‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 13 sur 117 · OIE · texte numérisé non relu

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« dit l'auteur lui-même dans sa prérace, la pièce Tut c sifflée d'un bout à l'autre. » Jamais on n'avait vu pareille cliose, le silence étant ordinairement la seule marque d'improbalion que l'on se permit en présence du roi. Chéuier, craignant t\\ïAzémire n'éprouvât le même sort à Paris, ne la fit point annoncer sur les affiches. Au lever du rideau, mademoiselle Sainval vint prévenir les spectateurs assemblés pour voir Zaïre, que l'indisposition d'un acteur avait fait changer le spectacle, et qu'on allait donner une tragédie nouvelle. Cette précaution n'empêcha point une seconde cbute, aussi complète que la première. Trois années de silence et d'études suivirent un début si fâcheux, et l'on ne se souvenait plus <ÏAiémire, quand Charles IX fut joué, le 4 novembre 1780, et obtint un succès d'enthousiasme. Cette tragédie, dans laquelle Chénier avait mis en œuvre les idées nouvelles avec une rare hardiesse, devint une affaire de parti, et en conséquence fut diversement jugée. Les partisans de la révolution en exagérèrent le mérite, par cela seul qu'ils y voyaient un moyen d'accélérer la chute de la monarchie. * Si Figaro a « tué la noblesse, s'écria Danton en sortant de la • première représentation , Charles IX tuera la m royauté. » Camille Desmoulins avait déjà dit au milieu du parterre: «Cette pièce avance plus nos « affaires que les journées d'octobre. » Les royalistes, au contraire, alarmés et indignés à la fois de l'audace du jeune poète, affectèrent de déprécier son ouvrage. Monsieur, depuis Louis XVI II ne pouvait concevoir qu'on le vit deux fois, et l'ap[>clait une profanation. ( Voy. Ahnau.t. J En ne touchant même qu'à la question littéraire, on doit certainement reprocher à Chénier d'avoir altéré la vérité de l'histoire pour assombrir ses tableaux, et d'avoir multiplié hors de toute proportion ses tirades contre l'autel et le trône; mais il serait injuste de refuser quelques éloges à la vigueur de ses caractères, à la noblesse et à la chaleur de sa versification, qui ce|ienilant n'est pas toujours exempte d'emphase. Benri VIII et Calas furent représentés en 1701. La première de ces pièces inaugura, le 27 avril, le théâtre de la Nation. Elle ne remue que faiblement les passions populaires, aussi le succès fut-il calme, et dà principalement au jeu de Tahna, qui entrait alors dans la plénitude de soi» talent, i . limier affectionnait cette tragédie, qui offre des situations pathétiques et des scènes intéressantes. 11 ne cessa de la retourlter jusqu'en 4805, et sans l'atrocité du principal personnage, on la reverrait peut-être avec plaisir. Dans Calas, il revint a la prédication politique et philosophique, et à tous les défauts qui en sont inséparables. Néanmoins ce drame Ait peu goûté, et l'auteur est convenu lui-même qu'il avait dépassé le but en présentant un spectacle trop déchirant. L'année suivante vit paraître Tibérius Gracchus (février 1792), pièce toute républicaine, et qui n'en fut pas moins accusée par les anarchistes de préconiser II modération. Cet hémistiche : des lois et non du sang, excita la fureur du représentant Albilte (voy. ce nom), qui s'écria d'une voix d'éuergiuuène : du sang el non des lois! et sortit de la sallo

en proférant des menaces. Peu de jours après Tiberius Graechus, dénoncé à la tribune par Itillautl de Varennes comme l'œurre d'un mauvais citoyen, fut entièrement supprimé. Dans les années 171)5 et 1701, Chénier composa Fênelon, puis Timntéon, tragédies, et le Camp de Grandpré, divertissement mis en musique par Gossec. Les maximes de tolérance et d'humanité répandues dans Fénelon ne pouvaient que déplaire à ceux qui tyrannisaient et décimaient alors la France. Ils trouvèrent que cette pièce énervait Vénergie républicaine, et en tirent arrêter les représentations. La tragédie de Timoléon, reçue au théâtre de la République à l'époque la plus orageuse de la terreur, était annoncée comme devant être jouée très-prochainement, lorsque le bruit se répandit qu'elle contenait des allusions à la dictature qu'affectait Robespierre. Celui-ci envoya Julien de Toulouse à la répétition générale, et, sur le rapport de ce conventionnel, un ordre du comité de salut public défendit ia pièce, dont les copies furent à l'instant recherchées, saisies et brûlées. Madame Vestns eut seule assez de présence d'esprit pour en cacher une, à l'insu même de l'auteur. C'est vers rctte époque qu'André Chenicr fut envoyé à l'échafaud. l uis par les liens d'une affection mutuelle, les deux frères étaient entièrement divisés d'opinion. [Voy, l'art, précèdent.) Marie-Joseph, député, eu 1792, à la convention nationale, |iar le département de Seincet-Oise, s'était rangé parmi les hommes les plus exaltes du parti démagogique, et, soit conviction, soit faiblesse, après avoir voté avec eux la mort de Louis XVI, il s'était associé à toutes leurs violences. Mais, par un de ces revirements dont sa vie offre plusieurs exemples, il avait essayé, dans ses derniers ouvrages, de calmer les passions que les premiers avaient si imprudemment excitées ; au 31 mai, il avait aussi élevé la voix en faveur des vaincus, Robespierre ne vit plus alors dans l'auteur de C7wrles IX qu'un modéré et un suspect, el, avant de le perdre, il voulut le frapper à l'endroit le plus seiw sible, en immolant André, que ni les démarches, n» les supplications de son frère ne purent sauver. On n'a [»as craint d'avancer cependant que Marie-Joseph était complice de cet assassinat, calomnie horrible, qui, propagée par l'esprit de parti, se reproduisit sous toutes les formes à l'époque île la reprise de Timoléon, où, par malheur, un frère immo'ait son h. -re à la liberté. Chénier garda longtemps le silence du mépris. A la fin l'indignation eut le dessus, et dans son Epitre sur la calomnie, il répondit par un morceau empreint d'une sensibilité profonde. Nous y renvoyons le lecteur. Quoique cette réfutation soit la plus éloquente de toutes, nous la fortifierons en rappelant les paroles d'Arnault sur la tombe de son illustre confrère : « Poursuivi par la ■ calomnie, Chénier se réfugia dans les bras de sa « mère; se seraient-ils ouverts à son repentir, s'il « eut été couvert du sang d'un frère 1 » Préservé d'une mort certaine par la chute de Robespierre, Joseph Chénier continua de siéger à la convention, où il put librement exprimer des idées plus modérées et plus saines. On le vit successivement deman-

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