‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 56 sur 117 · CLA 5C · texte numérisé non relu

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l'empereur, Clauzel opina le premier, dans une réunion de généraux, pour qu'on n'eût aucun égard à cette démarche, tant qu'elle ne serait pas faite par l'empereur lui-même ou par son lieutenant général. Nommé, par la restauration, chevalier de St-Louis le I" juin 18! i, grand officier de la Légion d'honneur le 25 août, comte le 31 décembre, grand'eroix de la Légion d'honneur le 14 février 1815, enfin inspecteur général d'infanterie quelques jours avant le retour de l'empereur, Clauzel, comme la plupart des officiers supérieurs qui avaient servi Napoléon, ne put accueillir sans joie les événements du 20 mars. Trop de liens l'attachaient à l'organisation impériale pour que quelques faveurs, (pie ne justifiaient pas des services, pussent balancer un instant les souvenirs d'une gloire réelle. Le 22 mars (1813), Clauzel fut nommé au gouvernement de la onzième division militaire, dont Bordeaux était le chef-lieu. Le 24 mars il n'avait pas encore officiellement accepté : il se rendit chez le ministre de la guerre, k prince d'Èckraùlh. Clauzel avait fait la campagne de 1814; il avait été à St-Caudens et à Toulouse ; il était Languedocien, et devait, mieux que tout autre, connaître la langue, les mrrurs, les dispositions, la guerre du midi de la France. Il était question d'organiser une armée d'observation, dite des Pyrénées-Occidentales, pour surveiller la frontière d'Espagne : d'ailleurs le mouvement royaliste du 12 mars avait fait de Bordeaux une ville politique importante et dangereuse ; la duchesse d'Angoulétne devait s'y trouver sans doute, et appuyée sur la résistance morale assez inquiétante d'une population mal disposée. C'était là le gouvernement qu'on offrait à Clauzel, et pour rentrer dans Bordeaux on ne lui donnait que l'unique autorité de ses fonctions nouvelles, que le prestige moral du retour de l'Ile d'Elbe, « Faites des « miracles, lui dit Davoust, mats surtout partez vite.» Clauzel put hésiter un instant : la responsabilité était immense. Mais sur l'assurance qui lui fut donnée par Davoust, que Louis XVIII était sorti de France la veille au soir, il se décida. Depuis le 3 mars, le duc et la duchesse d'Angonlémc étaient à Bordeaux, et, quel (pie fût l'esprit conciliateur de Clauzel, le choix d'un tel chef et la présence de la famille royale dans une ville exaltée pouvaient devenir le signal d'une réaction sanglante. R partit de Paris le 23 mars, accompagné seulement de sa femme, du capitaine Vigarony, son aide de camp, et de trois domestiques. Sa nomination n'avait pas même encore paru au Moniteur. Six jours après, il an ivait à St-André de Cubzac. Déjà s'annonçaient les périls de sa mission : c'est à peine s'il avait pu échapper sur sa route aux mauvaises dis|>ositions des populations. A la Graule, petit village près de Barhczieux, il avait réuni une escorte de quelques gendarmes ramassis aux environs, et expédié de la Charente sur Blaye l'adjudant Laval, homme de résolution, pour obtenir du secours de la forteresse. A Montlieu, il avait rallié vingt-deux gendarmes, que la duchesse envoyait contre lui. Le 50 mars, il était venu coucher à Cavignac. Cependant l'adjudant Laval était arrivé à Blaye le 29, et, sur la nouvelle du retour de Bona-

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parle, le colonel Georges avait expédié aussitôt un piquet de cent cinquante voIliLrenrsdu 02'. LeSI mars, après un engagement peu M'rieux avec tes volontaires royaux, Clauzel n'empara de la rive droite de la Dordogne et du bac de Sl-Vincent. Deux pièces d'artillerie avaient été mises en batterie par les royalistes dans ce village, et c était là le seul obstacle <|ui désormais séparât Clauzel de la rive gauche et de la ville. « Le 5 avril, au plus tard, dit Clauzel à M. de « Martignae, envoyé près de lui en parlementaire, «je serai dans bordeaux, et sans avoir tiré un a coup de fusil. » Il déclara formellement cpie Bordeaux n'avait à craindre aucune violence. La garnison n'était pas dévouée, el le général Decaen n'osait en répondre : cependant quelques-uns des conseillera supérieurs de la duchesse, et entre autres MM.Lynelset Lainé, opinèrent pour la résistance. Mais déjà Clau/el occupait St-Viucent, et le I" avril, a la tète de deux cent voltigeurs, de quatre-vingts gendarmes et des deux pièces d'artillerie enlevées aux volontaires, il prenait position en face des quais tic Bordeaux. Le lendemain, le drapeau blanc disparaissait des tours du château, sans pourtant Taire place au drapeau tricolore. Par égard pour la duchesse d'Angouléme, la garnison devait attendre, pour hisser les trois couleurs, que Madame eût quitté la ville. Déjà toute pensée de résistance disparaissait dans le conseil de la princesse : seule, la garde nationale, c iiumandéc par le général Donnadieu, If M. de Puysegur et Troplong, était disposée à défendre les droits de la dynastie qui tombait. Madame lit un dernier effort : elle se montra de sa personne dans les trois casernes de la ville pour s'assurer par ellemême des dispositions des troupes. Accueillie par un morne silence ou par descrisde : Vive l'empereur ! la duchesse comprit que tout *tait fini : elle fit ses dispositions de départ et demanda au général un délai de vingt-quatre heures pour que ce départ put s'effectuer avec tous les honneurs dus à son rang. Clanzel accorda tout, en prolestant de son respect pour la noble exilée. La duchesse partit donc, et la modération de Claudel réduisit la lutte sanglante qui pouvait s'engager sous les murs de Bordeaux a un Court engagement entre les volontaires royaux el la garde nationale. Pendant que Madame se dirigeait sur Pauillae où devait la recevoir le sloop anglais le Wanderer, Clauzel entrait sans coup férir à Bordeaux. La tranquillité semblait garantie par le départ de Madame ; mais les passions étaient demeurées en présence; l'altitude des volontaires royalistes U'un coté, des troupes de l'autre, était menaçante. Le haut pays repoussait encore les couleurs nationales. Toulon tenait encore poulies Bourbons, et l'irritation comprimée redescendait vers le Midi. D'un autre cote, les premiers symptômes de la reaction antilégiiimistc se faisaient senlir prés de Bordeaux, cl Clauzel se It ou va ainsi placé entre deux fanatismes. Dans de pareilles circonstances, l'administration de la cite dut rester purement militaire. Clauzel s'occupa quelque temps d'organiser l'année des l'y renées: mais déjà aux maux de la guerre européenne se joignaient, dans le Midi, les

troubles fcxeités par les agents seercls de la cause royaliste. Pour mieux résister à l'opinion envahissante, Clauzel réunit dans sa main les commandements des I Ie et 20e divisions militaires. Mais bientôt cette force plus apparente que réelle ne devait plus suffire à contenir la réaction, que la nouvelle adroitement répandue du retour de la duchesse en Fiance par Bordeaux exaltait oulre mesure contre celui qui l'avait chassée. La cause de l'empereur était déliniiivetnent perdue, et déjà Louis XVIII était à Paris depuis quatre jours, quand la nouvelle en vint à Bordeaux, le t2 juillet. Cinq jours avant . Clauzel, s'appuyant sur les dispositions de l'armée de la Loire, avait mis le département de la Gironde en élat de siège par un ordre du jour où l'on remarquait ces mots : La capitale étant au pouvoir de l'ennemi. Clauzel n'avait sous ses ordres que 2,400 hommes. Exaltée, soutenue par les nouvelles de Paris, l'opinion royaliste devenait à chaque moment plus menaçante. La réaction éclata d'abord à Bordeaux : un détachement du 60e de ligne, pressé de tous les côtés par une foule furieuse, fut culbuté, et le drapeau tricolore brûlé aux cris «le ; Vive le roi ! Clauzel, sans se laisser intimider, lit former ses troupes en carré devant la préfecture aux tris de: Vive l'cmiiereur! et chargea la multitude. Le 17, parvint la nouvelle officielle de la nomination de M. de Ton mon à la préfecture de la Gironde, en remplacement de M. Faucher. M. de Lur-Saluces arrivait de son coté avec le litre et les pouvoirs de commissaire du roi, pour installer, d'accord avec le nouveau préfet, la nouvelle administration. Le caractère politique de la mission de M. de Lur-Saluces fut notilié à Clauzel. Déjà le général Decaen avait présenté la soumission du corps d'armée des Pyrénées-Occidentales : mais Clauzel, plus compromis, refusa son adhésion. 11 répondit aux propositions qui lui étaient faites que si M. de Lur-Saluces était envoyé par le roi Louis XV1U, il y avait aussi des commissaires de l'armée de la Loire depuis longtemps eu instance auprès du gouvernement provisoire, à Paris, pour obtenir des garanties en faveur des compagnons de fortune de Napoléon : le prince d'Kckmûlh n'avait pis fait encore part à l'armée de ce que ces commissaires avaient obtenu ; Clauzel se considérait donc comme étant encore revêtu légalement de tous ses pouvoirs, et, à ses propres yeux, il ne devait cesser' de l'être que lorsque le représentant du gouvernement provisoire à l'armée lui aurait transmis des ordres en ce sens. Heureusement pour lui, la garde nationale de Bordeaux se maintenait neutre, et la position était encore icnablep' m quelques jours. Peu à peu le général lit diriger par parties la garnison sur la Loire. Il en fut de même de l'armée des Pyrenees-Oricntales, dont les dépôts évacuèrent Toulouse, quittèrent le haut pays cl se rendirent par la route de Poitiers dans l'intérieur de la France. L'armée dissoute, Clauzel n'était plus que gouverneur de la 41e division militaire, et, comme tel, il reçut du maréchal Gouvion Sl-Cyr, nouveau ministre de la guerre, l'ordre, à la date du 16 juillet, de faire arborer le drapeau blanc sur toute la sur-

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face de son gouvernement. Clauzel restait avec 1,200 hommes en face des dangers de la réaction. La solution ne se fit pas attendre : l'ordonnance royale, en date du 21 juillet, qui déclarait traîtres au roi tous les généraux cl officiers «mi avaient pris les armes avant le 23 mars, cette ordonnance qui, parmi dix-neuf noms condamnés, renfermait celui du général Clauzel, arriva à Bordeaux. Malgré la protestation du prince d'EcfcmflUl qui réclamait la responsabilité «les actes de Clauzel, le commandement des troupes passa immédiatement au général «l'Armagnac, et Clauzel quilta Bordeaux. 11 essaya de rejoindre l'armée «le la Loire : mais bientôt convaincu de l'inutilité «le celte tentative, il accepta les offres d'un capitaine de la marine marchande des États -Luis, et s'embar«pia pour rAmériquc. Le roi Christophe d'Haïti avait promis 100,000 francs de récompense, et le président ' l'etion 100 milliers de café au marin qui sauverait le général. Il faut dire, à l'honneur de la marine des États-Unis, «pie le capitaine américain refusa les deux récompenses promises. Arrivé en Amérique, Clauzel, après avoir refusé le grade de général en chef «pie lui offraient les insurgés de l'armée espagnole, se lixa, en l.sl", sur la baie de la Mobile, et y établit une plantation. Il y demeura jusqu'en 1820, époque à laquelle il rev int en France pour provoquer son jugement. Il fut relevé de sa condamnation par une ordonnant e du 20 juillet. A la chute des Bourbons, il fut distingué par le gouvernement nouveau, qui le nomma général en chef des inwpes de l'Algérie. Parti de Toulon, le 27 août 1850. sur l'Algétiras deHOcanons, Clauzel arriva à Alger le 2 septembre. Sa mission n'était pas limitée par «les instructions. Il eut peu de peine a obtenir de l'armée le serment de lidelite à la dynastie nouvelle. La situation de la colonie était déplorable. A l'enthousiasme de la conquête avait succédé le découragement; au mauvais effet produit |>ar l'expédition de Biidah, par l'abandon de Boue et d'Orau, par la révolte du bey «le Tittery, se joignaient le relâchement de la discipline et les désordres d'une adminislration mal établie. L'expérience et la fermeté «le Clauzel eurent bientôt changé la face des choses. Les premières mesures prises par lui furent l'admission des Maures et des Juifs aux fonctions municipales et judiciaires; l'organisation de troupes arabes à la solde de la France, et la création d'une ferme expérimentale. Lue première expédition faite dans l'Atlas, la prise «le Biidah, celle de iMcdéah et le brillant succès remporté au col de Ténia sur le bey dcTittcry, commencèrent à fonder la domination de la France sur les tribus de l'arrondissement d'Alger. Cependant les beylicks de Constantine et d'Oran étaient en proie au désordre et à l'anarchie. C'est alors que Clauzel conçut, le projet d'assurer la domination française sur toute l'étendue de la régence d'Alger, en nommaut des beys a la dévotion de la France. 11 saisit une occasion «pii se présenta «l'entrer en relations avec le gouvernement tunisien, inquiété sur ses frontières \mv le bey de Constantine, cl conclut avec le bey de Tunis une convention par

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