SEAU
CHATEAUNEUF ( Heaée ns Pieux, dite la belle), d'une maison illustre de Bretagne, naquit vers l'an 1550. Placée comme liUe d'honneur près de la reine Catherine de Médicis, elle inspira une vive passion au duc d'Anjou, depuis Henri III. Elle était si belle, que ce fut pendant longtemps l'usage a la cour de dire, lorsqu'on voulait louer une belle personne, a qu'elle avait quelque chose de l'air de ma- « demoiselle de Chàleauneuf. » Le roi l'aima plusieurs années, ei l'amour qu'elle lui inspira ne céda qu'à celui qu'il ressentit pour la princesse de Coude. Le duc d'Anjou employa la uuise de Des{M>rtes, surnommé ali >i s U Tibulle de la France, pour louer mademoiselle de Chàleauneuf. Ce poêle lit pour elle, au nom du prince, un grand nombre de sonnets. Les deux plus jolis sont :
Beaux nœudscrèpès et blonds, nonchalamment épars,
et celui qui commence par ce vers :
Cheveux, présent fatal de ma douce ennemie.
Lorsque Henri III, devenu roi de France, épousa la princesse Louise de (.orraine-Vauileinont, il voulut marier la belle Chàleauneuf au comte de Brienne, cadet de la maison de Luxembourg ; mais celui-ci refusa et quitta la cour, plutôt que de contracter une"
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alliance que les mœurs de mademoiselle de Chitcauncuf rendaient peu honorable. La favorite lutta longtemps contre les charmes de la reine ; mais ayant été assez hardie pour la braver dans un bal, le roi se rendit aux prières de Catherine de Médicis sa mère, et envoya à mademoiselle de Cliâteauneuf Tordre de se retirer. Le dépit la détermina a épouser un Florentin nommé Antinotti : ce mariage ne fut pas heureux. Mademoiselle de Cliâteauneuf, ayant surpris son mari dans les bras d'une autre, le tua de sa propre main. L'amour du roi, qui subsistait peutêtre encore, la préserva de la punition due à ce crime. Elle épousa depuis Philippe Allovitti, à qui Henri Hl donna, en faveur de ce mariage, la baronnie de Castcllanc. Lesort de ce second mari ne fut guère plus heureux que celui de l'autre. Il trempa dans une conspiration formée contre Henri d'Angouléme , grand prieur de France. Cette entreprise avorta ; mais le grand prieur, qui en eut connaissance, poignarda Altovitti de sa propre main. Celui-ci, blessé à mort, eut encore la force de plonger son poignard dans le bas-ventre de son ennemi. Altovitti expira peu après, le 10 juin 1586. Depuis cet événement, sa veuve échappe à l'histoire, et l'on ignore la date de sa mort. On croit cependant qu'elle survécut peu au baron de Castcllane. B— v.
CHATEAUNEUF (l'abbé... de), originaire de Chambéri, passa la plus grande partie de sa vie à Paris, où il mourut en 1709. H fut parrain de Voltaire, et l'un des derniers amants de Ninon, dont il célébra la mort par une petite pièce de vers insérée, on ne sait pourquoi, dans les œuvres de J.-B. Rousseau. L'abbée de Cliâteauneuf cultiva la musique, et avait composé un Dialogue sur la musique des anciens, Paris, 4745, in-8», qui fut publié après ! sa mort par Morabin, avec un avertissement, et qui reparut avec un nouveau frontispice en 4754. Ce petit ouvrage, qu'il parait avoir composé pour Ninon, est à la fois inexact et superficiel, et fut vivement critiqué par Burette. ( Voy. ce nom.) C'est, au reste, la seule production connue de l'abbé de Cliâteauneuf. D. L.
CHATEAUNEUF (l'Épine de), diplomate français, était cousin de Dumouriez. ( Voy. ce nom. ) Né vers 4755, il annonça de bonne heure des dispositions pour les lettres, et fit d'excellentes études dans les collèges de Paris. Dumouriez s'attacha ce jeune homme à sa sortie des écoles; et le trouvant plein d'esprit et d'instruction, l'emmena en Pologne, où il l'accrédita près de la confédération. Il lui avait fait obtenir du duc de Choiseul une sous-liculrnancc dans les dragons de Cusline. En 1771, CliAteauneuf I reçut un brevet de capitaine d'infanterie; mais, quoique courageux, il délestait la guerre par philosophie, revint en France peu de temps après Dumouriez, et entra dans la carrière des consulats. ] Nommé d'abord chancelier de Peyssonncl à Srayrne, ,il fut ensuite employé, avec le "même tiue, à Tripolitza, puis chargé par intérim du consulat de la I Morée. Il Tut, en 4784, nommé consul à Tripoli de Syrie, et en 4787 consul général à Tunis. Pendant ( sou court ministère, Dumouriez, qui n'avait jamais '
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cessé de lui porter le plus vif intérêt, le choisit pour remplacer, comme résident de la France à Genève, Caslelnau, qui était l'agent public des princes. ( Voy. ses Mémoires, liv. 5 et 6. ) Après la chute du trône, Cliâteauneuf fut confirmé dans ce poste par le conseil exécutif et accrédité comme agent de la république française ; maia ne voulant conserver aucune relation avec les hommes qui venaient de forcer son cousin à s'expatrier, il quitta Genève en 4795; et, après avoir demeuré quelque temps en Hollande, s'établit libraire à Hambourg, où il mourut en 1800. On a de lui : 4« Idylles de Tkéoerite mises en vers français, suivies de quelques idylles de Bion, M use h us el autres auteurs plus modernes, Amsterdam, 4794, in-8". 2° Paraboles de l'Evangile, mises en vers français, 4795, in-48. C'est par erreur que, dans les biographies contemporaines, ces deux ouvrages sont attribués à M. de Châteauneuf, auteur des Vies des grands capitaines. W— s.
CHATEAUNEUF-RANDON (le comte Alexakdue de), l'un des révolutionnaires les plus féroces de nos temps, était d'une famille si illustre que le fameux duc de Joyeuse tenait à honneur d'en descendre. En dernier lieu, cette famille, fort déchue de sa grandeur, habitait les montagnes du Gévaudan. Venu jeune à Paris, Cliâteauueuf-Randon fut recueilli dans la maison du comte d'Artois, qui le nomma un de ses gentilshommes, et lui lit donner un brevet de capitaine de cavalerie. En 1789, il fut nommé par la noblesse de la sénéchaussée de Mendc député aux ctab généraux; et dès les premières séances, il vota avec la minorité de son ordre. Du reste, il se montra rarement a la u-ibune. Après la session de l'assemblée nationale, il fut élu président de l'administration départementale de la Lozère, et bientôt député de la convention, où il vota la peine de mort contre Louis XVI en ces termes : «... Les « considérations |K>liliqucs n'ont été invoquées que « par le fanatisme et la tyrannie... Si quelque am- « bilieux osait attaquer la liberté , je briguerais « l'honneur de lui porter les premiers coups... Je « vote pour la mort de Louis le dernier. . . » Après avoir siégé longtemps sur la crête de la montagne, à côté de Marat et de Robespierre, et après avoir fait partie du terrible comité de sûreté générale, où il signa un grand nombre de proscriptions, Châteauneuf- Randon fut envoyé à Lyon où il supassa par son exaltation les représentants les plus cruels ; signala comme modérés même Gauthier et DuboisCrancé ; demanda (pic la société des jacobins de Paris envoyât quarante de ses membres dans cette ville pour la 'régénérer; enlin il porta avec Coutlwn le premier coup de marteau pour la démolition de cette malheureuse cité. Sa mission ayant ensuite reçu une plus grande extension, il se rendit dans le déjiaricment de la Lozère, et fut cliargc d y poursuivre son ancien collègue à l'assemblée constituante, Charrier, qui venait d'y lever l'étendard de la conu-erévulution. Cliâteauneuf- Randon, dirigeant contre lui les troupes conventionnelles, contribua beaucoup à le réduire ; il pressa ensuite sa condamnation de tout «on pouvoir; et, lorsque l'arrêt de mort eut été
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prononcé par le tribunal de Rhotlez, ce fut Cbâteauneuf-Randon qui commanda le cortège destiné l> à protéger l'exécution. (Voy. Charrier.) Il prétendit ensuite que les juges avaient manqué à leur devoir en acquittant une partie des accusés, et il demanda la révision du procès, ce qui ne lui fut pas accordé. Rentré dans le sein de la convention nationale, Châicauneuf-Randon continua de s'y montrer un des plus ardents soutiens de la montagne, et il resta même encore Tort attaché à ce parti après la chute de Robespierre. Furieux des nouvelles opinions de justice et d'humanité que manifestait alors son collègue Fréron, il le menaça plusieurs fois et voulut l'entraîner dans un duel qui cependant n'eut pas lieu. Accusé bientôt lui-même de terrorisme et de vandalisme par les départements qu'il avait ensanglantés, Châteauncuf - Randon fut près d'être décrété d'accusation, et ce qu'il y a d'assez remarquable, c'est que ce fut ColIot-d'Hcrbois qui le défendit à la tribune. Lorsque la constitution de l'an 3 fut établie, le directoire, qui ne pouvait pas abandonner de tels hommes, mais qui craignait cependant de les mettre trop en évidence, envoya Chàteauncuf-Randon dans le département de la Lozère, où il commandait en 1796, puis à l'année du Rhin avec le grade de général de brigade ; il lui donna ensuite le commandement de la place de Maycnce ; mais, le général en chef Jourdan ayant trouvé mauvais qu'il eût provoqué sans autorisation une levée en masse des habitants de l'Alsace, il fut révoqué, et revint à Paris, où il se trouvait à l'époque du 18 brumaire. Après celte révolution, on le nomma préfet des Alpes-Maritimes; mais sa réputation l'ayant devancé à Nice, il fut si mal reçu par les habitants, que le gouvernement ne put le maintenir dans cet emploi. Châteauncuf -Randon fut rappelé, et rentra dans l'obscurité, où il resta jusqu'à l'époque de sa mort, qui eut lieu en 1816, au moment où la loi contre les régicides allait le forcer de quitter la France. Il — n j.
CHATEAU-REGNAUD (François- Lolis de Rot'SSELET, comte nE), vice-amiral et maréchal do France, né en 1637, servit d'abord, en Flandre, à la bataille des Dunes, et aux sièges de Dunkcrquc et de Berg-St-Vinoc , sous le vicomte de Turcnnc. Enseigne de vaisseau en 1661, il se signala, en 1664, sur les côtes de Barbarie, à la prise de Gigeri et au combat contre les Mores, où il fut dangereusement blessé. Nommé capitaine en 1672, il combattit avec un seul vaisseau cinq corsaires ennemis, et s'en rendit maitre. Chef d'escadre en 1673, commandant deux vaisseaux, il attaqua le jeune Ruyier, contre-amiral de Hollande, qui, sous l'escorte de huit vaisseaux de guerre, conduisait une flotte de cent trente navires. Chàteau-Regnaud en coula huit à fond, et contraignit les autre» de relâcher en Angleterre. En 1678, commandant six vaisseaux, il soutint pendant un jour entier les efforts de l'amiral Éverson, dont l'armée était composée de seize vaisseaux de ligne et de neuf brûlots, l'obligea de se retirer en désordre dans le port de Cadix, et de retourner en HoJJande sans avoir procuré * la Sicile
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le secours qui lui était destiné. Il était au combat contre Papachim, vice-amiral d'Espagne, en juin 1688 ; au bombardement d'Alger, au mois de juillet suivant. Le roi le fit, la même année, lieutenant général des armées navales. Il partit de Brest, le 6 mai 1689, commandant une escadre de vingt-quatre vaisseaux, de deux frégates et de deux brûlots, pour porter des secours au roi d'Angleterre, arriva le 9 entre le cap de Clarc et Kinsale, donna la chasse à trois vaisseaux qui étaient de l'avant-garde de la flotte anglaise, et s'avança vers la baie de Bantry pour y faire le débarquement. Les ennemis parurent le 12 ; Chàlcau-Regnaud commanda le corps de bataille, suivit toujours l'amiral anglais, en le combattant, cl arriva souvent sur lui. Les Anglais ayant été mis en déroute, il débarqua le secours d'hommes et «l'argent en Irlande. Il mit à la voile le 14, découvrit le 16 sept navires hollandais qui venaient de Curaçao ; il s'en empara, et rentra le 18, avec sa prise, dans le jwrt de Brest. Il passa en 1690 le détroit de Gibraltar, au milieu de vingt-huit vaisseaux de guerre ennemis, sans être attaqué, quoiqu'il n'eût que six vaisseaux, et, ayant joint i Brest l'armée navale, il eut le commandement de l'avant-garde au combat de Bevesiers, le 10 juillet; il y enveloppa les Hollandais, et lit périr dix-sept vaisseaux de leur avant-garde. Le roi le fit grand'croix, à la création de l'ordre de Si- Louis, en 1693. Il brûla, en 1694, quatre vaisseaux espagnols dans le port des Alfaques, et conduisit cinquante vaisseaux de guerre de Toulon à Brest, malgré quatre-vingts vaisseaux ennemis qui devaient l'empêcher. Nommé capitaine général de l'Océan par Philippe V, roi d'Espagne, en 1701, fait vice-amiral du Levant à la mort du maréchal de Tourville, il passa dans les Indes occidentales pour s'opposer aux irruptions dont les Anglais et les Hollandais les menaçaient. Ayant reconnu, a son arrivée, que les ennemis n'y pouvaient rien entreprendre, il résolut de conduire en Europe la flotte du Mexique ; elle partit de la Vcra-Crux. Les commandants espagnols n'ayant point voulu aborder dans un port de France, elle relâcha, le 22 septembre 170-2. dans le pou de Vigo, en Espagne, contre l'avis de Chàteau-Regnaud. Ce port était peu sûr. La flotte des alliés parut le 22 octobre devant Vigo ; le duc d'Ormond lit sa descente au midi de la rivière. A la vue de ses grenadiers, les milices espagnoles prirent la fuite ; les grenadiers s'emparèrent du fort et du vieux château; la flotte ennemie s'avança vers l'estacade formée par ordre de Chàlcau-Regnaud, et la força. 11 fit alors mettre le feu aux vaisseaux ; on en brûla sept, on fit échouer les autres; les ennemis en prirent six et neuf galions, sur lesquels il y avait encore quelque argent et une assez grande quantité de marchandises. Chateau-Regnaud, qui connaissait la faiblesse de l'asile que la jalousie avait fait choisir aux Espagnols, avait au moins gagné sur eux qu'on transporterait àLugo l'argent des galions. ( Voy. Re-
Ikau.) 11 fut créé maréchal de France le 14 janvier 1703, et ensuite lieutenant général et commandant de la province de Bretagne, où il commanda jusqu'à
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sa mort, arrivée le 15 novembre 1718. L'abbé de St-Pierre dit que c'était un esprit médiocre, mais un guerrier courageux,, entreprenant et heureux. D. L. C.
CHATEAUROUX ( Marie-Anne, duchesse de), de l'illustre maison de Neslc, épousa en 1734 le marquis de la Tourncllc. Veuve à l'âge de vingt-trois ans, elle fut accueillie par la duchesse de Mazarin, sa tante. Elle perdit bientôt cet appui. Ses deux sœurs, mesdames de Vintimillect de Mailly, avaient successivement régné sur le cwur de Louis XV. Madame de la Tournclle, jeune, belle et spirituelle, crut pouvoir le captiver à son tour, et ne tarda pas à lui inspirer une vire passion. Plus ambitieuse que tendre, elle eut asseï d'adresse et de fermeté pour retarder l'instant de sa défaite et en dicter ellemême les conditions ; elle exigea avant tout le renvoi de madame île Mailly sa sœur, et se fit nommer dame du palais de la reine. Bientôt elle eut un parti a la tète duquel fut le duc de Richelieu ; en vain le cardinal de Fleury cl de Maurepas, qui redoutaient la branlé de «on caractère, s'opposèrent-ils â son élévation : madame de la Toumelle fut nommée duchesse de Châtcauroux, et reçut du roi le hrevet d'une pension de 80,0: 0 liv. de rente. Déclarée favorite, elle resta toujours maîtresse de sa conduite avec le roi, et l'on peut juger, par le passage suivant d'uuc de ses lettres au duc de Richelieu, combien elle était assurée de son pouvoir sur lui : s J'ai bien
* entendu gratter hier a ma porte ; mais le roi s'est
* retiré quand il a vu que je restais dans mon lit et
* que je feignais de ne pas l'entendre. R faut qu'il « s'y accoutume. « Douée d'une âme forte et élevée, madame de Châtcauroux voulut faire excuser son titre de favorite par la manière dont elle usait de son ascendant sur l'esprit du roi. Jalouse de contribuer a la gloire de son amant, ce fut elle qui ai radia Louis XV aux délices d'une cour voluptueuse, le décida à se mettre à la téle de ses armées en Flandre, et le traîna eu Alsace pour arrêter les progrès de l'ennemi. Tout le monde sait que Louis XV tomba malade à Metz, le 4 août 1741; en |»eu de jours on désespéra de sa vie, et, près de recevoir l'exlrènic-onclion, il fut obligé de consentir au renvoi de madame de Châtcauroux. Malgré sa douleur, elle reçut cet ordre avec fermeté. Il fallait partir à l'instant; mais elle se trouva dans un cruel embarras. Colle femme qui, deux jours auparavant , voyait tonte la Franco à ses pieds, n'avait pas même une voiture, lin lin le maréchal de Belle-lsle, plus admit ou plus Imrdi «pic les autres courtisans, lui donna la sienne. A peine fut-elle hors de la ville, que In jk>pulace l'assaillit d'injures et de menaces effrayantes. Les paysans la suivaient dans la eanqingne, et se transmettaient l'emploi de la maudire et île l'outrager. Elle traversa ainsi quatre-* ingls lieues de pays, et vint se cacher à Paris, pour y attendre des nouvelles du roi. Le monarque guérit, et le duc de Richelieu, qui n'avait point abandonné madame de Châtcaïu-oux dans sa disgrâce, ménagea un rapprochement entre elle et le roi ; elle fut rap|iclée a la cour après quatre mois d absence, pendant lesquels
le roi, suivant encore l'impulsion qu'elle lui avait donnée, était allé en personne diriger le siège de Fribourg. La duchesse retrouva dans le OMIT du roi tous les sentiments qu'elle lui avait inspirés avant sa maladie : son triomphe fut complet. Elle avait obtenu la promesse de la place de surintendante do la maison de la dauphine, lorsque la mort vint arrêter celte grande fortune. La duchesse de Châteauroux mourut le 8 décembre 1744. On a cru qu'elle avait élé empoisonnée, mais ce fait n'est appuyé d'aucune preuve. Quand on la compare aux autres maîtresses qui lui ont succédé, on est porté à l'excuser et à regretter sa mort prématurée ; elle avait de l'énergie, de la grandeur dans l'àme ; et si l'ambition lui avait fait désirer la place de favorite, des sentiments plus nobles lui inspirèrent le désir de coopérer à la gloire de son pays. On a publié ( Paris, 1800, 2 vol. in-12) la Correspondance inédite de madame de Chàleauroux avec le duc de Richelieu, le marquitde Bclle-hle, etc., précédée d'une notice sur sa vie, |>ar madame Gacon-Dufour. H — v.
CHATEIGNERAIE ( Fiunçois oe Vivonne, seigneur de la ) , lils puîné d'André de Vivonne, grand sénéchal de Poitou, naquit en 1320. Le roi François Ier fut son parrain. Il le fil élever, dès l'âge de dix ans, au nombre de ses enfants d'honneur, et rappclaitordmairement son tilleul. Ce jeune seigneur, doué d'une force cl d'une adresse extraordinaires, se rendit bientôt habile à tous les exercices du corps; il excellait a la lutte et à l'escrime. Sa dextérité et sa vigueur étaient telles qu'il saisissait un taureau par les cornes et l'arrêtait; à la lutte, il n'y avait pas d'homme si robuste qu'il ne portât |>ar terre; enfin, dans les tournois ou les joules, ou le voyait, à pleine course de cheval, jeter et reprendre sa lance en l'air jusqu'à trois fois, et le plus souvent n'en pas moins rencontrer la bague. Le roi l'admettait à toutes ses parties, et disait, au raiiport de Itiantôrae, dont la Chàlcigneraic était l'oncle : « Nous sommes quatre « gentilshommes de la Guienne, Chàteigncraie, San- « sac, Esse et moi, qui courons a tous venants. » Brave, brillant cl magnifique, la Chàteigncraie abusait de sa faveur, de ses succès et de son adresse, et montrait une insultante présomption. « Il n'avait « que cela de mauvais, dit Brantôme lui - même , « qu'il étoit trop haut à la main et querelleux. » Il fallait que son oncle portât ces défauts à l'cxlréme, pour que cet historien courtisan, qui dit rarement du mal de ses hommes ou de ses dames illustres, reconnût une ombre dans le tableau flalté qu'il a laissé de son noble paient. 11 n'en est pas moins vrai que la Chàteigncraie avait une si liaute réputation de bravoure que l'on disait à la cour de François !«' :
Ch&leigneraie, Ylcilleville et Bourdlllon. • Sont les trois hardis compagnons.
Une aussi brillante renommée était appuyée sur des faits, et méritée par une suite d'actions valeureuses. Il s'était distingué, dès 1515, à l'assaut de Coni, où il se signala comme volontaire, cl où il Tut blessé au bras, accident dout il se ressentit toujours, et qui,
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dans son fameux duel, contribua à sa mort. Le dauphin, depuis Henri II, prit la Chàteigneraie en amitié, et lui donna son guidon au ravitaillement de Landrecies. Il fut encore blessé dans cette occasion, ainsi qu'au ravitaillement de Thérouanne; enfin, en 1544, il combattit avec autant de gloire que de valeur à la journée de Cérisoles. Tel était la Chàteigneraie, lorsque, sur la fin du règne de François I", commença la scandaleuse affaire qui rendit sa mort plus célèbre que ne l'avait été sa vie. Gui de Chabot Jarnac, beau-frère de la duchesse d'Élampes, partageait avec la Chàteigneraie la faveur de Henri II. Il parait qu'il eut la légèreté de parler à ce prince des bontés que madame de Jarnac, sa bclle-mècc, avait pour lui, en termes assez équivoques pour prêter aux interprétations malignes, ajoutant a qu'il « en droit ce qu'il voulait de moyens pour paraître « à la cour. » ( Yoy. les Mémoire» de Vieillcville. ) Le dauphin eut l'indiscrétion de divulguer l'étrange confidence que Jarnac avait eu l'imprudence de lui faire. La faction de la sénéchale, Diane «le Poitiers, toute-puissante a la cour du dauphin et rivale de la faction de la duchesse d'Étampcs, recueillit et accrédita ce bruit injurieux, dans l'espérance qu'en déshonorant Jarnac, elle ôterait son appui à la duchesse sa belle-sceur. Celle-ci demanda au roi François 1", et au nom de non beau-frère, la punition des auteurs de bruits aussi calomnieux. Le roi ordonna la recherche la plus sé\ère, et les perquisitions remontèrent jusqu'à la cour du dauphin. Ce prince était déjà mal avec son père pour avoir sollicité le retour du connétable ; il était à craindre que le ressentiment du monarque ne s'accrut en apprenant que son fils lui-même était le premier auteur du scandale : la Chàteigneraie, pour faire sa cour au dauphin, prit sur son compte la faute, a ses risques et périls, et soutint publiquement que c'était A lui que Jarnac avait fait l'odieuse confidence qui faisait la nouvelle de toute la cour. Jarnac envoya un cartel à la Chàteigneraie ; mais le roi, tant qu'il vécut, leur refusa le combat. En 1547, à la mort de François 1er, Jarnac demanda à Henri 11 la permission de combattre la Chàteigneraie, et le prince l'accorda, dans ia confiance que tout l'avantage serait du odlé de son favori, « estant ia Chàteigneraie, disent les Mi~ « fRoire* de Vicilleville , homme fort adroit aux « armes, de courage invincible, et qui «voit fait « mille preuves et mille hasards de sa valeur; et a Jarnac non, qui fesoil plus grande profession de « courtisan et damerel A se curieusement vestir.qua « des armes et de guerrier. » Cette cause secrète du motif de la Chàteigneraie à intervenir dans une querelle qui ne le regardait pas d'abord expliqua la persévérance et ia solennité avec lesquelles il repoussa les démeulis que lui donna son adversaire. Excepté Brantôme, tout le monde lui donna tort, a S'il m'eusl voulu croire et cinq ou six de ses amis, • dit Montluc, il eust meslé sa furie contra M. de « Jarnac d'autre sorte. » Quoi qu'il en soit, le combat ni célèbre eut lieu en présence de toute ta cour dans le parc du château de St-Germain-en-Laye. Ce fut le nremier événement du régne de Henri II, qui
commençait, puisque ce prince n'était pas encore sacré. Les esprits superstitieux ont remarqué qu'un combat avait signalé son avènement au trône, et qu'un simulacre de combat, non moins sanglant ni moins funeste, termina son règne et sa vie. « Il estoit o quasi soleil coucher premier qu'ils entrassent en « duel. » La Chàteigneraie s'avança avec toute la fierté d'un champion sur de la victoire. Il fut vaincu, au grand étonnement du roi et de toute la cour. Jarnac, d'un revers qui s'appelle encore le coup de Jarnac, et est passé en proverbe, lui fendit le jarret, et le lit tomber baigné dans son sang. Jarnac vainqueur conjura la Chàteigneraie de vivre, pourvu qu'il lui rendit son honneur. Son rival humilié refusa constamment. Trois fois Jarnac se mit & genoux devant le roi pour le supplier de sauver la Chàteigneraie : le prince étonné, affligé, mais attendri, consentit enfin, et dit au vainqueur : « Vous avez a combattu comme César et parlé comme Cicéron. ■ On prit soin de la Chàteigneraie, mais il voulut mourir, et déchira l'appareil mis sur sa blessure. Tout concourait à augmenter son humiliation ; car, sous sa tente, il avait fait préparer un grand souper, et avait invité d'avance ses amis pour se réjouir d'une victoire qui lui coûterait si peu. Ainsi mourut à 26 ans François de Vivonne de la Chàteigneraie, an milieu de la plus brillante carrière, puisque Henri II venait de lui promettre la charge de colonel général de l'infanterie française. Il fut tué le 10 juillet 1547. M. de Guise, nommé alors M. d'Aumale, lui fit élever un tombeau chargé d'une fastueuse épitaphe adressée Aux mânes pies de François de Vi vonne, chevalier françois très-valeureux. Mais Brantôme lui-même rend une justice plus naïve et plus vraie a la mémoire de son oncle, quand il dit : « Et « y en eut force qui ne le regrettèrent guéres : car a ils le craignoient plus qu'ils ne l'aimoient. » Le combat de la Chàteigneraie fut le dernier duel autorisé. On ne sait sur quel fondement Gaillard a contredit cette assertion de tous les historiens. — L'abbé dk la Chàteigneraie a publié, â la fin du 17* siècle, Connaissances des arbres fruitiers, Paris, 1692, in-12, ouvrage qui n'indique guère que ce que l'on trouve dans beaucoup d'autres de co temps-là ; mais il est remarquable par la précision avec laquelle il est rédigé. L'auteur le dédia à Louis XIV. S— -Y.
CHATEIGNIER. Voyez Rocheposàt.
CHATEILLON. Vayet Castalion.
CIIATEL (ou). Voyet Duchatbl.
CHATEL (Jbak), lils d'un riche marchand drapier de Paris, faisait ses études au collège des jésuites, et était à peine âgé de dix-neuf ans, lorsque, le 27 décembre 1K94, il entra au Louvre avec uu couteau caché dans son pourpoint ; il pénétra dans la chambre de Gabrielle d'Estrées, où Henri IV venait d'entrer tout botte à son retour de Picardie, et, tandis que le monarque, suivi de plusieurs seigneurs, se baissait pour relever les sieurs de Ragni cl de Montigni, qui lui étaient présentés, Châtel lui porta un coup de couteau qu'il dirigeait dans la gorge, et qui fut reçu à la lèvre supérieure. Ainsi le roi dut de n'eue pas ûappé mortellement, au mou-.
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\ cmcnt qu'il fit en s'inclinant vers les deux jeunes seigneurs qui voulaient embrasser ses genoux. Blessé, ayant une dent rompue, Henri regarde autour de lui , aperçoit une femme nommée Mathurinc , qui depuis longtemps suivait la cour en qualité de folle, et s'écrie : a Au diable soit la folle, .elle m'a « blessé. * Mais cette femme court aussitôt fermer la |>orte, montrant ainsi que sa folie n'était qu'apparente. Le comte de Soissous aperçoit à côté de lui Châtel, dans un état d'agitation et de trouble qu'il ne pouvait maîtriser, et, l'arrêtant, dit : « C'est vous « ou moi qui avons blessé le roi. «Châtel est fouillé; il jette à terre le couteau sanglant, et confesse son crime. Le même jour, Henri IV écrivit à toutes les villes du royaume : « Un jeune garçon, nomme Jean « Cbillel , fort petit, et âgé de dix-huit à dix-neuf « ans, s'étant glisse dans la chambre, s'avança sans « être quasi aperçu, et nous pensant donner dans « le corps du couteau qu'il avoit, le coup ne nous a « porté que dans la lèvre supérieure du coté droit , c et nous a entamé et coupé une dent. Il y a, Dieu « merci, si peu de mal, que pour cela nous ne nous « mettrons pas au lit de meilleure heure.» Henri IV voulait qu'on laissât aller Ciialel, disant qu'il lui pardonnait. Lorsqu'il apprit qu'il avait été élevé par les jésuites, il s'écria: « Fallait-il donc que les jésuites • fussent convaincus par ma bouche ! » On lit dans le Journal de l'Étoile, que d'Aubigné, gouverneur de Mailiezais, osa dire au roi , « que de sa lèvre il « avait renoncé Dieu , et partant que Dieu l'y avait « frappé ; mais qu'il prit garde a ce que le second « coup ne fût porté au cœur. » Le même auteur ajoute : « Parole trop hardie d'un sujet à son roi, si « c'eût été un autre que d'Aubigné, auquel Sa Mail jesté, pour ce qu'il l'aimoit, permettoil de tout « dire , et n'en trou voit rien mauvais, lui ayant a même à cette heure-la commandé de lui dire liât brement ce qu'il sentoit de ce coup. » De Thou et Mézerai rapportent que, tandis qu'on rendait des actions de grâces à Dieu, dans l'église de Notre- Dame, pour la conservation du roi , la populace, en fureur, se porta au collège de Clermont, et eût mas* sacré tous les jésuites, si le roi n'avait envoyé des gardes jwur les protéger. Le père de Jean Chàtel et toute sa famille furent arrêtés, ainsi qu'un curé de Paris, quelques religieux de divers ordres et plusieurs anciens ligueurs. Le grand , prévôt de l'hôtel s'était saisi du régicide, et allait le juger, lorsque le président de Thou obtint qu'il fût renvoyé devant le parlement. Chfttel fut interrogé au For-I'Evêque, et ensuite à la Conciergerie. Il déclara que, dés son adolescence , il avait contracté une habitude infâme qu'il ne pouvait surmonter ; que, pressé par les remords qui l'agitaient, et ayant entendu soutenir au collège qu'il était permis de tuer un roi hérétique , il avait cru pouvoir expier ses désordres en assassinant Henri de Bourbon (c'est ainsi qu'il nommait le roi); que s'il ne l'avait pas fait, il le ferait encore; mais, malgré toutes les questions pressantes du juge, il ne chargea aucun jésuite nominativement. Pierre Lugoli, lieutenant criminel, se déguisa en prêtre. et voulut essayer d'obtenir, par la confession, les plus
secrètes révélations du coupable; mais Chltel persista toujours à dire qu'il avait agi de son propre mouvement et par zèle pour sa religion. Le tameux Jean Boucher, auteur de l'Apologie pour Jean Châ~ tel, prétend que Lugoli ayant oublié de réciter les prières qui précèdent la confession, le pénitent reconnut que c'était un révérend père nouveau imprimé. Quoi qu'il en soit, Chàtel persista à dire, qu'admis aux exercices spirituels chez les jésuites , dans la chambre des méditaliom, où l'enfer, peint sur les murailles, pouvait exalter les tètes faibles et les caractères ardents, et effrayé par la crainte des feux éternels dont on le menaçait s'il persévérait encore dans son malheureux penchant, il avait résolu d'assassiner le roi, espérant que cette action, utile à l'Eglise , ferait réduire ù quatre les huit degrés de tourments auxquels la vengeance divine pouvait le condamner. Il ajouta qu'il avait eu pour regent le jésuite Guéret, et que, deux jours avant son attentat, il l'avait consulté sur un cas de conscience. Ce jeune assassin, d'un caractère sombre et mélancolique, subit avec un courage effroyable, cl sans faire aucune confession, la question ordinaire et extraordinaire. Sa sentence de mort fut prononcée le 29 décembre et exécutée le même jour; on lui remit dans la main le couteau parricide, et c'est ainsi armée qu'elle fut coupée par le bourreau. H fut ensuite tenaillé , tiré à quatre chevaux , ne donna aucun signe de repentir, et parut même insensible aux atroces douleurs du plus affreux supplice. Ses membres furent jetés au feu et ses cendres au vent. Les ligueurs , qui avaient fait de Jacques Clément un saint martyr, qui avaient prononcé des discours funèbres en son honneur et lui avaient élevé des autels, inscrivirent Chatel dans leur martyrologe; mais l'ordre rétabli dans Paris les empêcha de donner quelque solennité à ce culte impie. Pendant îcs fureurs de la ligue , les jésuites , comme d'autres prêtres séculiers et réguliers de divers ordres , avaient prêché l'exécrable doctrine du régicide. C'était la funeste maladie des têtes ardentes dans ces temps malheureux. Des commissaires furent chargés par le parlement de faire l'inventaire des livres des jésuites et l'examen de leurs papiers. On trouva des écrits séditieux de la main d'un régent [voy. (if i- GNAiin) ; il fut pendu le 7 janvier 1595. Le même jour, le père de Châtel , banni pour neuf ans, condamné à 4,000 écus d'amende, modérés a 3,000, qu'il paya comptant, sortit de Paris avec tous les jésuites, au nombre de trente-sept ; le même arrêt rendu contre le parricide les condamnait , ainsi que tous les écoliers du collège de Clermont , a un bannissement perpétuel. Ils furent conduits par un huissier du parlement ; et « voila, dit l'Etoile, comme « un simple huissier, avec sa baguette , exécuta ce « jour ce que quatre batailles n'eussent su faire. » Le jésuite Guéret , après avoir été appliqué à la question ordinaire et extraordinaire , fut banni a perpétuité, le 10 janvier (voy. Gf kret) , avec le jésuite Hay, Ecossais, accusé d'avoir dit, « qu'il eût a voulu tomber du haut d'une fenêtre sur le Béara nais, pour lui rompre le col. » On lit dans l'Jatf.
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Coton, que l'arrêt rendu contre Jean Chatel fut mis dans Home à l'index ; mais il fut répondu que cet arrêt contenait une clause d'hérésie qui seule avait été le sujet de la censure, cl que le pape avait écrit à Henri IV pour l'assurer que Rome délestait l'attentat de Chûtelautant que la France même pouvait le détester. La maison de Chàlel, qui élaitdevanl le palais de justice, fut rasée; on éleva sur l'emplacement une pyramide à quaire faces, sur lesquelles furent gravées en lettres d'or l'arrêt du parlement et diverse» inscriptions grecques et latines, en vers et qn prose, rédigées par Scaliger. Lorsque les jésuites furent rappelés, cette fameuse pyramide, dont on trouve la gravure dans quelques recueils , et qui paraissait avoir été élevée moins contre Jean Chàlel que contre les jésuites , fut abattue au mois d'avril 1005, à la sollicitation du P. Cotton. Le prévôt des marchands, Miron, lit bâtir à la place une fontaine qui portait cette inscription :
Hic ubi reslabant sacrl monumenta furoris, Liait infaodum Mi roui s uuda scelus;
mais quand les jésuites eurent recouvré leur ancien crédit, ils firent effacer ces vers; la planche gravée de la pyramide fut brisée trois mois après l'assassinat de Havaillac, et la fontaine elle-même fut depuis transférée rue St-Viclor.On trouve le procès de Jean Chatel dans le 0* volume des Mémoires de Condi. Il fut imprimé séparément à Paris, en 4595, in-8°. [Voy. BouciiEn.) Le livre intitulé: Jesuila sicarius, traduction de l'Apologie de Jean Chàlel, a été imprimé, non à Lyon, mais à Genève. V — ve.
CHATEL (François nu), peintre, naquit a Bruxelles, en 1020. David Téuiers lui reconnut de si heureuses dispositions , qu'il mit tous ses soins à le former. Du Chàlel est' un peintre ingénieux, que l'on peut comparer à Gonzalés Coques. Les biographes ne donnent aucun détail sur la vie de cet excellent artiste ; mais sa fortune dut être considérable, si nous en jugeons par le nombre de ses ouvrages et par le prix qu'il en recevait. Du Châlcl a peint si exactement dans la manière de David Téniers , que l'on peut aisément s'y tromper. 11 avait cepeudant plus de noblesse que son maître dans sa manière de Irailer les mêmes sujets. Il ne peignait, en sortant de l'atelier de Ténicrs, que des tabagies et des corps de garde ; mais il abandonna par la suite ce genre de compositions, pour ne peindre que des conversations, des assemblées, des bals et des portraits de famille. Partout son dessin est correct, sa couleur excellente et sa touche pleine d'esprit. Du Ctiatel entendait très-bien la perspective, de même que le clair-obscur; il ne [teignait guère ses figures que de la hauteur d'un pied ; elles sont toutes labillées suivant la mode du temps. Le tableau le plus considérable de cet habile maître représente le roi d'Espagne qui reçoit le serment de fidélité des Hais du Drabànt et de la Flandre, en l'année 1000 ; ou y compte plus de 1,000 ligures. Ce tableau eil d'une beauté admirable et d'une variété singulière ; les groupes en sont bien liés , et les plans partagés habilement et sans confusion. Bien des
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gens se sont mépris à ce tableau, et l'ont cru de la main de Coques. Sa longueur est d'environ 20 pieds sur 14 de hauteur. A — s.
CHATELAIN (George), en latin Castellattvs , né à Gand en 1404 , embrassa la profession des armes , et voyagea en Espagne, en France , en Italie et en Angleterre, où il se distingua, par son adresse et sa bravoure, en différentes occasions. De ■•etom- de ses voyages , il parut à la cour du duc de Bourgogne , Philippe le Bon , son souverain , qui l'accueillit avec intérêt. Ce prince l'attaclia à sa personne par les charges de pannetier et d'écuyer, le nomma membre de son conseil privé, et, quelque temps après, le créa chevalier; ce fut alors que Cliâtelain composa les ouvrages en vers et en prose qu'il a laissés et qui lui firent une grande réputation. Ses contemporains lui décernent les litres les plus flatteurs. 11 mourut à Valencicnnes , le 20 mars 1474. On a de lui : 1» un poème intitule : Reeolleelion des merveilles advenues en noire temps, continuées jusqu'à présent par J. Moiinet , Anvers, in-40, goth. Ces poésies ont été réimprimées à la suite de la Légende de maistre Pierre Ferfeu , par Charles de Bourdigné, Paris, Coustelier, 1725, in-8» (roy.BocRihi.nl et plusieurs fois depuis. 2° Les Epitaphes d'Hector, fils de Priam et d'Achilles , fils de Péléus, Paris, 1525, in-8° : c'est un ouvrage singulier, mêlé de prose et de vers. 3" Histoire du bon chevalier Jacques de Lalain , frère et compagnon de la Toison d'or (mise au jour par Jules Chi filet), Bruxelles, Vulpius, 1654, in-4*. 4" La Vie du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, manuscrite. La Croix du Maine lui attribue : 1° le Temple de la ruine d'aucuns nobles malheureux, tant de France que d'autres nations étrangères, à l'imitation de Bocace , Paris, Galliot Dupré, 1517, in-foL, goth. ; 2* l'instruction du jeune prince, contenant huit chapitres. Jean Molinet dit que Châtelain avait composé un grand nombre de vers, chansons orpheynes, proverbes salomoniques, tragédies, comédies, mètres virgilianes et sentences prosaïques. Il parait que tons ces ouvrages sont perdus. La Monnoie lui a allribue encore le poème du Chevalier délibéré , sans réfléchir que cet auteur, étant mort dés 1474, n'avait pu écrire l'histoire du siège de Nancy , qui n'eut lieu qu'en 1476. On sait d'ailleurs que cet ouvrage est d'Olivier de la Marche. I Voy. la Biblioth. Belgica de Valére André, et, la Bibliothèque française de la Croix du Maine et Duverdier.) W — s.
CHATELAIN (Jean-Baptiste), dessinateur et graveur à la pointe et au burin, naquita Londres1 en 1710. Joseph Sirutt nous représente Châtelain comme un homme d'un caractère bizarre, niais d'un talent très-distingué pour graver le paysage. Ceux qu'il a faits d'après les tableaux de Gaspard Poussin sont en grand nombre ; plusieurs ne sont que des eauxforlcs, terminées en manière noire par Houston. Châtelain a aussi beaucoup travaille d'après Marco Ricci , Piètre de Cortone et Nicolas Poussin. Les diftérentes gravures qu'il a faites d'après ces maîtres sont estimées; la touche en est libre et facile; l'exécution pleiue d'esprit. Châtelain était compté
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au nombre des plus habites graveurs de paysages ;
mais il ne se mettait i l'ouvrage que lorsqu'il était pressé par la nécessité. Il a gravé plusieurs pièces en société avec son ami Vivarés , élève de I.ebas ; d'autres sont entièrement de Châtelain, quoiqu'on 7 trouve le nom de F. Vivarès accolé an sien : c'est un charlatanisme des marchands d'estampes , qui profitaient de la préférence que les amateurs accordaient aux gravures de Vivarès, pour ajouter son nom à celui de Châtelain. Le beau paysage de Piètre de Cortone, avec ces paroles : a Suivex-moi, je vous « ferai pêcheurs d'hommes, » est gravé tout entier par Châtelain , quoiqu'on lise le nom de Vivarés a côté du sien ; c'est ainsi que la gravure du beau paysage de Nicolas Poussin, où l'histoire de Pyrarne etThisbé est si heureusement représentée au milieu d'un orage, porte encore le nom de Vivarès, quoiqu'il n'y ait pas travaillé ; le même charlatanisme est encore mis en usage a I égard d'un fort beau paysage, dans le style héroïque de Fr. Uolognésc, gravé par Châtelain, et représentant la Fus de Ca$lel Gandolfo. Châtelain est mort à Londres en 1771 . Il a gravé à l'eau-fortc divers paysages de sa composition, où l'on trouve le germe d'un talent supérieur. A— s.
CHATELAIN (I\B?iÉ-TnÉopniLB), journaliste, né à St-Quentin, le 19 janvier 1790, fut envoyé de bonne heure au lycée de Reims par son père, qui n'épargna rien pour cultiver ses dispositions studieuses. Mais l'ardeur militaire qui était, sous l'empire de Napoléon, la passion dominante de la jeunesse française, enleva Châtelain aux calculs paternel*. H s'engagea en 1808 dans un régiment de cavalerie, fit les campagnes d'Espagne, de Hussie, d'Allemagne, et fut partout distingué par ses chefs comme brave soldat, puis comme excellent officier. Il obtint la croix de la Légion d'honneur en 1813, et ne quitta les armes qu'au licenciement de l'armée, en 1815 : il était alors lieutenant. Arrêté ainsi au commencement de sa carrière, il dut songer à s'en créer une nouvelle; et, comme il la fallait indépendante à un caractère tel que le sien, il donna à la culture des lettres une préférence que ses sucres ont justiliée. Sa première publication fut le Voyage d'un Etranger en France pendant let mots de norem6re et décembre 1816, Paris, 1817, in-8", où l'auteur met en scène les prétentions gothiques des gentilshommes encroûtés de féodalité qni dominaient alors. Le Paysan et le Gentilhomme , Paris, 1818, in-89 (trois éditions la même année), et le Seizième tiède en 1817 (même année, même format), qui parurent ensuite à peu d'intervalle du premier, offraient également une satire des sottises et des travers politiques du temps. Le dernier de ces ouvrages obtint les honneurs de la saisie, ce qui ne nuisit point à sa vogue, car il eut deux éditions. Châtelain publia, vers la même époque, différentes brochures qui eurent toutes un surcés de parti : 1* Quelques Abu» introduit» dan» le tytthne religieux, Paris, 1817, in-8* ; 2° Entretien turle caractère que doivent avoir le» homme» appelé» à la reprétentalion nationale, Pari», 1818, in-8» j 5« une brochure publiée et an-
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noncée cbex Lhulllier, libraire à Paris, en 1819,
sur les élections de la même année, et qui fut saisie à la requête du ministère public. (Voy. la France littéraire de M Querard.) Le genre de talent de Châtelain, dont la jeunesse, la vivacité et une certaine acerbité spirituelle étaient les qualités dominantes, le rendait essentiellement propre à la polémique des journaux. Il travailla au Centeur, et plus d'une (bis les articles au lus desquels ligurait son nom tempérèrent la gravité de ce journal si sérieux. 11 fut également l'un des collaborateurs du Nouvel Homme grit, de la Renommée, qui remplaça le Centeur, et, lorsque enlin, en 1819, le Courrier, fondé sur les ruines de ces deux derniers journaux, lut abandonné par M. Villenave, les nouveaux actionnaires, voulant donner A cette feuille une couleur d'opposition plus tranchée, en confièrent à Châtelain la rédaction générale. Lorsqu'en 1828 une nouvelle loi de la presse nécessita quelques changements dans l'organisation du Courrier fronçai», M. Valentin Lapelouzc partagea la gérance avec Châtelain, avec lequel il marchait depuis neuf ans dans un accord parfait d'opinions et de pensées. Dans son journal, Châtelain fit une guerre incessante à la restauration, et fut un des premiers à protester contre les fatales ordonnances de 1830. « Dans cette grande crise po- « litique, dit un biographe, il fut l'homme de la veille « et du jour, il dédaigna d'être l'homme du lende* a main. » Fidèle a ses principes, lorsqu'il vit les mécomptes de la révolution de juillet, il continua de se tenir dans une ligne de vive opposition, o Tantôt, «a rappelé M. Ulanqui sur la tombe de Châtelain, « c'était pour s'élever contre quelque oppression, tan. « tôt pour flétrir quelque apostasie. La cruauté sur- « tout lui faisait horreur. Eh quoi ! toujours du sang, « disait-il quelquefois en parlant des rigueurs poli— « tiques contemporaines. » Comme journaliste, Châtelain possédait au plus haut degré les qualités de celle profession, dans laquelle il esl trop facile d'être médiocre : la netteté et la vigueur du style, l'énergie et la justesse de la pensée : toujours prêt jour et nuit, jugeant d'un oeil sùr, sous le point de vue de son opinion, les événements et les hommes. Cette vie militante sans repos, sans trêve, dévore les hommes : aussi Châtelain est mort jeune encore, au mois de mars 1838. Ses funérailles eurent de l'éclat : après M. Ulanqui, de l'Institut, un autre ami, son collaborateur, M. Léon Faucher, a prononcé son éloge sur son cercueil. Outre les ouvrages de Châtelain que nous avons déjà cités, il avait publié, en 1820, les lettre» de Sidi- Mahmoud, écrite» pendant ton téjour en France, Paris, 1825, in-12 (deux éditions la même année). Le cadre de cette composition, où l'on voit un barbare transplanté, avec ses itlées orientales et ses habitudes africaines, au milieu de notre civilisation, est encore une imitation des Lettre» Pertanet, ce chef-d'eruvre tant de fois imité. On doit reconnaître rc|>endant que le livre do Châtelain offre plus d'une page très-piquante et est écrit avec une pureté de style remarquable. On lui doit encore l'introduction au résumé de l'Hittoire de Portugal, de Rabbe, morceau qui a été juge
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«supérieur à l'ouvrage. Enfin il a eu part à la traduction de» Chef» - d'autre du théâtres étrangers. D— r— -R.
CHATELET ( Gabhirllb-Émilib le Townei.ier uk Bretbuil, marquise nu), Idledu baron de lireteuil, inli-o«1u€leur des ambassadeurs, naquit en 1 706. Douée d'un esprit vif et pénétrant , avide de tous les genres d'instruction , elle apprit de bonne lnure le latin, l'anglais, l'italien. Les grands écrivain» de ces trois langues fui étaient familiers; elle avait commence une traduction de Virgile, dont on a conservé quelques fragments manuscrits. Elle réunissait l'amour des arts et des lettres à l'élude des sciences les plus élevées ; elle avait des connaissances assez étendues en géométrie, en astrouomie et en physique. Elle épousa, très-jeune encore, le marquis du Chatelcl-Lomont , lieutenant général , et d'une famille illustre de Lorraine. Sou mariage et les plaisirs de la cour ne la détournèrent point de l'étude des sciences dans lesquelles elle faisait chaque jour admirer ses progrès. En 17.18 , elle concourut pour le prix de l'académie des sciences , qui avait proposé de délerminer la nature du feu. Deux ans après, elle lit paraître ses Institutions de physique, auxquelles elle joignit une analyse de la Philosophie de Leibnjls. Ce fut au commencement de 1 74 1 qu'elle eut avec Mairan une dispute célèbre sur les forces vives. Elle s'occupait en même temps d'un autre ouvrage qui devait ajouter à sa réputation parmi les savants : c'est la traduction des Principes de New- Ion, qui ne Tut publiée qu'après sa mort. Madame (lu Uiàlelet mourut en couches, au palais de Lunéville, le 10 août 1749, à l'âge de 45 ans cl demi, et fut inhumée dans la chapelle voisine. Peu d'années après son mariage, elle était accouchée d'une lille, circonstance que Voltaire raconte d'une manière plus que singulière . « Luc femme, dit-il dans une « lettre, qui a traduil et éclairci Newton, en un mol « un très-grand homme, que les femmes ordinaires « ne connaissaient que par ses diamants cl le cava- « gnole, étant cette nuit, 4 septembre, à son secré- « taire, selon sa louable coutume, a dit : Mais je me « mm quelque chose. Ce quelque chose était une |»e- « tite lille , cpii est venue au monde sur-le-champ ; « on l'a mise sur un livre de géométrie qui s'est a trouvé là, et la mère est allée se coucher. » La marquise du Chàlelet, si on en croit les mémoires du temps, fut entraînée par deux fissions qui remplirent toute sa vie , l'amour et la gloire. Elle joignait à l'amour de la gloire, dit Voltaire, une simplicité qui ne l'accompagne pas toujours. Jamais personne ne fut plus savante , et jamais personne ne mérita moins qu'on dit d'elle : a C'est une femme sa- « vante. » De graves éludes n'cm|>èchaicnt point la marquise du Cliàlclel de rechercher avec avidité les amusements les plus frivoles ; Vollairc disait encore d'elle :
Son espnt est trés-philosophe,
« Je ris plus que personne aux marionnettes, dit la « marquise du Chatelel elle-même dans ses Réflexion
« sur le bonheur, et j'avoue qu'une boite, une porec- « laine , un meuble nouveau , sont pour moi une « vraie jouissance. « Madame du Défiant , qui (ait un portrait satirique de la marquise du Chàlelet. la traite avec beaucoup de sévérité : « Emilie, dit-elle, « travaille avec tant de soin à paraître ce qu'elle « n'esl |«s, qu'on ne sait plus ce qu'elle est en effet. « Elle est née avec assez d'esprit, le désir de parai- « ire en avoir davantage lui a fait préférer l'étude « des sciences abstraites aux connaissances agréa- « bles. Elle croit, par celle singularité, parvenir à « une plus grande réputation , et à une supériorité « décidée sur toutes les femmes. » Plusieurs écrivains ont vanlé la bonté de madame du Chàlelet; ou lui montra un jour une brochure où elle était maltraitée. « Si l'auteur» dit-elle, a perdu son temps c à écrire ces inutilités, je ne veux pas perdre le ■ mien à les lire. ■ Le lendemain, ayant appris que cet auteur avait été enfermé , elle écrivit pour lui sans qu'il l'ail jamais su. Passionnée pour les beaux ver», elle rechercha de bonne heure l'amitié de Voltaire; cette liaison, qui troubla m vie et nuisit à sa réputation , a donné lieu à plusieurs anecdotes que nous ne rapporterons point ici, les unes par rcs|>ect pour la décence , les autres par égard jwur la vérité. Au reste , quelle qu'ait élé la nature de cette liaison, le souvenir en sera plus durable que les ouvrages de madame du Chatelel, qui commencent i être oubliés, et dont voici les titres : 1» Institutions de Physique, Paris, 1740, ou Amsterdam, 1742 , in-8° , lig. 3° Réponse de Madame (du Chàlelet ), à la lettre que M. de Mairan lui a écrite le 18 février 1741 , sur la question des forces vives, Bruxelles, 1741, in-8" de 4o p. 5" Dissertation sur la ncriure et la propagation du feu , Paris, 1744, ; imprimée aussi dans le 4* vol. des Pièces couronnées par l'académie des sciences. 4° Principes matitématiques de la philosophie naturelle, trad. de Newton, Paris, 1756, 2 vol. in-4*. 5« Doutes sur les religions révélées , adressés à foliaire, Paris, 1792, in-8', ouvrage posthume , qui ressemble licaucoup à un autre |K>rlant le mémo litre, et attribué à Gueroult de Pival. Hochet a donné tea Lettres inédiles de la marquise du Chètetet à M. Je comte d'Argenlal, Paris, 1806 , iu-80 et ùi-12. Ces lettres sont précédées de deux notices historiques, l'une sur le comte d'Argenlal , l'autre sur madame du Chàlelet, et suivies d'une Dissertation sur l'existence de Dieu* et de Réflexions sur le bonheur, par la même. Ces Réflexions avaient déjà été imprimées dans un volume intitulé : Opuscules philosophiques et littéraires , Paris, 1796 , in-8» (I). L'éloge de la marquise du Ciiàtclet se trouve en léte de la traduction des Principes de Newton. ( Voy. Voltaire. ) M— tk
(I) Oepnw. MM. Sérier* et F.r\arn" oui publie : Lettres inédites tsumwqelm 4u Cketekl,et nppttmtM 4 h cmrspomtanet 4e Vcttmrt vmtfrotdt Pr%nt et arec étante* ptrumne*. 0* 9 a joint qtrtiuei letlm de cet ferirmm «a* m'o* pu tU rttnr*Uie* rfrtw In ttHrrtn complète», *\ec in noies knslorigaes, etc., l^rU, IS1S, in-8'. Mais silwi M. Wtiot. ht plem donne» pmirinedite* dans re ref oeil se ircn tient déjà dira l'édiitcHi «le Kent (t
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CHATELET - LOMONT ( Florent-Locis-Maiub, duc du ) , né à Sémur en Bourgogne, flU de la femme célèbre qui fait le sujet de l'article précédent entra au service de bonne heure, et fit ses premières armes sous son père, officier de mérite. Colonel à seize ans, il se distingua à la bataille d'IIastembeck à la léte du régiment de Navarre, et y reçut un blessure que Ton crut mortelle. Après avoir été menin du père de Louis XVI, il fut créé duc en 1777 ; et lors du renvoi de l'archevêque de Sens, il refusa la place de chef du conseil des finances. La mort du maréchal de Uiron ayant laissé vacante la place de colonel des gardes françaises, elle fut donnée au duc du Chàtelet , qui était aussi colonel du régiment du roi. Les girdes françaises, sincèrement attachées à leur ancr.-u colonel et a son illustre famille , auraient désiré avoir pour chef le duc de Lauzun, héritier de son r.om et de son titre, et qu'on regardait comme le ph's aimable et le plus brillant seigneur de la cour. Le nouveau duc de Biron n'ambitionnait pas nu ins de se voir à la tête de ce corps privilégié. Ttf'n furent les préventions qui accompagnèrent la nomination du duc du Châteïet au commandement des gardes françaises. La discipline qu'il voulut y introduire , les reformes qu'il entreprit, utiles sans doute en elles-mêmes, mais dangereuses dans les circonstances où il se trouvait, excitèrent les murmures des soldats, et les prc|>arèrcut a la révolte, dont ils prirent bientôt l'initiative. On a dit que les nombreux changements que le duc du Châlelct voulut faire dans le régiment des gardes françaises furent une des causes de la révolution , ou au moius une des plus immédiates; mais sous un gouvernement plus ferme et plus hubile que celui de Louis XVI, tout cela eut été de peu d'importance. Au premier mouvement insurrectionnel, le duc du Chàtelet, qui était député aux états généraux par la noblesse du Barrois, lit tous ses efforts pour le réprimer. A l'assemblée nationale il professa des opinions très- modérées. Lorsqu'il fut question de statuer si, en cas d'extinction de la branche aînée des Bourbons régnante en France, celle d'Espagne pourrait avoir des droits à la couronne, le duc du Châlelct fut d'avis d écarter toute dUcussion sur un pareil sujet, par opposition a Mirabeau, qui, |wur plaire à la maison d'Orléans, voulait que l'exclusion des Bourbons d'Espagne fut déclarée. Dans la nuit du 4 août 1789, le duc vota pour le remboursement de la dlme et de tous les droits féodaux , sur le pied d'une juste estimation, et fut un des premiers à demander l'abolition des corvées seigneuriales et des servitudes personnelles, sans aucune indemnité. Il était d'avis que le rachat des droits féodaux ne serait pas moins avantageux aux titulaires qu'aux redevables eux-mêmes. Il soutint que tous les ministres du roi devaient être responsables de leur gestion, et proposa d'adopter à leur égard le warrant d'Angleterre. 11 voulait qu'on affectât | h. nu- 400 millions de biens ecclésiastiques au payement de la dette: mais il s'opposa à l'expropriation du clergé. A ces concessions près cl à quelques autres de peu d'mi|x>rlance, le duc du Châlelct resta
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fidèlement attaché à son ordre. Proscrit pendant le règne de la terreur, il ne voulut point sortir du royaume et resta longtemps à Paris; il fut enfin arrêté en Picardie, cl envoyé au tribunal révolutionnaire. Lorsqu'il arriva dans les prisons de la Conciergerie , toutes les chambres où il y avait des lits étaient occupées; il fut relégué sur la paille, dans un cachot infect, parmi les malfaiteurs. Un voleur condamné aux galères, que le concierge employait aux travaux les plus dégoûtants dans l'intérieur de la prison, avait la commission de l'appeler, comme les autres détenus, et faisait entendre ce cri grossier : Eh ! Chàtelet, aboule ( viens ici ), eh ! Châ- • lelct !... • Le rédacteur de cet article a vu le malheureux duc dans cette situation affreuse, et la supportant avec résignation. Traduit devant le tribunal, son sort y fut bientôt décidé. Condamné à la mort, il voulut se la donner lui-même ; et n'ayant point de poignard dont il pût se percer, il se frappa la tête contre les murs, brisa un carreau de vitre, et se déchira les flancs avec les débris ; mais il ne parvint qu'à se faire des contusions et à se couvrir de sang. On le porta sur l'échafaud dans cet horrible état (13 décembre 171)5 ). Le duc du Chàtelet avait été ambassadeur en Autriche, et ensuite en Angleterre, d'où il revint en 1770. Il avait laissé des mémoires sur sa mission], qui ont été publiés en 1808 sous le titre de Voyage en Portugal { Voy. Corman Y'. On a aussi de lui plusieurs Innés imprimées dans les Mémoire» du duc de Choiseul, dont il fut un des amis les plus zélés. — I* duchesse nu Chàtelet, son épouse, née Rochechouart, subit le sort de son mari en 1793. B— u.
CHATELET (Charles-Louis ), né à Paris en 1753, étudia la peinture, et fit quelques tableaux médiocres. En 1789, il embrassa la cause de la révolution avec une sorte de fureur, se lia successivement avec les principaux jacobins, surtout avec Bobcspicrre.et prit part à toutes leurs intrigues. Des la création du tribunal révolutionnaire, il fut appelé à en faire partie, et s'y montra constamment l'un des agents les plus cruels tle la terreur. Le 9 thermidor vint mettre un terme à tant d'excès. Arrêté quelques mois après cette journée , Châlelct fut mis en jugement avec ses collègues, condamné, et exéculé vers la lin de mai 1795. K.
CHATELET (Parext dl ). Voyez Parext do Chàtelet.
CHATELLAIN (Jean le), religieux augustin, était né à Tournay , dans le 15' siècle. Son talent pour la prédication le fit choisir pour les principales chaires de France. Il vint en Lorraine, où il s'acquitta pendant plusieurs années , avec applaudissement, des fonctions de son ministère ; mais comme il penchait en secret pour les opinions du luthéranisme , il ne put résister au désir de les manifester publiquement. Les ecclésiastiques , qu'il n'avait point ménagés dans ses discours, se réunirent contre lui ; ils le firent arrêter comme il s'éloignait de Metz , en 1524 , et conduire en prison à Nomcny, petit bourg peu distant de cette ville. Les magistrats de Metz, partisans de Châtcllain, voulurent le veo-
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ger en faisant arrêter quelques officiers de l'évêque; mais ils furcut obligés de les relâcher presqu'aussitùt. Des juges désignés par le pape Clément VII, que l'on avait mstruil de cette affaire, lui tirent son procès et le condamnèrent à être brûlé , comme convaincu d'hérésie et Haps. Cette sentence fut prononcée le 12 janvier 15*25. On lui attribue une Chronique de la ville de Mets , en rimes, imprimée en celte ville, en 1698, in-12 Cette édition ne va que jusqu'à l'année 1471. D. Calmela fait réimprimer cette chronique dans le t. 3 de son Histoire de Lorraine, avec la continuation jusqu'en 1550 -, mais on en connaît des manuscrits qui vont jusqu'en 1620. YV— s.
CIIATENIER ( Bernard ) , cardinal évêque d'Alby, puis du Puy-en-Vclay né à Montpellier, se rendit habile dans la jurisprudence civile et canonique. S'ctant établi à la cour de Rome, il y exerça longtemps la charge d'auditeur du sacré palais, sous le pontificat de Grégoire X. il fut ensuite chapelain du pape, et archidiacre dans l'église de Narbonne. Innocent V le pourvut de l'évêché d'Alby en 1276, et Nicolas VI lui donna la commission d'informer dans le diocèse de Lodève contre cenx qui avaient usurpé les biens ecclésiastiques. Philippe le Bel le choisit pour l'envoyer à Borne , où il sollicita la canonisation du roi St. Louis. 11 obtint aussi, en 1205, la sécularisation des chanoines de son église d'Alby, qui étaient de l'ordre de St-Augustin , mais qui ne vivaient pas assez régulièrement. Il fit aussi de grands biens à cette église, et en 1308, s'étant fait transférer à celle du Puy, il disait ordinairement qu'il avait préféré l'honorable pauvreté de celle-ci aux grandes richesses de l'autre. Il fit recevoir la règle de M Augustin aux religieuses du monastère du Val, qui étaient pénitentes. Le pape Jean XXII rréa Cliatenir cardinal en 1316; mais comme il était Jéjà extrêmement Agé , il ne put jouir longtemps de cette dignité ; il mourut en effet le 14 août 1417, à Avignon, et fut enterré dans l'église cathédrale de cette ville. D— z— s.
CHATILLON ( Nicolas-Claude), littérateur aimable et spirituel, naquit à Rouen, le 14 août 1776. Après avoir Tait d'excellentes éludes, il vint à Paris, et fut employé dans les bureaux de l'administration de la loterie, dont plus tard il devint sous-chef. Les loisirs q ue lui laissaitee modeste emploi lui permirent de eultiver son talent pour la poésie et pour la musique ; mais pendant longtemps il ne confia ses productions qu'à l'amitié la plus intime. Chatillon étaildans la maturité de l'âge lorsqu'enfin il vint disputer le« palmes académiques. Deux pièces de lui furent couronnées, son jEpitre aux Muses par l'académie des Jeux floraux, en 1821, cl le Duelliste, poème élégiaque, par l'académie d'An as, en 1823. Celle même année, l'académie de Dijon l'admit au nombre de ses correspondants. Depuis quelque temps il ressentait les atteintes d'une de ces affections contre lesquelles la médecine n'offre que de trompeurs palliatils En vain ses amis le flattaient d une guérison prochaine; il avait perdu toute espérance, lorsqu'il composa ses dieux à la vie, pièce empreinte de la mélancolie
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la plus touchante. Chatillon mourut à Paris, le 7 janvier 1826. Outre les pièces déjà citées, on a de lui quelques compositions dramatiques, données sous le voile de l'anonyme, entre autres 1" la Maison des fout, comédie en 1 acte et en prose, jouée sur le théâtre du Vaudeville, le 6 septembre 1821; 2" le Philosophe à table, Paris, 1824, inV de 16 p. ; 3" la Chemise , conte (sujet déjà traité par Nodier); Am les Derniers Adieux du poile, élégie, ibid., 1825, iu-8" , 5* l'Incognito, conte anecdotique , imprime au bénéfice des incendiés de Salins, ibid., 1825, in-8» de 8 p. Enfin des chansons de circonstance imprimées dans les journaux cl dans les recueils. AL Atnauton, son confrère à l'académie de Dijon, a publié, dans le recueil de cette compagnie pour 1828, une notice sur Chatillon où l'on trouve des fragmenta trés-étendus d'un de ses contes inédits : leUinerde matante. En attribuant à Chatillon VAlmnnachdu Clergé (France littér., t. 2, p. 157), M. Quérard le confond avec un de ses homonymes, chef du bureau des affaires ecclésiastiques au ministère de l'inlérieur. W — s.
CHATRE (Claude, baron de la), mort le 18 décembre 1614, âgé de 78 ans. Elevé parmi les pages du connétable Anne de Montmorenci, il était au siège de Ihionville en 1558, et à la bataille de Dreux en +562. Il fit, en 1567, les fonctions de colonel général de l'infanterie, pendant la campagne en Piémont, sous le duc de Nevcrs. Gouverneur du Berri et de la ville de Bourges, il entreprit, en 1569, le siège de Sancerre; repoussé dans deux assauts, il fut obligé de le lever après cinq semaines d'attaque. H sauva, sur la lin de la même année, la ville de Bourges , que les rebelles espéraient surprendre au moyen d'une intelligence avec quelques habitants, et se signala au combat d'Arnay-lc-Duc, en 1570*. Il investit de nouveau Sancerre le 5 janvier 1 573, et fut encore si vigoureusement repousse à l'assaut général qu'il donna , qu'il prit le parti de convertir ce second siège en blocus. Les malheureux assiégés, que les prédications de leurs ministres tinrent dans une fanatique opiniâtreté, ne capitulèrent qu'au bout de dix-neuf mois, après avoir souffert toutes lesextrémités de la plus affreuse famine,dont on ne peut lire les détails sans frémir. Un père et une mère salèrent le corps de leur fille, morte de faim, et s'en nourrirent. La Cliâtre s'était attaché au duc d'Alençon, depuis duc d'Anjou, et fut soupçonne de l'entretenir dans sa haine contre son frère Henri III. Après la mort de ce jeune prince , il se dévoua aux Guise et à la ligue, quoique Henri III l'eût nommé chevalier de l'ordre du St-Esprit en 1585. Il assiégea en 1591 la petite ville d'Aubigny ; la veuve du seigneur d'Aubigny, Catherine de Balzac, aussi courageuse que belle, se présenta sur la brèche une pique à la main, et la garnison , quoique peu nombreuse, animée par son exemple , se défendit avec tant de courage , que la Châtre fut obligé d'abandonner une entreprise à laquelle un fol amour, disait-on, avait eu beaucoup de part. Il refusa de reconnaître Henri IV jusqu'en 4594, et ne se soumit avec les villes de Bourges et d'Orléans, où il com-
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mandait au nom de la ligue, qu'après avoir obtentt
qu'il conserverait Je gouvernement du Derri et de l'Orléanais, qu'il serait gralilié d'une somme de 900,000 francs, et continué dans la dignité de maréchal de France. Il était un des quatre que le duc de Mayenne avait faits, et de qui l'on avait dit « qu'il Taisait des bâtards qui se feraient légitimer à « ses dépens. » En 1010, le maréchal de la Chaire commanda l'armée que la régente, Marie de Médicis, envoya au siège de Juliers. 11 était trés-brave, mais trés-médiocre général. On lui doit plusieurs relations historiques, dont on peut voir le détail dans la Nouvelle Bibtiothèque historique de France. Les la Chaire se disaient issus de Ebbes. prince de Déols, en Derri , qui vivait dans le 10* siècle. — Lomé de la Cuatue, son hls, mon en 167.0, servit aussi la ligue, et se soumit avec lui à Henri IV en 1694. Il obtint la même année la survivance du gouvernement du Henri et de la grosse tour de liourges. Il fut nomme chevalier des ordres du roi en 1507, et capitaine de cent hommes d'armes en 1001. Il se démit en 1010, en laveur du prince de Condé, du gouvernement du Derri, et eut en échange une somme d'urgent et la dignité de maréchal de France. On ne connaît d'ailleurs de lui aucune expédition militaire. D L. C. et P— B.
CHATRE (Edmb de la Coatre-Nançay, comte de la ) , mort le 5 septembre 1045, était maître de la garde-robe du roi. Il dit, dans ses J/emoir«, que les premières années de son séjour à la cour se passèrent en intrigues, qu'il développe avec beaucoup de sincérité. L'attachement qu'il voua à la reine mère lui procura, en 16 (3, la charge de colonel général des Suisses, vacante par la mort du marquis de Coislin. Lié la même année avec le duc de Dcaufort, chef de la cabale des importants, il fut enveloppé dans sa disgrâce, et contraint de donner sa démission en faveur du maréchal de Dassmnpierre. En 1645, il alla servir en Allemagne sous le duc d'Enghien, se distingua à la bataille de IS'ortlingen, y reçut un coup de pistolet dans la téle, et fut Tait prisonnier. Il paya sa rançon, et mourut de sa blessure a Philisbourg. Les Mémoires qu'il a laissés ont été imprimés plusieurs fois, et notamment avec ceux de la Rochefuucauli, Lcyde,1662, in-12. On y trouve des détails curieux sur la lin du régne de Louis XIII, et le commencement de la régence de la reine mère ; l'auteur les termine aux derniers mois de l'an 1645. Quoiqu'ils passent pour exacts, le comte de Dricnne les a réfutés , et cette rélutalion se trouve dans le Recueil de diverses pièces curieuses, Cologne, 1664, in-12. D. L. C. et P— b.
CHATTERTON (Thomas), littérateur anglais, naquit ù Bristol, le 20 novembre 1752, de parents pauvres. Son père, maître d'école dans cette ville, était mort quelque temps avant sa naissance laissant sa veuve enceinte de ce hls, destiné à naltie, à vivre et a mourir dans la misère. Ses facultés intellectuelles, quoique d'un ordre supérieur, ne s'annoncèrent point par les signes qui les caractérisent ordinairement dans l'enfance. l'Iacé à cinq ans dans l'école où son père avait été occupé, il fut bientôt rendu à sa
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mère comme incapable de rien apprendre. L'orgueil qui le gouverna toute sa vie, et qui lui donnait déjà à cet Age lo besoin de dominer ses camarades, ne se tournait point en émulation pour les surpasser ? il semblait dédaigner ce qu'apprenaient les autres. Revenu chez sa mère, sans savoir encore lire, il mioonira pt>r Itasard un vieux manuscrit français, dont les figures enluminées excitèrent vivement sa curiosité. Pour parvenir A savoir ce que ce livre contenait, il consentit enfin à apprendre à lire, et, dès ce moment, se donna A l'étude avec une ardeur sauvage ; en sorte que Chatterton, qui ne sut jamais ni le latin ni le français, ni même très-bien la grammaire de sa propre langue, acquit par la suite, en différents genres , une variété de connaissances qui lui inspirèrent une conlianec singulière dans ses propres forces. H fut reçu à l'âge de huit ans à l'école de charité de Colston, où l'un des maîtres, nommé Philipps, se livrait A un goût ridicule pour la poésie : Chatterton ne punit point partager l'enthousiasme poétique que son exemple avait excité |«armi ses élèves. Tout dans l'école Taisait et récitait des vers : lui seul se taisait, et cachait, sous une apparence de mélancolie et d'incapacité, le travail d'un esprit original. Enfin cet esprit produisit des fruits si péniblement élaborés, et son premier ouvrage fut une satire. Cette satire, écrite vers l'âge de onze ans et demi, et dirigée contre un méthodiste que l'intérêt avait déterminé à changer do secte, est très-extraordinaire pour l'âge où elle a été composée; mais c'est là son seul mérite : elle n'a été connue que depuis; car Chatterton ne déploya point, devant des rivaux qu'il craignait ou méprisait, le nouveau talent qui venait d'éclore en lui; mais dès ce moment son goût et sa vocation furent décidés, et déjà même A douze ans il avait élaboré dans le silence son premier mensonge littéraire, Elinour et Juga, Sa mère et sa sœur, conlldentes de ses premiers essais, virent tout i coup la mélancolie qui avait paru le dominer, surtout depuis son entrée k l'école, so changer en une vivacité pleine d'indiscrétion et de vanité ; il ne rêvait plus que gloire, fortune, immortalité, et sa mère, ainsi que sa sœur, les seuls objets qu'après lui-même et une jeune amie de sa sœur, Marie Rumsay , il paraisse avoir jamais aimés, avaient part i ses brillantes espérances. Dans le même temps, il prit un goût passionné |>our la lecture : il employait A louer des livres le peu d'argent que pouvait lui donner sa mère. Il fit à douze ans le catalogue des ouvrages qu'il avait lus ; il se montait A soixantedix, particulièrement d'histoire et de théologie. Il avait aussi un grand goût pour les antiquités, surtout pour celles des langues, et l'on a trouvé une correspondance qu'il eut, après être sorti de l'école, avec un de ses camarades, où il ne se servait que de mots anciens et hors d'usage. Chatterton quitta l'école vers l'âge de quatorze ans, et fut placé en qualité de clerc cl ez un procureur de Uristol. Une circonstance singulière détermina sa destinée. On avait longtemps conservé dans l'église de Ste-Maric- Redcliffe de Bristol six coffres remplis de papiers, qui avaient été déposes par un bienfaiteur de celte
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église ; Williams Canynge, riche marchand qui vivait au 18* siècle, sous le règne d'Edouard IV. L'un de ces coffres , particulièrement nommé le coffre de M. Canynge, était fermé de six clefs, conliécs aux six principaux dignitaires de cette église. Lea clefs autant perdues vers l'an 4727, on lit ouvrir le coffre pour en tirer quelques titres qu'on supposait y être renfermés, et, après en avoir extrait ce qui pouvait offrir quelque utilité , on laissa le coffre ouvert, et le reste des vieux parchemins livrés à la garde de John Chatterton, grand oncle du prêtre et sacristain de l'église. Le père de Chatterton en emporta une quantité, qu'il fit servir a couvrir les livres de ses écoliers, et dont sa veuve employa le reste à des usages du ménage. Chatterton, que son goflt pour les antiquités commençait a rendre attentif sur toutes les choses de ce genre, s'empara un jour d'un de ces parchemins, et chercha avec avidité tout ce qui pouvait en rester dans la maison, les emporta, et quelques jours après déclara avec un air de transport qu'il avait découvert un trésor. Ce fut sans doute de ce moment qu'il forma le projet de la supposition à laquelle Il espérait devoir sa fortune. Son gotH pour les anciens usages augmenta ; il se procura des dictionnaires de tous les anciens dialectes de son pays, et, en 1768, à l'occasion de l'ouverture du pont de Bristol, envoya au journal de cette ville une Descriplum de moines , passant pour ta première fois sur te vieux pont, tirée d'un ancien manuscrit. Il n'avait pas encore tout à fait seize ans. Ce morceau , qui serait curieux s'il était authentique, excita l'attention ; on sut bientôt d'où il venait; mais on ne pouvait soupçonner Chatterton d'en être l'auteur. On le questionna sur la manière dont il se l'était procuré : le ton de ces questions lui déplut ; il refusa de répondre, résista aux menaces que l'on crut pouvoir se permettre envers un enfant de cet âge, et ce ne fut que lorsqu'on s'y prit d'une manière plus douce, qu'il déclara qu'il venait du col fi e de Canynge, d'où son père l'avait tiré avec un grand nombre d'autres manuscrits précieux, dont plusieurs étaient encore en sa possession. Il s'était déjà préparé à l'usage qu'il voulait faire de sa prétendue découverte. Depuis un an, il s'occupait à composer les ouvrages qu'il a donnés sous les noms supposés de plusieurs anciens poètes, et particulièrement de Rowley, moine ou prêtre séculier du 15* siècle, dont l'existence se serait rapportée au régne d'Edouard IV, et dont les talents auraient été protégés par Canynge. Chatterton s'était en même temps étudié à donner aux feuilles de parchemin tirées de l'étude de son procureur l'air dWiquilé convenable à ses projets. Il ne se cachait pas beaucoup des procédés qu'il employait pour y parvenir. Avec l'indiscrétion naturelle à son âge et à son excessive vanité, ayant assuré à un homme de sa connaissance qu'il était aisé de contrefaire le style des anciens poètes de manière à tromper les plus savants, il acheta un jour devant lui un peu d'ocre dont il teignît un parchemin ; puis, le salissant sous ses pieds cl U> froissant dans ses maint, Il lui dit : « Voila le
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* moyen de le rendre antique, s La Description des moines, etc., avait fait parler de lui ; il en prit occasion de parler des ouvrages de Rowley. Le bruit en vint aux oreilles de deux antiquaires de Bristol, auxquels il donna quelques-uns de ses manuscrits : il en obtint en retour quelques secours d'argent. Ses liaisons avec MM. Catcotl et liarrelt, la crédulité avec laquelle ils avaient adopté tout ce qu'il avait voulu leur raconter au sujet de Rowley, le succès de quelques-unes de ses productions insérées dans plusieurs ouvrages périodiques, entre autres le Totcn and Country Magazine de Londres, en fortifiant ses espérances, augmentaient son ambition. Ce n'était plus seulement l'orgueil, mais le sentiment d'un talent véritable, qui l'agitait et lui donnait le besoin de se produire. Incapable de tenir plus longtemps a Bristol et dans l'étude de son procureur, il écrivit à Horace Walpole , fils du célèbre ministre Robert Walpole, antiquaire fashionable, auteur du Château d'Olrante et de la Vie des peintres anglais. Il lui adressait un petit poème sur Richard Co?ur-de- Lion, et une liste apocryphe d'anciens peintres anglais, et lui exposait en même temps sa situation. Walpole fit examiner ces prétendues découvertes par Mason et par Gray. Ce dernier, qui déjà s'était laissé tromper par Macphersoti, prit sa revanche sur Chatterton et dévoila la ruse ; la tournure moderne des pensées ne permettait pas de se laisser tromper par un assemblage de vieux mots, arrangés sans art et sans ordre; en sorte que les dialectes des différentes époques et des divers cantons se trouvaient réunis dans la même pièce et dans la même phrase, Walpole répondit à Chatterton en lui exprimant des doutes sur l'authenticité de ces poésies, et l'assurant d'ailleurs qu'il se trouvait tout à fait sans moyens de le servir. Chatterton, vivement offensé , (il redemander à Walpole ses papiers. Celui-ci, partant pour Paris, oublia de les renvoyer, et, à son retour, il reçut de Chatterton une lettre sur le ton de l'indignation, où il lui mandait qu'il n'aurait pas osé le traiter ainsi, s'il n'eût pas connu sa situation. Wall>ole remit les papiers sous enveloppe, et les renvoya Mm autre réponse. Chatterton conserva contre le dédaigneux gentlemanan implacable ressentiment, qu'il manifesta depuis en divers ouvrages. Sa situalion chez son procureur lui devenant de plus en plus insupportable, il effrayait sans cesse celle famille paisible par des idées et des menaces de suicide. On trouva un jour son testament, où il annonçait le projet de se tuer le lendemain. Ce fut alors qu'on le renvoya malgré l'austère régularité de son travail, et qu'il prit le parti de tenir à Londres. On lui demanda quels y seraient ses moyens d'existence: a Mes talents littéraires, dit-il; si o je ne réussis pas , je me ferai prédicateur mé-
• thodiste ; en tout cas, un pistolet sera ma dernière « ressource, d Bien accueilli par des libraires, et par le directeur du 7otro and Country Magazine, qui le connaissait déjà depuis Iouirtcmps sous le nom de V Antiquaire Danhelmus Bristotiensis , il remplit ses premières lettres à sa mère de ses espérances de fortune. Déterminé a m fou-e un nom, d« quelque
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manière que ce fut, il s'était jeté avec fureur dans le parti de l'opposition. L'accueil qu'il avait reçu des chefs de ce parti acheva de lui tourner la tôle. «Si l'argent suivait les honneurs, mandait-il à sa « sœur, je pourrais bientôt vous faire une dot de « 5,000 liv. sterl.» Mais il se plaignait dans une autre lettre que la fortune était dans l'autre parti. « Au « reste, ajoutait-il, ce serait un pauvre écrivain que t celui qui ne saurait pas écrire pour les deux partis;» et en même temps qu'il ne considérait comme bassesse rien de ce qui pouvait mener à la fortune, il ne la voyait que comme un moyen déconsidération : « Si je pouvais m 'abaisser jusqu'à un travail de bu- « rcau, dit-il, je trouverais vingt places pour une; « mais il faut que je vive avec les grands. » Au milieu de ces espérances, il perdit celui de ses protecteurs sur lequel il comptait le plus, le lord maire Beckfunl. Pendant quelques jours, il parut presque égaré par le désespoir, ensuite il se consola, lit sur cette mort des élégies où l'on trouva plus d'esprit (pic de sensibilité, et où il avait misencore plusde sensibilité qu'il n'en éprouvait, comme on peut le voir par le compte suivant, écrit de sa main au dos d'un essai politique qu'il avait dû adresser au lord-maire, et que sa mort l'avait empêché de publier : Perdu par sa mort sur cet essai. ... V 1 | 6
Gagné en élégies 2l 2«
En essais 51 g
Je me réjouis de sa mort pour 5l 13* G
Cependant ses espérances déclinèrent; il changea de logement, pour que ceux qui avaient été témoins de ses rêves de gloire ne le fussent pas de sa misère. Habitué à une diète très-frugale, il n'avait pas toujours de quoi fournir à l'étroite nécessité, et, dans ces moments, il reposait avec indignation l'offre d'un repas qu'en tout autre temps il aurait accepté avec plaisir. En même temps, il envoyait des présents a sa mère et à sa sœur, leur faisait un pompeux détail de tous les travaux littéraires dont il était chargé, et employait le prix que lui rapportaient ces travaux, aussi mal payés que facilement acceptés, à se donner l'extérieur de l'aisance, et à fréquenter les lieux de divertissements publics qui lui étaient devenus, disait-il, «plus nécessaires que la nourriture. » Enlin, après avoir passé, à ce qu'il parait, plusieurs jours sans manger, il s'em|)oisonna avec de l'arsenic, et mourut le 24 août 1770, à.é de 17 ans 9 mois et 5 jours. Doux jours après, le 26 août le docteur Fry, principal du collège de Sl-Jcan à Oxford, arrivait pour recueillir des informations sur les poésies de Rowley et sur Chatterton, qu'il voulait prendre sous sa protection. Ses ouvrages se répandirent avec l'histoire de ses malheurs. Un enthousiasme tardif s'attacha à sa mémoire, et l'infortuné Chatterton devint un des objets de l'intérêt public. Ces poésies données sous le nom de Rowley et autres anciens poètes, si, comme on n'en peut douter, elles sont de lui, sont le premier de ses litres de gloire, et il les a composées à quinze ans. On y trouve une imagination forte et
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brillante, une heureuse invention, et, ce qui peut paraître extraordinaire, souvent une profonde sensibilité. Des ouvrages qu'il a donnés sous son nom, les meilleurs sont ses satires, écrites avec toute la verve d'amertume qui était dans son caractère. Ses autres poésies, consistant en morceaux détachés adressés à différentes personnes, sentent trop la recherche et l'affectation. Les morceaux de prose qu'il a insérés dans différents journaux sont agréables et piquants. Enfin, lorsqu'on songe à son âge, tout ce quoi) lit de lui donne l'idée que Chatterton n'avait pas besoin de mourir avant dix-huit ans pour être regardé comme un des êtres les plus ex traordinaircs qui aient existé. Ses œuvres ont été recueillies avec soin, réunies et imprimées plusieurs fois après sa mon, et notamment en 1803, en 3 vol. in-8": cette édition anglaise est précédée d'une notice par Grcgory. Il a paru, en 1839 une édition des œuvres complètes traduites en français par Javelin Pagnon, et précédée d'une vie de Chatterton par A. Callel, morceau très-étendu, consciencieusement étudié et qu'on consultera avec fruit. Les poèmes de Rowley ont eu plusieurs éditions successives, une entre autres a été faite par les soins du savant éditeur de Chauccr, Tyrwhilt, qui crut quelque temps a l'authenticité de ces poèmes (1). X— F.
(I) Chatterton, jugé peut-être avec quelque sévérité par Snard, a Hé «allé par l'école poétique de tSSO.. Celui que Warion appelait un prodige .le génie ( frod,ai ol genius \ le merveilleux enfant llhc mareellou boy), comme disait Wordsworth, a été un inonienl le lierus rl le modèle de tome une génération aventureux comme lui, passionnée comme lui pour la glowjacilc et rapide,
par des découragements moi tels. C'est ainsi que le poeie anglais est devenu, sous ta plume brillante de M. le comte Alfred de Vigny, le type du génie souffrant et méconnu. Le drame de Chatterton en 3 acte* fut représenté pour la première fois, a la Comedie-Franta.se, le I" fevner mi, et Stella, fantaisie spirituelle mais pra *ctieu>e, parut en IWÎ. Voici couiiuciil Utaitt-riou est juge par M. de Vigny : t A l'école de charité de Uristuf, fondée par Kdttard « Colston, éco)i-r, se trouve un entant taciturne et insouciant en € ;i| 'M jR'iiiv. qui, on joflf, sort do son n> e, et ht une satire c qu'il vient d'écrire en vers. Ce Jour-li, il venait d'avoir oous
< ans et demi. Crue tendre voix jette sou premier cri, et c'est l'in- « dignaiion qui le lui arrache, a la vne d'un prêtre qui a changé c de religion pour de l'argent. Un liumbe «»m/im/, ou sous-tuattie
< de 1 école, nommé Thomas Fhilipps fttme et l'encourage. 11 « part, il est poêle, il écrit. Il Tait des éh-gies, des poèmes, une « prophétie lyrique, on BOtatt héroïque et >atirique (Ike comuliad), t un eliant dans le goût d'Ossian ( f.'er/Aminui). A qualone ans il « a imprimé trois volume*. Il étudie. Il examine tout, astronomie, a phisique, musique, chirurgie et surtout les antiquités saxonnes.
< Il «"'arrête là et s'y attache. Il invente Rowley ; il se fatt une lan- « gue du \V siècle, et quelle langue! une langue poétique, forte,
< pleine, exacte, concise, riche, harmonieuse, colorée, enltammee,
« énergique comme un hautbois, avec quelque chose d'agreste et
< de sauvage qui rappelle la montagne et la cornemuse dit pitre « savon. Or, avec cette langue savante, voici ce qu'il a fait en trois « ans et demi. U bataille d-Haetlaa*, noeme épique en deux a eliants. (Ella, tragédie épique. MA** tragédie. U flMTMC, « poème. La mort de tire Charles Dandia, poème. Le* ttetamer. « phoset anglaises. La Ballade de Chante. Trois poèmes imi(ulé> : « Vers a Lydgate; le Chant à OElla; la Ripow de Létale. Trois « èglogues. Eli— m et Juaa. poème. Deux poèmes tur rtglùe de « Suirc Uame. L'epitaphe de Hobcrl Caïung, cl son histoire, c'esta a-dire un ensemble de plus de 4,000 vers. Et ce qu'il a fallu t joindre de savoir a l'inspiration donnera a quiconque l'eiudiera c sérteusement un étounement qui tient de l'épouvante. Pic de la « Hiraudole, ce savaut presque tabulcux, fut moins précoce cl