‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 23 sur 117 · C1IL · texte numérisé non relu

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verts par le physicien de Whtenberg fût proposée en prix par l'Institut. Chladni se mit à l'cruvre tant souhaitée par ses amis, et la traduction française du Traité d'acoustique parut à Paris en 1809, in-8", avec 8 planches, dediee à l'empereur. Des rétlexions, des expériences en faisaient un travail absolument nouveau. A peine l'ouvrage eut-il paru, que Chladni reprit le cours de sa vie nomade : il traversa la Suisse, lut reçu avec enthousiasme à Zurich, très-froidement à Genève, visita Turin, Milan, Pavie, Florence, Venise, et revint, par Padouc et Vérone, en Allemagne. En 1SI2, il était à Vienne, puis à Munich, et enfin reparaissait i Wittcnberg. Les événements de la guerre ne l'y laissèrent j*as longtemps en repos, et, de compagnie avec plusieurs professeurs «le l'université, il se retira dans la petite ville de Kembcrg, toujours occupé de recherches nouvelles, parmi lesquelles, outre celles qui se référaient a l'acoustique, il faut noter des travaux considérables sur les météorites et les phénomènes qui en accompagnent la chute. Un incendie lui fit perdre beaucoup de caries sur lesquelles il avait consigné les remarques faites pendant son séjour en Italie; mais ses instruments ne furent point endommagés. Chladni passa encore quelque temps à voyager en Allemagne, et à donner à Lei|>sick, à Francfort sur le-Mein, a fJcrlin, des leçons sur l'acoustique et sur les applications qu'il en avait faites. Le reste de sa vie, toujours vouée à la science, fut employé plussédcntairement. Il reprit sa théorie des rechercha sur les bolides cl les idées que le premier il avait émises relativement à la nature des météorite*. Dès 1794, dans une Dissertation sur l'origine d'une masse de fer décrite par Haltan, il disait que peut-être ces pierres dont la chute était un fait incontestable en physique, ces étoiles litanies dont les mouvements émerveillaient le vulgaire, étaient des corps étrangers à notre globe; que peut-être plusieurs de celles-ci, après av«.-ir brûlé et brillé dans l'atmosphère, poursuivaient leur route dans l'espace. Dans les débats que cette assertion ne put manquer d'exciter Bcuzenbcrg et Drandes démontrèrent, [>ar des observations correspondantes cl des calculs, que les étoiles filantes se meuvent dans toute espèce de direction et même de haut en bas, de telle sorte que, si réellement c'étaient des corps étrangers à notre globe, il faudrait supposer qu'elles ont traversé l'épaisseur de la terre. Cette objection parut d'abord à Chladni, sinon péremploire, du moins assez forte pour qu'il ajournât sa réponse à d'autres temps; en effet, malgré ses autres occupations, il trouva le loisir de recueillir et de faire par lui-même de nouvelles observations, dont il jeta l'analyse dans les Annalei de Physique allemandes, vol. 55, p. 91, sous ce titre . du Mouvement par bonds de plusieurs globes de feu, et des conséquences de ce phénomène. Il y prouva, par des exemples sans réplique, appuyés de l'autorité des plus grands noms, la réalité du bizarre phénomène que les anciens et le moyen âge appelaient capra salions, et qui consiste en ce que des bolides, après avoir pénétré dans l'atmosphère en se rapprochant de la terre, s'en écartent et

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poursuivent leur route en remontant, de sorte qiM l'u>il de l'observateur voit une série de mouvements alternativement descendants et ascensionnels analogues à ceux d'un corps qui forme des ricochets sur une surface. Il examine ensuite l'aspect que présente le bolide dans ses diflérenies phases, et il en tire des conséquences sur la nature de ce corps. Cldadni s'était formé une collection de météorites fort belle, et, jusqu'au terme de sa vie, ce sujet ne cessa de l'intéresser vivement. Il se passait peu d'années qu'il ne donnât dans un des nombreux recueils périodiques de l'Allemagne quelque observation ou quelque idée nouvelle sur celte classe de phénomènes. En 4819, il récapitula tout ce qu'il avait ilit d'important à cette occasiou dans un traité spécial sur les Aliléoret ignés et sur Us Masses solides qui tombent avec eus, Vienne, 1810, 1 vol. in-8°, et 10 pl. Util, expliquées par G. de Schreibers. C'est ainsi que son Acoustique est IU> ouvrage indispensable à tous les physiciens. Chladni mourut subitement, le 4 avril 1827, a Dreslau, dans l'hospitalière maison «le son ami Stelïens. On le trouva ic malin, assis à demi déshabillé devant sa fenêtre, sa montre placée devant lui. Le graveur Loos de I.Vrlin a gravé une médaille en son honneur. Chladni était d'un caractère loyal, indépendant, sincère ami de la science, d'une simplicité primitive dans sa vie et dans ses mœurs. Il ne reçut jamais de place, jamais de pension d'un seul des princes allemands; et la Saxe, sa patrie, ne lit pas plus pour lui que les autres, il faul avouer qu'il ne sollicita guère les Excellences leutoniques ; mais il n'avait point non plus sollicité fvapoléon. Au reste, comme Jean de Muller et tant d'autres Allemands que Sa Majesté impériale avait admis en sa présence, il resta toujours enthousiaste du moderne Charlemagne, cl jamais il ne parlait sans émotion de sa présentation aux Tuileries. Il serait lastidieux de donner ici la liste des nombreux articles dont Chladni enrichit les nouveaux Mémoires de la société des Curieux de la nature de Berlin, le Magasin de physique et d'histoire naturelle de Voigt, la Gazette musicale de Leipsick, la Gazette musicale de Berlin, la Gaulle astronomique de bohnenberger, etc. Ces indications se trouvent dans le Meuer Nekrol., D. Deutschen. 1827, p. 553-558. Y AL. P.

CHLADNY (Martin ), théologien protestant, né en 1609, àCremnitz, en Hongrie. Son père, George Ci.ladny, connu par un livre intitulé : Inventarium Tempiorum, ayant été obligé de quitter l'église dont il était pasteur, et qui fut rendue aux caUioliques en 1077». ils se retirèrent tous deux en Saxe, où, après avoir fréquenté diverses écoles, Martin fut nommé, en 1710, protesseur de théologie a VVittemberg, où il mourut, le 42 septembre 1723. Il a laissé un grand nombre d'écrits, tant en latin qu'en allemand ; nous citerons seulement : 1° de Fide et Rilibus ecclesiœ grœcœ hodierna; 2° de Diplychis velerum ; 5" Epistola de abusu chemiœ in rebus saeris; 4J Disserta • lio de ecclesiis cokhicis, earumque stalu, docirina et rilibus, Witlcmberg, 1702, in-4u; 5° Dissertatio theol. qua rcvelationes Èirigiilm exculit., Willcw-

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berg, 1715, in-4-. — Jean-Martin ChLADRY, son lils, né en 1710, fut proresscur de théologie à Erlang, où il mourut le 10 septembre 1759. Outre un journal hebdomadaire de questions sur la Uiblc, qu'il rédigeait en 1754, 55 et 56, in-8°, il a publié un grand nombre d'ouvrages, tant en latin qu'en allemand; nous ne citerons que : 1° Logica practica, seu problemala logica, Leipsick, 174 1 , in-8° : 2* Programma de fatis bibliotheca Âugustini in excidio Uipponensi, ibid., 1742, in-8°; 5" Opuscula acadeinica, ibid., 1741 et 1750, 2 vol. in-8»; 4° Findiciffi amoris Dei puri adversus sublilissimas Fenrlonii corruplulas, Erlang, 1757, in-4°. — Ernest-Martin Cmlaoxy, frère du précédent, né en 1715, fut, en 1710, professeur du droit féodal à Witlcmberg, où il mourut, en 1782 ; il n'a publié que quelques dissertations académiques. C. M. P.

CIILL TdCZAINSKI ( Wenzel-Leopolo ), savant et vertueux prélat bohème, né d une illustre famille du cercle de Praehin, le 15 novembre 1759, lit ses études à Prague, reçut les ordres en 1772, resta de quatre à cinq ansen qualité de chapelain a hlœslerle, fut ensuite pasteur à Garlilz, puis à Prague, où il devint chancelier du chapitre métropolitain, et enfin évéque sulfragant. On ne lui donna d'abord pour ville épiscopalc que celle de la Canée( in partibus), niais il gouvernait presque exclusivement les affaires du diocèse à la place du prince de Salin, archevêque, qui était fort vieux et malade. Sept ans après (1802), il lut nommé, par l'empereur d'Autriche, au siège de Leitméritz, où il donna l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, ré|»amlit de prodigieuses aumônes surtout dans la désastreuse année 1813, et renouvela la lace de renseignement ecclésiastique. Déjà l'cm|>ereur, qui l'honorait de la belle quaiilication de père des pauvres, avait récompensé ses vertus, d'abord par le litre de conseiller intime en activité, puis par sa nomination à l'archevêché de Lembcrg (1812). Chluinczanslfy accepta la première laveur, mais il relusa l'autre, qui, dit- il, ne donnerait aux Polonais qu'un pasteur inutile, puisqu'il serait étranger à la langue de son troupeau. Deux ans après, l'archevêelié de Prague vint a vaquer. Le monarque eu investit l'évéque de Leitméritz, qui fut installé l'année suivante. La ville de Prague le vit avec attendrissement consacrer presque la totalité de ses revenus à l'amélioration du sort des classes pauvres, prendre sjus sa protection toutes les entreprises utiles, Verser des dons sur les frères de la Pitié, sur les Irsulincs, sur les Elisabethiues, soutenir les étudiants pauvres, rapprocher l'organisation du séminaire de Prague de celle de tous les grands établissements, y créer une infirmerie et des cours nouveaux. Non content de ces bienfaits plus spécialement réversibles à des ecclésiastiques, il voulut que deux écoles positives ( Réal schulcn ) s'ouvrissent, l'une à Rakonitz pour les arts et métiers, l'autre à Puiehemberg peur les opérations commerciales, et il fixa des fonds pour ces deux fondations. Il eut le bonheur de voir le premier de ces deux établissements s'ouvrir le 1" novembre 1829. Il ne survécut que quelques mois à celle inauguration, et mourut

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le 14 juin 1830, âgé de plus de 80 ans. En lui s'éteignit l'antique fcmille de Chlumczansky. II laissa un fonds de 16,000 florins pour les pauvres, et 10,000 pour le séminaire de Prague, avec sa bibliothèque, qui était très- nombreuse. Val. I*.

CHMIELECIUS DE CHMIKLNICK (Martin), né à Lublin, le 5 novembre 1539, lit ses premières éludes dans cette ville, et vint les continuer a l'université de Baie, en 1377. Après avoir lait son cours tle philosophie, il se livra avec ardeur à la médecine, et, le 30 mai 1587, il reçut le doctorat des mains du célèbre Félix Plater. En 1589, il fut nommé professeur de logique, et occupa celte chaire pendant vingt et un ans. Le 18 décembre 1610, il obtint celle de physique, et la conserva jusqu'à sa mort, arrivée subilement le 5 juillet 1652. Chmielecius était membre du collège de philosophie et de médecine, et plusieurs fois il fut promu au décanat de l'une et l'autre faculté. Une physionomie gracieuse, un caractère doux et prévenant, des manières affables, une éloquence persuasive, lui avaient acquis une pratique très-étendue. Deux évéques de Bâle le choisirent successivement pour leur archiàtre, cl l'université le nomma plusieurs fois son représentant auprès de l'un d'eux. 11 n'a publié qu'un petit nombre d'opuscules : \a Ditsertatiode humoribus, Râle. 1610, in-4°: 2« DUserlatio de démentit, Bàle, 1625, in-4"; :,° Epistotas médicinale», lettres insérées dans la Cistamcdica de Jean Hornung, Nuremberg, 1625, in 4e. C.

CHMIELNICKI (Bogdan), fameux Cosaque, qui reçut plus d'éducation «nie ses compatriotes, avait fait la guerre avec distinction dans les armées polonaises, lorsque sa bravoure et son habileté lui méritèrent l'honneur de devenir un des confidents pollliqucs du roi de Pologne Vladislas VII, depuis longtemps impatient du jnng que la diète faisait peser sur la royauté. Dès 1652, en sa qualité de notaire, c'est-à-dire de chancelier des Cosaques, il avait guidé les démarches de ses compagnons qui sollicitaient le droit de siéger à la diète d'élection. Le dédain avec lequel les magnats polonais rerusèrent la demande des Cosaques amena l'insurrection de 1637; mais celle-ci fut brusquement terminée parla défaite de Rovvorwira ( 16 décembre), et la diète de 1638 traita les Cosaques en vaincus, les déclara tous paysans, leur donna pour commandant son commissaire polonais, leur interdit les pirateries sur la mer Noire, voulut les astreindre à se taire catholiques, etc. Cet état violent dura dix ans. Pendant ce temps, Dogdan avait proposé d'aller, avec six cents navires montés par les Cosaques, attaquer Constantinoplc, tandis qu'au nord, Vladislas ferait par terre une diversion sur la Turquie. La diète ne voulut point de ce projet, quelle regardait comme provenant de la chancellerie polonaise même, et dont l'effet aurait élé de donner au roi plus d'ascendant : elle ne se trompait point. Le chancelier Ossolinski et Vladislas tonnèrent alors un autre plan : ce fut de rendre aux Cosaques leur constitution el leurs privilèges. Bogdan devait employer secrètement son inllueuee auprès des Tartares pour les

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engager à se jeter sur la Pologne ; puis, quand la diète, contrainte par cette invasion, aurait accordé au roi de l'argent et des troupes, les Cosaques se joindraient à celles-ci pour expulser l'ennemi commun, et ensuite établiraient sur des bases plus solides l'autorité du roi. 11 ne manquait qu'un prétexte à Bogdan pour lever l'étendard de la révolte. L'intendant des Koniecpolski, une des plus riches familles qui commandaient en Ukraine, en fournit un en s'emparant d'un moulin appartenant à Chiuielnicki. Bientôt ce chef eut organisé une insurrection générale (1647). Le vainqueur de Roworwica, Nicolas Potocki, envoya contre tes rebelles son fils Etienne, qui fut tué le 15 avril 1648, sur les bords du Dnieper, puis alla lui-même se faire ballre et prendre près de Korsoum, le 26 mai. Bogdan alors, ainsi qu'il en était convenu, écrivit au roi une lettre dans laquelle il requérait au nom des Cosaques l'annulation de tout ce qui avait été fuit depuis 1658 et le redressement des griefs de sa nation. Cette lettre trouva le monarque mort. Bogdan se hâta d'utiliser l'interrègne en soumettant la Podolie, la Pokucie, la Volhinie, la Russie-Rouge. La diète, malgré l'influence d'Ossolinski, avait résolu de repousser les Cosaques par la force. Elle envoya contre lui 36,000 hommes, sous les ordres de Dominique Ostrowski et de vingt-six commissaires. Ces chefs n'étant point unis, l'influence d'Ossolinski fit décider qu'on se retirerait pour ménager la seule armée qui pût défendre le pays ; mais cette retraite, mal exécutée, fut ce qu'on appelle la (aile de Pilawiecz (23 septembre 1648). Bogdan s'empara du camp polonais, prit Léopol, où plus de 30,000 personnes périrent, et qui lui paya une contribution de 700.000 florins. Il ne s'arrêta ensuite que devant le château de Zamosc, défendu par l'intrépide Louis de Wcyer, et de là fit dire à la diète qu'il souhaitait l'élection de Jean Casimir. Ce prince lut effectivement élu (20 novembre). Alors Bopdan, levant le siège do Zamosc, qui lui paya 40,000 florins, se retira dans l'( kraine sur un message du nouveau roi. Suivant les anciens historiens, ce message aurait été un ordre; suivant les modernes, l'ordre n'était qu'une instruction secrète. Bientôt, en effet, des négociations furent ouvertes à Percdaslaw ( 19 février 1619 ); et le monarque investit Bogdan du titre d'hetman des Cosaques. Mais les propositions jointes à sa nomination ne purent plaire aux Conques, et la guerre continua, tandis que Jean-Casimir célébrait son mariage à Varsovie. Depuis deux mois, Bogdan, avec 300,000 Cosaques, et l'hetman Gurraï avec 1 60.000 '1 ai tares, assiégeait dans son camp, à Zlwow, Jér. YVisniowscki, lorsque, le I* août, le monarque, à la tête de son armée, vient pour le délivrer. Il est luimême inopinément attaqué à Zborow, au passage de deux ponts, perd 2,000 hommes, et, cerné par une masse d'ennemis, voit tous sc9 nobles reconnaître qu'il But demander la paix. Bogdan en dicta les conditions (10 août) : fpour tous les Cosaques, jouissance de leurs libertés et privilèges ; 2* |K>ur 40,000 droit d'armes et inscription sur les registres de la milice ; 3° à chacun de ces 40 000 hommes, 10 flo-

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tins par an, plus un uniforme en drap; 4* la i iuère lloruni pour limites; 5' exclusion tics juifs; 0° concession de la starostie de Czigrin à Bogdan et ses successeurs ; 7° renonciation à l'union ; séance au sénat pour l'archevêque de Kiew ; choix des palatins de kiew, de Czeruichow et de Braclaw parmi les Grecs non unis, etc. L'accord signé, Bogdan s'avança un roseau à la main dans le camp polonais, fléchit le genou devant le monarque vaincu, auquel ii demanda grâce de sa révolte, et reçut le bâton d'hetman. La paix de Zborow n'en fut pas moins ratiliée par la diëte. Mais la mort d'Ossolinski, que remplaça Badzéiovski, complètement étranger aux intrigues de son prédécesseur, ranima les espérances des ennemis des Cosaques (août 1650). Bogdan avait envahi la Moldavie à la téle de 160,000 Cosaques et Tartares réunis, et maître de lassi, avait tracé à la pointe de son épée lescondiiions de la paix en quatre lignes : 4o l'hospodar i I.upuli ) indépendant de la Pologne ; 2° mariage du fils de Chmiclnicki ( Thnolliéelavec Duiuna, fille de Lupuli ; 3° payement de 600,000 éett aux Cosaques et Tartares ; 4° nulle relation désormais entre Polonais et Moldaves. Il s'était ensuite, d'après le conseil du patriarche de Constantinoplc, mis sous la protection de la Forte. La nouvelle des armements de la Pologne et du roi, qui cette fois était bien sérieusement son ennemi, le rappela de la Moldavie. 11 vint campera Zbaras. Casimir, à la tète de 36,000 Polonais et 18,000 Lithuauieus, eut l'art d'isoler les Cosaques des Tartares, et rempoi ta sur Clunielnicki la victoire de Berestecz. Celui-ci recueillit les débris de son armée, tandis que celle de Casimir se fondait et qu'à peine 30,000 hommes restaient sous les ordres de Stanislas Potorki cl de J. Radziwil ; et, le 28 septembre, le traité de Bialocei kiew, moins avantageux, mais trés-lavorable encore, prouva combien les Polonais craignaient les Cosaques. L'Itetman profita de cette paix, qui ne devait être qu'une courte trêve, pour former des colonies ; reprit avec Thimothée la route de la Moldavie pour aller chercher Dumna ; battit et prit, chemin faisant, le général polonuis Kalinowski; puis, taudis que le jeune prince épousait sa fiancée dans lassi, menaça Kamieuiecz et cerna de nouveau Casimir, qui ne se tira de danger (m'en semant l'or. Telle était désormais l'inimitié des Cosaques et des Polonais que Bogdan, s'unissant aux Russes, signa le 6 (16) janvier 1654, avec Alexis Mikltaêlowilz, le traité de Pérclaslawl, par lequel il reconnut la suzeraineté du tzar. Ainsi se changèrent tout à coup les destinées de la couronne polonaise. Pour gage de sa parole, Bogdan remit aux Russes Stazodoul, l'éreïaslawl, Nieszin et Kiew, la métropole des Grecs septentrionaux. Les Polonais que commandait Potocki ne purent ouvrir la campagne qu'à la lin de 1634. Forcés d'abord de se retirer devant Clunielnicki, ils vinrent ensuite à bout de le bloquer dans sou camp retranché à Ochmatoi. L'intrépide Cosaque échappa pourtant, traversa le sabre à la main l'armée polonaise, et, après avoir perdu 9,000 hommes, rejoignit les Russes. Bientôt après (28 septembre 1633), ses Cosaques écrasèrent Potocki à Slunigiodeek, et,

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avec le russe Roultourlin, il alla mctlrc le siège devant Lublin et Léopol. L'approche des Tartares, alliés alors des Polonais, leur fit lever le siège ; et la prise d'un fils de Bouttourlin par ces nomades décida Bogdan à conclure avec leur kan un armistice en vertu duquel ce dernier reprit le chemin de la Crimée en 16.16. La même année eut lieu la trêve de ISiémetz entrcla Russie et la Pologne. Plusieurs historiens assurent que vers ce temps Bogdan vengé s'effraya de la rapidité avec laquelle les Russes élevaient leur empire, et sentant que les reconnaître pour maîtres, c'était se placer sous un joug de fer, se ressouviut qu'avant sa révolte il avait été Polonais, se rendit aux prières de quelques nobles qui le sollicitaient pour son ancienne patrie, et promit de rester neutre. Le fait est que, tandis qu'on signait la trêve de IViémctz, il traitait avec le roi dcSuèdc, Charles X et Ragoezi, et que ses plénipotentiaires juraient à Szamos Ujvar (en 4C37 ) le traité du 20 novembre 1636, qui partageait la Pologne entre le Braudebourg, la Suède, Radziwil, Ragoezi et les Cosaques : on adjugeait a ceux-ci l'Ukraine en toute indépendance. Peu de temps après (27 août 1657 ), Bogdan Chmiclnicki lut enlevé par un coup d'apoplexie à Tchigerin, laissant les insignes d'I.elman à George, seul (ils qu'il eût encore , et conliant la tutelle de ce successeur à son conseiller intime Jean Wichoffski. Cet homme extraordinaire, grand politique, habile capitaine , tonnait un assemblage singulier de rudesse sauvage et de génie , de barbai ic et de générosité. Né dans la condition la plus obscure, il parut tard avec quelque éclat, et conserva ses habitudes de payMzn-so/daf. Sa carrière ne compte guère que dix années. George, reconnu par les Cosaques, voulait, conformément aux dernières paroles de son père, rester fidèle aux Russes. Le tzar pourtant reconnut Wichoffski hetman à la place de son pupille, et pendant ce temps, l'adroit Wichoffski s'alliait à la Pologne par le traité de Hadziacz ( 16 septembre 1638 ) , lequel érigeait l'Ukraine, jointe à la Russie-Rouge, en duché de Russie, à peu près avec les privilèges dont jouissait la Lithuanie ; déclarait les Cosaques libres et citoyens de la Pologne ; conférait à la noblesse instituée parmi eux le droit de siéger dans les diètes, et à leurs évêques grecs non unis celui de prendre place au sénat, etc., etc. Les obstacles que rencontra la réalisation du traité, le peu (l'avantages stipulés pour le gros de la nation cosaque, l'ancienne haine de celle-ci et des Polonais excitèrent une insurrection contre WicholTski, et tandis que cet ambitieux battait les Russes à Konotoz, on proclama le jeune Chmiclnicki ; les Cosaques zaporoiiucs s'unirent à lui intimement; le tzar détrompé le reconnut hetman. Wichoffski se réfugia chez les Polonais (1639). Mais dès l'année 1661, les Russes réunis au jeune Chmielnicki furent si complètement battus à Slobodiczc, qu'après avoir perdu 57,000 hommes ils durent signer la honteuse convention de Czadnow. Chmiclnicki s'y reconnaissait suzerain de la Pologne et renouvelait à peu près les conditions du traité de Hadziacz. Les Cusaqucs, mécontents de l'influence polonaise, se déclarèrent en

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grand nombre contre lui, et nommèrent un lielman disposé en faveur de lu Russie. L'année 1662 fut remarquable far une bataille entre les» deux hclniansà Kanief. George fut vaincu. Reconnaissant son insuffisance pour le poste difficile qui lui était assigné, il abdiqua et alla s'enfermer dans un couvent, 11 n'avait que vingt-deux ans. Les Cosaques Polonais élurent à sa place Paol Tétera, son cousin. G— Y.

CHODKIEWICZ ( Charles, comte de), né en 15G0, était fils de Jean, palatin de Wilna, qui avait conquis la Livonic , llool il devint gouverneur. Cliodkiewicz parCOUrttl , datU sa jeunesse, la plus grande partie de l'Europe, et puisa les principes de l'art militaire dans la société des plus illustres guerriers. De retour dans sa patrie, plus d'une fois, avec Zolkuwski, il apaisa les révoltes des Cosaques, et eut une grande part aux victoires que Zaymoyski remporta sur Michel, prince de YJachie. Sigismoud III lui conlia, en 1600, la charge de grand maréclial de camp de Lithuanie. Durant la guerre de Suéde, il veilla à la conservation de la Livonîe. Souvent vainqueur, jamais vaincu , il se concilia l'estime et la recounuisàanre de son roi et de son pays. A la bataille de K rtkulni, il délit avec 3,700 Polonais l'année suédoise forte de 14,000 boinmes, commandés par Charles IX en persoune; 9,000 furent tues ou laits prisonniers. Le roi fut obligé de lever le siège de Riga , et eut beaucoup de peine a se sauver. Cette victoire valut à Cliodkiewicz les félicitations de plusieurs souverains. Les allaires ayant pris à Moscou, en ICI 1, une tournure défavorable à la Pologne, Sigismond appela, pour les rétablir, Cliodkiewicz, qui déploya inutilement toute son acthiié. Le tombeau du czar Szuyski, mort prisonnier de guerre des Polonais, lut le seul monument durable des exploits de Zotkiewski et de Cliodkiewicz. Les Russes , après avoir repris Moscou , voulurent s'emparer de Smolensk. Cliodkiewicz fit échouer leurs projets, et obtint ensuite d'autres avantages qui valurent à la Pologne la cession de plusieurs districts en 1619. La guerre contre les Turcs, qui venait «l'éclater, avait été funeste aux Polonais, lis confièrent leur sort à Cliodkiewicz ; il fut proclamé à l'unanimité, par la diète, chef de i'cx|>cditioii, et reçut des mains du roi le bâton de grand général de la couronne. Il était alors grand général de Litliuanie : ce fut l'unique exemple de la réunion de ces deux dignités en une même personne. Cliodkiewicz , ayant sous ses ordres l iadislas, fils du roi, 50.000 Polonais cl 35,000 Cosaques Zaporugue*, prit (josilion dans un camp relranehé prés de Chocim. Le sultan Osman vint l'attaquer à la téle de 400,000 hommes, et fut plusieurs fois battu, notamment le 7 septembre 1621 , où le héros polonais, avec sept cent vingt cavaliers, mit en déroute 16,000 Turcs , qui perdirent 6,000 hommes. Malgré ce succès , la disette qui se faisait sentir dans l'armée polonaise fit naitre une révolte. La maladie du chef enhardissait les mutins; ils disaient hautement qu'il fallait se retirer au delà du Dniester. Le général frémissant de cette proposition, qui tendait a perdre la Pologne , s'avisa d'un stratagème qui sauva l'hon-

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neur de son armée et l'existence <ie sa patrie. 11 fit venir auprès de son lit les principaux guerriers, et, en présence d'Lladislas, leur conseilla, d'une voix à demi éteinte, de prendre la fuite. « Pour moi, o ajouta-t-il , vous me laisserez dans le camp, afin « que mon tombeau se joigne à ceux de nos an- « cOlres morts glorieusement dans celte contrée. » Les Polonais , saisissant l'intention de lenr général, jurèrent avec enthousiasme de mourir plutôt que de devoir la vie à une luite ignominieuse Heureux d'avoir reçu un pareil serment, Cliodkiewicz mourut peu de jours après, le 23 septembre 1621 . Indépendamment de ses «lents militaires , il était trèsversé dans la connaissance des langues mortes et vivantes, et dans les sciences mathématiques. Jamais il ne reeut une blessure, jamais il n'essuya un échec. Les Polonais citent avec orgueil Cliodkiewicz parmi les héros qui ont illustre leur pairie. Sa vie, en 2 vol , écrite par Adam I\arusewicz , évèque de Luck , est un des meilleurs ouvrages de la littérature polonaise. E— s.

CHObOW 1ECKI ( Daniel-Nicolas ), peintre et graveur, naquit à Uantzirk, le 16 octobre 1726. Son père, qui étail marchand de drogues, voulut l'élever pour le même commerce. Cependant, comme il avait appris lui-même la miniature , il enseigna à son fils tout ce qu'il savait, et le jeune Chodovvicrki commençait à faire sa principale étude de ce qui ne lui était enseigné que pour le distraire de travaux plus utiles, quand son père mourut. Nesté très-jeune encore à la charge d'une mère sans fortune , il fut place chez un épicier, où il était occupé des détails du commerce depuis six heures du matin jusqu'à onze heures du soir. Cliodowiceki, qu'un goi'it décidé pour le dessin appelait vers d'autres occupations, souffrait de cette contrainte, et surtout de la position de sa mère, qu'il voyait dans le besoin. L'espoir de lui procurer par ses dessins quelques secours l'enchaîna au travail; pendant la nuit, retiré dans sa chambre , il y travaillait jusqu'à quatre heures du matin. Il ne larda pas à faire des dessins dignes de l'attention des amateurs; mais il lut obligé de quitter son épicier, par suite du mauvais état où le commerce était tombe. Prive (dus que jamais des moyens de subvenir aux besoins île sa mère, il fut envoyé en 1743 à Berlin , chez un oncle on il finit son apprentissage en fréquentant les foires comme teneur de livres. A ses heures de loisir, il peignait en miniature de petits sujets sur des tabatières qu'il vendait à des marchands de Berlin. Son oncle, qui trouvait des avantages dans ce nouveau genre de commerce, pensa qu'il le rendrait encore plus lucratif si son neveu connaissait les procèdes de la peinture en émail et lui faisait un grand nombre de boites émàillees. Chodtiwieeki ignorait encore les prinrijics de la composition, lorsque le hasard lui fit voir des figures académiques et d'autres dessins. 11 renonça dés lors a peindre les tabatières que son oncle vendait , se livra toul entier à de nouvelles éludes, et ses premiers essai» dans ce genre ne tardèrent pas à fixer les regards des artistes les plus distingués; ce I fut surtout une petite gravure exécutée en 1756, et

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qui a pour titre le Passe-dix, qui attira sur lui l'attention de l'académie de peinture de Berlin. Cette société le chargea des ligures de son alinanacli, qui n'avait été jusque-là que médiocrement recherché. La gravures pleines d'esprit de Chodowiecki hi donnèrent une vogue extraon inaire. Il grava, pendant la guerre de sept ans, différents su;cts qui y avaient rapport , et , entre autres , les Prisonniers russes à lirrlin, secourus par les habitants : c'est une de ses gravures les plus rares. Il parut ù peu prés dans le même temps, à Paris, une estampe intitulée la Malheureuse famille de Calas. Ce fut dans cette production médiocre que Chodowiecki prit l'idée de ses Adieux de Calas; il choisit le moment où le père quitte ses enfants pour être conduit à la place de l'exécution. Cette scène, vraiment déchirante, était rendue avec tant d'ame et d'expression, que Chodowiecki, qui l'avait peinte en détrempe, la grava à la pointe Bêche, à la sollicitation de toutes les personnes qui avaient vu son tableau. Cette gravure, terminée en 1707, ne parut que l'année suivante. Les épreuves qui portent la date de 1767 sont très-rechercliées, parce qu'il n'en fut tiré que cent. Il avait peint quelque! années auparavant la Passion de Jésus- Christ , en 12 parties; ce n'était qu'une miniature, mais elle était d'un fini si précieux, et en même temps d'une énergie si admirable, que tout le monde avait voulu la voir et en connaître l'auteur. Chodowiecki eut dés lors beaucoup d'occupation ; il fut môme obligé de renoncer à !a peinture , pour donner tout son temps à la composition des dessins et dis gravures qu'on lui demandait de toutes parts. Presque toutes les estampes qui enrichissent le grand ouvrage de Lavater sur la physiognomouie ont été faites sur ses dessins; il en a même gravé plusieurs avec une perfection inimitable. On retrouve le môme esprit de conqiosilion dans les estampes dont il a enrichi les ouvrages de Basedow cl \ Almanach de Gotha. Sa réputation s'accrut au point que tous les libraires voulaient avoir des gravures de sa composition pour en orner les ouvrages qu'ils publiaient, et il ne paraissait pas un livre en Prusse qui n'eût au inoins un frontispice gravé par Cliodowieeki. Il axait fait une étude particulière de l'histoire, et il a donné à chaque personnage le costume du temps et «lu pays où il a vécu. Son œuvre se compose de plus de 3,000 pièces. Il a beaucoup travaillé pour î'Arioste , Gesner, et le roman de Don Quichotte; pour la Messiade de Klopstock ; quelques comédies de Lessing lui ont aussi fourni le sujet de charmantes compositions. Il semblait faire avec son burin l'extrait de tous les livres qu'il lisait. Les contrastes qui renouvellent nos pensées semblent aussi renouveler ses compositions ; tantôt malin ou pathétique, H persifle avec Voltaire , ou conspire avec Sbakspeare; il dessine avec le crayon de la Bruyère, ou burine avec l'énergie de Tacite ; il rit avec la Fontaine, ou épie avec Lavater les secrets de la physionomie. On a dit qu'il Tut FHogarth de l'Allemagne; il n'aimait |K>urtant pas qu'on lui donnât ce nom ; moins bizarre dans ses compositions que l'artiste anglais , il est aussi original. Avec des qualités si

remarquables , on ne doit pas s'étonner de l'empressement des amateurs à rechercher les ouvrages de Chodowiecki. Plusieurs se sont attachés à compléter son o'uvre , et leurs efforts ont été plus ou moins heureux. Par une bizarrerie qui n'est pas sans exemple parmi les artistes, il se plaisait à faire quelque changement à ses ouvrages quand il en avait' tiré un petit nombre ; de sorte que toutes les épreuves d'une estampe ne sont jamais les mêmes, et que, pour avoir sou œuvre complète, il faut se procurer, pour ainsi dire, Pauvre complète de chacune de ses gravures. On trouve le catalogue de ses ouvrages dans le Dictionnaire des artistes du baron de Ileineckcn, dans les Miscellaneen artisdschen Inhalls de Meuse!, t. 1*, n° 131 ; dans le Manuel des amateursde l'art, par M. Hubert, école allemande, t. 1", p. 163. Cet artiste est mort à Berlin en 1801, étant directeur de l'académie des arts et des sciences mécaniques de cette ville. A— s.

CHOFFABD ( PiEtinE-PniLirrE ) , dessinateur et graveur, naquit à Paris, en 1750, d'une famille peu fortunée. Resté orphelin à l'âge de dix uns , il fut placé , d'après les dispositions qu'il manifestait pour la gravure, chez Dheulland, graveur de plans; mais bientôt, trouvant ce genre trop borné, il s'essaya a composer d'abord les cartouches et les ornements qui décorent ordinairement les cartes de géographie, et ensuite les vignettes et les culs de lampe qui ornent les belles édiiions. Il se livra avec une telle ardeur à l'étude du dessin , que bientôt il entreprit et exécuta, d'après les gouaches de Bcaudouin , deux estampes qui obtinrent le plus grand succès. Si nous jugeons Choffard comme compositeur, nous le regarderons, en quelque sorte, comme le créateur d'un nouveau genre. Bien de plus ingénieux que les culs de lampe qu'il a composés poulies Contes de la Fontaine, ainsi que ceux de l'Histoire de la maison de Bourbon , des Métamorphoses d'Ovide, cùcs vignettes d'un ouvrage du prince de Ligne, intitulé : les Prrjugés militaires, dans lesquelles il a représente, sur un très-petit espace, un champ vaste , riche , des scènes piquantes et pittoresques. Si nous considérons Choffard comme graveur, nous n'aurons pas moins d'éloges à lui donner : sa pointe line et spirituelle animait tout ce qu'elle traçait. Si l'on a un reproche à lui faire, ce serait peut-être d'avoir mis souvent trop de goût dans ses productions, ce qui détruisait le large qu'on aurait aimé à y rencontrer. Cet artiste est mot 1 à Paris, le 7 mars 1809, regretté autant par ses qualités morales que par ses talents. Il a laissé une Notice historique sur fart de la gravure, Paris, 1805, in-8", qui a été reproduite en 1809 avec le Dictionnaire des Graveurs (voy. Basan), et dans laquelle ou rencontre des remarques utiles et des observations judicieuses. Le rédacteur de cet article a donné sur Chofl.ii d une notice plus étendue dans Y Annuaire de la société des arts graphiques. P — E.

ClIOFFIN (D.wid-Ètie.vne) , philologue, était né le 2 octobre 1703 à Hcricourt, dans la Franche- Comté. Fils d'un négociant aisé, il termina ses études à Stuttgard, et, ù sa sottie du gymnase, se char-

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gca «le l'éducation des enfants min officier. 11 obtint ensuite la double place de professeur de langues modernes à l'école des Orphelins et à l'université de Halle, et il contribua par ses écrits efparses leçons à répandre l'usage du français dans la Saxe. Il mourut au mois de janvier 1773. Chofun avait embrassé les opinions des Uernulters ou Frères moraves , et il a publié quelques opuscules a leur usage, tels que le Trésor des enfants de Dieu, et un recueil de psaumes et d'hymnes trad. en partie de l'allemand. Comme philologue, on a de lui : 1° Abrège de la vie des hommes illustres et des grands capitaines, avec des réflexions sur leur conduite et sur leurs actions, Halle, 1748, 2 vol. in-S- ; 5e édition, ibid., 47((î», 2 vol. in-12. 2° Amusements philologiques, ibid. , 1749, 5 vol. ; 1753, 3 vol. ; 17G3-C7, 4 vol. in 8". Cet ouvrage, qui eut un grand succès , a été reproduit en 1767 à Sluttgard, sous le titre de Récréations philologiques, et en 1791 à Lund, sous celui ■'> .{maternent < des jeunes étudiants; en 1811 l'abbe Magnier en a annoncé une V édition. Le Dictionnaire abrégé de mythologie, qui forme le 3e volume de l'édition de 17b3, a, suivant la France littéraire, été réimprimé séparément, Halle, 4794, in-S". 3° Grammaire élémentaire, Halle, 1753, in-8°. 4" Itecueil de fables, ibid., 1754, in-8°; nouvelle édition, 1798. 5* Grammaire française - allemande à l'usage des dames, ibid., 1750, 2 vol. in-8°. 6° Introduction à la Grammaire des dames, 1757, in-8\ 7" Dictionnaire français - allemand et allemand - français , 4759, 2 vol. in 8' ; réimprimé sous le titre de /Voitveau Dictionnaire des voyageurs, Francfort, 1780, 2 vol in-8°. lu Abrégé de ce dictionnaire a paru dans la mémo ville, 1805, in-8°. 8° .Monument à l'honneur de Gcllert , 1770, in-4°. 9° Amusements littéraires, ou Magasin de la belle littérature, tant en prose quen vers, 1772, in-8". Ce volume est le seul qui ait paru. On doit encore à (.Lui une édition augmentée de la Fie de Uaralicr ( roy. ce nom ), par Formcy. I.cipsick, 175.Ï, et une de la Vie de J.-Héit. Aariin, par J.-L. Duvernoy, avec des notes, Halle, 1759, in-8». Il fut aussi l'éditeur de Y Histoire ancienne de Itollin , et de la traduction française de Cornélius Tsepos, par le P. Legras, laquelle, comme on «lit, a été réimprimée plusieurs lois en Allemagne. C'est par erreur que M. (Juerard attribue à Cboflîn une nouvelle traduction de Cornélius. ||, Duvernoy a consacré une noiiee à ce philologue dans ses ispWmeïidei du comté de Montbéliavd. W— s.

CHOIN ( Maiue-Emilie Joly de), née à Bourg en llrcssc, d'une famille noble, fut placée auprès de la prit. cesse de Conti, sous le lè^nc de Louis XIV, et inspira au dauphin une vive passion. «Cependant, « dit Duclos, son commerce avec ce prince fut longci temps caché, sans être moins connu. Quand le « dauphin venait à Meudon. mademoiselle de Choin « s'y rendait de Paris dans un carrosse de louage, et o en revenait de même lorsque son amant retour- ■ nuit à Versailles. Maigre celte conduite d'une o mai tresse obscure , tout semblait prouver un malt riage secret. Le roi, dévot comme il était, et

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« qui d'abord nvait témoigné du mécontentement, « li lit par offrir à son fils de voir ouvertement « mademoiselle de Choin. et même de lui donner o un appartement à Versailles ; mais elle s'y refusa « constamment... Elle paraissait être à Meudon tout « ce que madame de Maintenon était à Versailles, a gardant son fauteuil devant le duc et la duchesse a de Bourgogne, les nommant familièrement le dur, u la duchesse, sans addition de monsieur et madame a La duchesse de Bourgogne faisait à mademoiselle a de Choin les mêmes petites caresses qu'a madame « de Maintenon.... La favorite de Meudon avait « donc tout l'extérieur, l'air et le ton d'une bellc- « mère, et, comme elle n'avait le caractère insolent a avec personne , il était naturel d'en coin lin e la o réalité d'un mariage avec le dauphin, d Voltaire s'élève néanmoins fortement contre celle assertion. Après la mort du dauphin, mademoiselle de Choin vécut dans la retraite , avec une fortune très-niediocre , et mourut en 1744. Elle avait toujours donné au prince les meilleurs conseils, et l'avait déterminé à de sages réformes dans sa conduite. (P«y. Louis.) Sa ligure n'était pas régulière; mais elle avait de beaux yeux , de la douceur, de l'esprit et de la dignité dans les manières. M — n j.

CHOIN ( Louis Albert- Joly de), de la même famille que la précédente, naquit le 22 janvier 1702, à Rourg en Bresse, dont son père était gouverneur. Après avoir fait ses éludes théologiques au séminaire de m -m i Ipice à Paris , il fut doyen de la cathédrale de Nantes, et grand vicaire de ce diocèse. Le cardinal de Fleury le fil nommer, en 1738, à l'évéchc de Toulon. La surprise du nouveau prélat fut extrême, en lisant la lettre du ministre qui lui apprenait sa nomination, il voulut en vain se défendre de l'accepter ; le cardinal insista; il obéit. Dés qu'il fut arrivé dans son diocèse, il n'en sortit plus que pour assister aux assemblées du clergé , quand il y était député. H (it revivre dans son diocèse la simplicité des premiers temps de l'Église , ne porta que des habits de laine , réserva tous ses revenus pour les pauvres , accorda à tous ses diocésains un libre accès auprès de lui, montra un zèle ardent et pur pour le maintien de la foi, n'eut que pendant peu de temps un grand vicaire, et voulut que toutes les affaires passassent par ses mains. Son désintéressement lui lit reluser une abbaye qu'on lui avait donnée pour suppléer à la modicité des revenus de son évéchc. Il publia un grand nombre de mandements, fruits de sa charité, de sa piété et de sa science. 11 écrivit au chancelier de Lamoignon une lettre vraiment apostolique sur les intérêts de la religion et sur les droits de l'F.glisc ; mais il est surtout connu par sou excellente Instruction sur le Rituel , Lyon , 1778 , 3 vol. in-4»; réimprimée dans la même ville en 1790. Cet ouvrage, devenu classique pour le clergé, et qui pourrait presque tenir lieu de bibliothèque ecclésiastique, est le résultat d une immense lecture des livres saints, des Pères, des docteurs et des casuistes. Il contient les principes les plus sages et les décisions les plus nécessaires aux curés et aux confesseurs sur la théorie et la pratique des sacrements et

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de la morale. Le savant et vertueux prélat aulcur tic ce livre mourut dans son diocèse, le 10 avril 1750. V-ve.

CHOÎKE (Piemie-Fiiançois), né à Alcnron, le 19 février 4081, mourut vers 1742. Reçu avo at au parlement de Paris, il vint dans sa pairie exercer sa profession et cultiver la poésie. Ennemi des jésuites, il attaquait en vers et en prose leurs écrits et leurs prédicateurs. Il s'attacha surtout à un de ses compatriotes, le P. de Couvrigny, prédicateur distingué, devenu depuis confesseur des prisonniers de la Bastille, et contre lequel Choine publia une plaisanterie assez gaie intitulée : Chantons d'un inconnu, nouvellement découverte, et mise au jour avec des remarques, Turin, 1737. H annonçait une suite qui n'a point paru. On s'est trompé en citant le P. d'Avrîgny au lieu du P. de Couvrigny comme le héros de cette satire. C'est aussi à tort que l'on a attribué à Jouin, auteur des Sarcelles, cette chanson, réimprimée en 1750 sous ce litre : Maturs des jésuites, avec des rc- Imarqucs critiques et historiques, Turin, 1 vol. 'in-12. D-b-s.

CHOISEDL (Chaules de), comte du Plessis- Praslin, maréchal de France, d'un ancienne et illustre famille issue des comtes de Langres, branche de la maison souveraine de Cliampagnu, et dont les nombreux rejetons descendent tous du mariage de Raynard 1 1 1, sire de Choiseul, avec Alix de Dreux, petitefille de Louis le Gros, en 1 182 ( voy. V Abrégé chronologique du président Hénault, t. 1", p. 105, et le Dictionnaire de Moréri), était fils de Ferri de Choiscul, qui mourut des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Jai nac. Son éducation fut toute guerrière. La France se trouvait alors partagée entre Rome et Calvin. Les peuples se battaient pour des opinions religieuses, la noblesse pour l'ambition et les honneurs, les grands pour se disputer le pouvoir, et la ligue commençait ses fureurs. Charles de Choiseul apprit le métier des armes sous le maréclial de Matignon. Il se distingua au siège de la Fère en 1575. Catholique sans être ligueur, il raffermit en Champagne l'autorité royale; mais lorsque Henri III, oubliant les devoirs et la majesté du trône, se déclara le chef, sans crédit, d'une faciRm armée pour détruire son autorité, Choiseul fut entraîné sous les drapeaux de la ligue. 11 servit, avec Matignon, sous Mayenne, dont il venait de déconcerter les projets en Champagne; mais , après avoir signalé son courage à la prise de Montségur et de Castillon, en 1570, il reconnut dans les Guises les ennemis d'un roi dégradé, quitta une armée qui agissait plutôt pour renverser h: trône que pour le soutenir, et se retira en Champagne, devenant indocile pour être plus lidèle. Cependant Henri III épuisait dans les fêtes les trésors de l'État. La licence des guerres était extrême. Le pillage, l'incendie, les massacres, couvraient la France entière de deuil et de ruines. Choiseul écarta ces fléaux du Bassigni , de la Champagne et d'une partie de la Bourgogne. Ses parents et ses amis se réunirent a lui ; il réprima les excès et les scandales de la ligue ; il fit respecter l'autorité du trône et celle des lob. Sur la lin du règne de Henri III,

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Choiseul engagea ses biens, leva des soMals, tînt se ranger sous les bannières des deux Henri , et fut le premier, avec d'Aumont, d'IIumiércsct Civri, ù reconnaître Henri IV pour roi. Il se trouva à la réduction de Paris en 1591. Celte même année. Henri le nomma capitaine de la première compagnie française des gardes, et gouverneur de Troycs; il lui conféra aussi l'ordre du St-Esprit. En KJ02, Choiseul fut chargé d'arrêter, dans le Louvre, le duc do Biron. Maître du cœur de ses sujets , Henri n'avait pu fixer celui de Gabriclle; cite aimait, dit-on. Bellegarde , grand écuyer. Dans sa fureur jalouse , Henri donne; au capitaine de ses gardes des ordres sanglants. Choiseul se rend au logis de Gabriclle, craint de surprendre les deux coupables, entre avec bruit, fait des recherches partout où il est assuré do ne trouver personne , donne ainsi h Bcllegarde le temps de s'évader, et, parcelle innocente trahison, trompe son maître pour sauver sa gloire et pour lui éviter des remords. Après la lin funeste de ce grand roi, Choiseul fut chargé, par la reine régente, d'aller trouver Sully, qui, ayant cru ses jours menacés, s'était renfermé dans la Bastille. Choiseul donna sa parole inviolable, et Sully parut au Louvre. Admis dans les conseils secrets de lu régente, Choiseul lui parla toujours en sujet intéressé à son bonheur cl à sa gloire. En 1011, il rétablit le calme au Louvre, où tout était en confusion par la dispute élevée entre les premiers genlishommcs de la chambre, le duc de Hcllcgardc et le maréchal d'Aumont ; les épées étaient tirées, et le sang allait couler pour et contre le droit d'entrée a cheval ou en carrosse dans la cour de ce palais. La même année , Choiseul pacifia les troubles violents qui s'étaient élevés dans la ville de Troycs au sujet des jésuites; tous les habitants étaient sous les armes et près de s'entre - égorger. Le P. Cotton était présent. Choiseul le força de quitter la ville avec les jésuites, et le calme fut rélabli. En 1012, lorsque la cour masquait les malheurs de l'Etat sous le voile des plaisirs, Choiseul se distingua au tournoi de la Place-Royale." Deux ans après, les princes se révoltèrent contre la cour, et soulevèrent le peuple, toujours prêt à attendre d'une révolution la fin de ses malheurs. Choiseul fut chargé de préparer la guerre et de négocier la paix. La haine qu'on avait pour le maréclial d'Ancre grossissait l'armée des mécontents; celle du roi fut confiée au maréchal de Bois-Dauphin; Choiseul commandait en second. 11 déconcerta les projets des princes, délivra Sézanne, réduisit la ville de Sens, força le duc de Luxcml>ourg dansChautay. La paix fut conclue, en 1010, a Sle-Mcuchould, mais les (roubles continuèrent. Le prince de Condé venait «l'être arrêté dans Paris. Choiseul fut chargé d'ordonner au duc de Guise de se rendre au Louvre : « Puis-je faire, dit le duc, ce que « vous m'ordonnez de la part du roi ? » Le capitaine îles gardes, ne saehani ni feindre, ni trahir, répondit : « Je vous dis simplement ce que le roi m'a « commandé de vous dire : c'est à vous de décider « si vous y pouvez aller ou non. » Guise, alarmé de celle réponse, alla se joindre aux mécontents. L'année suivante, Choiseul servit, en qualité de maréclial

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(le camp, sous ce même duc de Cuise, rentré dans le devoir, et Tut blessé au siège de lUiélcl. Tout à coup l'assassinat du maréchal d'Ancre aux portes du Louvre rétablit la paix dans la France. LouisXIlI l>arut vouloir gouverner par lui-même, ou plutôt par de Luynes, sou favori, qui prit les rênes d'une main faible et sans expérience. Marie de Médicis se rcliraù Moulins, puisa Angers, cl agita l'Etat de nouveaux troubles. Choiseul fut fait maréchal de France eu 1619, et commanda l'année sous les ordres du jeune toi. Il entre en Normandie; Rouen le reçoit ; Ciien se soumet; il marche en Anjou. Richelieu préparait alors son élévation. Feignant d'agir pour la reine mère, il découvrait ses secrets, et la servait pcut-êirc en facilitant les moyens d'abattre son |«rli. La paix fut Conclue entre la méreet le lils. Alors le maréchal fut chargé «l'aller au-devant de la reine, et de la reconduire à la cour. A cette époque, le Itéarn refusait encore de recevoir la religion romaine. Choiseul, chargé de soumettre les rebelles, lit chanter la messe à Navarcîns, le jour anniversaire de celui où Jeanne d'AIbret l'avait aholic cent ans auparavant. De Luynes venait do recevoir I epéc de connétable. Choiseul servit sous lui au siège de St-Jcan-d'Angeli, où il fut blessé; il le fut encore au siège de Montauban, et resta quelque temps enseveli sous une mine. Le jeune roi lui dit au siège de Royan : « C'est à vous « de m'instruirc de ce que je dois faire : c'est pour « la première fois que je me trouve à pareille fête. » La ville capitula au moment de l'assaut ; Négrcpclissc fut réduit en cendres. Le maréchal assista, dans Careassonne, à un chapitre de l'ordre du Sfr-Esprit, prit Lunel ; Montpellier lui ouvrit ses portes. Enfin le calme fui rétabli dans les provinces en 1625; niais les orages continuèrent de régner à ht cour. Le maréchal nommé gouverneur de la Saintongc, de l'Angoumois et de l'Aunis, se relira dans son gouvernement de Troyes, où il mourut le 1** février 1626, à l'âge de 63 ans. Son oraison funèbre fut prononcée par Dcnys Lanlrcccy, et imprimée à Troyes, in-4*. Il avait servi pendant cinquante ans; il s'était trouvé a (piarante-sept batailles ou combats. 11 avait soumis cinquante-trois villes rebelles, commandé neuf armées, et reçu trente-six blessures. On prétend qu'il entendait mieux la guerre de siège que celle de campagne; mais il se distingua dans l'une et dans l'autre, et fut un des premiers capitaines de son temps. (Voy. sa vie, écrite par Turpin,dans le 26* volume des Hommes itluitra de France, par d'Auvigny et Pérau.) V— ve.

CHOISEUL (C£s.\n, duc de) sieur du Plessîs- Praslin, maréchal de France, fils de Ferri de Choiseul, deuxième du nom, neveu du précédent, naquit à Paris, le 12 lévrier 1398, et reçut son prénom de César duc de Vendôme, qui fut son parrain. Les Italiens avaient, les premiers, introduit en Europe l'usage de substituer aux saints du calendrier des noms fameux dans les siècles antiques, et la maison de Cossé-flrissac Tut la première en France qui adopta cet usage, en prenant le nom de ïïmoléon. La vivacité d'esprit, et l'enjouement que montrait dans sop enfance César de Choiseul le firent

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placer, par Henri IV, en qualité d'enfant d'honneur, auprès du dauphin. Choiseul obtint un régiment a l'âge de quatorze ans. Presque humilié de commander si jeune encore A des soldats blanchis dans les combats, il résolut de partager leurs fatigues, et de marcher a leur tête toujours à pied. Il fit ses premières armes en Champagne, sous les yeux de son oncle, Charles de Choiseul. Le comte de Routevilic avait établi dans son hôtel, à Paris, une salle d'escrime. Les jeunes seigneurs s'y rendaient en foule pour sYvcrccr a tirer des armes. Choiseul, qui suivit celte école, se rendit bientôt fameux par ses combats singuliers, dont le plus remarquable est celui qu'il soutint, au bois de Boulogne, contre l'abbé de Gond), si connu depuis sous le uom de cardinal de Iletz. Choiseul suivit Louis XI II au siège de St-Jean-d'Angeli, où les soldats français se servirent pour la dernière fois du bouclier. Pendant le siège de la Rochelle, il fut envoyé, avec son régiment, dans l'Ile d'Oléron, pour s'opposer à la descente des Anglais, et lit échouer leurs efforts, qu'ils tournèrent contre l'Ile de Ré. Toiras la défendait; il allait être obligé tic la rendre, lorsque Choiseul, bi avant, sur de frêles barques, une flotte formidable, aborde dans l'Ile, bat le présomptueux Ruckingham, favorise la descente de Srlwmberg, mille en pièces l'arriéregarde ennemie, prend ses drapeaux et ses canons, qui furent conduits en pompe à Paris. Alors la Rochelle, qui n'était que bloquée, put être assiégée régulicivmt ni. Choiseul montra, dans re siège mémorable (1028), les grands talents qu'il développa depuis dans l'attaque des places. Réduite par la famine, la ville se rendit, et Choiseul y commanda. Rientot après il se distingua, sous les yeux du roi. aux sièges de Privas et de Montaubnn; il facilita la prise de Pignerol, et obtint toute la confiance du cardinal de Richelieu, commandant l'armée avec le titre de généralissime, qui fut créé pour lui. Schomberg consultait Choiseul. Louis XIII voyait toujours en lui le compagnon de son enfance. Etranger à toutes les intrigues, il obtint l'estime de tous les parti». Employé avec succès dans des négociations difficiles, ambassadeur pendant trois nus auprès des princes d'Italie, il détacha du parti des Espagnols les ducs de Savoie, de Parme et de Mautoue. En 1656, il servit, en qualité de maréchal de camp, sons Créqui, 60us le cardinal de la Valette et sous le comte d'Uarcourt, qui commandèrent successivement dans les guerres du Piémont. Créqui regarda loujnursChoiscul comme son fils, et quelquefois comme son maître. La Valette, créature de Richelieu, cl que le duc d'Épcrnon, son père, appelait le cardinal Valet, se montra jaloux de Choiseul. voulut l'éloigner, lui «lut quelques succès, et fut forcé de le louer. Harcourt avait ordre de ne rien entreprendre sans l'avis de Choiseul. Celte distinction fut regardée par Choiseul lui-même comme un outrage fait à Tureunc et à la Moihc-IInudanrourt, ses collègues. Il écrivit pour s'en plaindre à Richelieu, qui lui répondit : « Cela ne doit vous causer aucune peine : « Turennect la Mothc-Houdaucourt sont deux hon- « nêtes gens qui ne veulent que le bien des affaires ;

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« quand on a autant de mérite qu'eux , on ne con- • nail pas la bassesse de l'envie. » Choiseul se distingua au combat de la Route, où 8,000 Français battirent 20,000 fcpagoob. Il vainquit Leganez devant Casai, investit Turin, qui se rendit après un siège de trois mois et demi. Choiseul fut nommé gouverneur de cette ville. En 1641, il hatiit encore les Espagnol*, prit Ccva, Mondovi et Coin. Ilarcourt avait repassé les monts, et Clioiseul était à la téte de l'armée, lorsque le duc de Bouillon vint en prendre le commandement. Richelieu, qui craignait et baissait ce prince, dangereux par ses talents et par son caractère, sembla ne lavoir envoyé en Italie que pour le faire arrêter plus facilement : ce fut Clioiseul qu'on chargea de cette mission, et qui la remplit avec regret. 11 reprit le commandement de l'armée, ci le remit, en 1042, au «lue de Longueville, qui lui apporta la commission de lieutenant général. C'était un piïuce brave et magnifique, ami des plaisirs et mauvais général ; mais il suivit les conseils de Clioiseul. Richelieu mourut, et Mazarin lui succéda. Clioiseul, qui s'était lié avec ce dernier, tandis qu'il était nonce à la cour de Turin, continua de diriger la guerre au delà des monts. Le grand nombre de villes qu'il avait prises ou défendues le faisait placer à coté du prince d'Orange et de Spinola. Les Catalans, las de la domination espagnole, s'élant donnes a la Fiance, le maréchal de Brézéen fut nommé vice-roi. Clioiseul était indiqué par l'opinion publique comme le seul général qui put emporter la plus forte place de la Catalogne, et Roses se rendit i lui après trente-cinq jours de tranchée ouverte, en 1645; il ne restait plus dans la place que cinq maisons, le canon avait tout détruit (1). Clioiseul fil un voyage à Montserrat pour visiter l'image qu'on y vénère, et remercier Dieu de sa victoire. L'entliousiasme des Catalans fut extrême. On vît les femmes présenter au guerrier français, sur son passage, les pierres qu'elles avaient ramassées sur les débris de Roses, et qu'elles |M>rlaienl comme des reliques. La prise de cette forteresse (il nommer Clioiseul maréchal de France. 11 revint en Italie, ou les soldats accoururent en foule sous ses drapeaux ; il les connaissait tous par leur nom, et, à l'exemple de César, il avait coutume de les appeler ses camarades. En 1646, les rnarécliaux de Clioiseul et de la Mcilleraye eurent ordre de mai cher sur Rome, qui comptait sur l'appui des Lstuguols. Après la prise de Porto-Longone et de riombiuo, Innocent X consentit à traiter. Clioiseul fut uominé plénipotentiaire; mais sur le bruit de son arrivée, le pontife céda. Les Oarberins, persécutes parce qu'ils étaient dans les intérêts de la France, furent rétablis dans leurs digniléset dans leurs biens, et le chapeau, refusé à l'archevêque d'AIx, lui fut promis : c'est ce refus d'un chapeau qui avait allumé la guerre. Clioiseul tint, cette même année, les étals de Languedoc. Celte province était agitée par des troubles, il les apaisa. En 1648, il reprit lecomman-

fl) lr< R<pagnol< ayant, dans la nuiic, repris toute la CaUtojiw», nr pim-M !>e traître nt»l!rei do n.*i-s , «jn'il* M«|atVfDl praiaBl wuf w»K «i H« no muuvri'tml telle place une iur le ir.iitc «les tyrraro, Cl I0ÔJ.

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dément de l'armée en Italie, passa le IV-, défendit par une armée supérieure à la sienne, força les retranchements formidables que le marquis'de Caracéne avait élevés depuis Crémone jusqu'à l'Oglio, perdit son second lits dans cette action brillante, battit à Tranrhcron l'armée ennemie, dont les débris s'en fermèrent dans Crémone. Le Milanais était ouvert ; mais Mazarin n'avait rien préparé pour le succès de cette campagne, commencée si glorieusement. Clioiseul revint à la cour, après avoir dépensé 450,000 francs de sa fortune pour donner du pain à ses soldats. Il avait droit à des récompenses ; il n'obtint que des éloge». Paris était alors livré aux premiers troubles de la fronde. La cour se retire à Si-Germain, Choiseul reçoit ordre de la suivre ; il prend le commandement de St-Denis, et ganle, avec 4,000 hommes, tout le pays, depuis Charenlon jusqu'à St-Clond. Le maréchal de G m mont est placé au delà de la rivière avec un pareil nombre d'hommes. Condé, qui vient de vaincre dans les plaines de Lens, commande le siège ou le b!ocus de Paris ; on n'attend rien de la force, on espère tout de la famine. Le prince de Conti est a la tète des Parisiens. Les ducs d'Elbeuf, de Bouillon, de Beauforl, de Longueville, et le cardinal de Retz, sont les héros de cette guerre ridicule. Charenlon est emporté par Condé el Clioiseul ; Brie-Comtc-Roberi est pris par les Parisiens, et repris par Choiseul. Une année cs|»agnole s'avance an secours des révoltés t Choiseul, sans la combattre, l'oblige à une retraite précipitée. C'est à celte époque qu'il fut nommé gouverneur du duc d'Orléans, frère unique du roi. En 1650, la Guienne s'étant soulevée contre la tyrannie du duc d'Epcrnon, Choiseul fut envoyé comme négociateur à Bordeaux, qui refusa de le recevoir dans ses murs. Il ouvrit des conférences dans une petite maison hors de la ville, avec des députés qui lui furent envoyés. En ce moment-là même les rebelles démolissaient le château Trompette ; Ils osèrent demander le renvoi de d'Epernon et l'abolition de tous les impôts. Le maréchal m an. in son Trère, évêque deComminges, qui, reçu «lans Bordeaux, pouvait négocier avec plus de succès. Les relielles avaient secoué le joug de l'autorité, mais ils connaissaient le frein de la religion. Le prélat parle, il persuade, la sédition tombait, lorsque Sauvebeuf , clier des révoltés, annonce hautement que l'évèque de Comminges est entré dans Bordeaux pour y allumer le flambeau de la discorde. Le peuple irrité s'ameute ; les bouchers, armes de leurs couteaux, menacent la vie du prélat, qui est obligé de fuir. Le maréchal ne voit plus de ressource que dans la force. Le duc d'Epernon s'approche avec une armée. Le comte d'Oignon parait avec une flottille dans la Gironde. Enlin, après plusieurs combats, l'archevêque de Bordeaux, établi médiateur, propose au maréclial, qui s'était retiré à Blaye, do reprendre les négociations. Choiseul prescrivit des conditions qui furent acceptées ; mais le prince de Condé, qui protégeait les Bordelais et maîtrisait alors la récente et Mazarin, dicta le traité que Choiseul fut obligé de Mimer. Les Bordelais furent rétablis dans leurs privilèges, et l'orgueilleux d'Epernon

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perdit 6011 gouvernement. Tandis que Choiseul assurait dans Bordeaux l'exécution du traité, Mazarin, las de ployer sous Coudé, le fil arrêter et conduire a Vinccnncs, avec le prince de Conii et le duc de Longucvillc. La cour était retournée dam la capitale. Clioiscul vint y reprendre ses fondions auprès du prince conlié ù ses soins. La rébellion ne tarda pas à éclater dans plusieurs prownees. Turcnnc était aSienay avec 2ô,000 hommes et 14,000 chevaux. Choiscul parut seul digne de lui être opposé; il fit une guerre savante, couvrit les grandes villes de Champagne, et, avec des forces inférieures, il arrêta Turenne qui marchait sur Vinccnncs pour délivrer les princes. Choiseul, ayant reçu des renforts, force Turcnnc a se battre, et la bataille de Rhétel est livrée. La victoire se déclare pour le maréchal ; les ennemis perdent tous leurs canons et tous leurs bagages, vingt drapeaux, quatre-vingts étendards, 2,000 morts et 3,000 prisonniers : parmi ces derniers, sont Doulcville, Gcrsey, Quentin, rebelles sans ambition et sans motifs, infidèles à leur roi pour être fidèles à leurs maîtresses. Auguste de Choiseul, fils du maréchal, périt dans les premiers feux de la bataille. On croyait d'abord Tureunc prisonnier; sou cheval était tombé percé de cinq coups île feu: a II est triste pour la

• France, dit Chuiscul, qu'un si grand homme soit « exposé au danger d'uuc prison, et je plains l'Élat « d'avoir à punir un général qui peut un jour lui

• rendre les plus grands services. » Le cardinal Ma/ariu s'était retiré à Cologne, d'où il gouvernait la France moins en ministre disgracié qu'en maître absolu. Choiseul, qui dirigeait alors {1051) le conseil de la régente sans y être encore admis, fit décider le retour du cardinal ; il revint escorté d'une armée. Le roi alla à sa rencontre, et sotqia avec lui chez le maréchal. Choiseul entra au conseil. Après la prise de Sle-Mcnchoutd, qui fut son ouvrage (1651), Louis XIV, dînant chez le maréchal, lui dit : « Vous « n'avez été chargé de cette entreprise que parce a que vous étiez le seul capable de l'exécuter; ce a qui est impossible aux autres n'est que difficile « pour vous. » Le maréchal de Choiseul porta la couronne au sacre de Louis XI V ; il apprit nu monarque l'art de la guerre; il le suivit dans ses premières campagnes, aux sièges de Stenay, d'Arras, de Duukcrque, à celui de Landrccy, où le dernier de ses lils fut grièvement blessé sur la brèche. Choiseul pacifia la Provence, s'empara de la ville d'Orange, dirigea les fortifications de Perpignan, et c'est par ses soins que cette place devint le boulevard de la France du coté des Pyrénées. 11 fut fait chevalier du St-Esprit en 1602, duc et pair en 1663. La France avait, en 1672, trois armées sur pied, et Choiseul exprimant son regret ù Louis MV de n'avoir point de commandement, le monarque lui dit, en l'embrassant : « Monsieur le maréchal, on ne travaille « que pour approcher de la réputation que vous « vous êtes acquise; il est agréable de se reposer « après tant de victoires. » Mais s'il ne fut plus employé dans la guerre, il prit part aux négociations qui en assurèrent les succès. Il accompagna llen-

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riette, sœur de Charles II, lorsqu'elle alla en Angleterre, sous prétexte de voir son frère, et il ménagea le traité d'alliance contre les Hollandais. Il fut chargé de recevoir, sur la frontière, la princesse Charlotte-Elisabeth, fille de l'électeur palatin, lorsqu'elle vint en France épouser le duc d'Orléans. Il avait déjà perdu deux fils au champ d'houneur, un troisième fut tué devant Amheim. Il mourut luimême le 23 décembre 1675, âgé de près de 78 ans. Génie aussi propre aux négociations qu'à la guerre, politique instruit des intérêts de la France et de ceux de ses voisins, connaissant le danger sans le craindre, et ne le cherchant point sans motifs ; ne croyant une victoire glorieuse qu'autant qu'elle était nécessaire ; conservant un visage calme quand son esprit était agité ; honnête homme sans faste, religieux sans superstition ; unissant aux qualités du cœur les agréments d'un esprit cultivé; grave sans être austère ; toujours modéré, n'aimant ni à se cacher ni à se montrer, et semblant ne vouloir laisser à ses enfants d'autre héritage que sa gloire : tel était Choiscul. Le Tellicr, ministre d'Etat, disait qu'il n'avait guère connu d'hommes en France qui eussent fait des choses plus dignes de louanges, et qui parussent moins désirer d'être loués. On conserve à la bibliothèque royale deux recueils manuscrits de lettres de Choiseul, ambassadeur en Savoie et commandant en Piémont, depuis 1732 jusqu'en 1651 . On a ses mémoires depuis l'an 1628 jusqu'en 1671. Scgrais mit au net l.s brouillons du maréchal ; l'évêquc de Tournay les rédigea, et ils furent publics par St-Victor, Paris, 1676, in-4°. Legendrc trouve que ces mémoires sont moins une histoire qu'un panégyrique, où le maréchal s'attribue tout ce qui s'est fait de glorieux dans les guerres du Piémont. V — ve.

CHOISEUL (Gilbert de), évêque de Tournay, frère du précédent, se consacra dès sa jeunesse à l'état ecclésiastique, fut reçu docteur de Sorbonne vers 1640, et nommé, en 1664, à l'évêché de Comminges. Ce diocèse, livré au désordre et ù l'ignorance, cliangea bientôt de face : Choiseul entreprit des visites pastorales, parcourut les lieux les plus inaccessibles îles Pyrénées, réforma les mœurs des montagnards a demi sauvages; il nourrit les pauvres dans une année de famine, assista lui-même, dans un temps de peste, les malades et les mourants, et fut atteint par la contagion sans devenir sa proie. Il rétablit la discipline dans le clergé, fonda des séminaires, répara les maisons épiscopalcs qui tombaient en ruines. Il assista, en 1650, à l'assemblée des notables, tenue a Paris pour s'occuper de la convocation des étals généraux, et prononça une harangue imprimée en 1657, in-8°. 11 fut employé, en 1664, dans les négociations qui curent lieu pour ramener dans l'Église la paix troublée par le livre de Jansénius. Ces négociations ne firent qu'aigrir les esprits de part et d'autre, et l'on reprocha à l'évêquc deComminges ses liaisons trop étroites avec les jansénistes. En 1666, il fut chargé de YOraiton funèbre d'Armand de Bourbon, prince de Conîi, imprimée à Paris la meme année, iu-4". 11 cul beaucoup

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de part, en 1667, aux conférences des états de Languedoc sur l'affaire des quatre évèqucs, et il en dressa la relation. Apres vingt- quatre années de travaux apostoliques dans le diocèse de Coimninges, Choiscul Tut transféré, en 1670, à l'cvéché delournay. Il prononça, en 1672, l'Oraison funèbre de Charte» Pàris d'Orléans, file de Henri //, duc de Longutville, imprimée à Paris, in-4». Etroitement lié avec Bossuct, il cul la gloire de coopérer- avec lui à la célèbre déclaration du clergé de France, en 1682. Le rapport qu'il fit à cette occasion est un ouvrage très-important sur la puissance ecclésiastique, et il fut jugé digne de Bossuct lui-même. Ou le trouve imprimé avec la traduction de la défense de cette déclaration écrite en latin par l'évéque de Meaux, Paris, 1745, S vol. iu-4«; dans l'édition donnée par l'abbé Dinouart, du Traité de la puiss'.inrc ecclésiastique et temporelle, par Dupin, Paris, 1768, 3 vol. in-12, et dans le Recueil sur les libertés de l'Église gallicane, publié à Paris, chez Pillet, 1811, in-8*. Les autres ouvrages du savant évèque de Tournay sont: 1° Eclaircissement louchant le sacrement de pénitence, Lille, 1G71), in-12. 2« Mémoires louchant ta religion, Paris, 1681-85, 3 vol. in-12. L'auteur attaque dans le 1" volume les athées, les déistes et les libertins; il combat les protestants dans le 2*, et s'attache dans le 3* à réfuter Jurieu, qui avait publié des réflexions captieuses sur les deux premiers. 3" Les Psaumes, Cantiques et Hymnes de l'Eglise, traduits en français, ouvrage qui a ru plusieurs éditions. 4° Lettre pastorale sur le culte de la Vierge, publiée pour défendre les Avis salutaires de la Vierge à ses déçois indiscrets, par Bailler, et imprimée à la lélc de ce livre, Tournay, 1711, in-12. L'ouvrage rt la lettre pastorale firent beaucoup de bruit. 5° La rédac tion des mémoires de son frère. ( Voy. César de Ciioiseu..) Après avoir gouverné le diocèse de Tournay avec le même zèle et la même sagesse qu'il avait montrés dans le diocèse de Corominges, Gilbert de Choiscul mourut à Paris, le 31 décembre 1689, âgé de 76 ans. On trouve son éloge, en style lapidaire, dans le 0" numéro du Journal des Savants de 1690. — Gabriel-Florent de CiioisEtn.-BE vi rnÉ, évèque de Mcndc, né a Dinant, diccèse de Liège, au mois de juin I(i83, sacré évèque de St-Papoul, le 17 juillet 1718, nomme évéqnc de Mende, en 1723, fit imprimer des Statuts synodaux pour ce dernier diocèse, Mende, 1739, in-8Q, et mourut en 1767, doyen des évéques de France. — Lcopotd -Charles de CnoisEur. -Stainville, né au chiUcau de Lunéville, le 6 décembre 1724, $a<*ré cxêquc d'Evrcux le £9 octobre 17îi8, archevêque d'Alby en 1759, remplacé sur ce siège, en 1761, par le cardinal de Bcrnis; nommé archevêque de Cambray, cl mort en 1781, publia les Statuts synodaux du diocèse tTAlby, 17(53, in-8\ On trouve à la fin un état des églises principales, annexes, monastères, etc. (I). V— ve.

(I) Il T » en dans h maison de Choiscnl plastron lltra évoques : Claude-Antoine oc f.Bo»erfi.-Bc»ttroé, cioqur, comte de Lhatoas-snr-Mactt, en I7S3. Le < boulier de la Touche a fait impruaer une relation de son entrée swlciuirilc dt •* si \uk tfkeo-

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CHOISEUL (Claude, marquis de Fraucicres, comte de), maréchal de France, et l'un des plus grands capitaines du siècle de Louis XIV, était liht de Louis de Choiseul, lieutenant général, grand bailli et gouverneur de Langres, et naquit dans celte ville, le 1" janvier 1632. Il lit.ru 1648 ses premières armes comme volontaire, et continua à servir en celte qualité jusqu'en 1651. Mcslre de camp d'un régiment de cavalerie qu'il leva à ses frais en 1653, il se distingua aux sièges de Mouzon et de Sic- Menehould, et l'année suivante au siège d'Arras, où il battit complètement le régiment d'Obock. On lui dut en 1655 la reddition de Sl-Guillain, et, en 1657, pendant que Turcnne assiégeait Cambray, il défit et mit en fuite, avec douze escadrons, u-enic escadrons ennemis qui étaient venus au secours de la place. Le traité des Pyrénées ayant rendu la paix à la France, il alla faire la guerre de Hongrie sous Coligny, et on lui attribua généralement le gain de la fameuse bataille de Sl-Goihard, qui arrêta les armées ottomanes commandées par Kupruli-Ahmed, et sauva 1 Empire. En 1067 il servit en Flandre; on lui dut la défaite du comte de Marsin, général habile qui soutenait seul la puissance diancelante des Espagnols dans les Pays-Bas, et il fit prisonnier Antoine de Cordoue, commandant la cavalerie espagnole. Les Vénitiens le demandèrent à Louis XIV, et, en 1669, sous le duc de travailles, il défendit glorieusement, pour la république, l'Ile de Candie, attaquée par les musulmans. Après celte expédition, la république de Venise envoya des ambassadeurs pour le remercier. L'Europe retentissait du bruit de ses exploits, lorsque, de retour en France, il servit dans la guerre de Flandre sous Turcnne et sous Condé. 11 se trouva au passage du Rhin, déploya de grands talents militaires à la bataille de Séncf, et fut nommé lieutenant général en 1676. Luxembourg, qui commandait en Allemagne, lui confia la même année l'arrièregarde de son armée, et déclara plusieurs fois qu'il lui devait l'honneur de la victoire. En 1684, l'électeur de Cologne le fit, avec l'autorisation du roi. général maréchal de camp de ses armées. 11 réduisit Liège sous l'obéissance de ce prince, qui lui fil présent d'une épée gai nie de diamants et de quatre pièces de canon. Nommé chevalier des ordres du roi en 1688, il fil l'année suivante la campagne d'Allemagne, et lorsque l'électeur de Bavière, à la tète d'une armée nombreuse, menaçait la France et ses alliés, Choiseul, avec une faible armée, réussit à couvrir nos frontières ouvertes et sans défense, cl déconcerta les projets de l'électeur, qui n'éprouva que des rêvera. Louis XIV donna à Choiscul, le 27 mars 1693, le bâton de maréchal de France qu'il avait si bien mérité. A la tète de l'armée de Normandie en 1694 et 1695, il défendit les côtes de la .M an die et sauva la ville du Havre, dont l'ennemi avait commencé le bombardement. Nommé ensuite

pale, en 1733, in-fol. — Antolne-Cleriadu dc Cnarsj:ri.-nK*rrr.S. arrlicM'iinc de l!<»airçim, né le 28 fcpicnibie I7n7, Mtrv en 1753, rardin.ll en 176!, moil le 7 jan\îrr 1771. Son eln^e hiMoriquc, par l'abbé de Canne, rsi conserve Buumait daas les registres dc 1 > cadcuuc dc Besancon.

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au commandement en chef de l'armée d'Allemagne, avec une année inférieure à celle de l'ennemi, il le force à abandonner ses projets et à se retirer après lui avoir fait éprouver des perles considérables. Choiscul cuit gouverneur de Valenciennes, grand bailli et gouverneur de Langres, chef de la connétablic, et devint doyen îles maréchaux de France en 1707. Habile guerrier, mais mauvais courtisan, il voulut pu» dans la retraite les dernières années de sa vie, cl donna sa démission de la rounélablie. Louis X I V, en lui accordant l'autorisation de quitter la cour, lui dit : « J'approuve que des hommes de distinction « comme vous mettent un intervalle entre la vie et a la inorl. » Et quelques années après, en apprenant la mort du maréchal, le roi s'écria : «J'ai |>crdu un « vertueux gentilhomme, un sujet qui m'a rendu • d'imporlauts services, et qui a su rendre dignement «la justice, a Choiseul mourut le lï mars 1711, âgé de 79 ans, sans laisser de |aistérité. Son oraison fuuébre, prononcée a Langres le 31 août de l'année suivante par le P. Desterne, augustin, a été imprimée à Gray, in-4». T. -P. F.

CHOISEUL (Étibkse-Fhançois de), duc de Choiseul et d'Amboisc, colonel général des Suisses, chevalier des ordres du roi et de la Toison d'or, naquit le 88 juin 1719. Entré au service sous le nom de comte de Slainville, il montra une valeur brillante, et obtint un avancement rapide. Colonel eu 1743, maréchal de camp en 1748, il fut lieutenant générai en 1759; mais il était «p|iclé a de plus luulea destinées. Une immense fortune que lui assura son mariage avec une riche héritière, scrur de la duchesse de Gontaut, lui procura le seul avantage qui parut lui manquer, et sa liaison intime avec la marquise de Pompadour lui permit l'espoir de satisfaire une grande ambition qu'il n'a jamais dissimulée. Ami dévoué* peut-être habile courtisan, il sut tout à la fois s'attacher à j uuais la favorite, et satisfaire une juste licrté, plus forte encore en lui que l'amour du pouvoir. Ceux qui sans doute ne comprenaient pas ce genre de sentiment lui ont fait un tort d'avoir sacrillô à madame «le Pompadour une de ses pareilles, dut il découvrit l'intrigue secrète avec le roi, cl qu'il (it éloigner. Il voulait bien se servir jHjnr son avancement du crédit de la maîtresse de sou souverain, mais il ne voulait pas que l'honneur de son nom fût immolé au soin de sa fortune. Au reste, ce qu'un motif noble et délicat lui avait inspiré se trouva également utile. Madame de Pompadour lui fut attachée jusqu'à la fin de sa vie, et ne cessa de le lui prouver. La conduite de M. de Choiseul m celte occasion aurait encore moins besoin d'être justifiée, s'il élait vrai qu'il eût inspiré plus que de l'amitié à la favorite. De Choiseul débuta dans la carrière politique par l'ambassade de Home, alors réputée la première de toutes, et importante à cette époque par la nature des discussions religieuses qui agitaient l'intérieur de la France. Le nouvel ambassadeur plut à Benoit XIV par les grâces do sa conversation, en fut traité avec la plus grande distinction, et détermina le pontife à donner cette fameuse lettre encyclique qui aurait dû terminer h. s

longues disputes sur la bulle UnigenHut. Ce fut aussi lui qui obtint du pape mourant la promesse du chapeau de cardinal jwur l'ablié comte de Beritis, alors ministre des affaires étrangères, et qu'il n'imaginait pas devoir «ilôt remplacer. De Choiseul fut nommé à l'ambassade de V laine eu octobre 1730. L'agression perfide de l'Angleterre et son union avec la Prusse avaient déterminé la Fiance a écouter les proposi lions de l'Autriche. Madame de Pompadour, flattée, enivrée des avances auxquelles la nécessite' faisait consentir la grande et austère Marie-Thérèse, saisit avidement l'idée «l'une alliance avec lu souveraine qui daignait lui écrire et la nommer ton amie. La négociation, conduite par ce même prince de Kaunitz qui depuis a si longtemps dirige la politique autrichienne, eut un plein succès, et le cardinal do Demis, chargé du département des affaires étrangère! en juin 1737, mais antérieurement admis au conseil, MJiia ce traité, sujet de tant de discussions, et dont les avantages et les inconvénients partagrnt encore les opinions des hommes d'Etal les plus éclairés. Le cardinal eût voulu éviter la guerre, cl, lorsque la Fiance y fui entraînée, it ne dépendit pis de lui d'en arrêter le cours. Aigri par les contradictions, il offrit un peu légèrement sa démission, aussitôt acceptée, parce que madame de Pompadour prit un mouvement très-noble pour de l'ingratitude, et le ministère fui donné à de Choiseul, qui profila de la disgrâce du cardinal, sans que celui-ci l'ait jamais accusé de l'avoir provoquée. Le nouveau ministre s'ciiqura rapidement du plus grand crédit, fut fait duc et pair, joignit au département des affaires étrangères celui de la guérie, après la moil du maréchal de Bcllc-Isle, puis céda le premier de ces départements a son cousin le comte de Choiseul, bientôt fait aussi duc et pair sous le nom de duc de Pratlin, et deux ans après ministre de la marine. Le duc de Choiseul, parvenu a la plus haute faveur, et disposant de toutes les places, était premier ministre sans en avoir le litre, et dirigeait seul touics les affaires. Celle des jésuites agitait alors les esprits, et le minisire, qui leur avait toujours été contraire, se réunit aux parlements pour consommer leur perte. Cet ordre trouva un zélé protecteur dans le vertueux dauphin, père de Louis XVI, et son intérêt pour Ics jésuites fut la première cause de sa malveillance pour le ministre, qui ne sut pas se faire pardonner par ce prince, et le |>ouvoir dont it était revêtu, et l'extrême confiance avec laquelle il en usait. Le dauphin remit directement au roi un mémoire contre le duc, ouvrage d'un jésuite fort intrigant et dévoué au duc de la Vauguyon. Autorisé par le roi a se juslilier et à expliquer lui-même sa conduite au dauphin, le ministre cul le tort de répondre & l'héritier du trône, dont les expressions l'avaient blessé, ■ qu'il pourrait avoir le malheur de devenir son « sujet, mais qu'il ne sciait jamais son serviteur. » Les rois pardonnent sans efforts les écarts qui décèlent un attachement exclusif à leur personne, et sont assez faciles à calmer sur ce qui peut choquer leurs successeurs. La fjvcur du ministre ne reçut aucune atteinte du ress-, miment et des plaintes du

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dauphin. Cependant h guerre continuait, et la France n'éprouvait que de» revers. Les succès de Frédéric, la défection de ta Russie, les fautes des généraux, les pertes de ta marine, et plus que tout, le mauvais eut des finances, imposèrent ta rigoureuse nécessité de conclure, à de pénibles conditions, la paix de 4763. Les malheurs ne pouvaient être attribués aux deux ministres qui se partageaient le pouvoir, et d'autres, avec moins de laleuls, eussent |»cui être été forcés de consentir a de plus grand- sa< n lires encore; mais les ducs de Choiseul et de Prasliu éuieul comblés d'honneur» et de bienfait», c'en ciuit assez pour qu'on leur cherchai des torts. Leurs ennemis prélcndircnt qu'ils n'avaient prolongé la guerre que pour se rendre nécessaires, et leur reprochèrent de n'avoir pas fait plus lot ta pais. S'ils eussent pris ce |»rli, on les eut probablement accusés de n'avoir pas eu le courage de chercher à réparer les premiers revers, et d'avoir désespéré de ta valeur française. Madame de Pom|>adour mourut en 176-1, après une longue maladie. Le dauphin, objet de tant J'es|»érances, mourut de la poitrine, le 50 décembre t705. Sa vertueuse épouse, qui.cn le soignant sans relài he, avait pris son mal, succomba deux ans après. Celui dont ta constante fortune résistai! avec une sorte d'audace aux attaques multipliées de ses ennemis, et qui semblait les braver eu n'y opposant que le silence du mépris, ne pouvait manquer d'être en butle à ta calomnie, dernière ressource et dernière consolation de l'envie contre le talent et le bonheur. Les justes regrets prodigues à un prince dont les vertus promettaient un règne réparateur enhardirent quelques vils agents a répandre sourdement la plus odieuse, ta plus exécrable imputation, 't outes les circonstances de ta maladie du dauphin, de celle de ta dauphine, ainsi que les déclarations unanimes des médecius, re|>oussaient cette horrible idée; et tous ceux qui connaissaient le duc de Choiseul , ceux mêmes qui auraient voulu le perdre, étouffèrent de leur mépris la tentative d'un si absurde et si atroce soupçon. Les ennemis du duc de Choiseul, toujours plus irrités de l'inutilité de leurs efforts, descendirent au plus abject de tous les moyens, et l'on vit le duc d'Aiguillon, l'abbé Tcrray, contrôleur général, et le chancelier de France Maupeou, alteudre leurs succès des charmes d une courtisane, dont ta jeunesse et la ln-auté, publiquement profanées, ne lui permettaient assurément pas l'espoir d'asservir un grand monarque. Une liaison secrète n'était pas assez pour ceux qui ta destinaient à servir leur ambition ; ils lui persuadèrent facilement que c'était trop peu pour elle. Cédant à ses iinportunilés, Louis XV, malgré les instances de son ministre, malgré la 'parole qu'il lui avait donnée, fit présenter à la cour ta couilcssc du Bai jy, donnant ainsi â sa passion une publicité, un aveu, qui att staient sa faiblesse, et dégradaient, dans ses dernières années, ta dignité du trône qu'il avait jusque-là su maintenir. Fnqtpée de l'éclat qui entourait le duc do Choiseul, séduite par sa grande réputation d'amabilité, craignant peut-être aussi de «irromhrr dans la lutte où cllo se trouvait engagée

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malgré elle, il n'y eut point d'avances secrètes que madame du Barry ne fit nu ministre qu'elle était chargée de perdre, pour en obtenir la paix et une alliance, dont la première condition cuit l'exil de ses propres amis, qui. disait-elle, l'ennuyaient mortellement. Son amhitiou était de remplacer madame de l'ompadour ; elle ne demandait pas mieux que de la prendre en tout pour modèle. Le duc repoussa avec hauteur ces prcqiosilions, et jusque-la sa noble conduite ne mérite que des éloge* ; mais, sans être accusé d'une morale plus relâchée que la sienne, on pourra sans doute penser qu'il était de sou dexoir et de sa reconnaissance de ne gémir qu'en secret sur les faiblesses de son roi, surtout de sou bienfaiteur; de s'en montrer affligé, mais sans jamais se permettre des sarcasmes toujours répréhcnsibles, et, dans ce cas, criminels. Fnlin il ne devait que déjouer avec mesure et décence, quelque honteuse qu'elle pût être, la passion de celui qui, même en oubliant sa propre dignité, ne pouvait affranchir son sujet et son serviteur «les témoignages extérieurs du respect. Le duc de Choiseul, avec plus de déférence, eût peut-être encore pu persuader son souverain ; il ue lit que l'irriter, et prêter de nouvelles armes à des intrigants, dont l'influence devait être funeste au repos du roi et au bonheur de la France, n La du Uarry n'est rien par elle-même, dit madame « du Dcffant dans sa lettre 80. a Walpolc; il n'a « tenu qu'à M. de Choiseul d'en faire ce qu'il aurait « voulu. Je ne puis croire (pie «a conduite ait été u bonne, et que sa lierté ait été bien entendue. Je « crois que mesdames île licaiivnu et de Cramont « l'ont bien mal conseillé. » Madame du Deffant voyait irés-juslc en cette occasion : ta fierté du duc de Choiseul était excitée, sans cesse encouragée par ces deux dames, également distinguées par un esprit supérieur et par le plus noble caractère. Sans prétendre dicter des lois dans les appartements intérieurs du roi, elles pouvaient refuser d'y souper avec une femme si peu faite pour se trouver assise auprès d'elles; mais ce refus, déjà très- courageux, très-méritoire, devait être exprimé avec les formes qui seules pouvaient le faire excuser par le monarque, cl c'est ce qu'elles oublièrent l'une et l autrc. |.o duchesse de Gramont, sœur du ministre, axait toujours eu un grand empire sur son esprit ; elle en usa sans réserve en cette circonstance, et fut applaudie par le public mécontent, qui prenait alors parti pour les parlements attaqués par le chancelier Maupeou. La cause de ces corps antiques se confondit avec celle du ministre, et leur sort parut attaché au sien. On persuada au roi qu'il les excitait à la résistance, et un billet sans date, écrit à l'abbé Chauvclin, dans le temps de l'affaire des jésuites, conservé par le plus étrange hasard, et tombé dans les mains du chancelier, devint, aux yeux du roi, une preuve certaine de complicité avec les magistrats dont l'énergie l'effrayait. Cependant son ancienne bonté pour son ministre lutta quelque temps encore contre tous les efforts de la cabale ennemie, et ce ne fut que le 24 décembre 1770, que le roi lui adressa ta lettre qui lui annonçait en termes sévères sa disgrâce, et

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le reléguait à Chantclonp. C'est là l'époque la plus brillante de la vie entière du iliic de Choiseul ; sou départ fut un vrai triomphe, et le public, toujours sans mesure dans ses affections comme dans ses haines, chez lequel germait déjà cet esprit d'opposition, depuis cause de tant de désastres, vil une calamité nationale dans un acte d'autorité, auquel il se serait montré assez indifférent quelques années plus tôt. Pour la première fois, des courtisans encensèrent le malheur, insultèrent au parti victorieux, et se plurent à braver les nouveaux distributeurs îles grâces; une seule était universellement sollicitée avec nu courage jusque-là sans exemple, la permission d'aller ù Chantclonp. Paris et les provinces montrèrent les mêmes sentiments et les mêmes regrets. IjB portrait de l'illustre exihj fut sur toutes les tabatières, et dès que le roi, fatigué d'imporfunilés, n'eut trouvé d'autre moyen de s'y soustraire que de ne plus rien dérendre, la mute de Cliantclonp fut couverte de voitures. Ces témoignages éclatants de la bienveillance générale accrurent, comme on devait s'y attendre, la haine de ceux qui se trouvaient ainsi eu étal de guerre contre l'opinion publique. Le ministre si brillamment disgracié fut forcé de se démettre de la charge de colonel général des Suisses, qu'on ne pouvait lui ôlcr sans lui faire son procès, et il ne recul pas tous les dédommagements pécuniaires dont sa magnificence, devenue |>our lui une habitude diflicile à vaincre, lui faisait éprouver le besoin. Il y suppléa par la vente de sis tableaux et des diamants de sa femme. Durant trois années, l'heureux iluc de Choiscul vécut dans le plus beau séjour, au sein d'une société brillante et choisie, dont il faisait le charme. Les objets les plus citera à son cnw ne le quittaient point; les autres se renouvelaient sans cesse, et venaient jouir de sa gaieté, de son égalité d'humeur. Sur d'être applaudi, il était toujours aimable, et lorsqu'il allait peut-être éprouver enfin quelque refroidissement de la part de eeuv qui n'avaient fait que céder à une impulsion générale, trop vive pour être durable, Louis XV mourut. Le duc de Ciioiseul recouvra sa liberté, n'ayant été exilé que précisément le temps nécessaire pour ajouter a sa réputation, recevoir les hommages les plus flatteurs, et constater l'estime et les regrets du public. Mais si l'on est curieux d'observer la marche et les caprices de la fortune jusque dans la vie privée d'un homme qui a joué un grand rôle, ce n'est que d'après ses actions cl le résultat de ses travaux qu'on peut le juger. Ministre de la guerre après sept ans de revers, il changea l'organisation de l'armée. La révolution opérée dans la tactique par le grand Frédéric en imposait la nécessité; mais les hommes ne renoncent pas sans peine à de longues liabitudes, a de vieux préjugés. La nouvelle ordonnance du 10 décembre 17(>2 excita le mécontentement, et amena la retraite d'un grand nombre d'anciens ofliciers : ils furent remplacés par une jeunesse active et belliqueuse, qui adopta avec zèle le nouveau système, et reconnut son utilité. Le trésor royal fut, il est vrai, chargé de nombreuses pensions généreusement accordées nnx anciens serviteurs, mais ce sur-

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croit momentané de dépenses fut compensé par des économies bien entendues, et bientôt il n'y eut aucun militaire qui n'applaudit à cette réforme, sans laquelle les troupes françaises, malgré toute leur bravoure, fussent restées inférieures à celles des autres puissances. Le corps d'artillerie prit aussi en même temps une forme nouvelle ; d'excellentes écoles furent établies; des ofliciers du plus grand mérite se formèrent, et remlirent l'artillerie française le modèle et l'effroi de I Kurope. Le corps du génie reçut les mêmes encouragements, et ne se distingua pas moins. On a vu depuis, on voit encore tous les jours, ce que ces deux corps sont capables de faire, et l'on peut dire que ce sont eux qui ont soutenu les armées a l'époque où l'anarchie 1rs avait désorganisées. Les Antilles, seules possessions qui nous restassent en Amérique depuis la perte du Canada et la cession de la Louisiane, fureut l'objet d'un intérêt particulier; la Martinique fut de nouveau fortifiée, et St-Domingue porté au plus haut degré de proscrite. Enfin, lorsque les ducs de Choiseul et de Pi aslin sortirent du ministère, en 1770, les perles de la marine, en moins de sept ans, avaient été réparées ; elle comptait soixante-quatre vaisseaux de ligne d'une construction supérieure à celle des vaisseaux anglais, et cinquante frégates ou corvettes. Les magasins étaient abondamment pourvus, et l'on pouvait commencer la guerre avec avantage , si nos éternels ennemis nous y eussent encore forcés. Déjà le duc de Choiseul avait, dans sa prévoyance, semé les germes de division qui devaient bientôt enlever à l'Angleterre ses États d'Amérique. Ministre des affaires étrangères, ilesl l'auteur du pacte de famille, de ce traité qui, unissant lotis les souverains de la maison «le Bourbon, en formait un faisceau de puissance redoutable aux Anglais, et mettait a jamais à notre disposition la marine espagnole. C'est ainsi qu'unn noble et adroite politique réparait les revers de la guerre précédente, et rendait au nom français, en Kutopc, cette considération et cette influence qu'on avait crues perdues pour longtemps. Il montrait en toute occasion une fermeté qui semblait parfois audessus des moyens réels de la France, et cependant cette fermeté lui réussissait. 11 fait la conquête de la Corse sans que l'Angleterre hasarde de s'y opposer; il force sa lierté à plier, et à ne donner que des secours clandestins el inutiles. Un Anglais est surpris levant les plans de Brest ; il est jugé et puni de mort, sans que l'ambassadeur soit autorisé à le réclamer. Le gouvernement britannique forme des prétentions sur quelques possessions espagnoles ; les troupes sont aussitôt dirigées vers les cotes, et les vaisseaux en armement. Le duc de Choiseul écrivait sur cet objet une dépêche qui devait décider de la paix ou de la guerre, lorsque le duc de la Vrillière, constamment chargé de ce genre de messages, lui apporta l'ordre de son exil. Persuadé de l'importance dont était l'indépendance de la Pologne pour maintenir la balance de l'Europe, il traversa constamment les projets ambitieux de In Russie, et lui (il déclarer la guerre par <a Porte Ottomane, qu'il eût aidée avec I plus d'énergie, si le roi Ini-mèmc, intimidé par les

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ennemis du duc, sur les suites que pourrait entraîner un acte de vigueur, ne s'y fût opposé dans son conseil. Lorsque la lloitc russe, commandée par le comte Orlow, entra dans ta Méditerranée, déjà était prèle à Toulon une escadre de douze vaisseaux de ligne, qui eussent pour le moins Tait courir de grands dangers à des marins peu expérimente*, fatigués d'une longue traversée, et dont le pavillon flottait pour la première (ois loin de la Baltique. Des officiers français étaient en même temps envoyés chez les confédérés de Pologne, chez les Turcs et cliez les puissances de l'Inde, que le ministre es^rait soulever un jour contre les Anglais, en même temps que leurs colonies d'Amérique. Avec quelque sévérité que l'on veuille juger le duc de Choiseul, ce n'est pas nn homme ordinaire que celui dont le ministère offre un pareil tableau d'activité, de zèle et d'idées utiles ou glorieuses. Frédéric et Catherine se sont plaints souvent, et quelquefois avec le langage de riiumeur, de le rencontrer sans cesse au-devant de leurs projets : de pareils reproches sont un bien honorable suffrage. Ces faits sont connus; mais ce qui ne l'est pas autant, c'est que, prodigue jusqu'à l'excès de sa propre fortune, il fut économe de celle de l'État; qu'il retrancha la plus grande partie des subsides accordés à des princes qu'il sut maintenir dans leur attachement à la France sans les soudoyer, et qu\I diminua de plusieurs millions les dépenses des deux départements qui lui étaient confiés. Louis XVI, monté sur lé trône, accorda aussitôt au duc de Choiseul, avec la permission de quitter Chantcloup, celle de reparaître à la cour. 11 lui fit un accueil honorable , mais sa confiance était donnée au comte de Rlaurcpas; et, lorsque ce vieux ministre termina sa carrière, la reine tenta vainement de faire rappeler au conseil relui qui, en faisant son mariage, l'avait placée sur le trône. Le roi n'ignorait pas l'opinion qu'en avait eue son père, et l'on suppose même, avec assez de vraisemblance, qu'il en avait trouvé la preuve dans les papiers de ce prince. Le duc de Choiseul, aidé de son inépuisable gaieté, et, pour tout dire, d'un peu de légèreté naturelle, sut assez bien se consoler de n'avoir pu ressaisir le pouvoir, ou, s'il en éprouva quelque chagrin intérieur, il sut le dissimuler : et, en effet, si l'ambition n'était pas de toutes les passions la seule qui s'accroisse avec l'âge et qui ne connaisse point de bornes, comment n'aurait-il pas été satisfait de la belle et flatteuse existence qui lui était conservée? Il eut ce bon esprit, autant toutefois qu'un ministre hors de place en est capable, et son dépit secret ne pouvait guère se reconnaître qu'aux plaisanteries dont il était quelquefois trop prodigue sur le compte de ses successeurs. Le duc de Choiseul fut le ministre le plus aimé d'un souverain dont l'àme était peu aimante ; Louis XV conserva une haute opinion de ses talents, et gémit souvent en secret de (a faiblesse qui le lui avait fait éloigner. Il s'écriait, en apprenant le partage de la Pologne : « Ah I cela ne serait pas arrivé, si Choiseul « eût été encore ici. » Jamais ministre ne fit plus honneur à son souverain de ses bienfaits, ne les employa avec plus de grandeur, et ne consacra plus no-

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bleinent sa propre fortune à donner au |>ouvoir un éclat qui n'est jamais sans utilité. Son bonheur ne s'est pas démenti un seul instant, et, pour qu'il n'y manquât rien, nous l'avons vu mourir an moment où l'épuisement de sa fortune lui aurait imposé des privations pénibles ; surtout lorsque déjà s'approchait l'affreuse époque dont il eût, sans doute, été l'une des premières victimes. Il n'a pas eu la douleur de voir renverser le tronc qu'il avait soutenu, et des factieux livrer la France à toutes les fureurs de l'anarchie. Il n'a point vu périr cette srrur chérie, qui porta jusqu'à l'échafaud le courage d'un caractère habitué à tout dominer, qui étonna les juges-bourreaux lui annonçant son supplice , et qui, après s'être félicitée devant eux d'être bientôt affranchie du spectacle de leurs crimes, fut près de les toucher, en plaidant la cause du sa douce et excellente amie, la duchesse duChàtelet, en invoquant sur elle-même et sur elle seule leur rage, qu'elle m vantait d'avoir méritée ; femme extraordinaire, qu'il ' fallait liaïr quand on était bien décidé à ne pas l'aimer beaucoup; qui, privée de l'avantage par lequel on est le plus facilement séduit, était douée de toutes les qualités qui subjuguent et attacheut ; qui commençait par s'emparer de vous, bien sûre de vous (aire ensuite chérir sa domination, et qui, brusquement transportée de la paisible retraite de Remiremont à la cour, sembla, dés le premier instant, n'y être venue que pour y commander. Le duc de Choiseul n'avait aucun des avantages de la figure; il n'en eut pas moins des succès qui ne lui permirent jamais de les regretter. Sa laideur était piquante à force d'annoncer de l'esprit; sa gaieté vive cl naturelle ; ses manières frauches, ouvertes, souvent tranchantes, et soutenues de ce Ion d'autorité qui, pour ne pas déplaire, a besoin d'être accompagné de tant de grâces , mais qu'on préférera toujours à une désobligeante froideur; prompt dans ses reparties, vif et parfois emporté, craignant l'ennui, et repoussant l'imporlunilé ; mais essentiellement bon, et réparant a l'instant le tort qui lui était échappé ; jouissant du bien qu'il faisait, et mettant son amour-propre à imposer la reconnaissance. Aussi a-t-il eu, plus que personne au monde, le rare bonheur de la rencontrer, et, s'il Ut quelques ingrats, l'indignation qu'ils inspirèrent servit encore à augmenter l'enthousiasme de ses amis. Il n'eut point d'enfants avec Louise-Honorine Crozat du Chàtel, qui montra constamment pour lui la passiou la plus exclusive ; il est même permis de croire qu'elle n'éprouva , ou ne se commanda de bienveillance que pour ceux qui professaient le même culte. Née avec beaucoup d'esprit, et mariée presque enfant, elle eut le courage de prolonger son éducation, et d'acquérir des connaissances solides et variées. Elle inspira du respect aux ennemis mêmes de son mari , et Louis XV, d'accord avec le public, rendait hommago à son rare mérite, au moment où il était le plus irrité contre son ministre , et où il enveloppait toute sa famille dans la même disgrâce. Le duc de Choiseul mourut.au mois de mai 1785, avec d'immenses dettes, et ne laissant que ds faibles débris de la

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fortune tic sa femme. Celte situation, qu'il n'ignorait pas, ne Tut point un obslarle à sa générosité ; il linit aussi magnifiquement qu'il avait vécu , Taisant un testament par lequel il léguait des bienfaits excessifs à tous ceux qui I avaient servi. La duchesse , à qui ses gens d'affaires proposaient de s'en tenir a ce qu'ils appelaient ses droits , répond que c'est bien son intention d'user d'un droit auquel rien ne pourra la faire renoncer : elle prend la plume, garantit tous les dons, ajoute encore à plusieurs, s'engage à piycr toutes les dettes, et, le lendemain, on apprend qu'elle s'est retirée dans un des plus pauvres couvents de Paris, avec une seule femme pour la servir. Elle a vécu assez pour remplir, à force de privations, ses promettes; pour réclamer avec la plus périlleuse énergie son célèbre et excellent ami, l'abbé Itari.hélcmy, dans un moment où l'on ne cherchait qu'à se faire oublier, et pour iiiïrir, durant la plus liomblc anarebie, le courageux modèle de toutes les vertus, en présence de tous les crimes. Duelos donne du duc de Choiseul, dans ses Mémoire*, une idée beaucoup moins favorable que l'aspect sous lequel il vient d'être présenté. On sait que les jugements de cet écrivain sont souvent dictés par l'humeur, et par un esprit de causticité qui lui fait rechercher les occasions et le plaisir de blâmer. Il a cédé ici n une sorte d'animosité personnelle qui tenait à son attachement pour le cardinal de Bernis, envers lequel il supposait au duc de Choiseul des torts qu'il n'a jamais eus. Duclos avait bien raison d'aimer et d'honorer le cardinal de Demis, mais, pour le faire valoir, il ne fallait que le montrer : il n'était l«s nécessaire de déprimer son- successeur, et l'on peut assurer que , sous ce rapiwrt , Duclos eut été contredit et désavoué hautement par le cardinal. Par une infidélité trop commune pendant les troubles de la révolution, on a imprimé quelques fragments qui n'avaient point été écrits pour le public. Alin d'exciter la curiosité, on les a intitulés : Mêmoiret de M. te due de Choiteul , écrits par lui-même et (mprimét tout tes yeux, dans ton cabinet à Chanteloup, en 1778, Chanteloup et Paris, 1780, S vol. in-8*. Ce titre ne convenait nullement a un recueil de pièces diverses qui n'avaient pu être de quelque intérêt que pour les amis intimes du duc et de la duchesse de Choiseul. Z.

CHOISEUL, due de Praslin. Voyes Praslix.

CHOI8EUL-STAIN VILLE (Ci..\rnE-A ntoime- 0 vdiuel, duc de), né en 1762, succéda au titre et à In pairie du duc de Choiseul son oncle. ( Voy. l'art, précédent.) En 1787, il se prononça au parlement contre l'arrestation de d'Ëpréménil. D'abord colonel en second des dragons de la Rochefoucauld, il était colonel en premier du régiment de royal-dragons en 1791, lorsque Louis XVI résolut de quitter Paris, et il reçut alors du marquis de Rouillé l'ordre de se trouver avec son régiment à Pont-de-Sommcville pour protéger le roi à son passage et l'escorter; mais Il n'exécuta point cet ordre et n'arriva a Varenncs qu'nprès l'arrestation du roi. Il devait aussi, d'après ses instructions, délivrer le roi les armes a la main s il était airété, et il mit bas les armes. Le duc de

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Choisi ul fut néanmoins arrêté et mu eu prison A Verdun avec le comte Charles de Dumas. Il écrivit \ l'assemblée constituante pour la prier d'ordonner son élargissement, et déclara n'avoir point participe à la fuite du roi. Malgré cette déclaration l'assemblée le décréta d'accusation et le renvoya devant la cour d'Orléans. Transféré dans cette ville, il n'y fut point jugé, et y resta jusqu'à l'amnistie proclamée lors de l'acceptation de la constitution par le roi. Il revint alors à Paris et fut nommé chevalier d'honneur de la reine Marie-Antoinette, qu'il ne quitta

r'à l'époque de sa translation au Temple. Le duc Choiseul fut mis hors la loi, mais il parvint à se sauver avec un passe-port et un costume espagnol, et gagna l'Angleterre. Il leva dans ce pays un régiment de hussards, avec lequel il passa sur le continent pour se reunir aux émigrés. En retournant d'Allemagne en Angleterre, au mois de mais 1795, il fut fait prisonnier avec le comte Charles de Damas, qui avait déjà partagé son sort après l'arrestation du roi. Conduit dans les prisons de Dunkcrque, il parvint à en sortir, grâce aux sacrifices faits par la cour de Londn s. Peu après, ayant fait avec le gouvernement anglais une capitulation pour passer aux Indes orientales avec son régiment, il s'embarqua a Stades le 12 novembre 1793, et, le 17 du niémc mois, trois de ses vaisseaux furent jetés par la tempête sur les côtes de Calais. Une partie de son régiment périt, et il parv int avec quelques-uns de ses amis à se sauver a la nage. Enfermé dans les prisons de Calais, il fut traduit avec ses compagnons, par ordre du directoire, devant une commission militaire, et défendu par M. Morgan, qui, s'appuyant sur le droit des gens, demanda qu'il fût relâché comme naufrage. La procédure, suspendue et reprise à plusieurs intervalles, devint l'objet des délibérations de l'assemblée législative. Après de vives discussions aux cinq-cents, aux mois de janvier et d'avril 1799, il fut décidé que la traduction des naufragés devant un conseil de guerre serait maintenue, et qu'on leur appliquerait les lois des émigrés. Mais Napoléon, devenu premier consul, fit déporter Choiseul et ses conqiagnons en Hollande, comme pays neutre. L'année suivante le duc de Choiseul rentra en France. Accusé quelque temps après d'avoir pris part à une conspiration contre Napoléon, il fut arrêté, conduit au Temple et exilé pendant dix-huit mois. Revenu de nouveau en France, il sollicita vainement un emploi de Napoléon, qui cherchait alors à s'attacher les membres des anciennes familles, et refusa cependant de remployer parce qu'il avait manqué à la reconnaissance qu'il lui devait; mais apprenant que la révolution lui avait fait perdre presque toute sa fortune, il lui accorda une pension de 12,000 francs. A la restauration, Choiseul fut nommé pair de France, lieutenant général et commandant de la première légion de la garde nationale de Paris. Pendant les cent jours il sollicita de nouveau Napoléon, qui répondit au duc de Rovigo : « Ne me parlez pas de « cet homme. » La secon -le restauration lui rendit le commandement de la garde nationale qu'il avait perdu ; mais on lui refusa le cordon bleu, et dés

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Iws il se joignit à l'opposition. Il prononça cependant d'une voix émue les paroles suivantes, lors de I» présentation du testament de Marie-Antoinette à la chambre des pairs, le 28 février 1816 : « Vous « venez d'entendre la communication des sentiments « augustes qui ont toujours animé cette reine, dont « le caractère présentait l'union si parfaite de la « grâce la plus noble et du courage le plus sublime, a de cette digne épouse du plus juste et du plus • vertueux des rois : lionoré de ses bontés, j'ose le « dire, de sa confiance; désigné, peut-être, dans ses « derniers souvenirs ; n'ayant été séparé d'elle que « sur le seuil du Temple, plus qu'un autre je retrouve « dans ce précieux dépôt ces sentiments adorables « qu'elle manifestait sans cesse, cette clémence suret naturelle, ce souvenir religieux des services, ce « parfait oubli des injures; enfin, ces qualités si m rares qui confondirent ses calomniateurs et firent « le désespoir de ses bourreaux. C'est avec un senti- « ment de joie et d'orgueil pour sa mémoire que je « viens offrir a l'admiration de la France la révé- « lation de ses dernières pensées, qui complètent « l'honneur de sa noble existence. Il n'est plus per- « mis maintenant de louer celle qui est au-dessus «le «■ (otites louanges; tout doit se taire, tout doit se u recueillir dans le respect et la douleur : la reine, a du bord du tombeau, se présente à la postérité « comme le modèle des mères, des épouses et des « reines. » L'opposition de l'ancien chevalier d'honneur de Marie-Antoinette était devenue si prononcée Mit la restauration, qu'a la révolution de juillet son nom fut inscrit le 29 juillet sur la liste des membres du gouvernement provisoire, qui, comme on sait, n'exista jamais que dans les proclamations et les journaux. Le duc de Choiseul ne réclama que le 5 aorit contre l'emploi que l'on avait fait de son nom, et déclara que c'était à son insu qu'il avait été mis dans les proclamations; le même jour il envoya 500 francs pour les blessés de juillet. Courtisan empressé de la nouvelle dynastie, il fut nommé aide de camp de Louis-Philippe, gouverneur du Louvre, et devint à la chambre des pairs l'un des défenseurs les plus zélés du gouvernement de juillet. Il mourut i Paris, le 2 décembre 1838. Dans le but de se disculper des reproches qui lui avaient été adressés sur sa conduite à l'époque de l'arrestation de Louis XVI a Varcnncs, Choiseul avait publié : Relation du départ de Louit XVI, le -20 juin 171)1, extraite des mémoires inédits de ('auteur, Paris, 1822, in-8»; mais il ne réussit pas à se justifier de rur-cusation formelle portée contre lui par le comte de Douille. Ma conduite sous l'empire et la restauration n'effaça point le souvenir de cette malheureuse affaire ; et la présence du chevalier d'honneur de Marie-Antoinette à la cour de Louis-Philippe a été blâmée de tous les partis. On lui doit encore i- A messieurs Us éditeurs de la Collection de» Mémoires relatifs à la révolution française, Paris, 1823, in-8* de 4 p. , publiée au sujet de la Relation du dépari de Louis X VI; S» Histoire du procès des naufragés de Calais (extraite des mémoires de l'auteur, ihid., 1823, in-8*. ) T.-P. F.

CUOISELL-MEISE ( le marquis IferfUhLoi/u de ), né le 22 juillet 1680, de la brandie des Choiseul qui possédait le marquisat de Meuse, entra au service dans les mousquetaires dés l'année 1701, et fit cette campagne en Flandre sous le maréchal de Boufflers. Devenu colonel «lu régiment d'A génois, il le corn* manda à Ramillies, fc Oudcnardc et à Dcnain, où il fut blessé dangereusement II obtint ensuite un régiment de son nom, dont il se démit plus tard en faveur de son fils. 11 était alors devenu lieutenant général el gouverneur du Fort- Louis, puis de St-Malo. Louis XV le nomma un de ses aides de camp en 1741, et il suivit ce prince au siège de Menin, de Fribourg et de Tournay, puis aux batailles de Fontenoy et do Lawfeld en 1747. 11 quitta le service à cette époque, et mourut à Paris le 11 avril 17S4. — Son fils, le marquis Jean - BaptisU - Armand de Ciioiseul- Mei se, né en 1733, entre fort jeune au service, avait fait les guerres de sept ans en Allemagne et y avait dés lors acquis l'estime du prince de Condé, dont, plus tard, il devint le capitaine des prdes. 11 avait été fait colonel aux grenatliers de France en 1759, puis employé comme aide-major général, et ensuite gouverneur de la Martinique. Maréclial de camp en 1780, il passa en Allemagne avec le prince de Condé en 1789, l'accompagna tant qu'il eut une armée a commander, et ne revint en France qu'à l'époque de la restauration, en 1814. Ce prince avait pour lui une telle estime, qu'il se fit porter dans son logement au palais Dourbon, dès qu'il le sut malade, et qu'il lui donna des témoignages du plus touchant intérêt. Le marquis de Clioiscul-Meusc mourut à Paris, le 10 décembre 1815, sans laisser d'héritier de son nom. Il avait cultivé les lettres avec succès, et il s'occupait d'une nouvelle édition de ses poésies, (ju'il avait autrefois fait imprimer en deux vol., et <]ui manquaient depuis longtemps, lorsque la mort l'empêcha d'exécuter ce projet. On remarque parmi ces poésies une traduction libre de VAmintt du Tasse. — La comtesse Féltcité de CiioiSBUL-MEbSk, auteur d'un graud nombre de romans, est de la même famille. M— d j.

CHOISEUL LA, BAUME ( Claude -Antoiîie, comte de ) , né le 5 octobre 1733, d'une famille noble , entra au service le 5 juin 1746, et fut d'a- Imrd cornette dans le régiment de la Rochefoucauld cavalerie. Il combattit avec ce corps à l'affaire du Tidoti, défendit les frontières méridionales, et passa cornette en second dans la compagnie des chevau- Icgers de la reine , avec rang de lieutenant-colonel de cavalerie, le 1" février 1749. Choiseul la Baume s'attacha ensuite au roi de Pologne, commanda ses gardes et devint chambellan. Il obtint, le 15 juin 1753, le grade do mestre de camp de cavalerie, et, en 1755, la survivance de la lieuteuance générale du gouvernement de Champagne, qu'avait son père. Plus Uni, il suivit l'armée en Allemagne, hit fait enseigne de la compagnie des gendarmes d'Orléans le 20 novembre 1757, assista a la prise de Cassel, à la bataille de Lutzelbcrg et à celle de Minden. Sous -lieutenant de la compagnie des gendarmée écossais le 19 avril 1761, il prit part aux affaires do

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Corback , de Warbourg , de Closterramp , et , le 20 février «767, fut nommé dans la même journée mestre de camp, puis brigadier d'un régiment de dragons. Il passa en celte qualité à l'armée d'Allemagne, combattit à Filiugliauscn, à Johanncsbcrg, et, créé maréchal de camp à la suite de cette dernière affaire, il conserva ce grade jusqu'en 1781, époque à laquelle on le nomma lieutenant général. Cltoiseul la Baume adopta les princqtcs de la révolution , mais avec sagesse : par cria même, il se vil en butte a la haine du parti jacobin. Dénoncé plusieurs fuis à la tribune et dans les clubs, il fut bientôt arrêté comme suspect , traduit devant le tribunal révoluuonnairc, et envoyé a l'écliafaud, le 4 mai 1794. " Z.

CHOISETJL ( Marie-Gabriel-Florens- Acgl'ste, comte oe) , connu sous le nom de Choiteul- (Jouffier, depuis le mariage qu'il contracta, trésjeunc encore, avec l'héritière de celte famille, et par lequel il fut toujours distingué des autres membres de son illustre maison, naquit i Paris le 27 septembre 1752. 11 lit ses études au collège d'Uarcourt, sous des maîtres habiles sans doute ; mais, au su-tir du collège, il en trouva, au sein même dj sa famille, un plus habile encore, l'abbé Barthélémy, l'Iiôte aimable et le savant ami du duc de Choiseul, ancien premier ministre de Louis XV. L'esprit de l'abbé Barthélémy était aussi athénien que français. Il trouva dans l'esprit de son jeune ékHc des disjiositions analogues et extrêmement heureuses, avec un errur généreux et prompt à s'enflammer pour tout ce cpii fit la gloire des Grecs : la liberté, le |wtriotisnie, la culture des lettres et des arts, les palmes du génie, et les trophées militaires. Il n'est pas douteux que les conversations du célèbre auteur du Voyage du jeune Anaehartis n'aient eu une grande influence sur la détermination que prit alors le comte de Choiseul, et à laquelle il doit sa principale renommée. Ce fut en effet au milieu de ces doctes entretiens qu'il forma le projet d'aller visiter les antiques et célèbres contrées qui en faisaient le sujet le plus ordinaire et le plus intéressant. Ce projet fut un peu relardé par son mariage, par son entrée au service, carrière a laquelle le destinaient impérieusement son nom et l'exemple de ses aïeux, et dans laquelle il obtint le grade de colonel; et enlin par les devoirs que lui imposaient et ces nouvelles fonctions, et ce nouvel établissement, et tant de liens qui l'attachaient à la société. Mais bientôt affranchi de ces devoirs et tle ces convenances, il s'arracha à toutes les séductions de Paris, ctà l'aurait de celle société si brillante, si bien cltoisie, composée des hommes les plus distingués dans le grand monde, des femmes les plus aimables et les plus spirituelles, des gens de lettres et des savants les plus renommés, société où il avait lui-même tant de succès, sacriliant ainsi, ajournant du moins toutes les faveurs que l'ambition et la fortune promettaient à son nom illustre et & son mérite icel. Ce fut au mois de mars 1776, et à l'âge de vingt-quatre ans, qu'il s'emltarqua sur l'Âtalante, commandée par le marquis de Cliabert, membre de l'a adémie des sciences, homme digne de l'écouter,

de l'entendre et de le seconder, et pour lequel il conserva toujours une vive reconnaissance et una douce affection. Arrivé au but de son voyage, Choiseul se livre avec ardeur a de savantes investigations. Il parcourt la Grèce et l'Asie Mineure, en étudie les peuples, les mœurs, les institutions, décrit tous les monuments qui subsistent encore, tache de reconstruire et de faire connaître ceux qui ont été détruits, et fait ainsi revivre, autant qu'il est en lui, tout ce qui illustra, tout ce qui décora ce sol classique des beaux-arts et des grands hommes. Il appuie ses observations sur celles des anciens (mêles, des historiens, des géographes, des voyageurs : Homère, Hcrodutc, Pausanias, Slrabon, Plutarquc, Pomponius Mêla, et autres célèbres écrivains de l'antiquité et «les temps modernes. Il interprète leurs divers passages, explique leurs divers sentiments, les éclaircit par l'inspection des lieux, concilie, adopte ou réfute leurs opinions, avec une critique éclairée et judicieuse. Après avoir voyagé en savant, en homme de goût, en observateur et en philosophe, il revint eu France où il fit imprimer le fruit de ses recherches et de ses travaux dans un magnifique volume où il représenta doublement les objets qui l'avaient si vivement frappé, les peignant à l'esprit par le talent de la parole et aux yeux par les arts du dessin et de la gravure. Ce fut le premier exemple de ces voyages pittoresques, où le luxe des arts vient se joindre à l'intérêt des récits et des descriptions, les décore et les embellit, leur donne de la vie, les rend plus sensibles, et les imprime mieux dans l'intelligence et la mémoire. L'ouvrage de l'abbé de Si-Non ne fut terminé qu'en 1786; celui de Choiseul intitulé: Voyage pittoresque de la Grice, parut dès 1782, in-fol. Célèbre même avant d'être imprimé, et connu par quelques fragments qui avaient été communiqués a plusieurs membres de l'académie des inscriptions et belles-lettres, trois ans avant sa publication, il ouvrit à son auteur les portes de cette académie. De CIkmseul y succéda en 1779 au savant Foncemagne. L'Académie française attendit des preuves publiques et des litres dont le public fût juge comme elle. Ce ne fut qu'en 1781, deux ans après la publication du Voyage pittoresque, qu'elle l'admit au nombre de ses membres. Un singulier incident suivit cette nomination ; il parait que les membres de l'académie des inscriptions avaient alors pris l'engagement de ne jamais solliciter d'être admis à l'Académie française. Du Choiseul, qui pouvait très-bien avoir été nommé sans avoir sollicité, fut accusé par un de ses confrères, Anquctil -Dupcrron, d'avoir manqué à ses engagements, et menacé d'être cité devant le tribunal des maréchaux de France pour cette infraction à sa parole. Singulière juridiction pour un débat académique I Cependant le très-est imabte, mais un peu bizarre membre de l'académie des inscriptions n'accomplit pas sa menace ; il se contenta de murmurer et de témoigner de l'humeur. Jamais séance ù l'Académie française ne fut plus brillante que celle de la réception de Choiseul. Il y succédait a d'Alembert. Son discours, plein d'urbanité et d'éléennre, eut beaucoup de succès; on applaudit surtout

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a h manière noble et pleine de délicatesse dont le récipiendaire parla de la naissance de son prédécesseur, et sut tirer, d'une origine Oélrîe par les lois il les mœurs, un motif d'intérêt pour d'Alenibert. Il trouva dans ce sujet si délicat, et où il était si facile de blesser les convenances, un mouvement de sensibilité et d'une douce et touchante éloquence. Ce fut dans cette mémorable séance que de Choiseul reçut un hommage d'autant plus flatteur qu'il lui était accorde par un poète aimable dont il fut toujours l'ami, et qu'il était le tribut de l'amitié exprimé en beaux vers. L'abbé Delille, toujours habile a saisir îles a-propos pleins de délicatesse, lut un fragment «le son poème de ["Imagination, qui n'était encore qu'ébauché et qui ne fut publié que vinul ans plus tard. La Grèce, qui entrait si naturellement dans un poème sur l'imagination, élait le sujet de ce fragment ; le poète évoque, par une heureuse allusion que lui inspire la circonstance présente , le génie cj»loré de celte antique et célèbre contrée qui distingue parmi la foule des voyageurs un jeune amant desarlt, lui recommande la gloire de ses monuments cl de tous ses brillants souvenirs, et, par une ingénieuse prophétie, lui promet pour récompense la palme académique dans une nouvelle Athènes :

H.'ite-toi, rends la vie a leur gloire éclipsée; Pour prix de tes travaux, dans un nouveau ljcéc, Un jour je te promets la couronne des arts. Il dit ; et, dans le fond de leurs tombeaux épars, Dos Platon, des Solon, les ombres l'entendirent ; Du jeune voyageur tous les sens tressaillirent.

Il part : les arts reconnaissants marchent à sa suite daiu la contrée qui fut leur berceau ; ils secondent sa parole éloquente dans la composition du Voyage pittoresque;

El belle encor, malgré les Injures de l'âge; Arec ses monuments, ses héros et ses dieux, La Grèce reparaît tout enUère 2t ses yeux.

Dans le cours de la même année { 1784 ) , Louis XVI nomma de Choiscul son ambassadeur à Constantinople. Cette mission importante lui donna l'occasion de revoir la Grèce, objet de son intérêt et de ses affections avant de l'avoir visitée et décrile, et que les succès dont cette contrée avait été pour lui la source lui rendaient plus chère encore. Il la parcourut avec des moyens plus puissants de la connaître, de l'explorer, et de compléter, en le perfectionnant, son Voyage pittoresque. Il emmena avec lui des artistes, des savants, et un brillant poète, l'ablié Delille, qui l'avait si bien célébré et dont il fut heureux de se faire accompigner. On ne pouvait avoir, en effet, un plusaimablc compagnon de voyage, et rien n'était plus agréabte que d'entendre ces deux hommes si spirituels, tant d'années après tc voyage, s'en entretenir, parler de leur séjour à Constanlinople, de la douceur de leur commerce, de leur gaieté et du bon goût de leur amusement : c'est un plaisir dont a souvent joui l'auteur de cet article. Mais quelque graves et quelque sérieux que fussent les travaux et les explorations du comte de Choiscul

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dans la Grèce, dans la Troade et l'Asie Mineure, il avait des devoirs plus graves encore a remplir et «les occultations plus sérieuses. Louis XVI , en le nommant son ambassadeur à Constantinople, lui avait conlié d'importantes négociations : « Combien « n'eus-jc pas lieu, dit de Choiscul, d'être frappé « de son zcle pour les sciences, de la rectitude de « son jugement et de celte instruction solide qui cftt « honoré un simple particulier (1) ! Seul de tous les « rois, sur le premier tronc du monde, non-seule- « ment il n'eut pas un flatteur, mais il n'obtint pas; « même la plus stricte justice. » Les instructions de) Louis XVI avaient particulièrement pour but d'assurer dans le divan l'ascendant de la France, de se servir de cet ascendant pour faire revivre et refleurir notre commerce dans les Échelles du Levant, et d'augmenter ainsi la prospérité de la France, et particulièrement de Marseille, de la Provence et du Languedoc. L'ambassadeur de Louis XVI «levait protéger tous les sujets du roi très-chrétien, et étendre même cette protection à tous les membres de la chrétienté. De Choiscul accomplit avec beaucoup d'ardeur et d'habileté toutes les intentions du monarque bienfaisant. Les missions d'humanité furent celles qu'il remplit avec le plus de lèlc. Le premier peut-être, il apprit aux Turcs à respecter le droit des gens. Ainsi, lorsque la guerre eut éclaté cnlrc la Porte et la Russie, il parvint à feire sortir l'ambassadeur de celle dernière puissance du château des Sept-Tours, où il élait renfermé selon le code barbare des Ottomans à l'égard des représentants des souverains avec lesquels ils sont en guerre; il le lit embarquer sur une frégate française qui le transporta à Trieste. Il fut encore plus heureux à l'égard de l'internonce d'Autriche; il prévint son emprisonnement lorsque celte puissance se fut déclarée contre la Porte et en faveur de la Russie, et il le Ht embarquer avec toute sa famille sur deux navires français qui le conduisirent dans un des ports de la domination autrichienne. Non moins généreux envers les plus obscurs particuliers et les simples soldats, victimes des malheurs et des vicissitudes de la guerre, il parvint à procurer de grands adoucissements au sort rigoureux des prisonniers russes et autrichiens détenus dans le bagne de Constantinople, leur fit soigneusement distribuer tous les secours envoyés pir leurs gouvernements et par leurs familles, y ajouta quelquefois ses dons particuliers, racheta à ses fiais quelques-uns d'entre eux, notamment un jeune oflicicr tombé dans les mains d'un maître impitoyable, et qui, dans les rigueurs de la plus dure captivité, semblait n'être sensible qu'à la douleur d'un vieux père et d'une tendre mère lorsqu'ils apprendraient le sort cruel de leur fils. Protecteur humain et généreux envers les ennemis do la Sublime Porte, il était en même temps négociateur habile auprès de cette puissance, amie de la France ; il n'oubliait pas qu'il avait la mission particulière

(I) On sait que Louis XVI avait rédigé de longues instruction* pour l'expédition de la Perouse; le maunsmi original est de sa

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de resserrer ces liens d'amitié dans l'intérêt de notre commerce, de nos relations politiques. Sachant qu'un allié n'est utile que lorsqu'il est puissant, il tâcha de ranimer ce vieux corps engourdi, de lut redonner quelque vigueur par l'emploi de ses ressources, et d'augmenter ces ressources par la civilisation. C'est peut-être à Choiseul que furent duos les premières idées de réforme dans l'empire ottoman. Des officiers du génie, de l'artillerie, Je l'ctat-major de l'armée française Turent appelés à Cnnslantinople par ses conseils. Les places furies lurent réparées et mises en étal de défense, et un superbe vaisseau de ligne de soixante-quatorze canons fut construit dans les chantiers de Cnnslantinople, par un ingénieur français, suivant toutes les règles d'un art récemment perfectionné et totalement inconnu aux Ottomans. L'amour des lettres et des sciences ne l'abandonnait point au milieu de ces soins si multipliés. Il fit établir, dans le palais de France à Constantinople, un observatoire cl une imprimerie. Cette imprimerie lui Tut très-mile dans une occasion délicate et difficile où il rentrasse une sorte de dénonciation diplomatique avec Ix-aueoup d'habileté et d'adresse. Des ministres éliangers, contrariés dans leurs vues politiques par l'influence qu'acquérait sur le divan l'ambassadeur français, par son habileté et par les services réels qu'il s'efforçait de rendre à la puissance ottomane, crurent avoir trouvé dans le Voyage pittoresque de la Grèee un moyen sûr de détruire cette influence. Dans cet ouvrage, de Choiseul célèbre avec enthousiasme l'ancienne gloire de la Grèce, celte gloire fondée sur la liberté; il gémit sur l'oppression et 1rs fers des descendants de Léonidas, de Milliade, d'l?p;iminondu» cl des héros de Marathon, des Thermopylcs, de Salamine, dont il évoque eloquemment les ombres ; il appelle de ses vœux un vengeur qui brise ces fers en affranchissant la Grèce : Exorinre nliquit! Il était facile de faire auprès du Grand Seigneur un crime de ces pages généreuses. Il les eût sans doute toujours ignorées, car un sultan ne lit guère; mais ou les mit perfidement sous ses yeux. Instruit do cette manœuvre, de Choiseul fit faire aussitôt dans son imprimerie un carton à son ouvrage, et substitua à ces pages, qui pouvaient passer pour séditieuses à Constantinople, des pages fort innocentes. Cette version lut regardée comme la sienne, l'autre eoinme celle de ses ennemis; et son créait fut maintenu. Si Virgile a permis la ruse sur le champ de bataille, dolut an m lus, a plus forte raison doitelle être permise dans la diplomatie, surtout {tour repousser un procédé peu loyal. Mais la révolution française vint susciter a de Choiseul des embarras bien plus inextricables, il n'eut pas du moins celui du choix dans le parti qu'il avait à prendre, et, ^^n8 hésiter, il demeura fidèle au prince vertueux et malheureux qu'il représentait auprès de Sa Hautesse. Plus lard, il correspondit avec les frères prosnits de l'infortuné monarque, et sa coiTCspondance fut saisie dans la retraite de Champagne en 1792. I.e 22 novembre de la même année, de Choiseul fut décrété d'accusation. Peu disposé à venir en

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Fiance subir les suites d'un pareil décret, il se retira eu Russie, où l'avait dès longtemps précédé sa réputation d'homme d'esprit, d'écrivain distingué, de voyageur éclairé et de négociaient- habile. C'étaient d'heureux titres, et de puissantes recommandations auprès de l'impératrice Catherine II, qui l'accueillit avec grâce, et lui accorda une généreuse protection. La faveur dont il jouissait a la cour de Russie s'accrut encore sous le règne de Paul I", qui le nomma sou conseiller intime et directeur de l'académie des arts et de toutes les bibliothèques impériales. Mais à la cour tout est mobile, surtout sous un prince tel que Paul I", naturellement généreux, mais inconstant cl capricieux. Quelques nuages obscurcirent donc ces jours de faveur, et de Choiseul se tint éloigné de la cour. Mats l'empereur l'y rappelu bientôt; d'aussi loin qu'il l'aperçut, il lui lit signe d'approcher, et, lui tendant la main, il lui dit avec l'accent de la bienveillance : « Monsieur le « comte, il est des jours d'orage, des temps uébu- « leux, où il pleut des malentendus ; il en est tombé « sur nous; mais comme nous sommes gens d'es- « prit, nous l'avons secoué (en disant un geste de « l'épaule), et nous n'en sommes que mieux ensem- « blc. » Mais toutes les fatcurs d'un monarque étranger n'effarent point dans le arur d'un Français le souvenir de sa patrie. De Choiseul revint en France dès que les lois barbares contre l'émigration furent révoquées. Il y rentra en 1802, après une absence de prés de vingt années, dépouillé de sa fortune, des dignités qui, si elles n'étaient plus l'apanage du nom et de la naissance, auraient pu être la récompense de ses services. Il s'y renferma dans un petit cerrlc d'amis et dans une retraite studieuse. Au milieu de ses travaux politiques, pendant sou ambassade à Constantinople, il n'avait point négligé ses travaux scientifl<|ues cl littéraires. 11 avait parcouru lui-même de nouveau plusieurs parties de la Grèce, de l'Asie Mineure, et particulièrement de la Troade. Il avait envoyé à grands frais des savants et des artistes explorer les lieux qu'il n'avait pu voir de ses propres yeux. Il s'occupa de rassembler ces riches matériaux et de compléter son bel ouvrage sur la Grèce. Mais, |>cndant sa longue absence, quelques ouvrages sur les mêmes contrées et les mêmes objets avaient été publiés, et composés avec des recherches et des observations que de Choiseul croyait à bon droit lui appartenir, puisqu'elle avaient été faites par ses ordres et par sa munilicenec. [Voyez Cassas.) C'est ainsi que la fraîcheur de ces objets, la primeur pour ainsi dire de son ouvrage, et l'intérêt qui riait de ces avantages, lui étaient enlevés; il en fut sensiblement affeclé, mais il n'en fut point découragé; il travailla avec beaucoup d'ardeur à rassembler, a disposer, à classer toutes ses recherches dans lesquelles tant d'années écoulées, de longs voyages et toutes les vicissitudes de sa vie avaient dû mettre quelque confusion et quelque désordre. Ce travail fut long : de Choiseul, très-difficile pour lui-même, n'était jamais content de ce qu'il avait fait, quelque satisfaisant que cela fût aux yeux des autres; et il détruisait souvent des

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feuilles entières imprimées, pour les élaborer de nouveau et les perfectionner. L'impression d'un si grand et si magnilique ouvrage avec toutes ces reformes a dû lui coûter dis sommes considérables. Ce ne fut que sept ans après sa rentrée en France, en 1809, qu'il publia la lr' partie de son 2' volume; la dernière partie n'a été publiée qu'après sa mort, telle qu'on l'a trouvée dans son manuscrit, tout disposé à être prochainement imprimé, à quelques additions prés, ou transitions et liaisons de quelques parties qu'on doit à deux savants éditeurs, Uarbic «lu Bocage et Lctronne. Ce 2e volume a moins d'éclat et d'imagination dans le style, moins de luxe et de magnilicence dans les ornements et les gravures, mais plus de science positive et d'instruction réelle. L'auteur s'y montre moins coloriste, moins |K.'intrc, moins poëte, mais plus érudit, observateur encore plus exact, philosophe encore plus éclairé; on sent que l'étude, l'âge, l'expérience et les malheurs ont donné plus de gravité à ses pensées, plus de solidité a ses réflexions, et, en dissipant peutêtre quelques généreuses illusions, plus de sérieux et de maturité à ses vues morales et philosophiques. C'est dans ce 2* volume que de Choiseul parcourt, un Homère a la main, la Troade et tous les lieux qu'ont rendus immortels les chants de V Iliade; qu'il promène son lecteur sur les bords du Simois e t du Soamandrc, lui fait connaître les champs de comliat où se rencontrèrent les héros grecs et troyens, et retrouve, après tant de siècles, les tombeaux oïi furent déposés les restes des plus illustres d'entre eux. Un voyageur habile et spirituel comme l'auteur du Vmjagt pitlon$que en Grèce, Michaud l'ainé, de l'Académie française, a parcouru avec le même guide, le chantre de VIliadt, les mêmes lieux, et fait les mêmes études et les mêmes recherches. Souvent il confirme la vérité des découvertes de son devancier, et applaudit à ses conjectures ingénieuses : de Choiseul eût sans doute été flatté d'un pareil suffrage. Quelquefois aussi il le contredit, et fait lui-même sur des motifs assez plausibles des conjectures différentes ; mais cette contradiction est si p die et si pleine d'égards, qu'elle n'eût pu déplaire a de Choiseul, modèle lui-même d'urbanité et de politesse dans ses écrits et dans ses discours. Ce sont deux écrivains de bon goût, faits pour se pat 1er, s'entendre, s'accorder ou se contredire avec grâce. On lit dans ce 2* volume, à l'occasion des caravansérails et de l'hospitalité si religieusement exercée par les Arabes et les Turcs, et en général par les peuples orientaux, une longue dissertation, dans laquelle de Choiseul, remontant aux temps bibliques et homériques, trarc un tableau de mœurs plein de gravité et d'intérêt. C'est une histoire complète de l'hospitalité que toutes les traditions sacrées et profanes, historiques et mythologiques, nous représentent si noblement pratiquée dans les premier* âges du monde, par les patriarches, les demi-dieux, les héros, les rois et les peuples, et si naturelle dans les climats de l'Orient où elle est née, que rien n'a pu en faire |ierdre les touchantes Itabitudcs : ni la >uccessioD des siècles, ni les révolutions des empi-

res, ni la différence des religions et des moeurs, ni la civilisation et la barbarie se succédant tour à tour dans ces contr ée*. De Choiseul la suit et la célébra dans fous ses ;lges, dans toutes ses |iériodcs et dans tous ses bienfaits. C'est un brillant épisode, et un des plus Curieux morceaux de son second volume. La critique pourrait le trouver long pour un épisodo qui n'est qu'assez faiblement rattaché au sujet. De Choiseul prévoit et prévient cette objection ; il avoue la I mie littéraire et l'excuse noblement par un sentiment moral, celui de la reconnaissance. Exilé et proscrit, il avait senti le prix et éprouvé les bienfaits de l'hoqiilalité. Un grand nombre de ses compatriotes, infortunés comme lui, avaient aussi trouvé des hôtes compatissants et généreux. « Ce ne seront « pas eux, du moins, dit de Choiseul, qui me re— « procheront, lorsque je n'avais annoncé que do « simples notions sur la piété musulmane envers « les voyageurs, de m'êlre laissé entraîner à rappe- « 1er d'autres bienfaits de l'hospitalité; celui qui en « éprouva si longtemps l'heureuse influence n'est- il « pas excusable de s'être oublié dans un pareil su- « jet, de ne le quitter même qu'à regret? > De pareilles digressions varient d'ailleurs agréablement des tableaux historiques et descriptifs. A celle variété de sujets, de Choiseul joint la variété des tons. Ainsi, aux considérations graves et en quelque sorte religieuses dont nous venons de parler, succèdent des récits vifs, brillants et légers, comme celui rie la moisson des roses |«r ces jeunes Grecques qui arrivent se tenant par la nrain, dansent au son d'une musette, et jettent leurs moissons de fleurs sur des chariots auxquels sont attelés de lourds buffles ait pas lent, à l'épaisse encolure, qui traînent avec gravité ces gerbes légères et odorantes. Plus loin, ce sont des conversations gaies et spirituelles : telle est celle qu'il a avec l'aga, llassan-Tschen Oglou, dont nous ne rapporterons qu'un irait. Leur entretien est d'abord très-grave et très-sérieux; tout è coup l'aga est pris d'un rire inextinguible ; de Choiseul regarde autour de lui et voit un fou qui fait des grimaces, des contorsions, des extravagances. Le vieux aga semblait prendre un plaisir extrême à ce Spectacle, a 11 me demanda, dit de Choiseul, si les rois a en Europe avaient des fous dans leurs palais. Ils « en avaient autrefois, lui répond is-je, mais ils n'en « ont plus aujourd'hui, et, à cet égard, ils s'aban- « donnent avec conllonce aux hasards de la société. » A cette première partie du second volume qu'il avait publiée lui-même, et 4 la seconde partie qu'il avait à |>eu près terminée, l'auteur voulait joindre un troisième volume pour lequel il rassemblait et mettait en ordre d'intéressants matériaux; mais une mort prématurée ne lui permit pas de donner ce complément a ce bel ouvrage. Un grand et important événement avait comblé de joie ses dernières années : les princes auxquels il était resté si fidèle avaient élé rétablis sur le tronc : sa fidélité et ses services reçurent leur récompense : de Choiseul fut nommé pair de France, ministre d'Etat, membre du conseil privé. Dès la réorganisation de l'Institut par Napoléon, il était entré dan« la classe qui repré-

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sentait l'ancienne académie des inscriptions et belleslettres* Il reprit en 1810 sa place à l'Académie française, et douna des preuves de son esprit actif et laborieux dans les diverses fonctions et dignités dont il fut revêtu. Pair de France, il prononça à la tribune de la chambre dont il était membre plusieurs discoure toujours empreints de ses sentiments généreux et de ses doctrines lidèles. Membre de l'a'-ailéiuic des inscriptions et belles-lettres, il lut au sein de celte compagnie tin Mémoire sur l'Hippodrome d'Olympie, des Recherches sur l'origine du Jlotphore de Thrace et la catatlrophe qui le forma, et, dans une réunion des quatre académies, un Mémoire iur Homère, où il réfute les paradoxes de quelques savants qui ont attaqué jusqu'à l'existence du prince des |>oélcs. Ccslravaux, par la nature des sujets, auraient pu entrer dans son grand ouvrage sur la Grèce; mais, par esprit de confraternité, il aima mieux les associer a ceux de ses collègues, et les placer dans le recueil de l'académie des inscriptions. 11 Ht publier a ses frais l'ouvrage de Lydus sur les Magistral» de la république romaine, manuscrit grec qu'il avait rapporté de ses voyages en Grèce, et qu'il avait obtenu de l'amitié du prince grec Constantin Morusi. Cette édition, retardée par la mort d'Ansse de Villoison, l'un des savants que de Cboiscul avait amenés en Grèce, et qu'il avait chargé de ce travail, a paru eu 1812, in-80 en in-4°, avec une interprétation latine de M . Fuss, et une savante et intéressante préface de M. Hase, écrite pareillement en latin. On voit au Musée plusieurs antiquités grecques qu'il avait recueillies dans ses voyages; il en avait rassemblé d'autres dans un magnifique édilice qu'il faisait construire à l'extrémité des Champs Elysée*. Là s'élevait un temple fait sur le modèle de celui qui, dans Athènes, était consacré à Thésée, orné des superbes cariatides du • temple de Minerve. Les amateure des arts virent avec douleur ces ouvrages interrompus par la mort de Clvoiseul : Pendent opéra interrupla, minœque murorum ingénia. Bientôt ce monument inachevé fut vendu à quelques industriels, et tout a disparu : (liant penerc ruina.' De Cboiseul partageait son temps entre ces occupations savantes et l'cxécuiiou de ces plans et de ces dessins magniliques; il faut y joindre les moments donnés à une société choisie et ù un petit cercle d'amis, et ce serait mal le faire connaître, que de ne pas parler de l'agrément de son commerce. De Choiseul avait beaucoup voyagé; il avait connu un grand nombre de personnes les plus éminentes par leur rang et leurs dignités, les plus distinguées par leurs talents cl leur esprit; il avait beaucoup vu, beaucoup observé ; il cmbcllissait peut s ti c quelquefois ce qu'il avait vu et observé, et il en résultait une conversation pleine d'intérêt et d'agrément. Une douce sympathie de qualités aimables lui fit épouser en secondes noces madame la princesse Hélène de Dauffrcmont. Cette union fit le charme de ses dernières années. Il était parti avec clic pour les eaux d'Aix-la-Chapelle, ou il espérait rétablir une santé naturellement robuste, mais sur laquelle un accident grave avait donne des

inquiétudes. Ce fut au milieu des tendres soins qu'elle lui prodiguait, qu'il fut enlevé par une seconde attaque d\qwplcxic, le 20 juin 1817, âgé de G4 ans. De Choiscul-Gouflicr avait demandé luimême à temps les secoure de la religion, et il mourut, dit un de ses panégyristes, Dacicr, son confrère a l'académie des inscriptions, « fidèle à sou Dieu comme à son roi. > F — z.

CHOISNIN (Jean), secrétaire de Henri III, toi de Pologne, né à Chalellerault, dans les premières aunées du 10* siècle, fut employé jeune encore dans la maison de ce prince, alors duc d'Anjou. Choisi par la reine mère pour seconder Jean de Montluc, évèque de Valence, qu'elle envoya en Pologne avec la mission d'inlluenccr le choix de la diète en faveur de Henri, et de déterminer son élection, Choisnin pi é|iara les voies à l'ambassadeur, en faisant le voyage de Pologne avant lui, et lors même qu'il restait encore un souille de vie au roi Sigismond-Augustc. L'esprit délié du négociateur triompha des premiers obstacles. La réputation de Montluc, qui avait déjà réussi dans treize ambassades, et l'habileté encore plus remarquable qu'il déploya en celte circonstance, achevèrent l'ouvrage commencé, et le duc d'Anjou l'emporta sur ses compétiteurs. Choisnin a laissé un ouv rage fort curieux contenant les détails de cette élection, intitulé : Discours au vray de tout ce qui s'est faict et passé pour l'entière négociation de l'élection du roxj de Pologne, Paris, Chesneau, 1574, in 8°. Dreux du I'adicr (Bibl. hist. et erit. du Poitou, t. 2, p. 398 et suivantes) en a donné un extrait étendu. « L'auteur se fait lire avec plaisir, malgré a les changements qu'a éprouvés notre langue. La « justesse du raisonnement y est jointe aux agré- « mcnls et à la variété des matières. Le négociateur « s'exprime toujours avec clarté, et pense toujours « avec noblesse. » On ne sait sur quelle autorité la Monnoic s'est fondé lorsqu'il assure que le Ihscours est de Jean de Monlluc. (Bibliothèque française de la Croix du Maine, t. 1er, p. 477, note.) Il est évidemment dans l'erreur, puisqu'une, partie de l'ouvrage contient des faits purement relatifs à Choisnin. 11 est probable que l'évéque de Valence aura fourni des matériaux à son secrétaire (1) ; mais la se sera bornée sa coopération. Choisnin fut encore emploi é dans d'autres négociations, et même dans les bureaux du ministère, puisque la Bibliothèque historique de la France cite comme un travail émané de lui le Procès-verbal du récolement général fait des terres du pays reconquis, 1584, manuscrit in-fol. qui se trouvait dans la bibliothèque de M. le Pelletier (2), le ministre. Dreux du Radier ne fait pas connaître la date de la mort de Choisnin. Il y a lieu de croire qu'il parvint à un Age avancé, car Langlois de Belleslat, en lui dédiant le sixième de ses cinquante-quatre tableaux hiéroglyphiques en vers, dit ;

Mais votre esprit qui ne décroît

En sa faveur toujours parolt. L— M— x.

(il Davcriler donne .« Chaisnin le litre ie secreuire de lYifyue de VjIcikc.

(t) UmOèim kistorlene de France, in-fol-, l. t, p. SU, D. 27.8Î7.

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CHO!S\ iFnAKÇOis-TiuoLÉox de), né à Paris, le 16 août 1G44, fut destine de lionne heure à l'état ecclésiastique. Sa mère, dont il était adoré, se plaisait à lui faire porter des habits de femme, et sa figure, qui finit fort jolie, se prétait sans peine à ce travestissement. Il abusa, auprès de plusieurs femmes, de Terreur où il les jetait et de la sécurité qu'il leur inspirait. Le récit de ces aventures est consigné dans Y Histoire de madame la comtesse des Barres, nom qu'il avait pris pour compléter son déguisement. Cet ouvrage, publié pour la première fois, Anvers, 1753, in-12, lui est généralement attribué. On l'a réimprimé, Bruxelles, 1736, in-12; Paris, 1807, in -18. Désirant effacer le souvenir d'une telle conduite, il partit pour Rome comme conclaviste du cardinal de Bouillon, et contribua à l'élection du pape Innocent XI. A peine revenu en France, il fut attaqué d'nne maladie dangereuse >|ui opéra sa conversion ; le premier usage qu'il lit de sa santé fut de publier Quatre Dialogues sur l'immortalité de l'âme, la Providence, l'existence de Dieu et la religion, Paris, 168-1, in-12; réimp., Paris, 1761; ibid., 1768, in-12. Ils sont le résultat des conférences qu'il avait eues avec l'abbé Dangeau, son ami. L'ouvrage eut l>eaucoup de succès. Exécutant le précepte de l'Évangile : « Quand vous serez converti, songez à « convertir vos frères, » il demanda et obtint de faire partie de l'ambassade qu'on envoyait au roi de Siam pour le faire chrétien. Ce monarque resta dans sa religion ; mais l'abbé de Choisy, qui n'était encore que tonsuré, se fit conférer la prêtrise en quatre jours à Siam, et dit sa première messe sur le vaisseau qui le ramenait en France. A son retour, il publia une relation de son voyage, sous ce titre : Journal du voyage de Siam, fait en 1685 et 1686, par M. L. D. C, Paris, 1687, in-4°, édit. anonyme; Paris (Trévoux), 1741, in-12. Celte relation, qui n'est ni instructive, ni intéressante même par son objet, se fait encore lire avec quelque plaisir, parce qu'elle est écrite d'un style facile, agréable, et, pour ainsi dire, de causerie, qui rend le lecteur présent à tout ce que l'auteur raconte. Comme il avait obtenu du roi de Siam quelques présents pour le cardinal de bouillon, son ancien bienfaiteur, cette marque d'attachement pour un prélat alors disgracié le fit disgracier lui-même. Alin de se remettre en faveur, il donna une Histoire de la vie de David, in-4*, fig., et une Vie de Salomon, in-12, la première accompagnée d'une paraphrase des psaumes ; elles n'étaient l'une cl l'autre qu'un panégyrique de Louis XIV, sous le nom des deux rois d'Israël. Il écrivit ensuite les histoires de St. Louis, de Philippe de Valois, de Jean, de Charles V et de Charles VI, qui, publiées d'abord séparément, in-4D, ont été réunies sous ce titre : Histoire de France sous les règnes de St. Louis, de Philippe de Valois, du roi Jean, etc., Paris, 1750, 4 vol. in-12. Elles ne sont pas fort exactes, mais elles plaisent par le naturel, l'aisance et le mouvement du style. Le duc de Bourgogne avait demandé à l'auteur comment il s'y prendrait poar dire que Charles VI était fou; il avait répondu : « Monseigneur, je dirai qu'il était fou. » A ces histoires suc-

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céda la traduction de limitation de Jésus-Christ, in-12, Paris, 1692. On a prétendu que la 1™ édition en était dédiée à madame de Maintenon, et qu'une estampe, représentant cette dame aux pieds de la croix, portait pour inscription ce verset d'un psaume : Audi, filia, et vide, et inclina aurem tuam, et obtiviscere domum palris lui, et emeupiscet rex decorem tuum. S'il faut en croire un bibliographe instruit, l'inscription ne présentait que le commencement du verset, et ce sont les mauvais plaisants du temps qui l'ont achevé. (Voy. le Dictionnaire des ouvrages anonymes, t. 1w, p. 391.) Désormais voué aux ouvrages pieux, l'abbé de Choisy donna, en 1706, la fie de madame de Miramion , sa proche parente (1 vol. in-12), et, quelque temps après, un volume d'Histoires de piété et de morale, tirées de l'Écriture sainte et des auteurs profanes, Paris, 1711 ; ibid., 1718, in-12, et une Histoire de l'Église, Paris, 1727,11 vol. in-4°, ou 11 vol. in-12, qu'il avait, disait-il, entreprise à la sollicitation de Bossuet, pour les personuespeu instruitesà qui celle de l'abbé Fleury ne pourrait pasconvcnir. Il en existe une édition sous le titre de Recueil d'histoires, etc., Paris, 1729, in-12. L'n homme d'esprit, comparant ces deux histoires, disait, en jouant sur les mots, a que la premièreélait un ouvrage fleuri, « et l'autre un ouvrage choisi. » On raconte que, lorsque l'abbé Choisy eut fini son dernier volume, il s'écria : « Grâce à Dieu, j'ai achevé Y Histoire de « l'Église ; je vais présentement me mettre à l'élu- « dier. » On lui attribue en outre : 1° le Prince de Kouchimen, histoire tartare, et don Alvar del Sol, histoire napolitaine, Paris, 1710, in-12 ; 2" la Nouvelle Aslrée, ibid., 1713, in-12 ; réimprimée dans la Bibliothèque de campagne (la Haye et Genève), 1749,18 vol. in-12, et qui est un bon abrégé de YAstrée ; 3° l'Apologie du cardinal de Bouillon, Cologne (Amsterdam), 1786, in-12; mais, selon Barbier, ce dernier ouvrage est de l'abbé d'Anfrevillc. L'abbé de Choisy mourut à Paris, le 20 octobre 1721, à l'âge de 80 ans, doyen de l'Académie française. Un recueil intitulé : Opuscules sur la langue française, par divers académiciens, publié par l'abbé d'Olivet, Paris, 1754, in-12, contient un journal où il avait consigné les discussions et décisions grammaticales d'un bureau de l'Académie, dont il était le secrétaire. On n'imprima qu'après sa mort ses Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, 5» édition, TJtrecht , 4727, 2 vol. in-12. (Voy. Camusat.) « On y trouve des choses vraies, dit Voltaire, quel- « ques-unes fausses, et beaucoup de hasardées ; ils u sont écrits dans un style trop familier. » L'abbé de Choisy avait le cœur bon et les mœurs douces, mais de cette douceur, observe d'Alembert,qui tient plus a la faiblesse et à l'amour du repos qu'à un fonds de bienveillance pour ses semblables. « Grâce « à Dieu, dit-il dans ses Mémoires, je n'ai point « d'ennemis, et si je savais quelqu'un qui me vou- « lut du mal , j'irais tout à l'heure lui faire tant « d'honnêtetés, qu'il deviendrait mon ami en dépit « de lui. » Sa conversion fut sincère, mais peu solide ; il regrettait ses anciens plaisirs plutôt qu'il ne se les reprochait. Il passait un jour, avec un de ses

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omis, auprès d'une terre que le dérangement de ses affaires l'avait autrefois forcé de vendre, et à cette toc il poussait de profonds soupirs. Son ami, croyant voir dans sa douleur l'expression d'un repentir éditant, l'en félieitait : « Ah ! sécria-t-il , que je ta « mangerais bien enrore t » L'abbé d'Olivet a publié une Vie de l'abbé de Choity, suivie d'un estalogue raisonné de ses ouvrages, Lausanne, 1748, in-8*. A— G— R.

CHOKIER (Érasme »r Scrlet, sieur nE), né à Liège, te 25 février 156»*, obtint la réputation d'un habile jurisconsulte, et mourut le 19 février 1625, â-ré de 50 ans. On a de lui un traité de Jurisdiciione orélnmU in exanptos, en 2 vol., dont le second ne parut qu'après sa h oi t, parles soins de son père ; un autre, de Advocalis ftudalibut. et il en annonçait un troisième, de Privitegiit teneetulis, qui n'a point paru. — Jtan-Ernesl Chokier, son frère, né à Liège, le 44 janvier 1571, étudia le droit à l'université de Louvain, et en même temps l'histoire et les antiquités sous Jnste-Lipsc, prit ses degrés ù Orléans, et se rendit à Home, où il fut accueilli par le pape Paul V. De retour à Liège, il eut un canonicat à St-Paul, puis un autre à la cathédrale de St-Lambert, fut fait abbé de St-Hudelin de Viscl, et enfin vicaire général ilu diocèse. Il se lit estimer par la douceur de ses merurs et son inépuisable charité envers les pauvres, fonda un hospice pour les incurables, et Un autre pour les Tilles repenties, mourut en 1050, et fut inhumé dans le chœur de son église, où ses parents lui élevèrent un mausolée magnilique. On a de lui : 1° Notm in Senecm UbeUum de Tranquillitale animi, Liège, 1607, in-80. 2» Thésaurus aphorism. poliïieorum, seu eommentar. in Jusli lipsii PolUica, Home, 1610; Mayence, 1613, in-4#; et avec, des ad iilions, Liège, 1642, in-fol. André Heidînan traduisit cet ouvrage en allemand ; niais il se permit d'y retrancher plusieurs passages et d'y en substituer d'autres de sa façon. Chokier s'en plaignit dans l'ouvrage intitulé : Spécimen candoris Ueidewanni, Liège, 1625, in-8". 4°iVo»a et Dùsertaliones in Onasandri Slrategicum. Ces notes sont faites sur la traduction latine d'Onosender, par Rigaut, Rome, 1011, in-4° ; Mayence, 1615, in-4», et dans la 2e parlie du Thesauna aphorism. de Clwkicr. 5» De Permulationibusbeneficiorum, Liège, 161 6 et 1625, in-8°, et Rome, 1700, in-fol., avec d'autres traités sur la même matière. 6* De Re nummaria prisci awi eollata ad œstimalionem prmsentis, Liège, 1619, in-8\ r Commenter, in Glossemata Alph. Soto super regulas taneellariœ romana, Liège, 1621 ; et avec des additions, 1658, in-4c. 8» De Legaio, Liège, 1624, in-4*. 9° De Seneclute, 1647, in-40. Ces ouvrages sont les plus importants de Chokier ; les autres n'offrent plus aucun intérêt. — Jean-Frédéric Chômer, oncle «les précédents, docteur en. théologie, chancelier de Liège, et préfet du collège de Walcour, avait composé un graml nombre d'ouvrages, dont le seul imprimé est un recueil de prières en latin, Liège, 1636, in-12. Il était mort l'année précédente, lorsqu'il était occupé d'une nouvelle édition du Bréviaire

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CiIOLET (Jean), dit de Nointel, cardinal légat en France, et fondateur du collège des Cholets, naquit à Nointel, fut chanoine de la cathédrale de Beauvais , et , après avoir, dit Duclusnc , * consommé quelques années sous l'aumusse, » fut fait cardinal du titre de Sic-Cécile, en 1281, par le pape Martin IV. En 1283, ce pontife l'envoya en France en qualité de légat, pour .prêcher la croisade contre Pierre d'Aragon, qui avait usurpé la Sicile. Le même pape Martin donnait les États de ce prince à Charles de Valois, second lils de Philippe le Hardi. Le cardinal légal fit son entrée en France avec beaucoup de solennité. Il tint à Paris, en 4284, un concile dans lequel le roi Philips et ses deux lils prirent la croix contre Pierre d'Aragon. Le cardinal avait apporté de Rome les provisions du royaume d'Aragon pour le prince Clwrles. neveu de Pierre, par sa mère Isabelle. En 1285, Philippe le Hardi, suivi de ses deux lils et du cardinal légal, vint à Narbonne, conquit les places du Roussillon, entra dans la Catalogne et dans l'Aragon, prit Girone et le comté d'Empurias. Il revenait vainqueur lorsqu'il mourut ù Perpignan, et, vers le même temps, Pierre d'Aragon mourut aussi des blessures qu'il avait reçues en Espagne. Après s'être distingué dans la légation d'Aragon et de Catalogne, le cardinal Clwlct fut chargé par le pape Nicolas IV de négocier un accord entre Philippe le Bel et don Sanche, roi de Castille. 11 scella de son sceau le traité de paix qui fut signé à Lyon, en 1289, entre les deux monarques. La même année, les gens du cardinal ayant eu une rixe violente avec plusieurs écoliers de l'université, un des écoliers fut tué, plusieurs autres furent blessés ; le recteur poursuivit les coupables, et le cardinal Cholet accommoda celte affaire en s'engagi ant a fonder une chapellcnie de 20 livres palisis de rente, à la collation de l'université. Il fournit pour caution de son engagement un marchand de Florence et un autre de Pistoie. Par son testament, fait à la même époque (1289), il légua tous ses biens à plus de cent cinquante monastères, aux chapitres, aux églises, aux hôpitaux et aux pauvres de plusieurs diocèses. Parmi les legs, qui sont en très-graud nombre et qui supposent une forlune immense, nous citerons celui île cent calices d'argent, du poids de deux marcs, avec leurs patènes, dont soixante pour le diocèse de Rouen et trente pour celui de Bcauvais. La dot de trente demoiselles nobles et de trente jeunes lilles prises dans les classes inférieures ; 100 livres parisis aux chevaliers du Temple ; 5,000 livres pour le secours de la terre sainte , et 6,000 livres pour la guerre d'Aragon ; mais cette guerre n'ayant pas eu lieu, les exécuteurs testamentaires du légat, qui mourut le 2 août 4291, employèrent ce dernier legs à la fondation du collège des Cholets, sur la montagne de Ste-Geneviéw. Ix cardinal Cholet fut inhumé dans l'église de St- Lucien, près de Beauvaia, dans un magnilique toœlieau, sur lequel on voyait son effigie d'argent Massif, enrichie de pierreries. Elle (ut vendue dans la suite pour rebâtir l'église qui wait été brûlée par les Anglais. V-Vl.

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CHOLEX (le comte Roger-Gaspard-Jérôme de), ministre du roi de Sardaignc, né à Bonncville, Faucigny, en 1771, fit ses premières études i patrie, et fut ensuite admis au collège dit l'académie des nobles (f). a Turin, ou il se livra avec le plus grand succès à l'élude des lois. Heçu docteur en 1791, il se trouvait en vacances dans sa patrie, lorsque l'armée française y pénétra sous les ordres de Montes<|uiou, en septembre 1792. D'un caractère très-ferme, et doué de beaucoup d'éloquence, Cliolex osa parler avec force dans plusieurs occasions contre les projets des révolutionnaires, et il fut bientôt contraint de prendre la fuite. Alors il se réfugia à Turin avec les autres émigrés savoyards. Voyant le Piémont tomber a son tour sous la domination des Français, Cholex se rendit en 1801 à Genève, où il se lit recevoir avocat. Ses talents lui acquirent bientôt dans cette ville une grande renommée, et son cabinet fut un dés plus accrédités et des plus lucratifs. Lorsque le roi de Sanlaigne recouvra ses États, en 1814, le comte de Galiinara, président du sénat de Savoie, le proposa pour intendant de la Mauriennc; mais il n'y resta que peu de temps, car il fut chargé par le gouvernement d'aller suivre à Paris les intérêts de ce pays auprès de la commission de liquidation. Cholex s'acquitta de cette lâche délicate avec autant d'habileté que de désintéressement. Revenu dans la capitale du Piémont, il lut nommé intendant général de la Sardaignc, et se rendit à Cagliari , où il eut de fréquents rapports avec le comte Thaon de Prato-Lungo, vice-roi de cette lie, et qui conçut des ce temps-là une haute idée de ses talents et de sa probité. Mais Cholex se vit bientôt contraint de quitter la Sardaignc à cause de l'intempérie du climat; et il revint à lui in, où il vivait d'une modique pension et presque oublié, lorsque la révolution de 1821, qui plaça sur le trône le roi Charles-Félix (voy. ce nom), mit aussi à la téte du gouvernement le comte Thaon, et par suite fit confier au chevalier de Cholex la régence du ministère de l'intérieur. Porté inopinément à cet emploi éminent, Cbolex y déploya toute son habileté et surtout l'activité dont il était doué au plus haut degré. Pendant son administration, la capitale des Etats sardes s'embellit de beaux et utiles édifices, tels que le palais de justice, dit le sénat, ceux de l'académie des sc iences, de l'université et du collège des Provinces, aujourd'hui fermé. C'est aussi par ses soins que fuient commencés la belle place Victor- Emmanuel , et le beau pont de granit établi sur la Doire (2). Enfin ce fut par les conseils de ce bon et sage ministre que le roi Charles-Félix appela au serment de fidélité dans la cathédrale de Turin le haut clergé, la noblesse, les syndics des villes et le militaire. Le Piémont lui dut encore la réorganisation des tribunaux de première instance et le rélablisse-

(V) Dans cet élatotssment rm-.it od n'admettait qoe les jeunes gros de la première noblesse destinés à l'art militaire ou à l'élude des lois : c'est 11 qu'Altirri reçot sa preniereéduratinn. (2j Ce pont, d'une seule arc.be de qnarante-flmi mètres de conte, «dnnraM»- de t «t, est dû 4 I architecte militaire, te caenlicr

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ment du système hypothécaire. Le roi se montra très- reconnaissant de pareils services; il soutint toujours Cliolex contre ses ennemis et ses envieux , et il lui donna le titre héréditaire de comte avec la grande croix de l'ordre de St-Maurice. K puisé par tant de travaux, ce digne ministre succomba le 24 juillet 1828, après une longue et douloureuse maladie, sans laisser de fortune. Le roi accorda 6,000 francs de pension à sa veuve. G— c — v.

CHOLILUES (Nicolas), avocat au parlement de Grenoble, a publié quelques ouvrages, que leur rareté, bien plus que leur mérite, fait encore rechercher: 1* les Neuf Matinée* du seigneur de Cholières, dédiées à monseigneur de Vendôme, Paris, 1585, in-8 , suivies d'un autre vol. 2° Les Apris-Dinées du seigneur de Cholières, Paris, 1587 ou 1588, in-12. Antoine du Dreuil réunit, en 161 J et 1613, ces deux ouvrages sous le titre de Conta et Discours bigarre:, déduits en neuf matinées et après-dinées du carnaval, Paris, 1610, 1012 ou 1615, 2 vol. in-12. Co sont des contes dans lesquels on trouve de l'érudition, quelques faits littéraires, et une censure grossière des mœurs du temps. Les réflexions de l'auteur sont triviales, souvent indécentes, et le style est au-dessous du médiocre. 5° La Guerre des meules contre les femelles, en trois dialogues, avec les Mélanges poétiques du sieur de Cholières, Paris, 1588, petit in-12. L'édition de Paris, Gilles Robinot, 1614, petit in-12, est probablement la même que la précédente avec un nouveau titre. 4* La Foret nuptiaie, 1600, in-12. 13 — g — T.

CHOLLET (le comte François- Auguste), né k Bordeaux, en 1747, fut, avant la i évolution, procureur du roi de l'amirauté de Guienne. Il était un des administrateurs du département de la Gironde, lorsqu'il fut nommé, en septembre 1795, par ce département, membre du conseil des cinq-cents. Il combattit, le 16 novembre 1796, dans celle assemblée, le projet de rétablir la loterie nationale. Cliollet se montra ensuite un des plus zélés défenseurs des naufragés de Calais. Nommé secrétaire le 20 avril suivant, il lit rapjioiïer, le 21 mai, la loi qui bannissait de Paris cent quatrc-vingl-dix-liuit membres de la convention; appuya la proposition d'exiger unu nouvelle déclaration des ecclésiastiques, vota le maintien des presbytères, fondé sur la nécessité de calmer les inquiétudes des acquéreurs de biens nationaux, et présenta un projet pour la suspension de la vente de ceux qui n'étaient pas aliénés. Le 27 août, il s'éleva contre la proposition de décréter l'inviolabilité des lettres, et soutint que le directoire devait avoir le droit de les ouvrir quand il le jugerait nécessaire. 11 s'opposa, le 2 septembre, deux jours avant le 18 fructidor an 5, i ce que l'on délibérât sur les projets de Thibaudcau, relatifs à la marche des troupes et aux adresses des armées, ce qui prouve qu'il était dans les secrets du directoire. Le 9 du même mois, il combattit la proposition d'exclure les nobles de tous les emplois, présenta, le 4 décembre, un rapport sur la législation concernant les ecclésiastiques, et proposa la déportation de ceux qui refuseraient de se soumettre aux lois. Le 19

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mars 1798, il appuya la demande faite par le directoire pour la révision des jugements rendus depuis mai jusqu'en septembre (époque du 18 fructidor ) , contre les acquéreurs de biens nationaux, les défenseurs de la patrie et les représentants condamnes durant ce temps par les tribunaux. Lors de la célébration du 9 thermidor an 2 (27 juillet 1794), il fut d'avis de supprimer la publicité donnée à cette fête, et de la renfermer dans l'intérieur du conseil : néanmoins il combattit la réunion en une seule des trois fêtes des 13 vendémiaire, 9 thermidor cl 18 fructidor, parce que c'eût été confondre, disait-il, la faction des royalistes avec celle des anarcAi«(r«, qu'il trouvait bien moins abominable. Le 27 novembre, il attaqua le projet de Duplantier de la Gironde, relatif â la confiscation des biens des ascendants d'émigrés, et lui reprocha une rétroactivité qui blessait tous les principes île justice. Réélu en 1799, Chollet s'opposa, après la crise du 30 prairial (18 juin), à ce que l'on supprimât du serment civique la formule de Iminc à l'anarchie, et présenta , le 8 septembre, un projet pour l'organisation des sociétés politiques. Après la révolution du 18 brumaire an 8 (8 novembre 1799), il lut membre de la commission intermédiaire chargée de donner de nouvelles bases à la constitution. Konapartc le nomma, quelque temps après, sénateur, puis comte de l'empire. Chollet fît longtemps partie de l'inutile commission de la liberté de la presse. En 1814, il concourut sans hésiter à la déchéance de Bonaparte et au rétablissement des Bom bons. Il fut créé pair de France le 4 juin ; et, Payant pas figuré parmi les pairs de Bonaparte, il dut à cette circonstance l'avantage de reprendre sa place à la chambre, aussitôt après le second retour de Louis XVIII. En 1816, il fut un des membres de la grande députation chargée de présenter au roi ses félicitations, à l'occasion du mariage du duc de Bi t m Chollet mourut le 3 novembre 1826. S»n fils lui succéda dans la pairie. M — n j.

CHOMEL (Noël), curé de St-Vinccnt à Lyon, où il mourut, âgé d'environ 80 ans , le 50 octobre 1712, est auteur d'une compilation sur l'économie domestique et l'agriculture, publiée après sa mort, sous le litre de Dictionnaire œtonnmique , Lyon , 1709, 2 vol. in-fol. ; Paris, 1718, et Amsterdam, 1732, in-fol. Chomel y a fondu la Maison rustique de Ligcr, pour ce qui concerne l'agriculture. On y trouve des notices sur les plantes usuelles; mais elles sont prises sans choix aux sources les plus surannées, et avec tous 1rs défauts du temps, sans aucun synonyme, et sont peu dignes de confiance. Cependant, faute d'un meilleur ouvrage, celui-ci fut regardé comme très-utile, et il eut beaucoup d'éditions. Il en parut à Lyon , en 1712, un supplément in-fol., qui fut réimprimé avec des additions nouvelles, à Lyon, en 1718, et à Amsterdam, en 1740 ; mais, depuis 1718 , il fut refondu dans les éditions subséquentes. Ce volume contient quelques articles nouveaux, et, de plus, les lois et les décrets qui concernent la campagne. Il fut augmenté par Jean Warrct , dans l'édition d'Amsterdam de 1732 , et plus récemment dans celle de Lamare.3 vol. in-fol.,

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Paris, 1767. L'ouvrage entier a été traduit en allemand, Leipsick, 1750; en anglais, par Robert B radie.v, Londres, 1722 et 1735 ; et en flamand, à Lej dc, 1743. D— P— «.

CHOMEL (Pierre-Jeak-Baptiste), neveu du précédent, naquit à Paris en 1671. A quatorze ans, ses études littéraires étant finies, il s'attacha à celle de la médecine, et particulièrement à la botanique. En 1692, il suivit les leçons et les herborisations de Tournefort, et devint son ami. L'année suivante, quelques affaires de famille l'ayant appelé en Auvergne , il y employa tous ses moments de loisir à l'étude des plantes. Il revint à Paris en 1694, et fut reçu docteur en 1697. Dans cette année, Philibert Collet , avocat de Dijon et amateur de botanique , ayant attaqué Tournefort et critiqué sa méthode, par deux lettres insérées dans le Journal des Savants , Chomel lui répondit par deut lettres qui parurent dans le même journal, sous ce titre: Réponse dt M. Chomel à deux lettres écrites par M. Ph. Collet, Paris, 1697. Niceron attribue cette réponse à Tournefort lui-même. L'exercice de la médecine ne fît qu'augmenter son goût pour la botanique, par le désir qu'il eut de plaire à Fagon, premier médecin du roi , qui aimait cette science. Tournefort ayant formé le projet de faire l'histoire générale des plantes du royaume. Chomel se chargea de l'aider et d'en faire la rccherclie. En 1700, il parcourut l'Auvergne, et surtout le Puy-de-Dôme et le sommet du Cantal, le Bourbonnais et les montagnes du voisinage, si fertiles en plantes médicinales. Il employa les moments d'interruption que la fonte des neiges le forçait à mettre dans ses recherches, i analyser les eaux minérales de la Limagne, visita les eaux de Vie, celles de Chaudes-Aigues, perfectionna les observations sur quarante sortes d'eaux minérales, et revint à Paris avec une abondante récolte de plantes, dont la plupart étaient inconnues; et après avoir rendu compte à Tournefort du succès de son voyage, il alla présenter à Fagon les richesses qu'il avait envoyées au jardin du Roi. Ce médecin ayant témoigné quelque regret de ce que plusieurs plantes précieuses manquaient a la collection , Chomel repartit sur-le-champ pour l'Auvergne; il arracha de dessous la neige qui commençait à couvrir les montagnes les plantes que Fagon avait désirées, et revint lui en faire hommage. Il donna successivement à l'académie des sciences, de 1703 à 1720, sept mémoires qui contiennent la description et l'histoire d'un pareil nombre de plantes, et il communiqua i la même société plusieurs observations sor les eaux minérales et sur des maladies extraordinaires. En 1707, il fut présenté par Fagon à Louis XIV, en qualité de médecin de quartier, en survivance de son père, qui avait donné sa démission. La recherche des plantes, la nomenclature de leurs diverses espèces et la connaissance de leurs formes extérieures, ne l'avaient pas occupé exclusivement; leurs propriétés avaient été l'objet d'une étude particulière. Alors il résolut d'enseigner aux étudiants les vertus des plantes d'usage. A cet effet, il réunit dans un jardin du faubourg St-Jacqucs les plantes

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qui lui étaient nécessaires , et, eu été, il y ût des cours publics. Ce fut le résumé de ses leçons qui lit le sujet de son principal ouvrage, sous ce titre; Abrégé des planles usueltet, dans lequel on donne leurs noms différents , tant françois que latins , la manière de s'en servir, la dose et les principales compositions de pharmacie dans lesquelles elles sont employées, avec des observations de pratique sur leurs usages, Paris, 1712, 1715 et 1725, 5 vol. in-12; Amsterdam, 1750.11 donna un Supplément à l'Abrégé des plantes usuelles, Paris, 1750, in-12. Le lils de l'auteur en a donné une édition en 1761 , en 5 vol. in 12, dans laquelle il a refondu le supplément: c'est ta plus complète et la meilleure. M. Maillard en a donné une nouvelle revue, augmentée et ornée de tableaux, Beauvais et Paris, 1805,2 vol. in-8*. Une partie des exemplaires de cette édition a reçu de nouveaux litres en 1810. Enfin M. Dubuisson a publié : Planles usuelles indigènes et exotiques , décrites et indiquées par Chomel, au nombre de 614, dessinées dans l'étal de floraison, d'après nature, etc., précédées d'annotations, corrections el additions, faites pour toutes Us éditions de l'Abrégé de l'Histoire des planles usuelles et principalement pour la septième (celle de M. Maillard), Paris, 1809, 2 vol. in-8°, avec 10 pl. coloriées. L'ouvrage de Chomel eut un grand succès, parce «m'en ce genre, et sous cette forme abrégée et populaire, il a été longtemps le plus complet ; mais ce n'est pas toujours un guide sur, quoique l'auteur cite souvent sa propre expérience. La Matière médicale de Geoffroi, son contemporain et son confrère à l'académie, mérite plus de confiance. Chomel fut reçu à l'académie des sciences en 1720, et élu doyen de la faculté en 1758. ]1 mourut en 1710, âgé de 69 ans. Une partie des mémoires et des observations sur les plantes et les eaux minérales , qu'il avait lus à l'académie, fut remise à Lemonnier, qui s'occupait du même objet, et qui a publié un catalogue des plantes que Cliomel avait découvertes. D— P— s.

CHOMEL (Jean-Baptiste Lolis), lils du précédent, fut aussi médecin, et mourut à Paris, le 11 avril 1765 , après avoir publié plusieurs ouvrages estimés : 1» lettre d'un médecin de Paris à un médecin de province, sur la maladie des bestiaux, Paris, 1745, in-8*. 2° Dissertation historique et critique sur l'espèce de mal de gorge gangreneux qui a régné parmi les enfants l'année dernière, ibid. , 1749, in-12. 5° Eloge historique de M. Malin, médecin consultant du roi , ibid., 1761 , iu-8*. i° Essai historique sur la médecine en France, ibid., 1762, in-12. 5" Eloge de Louis Duret, médecin célèbre sous Charles IX et Henri ///, ibid., 1765, in-12, ouvrage remporta en 1764 le prix proposé par la faculté médecine. C'était Cliomel lui-même qui avait proposé ce prix, et qui, en le remporiant, retira les cent écus auxquels il l'avait fixé. Il donna, en 1761, une nouvelle édition de Y Abrégé de l'histoire des plantes usuelles de son père. ( Voy. l'art, précéd.) — Chomel, son frère, a public sous le voile «le l'anonyme : r Tablettes morales et historiques, Paris, 1762, in-12; 2* Us A'uifc Parisiennes, à l'imitation

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desNuiU d'Aulu-GetU , ibid., 1769 , 2 vol. petit in-8", compilation amusante, mais bien au-dessous de son modèle. La France littéraire de 1769 l'attribue à de Grandmaisou. 5" Aménités littéraires et Recueil d'Anecdotes, ibid., 1775, 2 parties in-8". — Jacques-François Chomel, de la même famille que les précédents , né à Paris sur la lin du 17* siècle, étudia la médecine à Montpellier, y fut reçu docteur en 1708, et publia les ouvrages suivants : 1° An naturales omnes corporis humani humores alibiles et exeremenlilii divini passent, Montpellier, 1708, in-4" ; 2" Universa Medicina theoricœ pars prima, scu Physiologia ad usumschola accommodata, ibid., 1709, in-12; 5° Traité des eaux minérales, bains et douches de Vichy, Clermont-Fcrrand, 1754, et 1758, in-12; Paris, 1758, in-12. D— P— s.

n m MORCEAU (M emd de). Voyes Menu.

CHOMPRÉ ( Pierre ), né à Nam . près de Châlons-sur-Mamc, en 1698, mort à Paris, le 18 juillet 1760, à 62ans, tint dans la capitale une pension que son zèle et sa capacité rendirent nombreuse et florissante. Les principaux écrits de cet estimable instituteur, tous inspirés par le désir d'être utile à la jeunesse, sont : 1° JHctionnaire abrégé de la Fable, pour l'intelligence des poètes, des tableaux, etc., Paris, 1727, petit in-12. Cet ouvrage a été réimprimé très -souvent. Nous citerons parmi les meilleures éditions : celle donnée par E. M. Chompré, avec un supplément, Bàle, 1770, in-12; celle que A.-L. Millin a corrigée et considérablement augmentée, Paris, 1801, 2 parties, in-8* ; enfin celle qui a pour litre : Petit Dictionnaire historique de la fable, Paris, 1819, in-52, lig., et celle d'Herlian, ibid., imprim. stéréotype, 1812, in-18, toutes deux moins complètes que les précédentes. 2° Vie de Brutus, premier consul de Rome, 1750, in-8°. 5* Vie de Callisthene, philosophe, 1750, in-8°. Ces deux biographies , d'un style négligé , curent peu de succès. 4" Selecla Udini sermonis Exemplaria, e scriptoribus probalissimis , ad christiana juvenlutis usum, Paris ( vers 1742 ), 7 vol. in-12 ; ibid. , 477* , même format. Ce sont des morceaux choisis dans les anciens auteurs latins en prose et en vers, dans le genre de la compilation de l'abbé Batteux ; chaque extrait, dont le texte original a été scrupuleusement conféré, est accompagné d'un vocabulaire, et se vend séparément. L'auteur en a donné une version sous ce titre : 5° Traduction des modèles de latinité, tirés des meilleurs écrivains, Paris, 4771, ibid., 1778, 7 vol. in 12. CeUe traduction parut en général avoir le mérite de l'exactitude, mais le style en est inégal, et on lui reproche de manquer trop souvent de correction el d'élégance. 6* Vocabulaire universel latin français, Paris, 1754, in-8*. Ce lexique aurait clé plus utile , si l'auteur eût justifié par des citations les mots dont la latinité parait douteuse. 7* Dictionnaire abrégé de la Bible , pour la connaissance des tableaux historiques tirés de la BibU et de FUtvius Josèphe , Paris , 1745 , in-12 ; ibid. , 1806 , in-8* et in-12, édition revue et augmentée par Petilol. Cet ouvrage est encore bien loin d'être complet. L'ctymologie est entièrement négligée et les non»

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propres trop souvent écrits d'une manière inexacte. 8" Moyent sùrt d'apprendre tetlanguet et principalement la latine, Paris, 1757, in-12. 9" Introduction à la langue latine par la voie de la traduction, Paris, 1757, in 12; 0» édition, ibid.. 1789, même format. 40° Introduction à Yélude de la tangue grecque, Paris, I758, in-8\ 11» Estai de feuillet élémentaires, pour apprendre le latin tans gramn aire ni dictionnaire, Pari», 1768, in-8*. — Etienne Marie Chumwié, frère et non tils tlu précédent, né à Paris en I70Î, mon en 17 4, fut également maître de pension. On a de lui : I* Aj>ologuei , ou Réflexions morales suites attributs de la fable, supplément au Dictionnaire de son frère, Paris , 1765, 1766, in-12. rare et curieux ; V Recueil de Fables , 1779 , in-8* ; 5° Table des matières de l Histoire des voyages de l'ablic Prévost, Paris, 1761, in-4*. Il a aussi fourni au Cour* d'études pour l'Ecole mililaire dt l'abbé Oatteux une Petite Grammaire française, latine et grecque, cl donné la 2* édition du Setecta latini termonit, etc., de son frère. N— l.

CHO M PRE ( Nicolas-Macwce), fils de Pierre Chompré (roy. ce nom) , naquit a Paris, le 25 septembre 1 750. A l'âge de vingt et un ans, il entra dans les bureaux du contrôleur général Bcilin, division des mines, de l'agriculture, etc., et de 1777 à 1786, il fut chargé par ce ministre d'une correspondance sur les seiences et les arts avec les missionnaires de Pékin. Chompré obtint ensuite la place de chef de bureau au trésor royal , puis celle de secrétaire du gouvernement du Boulonnais. Pendant la terreur, il se tint caché è I vry-sur- Seine , près de Paris, et y composa la plupart de ses ouvrages sur l'astronomie, sur les mathématiques et sur les langues. En 1794, il fut employé comme géomètre au ministère de l'intérieur, bureaux du cadastre , puis nommé chef de bureau au ministère des relations extérieures. Envoyé a Malaga , le 3 juillet 1795, en qualité de consul , il y déploya autant de talent que de zèle et d'activité. Sa correspondance avec les ministres de la marine , de la justice , de l'extérieur, ainsi qu'avec les divers ambassadeurs en Ks|*gne, était citée comme autorité. Les jugements dans les affaires de prises maritimes a vaut été, à cette époque, deïgués aux consuls de France, la promptitude et l'intégrité de ceux que rendit Chompré lui acquirent à tel point l'estime des armateurs, que les prises de leurs corsaires étaient conduites i Malaga de préférence i toute autre partie de la péninsule; mais le gouvernement espagnol, froissé quelquefois par la justice inflexible du consul , profita de la chute du directoire pour demander le rappel de Cltompré , comme un gage «le bonne harmonie entre les deux nations. De retour à Paris en 1800, il se livra de nouveau & son goût pour les sciences. La société instituée pour favoriser les progrès de la découverte du galvanisme le rompit au nombre de ses membres , et la classe des si ience* physiques de l'Institut, dans son rapport du 6 février 1808, donna de justes éloges aux expériences galvaniques de Chompré. Après une sortie de disgrâce de six ans, il fut nommé, le 14 février 1806, mcmbtc du conseil des prises, mais Icsévc-

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nements de 181 4 ayant amené la suppression de ce tribunal , il reçut du ministre de la marine, le 31 octobre, l'ordre de faire l'inventaire raisonné de toutes les affaires jugées par le conseil des prises, depuis son installation, en 1800. et il termina dans l'espace d'un an ce tra\ail utile, qui est déposé dans les cartons du ministère. Magistrat intègre, écrivain savant et laborieux, Nicolas Chompré mourut à Ivry -sur Seine, le 24 juillet 1825, âgé de 75 ans. Louis XVIII lui avait donné, en août 1814, la croix de Tordre de la Légion d'honneur. Quelques uns de ses ouvrages ont été attribués à son |>ére par quelques bibliographes. En voici la liste rétablie dans toute son exactitude : 4" Eléments d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie, Paris, 4770, in 12; nouvelle édition, avec les sections coniques, Paris et Lyon, 1785, ia-8». Ces Eléments font partie du Cours d'étude à l'usage de l'Ecole militaire. 2* Trotté de trigonométrie rectiligne et tphéri^ue, par Cagnoli, traduit île l'italien, Paris, 1786, in-4"; 2' édition. 1801, in-4*. 3» Table des angles horairet ( dans h Connaissance des temps ). 4<> Expériences sur la comprctsibilitè de Tcau par le galvanisme ( lues à l'académie des sciences par Dalambrc , et rapportées dans le Manuel du galvanismt d'Izarn), 4804. 1 vol. in-8». 5* Avec Riffaul Expériences sur les effets du pôle négatif et positif, mémoire lu à l'académie des sciences , qui eu ordonna l'impression, et mentionné dans le rapport |>our les prix décennaux. 6° Tables de réduction des mesuret et poids, imprimées dans divers recueils. 7° Calendrier perpétuel, sous la forme d'ahnanach de cabinet, propre a consulter sur-le-champ pour les dates historiques, 8* Mémoire tur la dentilé de la terre, traduit de l'anglais de Cavendish (inséré dans le Journal de l'Ecole pidytechnique, 48lâ) 9« Jfr7/iodc la plut naturelle et la plus simple pour enseigner à lire, Paris, 1815, in 8' (anonyme). 10* Commentaires sur les lois anglaises, traduits lie l'anglais de Blackstone, Paris, 1825, 0 vol. in-8*. 11e Manière tout à fait nouvelle d'enseigner ou d'étudier la langue latinr, etc., Paris, 1825, in-8». Chompré a donné nue édition du Dictionnaire anglais et français de Nugent. revu par Charrier. Paris, 1805, 2 vol. iu-8°. [Le Moniteur du 2 août 1826 contient sur Chompré un article dû à son gendre, M. Frilot. avocat.) — Etienne Cuompré, son hère ainé, né à Paris, en 1741 , fut, dés sa jeunesse, professeur à Aix, en Provence. Marié à Marseille, il s'y livrait a l'enseignement, lorsqu'en I7K9, les premiers troubles de la révolution l'enlevèrent à ses occupations paisibles et l'obligèrint de quitter celle ville. En 1793, il fut nommé juge en Belgique, et successivement professeur de belles-lettres au lycée de Bourges, et greffier au tribunal de Versailles. Il est mort à Paris en 1811, laissant deux fils qui tous de,ux avaient embrassé la carrière militaire. Ch — s.

CI10PABT (François), l ami de Desault (roy. ce nom), et dont les noms ne doivent pas être sépares dans l'histoire de la chirurgie, a cependant été oublié dans tous les dictionnaires, et même dans la Biographie médicale. Ne vers 4750 à Paris, d'une

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famille honorable , Chopart étudia de bonne heure la chirurgie. Il eonnut Desault à lecole du célèbre Petit, et bientôt il s'établit eutre eux une de ces amitiés dont l'antiquité même ne fournit que peu de modèles (I). Desault , sans fortune et éloigné de sa famille, étant tombé dangereusement malade par suite d'une application trop soutenue au travail, Chopart ne voulut pas le quitter un seul instant, et, pendant toute sa maladie , lui prodigua les soins les plus tendres. Cette circonstance accrut encore l'attachement mutuel de ces deux jeunes gens; dès lors il fut impossible à l'un de vivre sans l'autre. Reçu docteur en chirurgie en 1770, Giopart, qui jouissait des succès de sou ami plus (pic de ceux qu'il avait obtenus lui-même, se chargea de le suppléer dans ses cours à l'école pratique et dans ses visites à l'Hôtel-Dieu. Ils publièrent, en 1789. un Traité des maladies chirurgiealct (2j, qui fut traduit quelques anné s après en allemand. Chopart, nommé professeur de chirurgie , obtint ensuite la place Uc chirurgien en chel à l'hospice de la Charité. Après la mort de son ami, dont il avait recueilli le dernier soupir, il fut chargé par la commune de Paris de donner des soins au dauphin enfermé dans la tour du Temple; mais frappé du même coup que Desault, il mourut quelques jours après, au mois de juin 1795. Outre deux Observations dans le t. 3 des Mémoires de l'académie de chiiMrgte, dont il était membre, on a de lui : i" de Lœsiombut capilis per ictus repercussos, Paris, 1770, in 4". Chopart traduisit lui-même cette thèse en français, sous ce litre : Mémoires sur les lésions à la léte, ibid., 1771, in- 12. 2e De uleri Prolapsu ibid., 177.', in-*'. 5« Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur tonviennent, ibid., 4781», 2 vol. in 8°. On sait que Desault n'eut presque aucune part à la rédaction de cet ouvrage ; mais Chopart aurait mieux aimé renoncer à sa publication , que de ne pas conserver sur le frontispice le nom de son ami. 4" Traité des maladies des voies urinuires, ibid., 1791,2 vol. in -8*. Chopart dédia ce nouvel ouvrage a Desault. J.c 1" volume , divï.së en 2 parties, traite des fonctions des voies urinaires et de leurs maladies; le 2*, des maladies de la vessie. L'auteur en promettait un 3* sur les pierres vésicales et l'opération de la taille. Une nouvelle édition de l'ouvrage de Chopart a été publiée, Paris, 18I2, 4 vol. in-8°, revue et augmentée par M. Panai. VV— s.

CHOPIN (Hexé), naquit a riailleul, prés de la Flèche, en IS37. Il reçut de la nature les dons les plus précieux, beaucoup d'esprit, un jugement solide, et, ce qui \a rarement ensemble, une mémoire

(I) l.e 18* siècle offre un second exemple de ta plu* toarhan.'c •mille, telle de Duhreuil ri dePcrtinrja (roy. te nom ; mais \\s ne couraient pas la neme carrière, ils n'exerçaient pas la même profo i ; ils a tiaiem pas exposés a retient ir celle jalousie que Ijii inesque toujours naître la rivalité, on si l'on veut l'éiuulalioa. LlrtUi de Desauli et Chopart esi bien plus KBJBTqiaMe.

(il Dan* son Eloae île Dnavlt, Birkial dit que le Traité det maladie* tkirtrtieales parut en 1 78 ». Ce n'est vraisemblablement qu'une taule d'imrrcsMou, mais on a cru devoir la signaler parce •i 'elle s'est reproduite jusqu'ici dans tontes les éditions de l'ouvrage de BMnjtj

prodigieuse. Il y ajouta , par son application , une va*le érudition et une doctrine profonde ; mais il négligea extrêmement sou style, en le rendant concis et obscur, et en affectant des tournures et des mots surannés et difiieiles à comprendre. Aussi, ayant reproché à Hacquet de s'èire servi de son Traité du Domaine dans celui qu'il avait écrit sur la même matière ; « Comment cela se pourrait-il, lui * répondit llacquet, puisque je n'entends pas votre « langue?» 11 ne jouit pas moins, de son temps, de la réputation d'un très-habile homme. Après avoir plaidé quelque temps avec succès au parlement de Paris, il se retira dans son cabinet, où il ne s'occupa plus que de la consultation et de la composition de ses ouvrages, qu'il corrigea jusqu'à sa mort. Henri III, ayant trouve à son gré ce qu'il avait écrit sur le domaine e< sur la police ecclésiastique, lui accorda, en 1578, des lettres de noblesse : cela ne l'empêcha pas d'être ligueur très-ardent. On prétend qu'il existe des exemplaires de son traité de ta Police ecclésiastique, avec une épine dedicatoire au roi Charles X créé par la ligue. Il puhlia une apologie du bref de Grégoire XIV contre Henri IV, sous le titre il'Oratio de pontifieis Gregorii XIV ad Galfos diplomate a criticis noiis vindieato, Paris, 4 394, in-4°, qui lui valut, de la part de J. Hotmail, une satire en style macaronique, intitulée: Anli- Choptnus, 4392, in-4°; mais comme elle n'était point écrite avec le Ion de dignité que le sujet exigeait, elle fut condamnée au feu par arrêt du conseil. Ce discours ne se irouve pas dans le recueil de ses œuvres, non plus que sou poème intitulé : liellum sa. erum gallicum, 4362, in-8°. Le jour où Henri IV entra à Paris, la femme de Chopin perdit l'esprit, et lui-même reçut l'ordre de sortir de la ville; mais il parvint, par le crédit de ses protecteurs, à le luire révoquer, et lisait même par se plier aux circonstances et par chanter la palinodie ; car il lit imprimer, • en 4 694, un Panégyrique de Henri I V, et il lui dédia, deux ans après, son commentaire sur la coutume de Paris. Il mourut en cette ville, le 2 février 1606, sous la main d'un opérateur qui le taillait de la pierre! Ses ouvrages, d'abord publiés séparément, lurent recueillis en 4663, 6 vol. io-fol., avec une traduction française que Tournet avait pris la peine d'en faire. On y irouve son traité du Domaine, celui de la Police ecclésiastique, îles commentaires sur la coutume d'Anjou et sur celle de Paris. Le premier de ces commentaires passe pour son meilleur ouvrage. Le second est trop abrège et rempli de digressions. Son traité de Privilcgiis rusticorum, 4606, in-fol., qu'il composa pendant les vacances à Cachant, prés de Paris, où il avait une maison de campagne, et qui cul trois éditions de son vivant, mérite d'être remarqué par la singularité du sujet, par les recherches profondes et les décisions qu'il contient. Chopin écrivit tous ses ouvrages en lutin ; on en trouve la liste dans la Bibliothèque de droit de Camus. B — i.

CHOQUEL, avocat au parlement de Provence, mort en 4764, s'est fuit connaître par uu ouvrage intitulé : la Musique rendue sensible par la mécanique, Paris, 4739, 476.', in-8°. Cet ouvrage est uu U«

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ceux qui ne peuvent ni former un musicien, ni suppléer au génie ; l'auteur y démontre fin:* usité des sons par les divisions du monocliorde, et leur durée par le chronomètre, de sorte que, avec ces deux machines, on peut, a la rigueur, parvenir à solfier et à battre la mesure ; mais il en est de cette méthode comme des ridicules secours de la mnémonique Z.

CHOQUET (Loiis), poète français du 16* siècle, n'est connu que par un ouvrage que nous avons de lui, et qui est extrêmement rare, puisqu'il n'a été imprimé qu'une seule fois; c'est un mystère intitulé : l'Apocalypse de St. Jean Zibidie, où sont comprises les visions et révélations qu'ieelui St. Jean eut le» Visle de Pathmos, Paris, 1541, in-fol., à la suite des Actes des apôtres. Duverdier s'est trompé en attribuant le Mystère des Actes des apôtres et celui de l'Apocalypse au même auteur. Le premier est des frères Griban (voy. ce nom), et, ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'un critique aussi habile que Baylc soit tombé dans la même erreur. Le mystère composé par Choquct fut représenté, lors de son impression, a l'hôtel de Flandre, a Paris, par les confrères de la Passion. Ce poème contient environ 9.000 vers ; on en trouve l'analyse àansY Histoire du Théâtre- Français, t. S. Rayle en a cité plusieurs passages dans son article Choqlet. La Monnoie dit que cet auteur était prêtre. On ne sait aucune des particularités de sa vie. W— s.

CUOQUET (FnANçois-HvACiNTHE). FoyeiToo-

M AS DE CaMTIMPRÉ.

CUOQUET DE LINDU, ingénieur en chef des fortifications et bâtiments civils de la marine, né à Brest, en 1713, et mort dans la même ville, le 8 octobre 1790, a dirigé pendant un demi-siècle les grands ouvrages qui ont fait de ce port le premier arsenal maritime du royaume. Depuis 1740, époque à laquelle il lit bâtir la chapelle de l'hôpital princi- • pal, chaque année y a vu exécuter des travaux importants, dont les plus considérables sont le bagne et les formes de construction. La totalité des bdtimenfs qui lui doivent leur existence dans cette place du premier ordre forme un développement de 4,100 mètres (une lieue). Il a publié la description des plus intéressants sous ce titre : Description des trois formes du port de Brest, bâties, dessinées et gravées en 1757, Brest, 1757, gr. in-fol. avec 8 pl. ; Description du bagne pour loger à terre les galériens ou forçats de l'arsenal de Brest, Brest, 1759, grand in-fol. avec 4 pl. Ces deux ouvrages doivent se trouver réunis, puisque les planches sont numérotées de 1 à 12; cependant on trouve souvent des exemplaires qui n'ont pas la Description du bagne. Choquet fut décoré de la croix de St-Louis. C. M. P.

CHORICirJS, sophiste grec, vivait sous le régne de Justinien, vers l'an 520 de J.-C. Il eut pour maître Procopc de Gaza, et écrivit beaucoup de discours et de déclamations qui lui Krent une assez grande réputation. J -A. Fabricius en a publié deux dans le y volume de sa Bibliotheca Graca, et Villoison deux autres dans le 2* volume de ses Anecdotes, où il a donné beaucoup d'autres fragments de cet auteur, extraits de la Rhodonic de Macaire Chrysocé-

phnlus. Enfin, Yriarte, dans le Catalogue de la bibliothèque de Madrid, indique un manuscrit qni contient dix-neuf déclamations inédites de Cltoricius; mais ce que nous en connaissons ne donne pas le désir de voir publier le reste. C— R.

CH0F>IER (Nicolas), né à Vienne, en Dauphiné, Ic9 septembre 1612(1 ), montra de bonne heure beaucoup d'ardeur pour l'étude, et obtint des succès qui le déterminèrent à suivre la carrière des lettres. Il voyagea d'abord dans une partie de la France, fit quelque séjour & Paris, et, ayant ensuite été reçu avocat, il en exerça la profession au parlement de Grenoble, où il mourut le 14 août 1692, accablé d'infirmités, fruits de la dépravation de ses mœurs. Sa mauvaise conduite l'avait réduit à la misère, et il fut généralement méprisé. Ses écrits sont : 1° l 'Êtogc de trois archevêques de Vienne du nom de Villars, Vienne, 1610, in-8". 2" Magistralus causarumque patroni hon absolult ssima , Vienne , 1646, in-8*. 5° La Philosophie de l'honneste homme, pour la conduite de ses sentiments et de ses actions, Paris, 1648, in-4°. A" Projet de l'histoire du Dauphiné, Lyon, 1654, in-4°. 5° Recherches sur Us antiquités de la ville de Vienne, métropole des Allobroges, Lyon, 1659, in-12. C'est une mauvaise compilation dépourvue d'ordre et de critique. Les trois dissertations sur l'origine de la ville de Vienne, par où commence cet ouvrage, se retrouvent dans le suivant. 6° Histoire générale du Dauphiné, 2 vol. in-fol. Le 1", qui va jusqu'au 11e siècle, parut en 1661, à Grenoble ; le 2', qui s'étend jusqu'à l'année 1601, a été imprimé à Lyon en 1672; il est devenu très-rare. Cette compilation n'a d'autre mérite que celui de contenir beaucoup de faits, mais ils sont noyés dans un déluge de réflexions triviales et puériles. L'auteur adopte sans examen les traditions les plus absurdes, et tout ce qu'il a écrit jusqu'à la réunion du Dauphiné a la France ne doit être consulté qu'avec beaucoup de précaution ; depuis cette époque, les nombreux documents qu'il avait à sa disposition lui ont fourni les moyens d'être plus exact. 7* Bistoirt généalogique de la maison de Sassenage, branche des anciens comtes de Lyon et de Fores , Grenoble, 1669, et Paris, 1696, in-12. Cet ouvrage a été insère dans le 2* vol. du précédent. 8" Le Nobiliaire du Dauphiné, Grenoble, 1697, 4 vol. in-12. La Sédition de ce recueil fut imprimée à Grenoble en 1671, 4 tomes en 2 vol. in-12, sous le titre d'État politique de la province de Dauphiné. En 1672, il en parut à Grenoble un supplément en 1 vol. in-12. la vérité est souvent altérée dans ce livre, qui n'a été fait que pour flatter les prétentions de quelques maisons de la province. 9* Histoire du Dauphiné abrégée pour M. le dauphin, avec un armoriai des maisons nobles de cette province, Grenoble, 1674, 2 vol. in-12. 10° De Pétri Boessatii equitis et eomitis palatins, viri clarissimi, Vita, libri duo, ad Franciscum Duguœum, régi ab intimis consiliis, virum il-

(t) Ceiic date est cette de l'extrait toplislere de Kle. Cborler. Jusqu'ici loui les bio«raj.bes l'avaient fait naître en tGOB. ( f«f. la Herte du D<mphi»f, 1. 1", p. S73. ) Ch-«.

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lustrem, Grenoble, 1680, in-12. 1 i° De Dionyiii Salvagnii Bœssii Delphinali, viri illustris, Yita, liber unm, ad Philippum Porrogum Lauberiverium, virum clatissimum, Grenoble, 1680, in-12. Ce volume contient plusieurs poésies latines de Boissicu, entre autres le petit poème où il raconte en fort jolis vers l'histoire de sa vie. 12* N'icolai C.horerii Viennent» juriscontulti Carminum liber unus, ad Franciscum Bonielium Treffortii priorem, amicum tuum, Grenoble, 1680. in-12. Rien dans ce recueil ne s'élève au-dessus du médiocre. 1ôe Histoire de la vie de Charles de Créquy de Blancheforl, due de Lesdiguières, gendre du connétable, Grenoble, 1083 et 169!>, 2 vol. in-12. 14° la Jurisprudence de Gui- Pape, dans ses décisions, avec plusieurs remarques importantes, dans lesquelles sont, entre autres, employés plus de six cents arrests duparlement. Lyon, 1692, in-4". C'est là, sans contredit, le meilleur ouvrage de Chorier, et, comme il offre un intérêt local, il a été réimprimé à Grenoble en 1769, in-4". Outre ces divers ouvrages, Chorier a encore composé celui qui parut d'abord sous le titre A" Aloysia Sigeœ Toletanm Satura sotadica, et ensuite sous celui de Joannis Meursii lalini sermonis Etegantia. La première édition de cet infâme livre, que son auteur voulut faire attribuer à Uuisc Sigée de Tolède, parut d'abord en 2 vol. in-12, sans date, ù Grenoble, chez Nicolas à qui Chorier donna son manuscrit pour le dédommager des pertes que l'impression du premier volume de l'Histoire du Ùauphiné lui avait fait éprouver; mais cet imprimeur, ayant été poursuivi, se vit obligé d'abandonner son commerce. Cette première édition n'a que six dialogues ; la seconde, imprimée à Genève, en a sept. Elle est remplie de fautes. Lincelot, de l'académie des inscriptions, en a vu à Grenoble un exemplaire où elles sont corrigées de la main de Chorier. Ce fut de May, avocat général au parlement de Grenoble, qui fit les frais de ces deux premières éditions, parce que la misère de l'auteur ne lui permettait pas de les faire lui-même. Cet ouvrage fut d'abord attribué à divers auteurs, et même à Boissieu. On crut aussi qu'il avait été composé par un Italien, et que Chorier n'en était que l'éditeur ; mais celui-ci, tout en se détendant de l'avoir tait, prit des mesures pour ne pas laisser ignorer la vérité, et même il inséra dans le recueil de ses poésies latines une pièce qui avait été publiée en tête de la première édition de VAloysia. Voici les principales éditions de ce recueil d'obscénités : celle revue par N. Corbie et P. Mouct, et augmentée par eux de plusieurs pièces anciennes et modernes dans le même genre : Blegantia lalini termoni, seu Aloysia Sigea Toletana de Ârcanis Amoris et Veneris, Amsterdam, Elzcvir (Paris, Grange), 1757, 2 parties en 1 vol. in-8" ; celle donnée par Meunier de Querlon, qui dit avoir examiné onze éditions différentes d' Aloysia, Lcyde, Elzevir (Paris, Barbou), 1 vol. in-8* ou 2 vol. in-12 qui se joignent à la collection Barbou ; celle de Cazin, Londres, 1781, 2 vol. in-32, assez, jolie, mais peu correcte. L' Aloysia a été traduite par l'avocat Nicolas, fils de l'imprimeur de Cltorier, sous le titre (ï Académie des Dames, ou Entretien» galants d'A-

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Inysia, Grenoble, 1680, 2 vol. in-12, souvent réimprimés, notamment en 1730, 1776 et de nos jours. Une autre traduction de cet ouvrage, intitulée le Meursius français, ou Enfreticm galants, 1719, et Cythére, 1782, 2 vol. in-12, a été réimprimée sous ce titre : Nouvelle Traduction de Meursius, connu sous le nom d' Aloysia, ou de l'Académie des Dames, revue, corrigée et augmentée de près de moitié, etc., Cythèrc (sans date), 2 vol. in-12. Ch. Nodier a dit plusieurs fois, dans le Journal des Débats, que Camille Desmoulins avait traduit l'ouvrage de Chorier. « Peut-être lui a-t-il attribué, dit Barbier, la réim- « pression «pic nous venons de citer. » Chorier a encore publié des mémoires, des consultations et quelques autres ouvrages de circonstance. Cet écrivain avait des connaissances et de l'érudition, mais il manquait de goût et de critique. Il a beaucoup écrit et n'a pas fait un bon livre. Son style, en dépit des louanges que lui donne Gui Allant, est incorrect et barbare ; cependant ses ouvrages latins, et surtout ses vers, ne sont pas dépourvus d'une certaine élégance. Une Histoire de la vie et des ouvrages de Nicolas Chorier éerile avec beaucoup de soin a été insérée dans les mélanges biographiques et bibliographiques de MM. Colomb de Batioes et Jules Olivier, t. 1er, pages 1-50. B— c — t.

CHORIS (Lovis) (on prononce Khoris), peintre et voyageur russe, né le 22 mars 1795, d'une famille allemande, à lekaterihoslav, fut envoyé au gymnase de Kharkov, où il montra d'heureuses dispositions pour le dessin. Ses premiers essais fixèrent l'attention, et Marshall de Biberstein l'emmena avec lui dans un voyage qu'il fit au Caucase, en 1813. Clioris, s'étant ensuite perfectionné dans son art à St-Pétersbourg, fut choisi pour faire partie, comme peintre, de l'expédition autour du monde entreprise par le brick le Rurick, que le comte de Romanzov, chancelier de l'empire, équipait à ses frais. Le bâtiment était commandé par Olton de Kolzcbue, lieutenant de vaisseau de la marine impériale. Il fit voile de Cronstadt, le 30 juillet 1815, et fut de retour le 3 août 1818. Clioris vint à Paris l'année suivante, et y reçut un accueil distingué des savants et des artistes. Il travailla assidûment dans l'atelier de M. Gérard pour acquérir plus d'iiabilelé, et apprit la pratique de la lithographie, afin de n'être par obligé de recourir à l'aide d autrui pour publier le, matériaux qu'il avait recueillis dans son voyage. Dominé par la passion de parcourir les pays lointains, et voulant tirer parti de son talent tout en courant le monde, il quitta la France, en 1827, avec le projet de visiter le Mexique et d'autres contrées de l'Amérique. Il emportait tout ce qui était nécessaire pour l'exécution de son plan, et il avait obtenu du gouvernement son passage sur une frégate qui, après avoir visité les petites Antilles, attérit à la Havane. De là, Clioris gagna la Nouvelle-Orléans, où Ton essaya vainement de le retenir pendant quelque temps. Débarqué à la Véra-Cruz, le 19 mars 1828, il se mit en route le 22 pour la capitale ; il devait partir la veille avec un Anglais nommé Henderson, mais il aima mieux aller en compagnie d'un niéde-

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