‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 45 sur 117 · LIT · texte numérisé non relu

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tagea ses loisirs entre réunie et les soins qu'il devait à sa jeune famille. Le bonheur dont il jouissait ne tarda pas à être troublé : son penchant pour les nouvelles opinions se manifesta dans ses écrits, et il fut obligé de prendre la fuite pour se soustraire à la rigueur des édits contre les novateurs. 11 se réfugia d'abord a Strasbourg, où il fut accueilli par le généreux Slunn, qui regretta vivement de ne pouvoir, eu lui assurant une existence honorable et paisible, lu mettre à même de perfectionner son œuvre des se pt jours, c'est-a-dirc sa Tipoeosmia, dont on parlera tout-à-l'heurc. De Strasbourg, il partit pour l'Angleterre, au mois d'octobre 1865, avec des lettres de Sturm pour la reine Ëlisobelh elle-même et pour quelques-uns des seigneurs de la cour (1). Sturm, dans ses lettres, représente Citolini comme un ItomilM animé d'une piété sincère, plein d'érudition et supérieur à l'adversité qu'il supporte avec un courage admirable. Mais il s'en faut beaucoup que le savant Aposlolo Zeno en fasse un portrait aussi avantageux dans ses notes sur la Bibliothèque de Fontanini. Suivant Zeno, Citolini n'était qu'un hypocrite et un effronté charlatan qui s'était fait bien venir des grands au moyen d'u ne espèce de mnémonique, dont il n'était pas même l'inventeur, et qu'il ne communiquait à ses élèves qu'après leur avoir fait promettre de garder le secret. On voit, par une lettre de Sturm, qu'en 4568, Citolini se trouvait encore à Londres ; mais on n'a pu découvrir ni le lieu ni lu date de sa mort. On a de lui : 1° Lellera in diftta delta lingua volgare, Venise, 1540, iu-4#. Cette lettre, adressée à fume Pallavicino, l'un de ses protecteurs, est Irèsreclterchée des curieux, quoiqu'elle renferme beaucoup d'idées repoiissécs |wr les grammairiens modernes. (Voy. la Série de M. Gandia.) Elle a été réimprimée à Venise, 1551, in-8», avec la Lettera al il/uzto de Jérôme Ruseclli [voy. ce nom), et les Luoghi, essai d'un plus grand ouvrage dans lequel Citolini se flattait, au moyen des lieux communs, d'enseigner l'art de parler facilement sur tous les sujets imaginables. 2» ïïpoeonmo , Venise , 4561, in-8*. Cet ouvrage, que Sturm trouvait admirable, n'est, au jugemi nt de Zeno, qu'un mélange ou plutôt un chaos dans lequel se trouvent confondus, sous un seul lien commun qui est le monde, tous les objets matériels et immatériels qui composent l'univers. Citolini devait la première idée de cet ouvrage a YArtificio de Jules Camillo, destiné de même à fournir un moyen de soulager la mémoire. On doit encore à Citolini des ramone dans la Raeeolta d'Alanagi, t. 2, p. 95, et l'édition du Diamerone de Marccllino, Venise, 1565, in-4*, avec une dédicace au célèbre Coruaro, l'auteur d'un traité sur les avantages de la sobriété. W— s.

CITRl DE LA GUETTE (S.), auteur du 17* et du 48* siècle, dont on ne connaît ni la patrie, ni les dates de naissance et de mort, ni les diverses circonstances de la vie. Il uc méritait pas cet oubli, qu'on ne peut attribuer qu'au voile de l'anonyme

(t) Les Irtlm de Slnrm '«ni ininriurrt dans le rwoeil de le lire» adresse»» Rofer AsdaM, tW. ce imu.;

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| dont il s'est toujours couvert. Les ouvrages et les traductions qu'on lui attribue sont estimés et recherches : 1° Histoire de la conquête de Jérusalem sur les chrétiens par Saladin, Paris, 1679, in-12. C'est une prétendue traduction d'un manuscrit gaulois, dont on a révoqué en doute l'auihcnfuité. 2" Histoire des deux triumvirats, Paris, 1681 , 3 vol. in- 1 2, réimprimée souvent depuis, o Cet ouvrage, dit l - \ Mo- « reau, m'a toujours jKiru un chef-d'iruvre ; il cx- « pose avec la plus grande clarté et beaucoup de « chaleur une des plus importantes révolutions de « 1'hisloire romaine, etc. » Dans les éditions de 1715, de I7IÎ), de 4741, 4 vol. in-12. on a ajouté la J'i'e d'Auguste, par Larrey. 5Ô Histoire de la conquête de la Floride sous Ferdinandde Solo, Paris, 1685, in-12; 1699, in 12, traduction du portugais. A" Histoire de la conquête du Mexique, trad. de l'espagnol d'Antonio deSolis, Puis, 1691, in-4*; Amsterdam, 1692, 2 vol. in-12, réimprimée plusieurs fois : la 5' édition est de Paris, 1730, 2 vol. in-12, lig. Il y a une édition de 1774, 2 vol. in-12. 5* Histoire de la découverte et de la conquête du Pérou, trad. de l'espagnol d'Augustin de Zarate, Amsterdam, 1700; Paris, 1716, 2vol. in 12, fig., réimprimée en 1742 et 1774, 2 vol. in-12. C.T-Y.

CITTADINI : Ci. i.si ', l'un des plus savants auteurs italiens du 16* et d'une partie du 17* siècle, était né a Home, en 1553, d'une famille noble siennoise. Il vécut à Rome un grand nombre d'années ; il fut ensuite appelé à Sienne par le grand-duc pour y professer publiquement la langue toscane, et il y mourut en 1627. Il possédait non-seulement les langues grecque et latine, mais il savait aussi Phéhreu. Son érudition dans les antiquités, les inscriptions, les médailles, était immense. Il avait fait une étude particulière et approfondie des antiquités de sa patrie, et les titres, les armes, les généalogies de toutes les familles de Sienne lui étaient aussi connues qu'a un généalogiste de profession. Il possédait aussi plusieurs sciences, telles que la géographie ancienne et moderne, la cosmographie, et même la botanique ; mais, surtout dans ses dernières années, la langue toscane fut l'objet le plus constant de ses travaux. Les explications qu'il donnait, dans ses leçons, sur les origines, les tours propres, les règles fondamentales et les anomalies de cette langue, étaient toujours appuyées d'exemples, et il ne s'en rapportait pas aux éditions des lions auteurs. A force de soins, de recherches et de dépenses, il était parvenu a rassembler jusqu'à cinq cents manuscrits autographes de Pétrarque, de Uoccace, du Demi» et d'autres auteurs classiques, et c'était là seulement qu'il puisait ses autorités. Ses mœurs étaient aussi douces et son caractère aussi bon que son esprit était orné. Son oraison funèbre fut prononcée dans l'académie philomalique, ou de'filomati, dont il était membre, par Jules Piccoloinini, son successeur à l'université de Sienne. Les ouvrages imprimés de Celso Cittadiui sont : 1* Mme plaloniche del sig. Celso Citla- Uni dcW Angiotieri (c'est le seul de ses ouvrages où il ait pris ce surnom), con alcune brevi sposizioni deifo stesto autore, etc., Venise, 1585, in-12. 2* Due

CIU

édition des Aime di Ouido Catatcanti, précédées du commentaire du cardinal Egidio Colonna sur la centime d'Aimn c de ce poêle, avec des observations de l'éditeur sur ce commentaire et une vie abrégée de Cavalcanti, Sienne, 1602, in-S°. 5° Tre Orazioni, Sienne, 1 603, in-8*. 4° Parthenodoxa, ovvero etposisione délia camone del Pctrarca alla Vtrgine madré di Dio, Sienne, 1604 et 1607, in-4°. 5° Trattalo délia vera origine e del processo e nome delta nottra U ligua, icrillo in volgar iane$e, Venise, 1601, in-8°. G1 Origiiri Jclla volgar totcana favtlla, Sienne, 1664, iu-80; 2e édition, d'après un mauuscrit revu et corrige par l'auteur, ibid., 1628, in-8". Le savant pbilologue Girolamo Gigli a lait reimprimer ces deux derniers traités, et y a joint quelques opuscules inédits de Cittadini, tels que des notes sur les Prou del Bembo et sur la Giunta del Casteltelro,cl un Tratlalo degl'idiomi, sous ce titre : Opère di Celso Cittadini $ane$é, etc., Home, 1721, in-8°. Ses œuvres y sont précédées d'une vie de l'auteur très-étendue, et écrite avec beaucoup de soin. Cittadini avait laissé, entre autres ouvrages manuscrits, un Discorto dtll' anlichità dtlle famiglie, résultat de toutes les recherches qu'il avait laites sur ce sujet dans sa patrie; Jcan-Jérùme Carli l'a kit imprimer avec de savantes notes, Lucques, 1741, in-8». G— Ê.

CITTADINI (Pierre-François), dit i/l/i/anwe, peintre, mort à Bologne en 1681, âgé de 65 ans, suivant Crcspi, et de 68, suivant Orelti, naquit à Milan, et alla étudier sous le Guide. Quelques-unes de ses compositions annoncent qu'il pouvait entreprendre de grands ouvrages ; mais l'exemple de plusieurs artistes qu'il avait vus a Rome le détourna de ses premières études, et il se borna à peindre des tableaux de cbevalet, des fruits, des fleurs, des oiseaux morts, accompagnes quelquefois de petites figures très -agréables. On voit à Bologne beaucoup de ses ouvrages. Ce mailre laissa trois fils qui s'adonnèrent au même genre d'études, et que l'Albane appelait en conséquence i Frattajuoti et i Fioranti. L'alné, Jean-Kaptiste, né en 1657, mourut en 1603 ; le second, Cltarlcs, mourut en 1744, âgé de 75 ans. On ne sait la date ni de la naissance, ni de la mort d'Ange-Mielicl, qui fut le troisième. Charles eut deux fils, Gaétan et Jcan-Jérùme. Gaétan excella dans les vues de campagne, où il distribuait babilement la lumière et des épisodes d'nn effet heureux. C'est en llomagne et à Bologne que l'on trouve particulièrement les ouvrages de ce dernier. A— n.

CIULLO D'ALCAMO est généralement regardé comme le premier poète qui ait fait usage de la langue italienne.. Il était né vers la fin du 12* siècle, près de Païenne, dans la petite ville dont, suivant un usage très-commun de son temps, il joignit le nom à celui de Vineiullo (Vincent, qu'il avait reçu au baptême : Ciullo en est le diminutif]- . Un vers de la seule eanzone qui nous teste de ce poète, où il parle des richesses que pouède Saladin, semble prouver qu'elle fut composée alors que le sultan, déjà fameux par ses victoires sur les chrétiens, passait pour le monarque le plus puissant de l'Asie. On pourrait donc en conclure qu'elle est an-

térictire à l'année 1193, date de la mort du sultan. Cependant Auria (Sicilia faemfrfef) ne pense pas que Saladin vécût encore lorsque Ciullo composa cette pièce ; et il croit même qu'il ne l'écrivit que sous le règne de l'empereur Frédéric II, prince qui, par ses encouragements et par son propre exemple, i anima dans l'antique patrie des Muses le goût des lettres et de la poésie. La langue italienne qu'employa Ciullo n'était point encore dépouillée de la rouille de la barbarie. Dante, voulant montrer combien cette langue déjà si souple avait été rude dans ses commencements, cite, sans en nommer l'auttur (de Vulgari Eloquentia,Hn,c.i2u le vers suivant de Ciullo :

Traheme desla focora se tesse a volontatc.

La eanrone de Ciullo mérite à peine, suivant Ginguené, d'être comptée parmi les productions de la littérature italienne, puisqu'elle est écrite dans un jargon plus sicilien qu'italien. Elle est composée de trente-deux strophes qui paraissent de cinq vers ; mais les trois premiers, de quinze syllalics, ne ressemblent à aucune espèce de vers connus. En les examinant, il est clair que chacun des trois premiers vers doit se diviser en deux, dont le premier est nn vers de huit syllalies, de ceux qu'on appelle tdruccioli, et le second, un vers de sept syllabes. La strophe devient ainsi de huit vers de différentes mesures, rimés et non rimés, telle qu'on la retrouve dans les anciennes poésies provençales. ( Voy. Ginguené, Mil. lift. d'Italie. 1. 1", p. 337.) la canione de Ciullo a été publiée, pour la première fois, par Allacci dans les Potti anlichi raceolti da codici mit. delta bibliot. Yaticana e Barber ina, Naplcs, 1661, in-8°. Quoique défigurée par des fautes de toute espèce, cette édition est très-précieuse et recherchée, parce qu'elle renferme des pièces qu'on ne trouve pas ailleurs. Elle contient des vers de l'empereur Frédéric II, de son chancelier Desvignes {de Vineis), et de plusieurs poètes moins connus. (Foy. VHitt. litl. d'Italie, t. 1er, p. 396.) La camone de Ciullo a été reproduite par Crescimbeni dans Yhtoria delta volgare Poetia, t. 3, p. 7. Son titre d'un des plus anciens poètes italiens ne pouvait mauquer de procurer ii Ciullo une place assez importante dans l'histoire de cette littérature. Mongitori a cité, dans la Biblioth. Sicula, p. 140, les nombreux ouvrages où ses droits sont exposés et discutés. On peut encore consulter Tiraboschi, Storia delta Letlerat ital., t. 4, p. 397. Vv-s.

Cl VILLE (François de), né le 12 avril 1S37, a Rouen ou dans les environs de cette ville, n'avait que vingt-six ans lorsqu'il triompha, grâce a m» constitution très-robuste, d'une foule d'accidents mortels pour tout autre que lui. En 1562, la ville de Rouen avait été assiégée sur les protestants, qui y avaient pour chef le célèbre comte de Montgommery. Cet illustre guerrier, gouverneur de la ville, qui avait en Civille une grande confiance, le chargea, le 15 octobre, de repousser les assiégeants qui livraient un assaut du côté de la porte St llilaire. Là, Civille, grièvement blessé à la mâchoire et à la nuque,

tomba du haut du rempart, et, considéré comme mort, fut quelques latin s après jeté dans une fosse et recouvert d'un peu tle terre. A la chute du jour, ta Uarre, domestique de Civillc, et qui l'aimait tendrement, sortit, avec la |ieruiUsioii tle Monigommery, pour aller chercher le corps de son maître et |)our lui donner une sépulture décente. La découverte était diflicile à iàire, parce que la ligure du guerrier élail devenue méconnaissable par l'effet de sa blessure, du sang coagulé et de la terre qui s'y •Mail mêlée. La Barre, et l'officier supérieur que le gouverneur de la ville lui avait dunné pour l'accompagner, se reliraient avec le regret de n'avoir pu remplir leur mission, lorsque le premier, qui s'éloignait lentement, se retourna une dernière fuis et vit, au clair de la lune, etineeler un diamant qu'il savait que son mai ire portait au doigt. Ou s'empressa, après l'avoir reconnu, d'enlever le cori», et l'on s'aperçut bieutot qu'il conservait un reste de cUaleur. Pour le faire panser, on le remit entre les mains des chirurgiens, qui, le croyant dans un état désespéré, ne daignèrent pas s'occuper de lui. Désolé, mais conservai)! quelque espérance, la barre porta Civille à son logement. Là, resté cinq jours sans donner aucun autre signe de vie que la chaleur ile la lièvre, le blessé reçut enfin les secours de deux médecins cl d'un chirurgien que sa famille lui envoya. Grâce à leurs soins, la plaie s'élaut dégorgée, le malade éprouva un grand soulagement, mais resta encore sans mouvement et sans raison. Ce ne fut que onze juurs après sa blessure reçue qu'il reprit connaissance. Malheureusement cette même journée, qui était le 26 octobre, la ville fut emportée d'assaut I mi les catholiques. Au milieu des horreurs du massacre et du pillage, la maison de Civille fui envahie par les vainqueurs, et, tout mouraul qu'il élail, il fut jeté par une fenêtre sur un monceau de fumier qui rendit sa chute moins daugereuse. Il y resta trois jours et (rois nuits sans secours, exposé au froid de Ja saison, n'ayant pour tout vêlement que sa chemise et son bonnet. Enfin, un parent catholique du moribond se détermina à l'aller chercher pour lui faire donner la sépulture ; Payant trouvé vivant, il le fit transporter a Cantclcu, sur les bords de la Seine. Quoique l'animosité, qui est ie fruit des guerres religieuses, fût très-violeul de part et d'autre, les mêmes soldais gascons qui s'étaient d'abord élablis chez Civille, et grâce à Lugo, leur capitaine, l'avaient protégé avant que des furieux vinssent les remplacer, lui rendit eut le service de le transporter eux-mêmes jusqu'au bateau sur la Seine. Ces soldats furent plus humains que le concierge du château de Croisscl, qui reçut loti mal le parent de son maître: il eut la barbarie de laisser le mourant longtemps sur le ponl-levis, où il allait expirer de froid, lorsqu'un domestique se décida à ouvrir la porte. Ce ne fui qu'au bout de quelques jours que Croisse! , qui ctait resté à Rouen, put envoyer à son cousin des médecins et des remèdes. Cependant le bon la Barre était parvenu à rejoindre sou maître. Peu à peu Civille recouvra ass.z de forces pour pouvoir être Iransporté dans le pays de Caux, loin des dangers

qu'offrait le voisinage de Rouen. On était parvenu au mois de juillet 1563; il y avait doue neuf mois environ que l'infortuné blessé était en proie aux tortures physique et morales les plus douloureuses. Au bout de six semaines, il se trouva en état de marcher, et s'empressa, en homme d'honneur et de courage, d'aller lejoindre ses compagnons d'armes, quoique se» blessures se rouvrissent souvent encore. En 1583, ee vaillant capitaine, qui avait, on ne sait commcnl, échappé au massacre de la St-Barthélemy, fut obligé de passer en Angleterre pour éviter les persécutions dont les protestants étaient sans cesse l'objet et les victimes. Ce fut dans cette ile hospitalière qu'il trouva l'accomplissement de sa guérison, et qu'il écrivit, vers 1606, les principales particularités de sa vie, dont les aventures, vraiment extraordinaires, excitèrent la curiosité de la reine Elisabeth, qui. après les avoir entendues de la bourbe de l'auteur, lui lit présent de son portrait. Celle histoire a été publiée par Misson, à la suite de san Voyage d'Halte, L trechl, 1722, 4 vol. in-8°. Parvenu à l'âge de 78 an», François de Civille mourut en 1614. D'Aubigné s'exprime ainsi (t. 1", liv. 5, clap. 10), a Je l'ai vu aux assemblées nationales, député de « Normandie, quarante - deux ans après sa bles- « sure, et j'observai que quand nous signions les « résultais, il mettait toujours : François de Cla ville, trois foi» mort, trois fois enterré, et trois « fois, ;m r la grâce de Dieu, ressuseili, » C'est dans l'extrait que le voyageur Misson avait fait du récit de Civillc que nous avons puisé le fond de cette notice ; mais nous y avons ajouté les renseignements que nos recherches et l'obligeance de sa famille uous oni procures, veux acs anierc-poiics-ititc oc ce capitaine existait ni encore en Angleterre an mois d'avril 1008 : l'une y avait épousé un gentilhomme anglais, nommé lirune-Sandhain ; l'autre, M. de Siqucvillc, geniilliomine français protestant. Je tiens de M. Ernest de Blossevillc, auteur de plusieurs productions estimées, et dans les veines duquel coule le sang de Civille, que ce capitaine avait été (sans doulo par Henri IV ou par le comte de Montgommcry) envoyé en Angleterre auprès d'Elisabeth, de laquelle il obtint un secours d'hommes et «l'armes qu'il débarqua heureusement sur h1» côtes de Normandie, où le Béarnais combattait alors jiour recouvrer son trône et conquérir la liberté de conscience. D — B— S.

Cl M LIS (Ci. v mm i s , chef des Bataves , issu de rois de cette natiou , qui , protégée par les bras du Rhin et par ses marais, n'elait point soumise aux n il ii us que les autres parties des Gaules payaient aux euq>ercurs romains , et leur fournissait seulement des armes et des soldats. Joints Paulus et Claudius Civilis se di«linguaitnt entre tous les Bataves pai l'éclat de leur naissance et par leur influence sur l'esprit de leurs concitoyens. Dés fors ils devinrent suspects aux Romains, qui firent mourir ie premier, après une accusation que Tacite avoue avoir été fausse. Civilis , chargé de fers , fut conduit à Néron, absous par Galba, et près de périr sous Vitellius, |ianeque l'armée demandait «m supplice. De là, sa haine implacable contre les Romains.

On rapporte qu'il semblait se glorifier <le la perte d'un iril, parce qu'elle lui donnait un degré de ressemblance de plus arec Annibal et Scrtorius. Il résolut de soustraire son pays au joug de ceux qu'il abhorrait ; une occasion favorable se présenta , il la saisit. Vitelihts et Vespasien se disputaient l'empire; les légions que Viiellius avait commandées voulaient demeurer fidèles à cet empereur ; quelmies officiers seulement étaient en secret du parti de Vespasien, et engageaient Civilis à se révolter et i opérer une diversion, pour qu'on ne les obligeât point à ramener a Rome les troupes qu'ils avaient sous leurs ordres; il parait même que Vespasien fit écrire au chef des Dataves , pour le prier de tenir les légions en échec par un soulèvement apparent. Viiellius avait ordonné des levées parmi les Bataves. Le luxe et l'avarice des préposés rendirent encore plus oppressive l'exécution de celle mesure. Des vieillards, des infirmes, étaient contraints de se racheter ; des jeunes gens remarquables par leur beauté, non encore arrivés a l'âge du service, mais qui avaient la taille requise, étaient enlevés dans des vues criminelles. Civilis profila habilement de ces circonstances. Sous prétexte de donner un repas, il assemble dans un bois sacré les chers de la noblesse et les plus braves des plébéiens; il les excite â la révolte ; il leur rappelle les odieuses exactions des officiers romains; il leur monire la division dans Rome, les Germains, dont ils liraient leur origine, prêts â combattre pour eux, et les Gaules disposées à se soulever. La conjuration se forme; tous les conjurés prêtent serment ; on envoie de toutes parts des députés. Les Canninéfates , des bords de la mer, les Frisons, d'au delà du Rhin, se joignent aux Bataves, et mettent â leur téte un nommé Urinnon, lils d'un chef qui avait longtemps bravé la puissance des empereurs. Les cohortes romaines sont attaquées et dispersée*; les commandants des différents forts, ne pouvant se défendre, y mettent le feu, se retirent, et la Rata vie est libre. Civilis, dissimulant encore , blâme les commandant romains d'avoir abandonné leurs postes , et s'offre de tout pacifier; mais les Germains, transportés de joie d'avoir trouvé un chef digne d'eux , trahissent •on secret, et on apprend bientôt que le vrai moteur de la révolte n'est pas Urinnon, mais Chilis. Ce der nier se met donc alors â la téte des Bataves; se prépare à la guerre , et parvient encore â déguiser ses projeta et â faire croire fc ses ennemis qu'il ne combat que pour Vespasien. Il marche enfin contre les Romains , leur débauche une cohorte de Tongrois, qui se range de son coté, met le reste de leur armée en fuite, et s'empare de la flotte qu'ils avaient sur le Rhin. Civilis parvient encore â persuader â une légion de vétérans bataves, qui étaient en garnison à Mayence , de se joindre à lui ; il lait soulever les Trévirois, les Langrois, les Ner viens, les Tongrois, dont les armées , sous la conduite de Tntor, de Classicus et de Sabinus, viennent grossir ses troupes victorieuses. Avec ces forces réunies, il entreprend le siège de Vétéra , camp situé prés de Buderich, extrêmement fort par sa position et par les travaux qu'Auguste y avait fait faire. Les vieilles bandes ren-

fermées dans ce camp font des prodiges de valeur ; pourvues de toutes les machines de guerre et de tous les moyens de défense , elles s'en servent avec autant d'habileté que de courage. Civilis, n'es|>érant pas s'emparer de Vétéra de vive force, en forme lo blocus ; il se ménage des intelligences dans l'armée romaine, et y sème la division. Les ehefs commandent, et ne sont plus obéis ; on se révolte ouvertement ; le général Honorius Flaccus est assassiné ; Vocula, qui lui succède, subit le même sort. Cependant le courage et le sentiment de l'honneur militaire subsistent encore dans le cerur de ces hommes qui ont violé leurs serments, les règles de la discipline et les lois de l'humanité; ils se défendent; jusqu'à ce qu'ils aient épuisé les derniers moyens de' subsistance. Civilis les force enfin fa jurer obéissance i à l'empire des Gaules, et leur promet la vie sauve ;; mais il ne peut empêcher les Germains de massacrer j les plus braves d'enlre eux. La destruction de toutes' les villes et de tous les camps construits sur le Rhin par les Romains , â la réserve de Cologne et de Mayence , que les vainqueurs conservèrent , fut le résultat de cette victoire. Civilis est reprdé comme le liWrateur de la Batavie. Les nombreuses tribus de la Germanie célèbrent en lui le héros digne de les commander; h s dieux mêmes semblent, aux yeux des peuples, confirmer le succès de son entreprise et proclamer la chute de la puissance romaine : le f '.apitoie est , à cette époque, presque détruit par un incendie, et les Druides publient que cet événement est le présage île la colère céleste, et annoncent que les nations d'au delà des Alpes sont désormais destinées a régner sur l'univers; le Rhin, une des barrières de l'empire romain , est réduit à un faible ruisseau par une sécheresse longtemps prolongée : la vierge Véléda, du milieu des bois sacrés où file réside , a fait entendre aux Germains ses oracles révérés : elle a prédit le massacre des légions romaines et les succès des Dataves; et enfin Civilis , qui , dés le commencement de la guerre, avait laissé croître sa chevelure blonde, la coupe en signe de réjouissance , et pour annoncer que son vo?u était rempli : il se trompait. Vitcllius est tué, et Vespasien, partout victorieux, envoie Céréalis commander dans les Gaules. Plus de cause de discorde dans les légions romaines ; plus de dissimulation possible de la part de Civilis et de ses confédérés, qui d'alxird disaient n'avoir pris les armes que pour soutenir le parti de Vespasien. D'un autre colé, peu d'accord entre les Gaulois et les Bataves, et une secrète jalousie entre leurs chefs. Sabinus, qui commandait les Langrois et se disait descendant de Jules-César, se fait déclarer empereur par ses troupes, et refroidit ainsi les autres peuples de la Gaule qui étaient disposes à prendre les armes. Les Rémois, qui s'étaient assemblés pour proclamer leur indépendance, changent d'avis; les Séquanois, restes lidéles aux Romains , mari lient contre Sabinus, et mettent son armée en fuite. Civilis et Classicus, sommés par Céréalis de mettre bas les armes et de congédier leurs troupes , ne répondent au général romain qu'en lui présentant la bataille : ils sont dé-

faits. Civilis livre cependant encore de nouveaux combats, et, après une suite de succès et de revers, il passe le Rhin, se relire dans l'Ile des Batavcs, y «dire Cercalis, inonde le pays par la rupture d'une digue qui retentît les eaux du fleuve, et se voit dans la position de faire périr presque en entier l'armée romaine ; il ne le fit pas, et prouva dans cette circonstance que sa prudence était égale à son liabilcté et à son courage. Eo effet, tout clail changé autour île lui : les Gaulois avaient été détails et s'étaient soumis; les agents secrets de Céréalis avaient gagné des partisans même parmi les ilatavcs , des»|iéres de voir leurs clwmps ravagés; des envoyés romains s'étaient fait écouter favorablement de la vierge Véléda, avaient gagné ses parents et ceux qui l'entouraient ; par conséquent les Germains paraissaient j.« u disposés à continuer la guerre. Enlin le général romain promettait au général balave un oubli complet du passé. Civilis, influencé par ces circonstances, et peut-être aussi, dit Tacite, par cet amour de la vie qui quelquefois amollit les plus grands courages, consentit à une entrevue avec Céréalis, et la paix fut conclue. Depuis , l'histoire ne fait plus mention de Civilis, mais le dernier acte de cette sanglante tragédie se termine par l'immortel dévouement de la généreuse Enoninc , épouse de Sabinus. (Voy. K pomme. ) Le supplice de ce dernier cut lieu neuf ans après les événements que nous venons de raconter, dont la date se rapporte aux années 70 et 71 de l'ère vulgaire. La guerre de Civiiis a élé écrite par Tacite avec de nombreux deuils qui n'oat pu trouver place ici ; elle remplit presque en tnlicr les deux derniers livres de son histoire. Nulle part ce grand écrivain ne se montre plus vif , plus brillant , plus animé ; mais comme le théâtre de celle guerre se trouve dans un pays auquel la main des hommes et les irruptions de l'Océan ont fait subir de nouvelles formes, il en est résulté que les traducteurs et les commentateurs de l'historien romain ne l'ont |>as toujours bien compris. On peut faire aussi ce reproche au marquis de St-Simou, qui a écrit sur ce seul sujet un volume in -fol -, intitulé : lliitoirc de la guerre des Bataveê et des Romains, Amsterdam, 4770, accompagnée d'un grand nombre de gravures, de plans et de cartes. W— h.

CIVITALI (Matthieu), né à Lueques, au 15* siècle, après avoir exercé l'état de barbier et de chirurgien peudant quarante ans, devint tout à coup scuplleur si habile, que l'on comparait ses ouvrages a ceux de Michel-Ange. On en voit dans la cathédrale de Gênes , et dans l'église de Sl-Michel , a Lueques. Il florissait en 1440. La singularité d'un homme qui, de simple barbier pendant quarante ans, devint tout de suite un sculpteur aussi célèbre, donna lieu à cette épitapbc:

Hic

la sinu nalarx quiescit Maltlixus Civitali, Lucensis; Quadragtnta qui perannos, tonsor duntaxal Sculpture subito amorc capius , Et foetus subito sculptor, SculDtores protinus toloiidil

Vix oiuues. Z.

CLA

CIVOLT, ou CIGOLI (Ions , s'appelait Cardi, ci était né en 1559, au château de Cigoli en Toscane. Quoiqu'il lui élève d'Alexandre Aliori, il a toujours copié les ouvrages de Michel-Ange, du Cortège, d'André del Sarto, du Pontormc et du liai-roche ; il consultait cependant Sanii di Tito, qui tenait à Florence un laug distingué parmi les pciulres. Civoli voyagea dons toute la Lombardic, ei y fit des études nssiducs; il travailla ensuite pour le grand-duc de Toscane, qui fut si content de ses ouvrages qu'il l'honora d'une cliaine d'or, et l'envoya a Rome continuer ses études et foire un tableau pour l'église de Sl-Pierre. Il lit, en concurrence avec Barrocci cl Michel- Ange de Caravagc, uu Ecce homo fort supérieur aux tableaux des autres mai Ires. A son retour à Florence, il fut cliargé des princi|iaux ouvrages qui s'y trouvèrent a foire. 11 lit connaître son goût pour l'architecture dans plusieurs fêles publiques, et dans les décorations de théâtre faites à l'occasion du mariage de Marie de Médicis avec Ucnri IV. Le piédestal et la statue de ce monarque, que l'on voyait avant la révolution sur le Pont-Neuf, à Paris, ont clé faits sur ses dessins. Civoli fut toujours malheureux , envié, persécuté, et souvent mal rérom|tensé. La facilité de son pinceau et son géuie férond furent les seules armes qu'il employa contre ses ennemis. Le Martyre de St. Etienne passe pour le plus bel ouvrage de cet artiste; ce fut ce tableau qui (il ap|>eler Civoli le Corrige florentin. Paul V lui donna un bref pour le foire recevoir chevalier servant claus l'ordre de Malte ; il reçut cet honneur a Rome, au lit de la mort, en 1613, âgé de 54 ans. Jean Bilivcrti, son élève, a achevé plusieurs de ses tableaux. A— s.

CIZEMSKY ( A mire lii mi religieux polonais, de l'ordre des franciscains, a vécu dans le (7* siècle, et a fait un ouvrage siugulicr, ayant pour titre : Laurus triumphalù sanguine Fianciscanorum provincial Polona a Suecis, C osa ci s et Uungaris recenler profuso, emerita, Cracovie, 1060. C— au.

CIZEROIN RIVAL ( Fh vm,uis-Loi c ,. né à Lyon, le 1" mai 1726, y mourut vers l'année 1705. On a de lui : 1* ZfpAtre et le Ruisseau , fable allégorique. 2* Lettre critique sur le livre intitulé : le Dessinateur pour les étoffes d'or, d'argent et de soie (de Joubert de l'Hiberderie ), 1766, in-IS. 3e Récréations littéraires, ou Anecdotes et remarques sur différents sujets, 1765, in-12, recueil assez curieux. On trouve à la suite un Mémoire historique sur Deslouches, et un Mémoire historique sur Rrossetle [Voy. ce nom.) 4» Remarques historiques, citliques et mythologiques sur les ouvres choisies de J.-B. Rousseau, in-8*. 5* La Répétition, comédie. Cizci on Rival a été éditeur des Lettres (amUières de Boileau et Brossetle. (Voy. Uiiossette ) On lui attribue des Lettres diverses, in-12, et des Poésies diverses, in-4«.

CL A ES (GLiLLAtUK-MAncEL), naquit a Gbccl en Brabant, le 8 octobre 4658, devint docteur en théologie dans l'université de Louvain en 1690 , et y obtint la chaire de morale. Comme les leçons d't thique ne se donnaient que les jours fériés, il abandonna la méthode de ses collègues qui pas-

eu

.«.nient une partie du temps à dicter, et fit Imprimer une partie de ses cahiers sous le titre d'Eihica sets tnora/tf, Louvain, 1702, in 12. Ce traité, écrit en latin avec une certaine élégance et avec pureté, annonce que l'auteur était supérieur à la mauvaise philosophie qui régnait de sun temps dans la plupart des écoles. Il y établit (pic la connaissance de soi-même et do Dieu est le principe, la lin et la régie des mu nis. S'il n'a pas su nettement sé|>arer la morale de la théologie, si trop souvent il s'occupe de lu seconde à propos de la première , il a eu du moins le mérite de se déclarer contre le probabilisme , doctrine relâchée qui comptait de chauds partisans , mais que l'auteur des Provinciales avait déjà foudroyée. Claes mourut en 1710. Il — G. CLAC. Voyez Zk.vob.

CLÀGETT (Guillaume), ecclésiastique anglais, fils ainé d'im ministre protestant, né à St-Ednuinsilbury , dans le Suflulk , le M septembre 1640, se lit distinguer parmi les élèves ilu collège d'Emmanuel à l'université de Cambridge. Après avoir prêché quelque temps avec succès, il obtint, en 1603, par la protection du lord garde des sceaux North, parent de sa femme, le rectorat royal «le Tarnham dans le ci mté de Ruckingham. 11 fut ensuite nommé chapelain ordinaire du roi, et mourut de la petite vérole, le 28 mars 1688. Clageit s'est montré pendant sa vie l'adversaire ardent du catholicisme , et trés-opposé aux projets de Jacques 11. Il a publié un grand nombre d'eerits de controverse, dont l'évéquc liurncl, qui range l'auteur parmi les hommes les plus éminçais de son siècle, fait un grand éloge. On trouvera la liste de ses ouvrages dans la Bioyraphia Britannica', nous nous bornerons à citer : 1" Différente entre la séparation des protestants de l 'Eglise de Home, et celle des dissidents de l'Eglise a" Angleterre , Londres, 1683 ; 2' t-lal de l'Eglise de Rome, ainsi qu'il résulte des rapjurrts faits aux papes Paul III et Jules II par leurs propres adhérents. Clagett a laisse un grand nombre d'ouvrages manuscrits, dont quelques-uns ont été publiés par son neveu Nicolas Clageit, dout l'un des fils fut évêque «le Sl-David et d'Exetcr. D— z-s.

CLAIR, ou CLAIRS (Saint), premier évêque de Nantes, cl apôtre de la cote méridionale de Bretagne, vivait sous le règne de Probus, et fut envoyé de Home dans les Gaules , avec le diacre Adéodat, vers l'an 280 de J.-C C'est une ancienne tradition dans le diocèse de Vannes «|ue St. Clair y termina sa \ie, et y fut enterré. Ses reloues furent transférées, en 878, à l'abbaye de St-Aubin d'Angers. Sa (.•le est marijuée dans les martyrologes au 1", au 10 et au 15 octobre. — Plusieurs agiographes ne distinguent point St. Clair, évêipic de Nantes , de St. Clair, ou Clairs, martyr. Africain d'origine, qui fut envoyé de Home en Aquitaine , et prêcha l'Evangile dans le Limousin , le Périgord et l'Albigeois. La ville de Lcctourc prétend avoir été le théâtre de son martyre. Son culte est célèbre dans le lïerri et dans plusieurs provinces méridionales de 1a France. Hensehéniiis a cherché à éclaircir l'histoire de ce saint dans son commentaire de S. Claro,

(■ iteopn martyre Lectora in Novempopulonia ; mais cette histoire est resiée incertaine. — Saint Clair, prêtre en Tourainc, qui vivait sur la fin du 4* siècle, était né, dit-on, dans l'Auvergne, d'une famille distinguée. Il fut élevé par St. Martin «le Tours, «lans son monastère de Marmouticr, et mourut trois jours avant ton maître. Sulpicc-Sévére, qui fut I particulièrement lié avec lui, en fait un grand éloge. | Il fit transporter son corps dans l'église qu'il avait | fait bâtir a Primuliac. St. Paulin composa trois epi- | taphes en son honneur, et les envoya à £ulpice-Séj vére, i|iii les lui avait demandées. St. Clair n'est I point nommé dans les anciens martyrologes ; mais sa fête est indic|uéc au 8 novembre dans le martyrologe romain moderne. ( Voy. les Vies des Saints de Baillet. ) V— ve.

CLAIR, ou CLER (Saint) , abbé de Sl-Marcel de Vienne en Dauphiné, naquit vers les commencements du règne de Clotaire 11 , sur les bords du Rhône, dans un lieu qui porte maintenant son nom. Il était encore «n bas âge lorsqu'il |>erdit son père. Quelques années après , sa mère entra dans le mo- 1 nastère de Sic-Blamlinc, qui servait de retraite a [ vingt-cinq veuves, et le mil dans le monastère de Sl-Fcrréol. Il gouverna pendant plus de vingt ans le ; monastère de Si -Marcel, où vivaient un grand i nombre de religieux. On prétend qu'il prédit dans sa dernière maladie les ravages que les Sarrasins et les barlares dTA/riipie devaient exercer longtemps après dans sa patrie. Baillet dit qu'il r.c ferait pas diliiculté de rapporter plusieurs miracles opérés par St. Clair, « si ceux de qui nous les tenons nous a avaient laissé de quoi les garantir. » Se sentant prés de sa fin. St. Clair se fit porter dans l'égliso de Sie-Blandine. On l'élendil sur un ciliée, et [tendant trois jours , il ne cessa de prier et de chanter le psautier avec ses religieux. On croit qu'il mourut dans ce saint exercice , vers l'an 660. Ses rclhiues furent dispersées par les calvinistes daus le 16* siècle. Sa vie, anciennement écrite par un anonyme, a été publiée par les bollandistes et par Manillon. Le nom de ce saint ne se trouve pas dans plusiciiri martyrologes, comme, ceux d'L'suanl et d'Adon. ( Voy. aussi Baillet, Vies des Saints, 1" janv.) V — te.

CLAIR (Saint), prêtre et martyr dans le 0* siècle , naquit à Rochestcr, en Angleterre , y fut ordonné prèlre , et passa dans les Gaules. Il s'établit dans le Vexin, et mourut, dit-on , victime de sa chasteté. Une femme, n'ayant pu faire chanceler sa vertu , se crut outragée , et commit le soin de sa vengeance a deux assassins qui le massacrèrent, vers l'an 891 , dans un bourg qui porte son nom , situé sur l*Epte, à neuf lieues «îe Ponloise, et à douze du Rouen. Ce bourg est célèbre par le traité «pii accor.la ù Rollon , «lue «les Normands , la province de Normandie et la princesse Giselle pour épouse. On voit encore auprès du bourg un ermitage où l'on ci oit que St. Clair faisait sa demeure , et où l'on va en pèlerinage «le tous les lienx voisins. Il y a dans la diocèse de Coutances un autre bourg qui porte la nom «le St. Clair, et, suivant une ancienne tradition, le saint y vérut quelque icmps avant de se retirer

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dan§ le Vcxin. Plusieurs églises de France «ont dédiées sous son invocation. Son culte est célèbre dans les diocèses de Rouen, de l'aies et de Beauvais. Il est nommé le 4 novembre dans le martyrologe de France et dans le romain. « L'histoire de St. C'air, dit Bajl- « let, est couverte de nuages qui ont paru jusqu'ici « impénétrables à ceux qui ont essaye de les |>crccr. a La variété des liclions dont on l'a obscurcie a été « cause que l'on a supposé deux saints de ce nom « sur la rivière d'Eple. » Mais cette opinion n'est appuyée sur aucun fondement solide. Le St Clair imaginé par quelques auteurs modernes aurait été prêtre des idoles, converti par St. INiraisc de Rouen, ♦ t martyrisé sur l'Epie. La vie de St. Clair a été écrite en latin par Hubert Peniau, Paris, 1633, in-4»; et en français, Rouen, 1645, in-8". La vie du même saint aété publiée par Mattliieu le Bon, diantre régulier de St-Victor, Paris, 1030. in-8"; et par Jacques Itoyreau , jésuite, 1656, in-13. ( Voy. aussi ï llittoire ecclésiastique de Normandie par Trigan, t. 2, et les Vies des Saintt de Raillct , au mois de novembre.) V— vk.

CLAIRAC (Louis André de la Manu de) servit d'abord, pendant six ans, dai s I inlanlerie, lut reçu ingénieur en 1743, et se trouva la même année, en cette qualité , aux sièges du Qucsnoi et de Louchain. Il quitta le génie après la paix, y rentra en 1733 avec le grade de capitaine réformé, sertit au siège de Kcbl.en 4733, et a celui de l'Irilisbourg, où il lut blessé au bras. R devint successivement ingénieur enebet, colonel, et enlin brigadier des armées du roi en 1748. R avait servi aux sic.'cs de Menin, d'Yprcs,de Furnes, deNamureldc Bcrg-op-7>ooiu. Il mourut à Bergue, le 6 mai 1750. On a de lui : 1* V Histoire des révolutions de Herse , 1750 , 3 vol. in-13 : celte bistoire va jusqu'en 1739; 3" l'Ingénieur de campagne, ou Traité de la fortification passagère, 17 0, in-4*, lig , ouvrage fort estimé, et qui est encore le meilleur que nous ayons sur cette matière. J.-L. Lecoinic en a donné un extrait sous ce titre : ta Science des postes militaires, 1759, in-IS. D. L. C.

CLAIRAMBAl LT (Pierre de), généalogiste de l'ordre du St-Esprit, naquit, en 1651, à Asnières, en Champagne. Sa longue carrière fut entièrement consacrée à des recberebes généalogiques. Les continuateurs de la Bibliothèque historique de ta France ont indiqué les immenses collections qu'il avait formées en ce genre. On y remarque : 1* les généalogies des principales (umilles de France, avec les titres rangés par ordre alpliabélique, en 300 vol. in-fol.; S* un recueil pour servir à l'bisloire de l'ordre du St-Esprit, eu 140 vol. in-fol. et deux pour la table. Clairambault avait fourni, pour la deuxième édition de VMrloire de la maison de France du P. Anselme , le catalogue des chevaliers de l'ordre du St- Esprit. Il continua et augmenta ce travail, qui fut reproduit par le P. Simpîicien dans le t. !i* de la 3F édition de ce grand om rage, où l'on rheirbe vaincm< nt la mention 'que méritait une coopération aussi ini|K)i tante et aussi utile. Il ré.iigt-a auv>i l'inventaire des manuscrits de Roger de Gaiguiércs, gouverneur île Joinvillc. au nombre de plus de3.000.

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presque tous relatifs à l'histoire de France et d«n( la bibliotlièquc du roi a fait l'acquisition. On trouve dans les Mémoires de l'académie des inscririons et bellei-lcllrts, in 4°, t. 9, une réponse de cette société savante à des questions qui lui avaient été soumises par Clairambault sur quelques tombeaux trouvés dans l'église de Cliilenay , prés de Sceaux. Cet luibile géuéahcisic mourut à Paris, en 1740. — Nicolas-Pascal Clairambault, neveu du précédent, ne en 1098, obtint, dés l'année 1710, la survivance de la charge de généalogiste de l'ordre du St Esprit. Il devint aussi possesseur des collections formées |iar son oncle ; à sa mort elles furent réunies au dépôt de l'ordre du St- Esprit. Il dressa les tables généalogiques de plusieurs familles illustres, entre autres de celle de Ruban. Qui ipies travaux de ce genre furent livrés à l'impression ; mais comme on n'en lirait que peu d exemplaires, ils échappent aux recberebes des b:bli<>grapbes. On croit qu'il eut part à la publication rie I Extrait de la qénéatogie de la maison de Mailly , suivie de l'histoire de la branche des comtes de Mailly, etc., Paris, 1757, in-lol. et in-4°, lig. « Cet ouvrage est ma:: ni tique, « L.nt pour la beauté de l'édition que pour la quanti lité de planches, vignettes, etc. (1). » Il eui pour collaborateur le P. Simplieien. L— M — x.

CLAIRALT ( Alkms-Clai de), né a Paris, le 7 mai 4713, (ils de Jean-Baptiste Clairaul, maître de mathématiques distingué et associé de l'académie de Bn lin, mt l'uu des trois géomètres qu'on ptut regarder comme les successeurs immédiats de IVcwton dans la découverte des lois du système du monde. Son entrée dans la carrière des mathématiques suivit de prés celle d'Euder , et précéda celle de d'Alembcrt, a la suite desquels il se place sans aucun intermédiaire. R fut l'un des enfants les plus précoces qu'on ail remarqués jusqu'ici. A dix ans, il lisait les Sections coniques du marquis de Lbopital, l'ouvrage le plus savant qu'il y eût alors sur l'application de l'algèbre a la géométrie et sur les courbes; presque aussitôt il dévora l'analyse des Infiniment Petits, du même auteur. En 1736, âgé seulement de douze ans et huit mois, il présenta à l'académie des sciences de Paris un mémoire sur quatre courbes «louées de propriétés remarquables. L'académie douta d'abord que ce mémoire fût entièrement de lui; mais les réponses qu'il lit aux questions qu'on lui adressa dissipèrent tout à fait ce doute. Le coup d'essai de notre jeune géomètre est imprimé a la suite d'un mémoire de sou (iére, dans le I. 4 des MisceUanea Berolincnsia , accompagné d'un certilit al d'authenticité donné par Fontenelle au nom de l'académie des sciences. Pascal s'est également annoncé de bonne heure; on a dit qu'il élai, parvi nu seul jusqu'à la 53' proposition du V livre d'Kuchde; mais ce fait, indiqué d'une manière assez vague, n'a point le degré île certitude et de notoriété des premiers succès de Clairaul. Cependant nous nous gaideions bien d'établir un parallèle entre l'un et l'autre ; car il est permis de croire que les progrès du d rnier étaient dus en grande partie aux leçon* excellentes de sou pue

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et surtout â l'ingénieuse adresse avec laquelle ce père, aussi sage qu'éclairé, avait su exciter, diriger et modéifr quelquefois l'ardeur de ton lils. I.'ill- Ihicnce de l'éducat.ou doit paraître ici d'autant plus probable, que le frère pUné d'Alexis Clairaut axait également lait des progrès assez rapides pour èlre en état, à l'àgc de quatoize ans de lire à l'acadéinie des sciences un mémoire de -sa composition. Les espérances qu'il donnait ne purent malheureusement se réaliser, la petite-vérole l'ayant emporté en deux jours, à l'ige de seize ans , un an après qu'il eut publié un Traité des quadratures circulaires et hyperboliques, approuvé par l'académie. On nous a conservé, dans l'éloge académique d'Alexis Clairaut, des détails Tort intéressants sur sa première éducation. Son père l'initia de bonne beiirc à la sciencé qu'il professait : il y fut engagé par la justesse d'esprit que lit parai; n> l'enfant, pour ainsi dire, dès qu'il put parler, et il commença par exciter sa curiosité pour la géométrie, en lui enseignant ù connaître les lettres de l'alphabet sur les ligures des Eléments d'Euclide. Car là. il lui inspira le désir d'en tracer de pareilles, et d'en apprendre les propriétés, qui ne sont autre chose que les lois de leur construction, ou qui dérivent de ces lois. Il parait, en effet, que la géométrie, dont l'objet est sensible, contient mieux au premier âge que les opérations de calcul , et doit être préférée pour faire commencer de bonne heure l'étude des mathématiques ; niais il laut d'abord (pie ce soit une géométrie pratique, où la vérité des propositions se manifeste à l'œil ou se prouve par l'ex|>ericnce, et tpie la constante répétition des mêmes fait* conduise enlin au désir de chercher dans l'enchaînement des opérations la cause de la certitude de leur résultat. Le père de Clairaut lit marcher de front l'enseignement des langues avec celui des mathématiques, et sut trouver le temps de faire entrer dans l'esprit de son élève beaucoup de connaissances accessoires. A m-uf ans, il savait assez de fortification pour entendre et développer les opérations d'un simulacre de siège qu'on lit au camp de Monticuil, prés de Paris, formé, eu 1772, pour l'instruction du jeune roi. Il montrait alors un grand désir d'cntri r au service, et uni père lira plus d'une fois parti (le ce penchant pour l'exciter aux éludes mathématiques. Enlin , à treize ans, il était eu état de tenir sa place dans une I société de satants et d'artistes où se trouvaient la Comlaminc, Nollet, Julien Leroi. Tant de succès le tirent connaître d'un grand nombre de personnes distinguées par leurs places cl leurs lumières, et il était à craindre qu'il ne fût entraîné dans une carrière plus brillante on plus lucrative que celle des sciences ; mais il demeura fidèle à la géométrie , et ses premiers travaux furent bien récompensés par les suffrages honorables qu'il recueillit, lorsqu'il fit paraître ses Recherches sur les courbes à double touibure, le prcmiir traité qui ait été publié sur celle matière, et qu'il avait commencé a l'âge de treize ans. Les approbations dont cet ouvrage est revêtu montrent qu'il étail eu état de paraître dès 4729, l'auteur n'ajant encore que seize ans. En 1731,

Clairaut fut jugé digne d'entrer a l'académie ; mais comme il n'avait que dix-huit ans, on fut obligé de demander au roi une permission spéciale pour lui présenter le jeune candidat, le règlement de la compagnie portant qu'on n'était pas éligible au-dessous de vingt ans. Cette dispense fut accordée alors pour la première fois : il n'y eut pas lieu a la solliciter depuis. In accueil aussi empressé ne ht qu'augmenter rai deur de Clairaut pour le travail, cl les bornes de cet article ne nous permettent pas de donner le détail des nombreux mémoires d'analyse, de mécanique et d'optique, qui en turent le fruit. Clairaut s'étanl lié avec Maupcrluis, dont la réputation commençait à s'établir, ils allèrent ensemble visiter à Bàle Jean Ikrnoudi, qui avait eu une part si brillante dans l'intention des nouveaux calculs, et qui, par son âge comme par son savoir, était le Nestor des géomètres. De retour à Paris, Clairaut et Maupcrluis se retirèrent au mont Valérien pour se livrer plus entièrement à l'étude. La marquise du Châlelet, l'amie de Voltaire, voulant acquérir des connaissances en mathématiques, allait souvent ù cheval visiter Clairaut dans sa retraite, et prendre de lui des leçons qui ont donné lieu aux Éléments de géométrie qu'il a publiés depuis. La question de la ligure de la terra, qui occupait alors l'académie , offrait trop d'attrait aux recherches d'un géomètre pour que Clairaut ne s'y donnât pas tout entier : il fut du nombre des académiciens qui allèrent en La ponic mesurer un degré du méridien ; cette mesure fut l'objet de plusieurs mémoires ; et son Traité de la figure de la terre, le premier écrit de quelque étendue où un géomètre français ait ajouté aux découvertes de Newton, le premier aussi où l'on trouve l'expression analytique des conditions de l'équilibre des Suides, est regardé comme l'un des plus beaux ouvrages de mathématiques du siècle dernier. On peut voir, à l'article d'Aleubert, le sujet et l'importance du problème des trois corps, et la part que Clairaut y a prise. Ces deux géomètres présentèrent le même jour leurs solutions A '.l'académie des sciences; Clairaut rendit compte de la sienne dans la séance publique du 15 novembre 1747. ( Voy. les Mémoires de l'ara le mu- des sciences ) Il en tira une Ttiéorie de la tune, qui remporta le prix proposé par l'académie de Pétersbourg en 1730, cl d'après laquelle il publia, en 1734, des tables bien plus exactes que celles que Flamstead avait construites en s'appuyant sur les recherches de Newton. Celtesohtiiou n'étant qu'approximative, comme toutes celles qu'on a obtenues depuis du même problème, elle ne donna d'abord que la moitié du mouvement de l'apogée de la lune ; Clairaut se pressa trop d'en conclure qu'il fallait modifier la loi de l'attraction. Bu (Ton, qui était alors au rang des mathématiciens, combattit celte idée, mais par des raisons fondées sur un abus de mots. Cependant Clairaut revint sur ses calculs, et, les ayant poussés plus loin, trouva, dans une nouvelle correction, le dénoîiment de la difficulté: ainsi la loi de Newton ne parut défectueuse un moment que pour recevoir ensuite une confirmation plus éclatante. Clairaut eut encore l'honneur

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de lui procurer un nouveau triomphe. Le retour de la eoiuéle de 1682, prédit par Hallcy pour 1757 ou 1758, pouvait être retardé par l'action de Jupiter et de Saturne dans le voisinage desquels elle divait passer a\anl de redevenir \ isiblc. Clairaut appliqua sa solution du problème des trois corps à l'évaluation de ce dérangement, cl trouva que la révolution de la comète serait allongée de cinq rent onze jours par l'action de Jupiter, et de cent jours par celle de Saturne. L'erreur de ce résultat ne fut que de vingtdeux jours, et de Laptacc a remarqué qu'elle n'eût été que de IrcUe, si Clairaut avait connu plus exactement la masse île Saturne. Celle belle application exigeait des calculs immenses, pour lesquels Clairaut s; lit aider par Lalaudc, cl même par quelques dames; mais il avait préparé toutes les formules avec c ette simplicité et celte clarté qui caractériseut tous ses ouvrages. Comme il tournait ses efforts et ses vues vers les applications, il ne chercha d'abord qu'a simplilicr les équations du problème des trois corps, et ne prévit pas le parti que l'on pouvait lucide la forme symétrique sous laquelle elles se présentent, lorsqu'on envisage le problème dans toute sa généralité. 11 essuya quelques critiquesà ce sujet ; et, jtour y rc|>omIre cl montrer que ce n'était pas la difficulté d'obtenir ces équations qui l'avait arrêté, U lui à l'académie, à l'occasion d'un prix proposé par le comte de Lauraguais, un mémoire où il tira de ces mêmes équations des conséquences qui sont devenues fécondes entre les mains de ses successeurs; mais ne voyant toujours que la difficulté d'intégrer, c'est-*, dire d'obtenir une solution exacte, il termine sou calcul par ces mots : a Intègre maintenant qui « pourra. » Et jusqu'ici personne n'a pu le faire. Ce morceau, curieux pour l'histoire de la science, a clé inséré dans le Journal des Savants (août 1759). On trouve aussi dans le même journal ( décembre 17li0 et janvier 1G7I) les premiers essais de Clairaut sur celle matière, tels qu'ils avaient été présentés d'abord à l'académie des sciences ; mais ce n'e>l pas sans quelque peine qu'où voit les journaux s< ictlliiiques de ce temps occupés d'une discussion trèsanimée, cl presque d'une dis] utc, entre d'Alembci t et Clairaut, suscitée en grande partie par les éloges indiscrets de ces hommes qui ne montrent tant de zèle |Mur la gloire d'un savant que dans la v ue d'en déprécier un autre, et ne marquent leur existence que par les querelles qu'ils excitent. Les travaux de Clairaut, sans cesse rapprochés du public par des applications, frappèrent davantage les yeux de ce public que les recherches abstraites de d'Alcmbcrl, qui u'eut jamais assez de patience pour entreprendre de longs calculs numériques, et qui ne sut, ou ne voulut pas se procurer l'aide de ces hommes capbles de soutenir longtemps un trav ail presque mécanique, et sans le secours desquels les plus belles formules seraient demeurées stériles. C'est peut-être le dcUut d'un tel secours qui a rendu d'Alembert moins soigneux de perfectionner ses résultats; ajoutez à cela que les nombreux détracteurs de ses succès littéraires formèrent un parti pour exalter son rival, qui, sans leur exagération, n'eût été ques-méniule. Clai-

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rauts'étanl renfermé dans la culture des mathématiques, ce n'était que sous ce point de vue qu'on |»ouvait le comparer à d'Alembert; et, si l'astronomie a de plus grandes obligations au premier qu'an second, celui-ci a résolu des problèmes non moins importants cl peut-être plus difficiles, dont il ne partage l'honneur avec personne. S'il a inoins bien réussi dans les applications, il a plus avancé la science. Clairaut eut des disciples qui lui liront honneur; de ce nombre était l'illustre et malheureux Bailly. Lorsque celui-ci, dessinant à grands traits le tableau des progrès que l'analyse a fait taire à la physique céleste, rend un juste hommage à la mémoire de son maître, il trace avec autant de justesse que d'éloquence le portrait du véritable géomètre, et montre quelles doivent être les qualités émincnlcs de l'esprit d'un savant, digne de ce titre. Ce morceau, que sa longueur nous empêche de rapporter ici, et l'un des plus remarquables de ceux qui sont sortis de la plume de Bailly, est bien propre à faire apprécier les déclamations vagues que des esprits superficiels ne cessent de reproduire contre les sciences exactes et ceux qui les cultivent. ( Histoire de l'astronomie moderne, t. 3, p. 197.) Pour ne pas interrompre l'énuméralion des recherches de Clairaut sur le système du monde, nous avons différé de parler des deux ouvrages élémentaires qu'il a composés, et qui, par leur élégance et leur clarté, sont au premier rang des livres de ce genre; ce sont ses Éléments de géométrie, résultat des leçons qu'il donna à madame du Chatclet, et ses Éléments d'algèbre. Dans le premier de ces ouvrages, il n'a voulu faire entrer que les propositions fécondes qui servent de base aux théories plus élevées, et qu'il faut, par celle raison, avoir sans cesse présentes à l'esprit. Pour faciliter la lâche de la mémoire autant que celle du jugement, il a cherché à faire naître ces piO[>nsitions les unes des Mitres, dans un ordre qui parût i clui de l'invention. Par ce moyen, il a rendu son livre trèspropre à faire goûter l'étude des mathématiques à de jeunes élèves, en éloignant les difficultés et l'appareil i>ar lesquels la méthode des anciens fait acheter la l igueur qu'on lui aiiribuc exclusivement. Cependant il ne faut pas croire que les éléments de Clairaut soient inexacts; l'enchaînement qu'ils présentent peut encore satisfaire un esprit juste qui veut arriver aux applications par le chemin le plus court. S'il était utile de ramener à la méthode d'invention la forme des éléments de géométrie, celte heureuse innovation était indispensable pour les éléments d'algèbre, dont les commencements n'offraient aucune {irise à l'esprit de ceux qui veulent apercevoir- Ic but de leurs éludes. En revenant sur les pas des inventeurs, Clairaut lit dis|>araltre l'espèce de mécanisme que la forme dogmatique avait introduite, dans les principes de l'algèbre. Le véritable objet des règles lui mis en évidence, et la raison eut sa part dès l'entrée d'une carrière où, auparavant, il fallait en suspendre l'usage pendant assez longtemps. Le livre de Clairaut ne pouvait donc manquer d avoir un grand succès. La marche qu'il y avait tracée ne fut pourtant pas suiv ie pur ses contemporains ;

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on trouva que le passage trop insensible d'une vérité a une autre empêchait la mémoire tic s'en saisir aussi fortement, et que l'obligation de tout amener par des problèmes occasionnait de la prolixité ; mais ces inconvénients étaient faciles à faire dUparailrc, ru restreignant l'ordre d'invention aux développements nécessaires pour faire apercevoir le but de la science, et lier ensemble la"» grandes théories. Avec ces modifiions, il semble que la marclic de Clairaut doit être généralement adoptée. Ce géomètre est un des savants dont on peut dire, avec le plus de vérité, que l'histoire de leur vie n'est que celle de leurs travaux. Clairaut ne s'est point marié. Quoique trés-ré|tandu dans le monde, il s'était imposé la loi de ne jamai- souper eu ville; il l'observa longtemps; mais cédant culin aux im|>ortiinités de ses amis, il y manqua ; sou estomac fut dérangé, et celle indisposition, jointe à un gros rhume, l'enleva aux sciences le 17 mai 1765. âgé seulement de 52 ans. bon père eut le malheur de lui survivre, peu de temps sans doute ; car l'historien de l'académie qui a fait l'éloge de Clairaut dit que, de la nombreuse famille de ce géomètre, dont le père axait eu vingt enfants, il uc restait qu'une lille, à laquelle le roi lit une pension de 1,200 livras, en considération du mérite de sou frère. 11 fut membre des premières académies de l'Europe. Son éloge se trouve dans l'histoire de celle des sciences de Paris, dans le Jour- Mil des Savants, dont il était un des rédacteurs, et auquel il a fourni beaucoup d'articles intéressants. On y loue la netteté de son esprit, l'affabilité cl la simplicité de ses manières. Ses ouvrages, publiés séparément, sont : 4* Recherches sur les courbes à double courbure, Paris, 1751, in-4°. 2" éléments tic géométrie, Paris, 1741, in-8*. La dernière édition est de 176îi, même format. 3* Rrcueil de mémoires sur les mouvements des corps célestes, Paris, 4710. in-4". 4* Théorie de la figure de la tcrie, Paris, 1743, in-8" ; ihid., 1808, in-8% lig. h* Éléments dUdgèbre, Paris, 1746, in 8- ; 3'édit. , ibid. , 4760, in 8°; 4e édit. , avec des additions tirées en partie des leçons données à l'école normale par Lagrange et biplace, et précédée d'un Traité ètnncntaire d'arithmétique, par Thcveneau, ibid., 1707, et 1801 , 2 vol. in-8». 6" Théorie de la lune déduite du seul priïtffjM de l'attraction, Paris, 1743, in-4% pièce couronnée par l'académie de Pélersbourg en 1752; réimprimée à Paris en 1705, accouqwgnéc de Tables de la lune, dont la i" édition a paru en 1751, iu-S°. 7" Théorie du mouvement Ides comètes, etc., Paris, 4750, in-8*. 8J Mémoire \sur l'orbite apparente du soleil autour de la terre, Paris, 1761, in- 4", et dans le Journal des Savants, années 4760 et 1761. 9» Recherches sur les comètes des années 4531, 4607, 4682 et 4759, pièce qui a remporté le prix de l'académie de St-Péteisbourg, Cl qui fut réimprimée dans cette ville, 1702, in-4°. Clairaut avait fait sur le même sujet une pièce qui a |«rlagé un prix à l'académie de Pélersbourg. L'écrit intitulé : Solution analytique des principaux problèmes qui concernent le système du monde, et mi> par madame du Chatclct à la suite de sa traduction du livre des Principes de Newton, a Clé

rédigé par cctle dame sous la direction de Clairaut. On lui doit encore plusieurs articles insérés dans le Journal des Savants de 1755 à 1765, et quelques mémoires qui se trouvent parmi ceux de l'académie des sciences. I. — x.

CLAIHH (Sainte), vierge et abbessc. fondatrice des religieuses de St-François, dites Clarisses, naquit à Assise à la fin du 12* siècle. Ses parents étaient distingués par leur naissance et par leurs richesses. Son père se nommait Phavorino ScifTo; sa mère, llortulanc. Claire avait le caractère doux, l'esprit docile, le corur droit. Elle montra, dès son enfance, une piélé extraordinaire. A l'exemple de Paul, ermite des déserts de Scété, qui comptait avec de |*lits cailloux les trois cent soixante-six prières qu'il réglait chaque jour, Claire comptait les siennes avec de petites pierres qu'elle portait dans son seiu. St. François d'Assise était célèbre en Italie lorsque Claire alla le consulter sur le désir qu'elle avait de se consacrer à Dieu, et de ne point accepter l'époux que sa famille voulait lui donner. Bientôt après elle se sauva de la maison paternelle, et, suivie d'une jeune compagne, elle se présenta au couvent dit de la Porlioncule, où François vivait avec ses disciples. Le saint vint la recevoir à la porte de son église. Il riait accompagné de ses religieux, tenant des cierges à la main. Claire, conduite devant l'autel de la Vierge, quitta ses riches vêtements ; François lui coiq» les cheveux, et la revêtit d'un sac serré d'une corde : clic avait alors dix-huit ans. St. François, n'ayant point encore établi des religieuses de son ordre , plaça la jeune vierge dans un couvent de bénédictines, C'est de celte époque ( l'an 1212 ) que date l'institution de l'ordre tics clarisses. Sciffo, qui se crut déshonoré par la conduite de sa fille, vint avec d'autres parents pour l'arracher de sa solitude. Elle embrassa l'autel avec force, ses babils furent déchirés; mais la violence fut arrêtée par la crainte du sacrilège : Claire triompha. Bientôt A?nés, sa sœur, âgée de quatorze ans, vint la joindre. St. François lui donna l'habit, et mil les deux sœurs dans une petite maison, où leur mère llortulane et plusieurs dames distinguées vinrent se réunir. Celle communauté naissante, dont Claire était supérieure avec le titre d'altbcssc, comptait déjà seize personnes, dont trois appartenaient a l'illustre maison des l Ibadini de Florence, Le nouvel ordre prit des accroissements rapides. Il eut bientôt des monastères à Pérouse, a Arczzo, à Padoue, a Rome, à Venise, à Manloue, à Bologne, à Spolète, a Milan, à Pisc, et dans plusieurs villes d'Allemagne. Agnès, fille du roi de Bohème, fonda un couvent de clarisses a Prague, et y prit elle-même le voile religieux. Cet ordre était principalement fondé sur la pauvreté. St. François avait voulu que les clarisses ne |>ossédassent aucun revenu fixe : elles ne vivaient que d'aumônes. Héritière d'une fortune considérable, Claire n'en retint rien pour son monastère, et distribua tous ses biens aux paums. Le pape Grégoire IX ayant voulu doter le monastère de SI - Pamicn, Claire le conjura de n'apporter aucun changement à la règle; et taudis que hs autres corps religieux demandaient (en 1251 )

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à Innocent IV qu'il leur fût permis de posséder des biens, elle présenta à ce pontife une requête pour le prier de conserver à son ordre le privilège de la pauvreté étangclique. innocent conlinnoce privilège singulier par une bulle qu'il écrivit de sa main, et qu'il arrosa de ses larmes. Cependant Urbain IV permit dans !a suite à plusieurs maisons de cet ordre de posséder des rentes. Les religieuses qui reçurent cette miligatim turcut api>elccs urbanistes. On a continué de désigner |>ar le nom de pauvres clarine! celles qui suivent la reforme de Me Colette. Les capucines, les annonciades, les cordelières ou sinus grises, les récolletles, les religieuses de Y Ave Marin et de la Conception, devinrent des branches de l'ordre de Sle -Claire, qui comptait, à lu fin du 18' siècle, plus de 4,000 maisons. Claire et ses compagnes pratiquaient des austérités jusque-là in connues parmi les personnes de leur sexe. Elles marchaient nu-picd>, couchaient sur la terre nue, et gardaient un silence presque continuel. Claire portail un ciliée de crin, serré d'une corde de treize nœuds. Des fagots de sarment formaient sa couche ; un tronc d'arbre lui servait d'oreiller. Ses jeûnes étaient effrayants, sa prière presque continuelle, ses austérités à peine concevables. Sa santé en fut altérée, surtout dans les viugt-neuf dernières années de sa vie. On rapporte que la Ville d'Assise ayant été assiégée par les Sarrasins, Sic. Claire, alors malade, se présenta à la porte de son monastère, tenant dans ses mains un ciboire, et qu'elle s'écria : « Serait-il possible, «ô mon Dieu! que vos servantes, que vous avez o rassemblées ici, et que vous avez nourries dans « votre am ur, tombassent entre les mains des iuli- « déles? Sauvez-les, Seigneur, et moi avec elles!» '«'historien de sa vie ajoute que les Sarrasins escaladai- nt déjà les murailles ilu couvent; mais que, frappés d'une teneur subite, ils se précipitèrent en tumulte de leurs échelles, et s'enfuirent rapidement. Lorsque Claire lui prés de sa lin, elle bénit ses compagnes qui t. n iaient en larmes, se lit lire la passion du Sauveur pend mt son agonie, et mourut le 11 août lt>:;3, dans la 00' année de son âge. innocent IV, qui e ait venu la visiter peu de temps avant sa mort, revint pour assister à ses funérailles, et, lorsque les franciscains entonnèrent l'office des morts, le pontife voulut d'abord faire cltantcr l'ofliee des vierges saintes, et commencer ainsi la canonisation. Il en fut empêché par les représentations des cardinaux, qui jugèrent qu'il ne fallait rien précipiter. Deux ans après, Claire fut canonisée par Alexandre IV, qui avait prononcé son oraison funèbre n'étant encore que Cardinal d*0»lie. ( Yoy. Ics..4cfa snnclorum des bollamlistes, les Annales des franciscains par vVaddiug, la vie de Ste. Claire en anglais, Y Histoire des ordres monastiques du P. Hélyot, cl les Vies des Saints de Baillct, au 12 août.) — Claiue, née à Montefalco, prés de Spolète, vers 1275, fut abbesse d'un monastère de vierges qui suivaient la règle de St. Augustin, et mourut le 18 août 1508. Le p.ipc Jean XXII ordonna le procès de sa canonisation. Elle est nommée dans le martyrologe romain. V— v e. CLAIRE (Hart»), jésuite, naquit en 1012, à

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St-Valcry-sur-Mcr, cultiva les muses lalincâ avec succès, jse distingua dans le ministère de la chaire, Occupa divers emplois dans si compagnie, et mourut à la Flèche, le 2."i mai 1090. Ou a de lui un recueil latin intitulé : Hyiuni eeclesiattici novo eultu adornati, in-8° ; il en donna une autre édition augmentée d'une seconde partie et d'une dissertation de Verts rl prnpria hymnorum Ralione, où il examine |>arliciiheremcnt si les hymnes ecclésiastiques doivent être en vers rimes, Paris. 1076, in 12. On remarque dans les hymnes de l'ancienuc Eglise une latinité barbare, des termes ambigus, obscurs cl une prosodie vicieuse. Le P. Claire, voulant remédier à ces défauts, a souvent réussi à rétablir dans ces hymnes l'élégance, la pureté et la clarté. Il a cherché surtout à ne |>oiiil s'écarter des originaux ; plusieurs de ses odes sacrées paraissent ressembler aux anciennes, et ce Boni celles qui lui ont le plus coûté. On ne doit point oublier, et c'esl ce qui rend son travail plus iccommandable, que, loin d'avoir des modèles à imiter, il n'avait point d'exemple, en matière d'hym.ies ecclésiastiques, qu'il ne dût éviter. Enfin il ouvrit, non sans honneur, la voie où les Saulcul et les Cofiin ont obtenu tant de succès. Le Journal Ces Savants du 4 janvier 1677 a rendu compte de l'ouvrage de Claire, auquel il accorda beaucoup d'éloges, tandis que le P. Alexandre iWl, dominicain, l'a critique dans sa dissertation de Officio vcnerabilis sacramenti, sect. H. V— ve.

CLAIREMBAUD, ou CLÉIIEMBAUD, est auteur d'une histoire fabuleuse de la ville de lielgis, prétendue colonie troyenne, centre d'une civilisation très-avancée, même axant que Home eûl vu élever ses premiers toits de chaume. Il appartenait au 12* ou au 15e siècle ; mais on ne sait rien de précis a cet égard, non plus que sur les autres circonstances de sa vie. J. de Guyse, dont l'ouvrage est une espète d'encyclopédie historique pour son temps, le cite à de fréquentes reprises, in Wgmalibvs, ou m Melris suis. Voici le jugement qu'il en porte (t. I", p. 79, édit. de M. de Forlia) : a D'autres oui écrit « l'histoire des Belges en rbythmes, mais en langue «c vulgaire, tels que Clairembaud (Clarembaidus), « qui, malgré les négligences et les erreurs qu'on « rencontre dans ses ouvrages, a cejiendant rapporté « dans son poème un graud nombre de faits avérés « et conformes aux récits des autres historiens. » Mais ces faits avérés étaient vraisemblablement des fables comme beaucoup de celles que transcrit J. de Guyse, sans douter le moins du monde de leur authenticité. C'est à Clairembaud et à ses pareils que Pierre van Dieve ou L>iv.tus {voy. ce nom ), aut. ur d'ailleurs judicieux, lait allusion au commencement de ses Annales de Louvain, en disant : « Romanorum sa ne non omnes exstant scrip- « tores qui de nobis scripsere; qui exslaut, Otulta « odio cxlcrnamm gentium suppressere. Germain*, « Gallisque in usu non fuit, sua scripto mandate, ■ aut si fuit, Hunnorum aut Kormannorum depo- « pulationcs omnia mnmimenia pcniideruut. Qnid « mil um pauca, alquc ca iucerta, ad nos perve- « n'use ? ». Quelques lignes plus haut il avait dit ;

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« Exstant cnim passîra rlironica manuscripta, nos- « que unum alterumve vidimus antc treceutos. ut « apparebat, aunos conscriplum » (celte observation «latc environ de l'année 1562)... « quo Tunïrornm « ac Hc'garum antiquitates rhythmis vernaeulis com- « pleclebantur. » (Voy. à ce sujet les Bulletins tic la société de l'Histoire de France, 1. 1", p. 209. cl t. 2, p. 394.) U— G.

CLAIRFAIT (comte de). Voyes Ci.erfait.

CLA1RFONTAINB { Pierre - André Peloux he). naquit i Paris, en 1727, et fit ses éludes au collège Mazarin, d'une manière très-brillante. Il fut le condisciple du poète Lebrun, qui lui adressa depuis une épllre qu'on lit dans les œuvres du lyrique. A vingt-trois ans, il composa la tragédie d'Hector, et la publia peu «le temps après lavoir présentée à la Comédie-Française. Dans ses Ultra sur quelques écrits de ce temps (1752), Fréron reproche à l'auteur d'Hector l'uniformité des situations et la monotonie du style toujours élégiaque. Il fallait <!u moins n connaître que le rôle d'Hector est écrit avec beaucoup d'énergie, surtout au 3' acte, dans le récit <|u'il il lui-même de son combat contre PalroMe qu'il prenait pour Achille, d lté méprise, empruntée de l'Iliade, ranime la langueur de la pièce, et forme la suspension la plus heureuse. Lu sujet aussi simple ne pouvait guère se iasscr d'un songe. Celui qu'Andromaquo raconte à Hector dans le premier acte est irès-bien imité, vers la fin, du beau songe d'Enée. épisode du second chant de l'Enéide. Le style de Clairloniaine est noble, élégant et formé ù l'école des grands modèles. F.ntancs se plaisait a citer les vers suivants d'Androiuaque à Hector, au moment de leurs adieux :

Sans cesse j'entendrai de farouches soldats D'Hector à leurs enlanls raconter le trepa*. Pour contempler ma honte, ils voudront me connaître; Olijet de letJM mépris, je les verrai peut-être Répéter devant moi, pour l'insulter encore : Celle enclave des Grecs est la veuve d'Hector.

Lorsque Clairfoulainc présenta sa piêrc aux comeilient, elle était en 5 actes, et le sujet ne les comportait pas. Ce fut Palissot, son ami, qui lui conseilla de la réduire à 3 actes, et alors les comédiens la reçurent à l'unanimité. Elle était sur le point d être jouée ; mais une querelle de coulisses en em|>êclia la représentation. L'auteur, qui avait une place chez Berlin, trésorier des parties casuellcs, ne pul consentir à retirer le rôle d'Andromaquc, déjà confié à mademoiselle Clairon, pour le donner à mademoiselle Uus, maîtresse de Berlin. Clairfonlaine, victime du ressentiment de ce dernier, perdit la place qu'il avait dans ses bureaux, et il ne fut plus question de jouer la tragédie d'Hector. C'est ainsi que les jalouses prétentions d'une actrice médiocre étouffèrent, à sa naissance, un talent qui promettait un si bel avenir. Clairfonlaine, absolument dénué de ressources, eut le bonheur de trouver une protectrice clans la comtesse de la Mark, fille du vieux maréclial de Noailles, qui lui fit obtenir du duc de Villars la place île secrétaire du gouvernement de Provence. Il devint

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«If ira membre de l'académie de Marseille, dont c» duc était le protecteur. A partir de cette époque, il parait que Clairfoniainc a cultivé les lettres pour elles-mêmes, et a renoncé à se produire de nouveau dans le monde littéraire, où il n'avait essuyé que des dégoûts et «les injustices. Après avoir été vingtcin«| ans interprète du roi |Kiur les affaires étrangères, il mourut dans celte place, à Versailles, le 23 mai 1788. Kn 180!), lors du succès obtenu par Lucc df Lancival [voy. ce nom) pour une auiie tragédie d'Hector, railleur de cet article publia une nouvelle édition de la pié«*e «le Clairfontaine. avec une notice sur railleur. Le nom de Cluirfoutainc manque dans tous les «liclionnaires historiques. Sa veuve et ses enfants possèdent un manuscrit d'H? tor remis en 3 ai les, et celui de Bu<iris en 5 acles ; l'un et l'autre n'ont jamais été imprimés. F — M.

CLAIR ION. l'oyez CtitttoM.

CLAIRON |Cl.iIre- Josèphe Lec.ius te i.a TCDE, plus connue sous le nom de mademoiselle), l'une «les plus grandes comédiennes <pii aient paru sur la scène française, naquit eu 1723, dans les en- » irons de Condé, en Flandre. Elevée avec nsvz de soin, mais par une mère qui |>oussaii la sévérité jusqu'à la rudesse, ses premières années lurent irèsmalheureuses. Ses parents occupaient ù Paris un logement en face duquel se trouvait celui de mademoiselle Dan. Quand celte actrice se livrait aux éludes de son art, la jeune Claire ne cessait de l'observer, et à force d'instances, elle obtint «Palier à une représentation de la Conié(lie-Fran«;aisc. On jouait le Comte d'Etscx et les Folies amoureuses. L'impression que pro«luisil ce spectacle sur la future tragédienne fut prodigieuse. Non-seulement elle avait fidèlement retenu la plus gramle partie des vers, mais elle les répétait eu essayant d'imiter les différents personnages. « Ma prodigieuse mémoire étonna «c moins encore, «lit-elle dans ses Mémoires, «pie la ■ façon dont j'avais saisi le jeu de rbaipie acteur. Je « grasseyais connue Grandval, je bredouillais el faite sais le saut «le Crispin comme Poisson ; je faisai ; « l'impossible pour attraper l'air fin de mademoi- « selle Dangevillc, et l'air roide et froid de made- « moisclle Ralicourt. » Enchantée de ce succès , mademoiselle Clairon déclara qu'elle voulait absolument jouer la comédie, el la résistance qu'on Wll opposa n'ayant fait que l'affermir dans sa résolution, elle débuta sur le tl.éàtre de la Comédie-ltalicnuc en 1735, à peine âgée de douze ans. La pelilesse «le sa taille et des rivalités de coulisses ne lui permirent pas d'y rester. Elle re<;ut un emiagemcnt pour le théâtre de Rouen, à condition d'y chauler, d'y danser, d'y déclamer, et ce bit «lans la pairie du grand Corneille «|uc cette actrice célèbre donna les* premiers imlices «le son rare cl beau talent. Attachée a une troupe dont La noue était le directeur, elle joua successivement à Rouen, au Havre el à Garni. Son emploi était celui des soubrettes; cependant clic avait essayé quelques seconds rôles tragiques, et Sarrasin, qui la vit remplir celui d'Eryphile, lut le premier à découvrir le véritable genre de son talent, et à lui prédire les gran Is succès qu'elle devait

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un jour obtenir. Mademoiselle Clairon reçut à Dunl.eiijiie l'ordre de venir débnier à l'Opéra, en mars 1743. Quoique musicienne médiocre, elle fut, grâce à la braulé de sa voix, applaudie même dans les rôles où elle doublait mademoiselle Lemaure ; mais un ïoiït décidé l'appelai! sur un autre théâtre. Vers la lin de l'année, elle obtint un ordre de début pour la Comédie-Française. Elle y fut admise comme double de mademoiselle Dangeville, dans l'emploi des soubrettes; elle devait, en outre, >c charger de différents rôles dans ta tragédie et dans la comédie. Dans son acte d'engagement, mademoiselle Clairon s'était aussi ménagé la faculté de jouer les grands rôles tragiques. On avait admis celte clause sans y attacher beaueoup d'importance, lorsqu'à, la grande surprise du comité, elle en réclama l'exécution. Les rôles d'Aricic, tic Constance, d'Inès, lui furent oflerts : mademoiselle Clairon les reiusa.et déclara qu'elle jouerait Phèdre, rôle dans lequel mademoiselle Dûmesnil produisait un effet difficile à rendre. On crut généralement qu'elle allait recevoir du public une leçon qui la remettrait à sa véritable place... Elle débuta le 19 scptemlue 1743, et son triomphe fut d'autant plus complet, qu'il était plus inattendu. Par jiic singularité assez remarquable, il parait que les succès de mademoiselle Clairon dans les soubrettes furent moins brillants; mais le talent qu'elle déploya successivement dans les rôles de Zénobie, d'Ariane, d'Electre, fixèrent sa réputation et «on emploi : elle fut reçue a la Comédie-Française «les le mois suivant. Tous les journaux et mémoires du temps sont remplis de témoignages de la sensation que tirent les brillants débuts de mademoiselle Clairon. Voltaire lui adressa les vers les plus flatteurs, et l'imtiératricc de ltussie lui lit offrir inutilement 40,000 IV. par an pour l'attirer dans ses États. Mademoiselle Dumcsnil continua limitant d'être a\>plautlic à côté de sa jeune rivale ; le talent de ces ileux comédiennes était trop différent pour cire comparé: l'une offrait le triomphe île l'art, l'autre celui de b nature. Aucune actrice ne porta si loin «pie mademoiselle Clairon la connaissance de cet ait, au une n'étudia ses rôles avec plus de profondeur. Dorât l'a dit :

Ses pas sont mesurés, ses yeux remplis d'audace . El tous ses mouvements depluye» avec grâce. Accents, gestes, silence, elle a tout combiné.

t>uel auguste maintien ! quelle noble fierté ! Tout, jusqu'à fart, chez elle a Je la vérité.

Cependant clic était petite, et plutôt jolie que belle ; mais au théâtre, sa taille, sa figure, sa voix, avaient une noblesse dont elle finit par contracter l'habitude nu point que, dans les relations de la vie privée, elle conservait un ton de hauteur et de dignité qui prétait beaucoup au ridicule et choquait surtout ses camarades. Personne n'ignorait d'ailleurs que la conduite de mademoiselle Clairon était l'objet de censures assez graves. l.'H>*tnire de mademoiselle Croi.el , dite Frètillon , par Caylus [votj. ce nom), ne contribua pas peu à jeter de lu défnvuir sur ses

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nwrnrs; mais ce livre, qui lui causa toute la vie de vifs chagrins, contient peu d'anecdotes vraies et beaucoup de calomnies. Quoi qu'il en soit, son caractère allier se peignit tout entier lorsqu'elle refusa, ainsi que Brisard, Mole, Lekain et Danberval, de paraître avec le comédien Dnliuis dans la tragédie du Siège de Citais, dont la vingtième représentation était affichtc. Le public indigné ne voulut entendre aucune excuse, et parmi les cris de Calait! Calais ! on distingua bientôt ceux de Frétillon à l'hôpital! Clairon au For l'Eiéqut ! Un exempt de police vint, en effet, le lendemain, 16 a» ril 1765, l'inviter à se rendre dans celle prison. La femme de l'intendant de Paris, oubliant fou rang, l'y conduisit dans sa voiture, et mademoiselle Clairon, indignée de cet a f Iront, lit observer à l'exempt qu'à la vérité elle se soumettait aux ordres de Majesté, mais que son honneur restait intact, et que le roi lui-même n'y pouvait rien. « Vous avez raison, « lui répondit cet homme, où il n'y a rien, le roi « perd ses droits. » Cette aventure ayant fait beau* coup de bruit, il était facile de prévoir que mademoiselle Clairon ne consentirait jamais à icpnraitre devant ce public qui avait voulu l'humilier. Elle eut l'air cependant de ne |«s avoir pris définitivement son parti , el ne signifia sa retraite qu'au renouvellement de l'année théâtrale ; mais elle ne se laissa point fléchir, et, quoique son brevet de pension jwrte la date de 1766, elle quitta réellement le théâtre a la lin d'avril 1765, au moment où elle était un des principaux soutiens de la scène française. Pendant les vingt-deux années que celte actrice a fait partie de la société des comédiens français, elle a créé plusieurs rôles importants et en a fait valoir de très-faibles ; on peut même dire que c'est à son talent supérieur que quelques ouvrages ont du leur succès, puisque, après sa retraite, ils sont tombés dans l'oubli. La peinture, la gravure et la sculpture se sont eltorcées de reproduire les traits de mademoiselle Clairon. Un certain nombre de ses admirateurs se sont réunis el lui ont fait frapper une médaille ; mais ces hommages, et surtout le ton avec lequel elle les recevait, furent souvent l'objet tic sanglantes épigrammes. Celle actriec avait acquis nue fortune assez considérable; mais les opérations <h l'abbé Terra y l'ayant diminuée d'environ un quart, elle se trouva trop pauvre pour vivre dans la capitale, cl alla se fixer à la cour du margrave d'Anspach ; elle y passa dix-sept ans, et revint au bout de ce temps se lixer à Paris. {Voy. Anspacii.) Mademoiselle Clairon avait couqiosé des mémoires qui no devaient être publiés qu'après sa mort. Un ami infidèle parvint a s'en faire confier le manuscrit, el en publia une traduction en Allemagne. Le Î8 thermidor an 6(15 août 1798). elle écrivit au rédacteur en chef du PMinste : a Puisque mon livre parait « dans un pays étranger, la crainte de manquer à <r tout ce que je dois de reconnaissance au public et « de respect à ma nation me décide à faire impri- « mer moi-même cet essii. • Il parut, en eflet, sous ce. litre : Mémoires d'IIippolyie Clairon, et réflexions sur In déclamation théâtrale, Paris, 1709,

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i vol. in-8\ qui eut la même année une seconde édition revue et augmentée (1). Ce sont des morceaux détaché*, dam lesquels elle a toujours soin de se peindre d'une manière fort avantageuse, et qui contraste avec la plupart des jugements qu'elle porte sur mademoiselle Dumesnil et les principaux acteurs de son temps. ( Voy. Dcmesml.) On y remarque aussi «ne histoire merveilleuse qui prouve que mademoiselle Clairon avait la faiblesse «le croire aux revenants. Quoi qu'il en soit, il ne Tant point chercher dans ces Mémoires des détails exarts sur sa vie privée : ce qu'ils contiennent de véritablement utile, ce sont d'excellentes réflexions sur l'art dramatique; elles prouvent des études profondes, et les jeunes gens qui se destinent au théâtre ne les lisent jamais sans fruit. Depuis son retour a Paris, mademoiselle Clairon ne cherchait plus qu'à réparer les scandales de sa jeunesse; et, réconciliée sincèrement avec I Église, elle ne donnait que des exemples édifiants, lorsqu'elle mourut, le 18 janvier 18<'5. Son corps fut déposé dans le cimetière de Vaugirard , d oit il a été transité, il y a quelques années, au Pérc- Lachaisc. Toute la Comédie - Française assista à cette cérémonie, et un discours fut prononcé sur la nouvelle tombe. Le buste de cette tragcdii mie célèbre se voit danâ le foyer du Tbcutre-Fraiiçais. Larivc et mademoiselle Kaucouil étaient ses élèves. P— x et Ch— s.

CLAIP.ON {Maillet du). Voyez Maillet.

CL Al II VAL (Jkan-Baptiste), acteur célèbre de la Comédie-Italienne, né à Paris, vers 1740, exerça d'abord l'état de perruquier ; mais il se sentit bientôt appelé à une autre profession qu'il devait honorer par ses talents. Il débuta en 17,7.» à l'ancien Opéra- Comique. On remarqua en lui une jolie ligure, »mc tournure distinguée, une voix expressive, et un jeu qui se ressentait de la haute société qu'il fréquentait. C'est ainsi qu'on le vit s'élever au premier rang de son emploi. Son début dans le rôle de Dorval, d'On ne t'avise jamais de tout, eut beaucoup d'éclat : il y représentait tour à tour un jeune liomme charmant, un vieillard infirme, un laquais bègue et une vieille décrépite. Lors de la suppression de l Opéra-Comique proprement dit, en 4762, Clairval fut admis dans la troupe tantôt chantante et tantôt parlante qui le remplaçait, et en devint le principal soutien dans l'emploi des amoureux (2). Homme à bonnes fortunes, il fut surnommé le Mole de la Comédie-Italienne. Personne n'a plus contribué que lui aux succès des Duni, des Pliilidor, des Monsigny cl des Grétry. On lui reprochait cependant d'être quelquefois maniéré et de nasiller en chantant, lors-

(4) Il en a para depuis une nouvelle édition mise dans nn meilleur ordre, enrichie de réflexion* utiles ei de noies curieuses, avec, une initiée sur mademoiselle Clairon, pir Andricut, Paris. I82>, I vol. in-S*. qui fait parité de la Collection de Mémoire* relatif* t l'art tlramoliqttr. Ch — s.

ti) Jusqu'en 1762, le Thi'-ilre-llalifn cl I 0|i i j-Omique avaient été sépares : on scntil alois la nécessite rte les réunir. Clairval, Aoduwl, Lamelle cl sa rcmnie furent le* principaux scieurs «le la Comédic-lialieniie, auxquels se joignit bientôt Tiial, nui a Joué un si triste rôle dans U révolution.

Mil.

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que l'âge eut diminué le volume de sa voix ; ce qui donna lieu au poète Guichard de faire le distique

Cet aclrur nunaurlicr et ce chanteur sans voix Ecorche les auteurs qu'il rasait autrefois.

Avant la clôture de 1792, Clairval demanda sa retraite; mais une députation de ses camarades l'engagea à rester. Il quitta le théâtre au mois de juin de la même année, avec une pension méritée par trente-trois ans de travaux et de succès. U n'en jouit que peu tle temps, et mourut en 1795. F — lb.

CLAISSFNS (Antoine), peintre flamand de la fin du 15* siècle, fut élève de Quintin Messis, dit le Maréchal d'Anvers, parce que cet artiste avait fait ce métier jusqu'à l'âge de vingt ans, avant de manier le pinceau. Claisscns, dont les ouvrages sont trèsrares, avait autrefois à l'hôtel de llruges trois tableaux, dont l'un représcnlait le Repas dEsther; les deux autres, le Jugement de Cambyse : c'est le Irait fameux de justice, ou, pour mieux dire, tic cruauté de ce barbare fils de Cyrus, qui lit écorcher vir un juge convaincu, dit on, de prévarication, et qui donna sa place au fils de ce malheureux, en le faisant as- • seoir sur le siège recouvert de la peau de son père. Les deux tableaux de Claissens se ressentent du goûl flamand et de l'époque où ils furent composés, liien n'y rappelle le siècle ni le pays ou l'action se passa, et il serait difiicile que des compositions pittoresques fussent plus défectueuses sous le rapport du costume. Le pinceau en est sec, le dessin de mauvais goût ; la couleur vigoureuse, il est vrai, mais dure et sans aucune entente du clair-obscur ni de la pcrspcciivc. En remarquant ces d. Tauts, aussi nombreux que choquants, on doit reconnaître que l'expression, celle partie essentielle de l'art, y est portée au plus haut degré. Dans le premier tle ces tableaux, où Cambyse Tait saisir le juge sur son tribunal, l'anxiété, les terreurs du magistrat coupable sont parfaitement rendues. Le second tableau est encore plus remarquable, c'est même un chef-d'œuvre, mais un chef-d'œuvre où la vérité tle l'imitation est portée jusqu'à l'horreur. Les convulsions du malheureux que l'on écorche contrastent d'une manière à la fois admirable et anVcuseavcc le calme imperturbable des l>ourrcaux ; mais au lieu d'atteindre le but, le peintre l'a dépassé, et, après la première impression, celle horrible scène, si énergiquement rendue, n'inspire plus que le dégoût, surtout à ceux des spectateurs qui connaissent et apprécient le génie céleste des Grecs, nos maîtres dans tous les arts, et qui ont si bien su exprimer la douleur sans jamais s'écarter de la grâce. • D— t.

CLA JUS. Voyez Clay.

CLAMENGES, CLEMANGIS ou CLAMTNGES (Matthiel-Nicolas de), en latin Cleuaivgius, ou M Clemamgiis, naquit vers le milieu du 14' siècle, époque où les noms n'étaient pas encore invariablement fixés tlans chaque famille. Il était né dans le Village de Clamenges, près de Châlons en Champagne, et en prit le nom. « C elait alors, dit Mézerai, « la coutume des gens de lettres qui étaient issus de * bas lieu. » Le père de Clamr mjes exerçait la pro-

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Cession de médecin à Chàlons. Il avait un frère, grand uiailre du collège de Navarre, et qui mourut en 1-130. MaliliicuO»icolas lit toutes ses éludes dans ce même collège, et d'une manière très brillante. On voit qu'il était recteur de l'université en 151)3. L'antipape Benoit XIII le choisit pour secrétaire, il ce tut cette faveur du pape qui donna lieu de soupçonner que Clamenges le meilleur écrivain de ce lemps, avait dressé la bulle d'excommunication contre le roi de France Charles VI. Il chercha à se justifier de celte accusation, et détruisit en partie les préventions que sa conduite avait fait naître ; elles furent si fortes, qu'il jugea prudent de se retirer à Gènes. A son retour en France, il obtint la

• place de trésorier de Langres. De nouvelles préventions l'obligèrent à quitter une seconde fois sa patrie, et il alla vivre ignoré dans le monastère de Vallombreuse eu Toscane, où il passa plusieurs années. Ce tut dans cette retraite qu'il conqiosa ses principaux ouvrages. Le roi lui accorda son pardon ; il lui rendit ses bénéfices, et, a son retour, il fut nummé chantre et archidiacre de liayeux. Sur la (in

■ de sa carrière, il revint au collège de Navarre, dont il fut proviseur, et il y mourut. Il fut, dit Lyduis, historien de sa vie, enterré dans lu chapelle de ce collège, sous la lampe, devant le grand autel. 11 choisit lui-même cet endroit , parce qu'ayant été dans sa jeunesse boursier dans ce collège, il était venu souvent la nuit éludier à la lueur de celle lampe, ce qui donna lieu a celle inscription, assez dans le goût qui régnait à cette époque :

Qui lampa< fuit ecclesix sub lampa.le jacet.

On lisait encore, avant la révolution, sur sa tombe, l'épilaphe qui suit :

Belga fui, Calalaunus eram, Claicen/lot orlu ; Hic humus ossa teuel, spirilus asira petit.

On ignore l'époque de la mort de Clamenges; mais il vivait encore au temps du concile de Baie (1431), ainsi qu'on le voit par trois lettres insérées dans le recueil de ses ouvrages, et il parait certain qu'il était mort en 4440. Ce recueil, qui fui imprimé à Leydc, 1C13, in-4', par les soins de Lydius, contient les ouvrages suivants : 1° de Corrupto Eccletia Statu : ce traité est le [dus considérable; il avait paru séparément à Hclmstaedt, 1620. in-8" ; édition qui passe pour la plus ample. 2° De Fiuclu eiemi. y De Fruciu rerum adversurum. 4° De Aovil Cit'eàiiiatibus non tiufWuendti. 5° De Prasulibui simoniucis. G3 De Filio prodigo. 7' Un discours aux princes français contre la guerre civile. 8' Cent trente-sept

lettres sur différents sujets; la dernière est ekIi e

a Henri, roi d'Angleterre ; plusieurs à Jtan Grrson, d'autres à des prélats el à des cardinaux, il* De l.apttt et Reparalione juslilim : il dédia ce traité à Philippe, duc de Bourgogne. 10" De Ânnalit non solrendit. M* Super Blateria eoneilii generalit. 12° Une pièce de cent vingt-huit vers latins, sur le schisme qui divisait l'Église. 13° Un Étngc de Langres, que Jean Coin lut lit imprimer au 17* siècle. L'auteur de cet article iwsscdc un manuscrit daté du commence-

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lut m i,n la* siècle, qui contient, outre les ouvrages ci-dessus, plusieurs autres écrits, et notamment un mémoire que Chmcnges rédigea par ordre de l'université, pour ramener les esprits et faire cesser le schisme qui causait alors un grand scandale dans la chrétienté. Ce mémoire, dont les matériaux avaient élé fournis par P. d'Ailly et par G. Deschainps (vog. YHittoire de l'université par Crevier, t. 3, p. 113», fut d'abord bien reçu du roi; mais les intrigues du cardinal P. de Lune, dit une ancienne note jointe au manuscrit, empêchèrent que les projets de Clamenges ne fussent exe utés. Sa latinité est remarquable; son style est orné, sans affectation; il abonde en termes choisis et en heureuses applications des auteurs sacrés el profanes ; mordani dans ses satires, il est agréable dans ses descriptions. Cet auteur, qu'on ne lit plus, a joui de son temps d'une étonnante réputation. 11 était en commerce de lettres avec les ministres et les souverains, et son nom, si souvent proclamé immortel dans le If* siècle, est à peine connu aujourd'hui de quelques érudits. La Croix du Maine et Duverdier prétendent que le roman ou plutôt l'histoire tragique intitulée : Floridan et ta belle Ellinde, qui a paru a la suite de YUitloiredu petit Jehan de Saintré, Paris, 1.>17, peiit in-fol., et Paris, 1724-30, in-12, a été traduite du latin de Nicolas de Clamenges, par Rasse de Itrinchamel. Jacques Hommey, religieux augustin, parait appuyer cette assertion, en insérant tout au long, en latin, la lettre qui contient celle histoire de Floridan, tirée du manuscrit de Nicolas de Clamenges, dans son Supplemenlum Patrum, Paris, 1G83, in 8»; mais il est bon d'observer que la traduction de Rasse de Brinchamrl est une paraphrase plutôt qu'une simple traduction, puisque la lettre latine originale n'est que de 5 p. in-S"; elle n'est pas dans l'édition de 1613, et le P. Hommey se proposait d'en donner une édition plus complète in-fol. On trouve la vie de Nicolas de Clamenges dans le Gersoniana de Dupin, et dans le recueil de pièces concernant le concile de Constance, donné par van der Hardt (Francfort, 1697, in-fol., ou Ihlmstaedt, 1700, 7 vol. in-fol. \ avec des lettres choisies de Clamenges au sujet de ce concile, une notice de ses œuvres qui se gardent dans plusieurs bibliothèques de l'Europe, et son traité de Corrupto Ecelesia Statu, donné d'une manière plus exacte. M— t.

CLAM ANGES (Etienne de), de la même famille que le précédent, fui chanoine et archidiacre de Langres, puis doveti et curé de Chaumont en 1471, et aumônier de Charles VIL II est auieur de plusieurs ouvrages dont les manuscrits étaient autrefois conservés dans la bibliothèque du chapitre de Langres; on ignore ce qu'ils sont di venus. Etienne de Clanungcs mourut au mois de septembre 147!). T.-p. F.

CL \ MORGAN (Jean de), srigmtir de Saane, ou Slave, premier capitaine et ciief de la marina du [>onant, su vit sur mer pendant quarante-cinq ans, sons François 1", Henri M, François II et Charles IX. Il débia à ce dernier la Citasse au loup, rt\

eu

laquelle esl contenue la nature det loups et la manu te de les prendre, tant par chiens, filets, pièges qu'autres instruments. Cet ouvrage, qui parut pour la première fois à la suite de la Maison rustique de Ch. retienne, Paris. 1506, in-4\ fig., et qui se trouve joint au même ouvrage dans les éditions données à Rouen, Paris, Anvers, etc., a été traduit en italien sons ce titre : la Caecia del luppo, Turin, 1583, J..-J. VVolf le traduisit en vers riiués allemands, en 4582; on en conserve le manuscrit dans la bibliothèque de Dre de. Clarnorgan avait étudié l'histoire naturelle dans les meilleurs livres connus de son temps; mais celte science n'avait point fait encore en France de grands progrès. Il traite de la nature du loup, de la manière de dresser les chiens pointa chasse de cet animal, et des remèdes que l'on peut tirer de ses différentes parties. Clarnorgan rapporte, d'après Isidore, que le loup, en voyant l'homme le premier, lui ôte la voix, parce qu'il infecte l'air de son haleine, etc. Celle opinion vulgaire est très-ancienne. Virgile dit dans ses Bucoliques : Lupi Mtrrim videre priores, et de là csl venu le proverbe, lupus in fabula. Clarnorgan avait aussi composé une forte universelle, en forme de livre, sur un point non accoutumé de la figure, et plan de tout le monde, en laquelle sont les mers et terres assises en longitude el latitude. Il la dédia au roi François I", qui la plaça d.ms sa bibliothèque de Fontainebleau. Clarnorgan lait mention de celte carie dans son épl- Ire dcdiealoire de la Chasse au loup. Il y parle aussi d'un livre de la Faion et Manière de construire les grands navires, les armer et vtciailler, dresser le tombal par mer. faire les navigations lointaines par le soleil, la lune et les étoiles fixes, autrement que on a accoutumé; mais ces deux ouvrages n'ont poiut tic publiés. V— vb.

CLAINCY (Michel), auteur anglais du 48» siècle, éludia la médecine au collège de la Trinité. Klant allé à Heiins pour prendre le doctorat, il s'y lia avec Montesquieu, et ils vécurent ensemble dans la plus grande intimité. Montesquieu le recommanda au comte de Chesterlield, alors lord lieutenant d'Irlande ; mais Clancy perdit la vue avant d'avoir commencé à exercer la médecine. Le comte lui lit obtenir une pension assez considérable, et il ouvi il, peu de temps après, une école de lalin à K.Mkenny. On a de lui : 4° lEscroc (the Sharper), comédie, 1737; 2° Hermon. prince de t.horaa, ou te '/.Ht extravagant, tragédie, représentée à Dublin, imprimée a Londres en 4746; 3U Templum Veneris, seu Amorum rhapsodiœ, poème ; 4° des mémoires sur sa propre vie, 1740, 2 vol. Le théâtre de Drury- Lauc donna, a son bénéfice, une représentai ion de la tragédie û'OEdipe, dans laquelle il remplit avec

succès le rôle de l'aveugle Tiréi

CLANRICARD ou CLANRICARDIï (Ulick), (cinquième comte, puis marquis i>; , chef de la famille anglo-irlandaise des Uurgho (voy. ce nom], et Us du laineux comte de Si- Al ban (voy. St-Albàn ), naquit à Londres en 1604, hérita de son père en 1635, siégea aux parlements de 1639 et de 1640, et retourna en Irlande en 1041, gouverneur parlicu-

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lier de la ville et du comté de Gallvvay. Tous les gentilshommes, tous les propriétaires les plus considérables relevaient de lui dans ce comté. A la première nouvelle de l'insurrection meurtrière qui éclata dans le nord de l'Irlande, il convoqua tous les feudalaires directs de la couronne. N'ayant d'autre force que son régiment en garnison à Loughréa, il fit résoudre par le comté la levée de deux corps, les arma à ses frais, en imposa par son pouvoir sur l'opinion, plus que par la réalité de ses forces, conserva la paix dans sa province, lorsque depuis longtemps elle n'existait plus ailleurs, et secourut même les provinces voisines. Malheureusement ses projets pacifiques ne furent rien moins que secondés par les lords justiciers Parsons et Dorlase, qui, au nom du roi, mais au gré du parlement factieux de Westminster, gouvernaient alors. Par commission du 1 1 janvier 1042, Charles 1er nomma Clanricard le second de ses commissaires pour recevoir les remontrances des confédérés catholiques. Les comtes d'Ormond et de Clanricard eussent tout concilié; les lords justiciers brouillèrent tout, en donnant le nom de rebelles à ceux qui ne voulaient être que pétitionnoires. « Ni peines (écrivait Clanricard à Charles l*r), « ni menaces, ni protestations, ne peuvent empêcher « ces peuples de croire fermement que tous ceux qui « entrent dans la confédération sont les vrais servi- « leurs de Votre Majesté. Si mes serments, si mes « protestations pouvaient être crues, ils me suivraient « par milliers pour servir leur roi partout ailleurs; a mais dans l'état actuel de ce royaume, ils sont si « profondément convaincus et de la connivence de ■ leurs gouverneurs actuels avec les factieux de a voire parlement anglais, et de l'injustice avec lais quelle on les gouverne, et du projet de dévouer a toute l'ancienne race irlandaise à une destruction « générale, que presque toute la nalion s'est unie en « corps, ou |K>ur conquérir son salut à la pointe de • l'epée, ou pour vendre sa vie le plus cher possia ble. » Le comte de Clanricard suivit toujours la ligne p'icilique, renoua la conférence entre les commissaires royaux et les commissaires catholiques, reçut en forme les remontrances de ceux-ci, et les lit passer au roi. Le comte d'Ormond s'écarta un peu de cetlc ligne (voy. Onuo.Nb) ; il y fut ramené |»ar des ordres p isitifs du roi, et conclut enlin une trêve d'un an avec les confédérés. Sur sa demande et sur celle «le Clanricard, ils votèrent pour le roi 36,000 hv. stcrl., et demandèrent à s'embarquer pour aller sous l'étendard royal combattre les Kcossais rebelles. On prit leur argent; leurs bras, trop redoutés par les uns, furent dédaignés par les autres : la trêve qu'ils observaient fut violée a leur égard. Le comte de Clanricard, qui avait la confiance des catholiques, quoiqu'il fût attaché au gouvernement, voyait toutes ses mesures traversées par les gouvernants, parce qu'il était catholique. I es deux jus'iciers furent destitués. Ormond et Clanricard, créés tous deux marquis, furent nommés, le premier, lord lieutenant d'Irlande; le second, commandant sous lui toutes les forces de la Conaeie et membre du conseil privé. L'un et l'autre servirent

532 Cf.A

de Unir lui» us la came royale : Ormond plus timide, plus embarrassé entre, les protestants et les catholiques, les h Initiais et les Écossais, les royalistes et les parlementaires; Clanrieard plus ferme, marchanl plus directement à son but, décidant avec plus de promptitude ce qu'il fallait appuyer ou combattre, détendre ou sacrifier. Pendant les négociations pour ce «pi on a appelé la paix de 1648, entre les confédérés cl le gouvernement, lorsque celui-ci, contre l'avis même du roi, refusait aux catholiques l'exercice de leur culte tt la révocation des lois pénales, ic comte de C'anricard déclara hautement « que refuser à tant de milliers de sujets loyaux des a conditions sans lesquelles ils ne pouvaient vivre a avec liberté de conscienre, honneur et sécurité, « c'était se déclarer ennemi du roi. » Lorsqn'après la conclusion du traité, le fanatique Owen 0 Ncill et le turbulent nonce Hinucciui s'opposèrent à fa ratification des articles, comme insuffisants pour la sûreté des intérêts religieux, Clanricar I prit sur 0 Ncill le château d'Aildone, les places de James-Town cl de Mootc. Il assiégea le nonce dans Gallway, foira la ville à ouvrir ses portes, à prorlamer la paix, eu dépit des censures que Home elle-même désavoua, et à payer de fortes contributions pour le service du roi. Celte paix, qui, plus tôt conclue, aurait pu être si utile à l'infortuné Charles I", se proclamait en II lande pendant qu'il recevait le coup mortel en Angleterre. I.e marquis d Ormond, après avoir lutté, cédé, capitulé, s'embarqua pour la France, laissant à Clanrieard, avec le titre de lord député, le gouvernement de ce qui i estait encore en Irlande de sujets fidèles au roi Charles II. Le nouveau gouverneur se distingua encore par son dévouement. Il s'épuisa en efforts pour tenir toujours sur pied une armée royaliste, dut-il même ne faire qu'une guerre malheureuse, mais qui fqtérerait toujours une diversion en faveur des royalistes d'Angleterre et d'Ecosse. Même après que Gallway s'était rendu aux troupes de Croimvcl. Clanrieard, n'ayant plus que 5,00 ) hommes, perça dans l'LItonie, conquit sur les rebelles les forts de Ballyshannou et de Doncgall. Ce fut son dernier succès et son dernier effort. Abandonné, trahi, il envoya lord Castlehaven prendre lesordics du roi Charles, alors descendu en Ecosse, l e roi, en le remerciant de sou inébranlable loyauté, lui conseilla de capituler, et d'obtenir pour lui et ce qui lui restait de partisans les meilleures conditions possibles. Clanrieard n'en voulut aucune personnelle à lui seul. Une capitulation lui permit d'abord de rester avec sa troupe au milieu des quartiers de l'ennemi tout le temps nécessaire à l'ai rangement de leurs affaires, et sans prêter aucun serment aux autorités nouvelles. Un passe-|>ort lui permit ensuite de s'embarquer avec 3,000 hommes armés, de traverser l'Angleterre, et de les conduire sur le continent, au service de tout prince en paix avec la république anglaise. Sorti d'Irlande, où il laissait en proie nux conliscations un revenu territorial de 59,000 liv. sterl., il fut arrêté en Angleterre par des infirmités, glorieux et déplorable suite de ses travaux ! Quoique

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le parlement de Cromwell l'eût excepté de tout pardon et mis liors de la loi, sa capitulation ne fut point violée. On le laissa mourir tranquillement dans sa , terre de Somraer-Hill, ou il espéra toujours, à la première lueur de santé, aller rejoindre son maître exilé. Clarandon place cette mort dans l'année 1655, l.éland en 1659, et l'Irish Pceragc en I6S7. Le marquis de Clanrieard a laissé de précieux Mt'moircs concernant let affaires d'Irlande, depuis IGIO jusqu'à 1655. Clarendon eu faisait beaucoup de cas-, et ils ont été imprimés à Londres en 1722. On y trouve une dissertation curieuse sur les antiquités d'Irlande. Le marquis de Clanrieard étant mort sans enfants mâles, son titre de marquis s'éteignit avec lui; ceux de comte de Clanrieard, baron de Dunfcellin, etc. , passèrent successivement a son cousin germain Milliard, proscrit par Cromwell en 1657, et réhabilité en 1661 ; puis à Guillaume, frère de Hiehard, qui, après une capitulation aussi honorable que celle du marquis, alla rejoindre Charles If dans son exil, revint avec lui en Angleterre, fut lord lieutenant du comté de Gallway en 1C80, et de toute l'Irlande en 1687. L— T— t..

CLAPASSON (André), avocat à Lyon . né le 15 janvier 170K, mort le 21 avril 1770, est auteur d'une Description de la ville de Lyon , publiée sous le pseudonyme de Paul Rivière de Brinais, 1741, petit in-8*. Ses Recherches sur la bataille de Briguais, où les Tard-venus forint mis en déroute (avril 1362). ont été insérées dans les Archives du Rhône, t. 5, p 415-424. L'académie royale de Lyon, dont il était membre, conserve un assez grand nombre d'autres dissertations qu'il lui avait communiquées, et parmi lesquelles il en est une sur les colonnes de l'église d'Ainay, et une sur les aqueducs de Lyon. Il a encore laissé en manuscrit une Description de l'église de St-Pierre de Lyon, et un Essai de comparaison des t illes de I yon et de Paris. A. P.

CI.APIEHS ( François), seigneur de Yauvenargues, jurisconsulte du 16' siècle, conseiller à la chambre des comptes et cour des aides de Provence, mort en 1585. Il a recueilli et publié les arrêts de sa compagnie sous le titre de Ctnturia causai um, imprimés pour la seconde fois à Lyon, 1589, in-4*. Il a composé aussi un abrégé de Provincia Phocensis Comitibus, Aix, 1581, in-8*; Lyon, 1726, in-4», et à la lin de son premier ouvrage cité ci-dessus ; cet abrégé a été traduit en français par Fr. Dufort, Angevin, sous le titre suivant : Généalogie des comtes de Provence, depuis l'an 577 jusqu'au règne d'Henri IV, Aix, 1598, in-8#. L'ouvrage est |>cu exact, et le traducteur n'a fait qu'ajouter aux finîtes de l'original ses propres contre-sens. C. T — Y.

CLAP1ÈS ( de ), ingénieur et astronome français, naquit à Montpellier, en 1671, d'une famille noble de Béliers. Il fit ses études « liez les jésuites de cette dernière ville , et y lit connaître ses talents pour la vcrsilicatiou par un petit poème sur Part de la verrerie. La lecture des Eléments d'Euclide, qu'il fit avec un de ses amis, dévoila ses dispositions pour les mathématiques, et il se livra exclusivement à cette scienre. Sa naissance l'appelant au service militaire, il

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fit quelque* campagnes, et se trouva à la bataille de Nmvinde. Revenu à Moni|«llier peu de temps après, il y devint le géomètre à la mode, et fut le premier assoné de la société royale qu'il établit dans cette ville avec Plantadc et le président Bon. Il fut aussi nommé, en 1702, correspondant de l'académie des sciences île Paris, à laquelle il avait adresse quelques mémoires. Il a le premier appliqué la trigonométrie rectiligne a la construction graphique de cadrant solaires, que Picard n'exécutait qu'au moyen de la trigonométrie sphérique. ( l'«y. le recueil de l'académie des sciences, année 1707.) Il avait Tait le calcul de l'éclipsé de soleil du 12 mai 1706, et avait trouvé plaisant d'en tracer la marche dans la forme et le style des ordres de roule en usage pour les Loupes. C'est la première éclipse totale qui ait été observée depuis le renouvellement de l'astronomie. L'obscurité ne fut complète à Montpellier que pendant 4' 10". Clapiés en publia l'observation à Mont» pcllier, 1700, in- 5°, et fit paraître peu de temps après les Ephimérides , ou Journal du mouvement des astres pour l'année 1708, au méridien de Montpellier, in-8* «le 10.» p. 11 avait aussi calculé celles de 1707 , mais elles ne furent pas imprimées. Les cmis de Languedoc lui coururent en 1712 la direction des chaussées du Bhôuc , et il fut nommé professeur de mathématiques en 1718. La ville de Tarascon, sur le point d'être submergée par le Hlioce eu 1724, lui fut redevable de sa conservation. Il a travaillé avec Planlade et d'Anisy à la description géographique de la province de Languedoc. Après plusieurs autres travaux, relatifs au canal de Provence, aux routes du Languedoc, etc., il mourut le 19 février 1740, âgé de 69 ans. Outre quelques observations qui se trouvent dans la collection de l'académie des sciences, on a de lui une Dissertation sur les diverses apparences de la lune ieliptêe, Montpellier, 1710, in-4°, et plusieurs mémoires in- Mirés parmi ceux de la société royale de Montpellier. Son éloge, par de Rate , se trouve dans les mêmes mémoires, et on en lit un extrait dans les Mémoires de Trévoux, février 1747. C. M. P.

CLAl'IÈS ( Chaules), docteur en médecine, né à A lais le 26 octobre 1724, publia sous le titre de Paradoxes sur les femmes, où l'on tâche de prouvtr qu'elles ne sont pas de l'espèce humaine, 1766, in-12. la traduction du livre singulier, Mulieres homines non eue. (Voy. A ci lu lu s et GÉdik. } Le traducteur l'a enrichi de notes, et en a retranché un petit nombre de traits qui ne portaient que sur les opinions des sociniens et des anabaptistes. Il est mort a Alais, le 7 septembre 1801. V. S — L.

CLAPMAIULS ( Ati>'OLD Clapmaieu, en latin), écrivain politique, naquit en 1.Ï74, à Brème, d'une famille honorable. Après avoir fait d'excellentes études, il visita l'Allemagne, l'Angleterre et les Pays-Bas , pour perfectionner ses connaissances. Il voulut être soldat, afin d'apprendre par lui-même les règles de la discipline, et vint ensuite à Altdorf, où il reçut le doctorat, dans la faculté de jurisprudence , à vingt-six ans. Nommé professeur de droit ptiblic à la mémo académie, il fut chargé de régler

des différends qui s'étaient élevés entre la ville de Nuremberg et les princes voisins. L'étendue de son savoir, l'habileté qu'il montra dans celte négociation et son ardeur pour l'étude, lui promettaient de brillants succès, lorsqu'une mort prématurée l'enleva, le Tr juin 1604, à l'âge de 30 ans. Son père, malheureux de lui survivre, exprima ses regrets et sa douleur dans une louchante épilaphe, que Kcrnig a insérée dans la BibHolheca velus et recens. On a de Clapmaier : i* de Arcanis remm publicarum libri scx. Cet ouvrage n'est pas, comme on pourrait le supposer d'après le titre, un traité des secrets ou îles conps d'Etat. C'est unt suite de tableaux du gouvernement de Borne, entremêlée de réflexions ordinairement assez communes. Il n'en a pas moins joui du plus grand succès en Alterna» gne pendant tout le 17e siècle, comme on peut en juger par les nombreuses éditions qui en ont été faites, la plupart accompagnées de notes cl d'additions de J. Corvin, de Martin Schooek, de J.-Chr. Sagilarius, etc. Les éditions d'Amsterdam, 165 1 ou 1644, in-12, sont encore recherchées parce qu'elles font partie de la collection des I'.lzevirs. 2" S'obilis addescenlis Triennium : quomodo sludiosus Uun aniarum litlcrarum triennio animum juxta ac ser~ monem féliciter excotere possit. C'est une lettre di Clapmaier ù un de ses amis qui lui avait demande «les conseils, fille a été imprimée avec l'ouvrage de Berman : Mantiductio ad linguam lalinam, Wittcmberg, 161 1, in-8 ; avec celui de Christophe Colérus : de Ordinando Studio polilico. Leyde, Elzevir, 1610, in 52 ; dans le recueil intitulé : //. Grotii et aliorum Dissertaliones de studiis inslituendis, Amsterdam, 1C45, in-12; enfin avec des notes de l'éditeur, dans l'ouvrage de Thomas Crenius : do Erudilione comparanda. XV— s.

CLAPPER.TON ( Hugues), célèbre voyageur anglais, naquit en 1788, à Annan , ville du comté de Dumfries, en Ecosse. Sa famille, assez ancienne, | Lirait avoir eu quelque illustration dans l'Église et dans l'armée; mais son père George Clappcrton, n'était qu'un simple chirurgien de la petite ville d'Annan. Hugues ne reçut aucune instruction classique : seulement, lorsqu'il sut à peu près lire et écrire, on lui apprit un peu de mathématiques considérées surtout dans leur applic ation à la théorie de la navigation. Il montra une aptitude assez remarquable pour ce genre d'étude qui préparait sa destinée de voyageur; et dés lors il fit preuve de qualités non moins essentielles pour cette rude vocation, c'est-àdire d'une bonne santé et d'un tempérament de fer qu'aucune variation de l'atmosphère ou des saisons ne pouvait atteindre. A dix-sept ans, il s'embarqua, comme novice, à bord d'un navire de fort tonnage, qui faisait le commerce entre Liverpool et l'Amérique du Nord, et il traversa ainsi l'Allaniiquc à plusieurs reprises, se faisant distinguer entre tous ses compagnons par son sang-froid, son adresse et son intrépidité. Dans un de ses séjours a Liverpool, il fut arrêté pour une légère contravention aux lois de douanes, et n'échappa à un emprisonnement dont il était menacé qu'en prenant du service sur un bâti-

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ment de l:i marine royale. Ainsi ce furent le hasard et la nécessité d'expier une faille presque insignifianle qui lui firent faire le premier pas dans une carrière où il devait acquérir tant de gloire. Il ne larda pas à être eleu' au grade de tnidthipman, le premier degré, comme on sait, de la hiérarchie dans I état-major naval. En 1815, l'amirauté ayant résolu d'instruire les équipage* de la marine britannique au maniement régulier du cou triai, ou sabre d'abonlage, dont jusqu'alors ils s'étaient servis sans en soumettre l'usage à aucun principe fixe, choisit Clapperton et quelques autres tniJthipmen, adroits comme lui dans tous les genres d'exercice, pour leur faire prendre à l'ortsmouth des leçons du fameux maître d'escrime Angclo, qui leur enseigna dans toute sa perfection le maniement de cette arme redoutable. Ils furent ensuite répartit, en qualité d'instructeurs, sur la flotte; et Clapperton se trouva placé à bord du vaisseau de soiumie-quatorze, l'A- *t>, où le vice-amiral sir Alexandre Coelirane avait son pavillon. L'Asit. qui était alors à Spiihcad, ne tanla pas à Taire voile (janvier 1814) vers les cotes du Canada, où l'amiral allait prendre le commandement des forces navales de l'Angleterre chargées n'exécuter d'assez grandes opérations dans ces parafes. Pondant tout ce trajet, qui se prolongea par une relâche aux Bermudes, le jeune midshipman remplit ses nouvelles fondions de manière à faire admirer de tout le monde, et des ofliciers comme des matelots, tous également empressés aux mêmes leçons, sa mâle beauté, son assurance de marin déjà consommé, et celte ardeur à laquelle s'animait incessamment d'un nouv< au feu l'enthousiasme militaire de tout l'équipage. Bien n'égalait en même temps la gaieté commnnicalive tic son caractère : il savait à propos charmer l'ennui du voyage par quelques vifs refrains, débiter de joyeux contes, peindre «les décorations pour les jeux sceniques qu'on improvisait à bord du vaisseau, esquisser des vues, • roquer des caricatures; en un mol, il M montrait à toute heure comme le plus amusant personnage IpN l'on pût voir, cl il exerçait sur tous ses compagnons, depuis l'amiral jusqu'aux mousses, un grand et Tacite ascendant. Toutefois il Crut devoir les quitter à son arrivée sur la cote de l'Amérique septentrionale, pour se diriger vers les grands lacs où H passaient les plus sérieuses actions de la guerre contre les Etals Inis, et pour trouver là des aventures plus appropriées à sa nature entreprenante. Il se rendit à Halifax et de là dans le haut Canada, ou on lui donna bientôt, avec le grade de lieutenant, le commandement de la goélette lu Confiance, dont l'équipage était composé do tout ce qu'il y avait d'hommes réputés indiseiplinables dans l'escadre anglaise. En port de temps, il sut les habituer à une subordination tellement rigoureuse, que la C on fiance hit citée des lors pour son exacte discipline, connue elle l'avait été précédemment pour son indocilité. Dans les halles que lit parfois sa goélette le long des rives spacieuses du lac Erié et du lac Union, Clapperton se faisait mettre à terre, S'enfonçait dans les bois et revenait ensuile avec de

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fraîches provisions, résultat d'une chaise heureuse. Les rapports qu'il eut avec les naturels du pays, dans ces excursions rapides, lui donnèrent, dés celle époque, du goût pour une existence romanesque et demi-sauvage, et il conçut sérieusement le dessein de résigner sa commission à la fin de la guerre, et de se faire volontairement un des hôtes des vieilles forêts américaines. Mais sa passion pour les aveuturcs et pour une vie excentrique devait être amplement satisfaite, plus lard, sur un autre théâtre et avec plus de profit pour sa («trie, avec plus de gloire pour lui-même. En 1817, après la dissolution de la flottille anglaise qui occupait les lacs de l'Amérique, le lieutenant Clapperton fut mis à la demisolde comme beaucoup d'autres ofliciers, et se retira à l.ochmaben, en Ecosse, où il consacra environ trois années aux délassements de la vie rurale. En 1820, il se lia à Edimbourg avec le docteur Oudney, chirurgien de la marine, qui lui donna la première idée de tenter de nouvelles découvertes i u Afrique, cl se le fit adjoindre comme compagnon pour le voyage qu'il allait entreprendre lui-même au Bornou, par la route de Tripoli. Le docteur devait s'établir au Dornou avec le titre de consul ei la mission de protéger le commerce britannique. Un autre compagnon lui fut encore donné, quoiqu'il ne l'eût pas demandé; ce fut le lieutenant Denham, mort depuis colonel, et qui devait, de la résidence consulaire «lu docteur, prise pour point de dépari, diriger ses recherches vers Tombouclou. Us pouvaient compter heureusement, pour le succès de leur entreprise principale, qui était de parvenir au Dornou, sur le grand crédit dont l'Angleterre jouissait auprès du pacha de Tripoli, et sur l'influence que ce pacha exerçait lui-même jusque vers le centre de l'Afrique. Partis ensemble de Tripoli, vers la fin de 18*21, avec une caravane de marchands arabes, Denham, Clapperton et Oudney se rendirent par Sockna à Mourzouk, capitale du Fczzan. Les deux derniers firent de là, à l'ouest de Mourzouk, une excursion dans le pays des Touariks, peuples errants qui paraissent être de la race des Berbcrs,ct qui différent essentiellement des Arabes par leurs mœurs et leur caractère. A l'est du Fezzan sont répandues les peuplades des Tihbous, qui semblent être originairement de la même famille que les Touariks, mais plus doux, et, il est vrai aussi, moins aventureux et moins intelligents. C'est entre les régions habitées par ces deux peuples d'une race commune, les Touariks et les Tibbous, que les trois voyageurs trouvèrent et suivirent, à travers le désert, la rouie qui conduit du Fczzan au Dornou, et qu'aucun Européen n'avait encore parcourue. Ils eurent ainsi à frandiir, pour atteindre rie ce premier royaume au second, un es[»acc d'environ dix degrés de latitude, presque entièrement couvert d'un sable mélangé de sel, et jalonné en quel«|iie sorte par les cadavres des maiiieureux esclaves nègres , qui, traînés de toutes les parties du Soudan ou Nigritie, au marché de Tripoli, expirent en chemin, de soif, de faim ou de fatigue. Ils parvinrent enfin sur les bords «lu lac de Tchad, situé cutre le douzième et le qniu-

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7ièmc lïe^ré de lalilude septentrionale : c'est une découverte importante que leur doit la géographie; car, avant eux, l'existence en avait bien été révélée par les récils des Arabes . mais si confusément que lesuco.-ranlies étaient réduits à marquer sa situation sur la carte à peu prés au hasard. Ce lac a environ soixante lieues de Ions sur quarante de large ; il reçoit plusieurs rivières considérables, et les eaux qu'il :i une fois admises dans son sein n'ont pas d'écoulement qui soit connu jusqu'à présent. Autour du Tchad, on trouve au nord le Kanem , an sud-est le Betghami, au sud le Loggoun, à l'ouest le Bornou. Cette dernière contrée, fort étendue et assez commerçante, était autrefois gouvernée par un chef qui prenait le titre de sultan ; mais l'autorité réelle appartient aujourd'hui, ou du moins appartenait du temps île Clapperlon, à un cheik, natif du Kanem, qui, à la lètC d'une troupe de ses compatriotes, avait chassé les Félalahs, peuple voisin et conquérant antérieur du Bornou; cl depuis sa victoire, le cheik, en proclamant pour souverain le frère du dernier sultan, l'avait réduit à la condition d'un roi fainéant. Clapperlon cl ses compagnons de voyage ne contribuèrent pas médiocrement à ranger sous sa loi un nouveau peuple, celui de Mongowis. De ce service , et de l'opinion qu'ils surent lui donner de leur supériorité, ils tirèrent l'avantage d'entrer assez avant dans ses bonnes grâces, et de ne pas éprouver d'obstacles, d'obtenir au contraire toutes les facilités désirables pour la continuation de leur entreprise. De Kouk.i, ville assez considérable et résidence du cheik, tandis que Denham allait visiter le Loggoun, puis le Mandata, et se mêlait témérairement à une expédition d'Arabes, de Dornouens et de Mandarans contre les Félatalis, de laquelle il devait revenir blessé, défiouilléet n'ayant la vie sauve que par miracle, Clapperlon et Oudm-y se mirent en route pour le Haussa, pays situé a l'ouest du Bornou et occupé par les Fclatahs, peuple laborieux, intelligent, attable, et dont les mœurs seront adoucies depuis ses conquêtes. Les principales stations, et poulains! dire les grandes étapes de leur voyage, furent, en se dirigeant toujours à l'ouest, et en inrlinanl à peine vers le sud, Bidegouna, Katagoun etMurmur. Dans cette marche, un jour, pendant que Clapperlon s'était un peu écarté de sa petite caravane, les Arabes de son escorte saisirent et garrottèrent deux hommes costumés à la manière de celle race primitive d'habitants du Bornou que l'on distingue des autns par le nom de Bédîles, et qui, n'ayant pas embrasse l'islamisme, sont un objet d'horreur pour ions les croyants. Un de ces malheureux, qui était véritablement de race nègre, reçut d'un des Arabes qui le retenaient prisonnier une blessure grave a la tète, sous le prétexte peu probable qu'il avait essayé de s'échapper. Clappcrton, s'étant rapproché de sa troupe, vit avec indignation les marques sanglantes de cet aelc de barbarie. Aussitôt, sans calculer les conséquences possibles de sa colère bien naturelle, sans songer que sa propre existence cl celle du docteur Outîney étaient a la disposition des Arabes de sa caravane, s'il les blessait dans leur orgueil

ou dans leurs préjugés, ou plutôt sentant bien, avec l'instinct d'un homme fait pour le commandement, que la force du caractère réussit presque < njours à dominer les circonstances, et que celle force, dont il ne faut pas laisser affaiblir l'influence , impose surtout le respect à des hommes grossiers qui ne reconnaissent guère d'autres lois, il s'clança sur le coupable, l'obligea d'employer sou propre manteau pour panser la blessure qu'il avait faite, et le menaça de lui brûler la cervelle, s'il se livrait de nouveau à de semblables cruautés. Ensuite, s'adressant à tous les autres Arabes de sa suite, il saisit cette occasion de leur faire comprendre les égards quo l'on doit aux prisonniers, et il réussit à se faire écouter et presque applaudir. Arrivé a Katagoun, dont le gouverneur avait envoyé au-devant de lui une garde d'honneur, il ne jugea pas inutile de donner a ce chef militaire, un des lieutenants du sultan de Sackatou, quelques preuves de son adresse à tirer à la cible; il atteignit plusieurs fois le but à une grande distance, avec une précision qui frappa d'étonnemenl le gouverneur de Katagoun, et lui arracha cette exclamation : a Dieu me préserve de «pareils diables! » Il eut pour récompense, et comme témoignage de la supériorité qu'on lui reconnaissait, un manteau magnifique que le barbare lui mil sur les épaules. A Mur.nur, Clapperlon lit une immense perte, bien sensible pour son cœur et bien regrettable aussi pour les résultats scientifiques que pouvait avoir son pénible voyage : il reçut, dans cette ville, le 12 janvier 1824, le dernier soupir du docteur Oudney, qui mourut, à l'âge «le 32 ans, «les suites d'un refroidissement, cause trés-fré<pjcntc de mort pour les Européens dans ces climats , où la chaleur Implante des jours n'a d'égale que la fraîcheur extrême des nuits. Aptes avoir rendu les derniers devoirs à son ami, sou compagnon, à celui qui avait eu la première idée de cette expédition, et qui avait bien voulu l'y associer, Clapperlon, désormais seul, et malade lui-même, continua son voyage avec persévérance. En mai- Chant toujours vers l'ouest, il arriva à Kano, une des principales villes du royaume «le Haussa, a laquelle il attribue une population de 50 à -40,00!) âmes. De là, se ponant encore à l'ouest, mais remontant un peu vers le nord , il parvint à Sa« katou, dont le nom signilîe halle, et «pii parait avoir été fondée en 1803. C'était déjà, en 1821, lorsqu'il y séjourna, une ville considérable, bien bâtie, beaucoup plus peuplée que Kano, la capitale du Haussa, et, k ce qu'il semble, de tout l'empire des Félalahs : du moins, c'était la réshlence du sultan Bcllo, «mi régnait alors souverainement sur celte race d'hommes. De Kano à Sackatou, le voyageur anglais trouva, en plusieurs endroits sur son chemin, d-s escortes assez nombreuses «|ue le sultan des Félalahs envoyait a sa rencontre, avec ordre de rendre honneur à sa qualité de représentant du roi «l'Angleterre, par un bruit assourdissant de tambours et de trompettes. 11 eut avec ce prince africain plusieurs entrevues très - amicales et assez familières, dotu il profita pour lut donner quelque idée

de la civilisation européenne et l'engager à entrer activement dans les projets que l'Angleterre a formes et qu'elle exécute en faveur de la race nègre et de tous les habitants de l'Afrique. Il lui apprit, par exemple, non sans l'étonner grandement, qu'il n'y a pas d'esclaves en Angleterre, qu'on s'y fait servir par des domestiques à gages, qu'aucun homme n'y a le droit de frapper un autre homme, et il finit par lui inspirer le désir assez sincère de concourir avec le gouvernement anglais à la suppression du trafic des esclaves. Il est vrai de dire que ce commerce, s'il est avantageux aux peuples voisins de la côte qui s'en font les courtiers et les commissionnaires, ne pruduit guère pour les peuples de l'intérieur que des massacres, des brigandages mutuels et peu de profit : tout le gain abominable qui en résulte se concentre à peu près entre les traitants européens et les vendeurs habitants de la cote, avec lesquels ils négocient immédiatement. Le sultan des Félatahs, dont le territoire est éloigné de la mer, n'avait donc pas d'intérêt à repousser cette proposition philanthropique. Clapperlon obtint sur lui unautic triomphe, plus difficile peut-être, car il s'agissait de surmonter rette délianec si naturelle chez tous les princes barbares à l'égard des étrangers : il n'eut qu'a promettre seulement de lui expédier d'Europe quelques livres arabes et une mappemonde, et il tira de lui en revanche la promesse d'accorder sa protection à tous les Européens qui pourraient venir, dans l'intérêt de la science, visiter les Etats soumis a son pouvoir. Enlîn, au moment de prendre son congé, le voyageur consentit à se cliargcr d'une lettre que le sultan eut la fantaisie d'ailresscr au roi d'Angleterre pour lui demander de vouloir bien envoyer à Sackatou un consul et un médecin. Cette lettre contenait un «.loge de Clappcrton, formule en ces termes : « Le serviteur de Voire Majesté, Baycs- « Abd-Allab ( c'était une espèce de nom de guerre que « le voyageur s'était donné), est venu nous rendre « visite, et nous avons trouvé en lui un homme très- « sage et très-intelligent, représentant bien, cl à tous « égards, votre grandeur, votre sagesse, votre di- « gnité, votre clémence et votre pénétration. » Il parait néanmoins que l'estime du sultan Bello pour ce digne représentant du roi d'Angleterre n'alla pas jusqu'à remplir son vœu le plus cher, en lui donnant les facilités nécessaires pour pousser plus loiu son exploration du continent africain. Dans celle ville de Sackatou, Clapperton se trouvait à cent licite* environ au sud-est de Tombouctou, à cent cinquante lieues a l'ouest de Kouga, et à la même distance au nord du golfe de Bénin : c'était un excellent point central |>our faire rayonner de là, dans une direction oit dans une autre, de nouvelles excursions |K>ur des découvrîtes. Aussi voulait-il poursuivre sa route vers le golfe de Bénin et vers le Niger dont il aurait recherché le cours de l'embouchure ; mais les difficultés toujours renaissantes que lui opposa le sultan le déterminèrent à reprendre le chemin qu'il avait précédemment parcouru. Il partit de Sncknton le 4 mai 1824. Ln passant par Murniur, il vit que îemiir en terra dont il avait enclos la sépulture du docteur

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Oudiicy avait été détruit par une caravane d'Arabes. A cette vue il se sentit transporte d'une indignation qu'il ne chercha pas à dissimuler. 11 envoya chercher le gouverneur de la ville, lui demanda quel était l'auteur de cet outrage fait à la mémoire de ton compatriote, et comme il obtint pour unique réponse qu'il fallait s'en prendre aux Arabes, et non pas aux habitants de la ville, il ne put s'empêcher d'appliquer plusieurs coups de fouet sur les épaules du gouverneur, coupable au moins de négligence. Il le menaça, en outre, d'en référer à son supérieur dans la hié* rarchie, le gouverneur de Katagoun, et même d'eu écrire quelque chose au sultan, si le tombeau du docteur Oudncy n'était rétabli dans son état primitif. Le gouverneur de Murniur s'engagea, avec une humilité d'esclave, à faire celle réparation qui lui était si énergiquement imposée. Ctappcrton, dans une vi« siic qu'il fit ensuite au gouverneur de Katagoun, rc\iiil sur ce même grief et saisit encore l'occasion de faire comprendre aux âmes grossières des liabitanls de cette partie de l'Afrique combien il est odieux d'insulter les restes périssables d'un mort, dont l'âme immortelle, placée dans un inonde supérieur, se trouve inaccessible aux attaques de la malignité humaine. De Katagoun il reprit sa marche vers Kouga, qu'il atteignit le 8 juillet, cl où il fut rejoint peu de jours après par le colonel Denham, qui eut kaucoup de peine à le reconnaître, tant il était brûlé par le soleil et changé pr la fatigue et la maladie. Le reste de leur voyage de retour, effectué par la même roule qu'ils avaient suivie en venant, continua d'être une série de fatigues, surtout lorsqu'ils eurent à ira verser le désert qui les séparait de la zone des Etals barbaresques. Enlin ils arrivèrent à Tripoli, où ils scmliarquèrcnt, vers le milieu de février 1825, pour Livournc ; et ce fut le 1" juin de la même année qu'ils abordèrent en Angleterre. Clapjicrton reçut alors, pour récompense de son liardi voyage, le grade de capitaine. 11 avait à peine eu le temps de prendre quelque repos et il n'avait encore rédigé qu'une |Kirlie de sa relation, lorsqu'on le chargea d'une seconde expédition du même genre dans les mêmes contrées ; mais il devait celte fois entrer en Afrique par le golfe de Bénin et remonter au nord, vers la route qu'il avait parcourue et les lieux qu'il avait visités danssa première entreprise. Il avait une réponse du roi de la Grande-Bretagne à rendre au sultan de Sackatou, et aussi une lettre à donner au cheik du Bornou. On lui adjoignit |»oiir compignons le capitaine Pearce.de la marine britannique, dessinateur très-habile, le docteur en médecine Morrisson, et un chirurgien, M. Dickson, irès-insiruit en histoire naturelle. Ils firent voile de l'ortsmotilh et abordèrent à Badagry, dans la baie de Délita, le 20 novembre 1825. Le chirurgien Dickson fut, sur sa demande, débarqué à Juidah : il gagna de la Dahomey, et ensuite Chor, autre ville de l'intérieur, et depuis lors on n'a plus entendu parler de lui. Clapperlon cl ses deux autres compagnons commencèrent, le 7 décembre, à s'avancer de Badagry ilaus l'intérieur du pays. Dés le 27 du même mois, le capitaine t'earce n'existait plus; et quelques jours après

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