‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 122 sur 129 · C74 AND · texte numérisé non relu

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proposa à ses collègues de renoncer à signer et à appuyer des pétitions, réclamations, et demandes de toute nature ; mats il ne réussit point à détruire cet abus qui transformait les élus de la nation en solliciteurs de places pour leurs parents, leurs amis ou leurs clients, ce qui portait une grave atteinte à leur dignité et à leur indépendance. On peut dire qu'il n'est pas une dépulation à nos nombreuses législatures qui n'ait adressé ou appuyé des demandes aux divers pouvoirs qui se sont succédé. Lorsque le ministère des Finances et l'administration du trésor furent transférés dans les vastes bâtiments de la rue de Rivoli, on ne jugea pas leur enceinte assez étendue pour contenir l'effroyable amas de ces pétitions appuyées par des législateurs, et il en fut vendu à la livre des masses pesant, avec d'autres papiers du trésor, plus de 60 milliers. — Le 25 février 1800, Andrieux fit un rapport sur le projet de loi présenté par les consuls, tendant à fermer la liste des émigrés. Il prit pari à la discussion d'une jiariïe du premier projet de code civil. Le 18 mars, il combattit des dispositions favorables au droit de tester, comme contraires au premier droit de la nature, qui veut l'égalité entre tous les enfants d'un même pére. Le 21 juillet, il fut élu secrétaire du tribunal ; deux mois après, il fut porté à la présidence. Une voiture était attacliée à cette dignité ; mais, toujours simple et sans orgueil dans sa vie publique comme dans sa vie privée, Andrieux ne monta dans cette voiture qu'une seule fois ; encore était-ce pour aller faire une visite d'étiquette aux Tuileries (1 ) ; et, comme s'il eût entrevu dés lors, dans les projets du premier consul, la chute prochaine de la république, il prononça, le jour anniversaire de sa fondation (Ier vendémiaire an 9, 25 septembre 1 800) , un discours où se trouvaient ces paroles remarquables : « C'est ici « que l'amour de la patrie, l'horreur de l'oppression, « le noble désintéressement, le dévouement héroi- « que , toutes les vertus républicaine* doivent avoir « leur sanctuaire et leur autel. Vous en devez à la « France , tribuns , la conservation et l'exemple. » Entré de boune heure dans une opposition qui n'avait rien de systématique , Andrieux attaqua (7 octobre) la validité de l'arrêté du conseil d'État relatif au\ créances des fermiers généraux. Il soutint que le conseil ne pouvait prendre connaissance de cette affaire, qui, selon lui, regardait les tribunaux, et il conclut à ce que cet acte fût déféré, comme inconstitutionnel, au sénat conservateur : mais le sénat savait mieux plier que résister. Dans plusieurs autres circonstances, Andrieux se montra contraire aux prétentions du conseil d'État. Cette dissidence, que partageaient un assez grand nombre de ses collègues, méconteula le chef du gouvernement, cl l'effraya peut-<tre. Andrieux fut éliminé du tribunal avec Daunou, Gingueué, Benjamin Constant et plu-

(4) « l'on s de Verdun, ma vieil ml, M |»las stoïcien : tl ne «'en « aarvit pas du loui. Pendant le» sit première* wmaiiiesde Min eief- •tee, il disait i Je M rtux pu m habituer à aller en èquiptat; et pendant les UX dernière* . Je iou ne Ac*k+l*t**r frUtr «« Wflar». » (feUN de M. Yk. Onptn.)

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sieurs autres. Là se termina sa carrière politique.

Bonaparte l'avait jugé par co mot : « Il y a dan» « Andrieux autre chose que des comédies. • Cn jour le consul se plaignait devant lui des hoslilités du tribunal, qui se montrait trop souvent opposé aux actes de son administration : m Vous êtes de la sec- « lion de mécanique (à l'Institut), lui répoudit le « Iribun, cl vous savez qu'on ne s'appuie que sur ce « qui résiste. » Le mol était heureux, mais il déplut Chaque victoire de Bonaparte était un pas vers l'empire, et il y n ia i citait avec le talent d'un joueur habile, en détruisant graduellement tout ce qui faisait obstacle et tout ce qui résistait. Il réduisit d'ahord le tribunat, et enfin ce corps qui, quoique mutilé, avait servi avec répuguance son élévation à l'empire, fut supprimé par uu séuatus-consulte dit organique, le 19 août 1807 (1). Audrieux a peint ainsi sa rentrée dans la vie privée : a J'ai rempli des fonctions im- « portantes que je n'ai ni désirées, ui demandées, « ni regrettées; j'en suis sorti aussi pauvre que j'y « étais entré, n'ayant pas cm qu'il me fût permis « d'en faire des moyens de fortune el d'avancement. « Je me suis réfugié daus les lettre*, licureux d'y « retrouver un peu de liberté, de revenir tout entier « aux éludes de mou enfance et de ma jeunesse, « études que je n'ai jamais abandonnées, mais qui a ont élé l'ordinaire emploi de mes loisirs, qui m'ont « procuré souvent du bonheur, et m'ont aidé a pas- « ser les mauvais jours de la vie. » Lorsqu'il avait été nommé membre du corps législatif, il disait dans une pièce de vers intitulée Sur mon élection :

Heureux, si quelque bien pont être mon ouvrage, De mon paisible état que le sort m'ait tiré. Et plus heureux encor lorsque j'y rentrerai !

Il y rentra sans regret, et peut-être avec joie, car a il était né |k>ut les jouissances du loyer douiesti- « que ('2). » 11 était pére de deux lillos. 11 soutenait sa mère, avancée en âge, et mie wi-ur d'un rare mérite vivait auprès de lui. Rien n'eût manqué à son bonheur s'il ne s'était pas trouvé sans fortune. Connaissant les embarras de sa position, le ministre de la police, Fouché, lui offrit mie place de censeur; mais Andrieux refusa de mutiler ofticidleiuenl la peustv. Le ministre insista et lui dit : u On ne peut craindre « qu'avec moi la censure dégénère en inquisition. « Ce ne sera qu'une censure anodine. Je ne prétends « nullement comprimer la pensée : les idée» libérales « se sont réfugiées dans mon ministère. — Tenez, « citoyen ministre, répondit Andrieux, mon rôle est « d'être pendu, et non d'être bourreau. » I n événement inattendu vint le tirer quelque temps après de cet état de gène. Dès que l'empire se fut élevé sur les ruiues de la république, un frère de iNapoléon

(I) Andrieux ne voulait pas qu'on flattât celai qtt avait mvené U repuWanae. On le vit M inier hautement, en preseace da préfet

de ta Seine (M. Frurnot), la proposition de donner pou saael da rompotilion ries prix tlani les collèges de Paris ane harangue da Gharlemanne. qni devait amener IVIrjtv» de Napoléon : m Je n'aime a point, dit-il. de pareils «ajeto : c e*» mettre m macatn an p»« a d'adulation. »

(») Nonce de N. Bervule.

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n'oublia point, lorsqu'il fut devenu prince, qu'il avait élé le collègue d'Andrieux au corps législatif, et qu'il avait coutume de s'asseoir auprès de lui. Joseph alla le trouver, et lui dit : « 11 me tombe sur les bras une « grande fortune, il faut que mes amis m'aident à « en faire un bon usage; » et Andiïeux fut nommé bibliothécaire de Joseph, avec ti.OOO fr. d'appointements. Il n'oublia jamais ni la grâce du bienfait ni la reconnaissance duc au bienfaiteur. Il a toujours conservé le portrait de Joseph dans son cabinet, et ses lettres lui ont porté tous les ans, dans son exil, des souvenirs honorables pour l'homme qui avait été puissant, et pour celui qui était resté fidèle à son infortune. Aiidrieux reçut dans ce même temps la croix de la Légion d'honneur; il fut encore nommé, en 1604. bibliothécaire du sénat, puis professeurde grammaire et de belles -lettres à l'école polytechnique. Depuis l'an 5 ( 1795 ) , époque de sa fondation, sous le titre d'école des travaux publics, jusqu'à la fin de la république , l'enseignement dans cette école célèbre n'avait embrassé que l'analyse et la mécanique, la géométrie pure et appliquée, la chimie, la physique, l'architecture et le dessin. Andrieux fut donc le premier professeur nommé à la nouvelle chaire; il avait enfin trouvé sa vocation; il était fait pour professer, pour instruire, et nul mieux que lui n'a su faire passer rapidement ses élèves de l'amour de la science à l'attachement au professeur. On les voyait toujours s'empresser pour l'entendre. 0»and il professait à l'une des sections de l'école, l'autre abandonnait la récréation pour venir l'écouter. Mais bientôt ses fonctions ne se bornèrent |<as à donner des leçons : il fut chargé d'examiner les coml»ositions d'analyses grammaticales, faites dans toute la France par les candidats, devant les examinateurs, qui les envoyaient à Paris. Andrieux était dans cette partie le juge suprême. C'est lui qui seul dressait les listes des candidats; et il notait consciencieusement ceux qui n'avaient pas satisfait aux conditions du programme. Il fil pour la dernière fois cet examen au concours d'octobre 1815. Quelques mois après ( murs 4816 ) la restauration lui avait donné dans sa chaire un successeur, M. Aimé Martin. On ajouta à l'enseignement de la grammaire et des belles-lettres, celui de l'histoire et de la morale, ce qui ne rendit pas, pour le successeur, la tacite plus aisée. Andrieux avait fait imprimer en 1807, in-4°, son Couri de grammaire et de bellet-letlrei à l usage de l'école polytechnique; il en a paru depuis une seconde partie. — Ce fut en 1814, que, sur la triple présentation du Collège de France, de l'Institut et du ministre de l'intérieur, Andrieux fut nommé professeurde littérature à ce collège, dont la fondation fit donner à François Ier le titre de père des Mlret. C'est dans cette chaire qu'il a trouvé pendant dix-neuf ans ses plus brillants succès et les jouissances les pins douces pour l'orateur homme de bien. Andrieux ne se bornait pas à enseigner la littérature, il enseignait la philosophie det belles Unies, et c'est sous ce titre qu'il se projiosait de publier son cours. Il chercltait moins à former des écrivains que des hommes éclairés et des citoyens. « Sa parole était simple, spirituelle, malicieuse qucl-

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a quefois, jamais maligne, et toujours empreinte d'une « exquise urbanité... INul ne coulait mieux, ne lançait « mieux une saillie, ne relevait mieux son discours « par Icclwrmc du débit et par la vivacité d'une pan- « tomime expressive... Deux heures avant la leçon, u toutes les places étaient déjà prises... ; pas une pa- « rôle n'était |»erdue, malgré le faible organe de l'ora- « tcur, qui semblait moins une voix qu'un souffle (I). » Dans les derniers temps de sa vie (1814), Ducis voulut aller l'entendre. Dès que le professeur eut aperçu dans l'auditoire le vieillard qui était son ami, il oublia le sujet qu'il allait traiter, et improvisa toute sa leron sur les ouv rages du tragique français. II récita un grand nombre de vers, des scènes entières, et en fit ressortir les beautés avec un talent facile et tout de conviction. Les auditeurs étaient nombreux, ils furent électrisés. I^s applaudissements redoublaient sans cesse; et, quand le professeur eut quitté sa chaire, la belle tète de Ducis, le souvenir de ses triomphes et les éloges île son ami. portèrent au comble l'enthousiasme d'une jeunesse facile à exalter. Le vieux |H)êtc fut entouré, pressé dans une foule de bras, et porté jusque dans sa voiture. Ducis, dont l'àme était plus forte que la tête, fut si profondément ému. et des éloges «lu professeur, et des transports de ses élèves, que sa raison en iwrut un peu troublée pendant trois jours, et que le lion Andrieux fut presque tenté de se repentir d'avoir contribué à cette ovation d'un |voéte alors octogénaire. — Après avoir vu Andrieux jurisconsulte, législateur et professeur, il reste à le voir auteur dramatique, iwête, littérateur et académicien. — 1° Amximiindre, ou le Sacrifice aux Grâces, fut, en 1782, le début d'Andrieux dans la carrière dramatique. Cette petite comédie en un acte et en vers dissyllabes fut représentée le 22 décembre pur les comédiens italiens. I ne romance de François de IVeufcluiteau , imprimée dans VAlmanach des Muses (177:»), intitulée; aussi Anarimandre, et dont le refrain était :

L'esprit et les talents sont bien , Mais sans les Grâces ce n'est rien,

fournit à Andrieux l'idée de sa petite comédie : il fit imprimer la romance avec sa pièce, « pour rendre, « dit-il, a son auteur l'hommage que je lui dois. » Lahar})C annonce ainsi (dans sa Correspondance littéraire ) le succès d'estime, un peu froid, qu'obtint Anaximandre : « \« lit acte d'un jeune homme de « dix-neuf ans, bagatelle assez agréablement dialo- « guée et qui a été bien reçue, » L'auteur dédia ce premier ouvrage à sa sœur, dont il ne s'est jamais séparé, et qui a fait le bonheur de sa vie. 2° La comédie des Etourdis, ou le Mort supposé, en 3 actes et en vers, fut jouée à Paris par les comédiens italiens le 14 septembre, et à Versailles, devant la cour, le 11 janvier 1788. « Celte pièce, dit Laharpe, a « beaucoup de succès et est faite pour en avoir tou- « jours. Le fond de l'intrigue est prit de chose... Ce « n'est pas du comique de caractère, mais c'est du « comique de détail, qui est de fort bon goût. Un

(I) Nmirf d? M. Bfnrllle.

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u dialogue facile et mi, d'une gaieté soutenue, sans «jargon, sans quolibets, sans Taux esprit; un style « ingénieux et naturel, plein de jolis vers et de « saillies fort plaisantes; un développement aisé et « clair dans la marche de la pièce ; des personnages « qui ont tous de la physionomie et le langage qui a leur est propre; assez d'intérêt pour un ouvrage « de ce genre... Voilà ce qui doit distinguer cette « comédie de la foule de ces bagatelles éphémères. « C'est sans contredit la plus jolie que nous ayons « vue depuis les Fausses infidélités ( I7(W ) , et la seule « qui soit écrite de manière à être lue avec plaisir. » Ce jugement d'un critique célèbre qui avait peu d'indulgence pour les auteurs vivants a été résumé ainsi par Palissol, autre critique liabile, mais souvent injuste et passionne : « On retrouve dans les Alourdis « le style et l'ancienne gaieté de la lionne comédie. » Le temps a sanctionné ces deux jugements. Us Étourdis sont restés au répertoire de notre premier théâtre, où de fréquentes rejwésentations ne font que rajeunir leur premier éclat. Les autres ouvrages dramatiques d' Andrieux n'ont point eu le même succès. 3° lss Deux Sentinelles, opéra en un acte et en pros-\ mêlé d'ariettes, musique de Daleyrae, 4788. 4" louis IX en Egypte, tragédie lyrique en 5 actes, en sociét.j avec Guillard; musique de Lemoine, 1790(4). 3° L'Enfance de J.-J. Rousseau, comédie en un arieetcn prose ; musique de Daleyrae ( 171)4), 6° Ifelvèlius, ou la Vengeance d'un sage, comédie en un acte et en vers ( 1802 ).Andrieux a voulu pcintlre, dans un assez mauvais philosophe, un homme de bien, dont les actions valaient mieux que les théories. 7° La Suite du Menteur, comédie de Pierre Corneille, retouchée et réduite en 4 actes, arec un prologue, 1803. Andrieux dit dans sa préface : « Je travaillais sur « un plan et sur des vers de Corneille; et, d'après « les conseils de Voltaire, c'était avoir à la fois un « Iwau modèle et un excellent maître. » Il rend compte des changements considérables qu'il a faits à l'ouvrage du grand (k>rneillc, qui, dit-il, » après « Molière, est peut-être celui des poètes qui a le plus « franchement écrit la comédie. » On trouve ces vers dans le prologue :

O Corneille! ô grand homme!...

Toi (jui dans ce bel art fus notre premier maître,

Toi qui créas Hache, et Molière peut-être!

Dans le Menteur, Dorante ment presque toujours, parce que l'auteur veut qu'il mente ; daas la Suite du Menteur, Dorante rougit de son habitude, forme le projet de ne plus mentir, et ment à chaque instant, presque malgré lui, car c'est toujours la situation qui le force à mentir. Cette idée est comique et morale. Andrieux a fait disparaître des scènes inconvenantes ; il a supprimé, châtié, refondu un grand nombre de vers. 11 a rajeuni une foule d'ex-

(0 Cet opéra réussit; mais an srnl im pouvait en roropromt'dre le saws : lorsque Aeux Bédouins préparaient a tuer le ■tint roi dans la Palestine, l'un d'eux disait : Toi, commence; et I'»uire répondait : Commence, loi. Il fallut r Ranger te ter*, qui déplut au parterre, et qu'aujourd'hui la nouvelle école trouverait fort ko*

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pressions vieillies, et presque toujours il sait ai bien

assortir son style à celui de Corneille, qu'il est souvent difficile de distinguer l'un de l'autre. Cependant cette Suite du Alenteur retouchée fut jouée avec un faible succès au théâtre Louvois. Andrieux, toujours égaré par le jugement de Voltaire, revit son travail en 1808 ; il refondit la pièce, et, à l'exception des trois premiers actes et du rôle de Mélisse, tout le reste est à peu près de son invention. Mais le second essai fut encore plus malheureux que le premier. La pièce n'eut que sept représentations au Théâtre-Français. On trouva qu' Andrieux faisait mentir Dorante sans motifs excusables ; et la critique dit alors que ce qui faisait le plus de tort au Menteur de M. Andrieux, c'était le Menteur de Corneille. 8° U Trésor, comédie en 5 actes et en vers, 1803. En mettant sur la scène un homme qui fouille en vain le sol de sa maison, qu'il a payée trois fois sa valeur, dans le fol espoir d'y trouver un trésor, Andrieux a donné une leçon de morale dans une intrigue amusante. Sept ans s'étaient écoulés depuis le premier succès de cette pièce, lorsque, en 1810, elle fut signalée, par la seconde classe de l'Institut, comme digne du prix qui devait être décerné à la meilleure comédie représentée dans la période décennale. Andrieux proposa que cette palme couronnât l'urne funéraire du plus cher de ses amis, Collin d'Ilarlcville, dont il pleurait la mort récente. Les termes du décret impérial, qui d'ailleurs fut comme une mystification littéraire, ne permirent que d'applaudir à ce rare et généreux dévouement. 7° Le Jeune Homme à l'épreuve, comédie en S actes de Destouches, remise en 3 actes, avec le vicomte de Ségur, 18113; travail sans succès, comme presque toutes les tentatives qui ont été faites par des auteurs vivants pour reproduire sur la scène, revues et corrigées, les œuvres dramatiques des auteurs morts. 10° Molière avec ses amis, ou la Soirée d'Auteuil, comédie en un acte et en vers, 1801 ; légère esquisse, crayon facile, sujet assez triste, égayé par la plaisante physionomie de ce Lully que Molière interpellait quelquefois jiar ces mots : Baptiste, fais-nous rire ! et dont Boilcau disait :

Ses bons mots ont besoin de farine cl de plâtre.

Ceux qu' Andrieux met dans sa bouche sont plus fins et plus polis. Lully n'est plus ce bouffon odieux, ce coquin ténébreux, ce cœur bas dont parle le satirique : c'est un plaisant qui aiguise des saillies dans un vers spirituel. Ce jiersonnage contribua beaucoup au succès d'une comédie où l'on voit une anecdote assez incertaine mise en action : les premiers génies du grand siècle, livrés à une orgie, et près de suivre ce fou de Chapelle qui, déjà noyé dans le vin, veut aller se noyer dans la Seine. M. Onésiroe Leroy remarque avec esprit que, par la manière dont Andrieux sait faire parler les grands poètes réunis à Autcuil, il aurait pu, lui aussi, s'asseoir à leur souper. 11° Le Vieux Fat, comédie en S actes et en vers, 1810. Cette pièce n'eut qu'un faible succès, le sujet était ingrat. Un vieillard amoureux est plus triste encore qu'il n'est ridicule. Andrieux racontait

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que Napoléon lui avait dit un jour : « La comédie ne « corrige personne ; les vices mis en scène sont toujours « si brillants qu'on va les voir plutôt pour les imiter « que pour les fuir. » Frappé de cette observation, Andrieux mit, dans sa nouvelle comédie, ces vers :

Souvent des jeunes fats on a fait le portrait : Les grâces que toujours sur la scène on leur donne Font qu'on les a joués sans corriger personne. On trouve aimable en eux ce qui devrait choquer, On va les applaudir au lieu île s>o moquer.

Andrieux a réduit plus tard le Vieux Fat en trois actes, mais il ne l'a pas remontré sur la scène. 12° La Comédienne, en 5 actes et en vers, 1816; la meilleure pièce d' Andrieux, après celle des Etourdit, et dont le succès s'est toujours soutenu, quoique les comédiens eussent d'abord pris pour une satire ce que les dévots regardaient comme une apologie. 13* Le Manteau, ou le Rêve supposé, 1826, élégant badinage, dont le succès, d'abord contesté, fut bientôt assuré par d'heureuses corrections. 14* Junius Bru tus, tragédie en 5 actes et en vers, représentée sur la première scène française en 1828. On ne s'attendait guère à voir l'auteur des Etourdis chausser le cothurne à soixante-dix ans, et obtenir, dans cet âge avancé, un triomphe, tandis que Voltaire avait vu les siens s'arrêter à soixante-quatre ans. Sans doute les vers d'Andricux n'ont [joint l'éclat de ceux de Voltaire. Sa pièce est moins forte, mais clic offre un intérêt plus touchant. Andrieux avait commencé cette tragédie sous la république, bien longtemps avant de la reprendre et de la terminer sous la restauration. Le premier acte était fini en 17!)7. (Voy. le Magasin encyclopédique, 2» année, 1797, t. 5, p. 277 et 390.) 15- Le Jeune Créole, drame imité de Cumberland. 16° Lénore, imitation de la tragédie de Jane Shore, par Rowc, en 5 actes et en vers. Ces deux dernières pièces n'ont pas été composées pour être jouées, mais l'auteur les a fait imprimer et on les lit avec intérêt. — Les lettres présentaient au commencement de la révolution un rare phénomène : trois rivaux étroitement unis, les trois premiers auteurs de la scène comique (Picard, Andrieux, Collin d'Harle ville), sans jalousie de leurs succès, s'aidant réciproquement de leurs conseils et même de leurs travaux, quoique leurs noms ne s'attachent jamais réunis à aucun de leurs ouvrages. Mais Andrieux fut le héros de cette trinitc modèle. On ne sait pas assez tout ce que lui dut Collin, quoique Collin n'ait pas voulu le laisser ignorer. Dans l'avertissement de l'Inconstant (1786), son premier ouvrage et celui où il y a le plus de verve comique, il fait éclater sa reconnaissance pour les amis qui l'ont aidé ; mais ils n'ont pas voulu être nommés, et il se plaint que sa sensibilité rencontre ainsi des entraves. Dans sa prélace de l'Optimiste (1788), Collin nomme enfin Andrieux, u cher & mon

« cœur, dit-il, par ses vertus cl par son amitié

c Je ne parle pas des vers qu'il m'a prêtes çà et « là.... je déclare qu'il y a dans l'Optimiste une « scène tout entière de lui.... ce n'est pas la moins « bonne assurément. » Mais c'est surtout dans

la préface de la comédie des Artistes (1797), que Collin explique lui-même pourquoi, comme le remarque Palissot dans ses Mémoires, la verve comique de l'auteur de l'Inconstant était toujours allée s'affaiblissant dans l'Optimiste, dans les Châteaux en Espagne et dans le Vieux célibataire. C'est que, encouragé par ses succès dans un genre doux et sentimental qui faisait tourner ses comédies au drame, il avait cru moins nécessaire d'invoquer la verve spirituelle et piquante de l'auteur des Etourdis. Mais la chute des Artistes, précédée de celle d'une autre pièce ( Etre et paraître), jeta Collin dans un grand abattement, et il s'exprime ainsi dans la préface des Artistes: « Pénétré d'une mélancolie profonde et « sans remède.., et toujours seul dans mes bois, j'al- « lais m'y ensevelir pour jamais... Mes amis m'ont « retenu, m'ont ranimé, m'ont presque forcé de re- « toucher ma pièce. Le plus cher de tous ces amis, « l'aimable auteur des Etourdis, qui, depuis ce pre- « mier chef-d'œuvre, n'a, je crois, à quelques cliar- « mants contes près, fait de vers que pour moi, qui « semble avoir mis son bonheur dans mes succès, son a orgueil dans ma réputation, Andrieux, non con- « tent de m'avoir déterminé à corriger ces Artistes, o ne m'a plus quitté pendant le temps de ce travail « ingrat. Conseils, critiques, secours, j'ai tout trouvé « en lui : que ne lui dois-jc pas? Oui , je me fais « un devoir, un délice de rendre un hommage écla- « tant à ce modeste et généreux ami. Cher Andrieux I « puissent nos deux noms n'être jamais séparés! » Cet aveu naïf aurait dû désarmer la critique la plus malveillante ; mais Palissot sut y trouver matière au persiflage le plus amer. ( Voy. ses Mémoires.) — Les poésies fugitives d' Andrieux lui ont assigné, dans le conte et dans l'épltre, une des premières places parmi les poètes de notre âge : à la marche libre et dégagée d'Horace il unit plus d'une fois la naïveté de la Fontaine cl l'esprit de Voltaire. Son style, comme celui de ces trois écrivains, c'est-a-dirc celui qui convient aux deux genres, est léger, facile et négligé. Dans l'Epttre au pape (1790), Andrieux trace le plan d'une bulle philosophique où le souverain pontife est censé avouer ce qu'on a appelé le secret de l'Église. Quoique celte pièce çùt toute l'empreinte de l'esprit du temps, Fabre d'Ëglantine en fit une critique acerbe qu'il intitula : Réponse du pape. On trouve aussi l'esprit du temps dans les Français au bord du Sciolo, épitre à un émigrant pour Kcntuky (Mercure de février 1791). Cette épitre devait fournir à l'auteur le sujet d'une comédie. La Réponse des chevaliers français au prince de Neutried porte également le cachot de l'époque où elle fut publiée (Moniteur, 1792). Le Meunier de Sans- Souci (1797) est un des plus jolis contes d' Andrieux. Laharpc voulut en enrichir sa correspondance littéraire avec le grand duc de Russie : « 11 y a, disait- « il, de la gaieté et du naturel dans la versification. « Cela vaut un peu mieux que nos rapsodics de théâ- « ire. » Le conte est terminé par ces deux vers sur Frédéric le Grand :

11 mit l'Europe en feu, ce sont là jeux de prince : On respecte un moulin, on vole une province.

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Cette liberté eflt bit disgracier le correspondant à une autre éi>oquc ; elle ne pas fut même alors un acte de courage. L Doyen de Badajoi, conte tiré du recueil de l'abbé Blancbct, et qui contient une bonne moralité, fut lu à une séance publique de l'Institut, en 1798. La Querelle de St. Roch et de St. Thomas, sur l'ouverture du manoir céleste à mademoiselle Chameroy (1802), est une satire philosopbique à laquelle Andrieux n'attacha pas son nom, mais qu'il n'a jamais désavouée : le sujet est le refus fait par le curé de St-Roch de recevoir dans son église le corps d'une danseuse de l'Opéra, qui fut reçu par le curé de St-Tbomas. C'est une plaisanterie ingénieuse, mais trop libre dans les détails. La gaieté philosophique est aussi poussée trop loin dans la Bulle d'Alexandre VI, traduite ou imitée d'une nouvelle de l'abbé Casti, 1802. On trouve plus de mesure, avec le même esprit, dans l'Enfance de Louis XII, et quelques traits de sa vie, le tout pris dans l'histoire de France : c'est un des contes les plus plaisants d'Andrieux : il fut composé dans les derniers temps de sa vie, et lu à la séance publique annuelle de l'Institut, le 25 août 1830; il est imité d'une comédie bistorique de M. Roederer, intitulée l'Enfance de Louis XII. ou le fouet de nos pères. Les autres routes d'Andrieux ont pour titre : le Procès du sénat de Capoue, 1795; l'Hôpital des fous, 1700; le dieu Sérapis, anecdote tirée de Flavius Joséplic (1800) ; l'Alchimiste et ses enfants (1801) ; le Souper des six sages ; Cécile et Térence (ce conte sert de réponse à une épltre de Ducis) ; le Samaritain, touchante parabole dans laquelle le poète répond à la dénonciation d'un journal qui lui lit perdre sa place de professeur a l'école pol y technique. Andrieux s'est exercé dans d'autres genres : nous citerons parmi ses dialogues en vers : Socrate et Glaucon (1707) ; le Dialogue entre deux journalistes sur les mots uonsiecr et citoyen, fut lu par le comédien Moléà une .séance publique de l'Institut (1707). Andrieux peignait ainsi les journalistes du temps :

Politiques profonds et menteurs quelquefois, Gouvernant l'univers à neuf francs pour trois mois.

Mais il sembla s'être mieux i>eint lui-même dans ces vers :

Mon esprit n'admet rien qui soit exagéré;

Et j'ai même eu l'affront qu'on me crût modéré.

On remarque dans ses fables S le Passager et le Pilote (1795) ; l'Olivier, le Figuier, la Vigne et le Buisson (1797). Andrieux a composé aussi un grand nombre d'autres petits ouvrages ; des Stances patriotiques sur Barra et Viola, etc. Ces pièces, qu'il n'a pas toutes recueillies dans ses œuvres, entre autres : YEpftre au pape; la Huile d'Alexandre VI; la Querelle de St. Roch et de St. Thomas, etc. , parurent imprimées séparément , ou publiées dans l'Almanach des Muses, le Mercure, le Moniteur, la Décade, le Magasin encyclopédique, et autres recueils. Vers la fin de sa vie, sans avoir rien perdu de son esprit facile, de sa douce gaieté,

et il le fit avec succès dans sa tragédie de Brutus et dans son Discours en vers sur la perfectibilité de l'homme. Ce discours, où la manière de Voltaire est heureusement rappelée, fut récité dans la séance où MM. Casimir Dclavignc et Droz furent reçus à l'Académie française (7 juillet 1825). Andrieux avait commencé trois autres discours en vers qui devaient faire suite au premier : h mort l'a empêché de les terminer. — Ses travaux comme académicien annoncent à la fois un talent flexible et un zèle courageux. Il avait été admis a l'Institut lors de sa crea- . tion, dans l'an 5 (1797). Il fut nommé le second ! membre de la 3* classe (littérature et beaux-arts) . j 11 lit les rapports sur les concours pour les prix de 1798 et 1799; sur le prix pour l'éloge de Boileau, en 1802. Il avait été reçu membre résident de la société philotechniquc, le 24 octobre 1804. Il fut maintenu membre de l'Institut (Académie française) par ordonnance du 21 mars 1816. Il remplaça Morellet dans la commission du Dictionnaire, en 1819. 11 consacrait tous les jours plusieurs heures au travail de la commission, et il disait tantôt riant, tantôt sérieux : Je mourrai du Dictionnaire. C'est qu'il s'en occupait avec un zélé beaucoup plus actif que celui de tant d'autres académiciens que le fameux Dictionnaire a fait longtemps vivre plus à l'aise; et voilà pourquoi sans doute ce lexique, bientôt deux fois séculaire, toujours très-bien fait, reste toujours à faire. Andrieux lut à une séance, et on trouve imprimé dans les Mémoires de l'Institut, un Rapport sur la continuation du Dictionnaire de l'Académie française. Après la mort d'Auger il fut nommé secrétaire de cette compagnie. Alors il embrassa avec ar deur l'ensemble et les détails de l'administration ; il prit part aux travaux des diverses commissions, rédigea les programmes pour les concours et des livrets pour les prix de vertu. On peut regarder comme modèles en cette partie son rapport sur le prix d'éloquence, dont le sujet était le courage civil (1832) ; son rapport sur le concours à un prix extraordinaire de 10,000 fr. sur ce sujet : de l'influence des lois sur les mceurs, et de l'influence des moeurs sut les lois (1832) ; et surtout son rapport sur un autre prix extraordinaire de 10,000 fr. pour un discours sur ce sujet : de la charité considérée dans son prin ■ cipe, dans ses applications et dans son influence sur U$ mœurs et sur l'économie animale. Ce travail était comme un traité complet sur la question proposée ; ce qui fit dire 4 un académicien que c'était au rapporteur que le prix devait être donné. On distingue parmi les programmes qu'il rédigea celui qui concernait le prix de poésie de 1835, sur ce sujet : la mort de Silvain Bailly, maire de Paris ; et celui du prix d'éloquence à décerner en 1834 : l'éloge historique de Montyon. ( Voy. ce nom. ) Andrieux eut un rare bonheur dans sa vie liuéraire : il lui lut difficile de compter le grand nombre de ses amis, et il ne se connut point d'ennemis. Le vieux Ducis aimait son caractère autant qu'il estimait son goût sûr et sa littérature. Il le priait de revoir ses poésies, d'être {tour lui un sévère critique ; et il disait dans une épllre :

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J'ai besoin du censeur implacable, endurci, Qui tourment. lit Coltin et me tuurmcntc aussi.

Ce fut Andrieux qui peignit, dans le tragique célèbre,

L'accord d'un beau talent et d'un beau caractère.

Ce vers fat gravé, comme devise, sur la médaille de Ducis ; et depuis on l'a souvent appliqué, soit dans les livres, soit à la tribune, aux nommes qu'on a voulu peindre d'un trait honorable et rapide. Andrieux avait conservé dans son cabinet le buste de Ducis. 11 l'a légué à M. 0. Leroy, qui a inscrit au bas ce vers de l'auteur d'IIamlct à M. Campcnon :

C'est au bou Andrieux, aini, que je to dois (4).

— Il hut ajouter, pour compléter la nombreuse série des travaux littéraires d' Andrieux : 1° le Portrait, ou la Matinée d'un amateur, Paris, 18 H. Le héros de cette aneiriote est M. Français de Nantes, alors directeur général des droits-réunis, qui aimait à s'entourer de poètes et d'artistes. Parny, l'auteur de Marie Sluart, cl plusieurs autres, avaient plutôt des traitements que des places dans ses bureaux. 2e Notice $ur la vie et les outrage* de Charles de Waitly, architecte, 1T99. 3* Trait historique de la vie du roi de Prusse, 4797. 4° Notice sur la vie de Collin a" Harleville, avec un commentaire sur le Vieux Célibataire, dans le recueil intitulé Théâtre français. Andrieux s'était proposé d'écrire la vie de Picard, et de payer à sa mémoire le tribut dont il s'était si bien acquitté avec son ami le phis cher. 5* Les Querelles des frères, ou ta famille bretonne, pièce de Collin, qui, vendue par mégarde avec de vieux papiers, et trouvée par hasard dam le magasin d'un épicier, fut, dans son état d'imperfection, arrangée par Andrieux, et représentée aveeun prologue touchant ; le succès de ce prologue ne fut pas moindre que celui de la pièce, et détermina ce dernier peut-être. 6" Andrieux fut, avec Ginguené, en 1794, un des fondateurs et des principaux rédacteurs de fa Décade philosophique et littéraire. 1) y inséra nn grand nombre d'articles signés A (2). 7° Il concourut à la traduction en vers français des Fables russes de Kriloff, publiées à Paris par lecomteOrlow,en 2 vol. in-8°. 8° Il a travaillé à la collection des Théâtres étrangers. 9° Il a fait insérer dans la Revue encyclopédique de savantes dissertations sur le Prométhée d'Eschyle et sur le théâtre des Grecs. 40° Il a traduit, pour la Bibliothèque latine-française, le traité de l'Orateur de Cieéron. 44* Des Notices historiques sur Louis XII, Guillaume Budée et Henri IV, insérées dans la Galerie française. 12° Andrieux fut, avec MM. Charles Nodier et Lepeintrc, éditeur de la Bibliothèque dramatique, avec des notices et l'cxa-

(<) M. Leroy a dépose a la til»lk>tfa«!qu« de Valenriennes, sa

patrie. In lettre» originale» qui lai avaient ett écrites \mr Andrieuv comme an monument d'estime et d'amitié de ret académicien. « (In lettre* manuscrites sont, dit-Il, mes titres, mes parrue- « mins a moi. » Andrieux avait encouragé les premiers pas faits arec bonheur par M. Leroy dans la carrière des lettres.

(8) Ce journal a été continue jusqu'au 21 septembre (807, et forme 54 vol. in-»*, recueil important et recherché pour l'esprit •oliityae et littéraire de cette période de quatorze ans.

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men des pièces (la seconde livraison, 4824, contient : Anaximandre, Us Etourdis cl Molière avec ses amis). En 4800, Andrieux publia un recueil de Contes et opuscules en vers et en prou, 4 vol. in-8°. La plupart des contes en vers avaient déjà été insérés dans la Décade. Les contes en prose ont pour titre . le Contrat de mariage; la Perruque blonde; les Fausses Conjectures; Amour et Humanité; le Dernier Couvent de France. En 1847 les Œuvres d" Andrieux furent imprimées à Paris, 3 vol. in-8° ; mais ce recueil est loin d'être complet. Plusieurs pièces en ont été bannies par l'auteur. En 4823, il parut un tome 4e, conteuaut le Manteau, Lénare, des notice» historiques, etc., et une édition en 6 vol. in- 18, avec portrait. Depuis 4823, Andrieux a composé un Essai sur Us langues, et il a rédigé plusieurs actes d'un drame historique sur la révolution d'Angleterre. Il s'était occupé d'un travail important sur Piaule. Il faisait imprimer, sous le litre de Philosophie tt\ sbeUt itres. son cours au Collège de France, et les deux premiers volumes étaient presque terminés; il projetait de traduire en vers français gli Animaliparlanti de l'abbé Casti ; il se disposait enliu a rédiger ses mémoires, lorsque, à l'époque de l'invasion du choléra, il sentit tout à coup ses forces s'affaiblir ; sa santé devint chancelante ; forcé d'interrompre son cours, il essaya plusieurs fois de le reprendre. On le pressait de se reposer : o Non, disait « il, un professeur doit mourir en professant » Un jour qu'on insistait, il répondit : « C'est mon seul « moyen d'être utile maintenant : qu'on ne me l'en- « lève pas ; si on me loir, il faut donc me résoudre a à n'être plus bon à rien. » Déjà les médecins l'avaient condamné ; mais il ne sentait pas sa fin s'approcher. 11 ne pouvait se résoudre â quitter sa chaire : « Vous y périrez, lui dil-on un jour. — Eh a bien ! c'est mourir au champ d'honneur. » Et il allait mourir quand le jour de sa fétc arriva : ses enfants et sa sœur vinrent l'embrasser, « des fleurs u dans les mains, le sourire sur les lèvres et le deuil « dans le cu>ur (4). » 11 était gai, riant, heureux... Quatre jours après il avait cessé de vivre, le 9 mai (833, à l'âge de 73 ans. Un très-nombreux concours démembres de l'Institut, de savants, de littérateurs, d'artistes, d'anciens et de nouveaux élèves de l'école polytechnique, suivit son convoi. — Peudant trente ans de professorat, Andrieux a formé plusieurs générations d'iiommes qui, en diverses carrières, ont illustré la France. U fut juge intègre, législateur sans ambition, poète aimable, joyeux conteur : il a revêtu d'un style plein de naturel et de grâce des idées philosophiques. Sa narralion est ingénieuse, sa saillie piquante, sa gaieté pleine d'atticistne. On lui a reproché une poésie négligée. Mais dans la comédie comme dans l'épitre et dans le conte, si la négligence est soignée, loin d'être un défaut, elle devient un mérite; alors le vers peut ressembler a de la prose , seulement il ne lui est pas permis d'en être. Il faut cependant dire qu'écrivant sans prétention, Andrieux a plus d'une fois porté

H) Mirr «t M. Benrllle.

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cette négligence trop loin. « Est-ce que je suis un « homme de lettres? » disait-il souvent dans sa famille. t"n soir il réunit ses enfants pour leur lire une pièce que Picard avait jugée digne des honneurs de la scène. Ses enfants se montrèrent plus sévères ; et lorsqu'il revit Picard : « Ma foi, mon ami, lui « dit-il en riant, j'avais réussi devant toi, mais je a suis tombé devant mes enfants ; » et il ne songea plus à appeler de leur sentence. V— ve.

ANDRISCUS , appelé par les Romains Pseido- Philippcs ( le faux Philippe). Selon les historiens latins, les seuls qui aient parle de lui, il naquit à Adramyttium , dans la Troade , de parents d'une très- basse condition. Seize ans après la mort de Persée , roi de Macédoine, il prétendit être fils naturel de ce prince, et prit le nom de Philippe. Il assurait que son père, inquiet sur les résultats de sa guerre contre les Romains , l'avait envoyé à Adramyttium pour y être élevé comme le fils d'un particulier indigent. Il ajoutait que ce secret de sa naissance se trouvait consigné dans un écrit de la propre main du roi. Ce qui rendait ce récit plus croyable , c'était la ressemblance frappante qu'Andriscus avait, dit-on, avec Perséc. Pour se dérober aux effets de la liaine qu'Eumcnes portait à ce prince et à sa famille, Andriscus se retira vers Démétrius Soter, qui avait épousé la sœur du roi de Macédoine , et de qui il espérait des secours. Soit que Démétrius le regardât comme un inqiosteur, soit plutôt qu'il craignit la vengeance des Romains , il le livra a la république , et le fit conduire à Rome. Andriscus y fut enfermé ; mais ses prétentions iuspirérent peu d'inquiétude , dans un moment où Alexandre, lils légitime de Perséc , se contentait de l'emploi de secrétaire du sénat. On le garda si négligemment , qu'il s'échappa et se réfugia en Thrace. Les Macédoniens souffraient impatiemment la domination de leurs vainqueurs, et on ne songeait ni à faire droit à leurs plaintes, ni à les contraindre au silence par la force. D'un autre côté , Andriscus avait inspiré de l'intérêt aux Thraees, et les avait sans peine alarmés sur la conduite violente et perfide des Romains. Il rassembla un certain nombre de partisans, qui s'attachèrent à sa fortune , marcha en Macédoine , et se déclara héritier du trône. Ses succès passèrent d'abord son attente. Il se rendit maitre de tout le royaume, presque sans obstacle, et en moins de temps qu'il n'en avait fallu aux Romains [»our vaincre Persée. Rome, étonnée de ces événements, et voulant empêcher le mal de s'étendre plus loin, envoya Scipion Nasica, qui , a la tête d'une armée auxiliaire d'Achéens , arrêta la marche d'Andriscus, déjà maitre de la Thessalic, cl le força de rentrer en Macédoine. Le sénat , convaincu de la nécessité de mettre promptement fin à cette guerre , lit marcher contre Andriscus le préteur Juventius Thalna. Ce général avait un courage trop emporté ; il méprisa son ennemi , s'avança sans précaution en Macédoine, et fut totalement défait. Il perdit même la vie, ainsi que Q. Olius, son premier lieutenant. Cette victoire affermit Andriscus sur le trône. Les Cartliaginois , prés d'être engagés dans leur troisième guerre contre Rome , lui en-

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voyérent des ambassadeurs pour le féliciter , et lui proposèrent une alliance, qu'il accepta. Il avait supporté l'adversité avec une fermeté héroïque ; mais son caractère ne fut point à l'épreuve de la prospérité. 11 devint tyran, et, par des actes d'oppression et de cruauté , perdit l'affection de ses nouveaux sujets. Cependant ils continuèrent de lui obéir , dans l'espoir d'échapper pour toujours au joug des ltomains, qui ne tardèrent pas a envoyer en Macédoine Q. Ctcilius Métellus avec une nombreuse armée. Andriscus rassembla toutes ses forces, et combattit vaillamment; il obtint d'abord l'avantage dans un combat de cavalerie ; mais , enivré de ce succès , il eut l'imprudence de faire passer un corps nombreux de son armée en Thessalic, pour défendre ses conquêtes. Métellus , profitant de cette faute , lui livra bataille, la défit complètement , et le contraignit de se retirer de nouveau chez les Thraces. Ces peuples reçurent avec amitié lu monarque fugitif, et lui fournirent une nombreuse armée , avec laquelle il pouvait encore faire tête aux Romains, s'il eut temporisé ; mais, impatient de réparer promptement sa défaite , il se hâta de livrer à Métellus une seconde bataille qu'il perdit. Ses affaires furent complètement ruinées par ces deux défaites , qui lui coûtèrent 25.000 1 tommes. Il se réfugia chez Rysas, petit prince de Thrace, qui le livra aux Romains. Métellus le conduisit à Rome, ou il fut mis à mort par ordre du sénat , Tan 147 avant J.-C. I,a guerre qu'il avait excitée fut regardée comme si importante, que son vainqueur obtint le surnom de Macédonique, et les honneurs du triomphe. Les historiens ont présenté Andriscus comme un imposteur ; mais il n'est nullement démontré qu'il ne fût pas un de ces princes malheureux que les Romains calomniaient pour mieux les opprimer. I) — T.

ANDROCLÈS, lils de Phintes, et roi des Messéniens, avec Antiochus son frère, fut tué dans une sédition, comme on le verra a l'article de ce dernier. Ses enfante se retirèrent à Sparte, et, lorsque la première guerre de Messène fut terminée, les Lacedémoniens leur donnèrent le canton nommé Hyamie. Androclés et Phintas, ses descendante, prirent les armes avec les autres Messéniens, dans la seconde guerre de Messène, et ils furent tués en combattant à la bataille de la Grand'Fosse. C — a.

ANDROCYDES, peintre, naquit a Cyzique, et fut contemporain et rival de ZeuxLs. Il peignit, à Thébes, un tableau de bataille, qu'il fut obligé d'abandonner sans le finir, lors de la révolte des Thébains contre Sparte. Ce tableau fut ensuite consacre dans un temple, par le conseil de Ménédyde, orateur, ennemi de Pélopidas, qu'il croyait humilier par là ; car la victoire qui y était retracée avait été remportée par un autre général. Androcydcs avait peint avec un art merveilleux les monstres marins qui entouraient Scylla. L — S — £.

ANDROMACHUS était, par sa naissance et ses richesses, l'un des principaux de Naxos, ville de la Sicile. Cette ville ayant été détruite par Denys l'Ancien, Andromaclius en rassembla les habitante, et s'établit avec eux sur le mont Ta unis, dans le voi-

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sinagc de son ancienne patrie ; ce qui donna naissance à la ville de Tauroméne, qui fut fondée l'an 395 avant J.-C. Il parait qu'il s'y maintint dans l'indépendance ; car, lorsque Tinioléon vint pour délivrer la Sicile du joug du tyran Denys le Jeune, l'an 343 avant J.-C., Andromachus le reçut dans sa ville, et engagea ses concitoyens à se réunir aux Corinthiens, pour affranchir la Sicile. Timée l'historien était son fils. C— n.

ANDROMACHUS, premier médecin de Néron, naquit dans l'Ile de Crète, et se rendit fameux par le médicament appelé thériaque, dont il est l'inventeur. On ne sait rien de ses principes et de sa métlwde en médecine, et on n'a de lui qu'un recueil de médicaments composés, la plupart de son invention; Galien le loue sous ce rapport. C'est dans un poème en vers élégiaques, intitulé : frOrfm (calme, tranquillité), dédié a Néron, qu'il donne le secret de la composition desa fameuse thériaque, l«ftt«, wi; (remède contre les poisons). Jusqu'à lui, on n'usait que de l'antidote de Mithridate, dont la thériaque, du reste, ne diffère que par l'addition de vipères. Les empereurs romains attacliaient une grande importance à la préparation de ce médicament, compose de soixante substances, et ils le faisaient fabriquer dans leur palais. De nos jours, en certains pays, cette préparation est très-si m pli liée ; à Berlin, par exemple, ce n'est plus qu'un composé de quatre substances, dont l'opium est la base. 1-e poème d'Andromachus nous a été conservé par Galien, dans son traité de la thériaque, adressé à l'ison. Galien observe qu'Andromachus avait écrit cette formule en vers, pour qu'elle IV-. i moins sujette à élre altérée par les copistes. Moïse Charas en a publié, en 4(i68, in- 12, une traduction. Andromachus introduisit un usage inconnu avant lui, en prenant le titre d'archiater, ou premier médecin, des empereurs. — Son fils, nommé Arvnnou u :m s comme lui, fut aussi archiater de Néron, et il laissa sur la médecine un grand nombre d'écrits que le temps n'a point respectés. C. et A— y.

ANDRONIC V* (Comnène), empereur de Constantinople, né l'an 1410, était petit-lils, par son père Isaac, d'Alexis Comnène. Il parvint par son audace, sa souplesse et son élwnience insinuante, à captiver la faveur de l'empereur Manuel Comnène, son cousin. Celui-ci vivait publiquement avec sa nièce Tliéodora, dont la sœur, la jeune Eudoxie, franchissait pour Andronic toutes les bornes de la pudeur et de la décence publique ; elle le suivait à l'année, et partageait ses fatigues, ses débauches et ses dangers. Ce commerce scandaleux, plusieurs attentats contre la personne même de l'empereur, et enfin les intelligences secrètes d'Andronic avec les Turcs et les Hongrois, forcèrent Manuel à le faire arrêter. Il languissait depuis quatre ans dans une tour du palais, lorsqu'il parvint à pratiquer dans sa prison une issue qu'il masqua adroitement, mais qui ne le conduisit que dans un cachot voisin. Cependant le bruit de son évasion se répandit dans Constantinople; Manuel, irrité et ne sachant qui soupçonner de cette délivrance, fil enfermer la

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