‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 25 sur 129 · A HO · texte numérisé non relu

A HO

abdication, une Histoire généalogique des Tatart, en tatar, qui fut traduite d'abord eu russe, puis en allemand par des officiers suédois relégués en Sibérie, après la bataille de Pultawa. La traduction française, faite d'après cette dernière version, et publiée à I^eyde en 1726 , 2 vol. in-12, par Bcntinck, est augmentée d'un grand nombre de notes excellentes. Je crois pourtant y avoir découvert quelques inexactitudes, que j'ai essayé de rcctilier dans ma Notice des Kans de Crimée, insérée à la suite du Voyage de Forster, t. 3, p. 237 et 328, note. Aboul-Ghazy s'est principalement servi du Tarykh-Rachydy, ou Djemu-l-téwarykh de Rachydéadyn : il dit aussi luimême avoir consulté dix-sept autres histoires. (Voy. Histoire généalogique des Tatars, p. 79.) Un exemplaire manuscrit du texte original de son ouvrage existait du temps du baron de Tott, à Baghtchéh- Sérai, capitale de la Crimée, et l'on continuait d'y insérer les événements mémorables. L — s,

ABODLHAÇAN (Au), astronome arabe, vivait à Maroc vers le commencement du 15* siècle. Selon la coutume des savants de l'Orient, il voyagea beaucoup, parcourut le midi de l'Espagne, le nord de l'Afrique, où il releva la latitude de plusieurs villes, et résida au Caire, ainsi qu'on en peut juger par quelques passages de son ouvrage intitulé : des Commencements et des Fins, dire sous lequel il a donné un traité d'astronomie qui, selon Hadjy -Khalfah ( voy. ce nom), est le plus complet qu'aient les Arabes sur les instruments astronomiques. M. Sédillot a mérité, d'après le rapport du jury, l'un des prix décennaux en 1810, par une savante traduction française de ce traité. Le roi en ordonna l'impression à l'imprimerie royale en 1835, aux frais de l'Étal. J — M.

ABOUL-HAÇAN ALI, roi de Maroc, de la dynastie des Mérinidcs, s'est rendu célèbre par son ambition, son courage et ses malheurs. Successeur de son père, Abou-Saîd Otliman, l'an de l'hégire 731 ( de J.-C. 1330), il résolut d'abord de sacrifier a sa sûreté son frère Omar, qui était pour lui un rival dangereux. Il lui déclara la guerre, le vainquit et le fit perir. Héritier des prétentions de ses prédécesseurs sur l'Espagne , il envoya une armée sous les ordres de son lils, Abd el- Mélck, qui s'empara de Gibraltar. Le roi de Grenade, voulant se ménager l'alliance du roi de Maroc, lui céda cette forteresse, et le secourut même avec succès contre les attaques du roi de Castille. La guerre qui éclata entre les rois de Tunis et de Telemscm détermina Aboul-Haçan Ali à étendre ses conquêtes en Afrique. Sous prétexte de marcher au secours du premier, que le second tenait bloqué dans Budjic, il alla mettre le siège devant Telemscm, qui ne se rendit qu'au liout de trois ans, et il fit trancher la tète au roi Alnl-er- Rahman et à son lils ainé. Maître de tout le royaume, et ayant pourvu à sa sûreié, il s'embarqua pour l'Espagne dans le dessein de venger la mort de son fils, Abd-el-Mélek, qui avait été tué dans un combat. 11 remporta une victoire complète dans le détroit de Gibraltar, sur la flotte chrétienne, commandée |«r l'amiral de Castille, Godefroi Tenorio, le 9 safar 741 (4 août 1340), et de concert avec You-

souf I*', roi de Grenade, il vint peu de temps après assiéger Tarifa. Malgré l'artillerie dont il se servit, et dont l'usage était encore inconnu aux chrétiens , il échoua dans cette entreprise, Une partie de ses troupes, que commandait un de ses fils, fut taillée en pièces dans une expédition contre les villes de Xérez , d'Arcos et de Sidonia , et lui-même fut battu , ainsi que son allié , le 7 djoumadi 1" (29 octobre), sur les bords du Rio-Salado, par les rois de Castille et de Portugal. Pendant la bataille, la garnison de Tarifa tomba sur le camp du roi de Maroc et s'empara de ses bagages , de ses trésors et de ses femmes. Cette perte fut si sensible au monarque africain , qu'il se retira aussitôt à Gibraltar et s'y embarqua le lendemain pour Ceuta , d'où il retourna dans sa capitale. II s'occupa quelque temps à réparer les malheurs de sa défaite , à réorganiser son armée , et à faire prospérer ses États. Mais tourmenté par l'ambition , il songea à recouvrer en Afrique plus qu'il n'avait perdu en Espagne. 11 n'avait pas osé attaquer le roi de Tunis, son ancien allié et son beau-père ; ce prince étant mort, il profita de la circonstance favorable que lui offraient la guerre qui avait éclaté entre ses deux fils et l'appel que lui firent les grands du pays pour recourir à sa protection. Aboul-Haçan se mil en marche au mois de safar 748 (mai 1349), cl s'ciiquira de Budjic et de Constantine. A son approche de Tunis , Omar, qui , vainqueur et assassin de son frère Ahmed , venait à son tour d'être battu par la faction ennemie , s'enfuit de la capitale et fut rué peu de temps après. Aboul-Haçan fut reconnu roi à Tunis , sans opposition , et sa puissance rut si grande, que les sultans mameluks d'Égypte en prirent ombrage. Mais, aveuglé par la prospérité, il abusa tle son pouvoir et traita en vaincus des peuples qui s'étaient volontairement soumis à lui. Sa tyrannie et les vexations de ses courtisans poussèrent à la révolte les tribus arabes. Elles l'attaquèrent près de Kairowan , le défirent et s'emparèrent de son camp et de ses trésors. Il voulut se réfugier dans Kairowan ; mais les habitants lui ayant fermé leurs portes, il fut obligé de se retirer à Sous. Poursuivi par les Arabes qui pillèrent son palais et se livrèrent à toutes sortes d'excès, Aboul-Haçan, craignant de tomber en leur pouvoir, marchait de nuit ; ils le harcelèrent tellement , qu'après avoir vu la plupart de ses compagnons tués , dispersés et dépouillés, il fut contraint de se cacher sur de hautes montagnes. Ses ennemis, qui avaient perdu ses traces , allèrent du côté d'Africa , pensant qu'il s'était renfermé dans cette place. Il trouva moyen alors de s'embarquer et aborda à Tunis, où il fut bientôt assiégé i«r les Arabes. Sur ces entrefaites il apprit que son fils , Abou-Anan-Farès , aidé par son beaupère, avait usurpé le trône de Fez. Ce malheur acheva de l'accabler cl lui arracha des larmes; mais ses amis relevèrent son courage et le déterminèrent à retourner dans ses Etats, en lui faisant espérer qu'il y trouverait plus facilement les moyens de rétablir ses affaires. Aboul-Haçan se rembarqua dans ta saison la plus périlleuse , laissant à Tunis son fils Naser, qu'une nouvelle révolution força

ABO

presque aussitôt d'abandonner cette ville au mois deschawal750 (janvier 1349). A peine Aboul-Haçan avait-il quitté le rivage de Tunis , qu'une horrible tempête dispersa sa flotta et lit écliouer, sur la cote de Budjie, le vaisseau qui le portait. Il échappa au naufrage en gagnant à la nage un rocher peu distant de la rive , et s'y cramponna avec ses mains. Nu , incessamment exposé à une mort imminente , il voyait flotter les cadavres de ses fidèles compagnons, et entendait les menaces et les imprécations des sentinelles qui étaient sur la côte. Enfin, le hasard ayant amené un de ses vaisseaux échappé à la tempête, le roi, sauvé d'un trépas certain, revint à Alger, où il jouit de quelque repos et retrouva son fils Naser. Encouragé par la fidélité des habitants et par la soumission des tribus arabes voisines , il crut pouvoir tenter encore la fortune. Il marclia pour recouvrer le royaume de Tlemsen qui , depuis les disgrâces du roi de Maroc , était rentré sous la domination de ses anciens maîtres ; mais le frère du nouveau roi de Tlemsen vint à sa rencontre, et, après une action irès-meurtrière , le délit entièrement. Aboul-Haçan eut la douleur d'y voir périr son fils Naser, qu'il lit enterrer secrètement. Atteint luimême d'une grave blessure à la cuisse , il gagna avec peine les frontières de Maroc , et parvint à rentrer dans sa capitale pendant l'absence du perfide Abou-Anan-Farès. 11 ne put s'y maintenir longtemps. Assailli par les émeutes de la populace et par les incursions des tribus arabes, il apprit bientôt que le prince rebelle s'avançait contre lui avec ses meilleures troupes. L'infortuné monarque, aimant mieux risquer le sort des armes que de s'exposer aux dangers d'un siège dans une ville où il ne comptait que des ennemis , alla camper sur les bords de l'Ommi-Rabi. Il y essuya une dernière définie la même année, 730 (1350); et il aurait été pris, si les compagnons de sa fuite ne l'eussent aidé & traverser le fleuve et a se réfugier sur la montagne Henlata. 11 y rassembla de nouvelles forces ; et il était peutêtre à la veille de recouvrer sa puissance, lorsque la mort arrêta ses projets, le 23 rabi 2*, 732 (20 juin 1331), après un règne de 21 ans. C'était un prince orgueilleux et cruel dans la prospérité , mais doué d'une force d\1me et d'une constance admirables dans l'adversité , incapable de se laisser amollir par les plaisirs ou abattre par les revers. 11 eut pour successeur son fils Abou-Anan-Farès. A— t.

ABOCL-HAÇAN-KAN (Mirza), diplomate et voyageur persan, naquit à Cbiraz, vers 1774, dans la tribu de Zend. Mohammed-Ali, son père, savant distingué et l'un des secrétaires du fameux Nadir-Schah, était à la veille d'être brûlé vif, suivant l'ordre de son barbare maître , lorsque ce tyran fut assassiné en 1747. Mohammed-Ali, parvenu à un grand crédit, sous le règne de son oncle Kérim-Kan, régent de Perse, mourut vers 1778, peu de temps avant ce prince. Son frère Hadji-Ibrahim-Kan , premier ministre de Louthf-Ali-Kan, le dernier des successeurs de Kérim, trahit son maître en 1702. Il livra Cbiraz à l'eunuque Aglia - Mébéraed , oncle et prédécesseur du roi, Felh-AIi-Schah, et

ABO

deux princes sa charge de premier vizir; mais il fut mis à mort en 1801 , pour avoir trempé dans une conspiration , et sa famille fut enveloppée dans sa disgrâce. L'un de ses neveux eut les yeux arrachés ; le plus jeune périt par la bastonnade. Le second, Mirza Aboul-Haçan, qui avait épousé une fille de Hadji- Ibrahim, était alors gouverneur de Chouster, où la douceur de son administration lui avait gagné tous les cœurs. Il se caclia d'abord à Koum, dans le sanctuaire du tombeau de Fathimeh, et y fut nourri quelque temps par des femmes charitables qui venaient y faire leurs dévotions. Découvert dans cet asile et traîné en prison , il allait subir le sort de ses frères, lorsque sa grâce, sollicitée par un ami puissant , lui arriva au moment où il attendait à genoux le coup qui devait abattre sa tête. Exilé à Cbiraz, et craignant que le roi ne se repentit de sa clémence, il se retira à Chouster, où, dans son dénûment absolu , il trouva l'hospitalité et un secours de 7,000 piastres. Alors il quitta la Perse, bien résolu de n'y rentrer que lorsque sa famille aurait recouvré les bonnes grâces du roi. 11 se rendit à Basera , traversa le désert d'Arabie, voyageant souvent à pied ; visita Déreyeh , résidence du prince des Wahabis, et accomplit le pèlerinage de la Mecque et de Médine. De retour à Bassora , et sa position n'ayant pas changé , il s'embarqua sur un navire anglais qui le transporta à Calcutta. Après avoir séjourné a Mourscbedabad , à Hayderabad , à Pounah , à Bombay, et parcouru l'Inde pendant deux ans et demi, il reçut un firman de Feth-Ali-Schah qui lui permit de revoir sa patrie et lui accorda un pardon entier. Il dut sa rentrée en grâce aux deux sœurs de sa femme, dont l'une avait épousé le grand trésorier et l'autre un des fils du roi. Aboul-Haçan revint donc en Perse, où, sans occuper de poste bien déterminé, il fut employé par son beau-frère le grand trésorier, jusqu'au moment où le roi le chargea , à la fin de 1808, de porter a sir Harford Jones, envoyé du gouvernement anglais, la nouvelle d'une victoire remportée par ses troupes sur les Russes. Ce monarque, comptant peu sur l'alliance de la France, dès que Napoléon eut fait la paix avec l'empereur Alexandre, resserra ses liaisons avec les Anglais, qui lui avaient envoyé des sous-officiers pour achever l'instruction des soldats persans dans les manœuvres européennes, commencée par les officiers français qu'avait amenés le général Gardane. Mirza Aboul-Haçan , nommé, en janvier 1809, envoyé extraordinaire de Perse auprès du Grand Seigneur et du roi d'Angleterre, quitta Téhéran le 7 mai avec M. Morier, secrétaire de l'ambassade anglaise , se rendit par terre à Constantinople, à la lin de juillet, et fut admis à l'audience du sultan Mahmoud IL II en partit le 7 septembre pour Smyrne , où il monta sur un vaisseau anglais qui le débarqua à Plimouth, au mois de novembre. Charmé de la vitesse de la voiture qui le conduisit à Londres, il demanda pourtant qu'on levât les glaces , ne concevant pas, dit-il , une entrée qui ressemblait plus à l'arrivée d'un ballot de marchandises qu'à la réception d'un ambassadeur. Si la richesse et l'abondance du mobilier des hôtels garnis où il descendit exct-

82 ABO

térent sa surprise , comparativement avec la nudité des caravansérais de Perse, l'obscurité nébuleuse de l'atmosphère n'opéra jws un effet moins sensible sur son physique et son moral. 11 parut étonné du peu d'empressement des Anglais à accourir sur son passade , du peu de pompe de sa réception , et surtout du modeste costume du roi d'Angleterre, qu'il avait pris pour un capidji ou portier, et auquel il avait remis en mains propres ses lettres de créance. Mais il espérait que son souverain ne le rendrait pas responsable d'un cérémonial si cavalier, lorsqu'il saurait que son représentant n'avait point ôté sa chaussure et ne s'était point mis à genoux en paraissant devant un

S rince chrétien. A part ces préjugés orientaux , dont se corrigea insensiblement , Alioul-llaçan se plia sans peine et très-vite à tous les usages européens ; il donna même un diner servi à l'anglaise. Ce qui attira surtout son attention à la chambre des pairs, fut | l'immense perruque du lord chancelier, qu'il compamil à une toison de brebis. A la chambre des corn- j munes , il prit parti pour un jeune orateur qui avait terrassé ses adversaires par son éloquence véhémente. Deux traits feront connaître les dispositions de son âme. En assistant à ime représentation de la tragédie ; du JIM Lear, il répandit des larmes abondantes ; il ■ éprouva une vive émotion en visitant l'éstlisc Saint- Paul , le jour anniversaire de la fondation de l'hôpital des enfants de charité, et rien ne contribua plus que cette institution a lui inspirer une estime réelle et 1 durable pour le caractère national des Anglais. La 1 répugnance qu'Aboul-llaçan avait témoignée pour la mer fut mise à une épreuve plus forte lorsque, après neufmoisde séjour à Iondres, sa mission étant terminée, il s'embarqua le 18 juillet 1810, à Spithcad, avec sir Gore Ouseley, ambassadeur extraordinaircdeS. M. britannique en Perse. 11 relâcha à Madère, au Brésil, aux Iles «le Tristan da Cunha et de Ceylan, à la côte tic Malabar et à Bombay, où il reçut un firman de son souverain qui lui conférait le titre de kan. 11 cessa alors de boire du vin et taelia de faire oublier qu'il en avait bu en Angleterre et pendant la traversée. Le 30 janvier 1811 , il remit à la voile, et débarqua à Bouschehr, port du golfe Persique, après un voyage de sept mois et demi et une absence de près de deux ans. A Chiraz , il apprit la mort de son fils unique; sa douleur fut d'autant plus vive que sa i femme était trop Agée pour lui donner d'autres en- ) fants, et trop jalouse pour lui permettre de contracter un autre hymen. Il laissa l'ambassadeur anglais à Chiraz, et se rendit à Téhéran, où il rendit compte au roi de sa mission et en obtint la permission d'aller se reposer dans sa famille à Ispahan : il y rejoignit sir Gore Ouseley, qu'il accompagna jusqu'à Téhéran. Appelé à l'audience que cet envoyé obtint du roi de Perse, il eut le plaisir d'entendre le premier donner des éloges à sa conduite et à ses talents, et son souverain se féliciter de l'avoir choisi pour son représentant. Aussi, lorsqu'en 1813 des négociations eurent lieu , par la médiation de l'ambassadeur d'Angleterre, entre la Russie et la Perse, Aboul-Haçan-Kan fut nommé plénipotentiaire de FeUi-AIi-Schah, et se rendit à Gulislan , dans le Rarabagh , pour s'abou-

ABO

cher avec le général Bititschew, gouverneur de la Géorgie. Des préliminaires de paix ayant été signés le 12 octobre, il les apporta à la cour de Téhéran. Pour parvenir à la conclusion d'un traité de paix définitif, il était nécessaire d'envoyer une ambassade à l'empereur Alexandre, et ce fut encore Mirza Aboul-IIaçan qui fut nommé ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de la cour de Russie. Ses manières affables et conciliantes , et la connaissance qu'il avait acquise des coutumes de l'Europe et de la langue anglaise, lui avaient mérité les bonnes grâces de Imites les autorités russes en Géorgie. Les plus grands préparatifs furent faiti pour rendre cette ambassade imposante : suite nombreuse , habits magnifiques , présents riches et curieux, parmi lesquels on remarquait deux éléphants. Deux mois après le départ de sir Gore Ouseley, qui retournait en Angleterre par la Russie , afin de veiller aux intérêts ultérieurs de la Perse , Mirza Aboulllaçan-kan se mit en route à la lin de juillet 1814, et n'arriva a Pëtersbourg qu'au mois de juin 1815; il fut obligé d'attendre le retour de l'empereur Alexandre, qui faisait à cette é|ioque son second voyage en France. Il fut reçu en audience particulière par ce prince, à la lin de l'année, et le 1er janvier 1810 il lit son entrée solennelle dans la capitale. Les élépliants qui portaient les préseats étaient couverts de riches tapis, et on leur avait mis des chaussures fourrées, à cause du froid. Le 1, il eut son audience publique de l'empereur. C'était le premier ambassadeur persan qu'on eût vu en Russie depuis celui qu'y avait envoyé Nadir-Scliah, en 1741. l)e retour en Perse, Aboul-Haçan fut chargé par son maître , en 1818, d'une mission plus brillante , mais dont F importance et le but réel n'ont jamais transpiré. Arrivé à Constantinople à la fin de septembre, il fut présenté au sultan , et ayant poursuivi sa route, il arriva a Vienne vers la lin de l'année. Reçu par M. de Metternich le 5 février 1819 ( M. de Hammer servant d'interprète!, il fit son entrée solennelle et hit admis à l'audience de l'empereur. Il arriva le 6 mars à Paris. Pendant un scjmir d'un mois et demi dans cette capitale, il visita les principaux établissements consacrés aux sciences, aux lettres, aux beaux-arts et à l'industrie , les monuments publics ; on le vit partout, aux spectacles, sur les promenades, à l'inauguration d'une loge maçonnique , à une dégradation militaire, enfin aux repas et aux soirées de la cour. C'était un fort bel li munie, aux grands yeux noirs, à la longue barbe , et qui joignait 4 des manières affectueuses une physionomie à la fois douce et sévère. Après avoir été reçu en audience par le roi , il partit pour Londres, où il fut visité par lord Castlereagh et sir Gore Ouseley. I^s journaux anglais firent alors des plaisanteries sur le prétendu projet d'émancipation d'une Cireassienne qu'il avait amenée, et qui préféra , dit-on , son esclavage à la liberté. Pendant son séjour à l^ntlres, on publia à Paris les Voyage» de Mirza Abm-Taleb-Kan : c'était une nouvelle traduction d'un ouvrage qui avait paru huit ans auparavant. Suit par méprise, soit par spéculation , l'éditeur ayant confondu l'auteur de cet ouvrage avec

ABO

1 ambassadeur persan , et cette erreur ayant été répétée par une feuille anglaise, d'après un journal français, Àboul-Ilaçan adressa, de Londres, à un orientaliste français, en date du 6 janvier 1890, une lettre de son secrétaire, insérée dans le Journal de la librairie du 22 et dans U Moniteur du 38 ; il y disait, ce qui est très-vrai, que l'auteur de ces voyages était Indien et n'avait jamais été en Perse. ( Yoy. àbol - Taleb. ) Il désavouait principalement tout ce que ce voyageur dit de peu galant pour les dames françaises , et il annonçait le projet de publier lui-même la relation de ses longs et nombreux voyages dont il avait toujours eu soin d'écrire le journal. De retour à Paris, AbouWHaçan offrit trois superbes chevaux à Louis XVIII. Il quitta la France peu de temps après, se dirigea par l'Allemagne et la Pologne; visita le grand-duc Constantin à Varsovie, dans les premiers jours d'août ; et, continuant sa route par Moscou , il arriva à la cour de Téhéran, fut bientôt nommé ministre des affaires étrangères, et mourut dans ce poste au bout de quelques années. Aboul-Haçan avait de l'esprit; mais il parait que les Anglais eux - mêmes n'ont pas toujours eu 4 se louer de sa franchise et de sa loyauté. A— t.

ABOUL-MAHAÇAN (Ben-Taghrt-Berdy), historien arabe , naquit à Alep où son pèrt était émir, Ct quitta par la suite cette ville pour habiter le Caire, sous la protection des sultans circassiens, qui le comblèrent de bienfaits et l'élevérent à la dignité d'émir. Aboul-Mahaçan s'appliqua à toutes les sciences, mais principalement à l'histoire. Parmi ses nombreux ouvrages , on distingue celui qu'il a intitulé : Nodjoum elsahereh ( les Étoiles brillantes), ou !!>$• toire dp l'Égypte et du Caire. On y trouve l'histoire de cette contrée, depuis sa conquête par les Arabe* jusqu'au temps où vivait l'auteur, c'est-à-dire jusqu'à l'an 857 de l'hégire (1433 de J.-C.). Itom Bcrthereau (roy. ce nom) s'en est servi utilement pour son Hittoire de* Croitadet, et en a laisse île nombreux extraits manuscrits. M. Sylvestre de Sacy, en rendant compte des travaux du savant bénédictin , observe que les Annale* d'Aboul-Mahnçan sont un des ouvrages qui mériteraient le plus d'être traduit*. Comme elles étaient très-volumineuses, Aboul-Mahaçan en a composé plusieurs abrégés. L'un d'eux, intitulé: Maured Alleihafeh, a été publié en partie à Cambridge, en 1792, par Cariyle, avec une traduction latine. Aboul-Mahaçan est encore auteur du Dictionnaire biographique connu sous le titre de Menhel-el-Safy, et destiné à faire suite à celui de Khalylben Ibek-Safady. Cet ouvrage commence par la vie dïbek, 1" sultan des mameluks Baharytes, mort en 656 de l'hégire { 1 258 de J.-C.}, après quoi l'auteur suit l'ordre alphabétique. Selon Hadjy -Khalfah, ce Dictionnaire ne devrait avoir que trois volumes; mais, quoique la bibliothèque royale en possède cinq, cet exemplaire est incomplet, car il finit à la lettre mym. Quant à la grande Histoire d'Aboul-Maliaçan , on en trouve plusieurs volumes et manuscrits dans la bibliothèque royale , dans celle de Leyde et dans la bibliothèque Bodléienne. Le sultan SéHm, après la

ABO 85

conquête d'Egypte , en fit faire une traduction turque. J — IV.

AB0U-0BAID-AL-CAÇEM-BEN-8ALLAM , auteur arabe, naquit à Hérat vers le milieu du S* siècle de l'hégire. Parmi ses nombreux ouvrages, on distingue : 1° son Traité sur les Hadyts, ou traditions prophétiques, intitulé Qharybel-hailyu : il employa quarante ans à en rassembler les immenses matériaux. Lorsqu'il commença à le composer, il se retira auprès d'Abdallah, (ils de Thahcr, qui lui assigna un revenu de 10,000 dit hem, alin qu'il fût sans inquiétude sur les besoins de la vie. Cet ouvrage se trouve manuscrit à la bibliothèque de Leyde. 2° Un recueil de proverbes ou d'apologues, intitulé Al-amltal al-tayreh , que possède la bibliothèque royale. C'est particulièrement de ce recueil , et de ceux d'autres auteurs arabes , que Scaliger, cédant aux instances de Casaubon , composa ses deux Centurie* de proverbe* arabe*, publiées par Erpenius, à Leyde, en 1614 et 1625. Abou-Obald joignait à une rare pureté de mœurs une ardeur infatigable pour le travail. Il exerça pendant douze ans la charge de cadi de Tarsous , et mourut en 224 de l'hégire (858-59», à la Mecque, où il avait fixé sa demeure, après s'être acquitté du pèlerinage. J— «.

ABOFL'-OLA , célèbre poète arabe, naquit à Moarrah, en 565 de l'hégire (975 de J.-C.). Dès l'âge de quatre ans, il fut privé île la vue |«r la petite vérole. Il étudia néanmoins sous son fn'-re, et alla ensuite a Bagdad, où il |«ssa un an et sept mois à s'instruire. Devenu dans sa patrie, il s'enferma dans sa maison, et se livra entièrement à la |toésic. Malgré l'obscurité dont il s'efforçait de se couvrir, on venait le voir de toutes les parties de l'empire. Ses mœurs et sa doctrine ont été censurées par les musulmans, ils l'ont accusé de suivre la religion des brahmanes, ou plutôt «le n'en avoir aucune , et de s'abandonner au libertinage. 11 faut avouer que Ahuul'-Ola, quoiqu'il se prétendit musulman , favorisait ces opinions par ses poésies libres et hardies, et plus encore par la pratique qu'il adopta pendant les quarante dernières années de sa vie de ne point vivre comme les autres musulmans. Ses poésies sont dans un genre futile; mais la facilité de son talent et la grande connaissance qu'il avait de la langue arabe les feront toujours lire avec plaisir. Elles se composent de différentes collections, où la vanité des choses de ce monde, le ridicule des mœurs humaines, le peu de fondement de la plupart des religions, et l'insuffisance de notre intelligence, sont toujours adroitement exposés. Aboul'-Ola mourut à Moarrah, en 1057. Fabricius et Golius ont publié, l'un en 1658, l'autre en 1656, des extraits de ses poésies. J — y.

ABOU-MAÎNSOUR , astronome arabe, dont le nom est YAitYA-nEtv-Au-BE.N-Anv-MAivsoiJR , dit MousEnnJEM , ou l'Astronome , naquit Tan 241 de l'hégire, 855 de1 J.-C. L'étendue de ses connaissances lui acquit une grande réputation ; il fut comblé d'honneurs et de bienfaits par les califes sous le règne desquels il vécut, et surtout par Mamoun (wy. ce nom), dont le nom rappelle les plus beaux

84 ABO

jours de la gloire des Arabes. Ce prince rail Abou- Mansour à la tète des astronomes qu'il avait rassemblés. Ce Tut ce savant qui dirigea les observatoires de Bagdad et de Damas ; aussi lui attribua-t-on la Table vérifiée , résultat des observations faites dans ces deux villes. L'astronomie n'occupait pas tous les moments d'Abou-Mansour ; il en consacrait quelquesuns à la littérature ; et il composa un Recueil det Vies de$ poêles arabes , qui commence à Bachar-ben- Berd, et Unit à Merowan-ben-Aby-Hafasah. Son fils a donné une suite à ce recueil. Abou-Mansour a en outre composé plusieurs ouvrages sur le motazelisme, dont il était sectateur. I — H.

ABOD-OSAIBAH ( Aboul - Abbas-Muwa ffeceddv.n- Ahmed ) , médecin arabe du 45* siècle, élève du célèbre Aben Bitar (voy. ce dernier nom), est auteur d'une Histoire des Médecins, divisée en quinze chapitres; le I" traite de l'origine de la médecine ; le 2', des premiers médecins; le 3% des médecins nés après Esculape ; le-1% de l'école d'Ilippocrate ; le 5*, de l'école de Galien ; le G', des médecins qui fleurirent à Alexandrie avant le mahométisruc ; le 7", des médecins arabes des premiers temps de l'l»égire ; le 8\ des médecins syriens qui vécurent sous les Abbassides; le 9', de ceux cpù traduisirent les livres grecs en arabe ; le tu", des médecins de l'irac, de la Chaldée et de la Mésopotamie; le 41e, des médecins de la Perse; le 4 2", des médecins de l'Inde ; le 43 , des médecins africains ; le 1 4*, des médecins d'Egypte ; et enfin le 4 3*, des médecins de la Syrie. Cette simple notice suffit pour donner une idée de l'importance de cette biographie, et des connaissances de son auteur, mort en 4269. On la trouve manuscrite dans plusieurs bibliothèques de l'Europe. La bibliothèque royale en possède un exemplaire qui n'est pas complet. Doitius Freind, qui a profité de cet ouvrage, dit que ce n'est qu'une inutile rapsodie. Mais ce médecin anglais n'avait aucune connaissance des langues orientales, et s'était servi d'une mauvaise traduction latine faite par un Syrien. Le célèbre Jean- Jacques Reiske, trèsversé dans les langues orientales, portant sur le recueil d'Abou-Osaïbah un jugement bien différent, dit qu'il contient beaucoup de traits historiques sur les médecins arabes, et plusieurs remarques intéressantes sur leur pratique. Abou-Osaibah est encore auteur d'un traité de médecine. On trouve dans les Opujtcula medica ex Arabum monumentis, ouvrage posthume de Reiske, la liste de tous les médecins dont sa Biographie contient la vie. L'éditeur Gruner nous apprend, dans une note, que Reiske en avait fait une traduction latine qu'il communiqua de son vivant à un médecin hollandais nommé Bernard. J — N.

ABOU-RYIIAN, astronome et pliilosophe arabe. Son nom propre était Moliammed-ben-Ahmed ; il fut surnommé Al-Byrouny, i»rcc qu'il était né daus la ville de Byroun. Pour se perfectionner dans l'astronomie, il parcourut l'Inde, et y passa quarante années. II fut ensuite envoyé à la cour des sultans Mahmoud et Maçoud-Gaznevites, |iar Mamoun, roi du Kliawarizme. Alfarabius et Aboulkhaïr l'y accompagnèrent. Avicenne ne voulut point se joindre à eux, parce qu'il craignait de disputer avec Abou Ryhan, à qui les

ABO

musulmans ont donné l'épithète de Iris-subtil (Al- Mohaccac). Abou-Ryhan est auteur d'une Table astronomique, et d'une Géographie, qu'il dédia au sultan Maçon 1 1 ; cet ouvrage est souvent cité par Aboul- Féda. Il composa encore un Traité de chronologie, qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal, à Paris; quelques traductions du grec, et une introduction à ['Astrologie judiciaire. Les Orientaux rap|K>rlent un grand nombre de fables pour prouver qu'Abou-Rylian avait le don de prédire l'avenir. 11 mourut l'an Ô30 de l'hégire (944 de J.-C. ). J— «.

ABOU-SAID-MIRZA, arrière- petit-lils de Tamerlan, profita des guerres civiles qui éclatèrent l'an 853 de l'hégire (1449-50 de J.-C), entre le sultan Oulough-Bcyg, et son fils Abdallathyf, pour faire valoir ses prétentions à la souveraineté de la Transoxane et du Turkestan. Il s'empara d'abord de Samarcand; mais il en fut chassé par le sultan. Fait prisonnier ensuite par Abdallathyf, qui était monté sur le trône, il parvint à s'échapper, et reprit les armes à la mort de ce prince, qui eut lieu peu de temps après. Battu par Abdallah, frère et successeur d'Addallathyf, Abou-Saïd le vainquit à son tour dans une grande bataille où le sultan perdit la vie. Cet événement le rendit maître de la Transoxane et du Khoraçan ; mais il eut encore à combattre les enfants d'Abdallathyf, qui clterchaient à rentrer dans les possessions de leur |>ère. Abou-Saïd les défit et força même à la paix Djeliancliah, prince de la dynastie du Mouton Noir, qui, par une agression imprévue, avait envahi le Khoraçan. Abou-Saïd, vainqueur, fit son entrée à Asterabad, et y fut proclamé sultan. 11 tourna ensuite ses vues ambitieuses sur l'irac et l'Azerbaïdjan, et s'avança avec une armée formidable vers ces deux provinces. Ses conquêtes furent rapides ; mais, ayant refusé de traiter de la paix avec Cssun- Cassan, ce prince parvint à s'emparer des défilés et à couper les vivres à l'armée d'Abou-Saïd, qui, pressé par la famine, fut obligé de se retirer, et tomba dans une embuscade en fuyant. Il fut pris et conduit devant Ussun-Cassan, qui le reçut d'abord avec égard, et voulait lui sauver la vie ; mais, d'après l'avis de ses ministres, il le fit périr peu de jours après, en 4409. Abou-Saïd était alors âgé de 42 ans, et en avait régné 20. Son empire s'étendait depuis Kachgliar jusqu'à Tauris, et depuis les frontières de l'Inde jusqu'à la mer Caspienne. Son caractère était généreux, et il ne souilla son règne par aucun acte sanguinaire. Avee lui finit l'empire de Tamerlan. 11 laissa onze enfants qui démembrèrent son héritage. J — If.

ABOU - TACHEFYN (Abdel - Rahacan - be.n- Mot ç.v ) , roi de Tlemscn, en Afrique, de la dynastie des Zyany, parvint au trône par un parricide, l'an 748 de l'hégire, 4348 de J.-C, et s'y affermit par ses libéralités. Sous son règne, l'agriculture fut honorée et les villes s'ornèrent de beaux édifices ; mais, aussi injuste envers ses voisins qu'H avait été cruel envers son père, Abou-Tachefyn s'empara, sous les plus frivoles prétextes, de la presque totalité des États du roi de Tunis. Ce prince implora le secours d'Aboul- Ilaran, roi de Fez, qui se mit aussitôt en campagne, la terreur des armes de ce monarque lui soumit pres-

Page 1