AGR 24C
tateurs d'Hippocrate et de Galien. 0n lui doit aussi deux livres sur la bolanique médicale (de M'dicina herbaria); l'un contenant les plantes qui étaient déjà employées par les anciens médecins, l'autre, celles auxquelles la médecine n'a recours que depuis Galien ; et de plus un discours : de Prœtlanlia corporit humani. C. et A — n.
AGRICOLA ( Martin ), chanteur, né à Sorace en Silesie, vers le commencement du 16e siècle, publia, en 1528, un ouvrage intitulé : Ulusica in*(rumenltUis, deutschedarin da* fundament und application der (ingérait Flwlen h'rumphaerner , Zinkcn, Bombant, Schalmcyen, Sackpfrifen , und Schwei' zenpfcifen, etc., dar:u von dreyerley Geigen, ait Welthen, Polnischen und hleinen Uandyeiglein, vnd wit die Gritse darauf, auch auf Laulen h'unttlicher stimmung der Orgtlpfeifen und Zimbrln, etc.. Kunla» hnjrisien in rerten ( la Musique instrunienlale allemande, contenant la théorie et la pratique du doigté de la flûte, du troml>one, du zink, de ta bombarde, du chalumeau, de la muselle, de la (lùte suisse, etc., en vers allemands), Vitlenberg, 1528, in-8". La seconde édition a pani dans la même ville, en 1545, in-8'. En 1529, il donna un traité intitulé Figurai Musica, Vitlenberg, in-8', dont la seconde édition pamt dans la même ville en 1552, avec un autre petit traité en dix chapitres de sa composition, intitulé d« Proporlionibut. En 1529, parut aussi Deutsche Musica, Vitlenberg, in-8'. 11 se pourrait que ce fût le même ouvrage que le précédent, indiqué par les bibliographes sous un litre différent. En 1529, il publia Rudimenta Ulusica, Vittenlterg, in-8", 5 feuilles 1/2. On a encore du même : 1° Scholia in Musicam ptanam W'encetlai Philomatit de Aura D.imo, ex rariis musicorum teriptit pro Magdeburgentis scholœ tyronibus collecta, Magdeliourg, in-8', 156 feuilles 1/2; 2* Duo tibri Aîusiees, continentes eomjxndium artis el illustria exempta, scripti a Uartino Agrieola , Silesio Soraviensi, in gratiam eorum qui in tchola Magdrburgensi prima elementa artis discere incipiunt, Magriebourg, in-8 ; 54 Melodia srholaslica sub horarum inlerrallis decantandœ, Magdebourg, 1612, in-8'. Celui-ci est sans doute une réimpression d'une étlition antérieure. F — t— s.
AGRICOLA ( JEAN-FHKnÉHic). compositeur de musique, naquit, en 1718, à Dobitsclien, dans la principauté d'AHenbourg. Après avoir étudié le droit a Leipsick, el pris des leçons de musique de Jean-Sébastien Bach, il alla, en 1741, à Berlin, où il se perfectionna dans la composition, el fut reconnu pour un excellent organiste. Dix ans après, il époust la M<»lteni, célèbre canlalrice, el fut nommé, en 1759, direeleur de la chapelle royale. Il a publié plusieurs dissertations sur la musique, et traduit «le l'italien les Elément* de l'art du chant, par Tosi, auquel il a ajouté des noies. Ses compositions musicales sont nombreuses; mais il y en a peu de gravées : parmi les opéras dont il lit la musique pour le théâtre de Berlin, on remarque ceux d'AchilU à Seyros, et d'/phigénieen Tauride.J.-F. Agrieola mourut d'hydropisie le 12 novembre 1774. P— x.
AGRIPPA LANATUS ( Memenuis ) fut nommé
244 AGR
consul l'an 251 de la fondation de Rome, avec Publius Posthumius Tubeitus. Son collègue ayant été battu par les Sabins, Menenius Agrippa alla le secourir à la tête de toute la jeunesse romaine, et remporta une victoire complète, qui lui valut les honneurs du triomphe. Ce fut la première fois, depuis l'établissement du consulat, «pie la cérémonie du triomphe eut lieu a Morne. Dix ans après, éclatèrent entre le peuple el le sénat des dissensions funestes. Les plébéiens qui composaient l'armée, irrités des rigueurs que l'on exerçait contre les débiteurs , se retirèrent sur le mont qui reçut depuis le nom de Sacré. Menenius Agrippa fut député vers eux avec neuf autres sénateurs, disposés ainsi que lui à accueillir les représentations du peuple. Ayant des hommes grossiers à persuader, et n'étant pas sans doute lui-même un grand orateur, il leur récita l'apologue des membres qui, ne voulant plus fournir de nourriture à l'estomac, s'aperçurent, par la langueur où ils tomlièrent, qu'en prenant ce parti ils se nuisaient à eux-mêmes. Frappée de la justesse de la comparaison, la multitude se calma ; mais clic obtint une partie de ce qu'elle demandait : les dettes furent abolies, et on institua celte magistrature du tribunal qui occupe une place si importante dans l'histoire de la république romaine. La personne des tribuns du peuple fut déclarée sacrée par une loi, avant que le peuple rentrât dans la ville. Us ne furent dans l'origine quecinq, mais ensuite on en porta le nombre jusqu'à dix. Après avoir terminé par son esprit conciliant un soulèvement qui menaçait de détruire la république à peine affermie, Menenius Agrippa mourut trés-agé. et emporta l'estime de tous ses concitoyens ; mais il était dans un tel état d'indigence, qu'il ne laissa pas même de quoi payer ses funérailles. Ses parents allaient l'inhumer sans aucune pompe, lorsque le peuple s'y opposa, et se taxa à deux onces par tête. Alors le sénat déclara que ses funérailles seraient faites aux dépens de l'État, et le peuple, ne voulant point reprendre la contribution qu'il s'était volontairement imposée, en fit présent aux enfants de Menenius. D— T.
AGRIPPA (M. Vipsamis), né d'un Romain appelé Lueius. était, selon Suétone, d'une naissance peu relevée ; mais Cornélius Népos assure qu'il ap partenait à une famille de l'ordre des clievaliers. Élevé avec Octave, il contribua plus que tout autre à l'accroissement de sa puissance, et en reçut des marques de gratitude qui firent de lui le second personnage de l'empire. Agrippa commença sa carrière politique en se chargeant d'accuser Cassius, lorsque, sur la demande d'Octave, les assassins de César furent mis en jugement. Quand les dissensions entre Antoine et Octave commencèrent à éclater, Agrippa se signala contre Lucius Antoine, frère du triumvir, et délivra d'un péril imminent le corps «l'année de Salvidien, l'un des lieutenants de l'héritier de César. Après avoir été chargé de combattre Sextus, fils de Pompée, il se rendit dans la Gaule, dont il soumit les peuples qui avaient essayé tle secouer le joug des Romains. Il passa même le Rhin, à l'exemple de César, pour inspirer la terreur de ses armes aux
AGR
peuples de la Germanie. Octave le nommaeasuite commandant général de ses flottes, et Agrippa commença par porter du secours à Cornificius, qui, enfermé par les troupes de Sextus Pompée, eut été obligé de se rendre; il délit ensuite complètement son ennemi dans une grande bataille navale. Outre les prodiges de valeur qu'Agrippa fit dans cette journée, il dut principalement sa victoire à une machine de guerre qu'il inventa, et dont l'effet terrible fut de détruire presque tous les vaisseaux de Pompée. C'était ainsi qu'il préludait à cette journée d'Actium, où le sort de l'univers devait être décidé. La sujiériorilc des manœuvres d'Agrippa , et l'inconcevable conduite d'Antoine, assurèrent un triomphe complet à l'heureux Octave. Cependant, après s'être montré si fidèle à sa cause, il n'hésita point à lui conseiller d'abdiquer et de rétablir la république, lorsqu' Auguste, devenu empereur, le consulta à ce sujet, ainsi que Mécène. Rien n'est plus connu que celte conférence, qui a fourni à Corneille l'une des plus admirables scènes de Cinna. En se déterminaul à suivre le conseil de Mécène, qui s'accordait bien mieux avec ses sentiments secrets , Auguste n'en rendit pas moins justice à la franchise d'Agrippa. Pétulant un voyage que l'empereur lit en Espagne, Agrippa, resté à Rome, orna celte ville de plusieurs monuments, tels que le Porlique et le temple de Neptune, les bains qui portèrent son nom, et le Panthéon, qui subsiste encore. Auguste, attaqué d'une maladie grave, ne nomma point de successeur; niais il remit publiquement son anneau à Agrippa, et les Romains en conclurent qu'il le désignait à leur choix, s'ils désiraient après sa mort être gouvernés par un seul homme. Nommé gouverneur de Syrie, Agrippa était déjà arrivé à Lcsbos, lorsqu'il fut rap|»elé à Home pour y exercer la dignité de gouverneur de la ville. qu'Auguste venait de créer spécialement pour lui. Quoiqu'Agrippa P|-,t épousé Marcella, nièce du prince, Auguste la lui lit répudier ; et il lui donna pour femme sa propre fille Julie, si fameuse par ses dérèglements. Mécène avait porté l'empereur à cette démarche, en lui disant : « Vous avez rendu Agrippa « si puissant, qu'il faut ou le nommer votre gendre, « ou le faire mourir. » Agrippa fut ensuite envoyé en Gaule pour arrêter les incursions des Germains qui avaient passé le Rhin, et il y commit d'afTreux dég.ils. Les Germains se retirèrent à son approche, et il alla ensuite attaquer les Cautabres. Il éprouva une vigoureuse résistauce de la part de ce peuple, qui, depuis plus de deux cents ans, bravait les armes de Rome. Cependant il parvint à le dompter, el un tel succès parut au sénat digne du triompl>e. Agripi» eut la prudence de refuser cet honneur, pour ne pas exeiter la jalousie d'Auguste. 11 continua ensuite à multiplier dans la capitale de l'empire les établissements publics, et Rome lui dut surtout de magnifiques aqueducs, qui subsistent encore aujourd'hui. A cette époque, Auguste, pour ûter tout espoir aux partisans de la république qui existaient encore en petit nombre, partagea eu quelque sorte le pouvoir suprême avec Agrippa, qui se montra de plus en plus digne d'une si liaute fortune. L'an 740 de Rome,
AGR
44 avant J.-C, il marcha en Orient, ou Hérode, roi de Judée, seconda ses armes qui furent partout victorieuses. Celte fois eucore, il refusa le triomphe, et altrihua tous ses succès à l'empereur, sous les auspices duquel il avait comhallu. Auguste prolongea pour cinq ans son autorité trihunitienne, et l'envoya contre les Pannoniens qui, effrayes de sou nom seul, se soumirent à toutes les conditions qu'il voulut leur imposer. Il était de retour en Italie, lorsqu'en traversant la Campanie, il fut attaqué d'une maladie violente, qui le mil au tombeau en peu de jours. A la première nouvelle de sa maladie, Auguste quilla les jeux auxquels il assistait, pour se rendre auprès de son ami ; nuis il n'arriva que pour le pleurer. Sentant la perte qu'il venait de faire, il ordonna que le corps d'Agrippa fût transporté à Rome, se chargea de prononcer lui-même son oraison funèbre, et fit déposer ses restes dans son propre mausolée, près de ceux de Marcellus, l'an 742 de Rome, 42* avant J.-C. Agrippa mourut à SI ans. Il légua au peuple romain ses biens et ses jardins. Parmi les dons qu'il fit à Auguste, on remarque celui de la Chcrsonèsc tau— rique ; mais on n'a pu savoir comment il avait eu la souveraineté de ce pays. Agrippa laissa, de sa première femme, Ca<cilia Attica, lillc d'Alticus, une fille nommée Agrippine, qui éjKuisa Til>ère. II n'eut point d'enfants de Mareella, sa seconde femme. Julie, qui fut la troisième, lui donna trois lils, Caïus, Lucius, Agrippa Posthumius, et deux filles, Julie et Agrippine, femme de Germanicus. Agrippa, comme on l'a dit, avait été plusieurs fois tribun , les faisceaux consulaires lui avaient été décernés trois l'ois, et il avait exercé une fois la censure avec Auguste. D — T.
AGRIPPA (Makcus Jilrs), troisième lils du précédent et de Julie. Le surnom de Posthume lui fut donné parce qu'il naquit après la mort de son père, 12 ans avant J.-C. 11 était d'un naturel grossier et sans culture, lier de sa force corporelle ; mais il n'était point connu par des vices. Auguste, son aïeul, l'adopta après la mort de ses frères, Caïus et Lucius César, en même temps qu'il aduptait Tibère ; mais il révoqua bientôt cette adoption, et relégua Agrippa dans l'Ile de Planasie. Quelques auteurs assurent que ce fut à cause de la vie scandaleuse qu'il menait; mais Tacite attribue la disgrâce d'Agrippa aux artifices deLivie, qui desirait écarter le seul homme qui prit porter obstacle a la grandeur de son fils Tilière. Cet empereur commeuca son règne par le meurtre du jeune Agrippa , qu'il lit assassiner par un tribun militaire, avant même (pie la mort d'Auguste fût publiquement connue, et ensuite, feignant de n'avoir poiut donné cet ordre, il voulut l'attribuer à Auguste mourant. Personne ne s'y trompa. Quoique le tribun militaire chargé de commettre ce crime fût un homme robuste et qu'il attaquât Agrippa désarmé, il eut beaucoup de peine à lui donner la mort. la postérité mâle d'Auguste s'éteignit avec Agrippa, qui périt ainsi malheureusement à 2G ans. Dans la suite, un des esclaves d'Agrippa, nommé Clément, forma un projet très-hardi. 11 n'avait pu parvenir à l'enlever de l'Ile de Planasie, lors de la mort d'Au-
AGR 245
guste, et à le présenter aux armées de Germanie; il
résolut, à la faveur de quelque ressemblance, de se faire passer pour lui ; et étant débarqué à Cosa en Étrurie, il fit répandre le bruit qu'Agrippa n'était pas mort. Ses démarches mystérieuses accréditèrent ce bruit : il fut accueilli par la foule au port d'Ostie, et des assemblées secrètes se formèrent dans Rome même. Enfin, deux émissaires de Tibère étant parvenus à gagner sa confiance, se saisirent de lui , et le firent conduire à l'empereur. Quand ce prince le vit, il lui demanda « comment il était devenu « Agrippa ? » Clément eut l'audace de lui répondre : « De même (pie tu es devenu César. <■ Comme on présumait qu'un grand nombre de personnages distingués l'avaient aidé de leur argent et de leurs conseils, Tibère le lit mourir secrètement dans l'intérieur du palais , et aucuues recherches ne furent faites pour découvrir des complices que Clément ' avait eu le courage, de ne pas révéler. Q. R— y.
AGRIPPA (HftBODB) , roi de Judée, lils d'Aristobule et de Bérénice, fille d'Hérode, dit le Grand, fut élevé à la cour d'Auguste, avec Drusus, fils de Tibère. Son goût pour la profusion le jeta dans des dépenses si excessives, qu'à la mort de Drusus, il fut obligé de revenir en Judée. 11 passa quelques années en un château de l'Idumée , dans une situation si misérable, qu'il se serait volontairement laissé mourir de faim, si sa femme Cyprès, fille de Phasaêl, et quelques-uns de ses amis ne fussent parvenus à lui rendre le courage. Il revint à Rome, où il s'attacha à Caligula , cl cul l'imprudence de faire connaître le désir qu'il avait de la mort de Tibère. Cet empereur le fit aussitôt charger de chaînes ; mais il ne porta pas plus loin sou ressentiment ; et Hérode Agrippa vivait encore lorsque Caligula parvint à l'empire. Ce prince le lit sur-le-champ mettre en liberté, et lui donna une chaîne d'or du même poids que celle de fer qu'il avait portée, avec le titre de roi, auquel il joignit deux tétrarchies. Un an après, Agrippa partit pour visiter son royaume. Prenant sa route par Alexandrie, il fit dans cette ville une entrée si pompeuse, qu'il excita l'envie des habitants, qui, toujours enclins à la raillerie, l'insultereut par une procession satirique , où un mendiant faisait le personnage d'un roi juif. Agrippa et ses compatriotes, qui étaient en grand nombre dans la ville, furent três-ofTensés de celte insulte , dont ils ne purent tirer vengeance, parce que Flaccus, gouverneur de la ville , n'aimait pas les Juifs. 11 s'ensuivit dam Alexandrie une persécution violente contre ces derniers ; mais Agrippa, en ayant informé l'empereur, obtint le rap|>el et la perte de Flaccus. Cependant Hérode Anlipas, qui avait épousé la sa'ur d'Agrippa, voyant avec envie son élévation , lit un voyage à Rome pour obtenir de semblables honneurs; Agrippa l'accusa d'avoir prU part à la conjuration de Séjan, le fit bannir, et fut mis en possession de sa tétrarchie et de tous ses trésors. Agrippa se vit ensuite placé dans une situation critique à l'égard de Caligula. Ce tyran avait ordonné que son image fût adorée dans le sanctuaire même du temple de Jérusalem ; mais les Juifs s op-
posèrent avec tant «l'énergie à cette profanation, que te gouverneur fut obligé de différer l'exécution de Tordre de l'empereur, et de lui demander de plus amples instructions. Agrippa vint à Rome, afin d'intercéder pour ses compatriotes, et se présenta devant Caligula au moment où il lisait la lettre du gouverneur. H fut tellement frappé de la colère que sa vue causa à l'empereur, qu'il s'évanouit , et que l'on fut obligé de le porter à son palais. La, il écrivit à Caligula une lettre flatteuse, insérée dans les Œuvres de Pbilon , et qui , jointe a une conduite très-adroite, détourna pour le moment Caligula d'effectuer son dessein ; cependant il le reprit dans la suite, et les conséquences en auraient été terribles, s'il n'eût été assassiné l'an 41 de J.-C. Agrippa fut employé comme négociateur entre Claude et le sénat, et il contribua à faire prendre ù Claude la résolution d'accepter l'empire. C'est du moins re qif affirme .Tosépbe; mais aucun auteur latin ne rapj>orte ce fait. Quoi qu'il en soit, Claude favorisa beaucoup Agrippa, non-seulement en confirmant les dons qu'il avait reçus de Caligula, mais en donnant à ses royaumes de Judée et de Samarie toute l'étendue qu'ils avaient eue sous Ilérode le Grand. Il le décora des ornements consulaires; et, à sa prière, il accorda le petit royaume de Chalcis, en Syrie, à I Hérode , frère et gendre du roi des Juifs. A celte ) époque, Agrippa fixa son séjour en Judée , et gouverna ses sujets avec douceur. En j>eu de temps, il fit et déi>osa plusieurs grands préires. Ces pratiques païennes qu'il mêlait aux cérémonies des JuiTs scandalisaient ces derniers ; il donnait des eombals de gladiateurs et d'autres spectacles dans le goût romain. Un certain Simon , austère partisan de la loi de Moïse, lui ayant fait à ce sujet, en publie, de violents reproches , Agrippa le lit asseoir a côté de lui au théâtre, et, par des attentions llalteuses, adoucit tellement sa sévérité, qu'il le vit ensuite approuver toutes ses actions. Ce fut probablement pour complaire aux Juifs qu'il persécuta les chrétiens. On lui attribue le martyre de St. Jacques le mineur, frère de St. Jean, et l'emprisonnement de St. Pierre. Il était à Césarée , avec une cour aussi nombreuse que brillante , pour y célébrer des jeux en l'honneur de Claude, lorsqu'il fit un discours aux députés de Tyr et de Sidon qui étaient venus solliciter sa faveur. Ces députés , et les autres vDs flatteurs qui étaient présents , s'écrièrent que sa voix était celle d'un dieu et non d'un homme , adulation extravagante dont Agrip|ia parut touché. Presque dans le même temps il fut attaqué d'une mnhulie d'entrailles qui, après des douleurs prolongées pendant cinq jours, le fit périr en l'an Î4, à l'âge de 54 ans , dont il avait régné 7. Il laissa un fils et trois filles, dont Paillée fut la fameuse Bérénice qui épousa Hérode. Le peuple de Césarée et de Sehaste fit éclater beaucoup de joie à sa mort, et poussa les outrages à sa mémoire jusqu'à arracher du pdais les portraits des princesses ses filles, pour les porter dans des lieux de débauche; mais Cuspius Fadus, envoyé quelque temps après dans le pays comme gouverneur, eut ordre de punir ces excès. D— t.
AGR
AGRIPPA (Hérode), fils du précédent, fut élevé à Rome, et n'avait que dix-sept ans lorsque son père mourut. On le crut trop jeune pour régner, et la Judée, redevenuc province romaine, eut de nouveau des gouverneurs de cette nation. Cependant , à la mort de son oncle Hérode, roi de Chalcis , Agrippa obtint la surintendance du temple , le privilège «le nommer le grand prêtre, et ensuite le royaume de Chalcis, au préjudice d'Aristobule, fils du roi défunt. Ayant entendu la défense de St. Paul devant le gouverneur Feslus ( selon les Acte* det ApUlret ), il fut presque entièrement convaincu. 11 offensa fortement les Juifs, en bâtissant un palais assez élevé |>our que, de sa terrasse , on put voir la cour intérieure du temple; et au commencement de cette révolte contre les Romains, qui devint si fatale à la nation hébraïque, Hérode Agrippa, essayaut d'adresser au peuple un discours pour l'apaiser, fut attaqué à coups de pierres et chassé de Jérusalem. 11 se rendit alors près de Cestius, gouverneur de la province, qu'il assista, contre les Juifs, de sa personne et de ses soldats. Quand Vespasien fut envoyé en Judée, Agrippa lui amena un renfort considérable. Pendant le siège de Jérusalem, il rendit de grands serv ices à Titus ; et, après la prise de celte ville, il vint a Rome, ainsi que >a so?ur llérénice , avec laquelle on soupçonne qu'il eut une liaison incestueuse. Il y mourut l'an 90. à l'âge d'environ 70 ans. 11 fut le dernier de la race d'Hérodc qui porta le titre de roi. D— t.
AGRIPPA de Nettesiieim (Heniu-Cor.neili.e), médecin et philosophe, naquit à Cologne, le ( {septembre I iHG. Doué de U-aucoup d'esprit et d'érudition, il était d'une humeur chagrine , et tous ses écrits sont marqués au coin d'une critique outrée et d'une satire amère; comme Paraeelse, son contemporain, auquel on l'associe, il se plaisait à avancer des paradoxes. .Sa carrière, moitié scientifique, moitié politique, fut toujours orageuse; il suivit d'abord le parti des armes, servit pendant sept ans en Italie dans les armées de Maximilieu I", et reçut, en récompense île sa valeur, le titre de chevalier ; quittant ensuite celle carrière, il étudia le droit, la philosophie, la médecine et les langues; venu en France en 1500, il fut nommé, en 1500, professeur d'hébreu à Dole , où il expliqua publiquement le livre de Reucblin , de Yrrbo mirijlco. Ses querelles avec les cordeliers le firent bannir de cette ville; alors il alla à Londres, ou il donna aussi des leçons. A son retour d'Angleterre, il professa la théologie à Cologne, et , en 151 1, fut choisi par le cardinal Sanla- Croce pour siéger comme thcol<»gien à un concile tenu à Pise. Peu après, il professa à Pavie et ouvrit des cours sur Mercure Trismégistc. En 1315, il professait à Turin; mais, toujours agité par son humeur inquiète, il ne put y rester longtemps. Nomme syndic et orateur à Metz en 1518, cette ville semblait enfin lui offrir un asile et un repos durable ; cependant il fut encore contraint de s'en éloigner, parce qu'il avait combattu avec trop de violence l'opinion vulgaire qui donnait trois époux â Ste. Anne, et surtout parce qu'il avait pris le parti d'une jeune paysanne accusée de sorcellerie. Après avoir de-
AGR
nleuré pendant quehpie temps à Fribourg, en Suisse, et à Genève, et vu s'anéantir l'espérance d'obtenir «ne pension du dur de Savoie, il s'établit à Lyon , en 1524, et y commença l 'exercice de la médecine, dix-huit ans après avoir reçu le titre «le docteur. Sa hardiesse et sa suffisance suppléèrent au défaut de connaissances pratiques. Les siennes se bornaient a un répertoire de formules qu'il employait empiriquement. 11 n'en obtint pas moins une réputation assez brillante pour (pu* Louise de Savoie, mère de François 1er, le notnm;U son médecin ; mais cette princesse voulait (pi il fût aussi son astrologue. Agrippa répondit qu'il ne devait pas être employé à satisfaire une vaine curiosité. Cette réponse (ht pu n'être que l'expression de son mépris pour un art toujours futile et quelquefois dangereux ; mais que dut-on penser d' A grippa, lorsque l'on sut (pie, dans le même temps, il pronostiquait au connétable de Bourbon, armé contre la France, les plus brillants sucées? Chassé de France, il se livra d'ahord à tout l'emportement de son caractère, mais enfin il Tut obligé de songer à un nouvel établissement. Tel était le renom qu'il s'était acquis parmi ses contemporains ignorants et superstitieux, que le roi d'Angleterre, deux seigneurs d'Allemagne et d'Italie, et Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, l'ap- |ielèrent en même temps près d'eux. Il préféra s'attacher au service de la princesse, s<rur de Charles V, qui le fit nommer historiographe de cet empereur. Elle ne tarda pas a être fortement prévenue contre lui ; mais elle mourut peu de temps après, et Agrippa composa son oraison funèbre. Il avait publié , quelque temps auparavant , son ouvrage de la Vanité des sciences, qui fut vivement censuré |»ar ses ennemis ; mais ils s'élevèrent avec encore plus de foire contre la Philosophie orrulle , qu'il ptiblia peu après a Anvers, et qui le fit accuser de magie. Des protecteurs puissants ne purent empêcher qu'il ne fût jeté dans les prisons de Bruxelles. Après un an de détention, il se rendit à Cologne , dont l'archevêque avait rc; u la dédicace de sa Philosophie orrulle, et ne craignit point de retourner en France avec le dessein de s'établir à Lyon ; mais à peine était-il dans cette ville, qu'il y "fui arrêté pour avoir écrit contre la reine mère. Sorti de prison , il alla finir à Grenoble sa carrière orageuse , dans un hôpital , en 1533 , à l'âge de 47 ans, ou, suivant d'autres , à Lyon , en 1554. Il avait parlé avec de grands égards de Luther et de Mélanchthon ; niais il ne professa jamais publiquement la religion réformée, et Tut catholique autant (pie pouvait l'être un homme qui distribuait des formules pour composer des parfums et des talismans magiques, etc. On a peint assez bien cet homme singulier, lorsqu'on a dit de lui : XuM hic pareil ; caniemnit, scit, neteil, flef, ridel , irascitur, incitatur, rarpil omnia. Ipse phitosophus, d&mon, héros, detis, el omnia. Son portrait se trouve dans les Icônes de Reusner. dans la Bibl chalrtHjr. de B<»is<;ard, et au frontispice de plusieurs de ses éerils. Les deux principaux ouvrages d' Agrippa, cités ci-dessus, ont été imprimés sous les Utres suivants : 4" de Incertitudine et Yanilale
AGR i|f
scientiarum, deelamalio invectiva, sans date, ln-8°, Coloniœ, L527, iii-12; Paris, 4534, in-8'; apud Agrippinalrm, 4531, in-8»; 4532, in-8°; 1537, in-8°; 4559, in-s-. Ces sept éditions sont entières el non mutilées : les suivantes ont éprouvé des retranchements; les ouvrages supprimés ont été recueillis par David Clément. Ce traité a été traduit en français par Louis Mayenne Turquet, 4582, in-8°; et par Gueudeville, Leyde, 1720, in-12, 3 vol.. avec l'ouvrage du même auteur sur les femmes. La traduction du premier est complète, celle de Gueudeville mutilée. Ce livre a été traduit aussi en italien , en anglais , en allemand , eu hollandais. Agrippa Yeut prouver « qu'il « n'y a rien de plus pernicieux et de plus dangereux « |tour la vie des hommes et le salut de leurs âmes, « que les sciences et les arts. » Les traités particuliers de médecine attribués à Agrippa, savoir : Contra pestent Antidata securissima, deMrdicinaingenere.de Mcdicina opératrice, de Pharmacopolia, de Chirurgia, de Anatomislica, de Yelerinaria, de Diœtaria, etc., ne sont (pie des chapitres de ce grand ouvrage, tant loué jwr les uns, tant blâmé par les autres, mais dans lequel Agrippa, établissant une proposition , sans doute fausse, comme vérité première, a toutefois, dans les faits accessoires, signalé de nombreux abus et de monstrueuses erreurs. 2° De Occulta Phitosophia, libri 1res, Anvers et Paris, 4531 ; Mechliitiay, Basitea, Lugduni, rl absque loco, 4"33, in» fol. ; Lyon , in-8°, traduit en français par le Vasseur; là Haye , 47 27 . 2 vol. in-8". 3" De Sobilitale et l'rœcellentia fœminei sertis, deelamalio, Anvers, 4529, in-8". Il fit cette déclamation |>our plaire à Marguerite d'Autriche. Elle a été traduite en français par Louis Vivant, Angevin , 4578, in-16; par Arnaudin , 4745; |wr Gueudeville, avec le traité de V Incertitude des sciences ; |iar M . Pc y rard, sous le nom de Bu-litg, Paris, 4805. in-12. 4" Commenlaria in arteni brevem Raymondi Itilli, Cologue, 4533; Salingenci, 4558, in-8". 5" Orationes decem; de duplici coronatione Caroll F, ajtud Bononiam ; ejusd. Kpigramm., etc., Coloniœ, 4555, in-8'\ Les Œuvres d'Agrippa ont été recueillies plusieurs fois, notamment en 4534, Anvers, in-8". La seule bonne édition est Lugduni, ap. Beringos , s. d., in-8", 5 vol. en lettres italiques , dont la contrefaçon est litterii quudralis. Cette collection contient un 4* livre de la Philosophie occulte, de Cavemmiis magicis, qui n'est point d'Agrippa. On a prétendu que ce dernier s'était beaucoup aidé des conqiositions manuscrites de Piscatris. ( Voy. ce mot. ) Jean Belot a composé contre Agrippa les Fleurs de la philosophie morale el chrétienne, Paris, 4003, in-42. On trouve, dans le 2* tome des Aménités littéraires de Schelliorn, des j4nfl/<rfn sur la vie, les mours et les ouvrages d'Agrippa, p. 555 et suiv. G— t.
AGRIPPA (Camim.e), célèbre architecte de Milan, vivait au 16* siècle; il avait fait une élude particulière des mathématiques, de la physique et même de la philosophie. Sous le pontificat deGrégoirc XIII, on voulut, à Borne, transporter un obélisque sur I* place de St-Pierre ; Agrippa lui un de ceux qui s'occupèrent le plus de cette opération, aiors très-difR-
248 AGR
dlc. Le résultat de ses recherches est consigné dans son ouvrage, intitulé : Traltato di trasportar la guglia in tu la piasza di San-Pielro, Roma, 45H3. in-i". Nous avons encore d' Agrippa : \" Tratlalo di scienzia d'arme, eon un dialogo di filoxofia. Roma, 1533, Vf net., 1508, 4004, in-4°; 2° Dialogo topra la generatione de' vend , etc., Roma, \S8l , in-S°; 5» AuotN? Invenzioni topra il modo di navigare, Roma, 4505, in-4". Tous les ouvrages d' Agrippa sont rares. D. L.
AGRIPPA, astronome de la fin du Ie' siècle de l'ère chrétienne, célèbre par une observation astronomique qu'il fit sur la lune; étant en Bithynie, la 4* année de la 217' olympiade (l'an de J.-C. 92}, il constata que la lune était en conjonction avec les pléiades. (Voy. YÂlmagetle de Plolomée, liv.7, c 5, p. 170 de l'éd. de Baie, LS38.) D— T.
AGRIPPINE, fille de M. Vipsanius Agrippa, et de Julie, tille d'Auguste, épousa Germanicus, cl lui donna neuf enfants, entre autres Caligula et Agrippinc, mère de Nérou. Sa fécondité, sou attachement à son mari, et son caractère fier et inflexible, la rendirent «lieuse à Livic et à Tibère. Elle montra de la grandeur et de la fermeté lors de la révolte des légions romaines dans la Pannonie, et ne céda qu'à la dernière extrémité aux instances de Germanicus, qui la priait de quitter le camp et de se mettre en sûreté, ainsi que sou fils et l'enfant qu'elle portait dans son sein. Elle répondait qu'elle descendait du divin Auguste, et avait hérité de sa constance dans les dangers. Lorsque l'armée romaine, commandée par C rcina, eut écliappé aux armes d'Arminius et d'Inguiomar, et fut parvenue à regagner les bords du Rhin, Agrippine s'opposa à ce qu'on rompit un pont qui avait été jeté sur ce fleuve, et qui était nécessaire aux légions pour rentrer sur le territoire de l'empire. Elle lit ensuite, (tendant quelques jours, les fonctions de général, distribuant des soulagements et des vivres aux soldats qui souffraient de leurs blessures et de la faim. Une conduite si généreuse ne pouvait plaire à Tibère; il l'attribua à des vues ambitieuses , et son favori Séjan fortifia ses soupçons. Lorsque Germanicus partit pour l'Orient, Agrippine l'accompagna encore. Pison et Plancine sa femme prirent a tache d'insulter Agrippine et de l'irriter ; ils se montrèrent dans toutes les circonstances ennemis déclarés de Gennanicus, qui mourut i Antioche avec la persuasiou qu'il était empoisonné par eux. Outrée de douleur et d'indignation, la veuve de ce grand lwmme s'embarqua avec ses cendres, et arriva à Brindes, où elle donna un grand spectacle de deuil : les habitants la reçurent avec les témoignages de la plus vive douleur. Elle attira tous les regards lorsqu'elle sortit du vaisseau, accompagnée de deux de ses enfants, Caïus et Julie, et portant l'urne funéraire. Tibère, qui ne voulait pas laisser paraître sa joie, ne se montra point en public lorsqu'à Rome on déposa les cendres de Germanicus dans le tombeau d'Auguste ; mais Agrippine put voir combien le peuple était sensible à cette perle. On conçut pour elle une admiration qui blessa profondément Tibère. On l'appelait l'honneur de la patrie, l'unique
AGR
rejeton d'Auguste, le seul modèle des mœurs antiques. Tibère se vit obligé d'imposer, en quelque sorte, silence aux regrets publics, par un édil ; mais Agrippine eut au moins la consolation de voir que Pison, accusé de la mort de Germanicus et d'actes d'insubordination, périt avant que le procès fût jugé, soit qu'il se fût tué lui-même , soit que plus vraisemblablement l'empereur lui eut fait donner secrètement la mort. Toujours implacable, quoique son mari l'eût suppliée en mouraut d'adoucir sa fierté, elle fut en butte aux persécutions de Séjan et de Tibère ; mais elle n'en fut pas moins hardie à poursuivre de ses reproches l'empereur lui-même. Lorsque sa parente, Claudia Pulchra, fut accusée d'adultère par Afcr, elle lui parla avec tant de véhémence en faveur de celte femme, qUe Tibère, sortant de son caractère dissimulé, lui appliqua, avec une sorte de franchise, un vers grec dont le sens était : a Votre cliagrin vient de ce que vous ne régnez « pas. » Fatiguée par les maux de l'âme et par la maladie, elle eut la faiblesse de demander un mari A l'empereur, qui vint la visiter. Elle ajouta, il est vrai, que c'était pour qu'elle-même et les enfants de Germanicus eussent un protecteur contre leurs ennemis; toutefois, celle demande est une espèce de tache au caractère d' Agrippine. Tibère savait trop que l'époux d'Agrippinc serait un homme dangereux pour sa puissance : il se retira sans répondre. Agrippine accrut encore la haine qu'il lui portait, lorsque, sur des rapports que Séjan avait fait parvenir en secret pour la perdre, elle refusa de manger à la table de l'empereur, et lorsqu'elle remit aux esclaves des fruits qu'il lui présentait. Tibère ne lui en fil aucun reproche ; mais, se tournant vers sa mère : « On ne « sera pas étonné, dit-il, si je traite avec quelque sé- « vérité une femme qui veut me faire passer pour un « empoisonneur. » Mots qui, quelque modérés qu'ils parussent, accréditèrent le bruit que l'on tramait la perte d' Agrippine. Bientôt Tibère, ue gardant plus de mesures, l'accusa formellement dans une lettre qu'il écrivit au sénat. Il s'exprimait avec une extrême dureté sur A?rippine et sur Néron son lils, auquel il reprochait des mœurs dissolues. La réputation d'Agrippinc était tellement intacte, que Tibère n'osa pas essayer de la ternir, mais il l'accusa d'arrogance et d'inflexibilité. Oue'quc P»rle 1ue f"1 ,e sénat à souscrire aux volontés de Tibère, il hésita d'abord à prendre un parti ; le peuple, de son coté, se prononçait hautement en faveur d' Agrippine et de son lils, dont il portait les images autour du lieu où siégeait le sénat. Séjan, furieux, écrivit aux sénateurs uuc lettre menaçante; Tibère se plaignait à la fois du sénat et du peuple. Il n'en fallait pas tant pour déterminer des hommes accoutumés depuis longtemps à la plus liasse obéissance. Agrippine fut exilée dans l'Ile de Pandataire, aujourd'hui Santa- Maria, où sa mère avait aussi été reléguée à cause de ses débordements. I.e malheur ue put fléchir son caractère, elle témoigna hautement toute l'horreur et tout le mépris que lui inspirait Tibère, et le centurion qui la gardait eut la lâcheté de la frapper au visage avec tant de brutalité, qu'elle en perdit un œil.
AGR
On conduisit Néron dans l'Ile de Ponsa, où il ne tarda pas à mourir, sans qu'on sache de quelle mort, et Drusus, déclaré ennemi de l'État, fut détenu dans le palais. (Voy. Dm si s.) Agrippine vécut encore quatre ans, jusqu'à l'an 53 de J.^C. On ignore si elle se laissa mourir de faim ou si Tibère lui refusa la nourriture, pour donner à croire qu'elle périssait volontairement. Il eut la bassesse -de charger d'outrages sa mémoire, l'accusant d'adultère avec Gallus. et ajoutant que la mort de son amant lui avait inspiré ce dégoût de la vie. Tacite la défend contre ce reproche, en disant : « Agrippine ne pouvait supporter l'égalité, « elle était avide de domination; les soucis qui appar- « tieunent aux hommes avaient remplace chez elle • les vices de son sexe. » Tibère, dans la lettre qu'il écrivit au sénat, se vanta de ce qu'il n'avait pas fait étrangler ni exposer aux gémonies sa belle-lillc, et le sénat le remercia de sa clémence. Q. R — v.
AGRIPPINE, fille de Germanicus et d'Agrippine, naquit dans la cité des l biens, sur les bords du Hliin. Elle n'avait que quatorze ans lorsque Tibère lui donna pour époux Cn. Domitius Ahenobarbus. dont elle eut un dis, qui d'abord porta le nom de son père. Domitius étant mort. Agrippine mena une vie scandaleuse, etCaligula son frère l'exila, non par amour de la vertu, puisque ses liaisons incestueuses avec elle et avec Drusille, son autre su»ur, n'avaient que trop éclaté, mais par caprice, ou peutêtre par jalousie. Après le meurtre de Caligula, Claude monta sur le trône, et Agrippine fut rappelée. Elle devint alors la femme de Crispus Panicaut, patricien d'une illustre famille, et le lit assassiner, pour posséder ses biens qu'il lui avait légués. Agrippine eut un grand |K>uvoir sur l'esprit de Claude, et Ton pense que Messaline, non moins cruelle (pic débauchée, l'aurait fait périr, si elle n'avait pas eu d'autres projets à exécuter. Après la mort de cette femme, Agrippine, aidée par les intrigues de l'affranchi l'a 11 as, régna entièrement sur le eonir de l'imbécile Claude, qui était son oncle, et exerça sous son nom toute l'autorité. Elle maria son lils à Octavie, fdlc de l'empereur. Lucius Vilellius, père de celui qui parvint ensuite à l'empire, exerçait alors la censure. Agrippine lui ordonna de porter contre L. Silanus, fianeéd'Oclavie, une accusation d'inceste avec sa sirur, et Silanus fut chasse du sénat. Peu après, l'oncle et la nièce, qui avaient eux-mêmes depuis longtemps un commerce incestueux, levèrent le masque, et ils voulurent que le sénat légitimât leur union; ce qu'ils obtinrent sans peine. 11 y eut même des pères conscrits qui, dans l'excès de leur zèle, déclarèrent que, si l'empereur balançait à prendre ce parti, ils auraient recours à la contrainte. Silanus se donna la mort le jour même où le mariage fut célébré. Rome prit alors un autre aspect; l'empire fut entièrement asservi à une femme qui, non moins esclave de ses passions que Messaline, avait dans le caractère une bien plus grande énergie. Les Romains eurent le s|iectacle, nouveau pour eux, d'une impératrice, accompagnant jusque dans les cours de justice le fantome de souverain qu'elle gouvernait. Pour plaire au peuple, Agrippine rappela Sénèquc de l'exil, et
AGR 240
le nomma précepteur de son fils. Ce même lils, l'objet d'une affection aveugle, et qui devait donner au monde le spectacle de la plus effroyable ingratitude, devint, par son mariage avec Octavie, l'égal de Britanuicus, lils de l'empereur. Ce n'était pas asser pour Agrippine : après avoir fait périr, par l'absurde accusation de magie, Lollia Paulina, qui lui avait disputé la main de l'empereur, elle lit adopter par Claude, son lils. qui fut alors appelé IS'éron. L'affranchi Pallas, lié avec Agrippine par un commerce criminel, s'était chargé de porter Claude à cet acte aussi injuste que dénaturé. Le sénat, toujours abject, décerna en cette circonstance à Agrippine le titre d' Auguste. L'élévation de ce fils était sa plus chère pensée; et, lorsqu'on lui avait prédit qu'il parviendrait à l'empire, mais qu'il la ferait mourir, elle avait ré|H>ndu : « Qu'il me tue, pourvu qu'il règne ! « Celte même année , Agrippine établit dans la cité des L biens, où elle était née, une colonie qui s'appela de son nom. Volania Agrippintnsis : c'est aujourd'hui la ville de Cologne. Chaque jour fournissait une preuve nouvelle que sa puissance était à son comble. Lorsque le brave Caractacus, chef des Silures, peuples de la Grande- Rretagne, forcé décéder à la fortune de Rome, parut comme captif devant Claude, il rendit à Agrippine les mêmes hommages qu'à l'empereur. Peu de temps après, l'impératrice, habillée d'une casaque militaire t issue d'or, présida à un combat naval livré sur le lac Fucin. Claude y donna aux Romains l'atroce divertissement de voir jusqu'à 49,000 hommes, tous criminels à la vérité, s'acharner les nus contre les autres, comme s'ils eussent été ennemis. Quand le massacre eut duré longtemps, on voulut bien permettre à ceux qui n'avaient pas péri de survivre à ces horribles jeux. Agrippine sacrilia ensuite Domina Lépida, wrur de Cnéns Domitius son ancien mari, comme elle avait sacrifié Lollia Paulina ; elle l'accusa d'avoir employé des sortilèges pour parvenir à épouser l'empereur, et força INéron à servir de témoin contre Lépida sa tante. Le véritable crime de cette femme était d'avoir disputé à Agrippine son influence sur le cœur de Néron, par des moyens que lui avait suggérés son immoralité, égale à celle d'Agrippine. Claude devint malade, et Agrippine employa la fameuse Locuste pour l'empoisonner. Selon Tacite, le médecin Xénophon hâta sa mort, en lui donnant une nouvelle dose de poison, sous prétexte tle lui administrer un remède. Suétone rapporte d'autres particularités, mais il parle aussi d'empoisonnement. On cacha la mort de l'empereur aussi longtemps qu'il fut nécessaire pour que Néron fût proclamé. Rurrhus, chef des cohortes prétoriennes, eut In plus grande part à cet événemeut, qui soumit Rome et l'univers au plus cruel des tyrans. A peine Néron fut-il empereur, qu* Agrippine se liâla de faire condamner à mort l'affranchi Narcisse, qui l'avait offensée par ses discours et par son attachement à Britannicus. Il se tua luimême, et Zonare assure que ce fut sur le tombeau de Messaline. Agrippine fit ensuite emprisonner le proconsul Julius Silanus. Elle voulait même, avant que les funérailles de Claude fussent achevées, sa-