‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 16 sur 117 · OIE · texte numérisé non relu

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de cet artiste. Cherubini au contraire s'en occupa immédiatement, et se rendit cependant a Turin pour remplir un engagement contracté par lui lors de son passage en celte ville, où il devait écrire une Ifigcnia in Àulide, qui fut en efTct mise en scène et représentée pendant l'hiver de 1788, avec un succès extraordinaire. Il n'en fut pas de même du Démaphon, joué à Paris le S décembre sur le théâtre de l'Opéra : malgré plusieurs morceaux remarquables, l'ouvrage n'eut qu'un très-petit nombre de représentations. On a pu avec raison attribuer sa chute à plusieurs causes : d'abord Vogel venait de mourir à la fleur de l'âge; le bruit se répandit que sa partition était terminée, et l'ouverture, digue d'une éternelle admiration, avait obtenu, aux concerts de la loge olympique, un succès d'enthousiasme qui fit disparaître l'œuvre de Cherubini. Toutefois le Dcmophon de Vogel, représenté en 1793, ne répondit aucunement à l'attente du public. On doit ensuite songer que Cherubini, pour la première fois, écrivait dans le genre français; le poème manquait d'intérêt et de chaleur, et la musique s'en ressentait ; enfin, ce qui constituait par-dessus tout le mérite de son ouvrage était absolument au-dessus de la portée du public français de cette époque. Les Parisiens apprirent à s'y mieux connaître, lorsque Léonard, coi fleur de la reine, eut obtenu avec Viotli le privilège d'un théâtre où devaient se jouer des opéras italiens dans la langue originale ou parodiés en français, el des comédies. Personne mieux que Cherubini n'était capable de préparer les changements nécessaires à certains rôles, d'ajouter de* airs là où ils paraissaient nécessaires, de diriger la mise en scène sous le rapport musical, etc. : il s'acquitta merveilleusement do cette tâche, où il eut encore à lutter avec Paisiello, en ajoutant huit airs et un finale à la charmante partition de la Molinarclla; il en composa d'autres pour presque toutes les pièces de cet auteur, données à Paris, et parut dès lors prendre rang à coté de lui ; mais tes circonstances et son propre génie devaient le porter vers des routes fort différentes de celles qu'avait parcourues le célèbre Napolitain. Uu opéra de Marguerite d'Anjou, qu'il ne termina pas, fut son second ouvrage français ; il compta aussi à cette é[H>quc un grand nombre de romances. Enfin Lo~ doiïka parut au théâtre Fcydeau, le 18 juillet 1791 ; on en trouva la musique enchanteresse et l'ouvrage, obtint un grand nombre de représentations; mais, chose singulière, il ne fut jamais repris : une autre LodoUka de Kreutzer avait été donnée au théâtre Favart. Bien inférieure dans son ensemble à la pièce de Cherubini. elle commençait par une ouverture devenue bientôt populaire, et que la franchise du caractère et l'agrément de la tournure mélodique rendaient digue de cet honneur ; ce morceau seul finit par faire perdre de vue tout le mérite de l'ancienne LodoUka, dont d'ailleurs le poème était fort médiocre. On a remarqué qu'à cette époque Cherubini avait deux manières absolument distinctes : l'une qui le rapprochait de Paisiello et de Cimarosa par la grâce, l'élégance et la pureté des formes mélodiques; l'autre se rattachant à l'école de Gluck et de

Mozart par plusieur» points ; plus lu»rmoni<me que mélodique, riche de détails d'instrumentation, cette seconde manière fut, comme le dit M. Fétis ( Biog. unir, des Musiciens ), le type alors inapprécié d'une école nouvelle destinée à changer toutes les formes de l'art. La troupe italienne à laquelle était attaché Chcrubini ayant quitté la France en 1793, le compositeur ne jugea pas convenable de la suivre ; les Français, et plus encore les Françaises, le retenaient, car, durant sa jeunesse, il aima passionnément les femmes, et ne cessa de s'en préoccuper qu'a la suite d'une assez violente maladie, née d'une conduite peu réglée à cet égard. Au temps de la terreur, il se retira chez l'architecte Louis, devenu propriétaire de la Chartreuse de Gaillon ; là il écrivit plusieurs morceaux détachés, et un ouvrage dramatique dont nous reparlerons ; il ne retint à Paris qu'à la fin de 1794, rapportant l'opéra d'Elisa, en 2 actes, représenté à Feydeau le 2 décembre. En celle même année, Chcrubini avait perdu son père et achevé d'attacher en quelque sorte sa destinée au sol français en épousant Cécile Touretle, fille d'un musicien de l'ancienne chapelle du roi. A celte époque de sa vie se rapportent plusieurs hymnes et chants patriotiques, puis une suite de soixante-cinq solfèges, destinés au conservatoire de musique, dont Cherubini avait été nommé l'un des inspecteurs lors de la fondation. Plusieurs ouvrages dramatiques signalèrent les années suivantes, aucun n'obtint de succès; la faiblesse des poèmes et aussi le peu d'effet dramatique de la musique en furent la cause : toutefois il est un morceau appartenant & cette série de pièces, qu'a bien juste titre l'on a souvent cité et admiré, c'est le contrc-|)oint sur les Folies d'Espagne, pl acé dans l'ouverture de l'Hôtellerie portugaise. Il est impossible d'imaginer quelque chose où les artifices de la science aient été employés avec plus de goût, de grâce et de bonheur. On trouve dans cette même pièce un excellent trio que l'on chante encore dans les concerts. Cherubini trouva dans les Deux Journées, de Oouilly, un poème plus digne d'exercer son rare talent : la musique de cet ouvrage, remplie de beautés en tout genre, obtint un succès non contesté ; on entendit surtout des morceaux d'ensemble tels que n'en offrait aucune pièce française, et que leur caractère particulier différenciait également de tout ce que le répertoire italien offrait de plus beau en ce genre. Epieure, composé en société avec Méhul pour le théâtre Favart, eut le triste résultat de brouiller les deux compositeurs, qui, comme de coutume, s'attribuèrent la chute de l'ouvrage ; ils se réconcilièrent plus tard par l'entremise de Plantade. Anacréon, ou l'Amour fugitif, en 2 actes, donné à l'Opéra, fut également mal reçu ; Cherubini, dans une lettre particulière, a en attribue la chute à la clique infernale acharnée contre tous ceux qui font partie du conservatoire. » A cette époque, et probablement par suite des chagrins qu'il éprouva pendant les cinq premières années du siècle, il fut atteint d'une maladie de nerfs qui le jetait dans une tristesse profonde ; il prit alors du goilt pour la botanique et la culture des fleurs. Sa mélancolie n'avait que trop de causes,

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car il était loin d'avoir la position qu'il méritait: l'emploi d'inspecteur et professeur de composition au conservatoire était sa seule ressource pour lui et sa famille. N'ayant jamais pu vaincre les préventions de Napoléon, qui, comme on le verra dans un instant, n'aimait pas sa musique, il accepta un engagement en Allemagne, où ses ouvrages étaient fort goûtés, et se rendit à Vienne pour écrire l'opéra de Foniska, qui devait être suivi de plusieurs autres. Cet ouvrage fut représenté à la fin de février 1 806 ; les événements politiques occupaient tout le monde, et on fit alors peu d'attention aux sublimes beautés de la partition, et aux opinions manifestées par H.iydn et Beethoven, qui proclamaient Cherubini le premier musicien du siècle : les arrangements pris avec lui furent rompus, et il était de retour à Paris le i" avril. Il n'écrivait que des morceaux détachés et sans importance, lorsqu'une circonstance particulière le ramena vers un genre qu'il avait perdu de vue depuis longtemps, et qui, aux yeux des connaisseurs, sera son principal titre à l'admiration de la postérité. Se trouvant, dans l'été de 1808, au château de Grimai, cher. M. Joseph de Caraman, on eut l'idée d'exécuter une messe, et comme il ne s'en trouva pas, le compositeur fut prié d'en écrire une. Après quelques difficultés, il se mit à l'œuvre, et composa les premiers morceaux de l'admirable messe en fa à trois voix avec orchestre; ce bel ouvrage ne fut terminé que l'année suivante, signalée également par la représentation de Pigmalione donnée en présence de l'empereur sur le théâtre des Tuileries. L'éloignement de Napoléon pour Cherubini datait de loin : en revenant d'Italie, le premier consul avait proposé un prix à la meilleure marche faite par un des compositeurs alors en vogue, et, contre tous les avis, s'était prononcé pour Paisiello, malgré la supériorité en cette occasion de la pièce présentée par Cherubini ; le consul ayant désiré entendre au conservatoire la marche de Paisiello, dans le petit concert préparé i cet effet, on fit entendre aussi celle que Cherubini avait composée lors de la mort du général Hoche, morceau dont tout Paris avait admiré la conception, le caractère et les beautés de premier ordre dont en effet il abonde ; Napoléon, tout au contraire, manifesta ouvertement sa mauvaise humeur, et dit lui-même à Cherubini, avec une désobligeance affectée, que Paisiello et Zingarelli lui étaient bien supérieurs; passe encore pour Paisiello, dit tout basChcrubini, mais Zingarelli!.... Cette aversion continua de se manifester en toute occasion, et de son côté Chcrubini ne se fit pas faute de parler de l'ignorance musicale du nouveau souverain ; mais il n'est pas exact de dire que dans une conversation aux Tuileries, le musicien se soit conduit avec inconvenance : bien loin de là, le pauvre artiste essaya du mieux possible de se faire couriisan, et adressa au chef de l'État sur son goût pour une musique douce et tranquille une excellente réponse, en lui disant qu'il lui fallait une musique qui ne l'empéehût pas de longer aux affaires de l'État. Cette observation pleine de sens, et où se retrouve au plus haut degré la finesse de l'esprit florentin, n'aurait pus dù mécontenter Napoléon ; il en arriva tout

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autrement. Comme un grand nombre de souverains,

Napoléon a porté en musique et en littérature des jugements fort ridicules ; assurémenile grand artiste qui était ici en cause aurait pu se passer d'une telle approbation, si son existence n'en eût en partie dépendu. Lors de l'organisation de la chapelle impériale et de la démission de Paisiello, Napoléon refusa positivement d'employer Cherubini. Celui-ci, avec cette énergie qui, si elle n'est pas toujours permanente dans l'âme des grands artistes, semble renaître avec une nouvelle force après les instants de dégoût, imagina qu'il pourrait, par la force et la souplesse de son talent, luiccr l'empereur «revenir sur son compte. An retour de Vienne, Na|ioléon avait ramené le célèbre castrat Crescentini, dont la voix et le talent lui plaisaient beaucoup ; il fui convenu avec celui-ci qu'un opéra où il jouerait le principal rôle serait appris cl monté sans que l'on fit à l'avance connaluc à personne le nom du compositeur. Pygmalion, petit ouvrage d'un genre absolument différent de tout re qu'avait jusqu'alors produit le compositeur, fut écrit et représenté aux Tuileries. Dans une grande scène cliantéc par Crescentini, l'empereur se sentit ému jusqu'aux larmes, et demanda le nom de l'auteur ; ou le lui dit : il en parut plus surpris que satisfait, et n'en reparla plus. Tout le résultat de Pigmalione fut qu'on envoya une somme d'argent au compositeur, et qu'on lut demanda la musique d'une ode pour le mariagede l'empereur. Un opéracomique, le Crescendo, et un grand opéra, les .46mcerrages, donnés en I8i0et en 1815. n'eurent point de succès; cependant plusieurs morceaux de ce dernier ouvrage sont restés, notamment un délicieux air de téuor souvent chanté dans les concerts. La restauration, en renversant le gouvernement impérial, porta de préférence son attention sur le musicien que Napoléon avait si indécemment traité ; divers ouvrages de circonstance lui furent demandés. Au commencement de 4815 il partit pour Londres, et y resta pendant presque toute l'époque des cent jours; cependant, dans le même temps, l'empereur lui donna la croix de la Légion d'honneur; mais le croirait-on ? ce ne fut pas comme compositeur qu'il l'obtint, ce fut comme chef de musique de la garde nationale de Paris. « Ainsi, dit l'aulcur de son éloge prononcé « à l'Institut, Napoléon trouva encore le moyen « d'être injuste envers M. Cherubini, même en fai- « santun acte de justice. » Il avait été admis dans ce corps par l'ordonnance qui augmenta le nombre des membres de la section musicale de l'académie des beaux-atts; après la mort de Martini, arrivée au commencement de 1810, Cherubini fut nommé pour le remplacer comme surintendant de la musique du roi, et conserva cet emploi jusqu'à sa suppression en 1S30. En 1822, on lui donna la direction du conservatoire, à la tête duquel il est resté vingt ans. Telle est I'influrnce d'une grande célébrité sur tout établissement public, que le conservatoire, appelé, de 1822 à 1830, école royaUde mutique et de déclamation, se releva subitement, quoique, dans Cherubini, le directeur fût bien loin de valoir le musicien. A la vérité, pendant toute sa direction, il

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consacra constamment six heures de chaque journée i l'établissement; mais tous ses soins se bornaient en général a une surveillance minutieuse et a une rigoureuse exigence d'exactitude; il ne connaissait pas la manière d'accélérer les progrès, d'encourager le talent naissant ; tout son caractère se peint dans ce mot, dit après une répétition d'un morceau auquel chaque exécutant avait mis le plus grand soin : comme l'humeur chagrine constamment peinte sur son visage n'avait pas cessé de se montrer, on lui demauda s'il n'était pas satisfait : Des que je ne du rien, répondit -il, c'est que jt suis content. Un outre jour il assistait en loge à la répétition d'un opéra d'un de ses élèves; l'ouvrage avait obtenu les applaudissements des musiciens et de tous les invités; après le premier acte l'élève vint lui demander son avis, point de réponse ; il reparaît après le second, même question, même silence; enfin l'élève se hasarde a lui dire : Vous ne me répondes point. — Que vous répondre? lui dit alors Cherubini, voici deux heures que vous ne me dites rien. Ces duretés lui étaient habituelles, et paraissaient on ne peut plus désagréables, par suite de la brièveté de sa parole et de l'accent italien, qu'un séjour de cinquante ans en France ne lui avait pas fait perdre. La sécheresse de ses relations avec les professeurs était la même. Ce n'est pas que sa nature fût mauvaise, mais les maladies nerveuses qu'il avait éprouvées et les chagrins qui, pendant près de vingt ans, n'eurent que de faibles compensations, lui avalent laissé, dans une position heuieuse et bien méritée, certaine irritabilité qui ôtait à sa société une partie de l'agrément qu'elle aurait pu avoir, et rendait surtout son abord fâclicux. Son caractère se manifestait avec tout le monde, même avec les autorités dont il dépendait. Depuis sa nomination à la cha|ielle, il ne s'était plus occupé que de musique d'église et en avait composé en trés-grnnde quantité; sa place de directeur du conservatoire lui avait donné l'occasion d'écrire beaucoup de solfèges destinés aux concours des examens trimestriels; ils ont été depuis recueillis et publiés. Après la suppression de la chapelle, Cherubini eut un instant l'idée d'écrire de nouveau pour le théâtre, ou plutôt ses amis l'y engagèrent en lui conseillant de retoucher et tic mettre en scène son ancienne partition de Koukourgi, écrite en 1793; le poème était tellement ridicule qu'il fallut l« refaire en entier; MM. Scribe et Me- Icsvillc se chargèrent de ce soin en «'imposant l'obligation de conserver tous les morceaux de musique existants: ils tirent un nouveau libretto sur le sujet du conte des Mille et une Nuits. Le poème ayant été donné au compositeur, il se mit immédiatement A l'ouvrage, et travailla si bien qu'il ne resta presque rien de l'ancien Koukourgi : on eut une partition entièrement neuve, formant mille pages de manuscrit. Représenté a l'0|>éra le 22 juillet 1833, cet ouvrage offrit le spectacle plein d'intérêt d'un vieillard de soixante-treize ans, faisant entendre au public étonné des chants pleins de fraîcheur et de grâce, des chœurs au-dessus de tout éloge, des détails d'instrumentation neufs et ingénieux, et montrant partout

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une verve de Ulent qu'on trouve bien rarement dans la jeunesse. Cependaut Ali-Baba n'eut que cinq représentations; le sujet était froid et au-dessous de la réputation des auteurs, et la nature des beautés de la partition la rendait, ainsi que toutes celles deCherubini, plus digne d'estime aux yeux des connaisseurs qu'a ceux du public dont il dépassait presque toujours la portée. De (8Si à 1812, Cherubini composa et fit exécuter chez lui des quatuor et un quintette, ainsi qu'un Rtquiem pour voix d'hommes ; la fralclienr de ses idées étonnait tout le monde, et l'on ne pouvait comprendre que si près de la ioml>e cette vigoureuse et productive organisation eût encore une séve si forte et si pleine de verdeur. Les relations administratives de Cherubini (tendant le temps de sa direction du conservatoire n'avaient pas toujours élé exemptes de dégoûts et de contrariétés; plusieurs fois il s'était trouvé dans le cas d'offrir sa démission, mais les difficultés s'étaient toujours aplanies; enfin un nouveau règlement émané du mim'&térede l'intérieur ayant été introduit à la lin de Ik; |, le directeur refusa de l'accepter et résigna ses fonctions en janvier 1849. On sait aujourd'hui que les changements proposés dans le régime du conservatoire n'avaient d'autre but que de mettre le directeur dans la nécessité de donner sa démission. Cette manière étroite et mesquine de forcer 4 se démettre des fonctionnaires dont on veut se débarrasser convient à merveille aux autorités qui manquent d'énergie et d'élévation. Fn quittant le conservatoire, Cherubini fut nommé commandant de la Légion d'honneur, dont il était officier depuis l'époque du sacre de Charles X ; il était aussi chevalier deSt-Michel, Le compositeur ne |«rnt aucunement affecté de quitter son emploi, nuis il ne tarda pas à éprouver un changement notable dans l'état do sa santé, et le 15 mars 1843, il avait cesse de vivre, la musique funèbre qui accompagna son convoi exécuta le morcoau composé par lui cinquante ans auparavant pour la pompe funèbre du général Hoche, et qui avait clé la première cause de l'éloignement de Napoléon ; à l'église on chanta le Requiem dont on a parlé il y a un instant, et qu'il avait expressément destiné à ses propres funérailles. Cherubini était âgé de 84 ans et 6 mois. La liste de ses productions, que nous donnons ici en abrégé, prouve qu'à aucune époque sa fécondité ne s'était ralentie, et qu'il ne cessa pas d'écrire jusque dans >a plus haute vieillesse: c'est un point de ressemblance qu'il eut avec Zingarelli ( voy. ce nom ) mort dans sa 8G* année, et qui composait encore trois jours a*ant son heure suprême. — Misiqi e de théâtre : 1* intermède pour un théâtre de société, composé à Florence : le titre et la partition sont perdus; 2° il Giuocotore, intermède, Florence, 1775 ; 3* Quinto Fabio, en 3 actes, écrit pour Alexandrie de /a Paille et représenté pendant l'automne de 4780; A'Armida, en 3 actes, Florence, carnaval de 1782; S" Adriano in Siria, en 5 actes, l.ivourne, printemps de la même année; 6° Sicsscntio, ou 3 actes, Florence, automne de la même année; r Quinto Fabio, çn 3 actes, ù Rome, janvier 1783,

avec une nouvelle musique; 8* lo Sposo di fre mari<o di ntêtuna, opéra buffon en 2 actes, Venise, automne de la même année ; 0" fdalide, en 2 actes, Florence ; 10* Aleitandro neli" Indie, en 2 actes, Mailtoue, 4784 ; 11* la Finta principcisa, opéra bouffon, Londres, 1785; 12'Giuio Sabino, en 2 actes, Londres, 1 780 ; 43» Ifigenia in Aulide, Turin, 1788 ; 44» Dèmophon, en 5 actes, Paris, à l'académie royale de musique, 5 décembre de la même année : tous les opéras suivants ont élé composés dans la même ville et pour le ihéairc Feydeau, à l'exception des numéros 21, 22, 30 et 41; neuf d'entre eux s nt gmés; 45» Udouka, en S actes, 18 juillet 1791 ; 15* Koukourgi, en 5 actes, incomplète! inédit, 4793; 17* Elita, en 2 aclCH, 13 décembre 1794 ; 18- Mëdte, cn3 actes, 13 mars 1797 ; 19* l'Hôtellerie portugaise, en 1 acte, 25 juillet 47118 ; 20* la Punition, en 4 acte, 23 février 1799; 21* fa Prijonniére, en 1 acte, en société avec Boicldieu, nu théâtre de Hontanâicr, 12 septembre même année; 22* les Deux Journëes, en 5 actes, 10 janvier 4800; 23" Epicure, en 5 actes, en société avec Méhul, au théâtre Favart, 14 mars même année; 2i° Anaerêon, ou i Amour fugitif , en 2 actes, a l'Opéra, 4 uclobre 1803 ; 25* Faniska, en S actes, Vienne, au théâtre impérial de la Porte-d'llalic, 25 février 1806 ; 26* Pigmalione, en 1 acte, théâtre des Tuileries, 30 novembre 1809 ; 27* le Crescendo, m 1 acte, 4" septembre 1810; 28* les Abencerrages, en 3 actes, à l'Opéra, 6 avril 1813; 29" lioyart à ilëxières, en 1 acte, en société avec Catel . Doicldieu et iWeoIo, 12 février 1815; 50* Blanche de Provence, en 1 acte, divisé en 3 parties : Cherubini est seulement auteur de la troisième ; cet ouvrage, composé â l'occasion du baptême du duc de Bordeaux, fut donué à la cour le I" mai 1821, et le surlendemain à l'Opéra ; 31* Ali-Baba, en 4 actes avec prologue, â l'Opéra, 22 juillet 4833. Cette liste se résume en quatorze opéras italiens et seize français. A cette série viennent se rattacher : 32* einquantencul airs, neuf duos, cinq trios et quatuor, sept morceaux d'ensemble, finales et chœurs ajoutés, ou changés dans des opéras italiens; 33* dix-sept airs et autres morceaux détachés avec orchestre pour opéras français ; 34» dix-sept grandes cantateset grands morceau x de cireonstanre avec orchestre; 35* Huit hymnes et citants révolutionnaires avec orchestre ou instruments à vent ; Sti* Un ballet. — Musique n église : 37" onze messes solennelles, cinq ont été publiées ; 58* deux Requiem gravés; 39* des Kyrie, Gloria, Credo, Sanclus et A:) mis composés pour la chapelle du roi ; 40* un grand Credo à huit voix dont ta fugue a été publiée plusieurs fois; 41* deux Disit et un Magnificat; 42* un Miserere â quatre voix et orchestre ; 43* un Te Deum, ibid. ; 44* quatre litaniee de la Vierge; 45* deux Lamentation* de Jërcmie; 46* trente- huit motets, graduels, offertoires, dont quelques-uns ont été publiés; 47* vingt antiennes alla Palesirina a quatre, cinq et six voix ; 48* un oratorio. — Mcsique de chambre : 49* quelques madrigaux italiens; 50* soixanie-dix-sept nocturnes, chansons, romances et petits morceaux de circonstance sur paroles italiennes ou françaises ; 51* un

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grand nombre de canons en divers genres. — Musique Instrumentale : 52° symphonie a grand orchestre; 53» ouverture id.; 54° entr actes, raarclies, airs de danse ; 55* quinze marches ou pas redoublés pour instruments à vent ; 56» six quatuor pour deux violons, alto et basse; 57» un quintette; 58* six sonates pour le piano : ces trais derniers articles ont été gravés ; 59° sonate pour deux orgues ; 60» deux pièces pour orgue à cylindre; 61» grande fantaisie |>our le piano; 62* morceaux détachés pour divers instruments, etc. — Musique didactique : 65* quantité de solfèges a une, deux, trois, quatre voix, graves; 04* Cours de contre-point et de fugue, in-4* jésus de 204 pages, publié en 1835. Les exemples sittls appartiennent a Cherubini, le texte a étérédigé par M. Halévy, son élève, et contient du reste le résumé de ses leçons au conservatoire. Cherubini a en outre rédigé un catalogue général par ordre chronologique de ses ouvrages, précédé d'une notice en quelques lignes ; cet écrit u été publié après la niort de l'auteur. 11 a aussi mis en partition et copié de sa main beaucoup de musique, notamment les psaumes de Macrcllo, les duos et trios de Clari, lus madrigaux de l.otti, etc. Beaucoup de notices sur Cherubini ont été publiées depuis sa mort; M. Raoulitochette a lu son éloge à l'Institut, le 7 octobre 4843, et M. Place a Tait 1 Analyse phrénologique de son cranc (Paris, 4842, grand in-8°); son portrait a été reproduit à plusieurs époques de sa vie, et tout Paris a pu 3dmircr la belle toile où M. Ingres a montré la verte vieillesse de Cherubini protégée par Polymnie ; c'est pour cet habile peintre qu'a été écrit un canon, daté de janvier 1842, dernier morceau composé par le célèbre auteur des Deux Journées. J. A. dk L.

CHERYF-ED-DYN-ALI (le mollah, ou docteur), nalit d'Yezd, que Khonriémyr nomme le plus noble des gens à talents de l'Iran (la Perse ), elle plus aimable des savants du monde , dont il compare le style aux perles, aux diamants et aux pierres les plus précieuses, a tracé, avec une plume propre aux dessins les plus gracieux , des compositions admirables sur les événements de ce globe. Parmi ces ouvrages , le même historien persan en cite un d'une éloquence merveilleuse, c'est le Zefer naméh fy ouaeayi emyr Timour ( Livre de la victoire, renfermant les faits et gestes de Tamerlan ), roni|>osé sous les auspices d'Ibrahym-Sullan, petit-fils de Tamerlan, et termine en 828 (1424-1425). Khomiemyr ne fait nulle mention de l'introduction ( mocaddeméh ) de celle histoire ; c'est pourtant , suivant lladjykhalfah, un morceau d'une haute importance pour l'histoire des tribus du royaume de Djaghatay, et pour la géographie des lieux habités par ces tribus. II est douteux que celte introduction tasse partie de la traduction turque de l'ouvrage principal par Mohammed le Persan. Au reste, ce morceau ne se trouve dans aucun des exemplaires du texte persan que nous possédons à la bibliothèque ravale. Il n'existe même dans aucune bibliothèque d'Luropc, et il est exirèmement rare en Orient. Un nommé Tadja cd-dyn-Al-Sel-Djac a écrit un supplément

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qui contient la vie de Schah-Rokh et celle d'Olough- Bey. Le Zefer namih a été traduit par Pétis de la Croix le lils, et publié sous le titre d'Histoire de Timur-Bec. connu sous le nom du grand Tamerlan, empereur des Mogols et Tartares, etc., I>aris, 4722, 4 vol in 12. Sir William Jones et plusieurs autres orientalistes ont reproché à Pétis son manque de fidélité , et le savant Anglais présente, dans ses notes géographiques sur la Vit de iS'adir-Schah , une traduction de la description de Cachemire . « plus lit— « térale, dit-il, que celle de Pétis de la Croix. » Le texte persan de cette description a été inséré par Jenisch dans sa belle dissertation de Falis linguarum orienlalium . placée à la tête de la nouvelle édition du dictionnaire de Mcninski. L — s.

CHÉSEAUX ( Jean-Phi lippe-Lois de), physicien suisse, naquit à Lausanne, en 1748. Excité par l'exempte de Crouzas, son aïeul , il se livra de bonne heure à l'élude des sciences philosophiques et mathématiques , et n'avait que dix-sept ans quand il composa ses Essais de physique. Il se passionna bientôt pour l'astronomie, lit construire un observatoire dans sa terre de Chéseaux , et y fit d'assez bonnes observations, dont il publia le résultat 4 l'occasion de la comète de 4745. Il est aussi presque entièrement l'auteur de la Carte de l'Helvétie ancienne, en 4 feuilles, insérée dans les Mémoires sur l'histoire ancienne de la Suisst, par C -G. Loys de Bochat, 4749. Cette carie n'a proprement de géographie ancienne que la position des voies romaines ; l'auteur a conservé à tous les lieux leur dénomination moderne, qu'il supposait tirée de la langue celtique. Pour le plan, on a suivi la carte de la Suisse de Delisle, si ce n'est qu'on a un peu plus resserré l'iniervallc entre les lacs de Genève et de Neufchâtel. Chéseaux avait aussi étudié les langues et n'était étranger à aucune science ; aussi fut-il associé ou correspondant des académies dessciencesde Paris et de Goettingue, et de la société royale de Londres. Il mourut à Paris, le 30 novembre 1751 . Ses principaux ouvrages sont : I8 Essais de physique, Paris, 1743, in- 12 : c'est un recueil de trois dissertations sur le choc des corps, sur la force de la poudre à canon, et sur la propagation du son. 2* Traité de la comité qui a paru en décembre 4743, jusqu'à mars 1744, contenant, outre les observations de l'auteur, celles de Cassini a Paris, et de Calcndrini à Genève, avec diverses observations et dissertations astronomiques sur les instruments, la lune, les nuage», etc., Paris, 4744, in 8* de 300 pages. On y voit la ligure de cette comète, l'une des plus extraordinaires qu'on ait observées, suivant Lalande. 3° Dissertations eritiques sur la partie prophétique dt l'Écriture sainte, Paris, 1751, în-12. 4* Mémoires posthumes sur divers sujets d'astronomie et de mathématiques, Lausanne, 1754, in-4* : quelques exemplaires portent un nouveau titre, avec la date de Paris, 1777. Ces mémoires traitent des satellites, des cqtiinoves, de la chronologie de divers passages île l'Ecriture; on y trouve des tables du soleil cl de la lune. 5* Essai sur la population du canton de Berne, inséré dans les Mémoires de la société économique de Berne, 176G.

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Seigneux de Correvon a publié la vie de Chéseaux, avec une Ditsertalion de cet auteur sur l'année de la naissance de Jr sus-Christ , dans le S* vol. de sa traduction du Traité de la religion chrélienne par Ad* dison, Genève, 1771, in-8*. C. M. P.

CHÉSEL ( Jean van ), peintre flamand , né en 4614, reçut de son père, qui était peintre, les premien éléments de son art. Il devint en peu d'années plus liabile que son maître. Les tableaux de van Dvck avaient pour lui un attrait particulier ; la manière de ce grand artiste était l'objet constant de ses études, et, arrivé à un assez haut degré de réputation, il alla chercher des travaux Ji s de sa patrie. Il se rendit à Madrid, où il fit pour la cour des portraits qui lui valurent de nouveaux admirateurs. Il peignit aussi avec un égal succès le paysage, les fruits, les fleurs et l'histoire. Ses figures dans ce dernier genre sont touchées avec beaucoup d'esprit. Chésel n'a peint l'histoire que dans des petites proportions. Pendant qu'il était à Madrid, la reine Louise, femme de Charles 11, lui Ot faire pour l'ornement de son cabinet beaucoup de peintures, entre autres YHisloire de Psyché, sur des planches de cuivre. Après la mort de cette princesse, il fit le portrait de Marie-Anne de Ncubourg, seconde femme de Charles II ; elle le nomma son peintre, et il resta à son service après la mort de ce prince. Il la suivit à Tolède , où il fit de nouveaux portraits qui ajoutèrent encore a sa réputation ; enfin, il fut envoyé à Paris pour peindre Philippe V avant que ce prince passât en Espagne. C'est dans cette ville qu'il mourut en 4708. A— s.

CHESELDEN ( Guillaume ), chirurgien anglais, né en 4688, à Burrow on the Hill, dans le comté de Leicester. Après avoir fait quelques études classiques, il s'appliqua, sous plusieurs liabiles mai- Ires, à l'étude de l'anatomie et de la physiologie. Il profita si bien de leurs levons, qu'il ouvrit lui-même, dès l'Âge de vingt-deux ans, un cours public d'an*» tonne. La société royale de Londres l'admit un an après au nombre de ses membres. Il publia en 1713, in-8", son Anaiomie du eorpt humain, réimprimée en 1722. 172G, 1732, 1734, 1740, et pour la onzième fois en 1778. Quoiqu'il ait paru depuis sur ce sujet des traités plus complets et plus exacts, cet ouvrage est encore estimé. La réputation que lui obtinrent et ses leçons et ses succès dans la pratique de son art le fit nommer chirurgien en chef de l'hôpital St-Thomas, chirurgien consultant des hôpitaux de St-Gcorge et de Westminster, et premier chirurgien de la reine Caroline. En 1723, |>nrut, in-8°, son Traité de la taille au haut appareil, qui fut presque cr.ssitôt attaqué dans un pamphlet anonyme attribué au docteur Douglas, et intitulé : Lithotomus castralus, dans lequel Clicsclden était gratuitement accusé de plagiat. Cette méthode par le haut appareil, quoique perfectionnée par Cheselden, était encore accompagnée de si graves inconvénients, que ce savant chirurgien crut devoir l'abandonner , et adopta l'appareil latéral, qu'il pratiqua longtemps aiec beaucoup d'adresse et île succès. Sur quarantedeux sujet* taillés par lui dans l'espace de quatre an-

nées, deux seulement ne purent être sauvés. L'auteur de son éloge , imprimé dans les Mémoires de l'académie royale de chirurgie , assure lui avoir vu faire cette opération en cinquante-quatre secondes. Une opération qui étendit beaucoup sa célébrité, et peut-être la seule circonstance de sa vie qui conservera son nom a la postérité, est celle par laquelle il rendit la vue, en 1728 , à un jeune homme de quatorze ans, né aveugle, ou qui l'était devenu de ti csboune heure. L'état de ce jeune homme à la suite de l'opération et après sou entière guérisoii, le progrés du nouveau sens qu'il venait d'acquérir, les idées nouvelles qui se développèrent en lui, donnèreut lieu à diverses observations intéressantes pour la physiologie et la métaphysique, et dont Locke, Diderot et Berkeley ont fait d'heureuses applications. En 1729, l'académie des sciences de Paris choisit Cheselden pour un de ses correspondants; et, en 1732, l'académie de chirurgie, nouvellement instituée à Paris, le nomma le premier de ses associés étrangers. Il publia par souscription, en 1733, l'Ostéographie, ou Anaiomie des os, 1 vol. in fui., coml>osée de ligures très-bien gravées et de courtes ex» plications ; mais la vente de cet ouvrage, d'un prix élevé, ne répondit pas aux dépenses qu'il avait faites ; il fut de plus attaqué d'une manière assez indécente par le docteur Douglas dans une brochure intitulée : Remarques sur ce livre pompeux, TOstio* graphie de M. Cheselden. Ce dernier, devenu possesseur d'une fortune assez considérable, songea alors à se procurer une espèce de retraite, et obtint, en 4737, la place de chirurgien en chef de l'hôpital de Chelsea, qu'il occupa avec distintion jusqu'à sa mort, arrivée en 1752, dans sa 64* année. Savant anatomiste, il fut peut-être le plus habile opérateur de son temps ; et il contribua beaucoup à simplifier les procédés cl les instruments de chirurgie en usage avant lui. 11 se faisait remarquer surtout par la sensibilité et l'intérêt qu'il montrait à ses malades. Chaque rois qu'il entrait dans son hôpital pour y faire la visite du matin, la seule idée des souffrances qu'il allait nécessairement causer lui faisait éprouver des sensations pénibles, et l'on dit qu'il manifestait toujours une extrême anxiété avant de commencer une opération , quoiqu'il reprit tout son sang-froid dès qu'elle était commencée. Un habile chirurgien français, dont une longue pratique avait émoussé la sensibilité naturelle, s'étonnait de cette émotion qu'éprouvait Chésclden avant d'opérer, et la regardait comme une marque de faiblesse. Cependant, ce même chirurgien, ayant été conduit par lui dans une salle d'escrime, fut tellement ému à la vue d'un assaut très-animé, qu'il se trouva mal , tandis que Chéselden faisait sa principale récréation de ce genro de spectacle. Chéselden aimait la littérature et les arts , et il était lié avec les gens de lettres les plus distingués de son temps, notamment avec Pope, qui, dans ses lettres, parle souvent de lui avec de grands éloges. On trouve dans les Transactions philnsophiques. dans les Mémoires de Cacadémie de chirurgie, et dans d'autres recueils, quelques mémoires de sa composition, et il a ajouté à la traduction anglaise.

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