‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 99 sur 129 · Î0 ALP · texte numérisé non relu

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a sa mort tous ses Étals entre «os trois fils , Alphonse VI n'eut en partage, en 1005, que le royaume de Léon et des Asturies , et , trou ans après, il fut attaqué par son frère , Sanche II , roi de Castille. Les deux frères se livrèrent bataille, en 1008, à Volpellar, près de Carion. Alphonse fut vaincu, fait prisonnier, et relégué dans le monastère de Saliagun, après avoir été contraint d'abdiquer la couronne en faveur de Sanche; mais, étant (tarvenu à s'écliapper, il trouva un asile à la cour du roi maure de Tolède, et y resta jusqu'à la mort de son frère, Sanche, qui fut assassiné en 1072, sous les murs de Zamora. Alphonse, rentra aussitôt dans ses États . et remonta sur le tronc. Les Castillans , n'ayant plus de roi, le proclamèrent lui-même, après qu'il eut repoussé, |>ar un serinent solennel entre les mains du Cid, les soupçons qui s'étaient élevés contre lui , au sujet de l'assassinat de son frère. Après avoir succédé a Sanche II , Al|»honse parut dirigé par la même perfidie et la même ambition que lui. Il attaqua son frère, Garcie, roi de Galice, et, après l'avoir défait, le fit cliarger de fers, s'empara de son royaume, et prit aussi une |wrtie de la Navarre. L'ambition ne tarda pas non plus à l'emporter sur la reconnaissance , et il ne respecta pas même les Etats de lliaja, roi de Tolède, lils de son bienfaiteur. Alphonse fit sur ce prince difle— rciiles i-onquétes, et, encouragé par ses succès, investit Tolède en 1085, suivi de l'illustre Cid, et d'une foule de prince et de chevaliers étrangers. Ce siège mémorable dura ciitq ans. 11 fit époque, en ce que, pour la première fois, on vil venir en Espagne , |K>ur combattre les infidèles , des seigneurs étrangers, tels que le comte de Flandre Henri, de Bourgogne, et le comte de Toulouse et de St-Gilles, qui obtint en mariage une fille d'Alphonse. Le roi de Castille, s'élant enfin rendu maître de Tolède , que les musulmans possédaient depuis près de quatre siècles, en lit sa capitale , et y fixa sa résidence. Il conserva aux habitants leurs biens, leurs lois, et même leur grande mosquée. Cette conquête, la plus importante que les princes chrétiens eussent encore faite sur les musulmans, porta l'épouvante à la cour des rois maures de Séville et de Badajoz. Ces deux princes se liguèrent , dans la crainte d'éprouver le même sort , et ils appelèrent le* Maures d'Afrique a leur secours. Alphonse , voulant les prévenir, jiénétra, en 1080, dans l'Estramadure, et perdit, prés de Médina , une grande bataille. Ce fut alors qu'il écrivit au roi de France, Philippe 1*', et aux principaux seigneurs français , pour eu obtenir des secours. A Parrivée des troupes françaises , les rois maures se hâtèrent de traiter avec Alphonse , et de se reconnaître ses vassaux. Le mi de Castille se lia depuis avec les musulmans , et , à i'étonnement de toute l'Espagne, il épousa, en 1030, la princesse Zaïdc, fille du roi de Séville. Celte alliance déplut aux chrétiens et aux musulmans, et entraîna le roi de Castille dans une démarche contraire à toutes les règles de la politique. Aveuglé par l'ambition , il n'hésita point de se coaliser avec son beau père pour soumettre et partager toute l'Espagne : il con-

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sentit même à ce que le roi de Séville appelât les Maures d'Afrique comme auxiliaires. Introduit* dans la ]>éninsule , ces alliés dangereux tournèrent leurs amies contre ceux mêmes qui avaient favorisé leur invasion. Alphonse, ouvrant les yeux trop tard , perdit d'abord contre eux la bataille de Badajoz, puis celle d'I.clés, en 1108, où don Sanche, son fils unique, fut tue. Mais le courage du roi de Castille ne brilla jamais avec plus d'éclat que dans les reveis; ce prince, alors infirme, et âgé de soixantedouze ans, communiquant son énergie à ses sujets, opposa aux ennemis toutes les ressources de la Castille, insulta les musulmans jusque sous les murs de leur capitale , et revint à Tolède , chargé de riches dépouilles. Il ne survécut pas longtemps à ces derniers triomphes, et mourut le 50 juin 1100, après un règne de 51 ans. Ce prince, qu'on représente comme un des plus grands rois qui aient régné en Espagne , eut de grands talents et point de vertus ; il persécuta le Cid, appui de son trône : ce fut lui qui démembra le Portugal de la couronne de Castille, en laveur de Henri de Bourgogne, son gendre, sous la condition qu'il serait sou vassal. Alphonse n'ayant point laissé d'enfants mâles, le roi d'Aragon et de Navarre (Alphonse le Batailleur), qui venait d'épouser une de ses filles, fut quelque temps le maître du royaume de Castille et de Léon, et il est considéré comme le 7' roi de ce nom. (Fey. Alphonse I", roi d'Aragon.) B— r.

ALPHONSE VIII (IUvmond), roi de Casulle, de Léon et de Galice, fils dTrraque, infante de Castille, et de Raymond de Bourgogne , comte de Galice, naquit en 1106. Son aïeul, Alphonse VI, l'ayant exclu du tronc, lui laissa la Galice pour apanage, avec le titre de comte. Le jeune Alphonse fut élevé dans cette province ; et tandis que sa mère Urraque disputait la Castille, les armes à la main, à son second mari, Alphonse le Batailleur, les états de Galice , réunis à CoiiTposlelle, le proclamèrent leur souverain. Alphonse se couronna lui-même dans l'église d'Astorga. Sa mère Urraque, voulant s'en faire un appui, l'associa de bonne heure au trône de Castille ; mais l'ambition et les dérèglements de cette princesse [voy. I braque ) fortérent le jeune Alphonse, ou du moins ses ministres, à prendre les armes contre sa mère. I ne première réconciliation rut lieu, en 1116, par la médiation de l'évéque de St-Jacques, pendant la tenue des états du royaume, assemblés au monastère de Sahagun. Mais, deux fois encore, la guerre se ralluma entre la reine et son fils. On traita de nouveau de la paix aux assemblées ou conciles de Valladolid et de (xunpostelle. C'est dans cette dernière ville que furent promulgués les règlements relatifs à |a trêve qu'on devait observer les jours de fêtes , règlements semblables à ceux que différents conciles de France publièrent à la même époque, sous le nom de trêves de Dieu. En Espagne comme en France, ils avaient pour objet d'arrêter les guerres intestines. Le premier soin d'Alphonse, lorsqu'il se vit seul possesseur du tronc, par la mort de sa mère, en 1 126, fut d'apaiser les troubles qu'avait occasionnés le mau-

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vais gouvernement de cette princesse. Il soumit les rebelles, assura la paix intérieure, reprit Burgos et les autres places que son beau-père, le roi d'Aragon, possédait encore en Castille. Les étals du royaume, assembles à Palencia par son ordre, s'occupèrent de divers règlements sur la |>o!ice et la sûreté intérieure. Après avoir ramené la paix en (bastille, Alplionse envoya une armée contre les Maures d'Afrique, qui désolaient les environs de Tolède. Ils furent défaits, et Alplionse marcha ensuite en |iersonne dans l'Andalousie , où il obtint de nouveaux succès, et reçut la soumission de plusieurs petits souverains mahométans, qui préféraient le joug des ebrétiens au despotisme des rois de Maroc. En 1134, le roi de Castille marcha au secours de l'Aragon et de la Navarre, menacés d'une invasion par les musulmans; mais la protection de ses armes ne fut pas désintéressée : il se lit donner Sarajros.se, et exigea du roi de Navarre qu'il lui fit liommagede ses États. Devenu l'arbitre de toute l'Espagne chrétienne, Alphonse assembla les états à Léon, et s'y lit couronner solennellement empereur des Espagnes, quoiqu'il possédai à peine un tiers de la péninsule. Ce prince est It quatrième et dernier roi de Castille qui se soit donné les titres fastueux d'ildeftnuut pius, felis . auguslus, loliut Uispania imperator. Loin de se montrer l'oppresseur de ses sujets, il leur garantit , au contraire, dans les étals assemblés à l^on , leurs lois el leurs privilèges. On régla aussi, dans ces mêmes états , «pie les alcaïdes ou gouverneurs des places frontières feraient, chaque aimée, tics incursions sur le territoire des musulmans. Alphonse, voulant profiter des troubles qui agitaient leurs États d'Afrique et d'Espagne, étouffa tous les germes de discorde qui pouvaient exister entre les princes chrétiens, en se montrant généreux envers ses anciens alliés. Il restitua Saragosse au roi d'Aragon , et accorda la paix au roi de Navarre, qui s'était imprudemment ligué contre la Castille. Sûr alors de n'être plus inquiété, il marcha contre les infidèles; et, après divers succès, il prit Calatrava, Almerie et plusieurs autres places. Il se confédéra ensuite avec les autres princes chrétiens, et couronna ses exploits par la victoire éclatante qu'il remporta, en 1157, près de Jaèn , sur les Maures d'Afrique. Alpbouse mourut, au retour de cette glorieuse campagne, dans un village appelé Fresneda. Il avait alors 51 ans, cl en avait passé SI sur le trône. Les biograplwsqui nous ont précédés n'ont pas même indiqué le règne de ce prince, que les Espagnols placent, avec raisou , au rang des rois qui ont le plus illustré l'Espagne. Il eut trop de penchant pour les titres fastueux , pour l'éclat de la représentation , pour la guerre et pour les plaisirs. II lit une faute , en partageant son royaume entre ses deux lils, Sau- Cbe et Ferdinand ; mais cette faute était, en quelque sorte, héréditaire. Sanche eut la Castille ; Ferdinand fut roi de Léon, des Asturies et de Galice. Alphonse avait marié Constance, sa fille, à Louis VII, roi de France, et l'on avait vu, pour la première fois les deux couronnes s'unir par une alliance, li — P.

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ALPHONSE IX , roi de Castille, surnommé lk Noble, fils de Sanclie II, n'avait pas encore trois ans lorsqu'il monta sur le trône en 1158. Sa longue mi- ' norité fut troublée par l'ambition des deux maisons puissantes de Castro et de Lara , qui se disputèrent la régence ; mais, à quinze ans, le roi fut déclare majeur par les états du royaume assemblés à Ilurgos. Il aurait tourné aussitôt ses armes contre les Maures, s'il n'eut été forcé de défendre son propre royaume, menacé par les rois de Léon , d'Aragon et de Navarre, ligués contre lui. Alphonse parvint, nonseulement à dissiper cette coalition , mais à la transformer en une espèce de croisa<le contre les musulmans, croisade de laquelle il se déclara le chef. Il reprit d'abord tout ce que les Maures avaient usurpé pendant sa minorité orageuse, et, au moyen des secours (pie lui amena le roi d'Aragon, il se rendit maître de Cuença; mais ses autres entreprises ne furent pas toutes également heureuses. Après avoir fait un appel aux chrétiens d'Espagne pour combattre les Maures, il passa la Sierra- M orrna avec une armée considérable, et dévasta le territoire de Séville jusqu'à la mer. L'Andalousie se hâta d'implorer le secours du roi de Maroc, qui lit proclamer à son tour une lésée générale contre les chrétiens, el vint les attaquer luimême avec un armement formidable. 11 occupa tout le midi de l'Espagne. Malgré l'inégalité des forces, l'imprudent Alphonse, sans attendre les rois de Léon et de Navarre, livra bataille au monarque africain, le 18 juillet 1 195, près d'Alarcos, et essuya une défaite complète. Grièvement blessé à la cuisse, il alla se mettre à couvert , avec les débris de son armée , sous les murs de Tolède : 20,0410 hommes d'infanterie et toute la cavalerie caslUlane avaient |K'ri dans cette fatale journée. Pour comble de malheurs, les rois chrétiens confédérés voulurent se venger de l'espèce de mépris que leur avait témoigné Alplionse, en refusant de les attendre, pour avoir tout seul l'honneur de la victoire. Tandis que les musulmans reprenaient Alarros, Calatrava et d'autres places, les rois de Navarre et de Léon pénétraient en Castille. Ce fut dans ce temps-la qu'un nouvel affront vint ajouter aux disgrâces d'Alphonse : il aimait éperdument une juive d'une beauté rare, mais qui déplaisait aux grands de sa cour; ceux-ci, déjà indignés de la passion du roi , et irrités du désastre d'Alarcos. imputèrent les malheurs publics à cette femme , et la poignardèrent en plein jour, sous les yeux et dans le palais du roi. Alphonse ne vit dans cette scène tragique qu'un châtiment de ses faiblesses et de ses fautes ; il ne chercha point à se venger ; et, réformant sa conduite, il s'efforça de recouvrer la confiance et l'amour de ses peuples. Fora'; de tourner ses armes contre les princes chrétiens, il ne put empêcher les musulmans de ravager la Castille ; il brûlait ce|iendant de réparer la défaite d'Alarcos. Uni enfin aux rois de Navarre et d'Aragon, il s'avança de nou\eau vers les montagnes de In Sierra- M orena, et il sauva l'Espagne, en remportiint sur les Maure.? la célèbre victoire de Muradad, ou de Tok»a, eu 1212. Plusieurs historiens, et même

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des témoins oculaires , ont attesté que prés de 200,000 musulmans avaient péri dans reite Imtaille, et que les chrétiens , jvar l'effet d'une intervention céleste, n'avaient perdu que wngt-rin<| hommes. Quoi qu'il en soit, le roi de Castille tira peu d'avantage de cette grande journée, l'Andalousie étant alors désolée par la |>cstc et la famine. Néanmoins il se proposait de poursuivre la guerre avec plus de vigueur encore, lorsque la mort l'enleva, au village de Gullicrcs-Mugnos, le 0 aoiït 121 î, après un régne de 50 ans. La vie de ce prince se partage en deux époques distinctes : maîtrisé d'ahord par ses passions, il s'attira, au commencement de son régne, la haine et le mépris de ses sujets ; corrigé ensuite par le malheur, et parle souvenir des dangers auxquels il avait échappé avec tant de peine, il n'eut plus pour rè:;lc de conduite qu'une politique saine et raisonnahle. Pendant un régne long, difficile et Orageux , il sut toujours réparer ses défaites ; et , montrant une fermeté inéhranlahle, il préserva l'Espagne du joug des Africain*. Ami «les arts et des lettres, il fonda l'université de Palcneia, premier établissement de ce genre qu'on ait vu en Espagne. Alphonse IX laissa le tronc à Henri I*r, son fils, sous la tutelle de la reine Éléonore, lille d'Henri 11, roi d'Angleterre. H — p.

ALPHONSE X , rot de Léon et de Castille, surnommé l'Astronome et i.k Philosophe, était lils de Ferdinand le Saint, auquel il succéda, en 1252, à l'âge de trente et un ans. Son amour pour les sciences et pour la justice, et le surnom de SffMb (savant) dont il était déjà en possession, donnaient à ses sujets l'espoir d'une administration lieureusc et paisihle ; cependant peu de rèçrnes ont été aussi agites et aussi malheureux que celui d'Alphonse X. Ce prince ne fut aimé, ni de sa famille, ni de ses sujets, ni des rois ses voisins; mais son sivoir et >on éloquence lui firent une grande réputation en Europe, et disiwsèrent les électeurs d'Allemagne à favoriser ses prétentions à la cotironne inqiériale. Se laissant aller à une ambition indiscrète. Alphonse X perdit de vue que l'expulsion des Maures et l'abaissement des nobles étaient les deux points essentiels de la politique des rois d'Espagne. An lieu de tourner ses armes contre les ennemis naturels de la Castille, il se lit élire Empereur, en 1257, par une partie des électeurs, ou plutôt par une faction de princes allemands qui comptaient s'enrichir de ses trésors. Son but était d'abord de faire valoir avec plus d'avantages ses prétentions sur la Soualn», du cher de sa mère Béatrix, fille de Philippe 1", Em- I percur et duc de Souabe; mais il ne put amasser j que par des moyens injustes l'or qu'il lui fallut pro- 1 diluer à des étrangers pour soutenir son élection ; ' il fut obligé d'altérer les monnaies , de fouler les peuples, et même de retenir les honoraires des officiers «le la couronne. Les Castillans mur murèrent, et quelques seigneurs , excités par l'infant don ! Henri, frère «lu roi, se lignèrent contre l'autorité Ju monarque; l'infant fut vaincu; mais ce ne fut qu'à force «le dons cl «le promesses qu'Alphonse X desarma les mécontents. Ln levain de rébellion

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restait dans tous les cteurs. Malgré l'élection de Rodolphe «le Hapsbourg, le roi de Castille, loin «le renoncer à l'Empire, lit «les actes de souverain d'Allemagne sans tpiitter la Castille; et, après avoir protesté contre la nomination «le Rodolphe, il donna à Fmléric l'investiture «lu iIucImî «le Lorraine ; mais ce fut en vain «|u'il lit le voyage de lieaucaire |K>ur demander au pape (Grégoire X la couronne impériale, «mi, au moins, le duché de Souabe, il n'obtint ni l'un ni l'autre. Tan«lis qu'il poursuivait «le vains honneurs au «lelà du llhin, son troue était à la fois menacé iwr les intrigues «les grands et |nu- les armes des Maures. Alphonse marcha contre «*s derniers, auxquels il avait «léjà montré sa valeur du vivant de son pére , à la complète de Séville. Apres les avoir défaits en bataille rangée, en 1205, il leur enleva les villes de Xérès, de Medina-Sidonia. de San-Lucar, et une partie des Al^arvcs, et il reunit le royaume de Murcie à la Castille; mais ses succès furent troubles par une nouvelle ligue des grands du royaume, qui levèrent l'étendard de la révolte en 1271, excités par l'infant don Philip|te. Après trois ans de guerres civiles, ils ne virent qu'une preuve de faiblesse dans la clémence dont on usa à leur égard. Mais Alphonse X ne se montra pas toujours si modéré, soi! «pie tant d'opposition eut aigri son caractère, soit qu'étant adonné à l'astrologie, il eût cru lire «lans l'avenir, comme on l'assure, qu'il serait un jour détrôné. Des lors il devint soup«x)nnenx et cruel. ta reine Yolande d'Aragon l'ayant abandonné pour se retirer à SaragOSM avec les princes de la Carda . ses petits-lils, «lont elle voulait soutenir les droits à la couronne. Alphonse fil périr, sans f«»rmc de procès, «Ion Frédéric, sou frère, et «Ion Simon-Huis «le Ia>s (lajneros. qu'il soupçonnait d'avoir favorisé la fuite de la reine. Ces dissensions domestiques et le mécontentement public favorisèrent les desseins ambitieux «le Sanche, fils d'Alphonse, que sa bravoure avait rendu l'i«lole de l'armée. Sec«in«lé par les gramls et le peuple, l'infant «le Castille se révolta contre son pére, et parvint, en 1282, à le «Iclroner, et à se faire délerer le titre de roi par les états du royaume assemblés à Valladolid. Frappé «le ce revers , Alphonse implora le secours de son ennemi le roi de Maroc, et, n'écoutant plus «|ue son ressentiment , il se ligna avec les Maures contre son fils rein-Ile : cette alliance monstrueuse ne servit «pij le rendre encore plus odieux. Accable par l'athersité. et n'ayant plus ixiur retraite «pie Séville, qui seule lui resta fidèle, cet infortuné monarque mourut «le chagrin , le 21 août 1284, à 5Hans, après avoir «lonné sa malédiction a son propre lils, et légué son royaume à ses petits-fils, et, par sul*titulion, au roi de France; mais sa dernière volont<; ne fut pas plus respectée que sou autorité ne l'avait été de son vivant. Peu de rois ont été plus malheureux, et «'étendant Alphonse X fut le prince le plus instruit de son siècle. Il s'acquit une gloire durable, en donnant à ses sujets l'excellent recueil «le lois connu en Espagne sous le nom île tas Partidas , et auipiel il mit lu dernière main. Ce recueil célèbre

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prouve qu'Alphonse , voulant suivre les traces des

Théodose et des Justinien , s'occupait de l'adminbtratiun de la justice. Dans ce code , se trouvent ces niots remarquables, écrits par un roi dans le 11 siècle : a Le despote arrache l'arbre, le sage monarque « l'émoude. » Alphonse aima surtout les sciences et les lettre*. L'Europe n'oubliera point qu'elle lui doit les belles tables astronomiques qui ont été appelées, de son nom , Tablet Alphontines ; il les lit dresser à grands frais par des juifs de Tolède, et en lixa l'époque au premier jour de juin 1252. qui était celui de son avènement. C'est aussi à ce prince que l'on doit la première histoire générale d'Espagne , écrite en langue castillane; il lit traduire eu espagnol les livres sacrés , et ordonna de rédiger daus la même langue tous les actes publics qu'on avait rédigés jusqu'alors en latin barbare. Enlin , il contribua au renouvellement des études , et augmenta les privilèges de l'université de Salamanque , où il fonda plusieurs claires nouvelles. 8a passiou dominante était d'ia spirer à ses sujets le goût des sciences et des lettres; mais il méconnut le caractère des Castillans, qui n'étaient point encore préparés a celte es|vèce de révolution. Sa jeunesse ayant été employée à des éludes scientiliques , plus qu'il ne convenait , dans un tel siècle, à un roi, toutes les sciences lui étaient familières , excepte celle du gouvernement ; et ces scieuces ne firent que l'exposer au ridicule et au mépris, dans un temps où l'art de la politique et la gloire des armes fondaient seuls la répuuiUon et maintenaient l'autorité. L'historien Mariana a dit de lui : Dumque cœlum considérai, t>hserva(que a$lra, terram amitil : il eut été plus exact de dire que son ambition de |iorler la couronne impériale lui lit perdre celle de Castille. fl disait souvent : « Si Dieu * m'avait appelé a sou conseil au momeut de la « création, le monde aurait été plus simple et mieux « ordonné. » Ces paroles hardies, dans le siècle où il vivait, l'ont fait soupçonner d'athéisme; mais plusieurs écrivains les ont regardées comme une raillerie , dirigée plutôt contre l'incohérence et la contradiction des divers systèmes d'astronomie, que contre l'auteur de l'univers. Quoi qu'il en soit , on peut au moins les attribuer à cet abus de l'esprit philosophique dont Alphonse X a donné plus d'un exemple. Sa conduite et ses malheurs prouvent assez que , sans la fermeté et la prudence , les connaissances et les lumières, sur le trône, sont inutiles. B-P.

ALPHONSE XI , roi de Léon et de Castille , ne faisait que de naître lorsqu'd succéda à son père , Ferdiuand IV, en 1312. Les factions se disputèrent avec acharnement la régence, et, (tendant treize années tpie dura la minorité, la Castille fut déchirée par la guerre et la révolte. Heureusement |>our l'Espagne chrétienne, les Maures de Grenade n'étaient pas plus tranquilles. A peine Alphouse eut-il atteint sa quinzième année, qu'il saisit d'une main ferme les rènesdu gouvernement. Avant de faire la guerre aux Maures , il la lit aux grands seigneurs, aux factieux et aux brigands qui infestaieul ses États. La sévérité qu'il déploya coutrtj eux lui Ut donner le surnom de Yen-

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| geur ; ces moyens violents n'eurent cependant pas tout l'effet qu'en attendait le jeune roi, et il ne lui fut pas possible de détruire lous les levains de sédition qui fermentaient |Kirmi la noblesse castillane,

; depuis le règne de Ferdinand 1 1 1, qui avait diminué ses privilèges. Ce ne fut qu'après avoir dissipé plu-

j sieurs ligues dangereuses, que le roi de Castille put

| tourner ses arnirs contre les Maures d'Afrique et de Grenade, qui menaçaient de nouveau l'Espagne. 11 délit en personne l'armée de Grenade, et renqiorla, en 1327, une victoire navale sur la Hotte du lui de Maroc, qui s'avançait au secours des Grenadins. Alplionse donna mie haute idée de sa politique, en s'aliianl aux rois de Portugal et d'Aragon ; ces trois

| souverains, par un même traité , convinrent de ne donner à l'avenir ni asile, ni secours aux sujets mécontents des autres royaumes : ils s'étaient a|terçtts enlin qu'une conduite contraire, eu favorisait les entreprises d'une noblesse factieuse, était propre a entretenir la révolte dans leurs Étals res-ieciifs. Cependant le roi de Maroc joignit, en 1340, le roi de Grenade, et l'on vit une armée innombrable de Maures assiéger Tariffa. Toute l'Espagne chrétienne s'ébranla aussitôt pour s'op|ioser à ce torrent. Le 2!) octobre de la même année, Alphonse livra bataille aux ennemis, conjointement avec le roi de Portugal, et reuqwrla, prés de Tariffa, sur les bords du Salado, une victoire complèlc. Les musulmans usèrent a |>eine combattre, et se laissèrent égorger. Il eu périt, dit-on, 200,0410 , et seulement vingt chrétiens, particularité fabuleuse, semblable à celle que les mêmes historiens rapportent de la liataille «le Tolosa. Tous les chemins . à plus de trois lieues a la ronde , ajoutent les mêmes historiens, étaient couverts de cadavres, et les riches dépouilles des vaincus lirent laisser d'un sixième le prix de l'or. Deux ans après, Alphonse signala encore son règne par le siège d'Algésiras, qui dura deux ans. Les Maures opposèrent du canon aux faibles machines de guerre qu'on employait alors pour battre les murailles : c'est pour la première fois que l'histoire fait mention de l'artillerie , qui fut peut-être inventée par les Maures, quoique la poudre à canon eut été récemment découverte en Allemagne, et depuis longtemps à la Chine. La longueur et la célébrité de ce siège y attirèrent un grand nombre d'étrangers. Alphonse fut sur le point d'y être assassiné deux fois |«ar des musulmans fanatiques; enlin la place capitula, par ordre des rois de Maroc et de Grenade, a condition que les Castillans souscriraient à une trêve de dix années; mais, en 134», Alphonse, voulant fermer à jamais l'entrée de l'Espagne aux Maures d'Afrique, assembla les états généraux à Alcala de Ilenarez, et y lit résoudre le siège de Gibraltar, au mépris de la trêve conclue avec le roi de Maroc. Cette forleresse était à la veille de se rendre, lorsque la peste se mit dans le camp des assiégeants. Alphonse, ayant voulu continuer le siège, conire l'avis de ses ofiiciers, fut atteint lui-même de la contagion, cl mourut au milieu de son armée , le 26 mars 1330, à l'âge de 40 ans. Avec lui disparurent pour longtemps la sécurité et la gloire de la Castille. La sévérité et la u-

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gueur des jugements de ce prince, qui lui avaient valu le surnom de Vengeur, furent, après n mort, des titres d'éloges. Sans ces moyens violents, il n eût jamais réprimé la tvraunie des grand», et purge la Castille des brigands qui l'infestaient. Fondant son pouvoir sur la mine des factions, Alphonse rendit a la majesté royale tout son éclat, et aux lois toute leur vigueur. 11 aimait la splendeur et I eciai, ei l'on en put juger par les magnifiques tournois ou il combalUt souvent lui-même en habit de chevalier Vivement épris de la célèbre Eléonore de Guzman, celte favorite impérieuse obtint toute sa conliance, à l'exclusion de Marie de Portugal, qu il avait épousée par politique, plus que |«r goût. Il eut d Eléonore quatre enfants naturels, et de Marie de Portugal, Pierre, dit le Cruel, qui lui succéda — p-

ALPHONSE l«, roi d'Aragon et de Navarre, surnommé le Batailleur, fils de Sanche V, roi de Navarre et d'Aragon, succéda, en H 04, à son Trcre Pierre 1", et manifesta de bonne heure son pendant pour la guerre. Il était regardé comme le prince le plus brave de son temps. Alphonse M, roi de Castille, lui fit épouser en secondes noces dona Lrraque, »a fille unique et son héritière. Ce mariage devait réunir un jour sur la tête du roi d'Araijoii toutes les couronnes de l'Es|iagne chrétienne ; aussi prit-il, après la mort de son beaupère, le titre fastueux d'empereur de toutes les Espagnes ; il prétendit même régner en Castille, sous le nom île son épouse ; mais cette princesse, aussi fière que calante {voy. Lrkaqle), méprisa l'autorité d' Vlphonse. et voulut même l'exclure de son trône et' de son lit. Alphonse, qui avait épousé Lrraque par ambition , lui disputa pendant sept ans la couronne de Castille, ce qui plongea l'Espagne dans toutes sortes de malheurs. Dès 1 109 Alphonse avait pénétré en Castille avec une armée, pour forcer les étals du royaume à le reconnaître, et il avait fait arrêter la reine : mais cette princesse ayant été délivrée par les nobles castillans , les deux éjioux en vinrent à une bataille rangée à Campo de Espina. Alphonse tailla en pièces les troupes de la reine , et livra la Castille au pillage. Lrraque eut bientôt une nouvelle armée reprit l'offensive, força son époux de lever le siése d'Astorga et de se retirer à Carion. Assiège dans cette ville par la reine en personne, Alphonse demanda la paix, et ne l'obtint que sous la condition d'abandonner ses conquêtes. Ln concile, tum à Palencia en 1414, cassa son mariage, et il renonça enfin à Lrraque et à la Castille. N'ayant plus aucun espoir de conserver cette couronne , il tourna ses armes contre les musulmans, et leur prit , en 1118, la ville de Saragosse, qui avait été pendant quatre siècles sous leur domination ; il y établit sa cour, et donna plusieurs quartiers de cette capitale aux seiirneurs français et aragonais qui l avaient aidé à en faire la conquête ; il s'étendit ensuite au delà de l'Èbre, et emporta d'assaut Tarazone et Calatayud. Ardeniennemi de» Maures, ce roi guerrier ne cessa de les poursuivre, et, ayant formé avec le nouveau roi de Castille une ligue redoutable, il remporta plusieurs

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sur les musulmans d'Afrique et deGmiade, qui s'étaient avancés vera l'Aragon. Entraîné par le succès de ses armes , Alphonse i>enétra dans les royaumes de Valence et de Murcic, et porta la guerre jusque dans les environs de Grenade, où il lit hiverner ses troupes, se trouvant trop éloigné de ses États. Ce fut alors que 10,000 familles de chrétiens mosarabes, sachant qu'un prince chrétien était, avec une année , au pied des Alpuxaras, descendirent des montagnes, et vinrent se ranger sous les drapeaux du roi d'Aragon. Ils lui apprirent qu'ils s'étaient maintenus, de générations en générations, dans ces montagnes, depuis la complète de l'Espagne parles musulmans, c'cst-a-dire pendant trois siècles. Les seigneurs français qui avaient accompagné Alphonse dans cette brillante expédition l'abandonnèrent à son retour, mécontents de ce qu il ne leur faisait point partager les honneurs et les recompenses qu'il accordait à ses propres sujets. Leur départ ayant inspiré une nouvelle audace aux Maures, ils revinrent avec des forces imposantes, pour attaquer le roi d'Aragon. Ce prince se hâta de rappeler les Français, et s'engagea, pa«" serment, a leur donner des terres et des dignités dans ses propres domaines. Revenus au»ildt, ils contribuèrent puissamment à la victoire décisive qu Alphonse remporta en 1126 sur les musulmans, qui avaient déjà enveloppé son armée dans les montagnes du royaume de Valence. Ce succès le porta à mettre le siège devant Fraça, place très-forte, sur les contins de la Catalogne. 11 la tenait bloquée depuis un an, et refusait à la garnison une capitulation honorable, lorsque parut tout à coup une année nombreuse de Maures, qui lui livrèrent bataille et le vainquirent. Deux évèques, un graud nombre de chevaliers fran cais, araeonais, catalans, navarrois, et presque toute l'armée restèrent sur la place. Alphonse, suivi de dix gardes, et blessé, se saura au monastère de St-Jean de la Pegna, où il moumt de ikwleur et de Iwnte, en 1154, huit jours après sa défaite, laissant la monarchie aragonaise de deux t iers plus étendue qu il ne l'avait trouvée à son avènement. Mais le désastre de Fraga. en sauvant les Maures, causa bientôt des déchirements dans l'Espagne chrétienne ; la Navarre se détaclia de l'Aragon, dont elle supportait le joug avec impatience. Affable et libéral, mais plutôt chevalier intrépide que roi prévoyant et sage, Alphonse, entraîné \*r sa passion pour la guerre, se vil arrêté au milieu de ses triomphes , comme la plupart des conquérants. On le surnomma le Batailleur, pam* qu'il s'était trouvé à vingt-neuf batailles rangées. Mariana prétend iwe ce prince, qui n'avait point en d'enfants, légua, par un testament bizarre, ses deux royaumes à l'ordre militaire des templiers; mais le fait est contesté par tous les autres historiens. Les Aragonais, d'abord partagés pour l'élection dusuccesceur d'Alphonse, élurent Ramire, son frère, choix qui fut une source de nouveaux malheurs. Vingtneuf ans après sa mort, un imposteur se donna pour le véritable Alphonse le Batailleur, revenu de la terre sainte, après y avoir expié ses fautes ; mais, ayant osé paraître à Saragosse, où il avait déjà quel-

ques partisans, il fut arrêté et pendu, en 11 «3, par ordre de la reine Pétronille. B — p.

ALPHONSE II, roi d'Aragon, (ils de Raymond, comte de Barcelone, et de la reine Pétronille , monta sur le trône en 1162, par l'abdication volontaire de cette princesse. 11 se concilia tous les cœurs, en respectant les lois et les privilèges dont les Aragonais se montraient si jaloux, et ne négligea aucune occasion d'étendre sa puissance au dehors. Raymond Bérenger, comte de Provence , ayant été tué au siège de Nice, en 1167, Alphonse 11 s'empara de la Provence, en vertu de l'inféodai ion que l'empereur Frédéric Barberousse en avait faite en faveur de Raymond, comte de Barcelone, père d'Alphonse. Peu de temps après, le roi d'Aragon tourna ses armes contre les Maures, auxquels il prit plusieurs places sur les contins du royaume de Valence, dont il s'ouvrit l'entrée; mais, attaqué, l'année suivante, par le roi de Navarre, il fut obligé d'abandonner ses conquêtes. Il prit bientôt l'offensive contre le roi de Navarre et le comte de Toulouse, et porta ses armes du côté de la Frauce. Après s'être emparé du comté de Boussillon , il le réunit à la monarchie aragonaise, et reçut aussi l'hommage du vicomte de Nîmes et d'autres seigneurs français , qui clicrcliaient un appui contre le comte de Toulouse. Alphonse passa lui-même en France en 1181, et porta la guerre en Languedo*-. Le Béarn se rangea également sous sa protection ; mais ce prince, récriant ses regards sur l'Espagne, conclut une ligue pour balancer la puissance du roi de Castille. 11 mourut à Perpignan , le 26 avril 1106, après un règne de 54 ans, et après avoir réuni deux provinces de France à l' Aragon. Alphonse II est regardé comme un des monarques les plus sages et les plus heureux du 12 siècle, si l'on s'en rapporte surtout au témoignage des troubadours qu'il protégeait ; cependant Bertrand de Born invective contre ce prince dans plusieurs sirventes, et lui fait des reproches honteux et humiliants ; il va même jusqu'à l'accuser de lâcheté. Ces injures peuvent, il est vrai, avoir élé dictées par la liai ne et la jalousie ; car Alphonse 1 1 cultiva la gaie teienee, et est compté parmi les troubadours. Il nous reste de lui une seule clianson, où il tlit qu'amour peut seul le réjouir. Il laissa le comté de Barcelone à son second fils , nommé Alphonse, comme lui ; et Y Aragon, le Roussillon et la Catalogne, à Pierre 11, son fils ainé. B— p.

ALPHONSE III, roi d'Aragon, prit ce titre à la mort de son père, Pierre 111 , en 1285, sans s'être fait couronner solennellement à l'assemblée des états ; aussi les grands du royaume lui en témoignèrent leur mécontentement, et lui firent sentir que les rois d'Aragon ne pouvaient régner en sûreté avant d'avoir juré de maintenir les privilèges de la noblesse et du peuple. Dès le 11* et le 12e siècle, la noblesse aragonaise, voulant se faire un rempart contre l'abus de l'autorité royale, avait fait accorder au peuple un grand nombre de privilèges, et s'était même unie d'intérêt avec lui. Alphonse crut pouvoir éluder les réclamations de ses sujets, en déclarant, à l'improvislc, la guette à son oncte

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.acqnes, roi de Minorque, qu'il dépouilla de son royaume, pour s'être uni aux Français, contre son père, en Catalogne. De Majorque , le roi d'Aragon jKissa à Iviça, dont il s'empara ; ensuite il se rendit à Saragosse, jKrnr se faire couronner, espérant calmer par cette démarche le mécontentement public; mais les Aragonais exigèrent que leurs privilèges fussent maintenus , et fixèrent même «les bornes à l'autorité royale. Les cortès, ou états d'Aragon, obligèrent le monarque à recevoir d'eux ses ministres et les principaux officiers de sa maison. Alphonse, livré à de grandes inquiétudes du côté de la France, avec laquelle son père lui avait laissé une guerre i soutenir, ne put opposer aucune résistance a la noblesse de ses Etats, qui s'était confédérée, sous le titre d'union. Il céda à ses prétentions, et se fil couronner avec les cérémonies d'usage. 11 se hâta néanmoins de conclure une trêve d'un an avec la France , par la médiation du roi d'Angleterre , Edouard I V, et, convoquant aussitôt les états , il y fil recevoir plusieurs règlements qui tendaient à diminuer la puissance des nobles ; mais il ne put dissiper que [Kir un traité humiliant la ligue formée contre lui par les rois de France, de Nnples et île Castille. Il prit part aux troubles qui divisaient ce dernier royaume, fut excommunié jwr le |«qic ÎVieolas I V, se réconcilia ensuite avec le saint-siège, et allait former une alliance avantageuse, en épousant Éléonore d'Angleterre, lorsqu'il mourut, le 18 juin 1201, âgé de 26 ans. Son règne ne dura que six années , mais il est remarquable par les barrières que la nation aragonaise éleva contre la royauté, par les précautions qu'elle prit \mir assurer la vie et l' honneur des citoyens, et par l'autorité dont elle arma le grand justicier. Ce magistrat ne devait conque de ses actions qu'aux états assemblés ; il avait le droit de citer le roi lui-même devant les états généraux, et de le faire déposer, s'il manquait a son serment, c'est-à-dire s'il touchait aux privilèges de la nation. Alphonse III étant mort sans enfants, la couronne passa à son frère Jacques. B— p.

ALPHONSE IV, roi d'Aragon, succéda, en 1527, à son |K're Jacques II ; et, «'étant fait couronner l'année suivante à Saragosse, jura aux états ou corlés de n'aliéner aucun des domaines de la couronne, serment qu'on exigea de lui pour mettre des bornes à sa prodigalité. On le surnommait déjà le Débonnaire, à cause d'une bonté qui dégénérait souvent en faiblesse. 11 épousa, en 1520, en secondes noces, Éléonore , sa-ur du roi de Castille. La donation que le pape lui avait faite de la Sardaigne, dont il voulait dépouiller la république de Gênes, occasionna une guerre aussi sanglante que ruineuse entre ces deux Etats. Cependant elle fut utile aux Aragonais et aux Catalans. Forcés de combattre les plus habiles navigateurs de leur siècle, ils se formèrent une marine qui fut l'un des principes de la grandeur espagnole. Des chagrins domestiques mêlèrent beaucoup d'amertume aux succès militaires d'Alphonse IV. Ce prince n'avait pas cru, par le serment qu'il avait fait, se priver du droit d'assurer à ses enfants un sort convenable ; et, après avoir apanagé son second

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fils du marquisat de Tortose et de la seigneurie d'Albaraein , il donna à la reine Éléonore , son épouse, la ville de Xaliva el quelques autres places. Mécontent de ces riches cessions, contraires aux intérêts de la monarchie , don Pedro, lils ainé d'Alphonse, usa accuser son père d'avoir violé son serment. La reine ayant découvert que don Pédro était excité par l'archevêque de Saragosse lit bannir de la cour ce prélat ambitieux ; mais il avait déjà pris un tel ascendant sur l'esprit de l'infant, qu'il le porta à se venger de sa mère, en s emparant de Xativa. La reine n'osa point solliciter le roi de prendre sa défense contre son propre lils ; mais les chagrins d'AlpIionse, attaqué alors d'hydropisie, aggravèrent tellement son étal, qu'il mourut le -2 i juin 1536, dans la 9e année de son règne. Son lils, don Pedro , qui avait empoisonné ses derniers moments, lui succéda, sous le nom de Pierre IV ; el l' Aragon fut déchire par une guerre civile, due à la faiblesse d'Alphonse et à la rivalité de ses héritiers. H— p.

ALPHONSE V, surnomme LE Magkammb, roi d'Aragon, de Naples et de Sicile, lils d Éleonore d'Albuquerquc et de Ferdinand le Juste, infaut de Castille, (pie les Aragonais avaient appelé à régner, monta sur le tronc d'Aragon après la mort de son père, en UIO, et signala d altord sa générosité en déchirant, sans la lire, une liste des seigneurs qui avaient conspiré contre lui : a Je les forcerai, dit-il, * a reconnaître que j'ai plus de soin de leur vie « qu'ils n'en ont eux-mêmes. » L'amour de l'indépendance était alors |K>rlé plus loin en Aragon que dans aucune république de l'Europe. Alphonse , trop lier pour lutter avec des sujets déliants, cl trop généreux pour affermir son pouvoir aux dépens de la liberté des peuples, chercha au dehors une gloire que sou royaume ne (Hiuvail lui offrir. Quelques historiens assurent que ce fut la jalousie de la reine Marie de Castille, femme d'Alphonse, qui éloigna ce prince de ses Etats. Affable, galant, et l'un des plus ÎM'aux hommes de l'Europe, il aimait la belle Marguerite de Hijar, l'une des dames de la reine, et il eut d'elle un lils nommé Ferdinand. Dans un accès de jalousie , la reiue lit étrangler sa rivale , et Alphonse, ne voulant pas se venger d'une femme, quelque sensible qu'il fût à la perle de sa maîtresse, prit le parti d'aller se distraire de sa douleur dans des expédilious lointaines. 11 léguait déjà sur l'Aragon , la Catalogne , le royaume de Valence , les iles Baléares, la Sicile el la Sardaigno ; la Corse, qui appartenait aux Génois, semblait manquer seule à son empire sur la Méditerranée : en 4420, sans déclaration de guerre, il attaqua celle ile, dont une grande partie tomba en son pouvoir; mais la résistance prolongé du château de Uonifaoe, et l'espoir d'une conquête plus importante, le décidèrent à se retirer, après avoir inspiré aux Génois, |>ar une injuste agression, une haine qui lui devint funeste. Pendant cette expédition même, Jeanne II, de Naples, attaquée par Louis 111 d'Anjou, offrit à Alphonse de l'adopter et de le nommer son héritier, s'il voulait la défendre. H accepta ces conditions, et envoya sa

flotte à Naples , lit lever le siège de cette capitale à son concurrent , el fut mis en possession de plusieurs forteresses ; mais il ne put sup|x>rtcr l'arrogance de Caracciolo, amant de la reine, et le lit arrêter. Jeanne , pour venger son amant, eut recours à l\ené d'Anjou, qu'elle avait jusqu'alors comlwilu. Le roi d'Aragon en viut aux mains avec les troupes de Jeanne et de René, dans les rues même de Naples. D'abord repoussé, il chassa ensuite la reine, au moyen d'un nouveau renfort, et se rendit maître de la capitale en U23; mais il fut attaqué à son tour dans le château qu'il occupait, puis rappelé en Aragon pour soutenir le roi de Navarre, son frère, contre le roi de Castille ; il évacua le royaume île Naples, et lit, en côtoyant la Provence, une descente à Marseille, qui appartenait à son rival, le duc d'Anjou, et s'en rendit maitre. En même temps qu'il en donnait le pillage a son armée, il garantissait les églises et les remmes de la fureur du soldat : les dames de Marseille lui ayanl témoigné leur reconnaissance par un riche présent , il le refusa , en disant : « Je me venge en prince , et je ne suis pas « venu pour faire la guerre en brigand. » Apres s'être affermi en Sicile, en Sardaigne, et même en Corse, Alphonse attaqua le roi de Tunis, remporta sur lui une victoire complète , et s'enrichit de ses dépouilles , il sut garantir en même temps ses Ëlals héréditaires, lit la paix avec la Castille on 1434», et reviul ensuite en Sicile, pour être à fiortée de négocier avec les partisans qui lui étaient restés dans le royaume de Naples. Ils avaient pris les armes en sa faveur, à la mort de Jeanne, en 4435. Profitant de ces dispositions, il vint mettre le siège devant Gacle, dont la |H)s$ession lui eût assure la conquête de Naples ; mais les Génois , qui ne lui avaient pas pardonne ses agressions en Corse, armèrent une puissante flotte, qui vint l'attaquer près de l'ile de l'on 7a, le 5 août 1435. L'amiral génois, ne s'atlachant qu'à la galère où combattait le roi, l'obligea en un instant à se rendre, ou a couler à fond. Alphonse baissa son pavillon, et se rendit prisonnier avec son frère, le roi de Navarre , et plusieurs grands de son royaume. Cette disgrâce, qui depuis fut la source du bonheur d'Alphonse, pouvait être attribuée à son humanité. Il avait |iermis que la garnison de Gaëte, déjà affamée, mit dehors les femmes et les enfants, en disant : « J'aime mieux ne pas prendre la ville « que de manquer d'humanité. » Maitre de la personne de ce prince, l'amiral génois voulut le forcer de livrer l'Ile d'Ischia; mais Alphonse, digne véritablement du surnom de Magnanime, repondit au vainqueur qu'il aimait mieux être jeté à la mer que de consentir à des conditions déshonorantes. Les Génois, alors sous la domination du duc de Milan, transférèrent leur prisonnier dans cette ville, el le livré reut au duc Philippe-Marie Visconli, prince perlide et cruel ; mais le roi d'Aragon sut lui inspirer tant d'estime et de conliance par la noblesse de ses manières, il changea tellement ses idées par la supériorité de son esprit, que, d'un ennemi furieux, il s'en lit un allié, et, au grand étonnement de l'Europe, obtint d'être reuvoyé sans rançon, avec toute

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sn suite. Son premier soin rat alors d'obtenir des subsides de ses Etats héréditaires , et bientôt il reparut devant Naples avec une armée de terre et de mer. Après un long siège, il pénétra dans cette ville par le même aqueduc qui avait servi à Bélisaire. René d'Anjou fut contraint de s'enfuir en Pro-, vence, et Alphonse fit son entrée à Naples, avec toute la pompe qui accompagnait le triomphe des Romains. Il lixa son séjour dans cette capitale, malgré les instances des Aragonais, et il est même probable (pie, sans la conquête de Naples, il eut passé toute sa vie comme un chevalier errant, loin de la reine, qui, par sa jalousie, lui avait inspiré un éloignement irrésistible. Il se réconcilia alors avec le pape Eugène IV, qui le reconnut pour légitime souverain de Naples, et, bientôt après, il s'engagea dans une longue guerre contre François Sforee, duc de Milan, puis contre les Florentins, les Génois et les Vénitiens. Ses armées assiégeaient Gènes, et elles avaient réduit cette ville aux dernières extrémités, lorsqu'elles se retirèrent subitement à la nouvelle de sa mort, survenue à Naples, le 27 juin 14?>8. Ce prince avait alors 74 ans, et en avait régné 43. Il eut pour successeur, dans ses royaumes héréditaires, son frère, Jean, roi de Navarre, et il laissa le royaume de Naples à Ferdinand, son lils naturel, que le pape avait légitimé. Héros de son siècle, Alphonse est le plus grand prince qui soit monté sur le trône d'Aragon. Doué d'une éloquence persuasive, franc et loyal, quoique habile politique, il méprisa tout ce qui avait l'apparence de la duplicité; courageux et grand capitaine, il lit la guerre sans cruauté; il aima les lettres, protégea les savants, et recueillit dans ses Etats les niuses et les arts, bannis de Constantinople. Ce prince n'aurait fait que des heureux, s'il ne se fût engagé dans des guerres continuelles, et s'il ne lui eût fallu, pour y subvenir, écraser ses sujets d'impôts. D'un autre côte, sa passion pour les femmes et le dérèglement de ses nururs donnèrent à ses sujets l'exemple le plus dangereux, et lui firent commettre des abus d'autorité ; son fol amour |iour Lucrèce Mania jeta quelque ridicule sur la lin de sa vie; enfin, sa conduite envers l'Église, et l'artifice avec lequel il opposa longtemps un autipape au pape légitime, pour pouvoir dépouiller plus librement le clcrjré de ses Elats, donnèrent lieu de croire que la religion avait peu d'empire sur lui. Jamais roi ne se mit plus en peine de ce que penserait de lui la postérité. Gagner des iKitailles, se signaler par des artions d'éclat et par des traits de grandeur d'àme, tout cela n'était rien à ses yeux, si les historiens et les poètes n'en consacraient la mémoire. 11 n'y eut guère d'auteurs célèbres qu'il n'essayât de gagner (Kir des pensions ou des présents. Pog^e, le Florentin, traduisit, par son ordre, la Cyropédie de Xénophon, et en fut largement récompensé. 11 fit chevalier François Philelphe, qui lui avait dédié ses satires. Son secrétaire, Antoine de Palcrmc; JEneas Sylvius, qui fut ensuite pape sous le nom de Pie II; George de Trébisonde, durent Valla, Barthélémy Fario, qui a écrit sa vie, el BarcelUus, qui a laissé l'histoire de

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ses campagnes, ont enchéri les uns sur les autres, dans les éloges qu'ils lui ont donnés, et tous l'ont unanimement proclamé le roi magnanime. 11 avait pris pour devise un livre ouvert, portait toujours avec lui les Commentaire* de César, et ne passait pas un jour sans les lire : ses soldats lui apportaient tous les livres et les manuscrits dont ils pouvaient s'emparer. Il ne s'endormait point sans avoir quelques volumes au chevet de son lit, et il ne manquait jamais de lire à son réveil. Il rechercha aussi, et recueillit avec empressement les médailles des Césars, qu'il avait fait renfermer dans une cassette d'ivoire. Les pensées de ce prince et les faits les plus remarquables de sa vie ont été publiés en 1766, in-12, par l'abbé Méry de la Canourgue, sous le titre de dénie d'Alphonse le Èlagnanime. Tous les traits de ce recueil sont tirés du de Dictit et Faciii Alphotui, par Antoine de Palerme, précepteur et historiographe de ce prince, le même qui, étant venu visiter Alphonse, malade à Ca|>ouc, lui ap|iorta un volume de Ouinte- Curce, dont la lecture le guérit. Alphonse allait souvent à pied, el sans suite, dans les rues de Naples ; il assistait fréquemment aux leçons des professeurs et des philosophes. I n jour qu'on lui faisait des représentations sur le danger auquel il exposait sa personne, il répondit : « Un père qui se promène au « milieu de ses enfants n'a rien à craindre. » Un de ses courtisans lui ayant demandé quels étaient ceux de ses sujets qu'il aimait le plus : « Ceux, réa pondit Alphonse, qui craignent pour moi plus « qu'ils ne me craignent. » Voyant un jour une galère cliarRée de soldats sur le |»int d'être submergée, il ordonna aussitôt qu'on leur portât des secours ; et comme on hésitait, il s'élance dans une clialoupe, et s'écrie : « J'aime mieux être le com- « pagnon que le spectateur de leur mort. » Tous furent sauvés. Il — p.

ALPHONSE II, roi de Naples, Ois de Ferdinand, fut déclaré duc de Calabre, et chargé de bonne heure, par son père, du commandement des armées. En 1460, il porta des secours à Robert Malatesti, seigneur de Rimini, que le pape Paul 11 voulait dépouiller de ses États, et il défit, le 23 août, Alexandre Sforza et Pino des Ordeleffi, généraux de l'Église et des Vénitiens, qui assiégeaient Rimini. Neuf ans plus tard, il entra en Toscane pour seconder la conjuration des Pazzi contre les Médicis; il battit les Florentins, le 7 septembre 1479, au Poggio impérial; et, lorsque son père eut fait la paix avec eux, il ne laissa pas de leur donner encore de grandes inquiétudes, en s'emparant de la seigneurie de Sienne. Ses talents militaires , son activité et son ambition peu scrupuleuse lui auraient probablement assuré la conquête de la Toscane, si son père ne l'avait appelé en hâte pour repousser les Turcs, qui s'étaient emparés d'Otrante, le 21 août 1480, et y avaient passé 10,000 chrétiens au fil de l'épée. Alphonse, obligé de défendre les États de son père contre l'invasion la plus redoutable de toutes, â cette époque, abandonna ses projets sur la Toscane, et vint mettre le siège devant Otrante, qu'il reprit le 10 septembre 1481. Alphonse, toujours duc de Ca-

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labre, fut envoyé, en 1484, contre les Vénitiens. 11 (levait, dans cette guerre, agir de concert avec Louis Sforza, dit le Maure, tuteur de Juin Galeas, duc de Milan. Ce dernier était gendre d'Alphonse, et le duc de Calabrc voyait avec inquiétude Louis Sforza dépouiller le jeune duc, son neveu, de toute autorité dans ses Etats. De la commença leur inimitié, funeste à tous les deux, et plus encore à l'Italie. Louis le Maure, se détachant de ses anciennes alliances, demanda des secours aux ennemis de son pays ; et ce fut lui qui ouvrit aux Français l'entrée de l'Italie, précisément a l'époque où Alphonse II montait sur le trône. Ferdinand, roi de Naples, mourut le 25 janvier 14!M, et Alphonse II fut proclamé son successeur; mais, la même année, Charles VIII, roi de France, entrait à INaples, et Alphonse, qui succédait à un père odieux, s'était déjà rendu un objet d'aversion, par son avarice, ses débauches et sa cruauté. Tous ses alliés l'abandonnaient, la noblesse s'éloignait de sa cour ; le peuple soupirait après l'arrivée des Français. Alphonse s'aperçut bientôt qu'il ne pourrait se maintenir sur un In'-nc aussi chancelant. Dés le 25 janvier l 1 '.».",, il abdiqua la couronne en faveur de son lils, Ferdinand II, qui méritait mieux que lui l'amour des peuples et de la noblesse. Il partit ensuite de INaples, avant que les Français eussent atteint les frontières de son royaume ; et, s'étant retiré dans un couvent d'Olivetains, à Mazara, en Sicile, il y mourut le I!) novembre de la même année, à l'âge de 47 ans. On dit que, dans ce couvent, il fut tout occupé dVruvres de piété et de pénitence. Cependant il y avait porté son trésor, montant à 350.1KHI écus, qui lui était peu nécessaire pour une pareille vie, mais qui aurait peut-être SUfll |>oiir mettre son lils en état de résister aux Français. S. S — i.

ALPHONSE I", surnommé HsNMIQIJtfX, premier roi de Portugal, de la maison de France, naquit en 10'M, à (îuimarens, et fut conlié, dès l'âge le plus tendre, à sa mère, Thérèse de Castille, qui avait été nommée régente à la mort de son époux. Cette princesse ambitieuse, et de mœurs déréglées, livra l'F.lat à de méprisables favoris: Alphonse, devenu majeur, et excité jwr le mécontentement public, la dépouilla du gouvernement, et se lit proclamer comte de Portugal, en 1128. Thérèse excita un soulèvement contre son fils; et Alphonse, obligé de marcher contre les insurgés, les mit en fuite, arrêta sa mère, et la confina dans une prison. I.e roi de Castille, neveu de Thérèse, étant venu pour la secourir, Alphonse marcha contre lui, sans craindre «le se mesurer avec un prince consommé dans l'art de la guerre. Il le combattit, lui arracha la victoire, s'affranchit de l'hommage auquel le Portugal était soumis, et força le royaume de Léon à reconnaître son indépendance. Le roi d'Aragon s'étant porté jwnir médiateur entre ces deux princes, les engagea de s'unir avec lui |>our reprendre la guerre contre les musulmans. Ceux-ci, alarmés de l'ardeur du jeune Alphonse, vinrent au-devant de lui avec des forces supérieures, pour l'écraser avant qu'il put recevoir aucun secours de ses alliés ; mais, loin d'être alKittu jwr le danger, lu comte de Portugal ranima

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le courage de ses troupes, en supposant que, dans une vision céleste, il venait de lui être ordonné de combattre, et que la victoire lui avait été promise. Il se retranclia près de Castro- Vcrde, dans la province d'Ourique, et, par d'Iiabilcs dispositions, força les Maures à venir l'attaquer dans une position formidable. La bataille eut lieu le 20 juillet 1139. Alphonse délit cinq gouverneurs maures, et fut proclamé roi par ses troupes, sur le champ de bataille. Le nouveau monarque convoqua aussitôt les évéques de son royaume, et attesta, sous serment, que Jésus- Christ lui était apparu la veille de la bataille, pour lui promettre sa protection divine, et jwur lui ordonner de se faire proclamer roi après la victoire. Cette journée d'Ourique, si célèbre dans les annales du Portugal, valut à Alphonse la complète des principales villes situées sur les deux rives du Tage. Ce fut en vain que le roi de Léon et de Castille refusa de reconnaître son nouveau titre ; Alphonse se déclam, en 1142, vassal et tributaire du saint-siége, et le pape sanctionna aussitôt son titre de roi. Alphonse ne s'en tint pas à cette légitimation; il convoqua, en 1 1 45, les états du royaume à Laniégo. Cette assemblée, composée de prélats, de seigneurs et des députés des villes, confirma encore sa dignité. L'archevèque de Bragancc mit la couronne sur la tète du roi, qui, tenant son épéc nue à la main, dit : « Béni soit Dieu qui m'a toujours assisté quand je « vous ai délivrés de vos ennemis avec celte épée, « que je porte pour votre défense ; vous m'avez fait « roi, et je dois jiartager avec vous les soins du gou- « vernement. Faisons maintenant des lois qui cta- « Hissent l'ordre et la tranquillité dans le royaume. » Assisté des prélats et de la noblesse, Alphonse défilera ensuite sur les lois fondamentales du royaume, ta constitution fut dressée en dix-huit statuts, soumise a l'approliation du peuple, et agréée. On déclara le trône héréditaire ; les étrangers en furent exclus. La grande question du tribut et de l'hommage au roi de Castille et de Léon ayant été ensuite proposée, tous les députés se levèrent, et, mettant l'épée à la main, s'écrièrent : o Nous sommes libres, « et notre roi l'est comme nous; cette liberté, nous » la devons à notre courage, et, si le roi lui-même « se rendait dépendant, il serait indigne de régner, » Alphonse manifesta son approbation, et le peuple applaudit avec enthousiasme. Telle fut la célèbre assemblée de Lamégo, où furent posées les lois fondamentales de la monarchie portugaise. Jaloux de justilier son élévation, Alphonse Hcnriquez s'avança vers Lisbonne, occupée |»ar les Maures, et que sa situation rendait d'une extrême importance. Après un siège où l'un et l'autre parti firent éclater la plus héroïque valeur, le roi, aidé par des croisés flamands, français et anglais, qui se rendaient par mer en Palestine, et que le vent contraire avait forcé de relâcher à l'embouchure du Tage, prit Lisbonne en 1117. Il accorda des terres et des ville», à titre de récompense, aux chevaliers croisés. lïm fut fondée par les Allemands, et Alçambaja fut accordée aux croisés français. La guerre s'étant allumée entre l'Aragon et la Navarre, Alphousc Hcnriqucz com-

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battit en faveur de cette dernière puissance ; mais il s'en détacha peu à peu, pour s'agrandir du coté de la Galice et de l'Estramadure. Il avait pris Elvas, et assiégeait Uadajoz, lorsqtf assiégé à son tour par Ferdinand, roi de Léon, et désespérant de pouvoir se défendre, il entreprit de se faire jour, l'épée à la main, dans une sortie ; mais il tomba de cheval, se cassa la jambe, fut pris et conduit à Ferdinand, <rai le traita assez bien, mais ne lui rendit la liberté qu'après avoir obtenu la restitution de tout ce qui avait été conquis dans le royaume de Léon et dans la Galice. Alphonse avait quatre-vingts ans lors de ce revers de fortune : accablé de vieillesse et épuisé par ses travaux, on le vit encore délivrer son fils, Sanche, assiégé par les Maures dans S&nlarem : ce fut son dernier exploit. Il mourut en 4185, dans sa 91' année, après 75 ans de règne, regardé comme le fondateur de la monarchie portugaise, et le législateur de sa nation. Ce prince, dont l'ambition empoisonna les derniers moments, était d'une taille extraordinaire, n'ayant pas moins de sept pieds de haut ; il avait le visage long, les yeux grands et noirs, pleins de feu, et les cheveux blonds : on voit encore, à Guimaracns, son armure, exposée à la vénération du peuple. Il fut enterré à Coimbre, qui était alors la capitale du Portugal ; Sanche, son (ils, lui succéda. 11 avait institué deux ordres militaires: celui d'Avis fut créé dans une assemblée des états, en 11 «2, et il eut pour premier grand maître l'un des fils d'Alphonse. R— p.

ALPHONSE II, dit le Gros, roi de Portugal, né en 1 185, succéda, en 12H , à son père, Sanche 1". L'enfance de ce prince fut languissante et faible ; mais son tempérament s'étant fortifié avec l'âge, il devint vif, ardent, et manifesta des fiassions violentes. Son père, ne voulant pas que dona Thérésa et dona Sancha, ses liiles, fussent dans la dépendance de leur frère, leur avait laissé un apanage considérable ; mais Alphonse, à son avènement, prétendit que son père n'avait pu démembrer de la couronne les places dont il avait transféré le domaine à ses sœurs. Les deux infantes implorèrent le secours du roi de Léon et la protection du pape. Le roi de Léon entra en Portugal avec une armée en 1212, et battit Alphonse 11, qui, frappé en même temps par les foudres de l'Église, se vit contraint de souscrire à la cession des places que Sanche Ier avait données à ses filles. Plus heureux dans la guerre contre les Maures, le roi de Portugal remporta, en 1217, à Alcaçardosal, une grande victoire, à l'aide d'une armée de croisés allemands et hollandais, que les vents avaient obligés de relâcher à Lisbonne. Attaqué ensuite dans ses États par les rois musulmans de Jaên cl de Séville, il les battit en 1220, et défit, l'année suivante, le roi maure de Uadajoz. Cette guerre, marquée par des succès, devint pourtant nuisible aux intérêts d'Alphonse, par les démêlés auxquels elle donna lieu entre ce prince et le clergé de ses Etats. Le roi, jugeant que ses sujets laïques ne devaient pas supporter seuls les frais d'une guerre entreprise en faveur de la religion, taxa les ecclésiastiques, dont les richesse» étaient

alors immenses ; mais le clergé refusa de s'y soumettre, et, l'archevêque de Brague ayant excommunié les officiers cliargés de lever les taxes, Alphonse saisit ses revenus, et le lit sortir de ses États. Le pape envoya en Portugal des commissaires, qui excommunièrent Alphonse, et mirent son royaume en interdit. Fatigué de cette lutte, ou peut-être effrayé des foudres pontificales, il entra en arrangement, et il négociait avec le pape, lorsque la mort le surprit, en 1225, à l'âge de 3» ans, après 12 ans de règne. Quoique jeune encore, il avait acquis un tel embonpoint, qu'à peine pouvait-il marcher et respirer. Les historiens le représentent généralement comme un prince farouche, violent, et oppresseur de ses sujets, opinion qu'il faut principalement attribuer à ses démêlés avec le clergé. Sa tyrannie ne consistait guère qu'à mettre des bornes à la puissance ecclésiastique, et il parait certain qu'il favorisa le peuple, et que ce fut à l'abri de sa popularité qu'il put braver longtemps les censures des papes, qui a la fin ébranlèrent son fiouvoir, et arrêtèrent les progrès de ses armes contre les musulmans. Il fit rédiger un code de lois pour servir de règle aux juges, ce qui, dans ce siècle où les limites du pouvoir n'étaient pas exactement tracées, fut regardé par la plupart (les magistrats comme un attentat à leurs privilèges. Il onlonna que les sentences de mort ne reçussent leur exécution que vingt jours après avoir été rendues, « parce que, disait- il, la justice peut « toujours avoir son cours, au lieu que l'injustice « ne peut être réparée. » Son fils lui succéda sous le nom de Sanche IL II — v.

ALPHONSE III, roi de Portugal, second fils d'Alphonse II, naquit à Coimbre le 5 mai 1210, et passa les premières années de sa vie a voyager. 11 était à Boulogne-sur -Mer lorsqu'il apprit qu'un parti de grands seigneurs, mécontents de l'ailniinisl ration faible et pusillanime de son frère Sanche H, cherchait à le renverser du trône. S "étant aussitôt rendu en Portugal pour les seconder, il parvint à s'emparer de la régence, et, à la mort du roi, qui s'était réfugié en Castillc, il se fit proclamer à sa place, en 1248. Il punit ceux qui avaient abusé de la faiblesse de son frère, dissipa les factions, fit des règlements utiles, et effara la honte de son usurpation par une administration juste et réparatrice. 11 fonda de nouvelles villes, en releva d'anciennes, fit fleurir ses États, et se fit chérir de ses sujets, en distribuant les châtiments et les récompenses avec une équité parfaite. La guerre nationale contre les musulmans occupa aussi ce prince au commencement de son régne ; il acheva de soumettre les Algarves, en 1231 , et fut le premier roi de Portugal qui prit le titre de roi des Algarves. Avant d'occuper le trône, Alphonse, pendant son séjour dans les Étals de Mathilde, comtesse de Boulogne, avait épousé celte princesse; dès qu'il fut roi, il la répudia pour cause de stérilité; et, voulant s'allier à la cour de Castille pour s'en faire un appui, il épousa Béatrix de Gusman, fille naturelle d'Alphonse l'Astronome, et reçut en dot plusieurs villes. 11 dépouilla sans peine les ordres militaires devenus trop puissants, et leur ota plu-

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sieure villes, qu'il réunit à la couronne; mais H échoua dans ses projets de réformer le clergé, et, à sa première tentative, on vit se renouveler tous les desordres qui avaient troublé te régne de son frère. Le clergé porta de nouveau ses plaintes au saintsiège, par l'organe de l'archevêque de Bragne, qui jeta l'interdit sur le royaume. Les troubles s'apaisèrent à l'arrivée d'un légat du pape ; mais ils recommencèrent peu de temps après. Menacé d'un nouvel interdit. Alphonse voulut restituer au clergé les biens dont il l'avait dépouillé ; mais ses ordres furent mal exécutés. AfRiihli par l'âge, il ne montra plus la même fermeté, et, |K>ur se réconcilier avec l'Église, il fit, dans sa dernière maladie, un legs au j^qw, auquel il donna le titre de Seigneur de ton corpt et de son Ame; il reçut l'absolution, et mourut, le 10 février 1279, à 09 ans, après en avoir régné 30, laissant à Denis, son (ils et son successeur, le Portugal tel à peu près qu'on Ta Vu de nos jours pour l'étendue. B — r.

ALPHONSE IV, roi de Portugal, surnommé LE BnwE, ou i.e FiEtt, et non i.e Justicier, comme l'ont dit quelques biographes était lils de Denis le Libéral, et naquit à Coimhrr en 1200. Son amtrition précoce trouhla les dernières années de son père, contre lequel il s'arma plusieurs fois. Alphonse vaincu obtint son pardon; mais, dévoré delà passion de régner, il finit par faire mourir son père de chagrin, et lui succéda, en 1325. Frère aussi injuste que fils dénaturé, il persécuta l'infant Alphonse Sanche, qui était digue d'un meilleur sort. L'amour de la chasse lui fit d'abord négliger ses devoirs de souverain ; mais, un jour qu'il racontait à son conseil les détails d'une partie de citasse qui avait duré un mois, les seigneurs présents se levèrent pour se retirer, et l'un d'eux lui dit : n Sire, nous sommes « chargés d'aider le roi de Portugal de nos conseils, « et non pas d'entendre raconter des parties de « chasse. » Les autres conseillers lui représentèrent très-librement le tort qu'il faisait a son peuple, en abusant ainsi de son temps, et ajoutèrent même que, s'il ne faisait pas droit à leurs plaintes, ils chercheraient un meilleur roi. Alphonse quitta la chambre du conseil dans un transjiort de rage; mais, y retournant bientôt calme et composé, il déclara qu'il était convaincu de la justice du reproche, et qu'il était décidé à ne plus être Alphonse le chasseur, mais Alphonse le monarque. 11 donna, en effet, dès lors, plus d'attention au gouvernement. Outré de ce que le roi de Castille, son gendre, manquait d'égards pour Marie de Portugal, il lui envoya un défi, arma contre lui, en 1330, et soutint la révolte de quelques seigneurs castillans. Le sang des Portugais et des Castillans coula pendant douze ans pour les querelles domestiques de leurs souverains : cette longue guerre fut remarquable par des incursions, des ravages et des incendies. Enfin, la nécessité obligea les deux rois de s'allier contre l'ennemi commun, les musulmans de l'Andalousie et d'Afrique. I ni sincèrement à son gendre, le roi de Portugal se signala A la célèbre bataille de Salado ou de Tarira, le 50 octobre 1540 ; l'escadre portugaise, combinée avec

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les flottes de Castille et d'Aragon, remporia aussi plusieurs avantages sur les forces maritimes des Maures, et assura pour quelque temps le repos de la péninsule; mais la défiance d'Alphonse vint encore iroubter son règne : cédant aux suggestions de quelques courtisans, il leur livra Inès de Castro, que son fils avait épousée en secret, et rette infortunée fut poignardée sous ses yeux. Cette coupable faiblesse empoisonna les dernières années d'Alphonse, et il n'a|misa qu'avec |>cinc la révolte de son fils, qui avait pris les armes pour se venger. Alphonse ne survécut pas longtemps à sa réconciliation avec son fils, et mourut en 1336, dans sa 77e année, après avoir régné 31 ans. Selon les historiens portugais, ce fut un prince brave, libéral et habile guerrier ; mais l'inexorable histoire doit le signaler comme lils ingrat, frère Injuste et père cruel.. Sous son règne (1314), Lisbonne éprouva un tremblement de terre désastreux. Son fils lui succéda, sous le nom de Pierre I". B— P.

ALPHONSE V, roi de Portugal, surnommé l'Africain, né en 1412» était (II* d'Edouard 1", auquel il succéda, A l'Age de kit ans, sous la tutelle d'Eléonore, sa mère, S qui Edouard avait laissé la régence ; mais les états du royaume en dépouillèrent cette princesse, et confièrent le gouvernement A doit Pédro, oncle du jeune roi, et qui, peu de temps après, devint aussi son Iwau-père. Parvenu, en 1440, à sa majorité, Alphonse, poussé j*r les ennemis de don Pédro, l'éloigna du conseil, quoiqu'il eut gouverné avec sagesse, et linil même par le déclarer rebelle. Don Pédro se vit forcé, malgré lui, de prendre les armes pour mettre sa vie en sûreté. Le roi mareba contre lui, le tua dans une rencontre, et ordonna qu'on privât son corps de sépulture. Revenu, peu de tenqw après, à des sentiments plus équitaWes, il réhabilita la mémoire de son oncle, et punit ceux qui l'avaient accusé faussement de conspiration. Ce fut au commencement du règne de ce prince que les !*ortugais découvrirent la cote de Guinée, et y firent leurs premiers établissements. Alphonse passa luimême en Afrique, ert 1471, avec une Hotte de trois cents voiles, et une armée de 50,000 hommes. Il s'empara d'Arzihs et de Tanger, et revint en Portugal, couvert de gloire, avec lé surnom A'AfiieAin. Sur la fol d'une prédiction populaire, qui annonçait » qu'un prince chrétien devait conquérir une « épéc «pie les Maures conservaient, avec une sorte « de vénération, dans la ville de Fer., » Alphonse imagina que cette gloire lui était réservée, et institua l'ordre des chevaliers de l'Épée, dont H fixa le nombre A vingt-sept, parce qu'il avait alors vingtsept ans. Sort ambition ne connaissait déjà plus de bornes. Au lieu de finir dans le sein de la |»aix un règne glorieux, il se laissa éblouir dé l'éclat de la double couronne qu'Henri IV, roi de Castille, laissait A Jeanne, son héritière. Appelé par un parti puissant qui s'était déclaré contre Isabelle, en faveur de Jeanne, le roi de Portugal pénétra en Castille, eil 1475, à la tète de 20,000 hommes, et se Ht proclamer roi de Castille et «le l.éon ; mais, au lieu d'attaquer sur-le-champ l'armée de Ferdinand d'Aragort,

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é|toux d'Isabelle, qui avait pris, par représailles, le titre de souverain de Portugal, il lui laissa le temps de rassembler des forces considérables, et de livrer une bataille qu'Alphonse |>crdit près de Toro; ce qui l'obligea a renoncer a ses conquêtes. Les Portugais étaient mécontents et découragés; tout était dans un tel désordre, qu'Alphonse V prit l'étrange résolution d'aller demander des secours à Louis XI, roi de France. Il s'embarqua a Oporto, avec une suite de cinq cents gentilshommes, et un corps de 2,5!io hommes, montés sur vingt et un vaisseaux. Il mit à la voile pour Marseille, prit terre à Collioure, a cause de* vents contraires, et suivit la roule de Perpignan à Tours. Louis XI vint au-devant de lui jusqu'à Bourges, et le re^ut avec de grands honneurs, bien résolu do ne rien faire de plus pour lui. Après l'avoir abusé par des promesses, il lit une paix séparée avec le mi de Castille. Alphonse fut si confus d'avoir été tronqué, qu'il ne voulut plus reparaître en Portugal, et écrivit à don Juan, son fils, de se faire proclamer roi. U d«-ssein d'Alphonse était de s'échapper de France, et d'aller passer le reste de ses jours à Jérusalem ; mais Louis XI eut quelque pitié de son sort, et le renvoya Itonorablement dans ses États. Son retour à Lisbonne surprit les Portugais, qui le croyaient moine, ou prisonnier en France. Jean II, son lils, quitta aussitôt le titre de roi, quoique Alphonse le conjurât de le garder, ne voulant plus se réserver que les Algarves. Il conseulil néanmoins à reprendre les rênes du gouvernement ; et, renonçant à ses projets ambitieux, il signa la paix avec la Castille, en 1479. Deux ans après, il tomba dans une nuire mélancolie, et résolut d'abdiquer une seconde fuis. Ayant fait connaître ses intentions à l'infant, il partit secrètement, dans le dessein d'aller finir ses jours dans le monastère de St- François de Veratojo; mais, arrivé à Cintra, il fut attaqué de la peste, et mourut, le 21 août 1481 , âgé de Î9 ans, et après 43 ans de règne. Plus occupé d'agrandir ses Etats «rue d'y ramener l'abondance et la paix, il régna presque toujours sous la tente ; brave chevalier, bien plus que sage monarque, il ne s'illustra que contre les Maures d'Afrique. Le soin qu'il prit de racheter les prisonniers voués à l'esclavage lui fil doiuier le surnom «le Rédempteur dei captifi. Il— p.

ALPHONSE VI, roi de Portugal, lils de Jean IV, de la maison de Bragancc, lui succéda, en 1636, sous la tutelle de sa mère, Louise de G usinai), qui prit les rênes du gouvernement. Destiné à l'état ecclésiastique, du vivant de son frère aîné, Alphonse avait été élevé par les soins du grand inquisiteur du royaume. Il était faible et infirme, et n'aurait pu résister â l'Espagne, sans le courage et la sagesse de la reine; mais, tandis qu'elle affermissait la couronne sur la tête de son fils, ce prince s'en rendait indigne par le dérèglement de son esprit, et par ses débau, clies. On le vit souvent parcourir les rues de Lisbonne, pendant la nuit, avec, une troupe de spadassins, et se livrer a tous les excès et à toutes sortes de violences. L'autorité de sa mère lui étant devenue insupportable, U l'éloifnadu gouvernement, el

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fut dirigé par le comte de Cartel-Melhor, qui gou* veina avec sagesse, et qui, pour écarter les bruits répandus sur les infirmités du roi, lui fil épouser, en 1663, mademoiselle d'Aumale, princesse de Savoie-INemours; tuais Alphonse vécut éloigné d'elle. Irritée de cet abandon, la jeune reine s'unit secrètement d'amour et d'intérêt à don Pedro, frère du roi. Ce prince, animé par l'ambition et l'amour, parvint à chasser le secrétaire d'Etat, comte de Cartel- Melhor, favori du roi ; et, par une révolution aussi étonnante que subite, se fit déclarer régent, el força le roi à abdiquer en sa faveur. Celte révolution, à laquelle le mécontente meut public servit de prétexte, fut revêtqe de la forme d'une abdication volontaire, et sanctionnée [Kir le vu>u des états du royaume la reine prétendit que son mariage avec l'impuissant Alplionsc n'avait pas été consommé; et, bientôt arrêté et dépouillé, en 1667, le malheureux prince fut relégué dans l'Ile de Terceirc pendant huit ans, el ensuite ramené en Portugal, sous prétexte d'un complot tendant a le tirer de son exil pour le rétablir sur le Irène. U fut transféré au château de Cintra, et y mourut, le 12 septembre 1683, à l'âge do 41 ans. Le régent se fit alors couronner sous le nom de Pierre IL B — P.

ALPHONSE db Buugos. Voyez Ab>eh.

ALPHONSE ub C.tsTHO. Voyez Castro.

ALPHONSE ii'Est. Voyez Est ( n' }.

ALPHONSE TOSTAT. Voyez Tost vt.

ALPHONSE (Pieiike). Voyez Pieiike.

ALPHONSE (Lotis), pharmacien, naquit à Bordeaux, le 10 mars 1743, d'un père qui le destina de bonne heure à la profession que lui-même exerçai^ et l'envoya étudier à Paris sous les Bouelle et les Macquer. Revenu dans sa patrie, il y fut rc«,u au collège de pharmacie dont il devint le syndic, et successivement à la société de médecine et à l'académie des sciences. Doué d'une imagination plus ardente que ne le comporte l'élude des sciences, il se montra partisan des rêveries de Mesmer (roy. ce nom), et par les mêmes causes il adopta avec enthousiasme les principes de la révolution. On le vit dès le commencement dans les clubs patriotiques. Il fut ensuite officier municipal. Alors négligeant ses propres affaires pour celles de la république, il abandonna sa pharmacie. Après avoir fait beaucoup de pertes, il se vit obligé de se retirer à Dax, où il se livra à l'agriculture. 11 revint a. Bordeaux en 171W, et y rouvrit son officine qu'il a laissée à ses enfants, lorsqu'il est mort, le 2 février 1820. Son éloge, qui fut prononcé par M. F. Lartigue, a été inséré dans le recueil de l'académie des sciences de Bordeaux , année 1820. On a de L. Alphonse : 1° Analyte de» source» différente» de la ville de Bordeaux et de te» environ»; 2° Mémoire iui* la monnaie de billon. 1] a encore rédigé divers rapports ou projets sur sa profession et sur le nettoyage des rues de Bordeaux, qui ont été imprimés. Z.

ALPINI (Piiosper), médecin et botaniste, naquit le 23 novembre 1.*i3, à Marostica, petite villa de l'État de Venise. Malgré son goût pour la profession des armes, U fut entraîné dans celle de U m*

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decine, i«r son père, François Alpini , qui l'exerçait lui-même avec distinction. Prosper Alpini étudia à l'université de Padoue, et y reçut, en 4578, le titre de docteur. La botanique l'occupa d'abord ; il suivit en Egypte, en 1580, le consul George Ents, qu'y envoya la république de Venise, et, pendant trois ans , y recueillit les matériaux qui lui ont .servi à l'exécution de plusieurs de ses ouvrages. Cependant la médecine était sa profession spéciale ; mais alors presque tous les médecins étaient botanistes, à cause de la mauvaise direction qu'on avait fait prendre à cette science, dans laquelle on ne cherchait que des médicaments. Alpini observa en Egypte, avec une activité incroyable et une rare sagacité, tout ce qui avait rapport à l'histoire naturelle , à la médecine , et aux usages domestiques des temps anciens et modernes; et, à cet égard, il est, de tous les auteurs, celui qui a donné le plus de connaissances positives sur cette contrée célèbre. Il est le premier auteur européen qui ait |Kirlé du café, dont il vit la plante au Caire , où elle était cultivée dans le jardin d'un boy. 11 en a décrit les propriétés et l'usage. 11 lit aussi mieux connaître l'arbrisseau qui produit le fameux balsamum des anciens, nommé actuellement baume de la Mecque. Apres trois ans de séjour en Egypte, Prosper Alpini fut appelé en Italie, et, en 4581, Jean-André Doria, prince d'Amalli, se l'atlad»a comme médecin de la flotte d'Espagne, qu'il commandait. Nommé ensuite professeur de botanique a l'université de Padoue, il enrichit le jardin de celte ville des plantes qu'il avait apportées d'Egypte, et de celles qui lui furent données |tar les sénateuis Capelio et Conlarini. Il mourut, dans cette ville, le 7 janvier 1017, âgé de plus de 63 ans. Voici l'ordre dans lequel parurent ceux de ses ouvrages qui ont été publiés; ils sont tous remarquables par des observations fines et des vues à la fois sages et étendurs : I 'de Medicina Aigypliorum libri 4, Yenrtiis. 1591 , in-4° ; Parisiis, 1015, avec le traité de Mediciiui Indorum de Jacques Itonlius. Manget dit qu'un 5' livre est resté manuscrit entre les mains d'un des héritiers de l'auteur. 2° De Balsamo Dialogus, Yenettis, 1591. PatatU , 1640, in-4°, où il parle de la plante de l'Asie Mineure qui fournit le baume blanc. 5° De Planlis Âîgypti liber, Venetiit, 1592, Palavii, 1010, in- 4% avec des planches assez lionnes pour le lenq» , ce|K>ndanl un |ieu trop petites. Les matériaux de ces ouvrages avaient été, comme on le voit , recueillis dans son voyage d'Egypte, et c'est à ce voyage que doivent se rapporter encore deux autres traités qui ne parurent qu'après la mort d'Alpini, parles soins de son lils, de Planlis cxo~ lieis libri 2, Vtnetiis, 1027, 1050, avec ligures, in--*0 ; et Uistoriœ naturalis Aigypli librii, Lugd. Balav., 1735, 2 vol. in-4°, dont un 5* livre est resté manuscrit. Les écrits d'Alpini sur la médecine sont peut-être encore plus recommandables. Ce fut en 10O1 qui- parut son bel ouvrage, de preesagienda Yila el Morte œgrotanlium libri 7, Palavii, in-4", dont Boerhaave a donné une édition à Leydc, en 1710, in-4", avec une préface de sa façon, et des corrections de Gambuis ; ouvrage qui n'est qu'une compila -

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tion coordonnée des observations séméiotiquesd'Ilippocrate et de Galien ; mais qui, néanmoins, sur cette partie importante, a presque le mérite d'un ouvrage original. En 1 61 1 , Alpini publia son traité de Medicina melhodiea libri 13, Palavii, in-fol., Lugd. Balav., 1719, in-4", où l'auteurexprimesa prédilection pour les médecius méthodistes, et semble ainsi lier le siècle de Themison à celui de Baglivi. Nous avons encore d'Alpini : Dissertalio de Rhaponlico, Palavii, in-4°, 1612. Tous ces ouvrages ont eu de nombreuses éditions. Alpini , sur la lin de sa vie, devint sourd , ce qui l'engagea à faire de nombreuses recherches sur la cause de la surdité ; aussi a-t-il laissé un traité manuscrit sur cette infirmité, et sur les moyens d'en opérer la guérison. 11 eut quatre fds, dont l'un fut jurisconsulte , et un autre médecin à Padoue. C'est à ce dernier que l'on doit la publication du traité de Planlis exolicis, que son père avait laissé en manuscrit. Plusieurs autres ouvrages de Prosper Alpini sont restés également manuscrits. Charles Plumier a donné à l'un des genres qu'il a formés en Amérique le nom de Âlpina, dont Linné a fait Alpinia. Ce dernier nom est resté ; le genre qu'il désigne appartient à la famille des balisiers. C. et A— n.

ALPTÉGHYN, fondateur de la dynastie des Gaznevites, était originairement esclave d'ismaêl, prince sanianide, qu'il divertissait par des tours d'adresse. Après avoir obtenu sa libellé , il prit le parti des armes, et de simple soldat il devint général, puis gouverneur duKhoraçan. A la mortd'Abdel-Mélek, autre prince samanide, les sentiments étant partagés sur le choix de son successeur, on s'adressa à Alptéghyn. 11 s'opposa à l'élévation de Mansour, frère d'Abdel -Mélek, qu'il trouvait trop jeune, et proposa l'oncle de ce prince ; mais , tandis que les officiers de l'empire étaient livrés à ces discussions, le peuple de !k>khara mit Mansour sur le trône. Alptcghyn , n'ayant point dissimulé son mécontentement, devint odieux au jeune prince, qui le traita en rebelle, et envoya 15,000 hommes contre lui. A Iptéghyn dressa une embuscade à l'armée de Mansour, l'attaqua , et en lit un grand carnage. Avant le combat , il avait permis à ceux de ses soldats qui désireraient le quittet de passer dans le camp de Mansour ; mais aucun n'y voulut consentir, tant il avait su gagner leur affection. Celte victoire le rendit maître de Gaznah. II en lit la capitale de son empire , et y régna jusqu'à sa mort , en 365 de l'hégire (975). Sebckteghyn , son gendre, lui succéda. J — .v

ALtjLlÉ ( Frajsçois-Savi.nien d'), écrivain du 17' siècle , est auteur des ouvrages suivants: 1° tes Mémoires du voyage de Gkiron François , marquis de Ville, au Levant, ou l'Histoire du siège de Candie, en 1669, Amsterdam, 1071, 2 vol. in-12. L'auteur a rédigé son ouvrage sur les mémoires de J.-B. Rostagne, témoin oculaire, et sur quelques autres relations. 2* Les Délices de la France, 1669, 2 vol. in-12 ; ouvrage mal exécuté , peu exact, dont on a donné une nouvelle édition, moins incorrecte, a Leydc, 1728, 5 vol. in-8". 3° L'État de l'empire d'Allemagne, traduit du latin de Severinus de Mozam-

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bane (S. de Puffendorff J , 1699, in-13. 4» On lui attribue le Voyage de Galilée, publié par D. S. A.t Paris, 1670, in- 12. A. B— t.

ALQUIER (le baron Charles-Jea.n-Marie ), né à Talmont, près des Sables-d'Olonne , le 13 octobre 1752, lit ses études chez les Oratoriens, et passa quelques mois dans leur congrégation avec le projet d'y rester ; mais ses idées changèrent bientôt. 11 embrassa la carrière du barreau ; et avant la révolution il était à la Rochelle avocat du roi au présidial et procureur du roi au tribunal des trésoriers de France. Devenu maire de celte ville, il fut, en 1789, nommé député du tiers-état du pays d'Aunis aux états généraux. Il siégea au côté gauche de cette assemblée, et fit successivement partie du comité de la marine et des colonies, et de celui des rapports et des rechercltes. Ce fut au nom de ce dernier comité que, le 22 octobre 1789, il lut un rapport sur un mandement de l'évéque de Tréguier, accusé d'avoir excité à l'insurrection contre l'assemblée nationale, et qu'il conclut à des poursuites contre ce prélat pour crime de lèse-nation ; ce qui fut adopté. Dans le mois de mars suivant, une discussion fort vive s'étant élevée au sujet de la franchise accordée aux députés pour leurs corres[>ondanees , Alquier soutint avee chaleur que quelques-uns de ses collègues en abusaient |»our faire circuler des libelles contre-révolutionnaires. Le 51 juillet, il fut élu secrétaire. Enfin, adoptant de plus en plus le système de la révolution, il parla avec beaucoup d'amertume sur ceux de ses collègues qui avaient témoigné dans la procédure du Chàtelel contra les auteurs de la révolte des Si et 6 octobre. Quelques troubles survenus à Tabago ayant ensuite donné lieu à un rapport ( 17 février 1791 ) , Alquier mil autant de soin a défendre ceux qui avaient causé ces désordres qu'à accuser ceux qui s'étaient efforcés de les réprimer, notamment le gouverneur Jobal, qu'il lit rappeler. Dans d'aulres rapports sur les troubles sanglants qu'avaient occasionnés à Ni mes et à Uzès, entre les cnllioliques et les protestants, les premiers décrets de l'assemblée nationale, A Iquier présenta constamment les catholiques comme les ennemis de la révolution et les auteurs de tout le mal ; il les accusa d'avoir pris la cocarde blanche, ré|iandu des libelles séditieux , et fait nommer par des menaces eldes intrigues une municipalité contrerévolutionnaire ; enfin il demanda que cette municipalité fût cassée, et que le président et les commissa ires d'une assemblée de catholiques, où l'on avait osé protester contre les décrets de l'assemblée nationale, fussent traduits devant la haute cour d'Orléans ; ce qui fui décrété. Lors d'une autre révolte occasionnée à Douai par la cherté des grains , Alquier prétendit encore que ces désordres avaient été causés par le fanatisme ; et il proposa d'inlliger des peines aux ecclésiastiques qui , soit par leurs discours, soit par leurs écrits, exciteraient le peuple à la révolte. Cette proposition excita de vives réclamations ; et Robespierre lui-même déclara que des discours ne devaient pas être l'objet d'une poursuite criminelle ; qu'il était surtout absurde de faire une loi contre les discours des ecclésiastiques. Cette partie du projet

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fut rejetée. A l'époque du départ du roi pour Montmédy, Alquier fut envoyé dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais , avec le duc de Biron et Boullé ; et le rapport de ces commissaires, tout empreint de patriotisme , fut lu dans la séance du 28 juin 1791. Alquier termina ses travaux à l'assemblée constituante par un rapport sur les troubles de la ville d'Arles , dans lequel il proposa de blâmer des arrêtés inconstitutionnels du département et de l'assemblée électorale des Bouches-du-Rhône. La session finie, il fut appelé à la présidence du tribunal criminel de Seine-et-Oise. 11 remplissait ces fonctions lorsque les prisonniers d'Orléans arrivèrent à Versailles. On sait quel sort les attendait dans cette ville ; Alquier lit peu d'efforts pour les y soustraire ; il dit que des ordres positifs du ministre de la justice, Danton, l'en empêchèrent; et, si l'on en croit madame Roland , il était à St- Germain dans le moment où les victimes furent égorgées. Ce fut au milieu de ces horribles désordres que le même déparlement de Scine-ctOise l'élut pour son député à la convention nationale (1). In mois après son entrée dans celte assemblée , lorsque la ville de Lyon commençait à être agitée par les violences de Chalier (voy. ce nom ), il s'y rendit en qualité de commissaire avec Boissy d'Anglas et Vitet, et réussit pour un moment à rétablir le calme. Revenu à la convention, il y assista au procès de Louis XVI, et vota la mort de ce prince, mais à condition que l'exécution serait ajournée k la paix générale , où cette peine pourrait être commuée ; demandant toutefois qu'elle fût appliquée sur-le-champ en cas d'invasion de la part d'une année étrangère on de celle des ci-devant princes français émigrés. C'était évidemment la peur qui dictait un pareil vote; et il est trop vrai que dans toute sa carrière politique , surtout à la convention nationale , Alquier sacrifia souvent à ce méprisable- sentiment. U devina de bonne heure les résultats que devait avoir dans cette assemblée l'exagération révolutionnaire, et il mit tous ses soins à se soustraire aux dangers qui devaient en être la suite. Ayant cru d'abord pouvoir se tenir caclié au comité de sûreté générale, dont il fut un instant président, il réussit à s'éloigner de ce volcan par des missions qu'il se fit donner. Pendant tout le temps qu'il fut obligé d'assister aux séances , on ne le vit jamais assis à la même place. A deux heures, il siégeait au marais et riait avec Vergniaux et Barbaroux ; à trois heures, il était sur la montagne , donnant la main à Danton , causant avec Sl-Just et Robespierre, et n'applaudissant jamais que du pied. Il eut, après le 51 mai, une mission dans l'ouest pour la réquisition des chevaux (2) ;

(I) Il aval! été recommandé en ces termes dans une brochure poblice par Dubois de Crancé, sous ce litre : le rérUaHe Portrait de nos Uaitlattura, 1791, m-8* : « Ce député de la Rochelle est DR des «plus vigoureux athlètes que le pairiolisme ail eus a opposer * l'a- I aristocratie. Il a beaucoup de sens, d'esprit, et même un caraettre «/ri>#-j>rff«oiwé... Alqnier a penln toute sa fortune a la révolution... «11 est aujourd'hui sans étal el sans fortune... Le seul mojren qu'ait «le peuple de se conserver des amis, des défenseurs télés, est de les «récompenser quand il le peut : on ne vil pas de benédiclions... » (a) 11 Prenait dans ses arrêté* le titre de rtfrtêCMtm du ftufie.

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et l'on pense qu'il n'y négligea pas ses affaires particulières, a Vous autres grands faiseurs, disait-il «un jour a Jean -Bon St-André, son collègue, « vous aimez à commander aux hommes ; pour moi « j'aime mieux avoir affaire à mes chevaux ; ce sont « les meilleures gens du monde ; ils ne dénoncent « pas; ils mourraient de faim sans se plaindre... » Plus tard, la carrière législative d'Alquier ne présenta rien d'important ; seulement en octobre 1794, c'est-à-dire après la chute de Robespierre , il parla contre les horreurs que le général Turreau avait commises dans la Vendée. On a bien dit qu'il avait fait supprimer un bataillon d'enfants qu'un de ses collègues avait créé pour fusiller les prisonniers , mais ni l'existence du bataillon, ni l'acte d'humanité d'Alquier ne sont prouvés. Lorsqu'il vit la lutte prés d'éclater entre la convention nationale et le [tarti réactionnaire, il se ménagea adroitement des intelligences dans les deux camps, et donna même aux chefs des sections de Paris des avis dont ils auraient pu mieux profiter. 11 logeait à celte époque dans une petite maison prés du lieu des séances, afin de pouvoir se trouver au milieu de la convention si le combat se terminait en sa faveur , ou dans les rangs des Parisiens s'ils étaient les plus forts. Envoyé près de l'année du Nord avec Richard , à l'éjioque de la conquête de la Hollande, il s'y lit remarquer, ainsi quo son collègue, par la modération de sa conduite, et transmit & l'assemblée les détails de la conquête de la Hollande. Après la session conventionnelle, il entra au conseil des anciens, et fut élu secrétaire, le 21 mars 1795. Il présenta à cette assemblée deux décrets qui furent adoptés ; le premier, jwiir la création d'un conservatoire des arts cl métiers; le second, pour la suppression du clergé régulier delà Belgique. Mquier sortit du corps législatif au mois de mai 1798, et lut immédiatement nommé par le directoire consul général a Tanger ; mais il ne s'y rendit pas* et deux mois plus lard on l'envoya près de l'électeur de Bavière, d'al>ord en qualité de résident, puis comme ministre plénipotentiaire. Il lui était expressément ordonné de solliciter la retraite des trou|»es impériales, et de réclamer pour la France le paiement de 14 millions de contributions. Pendant son séjour à la cour de Munich , il écrivit au baron de Hompesch une lettre qui fit quelque bruit, et dans laquelle il repoussait le dessein prêté au directoire d'exciter une révolution dans le |«ys de Wurtemberg et l'électoral de Bavière. Selon l'usage de cette étioque, il attribuait au gouvernement anglais l'insidieuse proftagalion de ces nouvelles. Vers le même temps, il offrit ses services à l'évoque de Clermont, émigré, qui, cherchant à s'éloigner , avait été arrêté |iar les troupes républicaines; et il lui lit dire que, bien que d'opinion différente, il était loin d'oublier ce qu'il devait a son caractère et à ses qualités personnelles. Invité par

deitgut prit far mit du cites de Brut pour Vtsteutian de la loi du 37 trumaire. Il avait bit «mut uue vigneiie avec relie légende : Cotât mènent retolutuauutre, armée du ctleé de Brut ; U mu un eru*&un burinante d on bo»uet rouge, un huit : La Merle au la

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le prince Charles à se retirer de Munich à l'époque de la sanglante dissolution du congrès de Rastadt , il reçut du prince une escorte de deux officiers, sous la protection desquels il traversa les lignes autrichiennes, et arriva, en 4799, aux avant-postes de l'armée française. Quelques mois après, on lui donna la recette générale des linances du département de Scine-et-Oise; mais cet emploi étant peu conforme à ses goAts et à son genre de connaissances , il s'en démit au bout de quelques semaines. Après le 18 brumaire, il fut question de l'appeler à la préfecture de police à Paris, et il était assurément trèspropre à ces fonctions ; cependant Bonaparte , qui tenait beaucoup à ce qu'elles fussent bien remplies, et qui se connaissait en hommes, craignit la faiblesse d'Alquier , et le nomma a l'ambassade d'Espagne. Alquier alla donc remplacer à Madrid son ancien confrère de la convention, Guillemardet; et il arriva dans cette ville en janvier 1800. 11 y commença la négociation de l'échange de la Louisiane, qu'un autre eut plus tard l'honneur de terminer. Ce fut Lucien Bonaparte qui le remplaça dés le commencement de 1801. Alquier passa alors a Florence, où il fut chargé de négocier avec la cour de Naples. \jb résultat ostensible de ces négociations fut la cession à la France de la moitié de l'Ile d'Elbe , qui appartenait au royaume de Naples , et le paiement d'une somme de 500,000 fr. en indemnité pour les Français qui avaient été pillés dans Rome par la populace, à l'occasion de la guerre et de la révolution. Alquier se rendit aussitôt après à Naples avec le titre d'ambassadeur ; et il débuta dans cette cour par faire renvoyer en Sicile , dans une sorte d'exil , le ministre Acton, qui depuis plus de quinze ans était en possession de la diriirer. Il suscita encore beaucoup de tracasseries à Ferdinand IV; et vers la lin de 1805, lorsque Napoléon eut pris définitivement la «'•solution de dépouiller ce monarque de sa couronne pour la placer sur la tète «le son frère Joseph, l'ambassadeur Alquier, sans avoir pris congé, s'éloigna précipitamment avec toute la légation et le consulat. L'invasion de l'armée française fut la conséquence et la suite immédiate de ce brusque départ. Dans l'année suivante, Alquier remplaça le cardinal Fesch à Rome, et fut chargé de continuer auprès de cette cour la négociation d'une alliance qui avait été commencée par son prédécesseur. Il était doué de trop de tact et d'habilcle jMiur ne pas apprécier dès le premier moment toutes les difficultés d'une pareille affaire, et il s'en expliqua sans détour dans les raj*porls qu'il fit à son gouvernement. Napoléon , qui ne pouvait souffrir de résistance, et qui d'ailleurs avait résolu à cette époque de renverser complètement l'autorité pontificale, rappela son ambassadeur. « Vous êtes un dévot, monsieur Alquier, lui dit-il « à son arrivée à Paris ; vous avez voulu gagner « des indulgences à Rome. — Sire , répondit le spi- « rituel et souple diplomate, je n'ai jamais eu l«e- « soin que de la vôtre (1). » En effet , Napoléon lui

(I) On trouve le» pièce» de l« rorrespondanre d"Alqnler avec le fjjnl— 6it*^r? dans \t Htcuéii 44$ Bcttt êmÊÊÊê d§ Rpmc 4*ms in ct?i-

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pardonna sans peine, et, deux ans après, il l'envoya en Suéde avec une mission peut-être encore plus délicate, celle de faire concourir ce royaume, mure ses intérêts les plus évidents, au système continental. Alquier, se rappelant que les moyens de persuasion et de douceur ne lui avaient pas réussi à Home, prit un autre ton a la cour de Stockholm. Dés le mois de novembre 1810, il adressa au ministre d'Ett;*v trom une note extrêmement violente, et qui effraya le gouvernement suédois au point de lui faire déclarer aussitôt la guerre a l'Angleterre. Cependant , un peu plus tard , les souffrances du commerce et l'influence de Bernadette , devenu prince royal de Suéde, décidèrent le cabinet de Stockholm à montrer un peu plus d'énergie. Aussitôt qn'Alquier vit que l'on mettait moin» d'empressement à remplir ses ordres , il s'éloigna sans prendre congé , comme il avait fait à Naples, et se rendit à Copenhague avec le tilre de ministre plénipotentiaire que lui lit |>arvenir Napoléon. La, comme a Stockholm , il prit le ton de la menace et de la violence ; et ce fut par de pareils moyens qu'il entraîna le Danemark dans une alliance avéc la France et dans une guerre contre la Suède, qui devait en définitive lui faire perdre la Norvvége.Si une telle soumission aux injonctions de l'ambassadeur de IS'apoléon atteste la faiblesse de la puissance danoise , elle prouve du moins l'habileté de l'ambassadeur français ; et elle le prouve d'autant mieux , qif Alquier réussit a tenir ainsi le Danemark dans les mains de la France jusqu'à la chute de Napoléon ; et que, lorsqu'il fut rappelé dans le mois de juin 1814 par Louis XV1M, il partit comblé de présents par Frédéric VI. Devenu en France, Alquier vécut dans la retraite ; mais il fut exilé comme régicide par la loi du 12 janvier 1810. Il se rendit en Belgique, où il liabita la petite ville de Vilvordc jusqu'à ce qu'un de ses anciens collègues à la convention nationale, Hoissy d'Anglas , devenu pair de France , eût obtenu sa rentrée. De retour à Paris au commencement de 1818, il se tint Tort paisible et mourut le 4 février 1820. Alquier était né bon, mais faible; il avait l'esprit cultivé, fin et piquant ; il aimait les jouissances douces. On doit conclure de tout cela que sa place n'était point à la convention nationale. On a trouvé dans les archives impériales son portrait Tait avec assez de vérité par un de ses collègues à l'assemblée constituante ( Regnault deSt-Jean d'Angély), qui le connaissait bien : « Il est difficile d'avoir plus d'esprit , un tact plus « fin, plus de tenue et d'aménité. Il connaît beau- « coup les hommes et les choses de la révolution ; « Il connaît Paris; et, quoi qu'on en dise aujour- « d'hui, il faisait la police sous Cochon, dont il était « l'ami et l'inséparable conseil. On lui reproche une « grande poltronnerie et beaucoup de paresse ; le « travail lui fait peur; mais il sait faire travailler. « Sa conception facile et son coup d'nil juste le dis- « pensent d'une occupation longue. I n rien lui fait « peur, et dans le moment du danger je doute qu'il

tnttlUm «f« fape arec Napolron, imprimé à l-ondre» et k Pirii. ftf ibwi la Quart Concordat*, pw M. de Pradl.

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