CHS
faite par Gataker , des Opérations chirurgicales de Ledran, 21 planches et nombre d'excellente» observations. S — D.
CHESNAY ( Alexandre-Claude Belliea du), mort à Chartres, en novembre 1810, à l'âge de 71 ans, avait été lieutenant des maréchaux de France, censeur royal, députe à rassemblée législative, et maire de Chartres. L'un des éditeurs de la Bibtiolhèque universelle des Dames avec d'Ussieux, son gendre, et traducteur de l'Ariostc , il se distingua surtout par un bon travail sur la Collection universelle des Mémoires particuliers relatifs à l'histoire de France, recueillis par toucher, Antoine Perrin, d'Ussieux, etc., et dont il publia les 60 premiers volumes , avec des observations et des notes , Paris, 1785 a 1T0O, in- 8». Du Chesnay joignait à une érudition aussi judicieuse que profonde beaucoup de modestie et d'amabilité. Il laissa plusieurs ouvrages manuscrits, qui sont les fruits de ses savantes reclicrrhes sur l'histoire. D — B— s.
ClIESNAYE ( Nicole de la), écrivain français, vivant sous le régne de Louis XII , est auteur d'un ouvrage fort rare, intitulé : la Pic f de santé, Paris, Vérard, 1507, in- S* ; Paris, J. Jehannot, sans date, iu-4*; et Paris, Michel le Noir, 1511, in-4% lig. goth. Ces éditions sont également recherchées. L'ouvrage est divisé on 4 parties; la 1* contient la Nef de santé, eu prose ; la 2*, le Gouvernail du corps humain, également en prose ; la 3e, une moralité en vers, intitulée : la Condamnacion des bancquelz à la louange de Diepte et Sobriété ; la 4* renferme un traité en rime , des Passions de /'aine qui sont contraires à la santé. Nos anciens bibliothécaires n'ont pas connu cet auteur. Duverdier a indiqué son ouvrage au mot Nef. Il parait (pie la Monnoie ne l'avait point vu, puisqu'il dit «que c'est une farce « morale qui a de plaisants endroits, et dont la • meilleure édition est de 1507. » Ce critique est ordinairement plus exact. Quelques personnes sem* blcnt encore douter que la Nef de la sauté soit réellement de la Chcsnayc. Tous leurs doutes seront levés, quand elles sauront que son nom se trouve dans les initiales des dix-huit derniers vers du pjologue de son ouvrage. YV— s.
CH ESN A Y E- DESBOIS (Fn ASÇOK-A u.\ v xdre Ai m i,t de la ), naquit a Entée, dans In Maiue, le 17 juin 1G9U, fut quelque temps capucin, et rentra dans le monde sans se faire relever de ses vieux. Il fournit quelques matériaux qu'arrangèrent pour leurs feuilles les abbés Granct et Desfontaines , et mourut à Paris, à l'hôpital, le 29 février 1784. On a de lui un grand nombre d'ouvrages médiocres, parce qu'il travaillait pour vivre, et qu'il connaissait peu l'économie. De tous les compilateurs du 18« siècle, la Chcsnayc • Desbois est celui qui publia le plus de dictionnaires : 1" Dictionnaire militaire portatif, 1715, 3 vol. in-12; 4' édition, 1758, 3 vol. in-8°. 2* Dictionnaire des aliments, vins et liqueurs, 17iiU, 3 vol. in-12. 5* Dictionnaire universel d'agriculture et de jardinage, I75I, 2 vol. in-4*. 4» Dictionnaire généalogique, héraldique, chronologique cl historique, 1757-1765, 7 vol. in-8* ; nouvelle édi-
tion augmentée sous le titre de Dietionnaire de la noblesse, contenant les généalogies, l'histoire et la chronologie des familles nobles de la fYance, 4770- 1784, 12 vol. in-4»; il y a trois volumes de supplo ment, donnés par Badier; mais ils sont devenus liés- rares, parce qu'ils furent mis à la rame pendant la révolution. Le Dictionnaire de la noblesse manque de critique, d'ordre et de méthode. 11 es» loin d'ailleurs d'être complet. L'étendue des articles a moins souvent pour mesure le degré d'intérêt dont ils sont susceptibles que l'argent payé ou refusé par les familles à l'auteur. Aussi , un grand nombre de maisons distinguées n'occupent que peu ou point d'es pace dans cette volumineuse compilation. 5* Dictionnaire raisonné et universel des animaux, 1759, 4 vol. in-4°. L'auteur suit les méthodes de Linné. Klein et Ilrisson. 6" Dictionnaire domestique portatif, 4762- 4763, 3 vol. in-6-; réimprimé en 1769. 7* Dictionnaire historique des mœurs, usages et coutumes des Français, 1767, 3 vol. iu-S*. 8* Dictionnaire historique des antiquités, curiosités et singularités des villes, bourgs et bourgades en France, 1709, 3 voL in-8°. La Chesnaye-Desbois ayant publié presque tous ses ouvrages sous le voile de l'anonyme, nous en compléterons ici la série. 9" Lettre à madame la comtesse de pour servir d» supplément à l'Amusement phlosopliique sur Jt langage des bétes par le P. Bougeant, 173!), in-12. 10» L'Astrologue dans le puitr, 1740, in-12. 11* Lettre amusante et critiqua sur Us romans en général, anglais , français, tant anciens que modernes, 1743, in-12. 42" Lettre à M. le marquis de '** sur ta Mérope de M. de Voltaire et cette de M. Maffei, 1743, in-8\ 13» Le Parfait Cocher, 1741, in-8*. Cet ouvrage est du duc de Nevers ; la Chesnaye-Desbois n'en fut que l'éditeur. 14° Éléments de l'art militaire , par d' Uiricaurl, nouvelle édition, augmentée de nouvelles ordonnances militaires depuis 1741; 1752-1758, 6 vol. in-12. 15* Correspondance philosophique et critique, pour servir de réponse aux Lettres juives, 473*\ 3 vol. in-12. 16° Lettres critiques avec des songes moraux sur les songes philosophiques de l'auteur des Lettres juives , 174.'i. in-12. 47* Lettres hollandaises, ou les Moeurs des Uollandois, 4747, 2 vol. in-12. 18* Almanach des corps des marchands et des communautés du royaume , 4753 et années suivantes. 49* Système du règne antmal, par classes, familles, ordres, etc., 1751, 2 vol. in-h*. L'auteur suit les méthodes de Klein, d'Artedi et de Linné. 20* Les Doutes de M. Klein, ou ses observations sur la revue des animaux , faite par le premier homme , etc. , traduits du latin, 4754, in-8*. 21* Ordre naturel des oursins de mer et fossiles, traduit du latin de Théodore Klein avec le texte, 4754, in 8*. 22* Traduction des Missus de M. Klein, ou ses observatiom sur diverses parties du règne animal. 4754, in-8*. 25* £ tiennes militaires, 1755- 1759, in-24. 24* Calendrier des princes, ou État actuel de ta noblesse de France et des maisons souveraines de V Europe, 1762 et années suiv., in-24. L'auteur continua cet ouvrage sous le titre il'Êtrcnnts de ta noblesse, 1772 et I années suivantes. V— ve.
CHE
CHESNE (DU). Yaye: DCCHEMB.
CHESSEAU (Nicolas), eii latin Querculus, né en 1521, à Tourteron, pré» de Vouziers en Ciuunpagne, enseigna d'abord les belles-lettres au collège de la Marche, puis fut chanoine et doyen de Sl-Symphoiïen de Reims. Il joignit l'élude de l'histoire au goût des recherches littéraires, lit ses délassements de la poésie, et mourut a Reims, le 19 août 1581, après avoir légué sa bibliothèque au couvent des minimes de celte ville. On lui doit la première édition de l'historien Flodoard, dont le texte lalin n'avait point encore été public, lorsqu'il en donna une traduction française, sous ce titre : Histoire de l'église de Reims, en 4 livres, Reims, 1581, in V. Chesneau n'a traduit qu'une partie de celte histoire, qui se termine à l'an 048, et ne s'est point assujetti au texte de son auteur qu'il nomme Floarâ ; il eu a tiansposé et retranché divers endroits. Ses autres ouvrages sont : 1° Hexastichoium moralium tibri duo, Paris, 1552, in fol. ; 2° Epigrammatum libri 2, Hendecasyllaborum liber, H Sibyllinorum oraculorum Pcrioclia, Paris, 1552, in-4°; 3° Poetica Mtdilatio de vila eî morte D. Franc. Picart, 1550, in-V ; 4« Nie. Quereuli in forlumm jocantem carmen heroicum, vnnersam btlli apud Bel y a s gttli Itistoriatn compleclens, Paris, 1558, in 8"; 5* Avis el Remontrantes touchant la censure contre le* antitrinitaires, traduit du lalin du cardinal Hosius, lu m. s, 1575, 111-8"; 6" Psalierium decachordum Apollinis et novem Musarum, Reims, 1575, iti-8-, pièce faite a l'occasion du couronnement de Henri III. L'auteur la publia la même année en français, et lit d'autres poésies de circonstance ; il écrivit encore quelques autres ouvrages de controverse, et traduisit en français, d'après la version latine de Surins, le traité de la Messe évangéliçue, composé en allemand par Fahri d'Ueilbronn. — Jean Cil KM CAO, secrétaire du chevalier d'Aramont, envoyé à Constanlinople sous François 1", en 1546, écrivit la relation de ce voyage, dont le manuscrit, provenant de la bibliothèque de Baluze, se trouve à la bibliothèque royale. C. 11. P.
CUESNEAU (fticoLAs), médecin, né à Marseille en 1601, était oncle du célèbre grammairien Dumarsais. 11 mérite d'occuper une place distinguée parmi les observateurs. Chaque jour il notait les cas les plus intéressants que lui offrait une pratique étendue. Il traçait avec soin l'histoire des maladies qu'il avait occasion de traiter, et formait île ces notes un recueil qu'il destinait à l'instruction de son lils unique; mais ce fils préféra la théologie à ta nié lecine. Trompé dans son attente, Chcsneau en conçut un tel chagrin , qu'il abandonna pendant plusieurs années sou important travail. 11 le reprit enfin, et le publia sous ce titre : Observulionum libri quinque, quibus accedunt ordo remediurum alphubelicus, ad omnes fere morbos conscriptus, ricui et EpUome de natura et viribus luli et aquarum Darbolanrnsium, Paris, 1672, in-8°. LYpitomc sur la nature et les propriétés des eaux de Uarbotan fut imprimé séparément l'année suivante. L'auteur l'avait dtjà public en français, sous le titre de Dis-
tours et abrégé des vtrtus et propriétés des eaux de Uarbotan, en la comté d' Armagnac, liordeaux, 102N. in-8°. On doit encore ù Chesncau une Pharmacie théorique, Paris, 1660, 1082, in-4». Conrad Victor Schneider a écrit contre ce médecin plusieurs dissertations : de Spasmo cordis ; de spasmorum Subjeclo; de Apoplexia, etc. On ignore la date de la mort de Chesneau ; il rapporte qu'il perdit ses dents molaires à vingt-trois ans, et que, jusqu'à l'âge de soixante-huit, il souffrit des douleurs atroces causées par des fluxions réitérées. C
CHESNKCOPHORL'S (Nicolas), chancelier de Suède, né dans la province do Néricie vers le milieu du 16" siècle, fit ses études en Allemagne, avec un succès brillant, et devint professeur à Marbourg. En 1602, Charles IX, qui venait de monter sur le trône, l'appela en Suède et le nomma chancelier. Ce prince cul toujours une grande confiance en lui, et l'employa dans les affaires les plus importante*. Pendant les années 1610 et 16H, le chancelier fut envoyé, en qualité de ministre de Suéde, à Copenhague et à plusieurs cours d'Allemagne. On prétend qu'il voulut engager le roi à statuer, dans le code du pays, que tout gentilhomme qui n'aurait pas fait des progrès satisfaisants dans les sciences perdrait ses titres el ses droits. Cliesnécophorus publia quelques ouvrages, dont le plus remarquable est celui qui a pour litre : Exposé des motifs qui ont engagé les états de Suède à ôler la couronne au roi Sigismond. Cet ouvrage, écrit en suédois, devait servir d'apologie à Charles IX, qui avait combatlu Sigismond, son neveu, et qui l'avait remplacé sur le trône. — Jean CHbS.iécopiioRUs fut le premier professeur de médecine établi par le gouvernement de Suéde à l'université d'L'psal. Il obtint celte place en 1613, et mourut en 1055. On a de lui un recueil de dissertations académiques sur divers sujets de physique et d'histoire naturelle, publiées successivement sous ce litre : Dissertaliones de plantis, (Jpsal, 1620- 1626, in-4», et un ouvrage en suédois, contenant des avis aux voyageurs qui parcourent des pays infectes de maladies contagieuses. C — au et D — P— s.
CHESSE (Hubert), gardien des eordclicrs au temps de la ligue, n'avait, jusqu'en 1588, montré, dans les prédications qui l'avaient mis en crédit et dans toute sa conduite, que fidélité et zèle pour le service du roi Henri III. Lorsqu'on apprit a Paris l'assassinat du duc de Guise dans le château de Olois, l'effervescence fut à son comble. Les Seize recherchaient, poursuivaient avec fureur, tous les personnages qui n'étaient pas Guisards. Quiconque passait pour royaliste courait risque de la vie ou de la liberté. Le président de Thou (l'historien), signalé comme attaché à la cour et menacé en conséquence, ainsi qu'on peut le lire dans les mémoires de sa vie, t. I'r, liv. 3, p. 144, se retira chez les cordeliers, et fut caché dans ce couvent par le P. Chessé. Mais ce moine, a dit de Thou, était un homme vain, ton-' jours prêt a courir après une ombre de gloire. Le fanatisme religieux égara sa foi politique, aussitôt après la mort de Henri III; et il se fit ligueur force* né, des que Henri IV fut proclamé. Son ordre l'en.
if". CHE
voya gardien des cordeliers à Vendôme. Henri de Bourbon, n'étant encore que roi de Navarre, avait donné le gouvernement de celle ville, chef-lieu de son patrimoine, à Maillé- Beneliard; et par confiance dans le dévouement de ce gentilhomme, qui était chef de la maison de Maillé, il avait établi son grand conseil à Vendôme. Mais le serviteur trahit son maître, et livra la ville au duc de Mayenne, entre l'assassinat du duc de Guise et celui de Henri III. Chessé devint un auxiliaire utile à Maillé- Bcnehard ; il ne cessait, par ses prédications violentes, d'aigrir les esprits du peuple vendômois. Directeur de consciences fort en vogue, il répétait a ses pénitents qu'ils ne devaient pas souffrir qu'un prince huguenot, relaps, excommunié, fût leur souverain; qu'il fallait lui fermer les portes lorsqu'il paraîtrait à la léte de son armée ; enlin braver tuus les dangers d'un siège, plutôt que de se soumettre à lui. Un dimanche, pendant que Henri, déjà maître des faubourgs de Paris, d'Elainpes, de Dlois et de CluHeaudun, canonnail le château , Chessé prêchait, ou plut ra il fulminait à la paroisse St-Martin, représentant le roi comme voué d'avance aux flammes de l'enfer, qui dévoreraient aussi tous ceux qui se déclareraient en sa faveur. L'activité du corilcher s'étendit plus loin ; car, eu septembre 4589, un mois après que Henri de Bourbon ou de Navarre avait reçu le titre de roi de France, Chessé était à la tète de la conspiration qui devait livrer Tours a Mayenne, conspiration qu'il dirigeait de son couvent, et qui ne manqua point par sa faute. Cependant Henri IV, à qui la trahison de Maillé-Bcnehard était un vrai sujet de peine, se présenta inopinément devant la ville rebelle, et la somma de se rendre. Il avait, le 15 novembre, fait cerner Vendôme par ses troupes, que commandait le jeune Charles de Biron ; et il avait mis bien près de la ville son quartier général au village et château de Meslay. Ce fut là qu'il reçut une députation des échevins vendômois qui, pour la plupart, étaient tanneurs de profession. Arrivés dans la cour et y rencontrant le prince, qu'ils prenaient, à son habillement peu recherché, pour un simple officier, ils lui dirent qu'ils voulaient parler au roi de Navairt « Ventre saint-cris ! s'ecria « Henri, ouvre la bouche et prononce : Navarre. Le « roi de Navarre vous fera bien voir qu'il est roi de « Fiance. Vive Dieu! c'est moi qui vous parle. » La réponse effraya tellement les députés tanneurs, qu'Os prirent la luite à l'instant. Tandis que Robert Chessé déclamait, exhortait, excitait en chaire et dans les rues, et que Beneliard cherchait à amuser le roi par des négociation!!, le* troupes royales commençaient l'attaque. En moins de trois heures, les faubourgs furent emportés, le château fut forcé et la ville prise. Vainqueurs et vaincus y entrèrent pêle-méle. Biron et Chatillon accoururent pour arrêter la fureur des soldats, oui pillaient partout, respectant seulement les églises. Le gardien des cordeliers fut saisi dans la chaire même de St-Martin, par les hommes qui étaient particulièrement sous les ordres de Birou, et ils se préparèrent à le pendre à un des ormeaux qui étaient plantés dc-
CHE
vant la porte delà paroisse. Le peuple, voyant qu'il u'y avait plus à résister, demandait à grands cris le supplice du traître. L'intrépide fanatique crut recev oir les palmes du martyre ; et comme on manquait de corde, il détacha lui-même celle qui lui servait de ceinture, pour aider à l'exécution de sa sentence. Les cordeliers le regardaient comme un saint et se trouvèrent heureux de pouvoir l'ensevelir dans leur cloître. Mais ses reliques n'empêchèrent pas le couvent d'être renversé, plusieurs des religieux d'être égorges, et les autres d'être faits prisonniers on réduits à se cacher. Beneliard, lâche dans sa manière de demander grâce à Biron, et dans sa frayeur de la mort qui l'attendait, ne conserva qu'à peine assez de force pour être condnit au pied du gibet de Robert Chessé, où il eut la tête tranchée. Ses soldais dirent avec raison que le capitaine était mort comme un moine, et le moine comme un capitaine. La maison de Beneliard existe & Vendôme : le couvent des cordeliers a passé a des religieuses calvairicnnes. On voyait encore, en i789, la tête du gouverneur et celle de Chessé attacliées à la tribune de l'orgue dans l'église de St-Martin, qui, aujourd'hui sert de halle aux blés. L—p — E.
CHESSEL (Jean). Voyrz Caselios.
CHESSHER (Robert), médecin anglais, natif d'Hinckley dans le comté de Leicester, avait perdu son père dès son enfance. Sa mère s'étant remariée au docteur Whalley, le jeunehomme trouva dans son beaupère un maître qui l'initia bientôt aux études médicales. 11 avait à peine seize ans que déjà son génie pour les applications mécaniques à l'art de guérir se révélait par des appareils ingénieux d'autant plus remarquables qu'il possédait moins de matériaux pour les construire. Ces appareils étaient surtout des supports pour les membres blessés ou fracturés ; et dés cette époque les observations, les méditations c.'c Chcsshcr eurent principalement pour but d'éviter aux malades la contraction des parties attaquées par des lésions ou de? fractures. Après avoir encore passé deux ans dans Hinckley, pour y terminer ses éludes latines et grecques sous un ecclésiastique, il fut envoyé dans la capitale de l'Angleterre par son beaupère, pratiqua deux ans de suite sons les auspices du docteur Denman qui, malgré sa grande jeunesse, le proclamait un autre lui-même; suivit les cours de Hunier et de Fordycc, remplit plusieurs années . les fonctions de chirurgien interne a l'hospice Middlcsex de Londres, puis revint se lixer dans sa ville natale, à la mort de Whalley. Il s'y montra particulièrement habile dans l'une et dans l'aulre branche de l'art de guérir, et son nom ne tarda pas à figurer parmi ceux des plus célèbres médecins de la Grande-Bretagne. Mais c'est surtout par ses appareils qu'il mérita bien de ses malades et de l'humanité. Ces appareils, pour la construction desquels il fut admirablement secondé par le mécanicien Rcever, se rangent d'eux-mêmes en deux classes : les uns sont des perfectionnements du système qu'il avait imaginé danssa première jeunesse, c'est-à-diro des supports destinés a tenir les membres blessés ou fracturés dans un état de repos; les autres avaient
CHE
pour bat soit de rectifier les déviations de la colonne vertébrale, soit de remédier aux défauts de conformation des jambes. Peu de praticiens ont obtenu des résultats plus miraculeux ; et Chessher est incontestablement un des bomuies qui ont contribué le plus i l'eut florissant de l'orthopédie. Avec la considération et presque la gloire, car le nom de CUesshcr était européen, il trouva dans ses utiles travaux la fortune; mais sa fortune, ainsi que son temps, furent à ceux qui en avaient besoin ; sa vie était frugale, réglée, et il ne cessa l'exercice de la médecine que peu de mois avant sa mort, qui arriva le 51 janvier 4851. Val. P.
CHESTERFIELD (Philippe Dormeii Stakiiope, comte de ), jouit en Angleterre d'une grande réfutation comme homme d'Etat, comme orateur et comme écrivain. Il naquit & Londres en 1694. Après avoir fait ses premières études dans la maison paternelle, sous d'habiles instituteurs, il fut envoyé, âgé de seize ans, à l'université de Cambridge. Il y fut élevé suivant les usages do ces anciennes universités, où les vieilles méthodes, mal assorties avec le progrés des lumières, mêlent beaucoup de pédantisme a de bonnes instructions, et sont plus propres à former des savants que des gens du monde , et encore moins que des hommes d'Etat. Le jeune Slanhopc 6uivit ces études avec le succès qu'on |»uvail attendre d'une intelligence supérieure, unie à une application soutenue. Il sentit lui-même le vice essentiel de celte éducation, qui, de son propre aveu, n'avait fait de lui qu'un petit pédant vain et superficiel. « Quand je voulais bien parler, écrit-il à son m fils , je copiais Horace ; quand je voulais faire le « plaisant, je citais Martial, et quand je voulais pa- • raitre un homme du monde , j'imitais Ovide. « J'étais convaincu qu'il n'y avait que les anciens « qui eussent le sens commun , et qu'on trouvait « dans leurs ouvrages tout ce qui pouvait être néces- « saire , utile ou agréable à l'homme. > Comme il était né avec un esprit aussi droit que brillant, il eut bientôt secoué cette poussière de l'école. Au sortir de l'université, en 1714, il quitta l'Angleterre pour aller faire le tour de l'Europe , et ses parents turent assez de conliance dans la sagesse de son caractère pour le laisser partir sans gouverneur. Il passa l'été à la Haye , où il commença à perdre de ses habitudes de collège, mais où il se laissa entraîner au goût du jeu , qui y était en vogue , surtout parmi les étrangers, et qui lui fit faire quelques imprudences. De là il alla à Paris , où, admis dans la meilleure compagnie, recherchant surtout la société des femmes aimables, il contracta llubitude de cette politesse de ton et de manières qui l'ont distingué dans toute sa vie. A l'avènement de George 1" , le général Stanhope, qui avait la faveur de ce prince et qui fut nommé l'un des principaux secrétaires d'Etat , rappela en Angleterre le jeune Stanhope, son petit-neveu , et le lit placer dans la maisoiÀlu prince de Galles , en qualité de gentilhomme de la chambre. Une place au parlement est toujours le premier objet d'ambition d'un jeune homme de naissance. Il fut élu pour Je premier parlement formé VJfl.
CHE 405
dans ce règne , comme représentant du bourg de St-Germain,dans le comté de Coinouailles, quoiqu'il n'eût pas encore tout à fait l'âge prescrit par la loi. La carrière où il entrait était la plus propre a développer les germes de ses talents et de son caractère. A peine admis dans la chambre des communes, il chercha à s'y distinguer par le genre de mérite qui y donne le plus d'éclat , l'art de la parole. Il s'était préparé, par de bonnes études, au rôle qu'il allait jouer, et, dés les premiers moments, dit-il lui-même, il ne rêvait le jour et la nuit qu'a ce qu'il se proposait de dire dans la chambre, et ce fut au bout d'un mois seulement qu'il prononça son premier discours, où il étonna ses auditeurs par la vigueur de ses opinions, autant qu'il les charma par l'élégance de son style et \r.\r la grâce et la facilité de sou débit. Il parla ensuite avec un succès égal pour appuyer la proposition de fixer à sept ans la durée des sessions du parlement ; mais deux discours qu'il prononça dans la suite à la chambre des pairs, où il passa à la mort de son père, lui ont fait encore plus d'honneur, parce que son talent s'y est exercé sur des objets d'un intérêt plus général. Dans l'un, il s'opposa an bill proposé pour soumettre a une censure préalable la représentation des pièces de théâtre; dans l'autre, il appuya le bill qui réforma l'ancien calendrier pour l'ouverture de l'année , afin d'établir en Angleterre le nouveau style adopté dans le reste de l'Europe. En 1728, un nouveau théâtre s'oiïrità son ambition d'estime et de gloire. IS'ommé ambassadeur en Hollande , il se distingua particulièrement dans cette mission, où il parvint à préserver l'électoral de Hanovre des calamités d'une guerre dont ce pays était menacé. Il obtint , pour récompense , l'ordre de la Jarretière, avec la place de grand maître de la maison du toi George II. Rappelé de Hollande en 1732, il y fut renvoyé avec le même titre d'ambassadeur, et s'y conduisit avec la même habileté. Il fut ensuite nommé vice-roi d'Irlande , d'où il revint en 1748 pour occuper une place de secrétaire d'Etat. Ses voyages et ses travaux avaient grièvement altéré sa santé ; il prit enfin le parti de renoncer aux affaires et à l'administration , et consacra le reste de sa vie à la retraite , à l'élude et A l'amitié, jouissant, plus qu'aucun autre homme n'a pu le faire, de Votivm eum dignitate, que les hommes d'Etat ont l'air d'ambitionner plus qu'ils ne savent en jouir. Ceux qui sauront observer avec attention les détails de la vio entière du lord Chcsterfield y apercevront une réunion de qualités peu communes , et même des contrariétés apparentes , qui peuvent ajouter quelques traits nouveaux à la connaissance du cœur humain. Peu d'hommes ont parcouru une carrière plus brillante. Il eut le rare bonheur d'obtenir tous les genres de succès qu'il parait avoir recherchés. Né avec tous les avantages du rang et de la fortune , il reçut de la nature une figure noble et agréable, qui s'embellit encore de la grâce et de la politesse des manières, d'un langage élégant et facile , et de toutes les ressources d'un esprit cultivé, tour à tour gai, plaisant, solide, et toujours animé. Sans avoir la chaleur, ni l'originalité, ni la prorondeur de vues qui ont illustré
406 CHE
les grands orateurs du parlement britannique, son élocution, plus douce et plus insinuante, plus précise et mieux ordonnée, suppléait, par la grâce, par l'élégance, et suriuut par la solidité du jugement, aux qualités plus puissantes qui lui manquaient. Aussi peu d'orateurs se faisaient-ils écouter avec plus d'intérêt et une attention plus flatteuse ; et il en est très-peu dont les discours soutinssent comme les siens à la lecture la réputation qu'ils avaient obtenue à la tribune. Comme négociateur, ses succès sont connus ; mais le degré de mérite que lui valurent ces succès ne peut être apprécié par le public. Les travaux des négociateurs sont enveloppés de ténèbres, et leur gloire est un mystère qu'il faut presque toujours croire sur parole. Dans la courte durée de sa viceroyauté d'Irlande, il montra une habileté pour conduire les hommes cl traiter les affaires, une fermeté de principes avec un esprit conciliant, qui ont laissé dans ce pays un long sou venir mêlé d'admiration et de reconnaissance. Le talent du lordChcsterHeld comme écrivain nes'esl montréquedansun petit nombre d" essais de morale, de critique ou de plaisanterie insérés la plupart dans quelques ouvrages périodiques du genre du Spectateur; dans ceux de ses discours parlementaires qui ont été imprimés, mais surtout dans le recueil de ses lettres à son fils, qui ont été publiées en 4774, et qui ont fait tant de bruit dans toute l'Europe. Elles sont remarquables par la solidité jointe aux agréments de l'esprit, par une connaissance profonde des mœurs, des usages et de l'état politique de l'Europe; par l'instruction variée et intéressante qui s'y présente toujours sous une forme agréable et facile ; par l'élégance noble et naturelle qui convient à un homme du monde, et par un art de style qui lionorcrait l'écrivain le plus exercé. Un simple recueil de lettres a sufli pour placer lord Chcsterfield au rang des premiers écrivains de sa nation. Il est peu d'ouvrages anglais où le siylese rapproche davantage des formes grammaticales de la langue française : c'est que cette langue était extrêmement familière nu lord Chesterflcld , comme elle l'était a Bolingbroke, à Hume, i Gibbon, et à quelques autres auteurs à qui les Anglais ont reproche d'avoir introduit dans leur style beaucoup de de tournures et de locutions françaises. Mais les différents genres de mérite qui donnèrent tant de vogue aux lettres de Chesterflcld ne purent effacer le scandale qu'excita le genre de morale qui en fait le fonds principal. Ou dut être en cftet aussi étonné que choqué de voir un pure recommander à chaque instant à son fils les grâces du maintien et la politesse des manières comme les qualités les plus essentielles qu'un homme du monde puisse acquérir. 1 1 veut en faire un homme abonnes lorlunes, et lui indique lui-même des femmes très-connues qu'il peut attaquer avec confiance, et dont il lui présente la conquête comme facile. Ce langage de mœurs frivoles à la fois et corrompues ne pouvait trouver d'apologistes. Une circonstance seule peut en atténuer l'inconvenance. Le lord Chesicrfield avait épousé, en 1755, Melusino. de Schulcmburg , comtesse de Walsingham , qui ne lui donna point d'enfanta ; tuais il en avait eu un d'une femme
CHE
qu'on n'a pas nommée , et à laquelle il avait été longtemps attache. 11 avait adopté ce lils naturel, qu'il fit élever avec le plus grand soin , et à qui il donna le nom de Slanhopc. Ce jeune homme , i|ui mourut en 1769, avait rapporté de l'université beaucoup de gauclierie dans ses manières. Son père, qui attachait tant de prix aux agréments extérieurs, crut que l'éducation pouvait corriger la nature , et qu'a force de lui recommander les grâces, la politesse des formes et les belles manières, il pourrait lui en inspirer le goiit et lui en faire contracter quelques habitudes; mais tous ses efforts échouèrent contre une nature rebelle. Le jeune Stanhope resta un homme commun dans son ton, son air et son langage, quoiqu'il ne fut pas dépourvu de sens et de d'instruction, et que, chargé de plusieurs missions diplomatiques, il en ait rempli les fonctions avec habileté. Le lord Chesierfield devint sourd vers la fin de sa carrière, et c'était un grand malheur pour l'homme du monde qui aimait le plus la conversation et y brillait davantage. D'autres infirmités se joignirent à celle-là , et répandirent un voile de tristesse sur les restes d'une vie jusque -là ai heureuse et si animée. 11 avait été intimement lié avec Pope, Swift, Dolingbroke , et les hommes d'Angleterre les plus distingués par l'esprit et les talents. Il avait été lié aussi avec le fameux Samuel Johnson, homme do beaucoup d'esprit et de mœurs austères , mais qui joignait à un orgueil très-susceptible un ton et des manières qui (urinaient un parfait contraste avec la politesse recherchée du comte de Chcsterfield. Johnson disait de ce lord « qu'il était le plus bel es~ « prit des grands seigneurs , et le plus grand sei- « gneur des beaux esprits. » Lorsque les lettres de Chesterficld parurent, Johnson dit, « que l'auteur y a enseignait une morale de prostituée et des manié- « res de maitre à danser. «Ces traits injurieux manquent leur effet , parce qu'ils manquent de mesure. Chesterliehl avait connu Voltaire, dont il aimait passionnément les ouvrages. Il était surtout l'admirateur et l'ami de Montesquieu, qu'il avait engagé à venir en Angleterre , et qu'il avait logé chez lui. Lorsque ce grand homme mourut eu 175a, Chesterflcld en publia, dans les papiers anglais, un éloge ingénieux et noble, qui fut traduit sur-le-champ et imprimé dans les journaux français. Chesterflcld mourut le 24 mars 4775, dans la 79* année de son âge. Voici le portrait qu'en trace le docteur Matty, dans un ouvrage intéressant et bien écrit, intitulé : Mémoires de la vie du lord Chet ter fitld: a Ce seigneur, dit le bio- « graphe, ne fut égalé par aucun de ses contempo- « rains pour la variété des talents, l'éclat de l'esprit, ■ la politesse des manières et l'agrément de la con- 4 versaiion. Homme de plaisirs et d'affaires tout à la • fois, il ne permit jamais que le plaisir empiétât «sur les affaires. Ses discours au parlement ont était bli sa réputation comme orateur, et le genre do éloquence a un caractère séduisant qui lui est a propre. Sa conduite lut toujours, dans la vie poli- « tique, intégre, terme et dirigée par ta conscience; c dans la vie privée, sincère et amicale; dans l'une «et dans l'autre, aimable, facile et conciliante.
CHB
« Telle* furent ses excellentes qualités ; que ceux « qui valent mieux que lui se cltai-gent de relever « ses défauts. » Ce dernier trait est d'un panégyriste, non d'un historien. On pardonnera à l'auteur de cet article de le terminer par une anecdote qni lui est personnelle. 11 était à Londres en 1769; le docteur Matty, homme de beaucoup d'esprit et habile médecin, le présenta au lord Chesterlicld. Voici la lettre que le jeune voyageur écrivit à un de ses amis : « Je ne peux pas voir, pejr la première fois , un grand homme sans éprouver une vive émotion , et j ai besoin de communiquer celle dont je suis encore tout agité. Je viens d'être présenté au comte de Chcsterfield, qui a été, comme vous savez l'homme le plus aimable, le plus poli et le plus spirituel des trois royaumes; mais hélas! quantum mutalut ab illo ! Malheureusement, nous avons pris un moment peu favorable. Il avait sou (Tut dans la matinée. Sa surdité, qui s'accroît tous les jours, le rend souvent morose , et contrarie le désir de plaire qui ne l'abandonne jamais. « Il est bien triste d'être sourd, nous dit-il, a quand on aurait beaucoup de plaisir à écouter. Je « ne suis pas aussi saire que mou ami le président « de Montesquieu : Je sais être aveugle, m'a-t-il dit a plusieurs fois, et moi je ne sais pas encore être « sourd. » Je saisis cette occasion de lui parler de M. de Montesquieu. J'avais été présent un jour A une dispute qu'avait M. île Montesquieu avec M. de Lamoignon, sur les querelles des parlements avec le ministère, et sur le droit qu'ils s'arrogeaient d'arrêter par leurs remontrances les actes de l'autorité souve- « raine. Je me souviens, dit M. de Montesifuicu, que « causant un jour sur le même sujet avec milord « Chestrrficld, il me dit : Vos parlemente pourront « bien faire encore det Barricades, mait iltne feront « jamais de barriiret. » Le comte parut écouter avec plaisir mon anecdote. 11 me dit : « Je ne me sou- « viens point du tout d'avoir jamais prononcé ces ■ paroles, mais je ne suis pas fâché de les avoir di- « tes. » Nous abrégeâmes notre visite, dans la crainte de le fatiguer, a Je ne vous retiens pas, nous « dit-il, il faut que faille faire la répétition de mon « enterrement. » 11 appelait ainsi une promenade qu'il faisait tous les matins en carrosse dans les rues de Londres. » Les œuvres de Clicsterfield ont eu en Angleterre plusieurs éditions , parmi lesquelles nous citerons celle de Londres , précédée des Mémoires de Matty, 1777 et ann. suiv., 4 vol. in-4*. Plusieurs de ses ouvrages ont été imprimés et traduits en France, entre autres : \* Advice lo his son, etc., Paris, 4815, in- in déjà trad. sous le titre de l'Art de vitre heureux dans la société, Lausanne, 1781, in-12; Dresde, 1799, in-8°; Mis Letters written to his son, Paris, 1789, 4 vol. in-8» ; ibid., 1815, 4 vol. in-12, trad. sous le litre de Lettres du lord Cheslerfield. à son fils, etc., Amsterdam et Paris, 1770, 1785, et Paris (Coulommiers), 1812, 4 vol. in-12 ; Z\A c finie, Sélection from tke Letters of the late Earl of Cheslerfield to his son, Paris, 1822, in-12, recueil dont on avait déjà deux traductions françaises, l'une par Peyron, sons le titre de Choix de lettres du lord Chester fetd à son fils, Londres et Parts, 1778, in-12;
CUE 4*7
et l'autre par un anonyme , sous relui de Lettres choisies sur les vertus, les qualités les plus nécessaires pour plaire, briller et réussir dans la société » ibid., 1804, ln-10. On trouve, dans la Bibliothèque étrangère publiée par Aignan ( Paris, 4825-24, 5vol. in-8»), la traduction d'un discours de Cliestcrfteid sur te Style et sur Us Sources de la beauté dans les ouvrages d'esprit. Voltaire a publié en 4775: les Oreilles du comte de Cheslerfield, opuscule empreint d'un incroyable cynisme, et qui ligure parmi les romans et contes philosophiques dans les différentes éditions de ses uuvres complètes. S— d.
CHÉTARD1E (Joaciiim Trotti db la), savant bachelier de Sorbonne, naquit au château de la Chétardie dans l'Angoumois, l'an 4036; fut supérieur des séminaires sulpiciens du Puy-cn-Velay et de Bourges; permuta le prieuré de St-Cosmc-lcz- Tours pour la cure de St-Sulpice, dont il prit possession en 1096; fut nommé, en 4702, à l'évéche de Poitiers, (ju'il refusa par humilité, et mourut à Paris, le 1" juillet 1714, âgé de 79 ans. Quoiqu'il se fût appliqué constamment avec zèle aux soins du gouvernement spirituel d'une des plus fortes parois* ses de la France, il trouva le temps de composer plusieurs ouvrages utiles. Les principaux sont : 4° des homélies en latin, pour tous les dimanches de l'année, Paris, 4706 et 1708, 2 vol. in-io, et 4 vol. in-12. 2» Des homélies en français, au nombre de trente-quatre, Paris, 1707 , 4708 et 1740, 5 vol. in-4» et 4 vol. in-12 : le pieux orateur explique avec onction et solidité l'Evangile du jour, et éclaircit les principes de la morale chrétienne. On remarque dans ses discours beaucoup de méthode et d'érudition. 5" Catéchisme de Bourges, in-4\ ou 4 vol. in-12, réimprimé sous le titre de taléchisme, ou Abrégé de la doctrine chrétienne, Paris, 1708, 6 vol. in-12 : cet ouvrage estimé a eu plusieurs éditions. 4« Entretiens ecclésiattiqttes tirés de l'Écriture sainte, du Pontifical et des SS. l'eres, ou Retraite pour les ordinants, 4 vol. in 12. 5° Explication de l'Apocalypse par l'histoire ecclésiastique, pour prémunir les catholiques et les noue-auj: convertis contre la fausse interprétation des ministres, Bourges, 1692, in-8% et Paris, 4701, in-4° : cette explication est souvent citée avec éloge dans la Bible de Vente. On trouve à la fin la vie de quelques empereurs qui ont persécuté l'Église, celle de Constantin qui lui rendit la paix, et celle de Ste. Hélène, mère de Constantin. — Le chevalier de l*. Chétahdie, frère ou neveu du précédent, mort vers 1700, et connu par deux petits ouvrages écrits avec esprit et politesse : 1* Instruction pour un jeune seigneur, ou l'Idée d'un galant genhlhomme, la Haye, 1685, in-12 ; 2* Instruction pour une jeune princesse, ou l'Idée d'une honnête femme, Amsterdam, 1685, in-12 : ce dernier ouvrage a été plusieurs fois réimprimé à la suite du Traité de rédueation des filles par Fénelon, Amsterdam, 1702, in-12; Liège, 1771, in-12, etc. V— VE.
CHÉTAHDIE (Joaciiiu-Jacqces Tnorn, marquis de la), de la même famille que le précédent, né le 5 octobre 1705, annonça de Loi me
109 CHB
heure des dispositions pour Tari militaire et pour les sciences. A l'âge de seize ans, il publia, sur les for tilicat ions, un ouvrage qui eut du succès, mais qu'on n'imprima probablement qu'à un petit nombre d'exemplaires, car Barbier dit nVn avoir jamais eu connaissance. En 1î2l, de la Cbélardie entra comme lieutenant dans le régiment du roi, et bientôt il obtint le commandement de celui du Tournaisis. Nommé, vers 1727, à l'ambassade d'Angleterre, il y lit preuve de talent, et se concilia les bonnes grâces du roi George l,r. Il se rendit ensuite en Hollande, puis en Prusse, auprès de Frédéric- Guillaume, père du grand Frédéric, et celte dernière ambassade dura neuf ans, pendant lesquels le jeune diplomate termina des négociations importantes avec divers électeurs et princes de l'Empire. En 1734, le marquis de la Cbélardie reçut l'ordre de quitter la cour de Prusse pour celle de Russie. 11 prit une part active à la révolution qui mit la cou* ronne sur la tète d'Elisabeth Pétrowna, en 1741. Ce fut lui qui présenta celte princesse au peuple sur un balcon, en criant : Vive Élisabelh! vive l'impératrice de Russie! et donna ainsi le signal des acclamations les plus décisives, l.a nouvelle souveraine ne se montra |>as ingrate envers l'ambassadeur français : elle lui accorda une conlianec et un crédit sans lx>rnes, le lit chevalier des ordres de St-André et de Ste-Anne, et conçut même, dit-on, le dessein de l'épouser. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que Elisabeth avait été subjuguée par les brillantes qualités et les agréments extérieurs de la Chétardic, et que l'intimité de leur liaison n'était un secret pour personne. Cette laveur ne fut cependant pas de longue durée. Homme à bonnes fortunes plutôt que courtisan, \p marquis s'attacha bientôt à madame Testuf, femme du capitaine des gardes, et négligea la czarine, qui s'aperçut de ce changement sans en pénétrer la nuise. Le chancelier Beslucheff et l'ambassadeur «l'Angleterre l'instruisirent île la nouvelle passion de .>on amant au momen- où celui-ci, sous un préiexte trivole, venait de reprendre le chemin de la France. Elisabeth se hâta de le réclamer, mais la Chéiardie, redoulant avec raison la vengeance de la princesse, mit tout en usage pour se faire révoquer, et il fallut les ordres les plus nositils du roi pour le décider a retourner en Russie. H y essuya effectivement toutes sortes de mortifications, et tel fut son dépit, qu'il se laissa engager dans un complot dont le but était de remettre sur le trône Pierre Ivanowna. Les choses étaient fort avancées, quand, sur la dénonciation du secrétaire d'ambassade, les scellés furent subitement apposés Mir tous les papiers de l'ambassadeur français, et lui-même reçut l'ordre de quitter St-Pétcrsbourg dans les vingt-quatre heures. 11 obéit, el le lendemain un officier le rejoignit sur la route pour lui redemander le portrait de l'impératrice et les insinues des ordres de Russie. La Chéiardie arriva à Metz en 1744, pendant la convalescence de Louis X V. Fort mal reçu à la cour, il demanda instamment qu'on lui fît son procès : on se contenta de l'exiler dans ses terres, et encore n'y rcsta-t-il que pendant
CHE
quelques mois. Le roi lui ayant accordé le grade de lieutenant général dans l'armée d'Italie, il se distingua, dans plusieurs affaires, et dirigea ta retraite des Français sur Gênes après le combat de Parme (15 juin 1746). 11 reprit ses fonctions d'ambassadeur en 1749, auprès du roi de Sardaigne; mais la guerre d'Allemagne le rappela encore une fois sous les drapeaux. Une maladie l'empêcha de se trouver à la bataille de Rosbach, et l'on crut généralement alors que son absence contribua beaucoup aux malheurs de cette journée. Le marquis de la Chétardie mourut à Hanau, où il commandait, le I* janvier 1759, à l'âge de 54 ans, sans avoir été marié. On transporta son corps dans l'église de Dorstein, bourg catholique dé|iendant de l'électoral de Mayence, à <lcux lieues de la ville de ce nom, et son oraison funèbre tut prononcée par l'aumônier du corps royal d'artillerie. Comme militaire, la Chéiardie fut irréprochable, son courage et sa prudence étaient à l'épreuve; comme diplomate, il montra certainement de l'habileté, mais sa passion pour les femmes lui lit commettre plusieurs fautes. Il a laissé des mémoires qui ne peuvent être que très-curieux, mais qui n'ont jamais été publiés. Cri— s.
CUETWOOD ( Gi'u.LAUMt Mi fis), après avoir été longtemps libraire à Covenl-Carden, enlra, dans une position fort inférieure, au théâtre de Drury- Lane, où il eut surtout pour fonction de former les jeunes acteurs à la déclamation. Il ne s'enrichit pas dans cet emploi, plus conforme pourtant à son génie dramatique que sa première profession, et mourut dans l'indigence en 1766. Indépendamment de quelques pièces, que nous n'exhumerons pas de l'oubli, qu'elles ne méritent pourtant pas plus que tant d'autres, on doit à Chelwood une Hittoire générale du théâtre, que les éditeurs de la Biographie dramatique anglaise ont fort dépréciée, et qui n'en est pas moins trés-intéressante par la roule de renseignements exacts et piquants qu'elle contient. Il est vrai que les compilateurs de même genre ont amplemen» puisé dans Chelwood, ce qui, sans doute, semble rendre son ouvrage inutile, mais ce qui, ■dans cette hypothèse même, ne dispensait pas de le nommer. On pourrait ajouter qu'en examinant bien celte Histoire générale du théâtre, on y retrouverait encore des faits précieux. — Knightly Cnrrwoon, ecclésiastique, né en lf>>2 à Coventry, élève d'Eton et de Cambridge, puis membre du collège du roi en 1683 chapelain de lord Darmouth, de la princesse de Danemark, de Jacques II, prébendier de Wells, recteur «le Brood Rissington, archidiacre d'York, Tut enfin désigné par Jacques II pour le siège épiscopal de Bristol quelques jours avant l'abdication de ce prince. la révolution, en annulant ce que Jacques venait de faire pour lui. n'eut point en Chelwood nn irréconciliable ennemi. Nous le retrouvons en 1709 chapelain général de toutes les mrres anglaises dans les Pays-Bas, et, de 1707 à 1720, doyen de Gloccster. Il mourut, dans cette dernière année, à Tempsford (Bedford). Plus homme de lettres qu'homme d'Eglise , et plus homme du monde qn'érndit, Chetwood était un grand anteur
CHE
de préface», de pièces fugitive», de morceaux fragmentaires. On a de lui la traduction de la Fie de Lyeurgue, dans la traducticn générale de Plutarque, publiée a Cambridge en 1683 ; la Fie de Virgile et la préface placée en tète des Bucoliques dans le Virgile de Dryden (à qui d'ordinaire on attribue ces deux morceaux); la Vie de WentteorUi, comte de Rntcommon, son ami ( elle existe manuscrite a la bibliothèque publique de Cambridge, et Fenton en a tiré les anecdotes qu'il a placées dans ses notes sur les poésies de Waller) ; diverses poésies disséminées dan* les Mélanges de Dryden et la collection de Piichols; trois sermons; un discours à la chambre des communes ; enfin une foule de morceaux détachés plus ou moins intéressants. Val. P.
CHEVALET (Antol>e). Vvyes Ciiivalet.
CHEVAULfl ( Antoine-Rodolphe), naquit à Monlchamps près de Vire, en 1507, d'une bonne famille, mais que de Thou qualifie à tort de famille noble. Il vint très-jeune à Paris étudier l'hébreu sous Valable, et fut bientôt cité pour ses connaissances dans celte langue. Protestant, et zélé propagateur de la réforme, il se vit obligé de quitter la France. Accueilli en Angleterre, il eut l'honneur d'enseigner le français à la princesse Elisabeth, qui, montée sur le trône, ne cessa de lui donner des témoignages de sa considération. Etant allé en Allemagne prendre des leçons de Trémcllius, il épousa la belle-lillc de ce savant, et se fortifia dans l'hébreu. Il fut successivement appelé à Strasbourg et à Genève pour y enseigner cette langue. Cette dernière ville le choisit pour remplir la place de premier professeur dans son académie, et lui accorda le titre de citoyen, comme la récompense de ses talents; mais l'amour de la patrie le rappela à Cacn, où il fut sollicité de professer. La guerre civile l'en chassa. Après la St-Barthélemy, il s'enfuit à Gucrnesey, où il mourut en 1572, laissant un fils qui se retira en Angleterre, et une édition imparfaite de la Bible, en quatre langues. Cbevalier fut l'interprète de Calviu, pour les livres hébreux dont il avait besoin. 11 travailla avec Bertram et Mercerus au Thésaurus linguœ tanclae de Pagnini, et fut en relation avec les hommes les plus savants de son temps. Casaubon et Scaliger faisaient le plus grand cas de son savoir. Le dernier estimait surtout sa grammaire hébraïque, qui parut sous ce titre : Antonii Rodolphi Cevalerii linguœ htbraïca Rudimenta, Paris, Hcnri- Estienne, 1567, in-8*. On trouve à la suite de cette grammaire : Epislola divi Pauli ad Gatalas Syriaca tilleris liebratcis, cum versione latina Antonii Cevalerii. La Bible polyglotte «le Wallon renferme plusieurs traductions de Chevalier : 1° Targum hierosohjmitanum in Pentateuchum, latine, ex versions Cevalerii; 2° Targum Pseudo-Jonalhanis in Pentateuchum, latine mine primum editum, ex versions Antonii Cevalerii; 3" Targum Jonathanis in Josue, Judices, libros Regum, Isaia, Jeremim, Etechielis et duodecim Prophetarum minorum , latine , ex versione Alphonsi de Zamora, a Denediclo Aria Montana recognita, et ab Antonio Cevalerio emendata. Chevalier a fait en vers hébreux lepilaphe de Cal*
CHE 409
vin, qu'on trouve dans les poésies de Théodore de Beze, Genève, 1397. L. R— e.
CHEVALIER | Guillaume de), poète français, né en Béarn, selon la Croix du Maine, et dans le Languedoc, selon les continuateurs de Moréri, vint très-jeune à la cour de Henri III, et fut admis au nombre des gentilshommes de ce prince. 11 s'attacha ensuite à Henri IV, et le servit avec beaucoup de fidélité et de dévouement pendant toutes le guerres de la ligue. Lorsque la tranquillité fut rétablie dans le royaume, Guillaume de Chevalier, délinilivemeut attaché à la personne du roi. suivit partout la cour, ne laissant passer aucun événement, mémorable sans le célébrer. Malheureusement, ses vers sont durs, boursouflés, sa prose est diffuse, triviale, et les sujets qu'il a traités manquent à peu près d'intérêt. Voici les titres de ses ouvrages, que les curieux recherchent encore à cause de leur rareté : 1* le Décès ou la Fin du monde, divité en trois visions, Paris, 1584, iu-8». C'est le début de Chevalier, qui n'avait guère alors que vingt ans. Il y traite, dans un style obscur et tourmenté, des questions fort obscures par elles-mêmes. 2° La Renommée sur la nuistance de monseigneur le dauphin, Paris, 1601, in- 4°. 3° La France sur l'accident arrivé à leurs majestés, le 9 juin 1606. En (tassant la Seine au pont tle Chatou, les clievaux qui conduisaient Henri IV et Marie de Médicis s'effrayèrent et renversèrent le carrosse. De Chevalier représente la France d'abord inquiète et agilée a la nouvelle du danger que le roi et la reine viennent de courir, puis faisant éclater son allégresse quand elle acquiert la certitude que l'accident n a pas eu de suites fâcheuses. Ce poème, en stances de six vers, est meilleur que le précédent. 4» Philis, tragédie, 1609. Elle n'a que 3 actes, mais ils sont d'une longueur démesurée. Le poète ne parait pas s'être aperçu de ce défaut, puisqu'il indique a la (in de cliaque acte des intermèdes que l'on peut y ajouter, et dont il ne donne que les titres. A la lin du premier, c'est l'Espérance et la Volupté amenées prisonnières par le Deuil, et à la fin du second, Phinée et les Harpies. La pièce est précédée d'uu prologue récité par la Mort. .S* La Vertu sur le tombeau d'Uranie, 1610, panégyrique en vers de la maréchale de Sainct, eo tète duquel on trouve un discours en prose sur la même sujet, adressé au maréchal de Bassompicrre, frère de la défunte. 6* Les Ombres de défunts sieurs Villeaux et de Fontaine, ou il est amplement traité des duels et des moyens de les arracher entièrement, et : de la Vaillance, où il est exactement montré en quoi elle consiste. Ce sont deux discours en prose dont on ne connaît que la 3' édition, imprimée en 4610. Collctet les regarde comme les meilleurs ouvrages de l'auteur. ( Voy. la Bibliothèque de la Croix du Maine et Duverdier, celle de l'abbé Goujet, et surtout la notice que Cotletet a consacrée à Guillaume de Chevalier, dans ses Vies des poêles français, demeurées manuscrites. ) Cu— s.
CUEVALIER (Guillaume) , poêle français, qu'il ne faut pas confondre avec le précédent, naquit à St- Pierrc-lc-Moûtier, en Nivernais, et fut docteur en mé-
110 CHE
deeinc. Il parait qu'il exerçait sa profession dans le Poitou, et |»eut-élrc a Niort, puisque c'est dans celte tille qu'il lit imprimer l'ouvrage suivant : 1» OEuvret ou Meslanges poétiques, où les plus curieuses raretés et diversités de la nature divine el humaine sont traitées en stances, rondeaux, sonnets et ipigrammes, 1647, in-8». On apprend dans l'épltre déiiicatoirc de ce volume qu'en 1643, étant encore fort jeune, il avait eu l'Iionneur de présenter un sonnet à Louis XIV. On le croit auteur du Nouveau Cours de philosophie en vers, avec des remarques en prose, imprimé à Paris en 1653, in-12. Nous ne hasardons Ici cette conjecture que pour engager les personnes qui s'occupent de l'histoire littéraire à écl.iircir ce hit. On a du même Chevalier un recueil différent du premier, intitule : la Poésie sacrée, ou Mélanges poétiques en vers latins et françois , élégies, etc. ; traitant des Mystères de Notre - Seigneur Jésus- Christ, des Panégyriques et Vies des saints, de grands Jour* tenus à Clcrmont en Auvergne, Paris, 1009, in-12. VV— s.
CHEVALIER (Jean), né à Poligny, en 1587, entra dans l'ordre des jésuites à l'âge de vingt ans. et fut nommé à la grande préfec turc du collège de la Flèche, place importante, dont il remplit les fonctions |»cndant plus de trente ans. On a de lui : 1° Lyrica in patres soc. Jest* in oram Canadensem transmiitendos, la Flèche, 1635, in-4* ; 2- Prolusio poelica, scu libri carminum heroieorum, lyricorvm, cariorumque poematum, la Flèche, 1638, in-8"; réimprimé avec des changements et des augmentations, sous le litre de Polyhymnia sets variorum carminum libri septem, la Flèche, 1647, in-8". Le P. Chevalier était mort au collège de la Flèche le 4 décembre 1644, dans sa 03* année. — Un autre jésuite, du même nom , né dans le Perche en 1610, mort ù l'Ile St-Christophe en 1TM9, est auteur des deux ouvrages suivants : 1* Rrponsc d'un ecclésiastique à la lettre d'une dame religieuse de Fontevrault, touchant les différends dudit ordre, Paris, 1611, in-4*. II publia cette réponse sous le nom supposé de François Chrétien. 2* Fie de Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrault, traduite du latin de Daulderie, evéque de Dol. la Flèche, 1617, in-8». W— s.
CHEVALIER, comédien de la troupe qui jouait 3U théâtre du Marais au milieu du 17' siècle, était mort en 1673. Il a composé plusieurs pièces «le théâtre, qui ne sont que des farces ignobles, semblables à celles que jouaient les enfants suis souci ; elles ont néanmoins été imprimées, et en voici les titres : \* le Cartel deGuillot, ou le Combat ridicule, on 1 acte, 1661 ; 2» la Désolation des filour, ou les Malades qui se portrnt bien, en 1 acte, 1002; S" les Galants ridicules, ou les Amours de Guillat et de Ragotin, i062v *• f Intrigue des carrosses à cinq sols, 16B3; 5° ta Dis'jrare des domestiques, 1662; 6* fei Barbons amoureux et rivaux de leurs fils, en 5 actes, 1661 ; 7» les Amours de Calolin, en 3 actes, 1664 ; 8* le Pédagogue amoureux, en 5 actes, 1665; 0« tet Aventures de nuit, en 3 actes, 1666; 1t> Je Soldat poltron, en 1 ai le, 1608. Toutes ces pièces, qui sont eu vers, sont remplies de pointes triviales,
CHE
de quolibets grossiers, et d'indécentes équivoques ; cependant il faut les lire pour connaître l'étal de la comédie avant Molière. On ne les trouve plus que dans le cabinet de quelques curieux. B G T.
CHEVALIER (Nicolas), ministre protestant, né dans la Flandre française, vivait en Hollande au commencement du 18* siècle, et a publié les ouvrages suivants : 1° Histoire de Guillaume fil, roi d'Angleterre, par médailles, inscriptions, et autres monuments, Amsterdam, 1692, in-fol., fig. 2« Des~ cription dune antique pièce de bronze, avec une Description de la chambre des raretés de C auteur, ibid., 1694, in-12. 3° Dissertation sur les médaillée frappées sur la paix de Rysicick, ibid., 1700, in-8°. 4* Lettre écrite à un ami d'Amsterdam, sur la question si l'an 1700 est le commencement du 18e siècle, avec un almanach perpétuel frap|>é en médailles, ibid. , 1700, in-12. 5* Description de la pièce d'ambre gris que la chambre d'Amsterdam a reçue des Indes orientales, pesant 182 livres, avec un petit traité de son origine et de sa vertu, ibid., 1700, in-4*. Cette masse considérable d'ambre gris provenait du cabinet de raretés que le célèbre botaniste Rumpf avait formé à Amboine, pendant qu'il en était gouverneur. 6° fc'xp«ïr«M'nn de deux calendriers perpétuels composés mirant le Vieux et le Nouveau Testament, ibid., 1700. in-8*. 7° Le Jubilé universel de l'an 1700, publié par la butle d'Innocent III du 28 mars 1690, ou Considérations sur celle bulle, pour montrer l'abus des jubilés qui se célèbrent depuis 400 ans dans l'Église romaine, avec des figures et des médailles, ibid., 1701, in-4*. 8» Pejrn'ptt'on de la chambre de raretés de la ville d'L'trecht , 1707, in-fol., avec trente-six planches et seize pages de texte pour l'explication; vingt-cinq planches contiennent les figures de trois cents médailles et monnaies. Cet ouvrage fut réimprimé avec quelques augmentations sous ce titre : Recherches curieuses d'antiquités reçues d'tlalie, de Grèce et d'Êgyple, et trouvées à Nimègue, à Santtn, à Wïttcnbourg, à Brilton et à Tongrcs, contenant aussi un grand nombre d'animaux, de minéraux, de plantes des tndes, qu'on voit dans la chambre des raretés d' Utrecht, Utrecht, 1709, in-fol. , lig. 9» Relation des campagnes de l'an 4708 et 1709, Utrecht, 1709, in - fol. , 1711, in-4'. 10* Relation des fêtes données par le duc d'Ossone, en 1713, pour la naissance du prince Ferdinand de Castille, Utrecht, 1714, in-8*, lig. D— P — s.
CHEVALIER ( Jean-Damiew ), médecin, ué à Angers, mort en 1770, alla à Sl-Dominguc avec le titre «le médecin du roi, et y exerça son art ters le milieu du 18* siècle. Il a publié : 1° Réflexions critiques sur le Traité de l'usage des différentes saignées, principalement de celle du pied, par Sylva, en forme de lettres, Paris, 1730, in-12. 2° Lettres à M. Desjean, sur les maladies de St-Domingue, Paris» 1752, in-12. 3° Lettres sur les plantes de St-Domingue, Pari», 1732, in-8*. C'est un traité sur les plantes médicinales qui croissent sjiontanément dans cette lie. Le catalogue des plantes et la plupart des observations sur leurs propriétés sont extraits d'un ouvrage manuscrit composé en 1713, par André
CHL
Minguet, qui exerçait alors la médecine dans celte colonie avec beaucoup de succès. Clicvalier y ajouta les observations du P. Labat et de Poupé Desportes. On voit que l'auteur était peu versé dans la botanique proprement dite , les descriptions qu'il donne des plantes sont tris-incomplètes et inexactes; mais les ayant désignées par les noms vulgaires sous lesquels elles sont assez généralement connues aux Antilles, son ouvrage est intéressant et utile pour acquérir la connaissance des propriétés de celles qui y sont en usage, et particulièrement à St-Dominguc. 4» Chirurgie complète, Paris, 1752, 2 vol. in-12; il y traite aussi de la matière médicale, et indique les ordres des médicaments. 5° Deux dissertations peu connues : Jîrgo a diversa causa movenlur cerebrum «I dura vuninx, Paris, «756, in-4\et Anviripotus salubris, iLid. , 1745, in-8« et in-4°. D— P-— s.
CHEVALIER ( François-Fbux ) , membre de l'académie de Besançon et de la société d'agriculture d'Orléans, était né à Poligny, en 1705. Son goût pour l'étude des antiquités était encore fortifié par l'exemple et les conseils de Dunod, dont il épousa la fille. Sa place de maître des comptes à la chambre de Dole lui donna la facilité de voir et de consulter beaucoup de titres originaux, de rbartes et de pièces précieuses pour l'histoire, entassées dans les archives de cette compagnie. Son but, celui de tous ses travaux, était l'illustration de sa \ille natale; enfin, au bout de vingt ans, il lit paraître l'ouvrage qui l'avait occupé si longtemps, sous le litre de Mémoires sur la villcde Poligny, Lons-le-Saunicr, 1767 et 1769,2 vol. in- * - L'auteur a réuni a ces mémoires quelques dissertations présentées à l'académie de Besançon, sur différents points intéressants de la province de Franche- Comté ; une dissertation sur les voies romaines existantes dans le comté de Bourgogne; la description d'un monument découvert dans la plaine de Poligny, nommé Us Chambre tu s ( Caylu* a inséré dans son Recueil d'antiquités une mosaïque trouvée dans le même endroit ), et enfin un discours sur remplacement de la ville d'OtoïKm ou Olino, queClievalier lixe à Poligny. On lui a reproché assez justement de s'être laissé entraîner par ses préventions pour cette ville, et d'en avoir exagéré l'antiquité et l'importance ; mais son ouvrage n'en mérite pas moins d'être consulté. Estimé de ses concitoyens , chéri d'un petit nombre d'amis, Chevalier parvint à un grand âge, sans et) connaître les infirmités. Il est mort en 1800, dans sa 96e année. W— s.
CHEVALIER, ingénieur-mécanicien, à Paris, se fit remarquer des le commencement de la révolution par son exaltation. En 1794, il obtint un emploi dans la fabrication des poudres, et ce lut vers cette époque qu'il offrit à la convention des armes à feu renfermant huit charges. Dénoncé par llovère, le 18 avril 1795, comme agent d'un complot faisant suite à la révolte démagogique du 12 germinal (2 avril), et accusé d'avoir eu pour cela des intelligences avec un nommé Crespin, il fut arrêté le 27 du même mois, et relâché par l'amnistie du 4 brumaire an 4 (20 octobre 1795). Le 59 novembre 1797, il lit l'expérience d'une fusée incendiaire inextin-
CHE <n
guible, dont il était l'inventeur, et renouvela cet essai le 20 mars suivant. Désigné en novembre 1800, par les rapports de ta police consulaire, comme s'oo cupant, dans des intentions suspectes, de préparations d'artifice et de fusée, il fut surveillé avec soin par les agents du ministre Fouché. On fit plusieurs visites à son domicile, et l'on y trouva une machine avec laquelle il fut accusé d'avoir voulu attenter aux jours du premier consul. Mis en arrestation, il paraissait oublié, et celte affaire n'aurait sans doute pas eu d'autre suite, lorsque eullieu l'explosion de la terrible machine infernale du 5 nivose an 9. Chevalier n'avait évidemment eu aucun rapport avec les auteurs de ce complot, et la police ne pouvait l'ignorer. Cependant il fut aussitôt après traduit de* vant un conseil de guerre, condamné a mort, le 24 décembre 1800, pour avoir cherché à attenter à la vie du premier consul, et fusillé le même jour a Vincennes. La découverte de Chevalier était fort ingénieuse, et l'on a prétendu qu'il avait retrouvé le feu grégeois. ( Voy. Maiicus ( . h.lcl s.) M — n j.
CHEVALIER (Paul), professeur de théologie et d'histoire ecclésiastique à l'université de Groninguc, mort le 7 mars 1796, s'est fait connaître par des sermons sur la morale dépouillée de tout dogme, et qui ont été publies en 1770. sous ce titre : Sis Discours ecclésiastiques sur quelques vérités fondamenta'es de la morale. *L — o.
CHEVALIER (Thomas), chirurgien anglais, fut d'abord destiné a la jurisprudence ; mais il quitta cette carrière pour la chirurgie, dans laquelle il s'est fait une grande réputation. 11 employa tous ses efforts pour l'établissement du collège des chirurgiens de Londres, eu fut nommé membre dés la création, et y professa l'anatomie et la chirurgie. H fut ensuite successivement admis dans la société royale de Londres et dans celle des antiquaires. Enfin il était chirurgien du roi en service extraordinaire. On a de lui : 1* Observations à l'appui du bill présenté au parlement pour ériger en collège la Corporation de» chirurgiens de Londres, 1797 in 8" ; 2» introduction à un cours d'opérations chirurgicalts, 1890, in-8* ; 3° Traité sur les blessures d'armes à feu, 1801, in-12. Z-o.
CHEVALIER (Pierre). Foy« Thévewot (Mclchisédech).
CHEVALLIER , emooisonneur. Voyez Lelie-
VBB.
CHEVANES ( Jacqdes-Algi ste), né à Dijon, le 18 janvier 1624, Tut reçu avocat en 1645, et obtint en 1648 la charge de secrétaire do roi en la chancellerie de Dijon, qu'il occupa pendant vingt-quatre ans. Les fonctions de cette charge ne l'empêchèrent point de suivre le barreau, où il s'acquit une grande réputation, surtout dans les matières ecclésiastiques. Chevaues voyagea en Italie * il se trouvait à Venise lors du tremblement de terre de Raguse, qui eut lieu le jeudi saint de l'année 1667. H en lit même une relation, que l'on a conservée manuscrite. Il mourut le 29 novembre 1699. Batuze, Baudeloi de Dairval, du Cange et d'autres savants ont fait l'éloge de son érudition. Ce dmder nous apprend queChe-
vanes s'occupait de donner une édition française des j Attises du royaume tU Jérusalem : ce projet est démente sans exécution. Nous avons de lui : 4* Coutûmes générales du pays et duché de Bourgogne, avec les annotation* de Bégat, de Pringlee et de Charles Dumoulin, Chalons, 1665, in-4'; 2* dea vers grecs et latins, en téle des dialogues de Charles Foret, de Claris fort Burgundiei Oratoribus, et quelques autres pièces au-devant du Traité de l'abus, du même auteur. La Mare lui attribue les manuscrits suivants : Pietas seu de vit a et seriptis Nicolai Chevanei (son père); les vies, en latin, de Charles Fevrct, de Jean Lacurne; celle (en français) de J.-B. le Mencstrier; une Histoire de la sainte chapelle de Dijon, pour les intérêts de laquelle il lit imprimer quelques factums. Philippe- Louis Joly a publié un Chexaneana, ou Mélanges de J.-A. de Chevanei. Ce recueil, composé seulement de dixneuf paragraphes, est de l intérêt le plus médiocre, et ne méritait pas d'être imprimé. A la suite sont onze lettres plus intéressâmes de Chevanes * du Cange, une de Nicolas de Chevanes, son père, et cinq de Maurice David au même du Cange. Ces lettres roulent sur des sujets de critique, de philosophie ou d'antiquités. Les Chevaneana se trouvent dans les Mémoires historiques, critiques et littéraires, etc., de François Bruys [voy. ce nom). Paris, 1751, in-42, t. 2, p. 329. D. L.
CHEVANES (Jacques), frère du précédent, prit l'habit de capucin, et rut connu sous le nom de P. Jacques d'Autun, du lieu de sa naissance. Il s'adonna aux travaux de la chaire, et mourut à Dijon, en 1678, âgé de plus 70 ans. On a de lui : Vf Amour eucharistique, Lyon, 1655, 1666, in-4* : c'est un recueil de sermons. 2* Les Entretiens curieux d'Hermodore et d'un voyageur inconnu, par le sieur Agran, Lyon, Pillehotte, 1631, in-4*. Ce livre est dirigé contre Camus, évèquc de llellcy, et contient la défense de l'état religieux. Camus y répondit par ses Éclaircissements de Méliton. 3» Justes Espérances du salut, opposées au désespoir du siècle, Lyon, 104D, 2 vol. in-4* ; trad. en latin, ibid. , 1649, in-4*. 4* Conduite des illustres, ou Maximes pour aspirer à la gloire dune vie héroïque et chrétienne, Paris, 1657, 2 vol. in-4". 5' Unrangue funèbre de Louis- Uaslon-Charles de Foix de la Valette, duc de Caudale, Dijon, 4658, in-4'. 6» Oraison funèbre de Jean Baptiste-Gaston de France, fils d'Henri le Grand, Lyon, 1660, in-4°. 7* L'Incrédulité savante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et sorciers, réponse à l'apologie de INaudé, Lyon, 1671, in-4*. * Heureusement pour le capucin, dit fort « spirituellement l'abbé Papillon, l'irascible Naudé • était mort depuis longtemps. » 8* Fie de St. François d'Assise, Dijon, 1676, in-4*. — Nicolas Chevanes, pére des deux précédents, né à Auiun, mort a Dijon, ter» 4654, fut avocat ci receveur des décimes. Il a laissé : 4* Mausolée à la mémoire de César' Auguste de Uetlegarde, baron de Termes, Lyon, 4621, in-4'; 2* Attisa*)!*, sive de duplici unius episcopi in eadem dioscesi sede Disquisitio, publié par la Mare dans son Conspcctut kitt. Burgund. ; 3" plu-
CHE
sieurs faclums por.r la défense des religieux de Cllcanx. D. L.
CHEVARD, historien, né à Chartres, vers 1748, fut notaire dans sa ville natale, où il exerça successivement les fonctions de conseiller de préfecture, d"ins|»ecteur des prisons et de membre de la société d'agriculture. Après qu'il eut quitté lé notariat, la statistique du département d'Eure-et-Loir, l'industrie agricole de la Deauce, l'archéologie, les monuments celtiques, devinrent les seuls objets de ses travaux. H publia en l'an 10 (1802) son Histoire de Chartres et de l'ancien pays Charlrain (2 vol. in-8*|, ouvrage précieux sous le rapport des recherches, mais dans lequel on désirerait plus de méthode et un meilleur style On pourrait aussi tramer quelque chose a dire sur la chronologie. Lesannuaires de ce département et le n» 4 du Cours d'agriculture de M. Forestier contiennent des disscrlationsdues au savant Chcvard. Cet historien mourut à Chartres, le 9 mai 4826, à rigC de 78 ans. Z.
CHEVASSIEU DAUDEBERT ( ),
médecin à Versailles, ami du célèbre Cabanis, h publié : 1* Expose des températures, ou les Influences de l air sur les maladies et la constitution de l'homme et des animaux et ses effets dans la végétation, en 3 tableaux iu fol . , présentant dans un ordre insénieux des détails qui feraient la matière de plusieurs volumes, et qui ont coûté des recherches immenses ù leur auteur, Paris, 1803; 2* des Exanthèmes épizooliques, et particulièrement de la clavelée et de la vaccine rapprochée de la petite vérole humaine, Paris, 1 804, in-8'\ 3* des Inondations d'hiver et d'été, ou Traité de l'humidité par rapport à l'homme et aux animaux, Paris, 4806, in-8*. Chevassieu d'Audebert a été l'un des collaborateurs des Êphétnérides médicales. Z — o.
CI1EVAS5D (Joseph), curé des Rousses, né à St-Claudc en Franche-Comté, le 6 novembre 1674. Apres a\oir fait ses premières éludes, il entra au séminaire de St-lrénée h Lyon. Nommé curé de la paraisse des Rousses, dans le diocèse de St-Claudc, il remplit les devoirs de cette place avec un zèle audessus de tout éloge. Son grand âge et ses infirmités l'ayant forcé de s'en démettre, il se retira dans sa latrie, où il mourut le 25 octobre 1752. Sa modestie ne lui a jamais permis d'avouer publiquement ses ouvrages. Quelques-uns ont eu cependant un grand nombre d'éditions. Son style est clair et simple; il s'attache moins à plaire qu'à convaincre ou a persuader. On a de lui : 1» Catéchisme paroissial, Lyon, 1726, in-12. 2* Méditations ecclésiastiques tirées des é pitres et évangiles qui se lisent à la sainte messe tous les jours et les principales fêtes de l'année, Lyon, 1737, 4 vol., 1743, 5 vol. in-12; nouvelle édition, Besançon, 1820, 5 vol. in-12. Le même ouvrage, augmenté de maximes et règles de vie pour les prêtres et religieux, Lyon et Paris, 4824, 6 vol. in-12. 3» Méditations sur la Passion, Lyon, 174G, in-12. Ces deux ouvrages ont été réunis et réimprimes plusieurs fois. 4« Abrégé du Rituel romain, avec les instructions sur les sacrements, Lyon, 1746, in-12. h" Méditations chrétiennes, avec unepra-
CHE
CHE
liquide piété, Lyon, 1746, in-12. Cet ouvrage, réuni aux Méditation ecclésiattiquet, a été reproduit par son auteur sous ce titre : Méditations sur 1rs vérités chrétiennes et ecclésiastiques, Lyon, 1751, 5 vol.; 1769, 1781, 6 vol. in-12. 6' Prônes pour tous les dimanches de l'année, Lyon, 1753 , 4 vol. in-12; réimprim. , Avignon, 1820, et plusieurs autres fois sous le titre du Missionnaire paroissial. On trouve ÏÉloge de Chevassu dans l'Histoire de la prédication du P. Joly, p. 510 et suivantes. W — s.
CHEVERT (François de), lieutenant général des armées du roi, né à Verdun-sur-Meuse, le 21 février 1695, montra de bonne heure un goût prononcé pour la profession des armes. Des mémoires authentiques nous apprennent qu'uncolonel, témoin de la précision avec laquelle Chevcrt, âgé seulement de neuf ans, exécutait des évolutions militaires, le plaça comme volontaire dansun régiment. Louis XIV, instruit des dispositions extraordinaires du jeune soldat, lui lit donner le grade de lieutenant dans le régiment d'infanterie commandé par le colonel de Camé. La lettre du roi est datée de Marly du 18 août 1706 ; ainsi Chcvert n'avait que onze ans et sept mois. Nommé bientôt lieutenant colonel, il Ht en celte qualité la campagne de Bohême, en 1741, et il eut l'honneur de commander les grenadiers de l'attaque du comte de Saxe pour l'escalade de Prague. Au moment où l'on posait U première échelle, il assembla les sergents de son détachement: « Mes amis, leur dit-il, vous êtes tous braves, mais « il me faut ici un brave à trois poils (ce furent ses « expressions ). Le voilà, » ajouta-t-il en s'adressa nt au nommé Pascal, sergent des grenadiers du régiment d'Alsace. « Camarade, montez le prête roier, je vous suivrai ; quand vous serez sur « le mur, le factionnaire criera vardô, ne répondez « pas; il lâchera son coup de fusil, et vous mante quera; vous tirerez et vous le tuerez. » Tout réussit comme il l'avait dit. Chcvert entra le premier dans la ville, où il maintint un si bon ordra qu'aucune maison ne fut pillée. Le roi le créa brigadier, par brevet du 15 décembre même année. Il commanda dans la ville sous le comte de Bavière, servit avec la plus grande distinction pendant le siège, et, malgré la disette de toute espèce, on dut à ses soins, et à ceux de M. de Sechelles, intendant de l'armée, un ordre et une économie si bien entendus que les troupes ne manquèrent jamais du nécessaire. Lorsque le maréchal de Belle - Isle sortit de Prague avec l'armée, la nuit du 16 au 17 décembre 1742, emmenant avec lui quarante otages des trois états, il y laissa Chevert avec 1,800 hommes, les malades et Jes convalescents. Avec une aussi faible garnison, Chevert y tint jusqu'au 26 du même mois; il menaça le prince Lobkowitz, commandant de l'armée autrichienne, de faire sauter une partie de la ville, et de périr sous ses décombres avec sa garnison, si on ne lui accordait pas une capitulation honorable, et il sortit de la ville, le2 janvier 1745, avec sa garnison, les honneurs de la guerre, deux pièces de canon, et fut conduit à Egra, aux dépens de la reine de Hongrie. I/JH.
Employé depuis en Dauphiné et à l'armée d'Italie, il servit avec la plus grande distinction, fut créé maréchal de camp en 1744, et lieutenant général en 4748. On lui dut, en 1757, le succès de la bataille d'IIastembeck. Chargé de l'attaque du bois qui couvrait la gauche de l'ennemi, avec les brigades de Picardie, de Navarre cl de la Marine, il prit la main du marquis de Bréhant, colonel de Picardie, l'un des plus braves hommes des troupes du roi, et lui dit: « Mon ami, jurez-moi, foi de gentilhomme, de a périr avec tous les braves que vous commandez, « plutôt que de reculer. » Les ennemis, se voyant tournés et repoussés par cette attaque vigoureuse, se retirèrent en désordre. Commandeur de l'ordre de St-Louis dès 1754, il fut nommé grand'eroix en 1758, et depuis employé dans les armées jusqu'en 1761. Chevert était grand et bien fait; ses yeux étaient vifs et pleins de feu ; il avait beaucoup d'esprit naturel, parlait avec une grande facilité, contait bien et volontiers, surtout les faits de guerre auxquels il avait eu part. 11 avait avec les troupes ce ton confiant, exalté et un peu grivois qui plaît au soldat, anime son courage, et lui fait braver les plus grands dangers. Un talent rare pour les évolutions militaires, dansun temps où cette partie était négligée, le lit connaître de bonne heure. Une élude et une pratique constantes de l'art de la guerre, une exécution prompte, une valeur brillante, des actions d'éclat, lui firent à juste titre une grande réputation. Les uns le faisaient fils d'un bedeau de la cathédrale de Verdun, d'autres d'un maître d'école; ce qu'il y a de certain , c'est qu'il était né de parents trèspauvres, et qu'il devint orphelin presque en naissant. Il parlait avec indifférence de sa naissance, dont on l'accusait injustement de tirer vanité. Pendant qu'il commandait le camp de Bichemont, en 1753, une fermière du canton vint le voir ; il l'accueillit, la présenta comme sa parente, et la renvoya fort contente de lui. Il mourut à Paris, le 24 janvier 1709, âgé de 74 ans, et fut enterré à St-Eustache. On lui éleva un monument, actuellement déposé au musée des Petits-Àugustins, où son médaillon en marbre blanc est très-ressemblant. Voici son épitaphe, attribuée à Diderot:
Sans aïeux, sans fortune, sans appui,
Orphelin dès l'enfance, Il entra au service a l'âge û&ii ans; Il s'éleva, malgré l'envie, à force de mérite, Et chaque grade fut le prix d'une action d'éclat. Le seul titre de maréchal de France A manqué, non pas à sa gloire, Mais à l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle.
L'auteur de cet article tient de Chevert lui-même les détails de l'escalade de Prague et de la journée d'Haslembeck. V Eloge historique de Chevert inséré dans le Mercure de 1769, a été imprimé séparément, Paris, même année, in-12. Un autre se trouve dans l'ouvrage intitulé : Eloge de quelques-uns des plus célèbres guerriers français, Strasbourg, 1797, petit in-8°. D. L. C.
CHEVERUS (JEAii-LOUIS-AîiKE-MÀGDELEI.Mî
m CilB
de), archevêque de Bordeaux, né à Mayenne, le 28 janvier 4766, d'une ancienne famille de magistrats, s'est attire dans les deux momie*, par sa piété et ses vertus, l'estime et l'affection des hommes même les plus opposés à sa croyance ; et revenu au sein de sa patrie, après trente années d'absence, il a retracé le même spectacle d'une vie pure, apostolique, gagnant tous les canis. multipliant les fidèles, par son aimable siiuplif itê et l'inaltérable aménité de son caractère. Il lit ses études à Paris avee distinction au collège <:e Louis-! e-Crand , où dés lors son esprit et sa bonté lui attachèrent tous les cœurs. S'étant destiné à l'état ecclésiastique, il étudia la théologie au séminaire de Sfc-Magloire, tenu par les oratoriens, et s'y lia aveu l'abbé de Maecarlhy, qui était du même âge et qui, depuis, se fit tant de réputation dans la chaire. Einery, supérieur général de St-Sulpice, si juste appréciateur du mérite, voulut lui offrir une place gratuite dans son séminaire ; mais le jeune de Chevcrus était trop attaché aux directeurs de St-Magloire pour les quitter : la reconnaissance l'empêcha d'accepter. 11 n'avait pas vingt-trois ans lorsqu'il fut ordonné prêtre, le 18 décembre 1790, à la dernière ordination publique qui se soit faite à Pari* avant la révolution. Déjà les biens du clergé étaient envahis, la constitution civile décrétée , le serment prescrit à tous les ecclésiastiques, sous peine lie dcJicame; le jeune prêtre n'avait donc à attendre que la pauvreté, la persécution et la mort. Cependant il ne recula |>oiut devant les daugers qu'il était permis de prévoir ; il retourna dans son diocèse. Son onde, curé de Mayenne, alors inlirnicet paralytique, le demanda comme coopéraleur sous le titre de vicaire; l'évêque du Mans le nomma en même temps chanoine de sa cathédrale; et revêtu de ce double litre, l'abbé de Chevcrus déploya dans ses nouvelles fonctions tout le zèle, la prudence et la fermeté d'un ancien ministre des autels. Il refusa le serinent, exerça son ministère en secret, au milieu des contradictions et des alarmes auxquelles on était cxpo.se en ces temps de calamités. Sa prudence déjà connue et appréciée avait porté l'évèque du Mans à lui donner des pouvoirs de grand vicaire. Obligé de quitter Mayenne au printemps de 1792, ainsi que tous les ecclésiastiques insermentés du département, il eut ordre de se rendre à Laval, où il dut être en surveillance et se présenter chaque jour aux autorités. M» de Hercé, évêque de Dol, était à leur tète. Le décret du 1H6 août 1792 condamna à la déportation les prêtres insermentés. On donna à ceux de Laval des passe-ports pour se rendre en pays étrangers ; Cheverus en prit un pour l'Angleterre , et passa par Paris, où il arriva au moment des massacres de septembre. 11 se cacha pendant ces funestes journées, et partit bientôt pour l' Angleterre, sans connaître la langue de ce pays, et n'ayant pour toutes ressources que 300 francs. Le gouvernement anglais accordait alors des secours aux prêtres français réfugiés; Cheverus ne voulut pas en profiter, et il réussit à pourvoir lui-même à ses besoins, en se plaçant comme professeur de français et de mathématiques citez un ministre protestant qui tenait
eue
une pension. Au bout d'un an, il sut assez l'anglais pour se charger du service d'une cliapelle catholique et y faire des instructions. La première fois qu'il prêcha en anglais, voulant s'assurer s'il avait été bien compris, il demanda à un homme du peupler ce qu'il pensait de son sermon : « Votre sermon, <t répondit naïvement cet homme simple, n'était « pa» eonuuc les autres, il n'y avait pas un seul a mot de dictionnaire, tous les mois se compre- « nateut tout seuls. » Jusque dans les dernières années de sa vie, Chevcrus aimait à rappeler cette réponse à ses prêtres, pour les convaincre que le principal mérite de la prédication, c'est d'être intelligible à tous, même aux plus simples; que les grands mots, les néologismes à prétention, pour l'intelligence desquels un homme du peuple aurait besoin d'un dictionnaire, doivent être bannis de la chaire, et qu'il vaut mieux être compris par une simple femme que loué p.ir un académicien. En même temps, on lui proposa de se mettre à la tète d'un collège à Cayenue. Heureusement il crut ne devoir pas accepter, car il n'eût point échappé à la persécution qui éclata peu après contre les prêtres de ce pays. En 1705, l'aube M mignon, ancien docteur et professeur de Soi bonne, l'appela en Amérique, où son zèle, ses vertus pourraient se déployer sur un plus grand théâtre. Les esprits, divises en plusieurs sectes religieuses, ne se Munissaient que dans une haine commune contre ce qu'ils appelaient le papisme. Pour faire tomber les préjugés, gagner les cirurs, conquérir l'estime, il fallait un houimo d'une vertu aimable, d'un caractère doux, d'un noble désintéressement, d'uu esprit orne, de connaissances étendues, et cet homme fut I abbé de Chevcrus. Rico de plus admirable «pie le début de son apostolat, tel qu'un le lit dans le Magasin mensuel de UosloH. Il est beau de voir un auteur protestant louer aiiihi un prêtre catholique et rendre hommage à ses vertus. Tantôt c'est un dissident qui épie le» démarches, observe le» actions du jeune apôtre, et qui lui dit : « Je ne croyais pas qu'un miuistre de « votre religion put être un homme de bien ; jo a viens vous faire réparation d'honneur; je vous u déclare «pie je vous estime et vénère comme le a plus vertueux que j'aie connu. » Ici c'est un pasteur protestant qui désire attirer dans son parti l'abbé de Cheverus et sou digne ami, dont la vertu et la science jetaient un si grand éclat dan» la ville, et qui. après uoe conférence où il leur fait part de ses objections et euleud leurs réponses, s'écrie : « Ces « hommes sont si savants, qu'il n'y a pas moyen « d'argument cr avec eux ; leur vie est si pure et si « évangélique, qu'il n'y a rien à leur reprocher. » Ailleurs, frappe de l'estime et de la vénération que M. de Cheverus et M. de Matignon s'étaient conciliées par leurs vertus, le même journal fuit cette réflexion dont personne ne contestera la justesse : • En voyant de tels hommes, qui peut douter s'il « est permis à la nature humaine d'approcher de « la perfection de l'IIomme-Dicu et de l'imiter de a très-prés? » L'abbé de Chevcrus s'appliquait aux éludes qui étaient le plus en honneur a lioston ; il
CHE
apprit a parfaitement l'anglais, dit un journal de
cette ville, « qu'il était devenu le maître des dtfft- « cultes de la langue : c'était lui qui en connaissait
• les étymologies. » Il était aussi très-savant dans la littérature française, grecque et latine; tous les jours il rafraîchissait sa mémoire par la lecture des auteurs classiques, et on le regardait dans cette contrée, non-seulement comme un savant, mais encore comme un zélateur dévoué de la bonne littérature. M. Carroll, évéuue de Baltimore, informé de tant de vertus et de talents, lui proposa la cure de Ste- Marie, à Philadelphie; mais son cœur ne put supporter la pensée do quitter son digne ami, Matignon, qui l avait appelé d'Angleterre et qui était pour lui uu père chéri. Bientôt il se livra avec un nouveau zèle à ses travaux évangéliques, en visitant les catlioliqucs des environs de Boston, qui n'avaient point de prèU'es, et passant jusqu'à deux ou trois mois chez les Indiens de 1 assaraaquody et de Pénobseot. Le tableau de ses missions a été peint par l'auteur de sa vie, avec autant de charme que de vérité. On croirait lire une page du Génie du Christianisme I « Il partit sous (a conduite d'un guide, à pied, le u bâton à la main, comme les premiers prédicateurs
• de l'Évangile. Jamais il n'avait fait encore pa- « 1 cille rouie; il fallait tout le courage d'un apôtre « pour en supporter les peines. Ine sombre foret. « aucun chemin tracé, des broussailles et des épi- « nés, à travers lesquelles il était obligé de s'ouvrir « un passage, et puis, après de longues fatigues, a point d'autre nourriture que le morceau de pain « qu'ils avaient pris à leur dëpart, le soir, point « d'autre lit que quelques branches d'arbre étendues
• par terre, et encore Pailait-il allumer un grand a feu tout autour pour éloigner les serpents et au- « Ires animaux dangereux qui auraient pu, pendant a le sommeil, leur donner la mort. Ils marchaient
• ainsi depuis plusieurs jours , lorsqu'un matin « (c'était un dimanche) grand nombre de voix, « ciianlanl avec ensemble et harmonie, se font cn- « tendre dans le lointain. M. de Chevcrus écoute, « s'avance, et à son grand ctonnement, il discerne « un citant qui lui est connu, la messe royale de a Dumoot, dont retentissent nos grandes églises et « cathédrales de France, dans nos plus belles so- « lennités. Quelle aimable surprise et que de douces « émotions son cœur éprouvai II trouvait réunis à c la fois, dans cette scène, l'attendrissant et le sublic me ; car quoi de plus attendrissant que de voir un a peuple sauvage, sans prêtres depuis cinquante c ans, et qui n'en est pas moins tidéle à solcnniscr a le jour du Seigneur ; et quoi de plus sublime que « ces chants sacres, inspirés par la piété seule, ro- ■ tentiksant au loin dans cette immense et majes- « tueuse forêt, redits par tous les échos, en même a temps qu'ils étaient portés au ciel par tons les
• cœurs 1 » Après avoir passé trois mois au milieu de ce bon {teuple, l'abbé de Chevcrus repartit pour Boston. I n lièvre jaune s'était déclarée dans cette ville (1706), et dé.à do nombreuses victimes avaient succombé. On vil alors l'intrépide mis-
sionnaire braver te fléau, se multiplier pour secourir les malades, catholiques et protestants, Acquittant auprès d'eux de tous les soins d'un infirmier, et leur rendant les services les plus humiliants, si la charité n'ennoblissait pas tout ce qu'elle inspire. Ou lui représente qu'il ne doit pas s'exposer ainsi : « H n'est pas nécessaire que je vive, repond-il, mais « il est nécessaire que les malades soient soignés cl « les moribonds assistés. » On pense bien qu'une si belle conduite porta au plus haut point l'attachement cl l'admiration des habitants de Boston. Partout où l'abbé de Chevcrus paraissait, on s'estimait heureux de lui faire honneur Chose remarquable ! dans les repas de cérémonie où les bienséances l'obligeaient à se trouver et où assistaient également jusqu'à trente ministres de sectes diverses, c'était toujours lui que le maître de la maison et les ministres eux-mêmes invitaient, comme le plus digne, à bénir la table, et qui faisait arec le signe de la croix la prière accoutumée de l'Église catholique. Le nombre des lidèles s'accrut bientôt a Boston : les protestants eux-mêmes désiraient entendre les prédications et assister aux cérémonies si touchantes de l'Église romaine. L'abbé de Cheverus ouvrit donc une souscription pour bâtir une église dans celte ville. Le premier des souscripteurs fui le président des États-Unis, John Adams, exemple remarquable de la part du chef protestant d'un Elat presque tout protestant. Bientôt la souscription fut couverte des noms les plus honorables, tant protestants que catholiques. L'abbé de Chevcrus éleva les murs jusqu'à la concurrence des sommes déposées entre ses mains ; mais, ces fonds épuisés, il arrêta tous les travaux, cl jamais ils ne forent repris cl continues qu'en proportion des fonds qu'il axait reçus. Après le concordat de 1801, sa famille cl ses amis de France le pressaient de revenir dans sa patrie. Il fut un moment près de céder à leurs instances, mais les besoins des catholiques de Boston, son attachement pour l'ablié Matignon et les raisons que lui donna M. Carroll, dans une lettre du 9 avril 1803, le décidèrent à rester. On sait qu'il fut vivement agité à ce sujet; son bon errur le rappelait en France, son bon cœur le retenait en Amérique. F.nfin, après de longues irrésolutions, il annonça à ses ouailles, le dimanche d'après Pâques, qu'il resterait avec elles, partageant leur bonne et leur mauvaise fortune, qu'elles lui tiendraient lieu de tous ses parents et amis de France, dont il se privait pour elles. Pendant qu'il se livrait aux travaux de son ministère, on lui adressa, des prisons de Northampton, une lettre qui l'appelait a la [dus pénible de toutes les fonctions ecclé>iastiqucs. Deux Irlandais catholiques, condamnés k mort pour un crime qu'ils n'avaient pas commis, lui écrivirent afin de reclamer l'assistance de son ministère. L'abbé de Chevcrus accourt, les console, et trouve dans son cœur et dans les sublimes enseignements de la foi les moyens d'adoucir ce que ce dernier moment a d'horrible pour la nature abandonnée à elle-même. C'est la coutume aux États Unis de conduire le condamné au temple pour qu'il y cnlcndc un discours funèbre
416 CHE
immédiatement avant l'exécution. L'homme évaugélique, montant en chaire, aperçut une multitude de femmes accourues de toutes parts pour assister au supplice de ces infortunés. Alors, d'une voix forte et sévère, il prononça ce discours, qui ne convient pas seulement aux Etats-Unis, mais à d'autres contrées de l'Europe qui se disent plus civilisées : a Les orateurs, s'écrie-t-il , sont ordinairement flata tés d'avoir un auditoire nombreux, et moi j'ai « honte de celui que j'ai sous les yeux. 11 y a donc a des hommes pour qui la mort de leurs scmbla- « hlcs est un spectacle de plaisir, un objet de curio- « site. Mais vous, surtout, femmes, que venez-vous a faire ici ? Est-ce pour essuyer les sueurs froides de a la mort qui découlent du visage de ces informée nés? Est-ce pour éprouver les émotions doulou- « reuscs que cette scène doit inspirer à toute âme o sensihle? Non, sans doute : c'est donc pour voir ce leurs angoisses et les voir d'un œil sec, avide et «empressé. Ah! j'ai honte pour vous; vos yeux « sont pleins d'homicide. Vous vous vantez d'être « sensibles, et vous dites que c'est la première vertu « de la femme; mais, si le supplice d'autrui est « pour vous un plaisir et la mort d'un homme un « amusement de curiosité qui vous attire, je ne dois ee plus croire à la vertu ; vous oubliez votre sexe ,
et vous en faites le déshonneur et l'opprobre »
— En 4808, M. Carroll demanda l'érection de quatre nouveaux sièges, dont un serait à Boston pour toute la Nouvelle-Angleterre. 11 avait d'abord proposé l'abbé Matignou, qui, par son âge et sa réputation, semblait avoir des droits à celle préférence. Mais le docteur, sans en prévenir son ami, dont il connaissait la modestie, lit tomber sur celuici ce choix honorable. Le 8 avril 4808, Pie VU donna le bref qui établissait (|uatre nouveaux évéches. Un des nouveaux évéques, le P. Concanen, évèque de New-York , devait porter les bulles ; nuis comme il mourut à Naples avant d'avoir pu se rendre dans son diocèse, les bulles n'arrivèrent aux Etats-Unis qu'en 1810. L'abbé de Cheverus fut sacré à Baltimore le 4,f novembre, et l'abbé Matignon, son maître et son guide, s'honora d'être son aide et son second. Bien ne fut changé entre eux, si ce n'est que l'évêque, forcé de prendre la première plare, tâchait de faire comi>ensalion par un redoublement de soins et d'égams envers son digne ami. La diuni;c épiscopale dont il lut revêtu n'altéra jamais l'aimable simplicité de sou caractère, ni sa vie de dévouement et de chariié. Evéque comme missionnaire, il continuait les plus pénibles fonctions de son ministère, conlessant, catéchisant, visitant les pauvres et les malades, ne craignant pas d'aller, en toutes saisons, à toutes les heures du jour et de la nuit, porter à plusieurs milles de distance ses abondantes aumônes. Deux ou trois traits qu'on lit dans sa vie prouvent mieux que les réflexions les plus éloquentes à quel elcgié d'héroïsme révoque de Boston portait les vertus évangéliqucs, et combien il était digue du glorieux nom d'apôtre dans la plus sainte acception du mot. Un jour, un rauvre marin, avant de partir pour un voyage de
long cours, lui recommanda sa femme, qu'il laissait seule et sans appui. L'évêque en prit soin comme de sa propre sœur, et cette pauvre femme étant tombée malade, il se fit son inlirmier, et lui rendit jusqu'aux services les plus humiliants. Au bout de plusieurs mois, le marin, étant revenu, trouva, en rentrant chez lui, l'évêque de Boston, qui montait, chargé de bois, à la chambre de la malade, pour lui faire du feu et préparer des remèdes. Frappé d'admiration a la vue de tant de charité, le marin tombe aux pieds de l'évêque, les arrose de ses larmes, et ne sait comment dire sa reconnaissance. Cheverus le relève, l'embrasse, calme son émotion et le rassure sur la maladie de sa femme. Vers le même temps, il y avait, en dehors de la ville de Boston, un pauvre nègre, infirme, couvert de plaies, sans ressources et gisant sur son grabat. L'évêque le découvre, se fait son infirmier, va tous les soirs, après la chute du jour, panser ses plaies, faire son lit et pourvoir à tous ses besoins. Son humilité eût caché celte bonne œuvre, sans la curiosité de sa servante qui, ayant remarqué que tous les malins son habit était couvert de poussière et de duvet, voulut savoir d'où cela pouvait provenir. Elle suit de loin son maître, et elle le voit entrer dans la cabane du pauvre nègre; alois elle s'approche, regarde à travers les planches mal jointes, et quel est son étonnement, de voir l'évêque allumer du feu, prendre entre ses bras le malade gisant sur le lit de douleur, l'étendre doucement prés du brasier, panser ses plaies, lui donner à manger, remuer sa couche pour la lui rendre plus douce, puis le reporter dans son lit, le couvrir, l'embrasser, en lui souhaitant une heureuse nuit, comme ferait la mère la plus tendre pour son enfant chéri ! Après ces traits ele bonté, qui ne sont que quelques-uns entre mille, observe l'auteur de sa vie, on conçoit sans peine l'amour des fidèles de Boston [tour leur évèque. La plupart des parents voulaient que leurs cnlants, au baptême, portassent le nom de Jean, parce que c'était celui de M. de Cheverus. Un jour même il arriva à ce sujet un fait assez plaisant. L'évêque ayant demandé, selon l'usage, au parrain et à la marraine : a Quel 'nom voulez-vous donner à cet « entant T — Jean Cheverus , évèque , répondiee rent-ils. — Pauvre enfant, dit le prélat, Dieu te « préserve jamais de le devenir! » M. de Cheverus a raconté à l'auteur de cet article que l'éloge qui l'avait le plus vivement touché, pendant son séjour ù Boston, fut le trait d'une femme protestante qui vint chez lui pour lui faire part des peines de sou cœur. 11 était absent, et ayant aperçu sur son bureau un volume de lord Byron, elle attacha une épingle à ce passage du Oiawr : ee Absoudre les ec |>échés des hommes, exempt toi-même de crimes « et de soucis, telle a été l'occupation de ta vie, « depuis le berceau jusqu'à la vieillesse. » — et Je ee commis un petit péché d'orgueil, disait-il en ce liant, et je dus m'en confesser. » Au milieu do ses actes tic charité, M. de Cheverus savait re- [KHisscr les attaques des protestants contre la foi catholique, qu'il prouvait d'ailleurs si bien par ses
CHE
vertus et sa vie admirable. Il avait même recours quelquefois aux feuilles publiques pour confondre l'erreur ou dissiper les préventions, et il est permis de croire que les journalistes se félicitèrent d'avoir un tel confrère. Un Américain, grand amateur de l'antiquité, qui avait voyagé en Italie, s'était permis de plaisanter sur le culte des reliques, dans deux lettres adressées à l'Anthologie mensuelle. Clievcrus répond dans le même journal ; et avec quelle grâce, quel aimable esprit, il fait appel aux propres sentiments du voyageur : « Le célèbre poète français, a lui dit-il, l'abbé Delille, voyageant en Grèce, écri- « vait d'Athènes à une dame de Paris : « Ayant « aperçu une fontaine de marbre dans la basse- <t cour d'une maison particulière, je m'en appro- « chai, et reconnaissant à la belle sculpture que « c'était un reste d'un ancien et magnifique tomc beau, je me prosternai, je baisai le marbre i « plusieurs reprises, et dans l'enthousiasme de mon «i adoration, j'en vins à briser le seau d'un domes- « tique qui avait eu l'irrévérence de venir y puiser « de l'eau. La première fois que j'entrai k Alhéo nés, les plus petites pierres détachées d'anciennes « mines étaient choses sacrées à mes yeux, et je « remplis toutes mes poches des petits morceaux «* de marbre que je pouvais trouver. » Telle était * la vénération de l'abbé Delille pour l'antiquité « païenne; et vous-même, monsieur, qui êtes un « amateur de la belle littérature, un admirateur de « la savante antiquité, vous avez dû ressentir qucl- « que chose du même enthousiasme, en foulant « sous vos pieds celte terre classique où Virgile a et Horace ont fait entendre leurs chants méloa d ieux, où Cicéron prononçait ses belles harana gues, où Tite-Live a écrit son histoire, et en « contemplant tous ces magnifiques restes de l'an- « cienne Rome. Eh quoi donc ? n'y a-t-il qu'à « l'égard des restes de l'antiquité religieuse et sa- « crée que toute espèce d'enthousiasme devra être « improuvée? On est saisi de respect pour un mar- « bre antique, et on ne le sera pas pour les osse- « ments des fondateurs de la foi on ce qui a servi « à leur usage 1 » Quelquefois M. de Cheverus traduisait et lisait en cliaire les plus beaux passages du Génie du ChrisUanùme, où sa modestie seule l'empêchait de se reconnaître dans le tableau des merveilles opérées par les missionnaires dans les forêts du nouveau monde; et jamais le chef-d'œuvre de M. de Cliateaubriand n'a reçu un plus magnifique éloge. — Le 19 septembre 1818 fut un jour de grand chagrin pour l'evéque de Boston; il perdit l'abbé Matignon. Ses occupations s'en accrurent, et sa santé même en fut altérée. — L'Eglise de France devait envier aux Etats-Unis un de ses enfants qui lui faisait tant d'honneur, et dont elle pouvait espérer tant d'utiles services. M. llyde de Neuville, qui avait été témoin des travaux de M. de Cheverus et de sou état desouffranec, avait engage Louis XVI II à le rappeler et à le rendre au royaume auquel il appartenait par sa naissance. Le 13 janvier 1823, le prélat fut nommé à l'évéché de Montnubau. Nous ne devons pas dissimuler qu'il fut blâmé, a
CHE 117
cette époque, même par des hommes religieux d'avoir quitté un poste où il faisait tant de bien, et où son influence pouvait être encore si salutaire. Mais il était malade ; les médecins avaient déclaré que le seul moyen de sauver sa vie était de passer sous un ciel plus doux ; qu'autrement l'âpreté du climat de Boston 1e conduirait au tombeau avant peu d'années. D'ailleurs le grand aumônier lui avait notifié la volonté expresse du roi. Il refusa d'abord, suppliant Sa Majetlé de lui pardonner de [aire ce qu'il croyait, devant Dieu, être ton devoir... Les habitants de Boston et plus de deux cents protestants des principaux de la ville y joignirent leurs instances et leurs réclamations, ne se doutant pas que le tableau même qu'ils faisaient des vertus de l'cvèque devenait un obstacle au succès de leur demande. Le roi n'accepta pas son refus, cl chargea son grand aumônier d'insister avec force pour un prompt retour. Cette lettre, dit son historien, arriva à M. de Cheverus dans un moment où il était extrêmement souffrant, où les médecins, après une élude sérieuse de son état, venaient de lui déclarer (m il était impossible que sa santé supportât un second hiver sous le ciel rigoureux de Boston. Après ces diverses circonstances, qui sont toutes d'une rigoureuse vérité, nous ne savons qui pourrait blâmer le pieux évéque d'être rentré dans sa patrie. Avant de partir, voulant, scion ses expressions, exicuter ion Uitament , il donna au diocèse l'église, la niaisou épiscopalc et le couvent des ursulincs, dont il avait la propriété; il laissa aux évêques ses successeurs sa bibliothèque, composée des meilleurs ouvrages, et qui était l'objet auquel il tenait le plus ; il distribua tout le reste de ce qui lui appartenait & ses ecclésiastiques, à ses amis, aux indigents, et, comme il était venu pauvre à Boston , il voulut en repartir pauvre. Enlin il quitta la ville au milieu des plus touchants adieux : plus de quarante voilures l'attendaient à la porte pour lui faire cortège, et l'accompagnèrent plusieurs lieues sur la route de New-York, où il s'embarqua, le 1" octobre 1825. Pendant la traversée, il charma le capitaine et tous les passagers par sa bonté et l'affabilité de ses manières. La navigation fut d'abord heureuse; mais à l'entrée de la Manrhc, le bâtiment, surpris par une tempête, fut obligé de s'échouer, à St-Germain-dcs-Vaux, prés du cap de la Hogue. L'cvèque fut accueilli chez le curé d'Auderville, et, le lendemain, il oflicia à la grand'messe et prêcha à vêpres. Le clergé des environs vint le saluer. Le ptélal ne se revit pas sans émotion sur la terre natale, trente et un aus après l'avoir quittée, au milieu d'ecclésiastiques dont quelques-uns avaient été ses compagnons d'exil. Il se rendit à Cherbourg, et de là à Paris, où il retrouva plusieurs de ses anciennes connaissances. Sa famille l'attendait avec impatience; il visita tous ses parents, prêcha à Mayenne, à Laval, et laissa tout le monde enchanté de ses aimables vertus, de son caractère noble et élevé. H s'attendait à recevoir ses bulles à chaque instant, lorsqu'une nouvelle et bien étrauge difficulté vint en suspendre Vexé-
1 18 CBE
cution : on prétendit qu'ayant été naturalisé Américain, absout de France depuis plus de trente ans, il ne pouvait plus être réputé Français, ni, par conséi|uent, promu à un siège dans le royaume. M. de Cheverus écrivit aussitôt au ministre que, si le roi de France, après l'avoir appelé comme son sujet, refusait de le reconnaître comme tel, il quittait Parisdès le lendemain matin, et renonçait pour toujours à l'évéché de Montauban. Cette résolution trancha tu difliculté : les bulles furent enregistrées sur-le-diamp, et remises le soir môme à l'évèque, reconnu enfin pour Français. — Son entrée à Montauban. le 28 juillet 1824, fut marquée par d'éclatants téuoignages de joie et de respect. Les autorités, les catholiques, les protestants, rivalisèrent d'empressements et d'égards. Les ministres protestants vinrent le saluer. Il conquit les cœurs dans celte ville comme à Boston. Chacun était frappé de la simplicité de ses manières et des grâces de son esprit. On raconte de lui des traits fort touchants : nous n'en citerons qu'un seul. Informé qu'un maire est en querelle avec son curé, il va le trouver: « Monsieur, lui dit-il, j'ai uu grand scr- « vice à vous demander; vous me trouverez peut- « être indiscret, mais j'attends tout de votre obli- « geance. » Le maire, hors de lui-même et tout confus, proteste qu'il n'y a rien qu'il ne soit disposé à faire pour un prélat si vénéré, a Eu bien, a dit l'évèque en se jetant à son cou et en l'em- « brassant, le service que j'ai a vous demander, « c'est d'aller porter ce baiser de paix a votre curé. » Le maire promit, tint parole, et la réconciliation fut faite. Bientôt la France apprit par les cent voix tic la renommée le généreux dévouement de l'évèque, lorsqu'en 1825, le Tarn débordé envahit les deux principaux faubourgs de Montauban. A la première nouvelle du désastre, le prélat accourt sur les lieux, se porte partout ou il y a du danger, fait préparer des barques pour ceux nui sont prés de périr. Digne imitateur de Fcnclon, qui disait que les évêqnes ont leurs jours de bataille, il encourage les travailleurs, plus encore par ses exemples que par ses paroles, s'empresse d'ouvrir son palais ù prés de trois cents victimes du fléau , les nourrit, pourvoit à tous leurs besoins, et les sert de ses propres mains. Une pauvre femme reste à la porte tie l'évéché et n'ose point entrer, parce qu'elle est protestante ; l'évèque l'apprend, court la chercher lui-même : a Venez, lui dit-il, nous sommes tous « frères, surtout dans le mallieur! » Et il la conduit dans les salles avec ses autres compagnes d'infortune. Charles X, instruit de la noble conduite de M. de Cheverus, et des sacrifices qu'il avait faits dans cette circonstance, lui envoya 5,000 francs qui lui furent transmis avec une lettre très-flatteuse du ministre, l'évèque d'Hermopolis. Cette somme fut aussitôt distribuée aux pauvres. En arrivant à Montauban, il s'était chargé de faire lui même le prône tous les dimanches à la messe paroissiale, et tous, savants et ignorants, protestants et catholiques, ne pressaient autour de sa chaire. Fendant le jubilé de 1820, 11 redoubla ses instructions, et il eut le
CHE
bonheur de rameucr a Dieu un ancien religieux qui s'était marié sous le règne de la terreur. Il lut sa rétractation en chaire, et prononça, à oc sujet, un discours toucliant, où il développa ces paroles de l'Ecclésiastique : « Ne méprisez point l'homme « qui se détourne de son péché , et ne lui faites o pas de reproches : souvenez-vous que nous som- « mes tous dignes de châtiment. » M. d'Aviau du Bois de Sanzay, archevêque de Bordeaux, mourut en 1826, laissant de longs regrets dans un diocèse où son esprit aimable, sa douceur, sa charité, avaient été justement appréciés; M. de Cheverus fut choisi comme le seul digne de le remplacer; et bientôt on vit revivre avec un nouvel éclat, dans son successeur, les vertus du prélat que l'on pleurait. Bien différent, dit trèvbien l'auteur de sa vie, de ces esprits remuants et confiants en eux-mêmes, qui, arrivant à la léie d'une administration, aspirent à tout changer, tout amener à leur sens, tout disposer suivant leurs propres idées, il s'attacha religieusement à conserver ce qui était, à connaître ce qu'on avait pratiqué avant lui et à le suivre, il ne troubla aucune existence, ne changea aucun règlement. « Je succède à un saint, répetail-il souvent, « je respecte tout ce qu'il a fait ; tous ses actes « sont pour moi comme une arche sainte que je « ne veux pas même toucher du bout du doigt. • Peu de temps après, Charles X le fit pair de France. Cheverus arriva à Bordeaux le 14 décembre. « Nous l'avons vu au milieu de nous, écrivait à « I époque île sa mort un de ses grands vicaires, a tel qu'il avait élé à Boston et à Montauban, in- « spirant l'amour par toutes les qualités qui gna gnent les cœurs, commandant le respect par les ■ vertus les plus éminentes. Dans sa conduite « comme évéque, comme homme public, comme « homme privé, il a toujours été égal à lui-même, • c'est-à-dire plein d'une haute sagesse, ne s'occu- « pant que de ses devoirs, et se conciliant, par a son zèle, sa prudence, sa douceur, sa charité, sa « simplicité, une vénération et une confiance uni- « vcrsellcs. » Dans 1rs divers voyages qu'il était obligé défaire à Paris, comme pair de France, il eut l'occasion de prêcher souvent. Invité à parler le vendredi saint devant l'école polytechnique, on craignit beaucoup qu'il ne pût se faire écouter. Le duc de Rohan, archevêque de Besançon, y avait échoué l'année précédente : les élèves, par leur tumulte, l'avaient forcé à descendre de chaire. Cheverus arrive, et prenant pour texte ces paroles de St. Paul : « Au milieu de vous, je n'estime « savoir autre chose que Jésus crucifié , » il ajoute : « Si j'avais à prier des sciences humaines, ce « serait au milieu de cette savante école, ce serait « de vous-mêmes , messieurs , que je viendrais « prendre des leçons; mais aujourd'hui il s'agit « de la science de la croix ; c'est là ma science « spéciale, la science que j'étudie et prêche depuis « quarante ans, parmi les nations civilisées comme a parmi les peuplades sauvages, parce qu'elle con- « vient également a tous, et vous permettrez à un c vieil évêtjue de vous communiquer le fruit de ses
CHB
« longues études. » Un exorde aussi insinuant gagna tous les orurs; le silence le plus parfait, l'attention la plus soutenue, l'intérêt le plus vif accueillirent toutes les paroles du vitil inique. Il accueillait ses prêtres avec bonté quand ils venaient à Bordeaux, et c'eût été le fâcher que de ne pas s'asseoir à sa table. Dans une circonstance grave, l'archevêque de Cordeaux parut divisé d'opinion avec ses collègues; c'était au sujet des ordonnances du 16 juin 1828. M. de Chevcrus, qui n'approuvait pas les ordonnances , ne fut pas cependant d'avis d'adopter lo mémoire présenté alors au roi par le cardinal de Clerraont-Tonoerrc, au nom de l'épiscopat. Il parait qu'il trouvait quelques expressions de ce mémoire trop vives et trop fortes. Cette ménie année, il fut fait conseiller d'Etat, autorisé à prendre part aux délibérations du conseil et aux travaux des comités divers dont il se compose. En 4830, le roi le nomma commandeur de l'ordre du Si- Esprit, et le ministre de l'intérieur, M. de Peyronnet, lui annonçant cette honorable promotion, lui écrivait : « Le cortlon bleu n'ajoutera rien à vos vertus et à « votre mérite, mais il prouvera que le roi les con- « naît, les aime, et prend plaisir à les honorer. » Au milieu des troubles qui agitèrent la France, deux mois après, sa réputation protégea son clergé dans 1rs moments les plus fâcheux, et le diocèse n'éprouva point de ces secousses violentes qui ailleurs affligèrent I Église, et forcèrent des prélats et des curés à s'éloigner. Le nouveau gouvernement eut d'abord l'idée de demander aux prêtres en charge, comme aux fonctionnaires publics, le serment de fidélité. Dés le premier avis qu'en eut l'archevêque de liordeaux, il s'empressa d'écrire à un personnage puissant, lui lit sentir que celte mesure serait également irapolilique et désastreuse, et qu'il s'ensuivrait une division semblable à celle des prêtres jureurs et des prêtres insermentés de la première révolution. Sa lettre eut un heureux effet, et on ne songea plus à demander leserment.Onsait qu'après la révolution de 1830, la chambre des députés priva de la pairie ceux qui l'avaient reçue de Charles X. Plusieurs membres du gouvernement eurent la pensée , le désir, de réintégrer l'arcltevéque de Bordeaux dans sa dignité de pair de France, et de l'associer au nouvel ordre de choses. Il parait même que les députés de la Gironde sollicitaient pour lui avec instances les faveurs du pouvoir, lorsque l'archevêque voulut arrêter, d'un seul coup, toutes les tentatives, en taisaut publier dans les journaux une note ainsi conçue : « Sans approuver l'exclusion « pronoucée contre les pairs nommes par le roi « Charles X, je me réjouis de me trouver hors de • la carrière politique. J'ai pris la ferme résolution « de ne pas y entrer, et de n'accepter aucune place, « aucune fonction. Je désire rester au milieu de ■ mon troupeau, et continuer à y exercer un mi— t nislére de charité, de paix et d'union. Je pré-
< cherai la soumission au gouvernement; j'en don- « ut-rai l'exemple, et nous ne cesserons, mon clergé « et moi, de prier avec nos ouailles pour la pros-
< péri té de notre chère patrie. Je me sens de plus
CBE IIP
« en plus attaché an* habitant» de Bordeaux ; je les « remercie de l'amitié qo'ils me témoignent. Le « vœu de mon error est de vivre et de mourir arf « milieu d'eux , mais sans antres titres que ceni « de leur archevêque et de leur ami. » Cette dé-* claration, il faut l'avouer, déplut également an* amis et aux ennemis du gouvernement : elle n'erf était peut-être que plus conforme à la politique4 de l'Evangile. — Pendant la captivité de la duchesse? de Berri dans la citadelle de Blaye, il sollicita* d'aller lui porter les consolations de son ministère, ne dissimulant pas ses sentiments pour Charles X. a Je ne serais pas digne de votre estime, dit-il mi o jour aux autorités de sa ville épiseopale, si je « vous cachais mes affections pour la famille dé- « chue, et vous devriez me mépriser comme bit « ingrat, puisque Charles X m'a comblé de ses « bontés. » Au reste, la plus parfaite intelligence régnait entre les autorités et lui ; toutes les classes et toutes les opinions étaient unanimes dans leurs sentiments de vénération pour le saint prélat. « Tout « le monde me gaie, disait-il; on m'a toujours « gâté, je ne sais pourquoi. » Lui seul ignorait que sa douceur, sa charité, ses manières franches et cordiales, lui avaient gagné tous les errurs. Lors de l'invasion dn choléra, il offrit son palais aux malades, et, au-dessus de la porte, on inscrivit ces glorieuses paroles : Maison de teeoun. Un brnit sourd" d'empoisonnement ayant cirrulé parmi le peuple, les autorités s'adressèrent â l'archevêque pour faire tomber ces bruits absurdes, et bientôt on ent honte de les avoir accueillis ou répétés. Il apaisa aussi une sédition au dépôt de mendicité, et prévint une révolte au fort du liâ. Dès 183*2, il avait été question de lui pour un des chapeau vacants ; mats l'occupation d'Anconc retarda la présentation. Enlin, le 1er février 1838, le pape déclara le prélat cardinal. Il reçut la barrette le 9 mars. Croyant le moment favorable, il sollicita alors une grâce que son cœur désirait vivement, la délivrance de M. de Peyronnet, son diocésain, et celle de ses compagnons d'infortune. Le roi Louis-Philippe lui protesta de sa bonne volonté et de ses intentions bienveillantes ; mais tout s'arrêta là pour le moment. Nommé cardinal aux applaudissements de toute la France, H. de Chcverus ne fut point ébloui, on le croira facilement, par cette éiniuente dignité. Au milieu de tant d'honneurs, il était profondément triste. ; o Qu'importe, disait-il, d'être enveloppé, après la * mort, d'un suaire rouge, violet ou noir? » Après avoir passé quelques jours à Mayenne, il partit ->ot!r retourner à Bordeaux, on. on lui Ht une r6*eption J magnilique. Il était aussi vivement sollicité de visiter son ancien diocèse de Montauban, et il y alla passer quelques jours. Sa présence y excita nn véritable enthousiasme, que les protestants eu x-mémes semblaient partager. Mais, depuis quelque temps, le prélat avait le pressentiment de sa mort. En normrrant M. Georges, son nevea, grand vicaire, il lui avait dit : « Me voilà sur mon déclin, et je sais que la « vieillesse se fait facilement illusion : plus les facul lCr*$ s ôCïà i H i^sojiTrtj jïl LiS oo se (1 1 ^ i n 1 1 1 1 1 son iiïk**
a puissance. On se croit toujours capable, lors même « qu'il est évident que Ton ne l'est plus ; et ccpen- « dant tout souffre, tout languit, la religion se perd. « Je ne veux point que mon diocèse éprouve ce « malheur ; je veux donner ma démission et me « retirer, le jour même où je ne pourrai phis suffire « aux devoirs de ma place. Ce jour, je ne le dis- « cernerai pas mai-même; mais, en vous associant à « mon administration, je charge votre conscience « du devoir de me le faire connaître. Si vous ne « me le disiez pas, vous seriez responsable, devant a Dieu, de tout le mal que je ferai, faute d'avoir été « averti. » Le cardinal de Chevcnis tomba malade au mois de juillet 1836, et il éprouva une perturbation d'idées, une absence de mémoire qui effrayèrent tous ses amis, et lui firent juger à lui-même que sa fin était proche. 11 ne songea qu'à se préparer a son dernier passage, ajouta un codicile à son testament, se confessa encore le 13, el le lendemain, à cinq heures du malin, frappé d'une attaque d'apoplexie et de paralysie, il perdit toute connaissance. Il expira le 19, le jour même où l'Eglise célèbre la fête de St. Vincent de Paul, dont il avait, sous tant de rapports, reproduit les vertus. Ainsi les Bordelais, qui l'avaient salué de leurs vives acclamations, quand il reparut parmi eux, revêtu de la pourpre romaine, virent, quatre mois après, son cercueil traverser les mêmes rues au milieu des chants lugubres de l'Eglise et de l'expression profonde de la douleur universelle. L'évéquc de la Rochelle prononça son oraison funèbre, qui n'a pas été imprimée. M. Villenave, un de nos collaborateurs, lut, le 17 avril 1837, à la séance publique de la société de la Morale chrétienne, dont il est vice-président, un éloge touchant du cardinal de Cheverus, qui fut vivement applaudi. H existe une Vit du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux, 1 vol. in-8*. Cet ouvrage porte le nom de M. J. Huen-Du bourg, ancien professeur de théologie, mais il est de M . Hamon, grand vicaire et supérieur du séminaire de Bordeaux. II a eu trois éditions et a été traduit deux fois en anglais, d'abord à Philadelphie, par M. Walsh, auteur catholique et écrivain distingué; ensuite, à Boston, par M. Stewart, auteur protestant ; et partout on a rendu hommage à la vérité des faits. La deuxième édition est sans nom d'auteur. Quelque chose de l'âme douce et bienveillante du cardinal a passé dans le récit et dans le style de son historien. L'Académie française a décerné à la Vie du cardinal de Cheverus, indiquée ci-dessus, un prix Montyon,sur le rapport de M. Villemain, qui a payé un juste tribut d'éloges à cet ouvrage qui se recommande autant par la sagesse des jugements que par l'intérêt touchant du récit, la parfaite intelligence de toutes les convenances ecclésiastiques et l'élégante simplicité du style. C'est l'ouvrage le plus parfait de biographie après les histoires de Fénelon et de Bossuet par le comte de Bausset. D — s — e.
CHEVJLLARD (André), religieux dominicain, né à Rennes, fut envoyé missionnaire en Amérique, où il resta très-longtemps, et y mourut en 1682. Dans un voyage qu'il fit en Europe, il publia l'ou-
vrage suivant : Desseins de S. E. de Richelieu pour l'Amérique, ce qui t'y ett passé de plus remarquable depuis l'établissement des colonies, et un ample traité du naturel, de la religion et des maturt des Indiens insulaires cl de la terre ferme. Rennes, 4569, in-4°. C'est par erreur que Len-lct Dufrcsnoy attribue cet ouvrage à Jean Chevillant le généalogiste. On y trouve des documents curieux sur les événements politiques et sur les missions des Antilles, depuis l'année 4635, époque où la Martinique, la Guadeloupe et plusieurs autres lies n'étaient habitées que par les sauvages, qui causèrent souvent de grands embarras aux nouveaux colons et aux missionnaires. Ceux-ci souffrirent beaucoup du climat, un grand nombre moururent, quoique le généial de l'ordre leur eût envoyé la permission de ne pas tenir, pour la nourriture et pour la manière de vivre, à la rigueur des statuts de leur règle. L'auteur raconte que les religieux de St-Dominique ont, dans le temps dont il écrit l'histoire, converti à la foi un nombre prodigieux d'Indiens, et plus de 3.000 hérétiques arrivés de France. 11 ne parle point de ce qui concerne la géographie, et ne consacre que quelques pages aux mœurs des sauvages. Son style est emphatique, et son érudition souvent prodiguée sans sujet. E— s.
CHEVILLARD (Jean), généalogiste, né dans le 17* siècle, publia le Grand Armoriai, ou Caries de blason, de chronologie el d'histoire, Paris, sans date, in-fol. Il laissa manuscrit un Recueil de blasons et armoiries des prévôts de marchands, échevins. procureurs du roi, greffiers, receveurs, conseillers et quarti nier s de la ville de Paris, mis en ordre chronologique, depuis 1628 jusqu'en 1729, avec une table alphabétique et blasons coloriés, in-4°. ( Voy. le Catalogue de Gaignat, n* 3345.) — Jacques Chevillard, lils du précédent, prenait les titres de généalogiste et d'historiographe de France. Le premier pouvait lui convenir, mais il n'avait nul droit au second. Il composa un grand nombre de généalogies, qu'on a réunies pour en faire des nobiliaires de provinces. Ses principaux ouvrages sont : 4° Dictionnaire héraldique, gravé, Paris, 4723, in-12 : ce volume ne contient presque que des blasons. 2° La France chrétienne, ou l'État des archevêchés et étéchés de France, Paris, 1693, in-4» : c'est une carte qui avait paru deux fois en grand format, et qui est réduite en livres pour la commodité des lecteurs. 3° Cartes géographiques. Tables chronologiques, et Tables généalogiques, avec des avertissements pour apprendre la géographie et Vhistoire de France, Paris, 1693, in-fol. 4* Idée générale de l'histoire de France, contenue en quatre instructions, Paris, 1699, in- 4 2 : c'est l'explication des tables précédentes. 5° Les Ducs el fairs, Us grands Officiers de la couronne, les grands Aumôniers, les grands Maîtres de la maison du roi ; le Parlement, la Cour des aides, les Prévôts des marchands et Èchevins de la ville de Paris, les Gouverneurs-Capitaines et les Lieutenants généraux de la mime ville, en 25 feuilles gravées, in-fol., qui furent publiées séparément et par parties. 6» Les Chevaliers du St-Esprit, depuis le com-
CHE
CHE
inenecment de l'ordre jusqu'à prisent, en 4 feuilles
gravé», in fol. 7* Armoriai de Bourgogne et de Bresse, Paris, 1726, 8 feuilles in-fol. 8» Le Blason des gentilshommes de Bourgogne, 1726, 8 demifeuilles in-4». 9° Le Tableau de l'honneur, ou Abrégé de la science du blason, en placard. J. CUcvillard laissa en manuscrit les Histoires généalogiques des maisons de Lorraine, de Crouy et de Beauvau, avec les blasons et quartiers. L'histoire de la maison de Beauveau forme 3 vol. in-fol., dont deux pour les descendances ; les autres composent chacune deux 1 vol. in-fol. — Louis Chevillard, généalogiste, mort en 1751, âgé de 71 ans, et, suivant un grand nombre de biographes, le même que le précédent, est auteur d'un Nobiliaire de Normandie, contenant le catalogue des noms, qualités, armes et blasons des familles nobles de cette province, grand iu-fol., gravé, sans texte, mais recherché, parce que c'est le seul recueil qu'on ait en ce genre. — Un autre Chevillais François), chanoine mamerlin de l'église d'Orléans, et ensuite curé de St-Germain dans le 17* siècle, fit imprimer : 1» les Portraits parlants, ou Tableaux animés, 1646, in-8* : c'est un recueil de poésies parmi lesquelles on trouve les anagrammes de tous les chanoines d'Orléans. Ces anagrammes ne valent guère mieux que celles de Tripauît. 2» L'Entrée pompeuse et magnifique d'Alphonse d'Elbèneen son église, décrite en quatre langues, françoise, italienne, espagnole et latine, Orléans, 1638, in-4°. 3° Epitaphe de révérend père en Dieu M. Michel Lefèvre. docteur de ta société de Sorbonne et chanoine dans l'église d'Orléans, Orléans, 1659, in-4° : cette epitaphe n'est rien moins qu'un poème historique de plus de deux cents vers. V— ve.
CUEVILL1ER (André), néà Pontoiseen 1636, de parents peu aises, fut élevé par un oncle, savant et pieux ecclésiastique, qui, après ses premières études, l'envoya à Paris prendre ses degrés en théologie. Il soutint sa thèse de licence avec une telle distinction que l'abbé de Briennc, qui était de la même licence, lui en céda le premier lieu, et en voulut faire les frais. Reçu docteur en Sorbonne, il devint le bibliothécaire de cette maison, et passa le reste de sa vie dans l'exercice de son état. C'est à lui qu'on doit la conservation du Spéculum humanas satvalionis, qu'on voit aujourd'hui a la bibliothèque royale. Ce rare volume avait été exposé en vente avec quelques livres de rebut, et Chcvillier le sauva d'une destruction inévitable en l'achetant pour quelques pièces tic monnaie. ( Voy* au sujet de cet ouvrage le Manuel du libraire de M. Brunet, au mot Specllcm.) lien existe une traduction française par Julien Macho, sous Je litre de JUirouer de la rédemption de l'humain lignaige, Lyon, 1479, ihid., 1482, 1 ',85, in-fol. gotji., tig. ; Paris, sans date; ihid , 1391, in-fol., fig. La charité de ce savant estimable surpassait encore son érudition. Il mourut le 8 avril 1700, Agé de 64 ans. On a de lui: I • In synodum Chalcedanensem dissertatio de formulis fidei substribendis, Paris, 1664, in-4°. 2* Origine de Cimprimerie de Paris, Paris, 1694, in-4°. C'est le seul recherché des ouvrages de Chevillicr; VIJL
il est curieux, mais non pas exempt d'erreurs. L'auteur avait aussi fourni des matériaux au libraire la Caille, pour son Histoire de l'imprimerie. 5" Le grand Canon de l'Eglise grecque, traduit avec des notes, H la Vie de Sle. Marie d'Egypte, qui en facilite l'intelligence, Paris, 1690, in-12. C'est moins une traduction, comme le titre l'annonce, qu'une paraphrase de ce canon, composé de neuf cantiques de trente à quarante strophes chacun. L'original grec, attribué a André de Crète ou de Jérusalem, avait été publié, avec une version latine, par le P. Combelis en 1614. Ce fut Clievillier qui dressa le catalogue des livres à supprimer qu'on trouve à la suite du mandement de l'archevêque de Paris sur cet objet, 1685, in-4» de 35 p., et in-8* de 95 p., rare et recherché des curieux. 11 a aussi composé un Traité du vœu de continence pour ceux qui aspirent aux ordres sacrés, 2 vol. in-8°, et quelques autres ouvrages demeurés manuscrits. YV — s.
CHEVRE de la ('marmotte ( François ), né à laCharmolte, près rte Sésanne, le 2'J novembre 1697, fit son cours d'études à l'université de Paris, où il fut gradé et maitre és-arts. Il se consacra ensuite au sacerdoce, et fut supérieur du petit séminaire de Troycs pendant environ six ans, puis curé d'Anglure et enfin doyen de Villemaur. Il remplit son ministère avec tout le zélé d'un vrai pasteur; mais il aimait l'élude, et il y consacrait tous les moments que les devoirs de son état lui laissaient libres. Un mémoire sur Villemaur, qu'il fournil à Morel, lieutenant général du bailliage deTroyes, vers 1730, décida son goût et lui lit entreprendre un giand ouvrage sur cette même baronnic. Il n'épargna pour y réussir ni peines ni soins : imprimés, manuscrits, tout fut dépouillé et consulté. Il le termina en 1755. et le publia sous ce titre : Recherches critiques et littéraires, sur l'ancienne châtellenie, ùarnnnie, duché et doyenné de Villemaur, pour servir à l'histoire générale de Champagne, 2 vol. in-fol. Il le revit en 4768 et y tit des corrections et des additions. C'est cet ouvrage que l'abbé Courtalon-Delaislre abrégea en 1 vol. in-4°. ( Voy. Courtalon ) L'original et l'abrégé n'ont point été imprimés et sont restés manuscrits dans les archives de l'hôtel de ville de Troyes. Chèvre de la Charmotte mourut le 23 juin 1781. On trouve, dans le Mercure de janvier 1749, une lettre qu'il écrivit à l'évéque de la Ravalliére, et la réponse de ce dernier sur le fort de Montnimé, dans le comté de Vertus en Champagne. C. T— t.
CHEVREAU (Urbain), né à Loudun, le 20 avril 1613, s'appliqua avec ardeur à l'étude, et avec tant de succès, qu'il tenait un rang parmi les savants a un âge où les jeunes gens sont encore assis sur les bancs de l'école. Son goût pour l'indépendance l'empêcha de prendre un état ; il refusa un canonieat, et préféra à un mariage avantageux une vie libre qui lui permit de se livrer à sa passion pour les voyages. Il visita presque toutes les cours de l'Europe, sans autre motif que celui de s'instruire des mœurs et des usages, vit, dans toutes les villes où il s'arrêta, les savants, et partout en fut accueilli avec distinction. La reine Christine de Suède goûta son tour
m CHE
d'esprit, et, voulant le fixer près d'elle, lui donna le titre de secrétaire de ses commandements. Il composa des vers pour celle princesse, fut l'ordonnateur «lèses fêtes (de 1652 4 54), s'ennuya de la cour, demanda son congé et en profila pour revenir à Louduti, où ses intérêts exigeaient sa présence. Il ne put rester longtemps au milieu de sa famille ; car, dès 1662, il avait déjà recommencé ses voyages à l'étranger. En 1663, il se trouvait a Cassel- l'année suivante à Copenhague, où le roi de Danemark l'avait engagé à se rendre. Il n'y passa que peu de mois, puisqu'on le retrouve presque aussitôt dans le |tays de Hanovre, où les bontés de l'électeur parurent le fixer un instant ; mais nommé conseiller de l'électeur palatin, il vint à Heidelbcrg, où il vit la princesse Charlotte Elisabeth, dont les opinions religieuses étaient chancelantes. Chevreau l'instruisit en secret dans la religion catholique, lui persuada de l'embrasser, et contribua par là à son mariage avec Monsieur, hère «le Louis XIV. Il accompagna cette princesse jusqu'à Metz, lorsqu'elle se rendit en France, puis revint à Heidelberg reprendre ses fonctions ; mais l'ardeur des voyages lui lit oublier tous les avantages dont il jouissait près de l'électeur. En 1678, il était à Paris, précepteur du duc du Maine. Plusieurs années avant sa mort, cet homme si inquiet, sentant ses forces diminuer, revint enfin à Loudun, où il passa le reste de ses jours dans la retraite cl l'exercice de tous les devoirs de chrétien. 11 y mourut le 15 février 1701, dans sa 88* année. Chevreau aimait la société, et y réussissait par son esprit et la variété de ses connaissances. 8a réputation, très-grande de son temps, s'est affaiblie au point qu'on ne lit plus ses ouvrages, dont quelques-uns cependant ne méritent pas cet oubli. Il était versé dans toutes les langues, et avait formé une bibliothèque précieuse. C'est à ses livres et à lu culture des fleurs qu'il donna tous les instants que lui laissait sa vie errante. On a de lui : rdes pièces de théâtre : l'Amant, ou l'Avocat dupé, comédie en S actes et en vers, Paris, 1637, in-4° ; la Lucrèce romaine, tragédie, même annue; la Suite et le Mariage du Cid, tragi-comédie, 1638, in-12; Getippe et Tile, ou le* deux Amis, tragi-comédie, même année, m- '. ' ; Coriolan, tragédie, même année; l'Innocent exilé, tragi-comédie, Paris, 1640, in-4". sous le pseudonyme de Provais; les Véritables Frères rivaux, tragi-comédie, 1641- 2° Lettres, Paris, 1613, in-8". .*>• Scandcrberg, roman, 1614, 2 vol. in-80. 4" L'Ecole du sage, ou le caractère des vertus et des vices, Paris, 1644 et 1664, in-12, traduite en partie, et en partie imitée de Hall. H° Nouvelles Lettres, Paris, 1646, in-8°. 6° Considérations fortuites, et de la Tranquillité d'esprit, ou \ rages traduits tous deux de l'anglais de Hall, et imprimés ensemble, Paris, 1658, in-12. 7° Benniogèn» roman, Paris, 1648, 2 parties in-8°. 8° Traduction du traité de la Providence de Tliéodorct [voy. ce nom), Paris, 4652, petit in-12. Celle de Lemore, avec le discours sur la Charité par le même, est Iwaucoup plus estimée. 9° Instructions chrétiennes, trad. du St. Jean Chrysostonte , Paris même année, in-12.
CHE
10" Poésies, Paris, 1656, in-12, et la Haye, 1T16, in-12. On y trouve plusieurs morceaux traduits d'auteurs latins, et quelques imitations des auteurs italiens et espagnols. 1 1° Remarques sur les Œuvres de Malherbe, i-aumur, 1660, in-4", et Paris, 1722, 5 vol. in-12. Elles sont pleines d'érudition, et ont été placées dans quelques-unes des éditions de ce poêle. 12» Histoire du monde, Paris, 1686, 2 vol. in-4*; la Haye, 1687, 4 vol. in-12; Paris, 1689, 5 vol. in-12; la Haye, 1698, 5 vol. in-12; Paris, Nyun, 1717, 8 vol. in-12. Il y a des exemplaires de cette dernière édition, pour lesquels les libraires de Hollande ont fait de nouveaux litres portant : troisième édition, augmentée par l'abbé Vertot, Amsterdam, 1717, ou Hotlerdam, 1722; mais c'est une ruse du libraire. Les additions, en général mauvaises, sont de Bourgeois de Chastenct. On a accusé Chevreau d'avoir copié ce livre de celui de Chrétien Mathias, intitulé : Thealrum universum; mais ce fait n'a pas été prouvé, et rien n'engageait à faire de nouvelles recherches pour l'écla'ucir. Nous avons irop et de trop bous abrégés d'histoire universelle pour que personne soit tenté de revenir à celui-ci. 13* OEuvres mêlées, 1696, in-12, édition publiée plus tard avec un nouveau titre portant la rubrique d'Amsterdam et la date de 1717, et une ¥ partie renfermant des poésies extraites du recueil de 1676. 14° Chevrteana, Paris, 1697-1700; Amsterdam, 1700, 2 vol. in-12; publié par l'auteur lui-même et l'un des meilleurs ouvrage* de l'auteur. Ou trouve des remarques sur le Chevrœana Aam le Ducaliana, t. 2, p. 402. La vie de Chevreau, par Ancillon, se trouve dans les Mémoires concernant les vies et Us ouvrages de plusieurs moderne*, publiés à Amsterdam, 1709. in-12. W— s.
CHKV REMONT (l'abbé J fan-Baptiste nE), né en Lorraine, était Anglais d'origine. Parti de la Grande-Bretagne en 1660, il employa treize ans à voyager, visita toute l'Europe et une partie de l'Afrique et de l'Asie. II fut pendant longtemps secrétaire de Charles V, duc de Lorraine, et, après la mort de ce prince, se retira i Paris, où il mourut en 1702. On a de lui : I» la Connaissance du monde, ou l'Art de bien élever la jeunesse pour les divers étals de latie, Paris. 1694, in-12, ouvrage en forme de lettres. La 8«, publiée en 1693, irai le de l'Art de voyager. 2° La Connaissant' du monde , voyages orientaux; nouvelle purement historique, contenant l'histoire de Rhetima, Géorgienne , sultane disgraciée, Paris, 1695, in-12. 3' La France ruinée; par qui et comment , 1695, in-12. 4° L'Histoire et les Aventures de Kemiski, Géorgienne, sous le nom de madame Paris et Bruxelles. Foppens, 1697, in-12. 5* Le Christianisme êclairci sur les différends du temps , en matière de quiélisme , Amsterdam, 1700, in-12. 6° L'Etal actuel de la Pologne, Cologne, 1702. in-12. On attribue à l'abbé de Chevrcmont des Mémoires sur le séjour de la reine Christine à Rome insères dans le recueil de pièces sur cette reine ; — les Caractères qui se trouvent dans le portefeuille de M. L. F. (la Faille); — el te Testament politique du duc de Lorraine, Leipsick, 1696, in-12;
CHE
réimpriin. dans le Recueil de testaments politique*, et qui est, suivant M y lit», de Henri de Slraatman, membre du conseil aulique de l'empereur d'Allemagne. II a laissé en outre un manuscrit assez curieux, intitulé Académie det toyageun et de* politiques. C'est une espèce de journal où l'on trouve beaucoup de détails sur les mœurs des Juifs et d'autres peuples. On a encore trouvé parmi ses papiers l'Art de régner par maximes et te Ministre d'Etal par maximes. Clievreinont avait des idées bizarres, et son style n'était rien moins que propre ù les faire valoir. D. L.
CHEVRET (Jean), né à Meulan, le 15 mars 4747, mort en la même ville, le 15 août 1820, a été employé à la bibliothèque du roi pendant cinquantecinq ans. 11 embrassa avec ardeur les principes de la révolution, ainsi qu'on peut en juger par plusieurs brochures qu'il a publiées, et où l'on retrouve l'esprit du temps. On a de lui : 1° Epitreà l'humanité et à la patrie en particulier, sur le bon ordre et l'idée de la véritable liberté, au temple de la vérité, 4789, in-8» ; 2» Manuel des citoyens (tançais ( ouvrage historique et politique, suivi de plusieurs lettres relatives à l'éducation), 4790, in-8" ; 3° de l'Amour et de sa puissance suprême, ou développement de ses autres dans la nature et dans nos cœurs. Taris, 1791, in-84; 4° Tubleau central des opinions et de l'éducation publique, 1791 , in-8' : l'auteur publia uni* seconde édition de cet ouvrage, sous ce titre : l'Homme rappelé à lui-même et au principe universel des êtres, de ta science et du vrai bonheur, ou Explication du Tableau central, etc., Paris, an 5 (1797), in-8° ; 5° de l'Education dans la république et de ses moyens de prospérité et de gloire , Paris, 1792 , in-8°; 6* Principe universel d'éducation, ou Motif obligatoire d'union , de concorde et de paix pour tous les hommes, toutes les nations, ou la véritable philosophie, parlant aux yeux pour éclairer l'esprit et régler te cœur. Paris, 4792, in-8°; 7° Etrennes à la jeunesse française, Paris, 1792, in-8" ; 8" Principes de sociabilité, ou nouvel exposé des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen, Paris, 1793, in-S*. Ces divers ouvrages forment une espèce de cours de morale républicaine , et indiquent dans leur auteur une âme honnête, sinon un esprit toujours juste. En 1793, il fit imprimer, sous le titre d'OEuvres politiques et philosophiques, quatre ouvrages dont les deux premiers : l'Uommc rappelé à lui-même; Principe universel d'éducation, avaient déjà paru ; les deux autres étaient : de l'Education dans la république, et Prospectus du tableau des sciences et des arts, et manuel des gens de lettres, des amateurs des sciences et arts, des bibliographes et libraires, etc., in-8°. Ce prospectus a été aussi publié séparément. D— R— R.
CHEVREUSE ( Mame de Rouan Montbazon , duebesse de) , naquit en 1G0O, d'Hercule de Rolian , duc de Monlbazon , et de Madeleine de Lenoncourt. Elle épousa, en 1617, Charles d'Albert, duc de Luyncs , connétable de France, et contracta en 1621 un second mariage avec Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. Aussi célèbre par son es-
CHE 123
prit que par sa beauté, son caractère î'.trigant se déploya surtout dans les troubles de la fronde, et la lit exiler plusieurs fois; il lui attira successivement la haine de Louis XIII et des cardinaux Richelieu et Mazarin.Lc roi, lorsqu'il rappela les exilés, étant au lit de mort , ne lui lit pas grâce comme aux autres; il la désigna même, dans sa Déclaration de la régence, comme une personne dangereuse à laquelle on ne devait jamais permettre le retour. Au surplus ses intrigues et ses malheurs tinrent uniquement à la faiblesse de son caractère. Madame de Chevreuse eut un grand nombre d'amants; elle aima avec emportement , bravant tous les périls pour ce qu'elle aimait , mais cédant avec facilité à la plus légère distraction; elle avouait elle-même « que, par un « caprice assez bizarre, elle n'avait jamais aimé le « mieux ce qu'elle avait estimé le plus. » — a Je « n'ai jamais vu qu'elle, dit le cardinal de Retz, en « qui la vivacité suppléât au jugement. Elle avait <t des saillies si brillantes , qu'elles paraissaient ■ comme des éclairs, et si sages, qu'elles n'auraient « pas été désavouées par les esprits les plus judiu cieux. » Intimement lice avec la reine Anne d'Autriche , madame de Chevreuse dut nécessairement haïr le cardinal de Richelieu. CeUe haine , dont le cardinal fut instruit , ainsi que des sobriquets outrageants que lui donnait la duchesse en particulier, le déterminèrent à la luire exiler. Accusée d'avoir cabale comre lui , prés d'être arrêtée , poursuivie par les gardes du cardinal , elle n'échappa qu'avec peine, et passa en Angleterre. C'est dans cotte fuite précipitée qu'elle traversa, dit-on, la Somme à la nage pour gagner Calais. On prétend cependant que le cardinal n'avait pas été insensible aux charmes de la duchesse. Madame de Chevreuse , qui portait partout le feu de la guerre contre la France, et faisait naître l'amour dans le cour de tous les princes près de qui elle allait chercher un asile, revint à la cour après la mort du cardinal de Riche lieu , et y revint avec le même esprit qui l'en avaK si souvent fait éloigner. A peine y fut-elle qu'elle y jeta de nouvelles semences de trouble et de confusion. Elle entra dans la ligue formée contre le cardinal Mazarin , avec lequel elle en avait précédemment fait une pour faire périr les princes, et s'unit, pour le perdre, avec le coadjuteur, le duc de llcautort et la duchesse de Montbazon. Le mariage projeté de mademoiselle de Chevreuse avec le prince de Conti, qui cependant n'eut jamais lieu, fujl la garantie de cette nouvelle confédération , qui n'eut aucun résultat fâcheux pour le cardinal. Madame de Chevreuse mourut en IG79, à 79 ans. Par son second mariage, le duché de Chevreuse devint l'apanage de ses enfants du premier lit ; car elle n'eut de ce mariage que trois tilles ; les deux aînées prirent le voile, et la troisième ne fut pas mariée. B— y. CHEVRECSE (...... duchesse de ), née
Norbonne - Fritzlar, dame du palais de l'impératrice Joséphine , se fit remarquer a la cour du nouvel empereur par un ton d'opposition qu'elle portait souvent jusqu'à l'impertinence. « Une jeune « et jolie femme, est-il dit dans les JtVnofrtf sur
114 CHE
n Jot'phine, est pardonnable de croire qu'elle peut « donner le ton ; mais avec de l'esprit , madame de « Chevreuse devait sentir qu'une fuis la place accepa téc, il faut en remplir les devoirs sans bassesse, « nos flatterie même, mais avec une dignité froide. « C'est ce que (it madame la baronne de Montmo- « renci, nommée en même temps, et qui n'était pas « plus enthousiasmée du nouvel ordre de choses. » Loin de là, madame de Chevreuse eut le tort d'affecter à l'égard de l'impératrice des manières inconvenantes. Elle suivait apparemment le conseil de certains flatteurs qui lui avaient persuadé qu'il y aurait du mérite à ne pas se montrer dépendant de madame Bonaparte, comme on s'obstinait encore à la nommer dans plusieurs salons du faubourg Si Germain. L'empereur, comparant la conduite si noble de madame de Montmurcnci à celle de madame de Clicvreuae, prit de l'humeur contre cette dernière, et après l'avoir longtemps supportée avec indulgence, il finit par l'exiler. Déjà , avant d'être attachée a la cour impériale , madame de Chevreusc avait pensé encourir un premier exil. Pendant que l'eni|>creur faisait sa campagne d'Austerlitz, les billets de banque, ainsi que les fonds publics, avaient éprouvé une baisse notable. De retour à Paiis, il gourmamla Barbé de Marbois, son ministre du trésor, et Fouché, son ministre de la police. Celui-ci s'excusa en disant que le faubourg St-Germain pervertissait l'opinion par toutes sortes de contes; que c'était lui qui avait débité de mauvaises nouvelles, qui avait mis en doute les succès de l'armée. L'empereur ordonna à ce sujet une enquête , d'où résulta une liste de quatorze ou quinze personnes qui reçurent l'ordre d'aller demeurer dans leurs terres. Il n'y eut qu'un cri contre cette mesure, dans laquelle madame de Chèvre use se trouvait comprise. Talleyrand, qui était alors à Vienne, était fort lié avec madame de Luynes, belle-mère de madame de Chevreuse. 11 se servit de l'estime que l'empereur avait pour feu le duc Luyncs, qui était mort sénateur, et lit mettre sans peine sur le compte de l'étourderie toutes les légèretés de madame de Chevreuse : non-seulement il la lit rayer de la liste d'exil proposée par la police , mais il la lit nommer dame du palais de l'impératrice. Sans doute ce ne fut pas sans peine que Talleyrand la décida à accepter; elle se résigna cependant, mais elle vint toujours avec mauvaise grâce dans un cercle où on ne lui fit que des politesses ; clic n'eut pas l'air de s'en apercevoir. Elle ne parut qu'en femme impolie et souvent mal élevée dans une cour où l'on ne l'avait admise que sur les instances de ses amies. On la souffrait ; mais personne ne la voyait avec plaisir. Longtemps Napoléon eut assez de longanimité pour ne pas remarquer des ricanements déplacés et des propos inconvenants. On jugera de leur nature par le trait suivant. ,Elle était un jour arrivée aux Tuileries « ans une éclatante parure et couverte de très-beaux diamants. L'empereur en fut frappé et lui dit : ■ Que de pierreries! sont-elles toutes vraies? — « .Mon Dieu, sire, je ne m'en suis pas assurée; mais « pour venir ici, cela est toujours bon... • A l'épo-
CHE
que de l'arrivée en France de la reine d'Espagne, l'empereur nomma de Bayonne des dames du palais pour tenir compagnie à cette princesse qui devait résider à Compiègnc, madame de Chevreuse fut du nombre. Quand madame de la Rochefoucauld, qui était dame d'honneur, lit part à celle-ci de la destination qu'elle avait reçue, elle répondit nettement qu'elle n'irait point et qu'elle n'était point faite pour être geôlière. Quand on rendit compte du fait à l'empereur, il révoqua la nomination de madame de Chevreuse et l'exila à quarante licucs de Paris, lïlle se rendit à Lyon, où sa belle-mère la suivit et lui donna les soins les plus touchants. L'impératrice Joséphine, toujours indulgente, et les amis de madame de Chevreusc, sollicitèrent incessamment son i -appel ; mais l'cm|iercur (ut inexorable , il disait toujours : « Je ne veux pas d'impertinente chez « moi. » C'est à cette phrase qu'il eût dû borner sa vengeance, au lieu de prolonger indéfiniment, comme il le fit, I'éloignetnent de cette jeune femme. En effet, lorsqu'au bout île deux ans il rappela tous les exilés du noble faubourg , il ne fit d'exception que pour elle, et pour mesdames de StaM et Décanter, Madame de Chevreuse mourut à Lyon, au mois de juin 1815 : elle avait a peine 28 ans , étant née en 1785. Son esprit était cultivé; elle écrivait avec grâce. On a d'elle Prançnis de Mentel, nouvelle historique. Paris, 1807, in-12. D— r — n.
CHEVRIER (FRANçois-AvroiNE), né à Nancy, au commencement du 18* siècle, d'une famille distinguée dans la robe , montra île bonne heure ries dispositions heureuses. Il servit, en qualité de volontaire, dans le régiment de Tournaisis; mais bientôt, dégoûté du métier des armes, il vint à Paris, travailla pour le théâtre, et se livra sans réserve à son penchant pour la satire. Après avoir inondé la capitale de brochures plus ou moins graveleuses, mais souvent piquantes, et s'y être fait nombre d'ennemis , il se retira en Allemagne , puis a la Haye. Poursuivi de nouveau dans cette ville, il s'enfuit à Rotterdam, où , sans doute, il n'eût pas été plus tranquille, s'il ne fût mort d'une indigestion, le 2 juillet 1762, le même jour que son ami l'abbé Late, si fâcheusement connu par l'épitaphe que lui fit Voltaire. Chevrier avait alors 42 ans. Ses effets, dont on fit l'inventaire, consistaient en 5 ducats, une montre et quelques hardes. Né avec infiniment d'esprit, il détestait les sots, déchirait impitoyablement les écrivains médiocres , maniait avec une dangereuse facilité l'arme de la satire; mais il ne respecta ni les moeurs ni les convenances, et son penchant à médire lui fit divulguer souvent de ces anecdotes hasardées, dont la publication peut troubler le repos des familles. On a de Chevrier : 1° le Colporteur, histoire morale et critique, Londres, sans date, in-12. 2» Almanach des gen$ d'esprit, par un homme qui n'est pat un tôt lui-même, Rouen, 17ti2, in-12. 3° Amutementt det damet deB. (Bruxelles), Rouen, 17G5, 2vol. in-12. 4" Les Ridkulet du tiède , Londres , 1752, in-12. 5° VU du fameux P. Norbert, ex capucin, connu aujourd'hui tout le nom de labbé Plate! , Londres, <7«2, in-12 :
CHE
ces cinq ouvrages ont été réunis eu 1774, et publiés sous le titre très-inescacl à'OEuvres compUlet de C'*' (Chevrier), Londres (Bruxelles), 3 vol. in-12; pour donner au 5* volume l'épaisseur convenable , on y a joint les Nouvelle* Liberiét de penser, el l'Euai sur les mémoires de M. Guillaume , deux pièces qui ne sont point de Chevrier. 6' Recueil de ces dames, 17 55, in-12, réimprimé dans le t. 2* des Œuvres badines du comte de Gaylus. 7' Bibi , conte traduit du chinois par un Français, Mazuli, 1746, in-12, traduct i supposée. 8a Voyage de Rogliano, 1751, in-8°. U0 Maga-Kou, histoire japonaise, Goa (Paris), 1752, in-12. 10° Cela est singulier, histoire égyptienne, traduite par un rabbin, Bdbylone (Paris), 1752, in-12 : c'est encore une traduction supposée. 1 1° Essai historique sur la manière de juger tu hommes, Paris, 1752, in-12. 12* Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de Lorraine, avec un» Réfutation de la Bibliothèque lorraine de D. Calmet, 1751, 2 vol. in-12, ouvrage satirique comme les au-, très productions de l'auteur, et d'ailleurs peu important, Charrier n'y relevant qu'un très petit nombre d'erreurs du bénédictin. 13° La Nouvelle du jour, comédie en 1 acte et en vers, Dresde, 1759, in-12. 4-1° Histoire de la campagne de 1757 sur le bas Rhin, dans l'électoral d'Hanovre et autres pays conquis, Francfort, 1757-58, 3 parties in-8'. 15» Histoire civile, militaire, ecclésiastique, politique et littéraire de Lorraine et de Bar, Bruxelles, 1758, 7 vol , in-12. Les deux derniers sont composés des Mémoires sur les hommes illustres de Lorraine , et ils forment les t. 8 et 9 de celle histoire. L'auteur n'a pas publié les t. 6 et 7, à cause des persécutions que lui attira la manière dont il avait présenté certains faits dans les premiers volumes. 16* Réponse du roi de Prusse à son frère, 1758, in-4*. 17- Dialogue du prince royal de Prusse avec le maréchal de Schwerin, in-4*. 18* Dialogue entre le prince d'Isembourg et le baron de Horn, in-4". 19° Réponse aux lettres du prince d'Isembourg. 2Û« Le Point d'appui de toutes les cours de l'Europe, avec l'histoire des campagnes de 1756 et 1757, Liège, 1759, 5 vol. in-12. 21° Testament politique du maréchal de Belle- lsle, Amsterdam, 1702, in 12, en société avec Maubert de Gouvest, 1762, in-12. 22' Vie politique et militaire du maréchal de Belle- lsle , la Haye, 1762 , in-12. 23° Le Codicile et l'Esprit , ou Commentaire sur les maximes politiques du maréchal de Belle-lste, avec des notes apologétiques, historiques et critiques, la Haye, 1762, in- 1 2. 21" Histoire de l'ile de Corse, Nancy, 1749, in-12. 25° Histoire de la vie de Maubtrt, soi-disant chevalier de Gouvest, gazelier à Bruxelles el auteur de plusieurs libelles, Londres, 17C1, in-8». 26« Anecdotes critiques, Londres (Bruxelles), sans date, in-12. 27" Paris, histoire véridique avec la clef, la Haye, 1767, in-12. 28» Histoire secrète de quelques personnages illustres de la maison de Lorraine, 1784, in-12, 2 vol. Cest le même ouvrage que les Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de Lorraine, dont il est question ci-dessus dans le n° 12; le frontispice seulement a été changé.
CHE
29' Cargula , parodie de Catilina , tragédie de Crébillon, 1749, in-84. Chevrier a donné au Théâtre- Italien la Revue des Théâtres, 1795, le Retour d» Goût, la Campagne, 1745, l'Epouse suivante, le$ Fêles parisiennes, la Petite Maison, el le Réveil de Thalie, qui se trouve parmi les pièces de Voisenon ; enfin quelques autres ouvrages que l'on trouvera cités dans le Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier, et dans la France littéraire, dont nous avons réparé les omissions (1). Chevrier a eu beaucoup de part à une espèce de journal politique, que W'attel publiait par cahiers en 1757 et années suivantes sous le titre de Mémoires pour servir ù l'histoire de notre temps, dont la collection forme 5 vol. petit in-8*. L'éditeur a donné 6 autres volumes intitulés Nouveaux Mémoires, etc. On trouve dans cette suite le Point d'appui de toutes les cours de l'Europe, et différents autres ouvrages de Chevrier. D. L.
CHEVRIERES (J.-G. de), écrivain médiocre, naquit vers la fin du 17' siècle, probablement dans le Dauphiné, où l'on sait qu'il existait une ancienne famille de ce nom. Obligé de chercher un asile en Hollande, il y trouva, dans la culture des lettres, un délassement et des ressources. On lui doit : 1" Abrégé chronologique de l'histoire d'Angleterre, avec des notes, Amsterdam, 1730, 7 vol. in-12. Quoiqu'il n'en dise rien, Clievriéres a beaucoup profité des recherches de Hapin-Thoyras ; mais il s'est écarté de son modèle en donnant d'assez grands détails sur l'histoire delà réformation de l'Église anglicane, n avait adopté une orthographe singulière qu'il s'efforce de justifier par une dissertation dans sa préface. « Ce serait vraiment, ajoute Desfontaines, une « chose curieuse de voir chaque auteur discourir « ainsi sur son orthographe et sa ponctuation. » Ce critique trouve d'ailleurs le style de Clievriéres plein de feu, et ses transitions assez bien ménagées. (Nouvelliste du Parnasse, t. i*T, lettre 8.) 2» Images des
(0 On dods saura gré de compléter celte liste. 1° Poèmes sur des sujets pris de C histoire de notre temps, publiés par M. D"', Liège, 4798-30, 2 TOI. in-8». Ces poèmes sonl: rAcadiade.ou Prouestet anglaises en Acadie, etc., poème roml-hèroiqac en 4 tbanls, par M. D—, Cassel. 1758 ; VAtbionlde, ou l' Anglais démetauf, poème béroi-comiqiie. enrichi d.' noies historiques, etc., par le comte F. P T.. Aix, 173»; /<i Mandrinade, poème beroKomiqoc en 6 chants;/* Pruttittde. poème en ♦ ebanls, sous le pseudomme de Sauvigny, Francfort. 1758 ; tllanotriade, poème hérol-bnrlcsque en S ebants, , par lanteor de FAlbionUe. Clotierseven. 4759. on^voi^ plusieurs de ces pièces avaient rte publiées sepa-
treienlt. In 8°. S» Histoire d'une nuit célèbre Jugée par le S MCI 1759, in-IS. *» Je n'f attendait, ans nom de tilte ni dite. S» Lettrée aux i Me» de f arbre de Cracorie, 4756, in 42. tf Lettre de Parit o un docteur de Sorbonne, in-12. 7° Mémoire* de « la baronne de St-Cloir. la Hâve. 1759. 9 part. ln-«. 8* Mémoires d'une honnête icmmc, Londres (Paris), 1733, S parL en I vol. in-42, on Amsterdam. 476S, 2 p»rt. eo I vol. in-«. 9° Mmakalis, fragment d'un conte siamois, Londres, 47S2, in-42. 40° Ohenatibns tur ta théâtre, Paris. 1753, in-12. 41» La Point d'appui entre Thérèse el Frédéric, ou Pensées militaires, polUiaues delà présente tuerre.Pitl*, 4779 ; Liéire.1756, in-lf. la* Le Quart d'heure d'une folie femme. «« de la toilette, précédé a"u*e préface sur la comédie, le de "'. Genève (Paris), 4783, in-42. W Itésnr le théâtre (rtmemi*, in*". «*• La Voix de la noix, cm l- tut nation à la France d'un congres. Am-irfdam, 4761, ia-42. D— ft— ».
126 CHE
héros et des grands hommes de i antiquité, trad. en franrais sur le texte italien, ibid., 4731, in-4°. Celte édition, ornée de belles estampes de Bern Picart, est plus recherchée que l'original. (Foy. J.-A. Cam.ni.)5° Fie de Philippe II, roi d'Espagne, trad. de Pilai, de Gregorio Leti, ibid., 1754, 6 vol. in-12. (hielqucs bibliographes attribuent encore à Chcvriéres une Vie de Stanislas, roi de Pologne, Londres, 1741,3 vol. in-12; mais Barbier avoue qu'il n'en a pu découvrir l'auteur, et il hésite enire Chcvrières, Cantillon, Castilhon, etc. (Foy. le Dictionmire des ouvrages anonymes.) \V — s.
CHEYNE (George), médecin écossais, né en 1071, fit ses premières études médicales à Edimbourg, sous le docteur Pitcairne. Ayant pris le degré de docteur, il vint ù l'âge de trente ans s'établir à Londres, où il publia sans nom d'auteur une Nouvelle Théorie des fièvres aiguës et des fièvres lentes, qui eut plusieurs éditions, dont la 4* est de 17-24 ; ce traité tut suivi bientôt après de la publication d'une production d'un autre genre, intitulée : Ftuxionum Mfthodus inversa, sive quantitatum fluenlium leges genevaliores. Ce livre, relatif au calcul différentiel, lut vivement critique par Moivre et par Jean Bcriioulli ; néanmoins les connaissances qu'il supposait lirenl recevoir Clieync, en 1705, à la société royale do Londres. Il lit paraître celte même année, en 1 vol. in-8", ses Principes philosophique* de la religion naturelle, où il montre â la fois beaucoup de savoir cl de piété; mais cet auteur, qui prêchait si bien la morale, était alors entrainé dans des dissipations de tout genre, dans des débauches de table et de cabaret, qui eurent une influence funeste sur sa santé ; il devint d'un embonpoint excessif, duquel résultait une extrême faiblesse de tête et de corps. Hors d'haleine au moindre mouvement, et ne pouvant pas monter de suite deux marches d'un escalier, son étal empirait de jour en jour, lorsqu'il prit la résolution de changer de vie. Il lit usage des eaux de Baih, cl s'en trouva si bien qu'il les continua pendant plusieurs années, exerçant sa profession en été à Bath, et à Londres en hiver. Il consigna le résultat de son expérience à cel égard dans un Essai sur la véritable nature de la goutte et la manière de la traiter, suivi d'un petit traité sur la nature et les qualités des eaux de Bath. Dans cet ouvrage, qui ajouta à sa réputation et qui lut plusieurs fois réimprimé, il attribue la goulle aux obstructions des petits vaisseaux, produite par l'amas des sels lartareux cl urinaircs, et vante beaucoup, comme remède, l'usage des délayants et des apéritifs. Son traité sur la Santé des valétudinaires, etc., eut encore plus de succès, il en donna plusieurs éditions en anglais, la 4e, en 1725, in-8«, cl une en latin, avec des additions : Iraclalus de infirmarum sanitate tuenda, vitaque producenda, Paris, 4742, in-12. Cel ouvrage a été aussi traduit en fiançais, sous le titre iVEssai sur la santé et la longévité, Paris, 1755, in-12, et, sur l'édition latine, sous celui de : Y Art de conserver la santé des valétudinaires, et de leur prolonger la vie, avec des remarques intéressantes et un Abrégé des propriétés des aliments, ibid., et
CHE
même année, in 12. 11 y recommande on général un régime très-sévère; mais en cela ses préceptes étaient en contradiction avec sa manière de vivre. A peine sa santé était-elle rétablie, qu'il avait repris en partie ses premières habitudes d'intempérance, qui ramenèrent avec plus de violence ses précédentes incommodités. 11 eut recours alors à l'usage du lait et des substances végétales, et parvint encore à recouvrer la santé. II publia en 1753 le plus célèbre de ses ouvrages, du moins dans son pays; il est intitulé • fa Maladie anglaise, ou Traité des maladies nerveuses de tout genre, comme le spleen, les vapeurs, la mélancolie, les affections hypocondriatiques cl hystériques etc. Chcyne était de l'école de ces médecins qu'on appelait mécaniciens, et c'est surtout dans ce dernier ouvrage qu'il se laisse égarer par une théorie absolument hypothétique : il prétend que les deux principes des maladies sont presque toujours I epaississement cl la \iscosité, ou l'acrimonie des fluides et le relâchement des solides. Cette théorie erronée se trouve surtout consignée dans son opuscule de Katura fibrœ ejusque laxœ seu resoluta morbis, Londres, 1725, in 8". Il mourut à Bath, en 1742, âgé de 72 ans. On a aussi de lui un Essai sur le régime, suivi de cinq drscours sur des sujets de médecine, de morale et de philosophie, 1740, et Méthode naturelle pour guérir les maladies du corps et les dérèglements de l'esprit qui en dépendent, ouvrage qui a été traduit en français par de Lachapcllc, Paris, 4749, 2 vol. in-12. Tous ces ouvrages sont écrits avec clarté, d'un style animé, et avec un ton de sincérité et d'amour de l'humanité qui prévient en faveur de l'auteur. La partie métaphysique! en est la plus défectueuse ; mais quelque mérite qu'il y ait, à certains égards, dans ces ou\ rages, les progrès que la science a faits depuis les ont rendus peu utiles dans la pratique. X — s.
CHEYNELL (Fiunçois), théologien presbytérien, né à Oxford, en 1608, exerçait les fonctions eeclésiastiques dans sa ville natale, lorsqu'au premier éclat de la guerre civile, en 1650, il se rangea du côté du parlement. Il fut, en 1C45, membre de l'assemblée des théologiens, et, en 1040, l'un des commissaires envoyés pour convertir l'université d'Oxford. U fut nommé, deux ans après, professeur et président d'un des collèges de l'université; mais, quoiqu'il eût du savoir et des talents, il n'avait pas, à ce qu'il parait, ceux qu'exigeaicm de semblables emplois et il fut obligé de les résigner. On l'en dédommagea par le riche bénéfice de Pelworth, dans le comté de Sussex, dont il jouit jusqu'à la restauration. Il a publié un assez grand nombre de sermons et autres ouvrages. Cependant il serait assez peu connu aujourd'hui sans les rapports singuliers qu'il eut avec le fameux théologien Clùllingwortb. En 4643, on vit paraître, imprimé par un ordre supérieur, un livre de Clicyncll, intitulé : l'Origine, les Progrès et le Danger du socinianisme, où l'archevêque Laud, Haies d'Eton, Chillingworth et d autres liiéoiosicns distingués étaient présentés comme chefs d'une ligue contre la doctrine protestante. L'année suivante, Chillingwort étant mort, il
parut également par autorisation un autre ouvrage (icClieyncll, sous ce titre : Chitlingworthi iïovissima, ou la Maladie, l'hérésie, la mort cl l'enterrement de Guillaume Chillingtcorth. C'est un exemple tout à la fois risible et déplorable de ce que peut enfanter Je fanatisme religieux. Cheynell avait été chargé de soigner et surtout d'exhorter Chilliogworlh. Dans la relation qu'il fait de la maladie de cet homme de raison (car c'est ainsi qu'il l'appelle), il retrace longuement ses efforts et ses pieux travaux pour convertir le malade, et dit comment il priait Dieu a de ]ui donner des lumières nouvelles et d'autres yeux, pour qu'il pût voir, reconnaître et quitter ses erreurs, abjurer sa raison, et se soumettre a la foi. » En même temps, toujours inspiré par un zèle fanatique, il le maltraitait de paroles, au point qu'on crut généralement dans le parti royaliste, qui était celuideChillingworth, que sa mort avait été avancée par les brutales exhortations de Cheynell. A près avoir refusé d'enterrer lui-même le corpsdeChilliugworth, il imagina d'enterrer son fameux ouvrage, intitulé: la Religion des protestants, moyen sûr de salut. Il se rendit a cet effet, ce livre à la main, au lieu des funérailles, et, après un court préambule, où il déclarait qu'il serait trop heureux pour le royaume que de pareils ouvrages pussent tous être enterrés de manière à ne jamais ressusciter : « Va-t'en , s'é- « cria-t-il, livre maudit, qui a séduit tant d'âmes a précieuses; va -t'en, livre corrompu jusqu'à la « pourriture, terre, retourne à la terre, et poussière, a retourne à la poussière. » Cheynell mourut en IGfiu, dans un état voisin de la folie. S— n.
CHÉZY (Antoine de), directeur de l'école des ponts et chaussées, et inspecteur général du pavé de Paris, naquit à Chalnns-sur-Marnc, en 1718, et lit concevoir dés sa plus tendre enfance les espérances qu'il réalisa dans la suite. Ce fut dans la congrégation de l'Oratoire qu'il commença ses études, et peut-être cette société célèbre coiitribua-t-cllc à développer le germe des talents dont il a laissé tant de preuves. Cependant, ayant quitté celte congrégation ù l'âge de trente ans, il fut admis â l'école des ponts et chaussées, nomme sous-ingénieur en 1701, ingénieur en chef en 17fi3, et succéda, dans la place d'inspecteur et d'adjoint de Perronnct, à Pollin, dont il avait épousé la fille. Nous n'entrerons point dans le détail de tous les travaux dont il a conçu les plans ou dirigé l'exécution; nous nous contenterons d'indiquer les plus remarquables, tels que les nivellements relatifs au canal de Bourgogne et du canal projeté pour amener l'Ivcttc ù Paris, la construction du pont de Neuilly, faite sur les plans de Perronnct, auxquels Chézy avait beaucoup contribué. Ce fut aussi sous sa direction que s'élevèrent les ponts de Mantes et du Tréport, admirés pour leur belle construction. En 1795. sa pension de retraite, provisoirement accordée pendant une maladie de langueur, après quarante-trois ans de service, étant réduite à très peu de chose par la liaisse du papier-monnaie, il fut forcé de vendre le crin de ses matelas pour subvenir à ses besoins, et il avait alors soixante-dix-huit ans ! De Pronj , son élève et