‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 16 sur 129 · KO ABD · texte numérisé non relu

KO ABD

raine fût tué , et les vaincus se retirèrent en désordre. Au milieu de la confusion de la nuit, les diverses ' tribus musulmanes de l'Orient , de l'Afrique et de l'Espagne , tournèrent leurs armes les unes contre les autres ; et chaque émir, ne songeant qu'à sa sûreté, fit avec précipitation sa retraite particulière. 80,000 Sarrasins se retirèrent , pendant la nuit , sans être poursuivis par les vainqueurs, qui, le lendemain, pillèrent le camp d'Abdérame, où ils trouvèrent les tentes toutes dressées et des richesses immenses, dépouilles des provinces que les Arabes avaient ravagées. l.i nouvelle de cette grande victoire fut bientôt répandue dans le monde clirétien. Les moines des Gaules et de l'Italie assurent, daas leurs chroniques, que Cliarles écrasa près de 400,000 musulmans avec son marteau (c'est de la que le surnom de Martel fut donné à ce prince) , et que les chrétiens ne perdirent que 4500 hommes. Mais l'inaction du vainqueur après la victoire prouve assez que sa perte fut plus considérable. On s'étonne, avec raison, que les anciens historiens n'aient pas donné des détails plus complets et plus authentiques de cette journée mémorable , qui sauva la France , et sans doute l'Europe, du joug des musulmans. Les débris de l'armée d'Abdérame se réfugièrent A Narbonnc, et les musulmans ne songèrent plus à la conquête des Gaules. . B— p.

ABDERAME ( Abdoil, - Rahuan- Ben - Moa'wyah , dit Aboc-Motiihep-el-Safar ), premier calife ommiade d'Espagne, né à Damas, l'an 1 13 de l'hégire (734 de J.-C), n'avait que dix-huit ans lorsqu'il échappa au massacre des princes de sa famille, qui régnait à Rimas. Poursuivi par des soldats chargés de le tuer, il se réfugia dans une forêt , sur les bords de l'Euphratc, où il vit égorger son frère et son fils. Après avoir erré longtemps, il passa en Afrique , y courut de nouveaux dangers, et ne trouva d'asile contre la fureur des Abbassides qu'A Bargah, dans la puissante tribu de Zenata. Ce fut de là qu'il envoya en Espagne l'Arabe Bedr pour sonder les esprits. Ce pays était alors en proie aux divisions des conquérants qui y avaient passé d'Afrique, de Syrie, et même du Khoraçan. Accoutumés à la puissance des Ommiades, et fidèles à ces princes maliieureux , ils reçurent avec joie l'émissaire de l'illustre fugitif, qu'ils s'engagèrent à reconnaître pour leur chef dès qu'il viendrait combattre à leur tète. Abdérame débarqua A Almoncarau mois d'août 733, avec quelques amis attaches à sa fortune, et réunit bientôt un grand nombre de partisans, qui le proclamèrent émir d'Occident le 13 mars 736, à Archidona. Séville lui ouvrit ses portes ; le 20 mai suivant, il passa le Guadalquivir, et remporta une victoire complète sur Jousuuf-el- Fahry, vice-roi pour les Abbassides, qui prit la fuite et laissa toute l'Espagne au pouvoir du vainqueur. Sous Abdérame, cette contrée devint florissante , de faible et misérable qu'elle était sous des vice-rois amovibles. Le nouvel émir d'Occident forma d'abord le projet de détrôner les Abbassides, qui avaient usurjHî le califat ; il en fut détourné par les troubles «nie ceux-ci lui suscitèrent en Espagne. Après quelques tentatives ntalbeureuses pour enlever la Galice et les

ABD

Asturies aux chrétiens, Abdérame renonça aux conquêtes , et favorisa le commerce et les arts. Mais il ne fut pas longtemps en paix : de nouvelles révoltes, excitées par les Abbassides, des guerres renaissantes avec les rois de Léon , l'irruption des Français dans la Catalogne, l'occupèrent sans cesse : il triomplia, par sa valeur et son activité, de tant d'ennemis; et, soutenant le sceptre avec gloire, il mérita le surnom de Ju*(e. Au milieu des troubles et des périls, Abdérame cultiva et protégea les arts et les lettres , fortifia et embellit Cordoue, éleva un palais magnifique, et commença cette belle mosquée qui fait encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs. Ce prince mourut l'an 787 de J.-C. , âgé de 69 années lunaires, après en avoir régné 33. De tous les monarques de son temps, Cbarlemagne seul l'effaça par la gloire des armes, mais ne put lui disputer celle d'avoir été le plus éclairé et le plus généreux des princes de son siècle.Les chrétiens eux-mêmes eurent à se louer de sa modération. Il a laissé des poésies très-estimees des Arabes. Son autorité, qu'il avait établie sur des fondements solides, jwssa sans obstacle à son fils Hakem. B— p.

ABDÉRAME II ( Abdoul-Raii aman-Ben- Al* Harem), surnommé el-Mouzzaffkh, c'est-à-dire le Victorieux , 4* calife ommiade d'Espagne , I ils d'AMlakem , auquel il succéda l'an 8*2 de J.-C, 2<H> de l'hégire, à l'âge de 30 ans. La fortune le seconda dès son avènement au trône, et le délivra d'Abdoutlah, son grand-oncle, qui, ayant pria les armes pour lui ravir le sceptre , fut poursuivi et forcé de s'enfermer dans la ville de Valence , où il mourut de chagrin. L'année suivante, Abdérame s'empara de Barcelone et en chassa les Français. Fidèle au plan de ses prédécesseurs, il songeait i poursuivre cette guerre , lorsque la révolte des villes de Mérida et de Tolède le for» a de différer son entreprise. 11 lui fallut rétablir le calme dans son royaume , et chasser les pirates normands qui avaient pillé les villes de Lisbonne , Mcdina-Sidonia, Cadix et Séville. Reprenant ensuite ses projets contre les chrétiens . Abdérame envoya successivement contre Ramire , roi de Léon et des Asturies , deux armées qui furent repoussées. Après une longue alternative de succès et 'de revers, ce prince renonça aux conquêtes pour faire fleurir les arts au sein de la paix. Cordoue fut pavée , ornée de beaux édifices; plusieurs forteresses et une flottille garantirent sa sûreté. Ln cour d'Abdérame devint la plus brillante de l'Europe; il y attira les poètes et les philosophes de TOrient , et en fit le séjour des arts , des sciences et des plaisirs. Cependant ce prince, dont les munira étaient si douces, fut, dit-on, intolérant. Il permit aux musulmans , par un édit, de tuer surle-champ tout chrétien qui parlerait mal du Coran et de Mahomet. Son règne fut l'époque où les chrétiens commencèrent A balancer la puissance des musulmans. Ramire le vainquit; l' Aragon eut ses souverains particuliers; la Navarre devint nn royaume; tout le nord de l'Espagne enfin se déclara contre le calife de Cordoue. 11 mourut dans sa capitale, d'une attaque d'apoplexie, l'an 852 de J.-C. , Agé de 02 ans ; il en avait régné 31. Il a composé, en arabe,

tlc$ Awt(àlc$ rfif / /', <p> i tj ut' H t*ul . de SC9 tliffort*ï)t(*3

ABD

•mimes, quarante-cinq fils et quarante et une filles. Mohammed, l'alné de ses fils, lui succéda. B — p.

ABDERAME III ( Abuol l-Rahaman } , 8* calife ommiade d'Espagne, surnommé Al-Nassir- LinrN- Allah (protégeant le culte du vrai Dieu), était neveu d'Abdoullah , calife de Cordoue. A la mort de ce prince , les Arabes de la capitale intervertirent l'ordre de la succession , et écartèreut les fils d'Abdoullah , en faveur d'Abdérame, qu'ils placèrent sur le trône, Tan 912. Tout était dans le trouble ; des provinces entières avaient seconé le joug. Abdérame justifia le choix des musulmans, et dissipa ]es rebelles que ses prédécesseurs n'avaieut pu soumettre. H prit le titre pompeux d'Emyr-el-Moum< nyn [prince des croyants), que les chrétiens d'Espagne ont altéré et traduit par le mot miramolin. Tandis qu'il s'efforçait de rendre quelque éclat au trône de Cordoue, les chrétiens, devenus redoutables , sortirent de leurs montagnes et vinrent l'attaquer. Il fut battu successivement près de Talaveyra et de St-Etienne-de-Gorma/ par Ordogno II, roi de Léon. Cette guerre , après avoir été susj>endue plusieurs années, se ralluma avec une nouvelle fureur. Déjà amollis par les arts et le luxe , les musulmans n'étaient plus en état de soutenir seuls les efforts réitérés d'un ennemi qu'ils avaient presque anéanti deux siècles auparavant. Abdérame implora le secours des Maures d'Afrique; secondé par eux, il rassembla une armée de 150,000 hommes , et s'avain.a au centre de la Castille, portant le fer et le feu sur son passage. Ramire II, roi de Léon, le joignit, le 6 août 938, dans la plaine de Simancas. La bataille dura une journée entière, et ce ne fut qu'après huit heures de carnage que la victoire se déclara en faveur des chrétiens. 80,000 musulmans périrent par l'épée et dans les eaux de la Pisuergua et du Duero. Ahdérame voulut rallier les débris de ses troupes près de Salamanque; mais attaque une seconde fois par les chrétiens, et blessédans l'action, il se vit obligé de fuiravec les restes de son armée. Il sut cependant réparer ses pertes, et profita habilement de quelques légers avantages. Rattu souvent, quelquefois vainqueur, toujours grand et redouté, il soutint longtemps la guerre contre les rois de Léon et les comtes de Castille, qui lui enlevèrent la ville de Madrid , alors peu considérable. Il rut assez babile pour fomenter la division parmi les princes chrétiens, et porta vingt-deux fois ses armes dans le centre de leurs États. Créateur d'une marine, il s'empara de Ceuta, sur les cotes d'Afrique. Mouça, roi de Mauritanie, le reconnut pour souverain, et fit faire la prière en son nom dans toutes les mosquées de sou empire. Abdérame lit aussi une alliance avec l'empereur de Constant inople, et reçut à sa cour des ambassadeurs grecs. Malgré les guerres continuelles qu'il eut à soutenir, et les secours qu'il acheta en Afrique, il fit briller à sa cour un hue dont les détails paraîtraient fabuleux , s'ils n'étaient attestés par tous les historiens de son siècle. Sous son règne les arts et les sciences furent cultivés. Il fonda une école de médecine, la seule qui fut alors en Europe; et fit construire, à trois lieues de Cordoue, une ville et un palais magnifique, aux-

Page 1