CI.EhC(LR). J'oyes LeclERc
CLERC ( Nicolas-Gabriel ) , membre des académies de St-Pélersbourg, de licsançou et de Rouen, naquit à Ikiumc-lcs-Dames, pelile ville de Franche-
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Comté, Te 6 octobre 1726. Il embrassa la profession de médecin, qui semblait être héréditaire dans sa famille depuis prés de deux siècles, et se distingua bientôt par des innovations heureuses dans la pratique. Nommé, en 1757, premier médecin des armées du roi en Allemagne, il montra beaucoup de 7èlc pour la réforme des abus qui s'étaient introduits dans l'administration des hôpitaux militaires. Kn 4759, sur la demande de l'impératrice Elisabeth et avec l'agrément du roi, il se rendit en Jtussie, où il fut accueilli avec le plus grand intérêt. Le général HasoumofsKoi, hetman des Conques, te choisit |>our son médecin, l'emmena avec lui dans un voyage qui avait pour but de visiter les principales cours de l'Europe, et, à son retour, lui offrit la propriété de la ville de Uatourin, à condition de ne jamais le quitter. Clerc refusa une proposition qu'il ne pouvait accepter sans renoncer pour jamais à sa pairie, revint en France en 1762, et y l it nommé médecin du duc d'Orléans. Il retourna en Russie, en 1769, avec le titre de premier médecin du grand-duc, et directeur scolaire du corps impérial des cadets. Il devint, par suite, inspecteur de l'hôpital de Paul, que le grand-duc avait fondé à Moscou, avec l'argent destiné à ses menus plaisirs. Ce lut pendant ce deuxième voyage que, suivant les intentions de Louis XV, il rassembla les matériaux d'une histoire de cet empire, qui n'était connu que par des relations infidèles et mensongères de quelques voyageurs, et dont on ignorait la population, les ressources et même l'étendue. Il fit dresser à ses frais des cartes topographiques et hydrographiques, rassembla des manuscrits originaux, recueillit «les médaille», et avec ces précieuses collections , revint en France pour la seconde fois, en 1777. Il fut d'abord accueilli des ministres, puis oublié presque, aussitôt; on lui fit des promesses magnifiques, dont pas une ne se réalisa. Des nombreux services qu'il avait rendus, avec autant de zelc que de désintéressement (1 ) , la seule récompense qu'il obtint lut le cordon de St-Michcl, avec des lettres de noblesse conçues dans les termes les plus honorables, et une pension de 0,000 livres. Il prit alors le nom de le Clerc. Retiré dans le fond de sa province, il s'y consolait de l'ingratitude des hommes en s'oceupanl des moyens de leur être utile, quand un ordre du roi le rappela à Versailles. La fortune, dans ce moment, sembla vouloir se réconcilier avec lui. Les abus dans l'ad-
(I) Snrtont lorede la révolution do la Snède, en 1771. f-iiherlnc II, forte ose de cet événement, qui détruisait son ir.nnriire dan» Je sénat de Stockholm, ne se proposait, rien moins que de détrôner G attife III, qui venait de rendre an Irrtncses prérogatives. DisdoriT, ambassadeur de Kranre a PeUnuoiirn. atanl fjit drueitorts inlrncttiem pour détourner l'orage, cral ne patmlr mieux taire que de charger Clerc, au nom du roi, d'employer tous les moyens dont il pouvait disposer pour prévenir l'explosion qui menaçait la Suéde. I.j mission fiait délicate cl même dangereuse : Clrre ne balança pas a l'arrepler, et s'en acquitta avec sua es. l'n se.ond «Use rappnrli celui qui ordonnai» un armement mariiime contre la Suéde. Gustave III voulut le rerom penser d'une manière digne de lui; mais, par l'intermédiaire de Nollen, ambassadeur de Suéde en Itnssie, Clerc témoigna a S. M. suédoise qu'il trouvait sa récompense dans te bonheur d'avoir pu servir »es imercu, et que d aiUcur» sou touverûi avait prévenu ses lateutiotu.
ministralion des hôpitaux étaient devenus si grands, qu'ils avaient lixé l'attention du ministère. Une commission, composée d'hommes intègres, fut chargée, en 1778, d'indiquer les remèdes aux maux qu'on apercevait. On se souvint alors des services que le Clerc avait tléjà rendus dans celte partie, et il fut nommé président «le la commission, avec le litre d'inspecteur général des hôpitaux du royaume. Un premier mémoire présenté au ministre reçut son approbation; et un plan général d'administration des hôpitaux, mûri par de longues discussions, avait déjà reçu la sanction du roi, qui l'avait nomme administrateur général des hôpitaux militaires et de charité qui étaient au compte du monarque, lorsque la disgrâce du ministre (le prince de Mont-Barrcy) et les changements survenus dans le ministère firent ajourner les réformes. La commission fut dissoute, et le Clerc oublié encore une luis. Ce nouveau rêvera ne l'abattit point, et il terminait son histoire de Russie quand la révolution arriva. Elle le priva de la pension dont il jouissait sur le ministère des affaires étrangères. Cette pension était presque son unique ressource et celle de sa famille. Habitué aux caprices de la fortune, il supporta patiemment tics privations que son âge semblait devoir lui rendre très-difficiles. Sa fermeté ne l'abandonna point pendant les persécutions auxquelles il se vit en bulte, et, retiré à Versailles depuis 1778, il y mourut le 30 décembre 1798, dans sa 73* année. Voici la liste complète de ses ouvrages : 1° Mémoire sur la goutte, 17.')!) II7S1I, in-12. 2" Problème donné jutr l'académie de Besançon : Ije seul amour du de cuir peut-il produire d'aussi grands effets que le deair de la gloire? Dijon, 1750, in-12. 5" Dissertalio de hydruphobia , 1700, in -4". 4* Médiats veri amator ad apollincœ artis ahnnnos, Moscou, 170}, in-8", ouvrage estimé, écrit avec élégance, et dont le but est de prévenir les abus que les charlatans peuvent faire des substances vénéneuses. 5" Moyen de prévenir la contagion, et d'y remédier, imprimé à Moscou avec V Histoire des maladies épidémiques qui ont régné en Ukraine en 1700. 0" lissai sur les maladies contagieuses du bétail, avec les moyens de les prévenir et d'y remédier efficacement, Paris, 1700, in-12. 7° Histoire naturelle de l'homme, considéré dans l étal de maladie, ou la Médecine rappelée à sa première simplicité, Paris, 1707,2vol. iu-8". Cet ouvrage a eu le plus grand succès; on en a fait plusieurs éditions ou contrefaçons, et il a été traduit dans la plupart des langues tic l'Europe. 8* Yu le Grand et Confucius, histoire chinoise, Soissons, 1709, in-4°. Ce roman historique, composé à la demande de l'impératrice de Russie, pour l'éducation du grand-duc, depuis empereur sous le nom de Paul 1", est écrit d'une manière intéressante, et se fait lire avec plaisir. 9° De la Contagion, de sa nature, de ses effets, de ses progrès, et des moyens les plus sûrs pour la prévenir et pour y remédier, St-l'étcrshourg, 1771, in-8°. 19° L'Art de débuter dans le monde avec suc és, dédié à messieurs les cadets du cinquième âge, 1774, iu-8", traduit en langue russe. W Les Plans et Statuts de différents établissements ordonnés par l im*
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pt'ratrice Cathenne II, pour l'éducaticn de la jeunesse de son royaume, traducl. tlu russe de Belzky, Amsterdam, 1775, in-4°, ou 2 vol. iu-12. 12° Education morale et physique des deux sexes, pour les rendre aussi utiles aux autres qu'à eux-mêmes, traduite du russe en français. Besançon, 1777, 2 parties, in-S°, avec lîg. 13* La^Boussole morale et politique t'es hommes et des empires, Boston Neufchatel, 1779), iu-8°. L'auteur y attaque avec beaucoup de chaleur I.i politique du gouvernement anglais. 14» Histoire de la Russie ancienne et moderne, Paris, 1783-1794, G vol. in-4", fig. et allas iti-fol. Cet ouvrage, quoique loin de la perfection, est encore le plus complet que nous ayons sur l'histoire de Russie. Le Clerc, fils de l'auteur, y a eu part ; la description de l'empire de Russie est entièrement de lui. L'impératrice Catherine 11, mécontente de l'ouvrage, chargea le général Bot lin, l'un de ses meilleurs officiers, d'y répondre. Sa réfutation parut sous le titre suivant : Remarques sur l'Histoire de la Russie ancienne et moderne, St-Pétcrsbourg, 1787, 2 vol. in-5\ 15° Portrait de Henri I V, Paris, 1783, in-8°. 10e Atlas du commerce, Paris, 1780, in-4". Cet ouvrage, qu'il entreprit d'après les ordres de Vergenncs et de Caloune, et auquel son fils a aussi travaillé, est composé de 1 1 cartes en 15 feuilles grand in-fol., fort bien gravées, et toutes relatives au commerce de la Russie et du Levant, à la Turquie septentrionale, la Méditerranée, la mer Noire et la lialtique ; le texte explicatif, in-4", précédé d'un discours présentant un tableau des richesses de la France, est seul l'ouvrage lie le Clerc. On trouve à la suite un Examen impartial de la ci itique des caries ( publiées par le Clerc} de la mer lialtique et du golfe de Finlande. 17° Abrégé des éludes de l'homme fait, en faveur de l'homme à former, Paris, 1789, 2 vol. in-8*. 18* Les Maladies du cusur et de l'esprit, Paris, 1793, 2 vol. in-8». 19° Le Patriotisme du cœur et de l'esprit, Paris, 1795, in-8». Leclerc est encore auteur d'une Hisloirede Pierre III, empereur de Russie, Paris, Levraull, in-8", ouvrage entièrement mutilé par l'éditeur, et il a laissé plusieurs mémoires manuscrits déposés au département des affaires étrangères. W— s.
CLERCK (Charles), entomologiste suédois, membre de la société royale des sciences d'L'psal, disciple de Linné, est connu par deux ouvrages sur 1 is insectes, tous deux estimés, tous deux rares et chers. 1" Aranei Suecici, Stockholm, 1757, in-4°, en suédois et en latin. Cet ouvrage renferme la des- Cfiption et les ligures de soixante espèces d'araignées, trouvées en Suède, peintes et décrites par I auteur, et classées selon la méthode liniiécnne. Ce t ailé est inférieur à celui de Lisler sur le même sujet, qui cependant n'a décrit que trente espèces. H faut croire que Clcrck n'a pas su conserver l«.s individus qu'il avait décrits, et que, même avec le secours de ses longues descriptions et de ses figures, Linné, son maître, et par le conseil duquel il avait entrepris cet ouvragt, n'a pas su les reconnaître, car dans la seconde édition de la t'auna Suecica, où il cite l'ouvrage de Clerck, il n'a décrit que trente-trois espèces d'araignées ; il y en a donc
vingt-sept qu'il n'a pu retrouver. Le traité de Clcrck sur les araignées a été traduit en anglais par M. Hartyns, avec celui de Lister et des extraits de celui d'Albin, sous le titre A' Aranei, ou Histoire naturelle des araignées, Loudres, 1793, in-4». Dans cet ouvrage, exécuté avec plus de luxe que de science, les ligures de Clerck sont retournées, et disposées par l'habile ligurisle d'une manière plus pittoresque; mais elles sont encore moins reconnaissantes. Clerck a publié dans les Actes de la société des sciences de Stockholm ( p. 241 de la traduction allemande ) uu Mémoire sur la manière de prendre et de nourrir les araignées ; les moyens qu'il indique sont trés-cotnpliqués et très-peu ingénieux, et prouvent même dans l'auteur une crainte puérile de ces insectes, dont aucune espèce n'est dangereuse dans le pays qu'il habitait. 2» Icônes insectorum rariorutn, cm m nominibus eorum trivialibus loeisque, e C. Linneei... SysC. nat. allegatis, Stockholm, 1759, in-4". Ce volume, malgré les promesses du titre, ne présente que des ligures coloriées de lépidoptères (papillons), sans aucun texte explicatif. Il est très-utile aux entomologistes pour reconnaître les papillons exotiques qui composaient le cabinet de la reine Llrique, et d'autres qui ont été décrits par Linné. Ce grand naturaliste semble avoir immortalisé cet ouvrage, en mettant dans une note de la dernière édition de son Systema nalurte, que c'était le plus beau de ce genre que le monde littéraire eût encore vu : Clerkii Icônes insectorum pulcherrimum opu$ qvod ctiamnum vidil orbis litteratus. Il a depuis été bien souvent surpassé. W — n.
CLÉP.EMBAULT (Philippe de), connu d'abord sous le nom de Palluau, prit le nom de Cléremballt à sa nomination à la dignité de maréchal de France. Il commença à porter les armes à l'âge de seize ans, sous le duc de Savoie et le maréchal de Créqui, en 1636. Capitaine d'une compagnie d'arquebusiers à cheval, il devint capitaine-lieutenant des chcvau-légers du cardinal de Richelieu. Il était au siège de Landrecies, sous le cardinal de la Vallette, en 1637, à l'attaque de nos lignes devant Arras, et à la prise de cette ville, en 1640. Maréchal de camp en 1612. il servit en Roussillon, sous les maréchaux de Sehomberg et de la Meillerayc, et au siège de Perpignan. A la mort du cardinal de Richelieu, sa compagnie de chevau-légers devint compagnie de gendarmes, et il en resta capitaine-lieutenant. Il servit comme maréchal de camp sous Condé. aux sièges de Thionville et de Sirck, aux combats de Fribourg et au siège de Phitipsbourg, en 1644. Clérambault obtint un régiment d'infanterie de son nom, et combattit à Norlinghen en 1645. Il leva un régiment de cavalerie, et devint mestre de camp général de cette arme, sur la démission du maréchal de Gassion. Il eut part à la conquête de Courtrai, de Berg-St-Winoc, de Mardick, de Fumes et de Dunkerque, en 1616. A la tète des gendarmes et des chevau-légers de la garde, en 1647, il chargea, près de la Basséc, huit cents chevaux, qui lurent presque tous tués ou pris, et il obtint, la même année, le gouvernement de la ville et de la citadelle
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de Courtrai. Lieutenant général en 1658. il servit à l'armée de Flandre sous le grand Condé. 11 commanda l'armée de Boni en 1651, et obtint la dignité de maréclial de France en considération de la prise du château etdu fort de Mont-Rond, où le marquis de Persan commandait pour Condé. Gouverneur général du Derri en 1665, il fut nommé chevalier des ordres du roi en 1661, et mourut en 1665. âgé de 48 ans. Le marquis de la Farc dit dans ses Mémoire* que le cardinal de Richelieu avait coutume de lui communii|uer les affaires les plus importantes. Quoique homme d'esprit, il avait beaucoup de peine à s'énoncer, c'est ce qui lit dire à madame Cornuel, lorsqu'ils vinrent à se brouiller, après avoir été longtemps dans une grande intimité : «J'en suis fâchée, s je commençais à l'entendre. » — Le marquis de Clérembault, son fils, devenu lieutenant général en 1702, commandait à la funeste journée d'IIochstett, en 1704, dans le village de Olcinhem. Il en sortit pour demander des ordres au maréchal de
I allai t; ne le trouvant pas, il essaya, en se sauvant, de traverser le Danube à cheval, et se noya. ( Voy. les Mémoire* de Sl-Simon. ) — Jules de Ci.érem- BAULT, son autre fils, abbé de St-Taurin d'Kvreux, fut membre de l'Académie française, où il remplaça la Fontaine. Comme il était contrefait, les plaisants dirent alors qu'on avait nommé Esope à la place de la Fontaine. D. L. C.
CLERFAYT (François-Sébastien - Charles- Joseph de Croix, comte de), feld-marëchal des armées autrichiennes, naquit au château de Braille, près de Binch, en Usinant, le 14 octobre 1733. Il s'appliqua d'abord à l'étude des langues, puis à celle des mathématiques, pour lesquelles il avait un goiït décidé, et entra au service vers 1749. Il fit avec distinction les campagnes de la guerre de sept ans contre les Prussiens, et se signala surtout aux batailles de Prague, de Lissa , de Hochkirchcs et de Lignitz. Il fut un des premiers braves que Marie-Thérèse décora de Tordre qu'elle avait institué en 1757. La paix de 1763 vint arrêter l'avancement de Clerfayt, cl fit succéder pour lui les charmes de la vie privée à l'agitation des camps. Il ne se montrait à la cour qu'aussi souvent que les bienséances l'exigeaient; tout son bonheur était de vivre dans ses terres, au milieu d'un cercle d'amis, occupé de ses vassaux, dont il fut toujours le bienfaiteur. Ne connaissant d'autre ambition que celle de remplir ses devoirs, d'autre gloire que celle d'être utile à son prince et à son pays, Clerfayt se rendit inaccessible aux séduisantes propositions qu'on ne manqua pas de lui faire de toutes parts ; ennemi par principe des innovations, il admirait peu le système de l'empereur Joseph, mais il ne s'en croyait pas moins tenu de garder la foi qu'il lui avait jurée.
II servit en qualité de lieutenant général pendant les rampantes de 1788 et 1789 contre les Turcs, et rendit d'importants services, que le grade de général d'artillerie et le grand cordon de Marie-Thérèse récompensèrent en 1790. Chargé, en 1792, de commander un corps de 12,000 hommes que l'Autriche réunit à l'armée prussienne sur les frontières de la
Champagne, il se rendit maître de Stenai, emporta le passage de la Croix-aux-Bois, et lorsque le roi de Prusse et le duc de Brunswick eurent évacué le territoire français, il se replia sur les Pays-Bas avec son corps d'armée, et conduisit les dernières opérations de la campagne sous les ordres du duc Albert de Saxe-Teschen. La retraite qu'il fit après la bataille de Jcmmapes, avec un corps moins nombreux de moitié que l'armée française, fut admirée de tout le monde. La campagne de 1793 fut encore plus glorieuse pour Clerfayt, qui commandait une division sous le prince de Cobourg ; il surprit les Fran çais à Aldenhoven le 1" mars, se porta avec rapidité sur Maastricht, dont il fit lever le siège, et décida, par sa fermeté, le succès de la bataille de Ncrwinde, où il commandait l'aile gauche, qui soutint les plus grands efforts de l'armée française. Il ne montra pas moins d'habileté à Quiévrain, à Hanson et à Famars, où il fut cependant battu par le général Dampierre. Le Quesnoi lui ouvrit ses portes après une défense vigoureuse. Placé, en 1794, a la tète d'un corps d'observation, Clerfayt se vit obligé de rester sur la défensive. 11 soutint dans la West-Flandre les attaques de l'armée que commandait Piehegru, et, après sept combats consécutifs, cédant enfin à la supériorité du nombre, il fit sa retraite iur Tournai ; combinant ensuite ses opérations avec celles du prince de Cobourg, il ramena son armée en bon ordre, d'abord sur les bords de la Meuse, et ensuite derrière le Rhin. Il reçut en 1795 le bâton do feld-maréchal, avec le commandement des armées impériales sur le Rhin, et cette campagne fut celle où il acquit le plus de gloire. Obligé d'abord de céder aux efforts réunis de trois armées françaises, dont l'une bloquait Mayence, tandis que les deux autres passaient le Bhin sur deux points très-éloignés, il les attaqua ensuite toutes les trois successivement, et les força l'une après l'autre à se retirer. L'électeur de Mayence, dont il venait de sauver la capitale, lui offrit une boite ornée de son portrait et enrichie de brillants. On y lisait l'inscription sutrante : Clerfaitio, obsessa Moguntict liberatori, Germants virluti* vindici, Fred. Cari. Jot. prim. elect. Mogunt., 1795. Rappelé à Vienne au mois do janvier 1796, il y fut reçu avec enthousiasme par lo peuple, et comblé de faveurs par la cour. L'Empereur lui envoya le collier de la Toison d'or, et alla le voir lui-même, chez lui, accompagné du prince Charles. Malheureusement pour Clerfayt, il s'était constamment opposé à ce qu'on transportât le théâtre de la guerre en Alsace, et il n'avait cessé de combattre les projets présentés par Wurmscr. Cette opposition déplut à la cour de Londres, il perdit son commandement, et eut le cliagrin de le voir passer entre les mains de son rival. L'inaction acheva de consumer ses forces, et sa santé, altérée par les faligues de la guerre, devenant de plus en plus chancelante, il mourut à Vienne, le 18 juillet 1798. Celte capitale lui fit ériger un superbe monument. Bon, généreux, d'une aménité sans égale, Clerfayt était chéri de tous ceux qui l'approchaient ou qui serss ordres. Sa bourse était ouverte à tous
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les officiers qui servaient sous ses ordre*, et, la veille de sa mort, il brûla toutes les reconnaissances qu'il en avait renies. «Je suis moins sûr, dit-il, de nies « héritiers que de moi. « Modeste même dans ses habits, on le voyait toujours, lorsqu'il allait à l'ennemi, en grand uniforme et décoré de tous ses ordres, disant « qu'un jour de bataille est un jour de « fétc pour un guerrier. i> Si — T.
CLERCEP.1E (Gilles de la). Voyez Bai de LA Ci.ERr.f-niE.
CLlilUC (Pierre), littérateur, né à Ré/iers. en 1002, entra chez les jésuites, proJKsa les humanités dans divers collèges, et la rhétorique à Toulouse pendant vingt-deux ans, avec une grande réputation. Il remporta huit prix de poésie aux Jeux floraux. Lors de la querelle sur les anciens et les modernes, il se déclara pour ceux-ci dans uncépitreà la Motte, qui est imprimée. Le P. Cléric avait de l'imagination, une grande vivacité d'esprit cl des saillies heureuses; mais il soignait peu ses ouvrages, auxquels on reproche le délaut de correction. Il comptait au nombre de ses amis le célèbre P. Vaniére , qui l'a cité d'une manière honorable dans le i" livre du Pradium rusticum, ainsi que dans sesOpuseula, ou l'on trouve, p. 171, des vers au P. Cléric sur le nouvel an. Il eft le bonheur assez rare de conserver toute la fraîcheur et la grâce de son esprit jusque dans un fige très-avancé. Tilon du 'J illel, passant à Toulouse en 1750, alla visiter le P. Cléric, dont la Yerve se ranima pour célébrer l'auteur du Parnasse français. A son départ , il lui remit une pièce de cent cinquante vers pleins de cette chaleur qui n'est ordinaire qu'à la jeunesse. Il mourut le 1G mars il 40. Outre des vers dans le Recueil des Jeux floraux, dans le Mercure et dans le Parnasse chrétien, 4750, in-12, il a laissé plusieurs ouvrages manuscrits: une oraison funèbre du due de Rourgogne , en latin ; des vers latins sur les bustes des illustres Toulousains, exécutés par Arcis, habile sculpteur; des imitations en vers français de V Electre de Sophocle et de YAndricnne de Terence, et une comédie intitulée : les Embarras de l'homme de lettres. Il avait entrepris un Gradus français sur le plan du Diclionarium poeticum de Vaniére, et l'on trouva dans ses papiers des matériaux pour le continuer. ( Voy., pour plus de détails, le Parnasse français de Titon du Tillet, p. 721.) W— s.
CLlÎRlOxN ( Jacques), statuaire français, naquit en 1640, à Trcts, prés d'Aix en Provence. On ignore qui fut son maître, et si, à l'exemple du fameux Puget, son contemporain et son compatriote, il alla étudier en Italie les chefs-d'œuvre de la sculpture antique. On cunnail moins les détails de sa vie (pie ses ouvrages, qui sont estimés, mais dont le nombre est peu considérable. Il travailla à Paris pour la cour et pour les grands. On distingue, parmi les ouvrages qu'il fit pour Versailles, une statue de Jupiter, une Junon et une Venus calliptjge, d'après l'antique. Ces morceaux se voient encore dans le parc de Versailles. La statue de tfacchus. qui ornait autrefois la «aile de Trianon, est un des beaux ouvrages de Clélion. Il avait encore fait deux bustes pour l'église de I
St-Jean à Aix. Cet artiste avait épousé Geneviève Cologne, qui peignait avec succès les (leurs, les fruits et l'histoire, et qui avait mérité, par ses talents, d'être admise à l'académie royale de peinture. Il la perdit en 1708, et mourut lui-même en 1714. ( Foy.P. Prr,Ei.) A — s.
CLÉRISSEAU (Charles-Louis), peintre etarchitecle français, né en 4720, fut, dès le commencement de sa longue carrière, destiné k la culture des arts, et se rendit à Rome, où il séjourna longtemps, pour y étudier les modèles de l'antiquité. Il fut lié dans cette capitale avec ce qu'il y avait de plus distingué pir le rang et le talent. On trouve, dans les Lettres familières de Winckelmann (t. 2, 204-10 ), un extrait de la correspondance qu'il entretint pendant plusieurs années avec cet homme célèbre. Il rapporta de son voyage en Italie 20 volumes de dessins d'après l'antique, qui furent achetés par l'impératrice de Russie. Revenu en France bien i avant la révolution , Clérisscau s'y lit dans les arts une réputation solide, et il y acquit une existence honorable. On lui doit, entre autres ouvrages, l'hôtel du gouvernement à Metz , qu'il fit exécuter d'après les ordres du maréchal de Rroglic. Il était de l'académie de peinture et sculpture de Paris, et il en fut longtemps le doyen. Il était aussi des académies de Londres et de St Pétcrsbourg , et il prenait le titre de peintre de l'impératrice de Russie, Catherine 11. Ce fut Clérisscau qui dc>igna Carré , son élève (voy. Carré), à cette princesse pour la place de directeur du musée qu'elle avait le projet de créer à Sl-Pétersbourg. La révolution , à laquelle il ne prit point de part , changea peu sa position. Dès ce temps-là il vécut retiré à la campagne, venant rarement à Paris. Le gouvernement impérial lui accorda la décoration de la Légion d'honneur. Lorsque le prince d'Anhalt , qui l'avait autrefois connu à Rome, se rendit en France, en 1810, pour les fêtes du mariage de Napoléon , il alla le visiter dans sa retraite, et lui donna toutes sortes de témoignages d'estime et d'affection. Clérisscau avait alors quatrevin-t-sept ans. Il mourut à Autcuil, le 10 janvier 1820, dans sa 00e année. On a de lui : Antiquités Se ta France, Monuments de Nimes, Paris, 1778, grand in-fol. avec 42 planches ; nouvelle édition , avec le texte historique et descriptif par J.-G. Legrand, gendre de l'auteur, Paris, 1800, 2 vol. grand in-rol.,dont le 2e, qui se vend séparément, contient 63 planches. M — D j.
CLERJON (Pierre), naquit à Vienne, en Dauphiné, au mois de mars 1800, de parents qui jouissaient d'une modeste aisance. De rapides et brillants succès lui obtinrent une bourse au lycée de Grenoble. Un prêtre du collège s'attacha le jeune Clerjon, espérant lui faire embrasser l'état ccclc.-iastiqtie. Le docteur Ililon le détourna de la théologie et l'engagea à étudier la médecine. Clerjon commença son cours à Lyon, et le termina à Paris à Pàge de vingtdeux ans. Les travaux auxquels il se livrait avec peu de ménagement lui causèrent une maladie qui le mit aux jiortes du tombeau ; les médecins l'envoyé* I rent alors à Montpellier, dans l'espoir que la douceur
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du ciel méridional et quelques distractions rétabliraient peu à peu sa santé. Quand il se crut hors de danger, il se hâta de rejoindre ses parents , qui venaient de fixer leur domicile à Lyon. 11 concourut bientôt pour le majorai de l'Hôtel -Dieu; mais il ' échoua , sans doute à cause de sa trop grande jeunesse , que rendait plus apparente encore la vive fraîcheur de son teint : Clerjon avait alors vingt-cinq ans. La thèse qu'il soutint à Montpellier pour le doctorat lui valut des protecteurs et des amis. Une chaire de médecine lui fut offerte dans celle ville ; il la refusa. Cependant ses éludes haliituclles ne détournaient pas son attention de la littérature. 11 écrivit un roman, qui parut sous le voile de l'anonyme, intitulé : Chroniques françaises, première série, 8 vol. iu-12. Les quatre premiers contiennent : Le Curé de campagne, ou la petite ville en révolution; et les quatre autres : l'Attaque du pont, ou la ftlte retrouvée, par Alphonse Lory, membre de l'académie des Robcrtins, inspecteur des eaux thermales de la même ville, Paris, Doulland, 182i>-5lt. Cet ouvrage était empreint de l'esprit niaisement irréligieux qui défrayait alors toutes les colonnes de quelques journaux. C'était de plus une satire , où l'auteur traduisait sur la scène deux littérateurs qu'il regardait comme ses ennemis , quoiqu'il n'en eut reçu que des services. Un libraire de Lyon crut touleluis apercevoir dans ces essais de jeune homme le germe d'un talent qui pourrait s'essayer à quelque chose de plus utile et de plus sérieux. Il engagea l'auteur à écrire une histoire de Lyon. Sans s'effrayer a l'aspect d'une lâche aussi pénible , Clerjon se mit à l'œuvre, et l'on vit bientôt paraître, avec le discours préliminaire , une première livraison de son Histoire. Ce grand travail, que reliaussail la main d'un peintre lyonnais fort distingue, M. Richard, il le poursuivait avec ardeur, lorsqu'une phUiisie du larynx vint l'enlever à ses amis et aux lettres, dans la nuit du i'J au 20 février 1H32. S'il souffrit cruellement, la religion du moins adoucit l'amertume de ses dernières heures. M. l'abbé de Buunevie le remplit de courage et de calme en face de la mort. Le dentier jour de sa vie , Clerjon priait et priait sans cesse à haute voix : a 11 est si doux d'aimer Dieu ! » disait- ii avec émotion ; cl puis il priait encore quand il expira. Nous insistons sur ces détails, parce que les opinions irréligieuses du jeune écrivain oui jeté dans l'esprit d: ses lecteurs une idée trop défavorable à sou talent. S'il faut déplorer la légèreté vollairienne avee laquelle Clerjon traite en général tout ce qui regarde notre histoire ecclésiastique, il n'en est |>.is moins vrai que son Histoire de Lyon, Lyon, ■1829 à 1831, 4 vol. iu-8s, est le premier jet d'un beau monument. Oit reproche à l'auteur, non sans quelque justice, de n'avoir pas toujours indiqué les sources où il puisait, et d'avoir quelquefois dénaturé les faits, ou à dessein, ou par défaut d'étude approfondie. Quant à son style, il esl pur et abondant, mais un peu diffus. Clerjon touchait à son 4* volume, et sa narration expirait avec le règne de François lrr. C'est M. Moi in qui s'est chargé de continuer celle histoire intéressante. C—L—r.
CLERK (Jean), évoque de Rath et de Wells.' Après avoir fait son cours académique et reçu le bonnet de docteur en théologie à Cambridge, il alla étudier le droit canon a Dolognc, où il prit des degrés dans celle faculté. De retour en Angleterre, le cardinal Wolsey se l'attacha en qualité de chapelain, et l'investit de toute sa confiance. Son mérite , soutenu de la faveur de ce ministre, lui valut le doyenné de Windsor et la charge lucrative de maître des rôles. Henri VIII l'employa dans plusieurs missions importantes, qu'il remplit à la satisfaction de son mai ire. Chargé d'aller présenter à Léon X le fameux ouvrage de ce prince contre Luther, qui lui lil donner le litre de défenseur de la foi, il prononça à celle occasion, en plein consistoire, un discours éloquent qui le mil en grande réputation à Home. Ce discours a élé imprimé avec l'ouvrage. 11 fut récompensé de sa missiou par l'evèché de Dalh, en 1Ô25. Lu — qu'Henri eut pris la résolution de se séparer d'Anno de Cleves, il choisit Clerk pour en poitcr l'avis au duc de Cic\es, frère «le la |uincesse, et lui en ex|»oser les raisons. Ce fut au retour de cette ambassade qu'il mourut, eu 1540. On croit qu'il avait élé empoisonné avant de partir d'Allemagne. Quelque» auteurs ont écrit (pie Henri V III ayant voulu l'engager à soutenir la légitimité de son divorce avec Catherine d'Aragon, il s'y refusa, écrivit même en faveur de cette princesse, et fut l'un de ses défenseurs, sans avoir perdu pour cela les bonnes grâces du monarque ; ce qui parait bien opposé au caractère irascible et Vindicatif de Henri, ainsi qu'à ses procédés violents contre tous ceux qui ne secondèrent pas ses vues daus cette affaire. D'ailleurs son nom ne se trouve nulle part dans la liste des défenseurs de la princesse. Ou le voit, au contraire, ligurer partout, soit au parlement , soit dans rassemblée du clergé, parmi ses adversaires. On ne conçoit guère non plus comment il eût élé chargé d'aller justifier le divorce du même prince à la cour de Clé» es, s'il s ciait montré si opposé à celui de Catherine. Aussi Dodd et autres disent- ils qu'il fut un des plus ardents promoteurs du premier divorce et de la suprématie royale. On a de ce prélat : \" une Défense du divorce de Henri VU avec Catherine d'Aragon ; 21 un recueil de lettres, écrites de Home pendant son ambassade en cette cour; .">" dos harangues el des discours, prononcés en différentes occasions. — Jeun Clerk, d'une famille différente de celle du précédent, lit dans l'université d'Oxford de très-bonnes éludes, qu'il perfectionna dans ses voyages sur le continent , où il s'appliqua à apprendre les langues modernes, et particulièrement la française. A son retour en Angleterre, il devint secrétaire du due de IVorlolk. Son zèle- pour la religion catholique lui allira de fréquentes persécutions sous le régne de Henri VIII et d Edouard VI. Il fui mis en prison, et trouvé étranglé avec sa fille, le H) mai ISSSL Les historiens varient sur les causes de sa détention et sur les auteurs de sa mort trafique. Se< ouvrages sont : I" Opusculum plane divinum de morluorum resurrectiouc , et eilrcmo judicio in quatuor libris succincte conscriplum, latine, anglice, italice, gal-
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lice, Londres, 1545, in-4°; 2» Déclaration de rertaint article», avec l'exposition des erreurs capitales sur la même question, ibid. , 4546, in-ëP ; 5° Méditations sur la mort ; 4° de Italica Declinatione verborum ; b" Traité de la noblesse, traduit du français. ï — D.
CLERK (John), célèbre tacticien naval, naquit i Eldin en Ecosse , vers 1730. Son père était baron de l'échiquier et l'un des commissaires chargés de négocier l'union entre l'Ecosse et l'Angleterre. Destiné d'abord à la médecine, il lit ses premières études à l'université d'Edimbourg; niais il reuonça bientôt à ce projet, et séjourna longtemps à la campagne, occupe de diriger une exploitation de mines de charbon de terre , ce qui lui donna l'occasion d'inventer des machines fort ingénieuses pour l'extraction et le transport de ce combustible. A la même époque une lecture attentive de la relation de quelques batailles navales lui donna l'idée d'une manœuvre décisive* Il démontra qu'en attaquant des deux côtés a la lois la flotte ennemie, d'après l'usage constamment suivi, on exposait les vaisseaux charges de transmettre des ordres, ou de porter des secours a l'une des deux divisions, au feu de toute la ligne ennemie qu: lès désemparait infailliblement. Il proposa alors d'ciiloncer le centre de cette même ligne et d'obtenir ainsi un avantage assuré. Ce plan fut communiqué à l'amiral Rodiicy , qui l'essaya, avec trop de succès pour les armes francai-vs , contre la flotte du comte de Grasse, le 12 avril 1782. a Le nom « de John CIcrk, a dit Walter Scott, ne doit jamais « être prononcé par les Anglais qu'avec admiration «et respect, puisque, jusqu'à l'apparition de son « Essai, la manœuvre qui consiste à rompre la ligne « ennemie n'avait pas encore été pratiquée d'après a un principe régulier et délini, malgré tout ce que « les rivalités de profession ont pu alléguer de rou- « traire. La douceur, on pourrait dire la simplicité « de ses manières , était égale à l'originalité de son • génie. Mous lui devions ce faible hommage, nous « qu'il honora de son attention dès notre enfance, « nous qui étions a ses côtés quand il expliquait ce « système qui apprit aux marins anglais à connal- « tre leur force et à en faire usage. Mous étions bien « jeune encore, puisque nous nous souvenons qu'es- « piègle que nous étions alors, nous dérobions sur « sa table quelques-uns des petits modèles en liége « qui servaient à ce savant pour la démonstration « de ses manœuvres. Ce n'était qu'en souriant qu'il « nous grondait, lorsque l'absence de l'un de ses « vaisseaux de ligne l'empêchait d'expliquer sa tac- « tique d'une manière complète (1). » Ce qu'il y a de remarquable dans Clerk , c'est qu'ainsi que le général Jomini, qui n'avait pas fait une seule campagne, ni assisté à une bataille lorsqu'il écrivit ses premiers traités des grandes opérations de la guerre, le tacticien anglais n'avait pas ,-.1 un seul voyage
(i) L'amiral Nelson était passionné pour le Irallé île Clerl sur la unique navale, ei souvent dans ses loisirs il priait !H. Scan, son i h.i|.elJin, de lui lire quelque rho*- de* l)i« tautafct, avec la r.irme des.|ui-lles les vatamu ont de la re>seml<lanee. ( Voy. Uatatllei nom/m, par le contre-amiral F.liu», 162*, ln-4" )
sur mer lorsqu'il donna son Essai méthodique et
historique sur la lactique navale, 1 vol. in-4» avec planches, première partie, 1782, réimprimée avec additions en 1790. L'ouvrage, traduit en français par Lcscalier, est divisé en 4 |>arlies dout les trois dernières, en 2 vol. in-4*, furent publiées en 1797. Une seconde édition a paru depuis. Rodncy en faisait le plus grand cas, et cet amiral communiqua à l'auteur plusieurs observations dont celui-ci profita. L'amiral Duncan, dans l'action qu'il eut en 1798, avec la flotte hollandaise, suivit un plan tracé dans cet Essai, et a son tour il en témoigna sa reconnaissance a CIcrk. Cet estimable savant mourut à Eldin, dans un âge avancé, en juillet 1812. Il était membre de la société des antiquaires d'Ecosse et de la société royale d'Edimbourg. — Sir William-Henry Clerk ou Clerk e, philantrope anglais, fut recteur de Bury en Lancashire. Il publia en 1790 un écrit intitule : Thoughts, etc. ( Réflexions sur les moyens de conserver la santé des classes pauvres , en prévenant les fièvres épidémvjues). Il mourut eu avril 1818, âgé de 00 ans. M — d j.
CLEHKE (Charles), ami et compagnon de l'illustre Cook, naquit en Angleterre, en 1741, fut élevé dans l'académicde la marine à Porstmouth, et servit comme pilotin dans la guerre de 1750. Placé à la hune d'artimon pendant le combat de la Bellone et du Courageux, il tomba à la mer avec le màt. Ses camarades prirent ; lui seul lut sauvé. Entre dans la carrière des découvertes, il lit partie de presque toutes les expéditions envoyées par l'Angleterre dans les mers du Sud. 11 suivit le commodore Byron, en 1764, 65 et 66, et accompagna successivement le capitaine Cook en 4768, 1772 et 1776. Il commandait ta Découverte dans le dernier voyage, et, à la mort de Cook, il se trouva à la tète de l'expédition. Une maladie de langueur, dont il était attaqué depuis son départ d'Angleterre, faisait alors les plus lapides progrès, h lui restait une seule chance de guérison, c'était de retourner dans îles climats plus doux ; mais la voix du devoir lui ordonnait de se diriger vers des climats glaces : Clerke n'écouta qu'elle. 11 quitta les îles Sandwich, se porta vers le nord, et persévéra dans la recherche du passage qui faisait le principal objet de l'expédition, jusqu'au moment où les officiers des deux vaisseaux déclarèrent qu'il était impraticable, et que toute tentative ultérieure deviendrait dangereuse, sans utilité. Il retournait au port de St-Picrre et St-Paul, lorsqu'il mourut à la vue des côtes du Kamtc hatka, le 22 août 1779. Clerke était regardé comme un des officiers les plus consommés dans la science navale, et les plus digues de remplacer Cook. Cet éloge semble justiflé par la manière dont il suivit les plans de son illustre prédécesseur. Il explora de nouveau les iles Sandwich, et recueillit sur ces tics des renseignements assez étendus, qui depuis ont été complélés par la Peyrouse, Vancouver, d'Entrecastcaux ct Turnbult. Il visita le Kamtschalka, et «'avançant au nord, entre les deux continents, jusqu'au 69" de latitude, il acheva de démontrer l'impossibilité de pénétrer à travers les glace», soit sur la côte d'Asie, soit sur celle d'Atuc-
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rique. C'est dans la relation du troisième voyage de Cook qu'on peut apprécier la part honorable que Clerke eut à cette célèbre ex|>éditioii. L. R— e.
CLERMONT (Raoll Ier, comte de) en Beauvaisis, connétable de France en 1 1 ,:>s, sous Louis VI I, dit le Jeune, accompagna ce prince dans la Palestine, et fut tué au siège d'Acre, en juillet 1191. Il souscrivit les lettres patentes touchant la régale de Laon. ( Voy. la Colleclxondes Ordonnances de nosrois par Secousse, t. 1" p. 42) — Jean de Clekmo.m , seigneur de Chantilly, maréchal de France -mi-, le roi Jean, en 1352, fut envoyé sur les frontières de Picardie et de Flandre pour négocier la paix avec les Anglais, en 4334. 11 fut lieutenant du roi eu Poitou, Saintonge, Angoumois, Périgord, Limosin et partie de l'Auvergne, en 1333. Il était à la journée de Poitiers. Exposé au feu des Anglais, à la sortie d'un délilé, son cheval s'abattit sous lui ; Jean de Clermont ne put se relever, et perdit la vie, le 19 septembre 1336. D. L. C. * *
CLERMONT (Charles Ie', duc de Buikbom, comte de), né en 1401, hit arrêté et enfermé dans la tour du Louvre lorsque les Bourguignons surprirent Paris, en 4418. Le duc de Bourgogne (Jean-sans- Peur) , voulant l'attacher a son parti, le mit en liberté peu de temps après, et le contraignit d'épouser Agnès, .sa lille, qui n'était pas encore nubile. Il se hâta de la renvoyer au nouveau duc Philippe le Bon, et de se jeter dans le parti du dauphin, lorsque Jean-sans-Peur eut été assassiué sous ses yeux, au pont de Montereau, en 1419. Nommé capitaine général en Languedoc et en Guicnue, il prit Aigues- Morles et Beziers, et remit sou gouvernement au dauphin, devenu roi sous le nom de Charles VU, en 4423. 11 se raccommoda bientôt avec le duc de Bourgogne, et son mariage avec Agnès fut enlin célèbre en 1323. 11 se brouilla de nouveau avec ce prince, pénétra, les armes à la main, jusqu'en Franche- Comté, se raccommoda encore avec lui par l'entremise des comtes de Richemonl cl de Nevers ; et c'est dans les fêtes célébrées à Ne vers en celle occasion qu'ils déterminèrent Philippe a rendre la paix à la France. La fidélité du comte de Clermont envers sou souverain ne se soutint pas longtemps ; il eut part à cinq ou six rébellions, obtiut toujours sou pardon, et passa le reste de ses jours uniquement occupé du soin de ses vastes domaines, qui comprenaient l'Auvergne, le Forez, etc. 11 mourut le 4 décembre 1 436. Sa pclite-lille , Susanne, épousa le connétable de Bourbon, et lui porta en dol ce riche héritage. ( Voy. Charles, duc de Boludon.) C M. P.
CLERMONT (Lotis DKBounBO>-C»>DÉ. comte DE), né le 13 juin 4709, lui tonsuré à fige de neuf ans, et ensuite nommé aux abbayes du Bec, de Si-Claude, de Noirmouticr el de Sl-Germain-des- Prés. 11 montra de bonne heure du goût pour les lettres, et forma, sous le litre de société des arts, une reunion littéraire, aux séances de laquelle il assistait fréquemment. Le pape lui accorda, en 1733, une dispense pour entrer dans la carrière militaire, sans renoncer a ses béuélices, et, dans la même année, il lit uue campagne eu Allemagne, puis dans les
Pays-Bas, où il se trouva au siège de Menin et à la bataille de Laufeld. Il lit encore la campagne de 1747 avec le roi el le maréchal de Saxe. 11 se trouva à la bataille de Fonteuoy el de Raucoux, et fut chargé des sièges d'Anvers et de Namur, dont il s'empara successivement. 11 montra delà valeur et de l'habileté, et parut, en plusieurs occasions, digne de son grand nom. Ce prince ayant désiré , en 1734, entrer a l'Académie française, sa nomination donna lieu a des discussions assez importantes dans l'histoire de cette société. « Le désir qu'il en avait, dit Duclos. a ayant clé communique à dix d'entre nous, tous « gens de lettres, le premier mouvement de nos a confrères fut d'en marquer au prince leur joie et « leur reconnaissance. Je partageai ce second een- « liment ; mais je les priai d'examiner si cet hon-
* rieur serait pour la compagnie un bien ou un mal; « s'il ne pouvait pas devenir dangereux ; si l'égalité « que le roi veut qui régne dans nos séances entre « tous les académiciens, quelque différents qu'ils « soient par leur état dans le monde, s'étendrait jus- « qu'à un prince du sang ; enfin, si nous, gens de « lettres, ne nous exposions pas à perdre nos préro- « galives les plus précieuses, qui toucheraient peu « les gens de la cour nos confrères, assez dédomma- « gès de l'égalité académique par la supérioritéqu'ils m ont sur nous partout ailleurs, m Ces observations frappèrent les confrères de Duclos, el l'Académie, sans manquer d'égards au prince, montra dans celle circonstance beaucoup de caractère et de dignité. De son colé, le comte de Clermont fit preuve d'un bon esprit ; il désavoua un mémoire dans lequel des ofliciers de sa maison avaient prétendu qu'il
• ne convenait pas à un prince du sang d'enU*er dans « aucun corps sans y avoir une préséance marquée «c et un rang distingué. » Cependant il ne sut pas s'élever au-dessus de celle deruiére considération; cl comme l'Académie avait décidé qu'elle ne devait, dans aucun cas, s'écarter de ses réglemente, le prince ne crut pas devoir paraître en séance publique a la place du récipiendaire, qui était la dernière, et il ne prononça pas un discours qu'il avait lui-même préparé; il vint seulement à une séance ordinaire, sans s'être fait annoncer, combla de politesses ses nouveaux confrères, ne les nommant jamais autrement, opina Uès-bien sur les questions qui furent agitées dans la séance, reçut le jeton de droit de présence, se trouvant, dit-il, honoré du partage, el tout se passa à la plus grande satisfaction du prime et de l'Académie. Le pubHc ne prit pas aussi bien lu chose, et un grand nombre de sarcasmes et d'épigrammes furent dirigés contre l'Académie et le nouvel académicien. La plus remarquable et celle du poêle Roi :
Trente-neuf joints à zéro, Si j'entends bien mon numéro, N'ont jamais pu faire quarante; D'où je conclus, troupo savante, Qu'ayant à vos cotés admis ('.leriiioiit, cette masse pesante, Ce digne cousin de Louis, La place est encore vacante.
4Sfe CLE Les mémoires du temps rapportent que cette plaisanterie causa la mort de son auteur, et que les gens du comte maltraitèrent tellement le poète, qu'il expira peu de jours après. Toutes ces circonstances affectèrent vivement le prince, et il ne se montra plus aux séances académiques. En 1758, le maréchal de RiclMîlicu, effrayé de la situation de l'armée de Hanovre, ayant demandé sa démission, fut remplacé par le comte de Clcrmont. Celle armée, divisée sur uncligne beaucoup trop étendue, futaltaquée presque aussitôt parle prime Ferdinand de Brunswick. Après avoir évacué précipitamment le Hanovre et la Wcstphalie, elle vint se placer derrière le Rhin, où l'ennemi la suivit avec la même vigueur, et remporta sur elle divers avantages, qui furent couronnés par la victoire deCrévelt. Dans cette dernière bataille, le comte do Clcrmont, trompé par de fausses démonstrations sur son Iront, et tourné sur sa gauche, essuya de grandes perles, et se relira avec beaucoup de précipitation jusqu'à Cologne, où il remit le commandement au marquis de Contades. On prétend que c'est dans cette retraite qu'en arrivant a Nuytz, il demanda s'il avait paru des fuyards, et qu'on lui répondit : a Monseigneur, vous êtes le premier. » Le grand Frédéric, se rappelant que le comte de Clcrmont avait d'abord embrassé l'étal ecclésiastique, avait dit, au moment où ce prince vint prendre le commandement de l'armée : o Je ne désespère pas o de voir les armées françaises commandées parl'ar- « chevéque de Paris.» Après ces fâcheux événements, le comte de Clermonl était revenu à la cour ; niais il se défit bientôt de se» bénéllces, et passa le reste de ses jours dans la retraite, employant ses revenus à faire d'immenses charités. Il mourut à Versailles, le 15 juin 1770. Son éloge par d'Alembert, lu à l'Académie le 19 juillet 1781, est dans le t. là de V Histoire des membre* de l'Académie française, M — n j.
CLERMONT (SlBAOD de), que la maison de Clermont-Tonnerre regarde comme l'auteur de son illustration, vivait au commencement du 12e siècle. On prétend qu'ayant chassé de Rome l'antipape Burdin ou Bourdin, il remit sur le trône pontifical Calixte II, en l'année I MO, et qu'en reconnaissance de ce service, Calixle accorda par une bulle, à Sibaud do Clermonl et à ses descendants, l'insigne privilège de porter dans leurs armes deux clefs d'argent en sautoir, d'avoir pour cimier la tiare papale, et pour devise: Ktiamsi opporluerit nos mort tecum, non le negabimus, ou bien .S. omnes te negaverint, ego te negabo. Mais cette bulle n'est citée par aucun historien digne de foi, et c'est sans doute quelque généalogiste qui, pour établir cette prétendue concession, lui a donne une date romaine : 9 kat. junias anno MCXX ponlifteatus nostri secundo. On t ruit que les armes de la maison de Clcrmont, dont d'ailleurs l'ancienneté ne peut être contestée, étaient désarmes jwrlantes, parce que, dans l'idiome dauphinois, tûtr signifie clef. Il y avait a la chambre des comptes de Paris un acte passeen 1309, par Simon, seigneur de Clcrmont, et cet acte était scellé d'un cachet portant l'empreinte d'une clef posée en pal. Avant que les seigneurs de Clermont incamérassent
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les clefs papales dans leur maison, ils portaient dans leurs armes une montagne d'argent surmontée d'un soleil d'or, et c'étaient encore des armes parlantes, le soleil exprimant la première syllabe de leur nom, et la monlnxne la seconde. V — ve.
CLERMONT-TONNERRE (François de), évèque et comte de Noyon, né en 1629, et Iliade François, comte de Clcrmont et de Tonnerre, lieutenant général en Bourgogne, fit ses études à Paris, chez les jésuites, fut reçu docteur en Sorlwnne, prêcha un Avent à la cour, fut nommé évèque en 106», prononça plusieurs discours dans les assemblées d« clergé, présida celle de 1695, et harangua Louis XIV au nom de l'I-'glise de France. Ce monarque le nomma conseiller d'Etat et le fil commandeur de l'ordre du Sl-Esprit. Il a\ail clé reçu membre de l'Académie française en 1691. Il engagea le président Cousin à rédiger, sur les mémoires qu'il lui fournit, I Histoire des saints de la maison <f« Tonnerre et de Clermont, qui fut imprimée à Paris en 1098, in-12. Ce prélat s'était occupé d'un Commentaire mystique et moral surl'Ancitn et sur te Nouveau Testament, mais il n'a jamais été publié. Ses Statuts synodaux le furent à St-Qucntin, 1667, in-8°. lira lit paraître d'autres dans la même ville, 1677, ilt-89; d'autres encore, ibid., 1680, in-4°. Enfin il fit imprimer à Noyon des Ordonnances synodales, en 1698, in-12. il est parlé dam beaucoup de recueils d'anecdotes, qui, suivant Voltaire, sont si souvent des mensonges imprime», et dans plusieurs ouvrages d'auteurs contemporains , de la vanité excessive o'e 1'évèque de Noyon, et de la haute opinion qu'il avait de lui-même. On prétend qu'il ne jugeait point son mérite inférieur a sa naissance. On lui attribue deux mémoires |>our servir a son éloge, qu'on dit avoir été dictés par lui-même, à un chanoine nommé Lucas, qui lui servait de secrétaire. Ces mémoires n'ont été imprimés qu'en 1745, dans le, Recueil A ; et d'Alemliert les a reproduits dans son Histoire des membres de l'Académie française, t. 2. Le premirr de ces mémoires, s'il n'est |K>inl entièrement fabriqué par un mauvais plaisant, a reçu du moins des additions perfides, et le second peut être reganic comme entièrement apocryphe; on en jugera par le passage suivant : « L'Etat l'honore comme conseiller, « l'ordre comme commandeur, l'Académie comme « son oracle, et le monde comme un prodige. » Oa ne peut croire qu'un évéque. qui, selon d'Alemberf, pouvait être orgueilleux et même vain, mais ffl» n'était pas imbécile , ait ponssé la vanité jusqu'à faire un tel panégyrique de sa personne. Cependant il passait h la ville et à la cour pour être plein de lui ; on eu citait des traits singuliers, et Louis XIV paraissait lui-même joindra ses plaisanteries à celtes des courtisans. « M. l'évêqne de Noyon, écrivait « madame de Coulanges à madame de Sevigné, fait <t toujours l'amusement de la cour. Il sera reçu « après demain à l'Académie, et le roi mi a dit qn'il « s'attendait à (ire seul re jour-là. » L'abbé de Cath martin présidait l'Académie. Sa réponse à Tévêque de Noyon parut être une ironie perpétuelle ( roy. C vi martin), et ne fut imprimée qu'en 1714, dans
le Recueil des harangues prononcées var MM. de
l'Académie française, t. 2. La vengeance de l'évèque de Noyon, si cruellement immolé à la risec publique, fut digne d'un liomme de bien, et surtout d'un cvùi|uc. Il désira de voir l'abbé de Caumarlin; i| lui promit d'oublier ce qui s'était passé; il voulut le servir, et sollicita vivement pour lui l'ppiscopat ;
S lis Louis XIV, toujours mécontent, refusa de cenrder, et l'abbé de Caumarlin ne l'obtint qu'après la mort de ce monarque. On ne croit point devoir rapporter ici tous les traits singuliers, tous les mots extraordinaires qu'on attribue à l'évèque de Noyon : il suffira d'en citer quelques-uns pour faire juger rie tous les autres. On prétend qu'un cordelier ayant dédié une tbése à ce prélat, il lit ajouter aux titres que le moine lui donnait, ces mots : Yiro in teripturis polenlissimo. On rapporte qu'un de ses neveux, ayant donné à Louvois le titre de monseigneur dans une lettre qu'il écrivait à ce ministre, ajouta ces mots : « An nom de Dieu, ne montrez pas « ma lettre à mon oncle; car il me déshériterait. » CVst une singularité digne d'être remarquée, que, dans le recueil des éloges académiques de d'Alembert, celui de l'évèquc de Noyon est intitulé : Apologie de François de Clermont-Tonncrre; mais comme le secrétaire perpétuel a voulu tout dire et tout rapporter, il résulte du texte et des notes qu'il n'a véritablement fait ni une apologie, ni un éloge. Celui que l'évèque de Noyon lit de Darbier d'Ancmir, qu'il remplaçait à l'Académie, est loin de justilier que ce prélat eût une si haute opinion de luimême. Il disait avec une timidité naïve : « Vous le a voyez, messieurs, et je le sens encore plus, je « tremble de peur, et je suis transporté de joie. » Il parlait, dans une de ses lettres au cardinal de Bouillon, en 4672, « des mauvais oflices que quelques « méchants plaisants avaient voulu lui rendre, » et il en parlait sans aigreur, même avec modestie. On cite de lui des mots heureux. Masearon alléguait une incommodité pour ne pas faire l'oraison funèbre de François de Harlay, archevêque de Paris : « Ne dites pas que vous êtes incommodé, reprit Pé- « vêque de Noyon, dites plutôt que la matière est « incommode. * Le duc de Mazarin était à la Force; il se jeta aux genoux du prélat, qui était venu le voir, et lui demanda sa bénédiction. Le prélat s'en excusa longtemps; mais pressé par les instances du duc : a Monsieur, dit-il enfin, je vous donne ma o compassion. » Les jeunes poêles doivent de la reconnaissance à l'évëque de Noyon ; il est le fondateur du prix de poésie que l'Académie française proposait tous les ans; mais elle changea le sujet que le prélat avait prescrit, et qui devait être YEloge de Louis XIV à perpétuité. François de Clerraont-Tonnerre mourut à Paris, le 5 février 1 TOI, dans la 75' année de son âge. Son portrait a été gravé par Nanteuil. — François de Clehmoxt-Toxxerue, évéque et duc de Langres en KîOG, mort le 12 mars 1724, était neveu de l'évèquc de Noy on. Il prononça YOraison funèbre de Philippe de France, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV, imprimée à Paris, en 1701, in-4°. — Madeleine de Cxermont-
Tonnerre, abbesse de St-Paut-lez-Beauvai», morte en 1692, était tante de l'évèque de Noyon. 8a vie, composée sur les mémoires de madame de Sandricourt, a été publiée par François de Malinghen, piètre de l'Oratoire, Paris, 1704, in-12. V— vb.
CLERJIONT-TONNERRE (Gaspard, marquis de), né en 1688, commença à servir en 1703, et obtint un régiment de cavalerie, de son nom, en 170». Brigadier et commissaire général de la cavalerie en 1716, il fut nommé commandeur de l'ordre de St-Louis en 4720, puis maréchal de camp, lieutenant général et mestre de camp général de la cavalerie en 47."6. Employé à l'armée de Bohême en 1741, il se distingua au combat de Sahay, a la défense de l'Alsace et au siège de Fribourg. Il commandait la gauche de l'armée à la bataille de Fontenoi ; après avoir rallié l'infanterie, il se porta au centre, et contint les ennemis, quoique exposé à leur feu, jusqu'à la dernière charae. Il était à la prise de Tournay, à celle de Bruxelles, et comlwltit à Rauroux, en 1746. Il commandait trente-deux escadrons à la bataille de Laufeld: exposé au leu de quarante pièces de canon, il soutint pendant quatre heures l'infanterie qui attaquait le village de Laufeld, qu'elle emporta. Il chargea ensuite la cavalerie ennemie, la poursuivit, et s'empara de deux pièces de canon. Il fut créé maréchal de France le 17 septembre de la même année. Devenu doyen des maréchaux, il représenta le connétable au sacre de Louis XVI, fut élevé à la dignité de duc et pair, et mourut en mars 1781. — Son fils, Jules-Charles- Henri dk ( '. t. E h n on T-To x K e h r e , lieutenant général, due et pair, et commandant en chef le Dauphiné, tomba sous la hache révolutionnaire à 74 ans, le | 26 juillet 1794, deux jours seulement avant la chute de Robespierre. D. L. C.
CLERMOM -TONNERRE (Stanislas, comte de), fils du marquis de Clermont-Tonnerre et petitfils du maréchal, naquit en 1747, et suivit, dès sa i jeunesse, la carrière militaire. Il était colonel avant ! la révolution, et s'était fait connaître depuis long- ' temps par ses talents, ses principes littéraux et ses idées île réforme. Nommé président des électeurs de la noblesse de Paris, il fut le premier député de son ordre aux états généraux. Dés les premières séances, il se montra favorable aux prétentions du tiers état, et fut d'avis que les trois ordres devaient vérifier leurs pouvoirs en commun. H publia alors, de concert avec un autre député de la noblesse, un pamphlet qui contribua beaucoup à augmenter sa popularité. Peu de temps après, on le vit protester, avec plusieurs de ses collègues, contre les délibérations de la majorité de la noblesse, et se mettre à la tète de la minorité, qui le choisit \»mv son président, et le chargea de porter la parole lorsqu'elle alla se réunir aux députés du tiers état, qui s'étaient constitués sous le nom d'assemblée nationale. « Les membres de la noblesse, leur dit-il, « qui viennent se réunir à l'assemblée des états gé- « néraux, cèdent à l'impulsion de leur conscience et « remplissent un devoir; mais il se joint à cet acte « de patriotisme un sentiment douloureux. CeUo
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« conscience qui nous amène a retenu tin crawl » nombre de nos frères, arrêtés par des mandats «plus ou moins impératifs; ils cèdent à un motif « aussi respectable que les nôtres. Vous ne pouvez « désapprouver notre tristesse et nos regrets. Nous u sommes pénétrés de la sensibilité la plus vraie « pour la joie que vous nous avez témoignée; nous « vous apportons le tribut de notre zélé et de nos « sentiments, et nous venons travailler avec vous « au grand oeuvre de la régénération publique. » Ce discours, dans lequel le comte de Clermoni ne donnait point aux députés du tiers le titre d'assemblée nationale, dont ils s'étaient montrés fort jaloux, et dans lequel il excusait avec une sorte de complaisance la majorité de son ordre, ne satislit aucun parti, et on vit dès lors que relui qui l'avait prononcé suivrait une ligne intermédiaire, en se tenant éloigné de toute exagération. Doué d'un bel organe, avec un esprit cultivé, une elpquenee facile, et surtout une logique serrée, le comte de Clcrmont-Tonnerre acquit, dés les premières séances, un ascendant dont Mirabeau se montra souvent jaloux. Il présida, avec autant de talent que de dignité, dans plusieurs circonstances importantes. Admirateur passionné de la constitution anglaise, il ne laissa échapper aucune occasion de vanter ce système, et il le lit prévaloir dans le premier comité qui fut chargé de présenter une constitution, L'assemblée rejeta ce projet, et le comte de Clermont, qui en était désigné comme le principal auteur, ne fut pas nommé au comité chargé d'en présenter un autre. Dés ce moment, il perdit de sa popularité, et l'opinion qu'il manifesta en faveur du veto absolu acheva d'exciter contre lui la haine des démagogues. Les habitués du Palais-Royal . alors diriges par Camille Desmoulins et d'autres chefs du parti démagogue, lui écrivirent a cette occasion : « L'assemblée patriotique du Pa- « lais-Royal a l'honneur de vous annoncer que. si « le parti de l'aristocratie, formé par une partie du « clergé, par une partie de la noblesse et cent vingt « membres des communes, ignorants ou corrompus, « continue de troubler l'harmonie et veut encore la « sanction absolue, 15,000 hommes sont prêts à « éelairer leurs châteaux, et les vôtres parliculiérc- « ment, monsieur le comte. » Clcrmont-Tonnerre lut cette lettre menaçante à l'assemblée, et décida que, si l'on ne pouvait repondre de sa sûreté, le lieu des séances fût transporté hors de la capitale. Après la révolution du 14 juillet, il s'op|iosa à ce que l'assemblée demandât le renvoi des ministres, qu'il accusa néanmoins sans ménagement; mais il pensait que c'était porter atteinte aux privilèges du monarque que dé prendre l*initiativc à cet égard. Dans la fameuse nuit du 4 août 1789, il adhéra à tons les décrets d'abolition de privilèges, et demanda la suppression des capitaineries et droits de chasse. Peu de temps après, il fit accorder le droit de cité aux protestants, aux juifs, aux comédiens, et à tous les Français sans aucune exception. Il vota ensuite pour l'institution des jurés, proposée par son collègue Sieycs, et se plaignit de ce que ce député gardait trop souvent le silence, disant que de tels honi-
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mes sont le patrimoine des siècles. Le 22 février 1790, il proposa vainement d'investir le roi d<- toute la puissance executive, alin qu'il pût réprimer le» troubles toujours croissants dans les départements. Le 16 mai, l'autorité royale, contenue dans des limites constitutionnelles, trouva encore en lui un défenseur : il voulait qu'on laissât au roi le droit de paix et de guerre, et il ne demandait pour garantie que la responsabilité des ministres. Il n'approuva point la réunion a la France du cotnlal Venaissin ; c'est à ce sujet qu'il accusa Antonelle et le ministre de la guerre d'exciter des troubles dans le Midi. Plusieurs de ses collègues, professant les mêmes principes, s'étant retirés de l'assemblée après les événements des 5 et 6 octobre, il continua à y rester jusqu'à la fin de la session, et, dans l'espoir de faire adopter son système des deux chambres, il le mit encore en avant dans plusieurs occasions. Le 19 novembre, il s'opposa au renvoi des ministres, demandé par les sections, et quelques jours après il fonda, avec son collègue Malouet et quelques autres membres de la droite, le club monarchique, société politique qu'ils voulurent opposer au club des jacobins, mais qui, bientôt dénoncée à l'assemblée par Ilarnave et désignée comme une réunion de roiupirâleurs, fut obligée de se séparer. Clcrmont-Tonnerre avait dans ce même temps établi le Joumai des Impartiaux, que le talent de Fontanes et de plusieurs autres rédacteurs distingués ne put soutenir contre les attaques simultanées des deux partis extrêmes. Cette feuille périodique n'eut que deux mois d'existence. Son fondateur, se trouvant de plus en plus en butte à la fureur populaire, vit son hôtel investi, et il aurait été massacre, si un décret de l'assemblée ne fût venu dissiper la populace. Dés lors, réduit au silence et n'osant plus exposer sa vie et ses propriétés, il ne parla à l'assemblée qu'avec une extrême modération, et ne s'occupa que de législation et de finances. Lors de la fuite du roi en 1790, il fut arrêté un instant par le peuple aux Tuileries, et il envoya aussitôt son serment de fidélité à l'assemblée. Après la fin de la session, il resta à Paris, et y soutint contre son collègue Sicyes une discussion polémique sur le système municipal. Le 10 août 1792, son hôtel fut encore investi par la populace, sous prétexte qu'il s'y trouvait des armes. Conduit a sa section, il y fut interrogé et renvoyé absous ; mais, lorsqu'il retournait chez lui, un cuisinier qu'il avait renvoyé de chez lui pour vol ameuta encore une fois le peuple. Clermont-Tonnerre reçut à la tête un coup de faux, et, s'etant enfui chez madame de firissac, il y fut poursuivi jusqu'au quatrième étage, oû on le massacra. Tel fut le sort d'un homme aussi distingué par son caractère que par ses talents. Partisan éclairé de toutes les reformes utiles, son seul crime fut de s'être op|wsé avec courage au renversement du trône et aux progrés de .l'anarchie. Le comte de Clermonl- Tonnerre est auteur de quelques ouvrages de circonstance : 1° Opinion sur l'affaire de Toulon, 1789, in-îs"; 2° Analyse raisonnée de la constitution française décrétée par l'assemblée naliotuiU, etc., 1789,
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in-8*; 3° Opinion $ur Vaffaire Avignon du 2 mai
1791, in-8«; 4° Déclaration sur l'affaire d'Avignon, du 5 juillet 1791, brochure in-8°; 5° Nouvelles Observations sur te comité des recherches, sur les causes des troubles, etc., 1791, in-8»; 6° Recueil d'opinions, Paris, 1791, 4 vol in-8*. On lui aUribue encore : Journal du journal de Prudhomme, ou petites Obsenaiions sur de grandes réflexions, 16 numéros in-8*; — Essais de poésies, Paris, 1786, in-8° de 71 p. ; — enlin, avec de RouHiot, Mon Portefeuille, dédié àtna femme, Paris, 1791. in-18; mais il est fort douteux que ce dernier ouvrage soit de Clermont-Tonncrrc. M— D j.
CLERMONT ( Joachim-Jean), l'une des plus intéressantes victimes de nos troubles politiques dans le Jura, naquit en 1752, à Salins, d'une famille honorable de la bourgeoisie. Exempt de toute ambition, et jouissant d'une fortune indépendante, il se consacra dans sa jeunesse à la culture des lettres, et, par une étude assidue, acquit des connaissances variées. Un édil du roi ayant, en 1776, rendu aux communes le droit d'élire leurs officiers municipaux, Clermont dut à l'estime dont il était entouré l'honneur de faire partie de la nouvelle administration, et remplit successivement les fonctions de notahle, de conseiller et d'échevin. En 1788, il fut l'un des députés de Salins aux états de la province, et plus tard, l'un des commissaires chargés de la rédaciion des cahiers du bailliage. A la création de la garde nationale, il en lut élu colonel. Nommé peu de temps après maire de Salins, il trouva plus d'une fois dans ces temps difficiles l'occasic i de faire preuve de prudence ainsi que de fermeté. Député par son département à rassemblée législative, s'il céda sans peine à d'autres l'avantage de briller à la tribune, il ne cessa de défendre avec courage dans les comités les principes monarchiques, attaqués par ceux-là même qui avaient juré de les maintenir ; il ne tint pas à lui d'empêcher l'affreuse catastrophe du lOaoùt
1792. A la lin de la session, il se hâta de revenir dans sa famille, et reprit, autant que les circonstances pouvaient le lui permettre, ses habitudes studieuse*, désirant se faire oublier. Mais après la journée du 51 mai, les administrateurs du département du Jura protestèrent contre les décrets de la convention ; et un comité, qui prit le nom de salut public, fut établi a Lons-le-Saulnier, pour organiser les moyens de résistance. Clermont fut désigné membre de ce comité par la commune de Salins; et quoiqu'il désapprouvât de telles mesures, comme imprudentes et prématurées, il ne crut pas devoir refuser ce dangereux honneur. Il se rendit donc à Lons-le-Saulnier; mais, à son arrivée dans cette ville, une indisposition assez grave l'obligeant de garder la chambre, il ne put participer que faiblement aux travaux du comité, qui ne tarda pas à être dissous par un décret de la convention. Seul de tous ses collègues, il obéit à ce décret, en revenant à Salins sur-lechamp; mais sa noble conduite à rassemblée législative ne pouvait lui être pardonnée. Inscrit sur la liste des fédéralistes du Jura, il fut conduit dans les prisons de Besançon, et transféré quelque temps
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après a Paris, dans les prisons de la Conciergerie. Il parut le 24 juillet 1794 devant le tribunal révolutionnaire, et le même jour porta sa tête sur l'échafaud. Sa mémoire est restée en vénération a Salins, où l'on dit encore proverbialement : Bienfaisant comme Clermont. Sa correspondance littéraire et politique, conservée par sa famille, a péri dans l'incendie de cette ville, en 1825. W— s.
CLERMONT - G ALLER AN DE (le marquis CiMnt.Es-GEORGE de), d'une des familles de l'Anjou les plus anciennes et qui se divisait dans les derniers temps en trois branches, Gallerande, Renel, Amboise, comptait parmi ses ancêtres plusieurs officiers généraux distingués. Il naquit à Paris en 1744, entra au service dès sa plus tendre jeunesse, fil les dernières campagnes de la guerre de sept ans, et parvint bientôt au grade de meslre de camp, commandant du régiment d'Orléans. Il était maréchal de camp et employé comme inspecteur de cavalerie en Bretagne IV moment où la révolution commença. Revenu dans la capitale, il s'y voua tout entier à la défense de la cause royale. D'un esprit sage, d'un grand dévouement, il obtint la confiance de Louis XVI, et remplit par les ordres de ce prince plusieurs missions auprès de ses frères et des autres émigrés établis à Coblentz. Il était dans la capitale à l'époque du 10 août 1792, et ayant accompagné le roi a l'assemblée, il ne le quitta qu'au moment où ses plus fidèles serviteurs furent séparés de lui. Arrêté quelque temps après, M. de Clermont fut enfermé à la Bourbe, et il eut le bonheur d'être oublié dans cette prison pendant tout le règne de la terreur. Rendu à la liberté après le 9 thermidor, il ne tarda pas à être associé aux opérations du comité royaliste qu'avaient formé MM. Becquey, Rover - Co'llard , Pabbé de Montesquiou, etc. Doué de beaucoup de sagacité et de prudence, il remplit avec succès pondant plusieurs années cette périlleuse mission, et nt pour lu même cause plusieurs voyages en Allemagne c» en Pologne, où se trouvait le prétendant Louis XVIII. Séduit par l'espoir chimérique qu'avait conçu M. deCIcrmont-Gallerandc de voir liona|>arte jouer le rôle de Monck en rétablissant la monarchie des Bourbons, ce prince lui donna, au commencement de l'année 1800, des pouvoirs et une lettre adressée au premier consul. M. de Clermont, secondé par sa femme ( voy. Joséphine ) , et par le troisième consul Lebrun, lit parvenir cette lettre à Bonaparte; et il reçut de lui une réponse qui sans être offensante contenait le refos |>ositif de concourir à un tel projet. Cette correspondance curieuse a été imprimée dans les Mémoires du marquis de Clermont-Gallerande, bien qu'on n'y trouve pas les détails de cette importante négociation, puisqie ces mémoires ne vont pas au-delà du 10 août 1792, et que la suite du manuscrit, qui en eût sans doute été la partie h plus intéressante, n'a pas été publiée. Après avoir éprouvé ce désappointement auprès de Bonaparte, de Clermont resta paisiblement en France, et il n'y essuya aucune persécution. Madame de Champcenetz et le chevalier de Coigny, qui avaient eu quelque part à cette affaire, éprouvèrent seuls un peu de mau-
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Vaisfl humeur ilu consul : ils furent exilés et forcés de s'éloigner de Paris. De Clcrmonl - Gallerandc, sans avoir reçu aucune injonction à cet égard, crut néanmoins devoir s'éloigner, et il alla demeurer au fond de sa province. Revenu dans la capitale à l'époque de la restauration en 1814, il fut créé |»ir de France, lieutenant général, commandeur de Si-Louis, et porté sur le tableau des pensionnaires de l'Etal. Il mourut à Paris, le 19 avril 1823. Ses Mémoires particuliers, pour urvir à l'histoire de la révolution, etc. , ont été publiés en 18*26, 3 vol. in-8", jtar le marquis de Foutenilles, dont il avait adopté la fille depuis 179*. Il— Dj.
CLERMONT-TONNERRE ( Anne - Antoi.ne- Jlxes, cardinal de) , archevêque de Toulouse, né a Paris le I" janvier 1749, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, et fut de la maison et société de Sorbonne. Il prit le bonnet de docteur en 1782, étant déjà évèque. Au sortir de sa licence, il avait été fait grand vicaire de Besançon, et fut pourvu de l'abbaye de Moustier-en-Der, diocèse de Chàlons. Il |>arut comme député du deuxième ordre à l'assemblée du clergé de 1772. Admis en 4779 à l'académie de Besançou, il y prononça pour sa réception l'éloge de l'imprimerie, dont l'inventeur lui parut le premier des bienfaiteurs de l'humanité. Le roi le nomma à l'évèché de Chàlons-siu- Marne, en remplacement de M. de Juigué, qui |>assail au siège de Paris. Ou sait que l'evéque de Chatons était un des sept pairs ecclésiastiques. Le nouveau prélat fut sacré le 14 avril 478*2. Député aux états généraux, il y vota de même que ses collègues, et si;:na toutes les protestations du coté droit et l'Exposition det principe! des évéques sur la constitution civile du clergé. Parmi les écrits qui parurent alors sur les matières controversées, on distingua une lettre pastorale du 14 janvier IÎ9I, et une Instruction pastorale et ordonnance du 28 mai suivant. Ces deux c-rits, publiés pail'évéque de Chaluns, étaient, à ce qu'on croit, de l'abbe lîoulo;:ne, sou grand vicaire. Ce prélat avait de l'esprit, Ct était très-capable d'écrire ; mais siégeant alors à l'assemblée, et distrait par d'autres occultations, il s'était déchargé sur un autre du soin de tenir la plume dans celte circonstance. Il sortit de France après la session de l'assemblée constituante, et se retira en Allemagne. On trouve son nom parmi les evéques émigrés qui signèrent, en 1798, l'Instruction sur tes atteintes portées à la religion. Il donna la démission de son siège, lorsque Pie V II la demauda aux évéques en 1801. Rentré en France il obtint la pension que le gouvernement accordait aux évèques démissionnaires, et vécut dans la retraite jusqu'à la restauration. En 1814, Louis XVHI le nomma pair de France pour le dédommager de la pairie qu'il avait comme évèque de Clialons. A l'époque du concordai de 1817, le roi l'appela de nouveau au siège deChâlons; mais celte nomination n'eut point d'effet, le siège n'ayant point encore été rétabli. On destinait, dit-on, le prélat a l'archevêché de Cambra y, qui devait être recréé; celte érection n'eut point lieu, par suite do refus que lit l'evéque deCambray d'y donner son consentement. Ln 1820, l'ancien
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évèque de Clialons fut nommé à l'arc! icvi'-clié de Toulouse, dont il prit possession le 10 octobre. Rarement il manqua l'occasion de se prononcer, soit dans ses discours, soit dans ses mandements, sur la situation des •flaires de la religion et sur les besoins de l'Église. Le 2 décembre 1822, il Tut déclaré cardinal sur la présentation du roi. Élam allé, l'année suivante, à Rome pour le conclave qui suivit la mort de Pic VII, il y reçut le tilre presbyléral de la Trinité au mont Piucius. Une lettre-pastorale, qu'il publia de Rome même, sous la date du 15 octobre 18*23, lit beaucoup de bruit. Le cardinal y demandait le rétablissement des conciles, de quelques fêtes, de plusieurs ordres religieux, etc. Ces demandes provoquèrent une explosion de plaintes dans plusieurs journaux. On taxa tour a tour l'auteur de ta pastorale de témérité, d'ambition, de folie. On voulait nous ramener au IGe siècle; on prélendail faire revivre tous les abus de l'ancien régime. Les clameurs furent telles que le gouvernement lui-même en fut ébranlé. Un rapjiort fut fait au conseil ilLlat contre la pastorale; et, d'après son avis, une ordonnance du 10 janvier 1821 déelara qu'il y avait abus dans la Lettre, et la supprima : c'était une concession que le ministère faisait au parti irréligieux. Le cardinal ne réclama point contre l'ordonnance et encore moins contre les articles des journaux; niais sa Lettre pastorale lut défendue dans plusieurs écrits, entre autres dans deux brochures intitulées, l'une des Appels comme d'abus, par M. l'abbe Clausel de Montais, depuis évèque de Chartres ; l'autre, Examen impartial d ci avis du conseil d'État, |>ar M. l'abbé Faytt. En 1828, après les ordonnances du 10 juin sur les petits séminaires et sur les jésuites, ilsclintà Paris quelques réunions d'evéques: on y arrêta un mémoire adressé au roi ct renfermant des représentations respectueuses sur les ordonnances. Ce mémoire, auquel tous les c vêt pies, moins un ou deux, adhérèrent, fut remis à Cliarles X par le cardinal de Cleinioiil- Tonnerre, au nom de tous ses collègues. De plus, on publia vers le même temps une lettre du cardinal au ministre de l'instruction publique ( M. de Vatimesuil ) , sur une ordonnance du 1 1 avril de la même année, relative à l'iustruction primaire. Le mémoire et la lettre réclamaient les droits de l'épiscopal sur les écoles et les petits séminaires. On sait que cette discussion finit par une transaction. Les évéques se soumirent aux ordonnances, à la suite d'un bref de Léon XII. Les journaux publièrent encore à ce sujet une lettre de l'archevêque de Toulouse à l'évêquc de Beauvais, en date du 14 janvier 1829 : cette lettre fut fort mal reçue à la cour, et l'on dit que le cardinal eut défense d'y paraître jusqu'à nouvel ordre. Peu après Léon XII mourut. Le cardinal voulut encore se rendra au conclave, malgré son âge avancé. C'est dans ce voyage qu'il se démit le col du fémur, accident dont il ne put se rétablir. 11 n'entra nu conclave que les derniers jours, revint en France à petites journées et retourna dans son diocèse. Il fut enlevé par une courte maladie, le 21 février 1830, 11 venait de former à Toulouse une maison de missionnaires 4>our son diocèse. Le, cardinal était à sa
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mort le doyen des évêques de France, duc et pair, commandeur de l'ordre du St- Esprit et ministre d'État. Un esprit aimable, un caractère généreux, un attachement profond à la religion et à la monar- 2hie, toiles étaient les qualités par lesquelles il se distingua spécialement. M. l'abbé de Macariliy prononça sou oraison funélire. P — o — T.
CLEIUIO.VI-MONÏ-SAINT^JEAN ( Jacques, marquis de), de la même famille, mais d'une autre brandie que le précédent, naquit le 2 » octobre 4 "32, au ciiâleau de Visargent en bourgogne. Il cumuiença ses eUides à l'académie de Turin cl alla les cuutinucr à Lyon. Ses parents le destinaient à l'état ecclésiastique, et il fut même tonsuré par M, Courtois de (Juincey, évèque de Helley. Huis, après la mort de son frère, il fut appelé à Grenoble par le duc de Clcnnont-Tonnerre, son parent, lieutenant général du Dauphiué, qui le plaça d'abord à la suite de l'artillerie, dans le régiment d'Atrxonne, et le lit entrer sous-lieuleuant dans celui de Lyonnais, infanterie, en 1771 ; il obtint le brevet de capitaine, en 1777, dans le régiment de Uourbnu, cavalerie. Kn 1780, il épousa Adélaïde-Louise de Mascranny, qui entre autres Itéritagcs lui apporta le comté de Châleau-Chiuon et la belle terre de Vichy -lrs-Eaux en ItourlMJUuais. Nommé, en 1784, colonel du régiment des chasseurs «les Ardennes, il fut reçu chevalier de Si- Louis le 1" avril 1789. A la suite de l'association bailliagère de la noblesse du JJugey, convoquée pour nommer des députés aux états généraux, et dont il rédigea les cahiers, il parvint par son influence et sa fermeté à dissiper deux émeutes populaires dirigées contre l'évêque de 1klley, et reçut à cette occasion les félicitations du marquis de la Tour du fin Gouvernet, gouverneur de Jkturgogne. Envoyé par la noblesse du Bugcy aux états généraux, il s'opposa constamment, comme le lui enjoignait son mandat, aux votes par tête et à la million des ordres; et, après la séance royale du 25 juin 1789, il retourna vers ses commettants, les priant de lui retirer leurs pouvoirs, s'ils avaient changé d'avis. Leur réponse fut une marque de coulianec bieu flatteuse : ils lui donnèrent un blancseing pur et simple, l'invitant à pcrsisU*r dans la conduite qu'il avait tenue jusqu'alors. De retour à l'assemblée, le marquis de Clermont-Mont-8t- Jean signa toutes les déclarations et protestations de la minorité. A la même époque, Madame Elisabeth le chargea d'une missiou de confiance auprès du comte d'Artois, alors a Turin. Forcé de quitter la France en 17U2, il se retira en Savoie, patrie de ses ancêtres ; et, après l'invasion du pays par les Français, il fut emprisonné et dépouillé des biens qui lui lestaient daiu ce duché, comme il l'avait été, patsuite de son émigration, tic ceux qu'il possédait en France. Rendu à la liberté, il alla offrir ses services au roi de Sardaigne, dont il devint aide de camp, Ct il fit eq celte qualité toutes les campagnes du Piémont. En 1799, à l'approclte de l'armée française, le foi Charles-Emmanuel lui confia le soin de pourvoir à la sûreté de sa sœur, la comtesse d'Artois, réfugiée a Turin. Cette mission était aussi
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honorable que difficile, puisqu'il fallait traverser
tous les Etats de Milan occupés par les Français. 11 réussit néanmoins à conduire la princesse à Klagenfurth en Carintliie, et fut chargé par clic d'aller complimenter le pape Pie VII sur son exaltation. Le marquis de Clcrmonl fut nommé maréchal de camp en 1800, et rentra en France l'année suivante. Il y vécut dans la retraite jusqu'à la restauration. A celte époque il fut nommé inspecteur des gardes nationales de Seine-et-Marne. Ce département l'élut député pour la session de 4813, et il fut Fini des ciuq candidats que la chambre présenta à LouisXVIII pour la présidence. Il vota constamment avec la majorité. En 1817, il reçut du roi de Sardaigne le brevet de major général honoraire tlans ses armées, et celui de grand 'croix de Tordre de St- Maurice et Si- Lazare. Il mourut en 1827, à Vichy -les -Faux, bissant trois (ils qui, après être entres dans la maison duroien181 4, avaient pris du service actif dans la garde royale et dans la ligne; ils se sont retirés tous les trois eu août 1830. Le marquis de Clermontikiont-Sl-Jean a publié : 4" Déclarations et Protestation* de MM. les députés des (roi* ordres aux état* généraux de 1788, contre la décret* de l'assemblée dite constituante, Provins, 1814, in-4". Les originaux de ces actes avaient été confiés à M. le marquis de Maubec, beau-hère du marquis de Clermont ; après leur publication ils ont été déposés a la bibliothèque du roi. 2° Un Mot sur la loi de* élection*, Paris, 4845, 12 pages. C'est l'opinion du marquis de Clertnunt, contre le mode d'élection décrété à cette époque. P — ut.
GLERSELL1ER (Claude), philosoi>be, partisan du cartésianisme , plus encore que Descaries luimême, était beau frère de Chaiiut, ambassadeur en Suède, hou cartésien, et il donna sa fille en mariage à Hohault, qui ne l'était pas moins. On lit dans la République des Lettres (juin 1684) : « Je ne crois pas « qu'il y eût aucun bourgeois dans Paris qui allât « plus souvent à la messe que le bon M. Clersellier. » Cependant le P. Violicr, aumônier de Chanut, croyait que le cartésianisme était contraire au mystère de la transsubstantiation, et il s'efforça de le prouver dans une longue correspondance avec Clcrsellicr. Ilayle appelle ce dernier l'illustre M. Clersellier, l'ornement et l'appui du cartésianisme. (Foy. la Dissertation de l'essence des corps.) IJ traduisit les objections faites contre les Méditations physiques de Descartes, réunies a la traduction de ces méditations |iar Charles d'Albert, duc de Luyncs, Paris, 1647, 1661 et 4*75, in-4'. 11 fut l'éditeur : 1" des lettres de Desearte* tur la morale, la phy tique, la médecine el les mathématiques, Paris, I6G7, 5 vol. in 4° ; 2» du Traité de l'homme, du monde, ou de la lumière, avec une préface, etc., Paris, 1677, in— 4" ; 3" des Principes de la philosophi de Descaries, Paris, 1681, in-4° : ils sont traduit* par Claude Picot, revus et corrigés par Clersellier ; 4* des OEuorcs posthumes de Hohault, Paris, 1682, in-4*. Clt-rscllier mourut le 43 avril 1684, âgé de 70 ans. — Son fds eut part à plusieurs de ses travaux, et traduisit la préface de Florent Schuyl, mhc au-devant de la version latine du traité de la
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Lumière de Descarlcs, dans la 11* édîton donnée (kir son père du traité de l'Homme, etc., Paris, 1677, in-4'. V— ve.
CLERVANT (Clacde-Antoike de Vienne, baron de), issu du sang royal de Bourgogne, né, selon toute apparence, à Metz, vers 150.*», est le premier noble de celte ville qui ail embrassé la religion protestante, et l'homme qui contribua peut-être le plus à ses progrès dans le nord-est de la France. Ayant reçu ordre, en 1558, de s'ex|*trier, il se relira à Genève, d'où il ramena bientôt le célèbre Pierre de Cologne, qui établit un prêche à douze lieues de Metz, dans un village où Clervant avait des propriétés. L'année suivante, ce religionnaire audacieux rentra dans la ville dont on l'avait ex» puise, fomenta des troubles, ouvrit sa maison aux hérétiques, organisa des conférences. Oblige de fuir de nouveau avec sa famille, qu'il conduisit à Deux- Ponts, pub à Strasbourg, il revint à Metz en 1561, cl ne négligea rien pour assurer le triomphe de ses doctrines. Non-seulement il faisait prêcher à Metz ; il envoyait encore dans les villages des ministres missionnaires qui augmentaient de jour en jour le nombre de leurs prosélytes. En 1571, M. de Cliivallc, lieutenant général à Metz, ne voyant d'autre moyen d'en finir avec Clervant que l'emploi de la rigueur, le fit arrêter malgré son Age et son crédit ; mais cet emprisonnement ne dura qu'une semaine. Clervant, initié à tout»* les grandes affaires de l'époque, assista au traité conclu, en 1575, entre les princes d'Allemagne, le duc d'Alençon et le prince de Condc ; il appuya même fortement la résolution qu'on y prit de donner à Jean-Casimir, fils de l'électeur palatin, le gouvernement des Trois-Évêchés. Peu après, ce gentilhomme fut député avec Toré, frère du maréchal de Montmorenci, pour conduire au duc d'Alençon les 2,000 réilres qui furent battus, prés de Château-Thierry, par le duc de Guise ; Clervant fut fait prisonnier dans celte affaire. Sa mort arriva quelques années plus tard, mais on n'en connaît ni le lieu ni la date. Aucun particulier en Lorraine n'a joué un aussi grand rôle que Clervant dans le cours du 46* siècle. Il dut celte position à une ame vigoureusement trempée, à des connaissances assez profondes en littérature, à une fortune considérable et à une activité rare qu'il conserva jusqu'au déclin de sa vie. Il— n.
CLERV1LLK (Louis-Nicolas, chevalier de), après avoir servi longtemps en qualité d'ingénieur avec les plus grands talents, surtout aux sièges de Crémone, en 1647 et 1648, obtint le grade de sergent de bataille en 1650, et alla servir en Guicnnc en 1651. On lui accorda le brevet de maréchal de camp, le 21 septembre 1652. 11 servit ensuite aux sièges de Ste-Metiehould, de Stenay, de Landrecies, de Conde et de St-Guilain ; dirigea les attaques de ceux de Valenciennes en 1C56, de Montmédy en 1657, de Dunkerquc et d'Yprcs eu 1658. On créa en sa faveur la charge de commissaire général des fortifications et réparations des villes de France. Il conl'mua de servir, avec la plus grande distinction, aux L' jjes de Douai, de Tournay, de Lille, de Besançon,
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et il obtint le gouvernement de l'Ile et de la citadelle d'Oléron en 1671, et le conserva jusqu'à sa mort, en décembre 1677. Vauban lui succéda dans la charge de commissaire général des fortifications. On a du chevalier de Clerville : 1» Lettre* surl'kistoire généalogique des familles royales d'Espagne, Paris, 1 644 , in-4° ; 2° Mémoire sur ce qui reste à faire au port de Cette pour enlever les sables et le perfectionner, Montpellier, 1677, in-4"; 5* Discours sur le* ouvertures vulgairement appelées Graus, par lesquelles les étangs de Languedoc se déchargent dan* ta mer, '665, in-4"; 4* une Carte des montagnes de la haute Auvergne , Paris, 4642. Il a laissé un rapport manuscrit sur le projet du canal de Languedoc, que Colbert l'avait chargé d'examiner. D. L. C
CLERY (Jean -Baptiste Cant Hanet, surnommé), dernier serviteur de Louis XVI, naquit à Jardy, grand |varc de Versailles, le 11 mai 1759. Ce prince l'avait déjà remarqué dans l'une des chasses qu'il faisait de ce cote ; mais ce n'est que plusieurs années après que Oéry fut nommé valet de chambre du duc de Normandie, depuis le dauphin, Louis XVII. ( Voy. ce nom.) Échappé aux désastres des Tuileries, le 10 août 1792, il parvint à obtenir de Péthion, maire de Paris, la permission de continuer son service au Temple, et bientôt il resta seul pour servir le roi et la famille royale. Ni les menaces ni les mauvais traitements que la plupart des municipaux lui firent essuyer dans ce difficile et périlleux emploi ne purent ébranler son dévouement. Louis XVI, en le recommandant expressément à son fils dans son testament, lui en a rendu un digne témoignage, mais qui, le jour même de sa mort, servit de prétexte pour faire resserrer étroitement ce fidèle serviteur. Enfin Garât, ministre de la justice, cédant aux prières de la femme de Cléry, le fît venir et lui enjoignit de sortir de Paris, en lui déclarant qu'il serait surveillé par la police. Il se retira dans sa maison à Juvisy, où il fut souvent en butte à des dénonciations et à des visites domiciliaires. Après la journée du SI mai 1793, il fut compris dans les proscriptions qui s'ensuivirent et conduit à la Force. Ce fut en vain que sa femme et même quelques municipaux parvinrent à faire prendre par le conseil de la commune un arrête pour obtenir sa liberté : le comité de sûreté générale rejeta leur demande. Dès lors Cléry jugea bien que son sei-vice au Temple et son nom inscrit au testament de Louis XVI étaient des crimes irrémissibles ; il prit donc le parti de se laisser oublier, et ne sortit de prison qu'après la chute de Robespierre. Dépourvu de moyens pour faire subsister sa fami Ile, il fut obligé de se placer dans un bureau ; mais la modicité du traitement, devenant chaque jour plus sensible par le discrédit des assignats, le mit dans la nécessité de vendre une partie de ses effets. Dans ces conjonctures, la mort de Louis XVII (8 juin 1795) ayant donné lieu à des négociations pour l'échange de Madame Royale, Cléry reçut d'elle l'ordre de la suivre à Vienne. Il vendit sa maison do Juvisy, sa dernière ressource, laissa la moitié du prix à sa famille, et avec le surplus il se rendit à Strasbourg, chez son frère (dont l'article suit), (xair
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y attendre le passage de la princesse. Tl s'était procuré une commission d'inspecteur rie l'agence des subsistances, et ce fut en cette qualité qu'il séjourna pendant trois mois dans cette ville ; mais étranger à toute comptabilité, il ne s'y occupa que de la rédaction de son Journal du Temple. Cette rédaction était terminée lorsqu'il lut informé que Madame sciait mise en route pour l'Allemagne. Heureusement secondé par son frère, il parvint à sortir de France, mais il ne put rejoindre la princesse qu'à Wels, a trente-six lieues de Vienne. C'est là qu'il s'acquitta envers la fille de son maître des commissions que ce prince loi avait confiées pour la reine et pour sa famille. Porteur des dépêches de Madame, il vint auprès de Louis XVIII, et ce prince s'empressa d'accueillir et d'embrasser le serviteur à qui son frère avait donné sa dernière bénédiction. Le roi le chargea aussi de plusieurs missions secrètes. Au retour de l'une d'elles, Cléry lui présenta, à Blankembourg, son Journal de ce qui t'ett patte à la tour du Temple pendant la captivité de Louit XVI. Il a rendu compte de la lecture que Louis XV11I en lit lui-même; niais il a omis de dire que ce fut ce prince qui écrivit sur le manuscrit l'épigraphe : A m mu s meminiue korret (Virg.). Cléry se transporta ensuite à Vienne pour y faire imprimer son ouvrage ; une foule de souscripteurs accoururent ; mais la chancellerie refusa If visa nécessaire : le manuscrit en fait foi. Alors il se rendit à Londres, et ce fut pendant l'impression qu'il reçut une missive entièrement de la main du roi, qui le nommait chevalier de l'ordre de St-Louis: ■ Vous avez montré, lui dit ce prince, non moins « de courage dans la prison du Temple que le guer- « rier qui brave la mort au cliamp d'honneur ; et en « vous accordant la décoration qui lui sert de réeom- « pense, je ne blesse point l'esprit de celte noble « institution. » Le Journal du Temple ne tarda pas à paraître ; le succès en lut prodigieux, il lut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe, et des éditions nombreuses furent rapidement épuisées. C'est à MM. Giguet et Michaud qu'on dut la première et la meilleure qui en ait été laite en France : ils l'imprimèrent secrètement en 1799 ; elle est de même format et conforme à l'édition originale, qui avait paru chez Baylis dans la même année. Le directoire, pour détruire le puissant intérêt et la sensation pénible qu'excitait la lecture du Journal de la captivité du Temple, et pour donner le change, en fit répandre une fausse édition sous le titre de Mémoiret de M. Cléry. . . tur la détention de Louit X VI, etc. , dans lesquels l'imposture a dénaturé les faits et semé des traits odieux contre ce prince et la famille royale. Aucune personne de sens ne fut la dupe de ce libelle. Dès que Cléry en eut connaissance, il protesta avec indignation, et sa réclamation fut insérée dans te Spectateur du Nord, a Hambourg (février 4801 ). Durant le voyage qu'il lit, en 1805, a Paris pour y revoir ses enfants, il se disposait à publier une nouvelle édition de son Journal ; mais le préfet de police, i qui l'on s'adressa pour le permit, ayant insinué que la demande ne pourrait être accueillie qu'autant qu'on amènerait & la fin de l'ouvrage un