ALB S
1725, rétabli dans tous les droits de sa dignité de cardinal , et il reparut de nouveau sur la scène politique. Nommé légat du saint-siége dans la Romagne, en 1758, il y ap|>orta cet esprit inquiet et remuant auquel il avait dû sa fortune et ses malheurs. Ce fut pendant cette légation qu'il forma l'entreprise de réunir aux États du pape la petite république de St- Marin, entreprise qui réussit d'abord, et eut ensuite le même sort que tous les projets gigantesques qui avaient occupé Alberoni pendant son ministère; ce qui fit dire à Benoit XIV : •> Alberoni ressemble A a un gourmand qui, après avoir bien dîné, aurait a envie d'un morceau de pain bis. » Telles furent néanmoins les vicissitudes de la fortune de cet homme extraordinaire, et l'admiration que son génie excita, que, dans plus d'une élection, il ne lui manqua que peu de voix pour parvenir au trône pontifical. Il mourut le 26 juin 1752, à 87 ans, avec la réputation d'un ministre plus intrigant que politique, aussi ambitieux que Richelieu, aussi souple que Mazarin, mais plus imprévoyant et moins profond que l'un et l'autre. Tel est du moins le jugement qu'en ont porté la plupart des écrivains français, soit qu'ils n'aient jugé que d'après les événements, soit que la prévention les ait rendus injustes à l'égard d'un ministre qui s'était montré ennemi de la France. Mais, si l'on considère qu'Alberoni rendit en peu d'années à la monarchie espagnole une grande partie de son ancien éclat ; qu'au milieu même de la multitude et de l'étendue de ses desseins, son génie, qui embrassait tous les genres d'administration, établit des règlements favorables i l'agriculture, aux arts, au commerce ; qu'il n'oublia rien pour inspirer aux Espagnols l'activité et l'amour du travail, tandis qu'il s'efforçait de rétablir au dehors leur ancienne réputation de valeur ; si l'on considère enfin «nie la fortune le trahit, et qu'il ne dut le renversement de ses projets qu'à l'indiscrétion d'un de ses agents, on doit convenir qu'il ne lui manqua, pour se placer & côté des Ximcncz et des Richelieu, que le succès qui justifie tout, et qui dépend plus souvent du hasard que des combinaisons du génie. Le Testament politique, publié sous son nom, après sa mort, comme traduit de l'italien, ne lui appartient pas ; cet écrit est de Durey de Morsen ; Maubert de Gouvest n'en est que l'éditeur. J. Roussel a écrit la Vie d'Alberoni depuis ta naissance jusqu'au commencement de l'année 1719 ; 1719, in-12. L'ouvrage est anonyme, et annoncé comme traduit do l'espagnol. B — p.
ALBERS (Jean-Abraham) , l'un des médecins les plus distingues de l'Allemagne moderne, né à Brème, le 20 mars 1772, fit ses études tant à Goettingue qu'à Iéna, et prit le titre de docteur dans cette dernière ville. Il consacra ensuite deux années i visiter les universités allemandes et les écoles de la Grande-Bretagne, et revint en 1797 dans sa patrie, où il se consacra tout entier à l'exercice de la médecine et des accouchements. Une clientèle étendue lui laissait peu de temps pour la partie théorique de l'art dans lequel il n'avait point lardé à se faire une grande réputation. Toutefois, en dérobant quelques heures au sommeil , il parvint à concilier les devoira
ALlt
de la pratique avec le goût passionne que la variété de ses connaissances lui inspirait pour les travaux littéraires. Aussi a-t-il beaucoup écrit, et laissé un grand nombre d'ouvrages, |»armi lesquels on distingue un traité du croup, qui eut l'honneur de partager, avec celui de Jurine , le grand prix proposé en 1801, par le gouvernement français, sur l'origine, la nature, le traitement et les préservatifs de cette grave affection, qui lixait alors l'attention générale. On lui doit aussi des recherches sur l'emploi de l'aride nitrique à l'intérieur dans les maladies vénériennes, sur celui du sulfure d'ammoniaque dans le diabète, sur l'efficacité, dans les affections spasmodiques, de l'alcali volatil administré alternativement avec l'opium , et sur les changements que l'introduction du nitrate d'argent par la voie de l'estomac produit dans la coloration tle la peau, à laquelle ce sel communique une couleur noire. Albcrs est mort le 21 mars 1821, laissant beaucoup de traductions allemandes d'ouvrages français, anglais et italiens, une multitude d'articles de médecine et d'anatomie comparée , disséminés dans les divers recueils périwliques de l'Allemagne , et les ouvrages suivants : 1° Disscrtalio de ascide, Iéna , 1705, in-4"; 2" tin Mol aux mères de famille sur le croup (en allemand), Brème, 1801, in-8"; 3" Mémoire sur la maladie appelée elaudicalion spontanée des enfants , Brème, 1817, in-4- ; 4" Lettres sur les pulsations qui se font sentir dans le bas-ventre ( en allemand ) , Brème, 1803, in -8°; 5" de Tracheide infanlum, rulgo croup vocata, Commenlatio, Ixipsick, 1818, in-8°; 6° Icônes ad illustrandam Anatomrn comparatam, Lcipsick, 1818, in-fol. — Hcnri-I*hiUppe- François Albers, né à Ilameln, près de ftlunden, en 1768, mort en 1830, a Wanslorf, avec le titre de médecin du roi de Hanovre, n'a publié aucun ouvrage; mais il a fourni au Journal de llufeland et au Magasin de Hanovre quelques articles parmi lesquels on distingue des recherches sur les eaus minérales de llehbourg, dont il avait été nommé ins|>ecteur en 1803. J— n— n.
ALBERT ( le Bienheureux ) , patriarche latin de Jérusalem, et législateur de l'ordre des carmes, naquit près de Parme, et, après avoir été prieur d'une communauté de chanoines, fut nommé successivement évéque de Bobio et de Verceil. L'opinion que l'on avait de sa prudence , de sa droiture et de son habileté dans les affaires était telle, que l'empereur Frédéric Barberousse et le pape Clément 111 le choisirent pour arbitre de leurs différends. Henri VI, successeur de Frédéric , le nomma comte de l'Empire. Les papes Célestin Jll et Innocent III l'employèrent aussi avec succès dans plusieurs négociations. En 1204 , les cluétiens de la Palestine nommèrent Alltert patriarche latin de Jérusalem , mais il fut obligé de fixer son séjour dans St-Jean-d'Acre, parce que Jérusalem était alors au pouvoir de* musulmans. Ce fut dans ce temps qu'il établit , |»our l'ordre des carmes, des constitutions sages, mais sévères, et que des commissaires nommés par le pape Innocent IV 1 adoucirent eu quelques |»oinU. Le pape Innocent III avait invité Albert à se trouver au concile général île
ALB
Latran , qui eut liai en 1215, mais Albert fut i siné dans la ville d'Acre , le 14 septembre 1214, A la procession de lafétede l'Exaltation de la Ste. Croix, par un homme auquel il avait adressé des reproches sur ses crimes. Albert est honoré, le 8 avril, comme un saint de l'ordre des carmes. D — t.
ALBERT de Strasbourg (A lbertcsArgem-i- HBmil ) , écrivain dont le nom se trouve à la téte d'une chronique du 14* siècle, parait être, suivant Sinner (Calai, codd. Bibl. Bernensis, t. 2, p. 520) , le même que MaUiias de Nuwenburg ou de Neuf chatel , indiqué par d'autres manuscrits comme l'auteur de celte chronique. Albert était secrétaire et clia|»e!ain de Berthold de Buchecke, évéque de Strasbourg, mort en 1355. Il fut député par ce prélat «fin le pape Jean XXII, à Avignon, pour l'informer que l'empereur Louis V ( voy. ce nom ) refusait de reconnaître la suprématie de la cour de Rome. Albert vivait en 1378, année où finit sa chronique, qui commence en 1270, à l'avènement au tronc de Rodolphe de Habsbourg. Elle est écrite avec franchise , et l'on y trouve des détails précieux pour l'histoire de l'Allemagne , de la Suisse et de l'Italie. Cuspinicn en a publié des fragments à la suite de son Austria (voy. Cuspimen). Urstidus l'a donnée en entier dans ses Scriplores Germaniri , t. 2, p. «7, d'après deux manuscrits, dont l'un était sans nom d'auteur, et dont l'auu-e, tiré du couvent d'Ebersheim , portait celui d'Albert. Le savant Schoepllin ayant découvert une copie de cette chronique , avec le nom de Mathias , parmi les manuscrits tic Bongars , à Berne , avait promis d'en donner une nouvelle édition dans les Scriplores rerum alsaticarum; mais ce projet est resté sans exécution. Sinner a publié , d'après ce même manuscrit , ce qui concerne la Suisse, dans son Calai, codd. Bernent. , déjà cité. Dans l'édition dTrstitius, la chronique d'Albert est suivie d'un opuscule du même auteur : Commenlarius de vila et rébus gestis Berlhnldi II a Buchecke , Argentin, episcopi. Cette vie, qui renferme des documents intéressants, a été mise à contribution par Sclmepflin et les autres historiens de l'Alsace. VV— s.
ALBERT, anti-pape. Voyez Pascal IL ALBERT I", duc d'Autriclie et empereur, naquit, en 1248, de Rodolphe de Habsbourg, qui , de simple gentilhomme de Souabc , s'était élevé à la dignité de chef de l'Empire germanique, et, peu de temps avant sa mort, avait essayé de placer la couronne sur la tête de son fils Albert. Mais les électeurs , fatigués de son ascendant, et enhardis par la vieillesse qui commençait à affaiblir son autorité , avaient rejeté ses prières, et ajourné l'élection d'un roi des Romains à un temps indéfini. Rodolphe ayant terminé sa carrière, Albert, qui n'avait hérité de son père que ses qualités belliqueuses , vit se soulever contre lui ses Etats héréditaires, l'Autriche et la Styrie , qu'il avait déjà gouvernées avec dureté et avarice du vivant de Rodolphe. Il étouffa cette révolte , força les insurges A venir nu-pieds et nu-téte, lui livrer les Chartres de leurs privilèges, et mit en pièces devant eux ces frêles
ALB
d'une liberté qu'il voulait détruire. Ce premier triomphe ayant augmenté sa confiance, il se considéra , par une présomption assez naturelle dans le fils d'un grand Iwmme, comme appelé à succéder A Rodolphe dans toutes ses dignités ; et, sans attendre la décision de la diète , il s'empara des ornements impériaux. Cette précipitation arrogante, et plus encore le spectacle des injustices qu'il venait u exercer contre ses vassaux, toi uiiereni tes électeurs ilans leur résolution de ne pas lui conférer une autorité dont il était si vraisemblable qu'il ferait un mauvais usage. Adolphe de Nassau fut élu ( voy. Adolphe ). Albert témoigna d'abord le désir de s'opposer à cette nomination ; mais des troubles qui éclatèrent contre lui dans ses possessions de Suisse l'obligèrent à ajourner toute tentative de résistance. 11 partit de Hanau, où U s'était thé durant la diète, dans le vain espoir d'influer sur ses déliliéralions , et se rendit à marches forcées dans l'évèché de Constance , dont l'évéque , Rodolphe de Lauffcnburg, était l'âme de la ligue formée contre lui. Il dévasta le territoire de cet évêque , rasa plusieurs places fortes, en réduisit quelques-unes en cendres, transporta les habitants d'une ville dans l'autre, et parvint, à force de rigueurs, à étouffer pour le moment cette insurrection. Craignant, au milieu de tant de guerres contre ses propres sujets , d'attirer encore sur lui les forces de l'Empire, Albert reconnut l'élection d'Adolphe , livra les ornements impériaux, et consentit à faire hommage de ses liefs au nouvel Empereur. Une maladie violente, qui le mil au bord de la tombe, et dont il ne guérit qu'après qu'elle l'eut défiguré et privé d'un œil , rendit cette résignation plus nécessaire, et peut-être aussi moins douloureuse ù un homme dont la souffrance avait affaibli l'orgueil ; mais il eut bientôt d'autres démêlés avec ses peuples d'Autriche et de Styrie , et surtout avec l'archevêque de Salzbourg , qui, sur le bruit de sa mort, avait fait une invasion dans ses Etats , et détruit une ville nouvellement bâtie sur ses frontières. Le duc de Bavière ayant paru vouloir embrasser la cause de cet archevêque , Albert conclut avec ce dernier une trêve , que îles événements importants transformèrent ensuite en paix durable. L'empereur Ailolphe, qui régnait depuis six ans, s'était aliéné tous les Etats de l'Empire, et même ceux des électeurs qui avaient concouru avec le plus de zèle à le porter sur le trône. Albert, informé de ce cliangement dans les esprits, mit tout en œuvre pour se concilier les nouveaux ennemis de son rival ; il adopta, dans son administration , des mesures plus douces ; ses procédés envers ses voisins furent plus équitables. La haine contre Adolphe se fortifia de la comparaison qu'on fit de ce prince avec Albert , devenu subitement souple , affable et modéré. Enfin, le 23 juin 12!)8 , Adolphe fut déposé à la diète de Mayeucc , et Albert nommé a sa place ; mais il fallut que les armes confirmassent la sentence prononcée par la diète. Les deux compétiteurs, après s'être prodigue mutuellement les injures d'usage , les noms d'usurpateur et de révolté , se rencontrèrent à Gelheim , entre Worins
ALB 325
et Spire. Albert avait des troupes de Souabeet d'Alsace , les forces des électeurs qui l'avaient nommé , et quelques auxiliaires envoyés à son aide par le roi de Hongrie ; Adolphe était soutenu par les électeurs de Bavière, de Cologne, et par plusieurs princes d'un rang secondaire. La chance semblait être en sa faveur; mais Albert lui persuada, par de faux rapports , qu'il se retirait , abandonné d'une grande portion de son armée. Adolphe accourut , avec sa seule cavalerie , pour cou[»er la retraite à son ennemi. Le fils de Rodolphe , qui avait formé le projet d'éteindre la guerre civile dans le sang de celui dont il avait fait prononcer la déposition , arma une troupe d'élite d'une espèce de poignards d'invention particulière, avec ordre d'en frnppertes chevaux, et de n'avoir pour but que de pénétrer jusqu'à l'endroit où se trouvait Adolphe ; ce moyen réussit ; la cavalerie de l'Empereur fut dis|>ersée ; hii-même reçut une blessure à la tête , et son cheval fut tué sous lui. 11 s'élança sur un nouveau cheval ; et, parcourant les rangs, la tête découverte, il se fraya un passage vers Albert qui encourageait ses soldats. « Tu vas , s'écria-t-il en l'apercevant , quitter a la * fois la couronne et la vie. — I-e ciel en décidera , « répondit Albert , en lui portant un coup de lance « au visage, a Adolphe tomba mourant, et les partisans d'Albert l'achevèrent. Victorieux et tout-puissant, Albert ne voyait plus de barrière entre lui et la dignité qu'il avait si longtemps ambitionnée ; les déhris du parti d'Adolphe étaient sans force et sans chef; toute résistance était Impossible. Albert , pensant que le moment était venu (le se montrer magnanime sans danger |tour son ambition , se démit de tous les droits que la dernière élection lui donnait à la couronne. Son attente ne fut pas trompée : les électeurs le réélurent. Son couronnement eut lieu à Aix-la-Chapelle , le 21 août 1298 , et la première diète qu'il réunit se tint a Nureml>erg, avec une extrême magnificence ; les électeurs et le roi de Bohême le servirent à table ; son épouse fut reconnue reine des Romains , et il donna à ses fils, Rodolphe , Frédéric et Léopold , l'investiture de l'Autriche , de la Carniole et de la Styrie. Boniface VI II occupait alors la chaire de St.-Pierre ; ce pape , l'un de ceux qui poussèrent le plus loin les prétentions du saint-siége, contestait aux électeurs le droit de disposer de la dignité impériale , le pontife suprême de la chrétienté étant seul, disait -il, le véritable empereur et le légitime roi des Romains. L'élection d'Albert lui parut donc doublement illégale. Il se répandit en invectives contre ce prince , lui reprochant jusqu'à ses infirmités , et représentant sa victoire sur Adolphe comme un assassinat Albert lui ayant envoyé des ambassadeurs, Boniface les reçut , assis sur un trône , la couronne sur la tète , ceint de 1 epée de Constantin, et prit, en leur répondant , le titre de vicaire général de l'Empire. Il adressa ensuite aux électeurs ecclésiastiques une circulaire , dans laquelle il leur ordonnait de sommer Albert de comparaître devant lui, pour y demander pardon au saini-siège , et pour subir la pénitence qui lui serait imposée. 11 défendait aux Etats
534 ALB
d'Allemagne de le reconnaître , et lei déliait de leur serment de fidélité. L'archevêque Gérard de Mayence , qui jouait alors en Allemagne le rôle du comte de Warwick, qui d'abord avait fait élire Adolphe de Nassau , au détriment d'Albert, et qui, ensuite , orfensé par cet Adolphe , avait été le premier moteur de la révolution qui l'avait chassé du trône; cet archevêque, disons -nous, mécontent d'Albert, à cause de quelques privilèges promis et bientôt révoqués, se ligua avec le pape. La présomption de cet arrogant prélat était telle , qu'il dit i Albert lui-même : « Je n'ai besoin que de sonner du « cor pour faire sortir de terre un autre Empereur. » Albert combina ses ressources avec adresse 5 il s'unit à Philippe le Bel , non moins menacé que lui par le fougueux Koniface, et conclut un mariage entre son fils Rodolphe et Blanche , sceur du roi de France -, il s'assura de la neutralité des électeurs de Saxe et de Brandebourg; puis, ayant rassemblé des troupes, il fondit sur l'électoral de Mayence, en prit les principales forteresses, et contraignit l'archevêque, nonseulement à renoncer à l'alliance du pape , mais à prendre l'engagement de servir l'Empereur dans toutes les guerres qu'il entreprendrait pendant cinq ans. Des succès si rapides effrayèrent Boniface, déjà contrarié de ce que sa lutte contre l'Empereur l'empêchait d'employer tous ses moyens contre te roi de France ; il entama avec Albert des négociations . dans lesquelles celui-ci montra de nouveau la duplicité de son caractère. Albert rompit ses traités avec Ptùlippe , reconnut que l'empire d'Occident cuit une concession des papes aux Empereurs, et que le droit des électeurs à choisir un roi des Romains était dérivé du saint-siége ; il prêta serment de défendre les prérogatives de la cour de Rome contre quiconque les révoquerait en doute , et s'engagea même à faire la guerre aux ennemis du pape, dès que ce dernier l'exigerait. Boniface , en récompense, déclara Philippe excommunié , déchu de tout droit à la couronne, et donna le royaume de France à Albert. On ne peut savoir jusqu'à quel point celui-ci aurait profité, contre son ancien allié, de cette libéralité pontificale, si Philippe n'avait mis un terme à la violence de Bonirace, en le faisant arrêter , et traiter dans sa prison avec tant de sévérité , que ce pape , bien que délivré par les Italiens , mourut des saites des violences exercées contre sa personne. Benoit XI , son successeur , ménagea , sinon une réconciliation, du moins une trêve entre les souverains d'Allemagne et de France , et les difficultés dans lesquelles le despotisme et l'avidité d'Albert le précipitèrent prolongèrent cette trêve indéliniment. 11 serait impossible, dans cet article , de rendre compte en détail de toutes les guerres injustes que l'Empereur entreprit. A peine sur le trône , il attaqua la Hollande, la Zélande et la Frise, les réclamant comme les fiefs de l'Empire, quoique, suivant l'ordre de succession établi dans les Pays-Bas , ces provinces dussent revenir à Jean d'Avesncs, comte de Hainaut. Albert conduisit des troupes contre ce prince ; mais celui-ci l'ayant surpris, tailla en pièces un détachement de son armée, frappa le reste de ter-
ALB
reur, et força l'Empereur à se retirer jusqu'à Cologne , où il le contraignit à faire la paix. Albert se porta ensuite contre les Hongrois , pour les obliger à recevoir un roi de sa maison, et de la main du pape. Il pénétra en Bohême pour y attaquer N'enceslas , qui était en même temps roi de Hongrie ; mais la terre qu'il envahissait sembla s'entr'ouvrir pour lui susciter des ennemis. Les ouvriers des mines, qui travaillaient depuis tant d'années dans ces souterrains, sans s'informer de ce qui se passait audessus de leurs têtes, sortirent en foule pour repousser l'agresseur. Albert s'enfuit en désordre. Bientôt après , la Bohême elle-même devint l'objet de ses vues ambitieuses. Il parvint à faire élire , par les états du royaume , son fils Rodolphe , et à lui faire épouser la veuve de Vcnceslas {voy. ce nom). Rodolphe était d'un naturel juste et doux; mais Albert lui dictant des mesures tyran.tiques , les coutumes du pays furent violées, les églises dépouillées, le clergé proscrit. Les Bohèmes s'étant soulevés , Rodolphe entra en campagne pour les soumettre , et mourut de maladie devant une ville dont il formait le siège. Albert prélendit le remplacer par son second fils, Frédéric; mais les états s'y refusèrent avec obstination, les partisans d'Albert furent massacrés , et l'assemblée choisit Henri de Carinthic , compétiteur de Frédéric, et beau-frère d'Albert. L'Empereur, indigné, altaqua son beau-frère , envahit la Bohême, menaça plusieurs forteresses, fut battu et se retira. Dans le même temps, il renouvela contre la Thuringe les entreprises il' Adolphe, oubliant que ces entreprises, par la haine qu'elles avaient excitée, lui avaient autrefois servi à renverser son prédécesseur. On peut voir, dans l'article qui concerne Adolphe, Vorigne des troubles de la Thuringe. A la mort de ce prince, les héritiers légitimes étaient rentrés dans la jtossession d'une grande partie de leurs États ; mais les troupes impériales occupaient encore quelques districts, et, d'un autre côté, Philippe de Nassau, frère d'Adolphe , revendiquait le tout comme acheté par son frère. Albert annonça d'abord qu'il ue voulait qu'examiner et juger les prétentions des partis divers, et les fit citer à la diète de Fulde; mais, ne leur ayant pas laissé le temps de comparaître, il les proclama rebelles par contumace, les mit an ban de l'Enqiire, déclara que la propriété de la Thuringe lui était dévolue, et y envoya une année nombreuse. L'Allemagne tout entière fut saisie d'horreur contre un prince qui dépouillait ceux dont il s'était porté le juge ; l'un des fils du margrave Albert, Frédéric, reçut des secours de toutes parts, et l'armée impériale fut attaquée, vaincue dans deux combats réguliers , le 31 mai 1307 et le 15 janvier 1508, mise en déroute, et chassée. L'Empereur se préparait à marcher en personne pour laver ectto honte , lorsque, à une autre extrémité de l'Empire, de graves événements vinrent oecu|>er son activité. Depuis l'avencmcnt de Rodolphe de Habsbourg , la Suisse , divisée en un grand nombre de petites souverainetés, de villes indépendantes, de domaines ecclésiastiques , et de cantons qui se gouvernaient démocratiquement, avait été menacée de perdre «es
ALB
privilèges. Rodolphe , à l'instigation de son fils Albert , avait fait quelques tentatives pour s'arroger graduellement la souveraineté d'un pays où il avait ses propriétés patrimoniales; mais ces premiers envahissements ayant alarmé particulièrement les cantons démocratiques, la modération et la sagesse de Rodolphe l'avaient bientôt engagé à renoncer a ses vues. Il avait confirmé, de la manière la plus solennelle, les droits de l'IIelvétie, et rassuré sans peine de confiants et paisibles montagnards. Cependant quelques démonstrations d'Albert, après la mort de son père, les ayant alarmés de nouveau, ils avaient embrassé le parti d'Adolphe. La mort de ce malheureux Empereur, et l'élévation d'Albert à la dignité impériale, les avaient contraints de le reconnaître comme le chef de l'Empire , mais sans diminuer leur attachement à leur liberté. Albert, qui, malgré les oppositions qu'il provoquait partout , se croyait le maître de toutes les forces de l' Allemagne, parce que ces oppositions n'étaient que partielles, ne prit aucune peine pour tromper une poignée d'hommes qui n'étaient protégés que par des rochers ; il désirait, au contraire , les amener à la résistance, pour motiver l'oppression qu'il méditait, et ses agents le secondèrent en prodiguant au peuple suisse l'insulte et les vexations (I). Enfin, le 13 janvier 1508, la révolution éclata dans les trois cantons d'Lntcrwald , de Schwitz et d'U ri : les gouverneurs furent tués ou chassés , et leurs châteaux tombèrent entre les mains des paysans insurgés. Albert se crut arrivé au but de ses desseins , et il se félicita d'un soulèvement qui mettait fin , suivant ses espérances, à de prétendus privilèges qui lui semblaient un scandale; mais, loin d'avoir un tel résultat, ce premier soulèvement ne fut que le commencement d'une lutte dont Albert ne vit pas la fin. Une nouvelle injustice produisit un crime , et mit un terme à son ambition et à sa vie. Jean, fils de Rodolphe, frère puîné d'Albert, avait été privé par lui de son héritage , et l'avait revendiqué plus d'une fois inutilement ; marchant à la suite de son oncle, dans son expédition contre la Suisse, il crut l'occasion favorable pour renouveler ses réclamations; Albert, joignant l'insulte à la spoliation , se fit apporter des guirlandes de fleurs , et les présentant à son neveu ; « Prends ceci, lui dit-il, « qui sied bien a ton âge , et laisse-moi le soin
(I) L'auteor de cet article n'explique pas, re nous semble, avec asse» de préc ision le bot de U conduite d'Albert I" a l'égard de la vieille Suisse, ni ta naiare des liens qui rattachaient les trois cantons a l'Allemagne. Apres la rhulc des Hobenslaueu el le démembrement de leurs possessions, les cantons avaienl pris rang parmi les vassaux immédiats de l'Empire; l'Empereur, leur seigneur immédiat, lenrenvoyaitdes avoyerschargés de leur rendre ta haute justice; cette position les mettait a l'abri de l'ambition e( de 1'arbiiraire des princes, et leur assurait plus d'indépendance et de sécurité. Albert I", pins jaloux d'augmenter la puissance de sa (amillc que de maintenir les droits de l'autorité impériale, voulait obtenir pour lui-même el pour les siens l'hommage des cantons, afin qu'après sa mort ils restassent soumis a la maison d'Autriche. La tyrannie systématique el cruelle qu'il exerça contre eux devait, dans sa pensée, les amener a préférer a leurs privilèges de vassaux immédiats, le sort plus doux des vas- M«x autrichiens; mais le courage et le dévouement patriotique des montagnards d'L'ntervrald.deSrbwiUetd'Uri trompa singulièrement k» calculs de cette atroce ixrfitique. fi. W— a.
ALB 525
« de gouverner des États. » Jean se retira, le errur profondément ulcéré , et méditant une horrible vengeance. Son gouverneur , "Walter d'Eschenbach , et trois de ses amis , Rodolphe de Wart , Rodolphe de Balm et Conrad de Tegelfeld , s'associèrent à ses projets de vengeance. Les cinq conjurés, tombant sur Albert , séparé de sa suite par la Reuss , petite rivière qu'il venait de traverser , le massacrèrent ; et le fils de Rodolphe de Habsbourg rendit le dernier soupir , le 1" mai 1508, entre les bras d'une mendiante , qui étanclia son sang avec des haillons. Des talents militaires assez distingués , et quelques affections privées, plus douces et plus constantes que la dureté de sa conduite envers ses sujets ne semblait l'annoncer , ne sauraient effacer les vices dont son caractère fut entaché. Il différa presqu'en tout de son père , qui dut à ses vertus son élévation , et qui fonda son pouvoir sur des alliances et sur les mariages de ses nombreuses filles , dont les époux étaient devenus les fermes soutiens. Albert, au contraire, fut toujours en querelle, et quelquefois en guerre avec ses beaux-frères et ses neveux. Inquiet , arrogant , avide , souvent cruel , surtout par ses agents subalternes, violent, mais dissimulé, injuste jiour ses parents , dangereux pour ses voisins , infidèle à ses alliés, sans scrupule et sans pitié pour ses ennemis , il n'eut de qualité que celles de bon père et de bon mari. 11 dédaignait la flatterie, mais par mépris pour l'espèce humaine, plutôt que par un sentiment de modestie. Il regardait les hommes comme destinés, chacun dans son état, à tracer sous le joug un pénible sillon. Que le soldat soit brave, le prêtre dévot, la femme soumise, le paysan laborieux , et rien de plus , était une maxime qu'il avait rendue proverbiale à force de la répéter. L'extérieur d'Albert était grossier , ignoble et presque féroce , Aomo grottut, aspcelu /Vrar , rutlican us in peruma. Il réussit dans la principale de ses entreprises, celle de placer sur sa tète la couronne impériale ; il échoua dans presque toutes les autres, guerroyant sans cesse contre les nations que le sort soumettait à son empire. Son ambition et son inquiétude n'attendaient jamais la fin d'un projet pour en entamer un autre. Son bras fut levé sans relâche sur la foule d'ennemis qu'il provoquait. Aucun de ses succès ne fut complet, parce que son impatience abusait de la victoire avant qu'elle fut consolidée. Plusieurs de ses revers furent humiliants ; et , parvenu au faite de la puissance , sur le corps sanglant d'un rival , il opprima ses peuples , mérita leur haine, vécut dans le trouble , et mourut assassiné. II avait été marié , en 1270 , à Elisabeth , fille de Meinhard , duc de Carinthie,et il en avait eu vingt et un enfants. Aucun de ses fils ne lui succéda comme Empereur. B. C— t.
ALBERT II, duc d'Autriche, Gis de l'Empereur AIIhtI F", se trouvait encore en bas âge quand son père fut assassiné. U était le quatrième des cinq fils de cet Empereur ; mais les trois aînés étant morts sans postérité, dans l'espace de quatre ans, l'administration de toutes les possessions autrichiennes échut à Albert, et à Othon son frère cadet. Celui-ci
026 ALB
mourut quelques années après, et laissa deux fils, dont Albert exerça les droits, conjointement avec les liens, en qualité de leur tuteur ; enfin, ces deux princes n'ayant survécu que peu de temps à leur père, Albert, demeuré seul de sa famille, se vit à la tète de ses diverses souverainetés. Jusqu'à la mort du dernier de ses frères, il avait pris peu de part aux affaires publiques ; on prétend même qu'il avait embrassé l'état religieux n \ m t sept ans, il épousa Jeanne, comtesse de Ferrete, qui, après une stérilité de quinze, ou, selon d'autres, de dix-neuf années, lui donna six enfants, quatre fils et deux filles. A trente-deux ans, une paralysie, suite du poison, lui enleva l'usage des jambes; il n'en continua pas moins à faire la guerre en personne, tantôt porté dans une litière, tantôt attaebé sur son cheval. 11 eut la prudeuce de résister aux sollicitations et aux offres du pape Jean XXII, qui, après avoir déposé et excommunié l'Empereur Louis IV de Bavière, voulait placer la couronne impériale sur la tête du prince autrichien. Albert se déclara même pour cet Empereur, contre sou compétiteur, Cliarles, fils du roi de Bohème, et le seconda dans plusieurs expéditions contre ce rival, que Jean XXII lui avait suscité. Louis étant mort au mois d'octobre 4547, et Cliarles ayant réuni tous les suffrages, Albert se rangea de son parti, et obtint pour sa famille des avantages considérables ; mais le cours de ses pros[térités hit troublé par le mauvais succès de ses entreprises contre la Suisse, recueil éternel (les princes de sa maison. Il rut séduit par l'espoir de profiter des dissensions qui s'étaient élevées dans la ville de Zurich, espoir presque toujours tronqieur, parce que les nations divisées se réunissent contre l'étranger qui les attaque. Les Zurichois, dominés par Rodolphe Brunn, qui, régnant au nom du peuple, n'en exerçait que plus violemment toutes les espèces de tyrannie, avaient adopté les mesures communes dans les révolutions populaircs, où la liberté sert encore de prétexte, longtemps •prés qu'elle a cessé d'être un but. La proscription des nobles, la confiscation de leurs biens, le bannissement de tous ceux qui avaient le malheur de leur être attachés, ou le courage de les plaindre, remplirent la Suisse de mécontents. Ceux-ci se réunirent dans le château de Bapperswyll, et parvinrent, grâce aux intelligences qu'ils avaient conservées dans Zurich même, à s'y introduire dans la nuit du 25 février *550 ; mais leur tentative pour s'y maintenir ayant échoué, ne servit qu'à motiver des rigueurs nouvelles ; un comte de Habsbourg fut tué, un autre jeté dans un cachot ; Rappersvvyll détruit jusque dans ses fondements; des vieillards, des femmes et des enfants condamnés à |>érir de fruid et de faim dans les forêts, tandis <pie les hommes dans la force de l'âge expiraient sur IVeliafaud; et Rodolphe Brunn, sentant bien qu'en multipliant les vexations il multipliait ses ennemis, voulut se fortifier par l'alliance de la confédération helvétique, dont jusqu'à lors Zurich n'avait |ws fait partie. Albert, informé de cette démarche, convoqua dans la ville de Rrouck une diète, où il appela les gouverneurs, magistrats et barons de la Souabc, de l'Ai- I
ALB
sace et de ce qui restait en Suisse de territoire autrichien. La guerre fut déclarée, et Albert se rendit sous les murs de Zurich, à la 10 te de 16,000 hommes. Le mécontentemeut des Zurichois contre les démagogues qui les opprimaient dans l'intérieur fit place à la nécessité de la défense extérieure. Le duc d'Autriche fut réduit trois fois à traiter avec ceux qu'il nommait des rebelles. L'empereur Cliarles IV, à la tète de tous les contingents de l'Alleniagne, se présenta enfin devant les portes de Zurich, ne doutant pas que sa présence ne portât les tiabitants i la soumission. Une garnison de -1,000 hommes opposa néanmoins à cette armée une résistance invincible. La discorde, compagne inévitable des coalitions, et qui s'accroît par leurs défaites après les avoir causées, se glissa bientôt parmi les assiégeants ; les prétentions de l'Empereur effrayaient les Etals qui avaient envoyé leurs contingents à sa suite; les succès de la maison d'Autriche déplaisaient aux princes mêmes qui avaient pris les armes pour elle. La veille du jour fixé pour un assaut, les coalisés feignirent de se disputer le |ioste d'honneur , et, tout à coup, tous se retirèrent, laissant Albert avec ses seules troupes. Hors «l'état de continuer le siège, le duc d'Autriche, au défaut de la force, recourut à la corruption. Rodolphe Brunn, ce même factieux qui avait persécute les nobles, saisi leurs biens, exile leurs familles et leurs partisans, se vendit au duc d'Autriche : tant c'est une erreur grossière que de considérer, dans les révolutions, la violence et le crime comme des gages de sincérité ! Zurich, par le moyen de Rodolphe Bruuu, se déclara pour Albert, d'autres cantons parlaient déjà de neutralité, premier pas vers la défection. Les confédérés helvétiques allaient être prives du fruit de cinquante ans de combats ; les montagnards de Schwilz, prenant seuls les armes et faisant flotter à leur tète l'étendard qu'avait illustré la bataille de Morgarten, mirent eu fuite les agents d'Albert. L'alliance générale fut renouvelée sous leurs auspices, et le duc d'Autriclie retourna à Y ienne , où sa cour se fit une loi de ne jamais prononcer devant lui le nom des Suis ses. Celte politesse de ses courtisans ne le consola pas, car il mourut de chagrin, le 10 août 1558, dans sa 00e année. L'histoire a donné à ce prince le surnom de Sage, qu'il méritait a quelques égards. Instruit, autant qu'on le pouvait être alors sur le troue, économe, actif, malgré ses infirmités ; tolérant au delà de l'esprit de son siècle, il fut prudent, excepté dans la guerre qu'il eut le malheur d'entreprendre contre la confédération helvétique; et, même dans cette guerre, il donna des marques de modération et do générosité: il refusa de s'emparer de la ville de Baie, dont les habitants l'avaient offensé, et qui, détruite en partie par un tremblement de terre, n'aurait pu résister à ses attaques. « Je ne veux pas, dit-il, M* « tabler ceux que la main de Dieu visite. Rebâtis- « sons leur ville ; après nous essayerons de la pren- « dre ; » et il fît venir plusieurs de ses paysans de l'Alsace et du UrUgaw, pour aider les Bàlois à reconstruire leurs habitations. Ce fut Albert qui, le premier, ordonna que les Étals héréditaires de la mai-
ALB
son d'Autriche ne seraient plus partagés entre les divers membres de cette famille, niais appartiendraient à l'alné ; cette ordonnance ne fut point respectée après sa mort , mais elle fut renouvelée sous Maximilien ; et, depuis, elle a été exactement observée. B. C — T.
ALBERT III, duc d'Autriche, fils d'Albert le Sage, perdit de bonne heure deux de ses frères, plus âgés que lui, et se vit, le 27 juillet 1505, avant d'avoir atteint sa dix-septième année, appelé au gouvernement, avec un frère plus jeune encore. \jt |tactc de famille institué par Albert II réservait à l'aîné le droit exclusif de succédera son père; mais Léopold, c'était le nom du cadet, aussi violent qu'Albert était pacifique, força bientôt ce dernier à consentir à un partage par lequel le testament de leur père étant annulé, Léopold fut investi de la portion la plus considérable des Etats autrichiens : l'empereur Cliarles I V favorisa de toute son influence les prétentions de Léopold, charmé qu'il était de voir une puissance qui, ebaque jour, lui luisait plus d'ombrage, concourir elle-même à son propre affaiblissement. En effet, le morcellement dont Léopold donna l'exemple s'étant renouvelé sous ses successeurs, et jusque sous l'empereur Frédéric III, fut l'un des principaux obstacles à l'agrandissement de la maison de Habsbourg. L'ambition de Léopold échoua bientôt contre la Suisse, comme celle de son père et de son aïeul : il fut tué, le 0 juillet 1586, à la bataille de Scmpaeh; et, durant la minorité de ses quatre fils, Albert rentra dans la jouissance d'un |x>uvoir dont il semble n'avoir pas été avide, puisqu'il le rendit à ses neveux, dès qu'ils furent en âge de le réclamer. Cependant, soit avant d'en avoir été dépossédé par son frère, soit après en avoir repris l'exercice, Albert ne se montra point au-dessous de ce fardeau ; il sut d'al>ord, par une négociation habile, engager ou contraindre la Bavière à renoncer au Tyrol, dont la souveraineté était pour l'Autriche d'une extrême importance. Se consacrant ensuite aux soins |taternels d'une administration vigilante, il s'appliqua surtout, et avec succès, A maintenir dans ses États une police exacte, mérite rare dans ce siècle. Il eut à lutter fréquemment contre les seigneurs qui opprimaient leurs vassaux, vexaient les bourgeois des villes, et troublaient la tranquillité publique. Ses efforts pour restreindre les privilèges dont il» abusaient le firent adorer de ses sujets, dont l'affliction lui rendit, autour de son cercueil, un hommage désintéressé et incontestable. Il protégea les lettres, accorda des faveurs signalées à l'université de Vienne, fonda des ebaires de mathématiques et de théologie, et se livra lui-même à l'élude des sciences et des arts. Si, comme on peut le conjecturer, il dut ces goûts recommandables principalement à sa passion pour l'astrologie, il faut pardonner les faiblesses, quand elles ont de tels résultats. Malgré son penchant pour les ocaqwtions paisibles et studieuses, Albert se laissa quelquefois entraîner à des entreprises guerrières. Les habitants de Tricste, soulèves contre Venise, s'offrirent à lui, et l'invitèrent à s'emparer de leur ville. Il l'essaya, mais il fut rc-