‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 99 sur 117 · C« COL · texte numérisé non relu

C« COL

biens a Porlo-Santo , l'une des Iles du groupe de Madère. Elle lui remit en oulrc les actes, les mémoires, les caries et les instruments nautiques dont Pcrcslrello s'était servi dans ses voyages. La lecture et l'étude de ces écrits pour lesquels Colomb avait tant de sont, et les découvertes renouvelées chaque jour par les Portugais sur la côte d'Afrique , liront naître en lui des réflexions et des conjectures sur la navigation à l'Inde par l'occident, cl l'excitèrent à naviguer avec les Portugais sur les cotes de Guinée. C'est sans doute à cette époque de sa vie qu'il visita le fort de San-Jorgc de la Mina (I), ainsi que les Iles Forôer et l'Islande, quoiqu'on ne puisse préciser aucune date. Dans son mémoire sur les Cinq Zones habitables , l'amiral dit positivement , ce qui pourtant est peu croyable, fait observer M. le baron de Uimibol.lt, a qu'il a été, au mois de février 1477, à ■ cent lieues au delà de Tyle, dont la partie australe a est par 75" de latitude (2). » Cependant Munoz (Hist. del Auero Mundo, lib. 2, p. 12), et Ilarrow [Yoy. in the Aret. Régions, p. 23 et 2C), placent le voyage de Colomb dans le Nord avant son arrivée en Portugal. Il se trouvait dans l'Ile de Porto-Santo, qu'il visita plusieurs fois et où il résida quelque temps avec sa femme, lorsque, * ers 1476, elle le rendit père de don Diego. Colomb tenait note de tout ce qu'il apprenait dans ses explorations et dans les ouvrages des anciens et des modernes qu'il étudiait avec soin ; il consultait tous les navigateurs et les savants qui affluaient dans ce temps-là en Portugal, et il entretenait aussi une correspondance avec les savants étrangers. Il y avait déjà plusieurs années qu'il avait conçu la première idée de son entreprise, lorsqu'il reçut la lettre que Paolo del Pozzo, plus connu sous le nom de Toscanclli, célèbre astronome florentin, lui écrivit le 25 juin, ainsi que l'a démontré M. de Navarrete. Comme Colomb, Toscanclli ne supposait pis qu'on pût trouver de glandes terres dans le chemin de l'Europe aux côtes orientales de l'Asie, mais tous les deux pensaient que l'Asie se prolongeant excessivement vers l'Orient, on devait nécessairement y arriver en se dirigeant de l'ouest à l'est. Le but principal, on pourrait presque dire le but unique de Colomb fut donc de chercher l'Orient jwr l'Occident, de passer par la voie de l'ouest à la terre où naissent les épiceries, riche en diamants et en métaux précieux. En classant les raisons alléguées par Colomb d'après la nature des connaissances dans lesquelles elles sont puisées, et en les comparant en partie aux documents originaux que nous pouvons

(I) li- fonde U Mina on d'Elmina n'ayant été construit, d'après la chronique de Ruy de P.na, qu'en 1*81, la date du tarage de Christophe Colomb a la cote d'Afrique ne peut être anierieiireaceiie année. Ferdinand Colomb met cependant en douie l>r»que de ce voyage. « Pour dire ta vérité, jo ne mis si pendant son mariage a l'amiral hit à la Mina. i> I» - 1 — s.

(2> Cette latitude ne convient. Il est vrai, ni a la rot» méridionale de l'Islande, qui se ironie par 63" t/2, ni aux FûmVkt. placée* a«l 61' 95", ni aux Shetland, qui sont par les OD' »/J ; mais les positions qo"indique l'amiral ne sont pas dunnées comme nn résullal de Ses propre> observations des liauleur> méridiennes du soleil, |*mlant une navigation hivernale dans ces chinais hrumeuv. Ku identifiant la Frislande avec la Hiulc de lUolcœte, U a adopte aussi la lamudc de « géographe, etc. D-z-a,

COL

consulter aujourd'hui, on voit qu'il se fondait sur

l'idée de la sphéricité de la terre ; sur le rapport de l'étendue des mers et des continents ; sur ce que les côtes de la péninsule ibériennect de l'Afrique étaient rapprochées des Iles voisines de l'Asie tropicale; sur une grave erreur dans la longitude des côtes asiatiques ; sur des renseignements tires des ouvrages anciens, des écrivains arabes et peut-être de Marco-Polo ; sur des indices de terres placées à l'ouest des Iles du cap Vert, de Porto-Santo et des Açores, qu'à diverses époques on avait cru trouver, soit dans l'observation de quelques phénomènes physiques, soit dans les récils des marins poussés par des tempêtes et des coûtants. Aussi d'Anville a-t-il pu dire avec raison que la plus grande des erreurs dans la géographie de Ptolémée (la supposition que l'Asie s'étendait vers l'est au delà du 180° degré de longitude) a conduit les hommes à la plus grande découverte de terres nouvelles. Lorsque Colomb eut formé sa théorie , elle resta à toujours fixée dans son esprit et exerça une grande influence sur son caractère et sur sa conduite. Il n'en parla jamais avec le moindre doute cl la plus légère hésitation, mais avec autant de certitude que si ses yeux avaient vu la terre promise. Un profond sentiment religieux se mêlait a ses méditations; il se croyait choisi par le ciel pour l'accomplissement de projets sublimes, et c'est cette haute opinion qu'il avait de lui-même et des desseins de la Providence dont il était l'agent, qui le fit conférer avec les souverains avec un sentiment d'égalilé. Ses vues étaient royales et sans bornes, ses découvertes devaient être des empires , les conditions qu'il imposait proportionnellement splendides, et sous aucun prétexte, même après de longs délais, des désappointements répétés et sous l'oppression da besoin, il ne se serait jamais décidé à diminuer ce qui semblait des demandes extravagantes pour une découverte qui n'élait que possible. Impatient de la lenteur avec laquelle les découvertes des Portugais avançaient le long des côtes d'Afrique, le roi de Portugal avait appelé à son aide la science pour donner un plus grand essor aux expéditions maritimes. Le résultat des conférences des deux plus habiles astronomes et cosmographes de son royaume avec le célèbre Martin Behaim venait d'èlre l'application de l'astrolabe à la navigation , lorsque Christophe Colomb proposa , dans le cas où le roi lui fournirait des vaisseaux et des équipages, de trouver une route plus courte et plus directe à l'Inde que celle qu'on cherchait en ce moment : son plan était de se diriger directement à l'ouest à travers l'Allanliqae. Le roi écouta Colomb avec la plus grande attention; il parut d'abord peu déterminé à adopter ses projets, à cause tles dépenses qu'ils pourraient entraîner; mais il se laissa cependant convaincre par les raisons invoquées par le navigateur génois, ou peutêtre par ses importunités , si l'on s'en rapporte à Barres ( Asia, decad. 1, I. 3, c. 2), et se détermina à donner son assentiment. On ne différait plus, a ce qu'il semblait, que relativement aux honneurs et aux avantages que réclamait Colomb, en cas de réussite, et que le roi trouvait exagérés. Un conseil de sa-

COL

vants composé des deux habiles cosmographes Roderigo et Joseph, et du confesseur du roi Diego Ortiz deCazadilla, considérèrent le projet comme extravagant et son auteur comme un visionnaire. Soumise de nouveau à un autre conseil composé de prélats et des hommes les plus savants du Portugal, la proposition de Colomb fut généralement condamnée. Cependant, comme le roi ne paraissait pas satisfait de cette décision, on proposa de laisser Colomb en suspens, et de dépêcher secrètement un navire dans la direction qu'il avait indiquée, pour s'assurer s'il y avait quelque fondement dans sa théorie.Une caravelle partit, sous le préteste ostensible de porter des provisions aux Iles du cap Vert, mais avec l'instruction particulière de suivre la route indiquée par Colomb. En quittant ces Iles, la caravelle vogua pendant plusieurs jours directement à l'ouest; mais le temps étant devenu tempétueux , et le pilote, que le zèle ne stimulait pas, ue voyant devant ses yeux qu'une élendue incommensurable d'eau qui semblait s'agrandir au fur et à mesure qu'il avançait, n'eut pas le courage de poursuivre sa navigation. Il revint aux lies du cap Vert, et de là à Lisbonne, cherchant à excuser son manque de résolution en tournant en ridicule le projet de Colomb qu'il déclarait extravagant et inexécutable. Colomb, indigné de cette fraude, refusa d'écouter les nouvelles propositions qui lui furent faites, dit-on, par le roi Jean ; et comme, d'un autre côté, la mort de sa femme avait rompu les liens qui l'attachaient au Portugal, il se détermina à abandonner un pays où il avait été traité avec si peu de bonne foi. Vers la lin de 1484, il quitta secrètement Lisbonne avec son lits Diego, et il paraîtrait qu'il se rendit en 1485 à Gènes, où il proposa aux magistrats de cette république son projet de découverte, qui fut, dit Mufioz, rejeté avec mépris. Avant de quitter Gènes, Colomb vit son vieux père, et se dirigea ensuite sur l'Espagne, où il arriva avec son (ils. Il avait envoyé auparavant son frère Barthélémy en Angleterre pour communiquer son projet au roi Henri VU ; mais il fut pris par des corsaires, et conduit dans un pays inconnu où il gagna, en faisant des cartes marines, une somme d'argent nécessaire pour se rendre à Londres. Les auteurs anglais prétendent qu'il y fut favorablement accueilli ; ceux d'Espagne, à l'exception du fils de Colomb, disent au contraire que la cour refusa de l'écouter. D'un autre côté, M. Bossi prétend qu'un des magistrats de la république de Venise lui a assuré avoir vu dans les archives publiques une mention de l'offre que Christophe Colomb fit aussi aux Vénitiens avant de s'adresser aux Portugais, et du refus des premiers. En se rendant à Huelva, où il espérait trouver Pedro Corrca, son beau-frère, Colomb, manquant de tout, se présenta à la porte d'un ancien couvent de franciscains dédié à Santa-Maria de la Rabida, situé auprès du petit port de Palos de Muguer en Andalousie, et demanda du pain et de l'eau pour Diego. Frappé de l'air de noblesse de Colomb et de son accent étranger, Juan Percz de Marcbena, prieur de la Rabida, homme fort instruit, suitout en géographie et eu science nautique,

Page 1