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faire déposer Léonidas, son beau-père, et à se faire nommer roi à sa place. Il ne resta pas longtemps sur le trône. Agis sciant fait beaucoup d'ennemis, on fit revenir Léonidas, et Cléombrole, s'élant réfugié dans le temple de Neptune, ne dut la vie qu'aux pressantes sollicitations de Chilonis, son épouse, qui le suivit dans son exil. (Voy. Chilonis.) On ignore ce qu'il devint dans la suite. Il laissa un fils nommé Agésipolis. C — R.
CLEOMBHOTE, jpune homme d'Ambracie, ayant lu le Phcdon de Platon, lut si convaincu de l'immortalité de lame, que, ne se trouvant probablement pas bien dans cette vie. il se précipita dans la mer. Cette action, qui ne fait |>as l'éloge de son jugement, a été célébrée par Callimaqne dans une épi ^ ranime; Cicéron la mentionne aussi dans ses Tuscul. Quasi., et Ovide, in Ibin., v. 49.3 4. C— n.
CLhOMÈDES d'Astypalée, atfilète célèbre, était d'une force de corps extraordinaire. Disputant à Olympie le prix du pugilat, l'an 49i avant J.-C, à lecus d'Epidaure, il le tua; et comme le coup n'avait point été porté suivant les règles, il fut privé du prix et condamné a une amende de 4 talents. Le chagrin lui aliéna l'esprit, et, étant retourné a Aslypalec, il renversa une colonne qui supportait le faite d'une école où il y avait environ soixante enfants, qui furent tous tués par la chute de ce faite. Les Aslypalécns s'élant mis à sa poursuite à coups de pierres, il se réfugia dans un temple de Minerve, et, élant entré dans un coffre qu'il trouva ouvert, il en lira le couvercle sur lui, et le tint avec tant de force qu'on ne put jamais l'ouvrir. On prit le parti de le briser, mais on n'y trouva plus Cléomèdes, qui avait disparu sans qu'on sût ce qu'il était devenu. Les Asty paléens envoyèrent consulter l'oracle de Delphes, qui leur ordonna d'honorer Cléomèdes comme le dernier des héros. C— R.
CLEOMÈDE, écrivain gvec, dont on ne sait rien, sinon qu'il est auteur de l'ouvrage intitulé : Théorie cyclique des météores, c'est-à-dire : Théorie circulaire des astres. On soupçonne qu'il vivait quelques années avant l'ère chrétienne. Les preuves qu'on en donne, c'est que, dans son ouvrage, il cite Posidoniuselllipparque; que nulle part il ne fait mention de Ptoléméc, et que Pline parait l'avoir copie dans ce qu'il dit de la lune éclipsée à l'horizon en présence du soleil. Ce dernier argument n'est pas d'une grande force; car Pline rapporte le fait comme observé une fois, tandis que Cléoméde le nie formellement et le regarde comme un conte inventé pour embarrasser les astronomes. Kcppier a cru qu en s'exprimant ainsi, Cléoméde a voulu désigner Pline, et que, par conséquent, il est plus moderne que l'auteur de V Hulotte naturelle; mais rien n'est moins certain que celle application du passage de Cléoméde, qui ne nomme personne, et n'avait peut-être aucune connaissance de la langue latiue. Au reste, ce phénomène a été depuis observé et très-bien expliqué par les astronomes. Cléoméde lui-même, après l'avoir nié, veut aussi en rechercher la cause ; il croit qu'il n'est pas impossible que le soleil, quoique déjà couché, paraisse encore sur l'horizon, soit que son
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Image nous soit réfléchie par quelque mtajc, soi! par la même raison qui fait qu'on aperçoit au fond de IVau une bague qui serait invisible si l'on faisait écouler l'eau «lu vase. On voit que les idées de Cléoinécle n'étaient pas l>icn arrêtées, et qu'en reconnaissant la possibilité d'une réfraction horizontale, il est loin de la donner comme une chose certaine. Au reste, on n'en sera pas surpris, quand on songera que Ploléméc lui-mime parait avoir longtemps ignoré les chers de lu réu action, dont il ne dit pas un mot dans son Al ma geste, et dont il n'a parlé que dans son Optique. { Voy. Ptoi.éuée.) D'ailleurs Cléomèile n'était nullement astronome. U dit que l'écliptique coupe l'équateiir et les parallèles les plus voisins sous un angle presque droit, et cet angl-, de son temps même, était «le moins de vinit-quatre degrés. Il copie les auteurs qui avaient écrit avant lui. Il dit que le nombre des étoiles fixes est infini, que celui des planètes est inconnu ; ce qui est assez remarquable, car tous les astronomes paraissaient alors bien persuadés que les planètes étaient au nombre de sept. Il ajoute que le soit il, vu d'une étoile, paraîtrait lui-même comme une étoile; mais a coté de ces idées justes, on en trouve d'autres qui le sont moins. Sa physique était celle du temps. Il dit que la terre, malgré sa petitesse, suffit à la nourriture de tous les astres, parce qu'elle est d'une densité beaucoup plus considérable. Il suppose que le rayon de l'ombre que la lune traverse tlans les éclipses est exactement le double du rayon de la lune; ainsi il n'avait pas lu Hipparque, dont il ne rite que la mesure du diamètre du Soleil. Il lui donne cependant le plus grand des éloges, en l'appelant « létc sacrée « à qui seule il a été donné «le connaître la vérité. >» Il n'aimait ni Fpicure ni ses sectateurs , auxquels il reproche d'avoir cru que les astres s'allumaient chaque jour à l'orient, et s'éteignaient à l'occident. Il nous a laissé des détails souvent ei lés sur les méthodes d'hratosthéne et de Posidonius, pour mesurer la grandeur de la terre ; niais son récit même prouve qu'il était peu familiarisé avec les méthodes et les instruments astronomiques. Il dit positivement qu'Kratosthéne, pour déterminer l'arc céleste entre les parallèles d'Alexandrie et de Syène, s'est servi du tcaphé, petit instrument de gnon-unique dont jamais astronome n'a i-.t usage pour des opérations un peu importantes, et qui n'est pas même nommé par Ptoléméc. Il avait sur la vision le système qu'on trouve exposé dans ['Optique d'Kuehde; il suppose qu'il M)U do l'«ril «les rayons divergents qui vont saisir les objets, et qui s'infléchissent en passant «le l'air danS l'eau, et c'est ainsi qu'il explique le phénomène de la bague vue au fond d'un vase rempli d'eau. Malgré celle mauvaise physique, son ouvrage est curieux , parce qu'il est un tableau de l'état de la science à cette époque, non pas précisément chez les savanls, mais chez les gens instruits et chez les littérateurs, ce qui ot (ort différent. II le termine en déclarant «pie son livre ne contient pas ses propres opinions, mais celles «ju'il a recueillies «le divers ouvrages, et surtout de ceux «le Posidonius. La Théorie cyclique n'est guère qu'un traité de cosmographie.
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Quand Cléoméde a bien entendu ce qu'il copiait, il est clair et précis ; quand il comprenait moins bien, il a été obscur et entortillé. Quelquefois il n'est pas bien d'accord avec lui-même ; ce défaut est assez commun chez les compilateurs. Selon Weidler, la première édition de Cléoméde parut à Baie en 1533, avec la traduction latine de Valle, mais elle n'est point mentionnée dans la Bibliographie de Lalande, qui en indique une toute grecque, Paris, 1.">39, in-4", et une autre de Venise, 1498, in-fol., toute latine, dans un recueil contenant le traité de f Astrolabe par Nicéphore, et autres ouvrages du même genre traduits par G. Valle. Celui de Cléoméde y est intitulé : de Afundo, sire circularis inspectants meteororum libri duo. Cléoméde fut réimprimé à Baie, en 1517, avec la Sphère de Proclus, les Phénomènes d'Aialus, la Description de l'univers habitable, par Denis l'AMeain, et les notes «le Céporinus sur ce dernier ouvrage. Nous avons des mêmes ouvrages réunis une édition d'Anvers. 1553 et 1551. Il y en a encore une de R;ile, 1585. Mais l'édition que Weidler donne comme la plus correcte est celle qui porte ce titre : Cleomedis Meteora, gr.-lat., a Roberto Balforeo lat. versa et commenlario illuslrata, Bordeaux, 1605, in 4% fîg. D— L — B.
CLEO MÈNES I", flrs d'Anaxandrides, de la branche aînée des rois de Sparte, monta sur le trône vers l'an 519 avant J.-C. Dans les eommencemr nts de son régne, il entreprit une expédition contre les Argiens. entra dans leur pays par mer, et les défit auprès de Tiryntlie. Ceux qui échappèrent se réfugièrent dans un bois consacré a Argus. Oéomenes, n'osant pas y entrer, les taisait appeler successivement par un héraut qui leur criait, en les nommant, que leur rançon était arrivée; et à mesure qu'ils sortaient, il les UÎSBÎ1 massacrer. Il en avait déjà fait périr environ cinquante de cette manière, lorsque les autres s'en étant aperçus ne voulurent plus sortir; alors il fit mettre le feu au bois, et ils y périrent tous. Il marcha sur-le-champ vers Argtw, espérant prendre cette ville sans défense; mais Telésille, non moins célèbre par son courage que par son talent poétique, ayant confié la garde des murs aux vieillards, aux enfants et aux esclaves, fit prendre aux femmes qui étaient dans la i .roc de l'âge les armes consacrées dans les temples, les rangea en bataille, et alla au-devant des Larédémoniens. Cléoménes, considérant qu'une victoire remportée sur des femmes serait peu glorieuse, et qu'une défaite serait une tacl.c ineffaçable, prit le prti de se retirer. H fut ensuite chargé par les Spartiates de chasser d'Athènes les fils de Pisistrate et de rendre la liberté aux Athéniens, et cette expédition fut couronnée du succès. Quelipie temps après, voulant favoriser Isagoras, il lit chasser d'Athènes Clisthènes et un grand nombre d'aulres citoyens; il aida même Isagoras à s'emparer de la citadelle : mais les Athéniens l'ayant bloque sur-le-champ, il lut obligé de capituler. De retour à Sparte, il «lécida les Lacédémonicns à déclarer la guerre aux Athéniens; ce qu'ils firent d'autant plus volontiers que, voyant l'accroissement de la puissaucc «le ce peuple, et connaissant son carac-
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1ère remuant, ils pensaient, et peut-être avec raison, qu'il était important pour la sûreté de la G a ce qu'ils fussent soumis au gouvernement monarchique. Ils firent donc revenir les l'isislralides, et envoyèrent les deux rois avec une armée considérable pour les rétablir sur le trône ; mais les alliés, dès qu'ils surent qu'il a'agissait de replacer des tyrans à Alignes, se retirèrent. Déinarate, roi de l'autre branche, en fit de même, et emmena une partie de l'armée lacédémonienn«. Cléomènes alors, se voyant trop faible pour entreprendre quelque chose, fut obligé de retourner à Sparte, L'Ionie sciant soulevée contre Darius, l'an 503 avant J.-C, Aristagoras vint à Lacédéinonc pour tacher d'obtenir des secours, cl il lit tout ce qu'il put pour séduire Cléomènes; mais il n'y réussit pat. Les Ioniens étant soumis, Darius envoya des hérauts chez tous les peuples grecs demander la terre et l'eau. Beaucoup d'insulaires rendirent cet hommage, et de ce nombre lurent le* Eginètes. Les Athéniens s étant portés leurs accusateurs, les Lncédéuionicns envoyèrent Cléomènes à Egine pour punir ceux qui avaient dirigé le peuple en celte occasion : mais les principaux Kginètes s'y étant Opposas, Démarate prit leur parti , et fil rappeler tlcoiuénes, dont il était jaloux. Ce dernier, pour s'en venger, engagea LcolycbJdea à disputer lu trône à Démarate, sous prétexte qu'il n'était pas hls d'Aï iston. Comme celte asserlion paraissait avoir quelque fondement, les Laccdemonicns envoyèrent consulter l'oracle de Delphes, et la Pylhic, séduite d'avance par Ciéoiuenes, répondit conformément à ses vues. Démarate lut donc delroué, et Léotychidcs devint roi à sa place. 11 suivit Cléomènes à Egine, et les deux rois, de concert, lirent arrêter dix des principaux, qu'ils envoyèrent prisonniers à Athènes. Les machinations de Clcoméues contre Démarate étant venues dans la suite à la connaissance des Lacedémonieus, il ne voulut pas s'exposer à leur colère, et s'enfuit dans la Thcssalie. Il revint peu après dans l'Arcadic, où il chercha à exciter un soulèvement contre les Larédémoniens, qui, craignant stiii esprit remuant, le rappelèrent. Il fut à peine de retour, que sa tète, qui n'avait jamais été bien saine, se dérangea tout à fait, et ses parents le m rat enchaîner; mais étant parvenu à se procurer un couteau, il se dëcou|>a lotit le corps, et Unit par se tuer, l'an 460 avant J.-C. 11 ne laissa point d'enfants. (Voy. Hérodote, I. h.) ■ C — B.
CLEOMENES il, hls de Cléombrotc , de la branche aînée des rois de Sparte , monta sur le trône après lu mort d'Agésipolis, son frère al né, l'an 3" I avant J.-C. Sparte était alors sur son déclin, et il n'avait \xa les talents nécessaires pour lui rendre sa splendeur. Il régna 00 ans et 10 mois, sans avoir rien fait par lui-même qui parût digne d'être transmis à la postérité. Il mourut l'an 301) avant J.-C. , et eut pour successeur Aréns, son petit-fils. {Voy. Diodore, I. 15; Pausanias, I. 3.) C — h.
CLÉOMÈNES 111, lils de l.eonidas, de la branche aiuée des rois de Spirle, était encore fort jeune lorsque son père lui lit épouser Agiatis, liile de Cylippe et veuve d'Agi* IV. Quoique contrainte à
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ce mariage , Agiatis s'attacha iMcnlùt â Cléomènes, et lui (tarlait souvent des projets d'Agis pour la réforme de la république. Cléomènes, monte sur le troue l'an 230 avant J.-C., lit d'abord la guerre aux Acltécns, dont la ligue donnait beaucoup d'ombrage aux Laccdémoniens. Il leur prit Alhéiiaeum et Méthydrium, et, étant aile ravager l'Argolide, il revint sans <pic les Achéens tussent ose (attaquer, quoiqu'il* eussent 20,000 hommes dans l'Arcadic et qu'il n'en eût que MM. Il alla ensuite au secoure des Elcens , délit , vers le mont Lycée , l'armée achécuuc commandée par Aralus, et .'empara bientôt après de Alantiiicc , où il mit garnison. A son retour à Sparte, il empoisonna Eurychdas, lilsd'Agii et roi de l'autre branche, qui était encore enfant. Il se réconcilia ensuite, en apparence, avec Archidamus, frère d'Agis, qui s'était rélugié a Mes.*nc, et, I ayant décidé à revenir à Sparte prendre la couronne, il alla au-devant de lui, et le tua de sa propre main, l'iularque, qui veut faire de Ccomèiies un héros, ne dit rien du premier de ces meurtres, et cherche à excuser le second, «n le rejetant sur les ephorcs. Cléomènes entreprit bientôt une nouvelle expédition contre les Achéens, et remporta sur eux, auprès de Mégalopolis, une victoire éclatante, où ils perdirent Lydiadas , un de leurs chcls. Se croyant alors assez puissant pour exécuter ses projets, il retourna à Sparte, et, ayant pris avec lui ceux dont il craignait l'opposition, il alla s'emparer d'IJenea et Alsara, villes de la confédération achéenne. Il chercha ensuite a les fatiguer par différentes marches et contre-marches, ce qui lui réussit si bien, qu'arrivés «levant Mantinee, ils le prièreiil de les laisser se reposer. Il y consentit, et retourna a Sparte avec les troupes étrangères, aux chefs desquelles il communiqua son projet. Aux approches de la ville, il envoya Euclidas, son frère, dire aux éphores qu'il avait quelque chose à leur communiquer ; il le lit suivre de prés par des troupes que commandaient ses amis intimes, et il les lit tous égorger, à l'exception d'Agcsilas. Ayant fait enlever leur» sièges le lendemain, il assembla le peuple, et excusa son action en faisant voir que les épliorcs avaient souvent abusé de leur autorité. Il détruisit aussi le sénat , et établit, pour le remplacer, des magistrats nommés patronomes ; enfin il exila quatre-vingts des principaux citoyens, en leur promettant de les rappeler aussitôt que les circonstances le permettraient. Il procéda alors à un nouveau partage des terres; et comme les Spartiates étaient réduits à un trés-petit nombre, il admit parmi eux ceux des habitants des pays voisins qui méritaient le mieux celte distinction, et associa Euclidas , son frère , au trône , pour qu'il y eût deux rois, comme par le passé. Les Achéens croyant qu'il n'oserait pas sortir de la Laconic dans un moment aussi critique et se tenant peu sur leurs gardes, il alla ravager le pays de JMegalopolis; et les Mantinéens, dont la ville avait été reprise par Aratus, égorgèrent la garnison achéenne, et se rangèrent du côté des Lacedémonieus. Cléomènes se porta ensuite dans l'Achaîe , et remporta vers Dymé une victoire complète sur les Aclicens. Aratus , voyant alors que
les foires de la confédération achéennc ne pouvaient pas lutter contre une armée composée de troupes animées toutes d'un même esprit, et commandées par un chef qui joignait l'autorité la plus absolue à l'expérience et a la bravoure , se vit obligé d'avoir recours à Antigone , roi de Macédoine. Tandis qu'il négociait avec lui, Cléomènes s'empara de Captives, Pelléne, Phénée, Argot, Plilionte, Cléone, Epidaure, Trézénc, Hermione; enfin, de Corinlhe, ou plutôt ces villes se rendirent volontairement à lui. 11 alla ensuite assiéger Sicyone, pour se venger de ce qu'Aratus n'avait pas vendu lui livrer l'Acrocorinthe , et il se croyait déjà maître de tout le Pëloponèse , lorsque, apprenant qu'Anligone approchait, il se rendit vers l'isthme pour l'arrêter au passage ; mais , les Argiens s'étant de nouveau réunis aux Achéens , il craignit de se voir couper dans sa retraite, et se mit en route pour retourner à Sparte. Il fit, en passant, une tentative pour reprendre Argos, cl, ayant été repoussé avec perte , il ramena son armée dans la Laconie. Antigone, ayant repris Tégée, Orchoniéne, Mantinée , et quelques autres villes , se rendit à JEgilun aux approches de l'hiver, et renvoya les Macédoniens dans leur pays, pour qu'ils revinssent au printemps. Cléomènes en étant instruit, et voyant que les Mégalopolilains se tenaient assez mal sur leurs gardes , s'introduisit de nuit dans leur ville à l'aide de quelques exilés mosséniens; et, comme il avait des forces considérables, les Mégalopolitains prirent le parti de la retraite, et se rendirent à Messe ne avec leurs femmes, leurs enfants et même leurs esclaves, de sorte que la ville resta presque déserte. (Voy. Philopoeue.v ) Cléomènes, qui voulait les gagner à son parti , leur fit proposer de leur rendre la ville s'ils voulaient renoncer à l'alliance des Achéens ; sur leur refus, il la rasa entièrement. 11 alla aussi ravager I Argolide, dans l'espérance que, fatigué par les plaintes des hahitants, Antigone en viendrait aux mains avec lui , sans attendre que toutes ses troupes fussent arrivées; mais ce prince, lidèle à son système , ne se mit en mouvement qu'au printemps, et lorsque toute son armée fut réunie. Cléomènes, prévoyant qu'il chercherait à pénétrer dans la Laeonie par Sellasie , se posta d'une manière si avantageuse , qu'Aniigone n'osa pas foirer le passage. Après s'éire observés mutuellement pendant plusieurs jours , ces deux généraux convinrent d'en venir a une baiailie décisive. Cléomènes, quoiqu'un peu inférieur en foires, fit ses dispositions en grand capitaine, et balança la fortune pendant assez longtemps; mais, à la lin, la phalange macédonienne foira les Lacéclemoniens dans leurs retranchements, et dés lors tout le re>ie de l'armée prit la fuite, on ' fut taillé en pièces. Kuclidas périt dans le combat. Cléomènes , étant retourné à Sparte avec quelques cavaliers, conseilla aux Lacédémoniens de se soumettre au vainqueur, et s'embarqua pour l'Egj pic avec ses amis, Tan 2*23 avant J.-C. Plolémée Êvergètes vivait encore, et Cléomènes espérait en obtenir des secours pour rétablir ses affaires ; mais ce prince étant mort peu «le temps après , Ftolémée Philopalor. 'or. (ils, qui lui succéda, abandonna absolument
les soins du gouvernement à Sosibius. Bientôt , redoutant l'influence que Magas , son frère , et Bérénice, sa mère, avaient sur l'armée, il voulut s'en défaire. Sosibius, qu'il en avait chargé, craignant une révolte de l'armée, fit part de ce projet à Cléomènes, en lui témoignant ses inquiétudes , et Cléomènes le rassura en disant : « Il y a dans celte armée 3,000 « Grecs du Péloponése et 1,000 Crétois tous prêts à « m'obéir au premier signal , et le reste de l'armée ■ n'est pas à craindre. » Ce discours revint à la pensée de Sosibius lorsque Cléomènes renouvela ses instances et demanda des secours pour passer dans le Péloponése ; il crut qu'il serait dangereux de confier une escadre et des troupes à un homme qui connaissait si bien la faiblesse du gouvernement égyptien, et dont la présence seule lui paraissait inquiétante pour la sûreté du pays. Il lui refusa donc sa demandt , et n'attendait que l'occasion de s'en défaire, lorsqu'un certain Nicagoras, Messénien, ami d'Archidamus, que Cléomènes avait tué, arriva en Egypte avec des chevaux à vendre ; Cléomènes lui ayant dit qu'il aurait mieux fait d'amener des esclaves prostitués de l'un et de l'autre sexe , la seule chose dont le roi fit quelque cas , Nicagoras reporta ce propos à Sosibius, qui, voyant sa haine pour Cléomènes, le décida a écrire une lettre contre lui. Effectivement , Mcagoras, en mettant à la voile, écrivit a Sosibius que Cléomènes était décidé à exciter un soulèvement contre le roi , si on ne lui fournissait pas les moyens de retourner dans le Péloponése, et Sosibius, saisissant ce prétexte, fit enfermer Cléomènes dans une maison assez vaste autour de laquelle on plaça des gardes. Cléomènes, lurieux de se voir traiter ainsi, résolut de tout risquer pour recouvrer sa liberté. Plolémée étant allé faire un voyage à Canope, il répandit le bruit qu'il s'était réconcilié avec le roi qui allait le délivrer, et , a l'occasion de cette bonne nouvelle , il distribua du vin et de la viande à ses gardes. Lorsqu'il les vit ivres, il sortit avec ses amis et ses esclaves, tous armés de poignards; sciant rendus sur la place publique , ils saisirent Plolémée, gouverneur de h ville, et invitèrent le peuple à se révolter. Personne ne s'étant joint à eux, ils se portèrent à la citadelle pour en briser les portes et mettre les prisonniers en liberté; mais ceux qui y commandaient, ayant été avertis de leur projet, se tinrent sur leurs gardes : de sorte que Cléomènes et ses compagnons, se voyant destitués de tout secours, prirent le parti de se tuer les uns les autres. Plutarque dit que Plolémée lit écorcher son corps et le lit exposer sur un gibet, et lit tuer sa mère, ses enfants et toutes les femmes de leur suite. Cléomènes mourut l'an 221 avant J.-C. Il fut extrêmement regretté parles Spartiates, qui avaient toujours espéré qu'il rétablirait leur ancienne domination. 1) avait effectivement de très-grandes qualités, comme il le prouva par la révolution qu'il opéra a Sparte. Aux talents militaires, il joignait des vertus sociales , et la simplicité de ses manières le faisait chérir de tous ceux qui l'approchaient; mais on ne peut pas lui pardonner les meurtres dont il se souilla, et la part qu'il prit aux crimes de Ptolemée
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Philopator. Sa vie a été écrite par Plutarquc , qu'il faut comparer avec Polybe pour le reciilier, ainsi que nous l'avons fail dans cet article. ( Voy. aussi Justin, .1.25.) C-R.
CLEOMENES, sculpteur grec et athénien, serait presque inconnu, si son nom ne nous était parvenu, gravé sur un ouvrage immortel, la Vénus Médicis. Pline cite Cléomenès comme l'auteur des statues appelées Thetpiadei : c'étaient les Muses, auxquelles on avait donné ce nom , soit parce qu'elles étaient vêtues à la manière des femmes de Thcspies , soit plutôt parce que leurs statues, exécutées par Cléomenès , venaient de cette ville , bâtie sur la pente du mont llélicon, et où les Muses étaient honorées d'un culte particulier. On croit qu'elles furent au nombre des chels-d'œuvre enlevés de lu Grèce par le consul Mummius;ct Pline cite les Thespiadts parmi les plus belles statues qui décoraient à Hume le temple de la Félicité, où l'une d'elles inspira, d'après le témoignage de Varron, une passion violente à un chevalier romain nommé Juuius Pisciculus. Ce temple, qui était regardé comme un monument de Sylla, ayant é é détruit pendant les guerres civiles, les 'J hespiades lurent transportées, comme on voit par un passage de Pline, dans les monuments d'Asinius Pollion. Visconli a ét lai ici ce j»oiiit de l'histoire de l'art en attribuant à Cléomenès, sur des preuves irréfragables , les Tltespiadei du temple de la Félicité , dans une note critique qui, en 1802, fut insérée dans la Décade philosophique. Le plus beau titre de gloire de Clcomcnès , s'il n'était pas contesté, c'est d'avoir produit la Vénus Médicis, cette ligure enchanteresse, type éternel des grâces et de la beauté. Sur sa base , on lit cette inscription grecque , dont l'orthographe est vicieuse :
KAF.OMENHS ÀnOAAOWOT,
ÂenNÂios EnniniEN ;
c'est-à-dire : « Cléomenès, fils d'Apollodore, Athé- « nien, l'a fait. » Mais il est évident : i° que le morceau du socle sur lequel se trouve l'inscription est rapporté ; 2° que quelques-unes des lettres sont maladroitement imitées des anciens caractères grecs. D'après ces remarques , les antiquaires et les critiques s'étaient accordes à ne point regarder cette inscription comme antique, et son origine, comme celle de la statue , n'en était devenue que plus obscure. La Vénus Médicis, avant d'être portée à Florence, décorait a Rome la Villa-Médicis ; en remontant plus haut , on a moins de certitude sur le sort de celte statue. Suivant Bianchini etGori.elle aurait été trouvée dans les jardins de Néron ; Joseph Bianchi assure qu'elle fut découverte a Tivoli dans les ruines de la villa Adriana. Quoi qu'il en soit, l'inscription paraissant arrangée par une main moderne, on ne regarda plus le nom de Cléomenès que comme le résultat de quelques ruses mercantiles, et l'on prétendit reconnaître, dans la Vénus Médicis, tantôt celle de Phidias , qui du temps de Pline décorait les portiques d'Octavie, tantôt celle de Praxitèle, cette fameuse Vénus de Gnide, qui , suivant la description qu'en a donnée Lucien , était absolu-
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ment posée comme la Ténus Médicis; enfin on l'attribua aussi à Scopas. Visconti, avec sa sagacité ordinaire , par une opinion qui semble incontestable , a rendu à Cléomenès l'Itonneur d'avoir fait ce chefd'œuvre. 11 a fort bien remarqué que, si l'on eût falsilié l'inscription pour donner du prix à la statue, on n'eût pas choisi un artiste sur lequel , excepté l'Iine, tous les écrivains de l'antiquité ont gardé le silence, et il a conclu, avec beaucoup de probabilité, que l'inscription originale , qui portait le nom de Cléomenès, ayant été endommagée dans la fouille, ou lors du transport de la statue, on l'aura rétablie ou restaurée telle qu'on l'avait trouvée , au moins pour le sens. La maladresse et l'ignorance avec lesquelles cette inscription a été refaite ne permeltcnt guère d'en tirer des conséquences pour connaître l'époque à laquelle vivait Cléomenès. Caraffe , dans la livraison de la collection du Musée Napoléon (par Filhol), conjecture qu'il était fils d'Apollodore, célèbre peintre athéuieu ; dès lors il aurait vécu vers la 100* olympiade (380 ans avant J -C); mais le caractère de la sculpture et le fini du travail ne laissent pas la faculté de remonter à une époque aussi éloignée. Visconti pense que Cléomenès florissait peu de temps avant la destruction de Corinthe, vers la i .".if olympiade , 480 ans avant J.-C. , et qu'il était le père d'un autre Cléomenès, dont le nom se lit sur l'ecaillc de la tortue qui accompagne la statue antique dite, mal à propos, de Germanieu». Celte dernière inscription, indubitablement antique, est ainsi conçue : «. Cléomenès, fils de Cléomenès, Athénien, « l'a lait. » On lit encore le nom de Cléomenès sur quelques morceaux antiques qui se trouvent maintenant en Angleterre, et parmi lesquels se voit une muse qui pourrait être une de ces fameuses Thtspiades. % L— S — E.
CLÉOMENÈS était un des Grecs, et probablement un des Macédoniens qui suivirent Alexandre dans son ex|iédilion. Lorsque ce conquérant voulut fonder Alexandrie, non loin de l'embouchure canopique du Nil, il chargea de l'exécution de ce projet Cléoménes, qu'il avait préposé à la perception des revenus de l'Egypte et de l'Afrique. C'est à tort qu'on l a confondu avec l'architecte d'Alexandrie. ( Voy. Dinocixates.) Cléoménes se fit abhorrer dans son administration ; il tourmentait par des exactions continuelles les peuples confiés à sa surveillance. Alexandre, suivant Arricn , lui avait promis le pardon et l'impunité de ses crimes, s'il faisait construire de beaux temples et des monuments consacrés à la mémoire d'Ephcstion; mais Ptolémée, fils de Lagus, qui obtint, après la mort du conquérant, le sceptre de l'Egypte, fit mettre à mort Cléoménes, qu'il regardait comme un homme entièrement dévoué a Pcrdiccas. V— I.
CLEON, fils de Cléa?nétus , Athénien, corroyeur de profession , se trouvant doué de quelque facilité à parler et de beaucoup d'impudence, se crut fait pour jouer un rôle dans la république. 11 commença par attaquer Pcriclès, qu'il fil condamner a une I amende ; mais le pcnple n'en continua pas moins à I se diriger par les conseils de ce grand homme,
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et ce fut seulement après sa mort que Cléon put acquérir quelque influence. Il en abusa d'une manière bien cruelle, l'an 427 avant J.-C, en obtenant, après la prise de Mylilêtic, un décret pour faire égorger tous les habitants de cette ville en Jgc de |>orlcr les armes, et vendre les femmes et les enfants comme esclaves. Les Athénien sentirent heureusement l'atrocité de ce décret, et le révoquèrent à temps, malgré les vociférations de Cléon. Ils continuèrent cependant :'t se laisser diriger par lui, et il devint le chet du parti populaire contre celui des grands, à la tète duquel était Vicias, homme recommandable par sa probité, mais trop faible et trop timide pour pouvoir lutter contre un adversaire aussi audacieux. Du événement qui semblait devoir perdre Cléon augmenta encore son insolence. Un corps de La'édcmoniens, dans lequel se trouvaient plusieurs Spartiates, étant bloqué dans l'Ile de Spliartci ie. sans qu'on put lui donner »!c secours, les Laeédémoniens envoyèrent des ambassadeurs a Athènes pour demander la paix ; mais Cléon porta les prétentions des Athénien» si haut et fit naître tant de difficultés, que les négociations furent rompues. On continua donc le blottis de Spbactérie; mais malgré la surveillance des assiégeants, des ilotes nageant t titre deux eaux trouvaient le moyen de porter des \ ivres aux Spartiates, et les Athéniens, bloqués eux-mêmes par terre dans Pylos, souffraient beaucoup. Le peuple athénien voyant l'hiver approcher, saison où le blocus serait presque impossible, murmurait hautement contre Cléon de ce tjn'il avait empêché de faire la paix. Il prétendit que ceux qui venaient de Pytos ne faisaient pas des rapports exacts, et que les Spartiates ne pouvaient pas tarder à se rendre. Le peuple voulut t'y envoyer pour examiner par lui-même ; mais il refusa rtttc mission, et dit qu'au lieu de perdre ainsi un temps précieux, il fallait y envoyer un général habde, kl «pie Nicias, avec quelques troiq»es, et qu'il ne doutait pas du succès. Il ajouta que lui-même, quoique peu expérimenté, se faisait fort de s'emparer dans peu de temps de l'Ile et de ceux qui y étaient renfermés. Il ne s'attendait pas à être pris au mot: mais iSi.'ias, s'élant levé, dit que, puisque la ehose lui paraissait si facile, il lui cédait le commandement, et le peuple , nui n'était pas fâché de voir sa actanec punit, appuya la proposition de Nicins, dans l'cspéivace «pic Cléon échouerait dans cette entreprise. Il fut donc obligé d'accepter , et , ayant pris avec lui Itomosthênc , dont il connaissait le génie actif et entreprenant, il partit pour Pylos avec quelques troupes. Les Athéniens n'avaient pas encore ose débarquer dans l'Ile |K>ur attaquer les Spartiates ; ce fui la première chose que lit Déniostliéne, et les ayant accablés de traits, il les fores» à se rendre prisonniers. Cléon ne manqua pas de s'attribuer tout l'honneur do celte action, et se crut dès lors un fri and général. En conséquence il se fit donner quelque temps après ( l'an 4 23 avant J.-C.) le commandement des troupes «pie les Athéniens envoyèrent dans la Chalcidique de Thrace pour laire la guerre a Itrasidas, général lacedémonien. 1! eut d'abord q.icl-
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ques succès ; mais ayant appris que Rrasîdas était vers Amphipolis, il eut la témérité d'aller le chercher, fut complètement battu, et perdit la vie dans le combat. La victoire coûta cependant cher aux Lacédémoniens; car Urasidas, leur général , fut aussi tué. Telle fut la fin de ce démagogue célèbre, qui avait sans doute quelques talents, mais qui en fit un usage bien Liai à sa patrie, en éloignant par ses calomnies les gens honnêtes du gouvernement. On a «le la peine û concevoir comment il put prendre de l'ascendant sur les Athéniens qui ne l'estimaient point. Ils connaissaient en effet ses concussions; car ils le laissèrent condamner par les chevaliers à nue amende de 5 talents, pour s'être laissé gagner par les présents de quelques îles, et avoir fait diminuer leurs contrib uions. Ils virent aussi avec plaisir le poète Aristophane le poursuivre à outrance et le livrer au ridicule dans plusieurs de ses comédies. Cléon, «le son coté, ne se j-'énail point avec le peuple. L'ayant convo<|ué pour lui faire une proposition très* importante, il se fit attendre longtemps, et, étant arrivé a la fin couronne de fleurs, il pria de remettre rassemblée à un autre jour, parce qu'il avait offert un sacrifice et avait ses amis à dîner. Les Athéniens se contentèrent de rire, et se séparèrent sans murmurer. Son influence était donc unitfucmcnt fomice sur cette basse jalousie dont le peuple d'Athènes était animé contre tous ceux qui se faisaient distinguer par leur naissance, leurs richesses ou leurs talents II n'y avait «pie des gens méprisables qui pussent se charger du rôle de les tourmenter, et dès «pi'il s'en présentait, les Athéniens ne manquaient par de les accueillir avec empressement. Cléon, d'ailleurs, avait porté le salaire des juges a 5 oboles, au lieu de i, ce qui lui avait lait beaucoup «le partisans, les fonctions judiciaires étant abandonnées a la dernière classe du peuple. Il laissa un lils nommé Cléomédon, dont il est question dans le plaidoyer de Démostliéne |>our llrrolus. Thucydide traite Cléon avec sévérité ; mais cet historien était du parti opposé à celui de ce démagogue, qui parait avoir beaucoup contribué a son exil. C — il
CI KON, sculpteur grec, né à Sicyone, fut élève d'Antiphane d'Argot, dont Pausanias rite plusieurs ouvrages remarquables , et qui s'était formé par les leçons de Périclète, l'un des disciples de Polyclè'e. Cleon florissait dans la 98* olympiade (588 ans avant J.-C). Ce lut à cette époque qu'il fit pour les Éléens deux des six statues de Jupiter, en bronze, «pie l'on éleva aux dépens des premiers athlètes qui introduisirent la fraude dans les jeux olympiques, en corrompant leurs adversaires à prix d'argent. Sur l'UnC de ces statues on lisait une inscription qui avertissait que les palmes olympiques étaient le prix de I» force et de la légèreté des pieds ; cl sur l'autre, une inscription semblable menaçait de la vengeance de Jupiter les athlètes qui oseraient violer les lois des jeux. On voyait encore à lîlis, de la main du même artiste, les statues de plusieurs (îrecs couronnés dans ces jeux , et une Vénus d'airain , ayant à ses picils un enfant «ie brome «loré ; l'enfant était de Itoélbus de Cartilage, qui fut encore très-habile ciseleur.
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Plîne parle «l'une statue iVAdmète comme du cliefd'oeuvre de Cléou. Il excellait aussi à représenter les vieillards et les philosophes. L - S — E.
CLEONICE. Voyez Paisanias, roi de Sparte.
CLEONYME, second fils de Clcomèncs 11, roi de Sparte, voulut, après la mort de son père, l'an 509 avant J.-C., disputer le troue à Ai eus ; niais ses prétentions furent rejetées par le séual. Quelques années après, les Tarentins, étant en guerre avec les Lucaniens et les Romains, le demandèrent pour général aux Lacédemonieus, qui le leur accordèrent. Il passa donc en Italie avec 5,000 hommes qu'il avait rassembles dans le Pélopouèse, elles Grecs de l'Italie s'élant pour la plupart réunis à lui, il se trouva bientôt à la tète de foi-ces considérables. Les Lucaniens effrayés demandèrent la paix , et il la leur accorda; mais au lieu de profiter de ses avantages pour pousser avec vigueur la guerre contre les Komains, il ne songea qu'à asservir les peuples qui l'avaient appelé a leur secours. Ayant quitte le vêtement •partiale pour prendre la pourpre, il «abandonna au luxe et à la débauche, et se conduisit comme un lyran. Cassandre et Démetrius Poliorcète* se disputaient alors l'empire de la Grèce ; Cléonyme éleva aussi ses prétentions jusque-là, el s'ciiquira de l'ile de Coiryre , qui devait lui servir de place d'armes pour cette guerre. Ayant appris que les Tarentins «t les autres peuples de la grande Grèce avaient profite de son absence pour secouer le joug, il retourna en Italie, l'an 503 avant J.-C. Il prit d'abord Thorium, ville alliée desbomains; mais, ayant été défait par le consul iEmilius, il se rembarqua. Parvenu au fond du golfe Adriatique, il envoya par la Dre ma quelques troupes sur des bateaux, pour piller l'intérieur du pays; elles furent taillées en pièces par les habitants île Padoue et des euvirons, qui vinrent l'attaquer ensuite et détruisirent une grande partie de son escadre. Il ne parvint pas sans peine à s'échapper, et, ne pouvant plusse maintenir a Corcyra, il retourna dans la Laconie. On l'envoya, quelque temps après, au secours des Thébains, qui venaient de se révolter contie Démétrius. Il entra dans leur ville avec sou armée; mais, ayant appris que Démétrius approchait, il n'osa pas l'attendre, el emmena ses troupes. Parvenu à un âge très-avancé, il épousa Chélidonis, jeune princesse du sang royal, qui l'abandonna bientôt pour le jeune Acrotatus, fils d'Aréus. Il en conçut une telle jalousie, que, ne pouvant se venger autrement , il alla trouver Pyrrhus, roi d'Épire, et lui proposa la conquête de la Laconie. Le prince adopta ce projet avec empressement, et s'avança vers Sparte, qu'il fut sur le point de prendre ; mais, ayant été arrêté par la nuit, il éprouva le lendemaiu une telle résistance qu'il fut obligé de se retirer. Cette résistance fut surtout dirigée par Acrotatus, qu'animait le danger de Chélidonis. Cette femme, craignant de tomber dans les mains de son époux, était décidée à s'étrangler ai la ville était prise. On ignore ce que devint Cléonyme : on sait seulement que Léoniiias, son bis, fut dans la suite roi de Sparte. C— R.
CLÉOPATRE, nièce d'Attale, l'un des princi-
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paux Macédoniens, inspira de l'amour à Philippe ,
roi de Macédoine, qui l'épousa, quoique déjà marié à Olympia et à plusieurs autres femmes. Ce mariage occasionna beaucoup de troubles dans sa famille. Olympia» , offensée de l'insolence de cette nouvelle épouse et de celle de son oncle , se retira en Epire , et Alexandre quitta également la cour de son père. Après la mort de Philippe, Attale fit quelques tentatives pour faire donner le tronc au lils que ce prince avait eu de Cléop;ltre, mais il ne réussit pas, et Alexandre, ayant découvert ses intrigues, le fit mourir. Olympias, pendant qu'Alexandre était en Asie, fit périr Cléopàlre et son lils de la manière la plus cruelle; elle lit, en effet, briller rclui-ci en présence de sa mère, qu'elle força ensuite à s'étrangler. ( Voy. biodore, L 17 ; Justin, I. 10 ; Plularq., in Philip. ) C— u.
CLÉOPATRE , fille de Philippe, roi de Macédoine, et d'Olympias, épousa, l'an 537 avant J.-C, Alexandre, roi d'Epire, son oncle maternel, et Philippe lut assassiné durant les fêtes qui- suivirent ce mariage. Son époux ayant été tué en Italie, elle passa en Asie pour se rendre vers son frère. Après sa mort, elle resta à Sardes, où elle jouissait d'une grande considération , et elle vit les principaux généraux d'Alexandre solliciter l'honneur de devenir son époux, dans l'espérance d'acquérir par ce mariage des droits au troue, auquel ils prétendaient tous. Elle paraissait disposée à préférer Perdiccas. Ce gênerai ayant été tué en Egypte, Eumène s'appuya du crédit de Cléopâlre pour contenir dans le devoir l'armée dont Perdiccas lui avait confie le commandement. Anligone, ayant appris qu'elle voulait passer en Egypte pour épouser Ptolémée, fils de tagus , la fil assassiner par quelques-unes de ses femmes, dans la crainte que ce mariage ne rendit Ptolémée trop puissant. U fit ensuite mourir celles qui avaient trempé dans cet assassinat, pour qu'on ne crût pas qu'il y avait donne les mains, cl fit faire des funérailles magnifiques à Cléopàtre. Elle mourut l'an 508 avant J.-C. ( Voy. Justin, L 10; biodore, I. 17 el 18. ) C— n.
CLÉOPATRE, fille d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, n'était pas encore nubile lorsqu'elle fut promise au jeune Ptolémee Epiplianes, qui régnait eu Egypte sous la tutelle des Humains. Le roi de Syrie n'avait recherché cette alliance qu'alin d'avoir dans la suite un prétexte pour s'emparer du trône d'Egypte; mais Cléopàtre, loin de seconder les vues ambitieuses de son père, resta constamment attachée à son devoir et aux intérêts de son époux. Chargée, après la mort d'Epiphanes, de la tutelle de Philométor, son fils, elle gouverna le royaume avec autant d'équité que de prudence, el mourut regrettée des Egyptiens, dont elle avait mérité l'affection. Il parait que c'est depuis celte reine que la plupart des princesses d'Egypte ont porté le nom de Cléopàtre, comme les princes portaient celui de Ptolémée, cl, dans ce cas, ce serait une preuve de vénération pour sa mémoire. Pourquoi les autres Cléopàtre ne furent-elles pas héritières de ses vertus comme de son nom 7 Ses fils, Ptolémée Pliiloinéior ctPiolcmce Physcon (Ever-
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frêle II), régnèrent tous les deux en Egypte. Sa fille Cléopàtre épousa successivement ses deux frères. [Voy. Josèphe, Antiq. iud.f I. 13.) T — N.
CLEOPATRE, fille de la précédente et de Ptolémée Epiphanes, épousa son frère Ptoléméc Pliilométor, dont elle eut un fils. Ce prince, encore enfant à la mort de son père, devait lui succéder au trône d'Egypte; mais Physcon, frère de Philométor et de Cléopâlrc elle-même, s'étant emparé de la couronne, il se forma à la cour deux partis puissants, dont l'un soutenait les prétentions de Cléopàtre pour son fils, et l'autre celles de Physcon. Un ambassadeur romain, qui se trouvait alors à Alexandrie, obtint par sa médiation que Cléopàtre épouserait Physcon, et que le fils qu'elle avait eu de Philométor serait regardé comme l'héritier du trône. Malgré ce traité, le nouveau roi fit assassiner le jeune prince sur le sein de sa mère le jour même de ses noces. Cléopàtre eut de ce second mari un fils qu'on nomma Memphylis, et elle fut répudiée bientôt après, pour voir sa propre fille lui succéder comme reine d'Egypte et comme épouse de Physcon. Celui-ci, ayant excité par sa conduite un soulèvement général en Egypte ; fut forcé de s'enfuir en Chypre avec Memphylis et sa seconde femme. Les Alexandrins donnèrent alors le gouvernement à celte Cléo;»àtre répudiée. Le cruel Physcon se vengea sur son iils de cette préférence. L'ayant fait mourir, il fit ftariagcr son corps en plusieurs morceaux et l'envoya à Cléopàtre, qui reçut cet horrible présent au milieu des fêles qu'on célébrait pour le jour de sa naissance. L'indignation qu'inspira un si grand crime augmenta le crédit de Cléopàtre : tous les Alexandrins lui offrirent leurs bras et coururent aux armes ; Physcon, de son côté, se hâta de lever une nombreuse armée. Il se donna une bataille sanglante sur les frontières de l'Egypte, mais la cause du crime triompha : les troupes de Cléopàtre furent taillées en pièces. Celle reine eut alors recours à Demétrius, roi de Syrie, son gendre, à qui elle promenait la couronne d'Egypte. Dans l'espoir de régner à Alexandrie, ce prince se mit en marche avec des torces considérables ; mais étant arrivé à Péluse, il apprit la révolte de ses sujets, et fut obligé de rentrer en Syrie pour soumettre les rebelles. Cléopàtre, ainsi abandonnée, se réfugia avec ses trésors auprès de la reine de S>ric, sa lille, qui lui donna un asile à Ptolémaïs, où elle résidait alors. Cette princesse n'eut de Plolemée Physcon qu'un fils, nommé Memphylis, dont nous avons parlé. Elle avait eu de Philoméior un prince, assassiné par Physcon, et deux filles qui portèrent le nom de Cléopâlrc. {Yoy. Justin, I. 39 ; Josèphe, Antiq. Jud., I. 35, ch. 20 et 21, et Tite-Live, I. 08.) T— n.
CLÉOPÀTRE, reine de Syrie, était fille de la précédente et de Ptolémée Philoméior. Moins connue peut-être que la dernière reine d'Egypte, qui porta le même nom, elle l'égala par sou ambition et la surpassa par ses crimes. Successivement épouse de trois rois, mère tic quatre princes qui lotis ont régné, la reine de Syrie a plusieurs fois ensanglanté un irône où l'avait placée la politique île son pêrc. Tel était à cette époque l'état d'anarchie et de révolte
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où se trouvait la Syrie, que Cléopàtre vit ta couronne devenir alternativement le partage de princes légitimes ou la proie d'usurpateurs, contre lesquels elle eut souvent à défendre sa vie et ses droits. Alexandre Rala, homme d'une naissance obscure, mais qui se faisait passer pour lils d'Anliochus IV, s'étant révolté contre Démétrius Soter, s'empara de la Syrie avec l'agrément des Romains. Ptolémée Philométor, qui avait soutenu cette usurpation, lui donna sa lille Cléopàtre (vers l'an H9 avant J.-C). On célébra ce mariage à Plolémaïs avec une grande pompe, et, pour en augmenter l'éclat, Alexandre y invita le souverain sacrificateur des Juifs. Quelques années après, Philométor, mécontent de son gendre , feignit de vouloir le secourii contre Démétrius IS'icator, qui avilit pris les armes pour se ressaisir du trône de son père. Il entra en Syrie, enleva Cléopàtre à son mari, et lui fit épouser Démélrius, qui, après la défaite d'Alexandre, resta malin de tout le royaume; mais loin de proliter de l'exemple de son père, ce nouveau roi se rendit odieux à ses sujets. L'on vit alors paraître un nouvel usurpateur, nommé Trypbon, qui, s'étant emparé d'une partie de la Syrie, plaça d'abord la couronne sur la tète d'Antiochus Dionysius, (ils d'Alexandre Rala et de Cléopàtre, gouverna quelque temps au nom du jeune prince, et bientôt après se débarrassa de lui pour régner seul à sa place. Démélrius fut alors fait prisonnier par les Partîtes, auxquels il avait déclaré la guerre, et presque tous ses Étals passèrent sous la domination du tyran. Quelques villes, néanmoins, restèrent fidèles à Clcopàiie, qui se retira à Séleucie avec ses deux lils. Comme elle avait tout à redouter d'un homme tel que Tryphon, et qu'elle voulait se maintenir sur le trône, seul objet de son ambition, elle s'adressa à Aiitiocluis Sidèles. frère de Démétrius, et elle en fit son troisième mari. Ce prince, qui vivait paisiblement à Rhodes, ayant levé une armée d'auxiliaires, joignit ses troupes à celles de Cléopàtre, et Tryphon ne larda pas à être vaincu. Après avoir remis sous son obéissance toutes les villes rebelles, Antiochus prépara contre les Partîtes une expédition dont les commencements furent si heureux, que ses ennemis, pour embarrasser le vainqueur, rendirent la liberté à Démélrius, tpii revint dans ses Etats. Cléopàtre, mécontente de ce retour imprévu, et aussi jalouse qu'ambitieuse, n'avait pas appris sans indignation que son mari, dans sa captivité, étail devenu l'époux de Rodogtinc, fille du roi des Partîtes Ce fui peul-étre le sentiment de cette infidélité qui la détermina à épouser Sidétes, el qui fit éclore par la suite tant de projets de vengeance. Les Syriens s'étant de nouveau révoltés conlrc Démétrius, Ptolémée Physcon, «pti avait à se plaindre de ce prince, soutint conire lui un imposteur, nommé Alexandre Zebina. Démétrius, abandonné de ses sujets, voulut se rendre à Ptolémaïs, où demeurait Cléopàtre ; mais elle lui fit fermer les portes tic la ville. Ce prince se réfugia à Tyr, où il fut assassiué par les ordres de sa femme. Une partie du royaume fut alors soumise à Zébina et l'aulre à Cléopàtre. Lorsque Séleueus, fils aîné de cette reine et de Démétrius, eut atteint
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sa vingtième année, il prit le titre de roi sans la consulter. Cléopàtre en fut très-choquée ; craignant que Scleucus ne voulut un joui* venger la mort de son père, elle l'invita à un entretien particulier, et cette mère dénaturée eut le courage barbare de poignarder elle-même son fils. Un crime aussi atroce dut nécessairement révolter les Syriens ; mais Cléopàtre fit venir d'Atbènes son second (ils Antiocbus Grypus, et le proclama roi de Syrie. 11 n'en avait que le titre, étant trop jeune pour régner. Cléopàtre tint seule, pendant quelques années, les réues du gouvernement ; elle laissa à Antiocbus le soin de combattre Alexandre Zébina, qui fut vaincu et mis à mort. Antiocbus demeura donc seul possesseur d'un royaume disputé par laut de concurrents ; il ne lui resta pour ennemi que sa mère. Cette femme audacieuse, voyant que le pouvoir allait éebapper de ses mains, forme le projet de transporter la couronne de Syrie sur la tète d'un jeune (ils qu'elle avait eu d' Antiocbus Sidétes, alin de conserver l'autorité souveraine pendaut la minorité de ce prince. Elle prépare pour le roi un breuvage empoisonné, qu'elle lui offre au retour d'un exercice. Grypus, prévenu du projet de sa mère, l'engage, comme par déférence, à prendre elle-même ce breuvage, et comme elle s'en défendait, il lui déclare qu'il est instruit de ses projets, et que le seul moyeu de se justifier est de boire dans la coupe qu'elle lui présente. Cléopàtre, se voyant découverte, avala le poison et expira bientôt après (vers l'an 121 avant J.-C). Ainsi péril cette femme criminelle, à qui la Syrie dut une partie de ses malheurs pendant trente ans. Le génie de Corneille s'est emparé de ce sujet dans la belle tragédie de Rodogune ; mais l'idée de rendre Cléopàtre l'arbitre de la destinée de ses (ils et de leurs droits à la couronne a été puisée dans l'histoire d'une autre Cléopàtre, femme de Ptolémée Pbyscon, roi d'Egypte. Au défaut des historiens, les médailles que nous avons de cette princesse attesteraient seules tout le pouvoir dont elle jouit sous le règne d'Autioebus, son fils. On y trouve son portrait accolé à celui de ce prince ; la tète de Cléopàtre est au premier rang, son nom s'y trouve sur la première ligne, avant celui d'Antiocbus, et elle y prend quelquefois le titre de déesse. C'est la seule reine de Syrie dont les médailles nous olfrent le portrait. Cléopitre eut d'Alexandre Bala, Antiocbus VI Dionysius ; de Démélrius Nicator, Sélcucus et Antiocbus VIII Grypus; d'Antiocbus Sidètes, Antiocbus IX Cyzicénus, qui disputa longtemps le troue a son frère. T — n.
CLÉOPÀTRE, sœur de la précédente, fut la seconde femme de Ptolémée Physcon, qui avait épousé en premières noces une autre Cléopàtre, sa propre sœur, veuve de Ptolémée Pbilométor, et mère de celle-ci. Pendant la vie de son mari, elle suivit sa bonne et sa mauvaise fortune Ce prince, en mourant, lui laissa la faculté d'appeler au trône d'Egypte celui de ses deux (ils qu'elle préférerait |>our régner avec elle. La couronne appartenait à Ptolémée Lathyre, qui était l'aine ; mais elle choisit Ptolémée Alexandre, dont le caractère plus faible lui laissait
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l'espérance de régner sottie sous son nom. Les habitant! d'Alexandrie, mécontents de cette injustice, contraignirent Cléopàtre à rappeler Lathyre. Cette reine exigea, avant tout, qu'il répudiât Cléopàtre, sa sœur, qu'il aimait tendrement, et lui fit épouser Selêné, sa troisième sœur. Constamment occupée du soin d'affermir son pouvoir, et peu satisfaite de partager l'autorité avec Lathyre, elle prépara en secret les moyens de le chasser du trône. Elle donna d'abord le royaume de Chypre à Alexandre, alin de le mettre en état de la seconder ; elle excita un soulèvement parmi le peuple en faisant croire que Lathyre avait attenté à ses jours. Ce prince fut obligé de se sauver précipitamment, et Cléopàtre lit proclamer Alexandre roi d'Egypte. Non contente d'avoir ôlé la couronne à Lathyre, elle lui enleva encore Séléné, sa femme, dont il avait eu des enfants. (Voy. Skléné ) Lathyre prit possession de l'Ile de Chypre, abandonnée par son frère, et reparut bientôt après, avec des forces considérables, en Pbenieie et en Judée, où il soutint plusieurs combats contre les trou|>cs de sa mère. Il se flattait qu'une seconde, révolution le mettrait à même de rentrer en Egypte; mais Cléopàtre sut y maintenir son pouvoir jusqu'à ce qu'Alexandre, irrité de n'être pas traité en roi, et apprenaut que sa mère, conspirait contre lui, lu prévint et la fil mourir. Ainsi les filles de Philomctor, dévorées toutes deux d'une égale ambition, toutes deux coupables des mêmes crimes, périrent |iar la main de leurs fils; l'une sur le trône de Syrie, l'autre sur celui d'Egypte. Cléopàtre eut en outre trois filles : Cléopàtre, Cléopàtre Tryphéne et Cléopûl.e Séléné. On attribue à leur mère plusieurs médailles, sur lesquelles on a cru reconnaître ses traits dans la tête allégorique d'Alexandrie coiffée d'une peau d'éléphant. T— w.
CLEOPATRE, fille aînée de Ptolémée Physeon et de la précédente, fut d'abord mariée à Lathyre, son frère, répudiée par lui et malgré lui (voy. l'art, précédent), el donnée ensuite en mariage à Anliorhus de Cyzique, parce que ce mariage servait l'ambition de sa mère. Elle fut assassinée par les ordres de Tryphéne, sa sœur. (Voy. Cléopàtre Thvi'Hène ) Elle eut un fils qui régna en Syrie sous le nom d'Antiocbus Eusèbes Philopator. T — M.
CLÉOPÀTRE TRYPHÉNE. sœur de b précédente, épousa Antiocbus Grypus, lorsque ce prince s'empara de la Syrie sur l'usurpateur Alexandre Zébina. Cette princesse, élevée à l'école du crime, fut témoin des querelles de son mari avec Antiocbus de Cyzique, son frère, qui voulait lui enlever une portion de ses Etats. La femme de ce dernier ayant été faite prisonnière à Antiochc, où elle fut surprise par les troupes de Grypus, Tryphéne la fit cruellement assassiner dans le temple même où elle s'était réfugiée, malgré les représentations et les vires instances de Grypus; mais elle éprouva peu de temps après le même sort. Antiocbus vengea sur elle la mort de son épouse, après une bataille qu'il gagna sur son frère. Tryphéne fut mère de cinq princes qui disputèrent longtemps à Antiocbus Eusèbe le royaume de Syrie, Scleucus VI, Antiocbus XI, Pm>
m clé
lippe, Démétrius HT, Antiochus XII. Nous avons îles médailles de mus ces princes. T — N.
CLEOPATRE SÉLÉNÉ ( Lune ), srrur île la précédente, fut d'abord mariée à Ptolémée Lathyre, son frère. Lorsque Cléopàlre, leur mère, chassa ce prince de l'Egypte, elle ne permit pas que Séléné suivit son mari. Quelques années après, elle la fit monter sur le trône de Syrie, en la mariant à Antiochus Grypus qu'elle voulait attirer dans ses intérêts. Après )a mort de ce prince, la Syrie fut en proie à des pierres sans cesse renaissantes. Les cinq lils qu'Antioclius Grypus avait eus de Tryphènc luttèrent longtemps contre leur oncle Antiochus de Cyziquc et son fils Eusèbc. Au milieu de tons ces désordres, Séléné, qui avait conservé une partie de la Syrie, donna sa main à ce dernier. Appien prétend qu'elle avait été auparavant mariée à Antiochus de Cyzique lui-même. Enfin les Syriens, fatigué* des crime* des Selencides, se donnèrent à un roi étranger, et choisirent pour souverain Tisrane, roi d'Arménie. Séléné se maintint cependant à Plolémaïs, où clic fit élever ses deux lils, Antiochus l'Asiatique, le dernier des Séleucidcs qui régna quelques instants sur la Syrie, et Sélcucus Cybiosactes. Tigrane, s'élant ensuite emparé de sa personne et du reste de ses États, la fit cruellement massacrer dans la forteresse de Sélcucie. On a des médailles de Séléné avec sa tète; elles ont été frappées en Egypte pendant qu'elle était mariée à Lathyre, dont elle eut une fille, nommée Cléopâtre Bérénice ( voy. ce nom ), qui régna en Ésvptc. ( Voy. Justin, I. 39.) T— in.
CLEOPATRE, reine d'Egypte, était fille de Ptolémée XI (Aulète). Le testament de son père la laissa, à l'àgc de dix-sept ans, héritière du trône avec son frère Ptolémée XII, que, suivant la coutume d'Egypte, elle devait épouser. Plus âgée que lui , elle crut pouvoir tenir seule les rênes du gouvernement; mais le jeune roi, excité par ses courtisans, voulut exclure Cléopâtre du trône, et celle princesse fut obligée de se retirer en Syrie, où elle leva une armée pour marcher contre son frère. C'est vers ce temps que ce même Ptolémée fit périr Porm,>éc, et César, quelque satisfait qu'il fut d'être délivré d'un si puissant adversaire, conçut une haine et un mépris profond pour ce prince. César avait des vertus et des passions qui l'emportaient sur ses propres intérêts, et c'est plutôt par le génie que par te calcul qu'il réussissait en tontes choses. Ptolémée Aulète avait nommé le peuple romain tuteur de ses enfants; César prétendit en exercer tous les droits en sa qualité de dictateur, et sé déclara le juge des différends qui existaient entre Ptolémée et Cléopâtre. Cette princesse se hâta d'envoyer quelqu'un à Alexandrie pour la défendre; mais César lui fit dire de revenir ellemême sans délai. Comme elle craignait d'èlre reconnue en entrant dans la vide, elle pria Apollodore, celui de ses amis en qui elle avait le plus de confiance, de l'envelopper dans un tapis, et de la transporter ainsi sur ses épaules jusque dans la chambre de César, et celte ruse hardie lui valut le cœur de ce Conquérant. Il parait, d'après ce qu'en disent Plubarque, Appien d'Alexandrie et Dion Cassius, qu'elle
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n'était pas d'une beauté frappante ; mais son esprit et sa grâce répandaient tant de charmes dans sa figure, qu'il était difficile de lui résister. Elle parlait toutes les langues, réunissait les connaissances les plus étendues, et possédait surtout l'art de captiver. Elle tenait de l'Orient une habitude de magnificence qui subjuguait l'imagination, et ses rapports constants avec laGrèce avaient développé en elle le charme plus pénétrant du langage et de ses séductions. César en fui tellement épris, que, dès le lendemain, il voulut que son frère partageât le trône et se réconciliât avec elle. Ce jeune prince, étonné de voir Cléopâtre dans le palais de César, et devinant bien par quels moyens elle avait séduit son juge, courut sur-le-champ à la place publique, en criant qu'il était trahi. Il excita par là une sédition, et César ne put l'apaiser qu'en prouvant au peuple qu'il n'avait fait qu'exécuter le testament de Ptolémée; mais l'eunuque Pothin, dont cet accommodement dérangeait les projets, de concert avec Achillas, général égyptien, fit avancer en secret des troupes pour surprendre César qui avait peu de soldats auprès de lui. Quoique assiégé dans son palais ( \ ) , le dictateur sut s'y défendre et s'y maintenir , jusqu'à ce que , avant reçu des secours de la Syrie, Il battit les égyptiens dans un combat où périt le jeune Ptolémée, qui se noya dans le Nil. C'est alors que César put Sans obstacle couronner Cléopâtre; il la plaça sur le trône en lui faisant épouser son jeune frère qui n'avait que onze ans, et partit ensuite, quoique à regret, pour achever de soumettre les restes du parti de Pompée. Cléopâtre accoucha, peu de temps après, d'un lils qu'elle nomma Cèsarion. De retour à Rome (l'an 46 avant J.-C). César la reçut, ainsi que son jeune époux, dans son propre palais; il les fit admettre au nombre des amis du peuple romain, et plaça la statue en or de Cléopâtre à côté de celle de Vénus, dans le temple qu'il érigea 6 celle déesse. Ces honneurs déplurent aux Romains; la reine d'Egypte retourna bientôt dans ses Etats, et Ptolémée ayant atteint l'âge de quatorze ans, elle le fit empoisonner, pour rester maîtresse absolue du royaume. Lorsque la mort de César donna lieu à une nouvelle guerre civile dans l'empire, on accusa Cléopâtre d'avoir fait passer des secours à Brutus et à Cassius. Marc- Antoine, partant pour la guerre des Parthes, lui ordonna de se rendre en Cilicic pour expliquer sa conduite. Il parait qu'en entreprenant ce voyage , elle s'occupa plutôt des moyens de plaire que de ceux de se justifier. Elle s'cmbarqna sur un vaisseau dont la poupe était dorée et dont les voiles étaient de pourpre ; elle-même, vêtue magnifiquement, était couchée sur le tiilac ; des enfants à ses pieds représentaient les Amours; ses femmes, toutes d'une rare beauté, habillées en Néréides, étaient placées, les unes auprès du gouvernail, les autres prés des rameurs ; des flûtes et des lyres faisaient retentir dans les airs des concerts mélodieux ; l'encens était brûlé
(l) Cf fur r«id»tit tt -si^o i[at les s»M»is rorrains avant m.< l< kn à on quartier «le la ville, lïnctndie «agna le Bfurhmn.oo rtaii ta superl* blbmiitaequr fondée par PioJéroeC rhiMd«tc ; 40,000 volume» y furent la proie «Us Huama.
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sur des cassolettes. Ccst ainsi que Cleopâtre remontait le Cydnus, comme Vénus sortant de l'onde, pour aller visiter le conquérant «le l'Asie. Un peuple immense bordait les deux rives du llcuve, et s'enivrait •le musique, de parfums et d'admiration pour la beauté. Au milieu de cet enthousiasme universel, Cleopâtre aborda à Tarse. Antoine, qui rendait alors la justice, resta seul sur son tribunal avec ses licteurs. Il lit inviter Cléopàlre à se rendre auprès (le lui; mais la reine, «'excusant sur les fatigues du voyage, le Ht prier d'accepter lui-même un repas sur son TtJsseau. La reine d'Egypte le traita avec magnificence, et, lorsqu'il voulut à son lour la recevoir, il lit de vains efforts |K>ur la surpasser en somptuosité (I). Bientôt séiluil par tant de charmes, sa passion pour elle l'ut beaucoup plus violente que celle de César ; car elle causa sa perle. Ce qu'on doit surtout reprocher à Cleopâtre, c'est d'avoir amolli le caractère d'Antoine. Celte reine, qui montra de la grandeur dans quelques circonstances de sa vie, ne sut pas placer sa gloire dans celle de l'objet de son choix ; elle ne cessa de se préférera ce qu'elle aimait, et c'est chez une femme un mauvais calcul autant qu'un indigne sentiment. Antoine, renonçant pour le moment à l'expédition projetée contre les Partîtes, la suivit en Egypte, où ils passèrent l'hiver dans les fêles. Se conformant aux goûts de Marc-Antoine, la fille des Ptoléniéc se livrait avec lui aux plaisirs les plus délicats comme aux amusement! les plus ignobles; clic le suivait à la chasse, jouait aux dés, et parcourait les rues avec lui pour entendre les propos de la populace d'Alexandrie, renommée par son lalent |K>ur la raillerie. Antoine fut enfui forcé de quitter l'Egypte : ses démêlés avec Octave l'appelèrent en Italie, où la réconciliation des deux rivaux rendit pour un moment la paix au monde, et Antoine épousa Octavie, sans cesser d'aimer Cléopàlre. Les événements qui se succédèrent l'empêchèrent, pendant plusieurs années, de la revoir en Egypte ; mais, après sa malheureuse expédition contre les Partîtes, vers l'an 56 avant Jésus-Christ, dans laquelle il fut sur le point d'éprouver le sort de Crassus, Cléopatre vint le chercher en Phénicie. où il avait ramené les débris de son armée, et les deux amants reprirent ensemble le chemin de l'Egypte. Oubliant loin ce qu'il avait promis à Octave, tout ce qu'il devait à son épouse , Marc-Antoine se livra de nouveau à la débauche et aux caprices de Cleopâtre. Vou-
(I) Mine raconte que, dans un de ces repas qoe Cléopjtre don- Mil ;i Anloine, c'.'c voulut prouver a son amant qu'elle le surpassai! c» ruagiiillcenre, rl qu'elle pouvait dépenser jn-qn*a «0 million* de Ksli rces dans un seul leslin. Antoine r rat la chose impo-*ible, el l'eu délia. La rciue alors dela<na do ses oreilles deux perles d'uuc énorme grosseur, se lit apporter une coupe remplie de vinaigre, y fil dissoudre une de ces perles, el l avala; elle se disposait a sacrifier celle qui restait, lorsque l'Iaticus, juge de la gageure, s'en empara, et qu'Antoine était vaincu. Celte seconde perle Tut conservée avec soi», el apportée a Itoine après !a ntorl de Cleupiire ; elle fui ensuite parlée en deux, et placée aux oreille* de La statue de Vend», dan» le Panltiéon. (t'oy. a ce sojel ['Outrage khlnriqne el rkimiaue, ok Fan txamiM $'tt etl (triai» (M Ctrupûlrt ait ditjokj tui -U-iUanp la perle qu'on dit i/n'elleavala «fuira «m fetltn, etc., par Jaiiv.iu, Paris, Kit», in-8', el les «iWrvalions de Dreux du Radier sur ce livre, dans le Journal de Veidtu, août 17*9, P. 83-87.)
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lant lui donner le spectacle d'un triomphe , et s'étant, par artifice, rendu maître de la personne d'At labaze, roi d'Arménie , il le présenta enchaîné à Cléopatre, assise sur un tribunal comme un magistrat romain. C'est à cette occasion qu'il donna au peuple d'Alexandrie un repas dans le Gymnase, où il avait fait dresser plusieurs troncs d'or, deux plus élevés pour Cleopâtre et pour lui, les autres pour ses enfants. Il y lit proclamer Césarion roi d'Egypte et de Chypre avec sa mère, et, disposant même des royaumes qu'il devait conquérir, il désigna les Etats tpi'il remetlait aux entants qu'il avait eus de la reine. Comme elle se piquait de protéger les savants, il lit apporter à Alexandrie la riche bibliothèque qu'Euntène avait fondée à Pergame, composée de 200,000 volumes. Toutes ces dispositions d'Antoine, ainsi que sa conduite, lui attirèrent beaucoup d'ennemis à Rome. Auguste surtout, irrité de l'appui que prétait Cléopatre au p irli de son rival , fit décider la guerre contre elle dans l'assemblée du peuple. Ainsi le nom d'une femme retentissait dans le vaste empire des Romains. Tout annonçait une guerre civile; Antoine s'y prépara, assembla une armée, et quitta l'Egypte. Cléopâire le suivit en Grèce. Athènes décerna les les plus grands honneurs à cette princesse, et Antoine se plut â paraître devant elle comme citoyen dccetlc ville, pour lui porter le tribut des hommages de ses habitants. I irrace appelle Cléopàlre un fatal prodige. Son ascendant sur Antoine élait absolu, et même elle s'en servit [tour satisfaire ses passions haineuses, en faisant périr, à Ephèse, sa sertir Arsinoé dont elle élait jalouse. Cependant Antoine ne voulut jamais l'éfiouscr, soit qu'il ne pùtse résoudre à sacrifier sa femme Octavie, ange médiateur entre Octave et lui, soit qu'il ne voulût point encourir l'aniinadvcrsion des Romains, qui ne pouvaient souffrir qu'un de leurs concitoyens épousât une étrangère. On a même des lettres d'Antoine, dans lesquelles il parle légèrement de sa liaison avec Cleopâtre , croyant dissimuler ainsi par une feinte insouciance le pouvoir qu'elle exerçait réellement sur lui. Enfin arriva le jour où ce funeste pouvoir devait se manifester. A la bataille d'Aclium, entre Marc-Antoine et César-Octave, lorsque, suivant l'expression de Propercc, a les forces du monde Iulté- « mit ensemble, *> Cléopàlre, accoutumée à la mollesse de l'Orient, ne savait plus braver les périls, bien qu'elle eût encore l'énergie nécessaire pour se dqnlier la mort; l'effroi s'empara de son âme au milieu du combat. Elle fit revirer de bord son vaisseau, et les soixante galères égyptiennes, placées dans les rangs, imitèrent le mouvement de la sienne. A celte vue, Antoine troublé ne put s'empêcher de suivre Cléopàlre et de monter sur le vaisseau qui remmenait ; à peine y fui il, qu'accablé de boute et de regrets, il se plaça près du gouvernail, la tête dans sa main, et fut trois jours sans vouloir parler à celle pour laquelle il avait tout sacrifié. Mais arrive à Alexandrie, il se plongea de nouveau dans les délices que Cleopâtre ne cessait de préparer pour lui. On les appelait, eux et leurs amis, I Ut bande de la vie inimitable; mais ils changèrent
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ce nom contre un mot grec qui signifie, feux qui tant résignés à mourir ensemble. La reine jugeait très- bien la situation d'Antoine, et les succès toujours croissants d'Octave ne lui permettaient aucune illusion sur l'avenir. Aussi, tout eu passant sa vie dans les fcsiins, et en prodiguant à Marc-Antoine les plaisirs du luxe et des arts, elle faisait essayer sur les animaux et même sur des esclaves divers poisons, afin de bien connaitre celui qui causait le moins de douleur. Il y a beaucoup d'exemples chez les anciens de ce mélange de sérieux et de frivolité qui faisait jouir voluptueusement de l'existence en se préparant à la mort. Comme ils n'avaient point d'espérance au delà du trépas, ils épuisaient la coupe de la vie, et ne cherchaient point a se préparer, par le recueillement intérieur, à l'immortalité de l'âme. La coquetterie était chez Cléopàtre un grand art, qui se composait de tous les moyens que l.i politique, la magnificence royale et la culture poétique de l'esprit peuvent donner. Ce qu'elle avait de force dans l'âme se retrouvait dans les hasards que lui faisait courir son ambition de plaire; elle s'exposait à l'amour comme un homme à la guerre, et, telle qu'un chef intrépide, elle se préparait à mourir, si la lurtnne ne favorisait pas sa hasardeuse destinée. Quelques historiens ont prétendu que Cléopâtre était en négociation secrète avec Octave, et qu'elle trahissait Antoine. Il est impossible de supposer qu'une femme qui disposait entièrement d'un caractère aussi dévoué qne celui d'Antoine put souhaiter de voir à sa place l'astucieux Octave ; mais il est probable qu'elle a cherché a s'assurer d'avance quelques ménagements de la part du vainqueur. Il eût été plus noble de n'en vouloir aucun ; mais elle avait des enfants, et souhaitait de leur conserver le trône ; d'ailleurs, le caractère de Cléopàtre était personnel ; elle faisait servir à son ambition tous les dons que la nature lui avait prodigués. On sait par quels motifs elle fut d'abord attachée a Jules-César ; elle se rendit ensuite favorable Sexlus Pompée, qui fut pendant quelques instants maître de la mer. Elle mit ses soins à plaire à Marc-Antoine, et obtint tout de sa faiblesse (1). Si elle avait trouvé les mêmes dispositions dans Octave, il est probable qu'elle ne se serait pas donné la mort. Elle conçut le projet gigantesque de faire arriver ses vaisseaux par- terre à travers l'isthme de Suez jusqu'au golie Ara tique, d'où
(I) L'hiMorien Joseph* reproche i Clfopitre d'avoir profité de l'ascendant qu'elle avait sur Antoine pour faire mourir plusieurs seigneurs syriens, et l.ysanias. Dis dePtoiemee, prince d'Ilnrre, dont elle convoitait lesbieus et les Ktais. Ce»ien vain qu'elle icnia de J dér><ioilier 1rs mis d'Arabie et de Judée : Marc-Antoine ne voulut point y consentir ; mais il lui donna la Ptieuicie. b Olésyrie, uniportion de la Cilicie, et cette partie de la Judée qui produit le bainiie. ( Impaire rut même la prétention ei l'espoir de régner un jour dans Rome et de commander au Capiiolc. Nouvelle Isis, elle se montrait au public avec les attributs derrt'r dresse, tandis qu'Antoine se parait de cent d'Osins et de Dacrhus, et, rumine des dieux ne peuvent eticcndrrr que des dieux, Antoine ri < .eopatre donnèrent a leurs ml juls le nom de L*ne et de Soltil. nans les ittCJtillM, ma nombreuses, qui nous restent de celte princesse, elle prend sur quelquesunes le titre fastueux ieregiM regnm, (iliorum rtgum ; sur d'autres n-lui de nouvelle déesse, fiF.A NEOTEPA. Son portrait s'y tiouve i, 'i-iquefois au revers de relui de Marr-Anlmne, fi ne nous donne I ... l'idée de U beauté doni la ptttfriM set | lue a la parer. T-jt.
elle aurait pu s'embarquer pour l' Inde : quelque»uns de ses vaisseaux passèrent, mais ils furent aussitôt brûlés par les Arabes. Pendant ce temps. Octave s'avançait en Egypte par la Syrie. Cléopàtre ht bâtir prés du temple d'isis, à Alexandrie, un monument où elle cacha ses trésors, et dont elle voulait faire son tombeau. C'était un besoin de l'âme chez les rois égyptiens que de lutter contre la mort, en préparant sur cette terre un asile presque éternel à leur cendre. Lorsqu'Antoinc fut défait dans la dernière bataille qu'il livra à Octave, Cléopàtre se renferma dans le bâtiment qui contenait toutes ses richesses, et fit répandre le bruit de sa mort, afin que l'amour d'Antoine ne l'attachât plus à la vie. En effet, à cette nouvelle, il se poignarda; mais comme il n'expira pas a l'instant, il eut le temps d'apprendre que Cléopàtre vivait, et il se fit porter dans l'asile qu'elle s'était choisi. Cléopàtre, égoïste encore même dans son tombeau, ne voulut point qu'on ouvrit les portes, de peur que les satellites d'Octave ne s'en emparassent, et trouva le moyen d'introduire Antoine mourant, à l'aide des cordes qu'elle et ses femmes tiraient par la fenêtre. Elle prodigua les soins les plus tendres à Marc-Antoine, et, de ces illustres infortunés, l'un des deux eut du moins la douceur de mourir dans les bras de l'autre. Octave attachait beaucoup de prix à prendra Cléopàtre vivante, pour qu'elle suivit à Rome son char de triomphe. A force de ruses, il vint à bout de faire pénétrer ses soldats dans le monument où elle s'était retirée. Dès qu'elle le sut, elle voulut ce tuer; mais les Romains veillèrent avec un soin barbare sur sa vie. Elle fit demander à César-Octave la permission de rendre des honneurs funèbres à Marc-Antoine ; il y consentit. Elle épuisa, pour les rendre plusmagniliques, tous les trésors qui lui restaient, et, prodiguant le plus cherdetous, sa beauté, elle se meurtrit le sein elle visage sur le tombeau de Marc-Anloine. C'est dans cet éta qu'Octave vint la voir; elle était sans parure, couchée sur un lit, et ses joues étaient livides, ses lèvres tremblantes. A la vue du maître du monde, elle se ressouvint du grand César qui avait été soumis à ses charmes, et rappela ce souvenir à son successeur. Il y a chez de certaines femmes, comme chez les ambitieux , une sorte de persistance dans le besoin de plaire qui survit à tout. Il se peut donc que Cléopàtre éprouvât le désir de captiver Octave, malgré les regrets sincères qu elle donnait au souvenir d'Antoine. Ce n'était point une femme ni tout à fait sensible, ni tout à fait trompeuse; un mélange de tendresse et de vanité faisait d'elle une personne à deux caractères, comme la plupart des éircs fortement agités par les passions de la vie. Quoi qu'il en soit, les charmes de Cléopàtre échouèrent contre Octave, car il n'a» ait rien de spontané dans l'âme, et c'était par la prudence qu'il maintenait ce que César avait acquis par l'audace. Octave s'entretint longtemps avec Cléopàtre; mais ni ses prières , ni sa grâce n'ébranlèrent les cruels desseins qu'il avait formés contre elle. Il tâcha seulement d<; les lui cacher, et, de son côté, elle lui dissimulait la résolution qu'elle avait prise
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de mourir : ils ne pouvaient pas se plaire, puisqu'ils étaient occupés mutuellement à se tromper. Cleopâtre , instruite qu'Octave se proposait de l'emmener avec lui dans peu de jours, obtint la permission de faire encore des libations sur les cendres d'Antoine. Là, couchée sur sa toml>e et pressant contre sa poitrine la pierre qui le couvrait, elle lui adressa ces paroles, qui nous sont conservées par Plutarque : « 0 mon cher Antoine, je t'ai rendu naguère les
• honneurs lunèbres avec des mains libres; mais « maintenant je suis prisonnière ; des satellites veil- « lent autour (te mot pour m'empècher de mourir , « afin que ce corps esclave ligure dans la pompe
• triomphale qu'Octave se fera décerner pour t'avoir « vaincu ; ne compte pas sur de nouveaux honneurs « funèbres, voici les derniers que Cléopâtre pourra « te rendre. Tant que nous avons vécu, rien ne pou- « vait nous séparer l'un de l'autre; mais nous cou- « rons le risque, après notre mort, de faire un triste « échange de sépulture. Toi, citoyen romain, tu au- « ras ici ton tombeau, et moi, infortunée, le mien « sera dans ta patrie. Mais si les dieux de ton pays « ne l'ont pas abandonné comme les miens, fais que « je retrouve un asile dans ta tombe , et que je me
• dérobe ainsi a l'ignominie qu'on me prépare. Cher « Antoine, reçois-moi bientôt à tes côtés; car, de tous « les maux que j'ai souflerls, le plus grand encore « en cet instant, c'est ton absence. » Celte prière fut exaucée, Cléopâtre trouva le moyen de se faire apporter des fleurs sous lesquelles un aspic était caché (1), et la morsure de ce reptile la délivra de la vie et de l'outrage que lui préparait l'orgueil d'Octave. Ses femmes, Ira et Charmion, se donnèrent la mort avec elle. Presque jamais, chez les anciens, un personnage illustre n'expirait seul, l'enlltousiasme des serviteurs pour leurs maîtres honorait l'esclavage en lui donnant tous les caractères du dévouement. Cléopâtre mourut à l'Age de 39 ans, après en avoir régné 2î, dont quatorze avec Antoine. Octave fit porter l'image de Cléopâtre, avec un aspic sur le bras, à sa pompe triomphale ; mais il permit du moins qu'elle fut ensevelie avec Antoine, et peutêtre cet acte d'une piété délicate apaisa-t-il les mânes de ses ennemis malheureux (i). N. S. H.
(1) Les critiques ne sont pas d'accord «or cette circonstance, .(ni rependant . été généraleiuenl admise, surtout d ap.es le lenroignaje d Horace (Car*., L t. rt. 57) :