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entra en conversation avec lui, et, lorsqu'il eut appris son histoire et ses projets, lui offrit l'hospitalité, ainsi qu'au jeune Diego. Se méfiant néanmoins de son propre jugement, Juan Percz appela auprès de lui son ami Garcia Fernandez, savant médecin de Palos, qui admira également la tenue et la conversation de Colomb. Pendant tout le temps de son séjour au couvent, plusieurs conférences avec les deux amis augmentèrent l'enthousiasme qu'il leur avait inspiré , et lorsqu'il se décida A se rendre à la cour, Juan Perez lui donna une lettre d'introduction tréspressante pour Fernando de Talavera, prieur du monastère du Prado et confesseur de la reine , qui jouissait d'une grande inDuence auprès de cette princesse. Colomb prit congé du prieur de la Rabida, auquel il laissa son fils, et arriva a U résidence royale de Cordoue dans les premiers mois de 1486 ; mais il lui fut impossible d'obtenir une audience, parce que Fernando de Talavera , considérant son plan comme extravagant et inexécutable, loin de le protéger , s'était prononcé contre lui. Le moment n'était pas d'ailleurs favorable, les deux souverains de l'Espagne étant à cette époque occupés d'affaires importantes qui absorbaient toute leur attention, la réduction des Maures et des révoltes à apaiser. En attendant qu'il put se faire écouter, Colomb soutenait son existence en dessinant des cartes, et cherchait i se créer des appuis. L'un des plus utiles fut Alonzo de Quintanilla, contrôleur des finances de Castille, qui le reçut , dit-on , dans sa maison et devint l'avocat le plus ardent de sa théorie. Il fit aussi connaissance avec Antonio Geraldini, nonce du pape, et avec son frère Alexandre, précepteur des jeunes enfants de Ferdinand et d'Isabelle. Ces deux frères entrèrent avec chaleur dans ses vues et l'introduisirent auprès du célèbre Pedro Gonzalez de Mendoza , archevêque de Tolède et grand cardinal d'Espagne, qui l'écouta avec attention et lui fit obtenir une audience des rois catholiques. L'éloquence persuasive de Colomb fit une grande impression sur Ferdinand et sur Isabelle; mais les astronomes et les cosmographes les plus savants que , d'après l'ordre de ces souverains, le prieur de Prado avait réunis à Salamanquc pour conférer avec Colomb , furent moins aisés à convaincre. Après lut avoir opposé les objections les plus bizarres, ils étaient au moment de se prononcer en tres-giando majorité contre lui, lorsque le départ de la cour pour Cordoue (1487) et la mémorable campagne contre Malaga, dans laquelle Colomb montra une valeur distinguée, vinrent interrompre leurs délibérations. Parmi ceux que les raisonnements de Colomb avaient convaincus se trouvait don Diego de Dcza, savant religieux de l'ordre de St-Dominique et professeur de théologie,devenu deputsarchevêquede Sé vil le, qui l'aida non-seulement de sa bourse, mais aussi de ses bons offices auprès des souverains durant la vie errante qu'il menait h leur suite. Pendant quelque temps, les projets de Colomb semblèrent abandonnés. On ne parut s'en occuper de nouveau que dans l'hiver de 1491, époque à laquelle il parait certain que le rapport défavorable de la commis-
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sion de Salamanque fut mis sous les yeux des princes parFernandodc Talavcra.Une réponse polie, mais dilatoire, faite à Colomb, le décida à retourner à Séville, plein de désappointement et d'indignation. Quoiqu'il désespérât de réussir a la cour, il ne pouvait se décider à quitter l'Espagne, où de tendres liens l'unissaient à une dame de Cordoue, nommée Béa- Irix Emïqucz, qui fut la mère de son lils Fernando. Fie pouvant réussir auprès des souverains de l'Espagne, il résolut de s'adresser à de riches et puissants seigneurs espagnols, pour les déterminer a coopérer à son entreprise. Il échoua auprès du duc de Medina-Sidonia, cl était sur le point de réussir auprès du duc de Mcdina-Ccli, lorsque ce grand personnage rétracta ce qu'il avait promis, dans la crainte de déplaire à ses souverains en excitant leur jalousie. Colomb se détermina alors à se rendre à Paris, où l'appelaient des lettres bienveillantes du roi de Fiance. Dans celte intention, il regagna le couvenl de la Rabida pour y prendre son lils, qui y était resté jusqu'à ce moment sous la tutelle de son ami Juan Puez de Marchena. Cel estimable religieux, qui voyait Colomb arriver encore une fois à la porte de son couvent, après sept ans de vaines sollicitations à la cour, fut vivement touché de sa détresse, et le pria de suspendre quelques instants encore son départ. Après s'être concerté avec Garcia Fentandez, et avec Marlin-Alonzo Pinzon, chef d'une riche famille de marins distingués de Palos, connu par son expérience pratique et ses expéditions aventureuses, et qui approuvait non-seulement les plans de Colomb, mais offrait de concourir à leur exécution de sa bourse et même de sa personne, un pilote de Lepi, Sébastien Rodrigues, l'un des hommes les plus importants du pav s par ses connaissances géographiques, fut chargé d'une missive pour la reine, à celte époque à son camp devant Grenade. La réponse ne se fit pas attendre : Juan Percz reçul ordre de se rendre auprès de la reine ; il partit immédiatement; et tel lui le zèle qu'il mil dans ses explications avec cette princesse, que Colomb fut invité à venir lavoir sans délai, et reçut d'avance l'argent nécessaire pour paraître convenablement à la cour. Lorsqu'il y arriva, les circonstances semblaient favorables: Grenade, le dernier boulevard des Maures en Espagne, venait d'être prise ; Isabelle le reçut avec la plus grande distinction ; mais après plusieurs conférences, les demandes qu'il fil d'être investi des tilres el des privilèges d'amiral el de viceroi de tous les pays qu'il découvrirait, et d'avoir le dixième de tous les bénéfices acquis, soit par le commerce , soit par la conquête, ayant été trouvées exorbitantes, il prit congé de ses amis, monta sur sa mule, et sortit de Santa-Fé, au commencement de février 1 192, pour se rendre à Cordoue et de là en France. Luis de St-Angel, receveur des revenus ecclésiastiques de la couronne d'Aragon, de concert avec Alonzo de Quintanilla, qui considéraient le dé|iart de Colomb comme une perte irréparable pour la nation, résolurent de tenter un dernier i ffort. Ils se rendirent auprès de la reine, et lui parlèrent avec tant de chaleur et de couvieliou que,
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soutenus par la marquise de Moya, ils parvinrent a cnllanuner l'imagination d'Isabelle à un tel point que, lorsque son royal époux fil observer que le trésor était vide, elle s'écria qu'elle entreprenait l'expédition pour su couronne de Casiillc, et qu'elle mettrait ses joyaux en gage pour se procurer les fonds nécessaires. Si - Angel ayant offert alors de faire lui-même toules les avances, un messager fut expédié en toute hâte à Colomb , parvenu déjà au pont de Pinos, à 2 lieues au delà de Grenade. Il hésita quelques instants ; mais lorsqu'on lui cul fait connaître l'ardeur témoignée par la reine el ses promesses positives, il retourna sur ses pas, et, le 17 avril 1492, les capitulations, telles qu'il les avait exigées, furent signées par Ferdinand et Isabelle dans la ville de Santa-Fé. Le S mai , son (ils Diego fut nommé page du prince don Juan, héritier présomptif, et le 42, Colomb prit congé de la cour pour se rendre au port de Palos où devait se faire l'armement. De* trois navires destinés à accomplir le voyage, deux furent fournis, après de longs délais el de grandes difficultés, par les habitant) de Palos; et le troisième par Colomb lui-même, avec l'assistance des Pinzon, pour remplir l'engagement qu'il avait voulu prendre, de fournir le huitième des frais de l'expédition. Ce fut ainsi qu'avec trois petits bâtiments, dont deux n'étaient guère que des barques légères non pontées , appelées caravelles, Colomb entreprit ia découverte du nouveau monde. Le bâtiment à Uni duquel il hissa sou pavillon lut nommé la Santa- Maria; Martin-Alun zo Pinzon, ayant François Martin, son frère, pour pilote, commandait le second, appelé la Pinta; et le troisième, dont le nom était fa A'i'ria, avait pour commandant le troisième des frères, Yicente Yafiez Pinzon. Trois autres pilotes, Sancho I\uiz, Pedro Alonzo Nino et Rarloloinco Rohlan, étaient attachés à l'expédition ; Rodrigo Sancbez de Ségovie exerçait les fonctions d inspecteur général de l'armement; Diego «le Arana, celles de principal alguazil, el Itodcrigo de Escobar était notaire rotai; il y avait aussi un médecin el un chirurgien, quatre-vingt-dix marins, outre quelques aventuriers, en tout cent vingt personnes. Avant de partir, Christophe Colomb relira son lils Diego du couvent de la Rabida, el le conlia aux soins de Jiuu Bodriguez Cabezado , habitant de Moguer , cl de Martin Sanchcz , ecclésiastique de la même ville, probablement afin de lui douner quelque connaissance du monde avant qu'il se rendit à la cour. Il se confessa ensuite au religieux Juan Pcrez, recul ia communion, ainsi que la pliqHii des ofliciers et des marins de ses équipages, el, le vendredi 3 août U92, dans la matinée , on mil à la voile de la barre de Suites , petite lie formée par le bras de la rivière Odiel, vis-à-vis la ville d'Uuclva, ou, comme le dit Colomb lui-même dans le prologue pompeux de son journal , du poi l de Palos. L'escadre se dirigea d'abord sur les iles Canaries, où elle relâcha. Le 6 septembre ou quitta le port de la Gooifra , pour éviter trois navires portugais qui croisaient dans ces parages, à dessein, dit-on, d'enlever l'amiral ; et ce jour peut Cite regardé comme le premier du plus mv-
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morable voyage que les hommes aient osé entreprendre. On n'eut d'abord que des vents légers et du calme, et l'on fit très-peu de chemin ; on perdit ensuite la terre de vue. Les compagnons de Colomb, qui s'avançaient sur l'Océan sans voir de terme à leur voyage, furent alors étonnés de la hardiesse de leur entreprise. Plusieurs soupirèrent et versèrent des larmes, croyant qu'ils ne reverraient jamais leur patrie. Colomb les consola et ranima leur courage, en leur peignant sous les plus brillantes couleurs les riches contrées où il allait les conduire. Ce fut alors qu'il commença à employer un stratagème qu'il continua pendant tout son voyage : il tint deux estimes ou livres de locli, l'une correcte dans laquelle il notait exactement le véritable cVmin qu'avait fait son navire et qu'il conservait secrètement |»ur son gouvernement, et dans l'autre, que tout le monde pouvait examiner, il retranchait cliaquc jour un certain nombre de lieues, afin que les équipsigcs fussent tenus dans l'ignorance sur la distance réelle qu'on avait parcourue. Le 1 ( septembre, étant à environ 130 lieues à 4'oucst de Pile de Fer, on vit un tronc de mit qui paraissait avoir appartenu à un navire tic cent vingt tonneaux ; mais on ne put le saisir. Colomb observait tous les jours la hauteur méridienne du soleil avec l'astrolabe , el vérifiait la direction de l'aiguille aimantée sur l'étoile polaire; il était attentif à remarquer tous les phénomènes, et surtout les différents aspects des astres. Le jeudi 13 septembre, au commencement de la nuit, et le lendemain au point du jour, ayant remarqué que les boussoles nordouestaient, il crut avoir fait la première observation de déclinaison magnétique. En Europe cependant cette déclinaison avait déjà été trouvée par Peregrini en 1269. Ce phénomène attira l'attention des pilotes el les remplit de consternation. Le 14, on aperçut une hirondelle de mer et un paillecn-queue, oiseaux qui ne s'éloignent jamais de terre de plus de 25 lieues, et le lendemain on vit tomber du ciel, à 4 ou S lieues des navires, un merveilleux trait de feu (1). Depuis neuf jours que l'on était en mer, sans voir autre chose que le ciel et l'eau , les vents avaient souhlé sans interruption de la partie de l'est ; les matelots, qui n'étaient jamais restés si longtemps loin de la terre, voyant que ces venu étaient contraires pour aller en Espagne, craignirent de ne pouvoir jamais y retourner. Les 16 et 17, la mer parut couverte d'herbes détachées des rochers, dans lesquelles on trouva un crabe vivant, que Colomb garda, en disant que c'était un indice certain, parce qu'il n'en existe jamais à 80 lieues de terre ; et comme l'eau de la mer était moins salée et l'air de plus en plus tempéré, tout l'équipage devint joyeux. Le 18 septembre, Martin- Alonzo Pinzon, qui avait pris les devants parce que son navire était bon voilier, vint dire & Colomb qu'il avait
(I) On penl supposer que ce phénomène n>uit antre chose qu'on de tes météores tonnas vulgairement suiu le nom de/©Wr« filantes, et (jtie la mulinValion de merreilleut quo lui doiiue Colomb indique seulement qn"il eiail plus pi-lataiil que rrux qu'on avait NltUH 4» mut. iNote de M. de Rosscl, ertraile de notre induction des Voyage» iit ÙuittCfkt Ce/***. U-t-S.
•perçu une multitude d'oiseaux voler ver» le couchant et qu'il espérait voir la terre cette nuit même; mais l'amiral jugea que ce n'était qu'une illusion. Les signes de la proximité de la terre continuèrent cependant le 1 9 ; il y avait de petites pluies et des brumes sans le moindre vent, et deux fous vinrent sur les vaisseaux; on sonda et on ne trouva point de fond à deux cents brasses. Les matelots, ne voyant aucune apparence de terre se réaliser, commencèrent à se décourager de nouveau et à se plaindre d'être ainsi abandonnés au milieu des mers, loin de tout secours. Le 20, on vit des fous et deux ou trois autres oiseaux, venant de l'ouest ; on prit à la main un oiseau qui ressemblait a une hirondelle et qui avait les pieds comme une mouette ; et deux ou trois autres vinrent en chantant dés le point du jour au bùtiment et dis- [)arurt-nt avant le lever du soleil ; la mer parut couverte d'herbes flottantes. Ces divers indices de terre arrêtèrent pour quelque temps les murmures. Le calme régna presque toute la journée du 21 ; on continua de voir sur la mer beaucoup d'herbes venant de l'ouest, et on aperçut un fou el une baleine. Le lendemain, le vent, qui jusqu'alors avait été favorable, tourna au sud-ouest et devint contraire. « II « me fut fort nécessaire, dit Colomb dans son journ nal , parée que les gens de mou équipage étaient a en grande fermentation, pensant que dans ces k mers il ne souillait pas de vent pour retourner en « Espagne. » Us pensaient aussi qu'il n'y avait jamais de haute mer dans ces parages , et par conséquent pas de vents favorables pour le retour; mais» le 23, elle s'éleva sans que le vent soufll.ii, et devint si grosse que tous en étaient étonnés, tandis que Colomb s'en félicitait. Sa situation devenait néanmoins de plus en plus critique , car l'impatience de ses équipages augmentait à mesure qu'il s'éloignait de l'Espagne et s'approchait des pays où il espérait aborder. Les signes favorables qui avaient augmenté sa confiance étaient tournés par eux en ridicule , et ils les considéraient comme de pures illusions. Tout faisait craindre qu'ils ne l'obligeassent à retourner sur ses pas au moment peut-être où le but de ses travaux allait être atteint. Craignant de périr dans des mers inconnues, ils se disaient entre eux que l'amiral avait résolu de devenir grand seigneur aux dépens de leur vie, qu'ils n'étaient point obligés do le suivre, et qu'après une aussi longue route, ils pouvaient retourner dans leur pays ; ils ajoutaient que les vivres commençaient à leur manquer, que les vaisseaux, ouverts en plusieurs endroits, n'étaient pas assez bons pour continuer le voyage, que personne ne les blâmerait d'abandonner leur dessein, que l'amiral passerait pour un fou , d'avoir fait une entreprise condamnée par tant d'habiles cosmographes, et que, quand il la voudrait justifier, on ajouterait plus de foi à leurs paroles qu'à tout ce qu'il pourrait dire. Quelques-uns s'emportèrent jusqu'à proposer de le jeter à la mer, dans le cas ou il ne voudrait pas retourner de bon gré ; qu'ils publieraient ensuite qu'il y était tombé lui-même par un malheur inopiné en observant les étoiles. Personne, ajoutaient-ils ne pourra deviner le contraire; et c'est
le seul moyen de nous sauver. Ils passèrent quelques jours en cet état, pleurant, gémissant et tâchant de prendre entre eux quelque sorte de résolution. Colomb, sentant le danger de sa position, tantôt leur parlait avec douceur, tantôt avec énergie ; il leur témoignait qu'il ne craignait pas de mourir, et leur représentait les supplices qu'on leur ferait subir en Espagne s'ils l'empêchaient de continuer son voyage. Ensuite, pour leur donner quelque espérance de succès, il les faisait souvenir de tous les signes qu'ils avaient vas, et leur promettait de découvrir bientôt une nouvelle terre. Peu à peu leur mécontentement s'apaisa. Le 25, après beaucoup de calme, le vent devint favorable et on s'avança dans la direction de l'ouest. Martin-AlonzoPinzon venait de renvoyer à Colomb line cartequece dernier lui avaiteommuniquée depuis trois jours, et qui représentait certaines lies dans celle mer, et l'amiral était occupé à la pointer avec son pilote, lorsque Pinzon lui cria bonne nouvelle, en lui disant de partager son allégresse parce qu'il voyait la terre. Il lui montrait en même temps une masse obscure qui ressemblait i une terre à environ 25 lieues de distance. Colomb, partageant son opinion, se jeta a genoux pour remercier le Seigneur; on chanta le Gloria in txttl$i$ Deo sur tous les navires, et on changea la rouie, qui était à l'ouest, pour prendre la direction du sud-ouest, dans laquelle la terre avait paru; mais le lendemain on s'aperçut que c'était une illusion. Ce fut avec un profond découragement, que Colomb seul n'éprouvait cependant pas, qu'on suivit de nouveau la route de l'ouest. Pendant plusieurs jours on eut une brise favorable, une mer tranquille, un temps délicieux, et l'on vit plusieurs paille-en-queue, des frégates, des fous, et beaucoup d'herbes sur la mer ; tous ces indices de terre empêchèrent l'équipage de se livrer au désespoir. Le 1" octobre, Colomb se croyait a 707 lieues de l'Ile de Fer, quoiqu'il n'en comptât que 584 à son équipage, pour ne pas l'effrayer. Le lendemain on vit un oiseau blanc qui paraissait être une mouette ; le 3 on aperçut d'abord des damiers, et puis on ne vit aucun autre oiseau, ce qui Ht penser à Colomb qu'il avait laissé derrière lui les tles qui se trouvaient figurées sur sa carte. Le A plus de quarante damiers, une frégate, une mouette et deux fous vinrent à la caravelle de l'amiral , et un jeune garçon qui était à bord en atteignit un d'un coup de pierre. Le 7, la A't'na , ayant cru apercevoir la terre, arbora un pavillon au bout du mât de hune et fit une décharge de son artillerie ; mais c'était encore une erreur. Comme une grande multitude d'oiseaux volaient du nord au sud-ouest, ce qui pouvait faire croire qu'ils allaient passer la nuit a terre, l'amiral, qui savait que les Portugais avaient du a l'observation du vol des oiseaux la découverte de la plupart des îles qui sont en leur possession, se détermina à abandonner la route de l'ouest, et à tourner la proue vers l'ouest sud-ouest. On suivit le même, rumb de vent dans la journée du 8, pendant laquelle on vit beaucoup d'oiseaux des champs qui fuyaient au sud, et dont on prit un. Le 9 et le 10 on continua de naviguer d'abord au sud-ouest et
ensuite â l'ouest sud-ouest. Ce dernier jour les gens de l'équipage renouvelèrent leurs plaintes sur la longueur du voyage, et ne voulaient pas aller plus loin. Mais l'amiral les ranima da mieux qu'il put en leur donnant bonne espérance des profits qu'ils pourraient faire. Il ajouta qu'au reste leurs plaintes ne leur serviraient à rien, parce qu'il était venu pour se rendre aux Indes, et qu'il entendait poursuivre son voyage jusqu'à ce qu'il les trouvât, avec l'aide de Notre-Scigncur. Le A A octobre les indices de terre devinrent plus certains : on vit des damiers et un jonc vert tout près du vaisseau amiral ; l'équipage de la Pinla aperçut un roseau et un bâton ; on prit un autre petit bâton qui paraissait travaillé avec du fer, un tronc de canne, une poignée d'une espèce d'herbe qui vient sur terre, et une petite planche. Les gens de la Nina virent aussi d'autres signes de terre, entre autres un rameau d'épines chargé de fruits. A la chute du jour Colomb ordonna qu'on reprit la première roule directement â l'ouest. A dix heures du soir, Colomb, étant sur le gaillard de poupe, vit un feu, mais au travers d'une masse si obscure qu'il ne voulut pas affirmer que ce fût la terre. Il le fit néanmoins remarquer â Pédro Gutierrcz, tapissier du roi, et celui-ci vit effectivement une lumière ; mais Rodrigo Sanchcz de Sésovie, que le roi et la reine avaient envoyé sur la flotte en qualité de contrôleur, ne la vit pas, probablement parce qu'elle avait disparu. On la revit cependant une ou deux fois encore, ce qui fit juger â Colomb qu'on était près de terre. Aussi, quand on dit le Salve, que les marins , qui se munissent tous â cet effet, ont coutume de réciter et de clianter à leur manière, Colomb les avertit ei les pria de faire bonne garde au gaillard de poupe et de bien regarder du côté de la terre, promettant de donner un pourpoint de soie à celui qui dirait le premier qu'il la voit, et cela sans préjudice des 10,000 maravedis de rente (environ 8.0 0 francs), et des autres récompenses promises par le roi et la reine. Comme le navire fa Pinla, étant meilleur voilier, allait devant l'amiral, il aperçut enfin la terre et fit les signes que celui-ci avait ordonnés; un marin, nommé Rodrigo de Triana, fut le premier qui la vit ; mais on accorda ensuite la récompense à l'amiral, parce que c'était lui qui avait d'abord vu la lumière. Ce grand événement eut lieu i deux heures après minuit , et la terre n'était plus qu'A 2 lieues. Ce fut donc le vendredi 12 octobre, après une navigation de soixante et onze jours, que se fit la découverte du nouveau monde. On ferla toutes les voiles, en ne laissant que le treou, qui est la grande voile sans bonnettes, et on mit en panne pour attendre le jour. Chacun désirait contempler cette terre après laquelle ils avaient si longtemps soupiré, et que la plupart d'entre eux avaient desespéré de jamais voir. Enfin elle se montra avec le jour naissant, couverte de verdure et d'arbres chargés de fruits de différentes espèces. On apercevait de tous cotés les habitants entièrement nus sortant des bois et accourant sur le rivage. Colomb s'embarqua bientôt dans la chaloupe armée, avec Martin-
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Alonzo 'et Vîccnic Yanez Pinzon , tenant en main la bannière royal?, tandis que les deux capitaines portaient chacun l'une des bannières à croix verte placées dans chaque bâtiment en signe de reconnaissance. Dès qu'ils curent mis pied à terre, ils se prosternèrent tons, les larmes aux yeux, et remercièrent Dieu de la faveur qu'il leur avait accordée (I). En se relevant, Colomb nomma l'ile San-Salvador, et en prit possession au nom du roi et de la reine d'Espagne, au milieu des habitants étonnés, qui l'entouraient et le regardaient en silence. Aussitôt tous les Castillans le proclamèrent amiral et vice-roi des Indes, et lui jurèrent obéissance. Le sentiment de la -.-lui u> qu'ils venaient d'acquérir les rappela à leur devoir ; dans leur enthousiasme, les uns l'embrassaient, d'autreslui baisaient les mains : tous lui demandaient pardon des chagrins qu'ils lui avaient donnés. Colomb parut alors avec toute sa supériorité, lorsqu'il leur pardonna avec la dignité et la douceur qui ne l'avaient jamais abandonné. L'Ile qu'on venait de découvrir était appelée par ses habitants Guanahani; mais clic a conservé, sur la plupart des cartes, celui de San-Salvador. Elle fait partie des Iles Lucayes, qui ne sont pas éloignées de plus de 100 lieues des cotes de la Floride (2). Les habitants de San-Salvador parurent simples et bons; ils furent d'abord étonnés de la blancheur du teint des Espagnols, de leur barbe et de leurs vêtements; mais ensuite ils s'approchèrent avec conliance. On leur donna des bonnets de diverses couleurs, des grains de verre et d'autres bagatelles. Lorsque l'amiral retourna â bord, les uns le suivirent à la nage, d'autres dans leurs pirogues : sa chaloupe en était environnée. Leur teint était olivâtre. Les hommes et les femmes allaient entièrement nus ; l'usage du fer leur était inconnu ; ils ne craignaient pas de prendre les sabres par la lame, et souvent se blessaient. Le lendemain, ils vinrent au bâtiment troquer du coton contre des choses de peu de valeur. Quelques-uns portaient, à un trou qu'ils s'étaient fait au nez, de petites plaques d'or qui frappèrent les Espagnols. On leur demanda d'où ils tiraient cet or, et ils in-
(4) On IroBve dans tes Tat. ekron. de lu itsnh. do P. Claodio Clemento, decad. 4, Valeneia, I6S0. la formule de prière faiir, Uii-on, par Colomb en crue circonstance, et que, depuis, Bal boa, Cortès et Piiarre employèrent dans leurs découvertes. D— i— ».
(2) M. de Navarrete a pensé que c'éiaii la Grande- Saline, en espagnol fl grtn Tvrro, et M. le baron de Htimboldt, daim une lettre qu'il voulut bien nous adresser en 4S2S, paraissait pencher pour l'opinion de M. de Navarrete, favorisée, solvant lui, par les rumbs de vent suivis par Christophe Colomb, sans se prononcer tout a fait aflrmativemeni, parce qu'il n'avait pas en le lemps d'approfondir relie question. Le savant voyageur nons mandait a celle époque qu'il regrettait vivement de n'avoir pas Je lemps de faire des recherches approfondir* pour lesquelles il y avait une extrême pt norie de livres a Paris. Il a depuis mité à fond la même question dans ton F.MMtn critique de lu géographie du notuean continent, t. S, p. 418 et soiv. Nunoi croit que c'est l'Ile VYalelin. Nous avons pensé, avec M. de Rosscl.qoe t'.uanaham cuit S m-Saltndor grande, que les Anglais appellent Cat-hltnd (r«y. noire dissertation a ee snjet daus la traduction des Yoyagrt de Chritlophe Colomb, pabiirs par M. de Navarreie, t. 2, p. 5*0 et soiv.l, ri Washington Irvinf a été du même avis dans te chapitre iutitule : Houle de Colomb dm* ton premier tovnge, de son llltloire de la tie et de* reyoge* dt Cknttopke Colomb, 1. «, p. jjs, qui a paru la même année (MU) que noue traduction. D-i-s.
diquérent, en étendant leurs bras vers le sud, qu'il venait d'un pays situé dans cette direction, dont le roi avait de grands vases d'or et une grande quantité de ce métal. L'amiral résolut d'aller le chercher : avant de partir, il s'assura que l'Ile n'était pas propre à faire d'établissement, et retint à son bord sept Indiens destinés à lui servir d'interprètes. Impatient d'arriver à la riche contrée qu'on lui indiquait au sud, et qu'il croyait être la fameuse Ile do Cipangu, Colomb fit d'abord route dans cette direction, cl découvrit successivement l'Ile de Santa-Maria, de la Conception, les Iles Fcmandina et Isabella, que les Indiens appelaient Saomelo. Plus on s'avançait, plus on obtenait de renseignements sur le pays riche en or dont on avait entendu parler. On apprit qu'il se nommait Cuba, et l'on se hâta de s'y rendre. L'escadre continua sa route au sud, passa entre les petites Iles appelés /eu Arenat ci loiJUtraporwi, et eut connaissance, le 28 octobre, des côtes d'une lie que Colomb appela Juana et que les habitants nommaient Cuba. La partie orientale de la cote nord de celte lie fut visitée jusqu'à son extrémité. Partout où l'on voulut aborder, les habitants prirent la fuite; on parvint cependant à leur inspirer de la confiance, en leur faisant parler par les naturels de San-Salvador que l'on avait embarqués. Ilsapprirent qu'il se trouvait de l'or dans leur pays; mais ils dirent qu'il y enavait bien davantage dans une autre contrée située à l'orient. Les idées que les Espagnols s'étaient faites des richesses qu'ils allaient trouver enflammèrent leur cupidité, et leurs coeurs commençaient à n'être plus sensibles qu'à cette passion. Martin- Alonzo Pinzon, capilaine de la Pinla, qui était, ainsi que nous l'avons déjà dit, le meilleur voilier, se sépara de l'escadre, contre la volonté de l'amiral, voulant arriver le premier à l'Ile de Babèque, où les Indiens disaient qu'il y avait beaucoup d'or, el força de voiles le 20 novembre ensuivant la roule de l'est. Le 5 décembre, Colomb, n'ayant plus que deux bâtiments, s'éloigna de la pointe orientale de Cuba (1), et, se dirigeant parle sud-est quart-esl , arriva en trèspeu de lemps à la côte de cette contrée riche dont on lui avait fait des rapports si avantageux. Les habitanu du pays l'appelaient Bohio, occasionnellement Ottugueya, et plus généralement Haïti, quoique ce dernier nom ne se trouve cependant pas une seule fois dans la relation du premier voyage de Colomb, joui née du 5 décembre 1 492. Colomb la nomma VEtpahola. Le nom de Sl-Domingue a d'abord et longtemps prévalu, mais elle a repris depuis l'insurrection des nègres son ancien nom de Haili, soua lequel elle est connue aujourd'hui. L'escadre relâclia
(I) Ce fol pendant le séjour dans nie de Cota qoe le» Espagnols tirent des Indiens qai portaient a la main des herbes sèches renfermées dans une certaine feuille également sèche, et de la forme do ces mowetutt dont les enfants se servent le joor de la Pentecôte. « Ils elaienl, dit las Casas, Hittoire de* tndet, allâmes par nu « bout. Undis qu'ils savaient l'antre et l'absorbaient. La fumée « qu'ils buvaient intérieurement par l'aspiration les endormait et les c enivrait, pour ainsi dire, par les narines : de celle manière ils ne a sentaient presque pas la fatigue. Ces espèces de tneuqneit se « nommaient dans leur langue rateru. » Telle est l'origine de nos cigares. D-i-s.
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dans an port auquel Colomb donna le nom de St-Nkolas; mais, trouvant un pays peu peuplé, l'escadre prolongea la côte septentrionale; et après avoir passé dans le canal de la Tortue et avoir fait plusieurs mouillages, elle s'arrêta à peu de distance, dans l'ouest du lieu où depuis la ville du Cap-Français a clé bâtie. On eut beaucoup de peine à communiquer avec les habitants : ils se mettaient en fuite, ainsi que ceux de Cuba, à l'approche des bâtiments. Un événement imprévu changea tout à coup leurs dispositions. Tandis que l'escadre était à louvoyer, avec un vent bais, dans le canal de la Tortue, on sauva un Indien qui était près de périr avec sa pirogue. L'amiral le recueillit a son bord, le traita le mieux qu'il put, et ensuite le lit mettre à terre. Cet homme lit part à ses compatriotes de l'obligation qu'il avait aux Espagnols, et des bons traitements qu'il en avait reçus. La confiance s'établit aussitôt ; ils accoururent de toutes paris avec des fruits et d'autres provisions, près des navires. Us troquaient leuror contre des éclats de faïence CMséc el les choses les plus viles. Le prince du pays, ou, pour se servir du nom qu'ils donnaient à leurs rois, le cacique voulut voir des hommes dont on lui disait tant de bien. L'amiral le traita avec de grands égards. Ce prince, nommé Guacanagari, était chargé d'ornements d'or, et lit connaître que ce métal venait d'un pays situé plus à l'est, qu'on nommait Cibao. Colomb, trompé par une certaine conformité de nom, crut que c'était Cipangu. et que le chef de ce pays, qui avait, disait-on, des bannières en or, pourrait bien être le prince de cette Ile représenté par Marco- Polo comme un souverain très- riche. Colomb visita la demeure du cacique, qui était aux environs du lieu où les Français ont depuis hâli la ville du Cap, il en reçut de grandes marques de respect, et contracta avec lui une amitié qui ne se démentit jamais. LVscadre continua ensuite la route de l'est, dans l'intention de se rapprocher des mines de Cibao. Le 24 décembre, à onze heures du soir, tandis que Colomb s'était retiré pour prendre quelque repos, son navire toucha sur les bancs qui sont au large de la rade du Cap ; malgré les effoits que l'on lit pour le relever, il fut couché sur la cote par la lame, et s'ouvrit immédiatement après. Colomb se retira, avec tout son équipage, à bord de la Nina. Le cacique envoya aussitôt des barques au secours des Espagnols, ordonna a ses sujets de les aider a sauver leurs effets, et leur désigna un lieu pour les déposer. Aucun vol ne fut commis, et la bonne volonté qu'ils témoignèrent est digne de louanges. Guacanagari vint luimême consoler l'amiral ; dans ses épanchements il lui conlia que ses sujets avaient beaucoup a souffrir des descentes que les Caraïbes, peuple féroce, faiaaient sur leur lie, et lui dit que les habitants d'Haïti avaient pris la fuite à rapproche des Kspagnols, parce qu'ils avaient craint que celle nouvelle naiion ne fut aussi barbare qu'eux. L'amiral lui promit de le défendre contre ses ennemis, et profita de celte ocvcriurc pour lui demander à faire un établissement dans ses Étals. Le cacique y consentit. On construisit un fort avec les débris du bâtiment qui s'était perdu-
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Colomb choisit trente-huit hommes pour y rester sous les ordres de Diego d'Arena. Ce fort, qu'on nomma la Navidad, était à environ 3 lieues dans l'est de remplacement de la ville du Cap, sur le bord d'une anse que nous appelons aujourd'hui baie de Caracole. L'amiral y laissa des vivres, des marchandises et tout ce qui était nécessaire ù sa défense. Il prit ensuite congé du cacique, avec la promesse de revenir bientôt. Le 4 janvier 1493, il mit à la voile, et remonta à l'est pour achever la reconnaissance de la côte septentrionale de l'île. Il rencontra en chemin la Pinta, près d'une montagne nommée par lui Monte-Christi. Colomb lit scmblaut de paraître satisfait des excuses qu'Alon/o Pinzon lui donna pour justifier sa séparation : mais il déclare dans son journal que ses raisons étaient toutes fausses. Les deux bâtiments vinrent ensuite de compagnie jusqu'à la baie formée par la presqu'île de Samaca et la côte nord de St-Domingue. Us y mouillèrent, et se mirent en route pour l'Espagne, le 16 janvier 1 403 Le temps fut très-beau au commencement de la traversée ; mais le 12 février, étant près des Açores, on commença à avoir la grosse mer et à éprouver la t -mi •été, la mer devint terrible le 13, et le lendemain le vent de plus en plus violent. La l'inla disparut bientôt, malgré les signaux de l'amiral dont le navire fut couvert par les flots qui menaçaient de le submerger. Ce fut dans cetle triste position qu'il chercha à se rendre le ciel favorable en ordonnant un pèlerinage, et en faisant, ainsi que tout son équipage, le vœu que, dans la première terre où ils arriveraient, ils iraient tous en chemise et professionnellement faire une prière dans une église sous l'invoration île Noire Dame. Son plus grand cliagrin fut de penser que sa découverte allait être ensevelie avec lui au fond des flots ; il employa le seul moyen qui lui restait pour eu conserver la mémoire. Il écrivit sur deux feuilles de parchemin le précis de son voyage; chacune de ces feuilles fut mise dans une barrique goudronnée où l'eau ne pouvait pénétrer. Une des barriques fut jetée ù la mer sur le-cliamp; l'autre fut conservée sur le pont du nav ire, et ne devait y être lancée qu'au moment du naufrage. Mais la Providence veillait à sa conservation ; le vent se calma, et son vaisseau se trouva hors de danger. Le 15 février, on vit les Açores, et on relâc ha le 48 a Ste- Marie. Colomb, voulant y accomplir le vœu qu'il avait fait le 14 février, faillit être victime de la trahis- n du capitaine de cette Ile, nomméJean deCastaftrda, qui, d'après l'ordre qu'il en avait reçu, disait-il, du roi »le Portugal, fit arrêter une partie «le son équipage, pendant qu'ils accomplissaient le vrru qu'ils avaient fait. Ce ne fut qu'après quelques jours de détention qu'ils furent mis en liberté. Après avoir quitté ces Iles, Colomb, poussé par la tempête, Tut forcé d'entrer dans le Tage. Il resta sept jours en Portugal, pour satisfaire aux désirs du roi, qui s'entretint longtemps avec lui de KHl voyage et le combla de politesses. Il remit ensuite â la voile, et entra le 15 mars 1493, vers midi, avec la marée montante, par la barre de Salies jusque dansce port, d'où il était parti près de sept mois el demi auparavant, après avoir
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fait un voyage dont les hommes conserveront éternellement la mémoire. Àlonzo Pinzon aborda en même temps au nord de l'Espagne, et mourut quelques jours après, victime de l'envie et des remords, dit Munoz. Colomb Tut reçu avec enthousiasme par la mIi' de Palos. On sonna toutes les cloches, les magistrats, suivis de tous les habitants, vinrent le recevoir sur le rivage. On ne se lassait pas d'admirer comment il avait terminé si heureusement une entreprise que tout le monde avait crue impossible. Son voyage pour se rendre à la cour fut un nouveau triomphe ; on accourait de toutes parts pour considérer l'homme qui avait fait des choses si extraordinaires. 11 fil uue entrée publique à Barcelone. Toute la ville vint audevant de lui. Il marchait au milieu des Indiens qu il avait amenés, et qui avaient conservé le costume de leur pays. L'or, les bijoux et les autres choses rares étaieut portés devant lui dans des corbeilles et des bassins découverts. Il s'avança ainsi au milieu d'une foule immense jusqu'au palais. Ferdinand et Isabelle l'attendaient assis sur leur trône. Lorsqu'il parut au milieu de son cortège, ils se levèrent. Colomb vint se mettre à genoux à leurs pieds, et ils lui ordonnèrent de s'asseoir en leur présence. Colomh les remercia des grâces qu'il en avait reçues; et, continuant de parler modestement, quoique avec une noble assurance, il leur rendit compte de son voyage et des découvertes qu'il avait faites. Ensuite il leur présenta les Indiens qui l'accompagnaient, et les choses précieuses qu'd avait apportées. Tout le monde se mil à genoux, et l'on chanta, dans la salle même du trône, le cantique d'actions de grâces. Ferdinand confirma tous ses privilèges, et lui permit de joindre, dans son écusson, aux armes de sa famille, celles des royaumes de Caslillc et de Léon , avec les emblèmes de ses dignités et de ses découvertes. Tous ses parents reçurent des marques de faveur. (Voy. Ferdinand et Diego Colomb.) Lorsque la nouvelle de la découverte du nouveau monde parvint à Gènes, quelques regrets que ses habitants dussent éprouver d'avoir laissé échapper l'occasion qui leur avait été offerte de terminer eux-mêmes une aussi brillante entreprise , ils n'en témoignèrent pas moins une vive joie d'élre les compatriotes de Colomb. Cette nouvelle ne lit pas inoins de sensation en Angleterre , et Sébastien Cabot, qui se trouvait à cette époque à Londres, affirme qu'on disait à la cour d'Henri VU que c'était une chose plutôt divine qu'humaine. Tout le monde civilisé enfin fut au comble de l'étonnement et de la joie. Quoiqu'on supposât que les pays découverts faisaient partie de l'empire du Grand Km, les souverains espagnols ne s'occupèrent pas moins d'assurer leurs nouvelles acquisitions. Ils envoyèrent une ambassade au pape, et obtinrent de lui, le 2 mai 1495, une bulle qui leur garantit les pays qui venaient d'élre découverts ; et comme on apprit en Espagne qu'une caravelle portugaise avait fait voile de Madère, se dirigeant vers l'ouest, on liàla les préparatifs du départ de Colomb pour une nouvelle expédition. Tout étant en étal, le 25 septembre t «03 , il sortit du pou de Cadix avec uue Uolte <lc
dix-sept voiles, à bord de laquelle un grand nomlire de jeunes gens des premières familles du royaume avaient obtenu la permission de s'embarquer, pour aller former des établissements dans les pays qui venaient d'être découverts. Colomb toucha d'abord à la grande Canaric ; et le 5 octobre, il jeta l'ancre à Gomera, où il lit une ample provision de bois et d'eau et acheta des veaux, des chèvres, des brebis et huit cochons, qui se sont tellement pro-« pagés, que les établissements espagnols dans le nouveau monde en ont eu depuis en très-grande abondance. Il en est de même de certains oiseaux et de plusieurs espèces de fruits. Au lieu de suivre le parallèle de ces lies, comme dans son premier voyage, il alla chercher celui des Iles du Cap- Vert, et s'y maintint jusqu'au dimanche 3 novembre, jour où il découvrit la Dominique, l'une des Antilles. Peu de temps après, on aperçut d'autres Iles dans le nord. I Colomb se dirigea de ce côté, et prit successivement connaissance de la Guadeloupe, d'Antigoa, de St-Christophe et des lies connues sous le nom d'Iles sous le vent; ensuite il passa entre Stc-Croix et les lies Vierges, et, le 22 novembre, il vint à la pointe orientale de St-Domine,ue par le sud de Porto-Rico. En arrivant au port de la Navidad, il trouva le rorl réduit en cendres; tous ceux qu'il y avait laisses avaient été tués par trahison ou en combattant contre les insulaires. Colomb eut beaucoup de peine a retenir ses gens, qui voulaient venger leurs compatriotes. Enlin il réussit à les calmer, el vint fonder la ville d'Isabela, au milieu d'une plaine fertile, et au fond d'un port situé à l'est de la pointe nommée aujourd'hui habêlique. Il chargea ensuite Alonzo de Hojeda et Gorvalan de visiter l'intérieur de l'Ile pour s'assurer si c'était réellement Cipangu, et pour explorer les mines d'or de Cibao. A leur retour, il expédia en Espagne, le 5 août 1494. douzede ses vaisseaux avec des échantillons d'or trouvés dans la montagne et dans la province de Cibao, ainsi que plusieurs des plus beaux fruits et des plantes les plus remarquables, et accompagna cet envoi d'une dépêche, dans laquelle il décrivait la beauté et la fertilité de l'Ile, et faisait espérer qu'il pourrait en retirer de l'or, des drogues précieuses et des épiceries en abondance. Après avoir réprimé une sédition, dont Bernal-Diaz de Pise était le chef, il visita lui-même les montagnes de Cibao, et fit établir un fort pour contenir les habitants du pays et entretenir les communications avec la ville d'Isabela. Ces premières dispositions prises, une junte de gouvernement fut nommée par lui; il laissa dans le port deux de ses plus grands vaisseaux, et fit route a, l'ouest avec les trois antres. Le 24 avril 1494 il atteignit l'extrémité orientale de Cuira, découvrit la Jamaïque, où il fit, pour la première fois, usage de chiens contre les naturels, et visita la côte méridionale de Cube jusqu'à l'ile de Santa-Marta, aujourd'hui de Pinos, en traversant les nombreuses Iles, nom» mées Jardin de la reine. Le manque de vivres et les brigues de ta navigation remâchèrent de vériliersi cette terre tenait au continent, et il fut obligé de s'en rapporter à ce que lui dirent les insulaires, qui
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l'assurèrent que c'était une lie. La longitude de l'île Pinos fut déterminée de 75° à l'occident de Cadix : ce serait 83* 1/2 à l'occident de Paris. Elle s'accorde d'une manière surprenante avec nos cartes, qui placent la même lleà 8<* 1/2. L'escadre, à son retour, côtoya la Jamaïque par le sud, et vint ensuite le long de la côte méridionale de St-Domingue , à l'extrémité est de cette ile; ensuite elle se rendit à la ville d'Isabela. C'est en parcourant la côte méridionale de St-Doraingue que Colomb eut connaissance de l'einbouchure de la rivière Ozama, et qu'il forma le dessein de bâtir la ville qui a donné son nom â toute l'ile et en est devenue la capitale. Il retrouva à Isabela son frère Barthélémy, qu'il lit son lieutenant, avec le litre d'adclantado. Les dissensions qui s'étaient élevées dans la nouvelle colonie donnèrent a plusieurs caciques l'idée de se révolter contre les Espagnols ; Colomb les lit rentrer dans l'obéissance, après les avoir vaincus dans une grande bataille, et leur imposa de pesants tributs, surtout en or. Fendant qu'il s'efforçait de remédier aux maux produits par la mauvaise conduite de Pedro Margarite, auquel il avait confié en son absence le commandement des forces militaires de la colonie, celui-ci, qui était retourné en Espagne, accompagné du moine Boylc et d'une bande de mécontents, sur des navires qu'ils avaient pris dans le port, s'occupait avec eux de miner la réputation de Colomb a la cour. Ils étaient secondés par l'évéque de Dadajoz, président du conseil des Indes, et le roi prêtait une oreille favorable aux accusations portées contre le grand homme absent. Déjà, contrairement à l'esprit des capitulations, il avait, par une ordonnance du 10 avril 1 493, autorisé tousses sujets à s'établir à l'Ile Espagnole, et à entreprendre des vojages de découverte et de commerce dans le nouveau monde. Maintenant, sous prétexte de s'assurer de l'état réel des choses dans la colonie naissante, Juan Aguado, oflicierdc la maison de Ferdinand , fut envoyé sur les lieux avec certains pouvoirs mal définis, et dont il était facile d'abuser. Arrivé à Isabcla au mois d'octobre , Aguado , quoiqu'il eût été précédemment distingué par Colomb , qui l'avait même recommandé à la bienveillance de ses souverains, au lieu de se borner ù la mission qui lui avait été donnée, voulut usurper l'autorité de l'amiral, et se conduisit avec tant d'arrogance, que Colomb n'eut d'autre ressource (pie de venir lui-même à la cour pour se justilicr. Après avoir mis tout en ordre dans la colonie, il confia ses pouvoirs à son frère Barthélémy, et, quittant Isabcla le 10 mars 1496, mit définitivement à la voile le 20 avril suivant, et arriva à Cadix le 1 1 juin. Sa présence cl ses discours produisirent l'effet qu'il en avait attendu : le roi lui rendit sa confiance et le combla de nouvelles faveurs. Cependant ce ne fut qu'après avoir lutté près de deux ans contre les intrigues de ses ennemis qu'il put continuer ses découvertes et retourner ensuite à .St-Domingue. Le 30 mai 1408, Colomb partit avec six navires du port de Sau-Lucar de Barrameda pour son troisième voyage ; c'est celui pendant lequel il eut connaissance du continent du nouveau monde, dont la dé-
couverte lui a été sans fondement contestée par Amène Yespucc, ou du moins par les partisans de celui-ci. La route qu'il se proposait de prendre était différente de celle qu'il avait suivie dans ses précédents voyagcs. Il voulait, i partir des lies du Cap-Vert, naviguer au sud-ouest jusqu'à la ligne équinoxiale, et aller ensuite directement à l'ouest, en profitant des vents alises, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à une terre, ou qu'il se trouvât dans la longitude de l'Espagnole (St-Domingue)> Le 21 juin, en quittant Gumera.il dépêcha trois de ses bâtiments directement à l'ile Espagnole, et avec les trois qui lui restaient il poursuivit son voyage de découvertes d'après le plan qu'il s'était d'abord tracé. Son escadre découvrit, le 31 juillet, l'ile de la Trinité, puis elle passa au sud, s'engagea dans le golfe de Paria qui la sépare du continent, et vint à la sortie nord de ce golfe, appelée la Douche-du-Dragon , après avoir travei-sé une des embouchures de l'OréDOque (1) ; elle s'avança ensuite au nord-est, et vit, à une distance de plusieurs lieues, deux iles que Colomb appela Àtsumpeion et Conception, et qui sont probablement Tabago et Grenade. Le 45, il découvrit les iles de la Marguerite et de Cubagua, la première ainsi nommée à cause de la grande quantité de perles qu'on péchait aux environs. Colomb, étant parvenu jusqu'au lieu où l'on a bati depuis la ville de Caracas, s'éloigna, à son grand regret, de la côte, qui continuait de s'étendre à l'ouest, et qu'il aurait voulu explorer en détail; mais ses provisions étaient épuisées, et il souffrait d'ailleurs tellement de ses yeux qu'il ne pouvait plus taire aucune observation. 11 se dirigea en conséquence vers l'Ile Espagnole, et arriva à l'embouchure de l'Ozama . où Barthélémy, son frère, avait fondé par son ordre la ville de Santo- Domingo. lu nouvelle colonie était alors en confusion ; l'accueil que Fonseca, évéque de Badajoz , arait fait aux mutins, leur avait inspiré de l'audace, et ils s'étaient révoltés ouvertement contre l'autorité de Barthélémy Colomb. Celui-ci marcha contre eux, et les obligea de se retrancher dans tes montagnes. L'amiral craignit de donner trop d'avantage à ses ennemis, s'il les attaquait de vive force, parce qu'ils n'auraient pas manqué de l'accuser d'avoir suscité une guerre civile. D'ailleurs les murmures qu'il entendait de tous côtés lui firent appréhender d'être abandonné de ceux mêmes qui lui étaient restés fidèles, s'il prenait un parti violent. Les voies de conciliation devinrent sa seule ressource dans cette position délicate. Un traité fut conclu avec les rebelles, par lequel il consentait à oublier le |>assé et à les renvoyer en Espagne. L'exécution souffrit encore des difficultés, et l'on fut sur le point de reprendre les armes. Colomb fut obligé de leur accorder «les conditions encore plus avantageuses pour rétablir la paix. La nouvelle de cette sédition arriva à la cour en même temps que celle de la découverte du nouveau continent par les vaisseaux
(I) C'est dans ce vojage que Co\>m\> crut avoir iront* le Ptrêiit ttrrtttrt, qu'il place ver» le golfe des Perles, eutre les H la Sterpttt ia Dragon, D— i— i.
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qu'il envoya en Espagne, et qui mirent à la voile le 18 octobre 1498. Us portaient le journal de son voyage, une carte de la côte qu'il venait de découvrir, des écliantillons de l'or et des perles trouvés dans le pays, ainsi que le récit de l'insurrection et de l'accord qu'il avait cru devoir faire avec les rebelles, dont le chef, François Roldan , quoique réconcilié avec l'amiral , transmit par les mêmes navires ses accusations contre ce dernier. L'impression que (it ce succès ne fut pas capable de détruire l'effet des calomnies que les ennemis de Colomb avaient répandues sur sa conduite; ils remportèrent dans l'esprit du roi, qui ne l'avait jamais aimé. La reine, qui avait toujours pris sa défense, fut elle-même séduite; et l'on se décida 4 envoyer sur les lieux un juge supérieur muni de pleins pouvoirs pour connaître de tout ce qui s'était passé, punir les coupables et prendre, si cela était nécessaire, l'autorité suprême. Quoique les cédules et les provisions royales du commandeur François Cobadilla, auquel cette grande mission avait été confiée, eussent été expédiées dans les mois de mars et de mai 1499, il ne reçut l'ordre de son départ qu'au mois de mai de l'année suivante. Arrivé a l'Ile Espagnole le 25 août 1500, lorsque la révolte était déjà presque éteinte, et le remède par conséquent intempestif et même dangereux, Bobadilia, croyant avec trop de légèreté les rapports qu'on lui faisait, ou mu par son ambition, commença par s'emparer de la maison des Culomb et de tout ce qu'elle contenait, et, prenant en main les rênes du gouvernement, fit mettre en liberté tous ceux qui avaient été détenus pour cause de sédition. Il fil ensuite arrêter et charger de Ici s Colomb cl ses deux frères. C'est ainsi que fut traité cet homme irréprochable, qui, par des travaux extraordinaires, avait acquis des trésors immenses à l'Espagne. Ceux qui avaient vécu de ses bienfaits furent les premiers à l'abandonner. Au moment où il entra dans la prison, aucun de ceux qui étaieut présents ne voulut lui mettre les fers aux pieds; ce fut un de ses propres serviteurs qui se chargea de lui faire ce dernier outrage. Lorsque la flotte fut prête à mettre à la voile, don Alonzo de Yallejo, capitaine du bâtiment qui devait le ramener en Espagne, vint le prendre dans sa prison pour le conduire à son bord. Colomb crut qu'il allait le conduire à la mort, et parut accablé de ce dernier coup du sort. Il lui demanda avec le sentiment d'une tristesse profonde : « Vallcjo, où me mènes-tu? — Votre Seigneurie va être conduite à bord. » Paraissant en douter, il répliqua : « Yallejo, est-il vrai ? « — Votre Seigneurie va bientôt s'assurer qu'elle sera a conduite à bord de mon vaisseau. » Cette réponse lui rendit son calme ordinaire. L'escadre mit à la voi'c au commencement d'octobre 1500. Vallcjo, capitaine du vaisseau qui transportait Colomb, eut pour lui les plus grands égards ; il voulut même lui uter ses fers; mais l'amiral persista à les garder, disant « qu'on les lui avait mis au nom du roi , et « qu'il ne les quitterait que par ses ordres. » Il les conserva toujours depuis, et ordonna qu'après sa mort ils fussent déposés dans son tombeau. L'arrivée
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à Cadix (5 novembre 1500) de Colomb, chargé de fers comme un vil criminel, produisit une aussi grande sensation que son retour triomphant après son premier voyage. Sans chercher même à s'occuper de la cause d'un si indigne traitement, un cri général d'indignation se lit entendre de toutes parts. Informé de sa situation par une lettre qu'il avait écrite pendant le cours de son voyage à Dona Juana de la Torre, dame de la cour qui avait été nourrice du prince Juan, et qu'il trouva moyen de lui faire parvenir, Ferdinand et Isabelle firent mettre immédiatement les trois frères en liberté. Ils écrivirent en même temps à Colomb dans les termes les plus affectueux pour lui témoigner leurs vifs regrets de tout ce qu'il avait souffert, et l'inviter à se rendre à la cour. Lorsqu'il parut devant eux, ils le reçureut avec bonté, et parurent compatir a ses peines ; ils l'assurèrent qu'ils n'avaient jamais ordonné qu'on lui fit un pareil traitement ; la reine surtout, qui l'avait toujours défendu contre ses ennemis, lui témoigna beaucoup de compassion. L'amiral, ne pouvant plus proférer une |>arole, tomba à leurs pieds, les yeux baignés de larmes. Il se releva par leur ordre, et dés que son émotion fut calmée, il leur rendit compte de sa conduite, des peines qu'il avait souffertes, les assura de sa fidélité et du désir qu'il avait d'employer le reste de ses jours a leur service. Bobadilia, auteur de ses maux, fut rappelé; mais Colomb ne fut jamais, depuis, réintégré dans son gouvernement ; l'abord lui en fut même expressément défendu dans le quatrième voyage qu'il eut la magnanimité de foire après tant de disgrâces. Colomb était depuis plus de neuf mois à Grenade pour rétablir l'ordre dans ses affaires, et Ferdinand cl Isabelle continuaient de l'accueillir avec bienveillance, et de renouveler la promesse de lui restituer tous ses honneurs et ses emplois, lorsqu'il eut la douleur d'être témoin des préparatifs faits avec une pompe inusitée pour le départ de Nicolas Ovando, envoyé à son détriment pour succéder a Bobadilia, qui venait d'être enfin rappelé. Il ne se laissa cependant pas décourager, et ne (touvant obtenir le concours des souverains de l'Espagne au projet qu'il leur soumit, dans une longue lettre qui nous a été conservée, d'entreprendre une croisade pour la délivrance de Jérusalem et du saint sépulcre, entreprise à l'accomplissement de laquelle le ciel, disait-il, l'avait destiné, de même qu'il l'avait choisi pour la découverte d'un nouveau monde, il leur proposa de lui confier une autre expédition afin de trouver un passage qu'il croyait exister entre la mer des Caraïbes et la mer des Indes, et qui ferait communiquer le nouveau monde qu'il avait découvert avec les opulentes régions de l'ancien. Cette dernière proposition fut acceptée, maigre l'incessante opposition de Fonséca et de quelques autres membres du conseil. Tous les préparatifs étant terminés, Colomb mit à la voile de Cadix le 9 mai 1502 avec quatre caravelles, dont les plus grandes n'étaient que de 70 tonneaux, emmenant avec lui son frère Bartliélemy et son lils Ferdinand. Le 20 il toucha à la grande Canarie, et le 15 juin il rencontra une lie que les natu-
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rcls appellent Malinlno, que M. de Navarrcte croit être Sic-Lucie, et qui serait la Martinique, suivant Washington-Irviug. Il y resta trois jours pour faire de l'eau et renouveler sa provision de Lois. Il se dirigea ensuite sur la Dominique, et passa au sud de Porto-Hico ; mais un de ses navires se trouvant liors d'état de continuer le voyage, il gouverna sur Santo-Domingo, où il espérait changer son navire avec l'un des vaisseaux de la flotte qui avait récemment conduit Ovando, ou en acheter un autre. Mais le nouveau gouverneur lui interdit rentrée du port, quoiqu'il annonçât une tempête prochaine, et il fut obligé de se mettre à l'abri d'une pointe de terre jusqu'à ce qu'elle fût passée (1), non sans souffrir beaucoup de dommages. Après avoir réparé ses vaisseaux délabrés et avoir fait reposer les équipage», Colomb remit ù la voile. Ce fut au milieu des périls de toute espèce, et des douleurs intolérables de la goutte, qu'il découvrit celte partie de la cote du golfe du Mexique comprise entre Honduras et Puerto de Mosquiles, à l'extrémité occidentale de l'isthme de Panama. Se trouvant pendant cette expédition à l'ancre sur les cotes de Vcragua. ses embarcations étant dans le plus grand danger et ses compagnons assaillis par un chef indigène, le belliqueux Quibian, Colomb, affaibli par la lièvre et sans espoir de délivrance, crut avoir une vision nocturne qu'il décrit de la manière la plus pathétique et avec une grande élévation de pensées dans 6a lettre aux rois catholiques. Lorsqu'à son retour, à la fin d'avril 1505, les courants je portèrent sur la côté méridionale de l'Ile de Cuba, ses bâtiments, battus par la temple, furent près de couler bas d'eau. INe pouvant les ramener avec sûreté à Sl-Domingue, il se vit obligé de les échouer au fond d'une baie située à la côte nord de la Jamaïque. Le gouverneur Ovando, auquel il lit part de sa détresse, craignant sa présence i St-Dotningue, le laissa languir une année entière, dénué de ressources, pendant laquelle il resta presque toujours couché sur son lit de douleur. Son grand caractère ne se démentit pas dans celte triste situation, où il eut à lutter contre plusieurs séditions. Son frère Barthélémy fut obligé de dompter les rebelles les armes à la main. Enfin les cris de l'indignation publique forcèrent Ovando de permettre qu'on allât le délivrer. A son arrivée à Santo-Domingo (13 août 1504), il lui rendit les honneurs qui lui étaient dus, en cherchant à lui susciter indirectement toutes sortes de désagréments. Colomb quitta enfin le port de Santo-Domingo le 12 septembre, et, après une navigation fort orageuse, pendant laquelle il fut tout le temps reteuu dans son lit par la goutte, il arriva le 7 novembre, épuisé de fatigue, au portdeSoii- Lucar, d'où il se rendit aussitôt â Séville. La nouvelle de ia mort de la reine Isabelle (-26 novembre 1504) lui porta le dernier coup ; effectivement, le roi le traita
(•) Pendant «on tres-«>iiri séjour à l'Ile Espagnole {Sl-Druniiigac), Colomb, prévoyant une forte uiupMr, runseills * Owndo II retarder le départ de dix-bun vaisseaux sur le |h»miI de partir cour l'Espagne. Oo rejeta a\« mépris son avb, et lotis les Tai'MaH lurent IrirfS, a IVuvi'li'.ii de deux ou lroi>. Dans te «raml iiaulugr, p,nrenl Bubadiiia, Uoldjn cl les autres ennemis do Odorat., un les immenses rkbcwa u.o'ils trni*ru riaient dans leur pays. U-i-».
depuis avec beaucoup de froideur. Il lenla de le faire renoncer à tous ses pri vilégesen lui offrant en compensation des titres et des propriétés en Casliile ; mais Colomb ne voulut jamais y consentir. Peu de semaines avant sa mort, il avait envoyé son frère Barllrélemy porter a l'archiduc Philippe et à la reine Jeanne de Casliile, qui venaient de débarquer à la Corogne, une lettre dans laquelle il parle encore des services sans égaux qu'il peut leur rendre. Le chagrin augmenta ses infirmités, et il mourut i Valladolid, d'une attaque de goutte, le 20 mai 150G, âgé de 60 à 65 ans, après avoir fait un codicile et reçu les derniers sacrements. Le corps de Colomb, déposé d'abord dans le couvent de St-François, fut transféré, en 1515, au monastère des Cliarlreux de lasCuevas à Séville, et place dans la chapelle de Ste-Anne ou du Christ qu'avait fait construire l'année précédente le frère don Diego Lugan, et non dans les tombeaux des seigneurs d'Alcala, ainsi que le dit Zuiiiga. (Annales de Séville, liv. 13, ann. 1506, g 1". ) Porté ensuite à Santo-Domingo, il fut mis dans la cathédrale de cette ville. La partie espagnole de l'Ile de St-Domingue ayant été cédée à la France par le traité de Bàle (1795), les restes de Christophe Colomb furent définitivement exhumés et transférés en grande pompe en 1796 à la Havane, où ils sont en ce moment. On avait gravé par ordre du roi sur la tombe de Christophe Colomb ce distique en langue espagnole : A Castilla y a Léon nuevo mundo dio Colon, c'est-à-dire : «Christophe Colomb a a donné un nouveau monde aux royaumes de Casa tille et de Léon. » Lorsqu'on ouvrit la voûte qui renfermait ses restes, on ne trouva point, dit M. de IJuniboîdt, les fers qu'il avait ordonné, suivant le témoignage de son Us, de placer dans sa tombe. Colomb laissa deux lils, Diego, qui hérita de ses titres et de ses droits, cl Ferdinand, qui a écrit l'histoire de sa vie. Christophe Colomb était d'une taille au-dessus de la moyenne; il avait le visage long, le nez aquilin, les yeux bleus, le teint frais, mais un peu enflammé. Ses cheveux avaient été roux dans sa jeunesse, mais ils blanchirent de trèsbonne heure. La noblesse de son maintien donnait de l'autorité à ses discours, et commandait les égards et le respect. Son éloculion était facile et sa conversation remplie de grâce et de vivacité , quoiqu'il se caractérise lui-même comme « âpre et peu aimable a en paroles, » dans une lettre dont las Casas nous a conservé un fragment. Affable avec les étrangers, doux et enjoué dans sa maison, ses manières [Misées et mêlées d'un peu de gravité lui concilinienttons les cœurs II était sobre et d'une grande modération dans ses actions. Quoique l'un des meilleurs astronomes de son temps, et le plus habile navigateur, il n'avait cessé de cultiver les belles-lettres; elles contribuèrent à fortifier son àme conlre l'adversité , et lui servirent de délassement dans des temps plus heureux : il Taisait souvent des vers latins. Sa piété était exemplaire; son âme élevée était continuellement occupée de grandes pensée*. Le reproche qu'on lui a fait d'avoir mêlé un certain esprit mercenaire à ses grandes vues ne jurait pas loniié. Toutes ses actions et tous ses écrits prouvent
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que s'il attachait infiniment de prix aux richesses, c'était uniquement parce qu'il les considérait comme des moyens d'influence politique et de grandeur nécessaires à l'accomplissement des vastes projets qu'il avait conçus. Le icfus qu'il fit d'une propriété de SO lieues de long sur 25 de large que les rois catholiques voulurent lui donner à Haïti, avec le titre de marquis ou de duc, fait l'éloge de son désintéressement. < Je tiens a ce qui concerne « mon rang, disait-il eu 1Ô03; quant au reste, votre « altesse gardera ou me rendra ce qui lui paraîtra « convenable à ses propres intérêts. » C'est dans le même esprit que dans son testament il enjoignait à son lllset à ses successeurs de signer toujours : f Amiral, pour perpétuer dans sa famille l'origine réelle de sa grandeur. On pourrait le blâmer d'avoir fait vendre des Indiens comme esclaves, et reconnaître, avec Washington-Irving, que, sous quelques rapports, ses idées religieuses n'étaient pas toujours éclairées, et qu'il était un visionnaire, mais un visionnaire d'une espèce bien rare. La nature l'avait doué d'un tempérament très-robuste; c'est à l'âge de cinquante ans qu'il a commencé les découvertes, et formé les établissements qui ont immortalisé son nom. C'est dans les quatorze dernières années de sa vie que ces brillants travaux ont été achevés. Quand on songe aux progrès qu'il a fait faire à l'ait na-itique et a la géographie, on ne peut s'empêcher d'admirer son génie. Ces sciences en ont fait depuis de plus grands encore, cependant les marins de tous les âges pourront trouver dans sa navigation de grandes et utiles leçons. Quoique l'on considère aujourd'hui comme un fait avéré que c'est postérieurement à Colomb qu'Améric Vespuce a visité le continent du nouveau monde, cependant, comme l'esprit de parti s'est efforcé de jeter de l'obscurité sur celte question, nous croyons devoir nous en occuper ici, ne fùl-ce que pour compléter à cet égard l'article d'Amélie. Il suflira d'exposer les faits jiour démontrer les droits de l'illustre Génois. Ilerrera dit qu'Alonzo de llojcda, qui avait fait le second voyage de Christophe Colomb, et s'était distingué sous ses ordres a St-Domingue, partit du pi-a de Ste-Marie, situé dans la baie de Cadix, le 20 mai 1499, ayant pour pilote Juan de la Cosa, et ajoute, immédiatement après , qu'Améric Vcspuce , Florentin et habile cosmographe, était «ur sou bâtiment en qualité de marchand. Celui-ci s'élant emparé des relations d'Hojeda et les ayant produites comme siennes, il n'est point étonnant qu'elles s'accordent avec celles que donne Herrera, dont elles ne diffèrent essentiellement qu'en ce qui concerne l'époque du départ, fixée au mois de mai 1499 par l'historien des Indes, et au même mois de 1497, c'est-à-dire avancée de deux ans, par le navigateur florentin. Herrera accuse ce dernier d'avoir falsifié les dates, et son témoignage, corroboré d'ailleurs par une multitude d'autres, est ici d'un très-grand poids. Historien simple et impartial, Herrera a écrit l'histoire des découvertes et des conquêtes des Espagnols dans le nouveau monde, d'après tous les journaux officiels qui se trouvaient dans les archives du conseil des
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Indes ; il a du avoir en outre entre les mains les journaux de Colomb et de Hojeda lui-même, par conséquent ce n'est pas lui qui a pu commettre l'erreur. Au surplus, l'incertitude qu'on a longtemps cherché à répandre sur cette question (voy. Canovai et Bamdim) ne peut plus exister aujourd'hui que les publications de Navarrete (t), de Washington- Irving(2), du baron de Humboldt(3), du vicomte de Santarem, etc. (4), ont démontré, par une accumulation de témoignages incontestables, qu'Améric Vespuce, non-seulement n'avait pas fait avant 1 499 de voyage au continent du nouveau monde, où Colomb était arrivé en 1498, mais même que toutes les lettres qu'il a écrites sur ses prétendues découvertes fourmillent d'erreurs et d'invraisemblances graves. Il est assez probable cependant que le célèbre navigateur génois a connu avant le 51 mai 1408, époque à laquelle on a vu qu'il toucha à la terre ferme, le premier voyage de Sébastien Cabot, et les découvertes que celui-ci avait faites, le 24 juin 1197, du continent de l'Amérique du nord sur les côtes du labrador. Il est aussi difficile de ne pas reconnaître, surtout après les publications des Antiquitutes Americanœ du savant professeur Rafn, que les Scandinaves ont aussi abordé en Amérique dans le courant du 10* siècle, quoique leurs relations n'aient point été rendues publiques. On ne peut disconvenir non plus que les frères Zeni ont parlé, mais sur des ouï-dire et sans les avoir visités euxmêmes, des pays qu'on a supposé faire partie do l'Amérique septentrionale. Mais la gloire de Colomb n'en est aucunement diminuée, et c'est bien à lut qu'appartient l'honneur d'avoir le premier découvert le nouveau monde. Nous devons ajouter que c'est dans la Cosmographiœ Inlroduclio : cum quibutdam Geomttriœ ac Astronomiœ principiit ad cam rem ne cessant t ; in$uper quatuor Americi Vetpueci navigation», imprimée à St-Dicz, en Lorraine, en 1307, un an après la mort de Christophe Colomb, et cinq ansavant celle d' Améric Vespuce, qu'on trouve [tour la première fois le nom d'Amérique donné au nouveau continent (5), qui n'a commencé à figurer sur les cartes géographiques qu'eu 1U29 (6J. On a soutenu
(f) Colttteim de lot tiagt* y descubrimiculo* que hieierun pur
mar lot hipaiiAtt detie fines ici tigto 13. (i) A Itistory of Ihe 11 fe an i royages of Chrittopher Columbus (3) Examen critique de V histoire de la géographie du nouteau
Continent,
(«) Recherche* historiques, critique* et Ubtiographlques sur Amène Vespuce et tes voyage*.
(5) « l> fui an homme obscur {Hylacomylu*), dit M. de litiratridt, « qui inventa le non d'Amérique, et qui le proposa pour t'oo-rago «intitule Cotmographie, eu., etqo'Appten, Vadtanus et Caniersonl a répandu depuis par Strasbourg , Fnbourg ei Vienne j et l'immense a célébrité du petil ouvragt-d'Appieo apropage te mal par d'innoro- « branles éditions en Hollande et ailleurs, s M. de llumtiol.lt justifie Ame ne Vespuce dans sou Etame» critique, etc. , et pense que c'est a tort que ce navigateur, rentable Annuité de oie», suivant Christophe Colnnih lui-même, a t ic regarde comme l'ennemi de la gloire de l'illustre Génois, comme nn imposteur, qui, par des expéditions U« tives, s'est arroge la découverte du continent et a inscrit le premier le nom à' Amérique sur des caries maritimes. Ni MuOor, ni Navarrete, ni M. de Saniarem, ne partagent cette opinion. D— i— ».
(6) C'est dans une carte du Solinus de Camers, publiée eu 4330, où on levait comme correctif : Anno i. i*VT, litre terra cum adjtcen-
rtjii Colette. ^ ' U—
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que Christophe Colomb, dépendant d'un gouvernement ombrageux, avait gardé le silence sur ses découvertes, et qu'on en lit même un mystère en Espagne, tandis que l'emportement que les compatriotes de Vespuce ont mis à publier les lettres où il leur annonçait celles qu'il prétendait avoir faites lui ont acquis de suite la plus grande célébrité. M. le baron de Humboldt nous semble partager celte opinion, en partie du moins, lorsqu'il dit, dans son Examen critique (t. 2, p. 357), que « le manque « d'écrits de la main de Colomb et l'extrême ardeur « avec laquelle les amis de Vespuce répandirent les « relations de ses voyages (tontes composées par lui) « ont sans doute contribué le plus à élever Vespuce « à un rang supérieur à celui que lui aurait assi- « gné son mérite réel. » Le savant voyageur prussien ajoute, à l'appui, que jusqu'à la mort de Colomb (mai 1506), il n'y eut d'imprimé qu'un récit bien imparfait du premier voyage dans sa lettre au trésorier Sanchez, et le récit du quatrième voyage dans la lettre qu'il adressa aux monarques catholiques, et qui est devenue célèbre, sous la dénomination de Lettera raritsima que lui a donnée la réimpression italienne de Morelli. On sait que la description des trois premiers voyages de Colomb se trouve réunie au troisième voyage de Vespuce, dans le livre rare de Fracanzano di Montalboddo, publié à Vicence en 1507. Un savant portugais, M. le vicomte de Santarem, fait remarquer néanmoins, dans l'ouvrage déjà cité (p. 126), que les voyages et les découvertes de Colomb n'ont jamais eu le caractère de voyages clandestins ; que ses découvertes furent connues de l'Europe à l'instant même ; que ses lettres publiées avant celles de Vespuce furent celles relatives au premier voyage, immédiatement traduites et réimprimées jusqu'à trois fuis dans la même année; qu'en 1501, Angelo Trivigiano, secrétaire de Domenico Pizani, alors ambassadeur de la république de Venise, écrivit à Domenico Malapiero, sous la dictée du même Trivigiano, qu'Alberto Vcrcclleze de Lisona imprima à Venise, en 1506, un opuscule devenu très-rare, ayant pour titre : Libretlo di lutte le navigation de, re de Spagna, colle isole e terre nuovamente travail. Après d'autres citations qu'il serait trop long de rapporter ici, M. de Santarem parait disposé à croire que le nom d'Amérique, donné au nouveau monde après la mort de Colomb, a été uniquement le résultat d'un plan conçu et préparé contre sa mémoire, soit à dessein et en connaissance de cause, soit par l'influence secrète de la nombreuse clientèle des négociants étrangers qui résidaient à Séville ou ailleurs, et qui dépendaient de Vespuce, ou faisaient des affaires avec lui pour les achats des provisions de navires dont il avait été chargé pendant un grand nombre d'années, emploi qui devait lui procurer de nombreux adulateurs, des apologistes et des correspondants. Les écrits de Christophe Colomb découverts jusqu'ici sont : i9 Déclaration de la Tabla navegatoria, réunie au traité du docteur Grajales : del Uso delà caria denavegar. 2» Lettre de Christophe Colomb, adressée du port de Lisbonne, le 4 ou mars 1493, à Raphaël Sanchts, tréso-
tiers des rois catholiques, traduite en latin barbare, par Lcandre de Cozco, le 25 avril de la même année, et réimprimée plusieurs fois dans le courant du 16e siècle, sous ce titre : Epislola Chrislophori Colom, etc., etc. On n'a pu trouver l'original espagnol; mais l'ami intime de Christophe Colomb, le curé de los Palacios, nous en a conservé des fragments dans son histoire manuscrite de los Reyes tatholicos.Z" Journal du premier voyage de Christophe Colomb, qui n'est connu que par des extraits de la main de l'évêque Barthélémy de las Casas. 4° Lettre de Christophe Colomb à Luis de Sanlangel, intendant en chef du roi et de la reine catholiques, datée du port de Lisbonne, le 4 mars 1495. Les documents indiqués dans les trois derniers numéros ont été publiés en espagnol dans la collection de M . de Navarrete, et sont compris dans la traduction française des Voyages de Christophe Colomb que j'ai publiée en 1828 avec H. de Verneuil. 5° Àlémorial confié par Christophe Colomb dans la ville il' ha bda, le 30 janvier 1494, à Antonio de Torres, pour demander aux monarques espagnols leurs décisions sur plusieurs affaires relatives au gouvernement de l'ilc d'Haïti. A la suite de chaque chapitre se trouve la réponse des souverains. (>' Histoire du troisième voyage, dans une lettre adressée de l'île Espagnole au roi et à la reine catltoliques. Cette lettre est sans date; mais comme il y parle de la découverte de l'aria, il est probable qu'elle a diî être écrite au commencement d'octobre 1498. 7° lettre adressée par Christophe Colomb à dona Juana de la Torre, nourrice du prince don Juan ; elle est également sans date ; mais M. de Humlwldt conjecture qu'elle doit être du mois de novembre 1500. 8° Lettre écrite par Christophe Colomb au roi et à la reine d'Espagne datée de la Jamaïque, le 7 juillet 1503. Cette lettre, la plus importante de toutes celles qui nous restent de Christophe Colomb, remarquable par la naïveté, la force et l'extrême franchise du langage, a paru à Venise en 1505, dans une traduction italienne faite par Constanzo liaynera, et réimprimée depuis à Bassano en 1810 par le chevalier Morelli, bibliothécaire à Venise, sous le titre de Lettera rarissima, avec des notes. Donnée en espagnol par Navarrete en 1825, nous l'avons traduite en français en 1828, avec des observations critiques. On a encore de Christophe Colomb : 9* quinze lettres autographes par lui adressées de 1502 à 1503, savoir : les quatre premières à don Gaspard Gorricio, religieux de la Chartreuse de Séville, et les onze dernièresà son fils don Diego Colomb. Elles ont été publiées en espagnol par Navarrete et traduites par nous en français. 10° Lettre écrite au pape en février 1502, deux mois avant son quatrième voyage. Dans celte lettre, Colomb dit à Sa Sainteié qu'il s'attriste vivement de ne pouvoir se rendre à Rome pour lui présenter un « écrit dans lequel il a rate conté ses exploits à la manière des Commentaires de « César, et qu'il a continué jusqu'à présent qu'il doit « entreprendre un nouveau voyage au nom de la « Sic. Trinité.» Cette lettre se trouve en espagnol dans les documents diplomatiques publiés par M. de Navarrete. Colomb dit dans un autre endroit • qu'il
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« écrivait toutes les nuits ce qui se passait le jour, ■ et le jour ce qu'il avait navigue pendant la nuit. » 4 \" Mémoire servant à prouver par l'expérience de la navigation que les cinq zones sont habitables : il parait avoir été écrit après le voyage de Colomb à Tyle. 12° Mémoire sur les indices de terre de l'Occident ; il se trouvait parmi les libros de memorias de Colomb dont parle las Casas (Navarrete, t. 1 , p. 54). Ferdinand Colomb dit dans la vie de son père qu'il possédait ces deux mémoires, mais on ignore ce qu'ils sont devenus. 13» Libro de las profecias que juntô et almirante don Ckristobal Colon de la recuperacion de la santa ciudad de Bierusalen y del descubrimienlo de las Indias, dirigidas à los reyes catôlicos. C'est un manuscrit de 70 feuillets, écrits en partie de la main de Ferdinand Colomb, que Muîloz a tiré de la Bibliotheca Cotombina, mélange bizarre de théologie, de citations d'auteurs classiques et d'observations astronomiques. 14» Une lettre familière de Christophe Colomb i Nicolao Oderigo, écrite au moment de partir pour son dernier voyage, dans laquelle il lui annonce la remise de quelques écrits et de ses cartes. Il existe encore quelques autres lettres familières de Christophe Colomb, et il parait, d'après une lettre de la reine Isabelle, datée de Barcelone, le 5 septembre 1493, que Colomb avait tracé une carte marine (caria de marear) de la mer océanique, qui était accompagnée d'un livre offrant les latitudes (distances) de la ligne équinoxiale et les longitudes occidentales. M. le baron de Humboldt, auquel nous avons été trop heureux de faire beaucoup d'emprunts, a consacré, dans son Examen critique de l'histoire de la géographie du nouveau continent, t. 11, p. 547 , une note très - développée aux livres cités par Christophe Colomb. Nous y renvoyons les lecteurs. C'est en publiant une lettre adressée en 1493 à la cité de Séville, par le docteur Chanca, médecin de l'escadre de Colomb, que M. de Navarrete a fait connaître le deuxième voyage de ce navigateur; et il a complété sa relation du quatrième voyage en donnant celle que Diego Mendez, l'un des plus courageux compagnons de Colomb, avait insérée dans son testament, fait àValladolid le 6 juin 1536. La vie de Christophe Colomb a été écrite m espagnol par son fils Ferdinand, et l'original, qui ne s'est plus retrouvé, a été traduit en italien par Alphonse d'Ulloa, dont la version a été retraduite en langue espagnole par Barcia, et depuis en français par C. Cololendy, Paris, 1081, 2 vol. in-12. L'une des plus anciennes vies de Colomb se trouve dans un endroit où l'on ne s'aviserait pas d'aller la chercher, le Psalttrium hebraum.gr acum, arabicumet chaldaicum, eutn tribus interpretationibus cl glossis. Agostino Giustiniani, qui lit imprimer ce livre à Gènes en 1316, in-fol., en le dédiant à Léon X, y mit la vie de Colomb dans ses notes sur le psaume 18. Cali enarrant gloriam Dei. Pour la voir de suite, il faut lire d'abord ce qui est imprimé sur les marges, et de là reprendre ce qui se trouve au bas des pages. Ant. Gallo, Génois, auteur contemporain, a écrit aussi une histoire de Colomb; on la trouve dans le t. 23 des Rerum Italie. Script, de Muratori. On a encore
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plusieurs autres histoires de Colomb, savoir: en italien par Bossi, traduite en français par Urano, Paris. 1824, 1 vol. in-8*; en anglais par Washington-lrving, Londres, 1828, 4 vol. in-8*: c'est la meilleure et la plus complète qui existe. On doit aussi consul» ter sur la vie et les voyages de ce grand navigateur, outre les écrits imprimés et manuscrits de las Casas, de Bernaldcz, curé de los Palaeios, de Hcrrcra, Charlevoix, etc., l'écrit intitulé : délia Palria di Cristoforo Colombo, etc., par Gian fra Galeani Napione, Florence, 1808, 1 vol. in-8°; le Codice diplomatico Colombo-Americano, ossia Raceolta di documenti originali e inediti spettanti a Cristoforo Colombo, alla scoperta ed al governo dell' America, publicalo per ordine degl'illustrisimi decurioni délia Ciltà di Genova, Gènes, novembre 1823, in-4*; traduit en anglais sous le titre de Memorials ofColombus, or a collection ofaulhenlic documents, etc. , Londres, 1823, 1 vol. in-S» ; les t. I et 2 de la Collection de los viages quehicieron por marlos Espanoles desde fines del sujlo 13, publiée par M . de Navarrete, Madrid, 182.5, in-8", et la traduction que nous en avons faite en 3 vol. in-8", Paris, 1828; enfin V Examen critique de l'histoire de la géographie du nouveau continent, etc., par M. Alex, de Humboldt, Paris, 1836 à 1859. 5 vol. in-8', ainsi que les Recherches historiques, critiques et bibliographiques sur Améric Vespuce et ses voyages, par le vicomte de Santarem, Paris, 1842, 1 vol. in-8». Les travaux et la gloire de ce grand homme ont été le sujet de plusieurs poèmes. ( Voy. madame du Boccagr, H. Carrara, Gambara, Stigliani, Barlow.) Le cardinal Bembo a consacré presque un livre entier de son Histoire de Venise à Colomb et à une découverte qu'il appelle o la plus « grande des choses que dans aucun âge les hommes « soient parvenus à exécuter ; » et le Tasse célèbre la gloire du navigateur génois dans de sublimes stances de la Jérusalem délivrée. Différents souverains et corps littéraires ont proposé des prix pour son éloge; M. de Langeac en a remporté un sur ce sujet à l'académie de Marseille en 1782. M. Ferdinand Denis a publié, en 1826, en 5 vol. in-12, une nouvelle pleine d'intérêt et de recherches curieuses intitulée : Ismael Ben Kaisar, ou la Découverte du nouveau monde. Il est fâcheux d'avoir à ajouter que, dans son ouvrage sur l'Asie, Jean de Barros, laissant un libre cours à la haine nationale et au chagrin de voir passer tant de trésors entre les mains des Espagnols, dépeint Colomb comme un homme « fallacieux, se a glorifiant de sa capacité, fantastique et poursuivi par « le rêve de son Ile Cipango. » La juste indignation que témoignait, en 1799, M. de Flcurieu dans ses Observations sur la division hydrographique du glvbe, que pas une Ile, pas un cap, pas un seul point du nouveau monde ne porte le nom du héros navigateur qui en lit la découverte, serait calmée aujourd'hui, que plus de vingt endroits de l'Amérique ont été nommés d'après Colomb, qu'une republique de l'Amérique méridionale, formée de la Nouvelle-Grenade et de Caracas, a été appelée en son honneur Colombie, et qu'on a donné le nom de Colombia à un grand fleuve qui se jette dans l'Océan Paci-
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fii|iie. M. de Humboldt fait la remarque qu'aucun monument national de quelque importance n'a été élevée à sa gloire dans le nouveau continent; et il ajoute que celte ingratitude est partagée par l'Espagne et par l'Italie ( I ). R— L et D— z— s.
COLOMB (don Barthélémy), frère cadet du précédent, s'était comme lui adonné à l'étude des mathématiques, et avait comme lui montré un goût trèsprononcé pour la navigation ; on dit même que ce fut Barthélémy qui donna à Christophe les premières leçons de. cosmographie, ce qui pourrait sembler être en contradiction avec le dire de Ferdinand Colomb, son neveu, qui prétend, dans la vie de l'amiral, que Barthélémy « était peu savant, niais homme « de bon sens, et faisait des cartes de navigation et a des sphères. * Quoi qu'il en soit, il règne une égale obscurité sur les premières années de la vie des deux frères. D'après une note de la main de Barthélémy Colomb, trouvée par las Casas sur les marges d'un vieux livre, il paraîtrait qu'en 1486 il accompagna Barthélémy Diaz dans son voyage de Lisbonne le long de la côte d'Afrique, dans le cours duquel le cap de Bonne- Espérance fut découvert. De retour en Portugal au mois de décembre 1487, Barthélémy Colomb, le confident des vastes projets de son lrère, fut envoyé par celui-ci en Angleterre pour proposer son projet de découverte au roi Henri VIL Pris dans son trajet de Lisbonne à Londres par des corsaires qui le dépouillèrent de tout, « il se vit en des pays inconnus, dit Ferdinand Co- «i lomb, forcé de faire des caries marines. » Lorsqu'il eut gagné quelque peu d'argent, il se rendit en Angleterre, obtint une audience du roi Henri VII, lui présenta une mappemonde et lui exposa le dessein de l'amiral. Henri VU accueillit avec intérêt la proposition éventuelle qui lui était laite (2j, conclut un arrangement provisoire avec Barthélémy, et l'engagea à lui amener son frère. Celui-ci partit immédiatement pour l'Espagne; mais lorsqu'il atteignit Paris, il y apprit, pour la première fois, que la découverte était déjà faite, et que son rréresc trouvait auprès des rois catholiques, comblé d'honneurs par ces souverains, caressé par la noblesse, et idolâtre par le peuple. La gloire de Colomb jetait déjà un grand lustre sur toute sa famille ; aussi Barthélémy fut-il considéré comme un personnage important. Le roi de France le reçut avec distinction, et ayant appris qu'il manquait d'argent, lui lit remettre 100 couronnes pour le défrayer jusqu'en Espagne. Lorsqu'il arriva à SéviJIe, son frère était déjà parti |>our son second voyage. Barthélémy se rendit immédiatement à Valladolid, où se trouvait la cour, emmenant avec lui ses deux neveux, Diego et Ferdinand, qui venaient
(<) De nombreux dcicutncnts d'une haute importante, elqne rions avons indiques, ayant ete publu-s depuis 4813, époque a laquelle M. le contre-amiral de Ko^sel publia, dans lu première édition de |,i Biographie unlcerttllf, «on article de Christophe Colomb, Il devenait indispensable de le refaire. Kn entreprenant cette tâVhe, nous avons, par res|*>ct pour la mémoire dr notie ami el eollabouleur, conservé de son travail tout te qui n'était pas en opposition avec 1rs faits parvenus neemmenl à notre connaissance. D— i s.
{i) On a vu dans l'article prêcedeul que les «m.ius e<[sigmils racooteul l'affaire différemment.
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d'être nommés pages du prince don Juan. H fut accueilli de la manière la plus honorable par Ferdinand et par Isabelle, qui, trouvant en lui un navigateur très-habile, lui confièrent le commandement de trois navires chargés de provisions pour la colonie naissante, et l'envoyèrent à son frère pour l'aider dans ses entreprises. Lorsqu'il parvint à Isabela, Christophe Colomb en était parti pour explorer la cote de Cuba. La vue de Barthélémy causa une joie inexprimable à l'amiral : entouré d'étrangers comme il était, il n'avait pour le soutenir que son autre frère Diego en qui il put mettre sa conliance ; mais le caractère doux et peu énergique de ce dernier ne le rendait guère propre à agir dans une colonie factieuse. Barthélémy était au contraire prompt, actif et décidé dans ses résolutions, et d'une énergie indomptable. C'était un excellent homme de mer, aussi versé dans la théorie que dans la pratique de sa profession, ayant été presque formé sous les \ yeux de l'amiral ; mais s'il lui était un peu inférieur en science nautique, il l'emportait sur lui sous le rapport des connaissances littéraires. Quoiqu'il n'eût pas reçu une belle éducation, il savait cependant le latin, et, comme son frère, il s'était surtout formé lui-même par des expériences variées • et des observations attentives. Telle est l'idée que nous en donne las Casas, dont les écrits contiennent sur Barthélémy d'autres détails dans lesquels nous ne devons pas entrer. Christophe Colomb investit de suite son frère du titre et de l'autorité à'adelanlado, office correspondant a celui de lieutenantgouverneur, ce qui fut considéré par Ferdinand, souverain extrêmement jaloux des prérogatives de la couronne, comme un empiétement illégal de pouvoir. Le 27 mars 14!)4, i) accompagna son frère dans une i expédition entreprise contre les Indiens de la Vega ; par ses conseils, la petite armée fut divisée en plusieurs détachements, qui, en attaquant tous à la fois les Indiens cent lois plus nombreux qu'eux, parvinrent à les nictirc dans une déroule complète. Barthélémy était retourné à Isabela pendant que son frère poursuivait le cours de ses succès, lorsque Jean Aguado, envoyé en mission par les souverains catholiques, arriva dans cette place. Là, sans témoigner aucun égard à l'adelantade qui commandait en l'absence de l'amiral, il intervint dans le* affaires publiques, faisant arrêter certaines personnes, appelant devant lui les oflicicrs nommés par ce dernier. A son retour, Christophe Colomb, loin de laisser paraître aucune irritation contre lui, le traita avec une extrême courtoisie; mais il résolut en même temps de se rendre en Espagne pour se justifier îles imputations calomnieuses de ses ennemis. Il était prés d'effectuer ce projet, lorsqu'on annonça que des mines d'or venaient d'éirc reconnues prés d'une grande rivière appelée Hayna ; son frère se rendit sur les lieux pour les visiter, et reconnut l'cvaclitudc du rapport. Christophe Colomb prit quelques beaux échantillons du minerai pour le mettre sous les yeux des souverains catholiques, et, au mois d'avril 1496, il mit à la voile pour l'Espagne, tandis que Aguado se rendait aussi dans le même
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royaume. Barthélémy resta pour gouverner la colo nie pendant son absence ; don Diego, leur antre frère, devait lui succéder en cas de mort. Laissant don Diego a Isabcla, Barthélémy s'occupa de faire construire, près de l'emplacement des mines, une forteresse qu'il appela St- Christophe, et à laquelle les ouvriers, qui trouvaient des grains d'or parmi les pierres employées à sa construction, donnèrent le nom de Tour (for. Il parcourut ensuite le pays pour percevoir le tribut imposé par son frère aux caciques soumis , et parvint par son adresse à déterminer le puissant cacique de la province de Xaragtia à se soumettre à la couronne d'Espagne. Au mois de juillet, pour obéir aux ordre^qn'il venait de recevoir de Christophe Colomb, il commença la construction, près de l'embouchure de l'Ozema, d'une forteresse nommée d'abord Nouvelle-lsabela, plus tard Santo- Domingo, et devenue depuis le siège de la ville qui porte encore ce dernier nom. De retour à Isabcla, Barthélémy lit construire deux caravelles pour le service de l'Ile, établit une chaîne de postes militaires entre cette place et le nouveau port de Santo-Domingo, et y transporta une partie de la population d'Isabela. Il lit ensuite traduire devant la justice et brûler plusieurs naturels qui avaient pénétré dans l'église, bridé et foulé aux pieds des images de saints, et attaqua les caciques convaincus d'avoir organisé une conspiration contre les Espagnols. Après les avoir défait, il en fit plusieurs prisonniers; mais craignant d'exaspérer leurs sujets par une trop grande sévérité, il pardonna à la plupart d'entre eux. Cet acte de clémence inespéré, accueilli avec enthousiasme par la population, assura pendant quelque temps la tranquillité de la Vega. On ne peut que donner des louanges a l'habileté déployée par l'adclantade pendant son gouvernement transitoire; si ses mesures judicieuses eussent été secondées par ceux qni étaient placés sous ses ordres, le pays eût joui d'une grande tranquillité, et aurait produit à la couronne des revenus considérables, sanstju'il eût éié nécessaire de recourir à la violence. Mais les dispositions judicieuses de Barthélémy trouvèrent chez les siens des adversaires implacables, et, comme son frère, il eut à résister à plusieurs conspirations dans lesquelles sa vie fut menacée. Celle dont François Koldan était le chef fut surtout dangereuse. Profitant de son absence et delà faiblesse de don Diego Colomb, Roldan organisa une révolte dans laquelle il lit entrer non-seulement une partie des colons espagnols, mais encore plusieurs des caciques mécontents, et tenta de s'emparer du fort de la Conception. Accouru au secours de cette place, Barthélémy eut d'abord une entrevue avec Koldan, auquel il ordonna vainement de résigner l'office d'alrade mayordont il était revêtu. Les affaires de la colonie étaient a celte époque dans une situation déplorable : les naturels, s'apercevant des dissensions qui existaient entre les blancs, cherchèrent à en profiter, et la domination de l'Espagne semblait gravement compromise, lorsque Pcro Hcrnandcz Coronal arriva, le 3 février 1498, dans le port de Sanlo-Domingo, avec deux navires portant des munitions de toute espèce et un nombreux renfort de troupes.