‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 58 sur 117 · CI A · texte numérisé non relu

CI A

séus. Comme lout ce qu'a écrit Clavier, elle est exacte, fidèle ; les artistes et quiconque veut étudier l'histoire du l'art ne sauraient s'en passer. Les notes qui l'accompagnent, mais qui ne sont point aussi nombreuses qu'elles l'eussent été sans la prompte mort du tradurlcur, éclaircissent beaucoup de difficultés relatives, les unes au texte même, les autres an sens, que rendent parfois incerlaius les détails techniques d'un auteur que beaucoup d'hellénistes regardent connu le plus difficile des écrivains pri ées, d'autres enlin à l'histoire politique et à l'histoire de l'art : ces notes étaient indispensables ; nul ancien n'a plus que Pausanias besoin d'un lion commentaire, o" Des éditions de VE xposilion de la doctrine de l'Eglise gallicane, par Dumarsais, et des Libertés de l'Eglise gallicane, par P. Pilhou. 1817, in-8°. 6° Divers mémoires lus à l'Institut, et imprimés dans le recueil de l'académie des inscriptions, entre autres : Dissertation sur l'oracU de Dodone (fort recommandable sous les rapports historique, physiologique et politique : Clavier s'y préserve de l'opinion, jadis en vogue, qui voulait ne voir dans les oracles que fraudes et jongleries sacerdotales) ; — Histoire de la famille athénienne des Callias ; — sur l'Époque précise d'Apollodore, tyran de Cassandrce. 7" Dans \e Magasin encyclopédique, une Dissertation sur l'état de la législation chez les anciens, relative à l'avortement. 8* Plusieurs articles dans la i" édition de la Biographie universelle. Le nouveau recueil de l'académie des inscriptions, t. 7, contient une notice sur Clavier. Val. P.

CLAVIÈIIE (Ktienne de); en latin, Clavenirs et Claviger. La Bibliothèque historique de France l'appelle Clavier; mais c'est une erreur. La préface de la Figure emblématique , etc., de notre auteur est signée Etienne de Clavièie. Il naquit a Bourges, vers le milieu du 46' siècle, et fut longtenq* principal du collège de Sens. Ayant séduit une demoiselle de cette ville, il en eut plusieurs enfants, et comme les émoluments de sa place ne suffisaient plus pour soutenir une famille si nombreuse, de Clavière vint à Paris, et après avoir éjwusé publiquement sa concubine, il étudia le droit, soutint avec honneur ses examens, et devint avocat au iwrlcmcnt de Paris. Il y mourut, le 21 avril 1622. Colletel,qui nous donne ces détails , fait en même temps l'éloge de Gavièrc sous le rapport de l'esprit et des connaissances. Le plus connu des ouvrages de ce savant est son édition de Claudien. Paris, 1602, in-4\ Les notes qu'il y a jointes ne sont pas sans mérite, mais le style en est souvent de fort mauvais goût. Elles ont été réimprimées dans le Claudien de flurmann. On r encore de lui : 1° une édition de Perse , avec un long commentaire , qu'il assure n'être qu'un abrégé d'un travail beaucoup plus étendu , Paris, 1607, in-8°. 2» Juvenalis Périphrases prope cenigmalica a S. Clavcrio enodata , Paris, 1607, in-8». Ce petit ouvrage contient l'explication de quatre passages difficiles de Ju vénal. 3« Figure emblématique en trois langues, et seulement en une visible de toi, etc., Paris, 1607, in-8°. Le contenu du livra n'est pas plus clair que le titre. C'est un éloge du

CLA

roi, de la reine, du dauphin, du duc d'Orléans. Cet éloge est compris dans un carré qui a trente-cinq lettres en tous sens ; et ces lettres, disposées d'après des combinaisons bizarres, forment, selon l'ordre dans lequel ou les prend , des phrases françaises, latines et grecques. A la suite de cette énigme laborieuse et puérile, on trouve un Panégyrique (en vers français) à la clémence et prospérité du roi très-chrétien, et de.» préceptes {tour l'instruction d'un prince. 4" Floridorum liber singularis, unde pleraqut, etc., Paris , 1621 , in-8°. Clavière y traite des antiquités de la France et de celles du Dauphiné. Ce livre est un tissu de paradoxes et de fables, parmi lesquelles se trouvent quelques détails curieux. 3° Panegyrieus in adventum Andréa Fremiotti , Itourges , 1604, in-4". André Frémyot était archevêque de Itourges, et oncle de la mère de Chantai . aïeule de madame de Sévigné. 6° Relatio tol,us Galliarum cleri nomint habita coram Hcnrico IV, Paris, 1608, in-4° ; c'est la traduction d'un discours fiançais de l'archevêque de Bourges. 7° De Cade nefaria Henrici Magni, Paris, 1010, in-8*. 8° Ceres légiféra, etc., Paris, 1(>I9, in-4°, poème dans le style de Claudien, et destiné à servir tic supplément au Baptus Proserjnnœ de cet auteur. Clavière y a joint douze inscriptions latines qu'il a faites, en 1614, pour la statue équestre de Henri IV. 9° Des notes sur Martial, dans l'édition de Paris, 1617 , in-fol. 10" Une lettre latine à Joseph Scaliger, dans le t. 2 du recueil de Burmann, p. 346. Celte lettre accompagnait le manuscrit d'une vie de Cujas, qu'il voulait soumettre à la critique de Sealiger. Nous ne pensons pas que cette vie ait jamais été publiée. Clavière avait annoncé plusieurs autres ouvrages qu'il n'a point donnés, au sujet desquels on peut voir la préface de Burmann sur Claudien. Au reste, nous croyons que llurmann se trompe, quanti il s'imagine que Clavière voulait faire une édition des Panegyrici vetercs. Clavière dit, il est vrai, à Scaliger qu'il a le projet de joindre à sa vie de Cujas, Panegyricos et elegias eu m aliquol epigrammatis , libella, si ila res ferai, singulari ; mais il parait évident qu'il s'agit des panégyriques composés par Clavière lui-même , de ses élégies et de ses épigrammes ; et effectivement Clavière les a publiées sous ec titre : Panegyrici, Elegia ri Epigrammata, e pluribus aliis drlibata, Paris, 1607, in-8*. Le catalogue (imprimé) de la bibliothèque du roi met cet ouvrage sous la date de 1S97; faute d'impression répétée par Adeiung, dans son Supplément au Dictionnaire de Jacher. B— ss.

CLAVIÈRE (Eiienne), naquit le 27 janvier 1735, à Genève, où il fut banquier. Ce petit pays, rempli d'hommes à talents, était alors une sorte d'école de politique , où chacun dissertait et écrirait sans cesse sur la meilleure manière de constituer les États et de gouverner les peuples. On sait quelle fut dans le 18* siècle l'influence des écrivains de Genève sur les opinions des Français. Clavière prit une part très-active aux débats qui agitaient sa patrie, et en fut expulsé à la suite des troubles qu'entraînent ordinairement dépareilles discussions. Il vint se réfugier à Paris, où il s'occupa d'abord d'opérations

de banque avec quelques fonds qu'il avait apportés de son pays. C'est à lui que les financiers de place, dans cette >ille, doivent la plus grande partie de leur savoir dans le jeu de la bourse et l'art de tratiquer sur les ef lets publics. Sans doute, à cette époque, ce qu'on appelle agiotage n'était point inconnu en France ; mais , avant les leçons de Clavière , il s'y faisait avec peu d'assurance et de succès. Lors de la révolution, Clavière crut, comme tous les étrangère, que ce qu'il avait de mieux à taire était de prendre parti parmi les réformateurs, qui avaient besoin d'auxiliaires et s'empressaient de recevoir tous ceux qui se présentaient, de quelque pays qu'ils arrivassent : un Genevois surtout ne pouvait être qu'une acquisition excellente. Mirabeau, qui, pour faire réussir ses projets, avait besoin d'hommes adroits et rétlécliis, l'accueillit avec bienveillance, se l'attacha comme cooperateur, et en lit plusieurs fois le plus grand éloge dans les premières séances de rassemblée constituante. Alors un mot de cet homme célèbre suffisait pour faire une réputation, présent dangereux qui a pu faire la fortune de quelques personnes, mais que d'autres ont payé bien cher. Clavier* ne fut point ingrat envers son panégyriste : il lui lut utile toutes les lois qu'il cul à traiter quelque importante question de finances, et particulièrement dans ses attaques contre le ministre Nccker, son compatriote , qui , comme on sait, fut précipité par Mirabeau du faite de la grandeur. Clavière se lia ensuite avec Drissot, qui ne cessa aussi d'en faire l'éloge dans son journal et à l'assemblée législative, et l'entraîna dans son parti et dans toutes ses associations politiques. Quoique étrange-, il fut, en 1701, nommé députe suppléant à l'assemblée législative (.ailes électeurs du département de Paris. La démission île M omicron, député titulaire, lui laissa la faculté d'y prendre place ; mais il préféra le ministère des finances, auquel il Tut porté au mois de mars 17U2, par le parti de Brissot, qui, après la chute du malheureux Delessart, força le roi de renvoyer tous ses ministres et de recevoir ceux qui lui furent désignés par la faction triomphante, l'eu de temps après Clavière ayant destitue sans ménagement le directeur des postes, cet acte excita contre lui de vives réclamations , et il ne put rester en place (pic jusqu'au mois de juin, époque à laquelle les constitutionnels reprirent momentanément le dessus, et formèrent un nouveau ministère; mais après la révolution du 10 août, à laquelle on ne croit cependant pas qu'il ait pris part , Clavière rentra en pleine faveur, et de\ int membre du conseil exécutif, qui fut substitué au gouvernement de Louis XVI. Tant que les Girondins purent faire face à leurs adversaires, il resta courageusement au poste difficile où ses amis l'avaient place , malgré les attaques de Nobespierre et de sa terrible faction , qui le dénonçaient tous les jours avec fureur. Frappé l'un des premiers après les événements du 51 mai 1793, Clavière fut arrêté le 2 juin, lorsque les députés républicains essayaient encore tic disputer la victoire , et décrété d'accusation le 9. Des considérations politiques firent cependant différer son jugement , ou plutôt son supplice, YIU.

CLA 577

jusqu'au 9 décembre suivant. Le 8, le geôlier lui apporta la liste des témoins et des jures qui devaient déposer et prononcer dans sa cause. N'y voyant que des révolutionnaires furieux et ses plus mortels ennemis , il fut convaincu qu'il n'y avait point de rémission à espérer, et il aima mieux se donner luimême la mort que de la recevoir sur l'échafaud. Il s'enfonça pendant la nuit un large couteau dans le sein, et fut trouvé mort le lendemain dans son lit. S'il faut en croire madame Roland, qui fut à même de le connaître, le ministre genevois était opiniâtre, irascible et d'un caractère despotique et diflicilc. Travailleur et homme de cabinet , il ne se mettait point en scène comme la plupart de ses amis. On lui a reproché des exagérations, comme à tous les hommes qui ont joué quelque rôle dans ces temps déplorables; mais on ne connaît point de faits qui puissent flétrir sa mémoire. Les personnes qui l'ont connu dans son intimité certifient qu'il était bon époux et bon père. Sa femme s'empoisonna deux jours après sa mort. Quoiqu'à portée d'acquérir de grandes richesses, il laissa presque dans le besoin sa fille unique, qui se relira a Genève. On a de Clavière plusieurs mémoires et opuscules, particulièrement sur des questions de finances. 1° Lettres à M. le comte de Vergennes, 1780, in -8°. 2e De la Foi publique envers les créanciers de l'Etal; Lettres à M. Linguet sur le numéro 1 16 de ses Annales politiques , Londres, 1788, in-8°. 3° Le Moniteur, avec ctlte épigraphe : Major rerum nascitur ordo, 1788, brochure in-S qui parut secrètement, et qu'on at tribue à Condorcet, à Brissot et à Clavière. A' Opi mon d'un créancier de l'Etai sur quelques matières de finances importantes dans le moment actuel, Londres et Paris, 1789, in-8". 5* Dissection du projet de M. l'évc'que d'Autun sur l'échange universel et direct des créances de l'Etat contre les biens nationaux, etc., 1790, iu-8\ 6" Lettres à M. Cerulli, sur les prochains arrangements des finances, 1790, in-8". 7" Réponse au mémoire de Jtf . Necker, concernant les assignats, etc., 1790, in-8". 8* Adresse de la société des Amis des noirs à l'assemblée nationale , à toutes les villes de commerce, etc., Paris, 1791, in-8". 94 De la Conjuration contre les finances, et des mesures à prendre pour en arrêter les effets, 1792, in-8". 10° Du Monétaire métallique, ou de la Nécessité d'une prompte refonte des monnaies , etc. 1792, brochure in-8*. Il a fourni des articles aux journaux dits patriotiques, et particulièrement à la Chronique de Paris, et il a eu beaucoup de part au livre intitulé : de la France et des Etats-Unis, qui forme le 3e volume du Nouveau Voyage dans les Etats- Unis de l'Amérique septentrionale par Brissot. ( Voy. ce nom.) B— u.

CLAVIGERO (François-Xavier), jésuite, né au Mexique, vers l'an 1720, s'occupa toute sa vie du projet d'écrire une histoire complète de sa patrie. Après l'avoir parcourue dans tous les sens pendant trente-six ans, dans le cours de ses missions, il fut obligé , lors de la suppression de sa société , de revenir en Europe, où il apporta les matériaux précieux qu'il avait recueillis daus ses voyages. Retiré

578 CLA

à Césène, ainsi que la plupart des autres jésuites de l'Amérique espagnole auxquels le pape avait donné un asile , il profila de cette occasion unique pour obtenir de ceux qui venaient des différentes provinces du Mexique une foule de renseignements dont il enricliil sa collection. Son ouvrage parut 60us ce titre : Storia aniica del Messico , cavata da' migliori storici spagnuoli,e da' manoscrilti, e pilturc anliche degli Indiani, Cësént-, 4780 et 4781, 4 vol. in-8". Le t. 1" de cet important ouvrage, orné de 3 planches, offre la description du pays, l'histoire de ses premiers habitants, et celle de l'empire mexicain jusqu'au moment de l'arrivée des Espagnols. Le t. 2*, enrichi de 16 planches, donne le détail des mœurs et coutumes de ces peuples , Lit connaître leurs arts et leurs sciences, et donne une idée de leur langue. Le 5e, orné d'un plan de- la ville de Mexico, de ses lacs et de ses environs, est consacré à l'histoire de la conquête de cet empire, exécutée par Cortez dans l'espace de trois ans. On n'y dissimule point les cruautés et les injustices des Espagnols. Le 4e volume est composé de neut dissertations, dans la plupart desquelles l'auteur s'attache à réfuter les paradoxes avancés par de Pauw dans ses Rechercha sur [et Américains. La critique de l'abbé Clavigero, quelquefuis exacte, parait trop souvent subtile et outrée. Dans la dernière de ces dissertations, il cherche à prouver que la syphilis ne vient pas de l'Amérique. ( Yoy. Carbo.>'dala.) L'ouvrage de Clavigero a été traduit en anglais, par K. Cullen, Londres, 1787, 2 vol. in-**. Un abrégé de cette traduction a paru en allemand, Leipsick, 1789, 2 vol. in-8°. C M. P.

CLAVIGNY ( Jacqles oe lv Maiuocse de), abbé de Gondan, chanoine de Baveux, sa patrie, mort en cette ville, en 1702, est auteur des ouvrages suivants : 1° Vie de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre , Bayeux, 1675, in-12 ; 2« Prières tirées des Psaumes que David a faits pour lui comme roi, 1690, in-12; 3* du Luxe selon Us sentiments de Tertullien , St. Ilasile et St. Augustin, in-12; 4* enfin, l'Esprit des Psaumes dont l'Eglise se sert aux vêpres du dimanche, même format. W— s.

CLAVIJO ( Rcy Gonzalez he). Le bruit des victoires deTamerlan avait engagé Henri III, roi de Caslille, à lui envoyer une ambassade, en 15G4. Tamerlan renvoya ces députes chargés de riches présents; ce qui porta Henri à faire partir, en 1403, une seconde ambassade, dont la direction fut conliée à de Clavijo. Il s'embarqua le 21 mars à Cadix, pour Constantinoplc, où il aborda, après avoir touché en Sicile et à Rhodes. Il lit un long séjour dans la capitale de l'empire grec, et traversa la mer Noire pour aller a Trébisonde, où il entra le 11 avril 1404. ]! visita ensuite l'Arménie, le nord de la Perse, le Khoraçan, et arriva à Samarcande le 8 septembre. Clavijo remit ses présents a Tamerlan, qui campait dans les enviions de celte ville. Ce prince était malade, et mourut peu de temps après. Les Es|*gnols furent très-bien accueillis, comblés de présents, et retournèrent dans leur pays , en s'écartaut un peu

CLA

de la roule qu'ils avaient suivie en venant; ils furent de retour en Caslille en 1406. Clavijo avait tenu un journal exact de son voyage. Il fut imprimé, pour la première fois, sous ce litre : Historia del gran Tamerlan e Itinerario y enarracion del viage y relation de la embajada que Ruy Gon:alt$ de Clavijo le hi:o, por Mandado del Rtydon Henrique: terceiro de Caslilla, Scvillc, 1582. Ce livre, étant devenu extrêmement rare, fut réimprimé à Madrid en 1782. L'auteur raconte en détail tout ce qui lui est arrivé, et ce qu'il a observé dans les divers pays qu'il a vus. Il se montre partout ami de la vérité, et ne rapporte aucun de ces prodiges fabuleux qui remplissent les relations des voyageurs du moyen âge. Cet ouvrage donne une connaissance précise de l'état où se trouvaient, au commencement du 15e siècle, les contrées parcourues par Clavijo; les documents qu'il contient sur quelques lieux de l'Asie sont même les seuls que nous possédions. Lorsque cette relation partit, plusieurs personnes, et entre autres l'historien Mariana; doutèrent de sa véracité; mais partout on trouve de Clavijo d'accord avec les voyageurs de la même époque. E — s.

CLAVIJO Y FAXARDO ( nos Joseph ), Espagnol, qui a été le héros ou plutôt la victime de la première aventure par laquelle Beaumarchais s'est fait connaître dans le monde. Il vivait paisiblement à Madrid avec la réputation d'un homme de lettres éclairé ; et il avait publié avec succès un journal intitulé : el Pensador, et quelques autres bons ouvrages, lorsque ses rapports avec une des sœurs de Beaumarchais , qu'il avait aimée et qu'il n'aimait plus, lui attirèrent une affaire d'honneur avec le frère, plus redoutable par son esprit que par son courage. Cette affaire pensa lui coûter la vie , mais lui coûta en effet la perte de ses places et de l'espèce de crédit dont il commençait à jouir. Il survécut longtemps à cette fatalité , mais livré au ridicule, et presque au mépris auquel l'avait condamné son dangereux antagoniste. L'n auteur allemand imagina de faire de son aventure le sujet d'un drame , sous le titre de Clavijo; et comme il fallait à son plan un dénomment tragique, il fil mourir sur la scène celui que, sur la foi de Beaumarchais , il y avait présente comme un infâme séducteur. Marsollier des l'ivetières et Cubières-Pahnezeaux ont aussi lait chacun un drame sur l'aventure de Clavijo. Celui du dernier, intitulé : Clavijo, ou la Jeunesse de Reanmarchais, est en 3 actes et en prose, Paris, 1806, in-8». Clavijo vécut longtemps après ce coup de poignard, asséné de la main de Thalic. Pendant plus de vingt ans encore il a continué la rédaction du Mereuno hislorico y polilico de Madrid , dont il était chargé depuis 1773. Il a traduit en espagnol l'Histoire naturelle de Buffon, Madrid, Ibarra, 1785-90, 12 vol. in-8°, el il était vice-direcleur du cabinet d'histoire naturelle depuis plusieurs années lorsqu'il mourut, en 1806. Loin de ressembler au portrait hideux qu'on en a tracé , Clavijo avait des mœurs douces, un cœur honnête, un esprit sain et éclairé : son seul crime est de n'avoir pu brûler d'un amour éternel. Il fut directeur du théâtre de Loi Sitios. (Yoy.

CLA

note de l'éditeur des crimes de Juan de Yriarfe , t. 2. p. 404, Rome, 2 vol. in-8-. ) B — g. CLAVIJO. Yoyet Viera y Clavijo.

CLAV1LLE. Voyts Lemaitre oe Cl v ville. CLAVIUS (Christophe), savant mathématicien du 16* siècle, naquit à Bamberg en 1337 entra chez les jésuites, qui renvoyèrent à Rome, où, en 1581, il fut employé par Grégoire XIII à la réforme du calendrier, et chargé ensuite de justifier cette réforme contre les vives attaques des protestants. Il réfuta Scaliger, Ma?stlin, Viete, Lydiat; fut ap|>elé l'Euclide de son siècle, et mourut à Borne , le 6 février 1612, âgé de 75 ans. Pagan. Gaudenzio prétend, dans son discours de Phitophorum quorttndam luctuoso Exitu, qu'il fut tué par un bœuf sauvage, tandis qu'il visitait les sept grandes églises; mais un genre de mort si extraordinaire eût-il été omis par Lorenzo Crasso, les BP. Southwell et Alegambe, Bullart et Rossi? Ce dernier dit formellement que Clavius mourut in collegio tum societatis. 11 jouit pendant sa vie d'une grande réputation : elle était telle, suivant Ribadeneira, que plusieurs auteurs aimaient mieux être censurés par lui que loués par d'aulres ; mais il eut des adversaires dont les injures peuvent servir à faire connaître quels étaient de sun temps le genre et la politesse de la critique littéraire, a Clam vius est une béte, disait Scaliger; c'est un gros « ventre d'Allemagne , Asinus qui prœter Eucliden « nihil Kit, un esprit lourd et patient, et taies deo bent etse matkemuiici. v On voit que Scaliger ne laisait pas grand cas des mathématiciens, et il ajoute : Prceclarum ingenium non potest eue magnui tnathematicus. Le cardinal Duperron n'était pas plus tavorable à Clavius; il l'appelait un esprit pesant, lourd, un gros cheval d'Allemagne. Gerard-Jean Yossius lui rend plus de justice ; il le loue souvent dans son livre de ScierUiis mathematicis, et le regarde comme l'auteur du calendrier grégorien. Le savant Bailly dit que Clavius avait élé chargé de tous les calculs nécessaires à la perfection de ce calendrier, et qu'il combattit victorieusement tous ses adversaires. (Foy. Vllist. del'aslron. mod., t. 1", p. 396. ) On a plusieurs ouvrages de Clavius; uous citerons les suivants : 1° Euclidis Etementorum libri 16, cum scholiis, 1374, ouvrage fort estimé, et souvent réimprimé ; le commentaire est quelquefois un peu prolixe. La traduction du 16r livre est de Foix Candale. 2° Gnomonices libri 8, Rome, 1581, in- loi. de 634 p. C'est le traité le plus volumineux qui existe sur l'art de faire les cadrans solaires ; mais il y règne un tel embarras dans les démonstrations, qu'au jugement du P. de Châties , il n'est guère moins lucile à un bon esprit de créez la gnomonique, que de l'apprendre dans Clavius. 5° Catendarii romani yregoriani Explicatio, iussu Clemenlis VUl, 1603, in-fol. C'est le plus vaste et Je meilleur ouvrage qu'on ait luit sur le calendrier romain. 4» Computus ecclesiasticvs per digitorum articulos et tabulas tradilus, Rome, 1603, in-8°. 5" Optra, Mayencc, 1612, 5 vol. in-fol. Indépendamment des ouvrages précédents, on y trouve

CLA 579

ceuT-ci : Comment, in Spharam Joann. de Sacrolioseo, imprime à Lyon, en 1594; Epilome arithmeticœ practices, publié à Cologne, en 1601, in-8"; Gcometrica praclica : elle avait paru à Rome en 1601, in-4"; Algebra, publié à Genève en 1609, in-4'; Astralabium Theodosii spharica; Epilome d« horologiis; de Finibus et de Lineis tangentibus; Castigatio easligationis Josephi Scaligeri, etc. V — ve.

CLAY (Jean ), en latin Clajls, philologue allemand , né vers l'an 1535, à Ilerzberg, dans l'éleclora de Saxe. Après avoir étudié sous les maîtres les plus distingués, et s'être acquis la protection et l'amitié de Mclanchthon, il suivit lui-même la carrière de l'enseignement, fut successivement professeur de latin, de grec et d'hébreu, de musique et de poésie daus divers collèges, tant en Saxe qu'en Silésie, et lut enfin nommé pasteur du bourg de Bendeleben, en Thuringe, où il mourut le 11 avril 1392. Ses principaux ouvrages sont : 1° Castitalis et pietalis Prœmium in Josepho et Susanna, porma, Leipsick, 1555, in-4». 2° Poematum gracorum libri sex, Wiltemberg, 1570, in-8°. 3° Une traduction allemande de l'ouvrage d'Hésiode , Opéra et Dies. 4° Prosodia libri 1res, \Viltembcrg, 1370, in-8*. Il y explique la prosodie latine, grecque et hébraïque. S» Une traduction hébraïque du petit catéchisme de Luther, et des évangiles de toute l'année, avec lo texte allemand, latin et grec. 6° Grammatiea germanicat lingua ex Bibliis Lutheri germanieis et aliis rjus libris collecta, Leipsick, 1578, in-8* de 279 p.; 11* édition, IVurembcrg, 1720, in-12. Celte grammaire, fruit de vingt ans de travail, était la plus complète et la meilleure qui eût paru; elle a même encore joui longtemps de cette supériorité, surtout en Cologne et en Hongrie, où elle a eu beaucoup de succès, parce qu elle est écrite en latin ; la 6e édition, qui est de 1617, et les suivantes ne font plus mention, sur le titre, des ouvrages de Luther, portant seulement : Ex oplimis quibusque auctoribus collecta. T Alkumistica, Erïurth, 1586, in-4* ; idem, Amberg, 1598, in-4". Ce petit poème, en vers allemands, contre la folie des alchimistes et faiseurs d'or, est plein de gaieté, et forme un de< plus précieux monuments de la poésie allemande du 16* siècle. On doit regarder J. Clay comme un des premiers qui aient travaillé avec succès à épurer et perfectionner la langue allemande. Sa vie a été écrite par Jcan Eustache Goidhagen, Nordhausen, 1751, in-4*. — Jean Clay, dit/e Jeune, pour le distinguer du précédent, né à Mcisscn en 1616, étudia la théologie à Wittcmbcrg. La guerre qui agitait la Saxe l'engagea, en 1614, a se retirer à Nuremberg, on, de concert avec Philippe Harsdorl, il fonda l'ordre des Fleurs de la Pegnitz , académie littéraire pour le progrés de la poésie allemande. Il fut aussi reçu , sous le nom de l'Etranger, comme membre de la société des beaux-esprits allemands ( Deutschgesinnle Genossenscltafl ) , établie à Hambourg par Philippe de Zesen. Il mourut en 1636, a Kitzingen, en Franconie, où il était pasteur. Ses poésies, qui consistent surtout en tragédies sacrées, cantiques et I pastorales, ont toutes les défauts qu'on a reprochés

580 CLA

à l'académie de la Pegnitx, un manque de naturel et une afféterie cjui va jusqu'au ridicule. On trouve des détails sur ce poète dans le Dictionnaire de Jordens, Leipsick, 1806, in-8*. C. M. P.

CLAYTON (Robert), né à Dublin en 1695, d'une famille originaire du comté de Lancastre, étudia au collège de Westminster et à l'université de Dublin, et voyagea ensuite en France et en Italie. De retour dans sa patrie, il y obtint quelques bénéfices, et se maria. Il était naturellement charitable et généreux, et ce fut un exemple remarquable de cette disposition qui contribua le plus à accélérer son avancement dans rKglisc. Pendant un séjour qu'il lit à Londres après son mariage, un infortuné vint réclamer son assistance , en disant qu'il était connu du docteur Clarkc. Clayton, dans la crainte d'être dupe d'un de ces artifices si communs dans les grandes villes , exigea un certificat de la main même du docteur : cet homme l'ayant apporté reçut de Clayton un présent de 500 liv. slcrl.(l). Le docteur Clarke, qui en fut informé, conçut la plus haute estime puur l'auteur d une action si généreuse, et en lit part à la reine Caroline , qui résolut de demander pour lui le premier évéché vacant. Il fut en effet, en 1750, sacre évéque de Killala, d'où il fut transféré, en 1755, à l'évèché de Cork, qu'il quitta dix ans après pour celui de Cloglier. Homme du monde , aimable et poli, sonsaveir avait été jusqu'alors presque ignoré et caché par sa modestie, lorsqu'il publia son Introduction à l'histoire des Juif», qui fut bientôt traduite en français, et imprimée à Leyde, 1747, in-4°. tel ouvrage fut suivi de la Défense de la chronologie de la Bible hébraïque, ouvrage plein d'érudition. Sa Dissertation sur les prophéties parut en 1749. Le but de fauteur est de prouver, par la comparaison des prophéties de Daniel.ct de ['Apocalypse de St. Jean, que le terme final de la dispersion des juif» doit coïncider avec la ruine de la papauté, et avoir lieu vers l'an 2000. Il publia en 1751, in-8', Y Essai sur le Sl-Esprit , qui excita alors une attention générale, et dont le principal objet est d'établir l'infériorité du Fils et du St - Esprit ; mais ce livre , quoique attribué au docteur Clayton, était l'ouvrage d'un jeune ecclésiastique, qui n'avait point osé en hasarder lui-même la publication, parce que, tout en lui faisant une réputation, elle pouvait être trés- . nuisible à s>n avancement, comme elle le fut à celui de l'éditeur; car le duc de Dorcet, vice-roi d'Irlande, ayant, en 1752, demandé pour lui l'archevêché de Tuam , il lui fut refusé par la seule raison qu'il était regardé comme l'auteur d*» V Essai sur le Sl-Esprit. Clayton fit paraître cette annét, sous la forme de lettre à un jeune gentleman la première partie de la Défcns» de l'Ancier et d Auurrau Testament , en réponse au objectien du lord boliugbroke; la deuxième partie pa u en 1754, et la

(0 A la mort de son pire. arrivée <r fi» il héim d'une for- Une considérable el i-,iuus» Catherine fille du lor the baron llnnurllan, el d-.ni.a J » wrur luul re qu'elle h avai appori' II agit »v^c I j même jenéHHile a l'égard de ses iroil propre sieurs, auxquelles .1 donna le double «te ce qui leur retenait d'apre le usuiueni de leur père t>— i-s.

CLA

troisième en 1757. Les trois parties ont été réimprimées par Bowyer, avec V Essai sur le St-Esprit, des notes, etc., en 1759, 1 vol. in-8". Ses attaques répétées contre la doctrine de la Trinité soulevèrent enfin contre lui les grands dignitaires de l'Eglise. Il fut sommé de comparaître devant une assemblée d'évéques, convoquée pour examiner ses opinions. Sa protectrice, la reine Caroline, n'existait plus, et l'on craignait beaucoup pour lui, lorsqu'une fièvre nerveuse, qui était sans doute l'effet de l'agitation de son esprit, vint l'enlever aux censures de l'Eglise, le 26 février 1758 (I). Ses ouvrages sont pleins de savoir et d'imagination, mais d'un jugement peu sûr. Il était membre de la société royale et de celte des antiquaires. On a de lui, outre les ouvrages cites ci- dessus : 1» Recherche impartiale sur le temps de la venue du Sfessir, en deux lettres à un juif de itislinetion, imprimées d'abord séparément, et ensuite ensemble en 1751. 2» Journald'un voyage au 6rand~ Caire et au mont Sinat, et retour, traduit d'un manuscrit compose par le préfet d'Egypte, conjointement avec les missionnaires de la Propagande au Grand-Caire, avec des remarques sur l'origine des hiéroglyphes, etc., 1755, in-4°et in-8*. 5° Quelques lettres entre l'évêque Clayton et Guillaume Penn sur le Baptême, publiées en 1755. 4* Pensées sur l'amour-propre, les idées innées, le libre arbitre, le goût, le sentiment, la liberté et la nécessité, etc. , occasion nées par la lecture des ouvrages de Hume el du petit traité sur la Pitié, écrit en fiançais par Bolingbroke, 1754, in-8*. On trouve, dans les Transactions philosophiques, n° 146, p. 815, une lettre du docteur Clayton sur un vieillard de soixantedix ans, né en France, et vivant dans son diocèse, qui allaitait, dit-il, un jeune enfant. X— s.

CLAYTON (Jea>), médecin et botaniste anglais, né à Fulham dans le comté de Kent, vers 1685, alla en 4705 dans la Virginie, où son père était procureur général. Il y exerça la médecine, et fut secrétaire du comté de Glocester, depuis 1722 jusqu'à sa mort arrivée le 15 décembre 1775 : il éiait alors âgé de 87 ans. Il fit, sur l'histoire naturelle de cette contrée, quelques observations qu'il envoya à la société royale de Londres ; elles ont été insérées dans les volumes 17, 18 et 41 des Transactions philosophiques. Il recueillit en mémo temps des plantes, dont il forma un herbier, qu'il lit parvenir à Gronovius, magistrat et botaniste hollandais. Celui-ci rédigea , avec le secours de Linné, un ouvrage qu'il lit paraître sous ce titre : Flora Yirginica, rxhibem plantas quas in Virginia J. Clayton collrgit , Leyde, 1759 et 1745. in 8", en 2 parties; réimprime dans la même ville, en 1762, in-4", avec une carte géographique. J.-F. Gronovius préparait la 5' partie lorsqu'il mourut ; ce fut son (ils Jean-Théodore qui

(») On raconte que lorsque CLay Ion fui intermède sa citation devant 1rs pnlais irlandais il eni>;ulla un rélehre atout et lui demanda s'il peaaU qu'il pouvait perdre son évèrhe. « Je le pense, < lui ri poiulit le jurisconsulte. — Ah ! monsieur, répliqna l'éTfqa», « vous m'avei donne un coup dont je ne nie lelétcrai jamais, u lîn efiet. il m.iurui peu de temps après, el même avanl que la sentence (ni iirouoiKee. D— i— s.

CLÉ

la mit nu jour. Les additions et corrections tic Pauleur périrent au-c le >aisseau qui les apportait en Europe. Cette Flore est le premier outrage qui ait été publié sur les plantes de la Virginie. Il s'y trouve plusieurs genres nouveaux. Grono\ius en Domina un Ctaytonia, eu mémoire du botaniste qui Pavait découvert : il fait partie «le la famille naturelle des portulacées. Clayton était infatigable, et, l'année qui précéda sa mort, il fit cucore, dans le comté d'Orange, un voyage botanique. 11 laissa deux volumes de manuscrits prêts à être livrés a l'impression, et un Uorlus Linnœi, in-tol., avec des notes marginales et des indications au graveur pour les plantes qu'il comptait joindre à cet ouvrage. Pendant les pierres de la révolution, le fils de Clayton envoya tous les manuscrits de son |kxe à un de ses parents, secrétaire de New-Kent, croyant les placer en lieu de sûreté ; mais le teu prit au local où ils avaient été rois, et les consuma entièrement. D— P— s.

CLEAINDRE, favori de l'empereur Commode.

Voyez Commode.

CLÉAMDIUDAS, Spartiate, commanda les Lacédémoniens dans une expédition contre les Tégéates, pendant la minorité de Plistoanax, roi de Sparte. Les Spartiates le donnèrent pour conseil à ce prince lorsqu'ils l'envoyèrent faire une irruption dans l'A i tique, l'an 4'>6 avant J.-C ; mais Cléandridas, ayant été corrompu par Périclès, engagea Plistoanax à se retirer sans commettre de ravages. Les Lacédémoniens, instruits de ce qui s'était passé, exilèrent le roi, et condamnèrent à mort Cléandridas, qui n'attendit pas le jugement et se retira dans PAttique, d'où il passa en Italie avec la colonie que les Athéniens envoyèrent fonder Thurium, Pan 444 avant J.-C. Ces nouveaux colons, ayant eu dès leur arrivée des guerres à soutenir contre les Lucaniens et d'autres peuples, choisirent Cléandridas pour général, et il leur lit remporter plusieurs victoires. Il eut un fils nommé Gylippc, qui hérita de ses talents militaires et de sou amour pour l'argent. (Voy. Gviippe) C— n.

CLÉANTHE, artiste grec, passe pour l'un des inventeurs du dessin, et quelques savants le lont antérieur à Homère. « L'origine de la peinture. est « incertaine, dit Pline; les Egyptiens assurent qu'elle « existait chez eux 6,000 ans avant de passer en « Grèce, prétention évidemment absurde. Les Grecs a placent sa découverte, les uns à Sycione, les au- « très à Corintbe. Tous conviennent qu'une ligne « tracée autour de l'ombre d'un homme en a donné • la première idée : telle elle fut d'abord: ensuite, « elle consista dans l'emploi d'une seule couleur, et «on l'appela wionorArome; enlin, on l'amena au o point de perfection où elle est aujourd'hui. Les o uns attribuent cet art de tracer des lignes à Philocelés d'Egypte, les autres à Cléanthe de Coiin- « uie, etc. > ( Voy. Ahdices.) Alhénagoras fait aussi mention de Cléanthe parmi les plus anciens dessinateurs; mais il donne l'invention du dessin à Saurias de Samos, qui dessina sur la terre l'ombre d'un tlicval; celle de la graphie ou silhouette à Craton de Sycione, qui représenta de celte manière des per-

CLÉ 381

sonnagos sur une table blanche, et enfin celle de la plas!ii|iic on terre incrustée à l'ingénieux amour de la Vierge de Corintbe. {Voy. DlBUTADIS. ) Strabon et Athénée parlent de plusieurs tableaux faits par Cléanthe cl Arégontc de Corintbe dans un temple de Diane, sur les bords de PAIphée ; mais l'étendue de ces compositions doit faire présumer que leurs auteurs vivaient dans un temps où Part avait acquis toute sa perfection, et qu'il y a eu par conséquent deux Cléanthe de Corinthc. L— S— e.

CLÉANTHE, philosophe stoïcien, né à Assos, ville éolienne de l'Asie, se destina d'abord à la profession d'athlète, et s'exerça au pugilat ; mais, entraîné par son goût pour la philosophie, ou plutôt ruiné par quelqu'une de ces révolutions dont l'Asie Mineure était le théâtre à celte époque, il se rendit â Athènes, où il arriva n'ayant pour tout bien que 4 drachmes (3 fr. 60 cl; niais, comme il était très-vigoureux, il trouva bientôt le moyen de gagner sa vie, en tirant de l'eau pour les jardiniers, en portant des fardeaux, et en se livrant à toutes sortes de travaux pénibles. Voulant en même temps s'appliqupr à la philosophie, il s'attacha d'abord à Cratés, philosophe cynique, qu'il quitta bientôt' pour Zénon, le tondateur de la secte stoïcienne, dont les dogmes lui convenaient davantage. Ce philosophe, voulant l'éprouver, lui demanda une obole par jour, et Cléanthe la lui apporta très-exactement. Zénon conserva cet argent, et, au l>oul de quelque temps, le fit voir à ses autres disciples, en leur disant : a Vous « voyez que Cléanthe pourrait par son travail nour- « rir un aulre Cléanthe, tandis que des philosophes « qui ont des bras comme lui ne sont (tas honteux « de mendier pour vivre. » Il avait l'esprit lent et concevait difficilement, aussi ses condisciples le traitaient-ils souvent d'àne ; mais il s'appliqua tellement à l'étude, qu'après la mort de Zénon, il fut jugé le plus capable d'être à la tête de son école. 11 n'en continua pas moins de se livrer à ses travaux ordinaires. « Je tire de l'eau, disait-il a Antigone Co- « natas, je travaille à la terre, je fais enlin tous les a ouvrages qui se présentent, pour pouvoir me lift vrer à la philosophie sans être à charge à perte sonne. » Antigone lui donna 5,(i00 drachmes (2,700 fr. ). Se trouvant un jour au Spectacle, et le vent ayant entr' ouvert son manteau, les Athéniens aperçurent qu'il n'avait point de tunique, et lui en donnèrent une. Il jouissait à Athènes de la plus grande considération, et on voulut cliasscr Sosithée, le poêle comique, qui s'était avisé de le railler sur la scène ; mais il prit sa défense, en disant qu'on ne devait pas s'oflenser des railleries des poètes comiques, qui étaient supportées patiemment par Daccbus et Hercule, tout dieux qu'ils étaient. 11 jouit, grâce a sa sobriété, de la meilleure santé jusqu'à quatre-vingts ans, suivant les uns, ou quatre-vingt* dix-neui, suivant d'autres. Il lui vint alors a la gencive un ulcère que les médecins jugèrent incurable, ce qui le décida à se laisser mourir de faim. Au bout de deux jours d'abstinence, l'ulcère se trou» vant en train de guérison, on lui conseilla de mander; mais il répondit qu'ayant tait la moitié du

382 CLÉ

chemin, ce n'était pas la peine de revenir sur ses pas. Il mourut peu de jours après, âgé de 70 ans. On ne connaît l'époque précise ni de sa nr'ssance, ni de sa mort; on sait seulement qu'il floiissait vers l'an 200 avant J.-C. 11 avait écrit un grand nombre d'ouvrages, où il ne faisait que développer la doctrine de son maître, à laquelle il n avait rien ajouté. Il ne nous en reste que quelques fragments, et, entre autres, un hymne à Jupiter, qui nous a été conservé par Slobée, et qui se trouve, avec la traduction française de Dougainville, dans les Poetœ Gnomici de Drunck (1). L. Racine l'a aussi traduit en vers français. Le sénat romain fit ériger une statue à Cléanthe dans la ville d'Assos, sa patrie. Sa vie a été écrite par Diogène Laërce. (Voy. aussi Cicéron, de Nat. Deor.t l. 5, et j4cad. Quast., I, 4; Valére-Maxirae, I. 8, c. 7; Sénéque, Epist. 44, 64, 94, et de Tranq. anim., c. 1.) C — n

CLÉARQUE, Spartiate, fils de Rhamphius, eut, vers la lin de la guerre du Peloponèsc, le commandement de quelques vaisseaux que les Lacétlémoniens envoyèrent dans l'Hellespont. 11 servait sous les ordres de ÎHindarus à la bataille dt, Cyzique; ou le plaça ensuite comme liarmoslc à Ryzance, et il révolta tellement les esprits par son insolence et sa dureté, qu'Alcibiade n'eut qu'à se présenter pour que les portes de la ville lui tussent ouvertes. Les éphores le condamnèrent à une amende ; mais on ne cessa pas pour cela de l'employer, et il se trouva à la bataille des Arginuses. Callicratidas, qui l'avait désigné pour son successeur, ayant effectivement été tué, Cléarque ramena les débris de l'escadre à Lampsaque. 11 reçut l'ordre d'aller délivrer Byzance, que les Thraces assiégeaient ; mais lorsqu'il les eut repoussés, il fit massacrer les magistrats et les principaux habitants de cette ville, et il s'empara du pouvoir. Les Lacédémoniens, instruits de sa conduite, le rappelèrent; sur son refus d'obéir, ils le condamnèrent à mort, et envoyèrent contre lui Panlhoïdas avec une armée. Cléarque, ayant été défait, s'enferma dans Sélybrie, d'où il s'évada bientôt, et il se rendit alors vers Cyrus le Jeune. Ce prince, qui pensait déjà à se révolter contre son frère, l'accueillit avec distinction, et lui donna 10,000 dariques d'or pour lever un corps de troupes

(0 les différentes éditions de Mymnt à Jupiter el du petit nombre de fragments restes de Cleanlbe ont été énumerèes avec diverses leçons et des remarques « niques par !e «avant éditeur de l'eduion de Narcus Musarus, par Butler, ou ce» morceau* sont imprimes. Ils oui été d'abord publies |>ar ftMu I rsiuus, eu i5G8 ; entoile par Beirl BflkwC dan» sa fottit l>kilon>yhia eu 1575; pois par Cudworlli ilans son InlrtlectuiU Sytttm, en IC78; de nouveau dans la traduction laline de Cudworth, | ar Mo'beim. en 1753; pour la cinquième fuis dans la 3e dissertation ajoutée a Daniel Sm» ilum SejWKtfjiwi.. Hume, 1773, in-tol. ; daus la secoude édition de la traduction de Cudttonh par Noshetm, publiée apréi sa luoit, a Lejde, 1775. in-fol ; dans les Analtctn de Rruurk en 1776, el entoile par le même dans son édition des Cnumm l'othr; dans les Lclestt pkfsiat de Jean SioU-e on Stuba?us. publiée», a CotHttfK en 171T2, lu-s», par A.-ll. Ilrrnn. Ils onl tic aus>i traduit» eu allemand, en latin et en anglais. La traduction anglais esi «le M. We»i, qii N faite a la prière d'un de ses amis, ebarmè de tromer le seniinieiu de la divinité chei un païen, et Uni de poésie dans nn

CLÉ

qu'il pût avoir à sa disposition. Les talents militaires de Cléarque étant connus, beaucoup de Grecs qui se trouvaient sans patrie par la ruine de leurs villes, ou parce qu'ils en avaient été chassés par des factions, vinrent se ranger sous ses ordres. Pour les tenir en haleine, il déclara la guerre aux Thraces voisins de l'Hellespont, et les villes grecques de cette contrée se firent un plaisir de fournir la solde d'une armée qui assurait leur tranquillité. Cyrus s'étant décidé, l'an 401 avant J.-C, à aller attaquer sou frère, fit dire a Cléarque et à quelques aulres généraux grecs qu'il s'était attachés par le même moyen, de se rendre à Sardes avec leurs troupes. Il (il sans doute connaître ses projets à Cléarque, qui, bien que condamné à mort par les Spartiates, agissait toujours de concert avec eux, et en avait reçu l'or» are de se conformer aux volontés de Cyrus; il dit aux autres qu'il avait besoin d'eux pour faire rentrer les Pisidicns dans le devoir, et les conduisit à travers la Phrygie, la Lycaonie et la Cihcie. Lorsqu'on fut arrivé à Tarse, les Grecs, s'apercevant qu'on les trompait, se révoltèrent contre leurs chefs : peu s'en fallut que Cléarque ne fût victime de cette sédition ; il parvint ce pendant à l'apaiser, en disant aux soldats que Cyrus les conduisait contre Abrocornus, son ennemi, satrape des pays voisins de l'Euphrate; mais lorsqu'ils furent à Thapsaque, il leur apprit le véritable objet de cette expédition, en prétendant que Cyrus l'avait trompe lui-même ; et comme les Grecs étaient engagés trop avant pour pouvoir se retirer, ils consentirent à tout. ; Voy. Cvuus.) Après la bataille qui décida de l'empire, Artaxercès étant revenu attaquer les Grecs qui avaient vaincu tout ce qui s'était trouvé devant eux, il lut obligé lui-même de prendre la fuite, et les Grecs se trouvèrent maîtres du champ de bataille; mais h nouvelle de la mort de Cyrus les mit dans le plus grand embarras : ils se voyaient en effet au milieu d'un pays iuconnu, entourés d'ennemis, et sans moyens pour subsister. Ils rejetèrent cependant avec hauteur la proposition que leur fit Artaxercés de déposer les armes, et répondirent qu'ils sauraient bien s'ouvrir un passage à travers ses États. Ce prince, voyant ce qu'il avait à craindre, traita avec eux, et s'engagea à les faire reconduire dans leur pays; il en chargea Tissaphernes, qui, au bout de quelques jours de marche, attira Cléarque et vingtquatre autres chefs dans son camp, où il les lit arrêter, et les envoya au roi, qui les fit tous mourir. Il avait cru que cette trahison le rendrait maître de l'année, mais il se trompa, et les Grecs, ayant choisi d'autres chefs, effectuèrent leur retraite. (Voy. Kèmopiion.) Xénophon fait uu grand éloge de Cléarque. Il ne dit rien de la manière dont ce Spartiate avait usurpé la tyrannie ; il convient cependant qu'il avait été condamné à mort. (Voy. aussi Diodore et Plutarque, in Arlaxerce.) C — n.

CLKARQLK, né à IJéraclée, ville du Pont, vint dans sa jeunesse à Athènes, et fut l'un des disciples tle IMalon. Il cultiva aussi l'éloquence sous lsocrate% De retour dans sa patrie, il fut bientôt exilé par une de ces factions qui déclaraient alors toutes les villes

CLÉ

CLE

de la Grèce. Il se rendit vers Mithridalc, satrape «lu Pont, et se distingua dans ses armées. Les troubles d'Héraclée ne cessant pas, et la division entre le peuple et les grands étant de plus en plus profonde, ces derniers, après avoir eu recours inutilement à Timothée, Athénien, et à Epaminondas, Tuébain, prirent le parti de rappeler Cléarqne, dont ils connaissaient les talents. Il promit à Milhridate, en le quittant, de lui livrer Héraclée, à condition qu'il lui en donnerait le gouvernement; ce satrape s "étant présenté au iour convenu, Cléarquc le laissa entrer, et, l'ayant fait prisonnier avec tous ses amis, ne le relâcha qu'après s'être lait payer une forte rançon. 11 gagna, par cette double trahison, la confiance du peuple, déclara aux grands qu'il ne voulait plus être l'instrument de leur tyrannie, et la multitude, séduite par ce discours, lui décerna toute l'autorité. 11 fit sur-le-champ arrêter soixante sénateurs, et après avoir tiré de leurs familles des sommes considérables pour leur sauver la vie, il les fit tous égorger. S'attendant à être attaqué par ceux qui avaient pris la fuite, il affranchit leurs esclaves, et leur fit épouser les femmes et les filles de leurs maîtres, pour les attacher à son parti. Cléarque marcha ensuite contre les exilés, les défit, et les amena en triomphe à Uéraclée, où il se livra de nouveau à toutes sortes de cruautés. Son autorité une fois établie dans la ville, il voulut la faire respecter au dehors, et entreprit, contre plusieurs peuples voisins, des expéditions qui lui réussirent toutes, ce qui lui inspira tant d'orgueil, qu'il voulut se faire passer pour fils de Jupiter. Il prenait alternativement le costume de différentes divinités, et se peignait le visage de vermillon, couleur qu'on employait pour enluminer quelques statues de dieux, îl donna à son fils le nom de Céraunus (tonnerre), et se livra à mille extravagances pareilles. Après avoir découvert plusieurs complots formés contre lui, il lut enfin victime d'une conspiration qui avait Cliion pour chef. ( Voy. Ciiion.) Il vécut encore deux jours après avoir reçu le coup mortel, et termina sa vie au milieu des douleurs et des remords, l'an 552 avant J.-C., à l'âge de 58 ans, et dans la 1*2* année de son règne. La cruauté n'avait pas éteint en lui le goût des lettres et de la philosophie, qu'il avait puisé dans les écoles de Platon et d'isocratc. 11 aimait les savants, et forma une bibliothèque considérable à Héraclée. Satyrus, son frère, lui succéda, [Voy. Diodore de Sicile, I. 20, et Athénée, 1. 5.) C-n.

CLÉARQUE et OXATHRES, fils de Denys, tyran d'Héraclée, et descendants du précédent, étaient encore entants lorsque leur père mourut. Amastris, leur mère, gouverna pendaut leur minorité avec beaucoup de sagesse, et, leur ayant remis le trône lorsqu'ils curent atteint l'âge de régner, elle continua de rester avec eux ; mais ces deux monstres, gênés par la présence de leur mère, et jaloux de l'estime générale dont elle jouissait, la firent périr, comme on le voit à son article. Leur crime ne resta |»as impuni ; Lysimaque , roi de Thiacc, et second mari d'Auiastris, étant venu à

Héraclée, se saisit d'eux et les fit mourir. — Clé vn- QCTC de Soles, disciple d'Aristote, s'acquit quelque célébrité par différents ouvrages entièrement perdus. Ceux dont on connaît les titres sont un traité sur l'Education, un autre sur la Taclique militaire, des Viei des hommes illustres, souvent citées par les anciens; enfin une espèce d'Art d'aimer. Josèphe nous a conservé un long passage d'un dialogue sur le Sommeil, où Cléarquc faisait faire l'éloge des juifs par Aristotc; mais Jonsius [de Seriptoribus kistoriœ philasophieœ, I. 1, c. 18) a très-bien prouvé que cet ouvrage n'était pas de Cléarque, disciple d'Aristote. Josèphe l'a sans doute cité d'après le juif Aristobule. ( Voy. ce nom.) C — n.

CLÉEF (Joseph van), surnommé le Fou, né à Anvers, en 1487, et reçu dans le corps des peintres de cette ville en 1511, fut regardé comme un des meilleurs coloristes du temps, et souvent ses ouvrages (aient comparés à ceux des plus fameux peintres d'Italie; mais il avait un tel amour-propre qu'il s'indignait de voir les plus beaux ouvrages du Titien préférés aux siens. 11 crut que les Espagnols lui rendraient plus de justice que ses compatriotes, et il se rendit à .Madrid, où Antoine Moro, peintre du roi, le présenta à ce prince ; mais l'esprit de jalousie qui le tourmentait ne tarda pas à l'aigrir contre Moro; il lui dit tant d'injures (pie ce peintre l'abandonna. La folie de van Clécf augmentant toujours, on le vit courir dans les rues avec un habit verni de térébenthine. Il fil encore d'autres extravagances; mais les plus factieuses furent qu'à mesure qu'il put retrouver de ses tableaux, il les retoucha et les gâta. Sa famille le fit enfermer. On ignore l'époque de sa mort. A— s.

CLÉEF ( Henri et Martin- van), frères, nés à Anvers, se distinguèrent dans la peinture. Le premier, excellent iiaysagistc, voyagea longtemps en Italie. Il fut reçu à l'académie d'Anvers eu 15.15. Ses paysages offrent une touche légère et une belle harmonie de couleur; il a travaillé souvent dans les tableaux de Franc-Flore. Le second suivit les leçons de ce maître célèbre, et préféra le genre de l'histoire. Il composait d'abord en grand ; mais son goût le détermina à traiter de petits sujets avec autant de facilité que d'esprit. Plusieurs paysagistes estimés l'employèrent à peindre les ligures de leurs tableaux, et quelquefois les deux frères réunirent leurs talents dans les mêmes ouvrages. Martin van Cléef mourut à 50 ans, laissant quatre fils, Gilles, Martin, George et Nicolas, tous peintres de mérite. V — t.

CLEEF (Jean van), né à Yanloo, dans le pays de Gue'drc, en 1016, se forma à l'école de Gaspard de Crayer, qui le prit en amitié et se plut à perfectionner ses heureuses dispositions. Guidé par un aussi grand maître, van Cléef devint lui-même un des plus habiles peintres de la Flandre, acquit de la fortune et de la célébrité, et décora de ses tableaux un très -grand nombre d'églises. Ce fut lui qu'on choisit a la mort de Crayer pour achever plusieurs de ses ouvrages, entre autres les cartons des tapisseries i|ui s'exécutaient à Anvers par ordre de Louis XIV. Il vint en France présenter lui-même sou UavaUau

Page 1