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nation des peuples, et sert à leur Taire distinguer le cliel suprême, lorsqu'il se montre à leurs regards. Les grands ofliciers de la couronne cessèrent d'accompagner le roi, et se rangèrent, dans les cérémonies, autour du maire du palais. Childcbert, livré a quelques domestiques, dont le premier emploi sans doute était dercudre compte de ses paroles et d'interpréter tous ses mouvements, vivait renfermé dans quelque maisou de plaisance, d'où il sortait une fois par an pour venir présider l'assemblée des états ; encore avait-on le soin de ne le montrer au peuple que dans un chariot traîné par des bœufs, parce cpje cet équipage, réservé aux femmes, dans un siècle où les rois eux-mêmes ne paraissaient qu'achevai, était devenu ridicule depuis que Clovis 11 s'en était servi le premier. C'est ainsi que les maires du palais avilissaient ces jeunes princes, dont l'éducation leur était confiée. Cependant Childebert, sans autorité, confiné loin de la cour, et n'ayant pour témoins de ses qualités que des serviteurs sans crédit, a reçu le surnom de Juste. Faut-il croire, avec Mézerai, que ce titre lui tut donné par les historiens uniquement pour le distinguer des autres Chitdebert?Cc roi mourut le 23 avril 711, après un règne de 16 ans, et fut enterré dans l'église de Sl-Étienne de Cho'isy, près de Compiègne. Il laissa un fils nommé Dagobert, qui lui succéda. F— E.
CHILDEHKAND, un des princes les moins connus de l'histoire de France, et celui sur lequel on a le plus écrit, parce qu'un grand nombre d'historiens et de généalogistes ont voulu faire de lui la tige des Capétiens, et rattacher ainsi leur origine au grand Clovis. Il était, suivant Frédégairect les auteurs qui l'ont copié, lits de Pépin le Gros, dit d'Héristal, et d'Alpafdc; frère de Charles-Mai tel ; comte et duc de Mairie. Ce qui a jeté beaucoup d'obscurité sur ce personnage, c'est I opinion adoptée par plusieurs écrivains, et combattue par d'autres, qu'à la même époque il existait un Childebrand, prince ou roi des Lombards, qui vint au secours de Charles-Martel. Il ne parait pas que Childebrand, (ils de Pépin, ait eu une part remarquable dans son héritage ; mais Charles-Martel n'en avait pas luimême. La mairie, qui avait détruit la royauté, fut destinée par Pépin à son pctit-lils Theudoalde, et il fallut que Charles triomphât de ses rivaux cl de ses ennemis. (Voy. Charles-Maiitel.) Childebrand accompagna son frère, lorsqu'en 737 il marcha contre les Sarrasins qui avaient surpris Avignon, et qui désolaient la Provence et le Lyonnais. Les deux princes emportèrent Avignon d'assaut, traversèrent en vainqueurs la Scptimanic, et vinrent assiéger ISarbonnc. Les Maures d'Kspagne étant accourus au secours de cette place, Charles et Childebrand leur livrèrent bataille, les mirent en déroule, les poursuivirent jusqu'à leurs vaisseaux, s'en emparèrent, et les Maures furent tous pris, lués ou noyés. Childebrand continua le siège de Narbonne, tandis que Charles alla s'emparer de Réziers, d'Agde et de Nîmes. Il est vraisemblable que Narbonne se rendit; maisles anciennes chroniques ne parleutplusde ne siège, et on ignore quelle eu fut l'issue. Charles- VIII,
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Martel ayant partagé le royaume entre ses enfants, ce partage occasionna, en 731 , des troubles dans la Bourgogne, échue à Pépin le Bref, peut-être parce que Grifon, quoique fils légitime de Charles, suivant Eginhard, n'obtint qu'une très-faible part dans ce grand héritage, IJuoi qu'il en soit, les u ou IjIcs furent bientôt apaisas |>ar Childebrand, qui accompagna son neveu Pcpiu à la tête d'une armée. {Ami. M denses, ad annum 741.) C'est tout ce que l'histoire nous fait connaître deChildebrand, et ces notions sont encore vagues et incertaines. Les chroniqueurs de cette époque ne désignent et ne distinguent rien : ils ne font souvent connaiuc ni les lieux, ni les temps, ni les personnes. lioilcau s'est étonné avec raison que Carcl eût choisi pour sujet d'un poème épique Childedebrand, ou IcsSanasins choisis de France. (Voy. Cahel.) En voulant expliquer un des points les plus embrouillés de l'histoire, la descendance de Hugues-Capet, on a beaucoup parlé de Childebrand, sans le faire mieux connnllrc. Parmi les auteurs qui le disent frère de Charles-Martel et lils d'Alpaïde, on dislingue Duchesne, du Buuchet, les Stc-Marlhc, d'Auteuil, le Cointe. Ménage (llisloire de Sablé), Marc-Antoine l)omimci,l abbé dcCanmsct le P. Tournemme. Le duc d'Épernou, dans son Origine de ta maison royale de France, le fait fils de Plcclrude, première femme de Pépin. Parmi les auteurs qui ont nié l'existence de Childebratid , on remarque J.-J. Chifflet, qui écrivait pour la prééminence de la maison d'Autriche. Parmi ceux qui ont confondu Childebrand, frère de Charles-Martel, avec un Childebrand, prince lombard, ou qui ont eu des opinions particulières, nous citerons Zampini, MaUUoo, le jésuite Jourdan, Sl-Foix et Lcgendre de St-Aubin. Le P. Anselme, dans le t. 1" de son Uittoire généalogique; les Ste-Marthe, dans V Histoire généalogique de France, liv. 1 1 ; les bénédictins, dans la Nouvelle Collection des historiens de France, préface du 1. 10, foui connaître les diverses opinions débattues sur Childebrand et sur l'origine de la maison de Fiance. Fonccmagiie en a Tait le sujet d'un mémoire imprime dans le t. 10 du recueil de l'académie des bcllesletires. 11 réduit ces opinions à quatre; les bénédictins en trouvent sept. Foncemagnc discute celles qu'il rapj»orie, et n'en adopte aucune. V— vb.
CH1LDÉUIC 1", regardé comme le quatrième roi de la première race des monarques français, succéda à Mérovec son père, en 438. Les affaiblissements successifs qu'avait éprouvés l'empire, par l'irruption des barbares, auraient permis à ce prince d'étendre son royaume et de faire reconnaître formellement son indépendance par les empereurs, si h dissolution de^es mœurs n'avait provoqué contre lui des ressentiments si vifs, qu'il fut obligé de quitter ses Etats, et de chercher un asile en Thuringe, auprès d'un roi dont il séduisit la femme. ( Voy. Basine.) La royauté, qui nesigniliait encore que le commandement de l'armée, fut déférée, disent les vieilles chroniques, au maître de la milice des Humains; ce qu'il est difficile de croire, quand on connaît les minus des Francs, quitte manquaient pas de chefs, cl chez lesquels chaque che f se regardai t comme
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l'égal du roi ; mais l'histoire de Childéric ressemble beaucoup à un roman, inventé pour remplir le vide que laissait dans la chronologie l'obstination des historiens à faire remonter jusqu'à Pharamond rétablissement du royaume de France. Childéric avait un ami lidéle; il rompit, avant son départ, une pièce d'or, dont il lui remit la moitié, et ils convinrent que ce serait pour eus ta marque de la confiance qu'ils accorderaient à leurs messagers respectifs. Cet ami fidèle se lit lo premier courtisan de l'usurpateur, alin d'avancer sa chute par les conseils qu'il lui donnerait. Quand il villes grands mécontents du roi qu'ils s'étaient choisi, il en instruisit Childéric, qui revint, fut reçu avec acclamation, et rentra dans ses droits. L'épouse du roi de Thuringe, nommée DniiM, abandonna son mari pour rejoindre son séducteur, qui la prit pour femme. De ce mariage naquirent Clovis et trois filles . dont la première épousa Tbéodoric, roi des Ostrogolhs; les deux autres se firent chrétiennes et gardèrent le célibat. La conduite de Uasine, racontée avec simplicité et même dans des termes favorables par nos premiers historiens, indique que les barbares qui renversèrent l'empire n'avaient aucune Idée de la sainteté du mariage, avant d'avoir été éclairés par le christianisme, et l'on voit en effet, par la suite de l'histoire, combien les évéques eurent, à cet égard, de peine à soumettre les rois du la première race aux lois de 1 Eglise. La mort de Childéric est placée en l'année 482, ce qui lui donne un règne de vingttrois ou vingt-quatre ans; mais il faut se rappeler que la véritable histoire de France ne commence qu'à Clovis, et que, pour les teuq*s qui l'ont précédée, il est aussi difficile de garantir l'exactitude des dates que l'authenticitédcs faits. Il fut enterré près de Tournay, où il faisait sa résidence. Son tombeau y fut découvert en 4053, cl l'empereur Léopold fit présent a Louis XIV du cachet et d'une partie des armes et des médailles qui s'y trouvèrent. On les voit au cabim t desanliques de la bibliothèque royale. {Voy. Jeau-Jac.|uesCiiiKFLi£T.) Le tombeau de Childéric est le mouument le plus ancien de la monarchie française, et il semble détruire l'opinion de ceux qui ne font commencer noire histoire qu'à Clovis. F— E.
CHILDÉRIC II, second fils de Clovis II et de Datihle, eut en partage le royaume d'Auslrasie, et commença u régner en 660, étant à peine âgé de sept ans. A la mort de Clotaire III, son frère, il réunit à la couronne qu'il |K>ssédait déjà les royaumes île Bourgogne et de Neustrie. C'est la cinquième fois, depuis l'entrée du granit Clovis dans les Gaules, que la monarchie française se trouve gouvernée par un roi. Une grande injustice avait été commise à la mort de Clovis II, puisque Thierri, le troisième et le deruier de ses iils, n'avait pas etè appelé au partage du royaume. Comme ce prince était encore au berceau, on négligea de le confiner dans un monastère, suivant l'usage de ce temps; mais il était aisé de prévoir qu'au milieu des factions qui divisaient les grands, il se trouverait quelque jour un ambitieux qui prendrait en main la cause de Thierri,
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s'il trouvait son avantage & se déclarer le défenseur de l'innocence opprimée. En effet, Ebroïn, maire du palais sous Clotaire III, sentit que la mort de ce prince le mettait à la merci des grands qu'il avai' offensés par ses hauteurs, du peuple, victime de sdn avarice, et le livrait au ressentiment de la cour d'Auslrasie, où tous ceux qui redoutaient son ambition et sa cruauté avaient été chercher un refuge. Seul, sans parti, odieux à toutes les classes de l'État, il prend une résolution digne de son caractère ; il fait monter Thierri sur le trône de Clotaire III, lui donne ainsi les royaumes de Bourgogne et de Neustrie, sans consulter les principaux personnages de l'Etal, et pousst l'impudence jusqu'à leur défendre de venir saluer le chef sous lequel il va régner de nouveau. Celait réparer une injustice d'une manière trop violente pour faire des partisans au nouveau roi. Le mécontentement fut extrême ; Ebroïn s'y attendait sans doute, mais il espérait profiter de la multiplicité des partis pour les asservir : il n'en eut pas le temps. Léger, évéquo d'Aulun, sut les réunir; ils députèrent vers Childéric, qui vint d'Austrasie avec une armée, fut accueilli des peuples comme un libérateur, se saisit d'Ebroiu, qu'il aurait livré à la mort, si Léger n'avait obtenu lu vie du coupable, qu'on se contenia d'envoyer au monastère <le Luxeuil pour y faire jién'ilcnrc. Celle indulgence de Léger est blâmée par les historiens; il est vrai qu'il eut lieu de s'en repentir; mais ce prélat, aussi éclairé que vertueux, donnait, dans un siècle de faction et de cruauté, un exemple dont il pouvait prévoir qu'il réclamerait un jour l'application pour lui-même. Thierri, roi d'un moment, fut rasé et confiné dans l'abbaye deSt-Denis, jusqu'à ce que de nouveaux événements le reportassent sur le trône. Lorsque son frère Childéric l'interrogea sur ce qu'il pouvait faire pour adoucir son malheur : « Je ne demande rien de vous, répond— « il, mais j'attends de Dieu la vengeance de i'injus- « tice qu'on me fait. » Les grands, qui venaient de donner deux royaumes à Childéric II, saisirent cette occasion pour exiger la réforme des abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement ; leur requête contenait quatre articles, qui tous tendaient à revenir aux anciennes lois et coutumes, et surtout & ce que le roi ne mit pus entre les mains d'un seul tonte l'autorité, afin que les seigneurs n'eussent pas le chagrin de se voir sous les pieds d'un de leurs égaux, et que chacun efil part aux honneurs où sa naissance lui donnait le droit d'aspirer. Ebroïn leur avait appris à redouter le pouvoir d'un ministre. La principale autorité fut confiée à Léger, auteur de la révolution qui s'était opérée si heureusement ; mais un roi livré à ses passions, incapable «le se conduire lui-même, fut bientôt fatigué des conseils d'un ministre vertueux. Révolté de ses remontrances, il conçut contre lui une haine d'autant plus violente, qu'il le craignait pour Jcs services qu'il lui avait rendus depuis qu'il u en conservai I plus de reconnaissance. La mort de l'évéque d'Anton fut résolue ; il l'évita en paraissant ne jnis la craindre; mais il fut dégradé et confiné dans le même monastère de Luxeuil, où languissait EI>roïn ; et ces deux hommes, que d'autres événe-
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ments devaient rappeler à lenr ancienne rivalité, se l traitèrent avec amitié tant qu'ils vécurent dans la I même disgrûcc. Childéric II, débarrassé de la contrainte que lui imitaient les vertus de Léger, se Ht détester par ses violences; il poussa l'oubli des égarda dus aux descendants des compagnons du grand Clovis, jusqu'à Taire altaclier à un |K>trau, et battre comme un esclave, im seigneur nomme Bodillon, ■ |wur avoir osé, dit Velly, lui représenter le dan- » fCT d'un impôt excessif qu'il méditait d'établir, » - Celui-ci, pour mieux assurer sa vengeance, s'unit a rcux qui. comme lui. avaient essuyé des injures personnelles, et prolita d'une partie de chasse dans la forêt de Liviy, |M>urtuer le roi de sa propre main, tandis que les autres massacraient la reine Blitilde, qui était enceinte, et l'alné de ses fils, nommé Dagobert. Le plus jeune é'Iwppoa la rage des conjurés, et fut élevé dans un monastère, pour reparaître a son tour comme Thierri, que la mort violente de aon frère fit passer de l'abbaye de St'Denis au trône. Léger et Ebroïn sortirent également du monastère de Luxcu il, trouvèrent des partis prêts à les seconder, et le royaume dans une telle confusion, que, selon un auteur de ce temps, on s'attendait à la lin du monde, attente qui, du reste, ne suspendit aucune ambition. Childéric II avait à peine 24 ans, lorsqu'il fut assassiné en 673. Il fut enterré dans l'église do Sl-Vineent de Paris. (Voy. L\cahrv.) F — E.
CHILDÉRIC III, fils de Chilpéric II, fut le dernier roi de France de la première race. Il est appelé j avec raison Childéric II par les historiens qui n'ont voulu compter les monarques français que depuis leur établissement dans les Gaules, établissement qui ne remonte pas au delà de Clovis. L'histoire ne dit pas l'âge qu'il avait lorsqu'il commença à régner on 742. Des intérêts qui n'étaient pas les siens le tirent roi ; car Pépin et Carloman, tils de Charles- Martel, ne proclamèrent un prince du sang royal que pour retenir les seigneurs dans l'obéissance. Lorsque les partis se craignent également, ils ne renoncent point à leurs projets, ils se contentent de les ajourner, et l'élévation de Childéric III ne fut que l'ajournement de l'usurpation méditée et suivie depuis un siècle par la famille des Pépin. Pcpin le Bref, après avoir apaisé le clergé, qui avait été dépouillé par Charles-Martel, son père, et mis la plupart des évéques de son côté, consulta le pape pour savoir s'il fallait laisser sur le trône des princes qui n'en avaient que le nom, ou s'il n'était pas plus favorable à l'ordre que celui qui exerçait le pouvoir prit le titre de roi. La situation du pape à cette époque était cruelle; il ne pouvait attendre de secour* que des Français ; en s'adressantà lui, Pépin était donc assuré d'obtenir une réponse telle qu'il la désirait. Il renversa le fantôme de roi qu'il aval* créé le fit raser et conduire a St-Omer dans le couvent de Sithin, depuis appelé abbaye de St-Bertin. Childéric III y fut reçu moine en 750 ou 752, et mourut quelques années après. Il laissa un fils, nommé Thierri, qui fut envoyé au monastère de Fontcncllc (St-Vandrillc), et élevé dans l'obscurité. En lui finit la première race
des rois de France, dont la succession a dard deux cent soixante-dix ans, et qui, par le partage du royaume, compte près de quarante monarques, quoique le nombre de ceux qui ont régné dans Paris ne s'élève qu'a vingtet un. Childéric III aétésurnommé l'inietui, soit qu'il le fut en effet, soit qu'on fit accroire nu peuple qu'il Pélait; car les accusations portées contre les princes détrônés peuvent toujours être révoquées en doute. Les derniers rois de la première race ont été accusés de fainéantise et d'incapacité par tous les historiens ; mais si l'on réfléchit que depuis Clotnirc II, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, il n'y eut que des minorités, et que l'éducation de ces malheureux orphelins couronnés était confiée aux hommes qui voulaient s'emparer de leur trône, on sera plus disposé à plaindre qu'à condamner des princes qui sans doute n'ont rien fait que parce qu'ils étaient réduits à l'impossibilité d'agir. {Voy. Cabi.om \yci Pépin Ll Bref.) F— e.
CHILDBEY (Josi t), ecclésiastique anglais, dans le 17* siècle, se livra à l'étude de l'histoire naturelle, d'après les principes du chancelier Bacon, et voulut exécuter un des plans qu'avait tracés ce philosophe; ce fut en réunissant dans un petit volume tous les faits extraordinaires que présentent les trois règnes de la nature dans la Grande-Bretagne, sous le titre de Britamia Daeoniea, or Ihe nalural, etc., Ixjndrcs. 1060, 4661 et 1662. in s '; il fut traduit en fronçais. (Voy- BntoT ) Childrey expose dans cet ouvrage ce que chaque comté offre de plus remarquable. II le fait le plus souvent sur la foi des auteurs précédents, surtout de Camdrn et de Speed ; il se montre incrédule sur quelques faits, mais il en admet d'autres dont il tâche même de donner l'explication, et qui sont maintenant rangés au nombre des fables. II comlmt dans quelques endroits les rêveries de l'astrologie; cependant il parait croire que cctlo science peut avoir quelque fondement. Quoiqu'il se laissât entraîner par des raisonnements captieux, il était observateur. H s'appliquait aussi avec zèle à des recherches astronomiques, et il était persuadé que la terre était un ellipsoïde, et non une sphère régulière mais, contre l'opinion actuellement reçue, il croyait que son plus grand diamètre était dans la direction du pôle. Il exposa ses idées sur l'astronomie, mais trop souvent imbues d'astrologie, dans un petit traité, sous ce titre : Syzigiasticon instauratvm, Londres, 1653. Entre autres faits, il signala deux phénomènes, le premier était une nébulosité dans la voie lactée, entre la tête de Céphée et le Cygne; le second était la première observation positive de ce qu'on nomma depuis lumière zodiacale. Childrey ne regardait son II ri tannin Baconica que comme l'esquisse d'un travail bien plus considérable, dans lequel il se proposait de passer en revue, de la même manière, tout ce que la nature présente de singulier et de merveilleux dans tout l'univers. Il avait rassemblé, dans ce but, un grand nombre de matériaux qui sont restés inutiles par sa mort, arrivée en 1670. I) — P— s.
CHtLLAC (TiMOTiiÉEOE),nédanslc 16* siècle, avait obtenu, dés l'âge de \ingt ans, une couronne
| our ses vers. Quand il en publia le recueil, il eut soin de l'orner de son portrait couronné de laurier. ?îi les éloges, ni les couronnes de ses contemporains ne l'ont empêche de tomber dans l'oubli. Quelques biographes conjecturent qu'il était ne en Languedoc, dans la ville du Puy. Il avait eu pour professeur un faiseur de vers nommé l'ontaymeri, et le maître s'applaudissait beaucoup d'avoir formé un pareil disciple. Ses œuvres parurent à Lyon, en 1509, in-12. Ce volume contient les Amours d' Angélique et /es Amours de Lauriphile (cette seconde pièce est une allégorie où l'auteur montre sa vainc passion pour les Muses et pour Apollon); îles sonnets, «les épitaplies, parmi lesquelles il s'en trouve quelques-unes à l'honneur de Gabricllc d'Estrées, et un poème intitulé la Liliade française, dont Henri IV est le héros. W— s.
CHILLEAU (Jeax-Baptistb dl), archevêque de Tours, né le 7 octobre 1735, au château de la Charriére en Poitou, d'une ancienne famille de cette province, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique et devint vicaire général de Metz. La reine Marie Lcczinska le nomma un de ses aumôniers ; et, après la mort de celte princesse, il continua les mêmes fonctions auprès de Marie-Antoinette. Pourvu successivement de l'abbaye de St-CIément dans le Maine et de celle de la Valasse en Normandie, il fut sacré évoque de Châ Ions-su r-Saône en 1781. Appelé aux états de Bourgogne, il y soutint avec zèle les droits et les intérêts de la province ; et plus tard, il se lit remarquer à l'assemblée des notables par un grand attachement aux principes religieux et monarchiques. Son dévouement lui attira des ennemis. Quelques forcenés, ayant ameuté la populace de Chàlons, avaient formé le projet de l'assaillir dans sa voilure et de le précipiter dans la Saône. Le prélat, prévenu de ce complot, sortit a pied de son palais avec quelques ecclésiastiques courageux, traversa la foule et imposa le respect à celte multitude égarée. Lorsque la constitution civile du clergé fut décrétée par l'assemblée nationale, l'évêque de Chàlons adressa à ses diocésains, le 15 décembre
1790, une Lettre pastorale sur le schisme; le 1er mars
1791, une instruction pastorale sur le même objet, suivie d'un Avertissement sur l'élection des évc'ques constitutionnels d'Autun et de Dijon. Enfin il publia, dans une seconde Lettre pastorale, le bref de l ie VI, du 13 avril 1791, relatif aux affaires de l'Eglise de Fiance. Ces divers écrits se trouvent dans la Collection ecclésiastique publiée par l'abbé tlarniel et par l'abbc Guillon, depuis évêque de Maroc in parlibus. Les progrès de la révolution l'ayant forcé de sortir du royaume, il résida successivement en Suisse, en Bavière, en Autriche. Chargé par plusieurs de ses (ouqiagnons d'exil de solliciter auprès de l'électeur de Bav iére le transport d'une quantité de grains pour subvenir aux besoins de six cents prêtres français réfugies dans le canton de Fribourg, il remplit avec succès cette mission de charité. H souscrivit, avec quarante-huit autres évèques, r/nifrurtion nrr les atteintes portées à la religion, liu 15 août nt)8, ainsi que les Réclamations
du 4 avril 1803, contre le concordat de 1801. [Voy. Asseline. L'ancien évêque de Chàlons ne rentra en France qu'en 1814 avec Louis XVIII; et, sur la demande du roi, il donna la démission de son siège et signa, avec plusieurs de ses collègues, la lettre de soumission adressée au pape le 8 novembre 1816, et imprimée a la suite du concordat de 1817. Il fut alors nommé à l'archevêché de Tours, dont il ne prit possession qu'en 1819. Créé pair de France en 1822, il mourut le 20 novembre 1824, dans sa !)0* année, doyen de l'épiscopat français. — Son frère, le comte nu ChuieaI', maréchal de camp, émigra au commencement de la révolution, servit dans farinée de Condé, et fut tué au combat de Karolach, en 1796. Il n'a laissé que deux filles. P— rt.
CHILLIAT (MicnELl, imprimeur-libraire de Lyon, vint s'établir à Paris vers 1695. et y mourut dans le courant de 1697 ou 1698. Chilliat est auteur de plusieurs ouvrages auxquels il n'a pas mis son nom ; mais selon Barbier ( Examen critique, p. 197), on lui eu attribue quelques autres dont il n'a été que l'éditeur. Les plus connus sont : 1* le Triomphe de la miséricorde de Dieu sur un caur endurcy. ou les Confessions de l' Augustin de France conrerly, écrites par lui-même, Paris, 1682; ibid., 1C86, in-12. Michel Chilliat prétend que, chargé de mettre au jour cette histoire, il a pris sur lui de supprimer les dates cl de déguiser les noms, à cause, dit-il, de l'honneur « de la famille, assez connue dans Paris. * La complication des événements et leur singularité feraient plutôt croire que ce n'est qu'un roman dans le genre ascétique, où l'on rencontre, à la vérité, quelques préceptes utiles et quelques exemples édifiants 2" L'A' mourà la mode, satyre historique, Paris, 1695, in-12. L'epitre dédicatoirc c^t signée des lettres de P..., qui, selon Barbier, désignent madame de Prégny, déjà connue par un livre intitulé : les Différents Caractères des femmes de ce siècle ( Paris, 1093, in-12 ). 3" La Censure des vices et des manières du monde, Lyon, 1696, in-12; réimprim. plusieurs fois avec des augmentations, et notamment en 1737. 4« /> Souffleur, comédie destinée au 1 héâlre-l talîcn , cl imprin.ee a Lyon, 1696, in-12. S* Méthode facile pour apprendre l'histoire de Savoie, avec une description historique de cet Etat, Paris, 1697 ; 2* édition, 1698, in-12. avec trois tableaux généalogiques. Chilhat convient qu'il a fait travailler à cet abrégé, qui, dédié a Adélaïde de Savoie, eut une certaine vogue à l'époque du mariage de cette princesse avec Louis de Bourgogne, élève de Fénclon. Au surplus, on n'y trouve point l'histoire de la Savoie, mais bien celle des princes de ce pays, tirée presque entièrement de Guichenon cl de Th. Leblanc, et rédigée par demandes et réponses. Elle est suivie d'une dissertation de Claude Delisle, intitulée : Nouvelle Recherche sur la véritable origine de la royale maison de Savoie, dans laquelle cet auteur considère Bérold commeun personnage imaginaire, et fait descendre les princes de Savoie de Humbert aux Blanches Mains, lils. selon lui, de Géraud, comte de Genève et de Vienne. Deux autres ouvrages imprimes après la
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mort de Chiiliat ont un privilège qui porte son nom : Granicut, ou l'hle galante, nouvelle historique par François lirire, Paris, 1608. in-12; et Méthode facile pour apprendre l'histoire de la république de Hollande, depuis son origine jusqu'à présent, avee une description historique decel État, Paris, 1701, in- 1 2 ; ibitl., 1705. même format. Cil— s.
CHILLING^ORTH (Glillaime), naquit en 1602, à Oxford, et Tut élevé dans l'université de crue ville. Le roi Charles I", accordant alors en Angleterre beaucoup de liberté aux préires catholiques, le jeune Cbillingwortheut souvent occasion de s* entretenir avec le jésuiie Fisher, qui le convertit au catholicisme. Vers l'âge de dix-sept ans, il quitta l'Angleterre, et se relira au collège des jésuites de Douay, où il demeura jusqu'en 1631. Ramené à sa première croyance, selon les uns, par les arguments du docteur Laud, évéque de Londres, son parrain, avec lequel il était demeuré en correspondance; scion les autres, rebuté des épreuves du noviciat, et blessé surtout des travaux scrviles auxquels on le soumettait, il revint en Angleterre, protestant déclaré. Cependant quelques scrupules sur ce nouveau changement, consignés dans une lettre adressée su docteur Sheldou, lirent penser qu'une seconde excursion vers le catholicisme avait été suivie d'un second retour vers la religion de son pays; quoi qu'il en soit, il devint un des zélés adversaires de la religion romaine, qu'il altao.ua principalement dans son ouvrage intitulé : la Religion des protestants, moyen sûr de salut, Oxford, 1056: traduite en français, Amsterdam, 1750. 3 vol. in-12. Cependant l'habitude d'examiner et de douter lui avait apparemment donné une sorte d'incertitude, au moins daus sa manière de s'exprimer, en sorte que ses opinions parurent à quelques-uns suspectes de socianisme et même de pur déisme. Quelles que fussent ses raisons, sa méthode de raisonnement est si forte et si bien suivie, que Locke a conseille a son jeune gentilhomme une lecture assidue des ouvrages de Chillingworlh, « les meilleurs, dit-il, que je connaisse pour former à la clarté et à la justesse du raisonnement. • Ou avait, à l'université d'Oxford, une telle opinion de la puissance «le raisonnement de Chilliugworth, et de son intime ami Lucius, lord Falkland, qu'on disait communément que « si le diable ou le Grand Turc pouvaient être convertis, ce serait par eux. » Vers 1637, il refusa un bénéfice qui lui était offert, croyant que sa conscience ne lui permettait pas de signer les trente-neut articles imposés à l'Eglise d'Angleterre, et rejetés par les puritains, comme contraires à la vraie doctrine de l'Evangile ; mais Chillingworlh était accoutumé à adopter ensuite ce qu'il avait rejeté d'abord : peu de mois après, il signa le symbole de St. Anastase, et accepta un bénéfice. Accoutumé aussi i combattre vivement pour la cause contre laquelle il avait commencé par se déclarer, il se montra, dans les troubles de cette époque, très-attaché à la cour et défenseur zélé de l'épiscopat. Il suivit Charles 1*' au •iege de Glocester, cl donna même l'idée de quelques machines de guerre dans le genre de celles des
Romains. Étant tombé malade par suite des fatigues de cette campagne, il fut pris par les rebelles dans le château de Sussex où il s'était arrêté, et mourut entre leurs mains, le 30 janvier 1644. On crut que 1rs mauvais traitements qu'il avait essuyés de leur part hâtèrent ses derniers moments. On a de lui, outre son ouvrage sur la religion protestante, neuf sermons imprimés en 1664, un traité en faveur de l'épiscopat, et plusieurs autres ouvrages de controverse. (Foy. Cheï.nkll.) S— d.
CII1LMEAD (Eouoivn), né à Stowcn-the-YVold, dans le comté de Glocester, fut maître es-arts au collège de la Madeleine d'Oxford, et chapelain de l'église de Christ dans la même ville; mais sa fidélité à Cliarles I" lui ayant fait perdre ce bénéfice, il fut réduit à mettre en usage, pour vivre, ses talents en musique, et alla se fixer à Londres, où il mourut le 1" mars 1634, nouveau style. On a de Chilmead plusieurs traductions en anglais : 1° du traité latin des Globes de Robert Huez, Londres,
1639, 1659, in-4'; 2« de l'ouvrage de Gaffarel sur les talismans, Londres. 1650. iu-8»; 3* du livi'e de Jacques Ferrand, médecin d'Agen, intitulé : Traité de l'essence et guérison de l'amour, etc.. Londres,
1640, in-8* : 4° du traité de Campanella sur la Monarchie espagnole, Londres, 1054. 1659, in-4* : ces deux éditions n'en font qu'une seule; 5° du livre de Léon de Modèn» sur les Cérémonies et Coutumes des Juifs, Londres, 1650, in-8°. 6* Il eut part à l'édition d'Aralus, donnée par Jean Fell. Oxford, 1672, m-8°, et 0 la traduction anglaise de Holhroke, de Y Histoire des guerres de Justinien, par Prorope, Londres, 1653, in-fol. On doit encore à Chilmead : 7* un traité de Alusica antiqua graca; 8° un Catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque liodléienne, catalogue qui n'a point été imprimé; 0° Joannis Anliocheni cognomenlo Malata Historiés chronicœ libri 16, e manuscripto bibliotheca Bodleianœ mine primum editi, cum interpretatinne et mitre. Celte édition ne fut publiée que longtemps après la mort de Chilmead, Oxford, 1691. in-8°, par Humphred Ilodius. qui y ajouta une notice sur la vie et les ouvrages de l'écrivain anglais. D. L.
CHILON, lils de Damagétus, Lacédémonien, fut mis au nombre des sept sages de la Grèce. Il se livra aux affaires publiques comme la plupart de ceux qui méritèrent ce nom, et devint épliorc à Sparte, dans la première année de la 56* olympiade, Pan 556 avant J.-C Cette magistrature avait été jusque-là peu importante, et ses fonctions se réduisaient à rendre la justice lorsque les rois étaient absents; Chilon donna aux éphores beaucoup plus de pouvoir, et les opposa comme un contre-poids à l'autorité rovalc, qu'ils furent chargés de contenir dans ses bornes : c'est pour cela sans doute que Diogêne Laérce dit qu'il est le premier qui ait été éphore. 11 fit divers voyages hors de sa patrie, et il est probable qu'il alla a Sardes, auprès de Crésus, qui avait recherché l'alliance des Lacédémoniens. Ce fut la sans doute qu'il vit Esope. Il mourut de joie à un age nés-avancé, en embrassant son lils qui venait de remporter le prix du pugilat aux jeux
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olympiques. On cite de lui plusieurs maximes qui justifient sa réputation. Il disait que la véritable vertu était de prévoir par la force du raisonnement ce qui devait arriver. Son frère s'indignant de ce qu'il était éplinre, tandis que lui-même n'avait pu le devenir : a Je suis devenu épliore, lui dit-il, parce « que je sais supporter les injustices, ce que tu ne « sais pas faire. • Ses autrrs maximes étaient : a Ou « éprouve l'or avec la pierre de louche ; c'est par « l'or lui-même qu'on éprouve les hommes. Hé- « ponds pour quelqu'un, le repentir suit de prés, o Celui qui a la force en partage doit y joindre la « douceur, pour inspirer le respect plutôt (pic In «crainte. Connais-toi toi-même. 11 faut parler peu dans le vin. » Il n'est guère possible qu'il ait prédit au porc de Pisistrale, avant son mariage, qu'il aurait un lils qui serait un tyran; en effet, I 'i strate usurpa la tyrannie l'an SCI avant J.-C, cinq ans avant que Chilon fut éphore : il ne devait donc pas y avoir une bien grande différence d'àgc cnlrc ces deux hommes célèbres. ( Voy. Diogênc Laêrce, liv. I, ch. 69; Pline, I. 7, ch. 52.) C— n.
CHILON IS, fille de Cléadas, femme de Théopompe, roi de Sparte, ayant appris i|iic son mari avait été fait prisonnier par le« Arcadicm, alla le rejoindre. Les Arcadicns. touchés de son amour conjugal, lui pcrmirrnt d'entrer dans la prison où il était, et clic en prolila pour le faire évader en changeant de vêtements avec lui. Théopompe, de retour i Sparte, trouva le moyen de prendre la prêtresse de Diane llymnis, et les Arradiens lui rendirent sa femme en échange. Cela dut arriver pendant la première guerre de Messe ne. entre l'an 745 et 725 avant J.-C. — CttiLosis, fille de l.éonidas II, roi de Sparte, fut célèbre |»ar le dévouement a\cc lequel elle remplit successivement les devoirs de fille et d'épouse. File aima mieux suivre son père en exil, (pie de partager le trône (pic Cléombroie, son é|>oux, avait usurpé sur lui. Lénnidas, étant rappelé quelque temps après par un autre parti, voulut faire mourir son gendre; alors elle prit sa défense, obtint, a force de sollicitations, qu'on lui laissât la vie. et s'exila avec lui, quelques instances que fit son pèrt pour la retenir. C— n.
ClULPliMC 1", le plus jeune des fils de dota i m- l*r, prit les armes aussitôt après la mort de son père, et marcha sur Paris, dans l'intention d'en faire le siège de son royaume. Sa conduite en ce moment vint à l'appui de ce qui est dit à l'article Clotaiiu: l*r, sur les raisons politiques qui décidèrent le partage des Ktats du roi mort entre ses enfants, p isque ce partage se serait fait nécessairement les armes à la main, si les lois n'avaient pris soin de le régler; les princes de cette éjioqiic n'ayant cl ne pouvant avoir d'autre destination que celle d'être chefs des hommes armés, c'est-à-dire des Francs, qui formaient encore une nation séparée des Gaulois. Les trois frères de Chilpéric se réunirent pour le contraindre a quitter Paris, et à s'en rapporter au sort qui lui donna le royaume de Soisson?, l'an 561. Un an après ce partage, tandis que son frère Sigeberl était occupé à repousser les Aba-
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res, Chilpéric envahit ses Ktats, et lui enleva la ville de Reims. Deux ans plus tard, Sigebert se vengea de cette invasion, et non-seulement il reprit les villes qui lui avaient été enlevées, mais il s'empara encore de Soissons, qu'il eut la générosité de rendre à Chilpéric. Celui-ci, oubliant ce bienfait, lui fit encore la guerre en 575 et 575, jusqu'à ce que, se trouvant assiégé dans Tournay et réduit à l'extrémité, il n'échappa à ce danger que par l'assassinat du malheureux Sigebert, ordonné par Frédégonde. Chilpéric tut aussi plusieurs démêlés avec Contran, et ce fut en vain que des hommes sages ménagèrent une conférence qui eut lieu à Troyet, et dans laquelle les trois monarques, se touchant la main, promirent solennellement de rester unis; mais cette promesse hit presque aussitôt violée, et la destinée des trois frères fut d'avoir toujours l'un contre l'autre les armes à la main. La première femme de Chil|»éric se nommait Andouairc; il la quitta par amour pour Frédégonde, qu'il éloigna ensuite alin d'épouser Galsuinde, lillc du roi d'Espagne Athanagildc, et soeur de Umnchaut; mais, revenant bientôt à sa maîtresse, il la couronna, après avoir fait assassiner Galsuinde. L'assassinat de celle princesse fut l'origine de la haine que se vouèrent llrunebaut et Frédégondc, haine qui en lama plus de crimes que n'en présente aucune autre époque de l'histoire de France; aussi ne doit-on pas s'étonner si les anciens historiens ont appelé Chil|>éric le AVron et YHérode de son temps 11 est vrai que ces historiens étaient ecclésiastiques, et que ce prince ne ménagea ni les privilèges, ni les domaines du clergé; mais ce n'est point une raison pour révoquer en doute leur jugement; car le clergé, alors respectable par ses lumières, luttait contre la barbarie avec un courage qui mérite l'admiration de la postérité, et la conduite de Chilpéric a justifié l'accusation portée contre lui. Malheureux comme guerrier, il ne triompha que par des crimes; bel esprit dans un siècle où le courage était la première vertu des rois, il ne fit servir l'instruction qu'il avait reçue qu'à tenter des innovations ridicules; barbote envers ses femmes, il poussa l'aveuglement et la faiblesse à l'égard de Frédégonde jusqu'à lui sacrifier ses fils; en accablant ses sujets d'impôts, il excita des révoltes et une grande émigration parmi ses sujets, qui allaient chercher plus de bonheur dans les royaumes voisins. Jouet de ses passions et des artifices de Frédégonde, il fut assassiné à Chelles, l'an 584, i l'âge de 45 ans, comme il revenait de la chasse. Des historiens ont assuré que ce fut par l'ordre de sa femme, instruite que le roi se préparait à venger lo commerce scandaleux qu'elle avait avec Landri, seigneur de sa cour ; mais il y eut à cette époque tant de crimes, cl surtout tant de hardiesse dans les deux partis pour s'accuser réciproquement, qu'il est permis de révoquer en doute U vérilé de celte inculpation, qui ne se trouve dans aucun auteur contemporain. Frédégonde, loin de fuir, eut l'inconcevable bonheur de se faire accorder la tutelle du seul fils qui restât à Chilpéric de tant de fils qu'il avait eus de différentes femmes. Cet enfant, qui n'avait alors
que quatre mois, régna depuis sur toute la France, sous le nom de Cloiaire II. La régence du royaume de Cliil|iéric fin donnée à Contran. 11 fut enterré dans l'église de Si- Vincent. F— e.
CHILPÉUIC II, roi de France, monta sur le trône en 715, après avoir mené longtemps une vie ignorée. Ce prince était le plus ieune des lils de Childéric II, qui lut assassiné en 673, ainsi que son épouse et ses enfants, par des seigneurs qui ne trou» vi rent que cet atïreus moyen de se venger îles injures personnelles qu'ils avaient reçues tlu roi. Chilpéric échappa au massacre de sa famille, (ut cluvé dans un monastère, sous le nom de Daniel, et se lit clerc, c'est-à-dire qu'il se consacra au service de l'Église. On ignore quand il quitta le cloitre pour laisser croître sa longue chevelure, signe distinclif des rois de la première race, ni ce qu'il devint jusqu'au jour où l'ainfroi, maire du palais île Neuslrie après Pcpin le Crus, le proclama loi, au lieu de Tliicrri, lils unique de Dagobcrl II, dont l'extrême jeunesse ne pouvait convenir à un parti île bous Français, qui, voulant rappeler les héritiers du grand Clovis à toute leur dignité, avaient besoin d'un prince en âge de gouverner |wr lui-même; or, Daniel, qui prit le nom royal de Chdpéric II, était alors dgé de quarante -quatre ans. Il parut en cfTct à la létc ilt s armées, re qui n'était arrivé à aucun de ses prédécesseurs depuis l'élévation des maires du palais ; mais il rencontra dans Charles-Martel, lils de Pépin le Gros, un ennemi habile, infatigable, qu'aucune difficulté n'arrêtait. Il obliul cependant d'abord sur lui quelques avantages; mais, après avoir été ballu a Amblct, il linit par tomber entre ses knains. Charles Mard i lui laissa tous les honneurs de la représentation, l'accabla de respects, et garda pour lui le pouvoir. Qiilpéric II, viclime de l'ambition îles maires du palais d'Aiistrasie et des factions depuis longtemps formées par les grands pour secouer le joug de l'autorité, a été confondu a tort parmi le» rois fainéants. 11 combattit cl régna trois ans sans maître, et ne survécut que deux années à l'humiliation d'être dominé, étant mort à Atiigny, eu 720. H fut enterré à INoyon. Thierri, fils de Dagol>crt, lui succéda. F— E.
cm [ M A Y ( Jeanne- Mame- Ignace- Théuèse peCabahuis, princesse pe), qui fut célèbre en France par l'éclat et l'ascendant de sa beauté, dans les temps non moins célèbres de nos révolutions, naquit a Saragosse, en 1773. Elle eut pour mére mademoiselle Galalxrt, fille d'un négociant de celte ville, et que le comte de Cabarrus, son pére, avait épousée secrètement en 1772. Ou sait peu de chose de la première jeunesse de Thérèse. Ses attraits, sa grâce naturelle, son esprit, et des dispositions pour les arts cultivées avec soin, la firent bientôt remarquer. A peine âgée de seize ans, en 1789, on lui fit épouser M. Devin, marquis de Fontenay, conseiller à ta troisième chambre des enquêtes du parlement de Paris. Madame de Fontenay faisait, en 1701, l'ornement de la société du Marais : elle recevait chex elle le général Lafayette, les trois frères Lameth, Faviêrcs, «-conseiller au parlement, UepuU auteur de
Litbtth et d'autres ouvrages dramatiques. On no
cite ici «pie les personnes avec lesquelles elle fut intime à cette époque, .vu père venait d'être arrêté à Madrid : elle disait un jour à Lafayette, avec une plaisanterie chagrine et que n'excluait pas la douleur : « Donnez-moi donc une armée de gardes na- « tionales pour délivrer mon père 1 » Elle avait un frère plus jeune qu'elle, Théodore de Cabarrus; et, en 1786, une maison de commerce était établie à Bordeaux sous la raison de Cabarru* fiU : c'était un frère du financier, et par conséquent un oncle de madame de Fontenay. Les mauvais jours de la révolution étaient arrivés. Madame de Fontenay partit pour Bordeaux, avec un fils encore enfant Son mariage n'avait pas été heureux, et le mari avait dissipe la moitié de sa dot. Elle se proposait d'aller en Espagne rejoindre son père, qui avait été rendu à la liberté ; mais elle perdit la sienne en arrivant à Bordeaux , et fut emprisonnée. Ses papiers n'élaienc peut-être pas bien en règle : car il fallait, en 17!>5, pour voyager et pour changer de domicile, outre le passe-port, un certificat de civisme, un certificat de résidence ou de non émigration ; plus, dans les villes, une carte de sûrelé. Alors on arrêtait, le soir, dans les rues de Bordeaux, tous ceux qui n'étaient point munis de cette carte; on les conduisait au corps de garde, et du corps de gante a la prison. Les gendarmes étaient stimulés par l'appât du gain. Tout individu qui ne pouvait exhiber sa carte de sfirete était obligé de donner 12 francs, ou de laisser son habit en nantissement. Cet impôt, hs gendarmes de la Gironde l'avaient eux-mêmes établi : ils s'en étaient arrogé la perception, et les autorités du temps fermaient les yeux. Mais ma» dame de Fontenay, femme d'un ex-conseil 1er au parlement de Paris, et dont quelques dénonciations avaient peut-être précédé l'arrivée, ne put en être quitte pour le payement de l'impOt des gendarmes. Talhen était alors en mission à Bordeaux avec Ysabeau et Baudot. Madame de Fontenay lui écrivit et réclama contre son arrestation. Tallicn, qui, sans doute, avait entendu parler de sa beauté, alla la voir, et soudain il sentit qu'il aimait. La belle prisonnière fut libre, mais sans pouvoir désormais songer à quitter la France ; et le farouche proconsul devint un homme nouveau. Les malheurs de la révolution avaient conduit à Bordeaux le marquis de Paroy, chevalier de Sl-Louis, colonel, artiste amateur, associé honoraire libre de l'académie de peinture. ( Voy. Pahot. ) Son père, ex-constituant, avait été arrêté et se trouvait détenu à ta Béole. Le marquis voulait obtenir sa liberté et en même temps assurer la sienne, qu'il était en grand danger de perdre, car on l'avait inscrit sur la liste des émigrés, et ses biens allaient eue vendus. Dans cette position critique, il imagina d'envoyer une pétition à madame de Fontenay, et il y joignit une petite gravure au lavis représentant VAmour tan» culotte. Cet amour tenait d'une main une pique surmontée du bonnet phrygien, et de l'autre un cœur placé sur un niveau, et le niveau était dressé sur un autel. On lisait au bas de ce distique singulier, qui peut don-
1S2 CHl
ner «ne idée delà galanterie de ces temps désastreux :
Quand l'Amour en bonnet fe trouve sans culotte La liberté lui plait, il eu (ait sa marotte.
Le lavis et les vers étaient de la façon du marquis : a Dans ma lettre, dit-il (I), je priais madame Uc « Fontenay de trouver bon qu'un petit Amour -..tis « culotte fût l'avocat d'un lils Lien malheureux de « l'incarcération de son père ; et. au nom du sien, «je la conjurai! d'être mon avocat auprès du repré- • sentant Ta lien. » Le marquis ne tarda pas à rerevoir une inflation, et il accourut aussitôt. Il trouva le salon de madame de Fontenay rempli de iicrsonnes dont beaucoup avaient des pétitions à la main. I n instant après, les deux battants s'ouvrent. Madame de Fontenay parait dans un costume très-ëlégnnt : les saluts sont respectueux, les révérences profondes ; elle y répond par un signe de tète gracieux : « Le citoyen Paroy, dit-elle, est-il parmi «vous?» Le citoyen s'avance, elle l'invite à passer avec elle dans son cabinet : • Je crus, dit le nur- « nuis, entrer dans le boudoir des Muscs : un piano « enir'ouxert avec de la musique sur le pupitre, une « - m ■ ;j j . ■ sur un canapé, une harpe dans un coin ; « plusieurs pupitres et beaucoup de cahiers de mu- « sique d'un tùté ; de l'autre, un chevalet avec un « tablean commencé; la boite de couleurs à l'huile
■ et des pinceaux sur un tabouret de bois ; une ta- « ble de dessin avec une miniature ébauchée, une a boite anglaise, la palette d'ivoire et de petits pin-
■ ceaux ; un secrétaire ouvert, rempli de papiers, « de mémoires, de pétitions; une bibliothèque dont « 1rs livres paraissaient en désordre, comme si l'on « y avait souvent recours, et un métier à broder sur « lequel était montée une étoffe de satin : tels fuit rent les objets dont 1 ensemble étonna mes re- « gards. Vos talents, madame, sont universels, à «en juger par ce que je vois; mais votre bonté les « égale, et votre beauté pourrait les eflater. p L'accueil de madame de Fontenay justifia ce compliment : a Je crois me rappeler, dit-elle, vous avoir « vu chez le comte d'Estaing, avec mon père. J'es-
0 père que vous viendrez me voir le plus souvent « que vous pourrez. Mais partons de M. votre père ; u où est-il en prison? J'espère obtenir du citoyen «Tallien sa sortie; je lui remettrai moi-même voa tre pétition, et je veux vous présenter à lui.. »
1 e marquis la remercia avec une vive émotion : «Je sortis, dit-il, comme un homme émerveillé, « qui a de la peine à croire ce qu'il vient de voir « et d'entendre ; j'étais sous le charme : je n'avais «jamais vu tant de grâce dans la bonté. J'écrivis « sur-le-champ à mon père et lui envoyai le seul
■ bonheur qui entre dans les prisons, l'espérance. » Cependant le vieillard prisonnier fut transféré de la Réolc à Bordeaux : c'était d'un sinistre augure. Mais Tallien n'avait pas signé l'ordre de ce translè-
(I) Elle figure dint te* «uèmoirrt <uto|n; hct inédits, qui »p- «•Ttimoeai a I nkir de ret article, et qui, pleins de biu corieu.
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rement . Fa vonblement disposé par madame de Fontenay, il recevait le marquis de Paroy, et lui disait :
■ Attendez encore; il faut qu'on oublie quelque « temps votre père pour le sauver. » Il y avait alors à Bordeaux un pouvoir rival de celui des représentants : car, à cette époque terrible , et singulière, l'autorité capricieuse du farouche Lacombc, président du tribunal révolutionnaire, s'élevait souvent au-dessus de celle de Tallien et d'Ysabeau : c'est ainsi que Carrier se trouvait, à Nantes, sous la despotique influence du comité qu'il axait lui-même organisé; et que, dans Strasbourg, l'accusateur public Schneider méconnaissait insolemment les ordres de Sl-Justet de Lclns. l"artout l'anarchie élait née de la terreur, et la terreur pesait sur ceux qui avaient décrété son régne. « Je ne |x>urrais faire sortir f"ti « père, disait Tallien, sans me cotnpromelire nioi-
■ même. » Le marquis de Paroy osa aller voir h* terrible Lacombc, et ce rival des proconsuls lui dit ces mots remarquables , qui suffiraient pour peindre l'époque : « C'est un grand aristocrate « que ton père, mr.is pas plus que moi qui passe « ici pour tel. Mais tu ne l'es pas mal non plus. « Cela m'est égal. Tu sais ce que je l'ai dit : ne a crains rien ; sois prudent. » Le marquis voyait souvent madame de Fontenay et le représentant Tallien, dont il déclare dans ses mémoires avoir toujours eu personnellement à se louer. Il ajoute: « Un « jour madame de Fontenay me dit : Je suis désolé
• que votre père n'ait pu sortir de prison avant le
• départ de Tallien pour Paris. Je ne connais pas « Ysabcau qui est ici son collègue; mais je vais « prier à souper une dame avec laquelle il est fort « lié, et je l'engagerai à amener Ysabeau. Vous « pourrez faire connaissance avec lui. 11 a de l'es- « prit et ne manque pas d'instruction. » Le souper eut lieu. Le marquis fut placé à la table a coté de madame Delpré, femme d'un négociant de Lille, qui élait venue se réfugier dans la Gironde, où elle se croyait plus tranquille sous la protection d'Ysabeau. Plusieurs députés, envoyés en mission dans les Pyrénées, avaient été invités et se trouvaient à ce souper. Le lendemain, la même société se rcuu.t chez madame Delpré, qui plaça le marquis à ses côtés et madame de Fontenay à côté d'Ysabeau. « Le souper fut d'une excessive gaieté. De» corné- «dietts, des membres du comité révolutionnaire et « les députés de la convention s'y trouvaient réunis. « Au disert, le proconsul Lequinio dit : Allons! vice
• la république! et buvons à la santé des brutes té- « pubtieains qui ml voté la mort du tyran. Ces pa- « rôles, tlit le marquis, me firent dresser les chei Veux... La bouteille passait demain en main... « Lequinio me dit : l'.ois donc, et fais passer. Ce que « j'éprouvais dans moi élait sans doute fortement « empreint sur mon visage. Ce Lequinio se lève et «dit : Le citoyen qui tient ta bouleillc est sûrement « un aristocrate : je m'y connais, et je vous le de- « nonce. J'en découvris un à Saintes qui s'était « glissé parmi nous ; le lendemain, je le lis arrêter «et guillotiner : il faut en faire autant de celui-ci. « — Eh bien , dis-je, en me levant atec colère, puis-
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« que le citoyen m'insulte, il n'aura pas l'honneur a de boire à la santé de la citoyenne chez qui nous « sommes ; c'était la sienne que je portais : — N'csl- «ce pas, citoyenne ? — C'est vrai : il me disait qu'il
• buvait à ma santé. — Parbleu, j'en suis! dit Lc- «quinio.» La bouteille lit gaiement la ronde, cl il ne fut plus question de la première santé. Mais tandis que madame Fonlenay, par le double charme du regard Cl de la voix, intéressait le représentant Ysabeau en laveur du marquis et de son père, le marquis courut le risque de se perdre lui-même par une grande et singulière imprudence, un toast à un Amour pHnt par lui sur une bague, avec ces deux vers ;
Qui que tu sois, voici ton matlrtf :
Il l'est, le fut, et le doit cire.
Or cet Amour était le poitrail de Louis XVII. La bagne fit le tour de la table et fut baisée par les conventionnels, qui ne reconnurent pas l'effigie. Après le souper, Ysnbeau invita le marquis a venir le voir, et il en obtint la liberté de son père ce qui était d'autant plus heureux qu'alors Tallien s'était rendu à Paris et que madame de Fonlenay, qui ne tarda pas à l'y suivre, lut arrêtée en arrivant, a Les
• Bordelais, dit le marquis de Paroy, auraient dû « lui ériger une statue pour les grands services « qu'elle leur avait rendus, et clic ne. recueillit que « l'ingratitude dans le champ immense de ses bien- « laits. J'ai été, ajoute-t-il, témoin de tout le bien « qu'elle a lait; je l'ai vue tourmentée de tout celui « qu'elle ne pouvait faire, et je ne puis exprimer « qu'un grand élouncmcnt que ma reconnaissance « n'ait point été partagée. » Cet éloge ne peut être suspect; les opinions politiques du marquis de Paroy rendent sou témoignage irrécusable. Le crime de madame de Fonlenay était bien grand aux yeux des chefs du terrorisme, dont elle avait, dans Bordeaux, presque arrêté le mouvement. L'n grand nombre de victimes dévouées à la mort lui devaient la vie. Elle avait i«»ciné Tallien ; et ce révolutionnaire ardent, devenu citoyen, marchait, depuis qu'il était attaché à son char, hors du système de destruction et de sang suivi avec de si horribles fureurs. Madame de Fontcnay se hâta d'écrire à Tallien. et lui peignit dans son arrestation le danger qu'il courait lui-même. Tallien furieux alla aussitôt au comité de salut public : il déclara (pie la citoyenne Fonlenay était sa femme ; il la réclama, disant qu'il répondait d'elle, cl qu'il avait donné assez de gages à la révolution pour que sa femme lui fût rendue sur-le-champ. — On touchait alors à l'époque du 9 tlterniidor. Madame de Fontcnay était entérinée avec madame de Beaubarnais, qui ne jiouvait voir dans les sanglants excès de l'anarchie la cause de la faturc élévation à l'empire d'un soldat qui serait son mari. Cependant Tallien, excité par de nouveaux et éneririques avertissements de madame île Fontcnay, s'entendit à la hàic et secrètement avec plusieurs de ses collègues; il se rendit à la séance, monta à la tribune, accusa Robespierre, et brandit un poignard. Son discours fit une révolution, et c'est à
CHI loS
madame de Fonlenay que la France dut d'être délivrée du dictateur et de sa tyrannie. On voit, dans le Moniteur de l'an 2 (p. 217), que madame de Fontcnay avait demandé au nom de son sexe à servir le malheur dans les hospices d'humanité. Elle épousa Tallien peu de temps après le 9 thermidor (le 26 décembre 1791). Cependant, même après cette grande journée, Tallien eut à se justifier, dans le sein de la convention cl à la tribune des jacobins, sur «on modérantisme à Bordeaux. Carrier l'accusait de s'être concilié les scélérats de celte ville par son indulgence, et d'y avoir protégé les aristocrates et les accapareurs. Presque en même temps, dans les débats conventionnels sur Collot-d'Herbois, llillaud et Barére, on lut reprochait d'avoir (avant sa liaison avec madame de Fonlenay) ordonné l'arrestation de quatre-vingt-six acteurs du théâtre tic Bordeaux et celle de 2,900 spectateurs suspecli d'aristocratie. Ce fut à celte époque qu'en provoquant l'examen de sa conduite, Tallien déclara formellement son mariage avec madame de Fonlenay, et que Collot-d'Hcrhois donna, devant la convention, les molils, qui seraient aujourd'hui trouvés fort honorables, de l'arrestation de cette dame. Tallien avait fixé son domicile à Chaillot : le salon de sa femme ne larda pas à devenir célèbre. On le vit alors se prononcer chaque jour davantage contre les partisans de l'anarchie et des fureurs révolutionnaires. 11 s'éleva contre un orateur qui demandait que l'on mit ta mort à l'ordre du -our, et qui ne trouvait sans doute (>as qu'elle y fût assez depuis la journée de thermidor. Il lit rapporter le décret qui avait déclaré Bordeaux en état de rébellion ; il appuya, contre Billaud qui s'y opposait, la mise en liberté de madame de Tourzel ; il lut accusé par Duhem de vouloir la ruine des jacobins, après en avoir été, disait-il, le meneur ; et si, en ce moment où la terrenr existait encore, il cessa tout a coup, ainsi que Fréron, son collègue, de combattre pour la renverser; et si l'un et l'autre, à la tribune ainsi que dans l'Ami det citoyens et dans l'Orateur du peuple, qu'ils rédigeaient, reprirent leurs premiers errements, c'est que le parti modéré, qu'on appelait la jeunesse dorée de Tallien et de Fréron, se montra bien imprudent et bien maladroit dans les feuilles qu'il dirigeait. Bientôt ce parti se crut assez fort pour pouvoir tout changer. Dès lors il n'épargna point les deux chefs qu'il s'était d'abord lui -même donnés. Tallien vit que rien n'était oublié de sa vie passée; qu'on recommençait à lui imputer les massacres de septembre, qu'on l'appelait encore le spoliateur de Bordeaux, etc. etc. ; et tous les anciens ré*oluiionnaircs qui désiraient marcher avec lui dans de meilleures voies craignirent d'y laisser leurs têtes. La mauvaise révolution reprit soudain son cours. Marat fut solennellement transféré au Panthéon deux mois après le 9 thermidor (21 septembre 179i ), et Tallien redevint plus d'une fois, à la tribune, l'homme de 4792 et de I797>. Ainsi la peur a fait souvent les crimes de la république, et plus souvent encore les malheurs de la France depuis 1789 jusqu'à nos jours. Madame Tallie» plaignit son mari peuWlre,
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mais sans pouvoir l'approuver. L'union des deux époux eut ses orages; la malheureuse affaire de Quibcron acheva de ruiner la paix domestique. La cohabitation durait encore, mais les sentiments n'étaient plus partagés. Madame Tallicn conservait cependant un ^ i and empire sur son mari ; elle avait par lui et par son crédit le pouvoir d'obliger : il sciait trop long de dire les nombreux services qu'elle rendit à celte époque; nous ne citerons qu'un irait. Un jeune militaire, disgracié après le siège de Ton- Ion, se lit présenter à madame Tallien par un domestique de confiance nommé Baptiste : c'est ainsi qu'il obtint d'elle d'autres audiences de quelques minutes. Un jour il exposa sa misère, cl montra son habit percé par le coude : « Le citoyen Tallicn, « ajouta-t-il, est maître de tout : s'il pouvait me
« Taire donner du drap du maximum! » Ce vreu
fut entendu. Peu de jours après, Baptiste aperçut, des hauteurs de Chaillot, le jeune officier qui s'avançait; il en avertit sa maîtresse, qui lut remettant un coupon de drap : « l'ortc-le, dit-elle, à ton pro-
« legé » El ce protégé de Baptiste n'était pas
moins que l'homme qui devait devenir empereur et prottrteur de la confédération du Rhin ! Qui pourrait dire quel service ce coupon de drap rendit à celui qui le reçut 1 Bientôt il parut avec un habit neuf, et tut admis dans le salon de Chaillot. Ce fut là qu'il vit pour la première lois madame de Beauharnais qui, après avoir été camarade de prison de madame de Fontenay, était devenue l'amie et la compagne de madame Tallicn. — Le directoire avait remplacé la convention. Le salon de madame Tallicn était toujours célèbre; elle faisait alors l'ornement des cercles les plus brillants. Sa tenue, toujours d'une grande élégance, était quelquefois singulière : on voyait, dans un costume maguilique, ses pieds nus ayant à leurs doigts de riches anneaux. Tallicn, qu«- ses ennemis poursuivaient dans sa vie passée, a la tribune et dans les journaux, était triste cl sombre chez lui : il trouvait peut-être que madame Tallien oubliait Irop ce qu'il avait fait pour madame de Fontenay. La république n'avait rien gagné sous le directoire, et les moeurs y avaient beaucoup perdu. On peut comparer les saturnales de celte époque a celles qui suivirent la régence. Bonaparte avait épousé madame de Beauharnais, et porté en Orient sa fortune : mécontent de la sienne, Tallicn suivit le général (mai 1798); et l'un et l'autre laissèrent dans Paris leurs femmes presque inséparables. Tallicn, qui avait fourni le fameux coupon de drap, se trouvait, par le jeu des révolutions, de protecteur protégé. Les bienfaits rendus font souvent des ingrats. Tallicn n'avait qu'un emploi subalterne (administrateur de l'enregistrement et des domaines)
Un soir que Bonaparte se faisait rouler 1rs cheveux par son valet de chambre : « Lcfèvre, dit-il, que fait « à présent, en France, madame Bonaparte? — Gé- « néral, elle pleure. — Tu n'es qu'un sot , elle va « tous les jours se promener au bois de Boulogne, o sur un cheval blanc, en mauvaise compagnie. » Après son débarquement à Frejus, Bona|>artc vole à Paris et se rcud d'abord chez madame Tallicn,
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qui, pour calmer ses préventions jalouses, lui parle de l'excellente conduite de Joséphine pendant sa longue absence, et met tant de zèle et de charme dans son plaidoyer, que Bonaparte sent ses pré\ entions s'effacer. 11 va sur-le-champ trouver sa femme : le raccommodement est complet. Mais cependant le mari de Joséphine exige qu'à dater de ce jour clic cessera de voir madame Tallicn. — Après le 18 brumaire, madame Tallicn ne fut point admise à la cour. Cependant le premier consul n'oublia pas tout à fait ce qu'il lui devait; et, comme elle renouvelait souvent ses prières cl ses instances, il lui lit donner secrètement par Baptise un rendez-vous au rameux bal de Marcscalrhi 11802). Madame Tallicn •levait porter un ruban vert et accepter le bras d'un domino qui en aurait un pareil. Le premier consul arriva accompagné du célèbre Lucas, médecin des eaux de Vichy, cl, quittant le bras du docteur, il prit celui de madame '] allier». Les deux dominos aux rubans verts se promenèrent ensemble pendant deux heures. L'un se plaignit, l'autre s'excusa : celui-ci lit compliment à la dame sur ses relations avec un homme grave qu'il estimait, et il persista dans son refus dont il expliqua les motifs... Depuis, sous l'empire, les relations continuèrent avec une sorte de bienveillance, mais les Tuileries restèrent fermées à la femme de Tallien. Un bon mot, ou ce qu'on appelle ainsi, a souvent une influence fâcheuse. Le conile de Valence, qui devait à madame Tallien les jours de sa femme, disait : a Si l'on a donné i niait dame Bonaparte le surnom de A'i ire-Dame des a Victoires, on doit donner il madame Tallien celui « de Notre-Dame de Bon-Secours, » Mais, par un jeu de mots cruel, les ennemis de madame Tallien dirent qu'il fallait plutôt l'appeler Notre-Dame de septembre, quoique, avant l'époque des massacres de 1792, madame de Cabarrus n'eût peut-être pas encore entendu parler de Tallien. La loi du divorce avait alors sa bonne et sa mauvaise influence dans la société. Le 8 avril 1802, le divorce demandé par madame Tallicn, peu de temps après le retour de son mari, fat prononcé. Pendant qu'il était en Egypte (trois ans d'absence), deux curants étaient nés de madame Tallien. CUmencelsaure-Thtrcsia Cabarrus (depuis madame Devaux ), el Jules- Adolphe- Ê .'ouard Cabarrus. Enfin, pendant la procédure du divorce, vint au momie un troisième entant, Clarisse- G abrielle-Thérisia Cabarrus (depuis madame de Bruneliérc». Ces trois enfants ne furent inscrits sur les registres de l'état civil que sous le nom de leur mère (Cabarrus). Ses deux premiers maris vivaient encore lorsque, le 18 iuillet 1803, elle épousa le comte Joseph de Caraman. Elle avait un fils de M. de Fontenay ; elle avait une fille de Tallien ( Thermidor- Rose-Thérésia, qui é|>ousa le comte de ÏVai Iwnne- Pclct). La même année, le prince de Chimay mourut à Floience; et le comte de Caraman, son héritier, se rendit en Toscane, avec sa femme, pour les affaires de la succession (I). Madame de Caraman
(I) Apris avoir Iff artrnu à lunaison dr Ni^lc-Soissoo», danslo W >icctc ; puis .1 Jcnn 4c tlaynjulf. iin- de Dcauraooi, jmi* aux
désira d'être présentée à la r%ine d'Etruric; elle s'adressa au chargé u'ulTaires (M. Artaud), qui, sans entrer dans d'autres détails, parla devant la jeune reine des grands services que madame de Carainan avait rendus dans les plus mauvais jours de la 1 évolution , et des nombreuses victimes qu'elle nvait sauvées dans ces temps déplorables. La comtesse de Caraman fut présentée à la nouvelle cour; elle y parut avec une robe de velours, brodée à Lyon, et a formes sévères. Son costume fut trouvé m remarquable, que les Italiens dirent n'avoir jamais rien vu de si magnifique, et que les dessins de la broderie furent copiés. Joseph Bonaparte, alors roi des Deux-Siciles, instruit de l'accueil fait dans Florence a madame de Caraman, la reçut à la cour Je Naplcs, quoiqu'on lui insinuât que son voyage .'ii Italie était la suite d'une disgrâce. En 1814, elle voulut se faire reconnaître à Home comme épouse légitime de M. de Caraman. Des théologiens Ruent consultés, et décidèrent unanimement que, son premier mari vivant encore, elle n'était et ue pouvait éirc, aux yeux de l'Église, ni la comtesse de Caraman ni madame Tallien, et que Rome ne voyait en elle que madame de Fontenay. Cependant M. de Fontenay mourut en 1815, et alors madame de Caraman lit faire à Rome de nouvelles instances pour obtenir que son second mariage avec Tallien fut déclaré nul. Mais comme ce mariage n'avait été contracté que civilement, sans bénédiction ecclésiastique, les théologiens déclarèrent que l'Église ne reconnaissait pas madame Tallien, et que le premier, le véritable, le seul mari, étant mort, elle était devenue la légitime épouse du comte Joseph de Caraman. — De retour a Paris, sous la restauration, elle ouvrit sa belle maison rue de Babylone. Ses soirées devinrent à la mode : on y donnait des bals, des concerts, on y jouait la comédie. Les élrangers les plus distingués et leurs femmes affluaient dans les salons de madame de Caraman, mais on n'y rencontrait presque aucune dame du noble faubourg qu'elle habitait. Propriétaire de la principauté de Chimay, le comte de Caraman n'osait en prendre le titre. La comtesse, depuis 1806, signait ses lettres Caraman- Chirnay, sans oser aller plus loin. Elle consulta plusieurs amis, qui, ignorant les usages de la Belgique et le laisser-aller des sociétés de France, soutinrent qu'il fallait que les deux époux restassent M. et madame de Caraman. Un seul de ces amis, qui avait plus d'expérience, ouvrit un autre avis, a Faites. « dit-il, graver des cartes de visite au nom du prince « et de la princesse de Chimay : faites-les jeter aux « poriu.s des gens anciens et des gens nouveaux que
Chastllloi», comtes deBlois. laselgnearie de Chinai, ville da Ihlnr.it frwiçju, tut tendue par Thibaut de Soiuous. seigneur de Morcuil, à Jean de Croy ; elle fut érigée en cornle par le duc de Bourgogne. Charles le Hardi (H70). et en principauté [IIM). Celte principauté passa de la maison de Croy dans celle de Llsiie-Arcmlierg, en tiiiî, et y resn jusqu'en t«W>. Alors elle appartint, par héritage, au emute dcBuus,u |l>bitlppe-l.<misde Hennin). etU maison de llennin la ronsenra jusqu'en I7M1, époque ou le comte Victor-Maurice Hiqnet de Caraman .>>usa la fille unique rln prince d'Hennin d'Alsace, dernier* heriliere de celte illustre maison : c'est ainsi que la principale de Chinai esl euiree uaus la maison de Caraman.
« vous voudrez recevoir chez vous. On en parlera « pendant une semaine, et le lundi suivant vous « serez prince et princesse de Chimay. » C'est ce qui arriva. Bicn'.iïi le roi des Pays-Bas conféra au comte de Caraman une 'des grandes charges de la cour, héréditaire dans les princes de Chimay ; et dés ce moment, eu France, tout fut terminé sur cette question. Cependant la princesse de Chimay ne put obtenir d'être reçue ni à la cour de Bruxelles ni a celle des Tuileries. Mais clic eut alors elle-même sa petite cour à Chimay. Les arts et l'amitié embellirent les derniers temps de sa vie. Chérubin!, atteint, depuis près de deux ans, d'une maladie nerveuse, et qui ne se plaisait plus qu'à herboriser, à dessiner des plantes dans sa mélancolie, et a se composer uu herbier fut tout à coup rendu à sa carrière d'artiste qu'il croyait terminée : c'était son idée fixe. Sur une invitation de la princesse, il se rendit, avec Auber, à Chimay ; et bientôt, cédant au charme des plus douces sollicitations, il consentit à reprendre ses travaux. 11 composa une messe à trois voix, eu jouant des poules au billard, et il en écrivit la partition au milieu du bruit des billes et de la conversation, ne déposant sa plume que lorsqu'il était appelé pour jouer à son tour. Cette messe fut exécutée avec succès dans l'église de Chimay. — En 1829, la princesse de Chimay fut menacée de voir publier de prétendus mémoires de sa vie. C'était l'époque où de telles spéculations étaient en vogue à la honte des lettres et d'un public avide d'émotions et de scandale Instruite du projet de cette publication, par un de ses fils, connu alors sous le nom d'Edouard de Cabarrus, madame de Chimay lui écrivit, de Bruxelles, le 25 juillet, une lettre remarquable par le sentiment et la dignité qui la dictèrent, et où elle disait : « Je te remercie du fond du cœur, mou « ami, de vouloir empêcher la publication des mén moires dont je suis menacée : quand on est assez « lâche et assez vil pour spéculer sur le scandale, et a attaquer une femme, une mère de famille, on a n'est accessible à aucun sentiment , à aucune * crainte, et il faut que la victime se résigne. Ne « crois donc pas, mon ami, que tu puisses obtenir « le sacrifice de ce que de pareils êtres appellent « une spéculation. Non-seulement je n'ai point écrit « des mémoires, mais je n'en écrirai même pas ; je « ne voudrais faire à personne le mal que l'on m'a « fait, et des lettres adressées dans un temps qui « n'est plus, publiées maintenant, me vengeraient « trop cruellement. — J'ai vécu jusqu'à ce jour sans « avoir fait répandre une larme, sans avoir éprouvé « un sentiment de haine ou le désir de me venger; a je veux mourir telle que j'ai vécu. Je méprise les a gens qui calomnient pour vivre, et je plains ceux « qui s'amusent d'un genre d'ouvrages qui portent <t le désespoir cl souvent la désunion dans le sein « d'une famille qui, sans la calomnie, aurait vécu « heureuse. — Je n'ai point lu Fragoletla, et je ne « lis des mémoires que lorsqu'on m'assure que les a contemporains y sont bien traités. — Quant aux a mémoires dont on me menace, personne ne croira « qu'estimée et aimée dans ce pays-ci, clant dans
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• une position honorable, ic veuille troubler la Iran* « quillité de mon intérieur pour luire parler de moi. « Je dois à M. de Chiniay de me laisser calomnier « sans me plaimlre ; et, quelles que soient les atla- « tjues, ou n'obtiendra que mon mépris et celui des « gens de bien (I). » — Ce lut en 1832, qu'élevé duus l'amour de son pays et de l'humanité, le lils alué de madame d<- Cliimay (le prince Joseph, époux de mademoiselle Pcltaprat ), fonda le beau Pryianée de Ménars, près de Blois, institut déjà célèbre, que le prince dirige lui-même, et qui lui valut, au mois de janvier 1855, la méJaille d'or tic la société Francklin et Monlyon. — Le reste de la vie de madame de Chimay n'offre rien de remarquable : elle s'écoula, loin du monde, paisible et saus éclat. Des services rendus, des malheurs soulagés, la passion du bien, qui honore tant l'humanité, doivent couvrir des irrégularités ou des fautes qu'une extraordinaire beauté, les malheurs du temps et aussi les mauvaises mœurs qui régnaient sous le directoire, ne permirent pus d'éviter. I.a princesse de Chimay dev (ni mère de plusieurs cnfai.ts qui fui eut élevés avec KHD. Une maladie du foie affligea ses dernières années. La religion la consola dans ses longues soulfrances. Elle mourut à Chimay, le 15 janvier 1855, ayant conservé jusque dans les derniers temps une grande partie de sa beauté. Si sa vie ne tut pas toujours un modèle, sa mort a été un exemple. — Feu de temps après qu'elle eut cessé de vivre, trois de ses enfants, dont deux nés pendant son mariage avec Tallien (le 1" février 1800 et le 18 avril 4801 ), et le troisième couru avant le divorce prononcé le 8 avril 1802, songèrent à demander la reclilication de leurs actes de naissance où ils n'étaient portés que sous le nom de Cabarrut, lils de mademoiselle Cabarms, non mariée. Déjà trente ans s étaient écoules, et ils s'étaient abstenus de réclamer, sans doute pour ne pas affliger leur mère ; ils s'étaient mariés assistés de l'autorisation maternelle de la princesse de Chimay. Lorsqu'ils curent présenté au tribunal de la Seine leur requête à fin de rectification, on vit intervenir les trois jeunes princes de Chimay, leurs Itères utérins. Le prince Joseph, leur père, intervint avec eux pour s'opposer à la reclilication demandée. La comtesse de Narbonne-Pelct, première fille des époux Tallien et dont la naissance légitime n'a jamais été contestée, se trouva aussi mise en cause, mais sans vouloir se joindre aux princes de Chimay dans cette conteslation d'État. Le procès Tut plaidé par M. Iterryer fils pour les trois enfants Cabarms, et par M. Phil. Dnpln pour les princes de Cliimay. Dans les audiences des H, 15 et 20 novembre 1835, M. Dupin I aria de l'audace des premiers, pour ne pas employer une expression plus dure; ils veulent, ajoutait-il, se errer des successibitités futures, des parentes exploitables, etc. M. Berryer, après avoir invoqué la fameuse maxime : Pater is est quem nuptiœ démons - (rant, établit, d'après l'uulorité du Moniteur, que,
(') Coite lettre a t\i \nsiti*i»MltRa*trêlrotftctire di 50 w>vrmbrr «S5S, p. 5I9 5.TI.
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pendant l'expéditio*) d'Egypte, Tallien avait fait plusieurs voyages en Europe ; que d'ailleurs il n'avait point ignoré la naissance des trois enfants dits adultérins, et qu'après sa mort on avait trouvé, chez lui, leurs actes de naissance au milieu de ses papier» de famille. A l'audience du 20, le prince de Cliimay père déclara, après les plaidoiries, se désister de son opposition. Le substitut du procureur du roi ( M. Pinsol) se prononça pour les trois enlauts Tallien ; et s'adressant avec sévérité aux trois jeunes princes : « Fils de la princesse de Chimay, s ecria-l-il, vous « n'avez pas le droit d'accuser votre mère. La ino- « raie et la loi repoussent votre accusation, car la « maxime romaine : A'emo auditur suant turpiludi- « nem allegans, n'ajoute pas : Awliendus est alle-
« gans lurpitudinem mm ris » Le jugement, en
date du 27 novembre, longuement motivé, porte, dans ses considérants sur les enfants demandeurs, que Tallien était mort sans les avoir désavoués ; a que la comtesse de Narbonne-Pelct, fille des époux « Tallien, loin de contester la libation et la légili- « mité de ses Itères et sœurs, les a formellement re- « connus ; que pendant l'expédition d'Egypte, Tal- « lien était revenu en Europe à différentes époques, « ce qui autorise à penser que les e|<oux ont pu fa- « cilement se rapprocher; que d'ailleurs les princes « de Chimay ne sauraient avoir plus de droit que a leur mère; que le succès de leur demande aurait « pour conséquence de flétrir la mémoire de kur a mère : ordonne que les trois actes de naissance «seront rectifiés; qu'il sera établi dans les deux « premiers actes que demoiselle Cabarrus était a é|>ousc du sieur Tallien, et dans le dernier qu'elle « était épouse divorcée de Tallien ; que ce dernier « nom sera substitué à ceux de Cabarrus donné aux « trois enfants; ordonne la transcription du juge- « ment sur les registres de l'état civil ; condamne « hs princes de Chimay aux dépens envers les dc- « maiiiteursel la dame Pclet; condamne lesdeman- « deurs aux dépens euvers M. le prince de Chimay a père. » (Voy. le Moniteur du 24 et celui «lu 30 novembre 1835.) C'est ainsi que s'est terminé le procès entre les sept enfants d'une femme célèbre à plus d'un titre, et dont le nom appartient à l'histoire de notre temps. V— ve.
CHIMKNTELLI (Valere). savant helléniste et antiquaire italien du 17* siècle, succéda, en 1646. à J.-B. Doni, dans la chaire d'éloquence et de langue grecque de l'université de Florence. H obtint ensuite la même chaire dans celle de Pise, et ce fut là qu'il publia une savante dissertation latine sur un marhre antique trouvé à Pise, le seul ouvrage qui soit resté de lui; elle est intitulée : Jtfar-morPisanuift de honore bistcllii, et non pas Biielii, comme l'a écrit Tiraboschi, t. 7, p. 21)4, édit. de Modène, in-4\ Quelqu'un, trompé par cette mauvaise orthographe, disait qu'il ne connaissait point ce Biselius, en l'honneur de qui était écrite cette dissertation de Chimcntelli, tandis qu'elle a pour objet la chaise à deux Lias, qui était chez les Romains un siège et I une marque de dignité. L'auteur y prend occasion ! d*y parler de toutes les sortes de chaisrs des an-
ciens. Graevius a recueilli ce morceau curieux dans sou Thésaurus Antiquitalum Romanarum, vol. 7 de l'édition de Sallengrc. G— É.
CH1ISARD (Joseph), statuaire, né à Lyon, le 12 février 1756, fut admis à l'âge de quatorze ans dans l'école royale gratuite de dessin de cette ville, dirigée par Nomiolle, peintre du roi. Après y avoir remporte plusieurs prix, il passa dans l'atelier de sculpture de Biaise. (Voy ce nom.) Ses brillantes dispositions furent bientôt remarquées des amateurs, notamment du cbevalier de Jouy, homme généreux dont la fortune était employée tout entière à donner aux arts de nobles encouragements. Kn 1780, Chinard, dont le talent était déjà très-formé, fut chargé par le chapitre de St-Paul de Lyon de faire, pour les pendentifs du dôme de cette église, les ligures des quatre évangélistes. Le produit qu'il retira de ce travail, très-lieureusemeni exécuté, et qui a été détruit par le marteau du vandalisme révolutionnaire, lui fournit les moyens de faire un voyage en Italie, afin de s'y perfectionner. Arrivé à Rome, Chinard s'inspira bien vite à la vue des nombreux chefs-d'iruvre que lui offrait la capitale des arts. Après dix-huit mois d'éludés sérieuses, il se trouva de force .i pouvoir concourir pour le prix de sculpture proposé par l'académie de St-Luc. Le sujet de ce prix fiait Persèe délivrant Andromède. Des concurrents de toutes les nations se présentèrent. Malgré son isolement à Home, et quoiqu'il y fût sans autre appui que son talent, il sortit de cette lutte vainqueur de tous ses rivaux, et le premier prix lut fut adjugé; le second fut donné à un artiste romain, cl le troisième à un Prussien. La distribution solennelle de ces prix eut lieu le 12 juin 1786, en présence du cardinal de Ucrnis et de Lagrenée, directeur de l'académie de France. Le marquis de Créqui, un des plus brillants seigneurs français de cette époque, conduisit Chinard au Capitolc dans sa voiture, et l'artiste lyonnais reçut, des mains du cardiual Uuoncompagm, une couronne que depuis longtemps aucun Français n'avait pu obtenir. (Voy. UitLTO.it.) Le premier séjour de Chinard a Rome fut d'environ cinq ans, pendant lesquels il s'occupa d'un très-grand nombre de copies en marbre d'après l'antique, et dont une partie vint enrichir l'elegaut hôtel que le chevalier de Jouy possédait à Lyon. Parmi ces différents morceaux de sculpture, on distinguait les bustes de Bacchus et d'Ariadnc, à'Homire, de Gtrmanieus, de l'Apollon Pythien, la Vénus du Capitale, le Combat du Taureau et du Lion, le groupe du Centaure dompté par l'Amour, et celui du Laoeoon (I). Vers les derniers mois de 1789, Chinard fut de retour à Lyon, où l'intendant du Dauphiné le chargea de l'exécution d'un monument à élever à Grenoble en l'honneur du chevalier Bayart; il eu lit les plans et l'esquisse, mais la marche rapide de la révolution le força de renoncer à ce travail. En 1790, il exécuta, pour la cérémonie de la fédération, dans la plaine des Brolteaux, la statue colos-
(«) Ce dernier est ujonrd'hni h propritiè de M. lacfne de Lyoo, «uifor d"an want Mémoire ur les aballtt.
sale de la Liberté; et, parmi quelques autres ouvrages qu'il lit encore à cette époque, on distingua jiarticuliéretncnt la statue en marbre, de grandeur naturelle, delà belle madame Vanrisambourg, femme d'un riche négociant, représentée sous les traits de M inerre. A la lin de 1791, il partit une seconde fois pour Rome, où il ne tarda pas à être l'objet d'une surveillance politique de la part du gouvernement pontifical, qui avait de bonnes raisons pour cela, Chinard étant un partisan cialté de la révolution. A son dé[>art, M. Vanrisambourg lui avait donné les sujets de deux petits groupes, qu'il voulait faire servir de base à d'élégants candélabres en bronze, et il lui avait en même temps confié l'exécution des modèles. Ces deux groupes devaient, selon l'esprit du moment et les idées particulières de M. Vanrisambourg, qui avait embrassé la cause de la révolution avec une certaine chaleur, représenter Jupiter foudroyant C Aristocratie, et le Génie de la raison foulant à ses pieds la Superstition. Pendant que Chinard travail ail à l'exécution de ces groupes, un personnage soupçonneux, qui visitait quelquefois son atelier, crut voir, dans le dernier, «les emblèmes injurieux à la religion, et il pensa qu'il était de son devoir d'aller dénoncer l'artiste. Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1792, Chinard fut arrêté avec un autre Lyonnais de ses amis, le jeune architecte nalir : enfermés tous deux au château St-Ange. ils n'en sortirent que le 13 novembre suivant. Rendu à la liberté, Chinard se hâta de quitter l'Italie. A son retour à Lyon, il fit, pour le fronton de l'hôtel de ville, en remplacement de la figure équestre de Louis XIV, les figures de la Liberté et de l' Égalité \ qui furent enlevées en 1810 |mr ordre du préfet, comme rappelant des temps malheureux dont on devait effacer le couveuir. La disposition équivoque d'une couronne que tenait à la main une de ces ligures avait été, aux yeux des patriotes de 1795, un molir surlisant pour le dénoncer après le sié-e de Lyon, et le faire incarcérer. Voulant charmer l'ennui de sa captivité, il s'occupait de petites compositions analogues à l'esprit du jour, et il les envoyait aux membres des commissions temporaire et révolutionnaire. Une des plus agréables, l'Innocence, tous les traits d'une eolombe, se réfugiant dans le sein de ta Justice, qu'il eut l'idée d'adresser à Corchand, l'un des juges de la commission révolutionnaire, lui valut sa mise en liberté , après une détention de six mois. Rentré dans son atelier, il fut chargé, par l'agent national de Commune- Affranchie, de concourir, avec Hcnnequin, aux plans ainsi qu'à l'exécution des travaux à faire pour la fête de l'Être Suprême, dont la célébration eut lieu le 8 juin 1794. Après le 9 thermidor, et sous le directoire, son talent fut constamment employé par lès autorités de Lyon dans toutes les fêtes diles nationales. I n 18410, Chinard lit un troisième et dernier voyage en Italie, au retour duquel il fut admis à l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, réorganisée, sous le nom d'Athénée, par les soins de Verninac de St-Maur, premier préfet du département du Rhône ; et, peu de temps après, l'Institut national le
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reçut au nombre de ses membres associes. A celte époque, il s'occupa de l'exécution d'un irès-grand nombre de travaux, dont les plus remarqués furent le buste en marbre du général Desaix, tué à la bataille de Marengo, et celui de la belle madame Verniiiac, représentée sous les traits de Diane. Au salon de 1802, il exposa son ingénieuse allégorie de l'amour sur les flots, citée avec éloge dans les Annales du Musée de Landon. Par décret impérial daté de Varsovie le 25 janvier 1807, il fut nommé professeur de sculpture à l'école sociale de dessin, rétablie à Lyon par décret du 15 avril 1805. En 1811, i! lit en marbre une statue colossale de la Paix, pour la place de la Douane, à Marseille, et il exposa le modèle de la téte de cette statue au salon de 1812. Le même salon offrait aussi de lui le modèle en plâtre d'une statue colossale du général Cervoni, qui devait être placée à Paris sur le pont de la Concorde, et que les journaux de l'époque mirent fui t au dessus des autres modèles qui furent présentés. Dans celte même année, il fit encore, pour le jardin des Plantes de Lyon, le buste en pierre de l'abbé Rozier, si connu par ses nombreux ouvrages sur l'agriculture, et il envoya a Paris sa belle statue en marbre du Carabinier qui décore l'arc de triomphe de la place du Carrousel Une extrême facilité, de la riebesse dans l'imagination, un goût pur, de la sagesse dans la com|K>sition. beaucoup de grâce, du sentiment et de la délicatesse, formaient le carac- 1ère particulier du talent de cet artiste. 11 n'a presque pas eu d'égal dans le buste, ainsi qu'on a pu le voir par ceux qu'il a faits de Napoléon, de Joséphine, de la princesse de Lacques et de Piombino, d'Eugène Beau* harnais, du général Baraguey d'Hilliers, de mesdames Meunier, Michel, « te. Il est mort d'un anévrisme du cmir, le 19 mai 1813 (suivant M. Pcricaud, Tabl. ehronolg. de Lyon), dans sa jolie habitation île l'Observance, sous les murs de l'ancien château de Pierrc-Scise, et ses restes reposent dans un coin du jardin. Par un article de son testament, le inusée «le Lyon a été mis en possession de son groupe de Persêe et Andromède, d'un groupe de l'Enlèvement de Déjanire, cl de sa statue en pied, faite en petit par lui-même. La bibliothèque de la ville possède également de lui un bas-relief allégorique à l'institution de la Légion d'honneur, représentant Minerve qui distribue des couronnes aux verius, aux talents et au courage militaire. P— s— N.
CHINCHOIS (Bei\nabd Perez de), chanoine de l'église collégiale de Valence, né a Gandia ou à Jaen, dans le 10" siècle, publia les ouvrages suivants : r le Miroir de la vie humaine, en espagnol, Grenade, 1587, in-8", et Alcala de Hénarès, 1389, in-80; 2» Hisloria y Guerras de Milan, 1556 et 15*52, in-fbl., réimprimée sous ce titre : llistofïâ de lo succedido desde cl anno 1521 hasta 4530, sobre la restitueion de Franccsco Sforsa en Milan, Valence, 1630 : c'est une traduction de l'ouvrage latin de Galeaz Capella. Perez de Chinchon a composé en outre contre les sectateurs de Mahomet un volume intitulé : Anti-Alcoran, iive contra errores tecta Mahometanm. V— ve.
CHfNIAC DE LA BASTIDE DOCLAUX (Pierre), né à Alassac. petite ville du Limousin, le 5 mai 1741, s'était d'abord destiné à l'état ecclésiastique, qu'il quitta bientôt pour suivre la carrière du barreau. Il étudiait en droit, lorsqu'il publia le Discours de l'abbé Fleury sur les libertés de l'Église gallicane avec un commentaire par M. l'abbé de C. de L., au delà des monts, à l'enseigne de la Vérité (Paris, Bulard), 1765, in-12. Ce commentaire est plein de recherches, mais le zèle trop vif du jeune auteur, et une partialité trop évidente en faveur du jansénisme l'ayant entraîné a des expressions peu mesurées, il essuya plusieurs critiques, auxquelles il répondit sous le litre de Réflexions importantes et apologétiques, etc. Chiniac de la Bastide se fit ensuite recevoir au parlement de Paris. Il publia vers le même temps une Dissertation sur la nature et les dogmes de ta religion gauloise, ser~ tant de préliminaire à l'histoire de l'Église gallicane, Paris, 1769, in-12. La composition de cet ouvrage ayant tourné son esprit vers les recherches des antiquités gauloises, il publia l'année suivante l'Histoire des Celtes, de Pelloutier, nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée, Paris, 1770 et 1771, 8 vol. in-12, ou 2 vol. in-4°. Cette édition est beaucoup plus ample que la première ; l'éditeur y a joint une Dissertât •■m sur l'établissement de la religion dans les Gaules, imprimée séparément, ibid., 1770, in-12 : il cherche à y prouver que cet établissement ne date que du 2* siècle, et non du 1". Ses recherches sur les antiquités nationales s'étendirent aussi sur les premières lois de la monarchie. Baluze avait laissé un exemplaire de l'édition des Capitulaires, chargé de notes et de variâmes écrites de sa main ; Chiniac s'en servit pour en donner une nouvelle, 2 vol. in-fol., 1780. [Voy. Baluze.) Parmi les additions que Chiniac y lit, on trouve le traité de Deroye, de Missis dominicis. Chiniac publia à part, en français, la préface de la collection de Baluze, sous le litre d'Histoire des Capitulaires des rois de la première et de la seconde race, Paris, 1779, in-8°. 11 en existait déjà une traduction par Lcs&dopier, mais celle de Chiniac est préférable sous tous les rapports. Chiniac était de l'académie de Monlauban et de quelques autres sociétés littéraires. S'étant remis aux recherches de droit ecclésiastique, il publia, en 1782, une nouvelle édition du Traité de l'autorité du pape (de Burigny), Vienne (Paris), 5 vol. in-8u; cet ouvrage essuya des critiques que l'auteur ne laissa pas sans réponse. On lui doit encore : 4» Liebrose, ou l'Epreuve de la vertu ; histoire scythe, trad. de l'allemand, Bouillon et Pa- . ris, 1770, ill-12 ; 2' Réflexions importantes et apologétiques sur le commentaire sur les libertés de l'Église gallicane, Paris, 1706, in-12; 3» Dissertation canonique et historique sur l'autorité du saintsiége et les décrets qu'on lui attribue, 1779, in-12; 4° Réponse à quelques observations sur le Traité de l'autorité du pape (de Burigny), 4785, in-8"; 5° Essai de philosophie morale, Paris, 1802, 5 vol. in-8°. Quelques bibliographes lui attribuent encore une Dissertation sur la prééminence de répiscopat
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et «r la prêtrise (1766, in-4<>), et les deux ouvrages suivants, dont ils ne donnent pas la date : Observalions sur un ouvrage intitulé : Cas de conscience concernant la réforme des réguliers ; et Dissertation ou l'on établit que U roi a la puissance souveraine d'introduire dans les cloîtres telle réforme que ta sagesse juge utile au bien de ses Etats et de la religion. Quant à la traduction française du Traité du pouvoir des évéques, composé en latin par Antoine Pereira, scion Barbier, elle n'est pniut de Chiniac, mais bien de Pinault, éditeur des Lois ecclésiastiques de France. Cliiniac de la bastide avait été, dans l'ancien régime, lieutenant général de la maréchaussée d'Uzerrhe. Il occupa des places de judieaturc pendant la révolution, notamment celle de président du tribunal criminel de la Seine, en 4796, et il s'y lit remarquer par un esprit d'équité et de modération rare dans ces temps-là. Il est mort dans les premières années du 19» siècle. B— i.
CHINIAC DE LA BASTIDE (Matthiei:), frère du précédent, né en septembre 1739, & Alassac en Limousin, était aussi membre de l'aradémic de Montauban, et entreprit, en société avec d'Ussieux , un Abrégé de l'Histoire littéraire de France, publiée par les bénédictins de la congrégation de St-Maur (coy. Rivet), sur un plan beaucoup trop étendu pour les gens du monde, puisque les douze premiers volumes in-4° de ce savant ouvrage ne vont que jusqu'à ia lin du 12* siècle. Les deux premiers volumes de l'abrégé parurent ensemble (Parts, 1772, in-12), et s'étendent jusqu'à l'an 425, sons re titre : Histoire de la littérature française, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec un tableau du progrès des arts dans la monarchie. Cet intéressant ouvrage, enrichi de nombreuses citations, de tables et de notes presque aussi étendues que le texte, n'a pas été continué. Cliiniac s'est aussi occupé dune traduction des Commentaire* de César, accompagnée de dissertations et de mites, mais son travail est demeuré manuscrit; il n'en a publié que le t. 1" de la 2* partie, avec ce taux titre : Dissertation sur les Basques, Paris, sans date (1786), in-8* de 504 p., et une planche représentant l'ancien jeu géographique des Phéniciens, qui offrait la position de la métropole de Tyr avec toutes ses colonies ; jeu qui, selon l'auteur, s'est conservé jusqu'à nos jours, avec quelque altération, sous le nom de Marelle, et qui est la vraie origine des annoiries de la Navarre. Cet ouvrage rare est curieux par les recherches qu'il renferme ; mais il est rempli d'idées systématiques et d'une extrême diffusion. L'auteur était magistrat de sûreté du 5* arrondissement de Paris en 1800. Il mourut en juin 4602. — Jean-Baptiste Chimac DE la Bastide, mort en 1768, est l'auteur du Miroir fidèle, ou Entretiens d'Ariste et de Philindre, avec la critique du plan d'éducation de J.-J, Rousseau, Londres et Pari*. 1706, in-12. CM. P.
CHIN-NOISG, le second des neuf empereurs de ta (')iinc qui précédèrent rétablissement des dynasties. Le régne de ce prince nous reporte aux premiers temps de la monarchie chinoise. U fut l'ami
et le conseil de Fou-hi , qu'on regarde comme le
fondateur de cet empire, et il lui snecéda. Ses sujets eurent bientôt lieu de s'applaudir de lavoir pour maître. C'est à lui qu'on attribue la découverte du blé. Le peuple s'était prodigieusement multiplié sous le long règne de Fou-hi. Les produits incertains de la chasse et de la pêche , la chair des troupeaux, les herlies et les fruits spontanés de la terre, nvaimt été jusqu'à ce moment sa seule nourriture. Ces moyens de subsistance devinrent insuffisants. Chin-nong s'était appliqué depuis longtemps à observer un grand nombre de plantes , et à examiner la nature des graines qu'elles produisent. Il en avait remarqué plusieurs qu'il crut propres à fournir aux hommes un aliment salubre , telles que celles du blé, du riz, du mil , du gros blé et les pois. Après avoir fait quelques essais qui justifièrent ses conjectures , il fit recueillir une quantité suffisante de ces différents grains. De vastes terrains furent ensuite défrichés par son ordre; les premiers champs furent tracés, et ils offrirent, pour la première fois, le coup d'oeil agréable de la culture. Le prince , ravi de ce succès, inventa plusieurs instruments aratoires, parmi lesquels est la charrue qui porte son nom, et dont on fait encore usa;'e à la Chine. Ayant senti la néeexaité du commerce et de l'élablisscmcnt de marchés publics, il régla la forme de ces marchés, détermina les lieux et 1rs jours où ils se tiendraient. On dut encore à Chin-nong les premiers médicaments empruntés des végétaux. Il ne pouvait se persuader que le souverain mai ire du ciel, qui prodiguait si libéralement la nourriture à l'homme, ne lui eut pas aussi préparé , dans cette foule innombrable de plantes qui couvrent la terre , quelques secours contre les maladies. Plein de cette idée , il étudia la nature des simples ; il eu exprima les sues, en compara les saveurs , employa l'eau et le feu pour démêler leurs principes , et , à l'aide de ces nombreuses expériences, il parvint à déterminer plusieurs de leurs propriétés médicinales. Dans le cours de cette étude des plantes, il eut soin d'en recueillir une de chaque espère et de la décrire , et il en forma une sorte d'histoire naturelle, qu'on connaît sous le nom d'Herbier de Chin-nong, monument précieux qu'on lui attribue et qui subsiste encore. La Chine n'avait pas encore connu la guerre ; elle éclata pour la première fois sous le régne de Chinnong, dont les dernières années furent moins Iranquilles et moins heureuses que ne l'avaient été les premières. L'amour des peuples pour ce prince s'était insensiblement affaibli. Soit qu'il se reposât avec trop de confiance sur l'ancien attachement de ses sujets , soit que son grand âge l'eut rendu moins actif et moins ferme , il parut ne plus donner les mêmes soins aux affaires publiques. Ce relâchement dans l'administration éveilla l'ambition de quelquesuns des gouverneurs, qui aspiraient secrètement au trône. Le plus puissant et le plus habile d'entre eux était Souan-yuen, qui fut depuis le célèbre Hoang-ti. Convoqués par lui, les principaux gouverneurs s'assemblèrent , et le résultat de leur délibération fut d'engager Chin-nong à se démettre de l'empire. Ils
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lui en lîrent faire la proposition ; mais ce prince avait vieilli dans l'exercice de la puissance suprême ; il ne put y renoncer. Il traita les gouverneurs île factieux et de rebelles, et il leva des trouprs qu'il fit marcher contre Souan-yuen. Celui-ci ne perdit pas de temps pour rassembler les siennes et celles des autres gouverneurs qui suivaient son parti. Les deux armées se rencontrèrent dan.s une vaste plaine de la province de ilo-nan. L'action dura trois jours, et l'on combattit de part et d'autre avec un acharnement qui n'a d'exemple que dans les guerres civiles. Le succès fut à peu prés é.al pendant les deux premiers jours; mais, le troisième, la victoire se déclara contre l'armée impériale , qui fut obligée de prendre la fuite. La nouvelle de cette défaite accabla le malheureux Chinnong. Il succomba sous le poids de sa douleur, et mourut peu de jours après, l'an 269!) avant l'ère chrétienne. Ce prince était contemporain de Menés , premier roi d'Egypte. Le peuple, après sa mort, déféra la puissance souveraine à Souan-yuen, et le proclama empereur, sous le nom de Hoang-ti. G — R.
CIIICn-TSOING, autrement OCAIN-L1, 15* empereur de la dvnastie des Ming, monta sur le trône de la Chine en 1.772, n'étant encore âgé que de dix ans ; sa mère et trois ministres d'État exercèrent la régence et administrèrent l'empire. Ce prince eut le bonheur d'être élevé par un ministre intègre et vertueux, et les sages leçons de cet instituteur ne furent pas perdues pour lui , comme elles le sont pour la plupart des jeunes souverains. Ennemi du luxe , il répondit a ceux qui lui rappelaient le goùl de ses prédécesseurs pour les diamants et les perles, a (pic « les bijoux les plus précieux pour un empereur « étaient les personnes habiles, a II fut aimé de ses peuples, craint de ses ennemis, respecté des rois de l'Orient, dont lu plupart étaient ses tributaires. La vassalité de ceux-ci n'était pas un litre vain à sa protection; il les couvrait de sa puissance, et se montra toujours prêt j les défendre contre les agressions étrangères C'est ainsi qu'il eut à soutenir une guerre longue cl meurtrière contre les Japonais, qui avaient formé le projet de s'emparer de la Cotée, l'un des royaumes tributaires île l'empire chinois. Celte guerre, qui dura sept ans, fut mêlée de succès et de revers, de suspensions d'armes et de négociations, qui ne purent rapprocher les deux puissances. Les Ja|K>nais, quoique li es affaiblis pir leurs perles, étaient déjà maîtres d'une partie de la Corée ; mais ils s'empressèrent de l'avouer, aussitôt qu'ils curent reçu la nouvelle de la mort de leur souverain, Fidc- Jus. ( Yoy. Fide-Jos. ) En 1601. le jésuite Matthieu lUcii , après avoir essuyé mille obstacles , dont son courage et une patience inaltérable le firent triompher, parut à la cour de Pékin ; il y fut favorablement accueilli par Chin-tsong. Ce prince , malgré l'opposition et les remontrances du tribunal des rites, permit aux missionnaires de se fixer à la Chine, et d'y prêcher sa loi. L'administration de cet empereur fut sage , pacifique et heureuse. Les Tartarcs, ces éternels ennemis de la Chine , furent contenus dans toute l'étendue de ses frontières , et il «lut
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leur tranquillité peut-être moins à sa puissance qu'aux concessions gracieuses qu'il sut leur faire à propos. Cependant, malgré tous ses soins pour conserver la paix , elle tut cruellement troublée daus les dernières années de sa vie. C'est de la fin de son règne que «latent les premières insurrections des Tartarcs mantiheoux : devenus plus audacieux sons ses successeurs, ils conduisirent et consommèrent enfin celle mémorable révolution qui renversa la dynastie de Ming, qui avait subsisté avec gloire pendant 27 (S an*, sous seize empereurs. Ces T;u tares, eu 1618, n'étaient encore qu'une horde obscure , que faisait trembler un mandarin chinois ; en 1644, ils étaient les maîtres de l'empire, qu'ils possèdent encore aujourd'hui. Chin-tsong eut le tort de ne pas comprimer de suite ces premiers mouvements. Il mourut en 1620, après un régne de 48 ans. G— R.
ClilOCCARELLI ( Barthélémy ), jurisconsulte napolitain , ué en 1580, mort en 1646, rassembla un grand nombre d'ouvrages , tant imprimés que manuscrits, sur l'histoire de sa patrie, donl il avait fait une étude particulière, et en composa lui-même quelques-uns, entre autres : 1° Anlistitum ecclesiœ napolilanœ Caialagus, ab apostolorum lempore ad annum 1643, in-fol.. sans date; 2° de lltuslribut Acriptoribui qui in eirilalc et regno Neapuiis ab orbe condilo ad annum 1616 floruerunty publié d'après le inanuseiv de l'auteur, par Jean Vincent Meola, Kaplcs, 1780-81 , 2 vol. in-4*; on y trouve une courte notice sur la vie de l'auteur. Suivant le Toppi, on ne doit point langer cet écrivain dans la classe des compilateurs ordinaires. Plusieurs autres critiques ont également porté de lui un jugement avantageux. W— s.
CHIOCCO (André), professeur de médecine à Vérone, sa patrie, où il est mort en 1624 , cultiva avec succès la philosophie, sous les rapports de l'histoire naturelle , et embellit même des charmes de la poésie les préceptes de son art. li est auteur des ouvrages suivants : 1» de Balsami Nalura et Vit ibus juxla Dioscoridis plaeita, carmen, Vérone, 1<i9(i , in-4" , petit poème didactique ; 2" de Catli Verouensis Clementia, ibid., 1597, in-4* ; 5* Qaastionum philosophicarum et medicarum libri très, Vérone, 1593, in-4« ; Venise, 1604, in-4»; 4» Psoricon, teu de Scabie libri duo , carminé conscripd, Vérone, 1593, in-4*; 5° Commcntarius quastionum quarumdam de febre mali morts et de mot bis epidemicis ; item Disputatio de teeUone venœ in obstruetione ab bumorum qvalilate, Venise, 1604, in-4* ; 6* Muséum Francisco Calceolarii unioris, Vérone, 1622, in-fol. (Foy. Cai.ceolari.) Des bibliographes en indiquent une autre édition in-4*, taite dans la même ville, en 1 623; mais il est douteux qu'elle existe. Les descriptions se ressentent de l'esprit du temps et de l'état où était alors l'histoire naturelle; ellca n'ont pas la précision de celles que l'on fait aujourd'hui , cl sont surchargées de trop d'érudition. Ce livre, intéressant par son sujet et par l'époque où il parut, est l'un des premiers que l'on ail publiés sur cette matière ; il lut dédie, par François Calceolai i,
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le jeune , à Ferdinand de Gonzague de Mantonc. T De Coltegii Yeronensit itluttribus Medicit et Pkilosophis, qui collegium, palriam, et bonat artet illustrarunl, Vérone, 1623, in-4°. D— P— s.
CHION , naut d'Héraclée, Tille du Pont , vint dans sa jeunesse à Athènes, et fut un des disciples de Platon. Cléarque, son concitoyen et son condisciple, s'étani rendu tyran d'Héraclée, Cliion y retourna dans le dessein d'affranchir sa patrie, et, ayant associé Léon , Euxénor et quelques autres à son projet, ils entourèrent Cléarque au moment où il était occupé a un sacrifice, et Chion lui porta un coup d'épée , dont il mourut peu de jours après, l'an 352 avant J.-C. Ce que les Grecs , à cette époque, appelaient la liberté, n'était autre chose que le droit qu'un parti s'arrogeait d'en opprimer un autre, et le peuple, qui avait eu recours à Cléarque pour se soustraire à la tyrannie des grands, ne s'cinpressa pas de prendre le parti des conspirateurs. Ils furent donc tous saisis , et Satyrus , frère de Cléarque , les fit mourir. Il nous reste dix-sept lettres sous le nom de Chion ; elles ne sont pas plus de lui que celles que nous avons sous les noms de plusieurs grands hommes de l'antiquité. On les trouve dans diverses collections , et séparément , en grec, Venise, 1499 ; en grec et en latin , avec des notes et une table , par Jean-Théophile Cober, Dresde, 4765, in-8* , édition revue sur trois manuscrits du 15* siècle, qui se trouvent à Florence. C— r.
CHIOSS1CH (Jean), fut soldat pendant cem dix ans. Dalmate d'origine, né à Vienne le 26 décembre 1702, il entra à l'âge de huit ans comme fifre dans le régiment d'infanterie Starhemberg. En 1725, il s'engagea comme simple soldat dans le même régiment, où il servit toujours dans le dernier rang jusqu'en 1756. De Tricste, il avait accompagné, avec un détachement de son régiment, un convoi qui se rendait en Amérique. Il combattit contre les Turcs en Hongrie, sous l'empereur Charles VI; sous Marie-Thérèse, en 1741, contre les Prussiens ; en 1742, contre les Français en Bohème, et en 1744, dans les Pays-Bas. En 4756, il passa au service de la république de Venise, et s'engagea, toujours comme simple soldat, dans les régiments de Magnobissiet de Papadopolo. Il servit presque constamment sur la flotte, sous les ordres du général Emo, contre le dey de Tunis et dans d'autres expéditions maritimes. Le 1" mai 1797, âgé de 95 ans, il fut reçu à l'hôtel des invalides de Murano, près de Venise, où il est mort le 22 mai 1820. Ainsi, après avoir, dans ses voyages, essuyé beaucoup de fatigues, fait par terre et par mer plusieurs campagnes, exposé à l'influence de différents climats, n'ayant eu que la nourriture peu copieuse du simple soldat, ilcomptaitquatre-vingt-sept années complètes de service; et si l'on ajoute les vingttrois ans qu'il demeura à l'hôtel des invalides, on trouvera 110 ans passés dans la vie de soldat; il vivait très- sobrement; il était toujours gai, bien portant. Son père avait vécu 103 ans, et un de ses oncles paternels 107. G— r.
CHIRAC (Pierre), naquit en 1650, à Conques, petite ville du Rouergue. Ses parents, peu fortunés,
le destinèrent à l'état ecclésiastique. Après avoir fait ses humanités â Rhodez, il se rendit en 4678 à Montpellier pour y étudier la théologie. Placé chez un pharmacien en qualité de précepteur, il y puisa le goût de la médecine , et ne tarda pas à s'y distinguer parmi les élèves de l'université. Michel Chicoyneau, qui en était chancelier, lui confia l'éducation de ses enfants. Extrêmement laborieux et trèsassidu aux leçons publiques des professeurs, Chirac fut bientôt en état d'en donner lui-même de particulières. Revêtu du doctorat en 1683 , il obtint en 1687 une chaire qu'il remplit avec autant de zèle que de succès. Nommé en 1692 médecin de l'armée de Catalogne, commandée par le maréchal de Noailles, il parvint à guérir trés-promptement et à l'aide de moyens très-simples une dyssenterie épidéuiique qui faisait de grands ravages. Il ne quitta cer fonctions que pour occuper celles de médecin du port de Rochefort, Atteint lui-même de l'épidémie meurtrière qui régnait dans cette ville insalubre, il fut traité selon la méthode qu'il avait indiquée , ce.' qui n'empêcha pas sa convalescence d'être longue et pénible. Au bout de deux ans, il vint reprendre sa chaire à Montpellier, et le concours des élèves y fut plus nombreux que jamais. Appelé en 1706, par le duc d'Orléans, depuis regent , il suivit ce prince dans ses campagnes d'Italie et d'Espagne, revint avec lui à Paris, et fut choisi pour son premier médecin en 1715; alors toutes les faveurs, toutes les dignités se succédèrent rapidement. Honoré en 1716 du titre d'as>ocié libre de l'académie des sciences, il remplaça Fagon dans la surintendance du jardin royal des plantes en 4718; reçut des lettres de noblesse en 1728, et devint, en 1731 , premier médecin de Louis XV; mais il ne jouit pas longtemps de cette place; car il mourut à Marly, le 1er mars de l'année suivante. Chirac avait une ambition démesurée et une vanité ridicule ; il voulait être l'oracle de la médecine, et, comme il pouvait distribuer des emplois, une foule d'adulateurs encourageaient cette orgueilleuse prétention. Il désirait vivement établir à Paris une académie de médecine, qui devait correspondre avec les médecins de tous les hôpitaux du royaume et des pays étrangers , pour leur proposer des remèdes à éprouver dans les différentes maladies, recueillir soigneusement le résultat de ces expériences , ainsi que les observations fournies par l'ouverture des cadavres, et former, par ce moyen, un corps de médecine fondu sur des faits avérés. La faculté de Paris , jalouse de ses privilèges , qu'elle crut compromis , fit échouer ce projet utile ; celle de Montpellier, plus souple , adopta, contre le vœu de ses anciens statuts, un autre projet dont ce n'est point ici le lieu de discuter les avantages et les inconvénients. Elle reçut des docteurs médecins-chirurgiens, seulement pendant la vie de Chirac. Cet homme , dont la réputation s'est soutenue pendant de longues années , n'a pas laissé un seul ouvrage véritablement digne de la postérité : 4° Lettre (a M. Régis) sur la ttrueture det cheveux et de» poils, Montpellier, 1688, in-12. L'auteur compare la racino de ces .filets délicats a celle des plantes bulbeuses,
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