CUV
d'Edouard, s'ctant rangé du parli de Jeanne Cray, et ayant exercé, durant le court espace de son règne, les fonctions de secrétaire d'Etat, & l'avènement de Marie il fut arrêté comme prévenu de trahison, et ne recouvra la liberté qu'en 1oo», après avoir été dépouillé d'une partie de ses biens. Craignant de nouveaux dangers, il obtint une permission limitée de voyager sur le continent. Après avoir passé quelque temps à Mâle, puis en Italie, il vint s'établir à Strasbourg, où les protestants anglais réfugiés avaient alors une église. Celle démarche déplut à la cour, et, sous prétexte qu'il avait passé le temps prescrit à ses voyages, le reste de ses biens Tut entièrement saisi, et il se trouva réduit à donner, [Knir vivre, des leçons publiques de langue grecque. Cependant sa réputation faisait désirer au parti catholique de le convertir de force ou de gré. Vers le commencement de 1550, sa femme s'étant rendue à Bruxelles, lord Mason, ambassadeur de la reine dans cette ville, et lord Pagct, ses amis du temps d'Edutiard VI. et alors amis du parli dominant, l'engagèrent à la venir chercher dans cette ville, et, pour l'y déterminer, lord Mason lui promit un sauf-conduit, tant en son nom qu'en celui du roi Philippe II. Cheke, avant de se meure en route, consulta ses connaissances en astrologie; elles lui promirent un heureux voyage; mais apparemment qu'elles n'avaient pas stipulé pour le retour; car, en revenant, il fut jeté à bas de son cheval, saisi, jeté dans un chariot, les yeux bandés, les pieds et les mains liés, conduit au premier port, embarqué et mené à la Tour de Londres. Il n'y fut pas plutôt arrivé, que deux chapelains de la reine vinrent l'endoctriner. Il résista d'abord ; mais on était déterminé à vaincre sa résistance : converti ou brûlé fut le dernier argument qu'on employa. Sa fermeté succomba ; il lit une sorte de rétractation, demandant à la reine d'épargner sa faiblesse, et de le dispenser d'un désaveu [dus formel. On n'y voulut point consentir; il fut obligé de se soumettre a tout, de reconnaître ses erreurs en présence de toute la cour, et d'accepter telle punition qu'on voudrait lui imposer. A cette condition, on lui rendit sa liberté cl ses biens, qu'il fut obligé de changer contre d'autres, au choix de la reine. Mais, soit fureur de parti, soit inimitié personnelle, le parti triomphant sembla vouloir jouir de sa honte, en le forçant d'assister au procès et à la condamnation des hérêtii|ues. Incapable de supporter tant de douleur et d'humiliation, il mourut de chagrin, le 43 septembre 1557, âge de 43 ans. C'était un homme de beaucoup d'esprit, d'un grand savoir, d'un caractère bienveillant et charitable. Ou l'a accusé de libertinage, mais cette accusation ne parait pas fondée. Il a laissé, entre autres ouvrages : Ie un traité rfr Pronunrialtone gvaeœ potitsimum linguœ Disputaiione*, Paie, I5.i.*i, in-8", publié par Cu-lius Se- CUltduS Curin. 2" De Superslitio -e, ad regrm Umricum, ouvrage adresse à Henri VIII, et placé par l'auteur â la tète de sa traduction latine du traité de Plutarque de la Superstition. On en voit dans la bibliothèque de l'université de Cambridge une copie manuscrite écrite avec soin. La couverture de ce
manuscrit est en argent, ce qui fait présumer que ce fut l'exemplaire oITert à Henri VIII. Ce traité a été traduit en anglais | ar Klstob, et publié par Sirypc à la lin de la vie de Cheke, Londres 1705, in 8o. On a aussi de lui plusieurs traductions de grec en latin, particulièrement des Homélies de St. Chrysostomc, Londres, 1543 et 1547. Parmi les ouvrages de Cheke qui sont fierdus ou inédits, étaient plusieurs ouvrages de théologie, une Inlroduetio grammalicœ, probablement pour l'usage d'Edouard, et des iradttCliotM en latin de Josèphc, de Demostbène, Eschyle, Euripide, Aristolc, etc. X— s.
CI1EI.EIII. Voyez TctiKi.EDI.
CHELI.ERI (Fobtink), compositeur de musique, né il Parme en 1008, était originaire d'Allemagne, et son nom de famille était Kh.i.er. Il perdit, jeune encore, ses père et mère, qui le destinaient au barreau, et c'est aux soins d'un de ses oncles, maître de chapelle de la cathédrale de Plaisance, qu'il dut le développement de ses dispositions pour la musique. Ses essais de musique vocale ayant été accueillis, il composa un opéra intitulé la Grùelda, qui acheva de le faire connaître, et, après avoir fait représenter un ouvrage sur le théâtre de Crémone, il alla, en 1709. en Kspagne, où il visita les musiciens en réputation. De retour dès l'année suivante dans sa patrie, il l'enrichit d'un grand nombre de compositions, qui furent représentées avec succès sur les principaux théâtres d'Italie. Sa réputation le lit successivement appeler en Allemagne, en Angleterre et en Suéde ; mais le climat de ce dernier pays étant contraire à sa santé, il se fixa en Allemagne. Ce compositeur, qui avait de la science et un goût pur, est mort en 1758, à l'âge de 90 ans, avec le titre de conseiller de cour du roi de Suède et du landgrave de Hesse-Cassel, maître de chapelle et membre de l'académie royale de musique de la ville de Londres. P — x.
CHEMIAKA ( DMiTiu-IoijRiÉviTCH ) était le troisième (ils d'Iourié (George) Dmitrovilch, luimême lils de Dmitri Donskoï, lequel, par son pacte de 1389 avec son frère Vladimir, avait établi l'ordre de succession linéale à la place du séniorat. En dépit de cet acte fondamental, Iourié contesta le titre grand-ducal de Ilussie à son neveu Vasilcl ou Vassili III [voy. Vassili II et 111) en 1428, puis en 443I, et, cette dernière fois, finit par prendre les armes contre le grand-duc légitime. Chemiaka, comme ses deux frères, Dmitri Krasnoï (le Roux) et Yasileï Kussoi ( le Louche), seconda son père dans celte tentative, qui fut d'abord couronnée de succès, mais que ne larda pas à déjouer l'appel fait par Vasileï III à la loyauté de la population de Moscou. Il le suivit de même, lorsque, en 1433, Iourié revint à la charge, remporta la victoire de Rosi n' i , et s'empara successivement de presque toutes les villes de Vasileï III. Iourié, qui venait de prendre pour la seconde fois le titre de grand-duc, mourut le 0 juin 4434. Yasileï Kossoî s'arrogea soudain le titre de son successeur : Dmitri Krasnoï, Dmitri Chemiaka répugnèrent à ta soumission qu'il exigeait; et, plutôt que d'obéir à celui dans lequel
CHE
ils ne voulaient voir que leur égal, ils rappelèrent el rétablirent Vasileï III. Cette restauration fut triste. Les fers furent la récompense des secours qu'avait prèles Chemiaka au triomphe de son cousin et à la défaite de son frère. Bientôt pourtant, lorsque Vasileï, vaine|ueur, eut fait crever les yeux à ce dernier, alrociië sans exemple en Russie depuis deux siècles, Chemiaka vit s'ouvrir la porte de sa prison : on eut dit que le tyran voulait ainsi calmer sa conscience, ou bien qu'avant mis Kossoï dans l'impossibilité de lui nuire, il n'avait à redouter dans nid autre de ses cousins un compétiteur. C'est pourtant ce qui devait avoir lieu quelques années plus tard. Un instant le kan de la horde d'Or, Kitchim, vainqueur de Vasileï 111 à la journée de Sousdal (G juillet 1443), voulut, tandis qu'il emmenait le grand-duc en captivité, donner le trône grand-ducal à Chemiaka, cl même ii entra en négociations avec lui. Mais ceux qui tenaient à ce que Chemiaka ne régnât point répandirent adroitement le bruit de sa mort; Kitchim Makhmet, trompé par cette rumeur, et d'ailleurs effrayé des nouvelles qu'il recevait de Kasan, rendit alors la liberté 4 Vasileï, qu'il lit reconduire à Moscou. Chemiaka ne renonça point à l'espérance du trône qu'il avait été sur le point de posséder. H ourdit, avec les princes de Tver cl de Mojalsk , une conspiration contre le grand-duc : elle réussit complètement. Le Kremlin et Moscou furent occu|>és par surprise, pendant la nuit, par les conjurés. Le prince de Mojalsk s'empara de Vasileï, qui faisait ses dévotions au tomlicau de St. Serge. Chemiaka, vainqueur, se fit proclamer sous le nom de Dmitri IV; mais l'histoire n'a point ralilié cette appellation en le portant sur la liste des souverains légitimes. Du reste, tous les boyards, sauf un, lui prêtèrent serment de fidélité. Ce rebelle, car tel est le nom que lui donnaient Chemiaka et ses flatteurs, s'appelait Théodore Bassenok ; il fut condamné à mort, mais il parvint 4 s'échap|>er en Lithuanie Le peuple russe a flétri son persécuteur, en donnant à toute sentence inique la dénomination proverbiale de jugement à la Chemiaka. Non moins cruel que le prince sur lequel il avait usurpé, Chemiaka lui lit subir la peine du talion, et Vasileï, privé des yeux à son tour, et désormais connu sous le nom de Vasileï Tcmnoï ( l'Aveugle ) , alla végéter avec sa femme dans Ouglitcb. Ses fils Ivan et Iourié avaient été sauvés par le dévouement de leurs gouverneurs, qui les avaient mis sous la protection des fidèles boyards de la maison lliapolovski 4 Moorom. Chemiaka, cran gnant toujours pour sa puissance, tant que les enfants de son compétiteur seraient libres, proclama qu'il voulait leur donner des apanages et faire sortir leur père de prison , et, après avoir de son mieux accrédité ce bruit, chargea Jonas, évêque de Rui- Mi i de se faire remettre par les boyards les deux pupilles confiés à leur loyauté. Jonas, trompé, se rendit garant de la foi de Chemiaka, reçut les princes sous sa protection, avec de» cérémonies qui devaient Jes rendre inviolable», et les conduisit 4 Moscou, accompagné des RiapoJovski. Chemiaka ne put VHL
CHE 73
retenir des pleurs à la vue de ses jcnnc3 parents : il les admit à sa table, puis les envoya rejoindre leur père 4 Ouglitch, mais sans se presser d'assigner des apanages aux uns et de briser les fers de l'autre. L'intrépide Jonas alors exprima toute l'indignation que lui causait la duplh ilé de Chemiaka, et appela sur sa tête les vengeances célestes. Cette espère d'anathénie produisit sur tous les esprits une impression prodigieuse. En même temps Bassenok et le prince de Borofsk, Vasileï laroslavili h, beaufrère de Vasileï III, armaient dans la Lithuanie, devenue le champ d'asile et le point de ralliement d'une foule de mécontents. Ne pouvant se dissimuler cl les dangers qui le menaçaient du coté du dehors et la haine qui grondait au dedans, Chemiaka crut conjurer la tempête par un arrangement à l'amiable avec le prince dont il occupait la place. Se rendre 4 Ouglilch avec sa cour, se faire amener le grand-duc son prisonnier, lui demander pardon, offrir de lui rendre le pouvoir et ses biens, dont iniquement il s'était déclaré le maître, tels furent les actes ostensibles auxquels descendit Chemiaka. Le prince aveugle répondit que la faute venait de lui, qu'il avait mérité la mort; que Chemiaka, en ne lui infligeant d'autre peine que la prison, lui avait fourni l'occasion de faire pénitence de ses péchés, et finalement qu'il ne consentait point 4 reprendre le grand-duché. Le seul fief qu'd consentit à recevoir fut celui de Vologda. Tous deux alors versèrent des larmes, s'embrassèrent, dînèrent ensemble, puis partirent, Vasileï jwur Vologda, suivi de toute sa famille, Chemiaka pour Moscou, dont il se regardait désormais comme légitime possesseur. Mais cette fastueuse réconciliation n'avait été qu'une comédie : l'abbé Triton de St-Cyrille, à Bicloséro, releva Vasileï de ses serments, et se chargea, lui et son couvent, du péché, s'il devait yen avoir 4 punir sou usurpateur ; le prince de Tver ( Boris Alessandrovitch) donna sa fille en mariage au jeune Ivan, et, en considération de cette alliance, joignit ses troupes 4 celles que déjà conduisait Vasileï. L'armée lithuanienne, sous les ordres de Bassenok, de Riapolovski, du prince de Dorofsk, marchait en même icmps; enlin deux fils de I'ex-kan Oulon Makhmet amenaient un corps tartarc au secours de l'cxgraiid-duc de Moscou. Pressé par tant d'ennemis, Chemiaka et le prince de Mojaisk, son unique allié, placèrent leur camp 4 Volok-Laniski, pour couper leurs adversaires de Moscou. Mais un des boyards de Vasileï tourna l'armée de Chemiaka, parut la veille de Noèl devant le Kremlin, et une porte de la citadelle s'étant ouverte pour laisser |iasser une princesse qui voulait entendre la messe de minuit 4 la cathédrale, il s'introduisit dans le Tort, sur lequel bientôt flotta leur drapeau. Chemiaka et Andréievilch s'enfuirent, tandis que Vasileï rentrait en triomphe dans Moscou (17 février 1447). Chemiaka avait 4 sa suite la mère du triomphateur. Mais presque aussitôt il la renvoya, Ht sa soumission, et obtint, en abandonnant une partie de ses possessions, amnistie et tranquille jouissance du reste. Quoique cimentée par un traité, cette réconc'diaUon
CHE
n'était pas plus sincère que la première ; car c'était une réconciliation spoliatrice. Cliemiaka, retiré dans sa principauté de Halitch, ne cessa de machiner des plans pour expulser Vasileî, et pour reprendre tout ce dont les événements l'avaient privé. La guerre civile à laquelle son ambition donna naissance a ceci de remarquable, que c'est la dernière dont te récit souille les annales moscovites. Cliemiaka finit par voir sa cause complètement ruinée à la sanglante et décisive bataille de Halitch (27 janvier 1 450 ) : il se réfugia dans Novogorod, et quelque temps après dans Oustioug, où le poison mit brusquement un terme à ses jours le 23 juillet 1453. Ainsi finit, en même temps que le moyen Age, un prince qui, par ses défauts, ses qualités, sa vie d'aventures, son esprit romanesque, sa versatilité, son impressionnabililé jointe a la barbarie, résume bien ce moyen âge dont il est une des figures (es plus brillantes, quoique les moins connues. Cliemiaka unissait l'intrépidité a des talents politiques d'un ordre fort élevé : il connaissait les hommes, savait parler 4 chacun son langage, et persuadait toutes les fois qu'il voulait se donner la peine de prendre la parole ; ses décisions étaient promptes : vaincu, il ne désespérait point de la fortune. Un mot achèvera son éloge : si la horde soutint son rival de préférence à lui, c'est qu'elle le redoutait plus que son rival. G— y et Val. P.
CHEMIN (Jean-Baptiste), curé de Jornevillc, dans le diocèse d'Évrcux, né le 26 novembre 1725, mort le 15 mars 1781 , a publié une Vie de St. Maure et de St. Vinérand, martyr», 1752, in-12. Il a laissé beaucoup de manuscrits relatifs à l'histoire de Normandie. Z— o.
CHEMINAIS DE MONTAIGU ( Tin oiio» ) , Issu d'une famille noble et ancienne dans la robe, naquit à Paris le 3 janvier 4632. Bayle dit, dans sa République des lettres (septembre 1686), que Cheminais était fils d'un commis de la Vrilliére, secrétaire d'État, et plusieurs biographes ont répété cette assertion sans examen. Cheminais n'avait que quinre ans lorsqu'il entra chez les jésuites. Après avoir employé quelques années à ses éludes, il enseigna les humanités et la rhétorique à Orléans. Le ciel semblait l'avoir doué de tous les talents qui servent à former l'orateur. A un esprit facile et pénétrant, a une imaginaiion vive et brillante, réglée par un jugement solide, il réunissait une action noble et aisée, et surtout l'art d'émouvoir par une onction particulière, qui le lit comparer à Marine avant que Massillon fût connu. Il serait devenu un des premiers orateurs de son siècle, si la faihlcsse de sa santé ne l'eût ohligé d'abandonner la chaire h un âge où beaucoup d'autres commencent à y monter : a bien des gens, dit Dayle, ne font pas « moins d'estime de ses sermons que de ceux du « P. ttonrdalnue. » Éloge outré, mais qui fait connaître de quelle réputation Cheminais a joui avant sa mort. || avait été nommé pour prêcher l'Avcnt a la cour ; ses infirmités l'en empêchèrent. Cependant, emporté par son zèle, il continuait de se montrer avec éclat dans les chaires de Paris et de Yer-
«ailles, et ses efforts bâtèrent son dernier jour. Sa voix n'ayant plus assez de force dans les vastes églises de la capitale, les pauvres des campagnes voisines devinrent l'objet de ses soins, et on le vit, faible et languissant, aller les instruire dans leurs villages. Il travaillait aussi à former les mœurs d'un grand nombre de jeunes gens qui s'étaient mis sous sa direction. Enfin, épuisé par de longues souffrances, il mourut le 15 septembre 1689. a peine âgé de 38 ans. Le P. Dretonncau, éditeur de ses sermons, après avoir loué ses venus et son rare talent, ajoute : a 11 avait tnutes les qualités qui rendent un « homme très-aimable, une probité exacte, un na- « turel obligeant, une candeur admirable, une huit meur douce et gaie jusque dans le fort de la donateur, une conversation charmante; il était enfin « un ami généreux, un très-bel esprit et un parfait « honnête homme. » C'est sur un fondement assez léger, et peut-être sans aucun motif, que Bayle fait de Cheminais un poêle de société, qui composait des vers fort jolis et fort galante. Ceci a moins l'air d'une anecdote littéraire que d'une éptgrammo philosophique. Le P. Orclonneau publia les Sermont du P. Cheminais, Paris, 16QO, 2 vol in-12; 1695, 3 vol., et 1729, 5 vol.; mais il est douteux que les deux derniers soient entièrement de Cheminais, et il est certain qu'ils sont bien inférieurs aux précédents. La meilleure édition de ces sermons est celle de Paris, 1764, 5 vol. in-12- On trouve dans le A* volume le Projet d'une nouvelle manière de prêcher, que Cheminais jugeait plus convenable à l'éloquence, et qu'il a quelquefois suivie avec succès. L'auteur désire qu'on bannisse des sermons les divisions et les subdivisions, « parce que par là, dit-il, l'é- « loquenecest gênée, contrainte, comme étouffée; les « mouvements sont interrompus, et, si on ose le dire, « étranglés. Après avoir parié avec véhémence, on « recommence froidement un autre point, ce qui « fatigue l'auditeur, etc. » Le P. breton neau lit imprimer à Paris, en 1691, in-12, un autre ouvrage de Cheminais, intitulé : Sentiments de piété, réimprimé en 1734 et 1736. même format. V — ve.
CHEMMTZ ou CHEMISITIUS (Martih), théologien protestant du 16' siècle, disciple de Mélanchthon, naquit en 1522, a Dritzen, dans le Brandebourg, d'un ouvrier en tainc, et mourut le 8 avril 1880. Il s'est rendu célèbre par son examen du concile de Trente : Examen concitii Tridcntini, Francfort, 1583, en 4 parties, précédées chacune d'une épltre dédicatoirc adressée à quelque prince d'Allemagne (I), et formant ensemble 4 vol. in-fol. ou ln-4*. Cet ouvrage, qui a eu plusieurs éditions, une entre autres, Francfort, 1599, in-8*,est un coma de théologie à l'usage des Églises protestantes; il fut attaqué par Andrada. Les talents et le caractère de Chemnitz lui méritèrent l'estime et l'affection des princes protestants de l'Allemagne, qui l'employèrent dans les affaires de l'Eglise et de l'État. Ln autre
0) On tiwivc m Ufe de la tiiulrc : tt*mi<« ie tfedt.
\ Maltkia Ucrgio, Briijunfrf/:»/.
CHE
ouvrage, qui n'eut pas moins de célébrité, fut son Traité det indulgence», qui a été traduit du latin eti français, et imprime à Genèvo en 1599, in-8*. On a encore de lui : Harmonia evangelica, 5 parties in-4*, publiée!! à Francfort-sur-le-Mein, par Pol. Lyserus, 1000 à 1611 ; Theologim jesuitarum pracipua C'ipila, la Rochelle, 15*9, in-8», etc. — Christian ou Chriilien Chem.mtz, petit-neveu de Martin, nu* quit à Konigxfeld, en 1615, fut ministre à Weimar, et ensuite professeur de théologie à Iéna, où il mourut le S juin 1606, âgé de 51 ans. Il a écrit quelques ouvrages de théologie, dont les deux principaux sont : 1* Brevit Intlructio futuii minitlri EccUtia; 2* Ditierlationet de projdettinalione. D— V— s.
CHEMNITZ (Boobslas-Puilippk), petit-fils de Martin, né a Stettin en 1605, a composé en allemand une histoire très-exacte et fort estimée de la guerre des Suédois en Allemagne sous le graud Gustave-Adolphe, Stockholm, 1648, 1655, 3 vol. in-fol. Le premier volume a été traduit en latin 'par l'auteur même en 1648. Un grand nombre d'exemplaires du second volume, en allemand, ont été détruits par un incendie, en 1697. On conserve dans les archives royales de Suéde la suite du manuscrit original de cet ouvrage. La reine Christine récompensa magnifiquement l'auteur : elle l'anoblit, et lui donna la terre d'ilolstedt en Suède, où il passa la lin de sa vie, et mourut en 1678. On a encore de lui un ouvrage pseudonyme, publié sous le nom (ÏHippolylus a Lapide, intitulé : Diuertatio de raliune Ka(u« in imperio nottro Romano-Germanico, Freystadt (Amsterdam), 1647, in -18. Ce livre a été traduit en français par Bourgeois de Chastenet, sous ce litre : Inliritt det prince» d'Allemagne, Freystadt, 1712, en 2 vol. in-12, et par Samuel Formey, sous le titre des Vraie Intérêt» de l'Allemagne, la Haye, 1762, 5 vol. in-8°, avec beaucoup de notes relatives aux changements opérés en Allemagne depuis un siècle, et aux conjonctures où cette contrée se trouvait alors. — Jean Chemmtz, médecin à Brunswick, petit-fils de Martin, né en 1610, mort le 50 janvier 1651. 11 s'était occupé de la recherche des plantes des environs de cette ville, et il en avait préparé un catalogue ; mais il ne parut qu'après sa mort, sous ce titre : Index plantarum eirea Bruntwigam micentium, cum appendice iconum, Brunswick, 1652, in-4», avec 7 planches représentant huit plantes rares, mais qui étaient déjà bien connues. D— P— s.
CHEMNITZ (Jeax-Jérôme), né 4 Magdebourg, le 10 octobre 1730, où son père était ministre protestant, fit ses éludes à Halle, et accompagna a Copenhague, en qualité de maître des pages, une princesse allemande qui y faisait sa résidence. Il se rendit en 1757 à Vienne, comme prêtre de la légation danoise, et après avoir rempli ces fonctions à I\endsberg, à Kronbergct a Elscneur, il fut nommé, en 1772, pasteur de l'église allemande de la garnison de Copenhague, où il resta jusqu'à sa mort, arrivée le 12 octobre 1800. Jean-Jérôme Ctiemnitz a cultivé diverses parties de l'histoire naturelle, principalement I
CHE 73
celle det coquillages. Il a publié sur cette matière un grand nombre de mémoires académique» et quelques livres importants , tous écrits en allemand , qui ont contribué aux progrès de l'histoire naturelle. Ses ouvrages sont : 1» Kleine beytrage xur tetlaceotheologie, etc., ou Petit Estai de tettacéo-théologie, pour parvenir à la eonnaittanee de Dieu par let coquillage». Francfort, 1760, in-4», avec 4 planrlte, et une lettre qui a été insérée dans le t. 1" du Mutée de Vienne 2" Sur un Genre de coquillage* nommé ''luton par Linné, Nuremberg, 1784, in-4*, avec 2 pl. coloriées. 5* Nouveau Cabinet tytlématique de coquillage», 12 vol. grand in-4*, avec pl. coloriées. C'est l'un des plus beaux ouvrages en ce genre, et des plus complets. F.-H. Martini avait publié les trois premiers volumes ; Chemnitz donna le 4* en 1779, et successivement les suivants jusqu'au H*, qui parut en 1796. La mort l'a empêché de publier le 12" et dernier. A* Description d'un voyage à Faxœ et Steven» KUnt , 1776. 5» Trois opuscule» sur ta chapelle de la légation danoise i Vienne, et sur l'école qui y fut établie sous sa direction, 1761, in-4". 6' 11 enrichit d'un extrait des meilleurs ouvrages en ce genre la traduction allemande (faite par P.-L.-S. Millier) du bel ouvrage publié en hollandais par Rumpf , sous le litre de Cabinet de rareté» d'Amboine, Vienne, 1766, in-fol. avec 33 planches. 7* Notice biographique tur Gabriel-Nicolas Ratpe, 1787, in-4". 8* Dix-sept mémoires , presque tous relatifs aux perles et aux coquillages, insérés dans la collection de la société des scrutateurs de la nature , i Berlin , de 1776 a 1791. 0* Quelques sermons, publiés à part, et quelques extraits sur l'histoire naturelle, insérés dans des feuilles périodiques. D — P— s.
CHEMNIZER ( IvAN-lVANOViTCll ) , fabuliste russe, naquit à Pélersbourg, en 1744 , d'une famille allemande. Son père le destina d'abord à la chirurgie ; mais, voyant son dégoût pour cet état , il le lit entrer dans la garde. Chemnizer, après avoir fait les campagnes de Prusse et de Turquie en qualité de lieutenant, quitta la garde en 1769, et entra dans le corps des mineurs. En 1776, il accompagna un de ses chefs dans un voyage en Allemagne, en Hollande et en France. Ce fut dans ce voyage que s'éveilla son goût (mûries lettres; à peine de retour en Russie, il demanda son congé , et ne songea plus qu'a se livrer paisiblement à la littérature. Il lit paraître alors la première partie de ses fables , à laquelle succéda bientôt la seconde; mais la modicité de sa fortune le força a demander un nouvel emploi. Le gouvernement le nomma consul général à Stuyriie. Chemnizer quitta sa patrie avec beaucoup de regret. Le climat de Smyrne altéra sa santé, et il mourut dans cette ville, deux ans après son arrivée, l'an 1784. Chemnizer est le la Fontaine des Russes. W avait, disent-ils, non-seulement le talent, mais aussi la bonhomie, l'insouciance et la naïveté du fabuliste français. 11 lui ressemblait encore par ses distractions. Voyuntà Paris Lekain paraître sur le ifcMUre, i oublia tout ce qui l'entourait, et, a'imaginant être seul avec ce grand acteur, il se leva et lui 1U une profonde révérence ; il ne revwt de sa distraction quo
78 CHE
lorsqu'il entendit les éclats de rire de ses voisins. Dans quelques-unes de ses fables, Cliemnizer a imité la Fontaine et Gellert ; dans les autres, il a le mérite de l'invention : ce qui lui manque, ce sont les traits de génie, la manière dramatique et la grande variété du poète français. La meilleure édition de ses fables e>i celle qui a été publiée à Pétersbourg en 1799, sous ce titre : Batni i Skaski J.-J, Cliemnixera trtrech t$cha*(aikh ( Fables et Contes de J.-J. Cnemnizer, en 5 parties). D — c
CHEMS-EDDYN, fondateur de la dynastie connue sous le nom de Motouk-Curt , prince cui t, succéda à son aïeul dans le gouvernement du Khoraçan, l'an 045 de l'hégire 1215 de J.-C), et, s'étant fait conlirmer dans cette dignité par Djenghuyz- Kan, il profita des guerres qu'entreprirent Holagou, Abaca-Kan et Ilorac , pour étendre ses domaines et se rendre indé|>cnilant. Il réussit en grande partie, bien que ses desseins fussent devinés et déjoués par le premier minière d'Abaca, qui l'attira i Tamis, où il mourut, l'an 070 (1277-8). Comme il avait eu la précaution de faire toutes les dispositions nécessaires pour la réussite de ses projets, son fds lui succéda, et étendit ses domaines par la prise de Candahar. Cette dynastie a fourni huit princes, parmi lesquels on doit distinguer Hocétn, surnommé Mœzi- ÊJdyn , qui brilla également par ses vertus guerrières et par son amour pour les lettres. Son lils ayant refusé de se rendre à la cour de Tamerlan , attira sur lui les armes de ce conquérant, qui le fit prisonnier en 7K3 de l'hégire (1383), et le mit à mort, ainsi que ses enfants. En lui finit la dynastie des rois eurt. J— N.
CHENAIID (Simon), acteur de l'Opéra-Comique , était le fils d'un menuisier d'Auxerre , où il naquit le 20 mars 1758. Après avoir appris la musique comme enfant de clurur à l'église cathédrale de cette ville, il se fit comédien et joua sur divers lbé.1lrcs de province. Il se trouvait à Bordeaux lorsqu'un ordre du roi l'appela a Paris. Il débuta en 1782 a l'Académie royale de musique et au concert spirituel. Malgré les succès qu'il obtint dans divers opéras, il reconnut, avec raison, que son genre de talent convenait mieux à l'opéra-comiquc. Il débuta donc à la Comédie-Italienne, le 28 juin 1785, par le rôle de Jacques dans Ut Trois Fermiers, puis ' successivement dans celui de Dorimont de la Fausse Magie, de Biaise dans ta Colonie, et d'Alexis dans le Déserteur. Reçu immédiatement sociétaire à quart de part, il obtint peu d'années après la part entière. Il plaisait extrêmement au public par sa belle bassetaille, le naturel et la franchise de son jeu.Chenard était d'ailleurs rccommandable parsesqiialilés personnelles, qui lui valurent consomment l'amitié de ses camarades et la bienveillance du publie. Il fut longtemps un des cinq membres du comité directeur, jusqu'au moment où l'Opera-Comique lut placé sous les loisdundirecteur. 1 1 serait difficile d'énumérer les rôles qu'a créés Chenard, chef d'emploi qui ne se faisait presque jamais doubler ni accorder de congés. Il avait pris pendant quatreans des leçons de violoncelle du célèbre Puport [voy. ce nom;, et 00 le regarda
CHE
comme l'un de ses meilleurs élèves. Le public l'entendit avec plaisir jouer de cet instrument dans la pièce intitulée le Concert interrompu. Le 25 mars 1822, il renouvela sa cinquantaine avec Tlialie, par une représentation à son bénéfice. L'année suivante il reçut sa pension de retraite. Simon Chenard est mort depuis 1830. Z— 0.
CHÈNEDOLLE (Chaiw.es Pioult pe), poète, né à Vire, en 1769, d'une famille noble, se fit remarquer parmi les meilleurs élèves de Juilly. Lorsque la tempête révolutionnaire vint troubler le calme de la France, il quitta sa patrie et il habita d'abord la Belgique, ensuite la Hollande, [mis Hambourg où il connut Rivarol. Ce fut de cet homme spirituel qu'il reçut le secret de celte conversation si brillante, si étincelante de traits ingénieux, qui le distinguait éminemment. Il concourut dans cette ville à la rédaction du Spectateur du Nord, journal hebdomadaire qui répandait alors en Allemagne la connaissance de notre littérature et d'excellents principes de politique. Lorsque Napoléon ouvrit les portes de la France aux exilés , Chénedollé se hâta d'y revenir. Sa réputation l'y avait précédé ; il la devait à quelques beaux vers publiés dans l'étranger, et surtout à une ode pleine de verve et d'harmonie adressée a Klopstoek (l'Invention), qui lui avait témoigné de l'intérêt et de l'estime pendant son séjour en Allemagne. On eut toute la mesure de son talent, lorsqu'en 1807 parut le poème du Génie de l'homme, plusieurs fois réimprimé. Si l'immensité du cadre fut l'objet de quelques critiques, le talent avec lequel ce cadre était rempli ne fut méconnu d'aucun homme de goût. On rendit pleine justice à l'élévation des pensées, à la vérité des images, au style brillant et pur de cette grande composition. Le Génie de C homme obtint d'illustres suffrages ; ceux de Fontanés et de Chateaubriand se distinguèrent entre tous les autres (1). Vers le même temps Chénedollé concourut aux Jeux floraux, et trois fois il obtint le prix de l'ode. Il a réuni celles qui Turent couronnées dans ses Etudes poétiques, où beaucoup d'autres morceaux de poésie très-remarquables se trouvent rassemblés. A son talent poétique, Chénedollé joignait des connaissances étendues ; et l'on s'étonnait
(I) Vu ici le jugement qu'en pariait on critique qoi fait autorité (Dussaull, dans le Journal de l'empire du 23 novembre <S07). Après s'être plaint de l'indifférence du public pour de* poèmes qui méritaient d'être distingue», il ajoutait : « Le . me de N. CUènec doile finira sans dnuie par triompher des difllcultes qui jusqu'à « présent uni retarde son sucres. Le sujet en est grand, noble, incteressanl; l'étendue en est mesurée avec sagesse : l'ordre ei ta « simplicité régnent dans la distribution do ses parties, et le style,
■ généralement pur et mène élégant, est snrtnut remarquable par a te degré de clarté qui caractérise la bonne école. Lie avec nos a meilleurs écrivains, on voit que l'auteur a compose sous Iturs « jeux et s'est toujours appuyé de leurs conseils ; il les • mémo c suivis dans les roules qnMs se (ont frayées. Beaucoup d'endroits
■ de son poème rappellent et les pensée* et lestableant qu'on admire
« dans le Génie du Ckrttliamtme Il semble avoir emprunté les
• couleurs du peintre de t'Atironomte (Fontanes), pour retracer les « merveilles de celte science sublime ; et il paraît devoir pins d'une « de ses inspirations a cette belle copie itVEtsai $ur l'homme qui s jadis annonça nn génie supérieur. Ennn mol, M. Cbedenollé pot- « séde une science qui tons les jours devient pins rare et qu'igno- « rent la plupart de ceux qui aspirent lia. reaommée littéraire : il « Mil composer, Il Mil taire. » D
CHE
de la supériorité avec laquelle il traitait des questions scientifiques assez généralement étrangères aux gens de lettres. Lorsque Fonlancs fut grand maître de l'université en 1810, il confia à Chénedollé un emploi important dans l'enseignement à Rouen, et, en 1812, celui d'inspecteur de l'académie deCacii, qui le rappela au sein de sa Camille. Là , tout entier aux devoirs de ses fonctions, à ses études chéries , et enlin à sa solitude charmante du Coisi'l, plantée de ses propres mains, il vécut heu- Teux. Décoré «le la croix de la Lésion d'honneur par Louis XVIII, il obtint dans le mime temps une nouvelle et bien rare dignité littéraire, ce fut celle de mai tic des Jeux floraux, qu'il reçut de Toulouse. De plus en plus solitaire, il échangea en 1830, presque malgré lui, sa retraite contre une inspection générale. Mais bientôt le HMvcnir de ses anciennes et douces habitudes se réveilla plus vif; il y céda et résigna ses fonctions en 1832 Libre, et rendu sans fartage à ses goûts paisibles, tout devait lui faire espérer encore de longs et heureux jours , lorsqu'il mourut dans son château du Coisel, le 2 décembre 1833. au moment où, peut-être, il songeait à revoir ses nombreux écrits. Indépendamment de son grand poème, l'œuvre de toute sa vie, TUut, ou Jérusalrm détruite , dans lequel la puissance et l'antique religion de la Judée , succombant a la fois sous Home païenne et le christianisme naissant, ont du ofTrir à son génie de si hautes conceptions épiques et de si brillants contrastes. Chénedollé a laissé en manuscrit des richesses ignorées ou même inattendues , dont on pouvait à peine entrevoir l'existenc*» dans ses épanchements les plus intimes : 1* des Mélodies normandes, recueil de poésies nationales, presque toutes inspirées par les sites pittoresques, les souvenirs historiques ou les mœurs populaires de son pays. 2* Une Théorie des corps politiques, écrite à la manière de Montesquieu et de Rivarol. 3° Des Voyages et des Mémoires, dont l'importance, le charme et la variété seront facilement appréciés quand on saura que, chaque soir, il écrivait son histoire de la journée et l'extrait détaillé de toutes ses conversations. ' Et avec co bien d'hommes célèbres dans tous les genres et dans tous les pays ne s'élait-il pas trouvé ! 4' Une traduction en prose des odes d'Horace, dont on trouve des fragments, avec un Essai sur Us traductions, dans le numéro 7 du Spectateur du Nord. Ses ouvrages imprimés, outre le Génie de l'homme, qui a eu quatre éditions in-18 jusqu'en 1825, sont : 1° r Invention, poème dédié à Klopslock, Hambourg, 1795, in-8°; 2* Esprit de Rivarol, Paris, 1808, in-1 2 (avec Fayolle); 3° Etudes poétiques, Paris, 1820, in-8*; 2* édition, 1822; 4» beaucoup de morceaux de poésie dans \Almanaeh des Muses, dans le Spectateur du Nord, et un Eloge de la Neustrie (ode) dans le t. 2 du Mémoire des antiquaires de Normandie (1826). Chénedollé fut, avec Fayolle, éditeur des Œuvres de Rivarol, Paris, 1805, 5 vol. in-8* Il a revu la traduction des Chefs-d'œuvre de Shakspeare, faite par Bruguicre de Sorsum. Z— o.
CHENEV1ERES ouCHENNEVIERES (François de), connu surtout par l'amitié dont l'honora
CHE 11
Voltaire, naquit en 1699, à la Rochefoucauld, petite ville de l'Angonmois. Entré jeune au service, il passa bientôt dans l'administration, et. après avoir rempli les fonctions de commissaire ordonnateur en Allemagne et dans les Pays-Bas, fut Tait premier commis des bureaux delà guerre à Versailles. Tous ses contemporains le représentent comme un homme aimable, obligeant et plein de belles qualités (1). Lorsque madame de Pompadour eut obtenu le renvoi du comte d'Argenson [voy. Voter), il ne craignit point de se compromettre, en restant fidèle au ministre disgracié, et s'honora par une conduite très-rare dans un courtisan. Son goût pour les lettres lui avait toujours fait rechercher la société des beaux-esprits ; mais il eut le tort d'aspirer lui-même au titre de littérateur Lié depuis 1750 avec Voltaire, pour quelques services qu'il lui avait rendus, il entretint dès lors une correspondance avec l'auteur do la Henriade, qui le remerciait de ses jolis vers, et lui assurait, par quelques pièces échappées à sa muse brillante et facile, une immortalité que Cheneviéres n'aurait jamais obtenue par ses ouvrages. Il se démit, en 1768, de la place de héraut d'armes de l'ordre de St-Louis. En 1772, il fut nommé inspecteur général des hôpitaux militaires, et mourut octogénaire, le 13 novembre 1779. Chenevières avait eu pour amis Fontenclle, Moncrif, gentil Bernard, Thomas, Barlhe et Marmontel. On a de lui : 1° Détails militaires dont la connaissance est nécessaire aux officiers et principalement aux commissaires des guerres, Paris, 1742, 4 vol. in-12; nouvelle édition augmentée, 1750-68, 6 vol. Les deux derniers sont un supplément. C'est nn précis des ordonnances, rangées d'après les différentes parties du service.
2° Loiiiri de M. de , la Haye (Paris), 4764, 2 vol.
in-12. Le 1" contient, outre un assez grand nombre de pièces fugitives, quatreopéras- ballets: Célina, ou le Temple de l'Indifférence détruit par l'Amour, — Amaryllis,—Lysis et Mysis, et enlin Gtaucé (2). Le 2? volume est rempli tout entier par une correspondance très-insignifiante. « Cela fait un las énorme « de platitudes parmi lesquelles on aurait de la peine à « trouver une ligne supportable. » Ce jugement de Grimm n'est pas trop sévère. ( Voy. sa Correspondance littéraire, 15 octobre 1764.) Le portrait de Chenneviêres a été gravé par Fiquct. Thomas lit pour mettre au bas les vers suivants :
Chéri des belles et des grands, Bon citoyen, ami sincère.
Poète aimable, Chencviére Eut des ami* dans tous les rangs, El sut aimer comme il sut plaire.
CHENEVIX (Richard), littérateur et chimiste anglais, naquit en Irlande, où s'était fixée, après la révocation de l'édit de Nantes, sa famille, française d'orisine. Son grand-oncle, Rich. Chenevix, mourut en 1775, après avoir, durant trente-quatre ans,
(I) Yoy. les stemoira de madame du Haussât, p. «9. (S) Ce derpier opera, qui eti de I73«, valut a l auleur des veri rtaïuwDUocVduirc.
78 CHE
occupé le siège épiscopal de VValcrfori et Lismore réunis. Son aïeul et son père avaient tous deux été colonels. Ces exemples domestiques n'engagèrent point le jeune Richard à courir la carrière des armes dans une époque qui, plus qu'aucune autre cependant, offrait des cliances de rapide avancement. Dès son adolescence, il annonça son goût pour les études paisibles du cabinet. Au reste, doué d'une extrême facilité, il fit marcher de front la culture des lettres et celle des sciences, surtout de la chimie, Sa réputation ne tarda pas a s'étendre au delà des limites de l'Angleterre ; membre de la société royale de Londres en 1801, il lit ensuite partie de presque toutes les sociétés scientifiques de l'Europe. Chenevix mourut après quelques jours de maladie, à Paris, le 5 avril 1830. II s'était marié en 1812 a la comtesse de Rohaull. On a de cet habile expérimentateur: 1° Remarques sur la nouvelle nomenclature chimique établie par Us niologues français, Londres, 1802, in-12 ; 2* Observations sur les systèmes minéralogiques (publiées en français, dans le t. 05 des Annales de Chimie , 1808, et traduites aussitôt en anglais par un des membres de la société géologique). Dans ce morceau remarquable par la force des raisonnements et par la finesse des observations, Chenevix se déclare l'antagoniste du célèbre système de Wemer, et prend la défense de celui de Hauy. Ses objections ne restèrent pas sans réponse; mais le chimiste anglais riposta par ses Remarques sur la réponse de M. d'Aubuisson aux Observations, etc. (en anglais), publiées pour la première fois à la suite de la seconde édition des Observations, Londres, 1811, in-8°. 3* Dans les Transactions philosophiques i Observations et Expériences sur l'acide muiiahque oxygéné, ainsi que sur quelques combinaisons de l'acide mur in tique dans ses trois états ; — A n a lyte du corindon et de quelques substances qui l'accompagnent; — Analyse des arseniatrs de cuivre et de fer, ainsi que du cuivre rouge octaédrique de Cornouailles, 1801 Observations et Expériences sur la poudre du docteur James, avec une méthode de préparer par la voie humide une substance analogue; — Observations sur la nature chimique des humeurs de Caeil, 1803; — Recherches sur la nature du Palladium ; — de l'Action réciproque du platine et du mercure; 4° Dans le journal de Nicholson : Analyse d'une nouvelle variété d'or natif, 1801 ; — Expérience pour déterminer la quantité de soufre contenue dans l'acide sutfurique; — Recherches sur f acide acétique et sur quelques autres acétates. A côté de ces résultats d'observations scientifiques, on sera surpris sans doute de voir Chenevix publier une comédie, Us Rivaux Mantouans, et une tragédie historique, Henri VU, l'une et l'autre en 1812(1). Dans ce dernier ouvrage, l'auteur se rapprochait autant que possible du système dramatique de Shakspeare. Ces deux pièces, qui n'ont point été représentées, ont joui d'un succès
(•) On n'a pas moins été étonné, esta te* derniers trop, de vofr sortir de U plume du célèbre ebimtsie H. Davy an line profondéinr-ut rrli|teii, intitulé les ieraten Jonrttn pkUetopkt • ce rapprochement ne nous parait pas san» intérêt.
CIIE
d'estime, et comptent parmi les monuments de la grande tentative de rénovation littéraire dont l'Angleterre et la France ont eu le spectacle dans ces dernières années. Chenevix laissa de plus en manuscrit un ouvrage politique dont le titre au moins promet beaucoup ; c'est un Estai sur U caractère national, et sur les causes principales qui contribuent à modifier les caractères des peuples dans l'état de civilisation. Val. P.
CHENIER (Louis de), né en 1723, à Montfort, bourg situé à douze lieues de Toulouse, était d'une famille originaire de Chénier, petit hameau sur la lisière du Poitou et de la Saintonge, d'où elle a tiré son nom. Ses aïeux occupèrent longtemps la place d'inspecteur des mines du Languedoc et du Roussi I Ion. Privé irès-jeune encore de son père et de sa mère, Louis Chénier se désista de ses droits sur son patrimoine en faveur de sa sœur, et ne retint qu'une somme suffisante pour se rendre a Constautiuople. Rempli d'intelligence, doué d'un esprit juste cl réfléchi, il ne tarda pas a s'y voir i la tète d'une maison de commerce, qu'il quitta pour être attaché au comte Dcsallcurs, alors ministre de France près la Porte Ottomane. Desallenrs, sentant sa fin approcher, lui délégua les fonctions de consul général, et il (Mirait que la cour ratifia ce choix, car nous le voyous remplir ces fonctions depuis 1753 jusqu'en 1704. C'est au commencement de cette carrière nouvelle que Chénier épousa mademoiselle Sanli-l'Homaka, jeune Grecque longtemps célèbre pour son esprit et sa beauté (voy. ce nom). Le comte de Vcrgcnnes ayant été choisi en 1704 pour ambassadeur près la Porte Ottomane, le consul général devint inutile. Louis Chénier revint en France, et, en 1767, il accompagna en Afrique le comte de Brugnon, que le roi y envoya pour conclure un traité aver l'empereur de Maroc. Il conduisit cette négociation avec un grand succès, et le roi, pour le récompenser, lo nomma consul général, et, quelque temps après, chargé d'affaires près de cette puissance barbaresque. 11 resta à Maroc jusqu'en 1784, ne revoyant la France qu'à de rares intervalles, dans de courts voyages faits & Paris auprès de sa femme, qui s'y était fixée dès 1773, et surveillait l'éducation de ses fils. En 1784, une intrigue de bureaux le fit mettre a la retraite. 11 revint à Paris, et employa ses moments do loisir à mettre en ordre les nombreux matériaux qu'il avait rassemblés. Dès 1787, il fit paraître ses Recherches sur les Maures, qui furent suivies, deux ans après, des Révolutions de l'empire ottoman. Le rôle qu'il joua en 1789 fut celui d'un homme de bien. Il aima et servit la révolution à son début : il fit même partie des premiers comités de surveillance; mais la sagesse de ses opinions, sa haine des excès l'eurent bientôt rendu suspect, et il fut exclu pour cause de modérantisme. La mort d'André Chénier, son fils, qu'il chérissait tendrement, cl qui périt sur l'échafaud, malgré toutes les démarches qu'il fit pour l'en arracher, hâta la fin de ses jours, et il mourut à Paris, le 25 mai 1796 ( 7 prairial an 3). La section de Drutus, où il habitait, fit rendre des honneurs a sa mémoire, et
CïlE
Vigée prononça sur sa tombe un discours qui a été imprimé. Louis de Chénier avait eu quatre fils : Taltié s'est distingué dans la carrière des consulats; le second dans l'état militaire, cl les deux autres se sont fait un nom dans les lettres. ( Voy. les articles suivant".) Ses ouvrages sont : 1* Recherches historiqutaur les Maures, et Histoire de l'empire de Mante, Paris, 1787, 3 vol. in-8*. 2° Révolutions de l'empire ottoman et Observations sur ses progrès, sur ses revers, et sur l'état présent de cet empire, Paris, 1780, 1 vol. in-8», reproduit depuis sous le titre d'ffif foire des révolutions de l'empire ottoman jusqu'à la mort du sultan Abdul-Hamed, etc., Paris, 4808, in-8*. Ces deux ouvrages, écrits dans un style élégant et simple, renferment des détails précieux sur le commerce, les mœurs et le gouvernement; mais toutes les fois que l'auteur veut débrouiller l'histoire des peuples, on s'aperçoit qu'il a eu rarcmeut recours aux sources originales, et s'est trop souvent appuyé du témoignage des écrivains qui l'avaient précédé. Il parait qu'il ignorait les langues orientales, quoiqu'il parlât asser purement le turc et le grec moderne. Ses remarques locales méritent seules toute confiance, car il était doué d'un grand esprit d'observation. S* Jt/ctemofion d'un titoyen, petite brochure de circonstance. Lorsque la inort le surprit, il venait de disposer pour l'impression six Lettres sur les Turcs, où il relevait plusieurs fausses assertions du baron de Toit. Il préparait aussi une nouvelle édition de ses Reelierches sur les Maures. J— r».
CHÉNIER (Constantin-Xavier de), l'atné des quatre frères de ce nom, naquit en 1760, a Constanlinople, où son père était consul général. Ramené fort jeune à Paris, il y lit ses études avec distinction, et remporta, en 1778, le prix d'honneur de l'université. A son début dans la carrière diplomatique, il partit pour l'Afrique en qualité de secrétaire, avec son père, qui avait été nommé chargé des affaires de France auprès de l'empereur du Maroc. Il obtint bientôt un consulat en Espagne, et, après la révolution de 1780, il remplit successivement les fonctions de consul général en Italie, en Grèce et en Prusse. Admis à la retraite sous l'empire, il vint se fixer à Paris, et consacra ses loisirs à l'étude des lettres qu'il cultiva jusqu'à sa mort, arrivée le 0 février 1837. Z.
CHÉNIER (André-Marie de), frère du précédent, troisième fils de Louis de Chénier consul, général de France préa la Porte Ottomane, et d'une Grecque célèbre par son esprit cl sa beauté , naquit a Constanlinople, le 29 octobre 1762. A jieine âgé de deux ans, il fut envoyé en France auprès d'une sœur de son père qui habitait Carcassonne. Deux ans après, en 1764, la nomination du comte de Vcrgennea à l'ambassade de Turquie ayant rendu inutiles les fonctions du consul, la famille de Chénier revint en France. Elle comptait alors quatre lils : Marie-Joseph venait de naître. Pendant neuf ans, madame de Cliénier fut la seule institutrice de ces deux enfants qui devaient prendre place parmi les grands poètes. Déjà les douces années passées dans
CHE 70
le gynécée maternel avaient développé chez les deux frères des caractères op|>osés , des intelligences différentes. L'un, turbulent et rétif, avide de louange et de bruit, se créait parmi les enfants du voisinage des partisans et des antagonistes ; l'autre , André, calme et studieux, tout rempli d'une tristesse native, aimait à rêver sur les bords de l'Aude et bégayait, en imitant sa mère :
Ce langage sonore aux douceurs souveraines. Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines.
En 1773, madame de Chénier vint se fixer à Parts pour compléter l'éducation de ses enfants. Déjà Sauveur et Constantin étaient entrés au collège de Navarre : André et Joseph les y rejoignirent. Là, André apprit dans les livres le doux parler de la Grèce , et ce fui pour lui moins une élude qu'un souvenir. A seize ans il traduisait en vers gracieux une ode de Sapho. Jusqu'alors inséparables , André et Joseph durent se quitter à la liu de leurs études. C'était en 1782 : il leur fallait choisir une carrière, et, sans vocation, sans goût décidé, ils choisirent, comme faisaient alors presque tous les cadets de famille , la carrière di s armes. André partit donc a vingt ans comme sous-lieutenant pour se rendre au régiment d'Angoumois, en garnison à Strasbourg. Mais, six mois après, dégoûté de l'oisiveté militaire, il revint à Paris, et se consacra tout entier à ses chères éludes. Alors, il le dit lui-même :
Ne connaissant personne, inconnu, seul, tranquille, Sa voix humble à l'écart essayait des coucci ls.
Après dix-huit mois de celte vie solitaire et studieuse, il vit revenir à lui Joseph, qui, lui aussi, s'était lassé de l'inaction bruyante et des plaisirs grossiers de la garnison. Tous deux reprirent ensemble leurs travaux ; le cercle de leurs amis s'agrandit de jour rn jour. Les frères Trudaine, leurs camarades de collège, de Pangc, le marquis de Bra/ais, le poêle Lebrun, se réunirent à eux dans une association poétique. On se conliait des essais que le monde n'applaudissait pas encore. Lebrun apportait sa candeur emphatique ; Joseph s'essayait a la gloire bruyante du diéatre, et André , plus réservé dans ses confidences, se contentait de travailler en silence et d'admirer les beaux vers de son frère. Tandis que l'un apprenait à connaître les premières douleurs de l'orgueil, l'autre disait :
Moi, j'ai besoin d'aimer, qu'ai-je besoin de gloire?
L'excès du travail faillit être funeste à André. Une maladie grave qu'il lit alors lui rendit le repos nécessaire, et les frères Trudaine, ces amis qui lui restèrent fidèles jusqu'à la mort , l'emmenèrent en Suisse. Au retour de ce voyage, il partit pour l'Angleterre à la suite de l'ambassadeur de France, M. de Ut Luiernc. C'était là pour Chénier le premier essai sérieux de la vie pratique : il ne fut pas heureux dans cet apprentissage. On lui avait fait concevoir des espérances d'avenir qui ne furent pas réalisées : il ne trotm * Londres que les ennuia d une position subalterne el dépendante, et les amer.
80 CHE
t imcs de l'exil. 11 en revint en 1788 avec des trésors nouveaux d'étude et de poésie. Une école nouvelle était née pendant son absence : un mouvement nouveau s'annonçait dans les lettres et dans les arts. Aux grâces énervées de Demis et de Dorât succédaient la raideur ampoulée de Lebrun et l'orgueilleuse emphase de Marie-Joseph Chénier. David allait détrôner Boucher, et partout les fadeurs élégantes d'une société qui s'écroulait faisaient place au lyrisme pedantesque d'une génération nouvelle. C'est un curieux spectacle que de voir André, au milieu des premiers enthousiasmes de tout ce faux sublime, polir laborieusement quelque églogue et rivaliser de grâces naturelles avec '1 ibullc ou Properce. Celte année 1788 fut sans doute une des plus heureuses de sa vie. Il aimait alors madame de Donneuil, femme admirable d'esprit et de beauté , la muse de ses beaux jours, et, dit-on , la Camille de ses vers. C'est au milieu de cette féconde oisiveté que la révolution vint le surprendre. André Cbénier l'accepta en cojur bonnéle, en esprit d'élite. Les grands mots lui firent espérer de grandes choses, et il dut se croire un moment transporté dans quelque république des temps (tassés, au milieu des grands hommes de Plutarquc. Ces illusions durèrent peu. Les grandes scènes de la révolution naissante purent lui inspirer quelque entltousiasme, et les beaux vers un peu emphatiques qu il adressait à David sur le Serment du jeu de l'aume ne sauraient être confondus avec les élucubrations ridicules de la Musc républicaine. Mais bientôt les partis se dessinèrent; la logique implacable des événements, l'ambition féroce de quelques-uns, la faiblesse des autres, rendirent la modération impossible ou fatale. An ire Chcnier osa penser seul et ne pas être d'un parti . In 1701, il se présentait candidat aux élections parisiennes : il voulut appuyer cette candidature d'une profession de foi qui ramenât les esprits a des idées plus calmes et plus justes. L'Avis aux Français., manifeste énergique et applaudi, peut suflirc à taire comprendre la portée politique 'le son esprit. Les meilleures intentions, les vues les plus droites s'y rencontrent : mais on y chercherait en vain l'intelligence de la situation présente. C'est l'œuvre d'un nomme qui n'est pas de son temps. La candidature de Chénier fut sans succès. Marie-Joseph avait choisi une autre route. Esprit posilit et pratique, emporté par la logique des faits, il se laissait entraîner à toutes les conséquences des théories républicaines. Et cependant les deux frères se rencontraient encore «lans les mêmes mngf politiques : loin s amis communs étaien Kcrsaint, Malouet, Coudorcet : Joseph dédiait à André son Brulus et Cassius, tragédie manuscrite, en lui rappelant o l'amitié qui nous unit plus étroitement que le « sang. » Mais bientôt André s'arrêta sur la pente où glissait son frère : il conçut l'honorable et malheureux projet de résister et de contenir. C'est alors qu'il engagea dans le Journal de Paris, de concert avec Regarnit de Sl-Jean-d'An^ély , une polémique de tous les jours contre les Orissot , les Collot d'Herbois, les Robespierre. I/n de ses article*
CIIE
dirigé contre les jacobins, fit sensation, et Joseph crut devoir rappeler, dans une réclamation adressée au Journal de Paris, que ce n'était pas lui, mais son frère qui en était l'auteur. Quelques jours après paraissait dans le Moniteur une longue apologie des jacobins, dans laquelle Marie-Joseph Chénier répondait à l'énergique diatribe de son frère. Au milieu d'expressions convenables, nuis froidement polies, se trouvait cette épitbéle appliquée à l'article d'André : amplification de rhétorique. André , ainsi attaqué, lit une réponse digne et ferme, mais dans laquelle on sentait les mouvements d'une colère contenue : Joseph alla plus loin encore, et une dernière réponse qu'il fit à son frère renfermait quelques récriminations pleines d'amertume. Louis-Sauveur et Constantin intervinrent dans ces déplorables débats : leur amitié obtint n'A miré qu'il gardât le silence. Ceci se passait au mois de février 1792. Le 10 août, lorsque la monarchie tomba , les bureaux du Journal de Paris fuient pilles et la rédaction dispersée. Le parti d'André Cbénier était déjà le parti des vaincus. Les dangers de celte situation nouvelle ne firent que développer un des plus beaux cotés de son talent et de son caractère. Il ne s'agissait plus d'être un profond politique : il suftîsait d'être honnèie homme et d'exprimer en vers brûlants une indignation profondément sentie. Cbénier eut cette sublime imprudence. C'est à celte époque qu'il faut placer la plupart de ces ïambes énergiques que lui inspiraicul les sauvages excès et les joies féroces de la révolution en délire : c'est alors qu'il flétrissait :
L'atroce démence Du slupide David qu'autrefois j'ai chanté,
et ces bourreaux barbouilleurs de lois qui frappaient la royauté dans le roi. La condamnation de Louis XVI, à laquelle son frère avait participé, avec restriction toutefois et en tremblant sans doute , fut pour André Chénier l'occasion d'un acte de courage alors surtout rare et admirable. Il voulut être lui aussi l'avocat des martyrs. La lettre du 18 janvier qui demande l'appel au peuple est de lui : cette lettre a été imprimée sur la minute écrite de sa propre main, et corrigée en plusieurs endroits sur les avis de de Malesberbes. Cet appel au peuple est plein de noblesse et de grandeur : ce n'est plus le style un peu vague et un peu mou de Y Avis aux Français; c'est l'œuvre d'un grand cœur et d'un grand écrivain. Déjà André Chénier était compté au nombre des suspects : bientôt il dut se cacher. Marie-Joseph, alors député de Versailles, lui procura un asile dans cette ville. André resta la près d'un an et n'en revint que dans les derniers jours de 1795, convalescent encore d'une longue et grave maladie. En quelques mois tout avait changé à Paris : Joseph, lui aussi, était compromis. Il avait refusé des missions sanglantes ; s'il n'avait pas hautement flétri , comme son frère, les crimes de Marat, au moins avait-il gardé sur la victime de Charlotte Corday un silence accusateur ; il passait pour modéré. Le retour d'André était donc une imprudence nouvelle : l'influence de son frère ue suf-
CHK
fisait plus à le proléger, et déjà le poêle Wieland, l'aimable chantre d'Agathon, avait écrit d'Allemagne exprès pour savoir si André Cliénier vivait encore. Le génie antique de la jeune Allemagne s'inquiélait à lion droit «le celui qu'uti écrivain de nos jours appelle si bien « le classique de la décadence. » Une réconciliation complète eut lieu alors entre les deux frères, et la sévérité un peu liauiaine d'André dut oublier le passé en présence des malheurs nouveaux qui menaçaient toute sa famille : son père et son frère Joseph étaient observés et accusés de modération; Sauveur, ancien chef de brigade sous Dumouriez, venait d'être incarcéré à Beauvais; lui-même n'avait qu'à se montrer pour mériter l'échafaud. 11 apprend un jour qu'un de ses amis, Pastoret, vient d'être arrêté à Passy. iNégligcant toute précaution, il y court pour consoler et assister la femme de son ami : une visite domiciliaire l'y surprend, et il est jelé à Sl-Lazare. La douleur de Ixmis et de Marie-Joseph Clicnicr fut grande : chacun d'eux avait à craindre pour deux (ils ou pour deux frères. Joseph usa d'un reste de crédit, et obtint de Fouquicr-Tainvillc l'ordre d'élargissement de Sauveur, (tuant à André, il ne fallait pas penser à demander sa liberté : vouloir le sauver , celait le perdre. « Faites plulot qu'on « l'oublie , » disait avec raison Joseph à son pere. Pendaut ce temps, André Cliénier supportait avec calme et sans forfanterie l'horrible attente de la mort, o Puissè-je vivre, écri vaii-il ... . Ma vie imo porte à la vertu. » Il avait retrouvé dans la prison les deux Trudainc, et Suvcc, captif avec eux, s'oc- Ctiptit à retracer les traits du jeune poète dans un portrait, le seul qu'on ail tic lui cl que possède aujourd'hui M. de Caycux. Cependant, inspiré par son désespoir, Louis de Cliénier oublia les sages recommandai ions de Joacph : ce malheureux père courut réclamer son lils au comité de sûrele générale et demander son jugement préalable , se fondant sur les services rendus [>ar Joseph à ta convention. « Lue « exception pour le frère du conventionnel ! s'écria « le tribun auquel il s'adressait: le détenu sortira « dans trois jours. » En effet, trois jours après, André Cliénier sortait de St-Lazare, mais pour être transféré à la Conciergerie. Mis en jugement, il dédaigna de se défendre, cl fut déclaré ennemi du peuple, convaincu d'avoir écrit contre la liberté, d'avoir défendu la tyrannie, et d'avoir conspiré pour s'évader. Hainené à la Conciergerie , il écrivait encore ses derniers Ïambes sur des chiffons de papier et les passait sous la porte à un compagnon de captivité qui les donna plus tard ù sa famille. La musc de ses dernières heures, mademoiselle de Coigny, lui avait déjà inspire l'admirable élégie de la Jeune Captive, cl sans doute il écrivait ce vers interrompu.:
.... peut-être est-ce bientôt mon tour,
quand on vint le chercher pour mourir. Près de lui dans la fatale charrette il reconnut un ami de sa jeunesse, le cliantrc aimable des Mois, Boucher. Tous deux s'embrassérenl et récitèrent la première scène û'A ndromaque. a Je n'ai rien fait pour la
postérité, » dit André ; puis, se frappant, le front il ajouta : « Pourtant j'avais quelque chose là. » o C'é- « tait la musc, s'écrie M. de Chateaubriand , qui lui « révélait son talent au moment de la mort. » André Cliénier mourut le 7 thermidor an 2 ( 23 juillet 1794 ), à peine âgé de 31 ans. Deux jours plus tard il était sauvé. Joseph fut inconsolable, et la mère des Cliénier pleura quatorze ans dans les bras du (ils qui lui resuit le fils qu'elle avait perdu (1). C'est une histoire singulière que celle de la gloire d'André Cliénier. Pendant vingt-cinq ans il resta plus connu par sa mort que par son talent. Le premier, M. de Chateaubriand lit connaître et apprécier la Jeune Captive : cette pièce lut avait été communiquée par madame de Beaumont , sœur de M. de la Luzerne. L'adorable simplicité , le cachet vraiment antique de celte élégie ne suflirent pas à faire retrouver les droits du poète oublié. D'ailleurs la raideur de l'école impériale et le goût contestable des première années de la restauration s'uecommodaient peu de cette perfection élran-.'e , de ce naturel exquis. En 1819, les frères Baudouin venaient d'éditer le théâtre de Marie-Joseph Cliénier. On leur proposa , par convenance et comme assortiment de librairie, d'éditer les poésies d' un frère inconnu. Ce frère inconnu, c'était André Cliénier. Le précieux dcpol rut confié à M. IL Delatouche. C'était un portefeuille contenant une foule de morceaux épars, plus de projets que d'eruvres accomplies, des esquisses admirables, des diamants à demi taillés. En 1835 parut une édition nouvelle, renfermant plus de six cents vers inédits extraits par M. Delatouche du portefeuille dont il n'avait pu user d'abord qu'avec une extrême réserve. Enfin, en 1839, grâce à M. Gabriel de Cliénier, neveu d'André, M. deSte-Bcuve put glaner encore après d'autres, et lit connaitre quelques ébauches dédaignées dins les premiers triages. Mais déjà le nom d'André Cliénier était rendu à la lumière. Une école nouvelle, à la recherche des sources originales, curieuse de l'imitation intelligente et des hardiesses heureuses, avait reconnu dans André son chef, et, comme on l'a spirituellement dit , le frère ainé des poètes nouveaux. Tout dans le poêle si à propos révélé s'accordait avec les instincts et les besoins de l'école moderne : elle y retrouvait jusqu'à l'admirable témérité des enjambements, jusqu'à ces gracieuses licences
(I) On connaît les taches insinuations tic l'atibê Morellet et de en indignes pamphlétaires qui, a sa suite, voulurent faire retomber le sauf; d'André Cticoter sur son frère. La faim, l'habitude des taches odieuses, ou encore le désir d'une vengeance personnelle et les passions poti;ir|itcs poudrent a ces indignités répétées quotidiennement avec une atroce persévérance, uon-seulenicni des folliculaires obscurs, mais jusqu'à des esprits honorables du reste cl distingués. Celte froide baibarie n'eni pas nu nie toujours la bonne foi pour eveuse, et quclques-uus des calomniateur» ne virent dans cette accusation qu'un moyen de Uéiiioiieii»ir un ennemi politique ! i,Wj : Cb. Mulli't, Ai-je tort pu at-jt raitcn? eu Leharpe et Ckenier. sa 8, in-H" ; Sewrin, Epiire à Ckttier nr rOrgueU, an S in-8° ; André Du muni. Compit rnnln ; le Cktralitr i« FtmvteUe à Joseph Ckitûtr, t7M, in-19; Petilc Diiptte rn/redeux granit hommes. Me) Il serait superflu d'insister aujourd'hui sur nne justification que le. témoignage de tant d'hommes huuorablcs et vërtdiques, Daumiu, Lrinercier, Arnauli, GinfarVé, Chateaubriand, a rendue u\-*>niui» inunic.
82 CHE
de la poésie antique dont elle usa jusqu'à en abuser. De profondes différences se manifestèrent bientôt il est vrai entre l'aine et les cadets de la famille : la vérité rigoureuse , la réalité constante du sentiment poétique dans Chénier ne pouvait s'accorder longtemps arec les tendances values et mystiques de se» admirateurs. Mais il avait une fois conquis sa place et ne devait plus la perdre. André Cliénier est grec par la forme, mais français par la pensée ; c'est, il l'a dit lui-même, un Français né dans tes mxtrt de Byz'ince. Populaire par accident, il restera désormais à une grande bailleur, mais son génie curieux de perfection , sa phrase savante , pleine d'imitation cachée et de labeur dissimulé avec art, ne sauraient faire de lui un de ces écrivains qui sont dans toutes les bouches et qui n'échappent a aucun instinct. Il est vrai de dire qu'il est imposable de comprendre !iisqu'où bit allé Chénier s'il n'avait pas été arrêté si jeune dans sa route. Il y a une profonde différence entre ses derniers chants et ses premiers essais. L'emphase, l'inexpérience sont visibles dans le Jeu de Paume par exemple. On y sent encore la frirheusc influence de Delillc et de son école : le mot propre est évité avec soin et la périphrase y est curieusement contournée. Dans quelques-unes de ses dernières idylles, au contraire, le Mendiant, l'A' reugle , la Liberté, et surtout dans la Jeune Captive. on reconnaît les fruits de cette imitation sans esclavage qui fait les poêles ; c'est l'abeille de la Fontaine qui fait du miel de toute chose ; deux vers de Ti huile sont le germe de toute une pièce, et le |x>êle antique i*st vaincu. André nous donne quelque part le secret de son travail. Longtemps, il uous le dit, il poursuivait de pénibles beautés : longtemps il préparait le moule cl la forme ; puis un jour il faisait couler le bronze dans ce moule. Rien n'était fait aujourd'hui : tout serait fait demain. Pour Chénier ce lendemain n'est pas venu. C'est ainsi que nous avons perdu le poème iVHermès, imitation savante de Lucrèce, un Art d'aimer dans lequel il eût rivalisé avec Ovide, une Amérique, un poème de Susanne dont nous n'avons que des plans mal arrêtés encore et quelques vers. Le poème de l'Invention nous est seul parvenu en entier : c'est un morceau remarquable, plein de netteté et de haute raison . mais qu'on ne ! mirait r» garder comme le dernier mot du poC'le. On 7 trouve avec de beaux développements cette pensée qui préoccupa constamment Chénier, l'alliance des idées nouvelles et de la forme antique. Imiter l'antiquité mais avec indépendance, voila ce qu'il voulait faire. Il ne faudrait cependant pas croire que le génie de Chénier eût de tous côtés échappé à l'influence de son siècle. Dans les fragments de Y Hermès qui sont parvenu jusqu'à nous, on peut reconnaître les doctrines de Cabanis et de Condillac ainsi que dans lotîtes ses a*uvres on retrouve l'indifférence religieuse de son époque. Chénier est un poète païen. Ce n'est qu'en sentiment poétique, en goût littéraire qu'il parait avoir devance son siècle. Il voulait faire un traité en prose ayant ce titre : sur les Causes et les Effets de la perfection et de la décadence des lettres. Ce titre seul montre à quel point Chénier sur-
CHE
passait ses contemporains. Ce n'est pas seulement la
littérature grecque qu'il devina et comprit le premier. Marie-Joseph lui érrit à Londres avec étonnement : « Vous me paraissez indulgent pour ce « Shakspcare; vous trouvez qu'il a des scènes ad- ■ mirables. » André admirait Shakspeare, et il y a tout lieu de croire que ce n'était pas à la manière do Ducis. Tel qu'il est , avec les imperfections nécessaires de la jeunesse, André Chénier restera un des poètes les plus originaux de la littérature française. Un goût supérieur à son temps, l'amour et le sentiment du vrai beau, ce sont la assez de titres à l'immortalité pour ce [K)ête sans orgueil, qui n'a trouvé dans un jour de confiance rien de plus à dire do lui-même que ce mot charmant :
Et mon vers a peut-être au«i quelque douceur.
Les Poésies d'André Cliénier ont paru pour la première fois, précédées d'une notice de M. Delatouche, Paris, Itaudouin frères, 1811», 1 vol. in-18. On a publié depuis : 1" OEuvres complètes (précédées d'une notice par un anonyme), Paris, les mêmes, 1819, in-8'; réimpr. avec la notice de M. Delalouche, ibid. , les mêmes, 1822, in-18; 2* Œuvres (anciennes et posthumes), revues et mises en ordre par D.-Cli. Robert, Paris, Nepvou . 1824-26 , 2 vol. in-8% qui peuvent se joindre à l'édition des œuvres complètes de Marie-Joseph : 5° Poésies posthumes et inédites, augmentées de plus de six cents vers, Paris, Char|>cnlier, 1833, 1 vol. in-18 avec préface de M. Delatouche et un beau |tortrait ; réimprime dans la Bibliothèque éditée par le même libraire , ibid., 1 vol. grand in-18; 4* OEuvres en prose, Paris, même année, 1 vol. grand in-18, qui fait partie de la même collection, A. F— n.
CHÉNIER (Marie-Joseph de), frère du précédent, naquit à Constantinoplc, le 28 août 1761. Conduit en France dès l'âge le plus tendre, il passa ses premières années chez une tante paternelle, avec son frère André, puis ils furent envoyés tous deux au collège de tVavarre, où Joseph eut pour professeur le fameux Geoffroy, et fit des études rapides et médiocres. En 1781, Chénier, qui avait embrassé la carrière militaire, entra comme sous-lieutenant dans un régiment de dragons cantonné à [Niort. Il y servit deux ans, après lesquels il revint a Paris, prés de sa mère, avec plusieurs canevas de pièces et quelques tragédies ébauchées, dans l'intention de se consacrer exclusivement à la littérature. Palissnl et le poète Lebrun furent ses premiers protecteurs. A leur recommandation, les acteurs de la Comédie- Française voulurent bien recevoir, en 1785, Edgar, ou le Page supposé, petite pièce en 2 actes et en vers, qui, destinée à être jouée immédiatement devant la cour, ne le fut cependant que le 14 novembre 1785, à Paris. Elle tomba dès les premières scènes, malgré les grâces de mademoiselle Contât , chargée du principal rôle. Loin de se laisser abattre par cet échec, Joseph Chénier mil la dernière main à une tragédie intitulée Azémire, et parvint à la faire représenter au château de Fontainebleau. « Mais comme il faut cneoungor les jeunes g. ns