avant d'y avoir beaucoup travaillé. Son frère Vincent, qui avait étudié avec lui, entreprit de finir la galerie, et la finit effectivement : mais il prit ses «ijels dans l'histoire d'Achille, et non dans celle de Charles-Quint. Barthélémy Carducho était non-seulement peintre distingué, mais encore sculpteur et architecte. C'était un homme d'un caractère exemplaire, patient, se contentant de peu, et très-studieux. Il était trèsavant dans la faveur de Philippe II el de son fils) mais, à l'exception du présent que lui fit le premier de ces deux princes, il ne parait pas avoir eu grande part à leurs libéralités. Il mourut en 1610. — Vincent Carducho, son frère et son élève, fut peintre des rois Philippe III et IV. Il jouissait de l'estime particulière et de toute la faveur de ces princts, el fut employé à plusieurs ouvrages remarquables dans le palais du Pardo. On trouve des tableaux de ce mattK dans toutes les villes do Caslille, à Tolède, Salamanque, Ségovie et Valladolid, aussi bien qu'à Madrid, où il mourut en 1638, à 70 ans. Celte date est constatée par la note suivante, écrite sur un tableau de St. Jérôme dans la grande église de Alcala de lienarès ; Vincentiut Carduchi Florentinut hie ut mu non oput finiit, anno 1638. Il publia un traité sur la nature et la dignité de la peinture, divisé en 8 livres, intitulé : Dialogo de la Pinlura, ta defenta, origen, ettencia, définition, modotydiferenciat, Madrid, 1633, in-4*. Vincent Carducho eut un grand nombre d'élèves, entre autres le fameux Ricci, qui fut peintre de Philippe IV el de Cliarles II. D— t.
CAREL (Jacques), sieur de Ste-Garde, conseiller et aumônier du roi, né à Rouen vers 1620, est un de ces poètes auxquels Boileau a donné une célébrité malheureuse ; celui-ci est auteur d'un poème qu'il avait d'abord intitulé : Cfa(rfe6r<md, ou Us Sarrasins choisit de France ; mais Boileau ayant d'il dans son Art poétique :
0 le plaisant projet d'un poCte ignorant, Qui de tant de héros ra choisir Childebrand .'
il substitua au nom de ce prince celui de Charlet Martel^ et répondit à Boileau sous le nom de Lrrac (anagramme du sien ), par la Défense de* beaux esprits de ce temps, Paris, 1675, in-12, petit ouvrage où il essaye de justifier le choix qu'il avait fait de
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son héros par la ressemblance qu'il trouve entre le nom de Childebrand et celui d'Achille. Le poème de Carel devait être composé de 16 cliants. Les quatre premiers seulement ont été publiés, Paris, 1666 et 1670, in-12. Les exemplaires avec la date de 16f>8 ne différent de ceux de 1666 que par le frontispice ; l'auteur déclare, dans un avis placé en tête de cet ouvrage, qu'il s'y est trés-exactement attaché aux régies d'Aristote, et qu'il désirerait que ses critiques les eussent lues, de peur qu'il ne leur arrivât de reprendre les endroits le plus selon la règle. Cet avis est accompagné de remarques sur quelques jwrties de la versification et de l'orthographe. Il se proposait de développer ses idées à ce sujet, dans un Traité de l'orthographe moderne, établie sur des principes certains. L'abbé Carel voulait qu'on supprimât les doubles consonnes, sans é-ard pour l'étymologic. Cette opinion a trouvé des |iarlisans. W— s.
CAREL (Armand). Voyez Carrel.
CAREME (Marie-Antoine), cuisinier célèbre, auteur de plusieurs ouvrages sur l'art qu'il pratiquait avec autant de gloire que de succès, naquit à Paris, le 8 juin 1784. Il vint au inonde dans un chantier de la rue du Bac, où travaillait son père, qui, chargé de quinze enfants, et souvent fort emlmrrassc de les nourrir, l'emmena un jour, et, après une promenade dans les champs et un dîner à la barrière, le laissa dans la rue en lui disant ces paroles, que Carême n'oublia jamais : c Va, pelit, va bien; dans le « monde, il y a de bons métiers; laisse-nous lana guir; la misère est notre lot; nous devons y mou « rir. Ce temps-ci est celui «les belles fortunes; il m suffit d'avoir de l'esprit pour en faire une, et tu • en as. Va, ne1'1» *l peut-être (pie ce soir ou dea main quelque bonne maison s'ouvrira pour toi : ■ va avec ce que Dieu t'a donné. » L'enfant ne revit plus ni son përc ni sa mère, qui moururent jeunes, ni ses frères et ses snmrs, qui se dispersèrent au hasard. I .-< miit venue, il se présenta chez un gargoticr, qui le recueillit, et le lendemain il s'engagea à son service. I.c fiilur cuisinier des majestés du siècle commença donc son apprentissage dans l'officine de la fu usée de lapin. A la même époque, de futurs généraux et maréchaux partaient pour la frontière, le sac sur le dos, le fusil sur l'épaule ! Vers l'âge de seize ans, Carême quitta le cabaret pour débuter, en qualité d'aide, chez un restaurateur. L'ardeur qu'il porta dans ses études, l'intelligence avec laquelle il en étendit le cercle, expliquent la rapidité de ses progrés. C'était une vocation décidée et déjà un talent supérieur. Bientôt il entra chez Bailly, rue Vivienne, pâtissier renommé, qui fournissait la maison de M. de Talleyrand. L'artiste a raconté lui-même celte période de sa vie : « A dixa sept ans, dit-il, jetais, chez M. Bailly, son prea mier laurlier. Ce bon maître s'intéressait vivea ment à moi ; il me facilita des sorties pour aller a dessiner au cabinet des estampes. Quand je lui eus « montre que j'avais une vocation particulière pour « son art, il me confia la confection des pièces mona tées destinées à la table du premier consul. La « paix d'Amiens venait d'être signée (1802). Le
« consul l'avait dictée ! J'employai au service de « M. Bailly mes dessins et mes nuits; ses bontés, il a est vrai, payèrent bien mes peines. Chez lui, je « me fis inventeur. Alors florissait dans la pâtisserie a l'illustre Avice : son travail m'instruisit. La cona naissance de ses procédés m'enhardit, et je fis tout « pour le suivre, mais non pour l'imiter; et, devenu « capable d'exécuter toutes les parties de l'état, j'exé- « cutai des extraordinaires uniques. Mais pour para venir là, jeunes gens, que de nuits passées sans a sommeil 1 Je ne pouvais m'occuper de mes dessina • et de mes calculs qu'après neuf ou dix heures : a je travaillais donc les trois quarts de ta nuit. J'eus « bientôt composé douze dessins, vingt-quatre, cin- « quante, cent, puis deux cents, tous soignés, tous « fondés sur des choses nouvelles. Je vis que j'étais a arrivé 1 Alors, et les larmes aux yeux, je quittai « le bon M. Bailly; j'entrai chez le successeur de « M. Gendron, où je fis mes conditions. J'obtins « que, quand je serais appelé pour un extra, il me « serait jtermis de me faire remplacer. Quelques « mois après, je sortis définitivement des maisons a pâtissières pour suivre mes seuls grands dîners : a c'était bien assez. Je m'élevai de plus en plus et o je gagnai beaucoup d'argent. Les envieux affluaient a autour de moi, pauvre enfant du travail! Quel a bonheur il a ! Voyez, il avance toujours I Et ils a voyaient cela, abstraction faite de toutes mes « veilles, de mon sang brûlé ! Cest depuis ce temps a que je suis en butte à la jalousie de quelques peo tits pâtissiers, qui ont, je ne crains pas de le dire, a bien à travailler avant d'avoir fait tout ce que j'ai a fait. Aux plus infimes, je ne puis répondre ; aux a habiles, je réponds par mes travaux.... * Tout l'art isle, tout l'homme se peignent dans ce fragment. On y voit que Carême prenait son art au sérieux; et comment, sans une intime conviction, aurait-il pu en reculerai puissamment les limites? On y voit aussi, malgré quelques négligences de style, que Carême s'était donné lui-même une double éducation culinaire et littéraire. Plus le temps marchait, et plus la cuisine reprenait de son importance. Aux orgies révolutionnaires, aux profusions du directoire, succédaient le luxe délicat et l'élégante sensualité de l'empire. M. de Talleyrand donnait l'exemple : sa table, servie arec sagesse et grandeur tout à ta fois (ce sont les expressions de Carême), ramenait aux bons principes et au bon goût. Carême travailla douze ans pour ce grand connaisseur, et nulle séduction d'amour-propre ou d'intérêt ne put l'éloigner du service d'un homme qui comprenait si bien le génie du cuisinier. Chez le prince de l'empire, il connut des artistes distingués, entre autres le cuisinier de Napoléon, Laguipière, qui ne supporta pas la transition de ses fourneaux aux glaces de la Russie, et mourut de froid dans la retraite de Moscou. Sous ce maître excellent, Carême apprit ce que son art avait de plus délicat et de plus difficile : il apprit à improviser, a Dans ce temps, ajoutea Ml, M. Lasnes me perfectionna dans la belle partie a du froid, MM. Richaud frères dans celles des a sauces, et ce fut sous le bon et habile M. Robert
« que mes idées sur la dépense et la comptabilité « s'arrêtèrent. » C'était peu de chose encore : loin de s'en tenir à la pratique, Carême approfondissait la théorie ; il lisait et analysait des livres, suivait des cours relatifs à sa profession, copiait des dessins. Persuadé que l'histoire de la table romaine était indispensable, et que, sans cet ouvrage, on ne connaîtrait ni la vie privée, ni la médecine, ni la culture de l'antiquité, il entreprit de l'écrire. 11 n'épargna ni veilles ni recherches ; il profita de quelques manuscrits trouvés au Vatican par le célèbre Mai. Enfin il réduisit ses conjectures en corps de doctrine, les illustra par ses crayons, et le résultat de ces travaux fut de prouver que « la cuisine si « renommée de la splendeur romaine était foncière- « ment mauvaise et atrocement lourde. » Il n'excepta de l'anathéme que l'ordonnance et la décoration des tables antiques. Ces investigations du passé ne l'empêchaient pas de se signaler par des innovations de toute espèce, et notamment de révolutionner la pâtisserie, d'en rajeunir complètement les vieux mou-' les à force d'étudier Tertio , Palladio , Vignole et autres , dont pourtant, suivant son propre aveu , il ne comprenait que difficilement les textes ; mais les dessins parlaient un langage plus clair et plus intelligible. « Je vis de l'esprit et de l'àme, dit-il, l'Inde, « la Chine, l'Egypte, la Grèce, la Turquie, l'Italie, «l'Allemagne, la Suisse. Ces études marquèrent « d'une forme nouvelle mon travail consciencieux ; « j'avançai rapidement comme pressé par une force « irrésistible, et je vis crouler sous mes coups l'igno- « ble fabrication de la routine. Cn rival me dit un « jour : Je ne suis pas étonné que votre travail soit « si varié, vous êtes ton jour» fourré à la bibliothèque « de l'empereur où vous dessinez. — Hé bien ! que « n'en faites-vous autant? lui répondis- je, mon pri- « vilége est public. » Carême avait grandi avec l'empire : qu'on juge de sa douleur en le voyant tomber 1 II fallut l'enlever par réquisition pour le contraindre à exécuter le gigantesque dîner royal et impérial donné en 1814 dans la plaine des Vertus. L'année suivante, il fut appelé à Brighton comme chef de cuisine du prince-régent , et resta prés de deux ans dans ce service. Chaque matin, il rédigeait le menu sous les yeux du prince , gourmand mais blasé , et lui expliquait les propriétés salutaires ou nuisibles de chaque mets. Ce cours de gastronomie hygiénique durait souvent plus d'une heure. Un matin le prince dit au cuisinier : • Carême, le dîner d'hier « était succulent ; je trouve excellent tout ce que « vous m'offrez, mais vous me ferez mourir d'indi- « gestion. — Mon prince, répondit judicieusement « Carême, mon devoir est de flatter voire appétit, et « non de le régler. » Ennuyé du vilain eiel grit de l'Angleterre, Carême revint à Paris. En 1821, à son avènement au trône , George IV le redemanda. « Quel souvenir pour ma vieillesse et pour ma vie ! « écrivit-il alors, le roi de la Grande-Bretagne dai- « gne se souvenir de mon art !» A quelque temps de là, il remerciait lady Morgan, qui lui avait consacré un chapitre de ses ouvrages , et voici en quels termes : • Quel généreux sentiment vous inspire ,
« quand vous dites que le talent du cuisinier devrait « être encouragé par des couronnes comme celles « que l'on jette sur la scène aux Sontag, aux Ta- « glioni!! Je vous remercie, madame, au nom de « tous les talents de la cuisine française. » Carême quitta encore sa patrie. II se rendit d'abord à St- Pétcrsbourg, où il accepta le titre et les fonctions de l'un des chefs de cuisine de l'empereur Alexandre ; puis, cherchant un climat plus doux, il vint à Vienne, où il exécuta quelques grands dîners de l'empereur. S'étant attaché a l'ambassadeur d'Angleterre , lord Stcwarl, il le suivit à Londres, mais il n'y resta que quelques semaines. 11 reprit le chemin de Paris pour écrire et publitr. Cependant les congrès, qui se multiplièrent d'année en année, l'enlevèrent à ses paisibles occupations : Carême était l'homme essentiel de ces réunions politiques. Il figura tour à tour à Aix-la-Chapelle, à Laybach, à Vérone. A Laybach, l'empereur de Russie lui lit remettre une bague de diamants. Rendu à la liberté et à la France, Carême s'engagea encore au service du prince de Wurtemberg, de la princesse Bagration, et enfin de M. Rotschild. Il travailla cinq ans dans la maison de ce célèbre banquier, rendez-vous de toutes les notabilités européennes. « On ne sait plus vivre que là , « écrivait-il , et madame la baronne Rotschild , qui a fait les honneurs de cette magnifique hospitalité , « mérite d'être comptée parmi les femmes qui font « le plus aimer la richesse, à cause du charme et du « bonheur qu'elles en tirent |>our les autres , de la o dignité, des habitudes et du luxe délicat de sa taa ble. » Les grands travaux abrègent l'existence , surtout ceux de la cuisine. « Le cliarbon nous tue, a disait souvent Carême; mais qu'importe? moins a d'années et plus de gloire !» Il ne devait pas accomplir sa cinquantième année, et sa dernière maladie fut longue et douloureuse ; mais jusqu'au moment fatal il conserva sa présence d'esprit. Il causait avec ses amis, dictait à sa fille, donnait des conseils à ses élèves. Carême mourut le 12 janvier 1833, laissant une veuve et une fille unique. Trop désintéressé, trop généreux pour amasser de la fortune, il n'en laissa pas d'autre que ses ouvrages, dont nous placerons ici le catalogue : 1» le PAtittier royal parisien , ou traité élémentaire et pratique de la pâtisserie ancienne et moderne, suivi d'observations utiles aux progrès de cet art, et d'une revue critique des grands bals de 1810 et 1811, 2 vol. in-8*. avec. pl. ; 2" le Pâtissier pittoresque, contenant 125 planches représentant une variété de modèles de pavillons, de rotondes, de temples, etc.. Paris, 1815, in-8« ; 2*édit., ibid., 1825, grand in-8° ; 3° le Maître d'hôtel français, ou Parallèle de la cuisine ancienne et moderne, contenant un traité des menus à servir à Paris , à St- Pétersbourg , à Londres et à Vienne, Paris , 2 vol. in-8" ; 4° le Cuisinier parisien, ou l'Art de la cuisine française au 1!)* siècle, 1 vol. in-8"; 5° l'Art de la cuisine française au W siècle , 3 vol. in-8°. Chacun de ces divers ouvrages est orné de planches dessinées par l'auteur. De plus, vers la lin de sa vie, Carême lit insérer dans la Revue de Paris une curieuse notice sur la manière dont Napoléon se nourrissait
iSte-Hélène (1). Les souffrances du grand homme y sont envisagées sous le point de vue gastronomique, et justice est rendue au cuisinier courageux qui M dévoua noblement à les adoucir : ce cuisinier se nommait Chandelier. La notice se termine ainsi qu'il suit : « Permettez-moi, mon cher confrère, d'appré- « cier les difficultés et les fatigues qu'iLvous a fallu ■ éprouver dans votre travail. Comme praticien, je « puis en juger mieux que personne ; car nulle place « dans une grande maison n'est plus laborieuse et f plus diflicile à remplir que celle de cuisinier. n Carême pensait que l'estomac c'est l'homme même, et croyait fermentent qu'une bonne cuisine peut prolonger la vie. Quoique gourmand, il mangeait peu, et ne buvait pas. « Je n'ai jamais, disait-il , risqué « ma santé dans les luttes où j'ai été entraîné, et, au « bout du compte, j'ai forlilié celle de mes contem- «t porains. J'ai été prudent, non par goût, mais par « devoir ; je sentais si bien ma vocation que je ne « voulais pas la manquer en m'ai t étant à manger. « Ma tâche a été belle : j'ai voulu renforcer la vie « des vieilles sociétés, toujours un peu grêle; et j'y a suis parvenu. J'en appelle au témoignage de mes a savants amis, Uroussais père, Joseph Itoques, Gau- « bert. » En effet. Carême eut pour amis ces doc* tcurs renommés, et il se plaisait à discuter avec eux des questions de médecine et de phrénologie. Ces discussions eurent souvent pour témoin et pour secrétaire un écrivain distingué , M. Frédéric Fayot , qui, dans le livre des Cent et Un, a raconté la vie et analysé les talents de Carême (2). M— n— s.
CAR EN A (Paul-Emile), professeur de droit romain, naquit a Carmagnola, le 10 octobre 1737. Il se livra des sa jeunesse à l'élude de la jurisprudence, et avant l'âge de vingt ans, il fut reçu docteur en droit civil et canonique. Répétiteur de droit au collège des province* , dans l'université de Turin, il fut admis trois ans après au grand examen pour l'agrégation au collège de législation. Nommé en 1760 préfet de la faculté au même collège et professeur suppléant a l'université, il devint en 1770 professeur des institutions civiles, et obtint en 1778 la chaire de droit civil qu'il conserva jusqu'à la révolution de 1798. Pendant la domination française, il fut proviseur du lycée de Casai dans le Montrer rat : et en 1814 rétabli professeur honoraire de l'université, avec le titre de sénateur. Carena mourut a Turin, en 1823. On a de lui : 1" de Adquirenda rerum Daminio , Turin , in-8»; 2" de Teslamentis, ibid. ; 3# de Légat» et Fideicommùsit, ibid. ; \° de Çriminibw tt de Fcudis, ibid. 11 avait entrepris la révision du Lexiron juris de Vicat; mais la mort l'empèclu» de terminer cet important travail. — César Cahbxa, avocat fiscal de l'inquisition, a composé un traité latin de cet office, et de la manière de procéder en matière de foi, Lyon, 1660, in-fol.
(4) On a encore «l« Orfmc : ProjUt tarckiictltirt pc*r Ut em- MlîmmMt de Paru et de St-Vetertbourq, l'aris, «.Ml, Ivtt la-fol. avec pl. Cet ouvrage a paru en A livraisons. D— r- n. M . Frédéric Fayot s est fait
«IftttairilM
CAR
CARENCY ( P Ar l-M a* i mtlte.v - C abi mi n de Qué-
lcn de Stuer de Caussade, prince de ), fils aîné du duc de la Vauguyon {voy. Vauguyon ), naquit le 28 juin 1768. 11 épousa mademoiselle de Rocltechouart-Faudoas, et devint par ce mariage le beaufrère du duc de Richelieu et du duc de Piennes, depuis duc d'Aumont. Étant parti de France avec son père, pour se rendre en Angleterre, lors des premiers troubles de la révolution, en juillet 17S9, ils furent arrêtés l'un cl l'autre au Havre, mais bientôt remis en liberté. Louis XVI, derenu rot constitutionnel, envoya même un peu tard le due de la Vauguyon, en qualité de ministre plénipotentiaire, près la cour de Madrid, et son fils l'ac- 1 compagna encore dans cette capitale, où se mêlant bientôt à toutes sortes d'intrigues, il fit plusieurs voyages à Paris, et parcourut plus d'une fois a (rmeitrier la dislance d'une capitale a l'autre. Il suivit ensuite son père en Italie, puis en Allemagne lorsqu'il y fut ministre de Louis XVIII ; mais le jeûna prince abusa indignement des communications et des secrets qui lui furent confiés, quitta subitement son père et ù cour du prétendant, pour rentrer en France, et il alla faire aux agents du gouvernement républicain des révélations qui compromirent un grand nombre de royalistes. Devenu ensuite l'un des principaux agents do la police du directoire, le prince de Carency fut l'effroi de ses anciens amis. Pour qu'il fit plus facilement des dupes et des* victimes, on l'enferma dans la prison du Temple, où il était ce qu'on appelle un mouton, c'esl-a-dire un secret délateur île tous les 1 tommes que son rang et sa position lui avaient fait autrefois connaître. Après avoir joué un rôle aussi méprisable, il tut admis an Luxembourg, et il vécut dans une grande intimité avec le directeur Barras. On l'envoya vers le même temps à Madrid, chargé d'une mission secrète ; mais il ne tarda pas à s'y brouiller avec l'ambassadeur Truguet, et fut obligé de revenir à Paris, où il vécut sous le gouvernement impérial dans l'obscurité et la misère, ayant dissipé dans des orgies une grande fortune et le salaire de ses bassesses. 11 était alors u-op connu, trop honteusement signalé pour qu'on l'employât même dans les plus méprisables fonctions de la police (1). Lorsque son beau-frère
H) Le mtïxr Jesnion de «'mil pat suffi a
subvenir a ses dépenses, cl surtout à l'entretien de U Millière : il se ut entremetteur d'affaires, tanl poor «in t« poor relut de« fansMh-es rt de* escrocs jw lequel* n était lie oi associé; mats romane U «tait geaéraleraent ronnn um le» rapport» 1» pli» dt f-èvoraWes, beaucoup de «eas refusa**! ses ottreu et ses effet* de banque, cl de ronime rre. I. 'auteur Je celle noie, qui le voyait venir rhet son père, l'a mis plus d'une fois a ta pore. Mata Carenry ne se rebutait ros. Pn )onr H rerfenl. afferfe na grand bexna d'argent, cl prie M. A. de tnl prêter «,«D9 ecaa, an* pas sur des papiers qu'on suspecte, usais sur u diasaaai qui valait le donlile : on refuse, on ne Item pas île bureau de prêt sur gjge : il insiste ; ce n'est pas nnc affaire o,n'il propose, c'est on servlee qu'ff demande, et puisqu'on n'a ronnanre ni dans sa proMle, ni dm les billeis qu'il propose, M laul bien qu'il ctfre une sarcle- On très a ses Import unités; après s'être assure de U valeur du diamant, on Inl compte les 1,000 érus qu'il promet de rendre bientôt. I il revint peu de Jour» après, en disant qu'il voulait retirer le niant pour le vendre i un partvuner qa'il avait laissa dans a nature, ot qui djnùait la vow avant dt> Uhuw le suick. U ataavsai
CAR
fut ministre sous Louis X VI lf , il chercha de nouveau
à se faire employer ; mai» il ne put y réunir, i cause de ses infâmes antécédents. Son père même refusa de le voir, et ne consentit qu'avec beaucoup de peine à lui assurer une modique pension, sous la condition qu'il irait en jouir en Hollande. Pour augmenter cette pension, Carency revenait furtivement en France, faisant la contrebande; mais il fut découvert et mis en prison, où il devint fou. Transporté à Paris dans une maison d'aliénés, il y mourut en 1824, sans laisser de postérité. Z.
CARENO (Abois de ), médecin né en 1766, a Pavie , ou son père était professeur de médecinepratique a l'université, fut reçu docteur en 1T87. Ayant eu le malheur de perdre son père, qui mourut à -16 ans, il quitta Pavie en 1788, et vint a Vienne où il suivit pendant quatre ans les hôpitaux et les cours de médecine et de chirurgie. 11 se fixa ensuite dans celte capitale, et y pratiqua la médecine avec distinction. Plusieurs sociétés savantes l'admirent au nombre de leurs correspondants. Il montra surtout un grand lèle pour la propagation de la vaccine. Careno mourut en 1810. On a de lui : Observai iones de epitltmica eon<(i(u(ton« anni 1789 in civieo notocomio Yitnnemi, Vienne, 1790, in-8*; ibid., 1794, in-8». 2? Disserlationi medico-ekirurgiche pratichc ttirette dagli alli délia aceademia Giuseppina « tradoite colï aggiunta di aleune noie, Vienne, «790, in-8». 3° Voc e al popolo pe r guardarti dell' attaeo del vajuolo, Vienne, 1791 ; traduit en allemand, 1 71*2. in-8°. 4* Tenlamen de morbo peHagra Vindvbona observata. Vienne, 1794, in-8". Cet opuscule se trouve aussi à la fin de la 2* édition des Observulionei , etc. , citée plus haut. b* Saggio tulla maniera di allevart i bambine a mono, Pavie, 1794, in-8°; traduit en allemand, Vienne, 4794, in-8 . 6" Uebtr dit Kuhpocken, sur la vaccine, Vienne, 1801, in-8*. Careno a encore traduit en latin l'ouvrage de Jenner sur la vaccine, Vienne, t'uD, in-4*, et le Ditcourt sur le» tyttèmet de Moscali, Leipsick, 1801, in 8». Il a aussi publié une nouvelle édition de YApparatu» tnedicaminum de Mirabelli, Vienne, 4801, in-8*. G— T— H.
CAHEW (Richard), auteur anglais, né en 1555, à Ëast-Anlhony, dans le comté de Cornouailles, étudia a Oxford, où il eat l'iionneur, à l'âge de quatorze ans, de soutenir, sans y être préparé, et en présence des comtes de Leicester, de Warwick, etc., une thèse contre Philippe Sidney, devenu ensuite si célèbre. 11 fut fait, en 1581, juge de paix, et, en 1586, grand sliérif du comté de Cornouailles, et commissaire royal pour la milice. Ses connaissances dans les antiquités da son pays le firent recevoir en 1589 dan» la société des antiquaires de Londres. II mou- , rut en 1620. Les hommes de lettres de son temps lui ont décerné des éloges que n'a point confirmés la postérité. Dans une pièce de vers dont il est l'objet, il est présenté comme un nouveau TxlelAve, un
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nouveau Virgile, un nouveau Papiriut. On a de lui : 4» une Deteription du Cornouaille» (the Survey of Cornwall), Londres, 1602, in-4», réimprimée en 1725 et en 1769. Camden parle trés-avantageusement de cet ouvrage, qu'il avoue lui avoir été d'un grand secours ; mais le travail de Carew a beaucoup perdu de son prix depuis l'ouvrage qu'a publié le docteur Borlasc sur le mémo sujet. 2» Examen de$ etpritt de» homme», où, par l'obtervation de» divers tempérament», on fait voir à quelle profession chacun en propre, eljuiqu'à quel point il doit y réussir, traduit de l'italien, Londres, 1594 et 1604. Quoique le nom de Richard Carew soit attaché à celte traduction, quelques personnes l'ont attribuée à son père. 5» La Vraie Méthode pour apprendre promptement la langue latine. Cet ouvrage se trouve dans le traité de Samuel Hartlib, sur le même sujet. X — s.
CAREW (George), frère du précédent, fut élevé a Oxford, et destiné à la carrière du barreau. Au retour de ses voyages, le lord chancelier l laiton le prit pour son secrétaire, sur la recommandation de la reine Elisabeth, qui le nomma en même temps prolonotaire de la chancellerie, et le créa chevalier. Il fut ensuite successivement maître de la chancellerie, ambassadeur en Pologne, l'un des commissaires choisis pour traiter avec les Écossais de l'union des deux royaumes, et ambassadeur en France. Pendant un séjour de quelques années à Paris, il se lia avec plusieurs hommes distingués, particulièrement avec le président de Thou, auquel il communiqua des détails intéressants sur les affaires de Pologne, dont cet écrivain a fait usage dans le 121* livre de son histoire. George Carew revint en Angleterre en 1609, et obtint peu de temps après la place éminente de maître de la cour de Tutelle. Il mourut vers 1615. On a de lui une Relation de l'étal de la France, avec le» caractère» de Henri IV et des principaux pertonnaget de ta cour. Cette relation, adressée a Jarques I** et écrite avec plus de naturel qu'on ne l'attendrait d'un auteur de cette époque, a été publiée en 1749, par le docteur Birch, à la suite du Tableau historique de» négociation! entre tes court d'Angleterre, de France et de Bruxellet de 1592 à 1617. — Sir Alexandre Carew, de la même famille, fut décapité en 1644, pour avoir tenté de livrer aux troupes du roi le fort de St-Nicolas à Plimouth, qu'il commandait pour le parlement. X — s.
CAREW (George), brave officier et historien anglais, né d'une famille ancienne, en 1897, dans le comié de Devon, étndla quelque temps à l'université d'Oxford, qu'il quitta pour prendre l'état militaire. ■ II vint en Irlande, où la reine Elisabeth le nomma \ l'un de ses conseillers privés et maître de l'artillerie. Pendant l'insurrection de ce royaume, il fut nommé président de Munster, défit les insurgés, et mit en jugement leur chef, le comte de Desmond. Le roi Jacques, dès la première année de son règne, le nomma gouverneur de l'Ile de Guernesey, et, trois ans après, le créa baron, avec le litre de lord Carew de Clopton. 11 fat fait ensuite maître de l'artillerie pour toute l'Angleterre, conseiller privé, et, à l'avénement de Charles I", comte de Totness dans le
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comté de Devon. Il mourut en 4629, estimé pour ses services, ses talents dans la guerre, et son amour pour les lettres. Après sa mort, son fils naturel, Thomas StrafTon, publia un livre dont son pére avait préparé les matériaux, intitulé : Pacala Uibernia, ou Iliiloire des dernières guerres d'Irlande, particulièrement dans la province de Munster pendant les années du gouvernement de sir Carew, Londres ,s 4033, grand in- fol., avec 11 caries. La bibliothèque Bodléicnne contient aussi quatre forts volumes de clironologies, de chartes, etc., relatives à l'Irlande, recueillies par George Carew. Les documents qu'il avait disposés pour écrire Y Histoire du règne de Henri Ksoul dans le Speeds- Chronicle. X — s.
CARKW (Thomas), poète anglais du 17e siècle, élevé à Oxford et mort en 4639, était gentilhomme de la chambre privée de Cliarles 1er, et l'un des beaux esprits de sa cour. On a de lui quelques poésies et une pièce de carnaval, intitulée : Cœlum Britannicum, jouée à Whitehall, en 1633, le jour du mardi gras, par le roi, le duc de Leuox, le comte de Dcvon, etc. Ces ouvrages ont eu plusieurs éditions, dont la \" est de Loudres, 4651, in-*'. Les poésies de Carcw se composent d'odes lyriques et de sonnets amoureux. Ou y trouve la grâce et la facilité d'un liomme du monde. 11 a été ridiculement loué par Ben Johnson et Davcnant. X — s.
CAREY (Hahry), poète anglais du 48* siècle, bâtard du marquis d'Halifax, a composé quelques ouvrages de peu d'étendue, mais qui se font remarquer par beaucoup d'esprit et de gaieté, et par une satire mesurée et décente. 11 publia en 1720 un recueil de poésies, et, en 1732, six cantates, dont les paroles et la musique sont de sa composition. Il donna en 1729, par souscription, une nouvelle édition de ses poésies, et, en 1740, un volume de chansons sous le titre de Centurie musicale, ou Recueil de cent ballades anglaises. On a aussi de lui une tragédie burlesque, représentée en 1731, avec le titre singulier de Chrononhotonthologos, où il tourne en ridicule le style ampoulé des tragédies anglaises modernes. Celte pièce a été imprimée en
1743, en un petit volume in-4*, avec quelques autres farces du même auteur. Carey, poète et musicien, vécut presque toujours dans un étal voisin de l'indigence, et se tua dans un moment de désespoir, en
1744. C'est de lui qu'est le fameux ebant: God save great George, ourking, etc. {Dieu conserve le grand George, notre roi. etc.) On a remarqué, à sa louange, que, dans toutes ses poésies et ses ebansons sur l'amour, le vin, et autres sujets du même genre, il a su conserver le respect dû u la décence et aux mœurs. X— «.
CAREY { Georce-Saville ) , fils du précédent, fût d'abord destiné â l'imprimerie ; son inclination le porta vers le théâtre où il eut peu de succès, mais encore assez pour lui donner le goût d'une vie errante et dissipée. Il s'occupa pendant quarante ans à composer et à clumler des chansons populaires patriotiques qui ne brillent ni par la poésie, ni par la musique, et qu'il colportait de ville eu ville. Il composa
CAR
aussi, en 1766 et en 4772, quelques farces qu'il joua, et du produit desquelles il se procura une existence précaire. On lui doit, outre les pièces dramatiques : 1° des Ânalectes en prose et en vers, 4771, 2 vol. ; 2" Lecture sur la Bouffonnerie, dans laquelle il excellait, 1770; 3e Promenade rustique, 1777. George Carey mourut le 14 juillet 1807, âgé de 64 ans, et comme il ne laissait pas de quoi subvenir à ses funérailles, ses amis y pourvurent par une souscription. D — R — R.
CAREY (Jean), savant anglais, naquit en Irlande en 1756, et à l'âge de douze ans fut envoyé en France pour terminer ses études. Revenu en Angleterre, il y donna des leçons de langues grecque, latine et française. Il mourut le 8 décembre 1829 à Londres, après avoir consigné les fruits de sa longue expérience dans une série d'ouvrages utiles pour les étudiants, et qui peuvent se ranger en quatre classes : des manuels ou traités à l'usage des écoles, savoir: 4» la Prosodie latine rendue aisée, 4800, in-8*; 2» édition, 4812. L'auteur lui-même en publia l'abrégé en 4809, in-4 2. 2° Tableau des flexions latines (Skeleton of tlie latin accidences), 4803. 3» Traité delà prosodie et de la versification anglaises (Practical english prosody and versif.), 4809, in-42- 4° Introduction à la prosodie anglaise, 1809, in-12. 3* L'Education supérieure aux maisons et aux terres, 1809, in-18. 6" Exercices sur Tort de scander (Scanning exercices for young prosodians), 1812, in-12 : 7° La Clef des mitres de Yirgile (Clavis metrica Virgiliana ). 8* La Prosodie d'Elon éclaircie. 9* Introduction à la composition et à l'éloculion anglaises. 10* Les Terminaisons latines rendues aisées. 1 1 • Les Désinences grecques rendues aisées ( ce dernier ouvrage contient les désinences propres aux dialectes et aux licences poétiques, rangées par ordre alphabétique et accompagnées d'explications grammaticales). 12* Des traductions de l'allemand et du français. C'est ainsi qu'il lit connaître à l'Angleterre tes Balaves de Bitaubé, les Petits Emigrés de madame de Genlis, les Lettres sur la Suisse de Lehman, un volume de la Vie du pape Pie VI, un volume de VHistoire miversette. il revit aussi l'ancienne traduction du Droit des gens de Wattel. 13" Des éditions, parmi lesquelles nous remarquerons celle du Virgile de Dryden, 1819, 2 vol. in-8°; du commentaire de Rupert sur Tite-Live, du texte latin des Communes Prières dans l'édition polyglotte de Bagster, de V Abrégé du Lexique grec de Schlcuner, deux éditions in-4* du dictionnaire d'Ainswordi, et cinq de ce même dictionnaire abrégé, un Gradue ad Parnassum en 1824, et surtout cinquante volumes de la grande collection de Valpy connue sous le nom de Classiques Régent. Il s'en faut beaucoup que Carey se soit acquis par ces travaux le moindre renom philologique. La collection Valpy surpasse en désordre, en répétitions stériles et en lacunes importantes, Jes Variorum les plus riches en inconvénients de ce genre. 14* Divers travaux, la plupart périodiques, tels que des articles dans le Gentleman's Magazine et le Monthty Magazine. Carey fut encore rédacteur des premiers numéros du School Magasine publié par PhiUips. Efl-
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fin les lecteurs de YAnnual Register lui doivent un des Index annexés à ce recueil. Val. P.
CAREY (William), orientaliste anglais, né en 1762, apprit le métier de cordonnier, et exerça cette profession jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Passionné dés l'enfance pour l'étude des langues, il apprenait, dans ses heures de loisir, le latin, le grec et l'hébreu. Il reçut l'ordination parmi les calvinistes baptistes en 1792, et il publia dans le même temps, à Londres : Recherches sur le devoir de» chrétiens d'employer tout leurt moyens pour la conversion des païens. En 1795 il fut envoyé dans le Bengale, par une société de souscripteurs, pour y prêcher l'Evangile. Ayant éprouvé quelques difficultés de la part de la Compagnie anglaise des Indes, il se lit planteur d'indigo, et ne laissa pas de consacrer à l'étude du sanscrit et du bengali tout le temps qu'il n'employait pas à la culture. 11 obtint, en 1800, la permission formelle de rester dans l'Inde, et s'établit cher les missionnaires baptistes à Serampour, ville à peu de distance de Calcutta. Il fonda dans leur maison une imprimerie qui contenait les caractères de plus de quarante langues différentes, et il commença d'y publier ses diverses traductions de la Bible. Nommé professeur de sanscrit au collège du Fort-William à Calcutta, en 1801, il composa une Grammaire sanscrite qu'il lit imprimer à Serampour, 1806, in-4°. Cette grammaire n'est pas la première qui ait été écrite dans une langne européenne, comme l'a dit le Journal asiatique de février 1835, car celle de H. -T. Colebrooke avait paru i Calcutta en 1805. Ce fut des presses de Serampour que sortirent les nombreux ouvrages que Carcy avait déjà commencés, et qu'il continua de composer pour faciliter et propager parmi ses compatriotes le goiU et la connaissance des langues de l'Indoustan. On peut en juger par la liste suivante, qui n'est peut-être pas complète : 1° Grammaire du bengali, 2* édit., 1805, in-8°; 4' édit., augmentée, 1818, in-8*. 2° Ililopadesha (Fables indiennes), en mahralte, 1805, in-8». 3» ( Avec M. Joshua Marshman ) : Ramayana de Valmeeki ( Poésies sanscrites ), traduit en anglais avec le texte et des notes, 1806 à18IO, 3 vol. in-4» ; le 1,T volume, sans le texte, a été réimprimé à Londres, 1808, in-8°. 4» Grammaire mahralte, 2* édit., 1808, in-8°. 5» Dictionnaire de la langue mahratte, 1810, in-8". 6» Grammaire de la langue du Pendj-ab, 1812, in-8*. La même année, un incendie ayant consumé l'important établissement de Carey à Serampour, ses pertes, qui s'élevaient à 12,000 livres sterling, forent couvertes par des souscriptions volontaires peu de mois après que la nouvelle de ce désastre arriva en Angleterre, et il fut bientôt en état de remonter son imprimerie. 7° Grammaire telinga, 1814, in-8». 8° Dictionnaire bengali, 1815, in-4«. 9° Grammaire kamale, 1817, in-8*. Carey a été en outre éditeur de la Flora Indien de W. Roxburgh, 1820, grand in-8* ; du grand Dictionnaire bengali composé par son fils, 1825, 3 vol. in 4", et dont le père a donné un abrégé en 1827; enfin du Dictionnaire thibétain de Schrader, 1826, in-4°. Au milieu de tous ces travaux, Carey n'avait pas cessé de prendre une part active aux tra-
ductions de la Bible imprimées à Serampour dans presque toutes les langues de l'Inde, et de professer à Calcutta les cours de sanscrit, de mahratte et de bengali. Ce savant et laborieux orientaliste est mort à Serampour, le 2 juin 1834, à l'âge de 72 ans. Il était membre des sociétés asiatiques de Calcutta, de Londres, de Paris, etc. — Félix Caret, fils aîné du précédent, était ne en 1786. Excité |K»r l'exemple do son père, il passa dans l'Inde et se fixa à Serampour, où il mourut le 10 novembre 1822, après avoir publié : 1° Grammaire de la langue birmane , avec la liste des racines dont elle se compose, Serampour, 1814, in 8°; 2* une traduction du Pilgrin Progress en bengali ; 3* le Vidyahara-vouli, ouvrage d'analomie en bengali, formant le t. 1er d'une F.ncyclopêdie bengalie. Il a laissé d'autres ouvrages dont quelques-uns ont été publiés par son père : le grand Dictionnaire bengali ; un ouvrage sur la jurisprudence, en bengali ; des traductions, dans la même langue, de Y Histoire abrégée d'Angleterre par Goldsmitli. du Traité de chimie par John Mack, et d'un Abrégé de l'Histoire de l'Inde anglaise; une Grammaire pali, en sanscrit ; un Dictionnaire birman, et une partie du Nouveau Testament traduit dans la même langue. A — t.
CAKEZ (Joseph) , imprimeur à Toul , était passionné pour le perfectionnement de son art, etdoit être considéré comme l'inventeur du clicliage , procédé auquel tient la beauté d'exécution du stéréolypage. Instruit par les papiers publics des premiers essais qu'Hoffmann exécutait sous le nom de polytypage, il tenta, en 1783, de deviner son procédé, et de le perfectionner en appliquant au moulage des planches, ou formes d'imprimerie, le procédé que Thouvenin , de Toul, amateur m médailles, employait avec succès pour en. tirer des empreintes parfaitement nettes, au moyen d'un coup sec qu'il donnait avec un marteau sur une bille d'étain posée sur la médaille. Carez, voyant que la netteté de l'empreinte dépendait de la vivacité du coup, imagina de frapper un coup vif, au moyen d'un bloc de bois suspendu à une bascule qu'il laissait tomber sur le métal qui devait recevoir l'empreinte de sa planche, quand il était au point de fusion convenable. Cette empreinte en creux , attachée à son tour sous le bloc , et frappant sur un nouveau métal en fusion et commençant à se figer, y donna une empreinte en relief, à laquelle , après beaucoup de tâtonnements , Carez parvint à donner la plus grande netteté. En 1786, il imprima par ce procédé un livre d'église avec le plain chant noté, en 2 vol. in-8* de plus de 1,000 pages , et successivement vingt autres volumes de liturgie , ou d'instructions à l'usage du diocèse. En 1791 , il fut député à l'assemblée législative par le département de la Meurthe, et se fit remarquer par la modération de ses opinions. Il fut membre du comité des assignats , à la confection desquels ses procédés purent être fort utiles. 11 se déclara hautement contre la persécution dont les prêtres insermentés étaient l'objet dans plusieurs sociétés populaires , et demanda que les dénonciations faites toujours vérifiées par les '
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tcnienls. Rendu a ses travaux, il termina l'impression d'un Dictionnaire de la Fable et d'une Bible en uonparetlle, format grand in-8°, dont le caractère est d'une grande netteté , et bien supérieur aux essais de Valleyre , de Gcd , d'Hoffmann et de tous ceux qui l'avaient précède dans cette découverte. On put voir une page de cette Uible dan$ Yliittoire et Procédéi du polytypaqe et de la tléréotypie par A.-G. Camus (Paris, 1802, in-8° ). Garez donnait à ses éditions le nom iVomoiypes , pour exprimer la réunion de plusieurs types en un seul. En l'an 0 (1801), il Tut nommé sous-préfet de Toul, et y mourut la même année. C. M. P.
CARIBERT, ou CHEREBERT, l'alné des fils de Clotaire l", eut en partage le royaume de Paris, et commença à régner en 54} I. Ce prince, ami de la pajx et des lettres, montra beaucoup de zèle pour l'observation de la justice, obtint de l'ascendant sur les grands de sa cour par son éloquence, et s'attira je res|)ect des monarques voisins par les instructions qu'il donnait à ses ambassadeurs. « Un roi de a ce caractère, dit avec raison le P. Daniel, était en « ce temps-là une chose plus rare qu'un roi guer- « rier, les vertus militaires ayant beaucoup moins « d'opposition avec quelque barbarie qui restait en- « cure dans l'esprit des Français, que toutes les H qualités et toutes les vertus civiles et politiques.» L'esprit pacifique de Caribcrt étonnera peu, si l'on réfléchit qu'il avait quarante ans lorsqu'il commença à régner, et qu'il était l'ainé des enfants de Clotaire l", prince ambitieux et cruel, qui prouva, par le supplice effroyable de Chramne, le plus aimé de ses lils, qu'il ne pardonnerait pas dans ses Itéritiers les défauts qu'il avait lui-même. Le royaume de Paris , (pic possédait Caribert , était avantageusement situé pour un prince ami de la paix, puisqu'il se trouvait défendu de toute attaque subite par les royaumes de ses frères ; et cependant l'esprit guerrier l'emportait si hautement dans le caractère des Français , que l'histoire a pris soin de remarquer que la puissance des maires du palais , qui absorba bientôt la puissance royale , parce qu'ils devinrent chefs uc l'armée commença sous ce prince. Les Francs, fidèles à leurs coutumes, se faisaient uu chef militaire quand le roi qui les gouvernait ne montrait pas d'ardeur pour les combats. Caribert ne mit pas la continence au nombre de, ses vertus. Aussitôt après la mort de son père, il chassa Ingoberge, la femme qu'il lui avait donnée, épousa les deux tilles d'un ouvrier en laine, Méroflède et Mercouèse ; et, plus tard, la fille d'un gardeur de troupeaux nommée Tlieudelicbilde. 11 est le premier roi de France exclu jwr son évéque de la communion des fidèles ; cl sa conduite scandaleuse l'aurait sans doute jeté dans des embarras plus grands que la guerre , si la mort ne l'avait enlevé en 567 , après un règne de sept ans (I ). Gomme il ne laissa que des
(i) h On ne contall de sou adminisiraiioo, dit SiNaondi, que la « »lrtifiir txtx laquelle il nilattal Entrât, eveque de Saintes, cont ire I autorité de l'archevêque de IWdeaux cl d'un eon> ite pfuvin- « eUI; Il mudaniua à des amendes considérables cet arebevi'qoe et « les Itrtj >la conçue pou avoir vwjI» se wuirairc à l'autorité
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filles , son royaume rentra dans le partage de ses frères (Voy. Grégoire de Tours, 1. A.) — Il ne faut pas le confondre avec Caribert, ou Chahibekt, roi d'Aquitaine, frère de Dagobcrt l'r, et mort au château de Blayc en 631 . F — E.
CARIGN AIS (le cardinal Maiuice de Savoie de}, né à Turin, le 10 janvier 4595, était troisième fil* du duc Charles-Emmanuel 1", et conséquemment frère de Victqr-Âniédée I*r, qui monta sur le trône comme alué de la famille. 11 était aussi frère d« prince Thomas (voy. l'article qui suit), qui a conservé jusqu'à nos jours l'ancienne dynastie des ducs de Savoie dans le roi Cliarles-Albert, aujourd'hui réégnant. Ce dernier, d'après la loi salique, fut reconnu au congrès de Vienne en 1815, et succéda au dernier des trois frères de la branche aînée, qui mouT rut le 27 avril 4831. ( Voy. Cuables- Feux, j Le prince Maurice, dès sou enfance, montra des dispositions pour les sciences et pour lçs arts , et on lui donna pour précepteur l'abbé Jacques Goria de Villafranca d'Asti, savant illustre qui fut» après l'éducation du prince , nommé évéque de Vcrceil. Le prince Maurice fut cardinal a l'âge de quatorze ans, et le duc son père lui assigna en apanage .les [dus riches abbayes du fertile Piémoutj entre autres celles 4e St-Bénigne et de Ste-Marie de Casanova , dont les revenus montaient i plus de 150,000 francs. Pour lier ses intérêts à ceux de la France, Charles-Emmanuel sollicita et obtint, par l'intermédiaire du même cardiual Maurice , le mariage du prince de Piémont , VicW-Amédée , avec Christine de France ( roy. ce nom ) , so?ur de Louis XIII. Le cardinal, en sa qualité d'ambassadeur, vint à Paris en septembre 1618, accompagné du président Fabre et de St. Franco^ de Sales : il ne pouvait pas avoir de meilleurs conseillers. Le mariage eut lieu le 16. février, malgré les cabinets d'Espagne et d'Autriche, par les bons oflices du financier Deageant et du duc de Lu y nés, favoris de roi de France. Après quelques anuees , le cardinal Maurice fut envoyé à Rome comme protecteur (t ) de la cour de Savoie. Il y resta neuf ans ; et , pendant ce temps , sa maison au Quirinal fut une académie de sciences et d'arts ; les ouvrages les plus remarquables lui furent dédié», el les plus grands littérateurs, Pallavicini , Oddi , Hospigliosi , Malvizzi, Mascardi, etc., furent ses amis et ses collaborateurs. Après la mort du duc Victor, arrivée à Vercetl en 4637, le cardinal, qui se trouvait comme en exil, étant du parti anu français, vint en Piémont ; et en 1 638, d'accord avec son frère Thomas de Carignan, appuyé des Espagnols, il demauda, d'après les lois du pays , la tutelle et la régence pendant l'enfance du duc Charles-Emmanuel II, leur neveu (voy. Savoie) , â l'exclusion de la princesse Christine, a mère : mais le cabinet français s'opposa à celte de-
< royale; d ce qua Grégoire de Tours raconte sans en U"iE»i|uer
aucun ressentiment, h— a — »,
(t) Le rot de Sardaigue, ainsi qoe le* autre* souverains m indiques, a toujours jwts <k h cour poutiflule ua cardiual qui jr*/r>< m sujet*.
mande. Les deux frères Thomas et Maurice, soutenus par les Brojrlia, Serravalle et autres militaîfes(1). entretinrent la pierre civile Le cardinal ûit battu en 1611 par les Français sous les ordres du général d'ïlarcourt ; Tliomas fut oblige de lever le siège de Cliivasso . considéré comme la clef du Piémont, et par suite la paix fut conclue le 14 juin de Tannée suivante. Cest alors «pie le prince Maurice renvoya les insigues du cardinalat au pape, afin de pouvoir épouser sa nièce, Louise de Savoie, fille de Christine. Il Gt bâtir la belle maison de campagne, aujourd'hui la A illa de la Reine, sur la colline de Turin, irai devint une académie de savants et d'artistes, et où il mourut le I* octobre 1657, sans laisser de postérité. G-g— t.
CARIGNAN (Tiioiiks- François de Savoie, prince de!, cinquième fils de Charles-Emmanuel 1", doc de Savoie , naquit en 1596. Son caractère actif et inconstant le jeta successivement dans plusieurs partis, et, pendant vingt ans, il fit la guerre avec divers succès. Mécontent du cardinal de Richelieu, il s\init en lC5o aux Espagnols, et obtint le commandement de leur année. Son début dans le généralat ne rat pas heureux : voulant empêclicr la jonction des troupes françaises avec celles des états généraux , il perdit la bataille d'Avein , où , sur 43,000 hommes qu'il commandait, les maréchaux de Châlillon et de Brczc lui en tuèrent 5.000, lui firent 1,800 pri>onniers, et lui prirent quatre-vingts drapeaux. En 1658, il battit le maréchal de la Force, et lui fil le»er le siège de St-Omer. Déjà il avait formé, avec le cardinal de Savoie, son frère, le dessein d'ôter à Christine, veuve de Victor- Amédée, la râtelle de ses enfants et le gouvernement pendant la minorité. « C<rs deux princes , dit le président « Hénault, donnèrent a la duchesse de Savoie bien m de la peine pendant ta régence. » 1.0 prince Thomas enue en 1059 dans le Piémont, s'empare de Chivas; Quiers, Moocallicr, Yvrée se déclarent pour lui ; Verrue lui ouvre ses portes ; il se rend maître de Crescentino ; et, réunissant ses troupes aux Espagnols que commande le marquis de Leganez, il marche sur Turin avec 12,(100 tommes et 5.000 chevaux. La duchesse régente était dans sa capitale, que défendaient le cardinal de la Valette, le comte de Plessis-Praslin , et 6,000 Français. Après avoir fait jeter des bombes dans la ville, le prince Thomas, désespérant de s'en rendre mal tire par la force, rfe relire, s'empare de Saluées, de Coui, de plusieurs autres places, et médite d'enlever Turin par surprise. Il y envoie six à sept cents soldats , qui entrent par différentes portes, déclarent qu'ils viennent grossir la garnison, servir la duchesse, et sont imprudemment reçus sans être interrogés , sans éveiller aucun soupçon. Dans la nuit du 25 au 26 juillet, le prince Thomas fait appliquer un pétard à une des portes ; à ce signal , toutes les autres sont ses troupes entrent ; il est reçu lui-même
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en famille de pn-tieoi documents snr fette aulfian, i IxiaeUc lvrr*~ Antoine 4e Grtftxi, autre m runi comme twufciuni J« gfodjrtnes doat le nrinc
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aux acçJamatwns du parti nombreux qu'il a dans la ville. A peine la duchesse a-t-elle le temps de se sauver dans la citadelle ; les Français la défendent : plusieurs combats sanglants sont livrés. Enfin il est résolu dans le conseil de la princesse quelle partira avec une escorte pour se retirer à Sure ou i Çliambéri. Cependant, le nonce du pape, Caffcrelli, s'établit médiateur entre les deux partis, et leur fit accepter une suspension d'armes. Le marquis de LcgniKz retourna à Milan, et le prince de Cari^nan demeura dans Turin. Apres l'expiration de la trévè, la guerre recommença. Le prince fut débit par te comte d Hareourt au combat de Quiers. En 1C41, le comte d'Harcoart, ayant battu le cardinal de Savoie, lit lever le siège de Chivas à son frère . qui échoua aussi en voulant escalader Quérasquc. L'année suivante , il eut une entrevue avec la duchesse de Savoie sur le chemin d' Yvrée , monta dans le carrosse de la princesse , sa belle-srrur, et cuti a avec elle dans Turin , au milieu des acclamations du peuple, qui voyait dans cette réconciliation la fin de ses malheurs. A cette époque , le prince Thomas fit aussi son accommodement avec Louis XIII ; le duc de Longueville lui apporta ht commission de lieutenant général. Déclaré généralissime des armées de France et de Savoie en Italie, il eut pour lieutenants Turenne et le comte de Praslin. La prise d'Ast, ce lie de Trin, qui valut à Turenne le bâton «le maréchal de France à trente-deux ans; celle de Santia, de Rorca, de Vigevano, et la bataille de Mora, gagnée sur don Cantelme , général des Espagnols, signalèrent les campagnes de 1645 à 1645. Le prince Thomas se rendit ensuite à Paris, où il obtint toute la confiance du cardinal Mazarin. Corbinelli écrivait au comte de Bussy-Rabutin, le 25 juillet 1652 : • Le prince Thomas est du petit conseil du cardinal, ■ et l'un des principaux Mazarins du monde. Il* « sont en perpétuelle eonfcrenee , Son Kminence, « ledit prince , M. de Rouillon et le maréclial dit a Plessis. » ( Voy. les Mémoires du comte de Bussy- Rabutin.) En 1654, le prince Thomas fut fait grand i maître de France à la place du prince de Condé, I qui venait d'être déetaré criminel de lèse-majesté. > En 1655. il marcha au secours du duc de Modéne, i fit lever le siège de Resgio , assiégea Pavie , et | mourut a Turin le 22 janvier 1616. 11 avait épousé Marie de Bourton-Soïssons , dont il ont deux fils : i rainé . Emmannel , qui continua la branche de Ca- • ripuan ; le cadet, Eugène-Maurice, qui fut père du | célèbre prince F.uîène. On trouve h vie du prince Thomas dans 17/itfotre généalogique de la maison royale de Savoie , par Gnichcnon , Lyon . 1660, 2 vol. in-fol.; une autre vie du même prince a été publiée sous) ce titre emphatique : il Colosio ; hisloria panegyriea det principe Thomasso di Samia, ptr Antonio-Agostino Codrelto , dotlore délia lege, Turin, 1663, tn-V. Le portrait de ce prince , peint par van Dyck, a été gravé par Pontius. V— ve.
CARIGNAN (le prince Charles-Emmancel- Ferdi* and Joseph-Marie de Savoie de), né à Turin, le 24 octobre 1770, était fils unique de Victor-Amédée et de Joséptiine-Thérése de Lorraine-
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Armagnac-Brienne, et neveu de l'infortunée Marie- Thérèse de Savoie-Cari gnan, princesse de Lamballc. Charles-Emmanuel perdit son pére à l'âge de dix ans, et son éducation fut dirigée par sa mère, princesse d'un esprit au-dessus de son sexe. Après la mort tragique de la princesse de Lamballe {voy. ce nom), en septembre 1792, son héritier, Charles- Emmanuel, réclama sa succession ; mais le séquestre avait été mis sur les biens de la princesse, et plus tard le directoire en refusa la mainlevée. Pendant la guerre contre les Français, en 1795, le prince Charles donna des preuves de l'ancienne vaillance de ses aïeux dans la vallée de la Slure, où il combattit sous les ordres du marquis Doria de Cirié, officier supérieur d'un grand mérite , qui avait été chargé de remplir auprès de lui les fonctions de gouverneur. Un des officiers de sa suite, ayant été emporté un jour par son cheval , se trouva tout à coup sous le feu de l'ennemi. Le prince, sans attendre la permission de son gouverneur, mit son cheval au galop et suivit l'officier. Heureusement celui-ci eut le temps de reconnaître le danger; il rebroussa chemin et sauva le prince, qui aurait été infeilliblentent fait prisonnier. Ce fut alors que le marquis Doria dit au prince : « Monseigneur, ce « n'est pas ainsi que Votre Altesse doit se conduire; « pourquoi s'exposer sans but et sans motifs ? « — Général, répondit le prince, je ne me sentais * pas la force de rester en arriére lorsqu'un autre « militaire marchait à l'ennemi. » En 1797, la cour de Turin songea au mariage de l'auguste rejeton de cette famille, sans cependant pressentir qu'il serait un jour le seul héritier de la maison royale de Savoie; car alors le roi Victor-Amédée III avait cinq lils vivants et en pleine santé. Le 24 octobre de la même année, le prince de Carignan épousa, dans la ville d'Augsbourg, Marie- Charlotte- Albertine de Saxe, princesse de Courlande, petite-lille d'Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, âgée de dix-huit ans, qui, l'année suivante (2 octobre 1798), donna le jour à Cliarles-Albert, proclamé roi de Sardaigne le 27 avril 1831, à l'instant du décès de Charles-Félix, qui fut le dernier rejeton de la branche aînée de l'une des dynasties royales les plus anciennes de l'Europe. Peu de temps après la naissance de Charles -Albert, l'horizon politique se troubla. Le roi Charles-Emmanuel IV ( voy. ce nom ), avec ses quatre frères et son oncle le duc de Chablais, fut obligé, par suite d'une abdication forcée, de partir de Turin le 20 décembre 1798 et de se réfugier en Toscane, puis en Sardaigne. Par l'acte d'abdication on était convenu ( art. 8 ) que, dans le cas où Charles-Emmanuel de Carignan resterait en Piémont, il y jouirait de ses biens, palais et propriétés (1). Ce prince, d'un caractère paisible et prudent, n'avait jamais eu de part aux affaires de l'Etat : il fut laissé tranquille avec sa famille |>ar le général Grouchy, commandant la ville de Turin sous les ordres de Joubert, en 1708, et, comme tout
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autre citoyen, compris dans l'organisation de la garde nationale, où il remplit les devoirs d'un simple soldat , sans assister cependant aux fêtes nationales et aux cérémonies publiques. Les Autrichiens ayant forcé, dans le mois d'avril 1799, l'armée française à se retirer sur le territoire de Gênes et à laisser Turin à découvert, le directoire ordonna de prendre pour otages les notabilités du Piémont. Le prince de Carignan fut, avec sa famille, transporté en France, et il vint habiter une modeste demeure dans un faubourg de Paris, nommé Chaillot. Ce fut là que la princesse de Carignan mit au monde, le 13 avril 1800, la princesse Marie-Elisabeth, mariée a l'archiduc Beinicr, vice-roi actuel du royaume lombardo-vénitien. Les consolations d'une jeune famille , les soins d'une épouse affectionnée, qui partageait tant de malheurs, ne purent adoucir le sort du prince Charles-Emmanuel de Carignan ; il succomba à tant de maux, le 16 août 1800, à Paris (1), au moment où le consul Bonaparte revenait couvert des lauriers de Marengo, et où la conquête de l'Italie allait décider la réunion du Piémont à la France. G— g— t.
CAB1LL0 D'ACtNIIA (nou Alphonse ), archevêque de Tolède , originaire du Portugal , embrassa l'état ecclésiastique, quoique son naturel ardent le rendit plus propre aux fonctions politiques et militaires. Il occupa jeune encore le siège de Siguenza, parvint en 1446 à l'archevêché de Tolède, puis au ministère sous Henri IV, roi de Caslille,
(I) La brioche de Savoie Carigwn. aujourd'hui régnante, Ure son origine du prince Thomas, ai> de Charles-Emmanuel I", duc de Savoie et frère du cardinal Maurice [roy. Savoie}, el de Catherine d'Autriche, petite-tille de l'empereor Charles V. Le prince Thomas eut plusieurs curants : l'aine, Emmanuel-Philibert, continua U branche de Savoie-Carignan en Piémont, et Kuprne- Maurice, frère puîné, établit en France relie des comtes de Soisauas aujourd'hui éteinte, et qui avait produit le fameux prince Eugène. I' Emmanuel-Philibert naquit sourd et muet le Su avril 1628, el fat envoyé en Espagne auprès du célèbre P. Ramîrex (i'»a. ce nom), charge de son éducation, et qui réussit avec un admirable succès, noo-seulenii'ul a le (aire lire cl écrire, mais qui dévelnppaea lui une intelligence et une sagacité extraordinaires- Dr retour à Tarin, ce jeune prince fut confie au savant Emmanuel Tesaaro, nommé son précepteur ; et il prollta si bien de ses leçons q a 'ayant suivi son père dan* la campagne de Lombard»-, il y donna des preuves de savoir el de valeur. U aval: épouse Catherine d'Esté, fille du duc de Modèue, cl il mourut en 1710. 2* Virtor-Arucdée, Bis d'Emmannel-Pbiltbert, naqoit a Turin en 4690, el fui lieutenant général des aimées de France et de Savoie. Plus lard il servit sons le grand Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne, ei mourut en 47*4. S* LooivWior, son fils, né en 4721, se Ht remarquer par les agréments de son esprit et par son affabilité ; il épousa Henriette de Rbeinfels, strar de ' Policèue. reine de Sardaigne, femme de Charles-Emmanuel, soi cousin. Il eui de ce mariage Vicior-Amedee et Eugène, pnlne, qai forma la lige des marquis de Villefranche domiciliée a Pans, lige qui subsiste en la personne du prince Eugène-Emmanuel, son petiifils dont les droits a la couronne, à défaut de miles de la branche n-gnanle, ont été reconnus par un acte solennel dn ss avril 4M». Louis rut aussi cinq filles, dont l'une fui la belle et infortunée Thérèse- Louise, princesse de Lamballe. Louis-Vie toc flt restaurer par l'arrhiiecie llorrio le châtras de Raconta, doct son Irisafeal avait jeté les fondements au retour de ses rainpagnes de Flandre. Ce tlialcau, décoré avec un gont exquis par le roi régnant, est devenu l'une des plus belles résidences royales de l'Italie. Louis- Vietor inonrul en 177g, 4" Virlnr-Amédee, Bis aine de Louis, naqoit le 31 octobre 47*5, fut lieutenant gênerai el commandant de marine, el mourut eu I7g0; il avait épouse Joséphine de Lorraine— Brteitne, dont il eui Cbarles-Eaunanuel, père du roi Charles-Albert, aujour-
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dont il trompa la confiance , en dirigeant le parti I des seigneurs mécontents et en se vendant au roi d'Aragon. Henri ouvrit enfin les yeux , et l'écarta du conseil. Le lier prélat , outré de sa disgrâce, se disposa à la guerre civile , leva des troupes contre son souverain , et , après l'avoir déclaré indigne de la couronne, proclama roi de Castille, en 1465, Alphonse , frère de Henri, s' étant emparé ensuite de Penaflor, il mena ses troupes devant Simancas. Henri accourut avec une armée, lui lit lever le siège, et demanda justice au pape contre l'archevé* que qui l'avait déposé. Carillo osa soutenir à Rome que la déposition était juste, et qu'il n'avait été que l'organe de la nation. Le pontife le condamna. Alors la guerre civile , un moment suspendue , recommença avec plus de fureur. L'archevêque , à la tétc d'une armée de 25,000 hommes, ayant avec lui le frère de Henri , marcha contre ce monarque, et lui livra bataille sous les murs de Médina del Campo, le 20 août 1464. On le vit charger en personne à la téte des troupes , ayant par-dessus son armure une étole écarlate avec des croix blancltes. Il fut blessé, et resta le dernier sur le champ de bataille, malgré sa blessure. La nuit sépara les deux armées , qui s'attribuèrent l'une et l'autre la victoire. Le jeune Alphonse étant mort , Henri , qui avait déjà uffert lâchement la paix à Carillo , conclut un traité avec les chefs de la ligue , par l'entremise de ce prélat, qui lit déclarer Isabelle , sœur de Henri , héritière de la Castille, au mépris des droits de Jeanne, tille de ce monarque. Devenu l'âme du parti d'Isabelle, l'archevêque de Tolède prit de nouveau les armes contre Henri, et vint mettre le siège devant Péralés. En vain le roi lui offrit des établissements immenses, rien ne put vaincre l'animosiié du fougueux prélat. Henri obtint un bref du pape pour lui faire son procès : quatre chanoines de Tolède commencèrent la procédure; mais Carillo enleva les juges, s'assura. l'impunité, et parvint enfin â réconcilier Henri avec sa sœur. Devenu tout-puissant a l'avénement d'Isabelle , il soutint cette princesse contre le parti de sa nièce Jeanne , et régla dans le conseil la part que Ferdinand d'Aragon , époux d'Isabelle , aurait dans le gouvernement; mais jaloux ensuite du crédit du cardinal Mcndoza, il se retira mécontent , et passa dans le parti de Jeanne : « Je veux, ■ dit-il en partant , forcer Isabelle â reprendre la « quenouille que je lui ai fait quitter. » On le vit combattre avec les Portugais pour cette même Jeanne , dont il avait ruiné les espérances , cl se précipiter dans les plus grands périls â la bataille de Toro, où son parti fut défait. Isabelle, triompliante, Ht saisir les revenus de ce prélat factieux, et procéder contre lui pour crime de rébellion. Enfin l'opiniâtre Carillo, après avoir inutilement tenté de livrer Tolède aux Portugais , et lutté jusqu'à la dernière extrémité pour soutenir les droits de la princesse Jeanne, se soumit en 1478 , remit toutes ses forteresses , et , à ce prix , rentra en grâce et obtint la restitution de ses immenses revenus. Il se retira sur la fin de sa vie dans un monastère qu'il avait fondé à Alcala de Henarês, où il mourut le
1aT juillet 1482. Ce prélat eut du courage et de > grands talents ; il avait présidé le concile d'Aranda, tenu en 1473; mais il fut inquiet et séditieux, ne enfin pour renverser les trônes et pour le malheur de son pays. Passionné pour l'alchimie, il fit des dépenses immenses, dans l'espoir de trouver le secret de faire de l'or. B — p.
CARINUS ( Marccs-Adrelils), était fils aîné de l'empereur Carus, qui lui donna, avec le titre de César et la qualité d'Auguste, le gouvernement de l'Italie, de l'Illyrie, de l'Afrique et de l'Occident, lorsqu'il partit avec Numérien son second fils, pour aller faire la guerre aux Perses. Carinus fut particulièrement chargé de défendre les Gaules contre les barbares qui menaçaient de faire une irruption dans ce pays. Ce n'est qu'à regret que son père se détermina à lui confier celte expédition : il aurait voulu en charger Numérien, prince plus sage , plus réservé, mais trop jeune. Il connaissait les mauvaises qualités de Carinus, qui ne justifia que trop les craintes et les soupçons de l'empereur. Tous les historiens peignent ce jeune César comme un homme corrompu, paresseux et cruel. Les Romains ne redoutèrent l'élection de Carus à l'empire, que parce qu'ils avaient en horreur les vices de son fils. Dès que Carinus fut arrivé dans les Gaules, il éloigna des emplois les hommes les plus vertueux, pour y placer les compagnons de ses débauches ; il lit mourir le préfet du prétoire, pour lui substituer un homme de la lie du peuple ; il épousa jusqu'à neuf femmes, et les répudia successivement, quoique plusieurs se trouvassent enceintes ; il remplit le palais d'histrions, de courtisanes et de chanteurs. 11 avait une si grande répugnance à signer, qu'il avait chargé de ce soin l'un de ses favoris, et cependant il le querellait souvent de ce qu'il contrefaisait trop bien sa signature. Lorsqu'il apprit la mort de son père, il se crut dégagé de toutes entraves, et se livra avec plus de fureur à de nouveaux crimes. Il ne manqua cependant pas de courage pour défendre et pour conserver l'empire. 11 eut d'abord à combattre Julien II ( Marcus Aurélius Julianus ), qui avait pris la pourpre en Pannonie, cl qu'il défit près de Vérone à son retour des Gaules. Ensuite il marcha contre Dioctétien, qui avait été proclamé empereur après la mort de Numérien. Les deux armées se rencontrèrent dans la Mésie ; Carinus, après avoir été plusieurs fois vainqueur, et après s'être vaillamment défendu, succomba enlin, et fut tué par les siens auprès de Margus, l'an 284. L'époque de son règne est mémorable en ce qu'il lit célébrer à son retour des Gaules les jeux romains avec un éclat et une magnificence extraordinaires. Il donna au peuple des s|>ectacles nouveaux, dont on peut voir les détails dans Calpurnius ( églogue 7 ) et dans Yopiaeus. Si les historiens ont décrié cet empereur à cause de ses crimes, il n'a pas manqué de poètes qui ont mis ses actions au-dessus de celles des meilleurs princes. Némésicn et Calpurnius ont suivi l'exemple de Virgile, qui a placé dans la bouche de ses bergers les louanges d'Auguste ; comme lui, ils ont chanté dans leurs églogues Carinus et son frère,
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en mettant ces princes au rang des dieux. Quelques «ntiiniaires ont donné pour femme à Carinus Magnia Urbica, princesse qui n'est connue que par les médailles. D'autres prétendent qu'elle était fenime de Carus son père. Cette question a donné lieu à un grand nombre de dissertations entre les plus célèbres numismates d'il siècle passé. Stosch et Khcll la donnent à Carinus; Gcnebrier, Bandiiri, l'abbé Bcllcy croient qu'elle était femme de Carus. On penche aujourd'hui pour cette dernière opinion, qui paraît d'ailleurs appuyée de raisonnements et de preuves plus solides. 'On a des médailles latines et grecques île Carinus. Celles-ci ont été frappées en Ejrypte.(For/. Vopiscus, et Eutrope, I. 9.) T— j».
CARION { Jean ), professeur de mathématiques à Fraflcforl-sOr-l'Oder; où il eut pour disciple Mclanrhthon, naquit à Rùlickhein en H!)!>, et mou ni t à Berlin, âgé de 31) ans. H publia d'abord des Kphèmêrides , qui s'étendent de 1530 à 1*>">0, et mntlenncnt des prédictions et des jiigeincnls astrologiques. 11 fit imprimer ensuite des Praeiiem Atlrologicœ; mais ces deux ouvrages ne lui avaient fait aucune réputation, lorsqu'il devint tout à coup célèbre par une chronique, dont i| n'était jioint l'auteur. Elle eut dans le 10* siècle un succès si prodigieux, il en parut un si grand nombre d'éditions et de traductions, qu'il n'est pas hors de propos d'entrer dans 'quelques détails sur l'histoire! de cet ouvrage. Carion avait composé nnc chronique en allemand, et, avant de la faire imprimer, il voulut que îMélanchthoti la corrige.1t. Mélanehthon, au lieu de la corriger, en fil une autre, et la publia en allemand, à Willem berg, eu 1331. C'est ce qu'il nous apprend lui-même, en écrivant à Camérarlus : Ego lùtum opu$ rrtexi, rt quittent gr'rmnnire. P<uccr, gendre de Mélanehthon, et continuateur «le la même chronique, ftit, dans son édition de Ci7'2, que Mélanclitlion raya tout le manuscrit de Carion : Tbrtim aboirvil umt litiira, alio eonucripîo, eut (amen nonien Carumi* prtrfuit. Tandis que Mélanehthon publiait sa chronique sous le nom de Carton , celui-ci faisait imprimer son ouvrage, et h: dédiait à Joachim, marquis de Brandebourg. Il le terminait par quatre ou cinq prophéties appliquées a Charles- Quint, et qui ont toutes élé fausses. Les deux chroniques sous le nom de Carion curent divers traducteurs, tfermann Bonnus donna une version latine de celle de Mctanchihon , et Jean Lebloml traduisît en fiançais celle de Carion,, Paris, i:>.',fi, in-12. ( Voy.
M Kl ANCinUO.N. ) V— VB.
'CARION -S ISAS. Voyez Cvniuo.N i>e Nisas. CARISSIMI (Jean-Jacques}', l'un des plus grands compositeurs de sou temps, et le réformateur de la musique moderne en Italie, naquit à Venise vers le commencement du 17' siècle. Ses talents, la hante réputation dont H jouissait, et qu'il a conservée de nos jours, le firent nommer à la place de maître de chapelle pontificale, et du collège de Rome, en 1610. Carissimi introduisit dans les églises l'accompagnement de la musique instrumentale aux motels, et, le premier, employa la cantate pour des sujets religieux, il reforma J'organisai ion d„ ré-
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citât if, dont Péri, et surtout Montcverde, avaient été les inventeurs. A un style pur et savant qui sot encore de modèle a Ceux qui étudient là composition, Carissimi joignait une mélodie enchanteresse. Parmi les réformes heureuses qull introduisit , on doit distinguer surtout celle du mouvement et des marches de la basse, partie qui Jusqu'alors avait été, foit négligée. Il sortit de son1 écôle une foule d'élèves distingués , tels que Bassani, Buononcini, Çesli, Alex. Scarlattl, et plusieurs autres. On ignore si Carissimi a composé pour le théâtre ; on a de lui dés messes, des oratorio, des motets et des cantates. C'est surtout dans ces deux dernières parties qu'il s'est rendu célèbre, et qu'il mérite les grands éloges qui lui ont été prodigués par ses contemporains. Les plus remarquables de ses cantates sont : 7e Sacrifiée de Jrphfé et le Jugement de Salomon. R — T.
CARITEO, poPte italien du 15* siècle, était né, selon le Quadrio et le Crescimbcni, à Barcelone, en Espagne ; mais il vécut habituellement à Naplcs. Il {Tarait que Cariteo Ait un nom poétique que Sannaîar lui donna pour indiquer qu'il se consacrait aux Grâces {Charités) , et qui fit oublier son noni de famille. Il fut un des membres de la célèbre académie de Pontanns, qui parle de lui dans plusieurs endroits de ses ouvrages,' et le fait parler jui-mème dans un de ses dialogues. H était intime ami de Sannazar, et , ainsi que lui et toute cette académie de Naplcs, fort attaché à la maison régnante d'Aragon. Lors de l'expédition de Charles VIII, au moment où l'armée française descendait en Italie, jl fit éclater cet attachement dans plusieurs pièces dé vers, et n'épargna ni le sarcasme, ni les injures aux Français et à leur roi. Les rapides progrès de cette armée ne le firent point changer de ton ; il exhorta dans une grande ode les princes italiens à oublier leurs divisions , et à marcher ensemble contre leur ennemi commun. On ne sait ce qu'il devint après la conquête, ruais il était mort a\anl 'l3Ô9. Ses o uvres, ou Rime , recueillies pour la première fois en, 1500, furent réimprimées en Ï309, in-4", par son ami Suinmonte, avec un grand nombre d'additions. Le style y manque d'élégance et de force ; mais , pour les sentiments cl les [icnsées, elles sont des1 meilleures de ce siècle , où la poésie italienne avait déchu, pour se relever avec plus d'éclat. G — K.
CARL (JeavSamlel) , savant médecin, allemand, lié en 1075, fut disciple cl l'un 'les plus zé\és partisans de Stahl. H devint premier médecin de Christian VI , roi de Danemark , et mourut a Me\dorf, dans le duché de Holstein, le 13 juin 1757.01», a de lui : I" t.,,; ; .• Lydius pkilotophieo-pyrotecknietts ad Oftium [ossitium docimasiam analylice demonstrandam adhibitu* , Francfort-sur-le-l|Iein , 1703, in-8°. So\is ce litre singulier, l'auteur donne l'analyse chimique des os pétrifiés. 2° Prajçeos mcdicœ Therapeia gênerai is et specialit prohodego tu m dogmatieo, tum elinico, in utum priyatum audiiorum ichnngiaphice delintalq, Halle, 1718, 1720, in- r. 3° Speci men ftisloria: tnedicce, et «noauinm- (ii StaJdianis \n syllabum aplyoritlicytn r<<l,irtum , 17-27, , in-8,» ; réimprimé, ayee des addjfôMp. çn
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1737, in-8°, s'oùs le titre iL'Hittoria medica, pathoUh gico-tkerapeuiica. 4e Ichnographia praxeos elinicœ, 4722, iu-8°. ."»•• Elcmettfa chirurgia medica ex mcnie et methodo Stahliana, 1727, i»-8". 6* Dimtica sacra, lioe est disciplina corporit ad sanctimoniam anima accommudata, Copenhague, 1738. — C'est à Antoine- Jottph Caul , professeur de botanique à Ingolstadt, que l'on doit : 1* Zymotechnia vindicala et apylicat a, Ingolstadt, 17»), m-4a; 2e de (Meis, ibid., 1700, in-i°; 3" Jardin botanico-médical (en allemand)., 1770, in-8Q. D— P— s.
CARLE (Pierre), naquit i Vallerangue en 1066, et fit ses premières études à Puy-Laurens et à N1mes : il avait dès lors un désir si vif de s'instruire , que, pour n'être pas tenté de sortir, il coupa ses cheveux et les talons de ses souliers. Il sortit du royaume le 12 juin 1085, par suite de la révocation de l'édit de Nantes, çt se rendit à Genève, puis eu Hollande et en Angleterre. Un grand seigneur l'engagea à reveuir en Hollande, et lui promit de pourvoir a suri avancement; mais ce seigneur étant ihort , Carie se trouva sans ressource. Dans celte extrémité, il s'enferma pendant quelque temps, vécut avec la plus grande frugalité , et s'appliqua sans relâche à l'étude des mathématiques. 11 ménagea si bien une très-petite somme qui lui était restée, qu'elle suîlit jiour le faire subsister pendant six mois. Au bout de ce temps, il se présenta pour se faire placer sur la liste des ingénieurs, et y réussit, sans autre appui que son mérite. A la révolution de 1688, Carie, entré au service du roi Guillaume, servit sur mer et sur terre, en Irlande, et principalement en Flandre, pendant les dix années que dura la guerre. Dès l'année 1093, il reçut une pension de 100 livres sterl. , en considération de ses services; et déjà , à cette époque , son mérite l'avait élevé au rang de quatrième ingénieur du royaume. Dlessé au mois d'août 1695, devaut la ville de ISamur, il fut visité sur-le-champ par tous les officiers généraux, ci le roi lui témoigna le plus grand intérêt. Ce fut pendant le cours de celte guerre qu'il se chargea de faire construire un pont, pour le passage de l'armée, dans l'espace de vingt-quatre heures, et il réussit dans cette entreprise, où les autres ingénieurs avaient échoué. Ce fut aussi pendant celte guerre que, dans un conseil où les officiers généraux étaient divisés d'opinion, après avoir entendu celle de Carie, je roi dit, en levant la séance : « Nous suivrons l'avis du boiteux. » (Carie était boiteux. ) 11 se fit naturaliser en 1093 en Angleterre, et, pendant la courte durée de la paix qui suivit le traité de Riswick, il résida à Londres. Lors de la guerre de la succession d'Espagne, Carie passa au service du rpi de Portugal, et devint successivement maréchal de camp, lieutenant général, et enfin ingénieur en chef du roi de Portugal, sans perdre le commandement d'un régi meut d'iufanterie, au service d'Angleterre, dont il était colonel. 11 prit, avec m'dord comte, Galloway, réfugié français çpmuiç Iui» 14 vUle «l'Alcantara sur les Espagnols ci les Français, conduisit les travaux du siège de Salamanque, entra dans Madrid avec le marquis
Das Minas, défendit Barcelone contre le roi d'Espagne, Philippe V, qui fut obligé d'en lever le siège après trente-sept jours de u-anchée ouverte, fit cette belle retraite de l'Andalousie que le maréclial Berwick admirait tant, et se concilia l'estime particulière du roi de Portugal, qui le récompensa généreusement de ses services, et lui offrit le libre exercice de sa religion dans son palais même : ce que Carie refusa. Après la paix générale, Carie resta pendant quelques années encore au service de Portugal, et se retira vers 1720 à Londres, où il résida jusqu'à sa mort. Moins ambitieux que philosophe paisible, Carie goûta les douceurs de la paix au sein de sa patrie adoptive. Il s'adonna à l'agriculture et en fil ses délices. 11 tenta d'introduire eu Angleter re la culture du mûrier, et même il essaya d'y élever des vers à soie. 11 conserva toujours le désir et le projet de revenir dans sa patrie, mais il mourut à Londres, sans avoir pu les effectuer, le 7 octobre 1730, d'une attaque de goutte. Z.
CAHLEMIGELLI (Aspasie] était fille d'un coureur attaché à la maison du prince de Condé, et fut plus connue sous le prénom d'Aspasie que sous son nom de famille, l ue passion malheureuse, une maladie cruelle, et plus encore la violence des remèdes, ayant égaré son imagination, ses parents la firent conduire à l'hôpital et traiter comme folle. En 1794, animée d'une rage aveugle contre celle qui lui avait donné le jour, elle dénonça sa mère comme contreré volutionnaire, et tenta de la faire périr sur l'écliafaud. Elle n'en parlait jamais qu'avec des mouvements convulsifs , à cause des mauvais traitements qu'elle disait en avoir reçus. Arrêtée elle-même, et dépouillée de tout ce qu'elle possédait , elle avait dans son désespoir couru les rues pendant la uuil en criant : * Vive le roi I » persuadée, dit-elle depuis à ses juges, que le tribunal révolutionnaire lui ôterait promptemcnl une vie qu'elle détestait. Elle fut néanmoins acquittée. Le 1er prairial an 3 (21 mai 1793), lorsque le jjcuple des faubourgs se porta à la convention pour demander du pain et la constitution de 95, Aspasie excitait , avec les accents de la rage, une troupe de mégères qui l'entouraient. On lui avait dépeint Boisa y d'Anglas comme cause de la disette, et elle avait formé le dessein de le poignarder ; plusieurs fois elle s'était rendue chez lui dans cette intention. Ce fut ce jour-là que le député Féraud périt; Aspasie aida à l'assommer, en le frappant de ses galoches. Elle se précipita eusuite sur Camboulas , un couteau à la main ; ce député ne réussit qu'avec peine à se soustraire à sa fureur. Dénoncée et arrêtée pour ces assassinats, Aspasie convint de tous les faits qui lui étaient imputés , et prétendit qu'elle n'avait obéi qu'aux impulsions des émigrés, des Anglais, des royalistes, etc. Elle ajouta qu'on avait répandu de l'argent, et que le but du complot était de s'emparer du fils de Louis XVI, qui était au Temple, et de le proclamer roi. Elle ne put néanmoins nommer aucun de ses complices. On fut plus d'un an sans la juger. Ce n'est que le 19 prairial an 4 (mai 1 790) qu'elle fut mise en jugement. Elle confirma ses premiers aveux, et déclara au tribunal
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que, si elle était libre , le bras qui avait mal atteint Boissy d'Anglas et Camlwulas les frapperait de nouveau. Elle s'opposa constamment à ce que personne prit sa défense, et conserva le plus grand sang-froid en entendant son arrêt de mort. Les apprêts du supplice môme ne purent l'intimider , et elle mourut avec un grand courage, âgée de 23 ans. M— n j.
CARLES (Lancelot de), né à Bordeaux, au commencement du 16* siècle, était fils de Jean de Caries, président au parlement de cette ville. Le roi Henri II le chargea d'une négociation avec la cour de Rome, et, en récompense de ses services, le nomma à l'évêché de Riez. Caries avait reçu une excellente éducation, dont il avait heureusement profité. II était savant dans les langues grecque et latine; il aimait aussi la poésie française, et recherchait ceux qui s'étaient acquis quelque réputation en la cultivant. 11 était particulièrement lié avec Ronsard, Joachim du Bellay et le chancelier de Lhopital. Caries mourut à Paris, vers l'année 1570. La Croix du Maine lui attribue plusieurs ouvrages imprimés, et d'autres qui ne l'ont pas été. Dans cette dernière classe, il faut ranger une traduction en vers français de VOdyttée d'Homère, dont notre bibliothécaire ne parle que sur le témoignage de Jacques Pelletier du Mans. Il avait fait imprimer en 1561 , In Puraphrate en vert françoit de V Ecclétiaite de Salomon, cl, en 1562, celle des Cantiques de la Bible, et du Cantique de» cantiques, in-8". On a encore de lui : Exhortation ou Parinè$e en vert héroïquet (latins et français) d ton neveu, Paris, Vascosan, 1560, in-4°; Éloge ou Témoignage d'honneur de Henri II, roi de France , traduit du latin de Pierre Patchal, 1560, in-fol. ; iMtret au roi de France, Charles IX, contenant let actiont et propot de 31. de Guyte, depuit ta bletture jutqu'à ton trêpat, Paris, 1563, in-8" ; mais le plus rare des ouvrages de Caries et le plus recherché est une Èpistre contenant le procèt criminel fait à l'eneontre de la royne Boultan (Anne de Bouleyn), d'Angleterre, Lyon, 1515, in-8'. W— s.
CARLESON (Charles), secrétaire d'Etat en Suéde, chevalier de l'Étoile polaire, naquit en 1703 â Stockholm, où son père était négociant. Ayant fait de bonnes études à Upsal, il entra dans les charges, et s'éleva peu à peu à celle de secrétaire d'État. Jl mourut en 1761. Carleson était versé dans les langues anciennes et modernes , dans le droit et dans les sciences économiques. On a de lui un Dictionnaire d'économie, quelques traités de jurisprudence et de morale, et des traductions en suédois de plusieurs ouvrages anglais, ainsi que du traité de Senectute de Cieéron. — Êdouard Carleson, son frère, fut président du conseil de commerce à Stockholm. Après avoir voyagé en Turquie avec le baron de Hœpken, il fut nommé ministre de Suède à Constantinople. Les services qu'il rendit à son pays furent récompensés d'une manière brillante. Retourné en Suède en 1746, il devint successivement secrétaire d'État, commandant de l'ordre de l'Étoile polaire, chancelier de la cour , et président au conseil de commerce. Il mourut en 1767.Scs loisirs avaient été
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consacrés aux sciences , et il laissa plusieurs ouvrages en suédois , parmi lesquels nous remarquerons ses Contidéraliont tur l'état det pêcheries en Suide, et sa Relation du voyage de deux teigneurt tuédoit en Atie, en Palatine, à Jérusalem, etc. On trouve aussi plusieurs mémoires du président Carleson dans le recueil de l'académie des sciences de Stockholm, dont il était membre. C— \au.
CAR LET. Voyez Rozière (la).
CARLET (Joseph-Antoine), né à Rives en ■ Dauphiné, le 18 juin 1741, fut successivement consul de la Côte-St-Andi-é, député aux étals généraux, membre du conseil des cinq-cents, et plus tard du conseil général du département de l'Isère. II mourut en 1825. On a de lui : un Recueil de maximes et de réflexions moralet qui peuvent contribuer à la rectitude de not actions, Paris 1823, in-12, avec portrait de l'auteur. Z.
CARLE'l ON (George), évêque anglais, naquit en 1559, dans le Northumberland, au château de Norham , dont son père était gouverneur. Il parait que cette place n'était pas très- lucrative, car l'éducation de George fut faite en partie aux dépens de Bernard Gilpin, connu des Anglais sous le nom de V Apôtre du nord. Admis plus tard à Oxford, il se distingua dans différentes parties des sciences, et en particulier dans la théologie. En 1617, il fut nommé évêque de Landaff, et envoyé en 1618, par le roi Jacques V, au synode de Dordrecht,avec trois autres théologiens anglais et un écossais; il s'y prononça fortement en faveur de Tépiscopat, bien que, sur quelques points de dogme, notamment celui de la prédestination , il suivit la doctrine des calvinistes, et qu'il fût d'ailleurs violent ennemi des catholiques. Nommé en 1619 évêque de Chichester, il mourut en 1628, âgé de 69 ans. Il a com|K>sé un assez grand nombre d'ouvrages, entre autres . I Hroïci Characteres ( en vers) , Oxford , 4603 , in-4° ; 2* Us Dixmes dues au clergé examinées et prouvées être de droit divin . Londres, 1606 et 1611 , in-4"; 5" la Juridiction royale , papale , épiscopale , etc. , Londres, 1610, in-4°; 4° Consensus Ecclesiœ calholicœ contra tridentinos, de Scripturis, Ecclesia, Fide et Gratia, etc., Francfort, 1613, in-8»; 5° Atlrologimania.ou la Folie de l'Astrologie, Londres, 1624 et 1651, in-4» ; 6» Yita Bernardi Gilpini, Londres, 1628, in-4", et dans les Vit a- telectorum aliquot rirorum de Baies, Londres, 1681. X — s.
CARLETON ( sir Dlblby ) , homme d'État anglais, né en 1573, à Baldwin Brightwell, dans le comté d'Oxford, et élevé à l'université d'Oxford, fut, pendant vingt années, ambassadeur du roi Jacques, successivement à Venise, en Savoie, et dans les Provinces-Unies. Il fut ensuite envoyé deux t'ois comme ambassadeur extraordinaire auprès de Louis XIII, et avec le même caractère dans les Provinces-Unies. Charles 1", dès la deuxième année de son règne, le créa baron d'Imbercourt, dans le comté de Surrey, et, trois ans après, vicomte de Dorcliester, dans le comté d'Oxford. Nommé vers le même temps l'un des principaux secrétaires d'État, il conserva cette place jusqu'à sa mort, arrivée en 4631, et fut
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l'abbaye de Westminster. On a de lui divers écrits politiques, tant en français qu'en anglais, des discours au parlement, et des lettres imprimées dans divers recueils. X— s.
CARLETON (George ), officier anglais, entra fort jeune au service, comme volontaire, et assista à la fameuse bataille navale qui eut lieu entre le duc d'York et Ruyler, en 1672. Pendant la campagne en Espagne, il fut fait prisonnier au siège de Dénia, et resta ensuite, sur sa parole, pendant trois ans, à Santa-Clemenza de la Mancha. C'est là qu'il eut occasion d'observer le caractère, les mœurs et les usages des Espagnols, vivant avec eux dans une grande familiarité, et gagnant leur conliance par le respect qu'il portait à leurs opinions politiques et religieuses. 11 a laissé, en anglais, des Mémoires contenant entre autres plusieurs notices et anecdotes sur la guerre d'Espagne ( de la succession ) tous le commandement du comte de Pèlerborough. Cet ouvrage fut imprimé en 1743, et réimprimé en 1808, 1 vol. in-8*. 11 en existe une traduction française par Gaspard Joël Monod, publiée sous ce titre : Lettres, Mémoires el Négociations du chevalier Carleion, 1759, 3 vol. in-12. A. B — T.
CARLETON (Gui), général anglais dans la guerre d'Amérique, fut nommé en 1774 gouverneur de Québec, et, lors de l'invasion du Canada, n'éebappa aux Américains qu'à l'aide d'un déguisement. Arrivé à Québec, il mil la ville m état de défense, et, lorsque Montgommeri voulut s'en emparer, il fut repoussé avec perte, et périt dans l'assaut qu'il donna à cette place. Feu de temps après, Carleion chassa entièrement l'armée américaine, du Canada. En 1777, il donna sa démission, et fut remplacé |»ar Rurgoync. En 1782, il cul le coiniuandemeut en cbef des troupes anglaises en Amérique; et, après avoir conclu un traité, il retourna en Angleterre, où il est mort en 1808, âgé 80 ans. Z.
CARLETTI (François), voyageur florentin, fils d'un commerçant, fut envoyé, en 1592, à Séville, apprendre la profession de son père. Après ans de séjour dans cette ville, il s'embarqua l'Afrique, où son père l'envoya pour la traite îles noirs. Il passa ensuite dans l'Amérique espagnole. Après avoir vendu ses nègres à Cartliagène, il se rendit à Lima, puis à Mexico, et passa peu de temps après aux lies Philippines, dans le dessein de former de nouvelles spéculations; mais ne trouvant pas les circonstances favorables, il s'embarqua en 1597 pour se rendre au Japon, où il lit un séjour de neur mois, et passa ensuite à la Chine, où il resta pendant prés de deux ans. Il continua sa roule par Goa, et s'embarqua enfin pour l'Europe, en 1601, sur un bâtiment portugais, qui, ayant relâché à l'Ile Ste- Hélène, fut pris par les Hollandais. Ainsi Carlctti se trouva dépouillé en un instant de toutes les richesses qu'il avait amassées, et ne put se les faire restituer, malgré la protection spéciale de son gouvernement. On lui remit seulement, par grâce, une très-faible somme. Débarrassé de ces affaires, qui le retinrent longtemps en Hollande, il avait formé le projet d'entreprendre tu\ second voyage, lorsqu'il
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fut appelé à Paris par le ministre de France, pour négocier, avec le consentement de son souverain, une affaire qui intéressait les deux cours. Cette né* gociation n'ayant pas eu de suite, Carletti renonça à son projet de voyage, et se retira à Florence, où il rédigea l'histoire de ses voyages, d'après l'invitation du grand-duc Ferdinand I*', qui lui fit un accueil favorable, et le nomma maître de sa maison. Carletti avait perdu tous ses papiers; mais, doué d'une heureuse mémoire, il a décrit avec autant d'exactitude que de vérité tout ce qu'il avait observé. On est étonné que, sans avoir reçu aucune éducation littéraire, il ait su peindre avec une si grande exactitude les mœurs et les productions des pays dont il parle. 11 a donné avant les autres voyageurs des notions exactes sur la cochenille, sur le coco des Maldives, et sur le musc. Son ouvrage, qui est écrit avec beaucoup de simplicité, et qui ne fut publié que plus d'un siècle après sa mort, porte pour titre : Ragionamenti di Francesco Carletti, Fiorentino, sopra lecose da lui vedute ne' suoi viaggi, si deW Indie occidentali ed orientali corne d'allri paesi, Florence, 1701, 2 vol, in-8». L-ve.
CARLETTI (le comte François-Xavier), né en Toscane vers 1730, de la même famille que le précédent, jouit dès sa jeunesse d'une assez grande faveur à la cour du grand-duc, fut décoré par ce prince de l'ordre de St- Etienne, et nommé son chambellan. Lorsque la révolution française commença, le comte Carletti, à l'exemple de son souverain, ne s'y montra point opposé, et il se déclara.dans plusieurs occasions le protecteur des révolutionnaires , ce qui lui attira dans le mois de juin 1794 une assez rocheuse aventure. Ayant été rencontré dans les rues de Florence par l'envoyé britannique Windham, qui se promenait en phaéton, il fut assailli de coups de fouet et traité hautement de jacobin. Dès le lendemain il écrivit à cet Anglais pour lui proposer un cartel qui fut accepté. Les deux champions se rendirent à Lucques avec des témoins. Carletti, qui tira le premier, ayant manqué son adversaire, celui-ci eut la générosité de tirer en l'air, et tout fut concilié. Après avoir fait secrètement plusieurs voyages à Paris, le comte Carletti fut envoyé dans celle ville pour y négocier un traité de paix entre la Toscane et la république française ; et lorsqu'il eut signé ce traité, le 9 février 1795, il parut à la convention nationale, on il prononça un discours d'autant plus remarquable, que c'était pour la première fois, depuis le renversement de la monarchie, que la France avait de pareilles relations avec un souverain. Le comte Carletti déclara dans ce discours que le jour où il avait signé un traité avec la république française était le plus beau de sa vie... Le président Thibaudeau ne répondit pas avec moins de politesse, et un décret lui ordonna de terminer cette cérémonie, selon l'usage de ce temps-là, par l'accolade fraternelle que l'envoyé toscan reçut au milieu de nombreux applaudissements. Il resta ensuite à Paris comme ministre de Toscane, et fut comblé de beaucoup d'égards par le nouyevu gouvernement. Hais cette fe-
venr dura peu (1); CarleUi se souvint qu'il était l'envoyé d'un prince autrichien et que la illlc de Louis XVI, cousine de son souverain, était captive dans la prison du Temple. Ayant appris que cette princesse allait être remise à l'Autriche, il crut qu'il était de son devoir de ne pas la laisser partir sans lui présenter sas compliments, et il en demanda la permission au ministre de l'intérieur. La lettre qu'il écrivit à celte occasion est ii os-remarquable, si l'on se reporte au temps et aux circonstances dans lesquelles elle fut écrite : « Comme seul ministre « étranger en France, disait-il, qui représente un « souverain parent delà susdite fille de Louis XVI, a Je crois que si je ne cherchais par des voies di- « recles a faire une visite de compliment à la prio sonnière illustre, en présence de tous ceux <\a'on « jugerait à propos d'y admettre, je m'exposerais a « des reproches et à des tracasseries, d'autant plus « qu'on pourrait suppose!' que thés opinions politi- « que* m'ont suggéré de me dispenser de cet acte « de devoir... Au reste, quelle que soit la détermi- « nation du gouvernement français, je là résiderai « sans murmure, et je me permettrai seulement de «faire connaître à qui il appartiendra que je n'ai « pas manqué d'insister, sans jnéseuler pourtant « aucune demande officielle. » Celte lettre mit tes cinq directeurs dans un grand courroux, lis tirent cesser aussitôt toute est-ce de relations avec le comte CarleUi, et lui enjoignirent de se retire!' sans délai du territoire de la république (2) ; et le ministre Charles Lacroix fut chargé d'informer le grandduc de Toscane que son envoyé avait essentiellement manqué à ses devoirs en se permettant de vouloir rendre de prétendus devoirs à une personne que les lois constitutionnelles de la république ne considéraient que comme un individu isolé et sans qualité. . . Obligé de quitter la France, le comte retourna dans sa patrie, où le grand-duc iic parut pas mécontent de sa conduite; mais, craignant de s'exi*ser au ressentiment du gouvernement français, ce prince se garda de l'employer ; et il s'en garda bien davantage encore lorsque, dés l'année suivante, le général Bonaparte envahit l'Italie. ( Voy. Feiuu.yinu de Toscane. ) Réduit ainsi à vivre dans la retraite Carletti mourut le 1 1 août 1803. M— d j '
CARLETTO. Voyez CâUAM.
CARLl DE PIACENZA (Dems) et Michel Angelo GUATIKI, tous deux capucins missionnaires, le premier natif de Reggio, et le second* de Plaisance, furent envoyés au Congo en 1606, avec
H) Pendant son séjour dans la capitale, le comte Cwlclti fit parade de ses sentiments patriotiques ; «Mail nue ruse de diplomate Presqne républicain dans le» cercles HiHqaes, Il redevenait I de cour dans lintiiuilé de quelques danioaimablesquiavait i rang. L—»~
[*) On tilania généralement cette mesure du directoire c« puérile et Impolliique. t ue longue note explicative et apolog.-ii.iue «serée an livreur et revêtue ,1e la signature Lenoir.LarwI.e né ni pas revenir le public de l'opinion qu'il s'était formée sur cette affaire. Le comte CarleUi fut vivraient affecte de mm ren»oi. Aussi écrivait-il a un des conseillers de légation : « J'ai vu soun-ut la mort « de prta, avec quelque courage. Je n'en ai point pour supporter le « coup ,«i me fram. „ utuc du. M novembre lt* K1J
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quatorze autres capucins par la cohgrégétion de' h Propagande , munis d'amples pouvoirs du saihtsiége, qui les autorisa même à lire les ouvrages défendus, excepté Machiavel. Ils se rendirent d'abord a Lisbonne, ensuite au Brésil, et du Brésil au Congo. Ils visitèrent St-Philippe de Bengucla et Loanda. Le vicaire apostolique duCongo leur ordonna d'exercer leur zèle dans les royaumes de Bamba et dé Sanlio, situés sur la côle entre le fleuve Zaïre et la rivière Banda. Ils baptisèrent 3,000 enfants duran» le cours de leurs missions et firent quelques conversions; mais le plus grand obstacle qu'ils éprouvaient était de persuader les nègres de l'obligation de se contenter d'une seule femme. Michel Angelô mourut au Congo ; Denis Carli fut assez heureux pour résister aux dangers et aux fatigues de sa mi v sion, et pour triompher d'une longue et cruelle maladie. Il se mit en route pour revenir en Europe, s'embarqua sur un vaisseau qui partait pour le Brésil, et de là fit voile pour Lisbonne. H visita Cadix, fit un pèlerinage a St-Jacqucs en Galice, se rembarqua de nouveau pour retourner à Cadix ; niais le vaisseau sur lequel il se trouvait, après avoir livre combat à un corsaire, entra dans le port d'Oran, fcl revint ensuite à Cadix, De là Carli traversa l'Espagne, et se rendit à Barcelone, où il s'embarqua pour la Sardaigne ; il éprouva une violente tempête, fut rejeté sur la côte de Roussillon, traversa le uiidi de la France, et se rendit ensuite à Bologne, où il rédigea la relation des voyages de son compagnon et des siens. La plus grande partie est remplie par de longues descri plions des souffrances de ces missionnaires et par îles contes ridicules. Les renseignements sur la géographie et l'histoire naturelle qui s'y irooveht sont vagues, et décèlent l'ignorance des auteurs; mais il y règne une sorte de naïveté et de bonhomie religieuse qui en rend la lecture Intéressante, et le peu de relations que l'on a de ce pays a fait rechercher celle-ci et d'autres du même genre avec plus d'empressement qu'elles ne méritant. La première édition des voyages de Carli a été Imprimée sous ce litre : tï Moro trasportaio in Ycnesia, ovvero rarconti de' costumi, riti e religioni de' popoli dell' Africa, America, Asia ed Europa, Reggio, 1672, in-12. Elle fut réimprimée en 1 674 à Bologne, in-cTct in-12; et en 1687, â Bassano, in-4\ Une nouvelle édition de ce voyage parut à Bologne en 1078, in-12, sous le titre suivant : Yiaggio di D. Michel Angiolo di Guattini e del P. Dionigi Carli nel regno del Congo, descritlo per Uttere con una fidèle narratione del paese. En 1680, il en parut une traduction française, imprimée à Lyon chez Amaulry, in-12. Le P. Labat l'a réimprimée dans sa Relation historique de l'Ethiopie orientale, t. 5, p. 91- 2(18. La première traduction anglaise a paru dan* Churchill, Collections of voyages and travels, p. 613- 650. Dans la collection d'Asiley (t. 3, p. 143 à 166), on en a donné un extrait qui a été reproduit dans Y Histoire générale des voyages de PrévtU, livre 1$, ch. 12, et dans Allgemeiner Ùisloriedcr Reisen, b. 4, s. 531. Il a paru due traduction alleinande iie relation de Carli, Augsbourg, 1593, lii-4- '
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une des premières éditions italiennes qnc nous avons citées. ' ' '"■ 'W-n:
CARLI (Jean-Jérôme), naquît dans les environs de Sienne, en 1710, d'un père cultivateur, qui lui fit feire de bonnes études. Il embrassa l'état ecclésiastique, fut plusieurs années professeur d'éloquence à Colle en Toscane, et ensuite a Gubbio, dans les États du pape. Sa renommée s'étendit bientôt dans toute l'Italie; tous les savants, les littérateurs, les naturalistes s'empressaient d'entrer en relation avec lui sur des sujets relatifs ou aux sciences ou aux arts mécaniques, dont il était fort instruit. Les habitants de Gubbio avaient une si grande estime pour lui, qu'ils le consultaient dans toutes les affaires difficiles. Ils le chargèrent de plusieurs missions délicates et importantes. Après un séjour de dix-huit ans, obligé de retourner a Sienne, il fut, peu de temps après, nommé secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, arts et hellcs-lcttrcs de Mantoue. Il remplit cette place avec distinction jusqu'il sa mort, arrivée le 29 septembre 1786. On dut à son zèle et à ses lumières, pendant le séjour de treize ans qu'il fit à Mantoue, l'activité rendue aux sciences, aux arts, aux manufactures, l'établissement du musée et delà bibliothèque publique. L'estime générale des savants fut la récompense de ses travaux ; il' reçut nième des témoignages de celle de l'impératrice Marie-Thérèse et de Joseph II, son fils. Carlî paVcourûf en différents temps presque toute l'Italie pour rassembler des livres, des médailles, des antiquités, des échantillons d'histoire naturelle, etc., ei «I parvint a en former une collection considérable^ 1,1 a laissé plusieurs ouvrages, parmi lesquels on en distingue un tic critique, intitulé: Scritlurc ttt(orno a varie t»*ranc e latine opérette dcl doftor Giov. I'àolo Simone Rianchi di Rimini, ehe ai fa chiamar (ïiaiio Planeo, vol. I, eontenente là relazione di due opérette composte dal sign. Platico in Iode di se medesimo, con moite notizie ed osservazioni sopra quesli ed altri opusculi dello tlcsso autore, Florence, 1719. A Mantoue, il publia deux dissertations d'un intérêt plus général, sous ce titre : Dissertqzioni due dell' abbale Girolamo Carli ; lq prima sulï impresadegli Argonautied i fatli posteriori di Giascone e Itfedeà ; la seconda sopra un' antiro bassorilia o rappresentante la Medea d 'Euripide, conservalo net museo dell' aerademia, Mantoue, 178.*i, in-8", Le comte Carlî, (lui avait écrit dans sa jeunesse sur le sujet des Argonautes, lit, sur cet ouvrage de Jérôme Carli, des observations dans lesquelles il en parle avec estiinc, et que l'on trouve a la suite de sa première dissertation, dans le 10* volume de ses œuvres, (foi/, l'article suivant} Jérôme Carli a aussi enrichi d'excellentes notes un Choix d'élégies de TibuUc, d{e properce et (TAlbinovanus traduites en ter za rima, par François Corsctti, de Sienne, Venise, 17o» . On lui doit encore des notes sur le disepurs deCelso CtMadini deW Antichità dell' armi genlilizie, Lucres, t741, in-8\ Il a de plus laissé un grani} nombre d'ouvrages de littérature qui n'ont pas été publiés. Après sa mort, les habitants de Qubpifl, quj ne l'avaient fW'î fi»J#, {\m
brer en son tanneur de magnifiques obsèques. On j prononça son oraison foficbré, et l'on «msacraTsa mémoire une élégante inscription latine. — Xeari Cmii.i, dominicain, a publié en italien : 1" fie de Dominique, cardinal et archevêque de Raguse; 2° Vie de Simon Salterolo, archevêque de Pise ; ,V Vie d'Aldobrande Cavalcandi, évfqtte de Civila-Vtcchia. Ce biographe mourut à Florence, *e I" février I50.>,' à l'âge de fk» ans. TA. G.
CARLI (Jean-Renaud, comte), appelé aussi quelquefois Carli Rcnni, du nom de sq femme, naquit d'une famille hoblc et ancienne, à Capo-d'Istria, en avril 1720. Il y lit ses premières études, et, dès l'âge de douze ans, il composa une esjiécc de drame dont il se souvenait encore avec plaisir dans sa vieillesse. Il alla ensuite à Flamhro, dans le Frioul, étudier sous le savant abbé Bini. Il y apprit la physique et les éléments des sciences exactes. Son goôt pour la recherche des monuments du moven ages'y déclara, et, cultivant avec la même ardeur les belles-lettres , il publia a dix-huit ans une dissertation sur l'aurore boréale , et quelques poésies. Il se rendit l'année suivante à Padoue, et continua d'étudier à la fois les mathématiques, |>arliculiéremenl la géométrie, et les langues grecque et latine. Il apprit aussi l'hébreu. A vingt ans, il fut reçu de l'académie des Ricovrati. Il commença dés lors à se faire connaître par des des discussions littéraires avec les célèbres antiquaires Fontanini et Muratori, et |tar plusieurs ouvrage* de divers genres qu'il publia presque à la fois ; des observations sur différents auteurs grecs; d'autres sur le théâtre et sur la musique des anciens et des modernes; une tragédie iYIphiyénic en Tauride, une traduction de la Théogonie d'Hésiode, un savant traité, en 4 livres, sur l'expédition des Argonautes, etc. Le sénat de Venise, voulant alors mettre sa marine sur un pied respectable, créa une chaire d'astronomie et de science nautique , dont Carli , qui n'avait que vingt -quatre ans, fut nommé professeur. Il ne se borna point à ses leçons ; on le vit dans cet arsenal célèbre donner des conseils, diriger les travaux, réformer les dessins, et faire adop- . ter de nouveaux modèles pour la construction des vaisseaux de guerre. Cela ne l'empêcha pas de se jeter dans des recherches d'un genre très-é!oigné des sciences exactes, à l'occasion d'un écrit qui lui avait été communiqué par l'auteur. Cet auteur était l'abbé Tarlarotli , et son ouvrage avait \mir litre : il Congrcsso notturno délie lamie II niait l'existence des sorcières, mais il admettait celle des magiciens, au moyen d'un pacte avec le diable. Carli répondit par une dissertation dans laquelle il démontrait également la fausseté des magiciens et des sorcières, et où il dévoilait toutes les ruses employées chez les anciens et chez les modernes par les charlatans des deux sexes qui se font passer pour tels. Tarlarotli,' a qui il l'envoya, eut l'indiscrétion de la faire imprimer avec la sienne, cl d'y joindre une réponse très-acre, où il taxait d'hérésie l'opinion de Carli. Le savant Maffei prit la défense de ce dernier. Tarlarotli répondit à Maffej, qui répliqua Quatorze
différents écrivains, les uns théologiens, les antres légistes, prirent le parti du diable : quatre seulement s'armèrent contre lui ; ce fut, selon l'expression de Carli lui-même, une guerre dont le diable parut être l'Hélène. Elle ne s'apaisa qu'environ dix ans après. Un dernier écrit de Maffei, intitulé : la Magia annichilata, réduisit enfin au silence les avocats du diable. Depuis longtemps Carli les laissait se débattre, cl s'occupait de sujets plus importants. 11 adressa en 1747, à Maffei, une savante dissertation sur l'emploi de l'argent, qui prouve qu'il méditait dés lors son grand ouvrage sur les monnaies. Une autre dissertation, adressée au savant Gori, sur les vaisseaux armés de tours des anciens, fut suivie de celle où il traite de la géographie primitive et des caries géographiques des anciens ; et, dans le même temps, il composait et récitait dans l'académie des Ricovrali, dont il avait été nommé président, un poème philosophique eu 3 chants intitulé: Andropologia, ou délia Soeietà, dans lequel il entreprend de prouver : 1° que la société, telle qu'elle est, dérive de la nature de l'homme; 2° que l'homme est heureux dans la société heureuse et bien réglée ; 3° enfin qu'il l'est encore dans la société corrompue. Carli s'était marié en 1747; il ne le fut que deuxans. Des affaires multipliées, suites de la mort de sa femme, qui lui laissait un fils à élever et une grande fortune à administrer, le forcèrent de se démettre de sa chaire de science nautique et d'astronomie, qu'il ne quitta qu'avec beaucoup de regret. H partit pour l'istric avec le naturaliste Vilaliano Donali. M les chagrins, ni les affaires, ne détournèrent Carli de rechercher avec l'attention la plus active les antiquités dont l'istric était remplie, et qui n'avaient point encore été décrites. L'édition qu'il donna en 1751 à Venise, in-8", de la relation de ses découvertes dans l'amphithéâtre de Pola, avec des dessins et des plans, lui assurent la priorité qu'on a vainement prétendu lui disputer longtemps après. Les monnaies étaient dès ce temps-là le principal objet de ses études. Il publia cette année même (1751, a Venise, sous la ruhrique de la Haye) ses deux premières dissertations, l'une sur l'origine, l'autre sur le commerce des monnaies. L'étendue de eette matière, cl celle du plau qu'il s'était tracé, exigeaient des travaux immenses, des correspondances multipliées, de fréquents voyages, des expériences délicates et coûteuses. Aucun de ces moyens ne fut épargné pour la parfaite exécution de son dessein, et, quoique dans ses excursions à Turin, a Milan et dans d'autres villes, il s'occupât sans cesse d'objets tout différents, et qu'il publiât même de temps en temps des dissertations qui supposaient des recherches fort étrangères aux monnaies, il acheva et publia en neuf années celte grande entreprise. Le r' volume parut en 1754 à la Haye (Venise); le 2* à Pise en 1757 ; et le 5% divisé en 2 parties, à Lucques en 1768. Le titre de ce livre en annonce toute l'inqiorlancc : délie Monete, e deir intlilutione délie ucche d'Italia, dell' aalico t présente titlema di este e del loro intrinseco valore e rapporto colla | présente monela, dalla detadenza deW imperio fino I
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al steolo 17, per ulUe dette pubbliehe e délie privale ragioni Cet ouvrage lit une grande sensation en Italie ; les savants, les jurisconsultes, les économistes, les hommes d'État et les corps politiques y applaudirent. Il y en eut en peu de temps plusieurs éditions. Les cours de Milan, de Turin et plusieurs autres en adoptèrent les principes dans leurs essais monétaires et dans leurs réductions; la cour impériale les prit pour base dans ses payements pour le rachat du droit de régale ; enlin le traité des monnaies servit de règle dans toute l'Italie pour les jugements sur celte matière, et pour les règlements publics. Dans l'intervalle qui s'écoula de l'impression du 1" volume à celle du dernier, Carli ne laissa pas d'en publier plusieurs autres, tant sur des sujets d'érudition que sur d'autres plus analogues au sujet de son grand ouvrage ; tel est son Essai politique et économique sur la Toscane, adressé en 1757 au professeur Stellini. La mort de son père le rappela peu de temps après dans sa patrie. 11 retourna ensuite en Toscane achever son édition. Elle était enfin terminée, lorsqu'ayant trouvé à Venise, parmi les biens de la succession de sa femme, un grand établissement de commerce et de manufacture de laine, autrefois très-florissant, mais détérioré par différentes circonstances, il crut faire une chose utile à son pays et à la fortune de son lils, eu transportant cet établissement à Capod'istria, et en fondant une grande fabrique dans ses biens de campagne auprès de la ville. Il y employa si activement son génie et ses fonds, qu'en moins de deux ans tout fut prêt, et la province commença à jouir des avantages que ces sortes d'établissements apportent toujours; mais des préposés inlidèles firent éprouver de grandes pertes à Pcntreprise ; un torrent débordé et un ouragan terrible détruisirent à plusieurs reprises les principaux édifices, et, pour comble de malheur, un procès vint achever la ruine du propriétaire. Une maladie grave, occasionnée sans doute par tant de traverses, fit craindre pour sa vie. La fortune sembla se réconcilier avec lui. La cour impériale de Vienne établit à la fois a Milan le conseil suprême du commerce et d'économie publique, et celui des études, et choisit Carli pour président de l'un et de l'autre. Ses idées et ses plans lui furent demandés pour ce double établissement. 11 fut même appelé secrètement i Vienne, en 1765, pour en concerter tout le système avec le ministre Kaunitz. Il revint comblé des égards du ministre, des bontés de l'impératrice, et des témoignages d'admiration des savants les plus distingués de l'Allemagne. A Milau, les soins de ses nouveaux emplois l'absorbèrent d'abord tout entier. Les écrits qu'il fit paraître à cette époque ont tous rapport au commerce et à l'économie publique. Le séjour de Joseph II à Milan, en 4769, offrit a Carli l'occasion de faire briller ses talents et son zèle. L'empereur fut présent à treize séances du conseil de commerce, dans lesquelles le président lit des rapports, présenta des vues et des projets qui furent adoptés. Joseph lui témoigna sa satisfaction en lui accordant une augmentation d'honoraires et le litre
de conseiller privé d'État. En 1771, on créa un nouveau conseil des finances à Milan, pour retirer les revenus publics de la Lombardie des mains avides des fermiers, l.a présidence de ce conseil fut encore donnée au comte Carli par un diplôme rempli des titres et des expressions les plus honorables. Le conseil suprême des études l'occupait ce|>endant comme s'il n'avait eu d'autre emploi que celui de le présider. Il fit adopter cette année un nouveau plan pour les études du génie ; il songeait aussi à une réforme dans les études littéraires, et fit imprimer à Florence, sous la date de Lyon, un petit traité rempli d'érudition et de vues utiles, intitulé : JVuoro JUeiodo per le tcuole pubbliche d'Italia. Au milieu de tant de travaux et d'occupations graves, il n'abandonnait ni ses études philosophiques, ni son goul pour les recherches savantes ; son livre intitulé l'Vomo libero fut le produit des premières, et ses Lettere Americane, le résultat des secondes. Dans l'un de ces ouvrages, il ne se propose pas moins que de combattre en même temps Hobbes, J.-J. Rousseau et Montesquieu : c'est dire assez que ce livre ne peui être jugé légèrement, et que, quand même l'auteur se serait trompé, ce qui n'est pas, du moins sur quelques points, la conception d'un tel ouvrage en de telles circonstances, marque une grande force de tète et une grande facilité d'esprit. Les Lettres Américaines sont encore plus étonnantes. Elles eurent pour origine une correspondance familière de notre président avec le marquis Gravisi, son cousin, en 1777 et 1779; et ce qui paraîtrait le travail d'unérudit, tout entier aux objets qui y sont traités, ne fut que le délassement d'un homme d'État presque absorbé dans des fonctions aussi multipliées qu'im|K»rtantes. L'ouvrage est divisé en deux parties : la première est historique ; l'auteur y décrit les moeurs, les usages, la religion, les gouvernements des peuples d'Amérique avant que les Européens en eussent fait la découverte et la conquête ; il y réfute, sur tous les points, les paradoxes de Pauw dans ses Recherches sur les Américains. La seconde partie est hypothétique ; elle a pour principal objet de recliercher à quelle époque les peuples de l'Atlantide, de ce grand continent qui doit avoir disparu dans une commotion générale du globe, purent communiquer d'une part avec l'Amérique, et de l'autre avec notre continent, ce qui expliquerait, et ce qui peut-être même peut seul expliquer les rapports qui se trouvent entre d'anciens usages civils et religieux, d'anciennes tra- " ditions astronomiques et mythologiques, communes aux deux continents. Ces lettres, dont le V volume avait été publié a Florence en 1780, ont été traduites en anglais, en allemand, él l'ont aussi été en français, par Lefebvre de Villebrune, imprimées en 2 vol. in s", la première fois, sous la date de Roston, 1788, et la seconde fois à Paris, 1792, avec une carte. Cette traduction est accompagnée de savantes notes, et suivie de deux lettres du traducteur sur le même sujet. Villebrune annonçait dans sa préface qu'il avait aussi traduit un autre volume de lettre» de Carli, contenant la réfutation de l'Atlan-
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tiite de Railli ; mais il ne l'a point fait paraître. L i santé de l'auteur, usée par tant de travaux, étai' déjà fort altérée ; une colique hépatique, dont il tu alors attaqué cl dont il eut de la peine à guérir, di minua encore ses forces, et lui laissa le germe des inlirmités qui devaient terminer sa vie. Il obtint sa retraite de président du conseil de commerce, en en conservant tous les honoraires, qui étaient de 20,000 livres ; mais un an après, des réformes générales dans les finances de l'Empire les firent diminuer des deux tiers, l'ne branche de connaissances qu'il avait peu cultivée, la physique animale et la physiologie, devint alors [»ur lui l'objet d'une étude particulière. Le chevalier Michel Rosa ayant publié cinq lettres : Sopra alcune curiosità fisiologiche, dont la 1 re parut en 1781 , et qui étaient adressées à Carli lui-même, celui-ci écrivit à cette occasion un Ragiommenlo, dans lequel il rassemble et explique toutes les parties de la théorie de Rosa sur la circulation et la coloration du sang, sur la pulsation, la respiration, la chaleur animale et le principe de la vitalité. Pendant ce temps, il réunissait et mettait en ordre une collection immense de recherches sur les antiquités italiennes, dont il s'était occupé toute sa vie. Il en forma un corps d'ouvrage dont il publia les deux premiers volumes en 1788, et deux autres dans les deux années suivantes : un r,' volume, sous le titre d'Appendix, fut publié en 1791. Les quatre premiers volumes, réimprimés à Milan en 1793-95, et ornés de 26 planches et de beaucoup d'inscriptions inédites, traitent des antiquités dertous les peuples de l'Italie avant les Romains et dés les siècles les plus reculés ; de celles des Romains eux- mêmes ; delà Gaule cisalpine, de l'Istrie et de la Dalmatic avant et après la dominatiou romaine. Les recherches de l'auteur s'étendent à travers le moyen âge jusqu'au W siècle, et même jusqu'au 14° ; ce qui regarde l'Istrie, patrie de Carli, est traité surtout avec beaucoup d'étendue et avec un soin particulier. Cet ouvrage, intitulé dell' Andchità Italiche, est tout à Tait différent de ceux de Sigonius et de Muratori; il eut un succès prodigieux, et assigna à l'auteur, parmi les antiquaires, une place égale à celle qu'il occupait entre les écrivains d'économie politique. Ce fui sans doute la sensation que ce livre lit dans le monde littéraire qui détermina le nouvel empereur Léopold II, sur la demande du prince de Kaunilz, a rendre i notre président émérite la pension entière de 20,000 francs que Joseph II avait réduite. Ce retour de fortune lui procura une vieillesse heureuse. Malgré l'altération toujours croissante de sa santé, il n'interrompit point ses travaux. Parmi les écrits qu'il produisit alors, on distingue sa Dissertation sur la mémoire artificielle, composée en 1792, et lue publiquement par Rettinelli à l'académie de Mantoue le 22 mars 1793. Ses infirmités augmentant toujours, des eaux qu'il prit en 1792 et 1794 ne lui procurèrent qu'un soulagement passager, et, après plusieurs rechutes, il mourut le 22 février 1795. Doué d'un physique avantageux, et d'un esprit aussi remarquable par la justesse, la sagacité et l'activité,
que par la souplesse ev l'étendue, le comte Carli fut probe et éclairé dans les grands emplois, ingénieux dans ses vues, infatigable dans ses travaux. La collection entière de ses œuvres a été publiée par luiméme de 1785 à 1"05, sous ce titre : drllc Opère dcl sig. commendatarc l). Gian-Rinahlo conte Carli, présidente emeritu dcl snpremo consiglio di pubblira économie!, e dcl rrgio ducal magi*lruto camcralc dt Milann,e eonsigliere intimn altunlr distatodiS. M. L R. À.. Milan, Mi vol. gr. in-8". Le grand ouvrage délie Monde en remplit six, cl les Lettres américaines, trois, y compris la troisième partie qui n'est point traduite en français. Les six autres renferment un graml nombre d'opuscules, de dissertations et de mélanges d'économie politique, de philologie et d'érudition. Les Antiquités italiennes ne sont pas comprises dans ces quinze volumes; elles forment à part cinq volumes ju-4". fan libraire de Trieste avait annoncé, vers la lin du siècle dernier, une édition des œuvres posthumes de Carli en 10 vol. in 8° , du même format (|ue la collection de Milan. La plus grande et la plus précieuse partie était son commerce épistolairc, continué sans interruption pendant le cours de cinquante années, avec les plus grands bomnies de son siècle, sur des objets d'érudition et de littérature : il est à désirer qu'on n'ait pas abandonné ce projet. C — É.
CARLIKB. Voyez Bemïiolet-Flem ael.
CARLIER [Claude), né à Verberie, en 1723, mort prieur d'Andrcsi, le 23 avril 1787, a reçu dans sa vie neuf couronnes académiques, quatre de IV radémic des inscriptions, deux de celle de poissons, et trois de celle d'Amiens. L'abbé Carlier s'appliqua surtout à perfectionner l'éducation des brebis, et fut l'un des premiers qui appelèrent en France l'attention des propriétaires et du gouvernement sur cette |»artie importante de la rielies.se publique. H a cultivé l'histoire naturelle, principalement dans ses rapports avec l'économie rurale ; il a aussi fait des recherches sur quelques parties de l'histoire de France, et a fourni un grand nombre d'articles au Journal des Savants et au Journal de Physique, et quelques-uns au Journal de Verdun. On a de lui : 1" Dissertation sur i étendue du llrlgium et sur l'ancienne Picardie, Amiens, 1733, in 12. 2^ Mémoire tur les laines {\), 1Ï55, in-12 : l'auteur lit paraître cet ouvrage sous le nom de Ulancheville. 3° Considérations sur les moyens de rétablir en France les bonnes espèces de betes à laine, Paris, 1762, in-12. L'abbé Carlier y traite de la qualité des pâturages, des différentes a températures de la France, et des provinces les plus favorables à l'établissement des bêles à laine. Le ministre Turgot avait remis à l'auteur trois cents mémoires de divers cantons, sur les moutons : c'est d'après ces matériaux, fournis par les intendances, que cet ouvrage fut composé. -4" Ùisloirc du duché de Valois , contenant ce qui est arrivé dans ce pays depuis le temps des Gaulois jus-
[V Dan<rei ouvrai, ranienrevamine.melles mi les différentes «peee» de laine* propre* an* niannfaetnre* de France. Il nu Tari b mémo année 175», 1 Amiens ch«i la teuve Godard, nne édition de ec uk.u.10. qol (ai dcwvuaoe par l'ait* Carlier. D-«-il
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qu'en 1703, Paris, 1764, 5 ypL in-40, avec car|ea et figures. On y trouve l'histoire naturelle/tes* propriétés et productions des différents territoires du duché de Valois, et des recberebes curieuses sur les voies romaines qu'on n'a commencé qu'au 13" siècle a nommer chaussées de Brunehaut. b" Instruction sur la manière d'élever et de perfectionner la bonne espice de bétes à laine en Flandre, 1763, ih-12. L'abbé Carlier a été l'éditeur d'une autre instruction sur les bétes a laine, traduite du suédois tic F.-W. Ilortfer, par Polioli. 6° Traité des bétes à] laine, ou Méthode aTélever et de gouverner les trouptaux aux champs et à la bergerie, Compiégnc ou Paris, 1770, 2 vol. in-4*, fig. Ce traité est divisé en deux parties; dans la première est un corps d'instructions sur la manière de gouverner les moutons; la seconde contient le dénombrement el la description des principales espèces de bétes à laine dont on fait commerce en France. 7° Traité sur tes manufactures de laincries, 2 vol. in-12. 8" Examen du sentiment de M. Roland de la Platièrc, sur les iroi<peaux, sur les laines et les manufactures, Paris, 1787, in-8°. 9J Dissertation sur l'état du commerce en France sous (c* roi* de la première et de la seconde race. Amiens, 1733, in-12. |.'abbé Carlier est éditeur du Journal du voyage fait au cap de lionne- Fspérancc par Pabl)é de la Caille ( roy. Caille), et auteur du discours sur la vie de cet astronome, qui se trouve à la tète de cette édition. On lui doit aussi les Observations pour servir de conclusion à l'histoire du diocèse de Paris, insérée à la fin du t. 13 de l'ouvrage de l'abbé Lebeuf. — Carlier, curé de Bava y, département du Nord, mort en juin 1818, csi auteur de quelques mémoires archéologiques insérés dans le recueil de la société royale des Antiquaires. D— m— t cl D— r— n.
CARLIER (Nicolas-Joseph), né à Busignic* près de Cambray, le 20 juillet 1719, niourut à Yalenciennes en 1804. Fils d'un agriculteur qui faisait aussi le commerce des toiles, il prit Pétai de son père ; mais il consacrait tous ses loisirs à l'horlogerie, à la menuiserie et à l'ebénistenc. A la mort de son père, il se trouva tuteur de trois enfants eu ba* âge, et fut obligé de consacrer tous ses instants aux intérêts de sa famille. Après s'être marié, il viul s'établir â Valencicnnes el remonta son atelier de mécanique, d'où sortirent des ouvrages d'uu poli çl d'un Ihu parfaits, tels que des pendules à carillon ou organisées, des pianos, etc. Pendant le siège de Valencicnnes en 1703, Carlier se signala par son courage el son adresse : un jour, dans le fort du feu de * l'ennemi, il s'aperçut qu'une écluse venait d'être brisée par la bombe dans le faubourg de Mari y ; malgré la force du courant, il se fait descendre dans la rivière, suspendu sous les bras j»ar des cordages, demande îles paillasses, des sacs à terre, les place, et ne sort de l'eau qu'après que tout est bouché; ce qui préserve la ville d'une inondation. 11 fut chargé quelque temps après de l'établissement d'un arsenal dans la maison des chartreux de Bruxelles. Les ateliers Turent terminés en six mois. Rentré dans ses foyers, il se livra de noqveau » la partie de la méca-
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nique qui lui était ,sj familière, lî conçut, entreprit et exécuta une machine tout entière en cuivré, propre à Hier la laine ; il y avait cinq aus qu'il y travaillait quand la mort l'enleva. Caiiicr avait toujours sous les yeux, dans son atelier, les volumes de l'Kncyclopédie qui contiennent les planches de la mécanique. . A. H — T
CÀRUN (Cil arles-àntoikf. Dkhiimzzi, coimu sous le nom de), naquit â Turin vers 1713, d'un oflicier dans les troupes du rui de Sardaigne, et lut à quatorze ans porte-enseigne dans un régiinent. Après lamoildeson père, se trouvant sans fortune, il donna des leçons d'escrime et de danse, et occupait ses loisirs à jouer la comédie avec ses écoliers. Se trouvant à Boulogne un jour qu'on donnait uue pièce nouvelle, il ofl'nt de remplacer l'acteur chargé du rôle d'Arlequin, et qui venait de s'esquiver. 11 joua le rôle sans être reconnu et avec le plus graud succès. 11 ne fut découvert qu'à la quatrième représentation. Il alla ensuite à Venise çl dans plusieurs autres villes d'Italie. En 1741, il débuta à Paris sur le théâtre de la Comédie-Italienne. Pendant quarante-deux ans, il fut toujours applaudi dans les rôles d'Arlequin. Il mourut le 7 septembre. 1783. Carlin improvisait mieux qu'il ne jouait les rôles écrits. On l'a vu soutenir un graud sujet en S actes ( tes Yingl-rix Infortune* d Arlequin), et renvoyer le public satisfait. I V la gaieté, une bonhomie charmante, uue probité à toute épreuve, furent ses litres à l'estime du public. Aussi a-t-on dit de lui :
Dans ses gestes, ses tons, c'est la nature même; Sous le masque on l'ailmire, a découvert on l'aime.
Dégoûté des tromperies dont il avait été la dupe. Il s'écriait quelquefois: « Je crois qu'il n'y a que moi c de parfaitement honnête homme. « On cite de lui un grand nombre de saillies spirituelles. Un jour, les Italiens se trouvèrent obligés de jouer pour deux spectateur» seulement. A la lin de la pièce, Carlin, « avançant sur le bord du théâtre, lit signe à l'un des spectateurs, en le priant de s'approcher; et, quand ils furent près l'un de l'autre : « Monsieur, o lui dit-il tout bas, avec cette grâce qui lui était si • naturelle, si vous rencontrez quelqu'un en sortant « d'ici, faites-moi le plaisir de lui dire que nous « donnerons demain une représentation A' Arlequin, « etc. » On a de Carlin tes Nouvelle* Mélamorphoitt d'Arlequin, comédie en 5 actes, 1763, in-8- (I). Dans In comédie que Pujoulx donna en 1784, sous le titre des Câprier* de Proterpine, ou les Enfers à la moderne, il a consacré une scène & l'ombre de Carlin. A. B— t.
CARLISLE (FnÉoÉntc HowAnn, comte t>E), né le 28 mal 1718 , succéda , dès sa onzième année, aux titres et à la fortune de son père. Il Ht ses études au collège d'Éton, où commencèrent ses liaisons avec lord Moreth, et où son talent pour la poésie le fit
(I) Uue ConesponJawe àt IKrtma^i atec CUwtni XIYtili pu- Utoep 1837. 0!lecom-<.[K.iidinr,\<iui jcu le plu* grand .succès, csl i pour autrur*. H. <tr la Tmirhe, coann par plusieurs
qui MtlfeM fllffll le plu* deueit.
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remarquer. 11 entreprit ensuite, selon l'usage des
Anglais, le voyage continental de rigueur, et revint à sa majorité prendre possession de son siège dans la chambre haute. H disputait alors à Fox la palme de l'élégance, de la fash'uinabilUé, et ces passe-temps juvéniles ne l'empêchaient pas de s'occuper d'affaires sérieuses. L'instruction et la facilité qu'il montra dans la clambre des pairs le firent distinguer : George III le nomma membre du conseil privé et trésorier de sa maison. Lorsque les querelles entre les colonies américaines et la métropole éclatèrent, la modération avec laquelle lord Carlisle avait vu les événements dès leur origine le fit choisir, en 1778, comme chef de la seconde députatiou envoyée pour essayer une conciliation. Mais chaque jour accroissait les prétentions des colons. La mission de Carlisle et de ses collègues, Johnston et Eden (depuis lord Auckland), n'eut aucun succès, malgré l'habileté que déployèrent les négociateurs. Au reste, on peut douter que le ministère comptât vraiment sur l'acceptation de ses propositions, et il est permis de croire que le véritable but des commissaires était moins de négocier que d'observer et de semer la
discorde. Sous ce double rapport leur voyage ne fut pas sans fruit. De retour en Angleterre, Carlisle accepta la place de lord lieutenant du district oriental (Easi lliding) du comté de York, qu'en octobre 1780 il quitta pour le poste bien autrement important de vice-roi d'Irlande. Le séjour qu'il Ut dans cette ile fut de trop courte durée pour que son administration pût produire de grandes améliorations. D'ailleurs, tout en y montrant de bienveillantes intentions quant au redressement des abus et au soulagement des ii aux individuels, il ne cessa pas d'être l'ami du gouvernement bien plus que celui de l'Irlande. Dans les parlements irlandais, il s'exprimait constamment en faveur de la prérogative britannique, et lorsqu'il fut remplacé dans la viceroyauté, en avril 1782, il travaillait à faire adopter le rapport du statut de George l*r qui garantissait à l'Irlande une existence législative indépendante. 11 n'en reçut pas moins, à son départ pour l'Angleterre, le vole ordinaire de remercîmenls de la chambre des communes d'Irlande, pour la sagesse de son administration. Ce qui faisait ainsi rentrer Carlisle dans la vie privée, c'était la chute de lord INorth amenée par la solution désastreuse de la guerre d'Amérique. Quelque temps après pourtant, lors des mulalious qui suivirent la mort du marquis de Rockingham, il fit partie du cabinet en qualité de lord du sceau privé. Mais il ne garda cette position que peu d'années. En 1789, dans les discussions relatives à la régence, il se déclara contre l'opinion du premier ministre (Pitt), en faveur du système qui déférait la régence à l'héritier présomptif de la couronne, et qui, en conséquence, déclarait inutile et même anticonstitutionnelle l'intervention du parlement dans le choix d'un régent. Celte opposition au système de Pitt éclata [dus vivement en 1791 , a roeccasion du message de la couronne annonçant que l'Angleterre allait armer pour arrêter les envahissements de la
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lVmpire ottoman. Lord Carlisle, avec beaucoup d'acrimonie, développa la thèse qu'il était impossible à la chambre de savoir si le ministère comptait secourir la Porte, ou mettre à exécution quelques autres de ses plans ; et de cette allégation générale il en vint à critiquer tout le système des relations extérieures. Il ne montra pas des dispositions moins hostiles lorsque lord Porchester ( 9 avril 1791 ) déposa sur le bureau de la chambre liaute trois motions tendant à terminer la guerre qui s'était engagée entre la compagnie des Indes et le nabab d'Arcote, à l'occasion de la vente de deux Torts par la compagnie hollandaise des Indes au radjah de Travancor. En soutenant ces résolutions, Carlislc avança que toute cette nouvelle guerre dans les Indes serait impolitique et immorale, et qu'au lieu d'attaquer le Maïssour, la Grande-Bretagne devait toujours voir dansTippoo son allié naturel, et dans les Maltraites seuls des ennemis. Toutefois il se crut obligé d'ajouter que rien, dans toutes ces critiques , n'était dii igé contre lord Cornwallis qu'il avait engagé, lui tout le premier, à se charger du gouvernement des Indes. L'année suivante il appuya la motion de lord Porchester, à dessein de censurer la conduite du ministère qui avait continué ses armements contre la Russie. Il fut aussi l'antagoniste du bili qui proposait un aménagement a plus longue période, pour les bois de haute futaie de la Forét-Neuve dans le comté de Soulbamplon , et prétendit que cette mesure avait pour but, non pas la formation d'une réserve pour la marine, mais quelque marché dont le secrétaire au trésor n'ignorait pas le mystère... Vers la Hn de l'année. Carliste se rapprocha des ministres, ou du moins se tint dans cette espèce de tiers-parti qui semblait ne faire cause commune avec eux qu'à la vue des excès de la révolution française. Le 26 dé ■ cembre 1702, il votait en faveur de Valien MU, puis ajoutait que si jadis, et plus d'une fois, il avait souhaité un changement de ministère, il ne le souhaitait plus; car un ministère nouveau débuterait par entamer des négociations avec la France, et quoi de plus impolitique dans la circonstance actuelle! Le )'r février suivant, a propos d'un message gouvernemental, annonçant l'augmentation tics forces militaires, il se récria contre ceux qui s'opposaient aux demandes ministérielles. En 1794. l'anniversaire du 21 janvier lui fournil une occasion de répéter cette profession de foi ; et bientôt il s'y montra fidèle en s'opposant à la motion du marquis de Landsdown, dont le but était de traiter avec la France Le 22 mai il se déclara |>our la suspension de Vhabeot corpm, et il l'appuya derechef par un discours le 3 février suivant. Dans l'intervalle, il avait eu lieu de dire toute son opinion sur l'intervention en matière gouvernementale d'une nation chez une autre ; et il avait exprimé des principes dont personne ne conteste la vérité, mais dont on refuse souvent l'application. Les craintes d'une seconde invasion de l'Irlande par les Français excitèrent encore sa verve au commencement de 1797: mais en appuyant les mesures du ministère il censura la négligence de l'amirauté, a laquelle il n'avait pas tenu que l'audacieuse expédi-
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tion de Hoche ne mit l'Irlande en feu. H fut aussi amer, le 5 mai suivant, en blâmant le silence que le gouvernement jugeait à propos de garder sur les circonstances de la rébellion des matelots. Ces reproches, assez justes du reste, quoique l'habileté supérieure qui avait présidé à l'expédition de Hoche et à la ligue des Irlandais unis expliquât assez comment le ministère britannique s'était trouvé en défaut, témoignaient de l'impatience avec laquelle Carlisle attendait sa rentrée au cabinet. Pitt, afin de le faire patienter, l'avait décoré de l'ordre de la Jarretière; mais cette faveur datait déjà de quatre ans, et Carlisle n'était toujours que simple membre de la chambre haute. En 1799, il appuya la réunion de l'Irlande, réunion que tant de secousses rendaient nécessaire, mais qui seule était loin de pouvoir cicatriser tant de plaies saignantes. En 1800 il se prononça contre les ouvertures de la paix que le gouvernement consulaire venait de faire à la Grande* Bretagne : « Ce n'est pas ici, dit-il, une guerre « coloniale, ce n'est pas une guerre d'opinion ; c'est « une guerre de principes, guerre à nos lois, à nos « libertés, à notre religion, à nos patrimoines : ac- « cepter la paix avant qu'une pleine sécurité rea naisse pour tant de biens qui doivent nous être .o précieux serait la ruine de l'Angleterre. ■ Puis toujours mécontent du cabinet , il ajoutait : « J'ai « une haute idée de messieurs les ministres , mais a qu'ils ne viennent pas jeter sur nos épaules le far- « deau de la responsabilité qui doit peser sur les « leurs. " Ceci pouvait se traduire en ces termes : « Qui n'a point les bénéfices ne doit point avoir les « charges. » Personne ne s'y méprit. Un nouveau bill pour la suspension de Vhabeas corpus trouva en lui un champion, « quoique , dit-il, les effroyables « principes qui ont nécessité cette mesure sommeil- « lent maintenant. » L'année suivante, lorsque Pitt céda la place au ministère Addinj^lon, Carlisle, que ses antécédents éloignaient plus que jamais de l'administration, se porta le défenseur du nouveau système, et tandis que chacun commentait à son gré les articles du traité d'Amiens , il (ixa plus particulièrement son attention sur un point de ce traité, l'émission des intérêts du stalhouder. 11 lit la motion d'une adresse au roi sur ce sujet, et il la retira sur l'assurance donnée par le gouvernement que la maison d'Orange obtiendrait une satisfaction. Le 19 avril 1804, il déposa sur le bureau une autre motion dont l'objet était de supplier Sa Majesté de donner au parlement communication des instructions que son ministère, avant le message où il annonçait la rupture avec la France, avait expédiées aux officiers commandant le forces navales de l'Angleterre dans les Indes-Orientales; et les développements qu'U donna pour motiver cette résolution amenèrent une majorité contre l'administration. Ce fut en quelque sorte le dernier coup que l'opinion pittiste porta au ministère d'intérim. Pitt et ses amis remontèrent plus puissants que jamais au pouvoir qu'ils savaient n'avoir quitté que momentanément, et pour laisser la Grande-Bretagne reprendre haleine et renouer à loisir des coalitions sans lesquelles il lui était inipos-
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sible de lutter. Carlisie n'eut point de part à la distribution des portefeuilles. 11 se remit alors à faire, tout en adhérant au système général du nouveau ministère, de petites critiques de détails. Le 15 janvier 1805, en approuvant la guerre faite à l'Èspagne, il fit entendre qu'il ne trouvait pas irréprochable la manière dont elle était conduite. Il s'éleva ensuite contre la demande beaucoup trop leste que faisait le ministère d'une suspension de Vhabeas corpus pour l'Irlande. Le 20 juin, en appuyant l'amendement que le comlc de Carysfort introduisait dans l'adresse île remerclments au roi, à propo-s des communications qu'il avait données aux chambres sur ses relations avec les puissances étrangères, il se prononça en termes très vifs contre les négligences de l'administration de la guerre et lui reprocha les échecs survenus aux Indes. Lors de l'accession de Fox au pouvoir après la mort île Pitt, Carliste chercha d'abord 'à se rapprocher de cet ancien condisciple. Ce rapprochement n'était point un abandon de ses principes : car la voie que suivit Fox ne différait pas essentiellement de celle qu'avait frayée son prédécesseur , et les circonstances extérieures qui dominaient toute la situation ne permettaient guère d'en dévier. Carliste, dont l'attachement au système de Pitt avait été si loin d'une admiration aveugle, était donc bien voisin de Fox ; cl lorsque et dernier, en prenant la direction des affaires, marcha sur les traces de son illustre prédécesseur, Carlislc appuya le nouveau cabinet avec chaleur, et saisit l'occasion île l'entrée de lord F.llcnborough au conseil pour exprimer son opinion sur les antagonistes des ministres. Mais Fox ne tarda pas à rejoindre Pitt au tombeau. Les mutations et les combinaisons qui suivirent ne fuient pas plus favorables à lord Carlisle. Il continua de prendre la part la plus active aux délibérations de la chambre des pairs. On l'entendit, à la lin de 1810 et au commencement de 1811, insister sur l'urgence de déférer le suprême pouvoir à un régent, et s'opposer à la clause qui eût interdit pour quelque temps au récent la faculté de créer îles pairs. Kn avril 1814, il parla contre la motion de lord Grey qui sollicitait la communication de tous les papiers d'Rtat relatifs aux négociations de Châlillon. Après plusieurs motifs puisés dans les circonstances mêmes : « N'oublions pas surtout, « ajouta lord Carlisle, que l'Angleterre au congrès « de Châtillon n'était qu'une des cinq puissances « contractantes, et que la révélation des mystères « diplomatiques «pie les gouvernements ne jugent a point encore à propos de laisser connaître peut « jeter de la méliance dans les cours étrangères, et « amener un désaccord qu'il vaut mieux éviter. » Il s'exprima encore , en 1815, avec beaucoup d'énergie et en économiste consommé dans la discussion relative au bill sur les grains. En réponse aux principes avancés par Liverpool lors de la seconde lecture, il énonça que les classes pauvres n'avaient point d'intérêt à ce que le prix «lu blé fût élevé, que c'est sur elles surtout que pèse la cherté des denrées de première nécessité, et que, quel que pût être l'aveuglement des mas**», ce n'était pas la majorité
des personnes intéressées à l'agriculture qui sollicitait l'intervention législative dans la fixation du prix des grains. A partir de cette époque, Carlisle, ilont l'âge était alors de soixante-sept ans, parut moins fréquemment à la chambre. Il vécut encore dix ans et mourut le 4 septembre 1825, â Castle-lloward. Jusqu'ici nous n'avons considéré que l'homme d État et peut-être l'ambitieux dans lord Carlisle ; un autre litre le recommande aux souvenirs de la |K*stérité : ce sont ses œuvres littéraires, qui presque toutes consistent en itoésies. Kn voici la liste : 1* Pointes, Londres, 1775, in-4". Ce volume renferme : une ode sur la mort de Gray, dans laquelle on voit que le noble poète prenait à tache de reproduire les rhythmcscl le nombre de son modèle; — deux petites pièces |iour le lomlteau d'un epagneul favori; — une traduction du terrible passage de Dante sur la mort et la vengeance d'Lgolin. 2* La Revanche du père, tragédie, et divers autres DOtftMO, Londres, 1775, in-8-; et 1800. in -4» (très- beau \o- Inme avec irrav tires d'après Westull). 5" Ltlirr au amie Fin-William en réponse aux deux lettres de sa seigneurie à lord Carlisle, Londres, 1794. in 8" : c'est un opuscule de 15 |wges. Lord Fil z- William avait été vice-roi d'Irlande ; en quittant ce |«ys, il l>t imprimera Dublin, en forme de lettres à son ancien condisciple, lord Carlisle, un compte rendu des événements arrivés en Irlande sous son administration, et des mobiles qui avaient dirigé sa conduite taudis qu'il était à la tète de ce pays : Carlise, en ré|K>nse à cette espèce de protestation, déclare que, lotit en persévérant dans l'amitié qu'il a vouée au noble comte, il ne peut que déplorer la légèreté avec laquelle il est venu se charger îles destinées d'un pays sans s'être mis en peine d'eu connaître préala* blc ment la n.iture. Les deux brochures furent réimprimées plusieurs fois et liront beaucoup de sensation. Au reste. Carlisle prouvait par là qu'il était plus facile de composer un livre sur les maux de l'Irlande que de les guérir, et plus commode de relever les fautes d'autrui que de les éviter en prenant sa place. 4° Union ou Chute, Londres, 1798, in-8». Celle brochure, dont le litre indique assez le contenu, comme le millésime en fait connaître l'occasion et l'â-projKw, est l'iruvre d'un homme d'État, d'un vrai patriote. 5° La Uelle-Mère, tragédie, Londres, 1800, in 8\ Cette tragédie et la précédente, avec les poèmes qui l'accompagnaient dans la I" édition, fut splendidement réimprimée par le célèbre ly|K)gi-Hphe Bu mer, en 1801. «o Vers sur la mort de ;»/«#n, 18tMJ. 7° Pensée sur l'état actuel de l'art dramatique et sur la construction d'un nouveau théâtre, 1805, in-8* (anonyme). 8° Stances à lady Holtand. sur unlegt que lui laissait Bonaparte, 1825. De toutes les poésies fugitives de Carlisle, dont le plus grand nombre avait paru séparément dans deux recueils [l'Hôpital drt enfants-trouvés intellectuels, et l'Aiitr) , le morceau le plus remarquable est celui qu'il adresse à sir Josué Reynolds, à propos de la résiliation qu'il avait faite de son fauteuil de président de l'académie royale. Pour les tragédies, ce sont plutôt des mélodrames en vers que de véritables tragédies : dans
wo CAR
l une on volt un père présenter à sa fille le cœur encore palpitant rie son minuit ; dans l'antre c'est une femme vindicative qui par ses manœuvres j>erlides amène un péi c et un UN à se «lonner muluelleiii- n' la mort, Ces deux pièces, dont les ilênoùinents sont si terribles, sont d'ailleurs très-irrégulièrement construites. I n revanche le style est pur, facile, |>oetii|iic même, et semé d'images tour à tour fortes, neuves ou brillantes , et l'on y rencontre quelque! morceaux éloquents. C>' n'est point l'avis de lord Byron ; mais lord Rj ion ne se pi<|ue d'être juste que rarement. Lord Carlisle était son parent : un jour Ityrun s'avise de le prier d'être son introducteur a la chambre, et Carlisle décline la proposition : imlr me, et tous les sarcasmes en vers et en prose qu'il a laissés tomber sur son parent , notamment dans les Bardes d'Angleterre et le$ gazetiers d'E~ cosse. Val. P.
CARLOIX. Voyez l'article Giuffet et celui de t\ VlEILLEVILLE.
CAKLOMAN, fils de Charles Martel, et rrère aîné de Pépin If Urcf, reçut en partage l'Austrasle. laSouabc et la 1 burinée, qu'il gouverna en souverain, mais sans prendre le litre de roi ; pour apaiser le mécontentement des seigneurs et les empêcher île secouer le joug île l'autorité, il fut même obligé de s'entendre avec Pépin le Bref, et d'élever sur le tronc un prince du sang de Clovis, Childt rie 11 1, surnommé l'Insensé. La même ambition qui portait un lils de Charles Martel a s'emparer de la couronne excitait les ducs de la Cennanie à s'affranchir du tribut qu'ils devaient à la monarchie française, et les grands de l'Etat les secondaient dans l'espoir d'imiter un jour leur exemple, en se ren iant souverains dans leurs domaines. Cette conséquence nécessaire de l'usurpation réduisit Carloman a avoir sans cesse les armes à la main ; à peine était-il vainqueur des Allemands, qu'il courait apaiser la révolte des peuples d'Aquitaine, et, pi triant qu'il était occu|ié a celle cxjR'ilition, les Allemands, les Bavarois et les Saxons levaient des troupes et attaquaient ses Etais. Las de toujours vain re et de Combattre toujours, peul-èlic effrayé du sang qu'il avait vente et de celui qui devait couler encore avant que les peuples se Soumissent à l'autorité d'une famille nouvelle, il renonça aux grandeurs, remit entre les mains de Pépin le Bref ses principautés et même ses enfants, sans avoir pris au une mesure |*our leur établissement, et se reudit n Rome eu 7 57, pour se consacrer a Dieu dans l'ordre de St-Benult. Il lit bâtir un monastère sur le mont Soracie, depuis appelé le mont Si Oi este et le mont Sl-Sylvc>tre; mais |Hiur exiler les visites des Français qui allaient à Rome, visites qui sans doute faisaient ombrage à Pépiu, il se relira au mont Cassin, montrant autant de soumission aux ordres de ses chefs spirituels, qu'il avait déployé de courage et de talent a la létC lies armées. Envoyé en France par l'abbé de son couvent, |»our y suivre une négoeialion qui intéressait le p ipe, il mourut à Vieune eu Dauphiné, le 7 aoitt 7 .*>•"». Pépin lit conduire son corps au mont Cassin, en l'accompagnant de présents considérables. Lorsqu'on voit Carloman renoncer au
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i pouvoir, se faire couper les cheveux, se rouer à la
I vie monastique, choisir enlin, par esprit de pénitence, le sort auquel on condamnait les rois détrônés île la première race, on ne peut s'empécher de réfléchir sur l'ascendant qu'avaient prisa celte époque les idées monastiques, et l'on s'étonne moins de voir le clergé faire et défaire les monarques de la seconde race. F— e.
CARLOMAN, fils de Pépin le Bref, frère de Charlemagne, né en 7.11, devint roi en 768. Pépin le Bref avait p.irlagé le royaume entre ses deux Dis; soit que les dis|>osilions qu'il avait faites ne convinssent pas à ses héritiers, soit qu'un seul se trouvât mécontent de son lot, les seigneurs intervinrent, et divisèrent le royaume comme avait fait Cliarles Martel; mais cet arrangement éprouva encore quelques modifications ; chaque discussion nouvelle ajoutait à l'animosité déclarée entre les deux frères. Carloman, roi de Neustrie , de Bourgogne et d'une tKirtie de l'Aquitaine, soupçonna toujours Charlemagne de vouloir se rendre maître de la France entière, et se tint avec lui dans un état continuel de défiance. Obligés d'unir leurs forces pour aller apaiser une révolte dans le duché d'Aquilaine, qui leur appartenait eu commun, Carloman rebroussa chemin avec son armée, craignant quelque trahison s'il mêlait ses troupes à celles de Charlemagne. Étant mort en 771 , après un règne de 3 ans, la reine Gerberge, son é|)ouse, qui sans doute partageait ses soupçons, s'enfuit avec ses enfants en Italie, et obtint un asile à la cour de Didier, roi des Lombards. Quelquesuns des principaux seigneurs de Neustrie et de Bourgogne imitèrent cet exemple. Charlemagne parut blessé de la méfiance de la reine Gerberge ; il s'en plaignit fastueusement dans une diète tenue à Valeneiennes, et ne s'empara pas moins des royaumes de son frère, justifiant ainsi la fuite de ses neveux, et le peu d'amitié que lui avait témoigné Carloman. Les historiens qui ont voulu tout admirer dans Charlemagne disent que ses neveux n'avaient point de droits a l'héritage de leur |ière, parce que la couronne étant devenue élective, il n'y avait plus de droits que ceux reconnus ou accordés |«r l'assemblée de la nation ; mais était-ce Charlemagne qui devait établir des principes subversifs de la monarchie, et préparer lui-même la ruine de ses descendants? La spoliation de ses neveux n'aurait élé juste en politique que dans le cas où elle aurait eu pour but
' de préparer l'unité de la couronne; et toutes les lois faites \<ar ce prince ont prouvé que celte grande idée n'était ni dans son esprit, ni dans les mœurs de son siècle. F — E.
CARLOMAN, fils de Louis le Bègue, cl frère de Louis III, se vit au moment d'être écarte du tronc par les diverses factions qui agitaient la France; mais ayant épousé une fille du duc Boson, qui s'était fait roi de Provence, le crédit dont jouissait cet usurpateur servit la juste cause de son gendre, et Carloman, ainsi que Louis 111, furent sacrés l'an H7ÎJ, le premier, roi d'Aipiiiaine et d'une partie de la Bourgogne ; le second, roi de Neustrie et d'une
I paitic de r Australie : le reste de la France était
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passé sons des dominations étrangères. Carloman et Louis III trouvèrent leur salut dans leur union; ils poursuivirent Hugues le Bâtard, qui revendiquait la Lorraine, Boson, qui s'était Tait un royaume dans le midi de la Fiance, et les Normands qui ravageaient toutes les provinces. Ils furent presque toujours victorieux; niais ces victoires, peu décisives dans un temps où les rois sans pouvoir n'avaient que de petites armées levées à la lialc, n'éloignaient pas la nécessité de combattre sans cesse les mêmes ennemis. Louis III étant mort au mois d'août 882, Carloman devint seul roi de. France; il mourut luimême au mois de décembre 8KJ, d une blessure qu'il reçut à la ebasse, et ne laissa point d'enfants. On remarque qu'en moins de sept années il périt sc|>l souverains de la famille Carlovingienne, savoir : Louis, roi de Germanie; deux fils de ce roi, nommés Louis et Carloman; Cbarles le Cliauve, Louis le Bègue son bis, et Louis et Carloman, fils de Louis le Bègue. Ces rennes précipités avancèrent la ebute des héritiers de Charlemagne, comme les minorités successives avaient bâté l'anéantissement des béritiers de Clovis. On trouve, dans le tome 2 du recueil des historiens de Ducbesne, un fragment de Rebiu Ludovici III et Carlomanni regum, tiré d'un manuscrit de St-Oucntin. F — K.
CARLOMAN , bis de Cbarles le Cliauve et d'Ermentrude , naquit vers le milieu du 9' siècle. Son père lui avait donné l'abbaye de Réosmes, au diocèse de Langrcs, et plusieurs autres bénéllces religieux ; mais la vie monastique convenait peu à Carloman, et ayant vu que son frère Louis le Bègue avait obtenu par la force plusieurs apanages et le titre de roi, il se révolta aussi contre son père en 870. Mais il fut pris, et Cbarles le Chauve, pour l'empêcher de se révolter de nouveau, le lit ordonner diacre malgré lui et l'enferma à Scnlis. Lorsque les légats du pape vinrent la même année trouver le roi à Sl-Deuis pour discuter les affaires de Lorraine, ils lui demandèrent de mettre son lils en liberté. Cbarles le Chauve céda à leur prières, mai» il défendit à Carloman de s'éloigner de la cour. Cette défense fut inutile : profilant de l'absence de son père qui était allé en Bourgogne combattre Girard de Roussillon, Carloman se souleva de nouveau, ravagea les villes et les châteaux, et dévasta tout le pays qu'il traversa ; puis apprenant le retour de son père il lui envoya des messages pour lui offrir sa soumission. Mais, loin de se soumettre il réunit des soldais belges et des bandits et se dirigea vers Toul en commettant d'horribles cruautés. Hincmar, archevêque de Reims, marcha contre Ini et le battit dans plusieurs combats. Le roi à son retour ordonna que l'on mit en jugement ceux qui avaient secondé ou suivi son fils, et ils furent condamnés à mort et leurs biens saisis. Etant parvenu à reprendre une seconde fois Carloman, il le fit enfermer dans le château de Senlis. Il assembla ensuite dans celte ville les prélats de la province de Sens, desquels son lils relevait comme diacre de l'église de Meaux, et demanda qu'il fui jugé connue parjure à son père et coupable d'avoir ravagé le royaume. Ce concile
lui enleva son titro de diacre et ses dignités ecclésiastiques ; mais celte condamnation ne rendit point Carloman plus sage, et ne servit qu'à encourager davantage ses ptrtisans qui étaient nombreux et disaient qu'étant redevenu laïque, rien ne s'opposait plus à ce qu'il fut chargé de fonctions civile?. Ils fomentèrent des troubles, cherchèrent a trouver des soutiens non-seulement en France mais encore à l'étraOgcr, et projetèrent de délivrer Cniloman et de le proclamer roi à la place de son père. Le conseil du roi, averti de ce complot, fit traduire de nouveau Carlomau devant des juges civils qui le condamnèrent à mort en 872. Son père commua son supplice en celui d'être privé de la vue, a afin, porte la sen- « tence, qu'il ait le temps de faire pénitence. » Cet acte de cruauté mit fin aux projets des ennemis de Charles le Chauve et rétablit la paix. Quelque temps après Carloman s'échappa de la prison, aidé par deux moines de Corbic, et alla trouver son oticle. Louis le Germanique, qui lui fit donner, |Mir l'archevêque de Maycncc, une retraite à l'abbaye de St-Aubin, ou le fils de Charles le Chauve, qui avait espéré pouvoir monter sur le tronc de Fronce, mourut, cinq mois après, de chagrin et d'ennui. ( Yoy. Flodoard, Hist. Memen., I. 5. ) T.-P. F.
CARLON, ou CAIILOM (Jean ), peintre génois, né en 1301, mort à Milan en I6.»0, à l'rtgc de 59 ans, fut d'abord élève de Sorri. peintre de Sienne qui était venu se fixer à Gènes, où il forma une école, et ensuite du Passignano, bon dessinateur et médiocre coloriste: mais Car Ion i avait des dispositions naturelles j>our celle partie brillante de la peinture, et il y joignit la facilité de composition et la gràVe du dessin, qualités distiurtives du talent de sou maître. Il traita surtout la fresque avec une rare perfection, et ses ouvrage* dans ce genre ont une force, un brillant dans la couleur qui séduisent cl charment les regards. — Jrnn-ttaptitlc CaILONI, son frère, beaucoup plus jeune, et qui lui survécut cinquante ans, était aussi élève du Passignano II les surpassa tous deux, el porta, suivant Lanzl, l'éclat delà fresque aussi haut qu'elle peut atteindre. Les phls belles peintures des deux frères se trouvent à Gènes, dans l'église del Gnmtnln. Il est difltcile de trouver d'aussi vastes fres mes exécutées avec plus de soin, et en même temps avec plus de facilité. Les comiiositions en sont riches et neuves , les tètes vivantes ; les figures se détachent du fond, et les couleurs sont d'un éclat extraordinaire. O.i y remarque un rouge de pourpre, un bleu céleste, Ct surtout mi vil d'émeraude, qui font le desespoir des artistes ; il est vrai «pic ces tons un peu crus nuisent a l'harmonie générale ; mais le procédé n'en est |*s moins digne de remarque. I es peintures des deux Carloni ont beaucoup de ressemblance ; néanmoins celles de Jean-Baptiste ont une plus belle entente de clair-obscur, et sont d'un dessin plus grandiose. Ce dernier peignit au>si a l'huile, travailla jusqu'à son dernier moment, et mourut âgé de 85 ans, en 1680. — Ses deux fils, André et Nicolas , s'adonnèrent tous deux à la peinture. Le style d'André offre un mélange de
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celui de son père et du gorit des écoles romaine et vénitienne qui plaît davantage dans les tableaux à l'huile que dans les fresques. Il travailla beaucoup a Pérouse; mais il n'eut jamais la finesse et la grâce de son père : il fut aussi moins heureux dans ses compositions, quoiqu'elles ne manquent pas d'esprit et de facilité. Dans un voyage qu'il lit à Rome, il améliora sa manière. On en peut juger par les tableaux qu'il peignit dans celte ville pour l'église del Getû, et par ceux qu'on lui demanda à son retour dans sa pairie. Nicolas, son frère et son élève, fut le moins habile de la famille. — On connaît encore deux autres Cahlom (Taddêe et Thnmati. Taddéc, peintre, sculpteur et architecte, naquit à Heuo, proche du lac de Lmrano. Il fut élève de son père, Jean Carluni, se perfectionna à Home, et s'établit à Gènes, ou il exécuta beaucoup de tableaux : il y mourut en 1013. Tbotuaa Carlimi, sculpteur lombard, lils cl disciple de Gioffcdo Carloni, travailla à Gènes et à Turin, où il mourut. \jc souverain lui lit l'aire de magnifiques obsèques, et on lui éleva un tombeau avec sa statue. L'Orlaudi. dans V Abeeedario pittorico. fait descendre tous les Carloni de Jean Carloni, né à Neno ; mais cette généalogie est fort embrouillée, et Lanzi prévient qu'il faut un peu se métier de l'Orlandi. C — a.
CAIILOS (nos), infant de Navarre, prince de Viane, naquit en 1421), de Jean 1" d'Aragon et de la reine Itlanclie de Navarre, de laquelle il devint l'héritier ; mais a la mort de cette princesse, Jean 1" s'empara du troue de Navarre au préjudice de don Carlos. Ce prince, victime de l'ambition de son père et des persécutions de sa marâtre, qui voulait le perdre , pour placer la couronne sur la tétc de l'infant don Ferdinand, prit les armes, excité par le mi de Casiille, et se rendit maître de la Navarre, qui lui appartenait en propre, du chef de sa mère : il en fut proclamé roi. Une guerre sanglante éclata entre le père et le lils, en 1452. Le jeune prince, vaincu en bataille rangée par son père, dans la plaine d'Aibar, fut pris, et conduit au château de Tafalla, d'où il ne sortit qu'après avoir promis solennellement de ne prendre le litre de roi de Navarre qu après la mort de son père. Les deux partis étaient trop animes pour que le royaume pût jouir •l'une |»aix durable. La guerre civile se ralluma en 1435. l'oursuivi par son implacable marâtre, déshérité par son pere, et vaincu de nouveau à Estella, le malheureux prince de Viane se réfugia en Fiance, el de là a Naples, auprès de son oncle Alphonse le Magnanime, roi d'Aragon, qui se déclara l'arbitre de celte odieuse querelle. La mort d'Alphonse , protecteur de don Carlos, laissa ce prince sans appui. Malgré un traité d'amnistie, son barbare |>ére, pousse |»ar la reine, feignit de craindre pour sa couronne, et lit arrêter don Carlos à Fraga, en 1460, après l'avoir altiré à la cour pard'ariiiicieuscs promesses : il nomma des commissaires pour lui faire son procès. A cette nouvelle, tous les peuples de la monarchie se soulevèrent : les Catalans Turent les premiers à prendre les armes en faveur de don Carlos ; les Aragonais et les Valenciens sui-
virent cet exemple. La reine, qui était regardée
comme l'unique cause des malheurs du prince, craignant d'être mise en pièces par le peuple furieux, alla elle-même tirer don Carlos de sa prison de Mirella, et le remit aux Catalans, qui l'emmenèrent en triomphe à Rarcelone. Le roi se vit contraint de lui promettre par serment la Catalogne, de le reconnaître pour son héritier, et de consentir à son mariage avec l'infante Isabelle de Castille. En souscrivant à ce traité, le monarque aragonais signifiait en quelque sorte son abdication. La reine sauva son époux parmi crime. Don Carlos, qui ne faisait que languir depuis qu'il avait recouvré la liberté, mourut empoisonné, le 23 septembre 1461. à 41 ans. Les Catalans reprirent les armes pour venger sa mort, et accusèrent publiquement la reine. Ce prince s'était fait chérir par son courage, par sa douceur, et par son goût |>our les lettres. L'i-lspagnc lui doit une traduction élégante de la Morale d'Aristote en langue castillane, ouvrage qu'il dédia à Alphonse le Magnanime, sou oncle. Don Carlos com|H>sa aussi une Chronique abrégée det rois de Navarre députe l'origine de la monarchie jutqifav règne du roi Charles, son aïeul. Celle chronique, quia été conservée dans les archives de Painpelune, n'a jamais été imprimée. D— p.
CARLOS ( MM i ), (Us de Philippe II, et de Marie de Portugal, naquit à Valladolid, le 8 janvier 1545, et, quatre jours après, sa mère mourut au milieu des préparatifs des fêtes qui devaient célébrer la naissance du prince. Il était iufirme, et avait une jambe plus courte que l'autre. L'indulgence excessive avec laquelle il fut élevé fortilia son naturel colère, opiniâtre et vindicatif. Il eut aussi le malheur d'avoir pour précepteur IIossulus, Français de nation, fils d'un moine de St-Denis, liomme savant, mais d'une vie déréglée, qui n'inspira point au
jeune prince une grande considération pour père. On rapporte que don Carlos ayant reproché à Rossulus d'être bâtard, il répondit avec insolence : « Je le suis ; mais j'ai un pere meilleur que le vô- « tre. » En 1560, Philippe Kl solennellement reconnaître don Carlos héritier de la couronne, par les états assemblés à Tolède ; et deux ans après, il l'envoya à l'université d'Alcala de Henares, espérant que l'étude des lettres adoucirait son caractère indomptable. Un accident malheureux mit bientôt sa vie en danger. Il lit une chute violente dans un escalier du palais bâti par le cardinal Ximenès : on le crut mort, il était sans connaissance ; mais ne voyant aucune blessure, on se rassura. Le onzième jour, une lièvre aiguë le saisit. Les médecins levèrent l'épidémie pour examiner le crâne ; n'y ayant remarqué ni tumeur, ni fracture, mais seulement une petite tache rouge, ils jugèrent que le mal était interne. La lièvre augmenta, les accidents s'aggravèrent; on avertit le roi, qui se rendit sur-le-champ auprès de son fils, et trouva les médecins désespéraut de sa guérison. Alors on se rappela que don Carlos avait une grande dévotion à St. Didace, qui n'était pas encore canonisé. Philippe que le corps du saint fût
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porté; on le plaça sur le lit de son fils, et Ton contrit du froid linceul de Didacc le visage mil. mime de Carlos. Le prince s'assoupit. A son réveil, disent les historiens espagnols, le délire avait cessé, la lièvre était tombée ; le prince demanda à manger : il guérit, on crut au miracle, et Philippe 11 sollicita a Rome la canonisation de Didace. Cependant la raison du jeune prince se trouva pour toujours altérée, et il n'échappa à la mort que j>our courir à une destinée plus cruelle. Les historiens contemporains varient dans le |K>rtrait qu'ils tracent de don Carlos. Selon les uns, il était né avec plusieurs des qualités qui font les héros. Il joignait à l'amour de la gloire une grande élévation de courage ; à beaucoup de fierté, l'emportement, la violence et le désir de dominer. Selon les autres, il aimait les aventures extraordinaires, tout ce qui était bizarre et singulier, et ses actions étaient souvent celles d'un furieux qu'irrite le hasard ou la résistance, et que calme l'adresse ou la soumission. Une nuit qu'il pircourait les rues de Madrid, on laissa tomber |>ar mégarde un peu d'eau sur sa téta; il ordonna surle-champ aux gentilshommes qui le suivaient d'aller mettre le feu à la maison, et d'égorger tous ceux qui l'habitaient. Ils partirent, comme s'ils allaient obéir; mais bientôt après ils revinrent, et dirent qu'ils n'avaient osé exécuter l'ordre, jwree que le saint-sacrement porté à un malade venait d'entrer dans la maison, et don Carlos i*rut satisfait. I n des personnages de la cour de son père qui lui étaient le plus odieux, le président Spinola, avait banni un comédien, nommé Cisneros, que don Carlos avait envie d'entendre; il rencontre un jour le président au palais, le saisit par son chaperon, et, mettant sa main sur son poignard : « Vous osez, s'écria-t-il, « lutter contre moi, en empêchant que Cisneros ne « vienne me servir ! par la vie de mou père, il faut « que je vous tue. • Spinola tombe aux pieds de Carlos, il s'humilie, elle prince se radoucit. Ferreras, qui rapporte ces deux anecdotes, ajoute les traits suivants. Un cordonnier ayant fait à don Carlos des bottines trop étroites, ce prince les fit couper par petits morceaux, et exigea que l'ouvrier les avalât. Don Carlos de Cordoue, frère du marquis de Las Navas, et gentilhomme de la chambre du prince, n'étant pas accouru assez vite lorsque la sonnette l'appelait, Carlos se leva furieux, le saisit au milieu du corps, et, sans la résistance et les cris d'Alonzo, qui attirèrent les domestiques, il eût été précipité par la fenêtre dans les fossés du palais. Mais on ne sait jusqu'à quel point il faut croire les historiens espagnols, qui défendent la mémoire de Philip|ie, protecteur de la religion, et représentent son fils comme peu affermi dans la foi, partisan des révoltés calvinistes dans les Pays-Ras, et surtout comme un ardent ennemi de l'inquisition. Un dit que don Carlos avait fait un livre en blanc des voyages de son père, avec ce titre : Los Grandet y admirable* Viajet dtl rey don Philipe, et tous ces voyages consistaient à aller de Madrid à l'Eseurial, et de l'Escurial à Madrid. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au congrès de Cateau-Cambresis, en 1559, il fût question du
mariage de don Carlos avec Elisabeth, fille deHenri Il ; et que Philippe, alors veuf de Marie d'Angleterre, i u rca à propos de se substituer à son lits. Ou a dit que don Carlos aimait Elisabeth, qu'il en était aimé, et qu'il ne [lardonna jamais à son père de la lui avoir enlevée. On lui fit espérer, en 1565, de lui donner jwur épouse l'archiduchesse Anne, sa cousine, fille de l'empereur Maximilieif; mais Philippe s'op|K>sa ensuite à ce mariage, et il épousa lui-même celte princesse après la mort de don Carlos : il prit ainsi successivement deux femmes qui avaient été destinées a son fils. En 1563, Philippe, qui n'avait d'autre héritier que don Carlos, le jugeant sans doute incapable de gouverner, fit venir en Espagne les archiducs Rodolphe et Ernest, ses neveux, afiu de leur assurer la succession de ses Etats. 11 alla les recevoir lui-même à Darcclone, le 5 janvier 1564; visita avec eux une partie de l'Espagne, et, pendant ce temps, don Carlos était laissé à Madrid L'année suivante, ce prince, inquiet et mécontent, vivant toujours en mésintelligence avec Philippe, projeta de sortir d'Espagne, sous prétexte de vouloir aller au secours de Malte, alors assiégée par les années de Soliman. Il ramassa 50,000 ducats, et il était près de partir, lorsque Ruy Gomcz de Silva, confident de Philippe, et que Carlos avait pris pour le sien, lui montra une lettre sup|>osée du vice-roi de Naplcs, annonçant que Malte avait été secourue; il ajouta que les motifs du départ «lu prince ne subsistaient plus, et il le détourna ainsi de sa résolution. Carlos le pria de ne rien apprendre à son père d'un dessein dont il était trop bien instruit. En 1567, lorsque la révolte des l'a y s- lias occupait les armes de Philippe et inquiétait ses conseils, don Carlos écrivit à plusieurs grands du royaume que son dessein était de passer en Allemagne. Il envoya Garcie Alvarez Ossorio chercher 600,000 écus à Séville, et s'ouvrit à don Juan d'Autriche, son oncle, qui lui parla avec douceur, lui représenta que la plupart des grands auxquels il avait écrit ne manqueraient pas de remettre ses lettres au roi, ce que firent en effet l'amirante, d'autres encore; et don Juan luimême alla rapporter à Philippe ce que son neveu venait de lui confier. On croit que don Carlos avait été touché du malheur des Flamands; qu'il fut invité par eux à venir se mettre i leur tête; qu'il avait souri à ce projet, qui lui parut grand, parce qu'il était bizarre et extravagant. On le soupçonna même d'avoir eu des entrevues secrètes avec le comte de Berg et le baron de Monligny, députés des Pays-Ras à Madrid, et retenus par Philippe. Ce monarque parut croire que son fils cherchait à s'échapper d'Espagne pour passer dans les Pays-Ras. Il en coûta la tête au baron de Monligny, confident et peut-être auteur du projet d'évasion. Plusieurs historiens prétendent que si Philippe ne se rendit pas lui-même en Flandre, à la tète de l'armée qu'il confia au duc d'Albe, c'est qu'il craignit l'esprit remuant de don Carlos ; qu'il n'osa ni le laisser à Madrid, ni le mener avec lui dans celle expédition. Le jeune prince avait témoigné le désir le plus ardent d'être admis par son père dans l'administration d'une partie de
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ses Etats; mais, trop jaloux de son autorité, Philippe se conduisait envers lui avec beaucoup de réserve et de froideur, tandis qu'il paraissait accorder sa confiance au duc d'Albe, à Kuy Goinez de Sylva, à don Juan d'Autriche et à Spinola. Don Carlos avait pour eux une répugnance invincible, soit qu'il fût jaloux de leur crédit, soit qu'il les regardât comme des espions chargés d'éclairer sa conduite. Il ne pouvait supporter que le duc d' Allie eut obtenu le gouvernement de la Flandre, qu'il avait sollicité pour luimême. Résolu de se venger, il se jeta avec un poignard sur ce seigneur, quand il vint prendre congé de lui, et le duc n'évita la mort que par sa force et son adresse. Philippe parut croire aussi que don Carlos avait conspiré conlrc sa vie, parce qu'il portait toujours sur lui deux pistolets faits avec beaucoup d'art. Louis de Foix, architecte et ingénieur français, célèbre par la construction de l'Escurial et de la tour de Cordouan, rapporta ù l'historien de Thou que don Carlos l'avait chargé de lui faire un livre assez pesant pour tuer un homme d'un seul coup. ■ Ce prince, dit-il, avait désiré d'avoir ce a livre, depuis qu'il avait lu dans les annales d'Espt- « gne qu'un évéque prisonnier avait fait couvrir de « cuir une brique de la grandeur de son bréviaire, « qu'il s'en était servi pour tuer son geôlier, et s'é-
• tait sauvé parce moyen. » De Foix ajoutait qu'il avait fait pour don Carlos un livre composé de douze tablettes, d'une pierre bleue, couvert de lames d'acier cachées sous des lames d'or, et que ce volume, long de « pouces et large de A, pesait plus de 14 livres. Il disait encore que don Carlos, voulant être seul dans sa chambre, lui avait fait faire une machine avec laquelle, par le moyen de quelques poulies, il pouvait ouvrir et fermer sa porte sans se lever de son lit ; que ce prince avait toujours sous son chevet deux épées nues, deux pistolets cliargés, et, ù coté de son lit, plusieurs arquebuses et un coffre rempli d'armes à feu. Cette extrême défiance, ces précautions alarmèrent Philippe. On avait souvent entendu don Carlos, lorsqu'il sortait de la chambre de la reine, se plaindre vivement de ce que son père la lui avait enlevée. 11 laissait alors imprudemment éclater sa colère et son indignatiou. La veille de Noël, il déclara, dit-on, en se confessant a un prêtre, qu'il avait résolu de tuer un homme. La confession fut révélée* Philippe, qui s'écria : « Je suis cet homtno que mon lils veut tuer; mais
• je vais prendre des mesures pour le prévenir. » Ainsi, mari jaloux, roi sombre et déliant, ou père malheureux. Philippe, conduit par la haine ou la crainte, résolut, par politique ou par superstition, de perdre un lils unique qui devait liériter de sa couronne. Il ne faisait rien d'important sans consulter le sainl-ollicc. On lit dans la continuation «le l'iïi*loïre ccclétiaiïique de Fleury, par le P. Fabre, de l'Oratoire, • que don Carlos s'était expliqué en des lermes qui faisaient craindre à l'inquisition qu'il ne la supprimât dès qu'il serait le maître, et que c'était là son plus grand erime. » De Foix fut chargé d'arrêter les poulies qui servaient a fermer en dedans la |»orte de don Carlos. Il le lit secrètement et avec
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tant d'art, que le prince ne s'en aperçut point. Il dormait profondément, dans la nuit du 18 janvier i'H'tS, lorsque le comte de Lermc entra le prcnùer dans son appartement, enleva, sans le réveiller, les épées et les pistolets qui étaient sous son chevet, s'empara des arquebuses, et s'assit sur le coffre qui renfermait d'autres aunes à feu. Alors le roi entra, précédé de Kuy (iomez de Silva, du due de Féria et de plusieurs autres seigneurs. Don Carlos était encore plongé dans le sommeil. On le réveille : il voit le roi sou [>ére, et s'écrie : « Je suis mort, » et, «'adressant à Philippe : « Votre Majesté veut-elle me
• tuer? Je ne suis pas fou, mais désespéré de tout « ce qu'on fait à mon égard. » Ensuite, avec des larmes, des cris et des gémissements, il conjura ceux qui étaient présents de lui donner la mort. « Je ne suis pas venu, dit Philippe, pour vous tuer, « mais pour vous châtier en père, et pour vous faire « rentrer dans le devoir. >• Il lui ordonna de se lever, lui ola tous ses domestiques, fit saisir une cassette remplie de papiers, qui était sous son lit, confia le prince à la garde de six gentilshommes, leurenjoignit de ne le perdre jamais de vue, de l'empecher d'écrire, de communiquer avec personne, et il se retira'. Les gardes de don Carlos le revêtirent d'habits de deuil ; on enleva les tapisseries, les meubles, le lit même, et on ne laissa dans la chambre qu'un petit lit roulant et un matelas. Don Carlos, se laissant emporter au désespoir et à la fureur, avait fait allumer un grand rcu, sous prétexte du froid rigoureux de l'hiver; il se jeta dans les flammes où il voulait être étouffé; ses gardes accoururent, et ne l'eu retirèrent qu'avec de grands efforts. 11 essaya de se détruire par la soif, par la faim, par des aliments mangés avec excès; il voulut aussi s'étrangler avec un diamant mis dans sa bouche. Ou dit que Philippe découvrit, dans la cassette saisie sous le lit de don Carlos, ses intelligences avec les rebelles des Pays-llas, et qu'il y trouva une correspondance secrète avec la reine, qui ne laissait aucun doute qu'il u'aiuiAt cette princesse et qu'il n'en nu aimé. Philippe écrivit au pape, à l'Empereur, au roi de France, et aux princes ses allies, qu'il avait été obligé, i ,ii de Itounes misons, d'emprisonner son fils, et (pie, dans cette affaire, il n'omettrait rien de tout ce qu'on devait attendre d'un père et d'un roi également juste et prudent. Il lit part aussi «le la résolution qu'il avait prise aux tilles de se» États, par une lettre que Colmenarés rapporte dans \ Iiit~ loirede Srgovie, et Zuniga dans les Aimait* de Sévi lie. Philippe écrivit le 21 Janvier à l'impératrice, sa sœur : « Quoique Votre Majesté ait pu voir, par « tout ce que je lui ai déjà écrit sur la conduite tin « prince, de quelle nécessite il était depuis long- « temps d'y apporter remède, cependant la tendresse m paternelle, les précautions cl les éclaircissements « que j'ai dû prendre avant d'en venir à cette ex- « trémilé, m'ont arrêté jusqu'à présent. I-cs fautes « du prince se sont |>ortécs à un tel excès, que, a pour remplir mes devoirs cuvera Dieu, et pour sa-
• tisfairc à ce que je dois aux peuples qu'il lui a « plu de me confier, je n'ai pu différer davantage
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« de m'assurer de sa personne, et de le lairc cm-
h prisonner. Votre tendresse maternelle vous fera « connaître combien celte résolution a dû couler à « mes sentiments et & mon cour. J'ai cru devoir, « en cette occasion, faire à Dieu un sacrifice de ma « cliair et de mon sang, etc. » Les précautions excessives que prit Philippe pour justifier sa conduite sont peut-être ce qui dé|>oscrait le plus en faveur de don Carlos. Plusieurs princes et toute la noblesse espagnole sollicitèrent en vain sa liberté. Philippe voulut cpie l'inquisition prononçât sur son sort. La plupart des historiens prétendent qu'il fut condamné à mort par ce tribunal odieux, que la sentence fut exécutée secrètement, qu'on fil avaler au prince un bouillon empoisonné, et qu'il mourut quelques heures après l'avoir pris. D'autres croient qu'on lui ouvrit les veines dans un bain ; d'autres, qu'il fut étranglé ; mais Ferreras et les historiens espagnols en général prétendent que don Carlos mourut d'une fièvre maligne, occasionnée par nn régime extravagant, et par de violents accès de fureur ; qu'il reçut les derniers sacrements avec une grande piété; qu'il votdul avoir la bénédiction de son père, et qu'il lui dciuauda pardon de tous les chagrins qu'il lui avait causés. On n'a donc rien de certain sur le genre, ni même sur l'époque de la mort de don Carlos. Plusieurs ont placé cette époque au 21 juillet 1508, plusieurs au mois d'octobre; mais Louis de Foix et de Thon la font remonter aux premiers mois de l'anuéc, et croient qu'on ne répandit la nouvelle de la mort de ce prince qu'après l'avoir tenue cachée pendant quelques mois, et qn'après la victoire remportée, le 21 juillet, par le duc d'Albcsur les Belges confédérés. La catastrophe de don Carlos parait avoir été aussi mystérieuse que tragique. L'abbé de St*Réal, au lieu de l'éclaircir, n'a contribué qu'à l'embrouiller encore, en cherchant moins la vérité trop difficile à trouver, qu'a écrire un roman intéressant. Don Catlos n'était àiio que de 23 ans et 16 jour.'!, suivant Umis de Cobrera, ce qui fixerait la date de sa mort au 24 janvier. Elisabeth mourut le 3 octohre de la même année , enceinte , et à peine âgée de 23 ans. On soupçonna aussi Philippe de l'avoir fait empoisonner. On lit, après la mort de don Carlos, un recueil, en espagnol, de tous les traits de bizarrerie vrais, faux ou exagérés, qui pouvaient rendre ce prince odieux ou ridicule. On publia aussi la Vie et la Uorl du prince don Carloî d'Espagne. Cet ouvrage fut traduit en espagnol ; mais Ferreras le regarde comme un libelle diffamatoire, rempli d'erreurs grossières, également attentatoires à l'honneur de Charles-Quint, de Philippe II, de don Carlos, et de la reine Klisal>etli. Il assure que Grégorio Léti luimême en porta ce jugement ; et Philippe, ajoute- t-fl, a*sura toujours que son fils n'avait jamais rien tramé ni contre sa vie, ni contre sa personne, En effet, ce monarque écrivait à l'impératrice, sa suuir : Ma « conduite à l'égard du prince n'est fondée sur au- « cun vice capital, ni sur aucun crime déshonoo rau t . » Ce qu'il y a de bien certain, c'est que don Carlos et Elisabeth furent malheureux ; qu'ils avaient été promis l'un à l'autre ; qu'ils moururent dans le
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même temps, à la fleur de l'âge, et que plusieurs
mois s'étaient à |>eine écoulés, lorsque Philippe épousa l'archiduchesse Anne, sa nièce, qui avait encore été promise a don Carlos La lin tragique de ce prince a fourni le sujet de plusieurs tragédies : à Campistron, en 1083, dans son Andronic; à Ximenès, et à Chénier, dont la pièce n'a été ni représentée ni imprimée. Olway, Schiller et Allieri ont aussi mis don Carlos sur la scène. V— ve.
CAHLOSTAD. Voyez BonENSTEii*.
CAHLYLE (Joseph Daches), savant orientaliste anglais, fils d'un médecin établi à Carlisle, naquit dans cette ville en 1759. Élevé à l'université de Cambridge , il s'y livra à l'étude de la langue arabe, et en fut fait professeur à la place du docteur Craven. Il publia d'abord ; Maurcd Atlatofet Jemaleddini filii Togri Bardii seu rerum ASgyptiacarum Annuité, ab anno Ckr. 971 usque ad ann. 1453, Cambridge, 1792, in 4°. Celle chronique égyptienne , dont le texte arabe n'avait jamais été imprimé , est accompagnée d'une traduction latine et de savantes notes. 11 publia encore, en 1796, un Spécimen de poésie arabe , ouvrage estimé. Ayant obtenu d'accompagner lord Elgin dans son ambassade à Constanlinople , en 1799, il visita les principales bibliothèques des pays soumis aux Ottomans, recueillit une multitude de notes précieuses, et revint en Angleterre en 1801. 11 .s'appliqua dès lors avec ardeur à l'édition de la Bible arabe, publiée par la société biblique de Londres, pour être répandue gratis chez les mulsumans d'Afrique. Ce bel ouvrage , imprimé ù Oxford , dans l'imprimerie de Clarendon, avec de beaux caractères neufs, est fait sur le texte arabe de la Polyglotte de Wallon, mais corrigé et revu avec soin. Carlyle ne put en voir la publication; l'excès du travail et la suite des fatigues de son voyage abrégèrent ses jours, et il mourut le 12 avril 1804 , âgé de 4a ans. L'édition de la Bible arabe fut continuée, à son défaut, par le docteur Henri Ford, professeur d'arabe a Oxford. Carlyle avait laissé très-avancées et près d'être publiées les observations faites pendant son voyage au Levant, et une dissertation sur la plaine de Traie. C. M. P.
CARMAGNOLE (Fkakçois Bussone, dit ), né à Carmagnole, ville du Piémont, en 1390, de parents obscurs , et dont le métier était de garder les pourceaux, servit d'abord uu officier de Facino-Cane en qualité de valet. Il entra comme simple soldat, en 1 412, dans l'armée de Philippe-Marie Yisconti, duc de Milan. Il se distingua sous les yeux de son souverain dans la seule occasion peut-être où celuici eut été présent à un combat, et il fut rapidement élevé par lui aux plus hautes dignités militaires. En retour, il fut l'instrument de la grandeur de son maître. Il l'avait trouvé sans argent , sans soldats, entouré d'ennemis, ne commandant plus qu'à Milan et à Pavie , où il était encore menacé par les factieux ; mais Carmagnole soumit successivement tous les tyrans qui s'étaient partagé les conquêtes do Jean Galéaz , et il ramena la Lombardic. entière; sous la domination du duc. 11 força les Génois &
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reconnaître aussi l'autorité de Philippe-Marie, et il se préparait, en 1424, à monter sur leurs vaisseaux pour aller dans le royaume de Naplcs combattre Alphonse d'Aragon , lorsque le duc de Milan , qui avait donné à Carmagnole le titre de comte , qui Pavait adopté dans sa famille, et qui lui avait permis de prendre son nom , parut lout à coup jaloux d'un homme qu'il avait fait trop grand , cl dont il avait reçu trop de services jtour ne pas le craindre. Il voulut lui ôler le commandement de ses troupes, et le borner à la carrière civile; mais Carmagnole, qui avait formé lui-même l'armée qu'il commandait , et qui trouvait sa sûreté dans le respect et l'amour dn ses soldats, ne voulut pas se séparer d'eux, et demeurer sans défense vis-à-vis d'un souverain soupçonneux. Il demanda au duc avec instance une audience qui lui fut refusée ; il insista, il fut menacé , et , reconnaissant alors que sa perte était jurée , il s'échappa des États de Milan , au printemps de M2.~», pour se rendre à Venise. Ses biens furent aussitôt mis sous le séquestre ; sa femme et ses filles furent traînées en prison. Carmagnole excita les Vénitiens à prendre la défense des Florentins, alors accables par les armes du duc de Milan. Il leur révéla les projets de Visconli pour les écraser à leur tour, et une tentative que lit le duc pour le faire empoisonner ne laissa plus de doutes sur sa sincérité. Carmagnole , mis à la léte des troupes des deux république, Ht changer la face des affaires. Il ouvrit la campagne par la prise de Brrscia, et enleva toutes les forteresses du Bressan aux Milanais, par plusieurs sièges successifs, sous les yeux d'une année ennemie fort supérieure a la sienne. Il remporta, l'année suivante, le H octobre I \n, une glorieuse victoire a Macalo, sur les quatre généraux les plus célèbres de l'Italie, réunis alors au service du duc . savoir : François Sforza, Piccinino, Ange de la Pergola, et Cuido Torello; mais, par une imprudente générosité, il renvoya tous les prisonniers qu'il avait faits, et il excita ainsi les soupçons des Vénitiens. Ia |iaix obtenue par ses victoires fit recouvrer la liberté à sa femme et à ses enfants, tandis qu'elle assura aux Vénitiens la conquête de Rrcsria , de Rcrgame , et d'une moitié du Crémonais. Mais dans une guerre qui se renouvela bientôt après. Carmagnole ne répondit plus à l'attente que h s Vénitiens fondaient sur ses talents; il fut raine, le 22 niai 1431, de la défaite d'une Hotte vénitienne sur le Pô, et il ne répara point cet échec jtar son activité dans le reste de la campagne. Le sénat, déliant, ne sup|n»sa pas que Carmagnole piU éprouver des revers sans être coupable de perfidie; il crut que ce général avait pitié d'un maître qu'il avait longtemps servi et dont il s'était assez vengé, H il s'occupa de punir par une trahison sa trahison supposée. Carmagnole fut appelé à Venise au commencement de l'année 1432 par le conseil des dix, pour éclairer la république par ses conseils durant les négociations de paix. Il fut reçu avec une pompe extraordinaire; le doge le lit asseoir à ses cotés dans le sénat , et lui exprima , dans son discours, l'affection et U reconnaissance de la république;
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mais à peine se* soldats se furent retirés, et l'eurent laissé au milieu des sénateurs , que Carmagnole fut chargé de fers , jeté dans une affreuse prison , et, bientdt après, soumis à la torture, pour qu'il avouât ses trahisons prétendues. Enfin , le vingtième jour après son arrestation , il eut la léte tranchée , le 5 mai 1432; mais on eut soin, avant son supplice, de lui mettre un bâillon dans la bouche , afin qu'il ne pût pas protester de son innocence. Ses biens, qui étaient immenses, furent confisqués, et la république se chargea seulement de faire une misérable [tension à ses deux filles. La vie de Carmagnole, écrite par Tenivelli, se trouve dans les Piemonteti illuttri. S — S— i.
CARMASAT. Toyet Behram IV.
CAR MATH , fondateur, parmi les musulmans, d'une secte qui lit beaucoup de ravages dans l'empire des Arabes pendant le 3* cl le 4* siècle de l'hégire, se nommait Hauoa.v, fils d'Alaschath. Le surnom de Carmalh, sous lequel il est plus connu , lui fut donné, suivant les uns, parce qu'il avait les yeux rouges; suivant d'autres, parce qu'il avait les pieds courts, et ne pouvait faire que de petits pas. Ce surnom, en admettant la première etymologie, est tiré, dit-on, de l'idiome des Nahathéens, dialecte de la langue chaldaiquc ou syriaque , qui nous est très-peu connu : si l'on adopte la seconde élymologje , il est d'origine arabe. On donne encore d'autres motifs à celte dénomination , qui devint celle de la secte fondée par Hamdan. Suivant les livres sacrés des Druzes, dont la doctrine a de grands rapports avec celle des Carmathes, ces sectaires furent appelés ainsi, parce qu'ils affectaient un air refrogné. Quoi qu'il en soit, Hamdan, né dans une condition obscure au second siècle de l'hégire, ayant contracté des liaisons avec un missionnaire de la secte des Ismaéliens , embrassa leur doctrine . et la répandit dans les environs de Koufah. Les ismaéliens, ennemis des califes de la famille d'Abbas, comme toutes les sectes qui reconnaissaient dans la postérité d'Ali le droit exclusif à l'exercice de la souveraineté temporelle et spirituelle parmi les musulmans , avaient cela de particulier, qu'au lieu que les autres chyftes, ou partisans d'Ali , admettaient une succession de douze imans, ou pontifes souverains, les ismaéliens en bornaient le nombre à sept , et reconnaissaient pour dernier iman Mohammed, fils d'Ismaél. Ils croyaient que celui-ci n'était point mort , et qu'il paraîtrait un jour pour faire valoir ses droits à la souveraineté, faire triompher ses partisans, et tirer vengeance de tous ses ennemis, l u attendant ce moment heureux, les chefs de la secte, qui, sous le voile de la religion , nourrissaient des vues ambitieuscs, se tenaient soigneusement cachés, et eiiu-etenaient dans un grand nombre de provinces des missionnaires , qui , annonçant la manifestation procltaine de l'iman , employaient foules sortes de moyens de séduction pour augmenter le nombre de leurs prosélytes. Hamdan devint bientôt un de leurs plus zélés partisans , et le missionnaire par qui il avait été instruit , et auquel il avait donné le logement riiez lui , étant mort , il lui succéda dans
les fonctions de dai, ou chef de la mission, dans une . partie de la Mésopotamie, et parmi les tribus qui habitaient le nord-est de l'Arabie. On rapporte à l'an 274 de l'hégire ( 887 de J.-C.) l'aflilialion de Carmatli à la secte des ismaéliens. Cet homme, insinuant et fécond en ressources, ne tarda pas, soit par lui-même , soit par les missionnaires employés sous ses ordres, à attirer un grand nombre d'hommes dans son parti. Quand il se fut bien assuré de leur obéissance , il commença à exiger d'eux des contributions d'abord légères , ensuite beaucoup plus fortes , et qu'il porta jusqu'au cinquième de tout ce r|u'ils possédaient , et du produit même de leur industrie. Bientôt il obtint un tel ascendant sur ses sectateurs, qu'il entreprit d'établir parmi eux la communauté des biens, et jusqu'à celle des femmes. Il ne s'en tint pas là , et, sur de la puissance sans bornes qu'il exerçait sur leurs esprits, il les initia dans les nij.stéres les plus profonds de la secte des ismaéliens; il enseigna ouvertement le mépris pour loule révélation , laissant a chacun un choix illimité entre les diverses opinions des sectes philosophiques; il ne craignit |M>int de publier hautement , (pie , par la connaissance de la doctrine qu'il prêchait, les fidèles étaient dispensés du jeûne, de la prière , de l'aumône , et de tous les autres devoirs inqtosés aux musulmans ; qu'ils |iouvaient impunément se livrer sans frein à toutes leurs passions , égorger les ennemis île leur croyance, piller leurs biens, fouler aux pieds toutes les lois; en un mut , que la connaissance de la vérité et de l'îmm leur tenait lieu de toute religion, et qu'il ne restait plus |iour eux ni péché dont ils dussent se préserver, ni châtiment qu'ils dussent craindre. I ne avsociation fondée sur le libertinage le plus absolu de l'esprit et du co-ur, et qui ne connaissait de devoirs que l'exercice du fanatisme le plus féroce, inspira la terreur à tous ceux qui n'appartenaient point à celle secte redoutable ; mais comme le désir de la vengeance pouvait armer contre les prédicateurs de cetlc abominable doctrine tous ceux qui en devenaient les victimes, les missionnaires jugèrent à propos de se bâtir un fort qui pût leur servir de chef-lien et d'aile en même temps , et, par allusion sans doute à l'hégire, ou fuite de Mahomet, ils l'appelèrent Dar-alhidjra , c'est-à-dire la maiton de la fuite. On peut conjecturer que Carmalh y établit sa résidence. Ce fanatique, entre les missionnaires qui exerçaient leurs fondions sous son autorité , en avait deux qui jouissaient de toute sa conlianec : l'un se nommait Zaerowiah, ou Zacrouyah, et joua dans la suite un grand rôle IKinni les Cannathes; l'autre , appelé Abdan, avait épousé la sœur de Ilamdan , qui, de son côté, avait aussi pour é|)ousc une saur d' Abdan. Jusqu'ici Hamdan n'avait agi que comme délégué du chef de la secte des ismaéliens, qui vivait dans une retraite ignorée à Salamyah, et qui ne se donnait lui-même que pour le lieutenant ou le vicaire de l'iman attendu, Mohammed, fils d'Ismaêl. Celui qui était revêtu de cette dignité étant mort , son successeur, en annonçant à Carmalh son élévation au rang de
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vicaire de l'iman, laissa percer des vues d'ambition personnelle , qui parurent à Carmalh une innovation dangereuse et contraire à la vraie doctrine de la secte. Il envoya donc Abdan à Salamyah, pour s'éclaircir de l'objet de ses alarmes. Dans l'entrevue d' Abdan avec les chefs du parti qui résidaient à Salamyah , celui-ci eut tout lieu de se convaincre que les soi-disant vicaires de l'iman travaillaient pour eux-mêmes, et n'attendaient qu'un moment favorable pour réaliser leurs projets de domination et lever le masque. Alnlan ne manqua point d'en faire son rapport à Carmath , qui lui ordonna d'assembler les missionnaires , de les instruire de ce qu'il avait appris, et de leur ordonner de cesser dorénavant de faire des prosélytes. Abdan exécuta ses ordres, et la prédication de la doctrine des ismaéliens fut suspendue dans les contrées voisines de la résidence de Carmath. Dés ce moment , Carmath rompit toute correspondance avec les ismaéliens de Salamyah. On ignore ce qu'il devint dans la suite : peut-être |)éril-ii victime de la vengeance du chef de la secte , comme son beau -frère et son conlident Abdan, qu'un fils de ce chef Ht assassiner par Zaerowiah, dont on a déjà parlé. Zaerowiah , devenu odieux aux disciples de Carmath, par l'assassinat d'Abdan, passa en Syrie vers l'an •287 de l'hégire (900 de J -C. ). La disparition ou la mort de Carmalh, ou Hamdan, doit être antérieure d'un an ou deux a celte époque. La division qui s'était établie entre le chef de la secte des ismaéliens et Ilamdan so communiqua à leurs sectateurs , et, dès ce moment, à ce qu'il parait, les ismaéliens, proprement dits , et les carmathes ont formé deux sectes distinctes, quoique fort rapprochées l'une de l'autre par les dogmes et les opinions. A la première, appartiennent les califes falhémitcs d'Egypte et les ismaéliens de Perse et de Syrie, connus sous le nom d'Assassins ; les Nosaïris, qui subsistent encore aujourd'hui dans quelques parties de la Syrie, graissent être un reste des carmathes. Les druzes sont une secte née parmi les ismaéliens de l'Egypte, a la lin du V, ou au commencement du 5* siècle de l'hégire. Quelques personnes croient que les wahhabis , ou wahhabites , qui paraissent appelés à jouer un rôle important dans une partie de l'empire ottoman, sont un rejeton des carmathes; mais cette conjecture nous parait peu fondée. En finissant cet article, nous devons faire observer que quelques historiens attribuent le surnom de Carmath à un IMTsonnage différent de Hamdan et plus ancien que lui : leur opinion nous semble tout à fait dénuée d'autorité. S. n. S — Y.
CARMELl (Michel-Ange), savant helléniste italien, entra dans l'ordre de St-François, et fut professeur de Uiéologie et d'Ecriture sainte à Padouc. Il mourut le 15 décembre 1766, âgé de 60 ans. Ses principaux ouvrages sont : 1° un commentaire en latin sur le Mile» glorioiut de Piaule, avec nne traduction en vers italiens, Venise, 1712, in-4<>. Il publia ce premier ouvrage sous le non» de Lacermi (anagramme de Carmeli). 2° Tragédie di Eurijrid* I inlere 1 9, frammenli ed epitMe greco-Ualianê in ver si