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la part du peuple à se saisir violemment des rênes de l'État, il s'y refusa en disant que, dans un temps d'agitations et de discordes, un tel parti serait imprudent, qu'il pouvait amener la guerre civile; qu'il était plus sage de contraindre la reine à transiger à l'amiable, en lui suscitant des embarras qui la dégoûtassent du pouvoir. Ce plan était évidemment sensé; mais les conseillers de la reine le firent manquer. Comme les partisans de la régente avaient clé engagés par elle à prendre les armes, il réunit des troupes destinées à la garde de Lisbonne (14 *0). Il agissait ainsi en sa qualité de défenseur du royaume. Cependant le peuple rassemblé tumultueusement dans une église, et guidé par un tonnelier et un tailleur, exprima de nouveau le désir que don» Pédre se chargeât de la régence, jusqu'à la majorité du roi. La reine venait de se retirer à Alenqner. Bientôt le choix du peuple, fut ratillé par lcsélals assemblés. L'inlant alla chercher le jeune roi auprès de sa mère, pour lui rendre ses hommages, puis commença l'exercice de ce |»ouvoir qu'il axait tant ambitionné et qu'il ne paraissait accepter que pour satislaire aux vuuix du peuple. Il fut en môme temps chargé parles Étals du soin de veiller à l'éducation du roi. Il essaya de refuser cet honneur, mail on eut peu de peine à vaincre son refus : la politique de tous les ambitieux est de se faire prier d'accepter les dignités qu'ils convoitent. Dom Pédre donna des preuves d'habile'.é et de prudence, il commença par abolir dans Lisbonne certaines taxes onéreuses établies sons le régne d'Edouard. On voulut, pour récompenser cet acte, lui ériger une statue ; il refusa, en disant ces paroles prophétiques : « Si je souffrais « qu'on m'érigeai une statue, il viendrait un jour « ou on lui crèverait les yeux, où on la briserait et u la foulerait aux pieds. Je ne veux ni n'attends de « récompense que de Dieu ; en lui seul je mets toute «ma confiance. L'ingratitude «les hommes ne me « louche point, et la malignité de nos ennemis est a un lien qui m'attache hiviolablcment ù mes dc- « voirs. » Sons ce prince actif et vigilant, les affaires curent bientôt pris une face nouvelle. Ce ne fut pas Sans peine qu'il oblint cet heureux résultat; car il avait des ennemis puissants. La reine, dépouillée de la régence, et ses frères qui longtemps y avaient aspiré, lui suscitaient partout de graves embarras; toujours il sut en triompher. Cependant la reine ayant fait armer le territoire de Cralo où elle s'élait retirée, le régent prit des mesures capables de maintenir l'ordre cl la paix dans le royaume. Il lit a la hàlc des levées de troupes, marcha lui-même à leur tête pour aller réduire ion Opiniâtre ennemie, et par cette vigueur de conduite, il la força de s'éloigner du Portugal. Avant d'en venir à une telle extrémité, il lui avait fait dire plusieurs fois que, si elle voulait se tenir tranquille, il la traiterait avec tous les égards dus à son rang et a ses vcrlus. Dom Pédre avait dans le rotule de Barcelos, son frère, un adversaire presque aussi dangereux que la reine même. Il lui lit des ouvertures qui. animèrent leur réconciliation. Vers cette époque, il consomma le mariage de sa fille avec le jeune roi Alphonse V, mariage
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pour lequel il avait reçu les dispenses nécessaires du souverain pontife. Dans l'année <442, son pouvoir fut exposé a de nouveaux dangers. Le roi de Castille, qui avait reçu Léonnr sous sa protection, le somma de remettre la régence à cette princesse, eu le menaçant de l'y conliaindrc par la force. Dom Pédre prit avec ce monarque une attitude qui lui imposa, et il parvint à faire sa paix avec lui; en 1445, il fut affranchi de toute inquiétude du côté de la reine, par la mort de celte faible et malheureuse princesse. Il avait su, par la fermeté de son caractère et l'habileté de sa politique, procurer au Portugal une situation si tranquille et si prospère, qu'elle lui donna la faculté d'envoyer un secours de troupes au roi de Castille, pour l'aider a réprimer les factieux qui troublaient son royaume. Enlin le temps de la majorité du roi étant venu (1447), dom Pédre lui rendît compte de son administration. Alphonse V en fut si content qu'il pria son oncle de la garder encore quelque temps. Ces choses-là se refusent-elles? Mais cet événement, qui n'avait pourtant rien que d'heureux pour l'Etat, excita la jalousie d'une foule de seigneurs à la tête desquels on \il le comte de Barcelos, frère du duc de Coïmbre. Dés lors on imagina tous les moyens possibles de nuire au régent dans l'esprit du jeune roi. On alla jusqu'à lui persuader que dom Pédre, dévoré d'ambition, aspirait au trône, cl que le moment viendrait où il oserait tenter de l'en faire descendre. Que ne peuvent point les calomnies, même les plus évidemment injustes? Alphonse s'abandonna a la défiance et se mit à fuir soigneusement son oncle. Bientôt le duc de Coïmbre éprouva tant de contradictions et fut abreuvé de tant de dégoûts, que, ne pouvant plus les supporter, il prit la résolution de se retirer & Coïmbre. Est-ce bien la modération qui lui inspira ce sage projet et les paroles sui\anles : « Mes enne- « mis ne me haïssent peut-être pas ; c'est à ma placû « qu'ils en veulent, et non à ma personne ; aban- « donnons cette place, et je serai tranquille. » Il se trompait. A peine fut-il parti, après avoir demandé et obtenu un acte par lequel le roi reconnaissait qu'il était content de son ministère, que vingt libelles circulèrent, dans lesquels on l'accusait d'avoir empoisonné le feu roi (Edouard) cl la reine son éjtouse. De généreuses voix s'élevèrent pour le défendre. La calomnie prévalut. Ayant reçu du roi l'ordre de remellre toutes les armes qui élaienl à Coïmbre, dom Pèdre lui fit ré|K)ndrc que puisqu'il persistait à ne vouloir pas reconnaître son innocence, il le priait de lui laisser au moins les moyens de confondre ses ennemis. Il n'en fallut pas davantage au roi, pour se confirmer dans l'idée que son oncle méditait une révolte. Dès lors il témoigna ouvertement sa haine contre lui, et permit à son frère même (Ferdinand I", second duc de Bragancc) de traverser son territoire a la tète d'un corps de troupes. Dom Pèdre, après avoir inutilement essayé loutcs les voies de conciliation pour détourner son frère de cette démarche xiohnte, s'avança contre lui avec un petit nombre de soldats. Par sa seule apparition, il frapia de ternur et disj>crsa ceux du duc de Braganee-
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Ce malheureux événement décida h perte du duc île Cofmbre. On arracha au roi uu édit i|ui le déclarail rebelle et traître à sa patrie. Voyant qu'il n'avait plus de ménagements à garder, et «pic le roi ne croirait jamais à sa lidelilé, il songea aux moyens de se défendre le plus longtemps possible. Il pourvut Coi m h i • de toutes les choses nécessaires pour soutenir un siège. Informé par la reine sa Site, qui avait inutilement cherché à dessiller les yeux du roi sur son compte, que la résolution était prise de mettre les trouj)cs royales en mouvement le 3 mai 1419, il résolut de les prévenir, ne voulant pas s'exposer aux risques d'un siège. Il sortit de Coïmbrc, entouré de 1,001) chevaux tl de 3,000 fanlassiiu, tous gins déterminés à périr pour sa cause, et portant des étendards sur lesquels on lisait les mots fidélité", jutiice, vengeance. Voilà comme les princes faibles tl crédules peuvent d'un sujet fidèle et utile faire lin sujet rebelle. Le due de Coïnibre se rendit d'abord au monastère de la Bataille. Après y avoir entendu le Te Deum, il visita les tombeaux de ses ancêtres, et dit, en s'arrèlanl devant celui qu'il avait Tait construire pour lui-même : Bientôt je t'habiterai; et il marcha sur Santarem. L'armée royale parut i2() mai M 10); composée de 30,000 hommes, elle investit celle de l'infant, qui, malgré la défense la plus obstinée, fut obligée de fléchir. Au [dus fort du combat, le duc deCoImbre reçut à la gorge un coup de flèche qui termina sa vie cl son infortune. Le roi, à l'instigation de ses conseillers, ne voulut pas d'abord que les restes du prince fussent inhumés ; cependant, quatre jours après, ils le furent dans l'église d'Alverca.Dom Pédre, duc de Coïnibre, a laissé plusieurs ouvrages en prose et en vers. On lui attribue l'invention de la guitare; mais probablement il n'a fait que la perfectionner. F— v.
COINSI (Gaitier te), naquit à Amiens, en 1177, d'une famille recommandablc par les places qu'elle avait occupées. Après avoir achevé Kl éludes, il se fit moine, et entra en 1 193 dans l'abbaye de St-Médard de Soissons. La bonne conduite et la régularité de ses ma-urs le tirent nommer, en ISH, prieur de Vic-sur-Aisnc. Cinq ans après, en 1219, il fit une sorte de complainte en vers français sur le vol du corps de Ste. Léocade, arrivé dans son monastère. C'est dnns cette abbaye qu'il mil en vers les JUiraclct de la Vierge, recueil de contes dévots, composés primitivement en latin par Hugues Farsi, moine de Sl-Jean-des- Vignes de Soissons, par Hcrmnn. par Guibert de Nogent, etc. Non-seulement Coinsi les traduisit en françaiset les rima, mais il y ajouta d'aures sujets dévots, de même nature, que lui fournit la tradition, ou qu'il tira d'autres auteurs antérieurs à lui ; et quoique la plupart de ces derniers sujets ne soient pas des histoires miraculeuses, il conserva à son ouvrage le nom primitif de Miracles de Nostre- Dame. Ces miracles, dont la bibliothèque royale possède plusieurs manuscrits, ont été le sujet d'une dissertation de Racine le fils, qui se trouve dans le t. 18 du recueil de l'académie des inscriptions et belles-lettres. Le style de ce poète est simple et naturel, mais sans imagination. Le Miracle de Ste.
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Lëocade a été imprimé dans le t. 2 de la nouvelle édition des Fabliaux. La réputation de Gautier de Coinoi le lit nommer prieur de l'abbaye de St-Médard, en 1233; il y mourut en 1236. Lcgrand d'Aussi a traduit quelques-uns de ses contes dévots ; ils se trouvent dans le Y vol. ajouté a ses Fabliaux, et qui porte le litre de Contes dceolt, Fables et Romans anciens ( Paris, 1781, in-8"). R — T.
C01N01Œ (Jean-Jac^les), chirurgien, né à Lyon, vers 1733, fut nommé maire provisoire de celte ville après le 29 mai «793, et mourut victime de la terreur, le 10 décembre de la même année, avec six autres officiers municipaux : Louis Buisson, Matthieu Valleton de Gravillon, Jean-Baptiste David, Paul-Noèl Allegrct. Augustin Figuel rt Claude Périeaud ( père du bibliothécaire de la ville de Lyon ). On a do J.-J. Coiudre un Mémoire sur la translation des cimetières hors de la ville, préseuté à la municipalité de Lyon, le 21 mars 1791. A. P.
COINTE iCiunLES le), prêtre de l'Oratoire, né à Troyes, le 4 novembre 101 1, de parents pieux. Il lit ses éludes à Troycs, et ensuite à Reims, au collège des jésuites, qu'on venait d'y établir. H montra d'heureuses dispositions pour les lettres, s'y lit distinguer par son assiduité et son bon esprit, se concilia l'amitié de ses maîtres, et remporta souvent des prix. En 1029, il entra dans la congrégation de l'Oratoire, que venait d'établir le cardinal de Bérulle. Il servait la metse du pieux fondateur lorsque celui-ci mourut à l'autel. Après son année d'épreuve, le P. le Coiute fut envoyé à Vendôme, pour y professer les basses classes. Il enseigna ensuite la rhétorique à Nantes, à Angers et à Condoni. Un goût particulier le portait à l'élude de l'histoire; il crut devoir s'y pré(>arer par une étude approfondie de la chronologie cl de la géographie. 11 lit aussi entrer dans son plan la politique et les intérêts des princes, surtout en ce qui concerne la France. Deux harangues qu'il prononça à Angers, pendant qu'il y professait la rhétorique, prouvent combien il avait déjà lait de progrès dans ces sciences. Est-ce parce que le supérieur général de l'Oratoire, Bourgoin , connaissait l'habileté du P. le Cointe dans cette science, qu'il l'envoya à Vendôme la professer aux pensionnaires, ou est-ce parce que, faisant peu de cas de cette étude, il regardait le P. le Cointe comme un sujet peu utile, ainsi que l'assure Richard Simon? C'est ce qui ne parait point décidé. Est-ce aussi parce qu'il le considérait sous ce dernier rapport, que ce même supérieur général, pour s'en défaire, donna le P. le Cointe à M. Servien, qui, parlant pour l'Allemagne, en qualité de ministre plénipotentiaire, lui demandait un chapelain et un confesseur pour son épouse, comme le dit le P. Niceron ? C'est ce* qu'on aurait peine à concilier avec le récit du P. Dubois, confrère et ami du P. le Cointe, et qui a écrit les particularités de sa vie. Ce père dit expressément que le supérieur général de l'Oratoire, homme d'un esprit pénétrant, tir aculœ mentis, crut donner à M. Servien, dans le P. le Cointe, non-seulement un prêlrc propre à diriger la conscience de madame i Servien, mais encore un homme habile dans les af-