‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 18 sur 117 · CHE 1S · texte numérisé non relu

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son ami, instruit de cette détresse, lui fit avoir une place dans ses bureaux, et il eut le bonheur de lui épargner la fatigue du travail sans que le service en souffrit. Il parvint même à le faire nommer directeur de l'école des ponts et ebaussées, mais Chezy n'occupa celte place que pendant un an. Il mourut a Paris, le 14 octobre 4708. Les ingénieurs les plus distingués, qui, depuis 1793, ont honoré leur corps et la France, doivent être regardés comme élèves de ce savant. Il était aussi exercé à la pratique des travaux que profond dans les sciences théoriques. Quoiqu'il eût écrit un grand nombre de mémoires, sa modestie ne lui permit jamais de céder aux instances de ses amis en les livrant à l'impression ; un seul parut dans le recueil des savants étrangers (t. 5, ann. 176S); il est intitulé: Mémoire sur quelques instruments propres à niveler nommés niveaux. Son Exposition d une méthode pour la eonstrueiion des équations indéterminées relatives aux sections coniques a été publié par de Prony, Paris, 1791, in-4% avec deux pl. La» ville de Châlons a placé dans son hôtel de ville le buste d'Antoine de Chézy, sculpte par Houdon. J— s.

CHEZY t Antoine LtoNAnn de ) , fils du précédent, naquit le 15 janvier 1773, à Neuilly, an milieu d'une nombreuse fainil'c. Studieux cl appliqué dès sa tendre enfance, déridé par le désir de son père à le suivre dans sa carrière, il entra à l'âge de dix ans au collège de Navarre, et y continua avec ardeur l'étude îles langues ainsi que celle de la minéralogie et de la botanique, dont son père lui avait donné les premiers éléments. Le goût de la poésie vint bientôt dominer son aine, et des qu'il eut conçu la pensée que l'Orient en est le pays natal, et qu'il devait en renfermer des trésors précieux non exploités encore, il voulut les connaître. Il fréquenta les cours de Silvestrc de Sacy, plus tard ceux de Langlès, et il étudia seul, chez lui, les langues orientales avec tant de zèle qu'a l'âge de dix-sept ans il savait le persan et l'arabe. En 179*2 il obtint la permission de travailler dans les bureaux du ministère des relations extérieures. |1 continua ses fonctions jusqu'à ce qu'un mot de Bonaparte le mit au nombre di s savants qui devaient faire partie de l'expédition d'Egypte. Quelle fut sa douleur lorsqu'une maladie l'arrêta à Toulon, et qu'il revint à Taris languissant et faible, et seulement à temps pour assister aux derniers moment de son père. (uoy. l'art, précéd.) Rempli de piété pour une mère adorée, Cliézy donnait des leçons do persan et d'arabe pour lui en remettre le produit, il ambitionnait les succès, pour lui causer de la joie. Occupé de ces soins , il trouvait cependant assez de temps encore pour mettre en ordre à la bibliothèque impériale les nombreux manuscrits arrivés d'Egypte, ainsi qu'une grande partie des autres. 11 entreprit successivement l'étude de l'hébreu, du syriaque, du clialdécn et reprit celle du grec. En Allemand, II. Ilagcr, fraya en France la route pour la connaissance du chinois. Chézy par la suite s'en occupa beaucoup, ainsi que du tartare-inantscliou et du turc. Il parlait avec élégaucc et facilité le persan et surtout l'a-

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rabc Son âme ardente et poétique portail sur ses efforts cette lumière vivifiante d'amour qui seule préserve l'esprit et le cœur d'un savant de se dessécher par l'étude Impatient d'exploiter les trésors de l'Orient, il commença par unir les plus gracieuses pièces fugitives des poêles persans en un florilège, dont il publia plusieurs morceaux dans les journaux. Mus tard, il réunit dans une chrettomathie de nombreux fragments de toutes les brandies de la littérature. Frappé des beautés du poème de Djami, Medinom et Leïla, il le traduisit. Ce charmant ouvrage, traduit en allemand presque au moment de son apparition , demeura ignoré en France ; et l'édition , faite aux frais de l'auteur, serait restée à sa cliarge, si de Sacy n'en avait pas fait l'acquisition. Sa puissante intervention obtint même pour Chézy le second prix décennal de3,0(K) francs, pour la meilleure traduction d'un ouvrage oriental. 11 fallut se contenter de l'honneur, car les 3,000 francs ne furent point payés. Ces revers devaient être d'autant plus sensibles à Chézy qu'en 1806 il était époux et pére. Ce (ut en 4803 , dans la maison du savant Frédéric Schlegel, son élève en persan, qu'il vit pour la première fois cette jeune Allemande, poète , déjà connue par sesouvrages, descendant de la célèbre femme |>oëte Anne Louise Karschin, veuve du baron de Hastfcr, vivant alors à Paris auprès de sa compatriote, l: Ile de Moscs Mcndelssohn, épouse de F. de Schlegel. Ce mariage, dont deux (ils ont été le fruit, ne donna point à ces époux le bonheur qu'ils méritaient sous tant de rapports. La santé de Chézy était chancelante depuis son retour de Toulon ; il souffrait d'une irritation de nerfs continuelle dont rien ne pouvait le soulager, sinon le calme, le silence et la méditation. Mais, en 18t4, la mort de sa mère vint mettre le comble a ses chagrins, et, quatre ans plus laid, il subit une opération cruelle. Des idées sinistres, suggérées par l'hypocondrie, vinrent alors l'assaillir. Le travail le plus opiniâtre fut seul capable de le calmer ; mais en s'y livrant avec une ardeur toujours nouvelle , il ne songeait pas «pie le mal renaissait sans cesse avec de nouvelles forces I>ar ce moyen même de soulagement On pourra juger des difficultés de l'étude du sansrcit que Chézy entreprit par le passage suivant, extrait d'un de ses manuscrits inédits : « Le riche trésor de manuscrits « indiens que j'avais sans cesse sous les yeux , ces « longues feuilles de palmier, dépositaires des plus « hautes pensées de la philosophie, et qui, muettes « depuis si longtemps, semblaient réclamer un in- • terpréte , excitaient de plus en plus ma curiosité. a La connaissance du catalogue raisonné de nos muet 'inscrits par M. A. Ilamilton, en me faisant mieux « apprécier leur valeur, mit le comble à mon im- « patience ; et avec le faible secours de quelques a fragments de grammaire, d'un vocabulaire incom- « pie» et souvent fautir, et d'une liste tronquée des « racines des verbes, j'entrepris un travail qu'aucun « Français n'avait encore tenté. Soutenu d'abord « par le charme qui accompagne toute occupation « nouvelle, j'eus le bonheur de vaiurre les difficiil- « tés inhérentes a la lecture, diflicultés qui, en rai-

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« son du système orlltographique sanscrit, sont plus « grandes dans cette langue qu'en aucune autre du « monde. Passant ensuite a la partie étymologique, les « nombreux rapports que je ne tardai pas à recon- « naître entre celte belle langue et les langues grec- « que, latine, persane, dans leur structure la plus in- « time, me lirent trouver moins aride cette partie de

* la grammaire dont j'acquis, non sans beaucoup de « peine, une connaissance assez complète. Puis, de- « venu plus habile par l'acquisition d'un plus grand « nombre de racines, et me trouvant en état de con- « sullcr et d'entendre en partie les textes origi- « naux de YHilopadéta, du Ragkavad-guila , du « Mànaea-$asstra, et au moyen des excellentes tract duclioiis que MM. Wilkins cl Jones ont faites de « ces ouvrages, et qui me tinrent lieu de dictiono nairc, ce fut alors que j'eus le plaisir de deviner «t la syntaxe de ce bel idiome. Enfin en 1808, m'é- <t tant procuré la grammaire sanscrite de Wilkins, « et de plus , ayant reçu en même temps, du jeune « savant M. George Archdall , la première partie a du Ramayana, texte et traduction, publié par « MM. Carcy et Marshmann, je me trouvai au com- « blc de mes désirs. L'analyse grammaticale de cet « ouvrage ne me présenta presque aucune difli- « culte, et le plaisir que je coAtat m'ayant engagé a à parcourir le (joêmc entier dans les manuscrits a benguli et autres que nous possédons, je fus parti liculièrement frappé de la beauté de l'épisode a de la mort de Yadjnadatla, et c'est par la tra- ■ duclion de ce morceau que j'ai voulu faire, sans « aucun secours étranger, l'essai de mes propres « forces. > En effet , le 2* volume du Ramayana , avec la traduction de MM. Carey et Marshmann, et qui renferme ce bel épisode , n'avait point paru lorsque Chézy en fit la traduction, publiée en 1814, in 8", et plus tard in-4», avec le texte gravé en caractères bengali, conformément a l'original, et sous ses yeux, par sa nièce , madame Quévanne-Maige. 1 1 lit présent de ces gravures à la société asiatique , tjui les publia avec son Ànaly$e grammaticale, sa traduction du poème, et la traduction latine de M. Burnouf. Peu île temps après avoir terminé l'épisode de Yadjnadata, Chézy entreprit l'analyse du Ramayana et il l'acheva en 1812. Cet admirable travail renferme en lui toutes les beautés fraîches, mâles et brillantes de l'antique poème, rendues avec le goût exquis et dans ce style plein de grâce et d'harmonie que l'on retrouve dans tous ses ouvrages. Le Ramayana ne peut être classé qu'uvec les monuments les plus antiques de poésie parvenus jusqu'à nous. Une note inédite , trouvée dans les manuscrits de Chézy, contient l'observation suivante : « Selon toute apparence, le Ramayana, tel qu'on le pus» « séde aujourd'hui, n'est pas celui qui a été com- « posé par Valmiki, et que l'on peut regarder comme « le texte original. On peut en juger en considérant

• la variété du mètre qui termine ordinairement les « lectures, et qui compose en grande partie le Souno dara Kandam. Celui-ci diffère d'un seul mètre « que Valmiki a inventé, cl dans lequel il a annoncé « avoir compose le poëmc entier, p Chézy a conservé

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dans son analyse toutes tes beautés du poème et tl a glissé sur les morceaux évidemment intercalés par des brahmanes intéresses à (aire valoir leur caste, à appeler sur elle la sollicitude des riches, la vénération superstitieuse de la foule , en propageant des dogmes inventés par eux et des légendes absurdes. Malgré cela, les manuscrits du poème de Valmiki, parvenus à la connaissance des savants de nos jours, cupies évidemment tronquées du texte original qu'il serait à désirer qu'on retrouvât, bien que postérieurs à l'époque où florissait Valmiki , n'en sont pas moins très-anciens; il y en a trois à la bibliothèque royale , dont deux en caractère dévauagari, et le troisième en caractère bengali. C'est en comparant' l'édition imprimée avec tous ces textes que Chézy a établi celui des épisodes et passages extraits des deux premiers livres du poëme. Celte analyse, accompagnée de notes remplies d'érudition et d'intérêt historique, n'a point encore été publiée; il en est de même de la plupart des autres ouvrages de Chézy. Un excès de modestie, un ardent désir de perfection dominaient son àmc, et lui tirent ajourner ta publication de ses ouvrages. L'abondance de ses idées et des connaissances qu'il avait acquises l'empêchaient de croire un travail achevé , lorsqu'il n'y avait pas concentré toutes les notions que l'ardeur de ses recherches et sa profonde capacité lui avaient fait découvrir. Au lieu d'entretenir l'attention pu» blique fixée sur lui, en publiant ses ouvrages à la suite l'un de l'autre, il les gardait dans ses cartons, parce qu'il aurait combiné la réunion de tous d'après un vaste système, et qu'il aurait cru tes mutiler en les publiant séparément. A sa Grammaire sanscrite- française devait se joindre une Grammaire prakrile, et un Vocabulaire prakrit, sanscrii et français, ainsi qu'une Chrestomalhie sanscrite, composée de morceaux inédits , des éléments les plus riches et les plus variés, et enrichie d'un traité de prosodie sanscrite; depuis 1808, il n'a cessé de méditer sur toutes ces matières, et de combiner cet harmonieux ensemble, dont ta Sakounlaia et ses opuscules peuvent être considérés comme des échantillons M). L'épisode de Yadjna-

(I) La Sakounteta parait avoir été ton travail de prédilection. On n'a nu a jeter on regard 5ur le f»e-*imtte du manuscrit unique qu'il ai ail a sa disposition, pour te convaincre de* nonit>reo>es diluculds qu'il eut a combattre, adn de donner de ee drame an texte aussi nei et aussi correct que nous te présente la brillante édition de Sakounlala. Et s'il est mi, eoiutnele dit Herder, quelc nom de William inné* florira toujours par la Sakomuala, quand plusieurs autres travaux de l'illustre Aurais seront dans l'oubli, le nom de Clu-iy ne iWrait-il pas, avec plus de raison, olneuir l'immortalité? Ce cheftt iraTre ùi ttieàlre indien, on respire l'espnl de l'Inde dans tout fm éclat, où l'imagi nation orientale se montre vierge et pure de ces soperfelaiions dont noire goût ne petit s'accommoder, se trouve maintenant sous mis veut d.m> la langue priimiive de l'Asie. Dans ta traduction <] m t'accompagne, de nombreux contre-sens, qni existaient dans celte de Joues, se trouvent retliiles ; et, si la traduction aofcuisc, généralement sirnpie et lidele, est préférée quelquefois par ce sx qni étudient l'original, les gens du inonde aimeront a retrouver le charme de SatouMala, avec toute l'élégance dn style français. Quant aux notes qui accvmnagural la traduction, Chéry en parle dans son introduction avec une extrême modestie; nais nous osons dire que l'homme du monde et même l'orientaliste y puiseront les rnnnaissanees les plus varices sur te* mœurs, les croyances et lamylit îojie tic l'Inde.

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datta, grammaticalement analysé, est accompagné do notes qui renferment des données et des réflexions très-importantes sur les régies et les finesses de l'idiome sanscrit, et sur les affinités des langues dérivées de l'antique souche. Plusieurs notes de la main de Chézy, en rapportant les titres de srs ouvrages dans l'ordre suivant , indiquent qu'il a jugé la publication de ses fpuvrcs concernant le persan et l'arabe inséparable de ceux qui concernent le sanscrit. Voici la copie de la plus complète de ces notes, qui mentionnent l'existence de dix-sept ouvrages importants, dont trois sont publiés, deux autres out disparu, et quatre se trouvent imparfaits : 1° la traduction de Sakountala avec le texte (ouvrage publié). 2° V Analyse du Ilamayana. 3* La Chrestomalhie mmerile. 4* La Chrestomalhie persane. 5° L'almarou Salnaka { publié ). 0» L'Anthologie indienne avec les remarques çrammaticaîcs et les traductions (non achevé). T VAndclib, choix de poésies érotitptes , sanscrites et persanes ( non achevé ). 89 La Grammaire sanscrite- française. 9° Grammaire prakrile et le Vocabulaire prakrit, sanscrit et français. 10° Prosodie sanscrite. 11° Le Zenboun Aameh (Poésies mystiques d'Envéry ). 12° Le Kokila- Gama (non achevé). 15° Les Gnomiqucs Indiens. 14» Le poëme de Pjnmi, Èlcdjnoun, texte et traduction ; la traduction seule a été publiée ; l'édition en est épuisée. 15» Le Kazwini. 1 6° L' Histoire naturelle des Indes i faisant suite au Voyage d' Abdoullizak (non achevé). 17" L'Anthologie persane. La variété des matériaux que Chézy a rassemblés pour celte anthologie est de nature à nous présenter, dans un vaste tableau, toute la vie intellectuelle dej Persans, et c'était bien caractériser le goût dominant de ce peuple que d'y faire une part très-large à la poésie. L'n recueil semblable manque encore a l'Europe, et, dans l'intérêt de la science, nous espérons que ces longs et pénibles travaux ne seront pas perdus pour ceux qui font de l'Orient l'objet de leurs études et de leurs méditations. La notice détaillée de cette série d'ouvrages, tlans laquelle doivent être mentionnés lis nombreux opuscules de Chézy, répandus dans le Journal des Savants, le Journal asiatique, le Moniteur, explique le besoin de solitude et de repos que devait éprouver un savant si laborieux, si difficile sur le résultat de ses plus prodigieux efforts, et si peu communicatir, que le plus révéré de ses amis, M. le baron de Sacy, ne sut de lui qu'il s'occupait de la langue sanscrite que lorsqu'il l'avait déjà apprise. Sa mère et sa femme seules étaientdans le secret de cette étude. On allait créer une chaire de sanscrit pour Chézy, quand la guerre de Russie bouleversa les destinées de la France. Ce ne fut qu'eu 4815 que se réalisa cette généreuse idée. En même temps, deux jeunes savants, MM. St-Martin et Abel Rémusat, obtinrent au collège de France une chaire d'arménien et une de chinois. Chézy signala l'ouverture de son cours par un discours sur les avantages, les beautés et la noblesse de la langue sanscrite, et sur l'utilité et les agréments que l'on peut retirer de son étude. Ce n'était cependant pas sous ces points de vue seulement qu'il se consacrait e.\-

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clusivcmcnt à l'étude du sanscrit, mais encore parce qu'il reconnaissait cette langue pour la plus belle et la plus parfaite du inonde , de la concision la plus admirable, de la structure grammaticale la plus profondément conséquente, dans les éléments de laquelle il n'entre rien d'incohérent, où la grâce et la suavité de I expression laissent jaillir de l ame la pensée toute vierge , brillante de fraîcheur et de naïveté. Dés qu'il eut reconnu cette perfection , ce n'était plus une étude, c'était un culte. Aussi cet enthousiasme avait-il éveillé bien des sympathies longtemps avant que la chaire de sanscrit fût créée. Les jeunes savants de tous les pays avaient afflué dans Paris pour étudier cette langue sous un tel maître. Les Franz Dopp, Wilhelm de Humboldt, Auguste de Schlegel, Kosegarten, Durfch. Lassen, Mitschcrlich , et tant d'autres savant* étrangers, ainsi que ces indianistes dont s'honore la France, burnouf, Langlois, Loisclcur-Deslonchamps, etc., quel souvenir ne gar<lcnt-ils point du professeur en qui l'aménité, la patience et la clarté de méthode se réunissaient à l'érudition la plus vaste et à l'éloquence la plus admirable ! Les Anglais mêmes, émerveillés du phénomène de la conquête de celte langue , faite par un Français presque sur les seuls manuscrits , admirèrent et aimèrent leur généreux émule, et le comblèrent de marques d'estime; les Charles Wilkins, Carcy, Haugliton, Wilson, Culebrooke, tous ces illustres Anglais enlin, dont le nom est justement honoré dans l'Asie comme dans l'Europe, devinrent ses amis. Revêtu des marques de distinction et d'honneur de sa patrie . comblé de témoignages de haute estime par toutes les académies savantes des Indes, de l'Europe continentale et de l'Angleterre, associé aux plus nobles travaux de ses illustres collègues, affranchi enlin de l'étal de géne qui l'avait attristé dans sa jeunesse , Chézy se dévouait avec une ardeur sans bornes à ses travaux, lorsqu'un chagrin inattendu vint l'accabler. Langlès, conservateur du cabinet des manuscrits orientaux de la bibliothèque royale, mourut le 28 janvier 1821. Sa place lut aussitôt offerte à M. le baron Silvestre de Sacy, qui y avait le premier droit, mais qui s'en désista en faveur de Chézy, en le désignant comme le seul qui dût succédera Lan^lès. Le même jour, trois candidats furent proposés ; et, après deux mois d'attente, Chézy eut. la douleur de se voir écarté. Voici la lettre qu'il écrivit au ministre Corbière, après avoir appris que son jeune collègue était devenu son chef, et qu'on avait décidé de lui donner a lui-même une place de conservateur-adjoint avec 3,000 francs d'appointements : « Mon- « seigneur, l'injustice est consommée, et, ce qu'il « y a de plus affreux, avec connaissance de cause. « Le sort peut opprimer le faible, il peut le priver a de ses droits, lui faire prendre la vie en dégoût, « mais jamais l'avilir. Il est heureusement un être « au-dessus de vous, monseigneur dans le sein duu quel je me jette, et qui vous demandera compte « de l'emploi de votre puissance, dont les actes sont « déjà soumis au tribunal redoutable de l'opinion. « Recevez donc le refus formel que je fais d'un titre

« qui me déshonore, dont la seule pensée m'indigne, a et qu'aucune puissance au monde ne peut heureu- « sèment me forcer d'accepter. » Depuis le 4 août jusqu'en novembre, celle lettre traîna dans les bureaux. Chézy renouvela la demaude de sa démission ; il l'obtint, conçue en termes honorables. Alors il put quitter son logement à la bibliothèque et entrer dans celui qui lui était offert au collège de France. Depuis celle fatale époque, il demeura daus un élut continuel de souffrances et d'abattement, et il ne cessa de se plaindre de l'injustice qu'il avait subie. En 1829, son lits Max vint le surprendre ; il le reçut avec joie et le lit entrer dans l'atelier de son ami M. Gcrsent; mais les travaux du jeune artiste lurent interrompus par la révolution de juillet, et plus encore par l'invasion du choléra. Effrayé pour son (ils beaucoup plus que pour lui-même , il se h* ta de le renvoyer en Allemagne, ef rcsla seul en présence du terrible fléau, qui ne tarda pas à l'atteindre. Il expira le 5 septembre 1832. Z.

CUIABHENA (Gabriel), célébra poète italien, né àSavone, dans l'Etat de Gènes, le 8 Juin 1552, fleurit dans le 16* et dans le 17* siècle; aussi trouve-t-on dans ses vers, selon l'observation de Tiraboschi, toutes les beautés de style qui caractérisent le premier de ces deux siècles, et quelquesuns des défauts que l'on reproche au second. Sa mère, restée veuve quinze jours avant qu'elle accouchât de lui, se remaria, cl l'abandonna aux soins d'un frère et d'une scr-ur de son père qui n'avaient point d'enfants. Jean Chiabrera, son oncle, demeurait à Rome ; Gabriel y fut envoyé * l'âge de neuf ans; il commença ses éludes suus un maître qui venait lui donner des leçons; mais cette éducation domestique lui réussit mal ; il fut attaqué à plusieurs reprises d'une fièvre qui interrompait tous ses travaux, et retardait ses progrès. Son oncle le mit enlin au collège des jésuites; il y recouvra la santé, prit de l'émulation cl des forces, lit tout son cours de belles-lettres et de philosophie, qu'il ne termina qu'à vingt ans. Il suivit quelque temps les leçons publiques de Marc-Antoine Muret. Paul Manucc, dont la maison était voisine de la sienne, l'admit à ses savants entretiens. Pendant un séjour de plusieurs années que Sperone Speroni fit à Rome, Gabriel le vit familièrement , et profita de ses conseils. Après la mort de son oncle, il entra au service du cardinal Cornaro, camerlingue du pape, et y resta quelques années; mais s'étant vengé d'une insulte qui! avait reçue d'un gentilhomme romain, il fut forcé de quitter Home, et se retira dans sa patrie. Une nouvelle affaire vintencorc l'y troubler. Il parait que, dans sa jeunesse, il était facile à irriter, et chatouilleux sur le point d'honneur; il raconte lui-même avec beaucoup de simplicité que cette affaire arriva sans qu'il y eût de sa faute, qu'il fut blessé, qu'il en tira vengeance, qu'il lui fallut s'exiler pendant plusieurs mois, mais qu'enfin les iuiuiitiéss'apaisérent, et qu'il jouit d'un long repos. Il épousa, vers l'âge de cinquante ans, une noble génoise, dont la mère était une Spinola, et n'eut point d'enfants de ce mariage. Tout ce qu'il avait laissé à Rome avait été confisqué

juridiquement ; il en obtint la restitution par la faveur da cardinal Cinthio Aldobrandini. Il avait Tait d'autres pertes qu'il ne put réparer. Né riche, il se ut réduit a une fortune médiocre, mais indépendante; il vécut sain de corps et d'esprit jusqu'à une extrême vieillesse. Son génie poétique avait tardé à se déclarer : ce ne fut qu'après avoir quitté Home que, se trouvant du loisir dans sa patrie, il lut avec quelque attention les poêles, et se sentit le désir de connaître les régies et les principes de leur art. 11 donna aux poètes grecs la préférence sur tous les autres, et passa de l'admiration qu'il conçut pour Pindare au désir de l'imiter. Il se lit, d'après ce prand modèle, une manière et un style à lui, qui le distinguent de tous les autres lyriques italiens. 11 ne réussit pas moins a Imiter le naturel ingénieux et les grâces d'Anacréon; ses eanzonette ont autant de facilité et d'élégance que ses grandes camoni ont de sublimité. Sa réputation se répandit bientôt dans toute l'Italie ; il en visita les principales villes; mais il ne fit île long séjour qu'à Florence et à Gênes. Les grands-ducs de Toscane , Ferdinand 1" cl Comuc II, le duc de Savoie Charles-Emmanuel, Vincent de Gonzague, duc de Mantouc, le sénat de Gênes, et le pape Urbain VIII le comblèrent en différentes occasions de présents, de distinctions et de marques d'honneur. Le soin qu'il prend de les rapporter dans sa vie, qu'il a écrite lui-même, fait voir qu'il n'y était pas insensible. En 1625, |iendant la guerre entre la république de Gènes et le duc de Savoie, le sénat ayant placé à Savnnc un corps de troupes considérable, exempta la maison de Chiabrera de logement des gens de guerre. 11 fut aussi dispense, par un décret spécial, des taxes imposées pour le même sujet. Le décret est conçu dans les termes les plus honorables pour lui; l'exemption n'y est pas seulement motivée sur son génie et sur ses talents, mais sur la pureté de sa vie et sur ses vertus. Chiabrera mourut à Savone, le 11 octobre 4637. Sa taille était moyenne, mais bien proportionnée; il avait les yeux châtains, les traits nobles, mais peu agréables, les yeux faibles et la vue très-courte, l'air habituellement pensif et préoccupé, quoiqu'il s'égayât volontiers avec ses amis Pour faire entendre qu'une chose était excellente, il disait : • C'est de la poésie grecque. » Quand on paraissait surpris des hardiesses et de la nouveauté de son style, il se comparait à son compatriote Christophe Colomb : « Je venx, comme lui, disait-il, « découvrir un nouveau monde, ou périr. » 11 disait encore, en plaisantant, « que la poésie était « née pour le bonheur des hommes, mais les poètes « pour leur supplice. » Il était loin d'imiter ceux qui récitent toujours leurs vers ou qui en parlent «ans cesse. 11 ne disait jamais un mot ni des siens, ni de la poésie en général, sinon dans la société la plus intime, et avec de vrais connaisseurs. Les vers furent cependant sa seule occupation pendant plus de cinquante années. Jamais poêle n'en composa davantage et dans plus de différents genres. Ses poésies lyriques sont le premier et le plus solide fondement de sa gloire. Elles parurent d'abord a

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Gènes en trois livres ou parties, publiés en 1586, 1587 et 1588, in-t*. Il en fut fait ensuite plusieurs éditions augmentées, dont les meilleures sout celles de Rome, 1718, 3 vol. in-8", et de Venise, 1731, 4 vol. in-8». Les deux éditions de Venise, 47G8 et 1782, 5 vol. in-12, ne sont pas belles, mais elles contiennent plusieurs pièces en vers et en prose qui n'étaient point dans les précédentes; la plus jolie édition des poésies lyriques seules est celle de Livourne, 1781, S vol."in-12. De tous les poètes modernes auxquels on a donné le nom de Pindare, aucun ne parait l'avoir mieux mérité que le Chiabrera ; c'est la même élévation, le même feu, la même audace que dans le poète thébain. Il semble s'être identifié avec lui. « Il croit, comme lui, tenir sa lyre; il s'adresse à cette amie du chant, à celle amante de la danse ; tantôt il descend des sommets du Parnasse aux rives de l'Arno , pour chanter les souverains de Florence; tantôt il apporte aux Itordsde la Dora une immortelle couronne d'or, qu'il a choisie sur niéltain, cl dont il veut omette front du jeune dur de Savoie. Si, dans une guerre maritime contre les Turcs, les galères de Toscane se distinguent, tantôt seules, tantôt dans ta flotte combinée des princes chrétiens, c'est alors qu'à l'audace, à la gravité, à la nouveauté de ses chants, entremêlés de maximes morales, de traits mythologiques ou historiques, et de riches comparaisons, on croit véritablement reconnaître Pindare. Il reprend quatorze fois sa lyre, et ces quatorze odes forment un faisceau lyrique qui suffirait pour immortaliser un poète. Dans les sujets légers et gracieux, il se montre le rival d'Anacréon cl d'Horace. Dans ce genre, comme dans le genre héroïque, sa marche est vivo et libre; il ne parait suivre de lois que celles de sa fantaisie, qui vole sur les objets, et qui réveille à chaque instant, par des images ou des idées imprévues et nouvelles, l'imagination du lecteur. » [Mercure de France, 23 juillet 1812.) Ses autres ouvrages, dans lesquçls il ne se montre pas aussi supérieur, mais où il ne laisse pas de tenir encore un rang distingué, sont: 1° quatre poèmes épiques : la Goiiade, o délie guerre de' Goti, canli 15 in ollava rima, Venise, 1582, in-12; Raples, 1604, in-i"; Venise, 1608, in-12; la Firense, canli 15, in veno îciotlo, Florence, 1615, in-4° et in-8"; l'Almedeida, canti 10, in oitava rima, Gênes, 1620, in-4°; il Ruggiero, canti 23, in verso sciolto, Gênes, 1655, in-12. 2* Des j>oémcs moins étendus, sous le titre de Poemelti, Florence, 1598, in-4°. Ce sont de petites épopées sur des sujets tant profanes que sacrés, qui ont tous plus ou moins le mérite de l'invention, et d'une narration vive et poétique; ils font partie des deux dernières éditions de Venise, dont ils remplissent le 3e volume. 3" l ne tragédie intitulée : Erminia. Gênes, 1622, in-12. 4" Plusieurs comédies pastorales, ou Favole boscareccie, entre autres, Al- Cippo, Gênes, 1601; Venise, 1605, in-12; Gelopea, Venise, 1607, in-12; Maganira, Florence, 1608, in-8"; Venise, 1609, in-12. 5» Quelques drames en musique, et autres compositions dramatiques pour des fêtes données à Florence, à Mantouc, etc., im-

primés d'abord séparément, et recueillis dans les éditions de Venise. 6° Enfin il pana vers la (in du dernier siècle un recueil peu considérable, mais précieux, de pièces jusqu'alors inédites de notre poêle, sous ce titre : Alcune Potsie di Gabriele Chiabrera,nonmai prima d'ora pubbticate, Gènes, 1794, in-8* de 402 p., contenant : 1» une belle ode ou canzone sur l'élection du doge de Cènes, Alexandre Giustiniano, en 1611 ; 2° la tragédie A'ippodamia , en 5 actes, avec des chœurs; ces chœurs surtout sont d'une beauté qui égale celle des meilleures poésies lyriques de l'auteur. Le volume est terminé par des éloges en prose de quelques hommes célèbres, entre autres de J.-B. Strozzi, d'Ottavio Rinuccini, de Ciampoli, de Galilée, du Marini et du Tasse. Ce sont des notices concises et judicieuses, destinées sans doute à être lues publiquement, et dans lesquelles Chiabcera s'exprime sur ceux même de ces hommes célèbres qui étaient ses rivaux de gloire, avec autant de justesse que d'impartialité. L'éditeur annonçait l'existence de plusieurs autres ouvrages de Chiabrera également inédits, et le dessein où l'on était alors d'en faire jouir le public; mais ce projet est resté jusqu'à présent sans exéculion. G— B.

CHIARAMONTI (Scipion), savant dans la philosophie et les mathématiques, né d'un père médecin à Céséne, ville de la Boniagne, le 22 juin 1563, mort le 3 octobre 1652, avait fondé dans sa patrie l'académie des Offuscali. Outre plusieurs ouvrages contre Tycho-Drahé sur les comètes et sur le système du monde, d'autres de mathématiques, et des commentaires sur Aristote, il a laissé : 1° une histoire latine de Césêne en 16 livres, Césène, 4641, in-4»; Jlclnistaedt, 1663, in-4": on y trouve des renseignements utiles sur l'histoire de l'Italie; 2° un traite de Conjeclandis cujusque .noribus cl lalilanlibus animi Affectibus Venise, 1523, in-4». Cureati de la Chambre s'en est beaucoup servi pour composer son Art de connaître les hommes. ( Voy. Chambre.) C. T— r.

CHIARAMONTI (Jean-Baptiste), littérateur et jurisconsulte italien, mort à Brcscia, le 22 octobre 4796, y était né le 2 mars 1731 . Jeune encore, il avait mérité, par son goût pour les lettres, d'être admis dans les réunions de tavantl et de littérateurs que le savant biographe Mazzudiclli tonnait chez lui. A l'âge de vingt-trois ans, il y lut une dissertation pleine d'érudition : sul paterno lmpero degti antichi Romani, qui fut imprimée dans le t. 5 de la A'uova RaccoUa d'opuscoli scienlifici e filotofiei , Venise, 1759. Encouragé par ce succès, Chiaramonli lut dans la même société, en 175G, une autre dissertation de sa composition : topra il Commercio, qui fut bientôt suivie d'une autre : suite Aceademie h uerar ie Bresciane. Il lit en outre plusieurs autres opuscules non moins agréables qu'instructifs, qui furent imprimés, les uns à part, et les autres dans les deux volumes des Disserlazioni isloriche, scien- Hfiche ed erudile, recilate nelï adunanza dtl MassucAcIfi.qucChiaramonti lui-même publia, en 1765, à Brcscia. C'est a son zèle pour les lettres qu'on doit I cdition faite dans la même ville, en 1763, S

vol. in-8», de deux cent quarante-trois morceaux précieux de littérature du chanoine Paul Gagliardo. La plume de J.-B. Chiaramonli donna au public, indépendamment de ces productions, des Àbtt'xte intornoa Luigi Marcello, palrizio Venelo; d'autres relatives au 1'. Jean-Pierre Berganlini, au P. François Lana : celles qui ont rapport à ce dernier sont suivies d'une lettre sur la fameuse barque volante de ce jésuite, projet dans lequel on a cru voir un prélude de l'invention des aérostats. — Son frerc Horace CiliAïuiiOMi, mort en 1794, a publié quelques ouvrages ascétiques. G— a.

CHIARAM'ANO (Pail), né à Piazza en Sicile, en 1613, entra dans l'ordre des jésuites en 1651, et peut être placé parmi les hommes distingués qu'a produite cette illustre société. Après avoir achevé ses études avec succès, il s'adonna à des matières plus sérieuse:, et professa la philosophie, la théologie scolastique et la morale. Les mathématiques fixèrent aussi son attention, et ses connaissances dans les langues orientales étaient très-approfondies. 11 fut deux fois élu recteur du collège de Piazza, et nommé censeur du saint-office. Il mourut dans sa patrie, le 22 janvier 1701. On a de lui: Piazza eitlà de Sicilia notviefanltatiu, Messine, 1634, in-4% inséré dans le 1. 10 du Thésaurus anliquit. de Cr.rvius. Il a laissé manuscrits : de Hornlogiis rolalibus et solaribus; de Segmenlis seu Parlibus cireuli ; de Sphœra ; de Modo crtgendt figuram ; de Astronomia. J — ji.

CHIARI (François RAixtEn), auteur italien, né à Pise, écrivait au commencement du 18* siècle, et mourut à Venise en 1730. Il portait lliabit ecclésiastique et le litre d'abbé 11 publia en latin et en italien des ouvrages de piété, de morale, et même de médecine. On cite entre autres en latin : Homiliœ et Oraliones aliquot sacra; Aphorismi philologici in sensu veritatis expressi; et en italien, fa Luce vera del usondo ; il Pénitente Uluminato, etc. Ses ouvrages de médecine sont traduits du latin : la Medicina stalica di Santorio, volgaristata con varie agghtnte. Ira le quali l'opuscolo intiloiato il Medico di se stesso : délia Medicina di Auretio Cornelio Celso, lib. 8 tradolli, Venise, 1747, in-8°. Il a aussi traduit en italien des Lettres choisies de Cicéion. 11. G.

CHIARI (l'abbé Pierre), poète comique et romancier italien, naquit à Brescia vers le commencement du 18* siècle. Il entra chez les jésuites au sortir de ses éludes; mais il n'y resta pas longtemps; il se fit prêtre séculier, se livra tout entier à son goût pour les lettres, et vécut étranger à toute autre affaire qu'a la composition de ses ouvrages, et avec le seul litre de poète du duc de Modène. 11 fixa son séjour habituel à Venise, où il lit jouer, dans l'espace de dix ou douze ans, plus de soixante comédies. 11 était en rivalité avec le célèbre Goldoni. A en croire les préfaces de Chiari, ses pièces n'eurent pas moins de succès que celles de son rival; mais si cela fut vrai a la représentation, cela ne l'est nullement à la lecture, quoique» la lecture aussi les comédies de Goldoni perdent beaucoup de l'effet

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qu'elles eurent autrefois sur la scène. Le théâtre «le l'abbé Cliiari est en 10 vol. île |iières en vers, et 4 vol. de pièces en prose. Il en parut deux éditions à la fois à Venise et à Bologne, de 1739 ù 1762, in-8». Il adopta pour ses comédies en voi s, comme Guldooi lui-même, le vers rimé martellien, ou de quatorze syllabes. Goldoni avait pris Molière pour sujet d'une de ses comédies, Cliiari lit un Molière mari •a/ou*; l'un ayant mis Térencc sur le théâtre, l'autre y mit Plaute ; la Sposa persiana du premier lit î ai ire la Schiata ehinese du second, et ensuite le SorelL chintsi. a Le grand bruit, dit l'auteur dans « sa prérace, que Ht cette année-là même (1762) a la Sposa persiana du docteur Goldoni me donna « l'envie de mettre en rivalité sur nos théâtres la a grande nouveauté des mœurs chinoises, qui put c exciter également la curiosité du public, et en « mériter les applaudissements. Mes espérances ne « furent point trompées ; mon Esclave chinoise se € soutint si bien contre le torrent de la malignité net de l'envie, que je fus encouragé à en pro- « duire une seconde du même genre, qui reprend « et continue l'intrigue de la première. Elle eut en- « core plus de succès, cl fut reçue avec transport « par lu public, alors partagé en deux {actions, et « qui y mettait beaucoup d'obstination et de eha- « leur, » Cette obstination et cette chaleur ont passé, et l'on voit ici un exemple de plus de ce que deviennent souvent au bout d'un demi-siècle ces factions littéraires qui tont tant de bruit. Cliiari ne manque ni d'invention dans les sujets, ni d'art dans la conduite de ses pièces, mais son style n'a ni force, ni vivacité, ni verve comique; son dialogue est sans couleur et sans vérité, et il tombe à tout moment dans l'affectation ou dans la langueur. 11 voulut s'élever jusqu'à la tragédie, et en donna quatre, dont le mauvais succès l'avertit de n'en pas hasarder davantage. Après avoir fourni sa carrière dramatique, il se retira à B rescia, sa patrie, où il mourut en 1788, ou, selon d'autres, en septembre I787, dans un âge très-avance. (Juelques-tjns de ses romans valent mieux que ses comédies, mais ils peignent en général de petits objets, et n annoncent point une connaissance profonde du cœur humain, romme les bons romans anglais et français. La Giuocatrice di Lollo, la Ballerinaonoruta, ta Cantatrice per disgraxia, intéressent peu . et ce sont |>ourtant ses meilleurs. Sa H clin PelUgrina inspire plus d'intérêt, mais ce n'est que l'action de l" En \ %sa\ se de Voltaire développée et mise en roman ; l'auteur la remit lui-même en comédie, sous le même titre de la Délia Pcllegrina ; c'est la dernière de suit recueil. Un a encore de ce trop fécond écrivain des Letlere scelle, des Lain e filosofiche, Letlere scrilte da donna di senno e di spirito per ammaestramentn drl suc amante, une Storia sacra per dimande e riposte, un ouvrage prétendu philosophique, intitulé : îraltenitnento dello spirito umann sopra le cose del mondo patsale; un autre qui a pour litre : Genio e Costumi del secol présente, etc. La Cantatrice, publiée à Venise, <702, a été traduite librement en français sous ce titre : Aérienne, ou les Avc»tmc$ de la marquise

de N. A"., trad. de l'italien, par M. D. L. G. (delà Grange), Taris, 1768, 2 parties in-12. G— k.

CHIARINI ( l'abbé Louis ) . philologue et orientaliste distingué, naijuit le 25 avril 1789, à Acquaviva, dans la vallée de Chiana ( Etats Homains), de parents pauvres et obscurs. Ses dispositions précoces attirèrent l'attention de quelques personnes qui pourvurent aux frais de sa première éducation. Il Ht sou cours au collège du séminaire de Monlepulciano, prit les ordres et alla ensuite étudier les langues orientales à l'université de Pise, sous le professeur Malanima. En 1814, il fut nommé répétiteur de littérature latine et grecque à l'école normale de cette ville ; mais cette institution n'ayant eu que peu de mois d'existence, Chiarini fut obligé, pour subvenir à ses besoins, de chercher des leçons particulières, et il se trouva réduit pendant quelque temps à vivre de pain et de laitage. Ses premières publications furent une ode, en italien (Pise, 1816, in-4*), adressée a son élève sir Robert Dudley Smart, pair d'Angleterre et d'Irlande, et un Essai de poésies italiennes, en partie originales, et en partie traduites de l'hébreu, du grec et du latin ( Pise, 1818). L'empereur Alexandre ayant à cette époque fait un appel aux savants italiens qui voudraient aller se lixer dans ses États, Chiarini fut du nombre de ceux qui se décidèrent à quitter leur patrie. On lui donna la chaire de langues et d'antiquités orientales ù l'université de Varsovie. A peine arrivé dans celte ville, il découvrit un astrolabe arabe, et entreprit les ouvrages elassiques, dont le gouvernement l'avait chargé et qui étaient indispensables pour l'enseignement. 11 travailla ensuite à une Histoire de l'astronomie orientale, où il recueillit tous les documents que pouvaient fournir les livres antiques, et à une Paléographie orientale et occidentale, où il parlait beaucoup des découvertes de Champollion le jeune et examinait les rapports qu'ont entre elles les différentes langues du Nord. En 1824, il composa uno dissertation sur la Fable, destinée à réfuter le système qu'un Allemand, professeur à l'université de Varsovie, avait dévclop(té dans une Histoire romaine. Mais ce qui faisait la principale occultation de Chiarini , c'était l'étude des immenses traités et commentaires des rabbins. Le gouvernement ayant crée dans la capitale de la Pologne un comité hébreu, dont le but était de combattre les préjugés des juifs du royaume, en répandant parmi eux l'instruction scientifique et littéraire, Chiarini jugea qu'un des meilleurs moyens pour obtenir ce résultat serait de taire ressortir les innombrables erreurs qui, dans le Talmud, se trouvent confondues avec de grandes vérités. A cet effet. A proposa de traduire les livres qui le composent. Ce projet, uue fois divulgué, rencontra une vive opposition, non-seulement parmi les juifs, mais encore dans le clergé catholique. Plusieurs prétres^'indignèrent contre une entreprise qui avait été jadis (brmellcmeut défendue par plusieurs bulles |KHilificales. Même la Revue Encyclopédique de Paris désapprouva hautement le projet d'une traduction totale. Tandis que les différents partis s'agitaieut, Chiarini était nommé assesseur au

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comité hébreu, directeur d'une école de rabbins fondée d'après son propre plan, cl obtenait de l'empereur Nicolas une somme considérable destinée à subvenir aux frais de ce travail. En 1829 il écrivit, pour sou discours de réception à la société littéraire de Varsovie, une dissertation dans laquelle il prouvait que le système polaire était connu îles anciens, et que cependant Copernic ne s'était pas servi de cette notion pour l'établir. La traduction du Talmud devait être exécutée dans l'espace de sept à huit ans, par une société de savants, sous la direction de Chiarini, et former 6 volumes in-fol. de 4,000 pages chaque. Il préluda à celte colossale publication par des Obtervalùmi ( Paris, F. Didot, 1820. in-8« ), en ré|ionsfl a un article de la Revue Encyclopédique, et |»r la Théorie du judaUme appliquée à la réforme det Israélites de tout tet pays de l'Europe, et servant en même temps d'introduction à la version du Talmud de Babytone, Paris, Oarbczat, 2 vol. in-8°. Ce dernier ouvrage, dédié a l'empereur Ni-, colas, qui avait alloué pour son impression une Minute de 6,000 florins polonais, est divisé en trois Punies ; la première contient un examen critique de tous les auteurs marquants qui ont écrit sur le judaïsme, dans tous les pays et dans toutes les langues de l'Europe; la seconde dévoile le véritable esprit du judaïsme, ses doctrines antisociales, et ses tendances pernicieuses; la troisième enfin indique les moyens les plus efficaces pour la réforme des juifs, et cherche i résoudre le grand problème, si souvent débattu et jamais tranché, de les rendre heureux et utiles aux pays qui leur accordent un asile. Aux yeux de Chiarini, cette réforme est renfermée tout entière dans le retour spontané du judaïsme au mosaïsme, c'est-à-dire du Talmud à la Bible, des argumentations rabbiniques a l'esprit de l'Ancien Testament. La Théorie du judaïsme souleva une vive polémique dans le monde littéraire et devint pendant quelque temps le sujet d'une foule d'articles de journaux et de brochures, surtout en roiogne, en Saxe, en Bohême. I^s critiques, tout en rendant hommage a l'érudition du livre, et aux aperçus justes et nouveaux qu'il contient, reprochèrent à l'auteur d'avoir admis comme des faits réels plusieurs calomnies répandues parmi le peuple contre les juifs, et d'avoir généralisé les erreurs de quelques écrivains et de quelques sectes, dont l'universalité des doctrines hébraïques ne doit pas être plus responsable que ne l'est le catlwlieisme des aberrations de quelques casuistes. Le premier volume de la traduction était prêt, ainsi qu'une dissertation latine fur les véritables auteurs de la Genèse, lorsque la révolution polonaise éclata. Cbiarini quitta alors les livres pour prodiguer ses soins aux malades que le choléra et la guerre entassaient dans la plupart des édifices publics de Varsovie. Au milieu de ces tristes conjonctures, il contracta le germe d'une maladie de consomption, qui, au gmcnlée encore par des accès de nostalgie, le conduisit au tombeau le 5 mars 1832, M. l'avocat P. Capci, son compatriote et son ami, lui a consacré une notice dans V Anthologie de

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CHIAnOMONTE (Jérôme), médecin empirique, se fit, dans le 17* siècle, une assez grande réputation en Italie, pour avoir le premier conseillé l'usage de la poudre de Baida comme un spécifique contre toutes sortes de maladies, Ne dans la Sicile, prés de Païenne, il pratiquait la médecine à Naples» lorsqu'il annonça la découverte de ce spécifique. Le duc d'Ossonc, vice-roi, donna sur-le-champ l'ordre d'en faire l'essai sur quinze malades pris au hasard à l'hôpital de l'Annunziala; et tous, au bout de quelques jours, fuient rétablis. Encouragé parce succès, et muni des attestations les plus flatteuses du premier médecin de Naples, Chiaromonte se rendit à Florence, où il obtint un débit considérable de sa drogue, qu'il avait décorée des noms pompeux de poudre magistrale, d'élixir de vie, de pAentx de la médecine. Après avoir parcouru tonte l'Italie, il vint, en 1027. à Cènes; mais il y trouva parmi ses confrères deux antagonistes qui n'eurent pas de peine a démontrer que les guérisons merveilleuses attribuées a sa poudre étaient dues à d'autres causes qu'à ses prétendues propriétés. Chiaromonte ne laissa point leurs attaquer sans réponse ; toutefois il jugea prudent de retournei à ISaples, avec l'argent que lui avait procuré le débit de sa poudre, et il y mourut vers 1610. La poudre de Baida cessa bientôt d'être en vogue; mais, en 1755, quelques charlatans essayèrent d'en ramener l'usage. Ou recommença, dit Cinelli, d'en fabriquer à Ancône, et plusieurs personnes notables de Bavcnne se sont empressées de s'en procurer; mais quoique tout le monde en vantât les mervcMleux effets, on ne laissa pas de mourir comme auparavant. ( Bibliot. volante, t. 2, p. 159.) On a de Chiaromonte plusieurs opuscules sur si poudre: 1" te Fenice délia medicina; ditcorso fisico-naturalecirca lapolvere magistrale, etc. , Florence, 1620, in -4°. 2- Dichiarazioni contro il tommario metodo di don Gio.- Antonio Bianchi e contro il diteorto di Piet. - Francctco Giraldini topra la tua rilrovata polvere, ehe fa stimula Bclzuar minérale. Gènes, 1627, in-4». Cel opuscule fut réimprimé avec le suivant. Z* Compendio del tuo Elixir viia?, ridotlo in polvere. Cènes, 1628 Naples, 16"55, in-4». 4* Offerrasioni e brieve diteorto del eonlagioto maie di canna, Naples, 1037, in-4«. Grégoire de Bado a écrit contre ce charlatan une brochure en espagnol, intitulée : de V Admirable Faibletse des poudres et de l'élixir de vie, Madrid, 1706, in-4*. R — d — N.

CHIABl'GI (Vincent) exerça l'art de guérir i Florence, où il fut médecin de l'hôpital Sl-Boniface, spécialement consacre aux maladies mentales et cjtanées. 11 était aussi professeur de médecine et de chirurgie prés de cel hôpital, et fut plus lard directeur de l'hôpital Sic-Marie de la même ville. Il mourul vers 1822. Ses ouvrages sont : i* délia Pazzia in grnere cd in specie. tratlnto medico-analitio* con una centuria di osservazioni, Florence, 1793-1791, 3 vol. in 8* ; Ira fuit en allemand, Leipsick, 1795, 3 vol. in-8*. Ce Iraile de la folie est base sur la pratique de l'auteur dans l'hôpital St-Bonifacc Le 1" volume traile de la folie en général, le 2* des

différentes espèces do folie, enfin le 5» renferme

cent histoires pai liculiéres de malades atteints d 'aliénation mentale, à plus de la moitié desquelles sont joints les détails de l'autopsie cadavérique. Cependant Pinel prétend que l'auteur n'a lait que suivie les roules ballucs. 2° Sa ,gio tcorctico-pralico sulle malattic cutance tordide osscrvale ncl U. Spcdalc di S.-tfwu/aeio di Fireme, Florence, 1799 , 2 vol. in-8°; nouvelle édition revue et augmentée , Florence, 1807, 2 vol. in-8\ 5° Saggio di riterche sullupellagra, Florence, 1814, in-8'. G— T— n.

Cil 1CHELE ( Huai ), né en 1302, fondateur du collège d'Ail Soûls a l'université d'Oxford, est un «les personnages les plus illustres dont s'honore l'Église anglicane. Après avoir oie placé a l'école de Winchester, puis au Nouveau-Collège, où te droit civil et le droit canon partagèrent ses méditations, il parcourut rapidement, de 1592 à 1414, l'échelle îles dignités ecclésiastiques. Il dut les premières «l'entre elles au patronage de l'ëvéque de Sulisbury, Jticli. Milford. Il venait de perdre cet ami généreux lorsque Henri IV l'envoya comme ambassadeur auprès du pape Innocent VII. De la cour papale, Chichelc passa bientôt a celle tlu roi de France, puis il revint dans l'Etat ecclésiastique où régnait alors Grégoire Ml. Ce pontile fut tellement satisfait de ses rapports aveu le savant Anglais, qu'il lui coulera l'évèché de Si- David, devenu vacant (tendant le séjour qu'il fit à l\omc en 1 408. L'année suivante, Chiehele lut député, avec Hallan et Chillingdon ( l'un évêque de Salisbury, l'autre prieur de Cauterbury ) pour représenter l'Angleterre au concile œcuménique de Pise, et il y lit preuve de zèle pour rétablir l'unité de l'Eglise catholique eu concourant à la déposition de deux papes rivaux (Gréfoira XII et Ilenoit XIII ) et à l'eleelion d'un nouveau pontife, Alexandre V, qui, comme lui, avait étudie a l'université d'Oxford. De retour en Angleterre, Chiehele vaqua exclusivement pendant quelques mois aux fondions épiscopalcs dans son diocèse, puis alla en France, avec d'auU-es négociateurs, renouveler la trêve entre les deux royaumes (1410). Cette prorogation de la paix souffrit tic grandes difficultés qui ne furent levées que l'année suivante, et qui permirent a Ciiichele de faire un long séjour à la cour de Charles VI, d'y étudier l'état déplorable du royaume, cl d'y nouer des intelligences avec les partis qui se disputaient le pouvoir et dont chacun était toujours prêt à pactiser avec l'étranger. Chiehele passa le reste du règne de Henri IV tantôt dans son diocèse de St-David. tantôt à Londres, où ses connaissances et son habileté comme homme d'État le rendaient souvent nécessaire au monarque. L'avénement de Henri V mil le comble à sa considération ; il devint uu des confidents intimes de ce prince belliqueux, reparut encore à Paris pour le renouvellement de la trêve, et au retour de celte troisième ambassade fut nommé, par les moines de Canterbury, arche* ▼êque de cette méiropole primatiale de l'Angleterre. Le pape n'approuva pas d'abord la nomination, qu'il prétendait être de son ressort, et Chiehele, par déférence pour ce pontife, n'accepta pas sur-le-champ

la brillante dignité qu'on lui conférait. Le démêlé cessa bientôt : Alexandre V acquiesça au choix ilu chapitre. Placé sur le siège archiépiscopal, Chichelo se montra digne de sa position eu prenant avec autant de prudence que de zèle les intérêts du clergé, dont à celle é|>oque le roi d'Angleterre, d'accord avec les grands, voulait s'attribuer les revenus. Chiehele sentit qu'il fallait un sacrifice : les temps n'étaient pas favorables à l'Kglise : un esprit de libellé se répandait partout; Wiclef dogmatisait, et tel se souciait peu de su doctrine idéologique qui s'emparait de ses corollaires contre l'opulence et le faste ecclésiastiques. Chiehele lit consentir le clergé sous ses ordres à l'abandon d'une partie de ses propriétés. En se rendant l'organe de ce corps dans le parlement, il parvint à faiie accepter son offre comme suffisante, et de cette manière écarta le péril gi-ve qui menaçait le temporel de l'Église d'Angleterre. En même temps il s'efforça de tourner l'attention du roi vers les affaires de France, où toutes les circonstances R'niblaicnl inviter les Anglais à porter leurs armes. Il est à croire qu'il n'eut pas beaucoup de peine a y décider Henri V, et encore moins ses sujets dont la plupart venaient à la guerre eu France, suivant l'expression du temps, pour guigner. La prévision de Chiehele et de Henri ne fut pas trompée en effet dans ce mémorable épisode de la guerre de cent ans, qu'en appelle campagne d'Aziiicourt, et dont les suites fuient le traité de Troyes et la reconnaissance de Henri V comme fulur roi de France. Deux fois, dans cette expédition continentale, Chiehele suivit Henri à l'armée. Après la mort de ce prince { 1422), l'archevêque de Canterbury se retira dans son diocèse et ne s'occupa plus que des affaires de l'Eglise, mût toujours sous le rapport religieux. L'hérésie de Wiclef excita surtout son zèle : c'est aux prédications seulement de ce dernier qu'il avait, avec raison, attribué la propension générale îles puissants du siècle à faire main-basse sur les biens ecclésiastiques. Comme antagoniste des doctrines hétérodoxes, Chiehele ne fut point au-dessus des idées de sou temps : la pcrsécuiion, non la discussion, fut son grand moyen contre des argumenlatcurs qu'en effet il est difficile de convaincre dans un culloque; toutefois il fui moins sévère a leur égard que son prédécesseur Arundel. Les lollards, sectaires qui se réunirent aux wicléfites, éprouvèrent aussi sa rigueur. En rc\ anche, il opposa une résistance opiniâtre aux prétenUon8 toujours croissantes de la cour de Rome; et, grâce à lui, le clergé d'Angleterre se maintint, ainsi que celui de France, sur une ligne d'indépendance respectueuse vis-à-vis du saint-siége. Les décisions prises par les conciles et synodes assemblés en Angleterre, sous la présidence de Chiehele, froissèrent vivement le pape Martin V, dont les agents déversèrent contre l'archevêque des calomnies que l'université d' Oxford se crut obligée de repousser |«r un éloge public de Chiehele, • le a rempart de l'Eglise anglaise contre ritérésie et la « iimon ic . etc. , etc. , » et firent planer sur l'Angleterre la menace d'un interdit. La mort du pontife mit fin à ces hostilités, cl l'harmonie se rétablit sans

concessions ultérieures de part ni d'autre. Parmi les divers règlements émanés des assemblées ecclésiastiques tenues par Cliichclc, on doit remarquer celui de 1458, par lequel il était enjoint à tout collatcur de bénéfices de ne les accorder pendant dix ans qu'à des membres de Tune ou l'autre des deux universités. Chictiele avait tenu dix-lmit synodes et atteint sa quatre-vingtième année lorsqu'il supplia le pape Eugène IV d'accepter sa démission. La réponse du pontife ne le trouva pas vivant; il venait d'expirer le 12 avril 1443. Le chapitre décida que le côté de la catbédrale où furent dépotées ses cendres ne ■recevrait plus d'autres dépouilles mortelles. Chichele avait fondé en 1422, dans sa ville natale, une belle collégiale à laquelle était annexé un hôpital. C'est en 1 437 que fut posée la première pierre du magnifique collège d'All-Souls. Les statuts de la société, pour laquelle il obtint de Henri VI une charte et du pape une bulle de confirmation, lui reconnaissaient le pouvoir législatif, établissaient un gardien et vingt membres, dont seize s'occupaient de droit civil et canon, et quatre d'arts, philosophie et théologie. La préférence pour les admissions dans le corps des professeurs devait toujours être accordée aux descendants de la famille Chichele. Cette clause «les statuts donna matière à nombre de débats parfois risibles. Suivant les Slemmata chkheleana publiées en 1705, le. sang des Chichele était alors répandu dans douze cents familles. Val. P.

CLICHESTER Voyez Pei.ham.

CHICOT , gentilhomme gascon , s'attacha à Henri IV, qu'il servit avec beaucoup de zèle et de valeur. On le surnomma le bouffon, parce qu'en parlant aux grands a\ec franchise, il entremêlait ses avis d'une Coule de traits plaisants Avant été mal. traité par le duc de Mayenne, il conçut pour lui une si grande haine , qu'il chercha dans diverses occasions à le faire périr de sa main , et il eut en deux ans trois chevaux tués sous lui, parce que, dans plusieurs affaires, il s'exposa beaucoup pour exécuter son projet. À la journée de Dures, en 1592, il lit prisonnier le comte de Clialigny, et l'amena à Henri en lui disant : « Tiens, je te donne ce prisonnier « qui est à moi. » Clialigny, irrité d'avoir été pris par Chicot qui semblait le mépriser, lui donna sur la léteun grand coup d'épée, dont il mourut quinze jours après. Dans la chambre où on l'avait transporté se trouvait aussi un soldat mourant; le curé du lieu, ligueur fanatique, ayant été appelé auprès de ce soldat, lui refusa l'absolution, sur ce qu'il était au service d'un roi hérétique ; Chicot, entendant ce refus, s'élança de son lit pour tuer le curé ; mais les forces lui manquèrent cl il expira. B — G— T.

CHICOYNEAU (François), naquit en 1672, à Montpellier. Son père, chancelier de l'université, le destina d'abord à la marine; mais ayant perdu ses deux autres lils, Michel-Aimé et Gaspard, auxquels il avait procuré tour à tour la survivance de ses nombreux emplois , il voulut réparer cette double perte en choisissant pour successeur le lils qui lui restait. François étudia donc la médecine, et reçut le doctorat en 1693, à l'âge de vingt et un ans. Trots

mois après il obtint, par les sollicitations de son pèro et la complaisance vénale de l'arehiatre Antoine Daquin, les places que ses frères avaient occupées ; mais il fit oublier, par son zèle et la noblesse de ses procédés, les usurpations dont sa famille offrait tant d'cvemples scandaleux. L'année 17*20 fut la plus glorieuse de sa vie; envoyé a Marseille où la peste régnait, il montra un courage imperturbable; très - bien secondé par ses deux adjoints, Verny et Deidier, il prodigua aux habitants des consolations et des soins. Lorsque , après un an de séjour dans cette malheureuse ville, les trois professeurs revinrent à Montpellier, ils furent reçus aux acclamations de tout un peuple, qui témoigna son enthousiasme par des arcs triomphaux et des illuminations. Leur conduite médicale n'avait pas été exempte de reproches. Persuadés que la peste n'est pas contagieuse, ils avaient négligé les précautions qui, sans doute, auraient modéré la violence ou abrégé la durée de ce fléau. Nommé, en 1731, médecin des enfants de France, Chicoyneau succéda l'année suivante à son beau-père Chirac, premier médecin du roi, et conserva cette place jusqu'à sa mort, le 13 avril 1752 : l'académie des sciences l'avait admis en 1752 au nombre de ses associés libres. Chicoyneau n'a laissé que des opuscules. Ses différents opuscules sur la peste contiennent une doctrine tellement erronée , qu'elle ne mérite pas une réfutation sérieuse ; il n'en est pas ainsi de la thèse qu'il composa, et lit soutenir par Antoine Pélisscry, en 1718 : An ad curandam luem vencream frictions mercuriales in hune finem adhibenda, ut talitœ fluxus conciutui ? Montpellier, 1718, in-8*. L'auteur prouve que la salivation mercurielle, généralement employée de son temps pour la guérison de la syphilis, est toujours inutile, et souvent très-dangereuse. 11 propose, en conséquence, d'administrer les frictions à moindre dose et à de plus longs intervalles. Cette méthode, qui forme la base du u-aitement par extinction , est effectivement préférable à toutes les autres ; mais il n'est est pas l'inventeur; car elle se trouve décrite dans les ouvrages de Jean Almcnar et de Wendelin Hock, publiés plus de deux siècles auparavant. On a de Chicoyneau : 1° Relation tuccincle touchant le» accidents de la peste de Marseille, son prognostic et sa curation, Paris, 1720, in-8* de 51 p. Vcrny et Soullier, autres médecins rie Montpellier, ont eu part a cet opuscule. 2° Observation» et Réflexions touchant la nature, les événements et le traitement de la peste de Marseille, Lyon et Paris, 1721 . in-12. 3° Lettre de M. Chicoyneau, pour prouver ce qu'il a avancé dans ses Observations, Lyon, 17-21, in-12. 4» Oratio de contagio pestilenti, Lyon, 1722, in-iv 5* Avec Scnac : Traité des causes, de» accidents et de la curt de la peste , avec un recueil d'observations, fait et imprimé par ordre du roi, Paris, 1744, in-4°. — Son fils, François Chicoyneau, né à Montpellier en 1702 et mort le 2 juin 1710, fut également chancelier de l'université et intendant du jardin des plantes de sa patrie. II aimait beaucoup la botanique, et possédait sur cette branche de l'histoire naturelle des connaissances

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