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intéressé à décrier les papes qui avaient abandonné
le siège de Rome, et que des écrivains postérieurs ont copié sans beaucoup d'examen. Quelques critiques judicieux, tels que Baluzc, Fleury, Haidoin, n'ont pas une croyance aussi étendue à la véracité de Villaui. Fleury fait observer que le décret d'élection ne parle d'aucun des faits racontés par cet auteur ; mais il parait constant que les cardinaux, divisés en deux fartions presque égales, et ne pouvant se décider à nommer un d'entre eux, aimèrent mieux faire choix d'un étranger. Les Colonna surent gagner Philippe le Bel en s'attribuant tout le mérite de l'élection, et, de son côte, le roi ne négligea rien pour s'emparer de l'esprit du nouveau pontife. Le premier acte de Clément V fut d'indiquer son couronnement à Lyon, ce qui indisposa beaucoup les Italiens. Cette pompeuse cérémonie, qui se fit le II novembre 1303, fui accompagnée d'événements que l'on regarda comme de funestes présages. Le pape, après son couronnement, retournait à son logis à cheval, la tiare en téte. !*e it>i de France avait d'abord tenu la bride du cheval ; ensuite ses deux frères, Charles de Valois, Louis d'Evreux, et enlin Jean, duc de Bretagne, s'étaient succédé dans celte cérémonie. Au moment où ce cortège passait à la descente du Gourguillon, une vieille muraille surchargée de spectateurs s'écroula; le pape fut renversé, sa couronne se delaclia de sa téte, un rubis précieux, ou escarboucle, fut perdu dans le tumulte ; le pane ne fut point blessé, mais douze de ceux qui l'accompagnaient furent tellement biisés, qu'ils en moururent peu de jours après, entre autres le duc de Bretagne. Charles de Valois lut atteint grièvement, mais ne périt point. Dans un grand festin qui fut donné quelques jours après, une violente querelle s'éleva entre les gens, et le frère du pape fut tué. Clément V ne larda poinl à donner à Philippe des gages de sa reconnaissance. Il modifia la bulle L'nam tanclam, et révoqua celle qui commence par Ctericis laieot : toutes deux étaient l'ouvrage de Boni face VIII. Il ne se montra |us moins favorable au roi d'Angleterre Edouard, qui se plaignait de l'archevêque de Cantorbéry. Clément (il venir ce prélat à Bordeaux, où il élait retourné, et le suspendit de ses fonctions jusqu'à ce qu'il se fût purgé des accusations intentées contre lui. 11 accorda également à Edouard une bulle qui le relevait du serment qu'il avait fait à ses sujets touchant leurs libertés. Il lui accorda encore des décimes pendant deux ans pour le service de la terre sainte, et qui rependant furent employés à d'autres usages. Il songea en même temps à ses propres intérêts. Voyant que les évéques d'Angleterre lui demandaient la jouissance, pendant un an, des églises qui vaqueraient dans leurs diocèses, il s'appliqua à lui-même cette prérogative, et prit le revenu de la première année de tous les bene lices indistinctement, depuis l'évèehé jusqu'à la moindre prébende. Fleury dit que ce fut la le commencement des annales. Les affaires importantes qui occupèrent ensuite le pontificat de Clément Y se traitèrent à Poitiers, où le pape et Philippe s'étaient donné rendez-vous. La plus remarquable fut celle des lera-
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pliera, que Philippe poursuivit avec un acharnement dont l'histoire a fait souvent un sujet de reproche à sa mémoire. (Foy. Molaï Clément Y y mit plus de modération, obtint que la procédure fût recommencée devant lui, et, après avoir donné l'ordre dans tous les Élnls où ces religieux militaires étaient établis de procéder contre eux, il prononça leur suppression au concile de Vienne, en Dauphiné, l'an 1310 : les poursuites avaient recommencé en 1307. ( Voy. le recueil de Dupuy.) Toutes ces circonstances prouvent que l'extinction des templiers n'était point une af.âire arrangée d'avance entre le monarque et le pontife, ainsi que l'ont prétendu quelques historiens, et ne laissent pas dallai blir la créance que l'on doit à la prétendue conférence de St-Je«n-d'Angély. Une autre aluire non moins grave, ce fut le procès intenté à la mémoire de Uoniface VIII. On a vu à l'article de ce pape tout ce qui se passa à ce sujet. Clément V, pour ne pas s'éloif ncr du roi, son protecteur, fixa la résidence des papes à Avignon : ce lut l'origine d'un îrand mécontentement et d'une longue division, dont les suites empêchèrent la réforme dans l'Église et amenèrent la funeste réforme dans la religion. La cour du souverain pontife et son gouvernement s'établirent dans Avignon ; Clément y reçut la lui et hommage de Robert, fils de Ciiarles le Boiteux, pour le royaume de [Viji.es, ou de Sicile, de deçà le Phare, Frédéric d'Aragon occupant toujours l'Ile de Sicile, sous le titre de royaume de Trinacrie. Clément V lit, vers le même temps, reconnaître roi de Hongrie Charobei t, ou Charles, petitfils de Charles le Boiteux ; et, pour secouer le joug sous lequel il s'était mis et se dispenser de procurer la couronne impériale à Charles de Valois, à qui il l'avait promise, il engagea secrètement les électeurs à porter à l'empire Henri VII de Luxembourg, et manquant ensuite de courage pour soutenir ce qu'il avait fait, il parut trahiralternativemenl tous les partis. Il avait promis de couronner Henri & Home; mais Celte cérémonie ne s'y lit que par une commission composée de cinq cardinaux. Le pape prétendait ordonner une trêve entre le nouvel empereur et le roi Robert. Henri consulta les jurisconsultes de Rome, qui répondirent que le roi de Sicile, étant vassal du pape, pouvait en recevoir des ordres, mais que l'Empereur ne lui était soumis à aucun titre. Clément eut une querelle plus vive avec les Vénitiens, contre lesquels il lança tous les foudres de l'excommunication, parce qu'ils s'étaient emparés de la ville de Ferrare, sur laquelle il avait îles prétentions ; mais il ne s'en tint pas a des formalités religieuses, il envoya contre cette république une armée commandée par son légat, qui eut le bonheur de reprendre Ferrare dans le cours de la même année. Clément V publia aussi une croisade contre les Maures II mourut le 20 avril 4314, à Roquemaure, comme il se disposait à revenir à Bordeaux. Villani Tait un portrait odieux de sa cupidité et de ses mœurs scandaleuses. On lui donnait publiquement pour maîtresse la comtesse de Péristord. Il laissa des biens immenses à ses neveux; son trésor fut pillé aussitôt après sa mort. La faiblesse, la vénalité cl la petitesse d'esprit de ce pape
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sont remarquables, bien plus encore que ses mauvaises mn-urs. Il eut quelques qualités, mais rien n'atteste des vertus qui inspirent de la vénération pour sa mémoire. Clément V doit être regardé aujourd'hui comme le premier pa|>c qui ait porté la triple couronne sur la tiare. Voici ce qu'en dit Jean Garampi dans son ouvrage intitulé : lllwtraxione d'un andeo iigillo délia Garfagnana : « On trouve a dans l'inventaire du mobilier de Clément V une « couronne décrite ainsi : Item eoronam, qua voca- « tur regnum, cum tribuê circulit aureit tl tnullis a lapidtbut preliosit : defuit rubinut pretiotittimus « qui consuevil eue in summilale, el perla alia. » Celte deruiére circonstance ne permet pas de douter que ce ne fût la même tiare qu'il avait lors de l'événement fatal du jour où il fut couronné. Les constitutions de ce pape, ap|iclées Clémentines, furent publiées par Jean XX II, son successeur, et envoyées aux universités de Paris et de Bologne; elles ont été imprimées à Mayence, 1460, in-fol., et tout partie du corps de droit canonique. D — s.
CLÉM FM' VI, élu pape le 7 mai 1342, succéda à Benoit XII. Il s'appelait Pierre Rogeu, et était issu d'une famille noble du Limousin. Ses talents lui procurèrent un avancement rapide dans la carrière ecclésiastique, et pendant qu'il était évéque d'Arras, Phlippc de Valois le lit garde des sceaux. Son élection se passa paisiblement onze jours après la mon de Benoit XII, dans le palais d'Avignon, et son couronnement se lit avec la plus grande pompe, le jour de la Pentecôte, en présence des princes du sang de France et de plusieurs seigneurs du royaume. Il eut bientôt avec Edouard III, roi d'Angleterre, des démêlés au sujet de la nomination aux évéchés. Edouard voulait que les élections des chapitres fussent libres. Le pape prétendait que c'était à lui qu'appartenait la pleine disposition de tous les offices et dignités ecclésiastiques. Edouard lit saisir le revenu des bénéficier* nommés par le p3pe, et qui ne résidaient point. Clément lui écrivit pour lui enjoindre de révoquer cet ordre, sous peine d'excommunication. Le roi convint avoir tort, et céda. Clément VI fit une grande quantité tle réserves qui tendaient à rendre nul le droit d'élection, et sur les remontrances qu'on lui fit que ses prédécesseurs n'en avaient pas agi ainsi, il répondit : « Nos prédécesseurs ne savaient a pas être papes. » Les Romains l'invitèrent inutilement à retourner à Rome. Dans la dépulation qu'ils lui envoyèrent à ce sujet, parut Nicolas-Laurent, ou Gabrino, connu depuis sous le nom de Rienzi (I). Ce fut pendant le pontificat de Clément VI qu'éclatèrent à Rome les troubles excités par ce même Rienzi, que le pape avait nommé son notaire apostolique, en lui accordant de grandes marques de distinction, ('oy. Riemzi.) Clément VI reprit conLc Louis de Bavière les procédures commencées par Jean XXII ; il acheta de la reine Jeanne de Noples la souveraineté d'Avignon, moyennant 80,000 florins d'or ; il ordonna la célébration du jubilé tous les
(0 Suivant le* historiens Italiens, son nom était Niccolo dl et on r
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cinquante ans. Le nombre des pèlcrîns qui se trouvèrent à Rome en t550 s'éleva à 1,200,000 environ. Sur la fin de 1351, le pape tomba malade, et, se croyant en danger, il fit publier une constitution, dans laquelle il se soumettait à la correction du saintsiége s'il avait commis quelque faute contre la foi catholique et les bonnes moeurs, soit avant, soit depuis son élévation à la première dignité de l'Église. Ce fut vers ce temps ! à que l'on répandit une satire attribuée à l'archevêque de Milan, Visconii, qui avait usurpé Cologne, et contre lequel Clément VI avait fulminé des sentences de condamnation. Le pape tenant un jour une assemblée de cardinaux, l'un d'eux laissa tomber adroitement uuc lettre qui fut portée au pape, et dont il ordonna la lecture ; elle était écrite d'un style ridicule, au nom du prince des ténèbres, au paj* Clément, son vicaire, et à ses conseillers-cardinaux. Il rapportait les péchés particuliers à chacun, qui les rendaient três-recommandables auprès de lui, et les exhoitait a continuer ; elle finissait ainsi : « Votre mère, la Superbe, vous salue, « avec vos sœurs l'Avarice, et les autres qui se van- « lent que, par votre secours, elles sont très-bien « dans leurs affaires. Donné au centre de l'enfer, en « présence d'une troupe de démons. » Le pape méprisa celte lettre, et l'archevêque de Milan se réconcilia cependant avec lui, moyennant, dit-on, 12,000 florins d'or par an. Clément VI couronna André roi de Naples ; il couronna empereur Charles de Luxembourg à la place de Louis de Bavière, avec lequel ses prédécesseurs et lui avaient eu des démêlés, et qui n'était pas encore relevé des censures dont on l'avait Irappé. Ce pape mourut le 6 décembre 1332, après un pontificat de 2 ans et 7 mois. Son corps fut transféré â la Cliaise-Dicu, où l'on avait conservé son tombeau. Villani lui reproche sa cupidité, son luxe, et la société continuelle des femmes ; d'autres, tels que Pétrarque, en ont fuit l'éloge, en vantant ses lumières, sa générosité et ses manières aimables. 11 s'occupa avec zélé de la réunion des arméniens et des grecs. On a de lui des sermons et un discours pour la canonisation de St. Yves. 11 eut pour successeur Innocent VI. D — s.
CLÉMENT VII, élu pape le 19 novembre 1323, succéda à Adrien VI. Il s'appelait Jules de Médicis, et était (ils naturel de Julien, tué à Florence dans la conjuration des Pazzi, en 1478. Son oncle Laurent prit un grand soin de son éducation. Il fut d'abord chevalier de Rhodes et grand prieur de Capoue ; mais son cousin, ayant été élu pape sous le nom de Léon X, le lit entrer dans l'état ecclésiastique, après l'avoir déclaré légitime, lui donna l'archevêché de Florence, et le fil cardinal et chancelier de l'Église romaine. Après la mort de Léon X, le cardinal de Médicis s'empara de toute la confiance d'Adrien VI, et gouverna sous son nom. La (action qui avait nommé Clément VII l'avait emporté sur celle des Colonne, qui lui était opposée. Charles-Quint faisait trembler l'Italie, qui craignait de tomber entièrement sous sa puissance. Le pape se ligua contre lui avec les Vénitiens. Les rois de France et d'Angleterre entrèrent dans la ligue. Ils promirent des secours qu'ils ne
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donnèrent pas, en sorte que le pape et la république furent obligés de conclure une trêve avec l'empereur; mais le connétable de Bourbon, qui s'était jeté par dépit dans le parti de l'Empereur, et qui commandait ses armées, ne voulut point accéder au traité et ptiver ses troupes d'un riche pillage qui pouvait les attacher à lui, ni se condamner à un rej-ns inutile et dangereux. Il lit le siège de Rome (1527), où il fut tué dans une escalade. Par suite des événements qui signalèrent cette horrible boucherie, la pape se trouva renfermé dans le château St-Angc, où il fut bientôt réduit à la dernière extrémité. Char» les Quint était à Valladolid lorsqu'il apprit cette nouvelle. La princesse sa femme venait d'accoucher, et les réjouissances avaient commencé pour la naissanco de Philippe II. On affecta la plus grande tristesse, on prit le deuil, et cependant le pape fut détenu prisonnier pendant six mois, jusqu'o ce qu'on lui eût fait souscrire toutes les condiiions qu'on voulait en obtenir. Il fallut solliciter vivement le monarque pour obtenir la liberté du ponlife, et il répondit un jour à une députation solennelle du clergé « qu'il a la souhaitait plus qu'eux. » Le pape, souffrant les horreurs de la faim, et craignant les atteintes de la maladie épidémique qui commençait à ravager Rome à la suite des excès de tout genre commis par une soldatesque avide et cruelle, se vit obligé de capituler à toutes les conditions que lui imposa le prince d'Orange, qui avait succédé dans le commandement de l'armée au connétable de Bourbon. Cependant le pape demeurait encore prisonnier. Charles-Quint ne voulut consentir ù son élargissement qu'après avoir obtenu des otages et des places de sûreté. On lui abandonna cinq cardinaux, qui trouvèrent le moyen de se sauver par une cheminée Le pape se trouva, de son côté, réduit à employer la soumission et la feinte. Il se reconcilia avec le cardinal Colonne, qui lui procura les moyens de se déguiser en marchand et de s'enruir h Orviete. Le pape fut A peine en liberté, que le roi d'Angleterre lui fit demander son approbation pour répudier Catherine d'Aragon. Cette demande choquait les intérêts de Charles-Quint, et Clément, qui craignait de l'offenser, publia contra Henri VIII la fameuse bulle du mois de mai 1534, qui eut des suites si funestes (1). Clément acheva de se réconcilier avec Charles-Quint. Il le couronna empereur à Bologne. Il eut, en 1533, une entrevue avec François 1" à Marseille, où il couduisit Catherine,
(4) Henri VIII avait épousé, le 37 Janvier «J1, Anne de Boléro,
et te ne fut que le 93 mars de l'année suivante que, sur l'avis de la majorité des rard naux (dix neuf sur vingt-deux), Clément VU prononça uie sen'enre Irfimtue qni déclarait le mariage du rot d Angkurre ei de Caihrrine légal el valide. condamnait la procédure contre celle princes orome injuste, el ordonnait au toi de la reprendre en qualité de femme légitime. Ainsi , non - seulement Henri Vlil n'eut pas L patience d'attendre la décision du tamisage m .i mv<«entatit bien qu'tlle lui serait nVlavurable, il voulut prendre l'initiative. Le tiill qui abolissait le pouvoir des papes dans le royaume lui présenté a la rhauibre des communes au commencemeut du rouis de mars 153*. transmis aux lordi la semaine suivante, approuvé cinq jours avant l'arrivée du courrier envoyé par te roi î Rome, et recul la sanction royale cinq jours après. L'approbation de la chambre des pairs est du 20 mars; le courrier était arrivé i ftoae le 2s, et u sancltau du roi «« da 59, n-i-j.
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sa nièce, fille du duc Laurent de Médicis, pour épou» scr le second des lils du roi de France, alor» duc d'Orléans, el qui monta depuis sur le Un c sons le nom de Henri 11. Clément VU revint à Home, et avant sa mort, arrivée dans cette ville, des suites d'une fièvre lente, le 25 septembre 1551, rendit sa faveur au duc de Ferrare, et lui lit conclure un traité avec le duc de Florence et les gouverneurs de Bologne et de la Romaine. Il voulut opérer la réforme des mœurs en Italie et à Home, surtout dans le clergé ; mais la bulle qu'il donna à ce sujet fut mal observée. 11 en donna une antre pour autoriser l'institut des théulins, qui venait de s'établir. H approuva également celui des capucins, qui commençait à se former. Il envoya des missionnaires dans le Mexique. Sur la lin île l'année 1524, il publia le jubile de l'année suivante, qui attira peu de monde à Rome. Les grâces spirituelles commençaient à s'avilir, à force d'être prodiguées. Il enrichit la bibliothèque du Vatican d'un grand nombre de \ tînmes. On a de lui plusieurs lettres au roi de France, au roi d'Angleterre et à quelques savants. Ses lettres i Chartes-Quint, publiées sous ce litre : Epittola Clemenli* VU ad Carotum F, allera Caroli Y Clementi reipondentit, 1527, in-4°, sont très -rares. Paul III lui succéda. D — s.
CLÉMENT VII, regardé comme pape. Voyez
RoilEUT DE Ge.NBVE.
CLÉMENT VIII, élu pape le 50 janvier 15l>2, succéda a Innocent V. Il s'appelait Hippolytc At.nobhandim, était fds du célèbre jurisconsulte Silveslre Aldobrandini, et né à Fauo, d'une famille originaire de Florence. Il avait été d'abord auditeur de rote et référendaire de Sixte V, qui le lit cardinal en 1585. Il débuta en taisant poursuivre vigoureusement les bandits qui désolaient les terres de l'Église. La republique de Venise ayant engagé à son service la dernière bande que les troupes pontificales a»aiem forcée de se réfugier dans les Abruzzes, Clément irrivé menaça la république, et sur le refus du sénat de livrer Marco Sciarra, chef de ces brigands, le pape agit si vigoureusement que le gouvernement vénitien lit mettre à mort Sciana, et transporta ses gens à Candie. Ayant ensuite procuré aux Romains les grains dont ils manquaient , les plus grandes plaies du pays commencèrent à se cicatriser bientôt après son intronisation. Une autre mesure qui fut généralement approuvée, ce fut la continuation par une bulle du décret du concile de Trente qui détend les duels, comme aussi contraires à la religion qu'à l'humanité. Quoiqu'il affectât d'abord de grands égards pour la couronne d'Espagne, Clément V 111 ne songeait en réalité qu'à remettre le aainl-*iegc dans ses conditions de puissance médiatrice et prépondérante. Comme tous les gouvernements Italiens, le pape était efTrayé de la puissance de l'Espagne; il désirait comme eux le triomphe de Henri IV, et ne demandait que la conversion de ce prince pour le reconnaître. Des négociations secrètes eurent d'abord lieu par l'inlcrméoiaire du grand-duc de Toscane, et après s'être montré froid et sévère avec les envoyés du roi de France,
pour ne pas soulever contre lui les Espagnols, Clément VIII reçut l'abjuration de ce souverain par le ministère des cardinaux d'0>sat el Duperrou [roy. ces noms), et, le 8 septembre 1595, déclara Henri IV récom ilié avec l'Église calho iqtie. L'événement le plus im|x>rtant de son pontifical fut le commencement de ces querelles sur les matières de la grâce, qui s'étendirent dans tout le cours du 17e siècle, et causèrent encore quelques troubles dans le suivent. ( Voy. Calvin et Molina.) Ce fut au milieu du 16e siècle que l'orage éclata avec le schisme de la réforme. Le fougueux apolre du calvinisme avait adopté pour base de sa doctrine le dogme désespérant de la prédestination absolue, ce" qui était en contradiction complète avec l'opinion de Pétale, partisan déclaré du libre arbitre. Les jésuites espagnols ne se montrèrent pas les moins ardents à combattre le nouvel ennemi de l'Église romaine. Ils donnèrent dans leurs écoles de nouvelles explications de la doctrine de St. Augustin, à laquelle ils apportèrent quelques modifications, en accordant quelque chose de plus au mérite qu'à la grâce. Molina, l'un d'eux, recueillit toutes ces propositions dans un livre intitulé : Concorde de la grâce tl du libre arbitre, et peut-être les jésuites, de l'aveu même de leurs ennemis, eurent-ils alors seulement en vue le projet politique de former une salutaire opposition aux fureurs de Calvin. On ne jugea point leurs intentions d'une manière aussi bienveillante. I.r dominicain Cannez réfuta le livre «le Molina en l'accusant de pélagiauisme. En autre jésuite mémo, Henriqucz, se déclara contre Molina. Toute l'Église d'Espagne se divisa en deux partis, et Clément VIII obtint de Philippe II que la contestation serait évoquée à Rome pour y être ju^ée. Le pape rassembla prés de lui quelques docteurs romains cl autres, sous la présidence du cardinal chef de la congrégation du saintollice. Ces assemblées commencèrent en 1598, et durèrent neid années, sous les pontiflcatl de Clément VIII el de Paul V, son successeur. Elles prirent le nom de congrégation de Auxitiit. Quelquefois elles furent de simples conférences entre les arbitres nommés; dans d'autres orrasion<, on entendit les parties pour soutenir et défendre leurs opinions réciproques. Les esprits s'échauffèrent, et la question s'obscurcit davantage. Au lieu de s'élever S la hauteur d'une théologie transcendante, on descendit à des arguties minutieuses; on inventa des termes subtils pour expliquer des idées simples, tels lurent ceux de grâce tuffitante, grâce efficace , grâce rertatile, grâce concomitante, grâce excitante, science moyenne, congruitme, pouvoir prochain, etc. Les jésuites accusaient leurs antagonistes de favoriser la révolte de Calvin, et ceux-ci, qui prirent quelques années après le nom de janténislet, reprochaient aux jésuites de renouveler les erreurs de Pétage. Il y eut cependant quelques apparences d'accommodement. Les jésuites proposèrent, ù plusieurs reprises, de permettra à chacun de soutenir son opinion comme probable, ce qui a beaucoup d'analogie avec le sentiment de Dossuet. Ils parvinrent même à gagner les thomistes et à obtenir d'eux quelques
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concessions, que les jansénistes, par la suite, reprochèrent broiement a ceux-ci {voy. les JVorinciults); mais ce ne furent que «les lueurs passagères de rapprochement. Il semblait, dans cette lutte opiniâtre, que chaque parti n'eut d'autre oui que de se faire condamner mutuellement comme hérétique. Les écrivains ennemis des jésuites prétendent que l'opinion des congrégations fut en général opposée à la doctrine de Molina, et que Clément VIII était sur le point d'émettre la huile de condamnatiun lorsque la mort le surprit. Ilien ne vient à l'appui de cette conjecture. 11 est très-probable, au contraire, que, dans la crainte de ménager un sujet de triomphe aux réformes, on ne voulut pas joindre au scandale d'une discussion déjà trop prolongée, le scandale plus dangereux encore d'un jugement qui aurait occasionné une nouvelle scission dans l'Eglise. « Rome, a dit Turgot, eut la sagesse de ne rien prononcer.» ( Voy. le t. 9 des ouvres de Turgot. ) Le pape Patd V garda la même neutralité. Il détendit que l'on imprimât rien sur ces matières sans la permission du saint-siégc. Clémrnt Mil tut occupé d'autres soins encore pendant son pontifirat; il reçut] en 1393. des députes du patriarche d'Alexandrie, qui abjura l'euty» hianisme et se réunit à l'Eglise romaine; il établit une commission pour examiner les nouveaux évèqucs en Italie; il réprima le hrigaudage usiirairc des juifs, en limitant les lieux où ils devaient habiter; il contribua à la paix de Vervins, en 1598; il augmenta le domaine de l'Église du duché de Ferme, dont le dernier descendant de la maison d'Esté , nommé Cé.«ir. ne put garder la propriété , parce qu'il était bâtard. Clément VIII mourut le 5 on le 3 mars 1003, dans la U' année de son ponlilicat. On loue avec raison sa pieté, sa justice et si» bonté. Il a corrigé le Missel romain, le Pontifiral romain, imprimé a thune, 159.», 2 vol. in-ful. , ainsi que le Cfrtmonial des cirques, 1633, in-fol. Léon \I fut son successeur. D — s.
CLLMENT VIII, antipape. Voyez Gilles Mu- GXOS,
CLÉMENT IX, élu pape, le 20 juin 1067, succéda à Alexandre VIL II se nommait Jules Iîospigliosi, d'une famille distinguée de Pistoic, en Toscane, où il était né en 1000. Il avait été nommé par Urbain VIII auditeur de la légation de France, ensuite nonce en Espagne , on il resta onze ans. Après la mort d'Innocent X, le collège des cardinaux le nomma gouverneur de Rome. Alexandre VII le lit cardinal et secrétaire d'F.tat ; il était d'une grande probité , avait un grand fonds d'instruction et de littérature, du goût pour la poésie , et un caractère propre à se concilier l'affection de tout le monde. La confiance qu'il inspirait généralement lui procura l'avantage de jouer un rôle honorable dans le traité d'Aix-la-Chapelle, qui termina la guêtre d'Espagne. Clément IX «l'hit sa médiation aux deux monarques divisés, et le plénipotentiaire du pape fut admis â la négociation de celte célèbre paix. Louis XIV lui accorda même une grâce plus flatteuse encore, ce fut de permettre qu'en abattit la pyramide élevée au sujet de l'insulte faite a l'am-
bassadeur de France, sous le dernier pontificat. [Voy. At.EWMhiE VIL) Celui de Clément IX Tut rcmarquahlc par un autre événement non moins important , et relatif aux affaire* ecclésiastiques. La signature du formulaire avait excité beaucoup de réclamations. On l'avait mi)di:iée de plusieurs manières dans quelques diocèses. Les évèqucs d'Alais, de Pamiers, de beau vais et d'Angers avaient admis la Célèbre distinction du fait et du droit, sur laquelle on a écrit tant de closes si peu intéressantes aujourd'hui. Cette restriction attira , de la part d'Alexandre VU , aux quatre évoques, un bret qui leur ordonnait de révoquer leurs mandements, sous peine d'être interdits et de voir procéder contre eux. A l'avènement de Clément IX , quelques évêques de France, au nombre de dix-neuf, prirent la dérenso de leurs quatre collègues , et en écrivirent au roi et à la cour de Rome. Clément IX se montra d'abord tiés-défavoiable aux quatre évèqucs, et rendit un bref contre eux. Le roi, de son coté, montra les mêmes préventions ; mais le zèle des négociateurs ne se refroidit pas; les quatre évoques consentirent â donner dans des procos-verbnux particuliers , et dans une lettre de leur mrin au pape, des explications approuvées par les personnes les plus distinguées de leur parti , et surtout par Arnauld. Le rapprochement eut un plein succès, et Clément IX adressa aux quatre évèqucs un bref, par lequel il les assure de sa bienveillance, au moyen de la parfaite obéissance avec laquelle ils ont souscrit et fait souscrire sincèrement le formulaire. Cette expression ne parut pas, à certains esprits un peu scrupuleux, avoir une parfaite analogie avec la restriction formelle exprimée par les quatre évéques , et de laquelle ils ne s'étaient point départis. Cependant les gens sages, et Arnauld lui-même, y virent un tertuo moyen, heureusement imaginé pour expliquer les intentions de part et d'autre dans le sens le plus pacifique ; et les amis du désordre y virent un prétexte pour renouveler les troubles. (juoi qu'il en soit, cet heureux événement reçut le beau nom de paix de l'Eglise. Il fut annoncé par un arrêt solennel, et consacré par une médaille. Arnauld fut présenté au roi et à toute la cour. Il fut également bien accueilli du nonce. Le roi écrivit avec bonté aux quatre é»êques. Ce fut l'époque d'une allégresse universelle, qui n'eut malheureusement qu'une trop courte durée. Clément IX survécut très-jieu de temps à cet acte mémorable de son ponlilicat. Il mourut le 9 décembre 1009, affligé d'avoir vu Candie tomber au pouvoir des armes ottomanes. Il avait envoyé du secours ù cette place, et en avait procuré de la part de la France On croit assez généralement qu'il mouru pour s'ètrt livré un jour avec imprudence à son appétit Clément IX était d'une douceur qui allait quelquefois jusqu'à la faiblesse. Sous son régne les impôts furent diminués, les fabriques de laine et le commerce reçurent des encouragements ; il fit beaucoup de bien aux pauvres et aux hôpitaux, qu'il visitait souvent, cl très-modérément à sa famille, qui avait cepe ndant un grand litre à soutenir. Dans les affaires générales de la chrétienlé , il déploya une
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activité énergique, et non-seulement encore il soutint I Jui-même contre les Turcs, mais il plaida chaleureusement leur cause auprès des cours 11 canonisa St. Pierre d'Aleanlara religieux de St-Framois , et Ste. Madeleine de Pazzi, carmélite. 11 lut en général extrêmement regretté, et très-digne de "être. D— s.
CLÉMENT X, élu pape le 20 avril 1670, succéda à Clément IX. Il se nommaii Emile Altieiu, et se trouvait le dernier descendant màlc de cette illustre lamille , aussi neienne <;ue celle des Colonne. Il n'avait que des nièces, dont 'une épousa Adolphe Gaspard Paluzzi, que Clément X .dopla.à condition qu'il joindrait le nom •• AUteri ? celui de Paluzzi. Ln de ses hères était cardinal, et tous prirent le nom A'Allieri. Le pape combla cette famille de bienlaits, et en fit une des plus riches e< des plus considérées à Home. Clémeir X succéda à Clément IX, après une vacance de plus de quatre mois (l). Les cardinaux étaient partagés cr cinq ou six factions, et ce conclave fut le foyer d'une multitude d'intrigues, dont Amelot de la Houssayc a lait Imprimer la relation , avec privilège , après la mort de Clément X, a Paris, 1676, in-12. Alticri avait été envoyé nonce à Naples par Urbain VIII, et révoqué par Innocent X, qui ensuite le dépouilla de tous ses Liens. Alexandre VU lui donna la nonciature de Pologne, et rétablit ainsi sa Jorlune et sa réputation. Clément IX le lit maître de sa chambre , et ensuite cardinal , dans les derniers moments de K vie. Ce fut sous le pontilicat (te Clément X que commença l'altairc des franchises, qui cul les suites les plus graves sous Innocent XI ; mais le pape n'y prit aucune part. Ce lui le cardinal-patron, Antoine Paluzzi Altieri, premier minisire, qui attaqua le premier, et voulut restreindre les immunités des ambassadeurs (-2). Clémeul X se montra également étranger à la division qui existait alors entre les principales puissances de l'Europe , et dont un des principaux événements fut la cenquèle de la Hollande par Louis XIV. Les alïections du j>ape étaient pour la France; mais il sut les cultiver sans porter ombrage à l'Autriche. 11 admit à Home un ambassadeur de Portugal : c'était le premier depuis que cette puissance s'était soustraite à la domination de l'Espagne. On vil aussi arriver un ambassadeur du tzar, qui proposait une ligue des princes chrétiens pour secourir la Pologne contre les Turcs. Cet ambassadeur s'en retourna fort mécontent de ce qu'on avait ici usé le litre d'empereur à son maître. Clément X mourut accablé de vieillesse , le 22 juillet 1U7G. Sa douceur et sa bonté le faisaient estimer; mais il avait abandonné au cardinal-patron tout le
(1) Clément IX avait qualrp-vingts ans au moment ia conclave; il ne (ai nomme qu'a cause «le sou g. and .ïSe, après u » vacant .le près de cinq n»o.s : on le considéra gênerait aient CMBMC un caudal linicrf U — I — s.
[2) Il iagisiail don droit de Iroi* pour cenl que le ordinal Allie» avaîlctauli, au mois dejuin 1673, sur tous les arin-U-. intr.daits UjiKHoiue, et qu'il voulut étendre aux objru appartenant au\ .unbas-adeurs résidant j linme. L aml.assjdiur lr.inc.ii> a)aiit re<u de m cour l'ordre dïliMstei sur le* ancirns privilège», Aliieti dut céder eu IW5. el les atUiaswikuti luteut exemple» du pavement du lUtt, D-i-s.
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I soin du gouvernement, ce qui faisait dire au peuple romain « qu'il y avait deux papes, l'un de fait et « l'autre de droit. » On laissait le bon pape passer tout son temps avec un moine de Sl-Sylveslre , qui était son confesseur, et qui refusa d'être évêque, malgré les instances du ponlile. innocent XI succéda a Clément X. D— s.
CLÉMENT XI, é'u pape le 25 ou 24 novembre 1700 , après la mort d'Innocent XII , était (ils d'un sénateur romain, et se nommait Jean-François Al- BA.m (1). Né à Pesaro en l d 19, il fut d'abord secrétaire des brefs, et créé cardinal en 1690. On assure qu'il hésita pendant trois jours à consentir à son élévation, el qu'il ne se décida à accepter, que lorsqu'il ne lui resta plus aucun doute sur les sentiments de la France. Quoi qu'il en soit, re fut sous son pontilicat que se renouvelèrent les fatales querelles de parti qui troublércn la France pondant plus d'un demi-siècle, el ne contribuèrent pas peu à affaiblir l'autorité de la cour de Home. La bullu Vineam Domini fut un des premiers actes de Clément XI. Elle était dirigée contre ceux qui n'acceptaient le formulaire qu'avec la condition du silence respectueux à l'égard du fait, ainsi qu'on l'a déjà observé sous Clément IX. Les partisans de la cour de Home pré* tei datent que le silence n'exprimait pas assez fortement la soumission due aux bulles apostoliques et a l'autorité du pape. Celait remettre en question ce qui avait déjà été décidé , et donner de nouveau le signal de la division. Louis XIV, accablé des malheurs qui avaient troublé ses dernières années dans le cours de la guerre de la succession d'Espagne, s'était laissé dominer par l'ascendant du jésuite Letellicr, son confesseur. Celui-ci, ennemi juré du cardinal de Noaillçs, archevêque de Paris, avait imaginé de faire condamner par la cour de Home cent une propositions extraites du livre d'un oratorien nommé le P. Quesnel, ouvrage approuvé par le cardinal , cl qui contenait des réflexions sur le Nouveau Testament. Tel fut le sujet de la fameuse constitution L'nigcnilus, et telle fut, du moins selon Duclos, l'intrigue qui la fit naître. Celle condamnalion était d'autant plus extraordinaire , que le livre du P. Qticsncl avait clé loué hautement par le P. Lachaise, prédécesseur de Letellier dans la direction de la conscience du monarque, et par ce même Clément XI, qui, dans cette occasion, dit Duclos, a ne u céda qu'avec des remords sur le fond, et des crainte tes sur les suites. » On ne «loit pas non plus oublier de dire tpie la condamnation ne fut prononcée qu'après un examen fait par une congrégation de cardinaux , de théologiens et de jurisconsultes , et qui dura deux années; mais on sait aussi combien il est Utile du donner une apparence suspecte à des propositions extraites d'un ouvrage où totti «loit être lié, et présentées hors de leur place. Ce pape était de.«tinL à donner des exemples fâcheux d'instabilité dans ses opinions. Son attachement pour la France l'avait porte à reconnaître d'abord Philippe V connue
(I) Les Italiens l'appellent Cian FrancescD degli Albani dUrbino. D-i— s.
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roi d'Espagne ; mais il refusa néanmoins de lui donner l'investiture du royaume de Naples , et se disposait à faire partir «les troupes pour occuper Mantoue , afin de préserver, autant que possible , la neutralité de l'Italie, lorsqu'il apprit que le duc de Modéne avait consenti à recevoir une garnison française dans cette place. Il se montra au surplus, en quelques circonstances, impartial entre les puissances belligérantes, quoique son affection fût pour les Français, car ceux-ci, aussi bien que les Autrichiens, ayant mis le pied sur le territoire de l'Eglise, du côté de Fcrrare, et n'ayant pas voulu d'abord se retirer sur les remontrances qui leur furent ailrcs- «ées, il excommunia les uns et les autres. Les impériaux ayant ensuite envahi les Etats de Parme , et levé des contributions sur le clergé, le pape les fit attaquer ; mais ses troupes, hors d'état de lutter contre un ennemi trop puissant, furent elle-mêmes chassées du Parmesan; et des deux côtés on publia des traités pour la défense des prétentions respectivesdu vicaire de Jésus-Christ et du desrendant des Césars. En attendant, les troupes autrichiennes traversèrent les Etats de l'Eglise pour se rendre dans le royaume de Naples. Lorsqu'ils l'eurent conquis, l'empereur Joseph 1" déclara ne plus vouloir considérer ce royaume comme un fief de l'Eglise, et éleva de nouvelles prétentions contre Clément XI, dont il se plaignait amèrement , parce qu'il n'avait pas voulu reconnaître l'archiduc Charles comme roi d'Espagne. Le pape convoqua alors les cardinaux, et l'on s'occupa d'organiser une résistance matérielle aux empiétements de la maison d'Autriche. Mais, hors d'état de résister, il fut forcé de consentir, le 15 janvier 4709, à un traité avec l'Empereur, qui portait dans un article secret la reconnaissance formelle de l'archiduc. Clément XI eut ensuite de vives discussions avec Victor-Amédée, auquel la Sicile avait été cédée par le traité d'L'lrecht , et lança contre lui un interdit qui ne fut levé qu'en 1710, lorsque ce royaume eut passé aux mains d un souverain plus puissant Après le renversement en Espagne d'Albcroni, dont le |>ape avait eu sujet d'être mécontent, il voulut faire sentir à ce ministre tombé tout le poids de sa colère. Il ordonna contre lui une enquête, et prétendit le faire arrêter à Gènes où il s'était réfu'.'ié- Mais celui-ci se défendit par des écrits , s'échappa et gagna les fiefs impériaux. Le pape mourut peu après, dans sa 73e année, le 19 mars (721, après un pontificat de plus vingt ans. Il entreprit de faire corriger quelques imperfections dans le calendrier grégorien. Les plus habiles astronomes d'Italie, qu'il convoqua pour cet effet, reconnurent la difficulté des moyens, et jugèrent qu'il fallait y renoncer. Clément XI accueilli le fils de Jacques II, qui obtint à Home les honneurs de la royauté. Ce môme pape secourut la Provence et de grains et d'argent pendant la peste de 1720. Il écrivait assez bien en latiu. Son bullaire avait été publié en 1718, in-fol. Tous ses ouvrages, recueillis par le cardinal Alhani, son neveu, ont été imprimés a Rome en 1729, 2 vol. in-fol. Sa vie est à la tète ; clic a été aussi écrite par Lalileau et Reboulet. La pre-
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miére est en 2 vol. in-12, et la seconde cnl vol. in-4°. Clément XI a été jugé comme un homme soumis ù l'opinion de deux partis contraires , exalté par les uns, et blâmé sans mesure par 1rs autres. Une médaille frappée pour lui en Allemagne atteste du moins la haute opinion qu'on avait «le lui ; d'un côté, on voyait son buste avec cet exergue :
Albanum colucre patres, nunc maxima rc mm Roiua colii ;
sur l'autre était représentée une couronne de fleurs, avec ces quatre mots : Justilia, Pielai, Prudenlia, Eiuditio. On n'a point attaqué ses mœurs, on ne l'accuse point de prodigalités pour le népotisme, ni de parcimonie pour les pauvres. L'histoire ne doit dissimuler ni les torts qu'il eut aux yeux de quelques personnes, ni les vertus qui ne lui sont pas refusées, même par ses ennemis. 11 eut pour successeur Innocent XIII. D — s.
CLÉMENT XII succéda à Benoit XIII, et fut élu pape le oO juillet 1730, le 12, suivant d'autres historiens. Il s appelait Laurent Corsim (Lorenzo de' Corsini), et sa famille est encore une des plus illustres de Florence. Il était né en 1GÔ2, et âgé de soixantedix-huit ans lorsqu'il fut élevé au pontificat. Il fut successivement préfet de la signature de grâce, nonce apostolique à la cour de Vienne, où l'on ne voulut pas le recevoir en cette qualité , archevêque de Nicomédie, trésorier de la chambre apostolique , enfin cardinal en 1700. Le conclave où il fut nommé papo avait duré plus de quatre mois. Le désordre des finances, occasionné par les malversations du cardinal Coscia , sous le pontificat précédent , avait indigné les Romains, qui demandaient hautement la punition du coupable. Elle lut prononcée, et c'est un des premiers actes de souveraineté de Clément XII. [Voy. Cuscia.) Il publia un jubilé, et fit des lois somptuaires (I). Il se prétendit souverain des duchés de Parme et de Plaisance, et fit afficher un acte de prise de possession, avec délense de reconnaître d'autre puissance que la sienne ; mais le cardinal Slampa lit oler l'affiche , et prit possession au nom de l'infant don Carlos. Clément XII protégea les dominicains, attribua à leurs écoles les privilèges dont jouissaient les universités. Dans la bulle Ferôo detcripio , qu'il donna à cet effet , il fit l'éloge de St. Thomas et de sa doctrine; mais dans un autre bref, dit Aposiolicœ Procidentice, il déclara que les louanges qu'il avait données, ainsi que ses prédécesseurs, à la doctrine de St. Thomas, ne devaient pas empêcher que les autres écoles ne soutinssent à l'ordinaire, sur les matières de la grâce, les sentiments qu'elles avaient professés jusqu'alors licitement, et en tous lieux. 11 défend de flétrir d'aucune note injurieuse ces mêmes écoles, jusqu'à ce qu'il ait plu
(I) A 11 mori sans pi.stérîic d'Antoine Farne&e, duc de Parme, arrivée le 'a janvier 1731, le pape eni|ito>a lou«, lomoiens pour foire rrronuallre 1rs duché* lie l'arme cl de PJUMKt comme llrfs de I Eglise, cl ne pouvam empêcher les ironies impériales de les occuper il prolesta luriutlicmenl. Ces duchés, que l'Empereur cob- HOIH ensuite à remerirc | don Carlos, furent crdes en mute prouri.le à la maison dWuîritbe. par le Irailc du t8 uovcœluc 1738, « pmcreui [ tus urd eu 4/auucs miu». D-i-s.
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au saint-siège de prononcer délinitivcooent sur ces matières de controverse. Cette conduite du pape , Contradictoire en apparence, était une suite du système adopté par la cour de Home dès le coinnuncement de ces disputes. ( Voy. Clémkm VIII.) 11 se montra moins pacifique dans le bret qu'il donna pour condamner l'instruction pastorale de l'évéque île Montpellier (Colbcri), et dan» celui qui condamna pareillement un mandement de l'évéque d'Auxerre (Caylus) sur un miracle opéré dans son diocèse : ce dernier bref fut supprime par arrêt du parlement. La guerre qui s'alluma ù cette époque , et don' l'Italie fut le théâtre, causa de grands embarras au souverain pontife. L'entrée et le .séjour successildes troupes impériales et espagnoles grevèrent de contributions les babilanls de Ferrarc, de Bologne cl de Ravenne , que le pape fut obligé d'indemniser de ses propres deniers. Clément XII eut aussi des démêlés avec la cour de Turin, et, en 1738, il donna au roi des DcuvSicilcs l'investiture du royaume de INaples, avec la cérémonie de la présentation de la haquenée, signe habituel de l'hommage rendu en pareil cas. 11 canonisa l'instituteur des sa urs de charité, Vinrent de Paul, le bienheureux Régis, de la société de Jésus. 11 lit aussi la béatification de Joseph de Léonissa, capucin. Ce pape mou- 'mt le 6 février 17 50, à^ô de 88 ans, après 10 ans environ de pontificat. Il était sujet à des accès de goutte très-douloureux. Carracrioli prétend ( Vie de Clément A'/Fjquc Clément Ml fut aveugle pendant neuf ans. On ne trouve nulle trace d'un fait aussi extraordinaire. Il lui donne douze ans de pontilicat, ce qui est évidemment inexact. Clément XII mérita d'être loué |>our sa piété, sa justice et sa bienfaisance. I>es Bomains lui érigèrent une statue de bron/c, qui fut placée au Capilolc. Dcnott XIV lui succéda. D— s.
CLÉMENT XIII succéda à Benoit XIV, et fut élu pape, le G juillet 1758; il était Vénitien, et s'appelait Charles Iïezzomco. Il était né le 17 mars 1693, avait été lait évêque de Padouc, et successivement cardinal en 1757, par Clément XII, dont il prit le nom. Les premiers soins de son gouvernement furent consacrés au rétablissement de la bonne harmonie qui avait ee«se de régner entre la république de Venise et l'Etat de l'Eglise. Il lit continuer ensuite les travaux commences sous le pontifical de son prédécesseur, pour la réparation et l'embellissement de l'église du Panthéon, l'un des plus beaux monuments de l'antiquité. Il s'occupa aussi du dessèchement des marais Pontins et de la reconstruction du port de Civitta-Vecchia. L'Etat de l'Eglise ne tarda pas ù fixer son attention. Il donna des règb-ments pour réprimer la licence du carnaval dans Home, et pour défendre aux ecclésiastiques d'assister aux représentations théâtrales; condamna la troisième partie de Y Histoire du peuple dcDitu, par le jésuite Berruyer ; s'éleva avec plus île force contre le livre de Y Esprit, d'Uelvétius, et félicita, par une lettre particulière. Chaunicix, qui avait réfuté cet ouvrage philosophique. Il écrivit dans le même temps une kltrc aux patriarches «t évtqucs, sur l'obser-
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vance des lois canoniques, contre les clercs qui font le négoce, et qui s'insèrent dans les affaires séculières; et il y dépeint leur désir désordonné d'amasser tics richesses. Celle improbalion solennelle semblait tomber plus particulièrement sur la conduite du jésuite la Valette, dont la scandaleuse affaire commençait a retentir dans les tribunaux de France, et culmina la |>crle de l'ordre entier dans ce royaume. Clément XIII donna l'investiture du royaume de flapies au roi Ferdinand, avec donation à lui et à ses successeurs, dans la même forme qui avait clé observée par Clément XI, eu faveur de Charles VI. Il continua aussi de nouveau, et approuva la lettre encyclique de Benoit XIV, au sujet delà constitution Lntgmitus. (Voy. Benoît XIV./ Il fit procéder à la beulilicalion du vénérable Alfonse Bodrigutz, de la société de Jésus, et a celle du vénérable évéque Jean dj Palal'ox. Le 2 septembre 17G2. il lit procéder, par k tribunal de l'inquisition, à la condamnation lie YEmitcdu J.-J. Bousseau; il lit déclarer l'ouvrage impie, hérétique , et la lecture en fut défendue sous peine d'excommunication. Ces premières aunets du [tontifical de Clément XIII ne sont ni susceptibles de reproches, ni indignes d'éloges; les dernières furent moins heureuses et moins satisfaisantes. En I7G4, 1705, 17U0, la disette et les autres désastres qui affligèrent l'Italie donnèrent beaucoup d'embarras au pa|)C. Il lit des règlements pour soulager lu misère du peuple; il Tut obligé, pour acheter des grains de l'étranger, de tirer tle grandes sommes du trésor de Sixte V", déposé au château St-Ange. II ordonna des prières publiques, et lit faire des processions, qu'il suivit luimême a pied. Il interdit les spectacles et toute espèce de divertissements pendant un hiver entier. Des erreurs politiques se mêlèrent aux calamités de la nature. Lu !7i>8, la question tant de fois agitée au sujet de la souverainté de Parme se réveilla à l'occasion d'un ministre de ce duché , qui attaquait les droits régaliens. Clément Xlll lançi un monitoire, où il ht revivre sans ménagement les prétentions ambitieuses de quelques-uns de ses prédécesseurs. Les cours de Fiance, d'Espagne et des Deux-Sicilcs témoignèrent leur mécontentement. La France se saisit d Avignon et du comtat Venaissin, Naples s'empara de Bénévent et de Ponte-Cono; le monarque espagnol déclara que c'était à tort que le pape fondait ses droits sur la bulle In corna Àontûit, attendu qu'elle n'avait jamais été reçue dans aucun Etat catholique. A la fin le pape dul solliciter la médiation de Marie-Thérèse, qui se tint sur une grande réserve. Venise même, patrie du saint-père, se rallia à ses ennemis. L'affaire des jésuites ne causa pas des chagrins moins violents à Clément XIII. Cette société venait d'être proscrite en Portugal et en France. Le pape eut l'imprudence de Choisir ce moment pour émettre la bulle dite .fpoitulicam, qui confirmait les jésuites dansions les points, et taisait l'éloge le plus pompeux de leur zèle, de leurs services et de leurs talents. Ce procède révolta les parties Intéressées. Le souverain pontife pouvait sans doute chercher à faire absoudre la so-
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euSté entière des loris de quelques individus ; mais une déclaration Missi tranchante, aussi absolue «pie celle «le la bulle en question, elait une espèce »l« manifeste contre la volonté et les intérêts des puissances laïques, dont les ressenliments ne lirent que s'accroître. Les maisons de Bourbon et celle de Braganee n'en insistèrent que plus vivement pour obtenir la suppression de cet ordre religieux. Clément XIII, obligé de céder, avait indiqué un consistoire à cet effet pour le 3 février 1700; mais dans la nuit même il mourut presque subitement. Prcrlrr omnium erpcclationcm, dit Clément XIV, dans sa belle bulle de suppression. Cet événement, qui a quelque ressemblance avec la fin de Ganganelli , donna lieu par la suite à des rapprocbemenls purement imaginaires. On ne peut refuser à Clément XIII de* qualités dignes de la tiare, des intentions pures, une pieté sincère, une charité ardente. Ceux qui l'ont désapprouve attribuent la variation de sa conduite aux différents conseils qui le dirigèrent. Il suivit d'abord ceux du cardinal Arcliinto , l'un des amis de Benoit XIV; il donna depuis toute sa confiance à Torregiaui, cardinal secrétaire d'Etat, homme d'esprit et de talent, et partisan déclaré des jésuites. Le prince Rczzonico, son neveu, lui a fait élever à Home un superbe mausolée ; c'est un des plus beaux ouvrages de Canon. D— s.
CLÉMENT XIV succéda à Clément XIII, et fut élu pape le 10 mai 1769. Il s'appelait Laurent Ganc.anei.li. Il naquit le 31 octobre 1705 , au liourg de Sl-Arcangelo, d'une famille noble, originaire «le St-Angclo in Vado, dans le duché d'Urbin. Son père était médecin pensionné de la ville. Le jeune Ganganelli se livra «lès ses premières années, avec une ardeur extraonlinaire, aux études les plus sérieuses. Il fit des progrès rapides sous la conduite «les professeurs de Bimini, où il était élevé, et, dés l'âge de dix-huit ans, il entra dans l'ordre de St-François. La manière distinguée avec laquelle il remplit tous les grades où il fut successivement nommé attira sur lui les regards de Benoit XIV, qui le lit consul leur du saint-office. Clément XIII le traita avec plus de laveur encore en le décorant de la pourpre. Le conclave où il fut élu «lura plus de trois mois. Les intrigues , qui accompagnent «pielqueFois ces élections, furent alors très-animées. L'état où Clément XIII avait laissé les altaircs excitait l'attention des principales puissances callwliques, et les intéressait vivement au choix qu'on allait faire. La France désirait surtout un |K>ntife dont l'attachement ne fût pas prononcé en faveur «les jésuites : elle le trouva dans la personne de Ganganelli. On lui avait entendu dire au doyen du sacré collège , Calvachini , « que le temps était venu où il fallait « bien obéir aux souverains, si l'on voulait sauver « Rome ; que leurs bras s'étendaient beaucoup au « delà de leurs frontières, et que leur puissance s'é- « levait au-dessus des Alpes et des Pyrént'es. » Ces. propos annonçaient les meilleures dispositions que l'on put désirer. L'évêque d'Orléans, Jaicnte, intime ami du duc de Choiscul et ministre, de la feuille des bénélices, fut instruit par le P. Caslan ,