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importance peer son pays, qui fit des progrès extrêmement rapides sous son administration. A l'approche de l'ennemi, an mois d'octobre 1777, il prorogea l'assemblée et se hâta d'aller prendre le commandement du fort Montgommery, où il lit avec son frère Jacques une vigoureuse résistance. Il s'échappa à la faveur de la nuit, et, le jour suivant. les forts Indépendance et Contd'/utton furent évacués. Il présida dans la convention de Ponghkecprie, le 17 juin 1788, pour délibérer sur la constitution fédérale qu'il ne jugeait pas suffisamment protégée en i«i»eur de la souveraineté de chaque Etat. Après cinq années passées dnns la vie privée, il fut élu à la législature, et, en 1801, il fut choisi de nouveau pour gouverneur ; mais, en 1804, M. Lewis le remplaça. Elevé cette dernière année à la viceprésidence des États-Unis, il conserva cette position jusqu'à sa mort, arrivée à Washington, le 20 avril 1812, à l'Jge de 72 afis. Srs obsèques furent célébrées avec la plus grande pompe. Le président des litats et le congrès y assistèrent, ainsi que les ministres des différentes communions. Le 19 mai suivant, son éloge lut prononcé par M. Gouverneur Morris, un des personnages les plus importants du parti fédéraliste. Il avait épousé mademoiselle Cor-> nélieTappan de Kingston, dont il eut un fils et cinq filles. Clinton a montré en plusieurs circonstances beaucoup d'énergie et une extrême décision de caractère. Mais le irait de sa vie qui lui a mérité le plus de reconnaissance de la part de ses compatriotes est la suppression de la banque générale des Etats-Unis, opérée par son influence en 1811. malgré de nombreuses réclamations, surtout de la part des négociants anglais, qui, au moyen de celte banque, tenaient le gouvernement américain dans leur dépendance, s'étant rendus propriétaires de la plus grande partie des actions. Le discours qu'il prononça & ce sujet est un rhef-d'œuvre de bon sens, et prouve que ses connaissances en finances et en économie commerciale étaient très-étendues. Cet excellent citoyen n'appartenait ni au parti fédéraliste, ni au parti démocratique ; car, quoique en sa qualité de vice-président de la confédération, il fût président du sénat, qui est le conseil constitutionnel du président, on sait que Jefïerson, le personnage le plus in» flueut du parti démocratique, ne le consultait jamais qu'officiellement. Il -votait cependant avec ce parti contre les fédéralistes, toutes les fois que ceux-ci proposaient îles mesures qui paraissaient être inspirées par les agents britanniques. Clinton professait le plus souverain mépris pour les idées étroites et illibéralcs de ceux de ses compatriotes qui ne veulent pas admettre les étrangers naturalisés au plein exercice des droits de citoyen. 11 pensait que des nommes qui se sont mariés dans un pays, y ont acquis des propriétés, et qui en sont devenus citoyens de leur propre choix, y sont souvent plus attachés que ceux qui ne lui appartiennent que par le hasard de la naissance. L— E et D— z— s.
CLINTON (de Win], homme d'Etat ang'o-américain, fils de Jacques Clinton, dont l'urlicle précède, naquit à LilUc-Brilain (coût* d'Orange, Etat de
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New-York), le 2 mars 1769. De l'académie de Kingston, il passa, en 1784, après deux ans d'éludés, au collège du Roi (aujourd'hui Columbia), à New- York. Le zèle avec lequel il se livra aux mathématiques ne l'empêcha pas d'avoir des succès dans les études classiques. Il suivit ensuite les cours de droit, et embrassa la profession d'avocat ; mais il l'abandonna bientôt pour prendre auprès de son oncle, George Clinton, alors gouverneur de l'Etat de New-Yorjt, l'emploi de secrétaire particulier. Après en avoir rempli quelque temps les fonctions, il fut élu, en 1799, sénateur de New- York. Il se montra dans cette charge l'un des champions les plus ardents de la démocratie, et vola en faveur de l'abolition de l'esclavage, etc. Au mois de juillet 1802, il se battit en duel avec M. Jean Swartwout, par suite de discussions politiques, et parvint le même mois au rang de sénateur de l'Union. Ce lut dans cette situation qu'il vota pour le traité avec les Indiens Creek, qui leur garantissait la paisible possession de leur territoire en Géorgie; et dans les différends avec l'Espagne concernant la navigation du Mississipi, il s'opposa ensuite avec autant d'éloquence que de succès aux efforts du parti fédéral, qui voulait entraîner le pays dans une guerre : son dernier vote dans te sénat ftit pour confirmer le traité pour l'acquisjiion de la Louisiane. Il était devenu auparavant membre de la cour criminelle, dite cour des erreurs. Nommé, en 1803, maire de New-York, il (ut annuellement réélu jusqu'en 1815, à l'exception seulement des années 1807 et 1810. Dans l'exercice de ce poste, treslucratii et donnant un patronage étendu, il fit tout ce qui dépendait de lui pour augmenter la prospérité de cette ville. Vers 1817, il fut élu gouverneur de l'Etat de New- York. Il fit preuve de beaucoup de lumières et d'activité comme administrateur; mais, comme homme politique, il échoua complètement devant le parti qu'il eût voulu tenir éloigné des affaires, celui des fédéralistes. Réélu cependant en 1820, il ne put empêcher que ses adversaires n'obtinssent bientôt la majorité dans le* deux branches de la législature. Aussi, lors des nouvelles élections de 1822, par suite des dispositions de la constitution amendée, limitant à deux ans au lieu de trois la durée de l'emploi, Clinton se relira pour éviter une défaite certaine. Pendant les années 1823 et 1821, il fut président du bureau des commissaires de canal ; mais cette dernière année, la législature l'ayant éloigné, sans jugement, de ces fonctions, cet acte d'injustice flagrante envers le père du grand système d'améliorations intérieures excita l'indiguation du peuple. Clinton crut alors le moment favorable pour reparaître sur la scène politique : ses efforts furent couronnés de succès, et une majorité de 16,000 voix lui rendit, en 1824, le gouvernement de l'Etat de New- York. Il refusa, en 1826, l'ambassade d'Angleterre que M. Adam lui QflVait, et mourut d'apoplexie, le 4 ou le 11 février 1828, ne laissant aucune fortune à ses enfants : la législature leur vota 10,000 dollars, a Son nom, dit son biographe Ilosack, comme « ceux des Washington, Hamillon, Francklin, Rit- « fnhouse, Jcffersoj», Fcnton, etc., sera inséparable
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a de l'existence de la patrie et transmis choque jour, « brillant d'un nouveau lustre, i la postérité L plus « reculée. » En effet, Clinton est un des hommes qui ont rendu le plus de services, soit à l'Etat de New- York, soit à l'Union tout entière. C'est en quelque sorte à lui que la république doit le grand canal de New- York, magnifique communication qui joint les tacs et l'Océan. Jeffc rson, Madison, et, sur leurs traces, les hommes les plus éclairés de l'Union, pensaient, les uns que cent uns au moins seraient nécessaires pour la confection de ce grand ouvrage, les autres que jamais il ne s'élèverait, et que, pour en réaliser le plan, il faudrait plus d'argent que la lui lion ne pouvait en donner. Clinton réfuta toutes les objections, démontra la possibilité du canal, indiqua les voies et les moyens à l'aide desquels on pouriait subvenir à la dépense, et jouit du plaisir de le voir terminer. C'est encore à sa coopération que les Etats-Unis doivent en partie les relormes législatives (pie les dernières années ont vues nailre. Membre de la cour des erreurs, il signala de toutes ses forces les inconvénients que causait en Amérique l'adoption de la jurisprudence anglaise, ainsi que les changements et les améliorations qu'il (allait se hâter d'introduire dans la législation. En 1815, il obtint de la législature un bill, par lequel lurent abolies toutes les restrictions tyranniques auxquelles la loi anglaise soumettait les catholiques romains ; et c'est ainsi que, s'élevant contre de misérables préjugés de nationalité, il prit la défense des étrangers. On voulait expulser de New- York tes naturels de l'Irlande : « Eh quoi I dit Clinton, veut-on nous prio ver des meilleures têtes et des plus nobles coeurs « de la république ? » Il s'opposa de même à ce que l'on adndt dans la jurisprudence de l'Union le principe que le confesseur, en matière d'affaires d'Etat, peut être contraint à violer le secret de la confession. 11 prit part à la fondation d'un grand nombre d'établissements d'instruction et de charité. De 1814 jusqu'à sa mort, il présida la soeieté littéraire et philosophique de New- York, dont il était un des fondateurs. Il présida aussi, jusqu'en 1829, la société historique, lui lit accorder par la législature une subvention, et voter une rente de 10.0UO dollars pendant quarante ans pour l'hospice de la ville. Président de la commission des travaux publics en 1808, il vit l'Union allouer sur sa motion 100,000 dollars pour les fortifications de New- York. Gouverneur de son Etat natal, il sut, lors de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis, tirer en peu de mois, du patriotisme des habitants, 4 million de dollars pour la défense de la ville. Clinton1 était tort instruit : il aimait les lettres, les arts et surtout les sciences naturelles. Il était membre de plusieurs sociétés savantes. Marié deux fois, Clinton eut de Maria Franklin , sa première lemme, sept garçons et trois filles. Il a publié : 1° Discours prononcé devant ta société d'histoire de New- York, 18l I ; 2* Discours prononcé devant la société littéraire et philosophique de New- York, 1815, avec des remarques, insérées dans les mémoires de cette société, sur les poissons des eaux occidentales de Ncw-
York ; 5» Discours prononcé devant CaeaéMnte aWricaine des arts, 1816; 4* Dùrniirs prononce* (Jetant la société Phi Beta Mâppû, 1825 5° .Idrrsie à là société américaine de la Bible, 18îS et 1825; 6» Adresse aux francs-macons, en résignaM un liaut emploi, 1825. 11 existe, sous te titre de Mémoires sur de Wilt Clinton, New- York, 4820, In -4', une biographie de cet homme d'Etat par le médecin Hosack, son successeur â la société littéraire de New- York. Vàl. P. et D— z— S.
CLISSON (Olivier de), hé en Bretagne, connétable de France en 1580, sous le régne de Charles VI. 11 n'avait -que douie ans lorsque son père fut décapité à Paris, par ordre de Philippe de Valois. Sa mère l'envoya en Angleterre, où il fut élevé; mais il n'en resta pas moins fidèle â la haine que les Bretons portaient aux Anglais. Aussitôt qu'il fut en âge de prendre les armes, il revint dans sa patrie et se trouva, en 15(14, a la bataille d'Auray, où se termina, en faveur du comte de Montrort, la longue et sanglante querelle élevée entre les comtes de Montfort et de Blois. ( Yoy. Charles nfe Blois.) Clisson y perdit un œil, et ne quitta cependant le champ de bataille qu'après la victoire, l'eu de temps après, il se brouilla avec le duc de Bretagne, qui avait donne le château du Gave- au fameux Jean Chandos. « Au « diable, monseigneur, lui dit-il, si jamais Anglais a sera mon voisin I » Et il alla de suite assiéger ce château , qu'il démolit entièrement. Cette action prouve avec quelle hauteur les seigneurs bretohs se permettaient de traiter leur souverain : ceux qui, comme Clisson, avaient contribué â faire triompher la maison de Montfort se croyaient tout permis, et la France, gouvernée par Charles V, entretenait des divisions qui empêchaient le duc de Bretagne de se livrer, autant qu'il l'aurait désiré, aux Anglais qui l'avaient bien servi. Instruit du mécontentement de Clisson, Charles V l'attira à sa cour, où il le combla de bienfaits, et le fit servir â la gloire de son règne. Il y devint, en 1570, le frère d'armes du connétable Duguesdin, et aida beaucoup ce héros à débarrasser le royaume du fléau des grarides compagnies qui désolaient les campagnes. Si les scigheilrs bretons aimaient la cour de France, parce qu'ils y trouvaient des emplois honorables et de la fortuné, ils étaient loin cependant de vouloir que la Bretagne perdit la souveraineté dont elle jouissait; aussi étaient-ils toujours prêts â revenir à leur duc lorsque son indépendance paraissait menacée. Clisson, malgré la hauteur de son caractère, avait l'esprit propre à conduire des intrigues. Soit qu'il eût rendu quelque service cadré au duc de Bretagne, soit qu'il se liât sur la protection de Charles V, il reparut en Bretagne, où il fut reçu avec beaucoup de caresses; mais le due avait donné l'ordre à Balavan, capitaine de son château de l'Hermine, d'arrêter Clisson, de le coudre dans un sac, et de le jeter â la mer. Balavan garda son prisonnier, dans l'espérance que le duc ne larderait pas â se repentir d'avoir sacrifié un si graud guerrier, dont la mort n'aurait pas manqué de produire des vengeurs aussitôt qu'dle aurait été connue. En effet, le duc consentit bientôt â rendre
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la liberté a CHsson, ou plutôt il la lui fit acheter d'une somme considérable ; ce qui n'était pas contraire aux mœurs de celte époque- Clisson, qui était avare, parvint à se taire rendre ce qu'il avait déboursé, et, depuis, il se réconcilia sincèrement avec le duc, sans quitter le service de France. Charles V, à l'article de la mort, désigna Clisson comme le seul capable de porter lepée de connétable pendant la minorité de Charles VI. Il commandait l'avant-garde de l'armée française en 1382, à la bataille de Rosbecq, si fatale aux Flamands, qui y perdirent 25,000 hommes. Le nouveau connétable s'occupait du projet de chasser entièrement les Anglais du royaume, lorsque, la nuit du 43 au 14 juin 1393, il fut attaque à Paris, dans la rue Culture-Ste-Cadierine. par une vingtaine de brigands, ayant à leur tète Pierre de Craon. Ils le renversèrent de cheval, malgré la vigoureuse résistance qu'il leur opposait, et le laissèrent pour mort des coups qu'ils lui avaient portés. Heureusement ses blessures n'étaient pas dangereuses. Trois des assassins furent arrêtés et exécutés; Pierre de Craon se sauva, et linit par obtenir sa grâce pendant les troubles qui suivirent la démence de Charles VI. Il s'était porté à cet assassinat pour se venger du connétable, dont la violence était extrême, et qui lui avait rendu de mauvais services. L'inflexibilité de Clisson le perdit à l'époque où Charles VI, incapable, par l'aliénation de son esprit.de gouverner lui-même, abandonna les rênes de l'État à ses oncles. Il n'aurait pas été impossible à un guerrier dont la réputation était si grande de se faire respecter et ménager par tous les partis ; mais Clisson aimait l'argent, ce qui l'attachait à la cour, et, tout en se mêlaut des intrigues sans cesse renouvelées sous un tel roi, il voulait tout obtenir de force. Ses ennemis se réunirent et l'accablèrent ; il fut dépouillé de toutes ses charges en 1591, accusé de maléfices, et condamné a une amende de 100,000 marcs d'argent. Il se relira dans son château de Jossclin en Bretagne, où il mourut le 24 avril 1407. On l'a souvent comparé à Duguesclin ; égaux en courage bien plus qu'en talents militaires, ils n ont de commun que d'être nés en Bretagne, et d'avoir été connétables de France. Duguesclin, loyal, désintéressé, noble dans toutes ses actions, eut le caractère et la cooduite d'un vrai chevalier, et les tues d'un grand capitaine, a une époque où l'on ignorait entièrement l'art de la guerre ; Clisson, aimant à la lois les intrigues, la guerre, le crédit et l'argent, acquit plus d'ascendant pendant sa vie, et n'a pas obtenu une réputation aussi pure. Il laissa en mourant une fortune estimée 1,700,000 livres, ce qui est prodigieux, si l'on se reporte à la valeur de l'argent au commencement du 15* siècle ; ses contemporains en fuient scandalisés. L'n de ses compatriotes (St-Foix), qui ne veut jamais qu'un Breton puisse avoir tort, a cherché à prouver, dans ses Euai$ sur Parité que la fortune de Clisson (ut acquise loyalement ; mais il a oublié d'expliquer pourquoi oo n'en jugeait pas ainsi a la mort du connétable. F—S.
CLISTHENE, fils d'Arislonyme, tyran de Si-
cyone, succéda immédiatement à Myron, son grandpère. 11 rendit de très-grands services aux amphio tyons dans la guerre sacrée contre Cirrha, en bloquant avec ses vaisseaux le port de cette ville. Il remporta en la 2* pythiade, l'an 582 avant J.-C., le prix de la course des chars. Voulant marier sa fille unique, nommée Agariste, il invita les principaux de toutes les parties de la Grèce i se rendre à sa cour, et, après les avoir traités pendant quelque temps avec beaucoup de magnificence, il fixa son choix sur Mégaclés, fils d'Alcmteon On ne connaît pas l'époque de sa mort. Aristote dit qu'il se conduisit avec beaucoup de modération, ce qui réfute les contes absurdes d'Hérodote. ( Erat,, ou 1. 6.) C — R.
CLISTHENE, fils de Mégaclés et d'Agariste. fille du précédent, était l'un des principaux citoyens d'Athènes, et fut le grand-père de Périclès. Il contribua beaucoup à l'expulsion des Pisislratides, et fut archonte éponyme l'année même de leur fuite. Sa famille avait toujours été a la tête du parti aristocratique, et il suivit les mêmes principes. Voyant qu'Isagoras, qui était à la tête de la faction contraire, allait avoir le dessus , il imagina de se concilier le peuple, en portant le nombre des tribus de quatre * dix, ce qui donnait beaucoup plus de places à distribuer. On croit que ce fut lui qui introduisit l'ostracisme à Athènes, et il fit exiler par ce moyen Isagoras, son antagoniste. Cléomène, l'un des rois de Sparte qui protégeait Isagoras, força les Athéniens à le rappeler, et à exiler Clisthéne et les autres descendants de ceux qui avaient participé au meurtre des Cyloniens ; mais Isagoras ayant voulu usurper la tyrannie, les Athéniens le chassèrent de nouveau, et rappelèrent Clisthéne, qui fut depuis ce temps-là a la tète de la république. On ne connaît pas l'époque de sa mort. ( Foy. Hérodote, Tcrprick., ou 1. 5; Pausaoias, in Corinlh., ou I. 2.) C — H.
CLITARQUE, fils de Dinon l'historien, suivit Alexandre dans ses expéditions, et en écrivit, i son retour, une histoire qui ne nous est pas parvenue. On lui reprochait de l'enflure dans son style, et on ne comptait pas beaucoup sur sa véracité. De Ste- Croix pense que Diodore de Sicile et Quinte-Curce en ont fait beaucoup d'usage, On ne croit |ias que ce Cliurque soit l'auteur du glossaire qu'on trouve souvent cité dans les anciens. C— ».
CLITODÈME ou CLIDÈME, historien, est considéré généralement comme Athénien (voy. Siebelis, Prœfat. ad Phanodem, et alior. fragm., Leipsick, 1812, in-8*. p. 13). Son âge n'est pas fixé par des témoignages précis et directs, quoiqu'il puisse être regardé comme trés-reculé ; car Pausanias lui donne l'épithète de sfx*"73™:- La variante de son nom K>.ut: S r;j__; est préférable, quoiqu'un grand nombre d'auteurs anciens aient conservé la forme KXitiVî ( Athénée, 1. 14. ch. 23, p. 660). Son nom a souvent été conlondu aussi avec le mot Ar^, qU0 Rulmken [ad Timaum, Lex. Plalonie., p. 223) et d'autres regardent comme une abréviation de K.X*- *r.fw; pour KXuToiT.pit;. Enfin on trouve encore ce nom translormé en KXitWftajAcc dans un grand nombre de passages de Plutarque. Ces variantes, que
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l'on attribue a l'ignorance des copistes, ne doivent faire concevoir aucun doute sur l'identité de ces différents noms, puisqu'ils se trouvent accompagnes du titre d'un même ouvrage, de fragments déjà cités ailleurs, et attribués au même auteur. Cet historien (c'est ainsi que le nomme Plutarque, de Gtor. Alhen., p. 545, édit. de Franc t. ), malgré l'époque éloignée a laquelle Pausauias le renvoie, doit avoir été contemporain d'Hellanicus, de Thucydide et d'Hérodote, c'est-à-dire, doit avoir vécu entre la 70* cl la 02* olympiade. ( Voy. Sturz, Comment, de Uellanico, Leipsiék, 1826, in-8*, t. 2, p. 6. ) On a conservé un assez grand nombre de fragments importants des ouvrages de ce Clitodéme, dans lesquels on trouve des détails regardes comme précieux et exacts par les anciens eux-mêmes. C'est par suite de cette exactitude, et de la précision avec laquelle cet auteur décrit ou raconte ce qui concerne l'Attique, que M. Siebelis a été porté à conclure que cette contrée était sa patrie. On compte parmi les ouvrages dont on possède quelques traces : |« Altkii, Muu Recherche» sur l'Attique, composé au moins de 12 livres (Hésychius, 1. 1", p. SI, en cite Ie12e). 2° Un livre intitulé npcTCfG«î*,où l'on s'accorde à reconnaître l'histoire des premiers siècles, quoique le peu d'étendue et d'importance des fragments soit loin de le («ire soupçonner. On le regarde aussi comme une partie de son principal ouvrage désigné sous le n9 5» Une espèce de lexique ou de liste de mots et de faits, accompagnés d'explications, et réunis sous le titre bien vague de E^irr»™»*. ( Voy. Casaubon, ad Alhen., t. 9, ch. 18, p. 410.) Le quatrième ouvrage, intitule No»si, c'est-à-dire Voyages, se composait de plusieurs livres, et formait un traité séparé et volumineux. Athénée, qui seul en fait mention, cite le 8e livre. Enlin Meursius, dans son Lexicon ad Script, med. et infim. grœcit.,» l'article Clitodéme, sur la foi d'un passage d'Hésycbius qu'il corrige, lui attribue un ouvrage sur les peuples de l'Attique. M.isiebelis désapprouve celte conjecture, qui n'a, d'ailleurs, rien de positif : et même la citation d'Hésychius ne peut-elle pas se rapporter à une partie de YAuide de ce même GKtodème, ou de son Exegi tique? Z.
CLITOMACHCS, Tuébain, fils d'Hcrmocrate, fut un athlète des plus célèbres. Il remporta dans le même jour, à Olympie, le prix de la lutte, celui du pugilat et celui du pancrace. 11 fut encore vainqueur au pancrace en la 141* olympiade (216 ans avant J.-C. ). 11 voulut, l'olympiade suivante, concourir pour le pancrace et le pugilat; mais il lui vaincu au premier exercice par Caprus Eléen, ce qui ne l'empêcha pas de ae présenter au pugilat, dont il remporta le prix. 11 prenait tant de précautions pour conserver ses forces, dit Elien (Far. Hisl., I. 5, cli. 50), que, tant qu'il fut dans l'âge de concourir aux jeux publics, il ne se permit d'avoir commerce avec aucune femme ; il évitait même d'en parler, et quittait la table lorsque la conversation tombait sur ce sujet. On trouve dans l'Anthologie, I. 4, c. 2, ép. 5, et dans les Analecta de Brunck, 1. 1* p. 4S8, une épigramrae du poêle Alcée, de Messénc, sur cet athlète. C-n.
CLITOMACHCS, Cartliaginois, fils de Maharbal, que les Crées connaissaient sous le nom de Diognétus, se nommait lui-même Adherbat dans la langue de son pays. 11 quitta .sa patrie à l'âge de vingt-huit ans, probablement aux approches de la troisième guerre punique, vers l'an 150 avant J.-C. Déjà versé dans la langue et la littérature grecques, dont la connaissance était très-répandue à Carlhage, il alla s'établir à Athènes, ou Caruéade, Africain comme lui, mais d'une ville grecque, était le chef de l'école aca» démicienne et jouissait d'une très-grande réputation. Clitomachus s'attacha à lui, sans négliger cependant les dogmes des autres sectes, qu'il étudia avec beau, coup de soin. Sa patrie ayant été détruite par les Romains, l'an 146 avant J.-C, il écrivit uuc lettre de consolation, en grec, à ses concitoyens, qui avaient été réduits à l'esclavage. Il devint chef de l'académie l'an 130 avant J.-C. , après la mort de Carneade; et comme ce philosophe n'avait jamais écrit, il répara celte omission, et exposa sa doctrine dans un grand nombre d'ouvrages, dont aucun n'est parvenu jusqu'à nous. Il eut, comme lui, de fréquentes disputes avec les stoïciens, surtout au sujet de la Divinité, ce qui le fit traiter d'athée. Il avait sans doute fait un voyage à Rome ; car il adressa au poète LudltUS un ouvrage sur les principes des académiciens. Parvenu à un âge très-avaucé, il tomba en léthargie; ayant repris connaissance, il dit : « Ne nous laissons o point abuser par l'amour de la vie, » et il se donna la mort, vers l'an 100 avant J.-C. Cicéron cite souvent ses ouvrages, et il dit de lui qu'il avait beaucour d'ardeur pour l'étude, cl un esprit très-subtil, comme tous les Cartliaginois. Diogène Laêrce a écrit la vie de Clitomachus. C — h.
CLITOPHON, de Rliodes.gcographecélébrechex les anciens, mais dont tous les ouvrages ont été perdus. On avait de lui une Description des Indes, une de l'italie, une autre des Gaules, mentionnées par Slobée ei Pluurque, et dont les deux dernières auraient été pour nous d'un haut intérêt. Clitipbon avait aussi écrit un traité sur l'Origine et ta {onda~ tion des villes. Il parlait de Lyon, en latin Lugdunum, nom compose, selon lui, de deux mots gaulois, lugum, qui signifiait corbeau, et dunum, colline, parce que, dit-il, lorsqu'on bâtit cette ville, un grand nombre de corbeaux s'élevèrent tout à coup de l'endroit où l'on jetait les fondements. ( Voy. Vossius, de Hist. Grac. ) K.
CLITL'S, surnommé le Aoi'r, pour le distinguer des autres Macédoniens de ce nom, était fils de Dropidès et de Lanice, nourrice d'Alexandre le Grand. Il suivit ce prince en Asie, el lui sauva la vie au passage du Granique, en coupant le bras à Spithridatc qui allait le happer. Il combattit à Arbclles, à la tête du bataillon royal, el Alexandre le nomma ensuite commandant du corps de cavalerie des Amis, conjointement avec Ephestiou. Ce prince étant venu, l'an 32* avant J.-C, passer l'hiver à BaCtrea, adopta les vêtements et le luxe des Persans el des Mèdes, < <: qui déplut beaucoup aux Macédoniens, et surtout aux anciens soldats de son armée, du nombre desquels était Clitus. Dans an repas donné a l'occasion
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de la fête des Dioscurcs, quelques-uns des convives, pour flatter Alexandre, mirent ses exploits beaucoup au-dessus de ceux de ces deux divinités. D'autres allèrent plus loin, et dirent qu'Hercule lui-même ne pouvait pas lui être comparé. Clitus ayant observé qu'on ne pouvait pas comparer les mortels aux dieux, ajouta que l'armée macédonienne avait tout autant de [ .ut qu'Alexandre dans ces exploits si vîntes. Ces discours avaient commencé a offenser ce prince, lorsque d'autres flatteurs ayant parlé de Philippe et cherché à le rabaisser au-dessous d'Alexandre, Clitus, qui avait la tète échauffée par le vin, ne se possédant plus, se permit des railleries très-piquantes, et rappela au roi qu'il lui avait sauvé la vie. Alexandre, qui était lui-même ivre, se leva pour se jeter sur Clitus ; on se mit entre eux, et on lit sortir ce dernier ; mais il rentra |>ar une autre porte en chantant des vers de VA ndromaque d'Euripide, où Pelée Manie l'usage de n inscrire sur les trophées que les noms des généraux, comme s'ils avaient remporté seuls les victoires. Alors Alexandre, ne se possédant plus, saisit la sarisse d'un de ses gardes, et perça Clitus qui mourut sur-le-champ. A peine le coup fut il porté, qu'il sentit toute l'atrocité de son action, et voulut se tuer lui-même ; ses amis l'en empêchèrent, mais on eut beaucoup de peine à le consoler. ( V»y. Quinte-Curre, I. 4 et 8; Plnlarq., in Vil. Alr±.) — Il est question de trois autres Cuti s dans l'histoire d'Alexandre; l'un commandait un corps d'intanterie dans son armée ; le second un corps de cavalerie; le troisième était fils de Bardyllis, roi d'illyrie, il se révolta contre Alexandre. — Diodore de Si' ilc (1. 18) parle d'un Clitus, disciple d'Aristote, qui, vers la 116* olympiade (516 ans avant J.-C. ), écrivit l'histoire de Milèt, sa ville natale. — Entin, un autre Clitls excita une violente sédition à Tibèriade, pendant la guerre que 'I nus Misait aux Juifs (de J.-C. 6'J). Condamné à perdre les deux mains, il demanda qu'on lui permit de > en couper une luimême, ce qu'il obtint. Aussitôt, saisissant son épée, il se lit tomber la main gauche saus hésiter, et tendit l'autre à l'exécuteur. ( Yoy. Flav. Joséphe, de Bell. Judaïe., liv. î, ch. 44. ) C — n.
CLIVE (Robert lord), fondateur de l'empire anglais dans l'Inde, naquit le 29 septembre iTâ-t, dans le domaine de ses ancêtres, prés de Market- Ih-îiylon, dans le Shropshire. Déjà, au 1Ï* siècle, les Clive étaient établis dons ce lieu. Sous George I", un Richard Clive, jurisconsulte et petit propriétaire, épousa une Gaskill de Manchester, et en eut plusieurs enfants dont Robert fut l'alné. Le caractère Singulier, qui plus tard devait faire de Robert Clive un di s hommes les remarquables qui aient jamais influé sur les destinées de l'Angleterre, commença â se dessiner dès sa première enfance. L'n courage agressii, un besoin inné de lutte et de domination, un esprit aventureux, l'amour du bruit et de l'éclat, une ambition inquiète, opiniâtre à marcher vers le Lut et peu scrupuleuse sur le choix des moyens, tous ces traits de l'homme s'annoncent déjà dans l'entant. A huit ans. Clive est le chef reconnu de tous les mauvais sujets de Market-Drayton. A la tête de
cette bande de petits vauriens, il rançonne les marchands et répand la terreur à plusieurs lieues à la ronde. Il passe d'école en école sans faire aucuns progrès, et, lorsque, à dix-huit ans, on lui propose un emploi dans les écritures, au service de la Compagnie des Indes, ses parents s'empressent d'accepter, heureux de se débarrasser ainsi d'un enfant ignorant, ombrageux, et de qui il semble qu'on no puisse rien attendre de bon poiir l'avenir. Robert Clive partit donc pour Madras, én 1745. La Corn pagnie des Indes n'était alors qu'une sociéié coin* merciale, possédant seulement en propre quelques milles cariés dont elle payait la rente au gouvernement local. Ses ressources militaires consistaient en trois ou quatre mauvais forts élevés pour protéger les magasins, et défendus par de faibles garnisons composées en grande partie d'indigènes mal armés, non encore soumis à la discipline européenne. Madras, le plus important des établissements de la Compagnie, était le centre d'une circonscription dont les limites fixées par des traités conclus avec les naturels avaient été jusqu'alors respectées de paît et d'autre. Le pays environnant était gouverné pairie nabab de la Cai natiqiic, relevant du vice-roi ou Nizam du Deccan, qui lui-même obéissait à ce puissant prince, alors appelé Grand Mogol. Telle était la situation des établissements britanniques dans l'Inde, lorsque Clive débarqua au fort St-George. La traversée avait été longue, car. à cette époque, les communications étaient difficiles. Une année de voyage, une relâche de plusieurs mois au Brésil, avaient épuisé lotîtes les ressources de Robert. Les chétifs appointements d'un emploi subalterne ne devaient pas suffire à rendre sa situation meilleure. L'n seul espoir lui restait, une recommandation prés d'une personne Influente : ce protecteur assuré venait de luire voile pour l'Angleterre. Robert, découragé, se tint plusieurs mois à l'écart : la fierté niturelle et la froide réserve de son caraclére le détournèrent de toute démarche nouvelle. Au bout de quelque temps, malgré des privations cruelles sous ce climat destructeur, il avait contracté des dettes; sa santé était gravement compromise. Les lettres qu'il écrivait alors a sa famille sont empreintes d'one tristesse proiunde et d'uuë tendresse peu habituelle i sa rttdc nature. « Je n'ai pas eu un seul instant de bon- « heur depuis que j'ai quitté mon pays natal. Je t*à- « voue, parfois, quand il m'arrive de penser à ma « chère patrie d'Amileterre, cette idée m'affecte sin- « gulièrement... Si jamais je suis assez heureux « pour revoir mon pays, et surtout Manchester, « l'objet de tous mes vieux, tout ce que je désire, « tout ce que j'espère me sera rendu à la fois. » Cependant la paresse de l'enfant avait fait place cher le jeune homme à une ardeur exagérée pour le travail. La bibliothèque du gouverneur lui avait été ouverte, et Clive en profita. Tous ses loisirs étaient donnés à l'étude, et c'est a cette époque qu'il acquit toute l'instruction qu'il eut jamais. Mais rien n'avait pu abattre l'énergie hasardeuse de son esprit, ni ces regrets cuisants de la patrie, ni la pauvreté, hi l'influence délétère du climat, ni un travail opiniâtre.
Souvent Clive se trouva en lutte avec ses supérieurs ; souvent la roideur de son caractère faillît compromettre gravement sa position. Deux fois il voulut recourir au suicide, deux fois je pistolet qu'il dirigeait sur sa poitrine refusa de partir. Ce fut pour Clive comme un avertissement du ciel- il vil qu'il ne devait pas mourir ainsi, et la pensée lui vint qu'il était destiné à quelque chose de grand. Alors arriva un événement qui semblait devoir détruire toutes ses espérances, mais qui («.( pour lui la cause première d'une tortune inespérée. La guerre avait, en 1743, éclaté entre la France et l'Angleterre. Menacé dans Pondicliéry par une escadre anglaise, Dupleix, commandant général des comptoirs fiançais dans l'Inde, se vit forcé d'appeler au secours du comptojr central la Bourdonnais, gouverneur de l'Ile de France, qui, en 1746, après avoir dispersé l'escadre de l'amiral Peyton, opéra, malgré la tlolte anglaise, une descente sur le ronliuent indien, attaqua la ville et le tort de Madras qui lurent réduits h capituler. Aux termes de celte capitulation, les habitants furent prisonniers sur parole, et lu Bourdonnais s'engagea à rendre la ville contre une rançon raisonnable. Dupleix, jaloux des succès de son compatriote, et dont les projets ambitieux ne pouvaient s'accorder avec la reddition de Madras, déclara que la Bourdonnais avait excède ses pouvoirs, et que toute conquête laite sur le continent indien parla armes imnçaises devenait aussitôt dépendance du gouvernement de Pondicliéry . qui seul avait le droit d'en disposer. Kn conséquence, et malgré la loyale résistance de la Bourduitnais, Madras fut déclaré possession française, et le gouverneur du lort St-George fut conduit avec un certain nombre de prisonniers notables à Pondicliéry, pour orner le triomphe de l'orgueilleux Dupleix. La capitulation ainsi violée, les habitants de Madras durent se considérer comme libres de tout engagement. Clive s'enfuit la nuit, déguisé en musulman, et se réfugia dans le fort St-David, un des petits établissements anglais de la circonscription de Madras. Les circonstances nouvelles au milieu desquelles il se trouvait placé le déterminèrent à embrasser une profession plus en harmonie que celle de commis aux écritures, avec l'inquiétude naturelle d'un tempérament remuant et audacieux. Il sollicita et obtint à vingt et un ans une commission d'enseigne au service de la Compagnie. Déjà, dans un duel avec un dangereux spadassin, il avait eu occasion de faire preuve de courage ; bientôt il déploya des qualités plus sérieuses et toutes nouvelles, un jugement prqmpt et sûr, une obéissance intelligente à l'autorité légitime. Il sut se faire remarquer dans plusieurs expéditions contre les Français, et fut particulièrement distingué par le major Lawrence, alors le premier par le talent d'entre tous les officiers anglais dans l'Inde. Au bout de quelques mois passés au service militaire. Clive dut retourner à ses premières occupations : la paix venait d'être conclue entre la Grande-Bretagne et la France, et Dupleix s'était vu lorcé de rendre Madras à la Compagnie. Le jeune enseigne quitta à plusieurs reprises les bu-
reaux pour l'armée, et le service des écritures pour le service militaire auquel le rappelaient de tem|is en temps de petites expéditions dirigées contre les indigènes. Pendant qu'il flottait ainsi entre deux carrières, des événements nouveaux vinrent déterminer son choix. La politique de l'Inde prenait un nouvel aspect. La paix entre la France et l'Angleterre n'avait pas encore été troublée ; mais déjà commençait entre les deux grandes compagnies) commerciales des deux nations une guerre bien autrement importante, et dont le prix devait être le magnifique héritage de la race de Tamerlan. L'immense empire du Mogol marchait, depuis la mort d'Aurengzcb. arrivée en 1707, à une inévitable dissolution. Les quarante années qui suivirent cette mort virent se succéder sur le trône de Delhi une foule de princes indolents et débauchés, inca fiables de disputer aux invasions des Perses et des Mahrattes les lambeaux de leur empire démembré. Peu à peu ces invasions successives s^ légitimaient par le succès et la durée, et de tous côtés surgissaient des principautés indépendantes de (ait, mais payant à la vieille maison de Tamerlan un tribut de soumission apparente. Le premier, Dupleix conçut le projet gigantesque de fonder un empire eu • ropéen sur les ruines de cet empire immense et si formidable encore après sa chute. Réduire, a l'aid.j d'un petit nombre d'hommes dont la seule force serait la discipline et la lactique européenne, 100 millions ue Mahrattes et de Mahometans sous le joujç d'une compagnie commerciale, détruire, en les op . posant les uns aux autres, ces ennemis si redoutables, gouverner en réalité sous le nom d'impuissants, nababs, un empire qui s'étendit depuis le cap Comorin jusqu'à l'Himalaya, tous ces prodiges du courage et du génie européen qu'a réalisés depuis la Compagnie anglaise . Dupleix les avait entrevus dans l'avenir. Esprit entreprenant et d'une haute portée, Dupleix songea le premier à exploiter la position complexe des nababs, ces vice-rois dépendants en apparence, en realité indépendants de l'empire central. La mort d'un des plus puissants d'entre eux, arrivée en 1748, lui fut un prétexte de s'immiscer dans les affaires de son fils. Nazir-June, successeur de fVizani-el-Mulk, dans la vice-royauté du Deccan et de laCarnalique, vil s'élever de nombreux prétendants au partage de celle principauté. Dupleix, invité à intervenir dans ces luttes, fit triompher un des concurrents el se trouva en quelques mois régner, sinon de nom au moins de fait sur 30 millions d'âmes. Des prétendants vaincus, grâce aux armes françaises, un seul, Mabommed-Ali conservait encore Tritchinopoly, qu'investissait l'armée deChunda-Sahih, renforcée par un corps d'auxiliaires français. La Compagnie anglaise, pour s'opposer aux envahissements de la compagnie rivale, appuyait les droits de Mahommcd-Ali a la vice-royauté de la Car» natique. Mais faire lever le siège de Tritchinopoly semblait une entreprise impossible. Le petit corps de Madras n'avait plus de chef : le major Lawrence était retourné en Angleterre, et pas un officier ne présentait de garantie, de talents suffisants, pour
qu'on lui confiât une mission aussi hasardeuse. C'est au moment où les destinées de l'Angleterre semblaient à jamais vaincues par l'ascendant de la France, que le courage et le génie d'un jeune homme inconnu leur assurèrent tout à coup le plus étonnant et le plus inattendu des triomphes. Clive avait alors vingt-cinq an?. Apres avoir quelque temps hésité entre la carrière commerciale et la carrière militaire, il avait été placé dans un poste qui participait à ces deux caractères : il avait été nommé commissaire des troupes avec le rang de capitaine. Il insista auprès de ses chefs sur le danger qu'il y avait à laisser tomber Tritchinopoly aux mains des Français. La prise de cette ville leur assurerait, dans un avenir peu éloigné, la possession de toute la presqu'île indienne, et au premier bruit d'une guerre nouvelle entre l'Angleterre et la France, Madras serait inévitablement détruit. Clive proposait une diversion sur Arcott, capitale de la Carnatique, comme un moyen de faire lever le siège de Tritchinopoly. A la tête de deux cents soldats anglais et de trois cenls ci payes, le jeune capitaine exécuta ce plan et s'empara du fort d'Arcott sans coup férir. Assiégé par la garnisou vaincue que venaient de renforcer trois cents hommes du voisinage, Clive fait une sortie de nuit, tue et disperse les assiégeants et rentre dans ses quartiers sans avoir perdu un seul homme. A la nouvelle de ces succès, Chunda-Sahib, toujours campé devant Tritchinopoly, détache une partie de l'armée assiégeante et envoie pour reprendre Arcott une armée de près de 10,000 hommes, dont plus de cent Français, sous le commandement de son fils, Rajah-Sahib. Le fort d'Arcott ne paraissait pas devoir soutenir longtemps un siège. Les fortifications tombaient eu ruines, les provisions étaient presque épuisées et la garnison ne se composait que de cent vingt Européens et de deux centscipayes, commandés par quatre ofliciers. Clive tint cinquante jours, et, après trois assauts meurtriers, les assiégeants décourages par l'opiniâtre résistance de cette poignée d'hommes, effrayés par les mouvements d'un corps de 6,000 Maltraites qui venait au secours d'Arcott, se décidèrent à lever le siège. La nouvelle de cet incroyable succès lut accueilli a Madras par des transports d'orgueil et de joie. Clive venait de prouver qu'on pouvait lui confier les commandements les plus importants : la Compagnie lui envoya un renfort de neuf cents hommes. Aussitôt Clive s'empare du fort de Timery, eftertue sa jonction avec les 6,000 Mahrattes commandés par Morari-Row, et court attaquer Rajah-Sahib. Il le délait, s'empare de Conjeveram et détache de la cause de Chumla-Sahib le gouverneur d'Ami. L'incertitude et la mollesse des mouvements du reste des forces anglaises permirent à Rajah-Sahib de prolonger la lutte, et, quelque temps après, avec une armée considérable et quatre cents hommes de troupes françaises, il envahissait la circonscription de Madras et s'avançait jusque aousics canons du fort Sl-George. Clive l'attaqua de nouveau, le vainquit, et, profitant de sa victoire, courut détruire Duplcix-Fatiliabad(la ville de la victoire deDupleix),c*ttecité qui s'était élevée comme par
enchantement pour raconter à l'Inde la puissance
des armes françaises. Le gouvernement de Madras, encouragé par ces succès, se détermina a envoyer Clive à la téle d'un fort détachement pour renforcer la garnison de Tritchinopoly. Mais sur ces entrefaites, le major Lawrence arriva d'Angleterre et prit le commandement en chef. Clive sut accepter sans jalousie une position secondaire que lui rendirent facile l'amitié et l'estime singulière de son supérieur. Dupleix n'avait aucun officier de talent a opposer à ces deux redoutables adversaires. Bientôt les assiégeants de Tritchinopoly furent assiégés eux-mêmes et contraints de capituler. Chunda-Sahib tomba entre les mains des Mahrattes et fut mis à mort. Dupleix ne se tint pas pour battu. Abandonné du gouvernement central qui en France condamnait sa politique sans la comprendre, réduit a ses propres ressources, il sut longtemps encore, à force d'adresse créer des ennemis à la Compagnie anglaise et retarder, sinon arrêter, le développement de sa puissance. La santé de Clive avait toujours été chancelante depuis son séjour dans l'Inde: elle devint si mauvaise, qu'il dut songer à retourner en Angleterre. Mais avant son départ, à la tète de quelques centaines de recruea récemment levées, troupes indisciplinées et mal aguerries, il réussit à s'emparer de Covelong et de Tchingleput qu'occupaient des garnisons françaises. Revenu victorieux à Madras, Clive, à qui sa santé profondément affectée ne permettait plus le séjour de l'Inde, s'embarqua pour l'Angleterre avec sa jeune épouse : il venait de se marier avec la sœur du célèbre Maskelyne, qui occupa longtemps te poste d'astronome du roi. Clive avait alors vingt-sept ans. Dix ans seulement s'étaient écoules depuis qu'il avait quitté l'Angleterre, pauvre, inconnu, sans avenir probable, et il y rentrait aujourd'hui l'objet de l'admiration générale. La Cour des Directeurs fit au général Clive la réception la plus honorable et la plus brillante. La Compagnie des Indes orientales, en retour des services signalés qu'elle avait reçus de lui, lui offrit ses remcrclments solennels et une épée enrichie de diamants. Clive par un sentiment plein de délicatesse et de grandeur, ne reçut ces témoignages de gratitude et d'estime, qu'a la condition qu'3 lui fût permis de les partager avec son ami et son supérieur le major Lawrence.Clive avait rapporté de l'Inde une somme considérable, produit de ses parts de prise : il en employa dignement une partie à payer les dettes de sa famille et à faire lever les hypothèques qui grevaient le domaine patrimonial; puis il dissipa follement le reste. Le goût du faste et l'ambition, plus ruineuse en Angleterre que le luxe le plus effréné, eurent bientôt épuisé ses ressources. Un moment, en effet, Clive avait rêvé la gloire parlementaire et il avait prodigué l'or pour s'ouvrir les portes de la chambre des communes, lors des élections générales de 1754. Il réussit à se faire nommer, mais non pas à garder le siège qui lui avait coûté si | cher. Sa nomination fut contestée. Dans les débats j qui eurent lieu a ce sujet, ta question personnelle disparut, selon l'usage, derrière une question de partis, t Fox, alors l'orateur le plus brillant et le plus habile
eu
d'enlre les vliigs, soutenait l'élection : le duc de Newcastlc, premier ministre, la combattait. L'opposition tory vola pour le «lue contre Fox, cl l'élection de Clive fut annulée. Le jeune général dut alors tourner de nouveau les yeux vers l'Inde. Ses services furent acceptés avec empressement par le gouvernement et par la Compagnie. La situation des établissements était , à la vérité , meilleure que jamais. Un traité favorable à l'Angleterre avait été conclu dans la Carnatique. L'ennemi le plus redoutable de la puissance anglaise dans l'Inde, Duplcix, avait dù renoncer à (aire triompher ses plans malpré la France, et il était reparti pour l'Europe où l'attendaient l'ingraiiludc et la calomnie. Mais une guerre entre l'Angleterre et la France semblait inévitable, et les talents éprouvés du jeune général devaient être précieux dans de telles circonstances. Clive reçut donc du roi la commission de lieutenant colonel, et des directeurs le titre de gouverneur du fort St-David. En 4753, il repartit pour l'Asie. La première occasion qu'il trouva de se signaler fut une expédition contre Glicriah, forteresse qui servait de rclugeàun pirate fameux du nom d'Angria. que ses courses avaient rendu la terreur du golfe Arabique. Pendant que l'amiral Walson brûlait la flotte de ce bandit, Clive attaquait la forteresse et s'en emparait, malgré les didicullés d'une position réputée inexpugnable. Après cet exploit, il se rendit à son gouvernement du fort St-David. La compagnie avait au Bengale un établissement protégé par le fort William , et qui déjà portait le nom de Calcutta. Jusqu'à la fin du règne d'Aliverdy-Kan, nabab du Bengale , cette factorerie avait joui de la tranquillité la plus profonde ; mais après la mort de ce prince , arrivée en 1756, son petit-fils et successeur Sourajah-Daolah , despote cruel et débauche, crut pouvoir impunément satisfaire la haine qu'il portait aux Anglais. Prenant pour prétexte les travaux de lortilication que (aisait exécuter la Compa gnie, dans la prévision d'une guerre avec la France, le nabab vint attaquer le tort William. Le gouverneur et le commandant militaire s'enfuirent lâche nient à son approche, laissant sans défense le fort, qui fut pris après une courte résistance. Le cruel Sourajah-Daôlah fit mourir dans d'aflrcuscs tortures plus de cent prisonniers, plaça garnison dans le fort, et changea jusqu'au nom de Calcutta pour mieux assurer sa nouvelle conquête. Lorsque ces tristes nouvelles arrivèrent à Naîtras , une expédition fut aussitôt résolue. Les commandements de terre et de mer furent confiés à Clive cl à l'amiral Watson Ncut cents hommes d'infanterie anglaise et t ,500 cipayes composaient l'armée qui marchait à la conquête d'un empire plus vaste que la monarchie fran çaise ou que l'empire de Marie-Thérèse. Le nabab, au milieu des voluptés brutales de sa résidence royale de Mourchidabad, apprend tout à coup qu'une poi gnéc d'Européens ose venir l'attaquer. Il rassemble ses Lrirees et marche sur Calcutta. Mais déjà Clive avait commencé ses opérations avec sa vigueur ordinaire. 11 prend Boudjeboudj, met en déroute la garnison du fort William , reprend Calcutta. Soura-
jali-Daôlab, effrayé de ces succès si rapides, fit des ouvertures d'accommodement, et se montra disposé à rétablir la factorerie et à l'indemniser de ses pertes. Clive eût repoussé ces propositions si cela avait été en son pouvoir; mais la Compagnie avait hâte de rétablir ses affaires au Bengale, et la crainte d'une attaque de la part des Français faisait désirer le retour de l'expédition. Clive dut consentir à traiter. Ici s'ouvre pour Clive une seconde carrière, la carrière diplomatique. A ne considérer que le succès, la gloire du diplomate surpasse la gloire du guerrier. Ce qu'avait commencé le jeune officier, l'habile négociateur l'achève et le fonde. Mais si l'on se préocciq>e des moyens, il faudra bien avouer que celte habileté serait plus justement appelée des noms d'intrigue et de mauvaise foi. Les négociations furent entamées par Wats employé de la Compagnie, et par Oiritchound, indigène du Bengale, riche marchand dent la fortune avait été compromise dans l'expédition du nabab contre Calcutta. Tandis que le nabab, s'épuisant en intrigues inutiles, avançait, reculait, promettait, se retractait, une formidable conspiration s'ourdissait contre lui dans le ctrur même de son empire. A la tétc des nombreux mécontents qu'avait faits son administration tyrannique, se trouvaient Roydollob, ministre des finances, Djogget-Seit, le plus riche banquier de l'Inde, et MIr-Dj:ifflr, commandant en chef des troupes de Sourajah. Par l'entremise d'Omitchound, des propositions furent faites a la direction de Calcutta de la part des conspirateurs. On demandait à la Compagnie de prêter son assistance à Mir-Djaffir et de l'aider à déposséder Sourajah-Daolah. Clive vit le parti qu'on pouvait tirer d'une alliance dont l'Angleterre aurait tous les avantages. II entra dans le complot. Pour mieux perdre Sourajah , il lui promit sa protection toutepuissante alors, car Chandernagor venait de tomber sous ses efforts et sous ceux de l'amiral Watson. Le nabab n'avait plus aucun ennemi sérieux à opposer dans l'Inde à l'Angleterre. Pendant ce temps un traité secret était signé entre Clive et Mlr-Djaflr. L'astucieux Omitchound voulait qu'on lui assurât pu* une clause spéciale 500,000 livres sterling, comme prix de sa discrétion et de ses services. Refuser, c'était compromettre le succès du complot. Clive imagina de faire deux exemplaires du traité : l'un sur papier rouge, contenant la clause en faveur d'Omitchound ; l'autre sur papier blanc, le seul réel et qui ne mentionnait pas même le nom du commerçant indien. Le dernier devait rester entre Mir-Djaffir et Clive. Une difficulté nouvelle s'éleva. La loyauté de l'amiral Walson répugnait à ces ruses indignes : l'absence d'une signature aussi importante eût ouvert les yeux d'Omitchound. Clive, que rien n'arrêtait, forgea celle signature. Rien ne s'opposait plus maintenant à ce que l'on commençât d'agir. Wats s'enfuit secrètement de Mourchidabad, et Clive écrivit au nabab sur un ton bien différent de ses dernières promesses. Sourajah rassembla toutes ses forces et marcha à la rencontre de la petite armée anglaise La situation était grave. Au moment de l'exécution, le cœur avait manqué à Mir-Djafir. Clive se trouvai
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dune réduit à ses propres forces devant un ennemi vingt fois supérieur en nombre. Placé enlre Cossiinbuzar et Flassey, il n'était séparé de l'armée du nabab que par quelques milles et une rivière. Traverser celte rivière, c'était se résigner à l'alternative d'une victoire complète ou d'une entière défaite. Pour la première fois Clive sentit fléchir l'indomptable résolution de son esprit devant l'immense responsabilité d'une décision semblable. Il assembla un conseil de guerre. La majorité se prononça contre la bataille. Clive combattit l'opinion de la majorité : le conseil fut dissous, et l'audacieux général se résolut à courir («chances du hasard. Le soir, la rivière fut passée. M n'y avait plus a reculer : la petite troupe des Anglais était campée à un mille du vaste camp de Sourajah-Daôlah. Au lever du jour 40,00 hommes d'inlunteric, t5,000 hommes de cavalerie et cinquante pièces de canon s'ébranlèrent pour écraser J'armée de Clive. Cette armée consistait seulement en S.tiOO hommes : mais dans ce nombre, 1,000 étaient Anglais, et le reste, commandé par des ofliciers anglais, était formé à la discipline européenne. Au premier rang on remarquait ce 59* régiment qui se distingua depuis sous les ordres de Wellington en £ pagne et dans le midi de la France, et qui porte encore aujourd'hui sur son drapeau le nom de Plassey avec celte lionorable devise : P ri mus m Indit. I.a bataille commença par une canonnade dont l'effet (ut nul de la part des troupes du nabab : quelques pièces de campagne bien servies par les Anglais mirent au contraire le désordre dans celte immense armée. La trahison fit le reste. Les conjurés persuadèrent à Sourajah de faire sonner la retraite. De ce moment il lut perdu. Clive profita de l'horrible confusion qui suivit l'ordre du nabab pour charger l'ennemi qui fut mis en pleine déroute. Quelques Français seulement résistèrent. Le gros de l'armée lut dispersé, et un butin immense tomba nu pouvoir des Anglais. Clive n'avait perdu que vingtdeux soldats, et il venait d'assurer à l'Angleterre un empire plus vaste que l'Angleterre elle-même. Le lâche Mlr-Djaflr, qui s'était, avec sa division, séparé de l'armée de Sourajah au premier signal de sa déroule, lut nommé nabab des trois grandes provinces de Bengale, de Uahar et d (hissa. Sourajah luimême lui pris et mis à mort par l'ordre du nouveau nabab, qui reçut à Mourchidabad son investiture des mains du général anglais. Quant à Omitchound, il put connaître enlin la perfidie de Clive : le malheureux ne survécut pas à cette indigne déception, ^a raison s'égara, et il mourut au bout de quelque» mois. 11 ue s'agissait plus pour Mir-bjafir que de payer sou lai île triomphe. 84)0,000 liv. sterl. en argent monnaye lurent envoyées au fort William. Pour Clive, il put lixer lui-même le prix de ses services. Le trésor du Bengale lui fut ouvert, et il lui lut permis de puiser à pleines mains dans une mer d'or et d'argent, de diamants et de pierreries. Il se contenta «le prendre un peu moins de 300.000 liv. sterl. Celait de la modération, si l'on songe qu'il n'avait qu'à vouloir pour doubler ou tripler la somme. Cet acte du général anglais fut vive-
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ment attaqué seize ans plus tard. Mais il serait injuste d'oublier que si Clive prolita pour lui-même, et avec quelque discrétion, de l'admirable position qu'il venait de créer à l'Angleterre, cette conduite, injustiliable au point de vue de la stricte probité et du droit des gens moderne , trouvait en quelque sorte son excuse dans la nature du poste qu'il occupait au service d'une compagnie marchande , peu soucieuse de l'honneur, et qui avait donné à ses agents l'habitude de se payer par leurs propres mains. Représentant d'une administration profondément corrompue, traitant avec des ennemis plus corrompus encore, Clive agit comme l'eussent fait beaucoup de ses accusateurs dans un semblable milieu. Le vainqueur du Bengale en était donc en réalité le souverain, lorsque les directeurs de Londres, ignorant encore la bataille de Plasscy et ses incalculables résultats, envoyèrent un plan de constitution pour les établissements du Bengale. Ce plan était absurde en tous points: Clive y était oublié. Les employés, choisis de si loin et avec tant de tact pour (onuer le nouveau gouvernement , eurent le bon sens de comprendre que de pareils ordres étaient inexécutables. Ils prirent sur eux-mêmes d'y désobéir, el de remettre entre les mains de Clive l'exercice de l'autorité suprême. Au reste, la Cour des Directeurs, informée plus lard de la nouvelle situation des choses, n'hésita pas à régulariser la position de Clive en le nommant gouverneur des possessions dans le Bengale. Des lors son pouvoir ne connut plus de bornes: Indiens et Anglais tremblaient sous ses ordres ; seul il pouvait maintenir les uns et contenir les autres. Les frontières septentrionales de la Carnatiquc étaient encore sous l'influence française: il y envoya une expédition dont il confia le commandement à Forde, officier inconnu, mais dont il avait deviné les talents militaires. Le nabab de la province d'Oude, Shah-Eloum, menaçait le Bengale: déjà 40,000 hommes investissaient Palna, el le timide lllr-Djafir songeait à désarmer l'ennemi par un tribut considérable. Clive s'avança avec près de 3,000 hommes, et la lerreur qu'inspirait le nom anglais était si grande, que Shah - FJouni s'enfuii à son approche. La joie de Mlr-Djaflr fut si vive, qu'il abandonna à son protecteur la renie annuelle de 50.000 liv. sterl. que lui faisait la Compagnie |>our le loyer des lerres qu'il lui cedail au sud de Calcutta. Celle marque royale de reconnaissance n'excluait pas au reste chez Mlr-Djafir les internions perfides. Le nabab comprenait que celui qui l'avait élevé, qui le soutenait CQCerf, pouvait le renverser un jour Lui chercher desennemis parmi les indigènes, c'eût été folie ; car les Anglais a\aient apnris a les battre, quel que Tût leur nombre. La puissance française était détruite: Hir-Djafir jeta les yeux sur les Hollandais. La vieille réputation de ce peuple n'était pas encore affaiblie dans l'Inde. De secreis avis, envoyés de Mourchidabad à la factorerie de Tchinsourab, éveillèrent la cupidile du gouvernement de Batavia, qui vit dans la ruine des Anglais au Bengale une occasion d'accaparer les richesses immenses de ce pays. Vue flotte de sept
grands vaisseaux partit de Java et arriva à l'improvisle dan» le Hougley. Les forces de l'expédition se composaient de i,30t» hommes, dont près de moitié turojiéens. Celait plus que n'en pou \ ait réunir Clive, une grande partie de ses meilleures troupes étant encore occupée contre les Français dans la Caruatique. Il comprit d'où venait le coup, et que, en cas de lutte, il n'y avait aucune assistance à attendre de Mlr-Djafir. D'un autre coté, c'était assumer sur soi-même une bien grave responsabilité que d'attaquer une puissance amie et de créer ainsi au gouvernement anglais des difficultés sérieuses avec la Hollande au moment où il était déjà engagé dans une guerre avec la France. Tout enlin, jusqu a l'intérêt personnel, conseillait la prudence : car, peu de temps auparavant, Clive avait tait passer en Europe une grande partie de sa fortune par l'entremise de la compagnie des Indes liollandai.se. Il se décida cependant avec son audace habituelle. Les liollandais attaqués par terre et par mer, bien que supérieurs en nombre sur les deux éléments, furent complètement battus. Le vainqueur profila de l'occasion pour dicter au commandant de Tchinsourah les conditions les plus humiliantes. Trois mois après celte victoire nouvelle, Clive partit pour l'Angleterre. De nouveaux honneurs l'y attendaient. 11 lut promu au litre de pair d'Irlande. George III, qui venait de monter sur le trône, reçut le héros du Bengale avec la plus grande distinction. Pitt, alors lout-puissant dans la chambre des communes et dans le pays, avait déjà signalé Clive à l'admiration du monde et à la reconnaissance de l'Angleterre. La fortune matérielle de Clive était énorme, il avait fait passer en Angleterre, par la compagnie des Indes hollandaise, plus de 180,000 livres sterling, |»ar la compagnie anglaise plus de 40,000, par des maisons particulières, des sommes également considérables. Il possédai! des millions en pierres précieuses, et ses propriétés dans l'Inde étaient pour lui h source d'un immense revenu. Si l'on ajoute à cela la rente de 30,000 livres dont Mlr-Djafir lui avait fait l'abandon, on trouvera que Clive possédait une rente annuelle de plus de 40,OUO livres sterling, somme énorme a celle époque. Et il n'avait que trente-quatre ans. C'est alors qu'il songea de nouveau à la carrière |iarlemcntaire. Entré à la chambre des communes par les élections générales de 1761, il n'y eut jamais d'importance politique qu'en ce qui concernait les afiaires de l'Inde. Quant à la direction de ses opinions, attaché d'abord à Fox, il fut plus lard attiré par le génie de Put, et enlin il se mit à la suite de George Grcnville. Les premières années se passèrent pour Clive dans des luttes continuelles avec la Cour des Directeurs. L'envie qu'il inspirait a tous, le ressentiment de ses allures indépendantes de l'Inde, lui avaient créé de nombreux ennemis. On en vint jusqu'à nilaquer la légalité de la cession que lui avait faile Mlr-Djafir. Les choses en étaient là, lorsque l'étal des établissements dans l'Inde appela de nouveau l'attention du gouvernement Depuis le dé|iart de Clive tout était changé. Les Anglais, avaient conservé, il est vrai, leur suprématie habituelle ; mais