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de la vint sans doute le non de Ghaur (4) que tes Arabes musulmans donnèrent 4 ces montagnes, i ceux qui les habitaient, a la province où elles étaient situées, et i la ville qui en devint la capitale. Il parmi cependant que les princes Ghaurides finirent par embrasser l'islamisme, atin d'être maintenus, par les puissances tour à tour dominantes, dans le gouvernement héréditaire de leur province. Cette principauté fut détruite vers Tan 44JO de l'hégire (de J.-C. 1009 ) par le célèbre sultan Mahmoud le Ghaznévide. ( Voy. ce nom.) Moltammed-ben-Souri t'empoisonna pour ne pas survivre à la perte de sa puissance, et son fils se sauva dans llndoustan, où il •'attacha au service d'une pagode. Sam, lils de ce dernier, ayant succédé à l'emploi de son père, voulut revoir son pays originaire, et retourner à l'islamisme ; mais le vaisseau sur lequel il avait embarqué sa famille et ses richesses périt dans un naufrage. Son fils Houçaïn , échappé seul à ce desastre, parvint, après une longue suite d'aventures, jusqu'à Ghaznah, où il allait être exécuté comme voleur, si le sultan Ibrahim, l'un des successeurs de Mahmoud, n'eût reconnu son innocence. Houçain sut inspirer de l'intérêt à ce monarque, gagna sa confiance, parvint aux premières diarges de l'État; et, sous le règne de Mas'oud 111, lils d'Ibrahim, vers l'an 500 (4108), il obtint le gouvernement de Gltaur qu'avaient possédé ses. aïeux. — Ala-Ëddyn Houçaïn ou Haçau, l'ainé de ses (ils ou de ses petits-fils, sujet de cet article, commença de régner l'an 545 (H 54 ). Plein d'ambition et de courage, il ne se contenta pas de posséder le pays de Ghaur comme vassal des Ghaxnévides, il se prévalut de la décadence de leurs affaires, par suite de leurs guerres intestines et des conquêtes que les Seidjoucides avaient faites sur eux en Perse, pour se rendre indépendant et étendre les bornes de sa domination. U oaa, l'année suivante, envahir le Khoracan, et attaquer le sultan Sandjar, le plus brave et le plus puissant des Seldjoucides. {Voy. S.i.ndjah.) Vaincu et fait prisonnier, il trouva un ennemi généreux qui se contenta de le retenir à sa cour.. Houçain, trop heureux d'avoir sauvé sa tête, témoigna sa reconnaissance à Sandjar par toutes sortes de soumissions , et lui lit assidûment sa cour. Un jour, il se prosterna devant lui, baisant les traces qu'avaient laissées les pieds de son cheval , et lui adressa un quatrain persan de sa composition, dont voici le sens : « L'empreinte des pas de votre cheval « sur la terre me sert aujourd'hui de couronne. « L'anneau que je [«rte en signe d'esclavage est devenu «mon plus bel ornement, Tant que j'aurai le bon- « l»eur de baiser la iioussière de vos pieds, je croirai « que la fortune me favorise de ses plus tendres ca- « resscs. » Cette basse flatterie eut son effet. I«e sultan se plut si fort A sa conversation qu'il voulut toujours l'avoir auprès de lui. Comme le prince ghauride portait la barbe fort longue, contre l'habitude de son pays, Sandjar lui en demanda la raison. Houçain
U) Chnur, <f«#ar, dVKi >-»i hrmi le Don de fuihrt, signifie
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Ht n peu près la même réponse qu'on a depuis attribuée au marquis de Pomenars : « Lorsque ma tête « m'appartenait, j'avais mille esclaves pour en avoir ■ soin : maintenant que le sultan en est le maître , ils « se donnent du bon temps. » Cette réponse, aussi humble que spirituelle, valut à Houçain une boite de pierreries de très-grand prix que Sandjar rai fit donner, et mieux encore sa liberté et son rétablissement dans ses États, comme vassal des Seldjoucides. Mohammed , l'un des frères d'Ala-Eddyn , ayant pris part a une révolte contre Bahram-Schah, sultan de Gliaznah, celui-ci le lit périr par les mains du bourreau. Cet acte de rigueur impohtique réveilla dans l ame du roi de Gltaur le souvenir des malheurs de sa famille, tausés par les persécutions des premiers princes Ghaznévides, et (it taire la voix de la reconnaissance' pour les bienfaits que son père avait reçus des derniers. 11 envoya son frère Saïf-Ëddyn Souri à la tête d'une armée, qui s'empara de Ghaznah sans coup férir. Bahreïn, qui n'avait pas osé lui résister, y rentra au moyen des intelligences qu'U entretenait ave»; les iiabitants. Saif-Eddyn, par son ordre, fut barbouillé de noir au visage, placé à califourchon sur un vieux boeuf , la face tournée vers la queue de l'animal, et après avoir été promené par toute la ville et livré aux outrages de la populace, il périt dans les tourments ainsi que son vizir. Ala-Eddyn, transporté de fureur en a|jprcuant le sort de son frère , jura de le venger. 11 marcha contre Ghaznah, et après une bataille sanglante , dans laquelle il vainquit Bahram, et tua un de ses fils d'un coup de lance, il s'empara de celte capitale, qu'il pilla et brûla pendant sept jours, avec un grand nombre de villages voisins. C'est cet acte de vengeance qui fit donner à ce prince le surnom de Djihantmi; (incendiaire du monde). Les auteurs varient sur les causes, les détails et la date de cet événement ; et plusieurs le placent avant la guerre qu'Ala-Eddyn lit à Sandjar ; mais est-il vraisemblable (pie ce sultan, onele de Bahram-Schah , eût traité avec tant de générosité un |irinee capable de tant de barbarie? Les malheureux habitants qui survécurent an désastre de leur patrie furent conduits à Gliaur, où leur sang, répandu par la main du bourreau, servit a détremper le ciment des murs de la forteresse. Nous rapporterons a l'année 547 ( 4453) le désastre de Ghaznah, auquel Bahram survécut peu. 11 mourut de chagrin en se retirant vers Lahor , où son fils Khosrou transporta sa résidence et les débris de la dynastie des Gliaxnévides. ( Voy. Khosrou. ) Sandjar, qui aurait pu secourir puissamment ses neveux, fut vaincu et fait prisonnier l'année suivante par les Turcomans Gliazis, qui envahirent une partie du Khoraçan. 11 parait qu'Ala-Eddyn se maintint dans les montagnes de Ghaur, et qu'après la retraite de ces barbares, il recouvra les États qu'il avait enlevés aux princes Ghaznévides, et les laissa en mourant à son lils Saif-Eddyn Mohammed. Ala-Kddyn Djihausouz mourut vers 554 (1150). Ce fut un prince habile, spirituel et vaillant. Après le court règne de son fils , ses neveux
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dan» rinde. ( Yny. Mohammed GaIath-Eddtk et Mohammed Chehabeddyi». ) A. T.
ALA-EDDYN, 8* prince de la dynastie des Seldjoucidesd'Anatolie, lut tiré, en 611 de l'hégire (1219 de J.-C.),de la prison où son frère l'avait fait jeter, et placé sur le trône par le» grands et le peuple. Ses guerres contre le sultan d'Egypte et contre les Khowarestniens, la conquête de la Caramanie et le rétablissement des villes de Sivas et d'Iconium, l'ont placé au rang des princes les phis célèbres ; mais ses succès furent suivis de revers, et l'arrivée des Tatars humilia l'orgueil qui hii avait fait prendre le titre fastueux de roi du monde. Il mourut en 634 ( 1236), laissant un trône chancelant a son Gis Kaikbosrou, dont la puissance fut détruite par les Tatars. J — N.
ALA-EDDYN t*t 29" empereur de l'Indoustan, et 2* de la dynastie des Khaldjides, Afghans d'origine, était neveu et gendre de son prédécesseur Fyrouz-Sehah 11. Nommé par ce monarque souhah de la province de Gurrah ou Karah, limitrophe du Dekhan, il repoussa les invasions des Indous, et traversant la Nerbouddat, l'an 692 de l'hégire ( 1292 de J.-C. ), il envahit leur pays , dévasta leurs temples, détruisit leurs idoles et revint avec un si rirhe butin que l'empereur lui donna aussi le soubahdar d'Aoude. Ces succès faciles lirent concevoir à Ala-Eddyn le projet de conquérir la péninsule ; mais l'exécution de ce dessein ne fut d'abord qu'un moyen de se soustraire à des contrariété* domestiques et de réussir dans une entreprise criminelle. En 1294, il part comme pour une partie de chasse, et tournant vers le midi, il cache sa marche, évite toute hostilité, feint de menacer Ellikhpour et attaque a ('improviste Déoghir, capitale des Etats de Ramdéo, le plus puissant rajah du Dekhan En semant la délianee parmi les autres rajalis, il les empêche «le secourir Ramdéo, qui, pour se délivrer d'un si redoutable ennemi, lui olTre une forte rançon ; mais à peine l'a-t-il payée, que son fils, fier de la supériorité des forces qu'il amène, livre bataille aux musulmans, malgré son père, et au mépris du traité : il essuie une déroute complète. Ala-Eddyn reparaît devant Déoghir, la pille, la met à feu et à sang, et force Ramdéo, pour sauver la citadelle, son dernier asile, de donner 15.000 livres pesant d'or pur, 173 livres de perles, 30 livres de diamants et de pierres précieuses, 25,000 livres d'argent, 4.000 pièces d'étoffes, et une foule d'autres objets qui prouvent quelle était dés cette époque l'opulence de l'Inde. Ala-Eddyn laissa garnison dans Ellikhpour, que le rajah lui avait aussi cédée, et revint dans son gouvernement après mille périls, chargé de ses riches dépouilles. Cependant Fyrouz - Schah , inquiet sur le sort de son neveu, s'était avancé vers Goualior, où il apprit le retour et les succès d'Ala- Eddyn. Au lieu de marcher en force contre cet ambitieux, pour déconcerter ses projets, il lui laissa le temps de les mûrir par ses intrigues. Dupe de sa tendresse pour ce perlide, trompé par les fausses apparences de son repentir , de son désespoir d'avoir entrepris sa dernière expédition sans l'aveu de son
souverain, ébloui enfin par la part qu'il espérait avoir dans le riche butin qui en avait été le fruit, Fyrouz pardonne à son gendre, et s'embarque sur le Gange pour aller au-devant de lui. L'hypocrite , qui depuis quelque temps était dans le Bengale, non pour y chercher un asile contre la colère de son oncle, comme il voulait le faire croire, mais pour y lever des troupes, vient l'attendre sur les bords du fleuve , devant Mannikpour , avec son armée. 11 affecte des craintes ; et pour le rassurer, l'empereur , laissant en arrière sa nombreuse escorte, se met dans une chaloupe avec quelques serviteurs ; mais à peine a-t-il atteint le rivage, à peine a-t-il relevé, en l'embrassant, Ala-Eddyn qui s'était prosterné à ses ptrds, qu'il est mis à mort à un signal donné par ce traître ( lin de l'année 4206). De deux fils que laissait Fyrouz-Schah , l*alné était absent ; le second, Rokhn* Eddyn fnt mis sur le trône par les intrigues de sa mère ; mais ce choix injuste forma deux factions à Dehly, dans un moment où l'union y était le plus nécessaire. Ala-Eddyn entra sans résistance dans la capitale et y fit sanctionner son usurpation, selon l'usage, en donnant des places et de for aux ambitieux. Rokhn-Eddyn s'était réfugié avec sa mère et . ses femmes à Moultan, auprès de son frère; ils y furent bientôt assiégés et forces de capituler. Leurs jours devaient être respectés ; mais on leur creva les yeux et ils périrent misérablement en prison. L'année suivante, 100.000 Mogols du Djngalaî traversèrent l'Indiis et envahirent le Pendj-ab. Ln frère d'Afa- Eddyn. les ayant rencontrés près de Lahor, remporta sur eux une victoire complète; 12,000 restèrent sur le champ de bataille, et les prisonniers en plus grand nombre furent égorgés. En 1298, ce même prince et le vizir d' Ala-Eddyn conquirent le Goudzerat jusqu'à Cambnye, mirent en fuite le rajah et s'emparèrent de ses trésors, de ses éléphants et de sa famille. Une nouvelle invasion des Mojçols retarda la conquête entière du Goudzerat. Ils fuient vaincus par Djafar, un des généraux de l'Indoustan. Mais une troisième armée, beaucoup phis nombreuse, sous les ordres de Koutloukh , fils du kan de DjagataT , après avoir ravagé tout le pays depuis f Indus jusqu'à la Djemnah, arriva devant Dehly, répandant partout l'épouvante. L'empereur rassembla toutes ses foires, et marcha contre eux en personne. Djafar. qui commandait son aile droite, avait presque décidé la victoire et poursuivait les fuyards, lorsque, enveloppé par divers corps de Mogols, i\ fut abandonné par le frère d'AhvEddyn, jaloux de «on triomphe précédent, et succomba. Repoussés sur les autres points, les Mogols évacuèrent l'Indoustan. Enivré de sa prospérité, Ala-Eddyn ambitionna la gloire d'être conquérant comme Alexandre et prophète comme Mahomet. Pour exécuter le premier projet , il avait de l'audace, des talents militaires ; aussi s'etnpressa-t-il de prendre le nom du héros grec ( Eskander ) et de le faire mettre sur ses monnaies. Mais sachant à peine lire, il lui était plus difficile de s'ériger en réformateur des lois et de la religion ; aussi les sages conseils du vieux chef de sa magistrature le déterminèrent à se borner au rôle de conquérant.
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Il s'empara de Rantampour et de Tchitor, deux des plus fortes places des Radjpouts, dans l'Adjemir ; la seconde tombait pour la première fois sous la domination des musulmans. En 1503, il soumit Waraugole, capitale du Tellimgan, qui comprenait à peu prés le pays de Golconde. Il conquit le Malwah Tannée suivante. En 1300, Rliodjali-Rafour, son général, aclieva la conquête du Dekluui, à travers le Baglana ou pays des Mahrattes, et pénétra jusque dans le Cantate ai 1310. Faisant la guerre en brigand, à l'exemple de son maître, Rafour pilla des trésors immenses ; ses soldats méprisaient l'argent, tant ils avaient d'or à discrétion. Divers événements interrompirent ces brillants succès. Les Mogols continuèrent leurs invasions périodiques dans î'Indouslan ; ils furent toujours repoussés par l'empereur en personne ou par Touglouck , un de ses généraux. Ala-Eddyn ne faisait aucun quartier aux prisonniers de guerre ; ils étaient tous égorgés par ses ordres. Cependant des révoltes éclatèrent contre lui ; des conspirations menacèrent ses jours : il tomba même une fois sous les coups des assassins, qui, le croyant mort , respectèrent le cadavre de leur souverain au lieu de lui couper la tête. Toutefois ces révoltes, ces conspirations, furent pour Ala-Eddyn d'utiles leçons ; elles lui apprirent qu'il y avait dans son administration des vices , des abus, qu'il fallait extirper. Pour y parvenir , il convoqua une assemblée générale des ministres, des omrabs, des liommes les plus éclairés de l'empire. On reconnut que la source du mal était dans le cumul des principaux emplois sur la tête de quelques privilégiés ; dans les alliances de quelques maisons trop puissantes ; dans le partage trop inégal des propriétés foncières ; dans le pouvoir illimité des gouverneurs de provinces ; enfin dans l'usage immodéré du vin et des liqueurs spiritucuses. En conséquence, l'empereur recliercha la conduite de tous les fonctionnaires publics ; récompensa les uns, destitua ou punit les autres en plus grand nombre, défendit les mariages entre les familles d'oinralts sans sa permission ; confisqua les biens mal acquis ; réduisit les émoluments des principaux emplois, et en abolit le cumul. 11 fixa des limites aux acquisitions des propriétés territoriales, régla le nombre des domestiques suivant les besoins de l'agriculture ; il diminua les impôts, et en rendit la répartition plus juste et la perception moins vexatoire. Par ses soins, la justice devint si surveillante et si active, qu'on n'entendit plus parler de vols, et que les voyageurs purent en tous sens parcourir l'Indoustan sans crainte et sans danger. H prohiba le vin sous peine de mort, et pour donner l'exemple , il fit répandre sur la place publique tout celui qui était dans ses caves. En un mot, Ala-Eddyn, dans son ardeur des réformes, entra dans les moindres détails. Il ne négligea point les sciences et les arts dont il sentait le prix, bien qu'il fut illettré ; il dota des collèges et des écoles, et il se livra lui-même à Fétude des lois et de la politique. Obligé d'avoir sur pied de nombreuses armées, il réduisit leur solde ; mais, d'un autre coté, il fixa les grains et autres denrées de première nécessité à un taux très-mo-
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dique, en prohiba le monopole , et établit des magasins pour entretenir l'abondance et maintenir le» bas prix. Il embellit sa capitale de nombreux édifices publics, et y ajouta des fortifications pour la mettre à l'abri des attaques des Mogols. Gorgé de richesses, enivré de prospérités, Ala-Eddyn s'endormit au sein de la mollesse et de la volupté, abandonnant les rênes de l'empire à Rafour , qui, de la condition d'esclave noir et de prisonnier de guerre, lors de la conquête de Goudzerat, était devenu le premier ministre et le favori de son vainqueur. Cet ambitieux, aspirant au trône , inspira des soupçons à l'empereur sur ses deux fils aînés et sur leur mère, et il obtint l'ordre de les faire arrêter ; leurs principaux partisans' furent mis à mort. La tyrannie de Rafour excita des mécontentements et des révoltes a Tehitcr, dans le Dekhan et le Goudzerat ; les revers qu'éprouvèrent les armées d'Ala-Eddyn dans cette dernière contrée le mirent en fureur et aggravèrent la maladie dont il était atteint. 11 mourut en 716 (1310) dans la vingtième année de son règne Malgré le parricide qui ouvrit à ce prince le chemin du trône, malgré ses cruautés envers les prisonniers de guerre et les peuples vaincus, enfin malgré son insatiable avidité, son peu d'égards pour sa femme, son peu de soins pour l'éducation de ses enfants, et la faiblesse tpii déshonora la fin de sa carrière, il est mis au rang des plus grands monarques de l'Indoustan, parce qu'il sut défendre, agrandir et gouverner ses Etats, et qu'il rendit ses sujets lieurcux par la sagesse de son administration. Après sa mort, tout changea. Rafour fit aveugler les deux lilsalnésd'Ala-Eddyn, plaça sur le trône le plus jeune, qui n'avait que huit ans, et s'empara de la régence : mais il fut assassiné au bout d'un mois, et son pupille remplacé par un troisième fils d'Ala-Eddyn , qui régna et périt en tyran. Il fut le dernier de. sa dynastie, qui n'avait duré qu'environ trente-deux ans, et Tmiglouk-Schah, en 721 (1321 ), en établit une nouvelle qui dura près d'un siècle. ( Voy. Maiiuoun-SciiAM m.) A— t.
A LAGON (Louis d'), baron de Mérargucs, né en Provence, dans le 16e siècle, se disait issu des omîtes d'Aragon. 11 crut ne pouvoir mieux justifier une [Mireille origine qu'en tramant un complot pour livrer (IGOS) la ville de Marseille aux Espagnols, et en se servant pour y parvenir des moyens que lui donnait le commandement de deux galères dans le port. Il s'ouvrit sur ses desseins à un forçat ; et bientôt le duc de Guise, gouverneur de la Provence, en fut informe par celui-ci. Un voyage qu'Alagon lit a Paris sous un vain prétexte, mais dans le but de se mettre en rapport direct avec l'ambassadeur d'Espagne, acheva de démontrer la vérité des avis que le duc de Guise avait donnés à la cour. On épia les démarches d'Alagon , et au moment où il était en conférence avec Iiruneau, secrétaire de l'ambassadeur, ils furent arrêtés l'un et l'autre par le prévôt Defunctis. On trouva cachés, sous la jarretière du secrétaire, des papiers qui prouvèrent jusqu'à l'évidence la réalité du complot. Balthazar de Zuniga, ambassadeur d'Espagne, se plaignit au roi de la violation du droit
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des gens que l'on commettait, disait-il, i l'égard de son secrétaire. En lisant le discours que tint l'ambassadeur au monarque, on a peine à concevoir que le droit de remontrance, de la part d'un agent diplomatique, ait été poussé au point de reprocher au roi de France d'avoir employé des moyens de même nature envers les cours étrangères. Mais, malgré ces réclamations, le procès fut instruit au parlement. En vain Alagon voulut- il faire prendre le cliange sur ses relations avec l'Espagne, qui n'avaient pour but, assurait-il , que d'obtenir du service de cette puissance. Bruneau, se croyant assez protégé par le droit des gens , avoua tout et ses aveux entraînèrent la perte de son complice. Par arrêt du mois de décembre 1605, Alagon fut condamné à perdre la tète, et l'exécution eut lieu sur la place de Grève. Le corps fut mis en quatre quartiers pour être exposés à quatre portes de Paris , et la tête fut envoyée à Marseille pour subir cette flétrissure. Pour toute punition, Bruneau fut renvoyé à l'amliassadeur, avec une copie du procès. Le roi avait offert au duc de Montpensier et au cardinal de Joyeuse , parents d' Alagon , de commuer la peine en une prison perpétuelle. S'il faut s'en rapporter au P. d'Avrigny, ils répondirent que « s'il n'y avait point de bourreau pour un pa- « reil forfait, ils en serviraient eux-mêmes.» Ce refus plus que romain ne parait pas avoir autant de réalité que les dispositions clémentes du monarque. L — M— X.
ALAIN, en latin Alanls (Nicolas), médecin, né dans la Saintonge au 16* siècle, n'est connu «nie par l'ouvrage suivant : de Santonum régime eî Muttribus familiis brevit lue hiihim elegans Tractatus; Saintes, 1598, in-4° de 39 pages. Ce petit volume trèsrare est recherché des curieux. L'auteur était mort après les premières guerres civiles. Son fils Jean Alain, avocat au parlement de Bordeaux , ayant, longtemps après, retrouvé cet opuscule, s'empressa de le publier pour sauver de l'oubli les recherches et le nom de son père. On y trouve quelques détails sur les procédés qu'on employait alors dans la Saintonge pour fabriquer le sel. W — s.
ALAIN de Solminihac, évêque de Cahors, abbé régulier de Chancelade, né le 25 novembre 1593, dans le Périgord, commença, en 1623, à établir la réforme dans son abbaye. Cette maison , auparavant déserte, fut bientôt peuplée de chanoines réguliers. La réputation d'Alain s'étant répandue, il fut chargé de visiter plusieurs couvents des deux sexes et d'y introduire la réforme. Louis XIII, apprenant le bien qu'il opérait , le nomma à l'évêché de Lavaur , ensuite à celui de Cahors ; malgré ses résistances, il lut sacré à Paris, le 27 septembre 1637, mais à condition qu'il garderait son abbaye de Chancelade, afin d'y maintenir le bien qu'il y avait commencé. Alain, prenant St. Charles Borroméc pour modèle, donnait l'exemple de toutes les vertus épiscopales. Il fonda plusieurs établissements de bienfaisance. Le diocèse de Cahors lui dut son séminaire ; une maison de chanoines réguliers réformés selon la règle de Chancelade; des fonds pour l'Hôtel-Dieu; une maison de la Providence pour les orphelines ; une seconde mai-
son pour les orphelins ; plusieurs églises dans le dio cèse, rebâties à ses frais, et d'autres pieuses fondations. On assure qu'il dépensa pour ces enivres pies plus de 300,000 francs , somme énorme pour ces temps-là. Ces libéralités peuvent s'expliquer, quand on pense à l'ordre , à l'économie et à la frugalité qui régnaient dans la maison de ce prélat , qui fut en relation avec tous les saints personnages de son temps, entre autres avec St. Vincent de Paid. 11 mourut à Cahors, le 31 déccmlwe 1659. G— T.
ALAIN de Lille , savant religieux du 12* siècle , était à la fois théologien , philosophe , physicien , historien et poète. Cette grande variété de connaissances et de talents lui valut de ses contemporains le surnom d'univenet, que la postérité lui a conservé. Les énidits ne sont pas d'accord sur le lieu de sa naissance , ni sur le temps où il a vécu, ni sur la date de sa mort : ils lui donnent pour patrie l'Allemagne , l'Ecosse , PEspagne , la Sicile et la Flandre ; les uns le placent dans le 12* siècle , d'autres dans le 13*; tous produisent a l'appui de leurs opinions contradictoires des faits, des raisonnements, des témoignages. Au lieu de nous arrêter à les discuter et d'augmenter l'incertitude par de nouvelles conjectures , nous tiendrons pour vrai ce que nous apprend Alain lui-même dans son Antictaudiamu , à savoir qu'il était de Lille en Flandre. On lui a , il est vrai , contesté la propriété de cet ouvrage , mais dom Brial a établi ses titres sur des preuves irrécusables. ( Yoy. Histoire littéraire, tome 16.) Quant au second point , le temps où notre auteur a vécu , il est nettement déterminé par Otlon de St-BIaise , qui cite maître Alain parmi les docteurs fameux qui existaient en 1194. Reste l'époque de sa mort. Albéric de Trois-Fontaiiies, qui écrivait au 13' siècle , la place vers 1202, et la grande chronique belgiquc confirme cette date. Mais nous sommes sans renseignements certains sur les circonstances de sa vie. On a depuis longtemps relégué dans le domaine des fables les anecdotes imaginées par des écrivains postérieurs pour suppléer au silence de l'histoire et accréditées par l'ignorance des siècles suivants. Nous en citerons deux qui datent vraisemblablement du 15e siècle et que nous empruntons à dom Brial. « Pendant qu'Alain enseignait à Paris les sept ails « libéraux , les lois et les décrets , il s'était engagé « à expliquer en public le mystère de la Trinité. La « veille du jour qu'il devait prêcher , se promenant « sur le bord de la Seine , il aperçoit un enfant « qui s'amusait à porter de l'eau à un trou qu'il «avait fait dans le sable. Que prétendez-vous « faire , mon enfant ? lui dit le docteur. — Je « veux que toute la rivière entre dans ce trou , et je « ne discontinuerai pas, jusqu'à ce que j'en sois venu « à bout. — C'est un enfantillage ce que vous faites- « là , la chose est impossible. Et quand croyez-vous «que vous aurez fini? — J'aurai plus tôt réussi « que vous dans le dessein que vous avez en tête. « — Et quel est-il , ce dessein ? — Vous voulez , dit « l'enfant , pour faire parade de votre science , exo pliquer le mystère de la Trinité : cela est plus im-
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« possible que ce que j'ai entrepris. » Ce discours « déconcerta le docteur, qui vit bien qu'il s'était trop « avancé. Cependant il monta en chaire le lendemain « comme U l'avait promis ; mais au lieu d'un discours « qu'on attendait de lui, il ne lit que se montrer pour « dire à ses auditeurs: Qu'il vous suffise d'avoir vu « Main, et il disparut aussitôt, laissant l'assemblée « dans le plus grand étonnement.» — Voici l'autre anecdote : « L'abbé de Citeaux devant aller à Rome « l>our assister au concile général (pic le pajie avait con « voqué ( on n'indique ni le pa|>c ni l'année du con- « cile ) , prit avec lui Alain |K>ur lui servir de valet « de pied et panser les chevaux. Alain demanda en « grâce à son abbé de le laisser entrer avec lui dans « le lieu du concile. On lui représenta que cela ne
• se pouvait pas et qu'il serait diflicilc de tromper « la vigilance des gardes. Il y entra cependant ca- « ché sous la chape ou le manteau de l'abbé , et se « plaça à ses pieds. Ce jour-là on discutait la doc- « triuc des hérétiques du temps, et plusieurs étaient « là pour rendre compte de leur ci-oyancc. La dis-
• pute s'engageait les hérétiqucsscniblaicnt avoir l'aa vantage. Alors Alain se levant demanda à son abbé a la permis-ion de parler, et la demanda jusqu'à trois a fois sans pouvoir l'obtenir ; mais le [tape ayant su « de quoi il s*agis:>ail, lui permit de parler. Alain « reprit la controverse et réfuta si bien les hérétiques, « que l'un d'eux s'écria : lu « le diable , ou bien « Alain '. — Je ne suis pas le diable , répondit-il , a mais je suis Alain. Dés ce moment l'abbé voulut « lui céder sa place ; Alain fut reconnu pour oc qu'il a était , et le pape ordonna qu'on attachât à sa \m- « sonne deux clercs pour écrire sous sa dictée. » Don» Brial, après une étude approfondie des écrits d'Alain, pense que c'est en Angleterre qu'il faut chercher des traces de son existence ; il remarque que ses œuvres ne sont nulle part aussi multipliées qu'en ce pays , et , dans son opinion , c'est au docteur universel qu'il faut rapporter le passage suivant de Gervais, moine de Canterbury. a llcrlcw in , prieur « de Canterbury, ayant résigné ses fonctions à cause « de son grand Age, maître Alain, Anglais de nation, « et depuis cinq ans novice dans cette église, lui fut « donné pour successeur, le C août 1170. » Quant à l'objection que soulève la qualité d'Anglais , attribuée au personnage en question, dom Brial y répond en disant qu'il est possible qu'Alain soit né à Lille de parents anglais qui s'y seraient trouvés accidentellement, et qu'il ait |w»ssé ensuite en Angleterre. Le même Alain fut nommé, en M su, à l'abbaye de Tewkeshury en Gloceslershirc. A |wrtir de cette époque , l'histoire ne parle plus de lui. Dom Hrial sup|>osc qu'il quitta l'Angleterre pour se retirer à Citeaux, où il termina sa carrière vers 1202. Les moines lui lirent l'épilaphe suivante :
Alannm bretis bora, bmvi tunuilo sopcliril, Qui duo, qui s«>ptem , qui totuin scihtle «civil : 8c ire suum moriois dare wl relinere noquirit.
Longtemps après, probablement au i.v siècle, on y ajouta ces quatre vers , destines sans doute à cou-
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sacrer par un monument authentique les fables qui alors avaient cours :
Labenlis saxii contemptis rébus f*ens fit , Inler conversos, gregihus commissus alendis. Mille ducenteno nouageno quoque quarto, Christo dévolus, niorlaJes exuit artus.
Les écrits d'Alain qui ont été publiés sont: 1» An~ ticlaudianus , sive de Officia viri boni tt perfecti, poème moral portant aussi le titre A" Encyclopédie à cause des détails qui s'y trouvent sur les procédés et l'utilité des sciences et des arts. Cet ouvrage jouit d'une grande célébrité au moyen âge , il donna lieu à un grand nombre de commentaires dont les plus connus sont celui de l'Anglais Raoul de Long- Champ, resté manuscrit, et celui d'Adam de laBassée, également manuscrit. Le poème fut imprimé à Bàle sans nom d'auteur, l'an 1536; a Venise, en 1588, et à Anvers , en 1625. Legrand d'Aussi a donné sur un manuscrit de la bibliothèque royale la nolice d'une traduction lilireder.InfiWriue/ùintu, envers français, qu'il met beaucoup au-dessus de l'original latin (I). 2 De Planctu naiura; ad Deum, ou bien Enchiridion de rébus natnra , satire contre les vices et la dépravation des hommes. .V* Doctrinale minus, ou le livre des paraboles, opuscule en vers élégiaques , imprimé à Lyon eu 1491 , 1492 et 1501, in-4* ; 4 Lci|»k k, en 1516, in-Y; à Caen , à Rouen el à Paris, in-4a, sans date. 1° Doctrinale altum, ou le livre des sentences cl des dits mémorables d'Alain. 5° Deux Proses rimées qui se trouvent dans YHisloire de t'univertité de Paris de du Boulay.6* Elutidalio super Canticacanlicorum, Paris, 1540. T Une somme de Arte pradicatoria. 8° Neuf sermons. 9* Un opuscule sur tes six Ailes des chémbins, ou explication allégorique d'un passage d'isaîe. 10° Liber peenitentialis, dédié à Henri de Sully, qui lut archevêque de Bourges depuis 1184 jusqu'en 1200. 11» De Fide m- Ihnlica, ouvrage dirigé contre les hérétiques et dédié à Guillaume, seigneur de Montpellier. 12e De Arte teu Arliculis catholica* fidei, autre ouvrage de controverse adressé à un pape du nom de Clément. Dom Hrial ne doute pas que ce ne soit Clément 111, qui occupa le sainl-siéffc de 1187 à 1191 ; publié par dom Bernard Pcy. 15" Commentaircsur les prophéties de Merlin publié sous ce litre : .Haut magni de m sulis, doct. univ., Explanationum inprophetiam Mer- Uni Ambratii , Britanni , libri teptem, imprimé é Francfort, en 1605, vol. in-8", précédé de la versiot latine des prophéties de Merlin, traduites de l'ancien breton par Geoffroi de Monmouth. L'objet de cet ouvrage était de démontrer que les grands événements qui s'accomplissaient alors en Angleterre étaient la réalisation des prophéties de Merlin. L'auteur s'y montre versé dans l'histoire des Bretons, des Saxons, des Anglais, des Normands et des Français; sou livre est utile à consulter particulièrement pour le règne de Henri H, roi d'Angleterre, sous lequel il fut écrit. 14° Si l'on admet avec dom Hrial qu'Alain ait été prieur de Canterbury, il faut le re-
fl) Don Brial.
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conn»itr« comme l'auteur de la Vie de St. Thomas de Canterbury dont on a publié des extraits dans le Quadrilogue que le père Lupus a placé à la tête des lettres du saint archevêque. Une partie des œuvres de maître Alain ont été recueillies et publiées par les soins de dom Ch. de Visch, un vol. in-fol, Anvers, 1654. On attribue encore à maître Alain les ouvrages suivants, qui ne sont pas imprimés : 1° Commentaire sur le Pentateuque, les prophètes, etc. ; 4° Super Senimtms libri quatuor; 3" Summa quoi tnodi$ , rel Oraeultm Script ur a $aera ; 4» de Vitiit et Virlutibus ; 6» tle Inlelligenliù, sive Memoiiaie difficiliut; 6e Dictionarium Iheologicum : 7* Paradoxe de monntie generalibue; 8° de Naturit quorumdam anri m al ht m ; 9" Saculum Eederim ; 10" de Ralione metrorum et eyllabarun ; !«• de Aeeueationibue . Inqui lionibui, et Denunlimlibu» Alani; 12' un poème de Tripliri mundo ; 1,V des lettres; 14° en lin neuf livres de sentences dont Darthius a donné des extraits dans ses Advertaria. C. W— r.
ALAIN , évèque d'Auxerre , qu'il ne faut pas confondre | comme fait Oudin , avec maître Alain , son compatriote, naquit ên Flandre au commencement du 12* siècle : Alanue Flandrientie , dit son biographe contemporain. On n'est pas certain qu'il fût de Lille; l'inscription qui se lisait autrefois sur son tomlteau portait seulement qu'il avait été élevé dans celte ville. Voué i Dieu dès sa naissance, il reçut l'instruction cléricale, entra, jeune encore, à Clairvaux , pour se placer sous la discipline de St. Bernard, qui lui lit donner l'abbaye de Larivour, a deux lieues de Troyes. en Champagne. Douze ans plus tard, en 4152, il devint évèque d'Auxerre : les comtes de Nevers et d'Auxerre, qui voulaient faire nommer une de leurs créatures , essayèrent vainement d'entraver son élection ; l'abbé de Clairvaux , son puissant protecteur, triompha de leur opposition et obtint, après quelques difficultés , la conlirmation du roi , qu'on avait indisjiosé contre Alain. Pendant treize ans qu'il occupa le siège épiscopal , ce prélat se Ht estimer par ses lumières et sa sagesse. Les limites de cet article nous interdisant d'entrer dans le détail de son administration , nous nous bornerons à dire que Louis le Jeune et le pape Alexandre III, justes appréciateurs de son mérite, lui confièrent plusieurs fois des commissions importantes. Parvenu à un Age avancé , il se retira à Larivour, où il mourut en 1 182. Il nous reste de lui : 4* cinq Lettres adressées à Louis le jeune, au sujet des contestations de l'évèque avec le comte de Nevers : elles offrent des informations intéressantes sur les lois , les coutumes et la procédure féodales ; 2» une Vie de St. Bernard, on les faits sont présentés avec plus d'exactitude, de précision et de méthode que dans les biographies qui l'avaient précédé. Les Lettres ont été imprimées par Duchesne, dans le tome 4 de son recueil des historiens de France. Quant a la Vie de St. Bernard , on la trouve dans les Œuvres de ce grand docteur, t. 2 de l'édition de 1B90, in-fol. C. W— a.
Al. A M A\ M (Lotis), célèbre poète italien, naquit à Florence, le 2» octobre 1495; sa famille était l'une des plus nobles et des plus distinguées de
cette ville. Son père était fort attaché au patil des Médicis, et lui-même, après avoir fait d'excellentes études dans l'université de Florence , jouit de la plus grande faveur auprès du cardinal Jules, qui gouvernait la république au nom du pape Léon X; mais ayant éprouvé de sa part un trait de sévérité qu'il regarda comme injuste, il entra dans une conjuration qui se forma contre lui à la mort du pape. F.lle fut découverte, et Alamanni forcé de s'enfuir à Venise, d'où il passa en France pour plus de sûreté, lorsque le cardinal Jules eut été élu pape sous le nom de Clément VIL Les revers que ce pontife éprouva , en 1527, ayant donné à Florence l'occasion de s'affranchir, Alamanni y retourna et fut envoyé à Gênes, pour y protéger les intérêts de sa patrie. Dansées temps difficiles, il se fit remarquer par sa sagesse et son désintéressement ; mais, malgré ses efforts et ceux de son parti, la cause de la liberté succomba. Clwrles-Ouint passa en Italie, peu de temps après, pour terminer les affaires de Florence, et la soumettre entièrement au joug des Médicis. Après cette nouvelle révolution , Alamanni , proscrit par le due Alexandre, revint en France, où les bienfaits de François 1,T le fixèrent. Il y composa le plus grand nombre de ses ouvrages. Le roi avait pour lui tant d'estime, qu'il le choisit pour son ambassadeur au prèsdeCharles-Quint en 1544, après la paix de Crespi. Alamanni avait précédemment adresse à François 1** un dialogue allégorique entre le coq et l'aigle, dans lequel le coq appelait l'aigle ot'wau de proie qui porte deux beet pour dévorer davantage : Aquila grifagna Che per pi» dîvorar due becchl porta
Il ne croyait pas que cette pièce fftt connue de î*empereur. Dans le discours d'apparat qu'il prononça devant lui à sa première audience, il commença plusieurs de ses périodes par le mot aquila. Charles- Quint, pour toute réponse, répéta tout haut ces vers : Aquila grifagna , etc. « Je parlais alors en « poète, répondit Alamanni sans se déconcerter; « maintenant, je parle en ambassadeur. J'étais In- « digné contre le duc Alexandre, gendre de V. M., « qui m'avait chassé de ma patrie; je suis mainte- « nant libre de toute passion, et persuadé que V. M. • n'autorise aucune injustice. » Cette réponse plut beaucoup à l'empereur; et Alamanni en obtint tout ce qu'il était chargé de demander. Il ne fut pas inoins en crédit soiis Henri II , qui l'employa aussi dans plusieurs négociations. Suivant habituellement la cour, il était avec elle à Amboise, lorsqu'il fut attaqué d'une dyssenterie dont il mourut, le 18 avril 1556. Les principaux ouvrages qu'il a laissés sont : |« un recueil de poésies en 2 vol. (I), sous le titre
(«) Dans l'épltre dédiratoire placée en téte de te recueil, l'auteur rend ainsi compte des raisons qui l'ont décidé a faire usage de» Ter» Kielil on non rime* : « On me blâmera peot-étre, dit-il, d'avoir em- « ployé des vers uns rime, ton ire l'osa*? des ineiileirs poètes de « noire langue-, mais je répondrai que, dans des sujets qui deman- « dent des interlocuteurs, comme l'eglogoe, la rime est toal a (ait « déplacée, poisqu'ellc donne au dialogue une affectation ridirule... « Dans les sujets plus élevés, la rime, qui tient plus de l'agréable el « du tendre que du majestueux, arrondit les phrases, apporte une « uniformité ennuyeuse, emi-risonne, P°or »in*' ^n, '* l*B***i *t « non i la noblesse, a l'étendue et a la variété. »
ALA
d' Opère Toscane, contenant des élégies, «les églogucs, des sonnets, différentes fables imitées d'Ovide, dointe satires, des silves, ou poésies mêlées, sur différents sujets, dans le genre de celles de Stace; une tragédie à VAntigonc, des hymnes qu'il divisa en trois parties , ballada , contraballala et stanza , à l'imitation des stroplies , antistrophes et épodes des poètes grecs, etc. : ces œuvres furent imprimées d'abord à Lyon, chez Gryphius, en 1552 et 1535, in-8°, et on les réimprima sur-le -cliamp à Florence; 2° la Coltivasione , en six livres et en vers libres ( s Haïti ) , excellent poème didactique , et le fondement le plus solide de la renommée de l'auteur, Paris, Robert Ètienne, 1546, petit in-4°, réimprimé plusieurs fois avec des notes et avec les Abeilles de Rucellaï (1 ) ; 5° Giron*? il Cortese, Giron le Courtois, poème héroïque en vingt-quatre chants, Paris, 1548, in-4° ; 4° la Avarchide, ou le Siège de Bourges (ville que César appelle Avaricum), poème épique, aussi en vingt-quatre citants, imprimé pour la première fois à Florence, chez les Junte, 1570, in -4° ; 5° Flora, comédie en cinq actes et en vers que les Italiens appellent sdruccioli, Florence, 1556 et 1601, in-8°; 6° cent vingt-deux épigrammes que l'on trouve dans plusieurs éditions, à la fin de la Coltivaxione, et quelques autres pièces éparses dans plusieurs recueils. Les principales qualités de ces compositions trop nombreuses sont la facilité, la clarté et la pureté du style; mais elles manquent trop souvent d'élévation et de force. On peut être indifférent sur le plus grand nombre ; mais on ne devrait pas l'être en France sur la Coltimzione, ou le poème de l'Agriculture, écrit et publié en France, rempli d'imitations élégantes des Géorgiques de Virgile, de traductions en beaux vers des meilleurs préceptes donnés en prose par Columelle, Vairon, Pline et d'autres auteurs; d'indications curieuses, de procédés d'agriculture particuliers à l'Italie, de descriptions aussi vraies que poétiques des beautés cliampêtres de l'Italie et de la France ; d'éloges du roi qui protégeait le poète, et du pays où il avait trouvé un asile, éloges mérités qui devraient intéresser tous les Français. Pour apprendre l'italien , on se borne le plus souvent à des ouvrages fort agréables , mais vides d'instructions. La Coltivaxione d'Alamanni , et le charmant poème de Rucellaï sur les abeilles, devraient leur être préférés. Alamanni, marié deux fois, laissa de sa première femme deux fils, qui jouirent en France d'une fortune due aux talents et à la réputation de leur père: Baptiste fut aumônier de la reine Catlierine de Médicis , ensuite conseiller du roi , abbé de Belleville , évêque de Bazas , puis de Màoon , et mourut en 4581; Nicolas fut chevalier de l'ordre de St-Michel, capitaine îles gardes du roi , et maître du palais Deux autres Loiim Alam anxi, aussi florentins, se sont distingués dans les lettres. L'un était colonel au service de France, et fut, en 1591, consul de l'académie florentine : Salvino Salvini parle de lui dans ses Feules consulaires, p. 524. L'autre était du même
(I) U Cclliraiione m Ironie daix 1» HMUlkctt »«/«•«! Hatiee,
temps et de la même académie ; c'était un littérateur instruit : il a laissé trois églogucs latines insérées dans les Car mina illuslrium Poetarum italorum , et une oraison funèbre qui se trouve dans le recueil des Prose florentine, vol. 4. Il était petit-fils de Ludovic Alamanni, l'un des cinq frères du célèbre poète. G — É.
ALAMANNI (Nicolas) , Grec d'origine , naquit en 1585, et fut élevé à Rome , où il enseigna la rhétorique et la langue grecque. Son mérite le fit nommer secrétaire du cardinal Borghèse , et ensuite bibliothécaire du Vatican ; il mourut à Rome eu 1626. On a de lui : 1° une traduction latine de Y Histoire secrète de Procope, accompagnée de notes, Lyon, 1623, in-fbl. , réimprimée dans la belle édition de Proeoj>e, grec et latin, Paris, de l'imprimerie royale, 1663, in-fol. , t. 2 , part. 2 , mais sans les notes ; 2° de Lateranensibus Parielinis, ab illuttr. et Rev. D. Franc. Barberino reslilutis, Disserlalio hislorica, figuris ceneis itluslrala, etc. , Rome, 1625, in-4*, réimprimée dans le Thesaur. Anliquilal. Ilalio , t. 8 , part. 4 ; et quelques autres ouvrages moins importants. G— K.
ALAMANNI. Voyei Aleuanni.
ALAMOS DE BARRIENTOS (1) (don Baltiiazar), traducteur de Tacite en espagnol, était né vers 1550, à Medina del Campo, dans la Vieille- Castille. Ayant eu l'occasion de se faire connaître de Goncalo Perez, secrétaire d'État, il se lia bienlot avec son lils , Antonio Perez ( voy . ce nom ) , dont l'âge se rapprocliail du sien. Alamos, enveloppé dans la disgrâce de Perez', fut mis en prison , et y resta pendant onze ans , quoiqu'on ne put lui reproclier que son attachement à son malheureux ami. Ce fut pour diarmer les ennuis de sa captivité qu'il entreprit la traduction de Tacite. En 1504, il avait terminé celle des Histoires et des Annales. Ant. Covarruvias fut désigné pour l'examiner; mais le manuscrit , quoique revêtu de l'approbation du censeur, resta dans les bureaux de la chancellerie. Philippe II mourant (1508) ordonna qu'Alamos serait mis en liberté ; mais il défendit en même temps a son successeur de lui conlier aucun emploi. Cependant le duc de Lerme ne crut pas contrevenir aux dernières volontés de Philippe en lui fournissant les moyens de vivre avec décence. Alamos ayant alors recouvré le manuscrit de sa traduction de Tacite, revit son premier travail, et le compléta par la traduction des Mœurs des Germains et de M Vie d'Agricola. Le succès de cet ouvrage fit la réputation et la fortune de l'auteur. A l'avènement de Philippe IV (1621 ) , il fut nommé iiscal de la maison du roi et de la guerre ; et quelques années après , membre du conseil des Indes et de celui des domaines de la couronne. Alamos mourut vers 1640, âgé d'environ 90 ans. U avait , dit un critique espagnol ( Pellicer) , plus de jugement que d'esprit , et savait mieux écrire que parler. De ses ouvrages , le seul que l'on connaisse encore est le Tacito espanol illustrado con Aforismos, Madrid, 1615, in-fol. Cette version de
(l) L4>nnl.-t-I)ufre*noT. dans sa Méthode fHtUitr Vkùlokt, a mal a propos fait deu auteur* de BeUluu» Alamos et de "
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Tacite , la plus complète qu'il y ait en espagnol , passe pour fidèle et bien écrite. Quant aux Aphoritmes ou maximes politiques d'Alamos, on peut les niettre à coté de ceux de Louis d'Orléans ou d'Annibal Scoto. Cependant ils ont été réimprimés séparément, Madrid, 1614, in-fol. , et Anvers, 1651, in-8°, et trad. en italien par Jérôme d'Anghicri , dont la version se trouve i la suite de celle de Tacite, par Adr. Politi, Venise , 1665 , in-4\ A lamas laissa plusieurs ouvrages inédits , entre autres : 1° Advertimientos al governo , qu'il offrit au duc de Lerme , au commencement du règne de Philippe III ; 2° el Conquistador, hoc est Prmcepta de «xpedilionibus in novat orbis plaças , rite justeque eonficiendit ; 3° P tintas politieoi , o de etlado. Voyez , pour plus de détails , Pellicer, Ensayo de ma bibliotheea de traducloret espanoles, c'est-à-dire Essai d'une bibliothèque des traducteurs espagnols, Madrid, 1778, 2 partie, 25-28. W— s.
ALAMUNDAR, roi sarrasin du «• siècle, vécut par conséquent à cette époque tièmigrationt el d'immigrations où une partie du monde vint en quelque sorte renouveler l'autre. Comme tous les chefs barbares, Alamundar fit des courses nombreuses; la Palestine fut surtout le théâtre de celles qu'il entreprit. Mais, ainsi qu'il arriva à tous ceux qui le précédèrent ou le suivirent, il subit l'influence des choses qu'il venait renverser. En effet, après avoir tourmenté, persécuté les solitaires du désert, il lui arriva de céder i leur empire ; il voulut se convertir, et demanda le baptême. C'était vers l'an 509. A cet âge de la religion, des hérésies nombreuses, violentes, divisaient le christianisme. L'eutycliéisme, qui confondait les deux natures du Christ, luttait contre le nestorianisme qui les séparait; et pour le dire en passant, ce fut St. Vincent de Lérins qui proposa cette conciliation célèbre à laquelle se rangea l'Église : ln ChriUo duo iubilantia, una pertona. Alamundar, que les partisans d'Eutychés cherchaient à s'attacher, ne prit pas de si haut la question : il leur opposa un argument de barbare, mais assez curieux, et pas trop dépourvu de sens. 11 leur annonça un jour que des lettres venues du ciel lui avaient appris la mort de l'archange Michel : « Un ange ne peut mou- « rir, répondirent ceux à qui il s'adressait. — Si un « ange ne peut mourir, répliqua le Sarrasin, pourquoi « croyez-vous qu'un Dieu le puisse, vous qui confon- « dez les deux natures du Christ ? » L'histoire n'a pas recueilli la suite de cette controverse, mais les desseins des hérétiques sur Alamundar durent nécessairement échouer contre une objection si embarrassante. V. R — d.
ALAN DE LYNN, théologien angl ais du 15e siècle , né à Lynn , dans le comté de Norfolk , se distingua par son talent pour la prédication. 11 s'était fait une habitude qui pourrait être suivie avec succès par tous ceux qui se livrent à l'étude : il faisait, pour lui-même , des tables raisonnées de presque tous les livres qu'il lisait. On a de lui les ouvrages suivants : 1° de Vario Seriplura Sensu ; 2" Moralia Hibliorum ; 3° Sermones notabiles; 4* Elucidarium Scripturœ ; 5" Pralecliones theotogicœ ; 6° Elueidationes Aristolelis. On ne connaît point la date de sa mort. — 11 y
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a eu un autre Alan, abbé de Tewkesbury, qui florissait vers la fin du 12* siècle, et qui mourut en 1201. 11 a écrit un livre intitulé : de Vita et Exilio Inomet Cantuariensis. S — D.
ALAN , ALLEN , ALLYN ( Guillaume ) , cardinal anglais, archevêque de Malines, né en 1552, à Rossai , dans le comté de Lancastre , fut élevé i Oxford , et reçut sa principale instruction d'un professeur, très-ardent catholique, qui inspira à son élève le même zèle pour sa doctrine. L'avénemcnt d'Elisabeth et le système d'intolérance que l'on connaissait à cette princesse ne permettaient pas à Alan d'espérer aucun avancement dans la carrière ecclésiastique , et pouvait même lui faire craindre quelques persécutions ; il prit le parti d'abandonner sa patrie , et daller s'établir à Louvain, où il composa, en réponse à un écrit du savant évêque Jervel, un ouvrage intitulé : Défense de la Doctrine catholique au sujet du purgatoire H des prières pour les morts , imprimé a Anvers, en 1565. Ce livre fut le signal d'une controverse longue et animée. Le dérangement de sa santé le détermina à retourner en Angleterre. La ferveur de son zèle ne lui permit \m d'y rester tranquille ; il publia de petits écrits qui le rendirent odieux au gouvernement : ce qui l'obligea de se cacher; mais, du fond de sa retraite, il publia encore un écrit apologétique , intitulé : Courtes raisons pour la Foi catholique. Le gouvernement paraissant déterminé à ne plus tolérer ce qu'on appelait le papisme, Alan s'enfuit de nouveau , et se retira en Flandre , en 1568. La réputation de son zèle et de ses efforts en faveur du catholicisme le lit accueillir partout avec beaucoup de distinction : à Malines , il professa la théologie avec un grand succès ; il fut reçu docteur en théologie à Douai, obtint un canonicat à Camlway, et , bientôt après , un autre canonicat à Reims. Toujours ardent à favoriser les intérêts de la religion catholique en Angleterre , Alan avait établi à Douai un séminaire pour l'éducation de la jeunesse anglaise ; il transporta ensuite cet établissement à Reims. II continua d'écrire des ouvrages en faveur de la communion romaine et contre l'Église anglicane. Ces écrits se répandaient en Angleterre , et y échauffaient les esprits, au point que la reine se crut obligée de rendre une ordonnance pour défendre nonseulement de les vendre , mais même de les lire ; il fut regardé comme ennemi déclaré de son pays; toute correspondance avec lui fut traitée comme un crime de haute trahison. Un jésuite, nommé Thomas Allied, fut jugé et condamné à mort pour avoir apporté en Angleterre quelques ouvrages d'Alan. Le principe général qui dominait dans tuus ses écrits faisait regarder toutes les obligations morales, civiles et domestiques, comme entièrement subordonnées aux obligations qu'imposait le service du Christ et de l'Église romaine. Ainsi, si un homme se séparait de cette Église pour adopter l'hérésie, sa femme pouvait l'abandonner, ses enfants ne lui devaient plus d'obéissance , son esclave pouvait refuser de le servir , et même devenait libre , ipso facto ; par une suite nécessaire de cette doctrine, le souverain, entaché d'hérésie perdait toute autorité sur ses peuples.
Alan alla encore plus loin : encouragé par les conseils de son ami , le célèbre jésuite Robert Parsons , il se lia avec plusieurs nobles anglais, catholiques romains, qui s'étaient retirés en Flandre comme lui , pour engager Philippe II, roi d'Espagne, à tenter une invasion en Angleterre. Ce projet hit adopté par le cabinet de Madrid , qui lit équiper, pour l'exécution , la grande flotte connue sous le nom d'Armada, dont l'exécution eut tant d'éclat et si peu de succès. Cette flotte mit à la voile en I.TIW ; elle était chargée de plusieurs milliers d'exemplaires d'un livre imprimé à Anvers, et composé par Alan, le P. Parsons et d'autres jésuites. Les exemplaires devaient en être disperses en Angleterre, après le débarquement des Espagnols. L'ouvrage était divisé en deux parties; la première contenait une déclaration de Sixte-Quint , portant : « Qu'en conséquence d'une bulle du pape, « la reine Elisabeth était excommuniée et détrônée , « et que sa couronne était transférée au roi d'Espa- « gne. » l-a seconde partie contenait une «admonition « a la noblesse et au peuple d'Angleterre , déclarant «Elisabeth schismatiqtie et hérétique, non reine, « usurpatrice , et coupable d'actions qui la rendaient « incapable de régner et même indigne de vivre; « et , en conséquence , ses sujets étaient déliés , à son « égard , de leur serment de fidélité. » De pareilles déclarations, absurdes et révoltantes en soi, devinrent encore plus ridicules par l'ignominieuse défaite de V Armada , qui devait les mettre à exécution. Après ce grand revers , les Espagnols cherchèrent à ramasser et à détruire les exemplaires du livre d'Alan et consorts; mais quelques-uns échappèrent a leurs recherclies. C'est a celle occasion que le comte d'Arundel fut condamné à mort (rny. AdUiTOEL), tandis qu'Alan fut récompensé par le cha|ieau de cardinal , et obtint ensuite l'archevêché de Malines. Il ne résida cependant pas dans cette ville; il alla s'établir à Home, ou il vécut avec beaucoup d'éclat , très-eonsiitéré , et employant sa fortune et son crédit à servir les catholiques anglais qui avaient quitté leur pays. On a dit que, vers la lin de sa vie, il se repentit de la violence des mesures qu il avait provoquées contre sa patrie, et qu'il eut lieu de se plaindre de la conduite des jésuites à son égard. Ses plaintes pouvaient être fondées ; on a accusé les jésuites de l'avoir empoisonné , mais il n'y en a aucune preuve. Il faut se délier de ces accusations d'empoisonnement , si fréquentes ei si légèrement lutsardées , surtout en Italie, dans ce siècle et dans ceux qui l'ont précédé. Alan est mort en 1984. Les ouvrages qu'il a laissés, outre ceux qu'on a cités, sont : 1* Défenrr du pouvoir légitime et de l'autorité du sacerdoce , pour la rémùsion de» péchés , «rte un supplément sur la confession et le$ indulgences, in-8°, Louvain, 1.W7; 2" Sur les Sacrement t , Anvers , 1576 , in - P ; S* Culte des m hits et de leurt relique* ; modeste et sincère apologie de» chrétien» catholique» qui ont touffert pour la foi, toit dan» leur payt, »oit ailleur», 1383. S n.
AL AND (sin Jean Fortescce), juge anglais, né en 1670, de l'ancienne famille de Fortescue, dans le Devooahire, prit le nom de Aland pour plaire à
son épouse, fille aînée de Henri Aland , éeiiyee de Waterford, en Irlande; il fit ses études à Oxford, vint a Inner-Temple, et parut au barreau en 1690. Il devint successivement solliciteur général du prince de Galles, et ensuite solliciteur du roi. En 1717, il fut créé baron de l'échiquier, et, Tannée suivante, nommé ju?e de la cour du banc du rç\. Destitué de ce |ioste à l'avènement de George II, il fut nommé ensuite juge des plaidoyers communs, place qu'il remplit jusqu'en 1716, époque à laquelle il donna sa démission. Créé alors pair d'Irlande, avec le titre de baron de Fortesruc de Credan, il mourut bienti'i après. Aland était habile jurisconsulte, juge intègre et profondément instruit dans la littérature saxonne. En 1714, il a publié, in-8°, un traité de l'un de ses ancêtres , Jean de Fortescue, intitulé : Différence entre une monarchie abtolue et une monarchie limitée, principalement »ou» le rapport de la Constitution anglaise. Après sa mort, on a imprimé, in-fol., ses Krpotét de» eau»et dan» toutes les cours de Westminster-Hall, du temps de (îuillaume III et de la reine Anne. R— n j.
ALARD (Fra>çois), d'une famille noble de Rruxelles, naquit au commencement «tu 10" siècle. Son père, Guillaume Alard de Cantier, zélé catholique converti, l'obligea à entrer dans l'ordre de St-Dom'nique. Il s'y distingua de bonne heure par son talent pour la prédication. Un négociant (THain- Itourg, qui l'avait entendu prêcher avec beaucoup d'intérêt, lui ayant procuré le moyen de lire en secret les ouvrages de Luther, Alard eut une grande envie d'entendre ce réformateur. Avec l'aide du même négociant, il trouva moyen de s'évader de son couvent, et de faire de bonnes études théologiques à léna et à Wittenberg. La mort de cet ami l'ayant laissé sans ressource, il prit le parti de revenir à- Rruxelles, et de demander des secours à son père; mais, avant qu'il eut eu l'entrevue secrète qu'il espé rait obtenir de lui, il fut aperçu dans une des rues de Bruxelles par sa mère, catholique fervente, qui l'apostropha durement, et le dénonça à l'inquisition. On tarha de le ramener dans le sein de l'Église qu'il avait abandonnée ; sa persévérance dans ses refus irrita tellement sa mère, qu'elle fut, d'après le récit de son arrière-petit -fils, consigné dans sa Decas Alardorum script, clarorum, la première a invoquer la rigueur des lois, et qu'elle offrit de fournir elle-même le bois pour le bûcher. La sentence de mort prononcée, le malheureux Alard est conduit en prison, pour y passer les trois jours qui devaient s'écouler entre sa condamnation et son supplice. I«a nuit d'avant le jour fixé pour son exécution, s'étant endormi de lassitude, il croit entendre une voix <pii lui crie : Francisée, surqc et rade (François, lèvetoi, et sors d'ici). Il se lève et aperçoit une ouverture par où la lune i>énétrait dans sa prison. En l'examinant, il s'assure qu'il pourra y passer après s'être déshabillé ; il coupe ses draps, se fait une corde, jette ses habits au bas de la tour, et se glisse le long de la corde qu'il avait attachée au barreau. Elle ne descendait que jusqu'à la moitié de la hauteur de son cachot; il se laisse tomber, et un égout
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le reçoit tu bas du donjon. Après avoir passe sans obstacle près de la sentinelle, il se cacha dans un buisson, où il resta trois jours sans nourriture, et entendit l'aboiement des chiens qu'on avait mis à sa poursuite ; le troisième jour, il obtint, comme mendiant, de la compassion d'un routier, un morceau de pain, et la permission de faire quelque chemin sur sa voiture. N'étant pas éloigné de la maison où demeurait une de ses saurs, il se fit descendre à sa porte; mais sa so?ur, dont le zèle n'était pas moins ardent que celui de sa mère, le repoussa avec horreur, et ae mit à crier devant l'étranger : « D'où « viens-tu, misérahle ? veux-tu nous entraîner dans « l'abîme avec toi? » Son mari, plus humain, donna quelques secours au malheureux Aiard, et engagea le charretier à le conduire en lieu de sûreté. Oc là, fi se rendit dans le comté d'Oldenbourg, où il devint aumônier du prince ; mais ayant été appelé par les Anversois, auxquels la liberté du culte venait d'être accordée, l'amour de son pays natal l'attira de nouveau daus la Belgique, et l'y ramena encore deux fois, malgré les persécutions du duc d'Albe et les dangers auxquels il s'exposait. Son père étant allé le voir pendant son séjour à Anvers, avec l'intention de le ramener au catholicisme, non-seulement n'atteignit pas son but, mais finit par adopter les sentiments de son fils. Aiard ayant perdu tout espoir de remplir les fonctions de son ministère dans son pays natal, se retira dans les Etats du roi de Danemark, Christian IV, et obtint de ce prince la cure de Wïlster, dans le Holstein, où il mourut en 1578. On a d' Aiard des livres en latin et en flamand, qui ont perdu tout leur intérêt avec les circonstances qui les dictèrent. F. Aiard a été père de Guillaume, grand père de Lambert et de Nicolas, et bisaïeul de Nicolas le jeune, mort à Hambourg en 1756, tous connus par des ouvrages de théologie ou de philologie. Le dernier a raconté la vie de son bisaïeul dans sa Deeas Alardorum script, clarorum, Hambourg, 1721,8 vol. S— R.
ALARD. Voycx Allard.
ALAR1C. Ce conquérant était de la famille des Battîtes, la plus illustre de la nation des Goths, après celle des Amates. L'histoire ne commence à parler de lui que vers l'an 395, époque où les Goths se n'unirent aux armées de Théodose le Grand, pour combattre les Huns, nation redoutable à l'empire d'Occident. Les Goths, commandés par Alaric, rendirent de grands services pendant cette guerre, dans laquelle, en défendant un empire ébraidé de tmites parts, ils apprirent à connaître sa faiblesse et se préparèrent à l'attaquer. Us aidèrent Théodose à triompher du rebelle Eugène, qui voulait s'élever à la pourpre impériale (535). Ce fut lui qui prit Rome pour la première fois, et qui enseigna aux barbares le chemin de cette capitale du monde; ainsi appelés dans les affaires intérieures de l'empire, ils devinrent bientôt des hôtes incommodes et des protecteurs dangereux. Alaric, à qui l'on avait cédé un territoire dans la Thrace, et qui n'avait obtenu qu'un titre honorifique dans l'armée romaine, se plaignit liautementde l'ingratitude des maîtres de l'Occident. La cour des em-
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pereurs était alors remplie d'hommes qui faisaient des «eux secrets pour les barbares, les uns, parce qu'ils supportaient impatiemment l'autorité; les autres, parce qu'ils avaient des vues d'ambition, el qu'ils espéraient entrer en partage dos dépouilles de l'empire, s'il venait i être renversé. La rivalité du Vandale Stiltcon, tuteur d'Honorius, et du Goth Rufin, tuteur d'Arcadius, servit les projet* d'Alaric. lin lin l'excita secrètement à envahir la Grèce; et, hu ayant fait passer des sommes considérables , il n'eut pas de peine à le déteminer. Bientôt le clwf des Goths ravagea la i'annonte, la Macédoine, la Thessalie, et s'avança jusqu'aux Thermopyles; les plus beaux monuments des arts furent détruits par oes soldats. Sozime rapporte, dans son histoire, que l'ombre d'Achille, et Minerve, armée de sa redoutable égide, défendirent les murs d'Athènes. Cette fable, digne de figurer dans une épopée, ne s'accorde, ni avec la vérité historique, ni avec le caractère du cher des Goths. 1-oin d'être arrêtés par les dieux du paganisme, les compagnons d'Alaric, «pu avaient embrassé la doctrine des ariens, renversèrent les autels de Minerve et de toutes les autres divinités de I ancienne Grèce. Claudicn, dans son poème intitule ; la Guerre contre les (iète$, fait un tableau effrayant de cette désastreuse invasion. Malheureusement, les récits du poète sont, en cela, plus exacts que ceux
de l'historien. Stili vint au secours des Grecs,
avec une puissante armée. Après plusieurs combats, il força les Goths vaincus à se retirer sur le Phoioé ; et, par de savantes manoruvres, il les enferma dans leur camp, où la faim devait bientôt les livrer sans défense au glaive des Romains; mais, comptant trop sur la victoire, il quitta son armée pour assister aux fêtes religieuses des Grecs, qui tenaient d'autant plus à leur ancien culte, qu' Alaric s'en était déclaré l'enuemi, el qui croyaient insulter aux barbares, en renouvelant en l'honneur des dieux les solennités et les jeux du paganisme. Tandis que Stilkxm et les peuples de la Grèce célébraient la défaite des Goths, Alaric parvint à s'échapper ; et, peu de jours après, on apprit qu'il était maître de l'Epire. Stilieon fut rappelé par Honorius, et l'empereur d'Orient ne \ trouva d'autre moyen d'arrêter l'invasion des Goths, ! que de douner à leur chef la souveraineté de l'illy- '< rie. Maître de vastes provinces, Alaric n'oublia point ! qu'il avait été l'ennemi d'Honorius, et ne s'occupa que des moyens de recommencer la guerre contre l'empire d'Occident. Après avoir été élevé sur un pavois, et pro- I clamé roi des Visigoths, il rassembla une armée où i furent appelés les barbares des rives du Danube, \ auxquelsil promitlesdépouillesdeHomeetderitalie. I II devait trouver peu d'obstacles dans cette nouvelle : guerre : Honorius était un prince faible et timide; ' comme dans tous les Etats en tléeadenre, Home n'avait plus de défenseurs dont la fidélité Ml éprouvée. A l'apix-ncne des Goths, on rappela du fond des provinces les vieilles troupes et tous les barbares qui s'étaient mis A la solde des Romains. L'Italie se trouvait ouverte de toutes parts, et bientôt le pillage d'Aquilée et de plusieurs autres villes annonça la présence des barbares (402) ; Honorius hit obligé
d'abandonner Milan, et de se réfugier dans le château d'Asti, où il se trouva bientôt assiégé. L'empereur était prés de se rendre, lorsque les troupes venues de la Gaule et de la Germanie, sous le commandement de Stilicon, surprirent AUric, et l'assiégèrent à son tour dans ses retranchements. Le chef barbare, qui s'était laissé surprendre , déploya pour réparer sa faute le courage et le génie d'un habite capitaine. Il releva par son exemple et par ses discours la bravoure de ses soldats; mais les Romains eurent recours à un stratagème qui affaiblit l'ardeur de leurs ennemis : ils les attaquèrent tandis qu'ils célébraient les fêtes de Pâques. Les Gotlis, nouvellement convertis à l'arianisme, croyant commettre un sacrilège en combattant dans un jour si solennel, prirent les armes moins pour vaincre que pour se défendre, et leur infanterie fut taillée en pièces ; les dépouilles de la Grèce, la femme et les enfants d'Alaric tombèrent entre les mains des soldats d'IIonorius. Celte bataille, livrée près de Polentia, à 25 milles de Turin, fut représentée à la cour d'Honorius comme une victoire décisive; et, pour nous servir de l'expression du poète Claudien, comme un coup mortel porté au eœur de la Sq/thie. Cependant, après sa défaite, Alaric marcha sur Rome à la tète de sa cavalerie qui n'avait point souffert, et fit redouter son courage ou son désespoir, au point qu'on résolut d'acheter sa retraite, après l'avoir vaincu. On lui rendit sa femme et ses trésors ; mais il ne voulut pas quitter l'Italie avant d'avoir signalé la valeur de ses soldats par une conquête importante, et résolut de s'emparer de Vérone. Surpris dans sa marclie par les légions romaines, il essuya une nouvelle défaite plus désastreuse que la première. Cependant le Visigoth ne perdit pas courage, il rassembla les débris de son armée et se retrancha sur des rochers voisins du champ de bataille ; dans cette position inexpugnable, il fit encore trembler les Romains au milieu de leur victoire; mais, â la fin, manquant de vivres, abandonné par les barbares , qui n'avaient plus de respect et de dévouement pour un chef deux fois vaincu, il quitta l'Italie et retourna en lllyrie. La terreur qu'inspirait son nom était si grande, qu'on regarda sa retraite comme un triomphe. Le peuple et le clergé remercièrent le ciel, et la capitale de l'Occident prodigua les honneurs et les louanges à Stilicon, qui, dans cette campagne difficile et glorieuse, avait déployé l'activité et les talents d'un grand capitaine. Alaric souffrit beaucoup dans cette expédition ; mais il avait fait voir i ses soldats un pays riche et fertile ; il avait appris â tous les barbares du nord et du midi qu' on pouvait s'emparer de Rome, et le bruit de ses exploits aUira bientôt sous ses drapeaux tous les ennemis du nom romain, tous les aventuriers et tous les soldats avides de pillage. Lorsqu'il se vit â la tète d'une nouvelle armée, Alaric se vanta d'avoir épargné la capitale de l'Occident, et demanda le salaire de sa clémence. Il entama des négociations ; pendant qu'on les poursuivait, les familles barbares établies en Italie furent massacrées par l'ordre des ministres d'Honorius. Alors les GoUis au service de l'empire désertèrent leurs drapeaux I
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et allèrent, par leurs récits et le spectacle de leurs malheurs, exciter l'indignation d' Alaric. Le roi des Goths commença par se plaindre; et, comme il parla avec modération, on prit son langage pour de la faiblesse ou de la crainte ; on ne répondit point à ses réclamations, et l'Italie ne prit aucune mesure pour sa défense ; mais , tandis qu'à Rome on tournait en ridicule le roi des Visigoths et ses prétentions, tout à coup les rives du Pô lurent couvertes de barbares qui demandaient vengeance, et qui pillèrent Aquilée, Crémone et toutes les villes qu'ils rencontrèrent sur leur passage. Honorius s'était enfermé dans Ravennes ; le peuple des villes fuyait dans les forêts et dans les montagnes, et les Goths marchaient sans obstacle vers Rome. La ville éternelle fut bientôt investie par les barbares (408) ; et les descendants des Fabius et des Scipions n'eurent d'espoir que dans leurs supplications et leurs prières. « Qu'on m'épargne, leur dit Alaric, la peine de pil- « 1er Rome, et qu'on me donne tout l'or et tous les « objets précieux qui se trouvent dans la ville, — « Que laisserez-vous donc aux Romains ? — La vie. » Les députés lui avaient parlé de la nombreuse population de Rome, qui pouvait prendre les armes contre lui : « Plus l'herbe est serrée, leur dit le roi « barbare, et plus la faux y mord. » Cependant, soit qu'il craignit le désespoir des Romains, soit qu'il fut touché de leurs prières, il consentit â lever le siège, et se contenta d'exiger 5,000 livres pesant d'or, 50,000 livres d'argent, 4,000 robes de soie, 5,000 pièces de drap fin écarlate, et 5,000 livres de poivre. Enrichie des dépouilles des Romains, l'armée des Goths vint prendre ses quartiers d'hiver dans la Toscane. Pendant ce temps, la cour d'Honorius, établie à Ravennes, était en proie â plusieurs factions qui se repix>chaient les malheurs de l'empire, et se disputaient les restes de l'autorité impériale ; chacun désirait en secret s'appuyer des barbares ; et, devant l'empereur, on s'accusait mutuellement de favoriser Alaric. La crainte arrachait à Honorius et à ses ministres des promesses avilissantes, et je ne sais quel souvenir de la grandeur romaine, excitant leur orgueil, les empêchait de remplir les conditions des traites. Alaric ne put supporter la hauteur et les refus de ceux qu'il avait vaincus ; Rome, encore une fois attaquée, fut réduite aux plus cruelles extrémités et menacée d'être livrée aux flammes. Encore une fois, les Romains livrèrent leurs richesses pour sauver leurs murailles. L'orgueilleux Alaric, dédaignant un empire qui était en son pouvoir, le donna à Attale, préfet du prétoire ; et, comme s'il eût pris plaisir à avilir la pourpre impériale, il ne tarda pas à détrôner l'empereur qu'il avait créé; après lui avoir arraché le sceptre en présence des Gotlis et des Romains, il le chassa ignominieusement. Cependant les ministres d'Honorius, qui, enfermés dans Ravennes, adressaient alternativement au roi des Goths de basses supplications ou de ridicules menaces, lui donnèrent un nouveau prétexte de recommencer la guerre. Alaric, irrité, reprit les armes et revint une troisième fois mettre le siège devant Rome ; cette fois, rien ne put la
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►au ver. Un ermite osa s'avancer au-devant du roi des Goths et le menacer de la colère céleste. « Je « sens en moi, lui répondit ce barbare, quelque chose a qui me porte A détruire Rome. » Cette réponse est devenue célèbre, et St. Augustin, dans sa CUi de Dieu, n'hésite point à regarder Alaric comme un instrument dont la Divinité se servit pour châtier une ville mère de tous les crimes et de toutes les erreurs. L'an 410, les drapeaux des barbares flottèrent sur les murailles de la ville de Romulus ; et, dans l'espace de trois jours, l'ancienne maîtresse du monde vit disparaître les richesses entassées par neuf siècles de triomphes, et subit tous les maux qu'elle avait fait souffrir à l'univers. Alaric recommanda cependant la modération à ses soldats, et leur ordonna de respecter les trésors des églises. Au milieu des scènes du plus effréné brigandage, on dut voir avec surprise des barbares, marchant en procession et dans l'attitude du respect, reporter sur les autels de St. Pierre les trésors enlevés dans le sanctuaire. Les églises furent autant d'asiles inviolables, dans lesquels un grand nombre de Romains sauvèrent leur vie et une partie de leurs richesses. Alaric, qui craignait pour ses soldats le séjour de Rome, en sortit au bout de six jours pour marcher à la conquête de la Sicile et de l'Afrique ; il ravagea dans sa marche la Campanie, I'Apulie et laCalabre. Mais, au milieu de ses triomphes, et près de s'embarquer pour la Sicile, il fut attaqué d'une maladie mortelle, et termina sa carrière à Corentia. Ses lieutenants, craignant que la cendre de leur général ne fût outragée par les Romains, l'ensevelirent au milieu du Busento. Les captifs qui avaient été employés a détourner le cours de la rivière furent massacrés après la cérémonie, et le silence de la mort et de M terreur régna longtemps sur la tombe d' Alaric. Tandis que les Goths se livraient au désespoir, Rome et l'Italie faisaient des réjouissances publiques; la Sicile et l'Afrique voyaient s'éloigner l'orage dont elles étaient menacées, et le monde eut un moment de repos. Le nom d' Alaric a quelquefois été répété par les Muses, que son aspect devait effrayer. Claudien l'a représenté comme un héros cruel et barbare. Un poète moderne, qui avait l'enflure de Claudien, sans avoir son génie, a pris le roi des Goths pour le sujet d'un poème épique. Tout le monde connaît ce vers de Scudéri, cité par Boilcau :
Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre.
Alaric n'était pas sans modération ; son ambition eût été flattée peut-être de la gloire de fonder un grand État; mais il connaissait les Goths, peuple turbulent et indiscipliné. Désespérant de rien établir de durable avec détela hommes, il se servit de leurs armes pour tout bouleverser. Ce fut lui qui, le premier, enseigna aux barbares le chemin de Rome, et qui leur apprit que le temps était venu de braver l'ancienne maltresse du monde. Le règne d'Alaric est une des époques les plus remarquables de l'histoire du Bas-Empire, et l'on doit regretter qu'elle ait écltappé au pinceau de Montesquieu . Le chef des Visigoths forma, sa vie errante, et dans le cours de ses ex-
péditions, les éléments d'une monarchie militaire qui, après sa mort, s'établit dans l'Aquitaine, et dans la suite en Espagne, où elle a subsisté plusieurs siècles. M— d.
ALARIC II, roi des Visigoths, fils d'Euric, qui avait conquis l'Espagne, lui succéda en 484, et régna, comme lui, non-seulement dans la péninsule, mais dans la province d'Aquitaine, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône . Phis tolérant et plus modéré que son père, il permit aux évèques de ses Etats de s'assembler à Agde, en 506, et chargea, la même année, Anien, l'un de ses principaux officiers, de faire un abrégé du Code Théodosien , à l'usage des Visigoths. Delà vient que les provinces méridionales de France ont été régies si longtemps par le droit romain. Alaric avait senti combien les lois romaines étaient supérieures aux lois barbares que ses prédécesseurs avaient suivies. La Gaule était partagée, a cette époque, entre les Romains, les Visigoths et les Bourguignons. Clovis, qui avait déjà conquis une grande partie des possessions romaines, regardait d'un n il jaloux la puissance d'Alaric, et n'attendait qu'un prétexte pour l'attaquer. Le roi des Visigoths portait, au contraire , toute son attention à maintenir le traité de paix qu'Euric, son père, avait conclu avec les Francs. Clovis lui ayant demandé Syagrius, général romain qu'il avait défait, et qui s'était retiré à la cour du roi des Goths, Alaric eut la lâcheté de livrer cet infortuné, que le roi des Francs fit mourir. Cette basse condescendance ne put garantir Alaric des projets ambitieux de Clovis. Sous prétexte de porter les lumières de la foi chez les Goths, qui avaient embrassé l'arianisme , et « pour détruire, disait-il, cette nation impie, » il marcha, à la tète d'une puissante armée, contre Alaric, qu'il rencontra dans les plaines de Vouillé , è trois lieues de Poitiers. Les Godis furent défaits, et leur roi, renversé de cheval par Clovis, périt de la propre main du roi des Francs (507). Cette bataille fut décisive , et Clovis aurait anéanti la puissance des Visigoths dans les Gaules, si Théodoric, roi des Ostrogoths, et parent d'Alaric, qui régnait en Italie, n'eût mis un terme à ses succès auprès d'Arles. Frédégaire, et après lui Sigcbcrt, ont écrit que la mort d'Alaric rendit Clovis maître de tout ce que les Visigoths avaient en deçà des Pyrénées. 11 est certain cependant qu'ils conservèrent encore la Septi manie et la Provence. La mort d'Alaric fut suivie de grands troubles. Théodoric, roi d'Italie, prit le gouvernement de l'Espagne, comme tuteur <TAmalaric, fils et successeur d'Alaric II. (Voy. Amalahic.) B— p.
ALARY (Pierre-Joseph), prieur de Gournaysur-Marnc, né à Paris le 19 mars 1690, fut l'élève et l'ami de l'abbé de Longuerue. Accusé, en 1718, d'avoir eu part à la conspiration de Cellamare, cette circonstance, qui aurait pu le perdre, fut cause de sa fortune. Il se justifia, et son juge devint son protecteur. « Vos accusateurs, lui dit le régent, nous « ont servis l'un et l'autre, en me procurant l'occaa sion de vous connaître. » Alary fut nommé sousprécepteur de Louis XV, auquel il fut chargé d'ap-
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prendre à lire. Il exerça le même emploi auprès du dauphin et des enfants de France. Le cardinal de Fleury fit sa fortune. Son titre de sous-précepteur lui ouvrit les portes de l'Académie française, où il fut reçu le 30 décembre 1723. Le poète Roi, qui se permit des plaisanteries sur cette élection, fut mis à la Bastille. Le marquis et l abbé de Dangeau faisaient grand cas d'Alary , qui passait pour un homme plein de finesse dans l'esprit et de trèsbon commerce. Il avait quitté la cour depuis longtemps lorsqu'il mourut à Paris le 15 décembre 1770, sans laisser aucun ouvrage. Piron composa aussi contre lui quelques épigrammes.— J->«wfo« Alarv a fait réimprimer à Rouen, en 1701, in-12, la Prophétie du comte Bombatie, chevalier de la Rote- Croix, neveu de Paracelse, publiée en l'année 1009, sur la naiêtance de Louis le Grand.
ALARY (Jean), avocat et inlygraphe. On ne sait ni la date de sa naissance ni celle de sa mort. Il était de Toulouse. Son père, placé à la tétc du présidial de celte ville, y mourut, laissant a son fils des affaires assez épineuses pour lesquelles le jeune Alary fut obligé de se rendre à Paris. 11 avait fait d'assez bonnes études, aussi fut-il reçu avocat au parlement de Paria, comme il l'était déjà à celui de Toulouse ; mais il fut moins heureux ou moins distingué dans ses travaux littéraires, et I on est étonaé à bon droit de voir un littérateur du siècle qui produisit Corneille faire suivre un recueil de Récréation» poétique», qu'il avait publié en 1605, d'un ouvrage intitulé puérilement : Abrégé de» longue» étude», ou Pierre philotophale de» teience*. et dédié, non moins puérilement, aux prince», ambansadeur», magitlratt, financier», regnicole», étranger», enfin d la nobleue. Les dames n'étaient pas non plus oubliées. L'auteur promettait dans ce livre de donner sur toutes choses des règles nouvelles et facilement praticables. Il eut des disciples qu'il initia à ses connaissances, toutefois en leur cachant quelques règles qui devaient surtout faire le fondement de sa gloire, et dont il espérait doter la France. Cependant ce bonheur même lui manqua : un homme de qualité, qu'un écrivain avait introduit chez Alary, lui surprit treize do ces règles, dont il se réservait le secret. Ce fut le sujet d'une requête au roi, présentée en 1020 par cet esprit malade. Il eut même, en celte occasion, l'appui de quelques prélats. Outre les deux ouvrages que nous venons de citer, il lit encore le Ly» fleurittanl pour la majorité du roi, 1615, in-8% et la Vertu triomphante de la fortune, Paris, 1628. L'auteur, dans ce dernier écrit, offrait ses services à la reine-mère. Mais on se contenta de louer son esprit : on est plus porté, dans tous les temps, a tourner en ridicule lea caractères de cette nature , qu'a compatir a leurs maux. Ainsi jeté dans une carrière pour laquelle il n'était pas fait, il ne dut guère y briller. — il y avait, cela devait être, de l'enflure et de la bizarrerie dans sa manière; et, s'il en faut croire Colletet, ses habitudes n'étaient pas moins singulières. A la cour comme k la ville, il portait une barbe Ioncarré et trop laut, de la
mode du temps passé ; enfin un manteau doublé de peluche, et qui, même en été, lui descendait audessous des talons. Cette excentricité le fit appeler le philotophe crotté. Sa modestie ne s'en offensait I»int, dit Colletet, qui était, comme l'on sait, fort en état d'apprécier une telle abnégation de earac- ,ero- V. R-D.
ALARY ( Georgr ), supérieur des missions étrangères, né le 10 janvier 1731, à Pampelone, dans le diocèse d'Alby, embrassa dès sa jeunesse la carrière apostolique, et se rendit, en 1764, a Siam, où il fut nommé pro-vicaire de la mission, et fit des conversions nombreuses. En 1765, les Birmans étant Inopinément tombés sur la population chrétienne de Mergul, dont l'administration spirituelle était confiée à Alary, il fut dépouillé de ses vêtements, et emmené captif à Rangon, au royaume d'Ava, où il se fit chérir «le tous les habitants par sa douceur évangélique. Après neuf mois de captivité, il lui hit permis de passer au Bengale, puis à Pondichéry, a Macao et enfin en Chine, dans la province de Kouei-Tcheou, où l'Evangile n'avait pas encore pénétré. Il y fonda des églises chrétiennes, qui sont encore aujourd'hui très-nombreuses. Pendant la persécution qui s'éleva en 1769, il accompagna le P. Pottier dans la capitale du Chensl, pour y recevoir la consécration éplscopale. Ils firent ensemble deux cents lieues dans un pays inconnu, n'ayant avec eux qu'un catéchiste chinois. Ce fut à celte époque que lea directeurs des missions le rappelèrent à Paris. Il revint en Franc© en 1773, et se rendit d'abord à la Trappe, où il prit la résolution de passer le reste de ses jours dans les austérités de la pénitence. Alors le pape Clément X I V, ù la prière des directeurs du séminaire, lui adressa l'ordre de se rendre à Paris et d'y exercer les fonctions pour lesquelles il avait été rappelé de la Chine. Alary obéit à ce bref, qui était conçu dans les termes les plus honorables : chargé d'instruire les jeunes ecclésiastiques qui se disposaient aux travaux de l'apostolat, il remplit cette mission avec autant de zèle que de sagesse. Ce fut lui qui, depuis cette époque jusqu'à la révolution, forma tous les missionnaires qui furent envoyés dans l'Orient. Lorsque la révolution renversa tous les établissements religieux, Alary se réfugia en Angleterre, où, avec deux de ses confrères, il s'occupa encore d'instruire les missionnaires. Les trappistes s'étant réunis en communauté dans ce pays, Alary, malgré son grand âge, conçut de nouveau le projet d'embrasser leur pénible régie. Il avait commencé son noviciat, mais ses forces ne lui permirent point de mener un genre de vie aussi dur. En 1802, lorsque Napoléon releva les autels, Alary rentra en France et ne tarda pas a devenir supérieur du séminaire des missions; mais ses infirmités le contraignirent à se démettre de ses fonctions en 1809. Bepuis ce moment, il ne sortait plus de sa chambre que pour assister aux offices. Sa vie, si pleine de lwnnes mivres, se termina le A août 1817. — Etienne-Aimé Alakv, né a Montpezat, dans le Vlvarals, en 1702, embrassa dès sa jeunesse l état ecclésiastique, et se montra, dès le commencement de la révolution, fort opposé â ses principes. I) se
réunit aux royalistes de Jalès en 1790, et Ait exilé comme Pun des chefs de ce rassemblement. Il se réfugia en Allemagne, devint, en 1792, aumônier du prince de Condé, qu'il suivit dans ses campagnes, ne Craignant pas de s'exposer à tous les périls de la
Kerre. II fut blessé prés de Munich, en 4796, et à ntheim, et eut un cheval tué sous lui à Constance, en 1799. Kevenuen Franceen 1805, il y fut arrêté, passa plusieurs années dans les prisons de Taris, et ne recouvra la liberté qu'en 1814. Il devint alors chapelain de la duchesse de Berry, et fut nommé Chevalier de St-Louis. Il mourut en 1819. G — v.
ALASCO (Jean), oncle du roi de Pologne, fut élevé dans la religion catholique, et devint évéque ; mais ayant adopte les opinions des réformateurs, il quitta sa dignité, sortit de son pays, et se fit prédicateur d'une congrégation protestante a Embden, en 1550. Cette congrégation fut obligée de se réfugier en Angleterre, où Alasco continua à en être le pasteur; il eut aussi la direction de toutes les autres églises et écoles étrangères qui se trouvaient alors à Londres. A l'avènement de la reine Marie, en 1555, il fut forcé de quitter le royaume. Mélanrhthon et Krasme furent les amis d'Alasco, et lui donnèrent souvent de grands éloges. Ce dernier, éumt près de mourir, lui vendit sa bibliothèque qui était considérable. Alasco passa les dernières années de aa vie en Pologne, où il mourut en 1500. D — t.
ALAVA ESQL'IVEL (Diego i>b), évéque de Cordoue, natif de Vittoria, étudia d'abord le droit, et suivit à Grenade la carrière de la magistrature. Il entra ensuite dans l'état ecclésiastique, présida le conseil de Grenade, et fut promu à l'évêohé d'Astorga. 11 assista, en cette qualité, au concile de Trente, où il s'éleva fortement contre la pluralité des bénéfices. A son retour, il obtint l'évéché d'Avila, puis celui de Cordoue. Il mourut en 1502. Le seul ouvrage qu'on ait de lui est un grand traité, très-bien feit, sur les conciles généraux : de Conciliit univerialibus, ac de hit quœ ad religionit et rripublicœ chriil. reformationem inttituenda videntur , Grenade, 1582, in-fol. Cet ouvrage offre des vues de réformes utiles. La famille d'Alav» a produit d'autres savants, dont les deux plus connus «ont Diego d'Alava de Reaumont, grand maître d'artillerie, auteur du Parfait capitaine et du Nouvel Aride l'artillerie, Madrid, 1500, in-fol. ; et François Huis de Vergara dAlava, conseiller du grand conseil de Castille : celui-ci a composé une Hittoire du collège de St- Barthélemy, dans l'université de Salamanque, et a dirigé, par l'ordre de Philippe IV, la dernière édition des Statua et Réglemente de l'ordre de St- Jacquet. D— g.
A'LAWY ( le nabab Moatf.mbd Ei.-Mélouk.
sévo Alawv - Kan ) , médecin en cl>ef de Nadir- Scliah, fils du médecin Mohammed-Hady, et petitfils de Scyd Mozafar-Eddyn Hocéin A'lawy, de la famille de Mohammed -Honéif : ce dernier était un ■avant médecin de Béyobanex en Khoracan, et alla s'établir à Chyraz, où naquirent son fils et son petitfils. Le premier, outre les rares connaissances qu'il possédait en médecine «t en chirurgie, et qui I avaient
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rendu célèbre dans toute la Perse, réunissait plusieurs talents agréables. Il mourut à Chyraz, en 110T (1095-96), laissant deux enfants, Myrza- Mohammed- Hachent, nommé aussi A'lawy - Kan, et Myrza- Moltammed-Hocéin, qui composa un très-bon commentaire sur le Canounichek ( petit traité de médecine ) ; quant à Mohammed-Hachem, né à Chyraz, au mois de ramzan 1080 (janvier 1009), il étudia sous son père et sous plusieurs autres célèbres médecins de Perse, passa de Chyraz au Dekehan, en 1110 de l'hégire ( 1099-1700), (il avait alors trente ans ), et fut présenté à Aureng-Zeyb, qui faisait le siège de Sittarah, ville des Marliates. Le monarque l'accueillit de la manière la plus distinguée, et le plaça auprès de son (ils, Mohammed • A'azem-Schah. Les talents de notre médecin, et la grande considération dont jouissait sa famille, lui procurèrent un brillant mariage ; et, sous le renne de Behader-Schah, il obtint le titre de A'lawy -Kan, ou le seigneur élevé, avec un grade supérieur à celui qu'il tenait d' Aureng- Zeyb, et un de ces flefe nommé Djahguyr. Mohamme<l-Schah, peu de temps après être monté sur le trône, accorda a A'lawy de nouvelles faveurs; et, pour comble de sa munificence, le mit dans une balance avec de l'or et de l'argent, et lui donna tout le métal dont il avait formé le poids. Il lui accorda aussi un traitement de 5,000 roupies, ou 9,000 francs par mois, et joignit à tous ces bienfaits le titre de Moatemid el Malouk (appui des rois). A l'époque lamentable de la prise et du sac de Dehli par Nadir-Àchah , la réputation d' A'lawy lui servit de Sauve-garde. Le conquérant, qui depuis longtemps était menacé d'une hydropisie, se l'altaclia, et le détermina même à venir en Perse, en lui promettant de lui procurer tous les moyens de faire le pèlerinage de la Mecque. Les soins du médecin eurent un heureux succès; Nadir, ravi de se voir complètement guéri d'un mal qui lui avait causé encore plus d'inquiétudes que de douleurs, accabla son médecin de caresses, de présents et d'honneurs. 11 employa même tous les moyens imaginables pour le détourner de foire le pèlerinage de la Mecque, et le retenir i la cour ; mais celui-ci persista dans son projet, et dit même , dans un moment d'humeur : « On ne « gagne rien, et l'on risque beaucoup à retenir un a médecin malgré lui. * Il partit donc de Cazwyn, avec Abdoul-Kerym, autre favori de Nadir-vSchah, le 10 de djcmady 2° 1 15-t (juin 1741 ), et revint mourir à Dehli, à l'âge de 80 ans, le 29 redjet 1162 ( Sjuillet 1 749). 11 n'avait jamais fait usage de lunettes, et jouissait de toutes ses facultés. Un an avant de mourir, il avait consacré sa bibliothèque à l'usage du public; le garde était obligé de communiquer les livres A tous ceux qui se présentaient. Parmi le grand nombre d'ouvrages qu'il a composés, on distingue le Djcm'a Al-Ujacam'i (ou Recueil des recueils), espèce d'encyclopédie médicale « dans laquelle , sui- « vant Abdoul-Kérym, on trouverait l'art de guérir « dans toute son intégrité, quand même les antres « traités seraient anéantis. » ( Voy. Abdocl-Kb-
BYM. ) L — 6.
ALAYMO ( Marc-Aktoinb ) , médecin célèbre
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de Sicile, naquit en 1590, à Bagalbutum, et fut reçu docteur à Messine, en 1610. En 1616 il s'établit a Palerme, et y eut les succès les plus heureux, surtout en 1(i-2 1, quand la peste ravagea cette contrée. En vain lui offrit-on une chaire à l'université de Bologne, et la place de premier médecin du royaume de Naples, il préféra rester dans sa patrie, à Palerme, où il avait fortement concouru à la fondation d'un collège de médecine. Il mourut en 166*2; ses principaux ouvrages sont : 1° Discours sur 1rs préservatifs des maladies contagieuses, Palerme, 1625, in-4", en italien; 2° Consultatio pro ulceris syriaci nunevaganlis curalione, Panormi, 1652, in-40; 3" un traité de matière médicale de Suceedaneis medicamentis , Panormi, 1657, in-4°; 4° des Conseils médieo-poliliques, relati ventent à la peste qui avait régné en Sicile, Palerme, 1652, in-4°, en italien. On a aussi de lui, manuscrits, un Traité sur la connaissance et U traitement des fièvres malignes,* des Commentaires sur les épidémies d'IIijtpocrate. C. et A — N.
A LB AN (Saint) , premier martyr de la religion chrétienne dans la Grande-Bretagne , était né , dit-on , à Vérulam , comté de Hertford , dans le 3' siècle. II est probable qu'il était d'une famille païenne de quelque distinction. S'étant converti à la religion chrétienne , il alla à Rome , suivant l'usage de la jeunesse bretonne d'alors, et servit sept ans dans les armées de l'empereur Dioctétien. 11 fut décapité en l'an 305, par ordre du gouverneur de Borne, on ne sait pour quel motif. Le vénérable Bède el d'autres martyrologues rapportent les miracles qu'il opéra , même de son vivant. Ils disent que, lorsqu'il allait au supplice , il se trouva sur sa route un ruisseau qui s'ouvrit de lui-même pour le laisser passer, avec mille autres personnes ; et, comme il se sentit pressé d'une soif brûlante, une source jaillit de terre pour venir l'abreuver. Des miracles si évidents ne firent aucune impression sur ceux qui le conduisaient à la mort ; mais le bourreau , au moment où il lui tranchait la tète , sentit ses yeux s'échapper de leur orbite, et devint tout-à-fait aveugle. Milton, en rapportant ces miracles dans son Histoire d'Angleterre, en parle avec mépris, et dit que St. Alban souffrit après sa mort un martyre plus cruel que le premier, par les fables ridicules dont une crédule superstition a déshonoré sa mémoire. S — d.
ALBAN ( Jean de Saint- ). Voyez Saint- Gilles (Jean de).
ALBANE (François ALBANI, que nous nommons l'\ peintre, né à Bologne le 47 mars 1578, fut destiné a succéder à son père, Augustin Albani, dans le commerce de la soie. Mais la mort de ce dernier, qui arriva en 1500, permit au jeune Albani de suivre son goût pour les arts , et d'entrer dans l'école de Denis Calvart, peintre, originaire de Flandre, et qui jouissait alors d'une grande réputation à Bologne. L'Albane ne tarda pas à devenir un des plus célèbres élèves de cette école. 11 y travailla plusieurs années, ainsi que le Dominiquin , dont il se rappmrlia constamment par une conformité de goûts et d'habitudes; leur amitié alla jusqu'à leur faire adopter souvent le même style. l|s ont tous
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deux une sorte de ressemblance dans les teintes; l'Albane offre cependant , dans les chairs , quelques teintes pourprées qu'on ne remarque pas chez le Dominiquin. L'Albane, par l'originalité de l'invention, était d'abord supérieur à son ami et à tous ses rivaux de l'école de Calvart. Selon Mengs, pour les études de femmes , il a surpassé tous les peintres : cette opinion peut être combattue. Le Corrége a peint aussi les femmes avec une grâce qu'il n'a pas été facile de retrouver chez ceux qui l'ont suivi. Mais Mengs, comme nous le dirons à l'article du Corrége , n'a jamais été très-juste envers ce fondateur de l'école lombarde. L'Albane possédait une charmante villa , délicieusement située , où il avait sans cesse sous les yeux ces vues champêtres qu'il reproduisit si souvent dans ses ouvrages. Passeri dit que l'habitude de travailler d'après nature dans un si beau lieu assura à l'Albane l'avantage qu'il eut de toujours bien retracer la couleur véritable des arbres, la pureté de l'eau des fontaines, la sérénité de l'air, et de les lier a ses sujets avec une harmonie incomparable. C'est sur des sites qui présentent toute La vérité de la nature, que l'Albane place ses compositions; quelquefois il les meuble de fabriques et de vues d'architecture , où il excelle également. On peut lui reprocher d'avoir reproduit les mêmes inventions dans un grand nombre de ses tableaux. Il les répétait trop souvent, et en faisait faire des copies à ses élèves. 11 eut une école nombreuse à Borne et à Bologne ; sa rivalité avec le Guide lit publier aux élèves de ce dernier, qui ne connaissaient rien au-dessus du talent de leur niait re, que l'Albane avait un style mou et énervé; qu'il ne donnait aucune noblesse aux ligures d'hommes, et qu'il a peint rarement des scènes de Iwcchanales , qu'on recherchait beaucoup dans ce temps. Il est vrai qu'il évitait tout ce qui demandait du feu, de l'enthousiasme et une sorte d'ivresse, et qu'il a laissé celte gloire à Annibal Carrache. On a observé que l'Albane, dans sa première manière, a pris aussi quelque chose du style d' Annibal ; mais il a su l'approprier à son génie, qui n'était pas aussi mâle que celui de l'auteur immortel de la galerie Farnèse. Les compositions que l'on revoit le plus souvent chez François Albani, sont : Vénus endormie, Diane au bain , Damé couchée , Galalhée sur la mer , Europe sur U taureau. Quelquefois il cache une leçon ingénieuse sous le voile de l'allégorie, comme dans ses Quatre Éléments, qu'on a pu voir au musée Napoléon, et qu'il a répétés avec des changements pour la galerie royale de Turin, et pour le duc de Mantoue. Il y a introduit une foule d'amours ou de (u tils génies. Les uns aiguisent des traits pour Vulcain; d'autres fuient épouvantés à l'approche des vents dcclialnés par Éole; ceux-ci, dans les airs, tendent des pièges aux oiseaux; ceux-là nagent ou pèchent ; d'autres enfin cueillent des fleurs, tressent des guirlandes et des couronnes. Il s'est peu livré à la peinture des sujets sacrés. Dans ce qui est connu de lui en ce genre , il est resté ce qu'il était dans ses sujets profanes; au heu d'amours, il y a introduit une foule d'anges gracieux qui accompa-
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gnent la Vierge et son fils. Il a aime à peindre des saintes familles occupées à regarder des anges qui portent la croix, les épines et les symboles de la passion. 11 a peint à fresque, à Bologne, à St. Michel in Botco, à Borne, à St. Jacques des Espagnols, sur les dessins d'Annibal Carrache ; mais il a plus réussi dans les compositions d'une dimension peu étendue. Quelques auteurs ont appelé TAlbane l'Anacréon de la peinture : le poète s'immortalisa par des odes et quelques vers; le peintre s'illustra par une grande quantité de petits tableaux Anacréon chanta Vénus, les amours, les femmes et les enfants ; l'AIbane s'étudia presque toujours à retracer ces mêmes sujets. Tous deux enfin parvinrent à une vieillesse trésavaneée. L'AIbane a laissé quelques écrits qui nous ont été conservés par Malvasia. Ils ne sont pas en ordre : toutefois, on les regarde comme précieux, à cause du grand nombre de préceptes importants qu'ils renferment. On a beaucoup répété que l'AIbane avait une épouse très-belle , et douze enfants d'une figure très-distinguée , et qu'ainsi il trouvait toujours ses modèles dans sa propre maison ; mais il vaudrait mieux croire qu'il avait reçu de la nature Theureux don de copier avec justesse les nombreux modèles que lui offrait le beau pays où il était né. D'ailleurs , comment peut-on penser que la même femme ait pu lui servir de modèle pendant plus de vingt ans? Comment des enfants, chez qui ou ne trouve que pendant cinq ou six ans ces formes arrondiesque l'on donne ordinairement aux amours ou aux petits génies, peuvent-ils avoir été l'objet des études constantes de cet artiste, qui a travaillé plus de soixante-six ans? Heureux s'il eût voulu se borner à jouir de sa gloire l mais il ne cessa jamais de vouloir rivaliser avec ceux de ses contemporains qui , tous les jours, cherchaient à se faire un nom dans la peinture. Aussi on peut diviser la vie de l'AIbane en deux époques bien distinctes : la première fut une longue suite de succès ; la seconde , un enchaînement non interrompu de revers et de dégoûts. L'artiste qui comptait parmi ses élèves un Sacchi, un Cignani, un Speranza, un Mola di Lugano , était devenu luimême plus faible que le plus obscur de ses écoliers. Ses ennemis accréditèrent de nouveau les opinions que l'école du Guide avait pris à tâche de propager, et l'on vit que la haine n'avait pas toujours dicté le jugement que cette école portait de rAlhane; tant il est vrai qu'il faut savoir connaître les liornes de son propre talent! 11 faut savoir cesser de se livrer à ses travaux les plus favoris , lorsqu'on n'a plus rien à créer, lorsqu'on n'a plus de nouvelles palmes à mériter. On retrouvait toujours chez l'artiste sexagénaire ces mêmes bois , ces mêmes ruisseaux , ces mêmes amours qu'il avait en quelque sorte inventés. Ces sujets poétiques pouvaient-ils produire longtemps le même effet chez une nation qui avait une longue habitude des compositions élevées et énergiques des Carracbes? Présentés isolément, pouvaient- Us soutenir la concurrence, depuis que des Guide et des Dominiquin avaient su fondre les mêmes sujets dans une foule de traits historiques d'un haut intérêt? Enfin , l'AIbane eut le sort de ceux qui meu-
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rent trop tard pour leur gloire, et il finit ses jours le 4 octobre 1 664), à l'âge de 83 ans, moins estimé qu'il ne l'avait été dans la trentième année de sa vie (1). A— d.
ALBANÈZE, chanteur du genre de ceux que les Italiens nomment $oprani, acquit, au conservatoire de Naples, une excellente méthode de chant, qui fut extrêmement goûtée lorsqu'il vint en France , en 1747. A l'âge de dix-huit ans, il entra à la chapelle du roi, et fut premier chanteur au concert spirituel de Paris, où il eut beaucoup de succès depuis 1752 jusqu'en 1762. Albanéze a composé plusieurs airs et des duos pleins de mélodie et de grâce ; ces morceaux , qui ont eu longtemps beaucoup de vogue , ont tous été gravés. Ce chanteur -compositeur est mort vers l'année 1800. P— x.
ALBANI, famille riche et illustre de Borne, originaire d'Albanie , et que les conquêtes des Turcs forcèrent, dans le 16e siècle , â se réfugier en Italie où elle se partagea en deux branches. L'une fut agrégée à la noblesse de Bergame, et l'autre à celle d'Crbin. Toutes deux ont donné des cardinaux à l'Église. C'est de la branche d'Crbin qu'est sorti Jean-François Albani. élu pape, en novembre 4700, sous le nom de Clément XI. Le crédit et les richesses de sa famille augmentèrent pendant son long pontificat ; elle fut agrégée à la noblesse de Venise et à celle de Gènes, et acquit, en 1715, la principauté de Soriano. Dès lors il y a presque toujours eu un cardinal Albani dans le sacré collège. L'un des plus célèbres est Alexandre Albani, né à Frbin le 15 octobre 1692, élevé au cardinalat par Innocent XIII. Il montra autant de dignité dans son ambassade près de l'empereur d'Allemagne, que de savoir dans la place de bibliothécaire du Vatican ; il aima et protégea les gens de lettres , embellit des richesses de tous les arts sa maison de plaisance, nommée la villa Albani , s'y délassa de la politique |«r des écrits historiques et littéraires très-estimes, et mourut le 11 décembre 4779, à 87 ans. S. S— i.
ALBANI (Jean-Jébôue), jurisconsulte, naquit à Bergame, en 1504. Fils du comte François Albani, il était destiné, par sa naissance, à la carrière militaire ; mais son père n'employa pas moins tous ses soins â lui faire acquérir des connaissances étendues dans les belles-lettres, la jurisprudence civile et canonique. Jean Albani devint un savant distingué dans l'un et l'autre droit. Son goût pour les sciences
(t) L'AltWM a cherché 4 s'approprier 1rs qualités essentielles de* Rrands maîtres qui l'ont procède ; il a pratique l'ée lec Usine, ressource ordinaire de ceux qui, dans les arts, comme dans les Irttres et les sciences se sentent dépourvus de ces convictions fortes, de ces croyances sincères cl profondes qni sont la source de toute inspiration. On peut le ranirer an nombre des artistes qni ont fait de l'art potr l'art, et qni n'ont pas su r ompre ndre que la peinture n'est, comme la parole, qu'an des modes d'expression dont dispose la pensée humaine. Aussi ses compositions manquent-elles d eJeraUon i-l de puissance; elles s'adressent tontes aux sens, et ne disent rien ni 4 l'esprit ni au ecenr. Dans le gf nrr rrligienx, il est au-dessous do mediocre ; on sent qnc ni la foi, ni même le respect ne guident son pinceau; ses saints et ses saintes, ses Christ, ses Vierges et tes anges ressemblent exactement 4 ses nymphes, 4 ses Adonis, 4 ses Apollon, 4 ses Vénus et 4 ses amours: ce sont de Jolis hommes, de jolies femmes, des enfants joufflus, dans un état de nudité plus ou moins complet. La fadeur. U monotonie et la froideur sont les traits généraux et caractéristiques de ces peintures. C. W— ».
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ne l'empêcha pas de porter les armes dans les troupes de la république de Venise, et les services qu'il lui rendit furent récompensés par son élévation â la principale magistrature de Bergame, qu'il exerça •vec honneur. 11 se maria dans sa ville natale, et perdit sa femme, qui lui avait donné plusieurs enfants. Le cardinal Alexandrin, alors inquisiteur de ta foi dans l'État de Venise, eut occasion de faire connaissance avec le comte Albani; il estima ses profondes connaissances dans la science du droit, et remarqua son zèle pour la religion, dans une circonstance difficile où ce magistrat intègre lit taire la voix du sang pour n'écouter que celle du devoir : un de ses plus proches parents fut accusé d'Iiérésie, M Albani n'hésita pas à déployer contre lui toute la sévérité des lois. Lorsqu Alexandrin fut élu pape, en 1566, sous le nom de Pie V, il appela à Borne Albani, et lui donna constamment des marques de son estime et de son aminé : c'est A lui que ce savant dut le chapeau de cardinal, qu'il obtint en 1570. Albani jouissait d'une si grande considération, qu'en 1585, après la mort de Grégoire XIII, le vœu général l'aurait placé sur la chaire de St. Pierre, si les enfants qu'il avait eus de son mariage n'avaient fait appréhender qu'ils ne partageassent avec lui l'autorité. Albani mourut le 23 avril 1591. Les principaux ouvrages nul nous restent de lui sont des traités sur le droit canonique : 1" de Immunilale ecrlninrum, dédié au pape Jules III, imprimé en 1555: 2» de Potettale papa et concilii, Lyon, 1558; Venise, 1561, in-4°; 5* de Cardinalibu», et de Donatione Constantini, 1584, in-fol. — Moreri parle d'un autre Albani, jurisconsulte à Bergame, qui, suivant lui, a écrit un commentaire sur Bartole, sur les conciles, l'immunité des églises, et dont Pancirole fait l'éloge ; mais la date de sa naissance, llxée en 1504, celle de sa mort, en 1591, le chapeau de cardinal qu'il obtint, tout porte à croire que ce jurisconsulte , dont Moreri bit un article séparé , est le même que le comte Albani dont on vient de parler. M— x.
ALBANI d'Urimîi (Jean-François), neveu du pape Clément XI, naquit en 1720. Il Ait élevé au milieu des grandeurs, parce que sa famille avait reçu des laveurs signalées du pontife. On le destina de bonne heure à la carrière ecclésiastique. 11 joignait, à une figure distinguée, de l'esprit, de la grâce, et une sagacité remarquable. Bevêtu de la pourpre en 1747, il devint successivement évéque suburbicaire, et enfin doyen du sacré collège. Au conclave de 1775, il se déclara un des opposants au parti de la France, alors représenté par le cardinal de Bernls. Dans une altercation qu'il eut avec le cardinal français, «Vlant son béret tino (la calotte rouge ), et le montrant à Bernis, il lui dit d'une voix ferme : « Eminence, ce n'est pas une p.... qui c m'a placé ce bereUino sur la tète. » Il rap|ielait ainsi la faveur dont Bernis avait joui auprès de madame de Pompadour (1). Il fallut que Bernis se
(•) Lm ftabilad?* A* I* l»»|tM Italienne, rçot m\ pin* M>re que la •fltrp, et plMMiron l'ett! ét to\Mr oo «tait le cardinal Albani, don-
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joignit aux cardinaux italiens du i>«rU Albani, qui
portait le cardinal Braschi. Lorsque la révolution française commença d'éclater, Albani se montra un des ennemis les plus violente du nouveau système. Il fit donner à son neveu, monsignor Joseph Albani, depuis cardinal, et commissaire général de sa sainteté dans les légations, plusieurs missions qui avaient pour but d'entraver les progrès de la puissance française. Le général Berthier ayant envahi Rome, le directoire séquestra les biens de la maison Albani. Cette confiscation atteignit tous les membres de la famille, et la fameuse villa Albani, embellie nouvellement à tant de frais, et l'une des plus riches de Rome en monuments de sculpture antique, fut dépouillée de toutes ses richesses. Après que le sort des armes eut enlevé l'Italie aux Français, Jean-François fut un des cardinaux qui, au conclave de Venise, contribuèrent le plus à l'élection de Pie VII. Il revint ensuite à Rome, où sa raison commença à s'altérer, à cause de son grand âge. L'n valet de chambre, nommé Marianino, le gouvernail despotiquement. Jean-François le savait, mais il ne pouvait se soustraire à cette volonté, qui s'explique par des attentions, des flatteries, des complaisances auxquelles la vieillesse même des grands n'est pas toujours accoutumée. Les protections intéressées qu'accordait Marianino dans l'évèché de Vellctri, où son maître avait le droit d'exercer une autorité souveraine, excitèrent à la fin l'étonnement de Pie VII, qui un jour demanda au cardinal Jean- François ce que voulait dire ce principal de Marianino, qui était l'arbitre de toutes les affaires à Velletri. Le cardinal, qui sans doute n'avait pas perdu en ce moment toute la finesse de son esprit , répondit : « Ah! tréosainto père, nous avons tous auprès de nous, plu* ou «moins, un Marianino. » Le cardinal voulait faire allusion à la grande confiance que Pie VU accordait à son ministre, le cardinal Consalvi. Jean-François mourut en 1 809. Il ne s'était jamais montré persécuteur, et l'on sait que souvent il a rendu des services signalés, même aux Romains qui professaient d'autres principes que lui. — Annibal Albaai, cardinal, frère du précédent, a donné deux éditions élégantes : celle du Menologium romanum, Lrbin, 1727, 3 vol. grand in-fol., fig., et celle du Pontificale romanum, Bruxelles, 1755, 5 vol, in-8», fig. en taille-douce de van Horly. C'est à lui que l'on doit encore la collection les ouvrages du pape Clément XI, son oncle, Rome et Francfort, 1729, 2 vol. in-fol. ; il en a fait lcsépilres dédicatoires au collège des cardinaux et à Jean V, roi de Portugal, ainsi que la préface qui précède les hai-angues. A— D.
ALBAINY ( Louise-M.vrie-Caroliae-Aloïse, comtesse n' ), dont les citante d'Altieri ont éternisé la mémoire, naquit à Mons, le 27 septembre 1753, d'une des plus anciennes maisons d'Allemagne. Son père, Gustave-Adolphe, prince de Stolberg-Goedem, lieutenant général au service de l'Autriche et commandant de la forteresse de Meuport, fut tué, en 1757, à la bataille de Leuthen, et ne laissa d'autre héritage à sa veuve et à ses quatre enfante qu'un nom illustre par ses exploite. La princesse Louise
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fui élevée dans un couvent de la Flandre, et passa ensuite dans un de ce» chapitres institués pour servir d'asile aux personnes d'une haute naissance qui se trouvent sans fortune. Résignée à son sort, elle se consolait de la triste uniformité de sa vie en cultivant la musique, le dessin et la poésie. A cette époque, un prince qui, par ses éminentes qualités et plus encore par ses grandes infortunes, inspirait un intérêt général, maia dont la diplomatie avait depuis longtemps al>andonné la cause, le dernier des Stuarta, devint tout à coup l'objet d'une extrême bienveillance de la part de plusieurs cabinets de l'Europe. La cour de Versailles surtout se montra fort empressée envers le prince Charles-Edouard, parce qu'elle avait le projet de lui faire eontraclcr un mariage, alin de ne pas laisser s'éteindre une race royale qui pourrait un jour servir utilement sa politique. Charles-Edouard , entrant dam les vues du cabinet français, arrêta son choix sur la princesse Louise de Stolberg-Goedern, non moins distinguée par sa naissance que par sa beauté et ses talents. Bien que plus jeune de trente-trois ans que le prince Edouard, elle accepta sa main ; et le mariage fut conclu, en t779 sous les auspices de la cour de France, qui, concurremment avec l'Espagne et Naples, assura aux nouveaux époux un revenu suflisant. Charles -Edouard prit alors le nom de comte d'Alhany, et alla s'établir avec sa femme à Florence, où le grand-duc Léopold avait fait disposer un palais pour les recevoir. S'ils ne furent pas heureux dans cette union, il nuit inoins en attribuer la cause à une grande disparité d'âge qu'à la différence de leurs caractères. La comtesse d'Alhnny était vive, spirituelle, et douée de cette bonté d'aine qui gagne tous les cœurs, tandis que son époux, d'une humeur chagrine et inégale, s'irritait à la moindre contrariété, et se jetait souvent dans des accès de rage et de fureur. Lorsque enlin il eut perdu jusqu'à l'espérance de remonter sur le trône de ses ancêtres, il tomba dans une espèce de délire, et se livra envers sa femme à de tels emportements, que le gouvernement de Toscane crut devoir intervenir et les séparer (1T80). Madame d'Albany «' rendit à Rome, où le cardinal d'York, frère du prince Edouard, lui donna un asile dans son palais. A Florence, elle avait été l'âme de la haute société, et sa maison était devenue le rendez-vous de tout ce que la cour et la ville avaient de plus distingué. Parmi les personnes qui témoignaient le plus d'empressement auprès de la belle comtesse, on remarquait surtout Allleri, dont le génie mâle et ardent s'était déjà révélé dans quelques essais poétiques. Dans la force de l'âge et des passions, il conçut pour madame d'Albany un amour profond et violent qui s'accrut encore par une indifférence qu'il crut apercevoir, mais qui, au fond, n'était que de la réserve. Alfieri, désespérant d'être payé de retour, quitta Florence pour chercher dans les distractions d'un voyage un soulagement à ses souffrances. A peine eut-il appris l'arrivée à Rome de madame d'Albany, qu'il s'empressa d'aller la rejoindre. C'est dans cette ville, et vers la lin de 1T80, qu'il forma avec elle cette liaison qu'il regar- |
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dalt comme le plus heureux événement de sa vie, et comme la source de ses plus belles inspirations. Voici en quels termes il a tracé le portrait de madame d'Albany, et raconté les premières impressions qu'elle lit sur son ocur : « J'avais vu plusieurs fois « à Florence une étrangère très-distinguée sous tous « les rapports ; il était impossible de la rencontrer « sans chercher à lui plaire. Bien que la plupart des • étrangers de qualité se lissent présenter chez elle, «je n'y allais pas : toujours attentif à éviter les « femmes les plus agréables et les plus belles, je « m'étais contenté de la voir très-souvent aux spee- ■ tacles et aux promenades. 8es yeux noirs remplis « de feu et d'une douce expression, joints à une peau « très-blanche et à des cheveux blonds, donnaient à « sa beauté un éclat dont il était difficile de se dé- « fendre... Vingt-cinq ans, beaucoup de penchant « pour les lettres et pour les beaux-arts, un caractère « d'ange, une fortune brillante, et une situation do- « mestique qui la rendait malheureuse, comment «échapper à tant déraisons d'aimer! Un de mes « amis me proposa plusieurs fois de me présenter « chez elle, et je me crus assez fort pour l'appro- « cher, mais bientôt... j'aperçus que c'était la femme « que je cherchais, puisqu'au lieu de trouver en elle, « comme dans toutes les femmes vulgaires, l'occasion « d'un dérangement, et, pour ainsi dire, d'un rape- « tissement de mes idées, j'y trouvais un aiguillon, « un secours et un exemple pour tout ce qui est « bien. Dés lors, je me livrai sans réserve à ma « passion pour elle, et certes je n'ai pas eu â m'en « repentir, car au moment où j'écris ces pauvretés, « après une union de douze ans, et à cet âge dé- « plorable où il n'y a [dus d'illusions, je sens que je « l'aime chaque jour davantage. » En dédiant à la comtesse d'Albany la tragédie de Mirra, un de ses plus beaux ouvrages, il lui dit : « Vous êtes la source « où puise mon génie, et ma vie n'a commencé que « le jour où elle a été enchaînée à la vôtre. » Bien tpie la liaison qui existait entre madame d'Albany et Alfieri ne fut un secret fiour personne, ils ne l'avouèrent publiquement qu'après la mort du prince Edouard, qui arriva en tT88. Quelques années auparavant, le séjour dans les Etats romains fut interdit à Alfieri, selon queUmes-uns à cause de cette liaison, selon d'autres, ce qui parait plus vraisemblable, à cause de sa tragédie de Brviut, qui aurait blessé la susceptibilité de quelques grands dignitaires de Rome. Il alla dés lors habiter l'Alsace, où son amie le suivit à peu d'intervalle. Le hasard voulut qu'ils se trouvassent tous les deux à Paris lors des premiers événements de la révolution. Allleri, entraîné par l'élan de son âme généreuse, adopta les doctrines des novateurs et se proposa de les appuyer de toutes ses forces ; mais craignant de voir le repos de son amie compromis par tes orages politique» qui se préparaient, il sut la décider â aller passer quelque temps en Angleterre. Madame d'Albany séjourna une année dans ce pays, où elle dut éprouver une profonde émotion en songeant que son époux avait été sur le point d'en occuper le I trône. De retour à Paris en 17!»2, elle y fut té-
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moin de la terrible catastrophe du 10 août. Àlfieri, qui brûlait du plus pur enthousiasme pour U vraie liberté, ne put voir qu'avec liorreur ou mépris le fantôme trompeur que les révolutionnaires français adoraient sous ce nom ; il prit le parti de quitter la France, et alla s'établir avec son amie à Florence. Il avait perdu à Paris une grande partie de sa fortune, et la pension de 60,000 livres que la comtesse d'Albany recevait de la France avait été supprimée ; mais il leur restait des ressources, et le gouvernement anglais vint généreusement au secours de la veuve du dernier des Stuarts, en lui assurant un revenu plus considérable que celui dont elle avait été privée. A Florence, ils menèrent une vie retirée. Alfieri, dont les occupations littéraires avaient souffert une longue interruption, eut alors l'idée de réparer le temps perdu ; mais il se livra à un travail si peu modéré, qu'il fut atteint d'une maladie aiguë qui mit un terme à sa vie, le 8 octobre 1803. La comtesse lui lit élever, dans l'église de Santa- Croce de Florence, un superbe tombeau, qui a été exécuté d'après les dessins et sous la direction du célèbre Canova. Elle eut aussi le soin de faire publier une très-belle édition de ses oeuvres choisies, autre monument non moins propre à perpétuer la mémoire de celui pour lequel elle avait une admiration qui tenait de l'enthousiasme. — A cette époque, M. Clarke ( depuis duc de Feltre ), qui résidait à Florence en qualité de ministre de France, ht tous ses efforts pour être présenté dans la société de madame d'Albany, et ne put y parvenir. Le culte de M. Clarke pour madame d'Albany se fondait sur ce sentiment naturel qui porte à rechercher la société d'nne femme d'esprit, et sur cet enthousiasme qui, dans ses idées de famille jacobitc , lui faisait voir dans cette même femme la reine légitime d'Angleterre. — Madame d'Albany ayant toujours partagé les profonds sentiments de haine qu'Allieri lit si souvent éclater contre le nouvel ordre de clioses en France, le gouvernement de ce pays ne manqua pas, dès qu'il devint maître de la Toscane (1807), d'inquiéter cette dame par une surveillance minutieuse, et finit par la mander à Paris. Admise en présence de Napoléon, la comtesse écarta, par «les raisons si solides, les soupçons qui planaient sur elle, que l'Empereur parut honteux d'y avoir ajouté foi, et lui accorda en termes pleins de bienveillance la permission de retourner à Florence. Revenue dans ses foyers, après plus d'une année d'absence, elle reçut des Florentins l'accueil le plus flatteur. Plus tard, elle admit dans son intimité un peintre français distingué, François-Xavier Fabre, qui avait été lié avec Alfieri; et par un testament, fait en 1817, elle l'institua son héritier universel. — Madame d'Albany mourut le 29 janvier 1824, à l'âge de 72 ans. Ses restes furent déposés dans le tombeau qui renferme ceux d' Alfieri, conformément au désir que ce poète avait exprimé dans l'épitaphe qu'il composa pour lui-même. Le monument que Fabre a consacré à sa mémoire est un chef-d'œuvre de simplicité, de grâce et d'élégance : il consiste en un cippe auprès duquel se groupent deux génies ailés tenant une urne ciné-
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raire ; le fût du cippe est couvert de bas-reliefs allé, goriques qui font allusion aux qualités de l'illustre défunte, et le socle porte une inscription latine en style lapidaire. Ce monument, dont les dessins sont dus à Percier, architecte français, et l'exécution en marbre à Santarelli, sculpteur de Florence, est placé à |wu de distance de celui d' Alfieri, que nous avons cité plus bain . — La galerie de Florence possède un portrait fort ressemblant de madame d'Albany, au bas duquel on remarque des vers tracés de la main d'Alfieri. Fabre, qui recueillit dans la succession de cette dame les manuscrits, livres et tableaux qui avaient appartenu à Alfieri, tint en cette circonstance la conduite la plus noble et la plus généreuse : il en donna une partie à la bibliothèque Médicis, de Florence, et l'autre au musée de Montpellier, sa ville natale. — Quelques biographes ont prétendu que madame d'Albany s'était unie par un mariage secret à Allicri , et qu'après la mort de ce poète, elle avait épousé Fabre. ( Yoy. Stlaht.) Ce dernier fait est démenti par Fabre lui-même, qui regarde le premier comme également controuvé. 11 a déclaré que les papiers de la comtesse et d'Alfieri, qu'il avait en sa possession, ne laissaient apercevoir aucune trace de ce mariage. M— a.
ALBATEGN1LS, célèbre astronome arabe, dont le nom propre est Moiiammeo-Bex-Djadir-IJen- Senan , Al-Battany, Al-IIarranv. Il commença ses observations astronomiques vers l'an 264 de l'hégire (877 de J.-C.), les continua jusqu'en 918, tantôt à Racca, tantôt à Antiochc, et mourut en 317 de l'hégire (929 de J.-C.). Lalandc le place dans le nombre des vingt plus célèbres astronomes qui aient pani. Pendant quarante-deux ans lunaires consacrés à l'astronomie , Albategnius lit plusieurs observations, qu'il rapporte dans sa Table sabéenne (Zydgt Saby), |>artic à l'année 882 de J.-C, partie d l'année 901. Cet ouvrage a été imprimé sous ce titre : de Scienlia tltllarum, à Nuremberg, 1537, in-8°, et, en 1645, in-i", à Bologne ; l'original arabe se trouve, dit-on, parmi les manuscrits du Vatican, et n'a jamais été imprimé. On n'en aurait qu'une idée trèsimparfaite, si l'on croyait qu'Albategnius n'y parle que des étoiles : sous ce nom générique, sont aussi comprises les planètes. Ce livre est trop peu connu ; ce qu'on doit attribuer au style barbare du traducteur, qui parait n'avoir su ni le latin ni l'astronomie. On y trouve une trigonométrie fort différente de celle des Grecs, et fondée sur la projection orthographique. Au lieu de cordes, il emploie les sinus, auxquels il conserve le nom de cordes, et qu'il exprime en parties sexagésimales du rayon. C'est dans son livre qu'on trouve la première notion des tangentes; on y voit que les Arabes se servaient de ces lignes dans leur gnomonique ; qu'ils en avaient des tables, qui leur donnaient la hauteur du soleil par la longueur de l'ombre, et réciproquement. Mais il n'a su tirer aucun parti de cette idée pour la trigonométrie. Regiomontanus, à qui l'on attribue l'introduction des tangentes, peut en avoir pris l'idée dans l'ouvrage d' Albategnius, qu'il a commenté. On ne cite guère d' Albategnius que ses
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quatre éclipses, et l'observation d'un équinoxc, qui lui fit trouver la durée de l'année trop courte de deux minutes et demie. Il mesura assez bien l'obliquité de l'écliptique ; mais sa plus belle découverte est celle du mouvement de l'apogée du soleil. Son livre n'est guère qu'un discours préliminaire pour ses tables, que le traducteur latin n'a |ias publiées. Ses théories ne sont que celles de Ptoléméc et de Tbéon. S'il était bon observateur, il parait avoir été un calculateur très-médiocre, et ses problèmes 25 et 26 feraient soupçonner qu'il n'est que le compilateur de tout ce qui les précède. Albategnius a donné deux éditions de sa Table ; la seconde est la meilleure, et c'est celle que nous connaissons. On trouve, dans la Biographie de Ibn-Khalacan, la liste de ses autres ouvrages. D — t — E.
ALBE ( Ferdj>a>d Alvarez de Tolède , duc d'), ministre d'État et général des armées impériales, naquit, en 1308, d'une des plus illustres familles d'Espagne. Élevé sous les yeux de son grand-père, Frédéric de Tolède, qui lui apprit l'art militaire et la politique, il porta les armes, jeune encore, à la bataille de Pavie, commanda sous Charles-Quint , en Hongrie , au siège de Tunis , à l'expédition d'Alger, défendit Perpignan contre le dauphin de France, et se signala dans la Navarre et en Catalogne. Son caractère plein de circonspection , et son penchant pour la politique, avaient d'abord donné peu d'idée de ses talents militaires ; Cliarles-Quint lui-même , à qui il avait conseillé , en Hongrie , de fiiin; un pont d'or à l'armée turque, pour éviter une bataille décisive , le croyait peu capable de commander en chef, et ne lui accorda les premiers grades que par faveur. L'opinion de son incapacité était si généralement établie , qu'un Espagnol osa lui adresser une lettre avec cette suscription : A Monseigneur le duc d'Albc, général des arméet du roi en temps de paix, et grand mailre de la maison de sa majesté en temps de guerre. Ce trait de mépris piqua son amour-propre, donna l'essor à son génie, et lui Ut entreprendre des choses dignes de la postérité. Parvenu au commandement des armées de Charles-Quint , il se signala contre les protestants d'Allemagne ; et , par ses savantes manœuvres , il gagna, en 1547, sur l'électeur de Saxe, la bataille de Muhlbcrg, qui rendit à l'Empereur sa supériorité. L'électeur ayant été fait prisonnier dans cette journée, le duc d'Albc présida le conseil de guerre qui condamna ce prince à perdre la tête , et pressa vivement l'Empereur de ne pas commuer la peine. Après la réduction des confédérés , il commanda , sous Charles-Quint , au siège de Metz , où le duc de Guise triompha de sa valeur et de ses talenLs. Chargé, en 1555, d'aller combattre en Italie les Français et le pape Paul IV, ennemi implacable de l'empereur, sa fierté lui fît dédaigner la qualité de vice-roi , et il exigea celle de vicaire général de tous les domaines de la maison d'Autriche en Italie, avec des pouvoirs illimités. 11 se montra, dans cette mission importante, i la fois homme d'État et grand capitaine, Ht lever le siège d'Llpian au duc de Brissac, mit le duclié de Milan en sûreté, se rendit
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a Naples , agitée par les intrigues du pape, et y affermit par sa présence l'autorité de l'Espagne. Le duc coaserva tout son crédit , et le commandement de l'armée à l'avéncment de Philippe II, successeur de Charles-Quint. Il entra sur le territoire de l'Église, se rendit maitre de la campagne de Rome, fit échouer les Français dans toutes leurs entreprises ; I et, forcé par Philippe II d'accorder une paix hono- | rable au |»ape qu'il avait résolu d'humilier, il frémit d'indignation , et ne put s'empêcher de dire que la timidité et les scrupules étaient incompatibles avec la politique et la guerre. Rap|»elé d'Italie, en 1550, il parut à la cour de France , où il épousa , au nom du roi son maitre, Elisabeth, fille d'Henri II, destinée d'abord à don Carlos, et déploya à Paris la magnificence d'un souverain. Henri II lui ayant demandé s'il était vrai que, pendant la fameuse bataille de Muhlbcrg, gagnée sur les protestants, on avait >u un phénomène dans le ciel, le duc répondit en riant, au monarque français : « J'étais si occupé de ce qui o se passait sur la terre , que je n'ai pas remarqué « ce qui paraissait au ciel. » Vers cette époque, les habitants des Pays-Bas , aigris de ce que la cour de Madrid attentait à leur liberté et gênait leurs opinions religieuses , se montraient disposés à prendre les armes; le ducd'Albe excita Philippe II à les réprimer avec rigueur; et Philippe, qui n'y était que trop disposé, trouva dans le duc un ministre propre à l'exécution de ses projets. Il lui confia une puissante armée, et le revêtit d'un pouvoir sans bornes, pour aller abolir dans les Pays-Bas les privilèges des provinces, pour les soumettre au despotisme, à l'inquisition, et livrer aux exécutions militaires tous ceux qui oseraient résister à la volonté du monarque. Celte nouvelle répandit la teneur dans toute la Flandre : on y regardait depuis longtemps le duc d'Albc comme un homme dur et implacable. Arrivé en Flandre, en 15GC, il déploya un pouvoir souverain , et établit un tribunal pour prononcer sur les excès commis [tendant les troubles. Ce tribunal, nommé conseil des troubles par les Espagnols, et conseil de sang par les Brabançons, avait pour uniques arbitres le duc d'Albc et son confident , Jean de Vargas. On y cita indistinctentent tous ceux dont les opinions étaient suspectes, et ceux dont les richesses excitaient la cupidité; on y fit le procès aux présents et aux absents, aux vivants et aux morts, et on procéda à la confiscation de leurs biens. Une consternation générale saisit tous les esprits, et l'on vit un grand nombre de négociants et de fabricants se réfugier en Angleterre, et y transporter leur fortune et leur industrie ; plus de 100,000 Flamands s'expatrièrent, et la plus grande partie se rallia sous les drapeaux du prince d'Orange , qui , devenu le chef d'une confédération contre l'Espagne , fut déclaré, par le due d'Albc, criminel de lèse-majesté, lui et ses principaux partisans. Alors la guerre civile éclata dans ces malheureuses provinces. Le comte d'Aremberg , lieutenant du duc d'Albe , ayant été vaincu et tué, en 1568, par le frère du prince d'Orange, cet échec, loin d'ébranler le duc, ne servit qu'à aigrir son caractère féroce , et il crut braver
h vainqueur en faisant périr mu un échafeud les comtes d'Egmont et de Ilorn. Cette exécution avait été précédée de celle de trente seigneur» moins distingués ; elle fut suivie du supplice d'une foule de malheureux , condamnés comme rebelles. Couvert du sang de tant de victimes , le duc d'Albe marcha contre le comte de Nassau , l'atteignit dans les plaines de Gemmingen , et remporta une victoire complète ; mais le prince d'Orange , clief des confédérés , parut bientôt avec une armée plus considérable. Le jeune Frédéric de Tolède , chargé de l'olwerver, envoya conjurer son pére de lui |»ermetlre d'attaquer les rebelles. Le duc, persuadé que les subalternes doivent une obéissance aveugle et passive à leurs chefs, fit répondre à son lils, qu'il lui pardonnait à cause de son inexpérience : « Qu'il • se garde bien , ajouta- t-il, de me presser davan- « tage ; car il en coûterait la vie à celui qui se « chargerait d'un pareil message. » Le prince d'Orange, vaincu en détail, harcelé, poursuivi, fut contraint de se retirer en Allemagne, et le duc d'Albe t'acquit, dans cette campagne, une gloire qu'il llétrit bientôt par de nouvelles cruautés. Les bourreaux répandirent, par ses ordres, plus de sang que ses soldats n'en avaient versé les armes à la main ; et , comme il n'est que trop ordinaire, les représailles Vinrent ajouter aux malheurs de l'humanité. Dans le parti opposé, le barbare Senoy livra à d'horribles exécutions les paysans catholiques. Cependant le duc d'Albe acheva de réduire les Flamands au désespoir ; il éleva de fortes citadelles dans les principales villes , et Imposa de nouvelles taxes ; Malines et Zutphen , qui avaient résisté, lurent livrées à l'avidité des soldats espagnols, et le duc publia un manifeste dans lequel il déclara que les citoyens n'avaient souffert que le juste clialiment de leur rébellion , et que les villes coupables devaient s'attendre a éprouver le même sort. Tout pliait sous son impitoyable rigueur. Le pape lui envoya l'estoc et le chapeau béni , que les souverains pontifes n'avaient accordés jusqu'alors «m'à des tètes couronnées. Cet honneur mit le comble à sa fierté. Déjà il avait donné lui-même son nom et ses qualités à quatre bastions de la citadelle qu'il avait fait construire à Anvers, sans y faire nulle mention du roi son maître ; et , lorsque la forteresse fut achevée , l'orgueilleux Espagnol y fit placer sa statue en bronze. Elle y paraissait avec un air menaçant ; la noblesse et le peuple étaient à ses pieds, et, sur le piédestal, était graxée une inscription fastueuse qui le représentait comme l'appui de la religion , le restaurateur de la paix et de la justice dans les Pays- . Ce|>endant les provinces de Zélande et de Hollande résistaient encore à ses armes. Son lils Frédéric prit Woêrden d'assaut , et en massacra les habitants. 11 lit ensuite le siège d'Harlem , et fut sur le point de le lever ; niais les vifs reproches de son père le lui firent continuer ; à la fin , la fatigue et la disette triomphèrent de la constance des assiégés. Le vainqueur avait accordé des conditions supportables ; mais , trois jours après la reddition de la place, le duc d'Albe y vint lui-même, et satisfit sa I
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vengeance en faisant périr un grand nombre de
victimes auxquelles on avait fait espérer leur pardon. Alcmaêr fut ensuite attaqué; mais le désespoir animait alors à tel point les Hollandais, que les vétérans espagnols furent repoussés avec perte et forcés de se retirer. Peu de temps après, une flotte, que le duc d'Albe était parvenu à mettre en mer à force de travaux et de dépenses, fut entièrement défaite par les Zélandais ; la ville de Gertruydemberg fut surprise par le prince d'Orange , et les Hollandais op|>o$êrent partout une résistance et uu courage invincibles. Cependant Philippe II , las de voir que la rigueur ne faisait qu'accroître la résistance des rebelles , avait , depuis quelque temps , conçu le projet d'essayer d'une administration plus douce ; les derniers événements achevèrent de le décider : il rappela le duc d'Albe et nomma à sa place le duc de Medina-Celi. Celui-ci se rendit aussitôt à Bruxelles : mais le duc d'Albe refusa, malgré les imtcnlc* et les ordres du roi , de lui remettre le gouvernement , se contentant de répondre qu'avant de se retirer il voulait en finir avec les rebelles. Philippe Il envoya alors dans les I>ays-Bas don Louis de Zuniga y Rcquesens, commandeur de Castille, avec ordre de prendre la direction des affaires. Cette fois le duc obéit. Ce fut au mois de décembre 1ST5 qi>e le duc d'Albe, après avoir publié une amnistie, (piitta un jwys dans lequel il se vantail d'avoir, en six ans, livré au bourreau plus de 18,000 individus. Le premier acte d'autorité de son successeur fut d'abattre la statue érigée à Anvers, de sorte qu'il ne resta du duc d'Albe , dans les Pays-lias , que l'éternelle mémoire de ses cruautés. Il fut traité h Madrid avec distinction , et jouit quelque temps à la cour de son ancien crédit ; mais , un de ses lils ayant été arrêté pour avoir séduit une des filles d'honneur de la reine, qu'il avait promis d'épouser, le duc d'Albe favorisa son évasion , et le maria à une de ses cousines, contre la volonté de Philippe II , qui , pour celte offense, le bannit de la eour, et l'envoya en exil à son château d'Lieda. Le duc d'Albe était depuis deux ans dans cet état de disgrâce, lorsque les succès de don Antonio, prieur de Crato, qui s'était fait couronner roi de Portugal , obligèrent Philippe II à recourir au général dont les talents et la fidélité lui inspiraient le plus de confiance. Il envoya un secrétaire demander au duc d'Albe si sa santé lui permettrait de reprendre le commandement d'une armée ; et , recevant une réponse pleine de cèle , il le nomm» commandant suprême en Portugal ; mais, en même temps , il ne daigna ni lui pardonner son ancienne offense , ni lui permettre de venir à la cour. Cette sévérité de Philippe II , envers un général auquel il accordait tant de confiance, est , tout à la fois, un trait caractéristique de l'inflexibilité du monarque , et un rare témoignage rendu au duc d'Albe. Ce grand capitaine se montra digne de son ancienne réputation; il entra en Portugal en 1581, gagna deux batailles en trois semaines, chassa don Antonio, se rendit maître de Lisbonne, et soumit tout le Portugal à Philippe II. Il s'empara des trésors
de la capitale, et permit à ses soldats d'en saccager le* feu bourgs et les environs, avec leur violence et leur rapacité accoutumées. Philippe, indigné, fit rechercher ht conduite de son gênerai , ipi'on accusait d'avoir détourné à son profit les richesses des vaincus : « Je n'en dois compte qu'au roi , dit le « duc d'Albe ; et , s'il me le demande , je ferai « entrer dans ce compte des royaumes conservés, « des victoires signalées, des siégea difficiles, et « soixante ans de service. » Philippe craignit une sédition dans l'armée, et fit cesser les recherches. La duc ne vécut point asse* pour jouir des honneurs et de* récompenses qu'il avait mérités par son dernier exploit ; il mourut le 12 janvier 1582 , à 74 ans, ayant horreur, dit-. m , du sang qu'il avait feit répandre. 11 fut , sans aucun doute , le phis habile général de son siècle , et c'est surtout dans les opérations lentes et savantes , dans la partie de la guerre la plus difficile, qu'il excella. 8a campagne contre le prince d'Orange , en 1868 , est , dans ce genre , un des plus beaux exemples (pie les militaires puissent suivre. Si on le pressait d'attaquer, il répétait sa maxime favorite : * De tous les évé- « nementa, le plus incertain, c'est la victoire. » Ses actions et ses paroles donnent une idée si complète de son caractère, qu'il serait inutile d'y rien ajouter, et de rapporter le portrait que Raynal en a tracé dans son Histoire du Statoudhérat. il suflira dédire qu'il avait le maintien et la démarche grave ; l'air noble et le corps robuste ; qu'il dormait peu , travaillait et écrivait beaucoup; que sa jeunesse fut raisonnable , et que ce fut dans le tumulte même des camps qu'il se forma à la politique. On prétend que, dans soixante ans de guerre contre différents ennemis, jamais il n'a été battu , ni surpris, ni prévenu. Sa vie a été publiée à Paris, 1698, 2 vol. in-12. On a Imprimé à Amsterdam, en 1620, un Miroir de la tyrannie det Espagnols, perpétrée aux Pays-Bas par le due d'Albe, in— 4», fig. Jacob Marais a publié à Amsterdam, en 1733, un volume in-8°, intitulé : Sentences et assignations du due d'Albe dans son conseil de sang. B — p.
ALBENAS ( Jean Poldo d' ) , naquit en 1312 , a Nîmes , et non en Vivarais , comme l'a dit Castel dans ses Mémoires sur le Languedoc. Sa famille était noble ; mais elle fut moins distinguée par cet avantage que par les lumières de Poldo, et de Jacques d'Albenas , son père. Les parents de Poldo l'avaient destiné au barcau , et il se mit de bonne heure en état d'y paraître avec éclat ; mais Nîmes étant devenue , en 1532 , le siège d'un présidial , il y fut pourvu d'une charge de conseiller , qu'il exerça jusqu'à sa mort , avec distinction. Il cultiva les lettres et la jurisprudence. Son premier ouvrage fut une traduction française de l'écrit de St. Julien, archevêque de Tolède , intitulé : Prognosticorum , $ive d$ origine morlis humana, de futuro saculo, et de fatum cita conlemplatione, libri 1res. Cette version obtint, lorsqu'elle parut, l'estime des savants ; elle fut bientôt suivie de celle de l'Histoire des Taborilei (hérétiques de Bohême), écrite en latin par JEneas-Sylvius, avant qu'il devint pape |
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sous le nom de Pie II. D'Albenas publia ensuite un Discours historial de l'antique et illustre cité de Nismes, Lyon, 1360, in-fbl. , avec des planches gravées sur bois , où les mesures et les règles de la perspective ne sont pas toujours observées , mais qui donnent cependant , des monuments qu'elles représentent , une idéee plus vraie qu'où ne devrait s'y attendre d'après l'état d'imperfection où se trouvait alors ce genre de gravure. Ce livre, composé au milieu du 16* siècle, ne brille pas par le mérite du style ; on y trouve souvent une érudition confuse et hors de propos : c'était le défaut du temps ; production n'en est pas ; du profond savoir de l'auteur , et un riche dépôt d'observations et de recherches utiles. D'Albenas fut un des premiers à professer les principes de la réforme, et son exemple ne contribua pas peu à leur propagation. A sa mort, arrivée en 1363, la plupart des habitants de Nîmes et des environs étaient déjà calvinistes. V. t.
ALBENAS ( J. -Joseph, vicomte n') , né à Somnifères , près Nîmes , en 1760 , rot officier au régiment de Ton ruine, et fit en cette qualité la guerre de l'indépendance américaine. Il était retiré du service à l'époque de la révolution , dont il adopta les principes; il fut promu à diverses fonctions publiques, et nommé, en 1803, conseiller de la préfecture du Gard. Il est mort à Paris en 1821. On a de lui : 1" Essai historique et poétique de la ghnre et des Iravaux de Napoléon I*', depuis le 18 brumaire an 8 jusqu'à la paix de Tilsilt, Paris, 18118, in-8° ; 2° Dénonciation formelle, spéciale, relative aux maisons de jeu, Paris, 18M, in-8" de 16 pages; 3* Fragments poétiques sur la révolution françaiee, dédiés au roi, Paris, 1813, in-l* de 4 pages; réimprimés en 1822, Paris, ln-8* de 8 pages, sous le titre û'Epitre à la chambre des députée , contenant un précis épisodique de la révolution française jusqu'aux cent jours; 4" Dissertation sur les indemnités, oh restitution à faire aux émigrés sans porter atteinte à la charte, et sans aggraver le poids de ta dette publique, etc., Paris, 1818, in -8° de 24 pages. — Son fils aîné, M. le lieutenant -colonel d'ALBESAS, est l'auteur des Èphémérides militaire* depuis 1792 jusqu'en 1815 , par une société de gens de lettres et de militaires, Paris, 1818-1820, 12 vol. ln-8». . 2S.
ALBER (Érasme), né, selon les uns, dans h Wétéravie, selon les autres, dans un petit village prés de Francfort-sur-le-Mein , fit ses études de théologie à VVittenberg, et devint un des plus relés partisans de Luther, qui conçut pour lui une véritable amitié. Il rôt quelque temps prédicateur de rélecteur de Brandebourg , Joachim II ; mais , s'étant élevé contre les impôts que ce prince faisait payer au clergé de son électorat, déjà très-pauvre, Il perdit sa place. Appelé successivement à divers emplois , dans des lieux différents, il en rôt dépouillé par les protestants eux-mêmes ; mais alors de tels renvois n'étaient pas une honte : un théologien se rendait dans une ville, y prêchait quelque temps, et la quittait bientôt pour aller prêcher ailleurs , sans que sa réputation en te-
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çitt la moindre atteinte. En 1548, Alber était prédicateur à Magdebourg ; le refus qu'il fit d'accéder a l'Intérim proposé par Cluirles-Quint aux protestants le força de s'en éloigner ; il vécut dans la retraite à Hambourg , jusqu'en 1555; alors il fut nommé surintendant général à Neubrandeliourg , dans le Mecklenbourg , où il mourut le 5 mai de la même année. Son principal ouvrage est VAlcoran des Cordeliers , traduit en français , à Genève, par Conrad Badins , sous ce titre : VAlcoran des Cordelien . tant en latin qu'en français , c'est-à-dire la mer des blasphèmes et mensonges de cet idole stigmatisé qu'on appelle St. François, recueilli par le docteur M. Luther, du livre des conformités de ce beau St. François , imprimé à Milan , en 1510 , et nouvellement traduit à Genève, par Conrad Radius, 1556. Alber n'avait effectivement fait qu'extraire et traduire en allemand le fameux ouvrage de Barthélémy Albizzi , de Pise ( voy. Amizzi ) , intitulé : Liber conformitatum S. Francisci ad vilam Jesu Christi, où la vie et les miracles de St. François sont représentés comme fort supérieurs à ceux de Jésus-Christ. Luther ajouta une préface au livre de son ami ; et , comme Alber n'avait pas mis son nom sur le titre , Conrad Badius attribua l'ouvrage entier à Luther, et y ajouta , tant en marge qu'en notes , «les passages assez plaisante. Cette traduction a eu plusieurs éditions : la 4* parut à Amsterdam en 17.14 , avec des gravures de Bernard Picart , 5 vol. in 12; le 5' se compose de la Légende dorée, ou Sommaire de l'histoire des frères mendiants • de l'ordre de St. François (par Nie. Vignier , le fils). Alber a écrit des traités théologiques et quaranteneuf fables intitulées : le Livre de la sagesse et de la vertu, Francfort-sur-lc-Mein , 1579 , in-8°, en vers allemands. La tournure satirique de son esprit perce dans tous ses ouvrages. G— t.
ALBKRGATI (Nicolas), cardinal, né à Bologne en 1375. Sa famille, l'une des premières de la ville, le voulait faire jurisconsulte ; mais une vocation ardente le jeta, à vingt ans, dans les ordres sacres ; il revêtit l'habit des cliartrcux, et s'acquit bientôt une réputation de sagesse et de science qui le conduisit rapidement aux plus liautcs dignités, En 14(7 , le pape Martin V, dont l'élection venait d'apaiser les troubles intérieurs de l'Eglise, voulut employer l'influence d' Albergati sur ses compatriotes a les ramener sous l'autorité temporelle du pontife dont ils s'étaient affranchis. Albergati, sincèrement dévoué au saintsiège, fut nommé évéque de Bologne ; il put alors exposer ouvertement ses doctrines en faveur de la domination absolue du pape. Pendant longtemps la vénération dont ce prélat était l'objet balança le mécontentement que ses tendances inspiraient aux Bolonais; mais, en 14*20, une révolte éclata, et il faillit être assassiné. Le pape vint à son secours, et, pour laisser aux esprits le temps de se calmer, l'envoya en France comme nonce apostolique. Sa mission avait pour but un accommodement entre Cliarles VI et le roi d'Angleterre Henri V, mais elle fut rendue sans objet par la mort des deux princes ( 1422). En 1426, Albergati reçut le titre de cardinal de Ste-Croix
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de Jérusalem ; son zèle s'en accrut encore, et ce zèle, souvent exagéré , fût la cause immédiate d'un nouveau soulèvement des Bolonais, plus redoutable que le premier, car le palais épiscopal fut pillé, et, de leur propre autorité, les habitants élirent un autre évéque. Le cardinal se réfugia auprès du saint-père, qui le retint deux ans i Rome ; une nouvelle ambassade en France lui fut ensuite donnée. En 1451, Eugène IV, successeur de Martin, envoya Albergati présider le concile de Bàle ; mais là, des difficultés imprévues se présentèrent : Albergati soutenant que le concile empiétait sur le pouvoir du pape , et le concile, de son côté, se plaignant des mesures prises par Albergati, et qui n'allaient pas moins qu'à la négation de l'autorité du concile lui-même , un nouveau schisme faillit éclater, et le cardinal de Ste- Croix revint à Rome sans avoir pu accomplir sa mission. Alors le pape lui adjoignit trois cardinaux, et les quatre prélats dirigèrent de concert la 17" session, qui eut lieu à Bâlc,en 1433. Cette fois, le concile se débarrassa de l'opiniâtre Albergati en le chargeant d'un insignifiant message pour Eugène IV. Il ne se tint pas pour battu, et nous le retrouvons à Bàle, le 14 avril 1436, faisant l'ouverture de la 24- session. Toujours mêmes dissentiments, mêmes obstacles. Albergati reprend la route de Rome, et obtient du pape, en 1437, une bulle qui transfère le concile de Bàle à Fcrrarc. Une partie des prélats obéirent, se constituèrent en synode à Ferrare le 10 janvier 1 438, et tout ce qui avait été ou serait fait à Bàle, depuis la bulle, fut déclaré nul de tout point. — L'Orient offrait alors un spectacle déplorable ; uite catastrophe approchait à grands pas; les Turcs s'étaient déjà montrés plusieurs fois devant Constantinople, qu'ils ne prirent cependant que quinze années plus tard. Dans cette situation désespérée, Jean Manuel Paléologue, l'avant-demier empereur grec, se rendit en Italie , accompagné des hauts dignitaires de l'Église d'Orient, et proitosa au pape Eugène la réunion définitive de FEglise grecque à l'Église latine : il espérait par là se donner pour auxiliaire contre les Turcs toute l'Europe calliolique. Une session du concile fut employée, en octobre 1438, à discuter les principaux points de cette question, si souvent débattue et toujours ajournée Cette fois encore, le concile, que présidait Albergati, se sépara sans rien conclure. L'année suivante, Albergati fut nommé successivement grand pénitencier de l'Église, puis trésorier du pape, en remplacement du cardinal des Lrsins. Cette dernière fonction l'obligeait à une résidence habituelle auprès du saintpère. C'est en revenant avec lui de Florence, où la peste qui désolait Ferrare avait chassé le concile, qu' Albergati, attaqué de la pierre depuis longues années, fut forcé de s'arrêter à Sienne, et y mourut le 9 mai 1443, âgé de 67 ans. Ce prélat joignait à un caractère ferme et droit un esprit éclairé, laborieux, infatigable ; sa piété était sincère et profonde, mais il la poussait |>arfois jusqu'à l'intolérance. Thomas de Sazzanne et Aîneas-Sylvius, qui devinrent papes par la suite, sous les noms, l'un de Pie II, l'autre de Nicolas V, avaient été ses secrétaires. Il fut canonisé en 1745, par Benoit XIV, aux termes d'un
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bref qu'on peut lire en tête d'un Recueil de pièces pour tenir à l'histoire d' Albergati, in -fol., Rome, 1743. V— u.
ALBERGATI Capacelu (le marquisFRANçois), sénateur de Bologne, naquit dans cette ville le 29 avril 1728. 11 lit ses premières études dans la maison paternelle, sous les plus illustres savante , entre autres Zannotti, Manfredi et Taruftl. Ses goûts le portèrent dés sa jeunesse vers les compositions dramatiques et la déclamation Uiéâtrale. 11 avait établi dans son palais à Bologne , et à sa maison de campagne, où il passait une partie de l'année, un Uiéâtre sur lequel il donnait avec ses amis des représentations des meilleures pièces de l'Italie et de celles de quelques auteurs français qu'il traduisait lui-même. 11 fut très-lié avec Goldoni ; et il entretint une correspondance littéraire avec les hommes les plus remarquables de son siècle, tels que Voltaire, Fontenelle, Alfieri, Cesaroiu, etc. La nature lavait doué de grands talents; il fut non-seulement un auteur dramatique élégant, correct et quelquefois sublime, tuais encore un acteur judicieux, plein d'esprit et de vivacité, au point qu'on le nomma le Garrick de l'Italie. Sa comédie du Prisonnier fut couronnée par la députation de Parme (I), et il obtint le grand prix, qui était une médaille d'or. C'est à lui qu'on doit la suppression au théâtre italien de l'usage si ridicule et si peu vraisemblable des masques. Albergati contracta fort jeune une union assortie à son rang ; i, bientôt las d'une épouse digne de plus d'éil l'abandonna pour aller clierchcr à Venise plaisirs plus piquants. Subjugué par une coménne nommée Bettina, qui, à des cbarmes peu communs , joignait tout l'art , tout le manège de la coquetterie et la séduction du talent, il récusa lorsqu'il devint veuf, voulant, dit-il, donner un état au fils qu'il avait eu d'elle. Mais celui qui n'avait pu trouver le bonheur auprès d'une femme vertueuse s'était préparé avec une autre d'inévitables chagrins. Son pencliant à la jalousie amenait sans cesse de nouvelles querelles entre les époux. A la suite d'une scène violente, Albergati, dans une sorte de délire , frappa de deux coups mortels celle qu'il avait tant aimée. Son crédit et sa fortune ne purent le sauver d'une procédure criminelle ; mais peut-être contribuèrent-ils à le préserver d'une condamnation capitale. Il s'exila de sa patrie en 1785, et, lorsqu'il y revint, quelques années après, loin de mettre à profit la leçon du passé, il épousa en troisièmes noces, à l'âge de soixante-dix ans, la danseuse Zampieri qui, par ses mauvais procédés et ses fureurs jalouses, sembla s'être chargée de venger celles qui l'avaient précédée. — Albergati parlait et écrivait avec facilité les principales langues de l'Europe. A l'exemple de son conqatriote Goldoni, avec qui il eut plus d'un trait de ressemblance, et par sa vie aventureuse et par le talent de composer et de jouer des comédies, il parvint à écrire en français avec une élégante
(1) En mo, le due de Para»
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pro|x.<a no prix pour les q«i flnil en 1778, a
ALB 317 plicité. On connaît de lui une lettre à Voltaire (1), qui a été insérée dans l'Observateur littérain ( t. 5, «701 , p. 252-257 ). Il y parle en homme de goût de l'art tltéàtral, et venge Goldoni , qu'il appelle auteur admirable et peintre de la nature, des critiques injustes auxquelles il avait été en butte. Ce commerce épistolaire dura plusieurs années. On trouve les lettres de Voltaire au marquis, dans les tomes 36 à 60 de sa correspondance générale (édition de Kelil ). C'est dans une de ces lettres que le philosophe de Ferney a formellement désavoué la Pucelle, et qu'il fait une profession de foi religieuse bien peu sincère et très-extraordinaire dans sa bouche. 11 parait que leurs relations cessèrent brusquement , lorsque Voltaire eut écrit d'une manière assez piquante, et presque dédaigneuse , sur la promotion à la chambellanie du roi de Sardaigne, qu' Albergati avait obtenue. « Je vous aimerais mieux , lui dit-il, dans « votre palais à Bologne , que dans l'antichambre « d'un prince. J'ai été aussi chambellan du roi, mais o j'ainw cent fois mieux être dans ma chambre que « dans la sienne. » La collection des comédies d'Albergati a été publiée à Bologne, en 1784, in-12. On y distingue celle qui a pour titre : il Pregiudizio del faho onore, où il fronde la manie du duel. 11 a traduit en italien les tragédies de Phèdre , de Sètniramis, d'Idoménèe, de A'mwi //, etc. Ses Novelle morali, publiées à Paris et à Bologne, 1783, 2 vol. in- 12, jouissent aussi de quelque estime. On a publié a Bologne une collection de ses œuvres , 0 vol. in-8\ 1784. Albergati est encore auteur de plusieurs discours sur les beaux-arts, de l'éloge funèbre d'Albert Stella, de différentes dissertations sur des médailles antiques , et de la version de l'ouvrage de Jean-Antoine Comparet sur l'éducation. Sa société était agréable , et sa conversation extrêmement piquante. Après avoir passé une grande partie de sa vie à Venise, dont les usages avaient plus de conformité avec son caractère philosophique, il fut rappelé dans le sein de sa ville natale par des affaires domestiques , et y mourut le 16 mars 1804. Albergati a surtout excellé dans les petites pièces en un acte ; plusieurs peuvent être regardées comme les meilleures que possède le théâtre italien. La plus renommée est, sans contredit, la comédie des Convulsions, où l'auteur a su jeter un ridicule sanglant sur ces maux de nerfs qui , vers la lin du siècle dernier, furent â la mode en Italie, et dont les femmes se servaient si adroitement pour en imposer à leurs faibles maris. L — M— x.
ALBERGONI ( le P. Eleltiièhe ) , prédicateur italien, était né vers 1360, dans le Milanais. Ayant embrassé la vie religieuse dans l'ordre des mineurs conventuels , ou cordelière , les talents qu'il montra pour la chaire étendirent bientôt sa réputation dans toute la Lombardie. Nommé provincial et consul leur du saint- office, il fut aussi pourvu de remploi de pénitencier du Dôme ou cathédrale de Milan. Les succès qu'il continuait d'obtenir dans la carrière
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évangélique fixèrent enfin sur lui l'attention du pape Paul V, qui le récompensa de son zélé en le nommant, en 161 1 , a l'évêcbé de Monmarani. Le P. Éleuthére gouverna ee diocèse pendant vingt-cinq ans avec beaucoup de sagesse, et mourut en 1636. Outre trois volumes de sermons, maintenant oubliés, on a de ce prélat un Traité des vertus chrétiennes, paraphrase des trois premiers versets du Magnificat ; une Concordance des Évangiles, et une Explication, en latin, de la doctrine de Scot. Ce dernier ouvrage, publié a Padoue en 1583, ia4*, a été réimprimé à Lyon en 1643. On peut consulter pour plus de détails Argelati, Seriptor. mediol., t. 1, p. 13. W— s.
ALBEBGOTTI (François), jurisconsulte italien, fils d' Albéric Rosiati de Bergame, un des hommes les plus savants de son temps, naquit a Arrezzo, prés de Florence, dans le 14* siècle. Son père l'envoya étudier sous le célèbre Ralde; dirigé par un tel maître , François Alhergotti fit de rapides progrès dans les sciences , principalement dans la philosophie et la jurisprudence. Sous le nom de philosophie , on comprenait alors la connaissance de l'histoire et celle des bel les -Ici Ires. Alhergotti exerça d'abord la profession d'avocat a Arczzo, et se rendit à Florence en 131» : sa grande érudition, ses talents et son intégrité lui acquirent le titre de docteur de la vérité solide [doctor solida veritatis). \jk république de Florence lui confia souvent ses intérêts dans des négociations importantes, notamment avec les Bolonais, en 1358, et elle eut toujours lieu de s'en louer; pour récompense de ses services, il fut anobli. Il mourut à Florence, en 1376. Les ouvrages qui nous restent de lui sont des commentaires sur le Digeste, sur quelques livres du Code, et des Consultations, dont Barthole fait un grand éloge, — Louii Alberootti, fils de François Alhergotti, suivit la même carrière que son père , et fut aussi un satant jurisconsulte.— Marcellin Alberc.otti, évoque d'Arezzo , rendit de grands services à Innocent IV contre l'empereur Frédéric II ; et Jean Albeiigotti, aussi évêque d'Arezzo, fut employé utilement par le pape Grégoire XI, dans les démêlés que ce pontife eut avec Galeas Visconti, duc de Milan. M— x.
ALBÉRIC I", gentilhomme lombard , ayant quitté le parti de Guido pour celui (îc Hérenger I*', fut fait, par ee dernier, marquis de Camérino, vers k fin du ft* siècle ; il épousa Marozia, fille de Théodora, dame romaine qui possédait le château St- Ange, et qui, par ses intrigues galantes, s'était emparée de la souveraineté de Rome. [Voy. Marozia et Thêodora.) Aux États de sa femme et aux siens, Albéric joignit plus tard le duché de Spolèle. H marcha , en 916 , avec le pape Jean X , contre les Sarrasins établis près du Garigliano, et chassa de leur retraite les infidèles qui étendaient leurs ravages jusqu'aux portes de Rome. On l'accusa ensuite d'avoir appelé les Hongrois en Italie, pour se venger du même pape Jean X, qui l'avait exilé de Rome. Après la retraite de ces barbares , Albéric fut massacré par les Romains, vers l'an 925, à Citta d'Orta, où il s'était retiré. Il avait eu de Marozia un lils de même nom que lui, qui fut soigneur de Rome. S. S— i.
ALBÉRIC II , de Camérino, seigneur de Rome, et fils du précédent. Après la mort du premier Albéric, Marozia, sa femme, avait épousé, en secondes noces , Guido , marquis de Toscane ; le premier de ses fils fut marquis de Camérino, comme son père ; le second fut nommé pape , en 931 , sous le nom de Jean XL L'année suivante, Guido étant mort, Marozia épousa , en troisièmes noces , Hugues de Provence, roi d'Italie. Chacun de ses mariages augmentait son pouvoir. Mère du pape et femme du roi, elle réunissait dans ses mains l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle ; mais, aux festins qui suivirent ses noces, Hugues, ayant demandé au jeune Albéric de lui présenter l'aiguière pour se laver, et celui-ci ayant maladroitement versé l'eau, le roi se retourna I avec emportement et lui donna un soufflet. Les Romains et les Italiens avaient déjà commencé à se ressentir de la brutalité des Provençaux qui entouraient le roi Hugues ; ils s'indignèrent de l'affront fait au marquis de Camérino, premier baron de Rome, prirent les armes avec fureur, et forcèrent Hugues à s'enfuir dans le château St-Ange, d'où il s'échappa peu après, au moyen d'une échelle de cordes ; on jeta Marozia dans une prison ; le pape Jean XI lui-même fut retenu par son frère sous une étroite surveillance; et Albéric fut reconnu pour seigneur de Rome, avec le titre de grand consul. En 933, il résista courageusement au roi Hugues, qui vint l'assiéger pour recouvrer la domination de Rome , et se venger d'avoir été contraint à la fuite. Albéric fit ensuite la paix avec lui. et épousa sa fille Aida ; cependant il ne voulut jamais permettre à son beau-père d'entrer dans Rome, cette ville étant devenue le refuge de tous les mécontents du royaume d'Italie , a qui la tyrannie de Hugues devenait insupportable. Albéric gouverna vingt-trois ans l'ancienne capitale du monde, dans un temps où l'empire d'Occident était sans chef, et celui d'Orient sans pouvoir. Seul, il fixa les regards de toute l'Italie. Les papes, ses contemporains, n'avaient aucun crédit, et paraissent n'en avoir mérité aucun. Le caractère d'Albéric était respecté, et ses talents garantirent l'indépendance de sa patrie. Mais il a vécu à l'épooue où l'histoire est enveloppée des phis épaisses ténèbres, et il ne reste presque aucune trace de son long règne. Il mourut en 954, et son fils Oetavien hérita de la souveraineté temporelle de Rome. Deux ans plus tard, il y joignit la souveraineté spirituelle, ayant été éhi pape sous le nom de Jean XII. S. 8—1.
ALBÉRIC, né à Beauvais en 1080, prit l'habit de St-Benolt au monastère deCluny.dont il devint bientôt sous-prieur; ensuite il entra, avec le même titre, ft Sl-Marlin-des-Champs; mais Pierre le Vénérable, dont le prédécesseur, Ponce, avait entraîné dans un schisme l'ordre entier de Cluny, rappela bientôt Albéric, qu'il jugeait seul capable, par l'autorité de son caractère et de ses vertus, de ramener les moines aux pratiques de l'Église orthodoxe. En 1130 ou 1131, Albéric fut nommé abbé de Vczelay, dans le diocèse d'Autun ; mais les religieux, essayant de secouer le joug du pape, ne voulurent pas reçoit*
naître le nouvel alé ; Us furent arrêtés, charges de chaînes et dispers sur tous les points de l'Europe. Pierre le Venérabtciui plus que jamais avait besoin d' Albéric, s'oppos«en 1437, à ce qu'où lui donnât l'évêché de Langr; mais, l'année suivante, Innocent II, voulant r*lro justice au mérite d' Albéric, lui conféra la tit do cardinal-évéque d'Ostie, et l'envoya comme fcat en Angleterre. L'usurpation Commise par Etic»e I r, qui régnait alors en ce pays au détriment de sx>usinc Mathilde, était si odieuse, que David 1er, roi Keosse, avait pris les armes jwur la princesse et enhi le territoire anglais. La guerre fut impitoyable dpart et d'autre; les Écossais surtout commirent ttroecs cruautés; mais la perte de 47)000 des leurs la bataille des Etendards fut une expiation tcrribUe ces excès. David, un iustaut attiré, avait bicnuTepris toute son énergie; il rassemblait une nielle armée dans la ville de Carlusle, quand Ail « ■ y débarqua ; se jetant aux pieds de l'Ecossais, il supplia en pleurant de déposer les armes. Un àw obstiné fut la seule réjtonse de David , qui , qiendant , promit solennellement qu'a l'avenir il ipecterait les églises, et qu'il épargnerait le* fetnes, les enfante, les vieillards. De plus, il prit l'eitgcment de mettre en liberté, lors des prochaines 'tes de Pâques, toutes les femmes anglaises qu'il ait amenées prisonnières à Cariisle. David se it senti profondément humilié de conclura la pai>vant d'avoir pris une éclatante revanche de la jouée des Étendards ; mais la nécessite, sans abattaon orgueil, le lit ployer pourtant; il consentit umfeve de deux mois, qui, plus tard (janvier 1 13!*),! changea en paix délinitive. Albéric, sur le poi de quitter l'Angleterre, ouvrit, le 14 décembre 4*8, un concile où ne furent agitées que des questi* purement réglementaires. Ce concile se tint a uulros, suivant la plupart des auteurs, et a Vsuiiunster, suivant J. B. Frison (Gull. purp., 443). Albéric fut ensuite envoyé en Sicile pour exAter les haletants de Bari, révoltés contre Roger • à reconnaître l'autorité légitime do ce roi; «mai dit Aubcry {HUt. des Card., 1. 1", «an 1131), «a population fut insolente à oc point « que do ne a vouloir donner audience au légat « de sa sainte, et que de lui refuser même l'entrée « de la ville, ne mission importante consola Albéric de cet éoec- De graves dissentiments avaient éclaté entre ftxlolphc, patriarche latin d'Antioclic, et ses diocés*», car ce prélat hérétique déniait à l'Église de R*ne toute suprématie sur celle d'Antioche, prétealaut que l'une et l'autre j^ient également l'EgliaedeSt. Pierre. Albéric, chM^depr(ivemi. un nouveau schisme et d'examiner^ ^duiie de Rodolphe, convoqua à Anlioche«*e jq novembre H 40, un synode auquel ••«•Itèrent lous |C8 princes de lÉglise et tout le clerig ^ d'Orient. Rodolphe, dépouillé de sa tli^Été , fut chargé de chaînes et cmduit à Rome, om[ Qt amende honorable. (GuilL deTyr, liv. ISychap. 15 et suiv.) Le cardinal Alliéric, ne voulant fa* quitter l'Asie sans •voir visité le saint sépulcre| M remijt a Jérusalem, «û il irriva pour les Jeu» de Piques (1 141). Il
présida, dans le temple même, une assemblée de prélats et de fidèles. On y vit paraître le patriarche d'Arménie, princeps et doclor eximiuê, dit Guillaume de Tyr. Ce patriarche, catholique zélé, promit de poursuivre activement la reforme des croyances erronées de son peuple sur quelques-uns des articles de foi. Après trois années de repos passées à Rome, Albéric, accompagné de St. Bernard et de GcofTroi de Chartres, se rendit à Toulouse pour combattre les hérétiques henriciens; de là ils allèrent jusqu'à Nantes, alors désolé par le schisme d'Eon de l'Étoile. Cet hérésiarque n'attendit même pas, pour prendre la fuite, l'arrivée des vénérables prélals. Se dirigeant ensuite vers le midi, Albéric parvint à réintégrer daus ses droits l'archevêque de Bordeaux, que des différends survenus avec le clergé de cette ville en tenaient éloigné depuis près de cinq ans. — Après avoir concerté avec Louis le Jeune le voyage de la terre sainte, Albéric revint à Rome, puis il repartit pour la France en 4147, lors du voyage qu'y fil Eugène III. C'est à Verdun, en cette même année, que mourut Albéric, usé avant l'âge par les fatigues et l'étude. ( //•*/. lill. des Bénédictins, t. 13.) Du reste, on a peu de données sur ses derniers travaux. L'admiration pleine d'intérêt qui s'attache à St. Bernard a laissé dans l'ombre le cardinal d'Ostie, homme vertueux et bon, mais manquant d'autorité sur les masses (comme on en peut juger par la réception que lui firent les habitants de Bari et de Toulouse), et peu fait pour obtenir des serviteurs de l'Église l'obéissance absolue qu'elle leur demandait alors. A. V — K.
ALBÉRIC, moine de l'ordre de Clteaux, dans le monastère des Trois-Fontaines, au diocèse de Chàlons-sur-Marne , naquit dans les environs de cette ville, au commencement du 13" siècle. Il est auteur d'une Chronique qui contient les événements remarquables arrivés depuis la création du monde jusqu'en 1241 . Leibnitz et Mcnckenius l'ont fait imprimer; le premier, dans le t. 2 des Âccessiones Mslon'cff, Leipsick, 1698, ln-40; et le second, dans le t. 1 des Scriptores rerum germaniearum et saxom'e, Leipsick, 1728, in-fol. Cette Chronique, dont la bibliothèque possède un manuscrit plus complet que ceux qui ont servi aux éditions citées plus haut, est assez estimée, à cause des choses curieuses qu'elle contient, quoique la chronologie n'en soit pas exacte, surtout pour ce qui concerne les temps anciens. Albéric avait aussi composé diverses poésies, dont une partie s'est perdue, et sur lesquelles on peut consulter Bibliothtca ordin. Cisterc, par le P. du Visch. On conservait, il.n)> la bibliothèque des dominicains de Cologne, un manuscrit qui en renfermait un assez grand nombre. R — t-
ALBERIC. Voyez Albert cTAix.
ALBERIC DE Rosate ou Roxiatï, jurisconsulte, né à Bergame, sur la fin du 13* siècle, fut regardé comme un des plus savants hommes de son temps. Bartole conserva toujours pour lui une amitié qui les honore tous les deux ; les Commentaires d'Albéric, sur le 6* livre des Dêcrétales, ont été trèsestimés, et souvent imprimes. On a de lui un plc-