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du roi. On regarde cette promotion comme le résultat d'une intrigue de ses ennemis, qui, pour quelque raison particulière, désiraient l'éloigner de la cour des plaids-communs, ce qui ne se pouvait faire alors que d'une manière honorable pour lui. la même année, il fut nommé membre du conseil privé, bien que déjà il se fui montré peu disposé à favoriser les usurpations que la cour pouvait entreprendre. C'était alors contre elle qu'il avait principalement & exercer la rigidité de son caractère; ce qui avait été dureté devint courage, et cette dernière partie delà vie de Coke a généralement relevé et honoré la première. Déjà plusieurs oppositions avaient mécontenté la cour , lorsqu'on lit la découverte du crime commis sur la personne de sir Thomas Ovcrbury , que le duc et la duchesse de Sommerset avaient fait empoisonner dans la Tour de Londres, où ils avaient trouvé le moyen de le faire renfermer, pour se débarrasser d'un ami trop incommode par sa prudence et son honnêteté. Le roi ordonna les plus sévères reclierches contre un favori dont il commençait à se lasser ; les coupables furent mis en jugement, les agents inférieurs du crime en subirent la peine légale ; mais le duc et la duchesse, condamnés à mort aussi, obtinrent leur grâce, pour vivre odieux l'un et l'autre, chargés de la haine et du mépris public. Avec quelque prudence que sir Edouard Coke se fut conduit dans cette aiïaire, elle fournit à ses ennemis des prétextes pour le noircir, soit dans le public, soit dans l'cspritduroi. La circonspection avec laquelle il avait procédé lui fut imputée vis-à-visdu public comme un désir de sauver les coupables, et le silence gardé sur quelques-uns qui nefurentpas misen jugement, sans qu'on ait jamais bien pu savoir pourquoi, parut justifier ces bruits. On prétendit, d'un autre coté, que Coke avait fait entendre qu'il ne lui élailpas permis d'aller trop loin dans celte affaira. On renouvela les bruits répandus sur la mort du prince de Galles, prince cher a la nation, qui estimait son courage autant qu'elle méprisait la faiblesse de son père. On accusait très-faussement le duc de Sommerset d'avoir empoisonné ce jeune prince, « bien assuré, di- « sait-on, de ne pas déplaire au roi, à qui le prince « de Galles donnait beaucoup d'ombrage. » Ces bruits, fortifiés par les mots mystérieux qu'on attribuait à sir Edouard, irritèrent vivement le roi. L'opposition de Coke, relativement à la disposition de quelques évêchés en commande, aigrit encore son ressetiliment, et lui donna une occasion de le manifester, en faisant censurer par le conseil la conduite de Coke et des douze juges qui avaient agi avec lui dans celte affaire. Lui seul se montra inébranlable dans son opinion, et soutint avec dignité la conduite qu'il avait cru de son devoir d'adopter ; mais dans une dispute de juridiction avec la cour de la chancellerie, emporté par la violence et l'inflexibilité de son caractère, il donna du moins un prétexte de le traiter d'une manière sans exemple jusqu'alors envers un magistrat regardé comme le chef de la loi. Censuré par le conseil privé, et suspendu de ses fonctions, il fut obligé d'entendre «a sentence à genoux, ci de répondre à plusieurs
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COK
accusau'ons ridicules, comme de s'être qualifié premier juge [chitf jutlict) d'Angleterre, ce qui avait été l'usage de tous ses prédécesseurs, et d'obliger sou cocher de le conduire nu-tétt, ce qu'd assura que le cocher faisait pour sa propre commodité, et nullement par son ordre. La suspension eut lieu en 4616. Six mois après , sir Edouard tut tout a fait privé de son office. Il parait que le duc de Iiuckiogham , alors favori, eut grande part à cette aftaire, et qu'il aurait été possible à Coke de rentrer en lonction, s'il eût voulu employer les moyens en usage alors; mais il répondit a ceux qui l'en pressaient « qu'il « nrtaii pas plus permis a un juge de chercher a «corrompre que de se laisser corrompre (1). » Il parait, au reste, que le duc de Buckingham n'était pas irés animé contre lai; car Cuke lui ayant fait proposer le mariage de sa fille cadette avec sir John Villiers, frère ainé du duc, cette idée fut acceptée avec empressement ; mais lady Hatton, peu disposée à complaire à son mari, et mécontente de n'avoir pas été consultée, emmena sa lille dans la maison d'un de ses amis. Sir Edouard demanda un ordre du conseil privé pour ravoir sa fdle; mais avant que l'ordre fût arrivé, ayant appris où elle était, il s'y Tendit avec ses lils, et l'enleva de force. Lady Hatton porta plainte contre son mari. D'un autre cété, le duc de Buckingham et sa famille avaient pris ce mariage fort à cœur, et lady Compton, sa mére, traita avec une grande hauteur Bacon, alors chancelier, qui s'y opposait de tout son pouvoir. Enfin tout s'arrangea; le mariage se lit, et, en 4617, sir Edouard rentra dans sa place de conseiller privé. Le mauvais état des affaires du roi rendant ses conseils extrêmement nécessaires, Bacon même, à ce qu'il parait, prit le parti de se rapprocher de lui, et l'on remarqua que de ceux de ses anciens ennemis qui ne s'étaient pas réconciliés, il n'y en eut presque aucun qui ne tombât entre ses main6, comme accuse de malversations devant son tribunal. On a peut-être eu tort de regarder comme une preuve de ressentiment la sévérité qu'il porta dans ces sortes d'affaires ; mais Coke du moins n'était pas I tôt unie a trouver dans le souvenir d'une injure un motif d'indulgence. Quelque répugnance qu'eussent le roi et ses favoris à assembler un parlement, il fallut bien en venir la ; les besoins pressaient, et l'on ne pouvait plus se passer de subsides. On comptait beaucoup sur l'inlluence de Coke, membre de ce parlement ; mais il était loin de vouloir y seconderles mesures de la cour. Le roi, dans son ressentiment contre lui, s'écria un jour « que c'était l'instrument « le plus commode pour un tyran qu'eut jamais pro- « duit l'Angleterre, » Après de violents débats, le parlement fut dissous, et le même jour, Coke, accusé de prévarication dans l'affaire du duc de Sommer-
(1) Ce M dans une aulre circonstance quête roi tint un propos à peuples semblable. Jacques, faisjtit allusion aux fréquents changements de fortune que Coke Ittil éprouves dan* le cours de fa vie, se trouvant tantôt m possession du pouvoir et tantôt chns la drstrtet, et à son habileté a pn.llier des moindres circonstances NH rentrer «u tateur. d»ait de lui qu'il restMubiaii i un rlui «ui ioioluit toujours sur ses juiiti-s. U-i-s.
set, fut mis à la Tour de Londres, où il ne demeura
pas longtemps. En 4623, il fut envoyé en Irlande avec une commission, qui n'était qu'une espèce d'exil honorable. L'n nouveau parlement ayant été convoqué en 4625, pour rempêclier d'y siéger, on le nomma shérit du comté de Buckmgham, et, en cette qualité, lui, qui avait été premier juge d'Angleterre, fut obligé d'accompagner les juges dans leurs assises; mais nommé ensuite au parlement de 4638, il s'y distingua plus que jamais par son zèle pour U delense des droits du peuple et contre les abus de II cour : il y accusa formellement le duc de Buckingham. Il était alors âgé de prés de quatre-vingts ans. Coke se relira ensuite 6 sa maison de Stoke-Pogeys, dans le comté de Buckingham, où il mourut, en 4G34, dans sa 86» année (I). Sa figure était belle, et ses manières pleines de dignité ; il apportait un grand soin à la propreté de ses vêtements, disant « que la « propreté des habits doit rappeler la nécessité dete- « nir le dedans aussi net. » Il se félicitait beaucoup d'être parvenu à toutes ses places sans solliciter ni payer. Ses ouvrages passent pour des autorités du premier ordre, relativement aux lois de son pays; et un de ses compatriotes a dit, dans le style du temps, « qu'ils seraient admirés tant qu'il resterait à la re- « nommée une trompette et quelque haleine pour y « souffler. » Ils ne sont pourtant pas tous également estimés pour le style ; autant ses plaidoy ers sont concis et serrés, autant ses discours préparés et ses écrits imprimés, où il se livrait davantage i son imagination et au goût du temps, sont diffus et charges d'une érudition surabondante. On a de lui : 4* Jlapfort* de divert iugemenli et rétolutiont rendu» sur det ca» nouveaux, etc. La i" partie lut publiée en 4G06, in-lol. ; les 2», S* et jusqu'à !a 41«, le furent par Coke lui-même, pendant le règne de Jacques I"; la 42* et la 13* parurent postérieurement. Tous ces rappris sont reçus par les cours avec la plus haute déférence ; et comme un témoignage de distinction, on les cite fréquemment par 4 , 2, 5, etc., sans (tire mention du nom de fauteur. Il y a eu un grand nombre d éditions deces rapports; la dernière a été donnée en 4776, en 7 vol. in-8°, par Wilson. On a publié en 4742, en un vol. in-8\ un abrégé versifié pour la facilité de la mémoire. 2* Book o/ faine*, qui est un recueil des précédents adopte - par les cours, des déclarations, informations, etc., cl enfin de tout ce qui concerne la partie pratique des lois d'Angleterre, publié par lui en 1614. 5*/n*-fimff* detloii d'Angleterre, divisées en 4 parties ; la 4*, qui a paru
(0 Sir Edouard Coke était sur son lit de mort, lorsque sir FraotJs Wutdrhaok $c présenta chef lu. par ordre do conseil, pour y rechereber des papiers srditteas et daoacrrai. Eu venu de sa
commission. Il saisit difiereiits manuscrits de Coke, tel» que X Commentaire >ur Lillleten, VHUtore de ,a i,e. «rue de « profit main, le Commentaire mr ta framte ekarte, les Vtatdoyert ( l'Icat) de la couronne et la fmttam des cenre, ses 4 I* ot iV rapports et roanusrrit, ri cinquamc et un autres manuscrit», avec le toUmrni de sir Edouard, où il avait tait d.fiYrrn'es dUpus.tions en faveur de se» petits-enfants. Les livres et les papiers furent dotons pendant sept •ris. En 16»|, un de *es 51s s'adressa a la r lismbre des commuat-s pour en réclamer ta restitution, que le roi ordonna. On remit S la famille tous ceu qu'on put trouver s mats k testament avait du-
it un cuninit-nutire, dêS
Tenures de sir Thomas Littleton, un des juges des plaids-communs si ms le règne d'Edouard IV; mais comme elle était fort incorrecte, on en donna en 1629 une seconde édition qui a été révisée, dit-on, par l'auteur ; la 8» partie contient la gtatuU chartt et les statuts les plus importants dans le languie dans lequel ils furent d'abord donnés : il y a ajouté un savant commentaire; la 5* partie contient la loi criminelle et les plaidoyers de la couronne, et enfin la 4* renferme la juridiction de toutes les cours du royaume, depuis la hante cour du parlement jusqu'à celle de court-baron4 Hargave et Butler ont donné la 15* édition, très-augmeiiiée, de la I" partie, Londres, 1788, in-fol. Nous avons sous les yen* une édition dcstToisdernièrrs parties, Londres, 1737, 4 vol. in-80. Coke a publié plusienrà autres" ouvrages sur les lois et coutumesde l'Angleterre; on en trouvera la liste, ainsi que l'indication des différentes éditions, dans la liibliograpki* légale f Legfil Bibliography) de BrUlgman. S— o et D — 7. — s.
POL DE V ILARS (Eue), né en 1675, à la Roche» foncault en Areiouniois. Ses parents étaient protestants; qnoirjne pauvres, ils cultivèrent ses dispositions, et après avoir fait ses humanités, il vint à Paris pour compléter ses études. Col de Vilars y fif abjuration , et dès lors se livra à l'éducation de la jeunesse i en même temps qu'à l'étude des lettres. Ses notions eh ee genre te firent placer auprès du comte de Rienx , pour veiller * l'instruction de son fils. L'aisance q«'il trouva dans cette maison lui procura le moyen de se livrer an gout décidé qu'il avait pour l'étude de la médecine. Cultivant les accessoires de cette science en même temps qu il ornait I esprit de son disciple , W fut bientôt en élat: d'entreprendre des études sérieuses, et sans négliger les devoirs de sa place, H' s'occupa pendant quinze ans à recueillir dans les amplii théâtres, les hôpitaux et les bibliothèques, de quoi fournir aux pénibles exercices de s* licence. Il la commença en 17 M», et la termina avec distinction en 1743, époque où il reçut le bonnet de docteur. Col de Vilars affectionnait la chirurgie, non qu'il la pratiquât en opéraient- routinier, mais il donna une attention spéciale aux maladies qui peuvent, par suite, demander une industrieuse application de la main; aussi lut-il, sous ce rapport, agréable à la faculté, qui le nomma bientôt pour remplir une chaire de chirurgie et d'anatomie. Il fut sirceessivement médecin du roi au Cbatelét, médeein titulaire à l'Rôtel-Dien. Connu de soft corps sous les1 rapports les plus avantageux du savoir et de la probité, il en fut nommé doyen en 1740, et continué dans cette place quatre années de suite. Ce fut sous son décanat qu'on reconstruisit Famithithéàtre des écoles, dont les dépenses génèrent beaucoup la faculté. Le trop grande conliance que donna Col de Vilars à l'entrepreneur fut cause qu'elle s'endetta alors d'une assez grosse somme. Trois ans après la cessation de ses fonctions décanales, à l'époque où il venait d'être désigne à une chaire de matière médicale, Col de Vilars mournt, le 26 juin 1747, regretté du petit nombre (Tamis que lui avait valu IralégrHé de se» mœurs. 11 fut
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inhumé" dans St— André—dês-Aws. Les ouvrages de Col de Vilars sont peu nombreux, mais ils ont joui d'nne certaine réputation dans leur temps. On cite de lai : 1* quelques thèses d'Une latinité assex pore. î« Cour» de Chirurgie , dicté aux ieott$ dd médecin», 1758, 4 vol. in-13. Cet oirvrage offre quelques généralités sur la physiologie et la chirurgie, une histoire assez détaillée sur les tumeurs, les plaies et ulcères. M a été complété par un traité sur les fractures et les luxations, ajouté par* Poissonnier, et qui forme un 5* volume, 1748, in-12. Ce dernier travail est de la main de Col de Vilars ; il était presque achevé I sa mort, et n'avait alors besoin que de la rédaction que lui donna l'éditeur. Cet ouvrage est oublié aujourd'hui que la science a fait de si grands progrès. 3° Dictionnaire français-latin des terme» de médecine et de chirurgie , urée leur définition, leur division et leur étymologie, 1 vol. in-12, 1740 et 1760; c'est un extrait d'un dictionnaire lioaueoup plus considérable, qui occupait depuis plus de trente ans les loisirs de l'auteur. Ce petit ouvrage fait regretter le grand, vu qu'il est assez bien fait ; mais aujourd'hui il est de nulle valeur, a raison de la supériorité de ceux qui ont paru depuis. P-R— t.
COLALTO, acteur de h» troupe italienne, où il avait été reçu en 1760, y remplissait les rôles de Pantalon, et composa beaucoup de pièces pour son tltéàtre : Pantalon avare, en 4 actes. 1768 ; Partfafoi» rajeuni, en 4 actes, 1768; ta Fatnille en discorde, en 4 actes, 1788; Pantalon pire sévtré , canevas italien remis au théâtre*, en 4 actes, 1768; le Retour d'Argentine, en S actes, 1760; Pantalon jaloux, en 3 actes, 1760; vlr/e/prin gentilhomme par hasard, en 3 actes, 1760; les Noces d'Arlequin, en 3 actes 1769; lé Tutban enchanté, en 2 actes, 1760 ; lei Intrigues d'Arlequin, en 2 actes, 1769; lei Mariages par ma~ ftV, en 1 actes , 1769 ; lé Gondolier vénitien , en 2f actes, 1769 ; le Vieillard amoureux, en 2 actes, 1769; la Cantatrice, en f acte, 1769; les Perdrix, en 1 acte , 4760 . le Monstre marin , en 1 acte , mêlé de danses, 1770; les Trois Jumeaux Vénitiens, en 4 actes, 1773; le succès qu'eut cette dern ère pièce enyasea l'auteur a la donner en français, et a la faire imprimer dans cette langue, Paris, 1777, in-8». Hèle et Catlhava travaillèrent au dialogue, qui cependant, d'après lé titre, semble être l'ouvrage de Colallo seul. Cette comédie est supérieurement intriguée, pleine de situations originales «t de vrai comique. L'auteur y jouait les trois rôles des jumeaux. Colalto est mort le 5 jnillef 1778, âgé de 63 ans. A. 11— f.
COLANGKLO (FnASçoïS), évéque de Castetlarhare, savant théologien et littérateur, fils d'un avocat, naquit a Naples, le 23 novembre 1760, et entra vers 1780 dans le couvent do St-Pierre ad Aram, situé près de sa ville natale, et occupé, ù cette époque, par les chanoines régulier*. En 1783, il se lit recevoir membre de la congrégation de l'Oratoire d'Italie, dont la règle austère s'accordait avec la gravité de son caractère et ses goûts scientifiques. Le zèle qu'il montra le conduisit bientôt aux premières charges de cette compagnie, qu'il remplit de ïa manière la plus distinguée. En 1815, le roi Ferdi-
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nand Ier Parait désigné pour Tévéché de Son, mais il n'accepta pas ce siège, préférant le modeste séjour de son monastère à l'éclat d'une prélature. Nommé, en 1820, par le même prince, évêque de Caslcllamare, il voulait également se soustraire à ce nouvel honneur; mais le pape, informé des éminentes vertus qui le caractérisaient, lui lit manifester le désir de l'en voir revêtu. Colangelo n'osa plus résister; il alla, en personne, présenter ses respects au souverain pontife, qui le dispensa des examens préalables, et le fit sacrer à Rome par le cardinal Pacca. Revenu a Napies, l'année suivante, il lut appelé a faire partie de la commission chargée d'exécuter le concordat avec le sainl-siége. Ferdinand l*r le nomma, en 182>, président du département de l'instruction publique, et, en 1830, premier administrateur de l'imprimerie royale, fonctions qu'il exerça jusqu'au 15 janvier 1836, jour où une apoplexie foudroyante mit un terme à sa vie. Avant comme après son élévation aux dignités, Colangelo employa tous ses loisirs à la culture de lettres; aussi sa demeure fut-elle continuellement le rendez-vous des hommes les plus renommés par leur savoir. 11 a laissé un grand nombre d'ouvrages en manuscrit que ses héritiers se proposent de publier. Voici la liste de ceux qu'il livra lui-même à l'impression ; ils sont tous en langue italienne : 1* Opuiculet teienlifiquet, in-8*. 2« Recueil d'ouvraget appartenant à l'hitloire littéraire, 2 vol. in-8. 3" Le Galilée à l'usage de la jeunette, in-8*. 4* Fie de Ponlano, in-8». 5* Vie d'Antoine Beccadelli, dit le Palermitain, in -8°. 6* Vie de Jean-Baptiste délia Porta, in-8*. 7» Fie de Jacquet Sannazar, in-8*. 8" La Liberté irréligieute de penter , in-8». 9» Apologie de la religion chrétienne, in-8°. 10* Hittoiredet philosophes et mathématicien! napolitain!, 3 vol. in-4*. Il* Une homélie de St. Jean-Chrysostome tur la Divinité de Jésus- Christ, traduite du grec avec notes. M— a.
COLARDEAU , ou COLLARDEAU (Julien), né vers 1590, à Fonlenay-lc-Comte, en Poitou, procureur du roi au présidial de celte ville, mérite, comme poète, une réputation que les justes éloges de plusieurs critiques n'ont pu encore lui taire obtenir, tant le public revient difficilement de ses premières impressions. Colardeau avait fuit imprimer à Paris, en 1619, in-8*, une satire latine contre les bals et les mascarades, sous le titre suivant : Larvina, taiyricon in chorearum latciviat et pertonata tripudia. Celte pièce, dans laquelle il s'était proposé d'imiter Apulée, se sent de l'affectation et de l'obscurité du modèle qu'il avait choisi. On y aperçoit cependant les germes du talent qu'il a montré dans ses deux poèmes, l'un sur les victoires de Louis XIII, cl l'autre sur le château de Richelieu. C'est surtout daus ce dernier ouvrage que Colardeau a fait preuve d'un talent peu commun. On y trouve des morceaux entiers où l'homme du goût le plus sévère aurait peine à remarquer quelques taches; mais on y remarque |icu d'invention. Le poème sur les campagnes de Louis MU est trop historique, et dans sa description du château de Richelieu , l'auteur suit une marche trop régulière. On ne doit point oublier
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que Colardeau a en le courage de louer le duc de
Montmorenci , l'une des malheureuses victimes de l'ambition de Richelieu, dans un poème entrepris à sa gloire, et dédié à la duchesse d'Aiguillon sa uièce. Le duc de Montmorenci n'avait cependant point été son bienfaiteur. Le IYi6f«iu det victoiret de Louis XIII fut imprimé à Paris en 1630, in-8*, in-12, et la Description du château de Richelieu (vers 1643), in-4». On a encore de Colardeau une Ode tur levaitteau le Grand- Armand , dans le recueil des vers latins et français publié par Roisrobert, et intitulé : le Sacrifice det Mutes au cardinal de Richelieu, Paris, 1635, in-4°. Il mourut le 20 mars 1669, suivant Dreux du Radier, Bibliolh. du Poitou, et non pas en 1641, comme le dit Sabatier, ni en 1650, comme le disent les nouveaux éditeurs de la Bibliothèque hitlonque de la France, qui confondent Colardeau avec son père. VV — s.
COLARDEAU (Charles-Pierre), né à Janvillc en Beauce, le 12 octobre 1732, montra de bonne heure pour la poésie française un goût très-vif, qui lui fit négliger l'étude des langues anciennes. Le curé de Pithiviers, son oncle et son tuteur, qui voulait faire de lui un avocat, l'envoya à Paris chez un procureur au parlement; mais le jeune homme n'y faisait que des vers, et il fallut bien enfin lui pcrmeitre de suivre un penchant impérieux qui le détournait de toute autre occupation. Il débuta de la manière la plus brillante par sa fameuse Lettre d'Héloïteà Abailard, imitée de Pope (Paris, 1758, iu-8*). On y reconnut presque toutes les qualités essentielles su poète : le choix heureux des mots, l'élégance des tournures, et cette harmonie, celte mollesse voluptueuse, qui font de Part des vers une musique ravissante et continue; s'il n'égale pas le coloris de l'original , on ne peut lui refuser plus de grâce et surtout plus de sensibilité. Peu de temps après, Colardeau publia, avec beaucoup moins de succès, une héroide d'Armide à Renaud (Londres et Paris, 1758, in-12), dont le fond cl les idées appartiennent au Tasse. Ce fut aussi celle même année 1758 qu'il fit jouer une tragédie d'Attarbé, sujet pris dans le Télémaque : c'est une copie faible et languissante de la Cléopàlre du grand Corneille, et qui ne put se soutenir au théâtre, malgré tout l'art de mademoiselle Clairon, cliargée du rôle principal. Deux ans après, en 1780, il donna Calittt, autre tragédie, imitée du drame anglais de Rowe, intitulée la Belle Pénitente. Geoffroy regardait celte pièce comme une des premières causes de l'anglomanie qui envahit pendant quelque temps la scène française. Elle n'eut cependant , comme la précédente , qu'un succès passager, et toutes deux n'offrent en effet de remarquable qu'une versification généralement correcte et facile. La première fut imprimée, Paris, 1758, in-12; la seconde, ibid., 1761, in-8°. Colardeau avait peut-être moins de talent encore pour la comédie, s'il en faut juger par les Perfidiet à la mode, pièce en 5 actes et en vers, qui ne fui point représentée. Le style en est agréable, mais le manque d'action et d'intérêt, qui s'y fait trop souvent senlir, s'opposerait à la réussite. Soit paresse d'esprit, soit stérilité véritable, il parut
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se vouer principalement au genre de l'imitation, qui ne lui réussit pas toujours aussi bien que dans la Lettre d'HéloUe. Il mit en vers les deux premières Nuits d Young et le Temple de Gnide de Montesquieu. Il avait dessein d'en faire autant du Télémaque , mais il fut probablement effrayé de la difficulté de faire des vers plus élégants et plus Iiarnionieux que la prose de Fénelon. Colardeau avait aussi traduit six cbanls de la Jérusalem délivrée, quand il apprit que Walelct s'occupait du même travail ; il interrompit aussitôt le sien ; et, de peur qu'on ne voulût en faire usage après lui, il le jela au feu deux jours avant sa mort. C'est jwr le même principe de délicatesse cl de modestie qu'il se désista du projet de traduire l'Enéide, dès qu'il fut informé que Delille avait entrepris ce grand ouvrage. Parmi ses productions originales, on dislingue YEpitre à Minette (Paris, 1762, in-8*); VEpitre à M. Duhamel (ibid., 1761, in-8") , et les Hommes de Prométhée, poème (ibid., 1775, in-8-). Ce sont, avec la Lettre d'Héloise, les ouvrages qui lui funt le plus d'honneur. Si, au charme et à l'harmonie des vers, il eût joint la force et l'originalité des pensées, il occuperait uu des premiers rangs parmi les poêles fiançais. Nous avons vu que Colardeau avait négligé les anciens des ses premières éludes ; mallieureusement il n'eut point un goût assez sûr pour suppléer à ce vice d'instruction ; mais il avait l'oreille savante, sensible et délicate : ce sont là des qualités inappréciables et qui ne s'acquièrent pas. L'Académie française l'avait choisi en 1776 pour remplacer de Sl-Aignan ; une bydropisie de poitrine l'enleva comme il travaillait encore à son discours de réception, le 7 avril de la même année, âgé de 43 ans et demi, et il fut remplacé par Laharpe. Colardeau avait toujours été d'une complexiou faible et valétudinaire, encore affaiblie par des plaisirs dont il aurait peut-être dû se refuser l'usage. On assure qu'une maladie avait tellement affecté en lui l'organe de la vue, qu'il ne distinguait plus que le noir, le blanc, cl des nuances d'ombres plus ou moins foncées. On connaît sa réponse à Barlhe, qui vint lui lire une comédie au moment où il était près d'expirer. (Foy. Barthe. ) D'un caractère doux et mélancolique, il semblait avoir puisé le cliarme de son style dans l'agonie perpétuelle d'une existence frêle et douloureuse. C'était avec un sentiment inexprimable de volupté qu'il écoutait le chant des oiseaux, et même sur son lit de mort, les accents mélodieux du rossignol eurent le pouvoir de suspendre ses souffrances. « Ecoute, disait-il à un ami qui veillait « auprès de lui, écoute. Que la voix du rossignol est a pure! que les accents en sont mélodieux I Ainsi « devraient être mes vers. » Incapable d'envie et de malignité, il ne dissimulait pas son aversion pour ces deux défauts et la crainte qu'ils lui inspiraient. « La critique, disait-il, me fait tant de mal, que je o n'aurai jamais la cruauté de l'exercer contre per- « sonne. » Celte bienveillance affectueuse désarma Palissot lui-même , qui retrancha de sa Dunciade le nom d'un homme dont l'inaltérable douceur triomphait de l'amour-propre si naturel aux poêles. Les
œuvres de Colardeau ont été publiées, précédées de sa vie et de son éloge ( par Jabineau de la Voûte ), Paris, 1779, S vol. grand in-8*, fig., ou 2 vol. iit-12. L'éditeur n'a pas fait entrer dans ce recueil deux opéras-comiques , la Courtisane amoureuse et les Amours de Pierre Lelong, des fragments de la traduction en vers de la Jérusalem délivrée , et quelques divertissements de circonstance trouvés dans les manuscrits de l'auteur. Les Œuvres choisies ou Chefs-d'œuvre onl tu plusieurs éditions, Paris, 1798, in-12 ; ibid., 1811,2 t. en 1 vol. in-18; ibid. et même année, stéréot., in-18; ibid., 4822, 2 vol. in-48 ou in-12 avec «g., faisant partie de la Bibliothèque française de Menai d et Descnne; ibid., Janet et Co» tellc, 1824, in-8», fig.; ibid., Froment, 1825, 2 vol. in-3-2; ibid., in-18, dans la Bibliothèque des Amis des Lettres. Les Poésies de Colardeau se trouvent aussi réunies à celles de Mallilâtre dans 1 vol. in-18, stéréol. d'Herhan, publié en 1825. A — u — R et Cu — s.
COLAS ne Rirszo. Yoyex Rienzo.
COLAS (Jacques), naquit à Monlelimart, vers le milieu du 16* siècle. DeThou, qui avait étudié avec lui à Valence sous Cujas , raconte qu'il fut accusé d'avoir assassiné un de ses camarades, et emprisonné à cause de ce meurtre. Il le peint comme un homme d'une élocutiou facile, présomptueux, hardi, et qui avait médité de lionne heure des choses au-dessus de ta condition. En effet, lils d'un avocat professeur en droit, et quelque temps avocat lui-même, l'office de vice-sénéchal de Monlelimart, dont il fut pourvu eu 1577, était peu propre â satisfaire sa turbulente ambition. Député par le tiers état de sa province aux états de Blois, il s'y dévoua tout entier aux intérêts des princes de Lorraine. En conséquence il abandonna la magistrature pour la profession des armes, et désola d'abord lé Dauphiné, k la tète de 1 ,200 arquebusiers qu'il avait rassembles pour faire la guerre aux protestants. D'autres provinces devinrent le théâtre de ses fureurs ; mais le succès ne couronna pas toujours ses entreprises. U était au pouvoir des protestants dans Châtillon, lorsque celle place fut obligée en 1586 de se rendre au duc de Mayenne. La délivrance de Colas, ainsi que celle de Birague et de la Hoche-Dubreuil , fut une des conditions de la capitulation. Mayenne , dont la protection lui avait déjà fait obteuir des lettres de noblesse, la charge «le grand prévôt de France et de l'hôtel, et le titre de capitaine de cent hommes d'armes, le nomma lieutenant de ses gardes, lui donna une pension de 2,000 écus d'or, cl l'envoya en 1591 à la 1ère , dont les Espagnols et les ligueurs venaient de s'emparer. Halvvin, marquis de Mcignclai, y commandait. Sur le soupçon de quelque intelligence avec les royalistes, Colas le lit massacrer à la sortie de la inesse. Il lui succéda dans le gouvernement de la ville, et la dérendit avec dom Alvarés Osorio contre Henri IV qui l'assiégea en personne, et la prit le 16 mai 1595. S'il en faut croire de '1 hou, Osorio, interrogé |)ourquoi, avec des munitions et des vivres, il avait sitôt capitulé, répondit « qu'il devait compte de Colas aux Espagnols. » Mais si I on considère la durée du siège, le plus long de
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ceux qu'ent reprit Henri IV, on croira plutôt que » place ne fut rendue que par famine, comme rassurent d'autres historiens. Quoi qu'il en soit. Colas signa la capitulation en qualité de comte de la Fére; et comme on refusait d'admettre ce titre, il répondit fièrement • qu'il avait autant de droit de le porter « que M< lutiue-Balagni celui de prince de Cambray.» Il parait qu'il contribua beaucoup a la surprise (l'Amiens par les Espagnols en 1597. a II servit, disent a les Mémoires de la Ligue, à ôter cette ville à la « France. » Passé au sert ice de l'archiduc Albert, il lut blessé à la bataille de Nienport, en 1600, fait prisonnier, et déporté à < Menue, où il mourut. • J'auroif moins parlé de lui, dit «le Thon, s'il n'étoit a détenu célèbre par la témérité de ses entreprises, « et par l'amitié de Mayenne, qui iinit par craindre « l'homme qu'il avoit élevé. » L. B— E.
COLAS (Jban-Fhjuiçois), distingué par le nom de tiuymne que portait sa mère, naquit à Orléans en 1702. Apres de brillantes étofles, il professa jusqu'à trente ans chez les jésuites, qu'il quitta pour devenir successivement chanoine de Sl-Pierre-F.m-1 pont, et de l'église royale de St~Aignan. Sous l'un et l'autre litre. Colas de Guyenne fut utile non moins par ses excellentes qualités que par les lumières qu'il jeta sur l'administration du temporel de ses dent chapitres. Après avoir été membre et l'un des chefs directeurs de la société littéraire d'Orléans, il mourut le S novembre 1772. Nous avons de lui : 1° Oraison funèère de Louis (TOrléans, duc * Orléans, pr«»ii#r prince du sang, Orléans, 175*3, in 4°; 2e Discourt ,ur la Pueelle d> Orléans, Orléans, 1760, m-tf; S* le ifanuel du cultivateur dans lé vignoble d'Orléans, uttlé à lom Us autres HfnoèHi du royûum*, Orléans, 1770, m-8», manuel plus précis, et surtout plus clair, que celui qu'avait précédemment publié Jacques Botrtat. P — n.
COLAS DE MA N TOLE, grammairien célèbre, enseignait l'éloquence latine aux jeunes Milanais pendant le régne de Galéaz Sforza, duc de Milan. i Voy. ee nom.) Imbu des maximes de l'antiquité, Il s'efforçait d'inspirer â ses écoliers les mœurs et les opinions républicaines. Il déclamait sans cesse contre la tyrannie ; il montrait comment la ruine des moeurs et des lois est la conséquence du gouvernement des princes : et l'exemple de celui même «ous lequel il vivait donnait do poids à ses leçons, car Catéaz Sforze, par ses débauches et ses cruautés, s'était rendu odieux à ses su jets ; on l'accusait d'avoir fait périr sa propre mére, et il y avait peu de gentilshommes a sa cour dont il n'eû! attaqué l'honneur et la fortune. Trois des écoliers de Colas de Mantoue, Jean-André Lampugnano, Charles Visconti et Jérôme Olgiato, avaient été particulièrement offensés par lui. Colas eneonragea ces trois jeunes gens a délivrer leur patrie, et à venger leurs m jures privées. Ils attaquèrent le duc le 28 décembre 1476, comme il entrait dans l'église de St-Élienne; Hs le tuèrent à coups de poignard au milieu de ses gardes; mais le peuple, qu'ils croyaient avoir dclivré, ne fil aucun mouvement en leur faveur. Lampugnano, embarrassé dans les habits des femmes qui
remplissaient l'église, fut immédiatement massacré; les autres furent atteints dans leur fuite et livrés à un affreux supplice. S— -S— *I.
COLASSE ( Pascal ), maître de chapelle du roi de France, né à Paris, en 1659, mourut à Versailles en 1709. D'abord enfant de chœur i St-Paul, il de' vint gendre de Lulli, et le prit pour modèle; mais il lui resta fort inférieur; car ses compositions, sans être plus savantes, sont beaucoup plus froides que celles du Florentin. On se rappelle la jolie épigramme laite su sujet de son opéra d'Achille, paroles de Campistron :
Entre Campfstron et Cotasse
Grand (lehat s'émut au Parnasse, Sur ce que l'opéra n'ent pas un sort henreut. De son mauvais succès nul ne se croit coupable ; L'un dit que la musique est plate et misérable; L'autre, que la conduite et les ters sent affreux, Etlo urand Apollon, toujours juue équitable,
Trouve qu'ils ont rji»on tous deux.
Le défaut de faire de la mauvaise musique ne fui pas le seul tort de Culasse. Il cherchait la pierre philosophai?, et trouva la misère et la mort. On a de lui : 1» dix opéras : Achille et Polixéne, dont le T'acte est de Lulli, 1887; Thêtit el Pttée, f 689 ; EnH et Lavinie, 1890; Astrée, 1091 ; le Ballet de Vilteneure-St-George, 1892; les Saisons. 1695; Jason, 1696; la Naissance de Vénus, 1690; Cartenle, 1700; Polixine et Pyrrhus, 1706 ; 2" des motets, cantiques, stances et autres poésies du même genre. D. L.
COLAUD fie comte Claide-Sylvestre), général français, né à Briançon, le 11 décembre 1754, était lils d'un négociant de cette tilfe, qui transporta son commerce en Corse. Le jeune Colaud passa dans cette Ile les premières années de sa vie, et fut ensuite envoyé au collège de la Ciotaf, où il lit (fuelqucs études médiocres. Dès l'âge de dix-sept ans, il s'engagea dans la légion de Lorraine, fut racheté par ses parents, et s'engagea de nouveau dans un régiment de dragons, fié avec des dispositions réelles pour la profession des afmes, il se fit bientôt remarquer de ses chefs, passa rapidement par tons les grades de sous-ofifeier, et parvint, en 1782, l'emploi d'adjudant. On sait que, pour remplir alors cette place dif/icile, il fallait être doué d'autant d'intelligence que de courage et d'activité. Colaud exerça ces pénibles fonctions pendant plusieurs années ; et il devint capitaine en 1792, par suite des changements que fa révolution apporta dans l'armée. Distingué par Kéllêrmann, il fut nommé son aide de camp, fit en cette qualité la campagne de 1792 contre les Prussiens, et devint bientôt après colonel du 20* régiment de chasseurs à cheval II commanda cette troupe dans la Belgique sous f)umouriez, puis sous Datnpierrê, sur la frontière du Nord, où il se signala notamment dans la retraite de Famars, et à la bataille de Hondscoofe, où il fut blessé d'un biscaîen à la cuisse. Le grade de général de division fut ta récompense de ce dernier exploit ; et Colaud fut d'abord employé en celte qualité à l'armée des Alpes, sous les ordres de Kellermann. Ce fut alors que, mis a la tête d'un corps de
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Iroupes par les commissaires de la convention en mission dans cette contrée, il réduisit les ouvriers de Toulon révoltés. ( Voy. Cadkoy. ) Employé aussitôt après à l'armée de Sanibre-el-Meuse, il contribua aux premiers succès de la campagne de 4796, et couvrit ensuite la retraite avec beaucoup de valeur. L'année suivante, il eut le commandement de quatre divisions sous le général ilocbe, et forma le blocus de Mayeuce. Il alla ensuite prendre le commandement de la Belgique, et y apaisa la révolte de la C.unpiiie. Il servit en 1801 et 1802 à l'armée du Bliin, eut une grande part à la campagne de Uoheulimlen sous Moreau, et manifesta pour ce général un grand dévouement, ce qui lui nuisit auprès du consul, devenu maître de la France. Colaud fut, comme Ton disait alors, absorbé dans le sénat, et il ne concourut plus qu'à quelques opérations de peu d'importance, entre autres à l'expédition d'Anvers en 1800 ; aussi ne renira t-il guère eu faveur auprès de Napoléon. D'ailleurs, condamné au repos par I âge et les blessures, il vécut dans la retraite. 11 avait été créé comte de l'empire, grand officier de la Légion d'honneur. Louis XV III le lit pair de France en 1814; mais Napoléon, qui n'avait pas oublié son opposition dans le sénat, ne le nomma pas à sa nouvelle cltambrc en 1815 , ce qui le lit rentrer sans difficulté a colle de Louis XV1I1, après le second retour. Claude-Sylvestre Colaud mourut a Paris, le 3 décembre 1819. Le comte de Valence prononça son éloge à la chambre des pairs. M— n j.
COLALD de LA Salcktte i Jean-Baptiste), parent éloigné du précédent, était chanoine de Die, lorsque la révolution éclata. Il en adopta les principes avec beaucoup de chaleur, fut nommé député du clergé du Dauphiué aux états généraux, et se réunit l'un des premiers de son ordre a la majorité du tiers état. Nommé ensuite député de la Dromc i la convention nationale, il vota dans le procès de Louis XVI pour la détention, et la mort en cas d'invasion. Le même département le nomma encore son député au conseil des cinq-cents, et il mourut dans ces fonctions en 1796. — Joteph-Claude-Louit Colaud de la Salcette, de la même Umille, était conseiller au parlement de Grenoble avant la révolution. 11 en adopta les principes avec modération, éprouva quelques persécutions pendant la terreur, lut nommé préfet de la Creuse en 1800, puis député au corps législatif, et mourut dans la retraite. — Sou frère, le général Jacquet- Bernardin Colaud de la Salcette , avait fait les campagnes d Italie sous Bonanaparle. Fait prisonnier par les Turcs dans rite de Zaule, où il commandait en 1799, il avait été conduit à pied à Conslantinoplc et jeté dans les bagnes «vec la foule des soldats ; il y souffrit horriblement pendant plus d'un au. Délivré enfin à la demande de l'ambassadeur d'Espagne, il revint en France, où il eut un commandement dans le département de l'Isère, puis à Home, et vécut dans la retraite depuis la restauration. M— d j.
COLBATCI1 (Jean), membre du collège de médecine de Londres, vers la fin du 17* siècle. A peine fut-il sorti des ofiieines pharmaceutiques, ou il puisa
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les éléments de la science médicale, qu'il s'annonça comme réformateur dans la pratique de la chirurgie. Aux méthodes reçues du traitement des plaies, il ajouta l'usage d'une poudre vulnéraire délayée dans l'eau, et qu'il vendait pour prendre intérieurement, non -seulement comme propre à réprimer I hémorragie dans le cas d'ouverture de quelques gros vaisseaux, mais encore nom* dissiper les symptômes de stupeur dans des plaies d'armes a feu. Colbalch avait beaucoup plus de prétention que de savoir : on peut s en convaincre par la lecture des ouvrages qui sortirent de sa plume : 1" A New LigUt of chirurgery, etc., Londres, 1693, in-8°. Cet ouvrage fut vivement critiqué ; c'est pour le défendre que parut le suivant. 2» I lu New Lxghl of chirurgery vindicaled /rom Ihe many injutt atpertiont, etc., Londres, 1696, in-8". Colbacth, mécontent des commencements de sa carrière chirurgicale, entra dans celle de la médecine. Il publia eu ce genre : 5° A Phytico-tnedieal Ettay conceming the alkaUe and aeids, Londres, 1696, in-8°. 4* A Treatiee on Ifce gout, etc., 1697. 5° The Doctrine of acide in Uu cure of diteatet furlher ateerltd, 1698. L'auteur, dans toutes ces productions, se montre grand partisan des acides, qu'il regarde comme neutralisaient!) d'un alcali qui, dit-il, est la cause de nombre de maladies, et particulièrement de la fièvre, du scorbut et de la goutte. 6* DUterlaiion eurleguidechéni, traduite en français, Paris, 1729, in-42. Tous les ouvrages de ce médecin furent réunis et parurent au commencement du 18* siècle, sous ce titre : A Collection of Tracle chinugical and médical, Londres, 1704, in-8». P— K— L.
COLBEBT (Jean-Baptiste), ministre et secrétaire d'État, contrôleur général des finances sous Louis XIV. naquit i Beims, le 2» août 1619. Quelques auteurs ont avancé que son père faisait dans cette ville le commerce des draps, et qu'il commença lui-même par être commis dans les bureaux de Ccnami et Maserani, banquiers du cardinal Mazarin. S'il en était ainsi, celui dont le nom est attaché à tout ce qui s'est fait de grand et d'utile sous le règne de Loui* XIV eût pu dire, comme Corneille :
Je ne dois qu'a moi seul toute ma renommée.
Mais Colbert prétendait descendre d'une illustre famille d'Ecosse, dont la branche cadette vint s'établir en France vers 128 1 . Quoi qu'il en soit de cette prétention, qui tenait peut-être plus aux mœurs du temps qu'à la vanité d'un homme qui fut toujours simple dans son ton et dans ses manières, Ménage composa la généaloge des Colbert, qu'il fit descendre des rois d'Ecosse. Un bill du parlement britannique (89 juillet 4681 ), confirmé en 1687, par dei lettres patentes du roi Jacques 11, cite quatre barons de Castelhill comme aieux communs des Colbert d'Ecosse et de France, qui ont les mêmes armes. Le père de Jean- Baptiste Colbert devint seigneur de Vandiêre, gouverneur de Fimes, maître d'hôtel ordinaire du roi. Il avait é|>ousé une fille de Henri Pussort, qui fut conseiller d'Etat, et rédigea l'ordonnance civile çon-
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nue sous le nom d'Ordonnance de 1667. Dans sa jeunesse, Colbert aima avec passion les sciences et les arts qu'il devait un jour protéger avec tant d'édat. Il parcourut les provinces de France pour connallre l'état du commerce, et dès lors il faisait sa principale élude des moyens de le rendre florissant. Ce fut dans le cours de ses voyages qu'il forma les grands projets dont l'executjon illustra depuis son ministère. St-Pouange, son proche parent et beaufrère de Lelellier, le plaça chez ce secrétaire d'Etat, en 1648. Letellier, qui avait la confiance de Mazarin, le fit connaître à ce ministre, à qui on imputait alors toutes les exactions des traitants, et qui voyaii déjà se former les premiers troubles de Ja fronde. Mazarin, l'homme de son siècle qui se connaissait le mieux en hommes, devina Colbert, et se l'attacha. Dès le mois de novembre 1648, Colbert commença à travailler avec le cardinal, a qui il dut son élévation et sa fortune. Il fut nommé conseiller d'État à l'âge de vingt-neuf ans ; le ministre éprouva son zèle dans les campagnes de 1649 et 1650, pendant les guerres de la fronde. Colbert l'avait suivi en Bourgogne, en Picardie, en Guienne, en Champagne , et il était chargé de toutes les dépenses laites pour le service du roi. En 1651, Colbert épousa Marie, fille de Jacques Charron , seigneur de Mcnar, grand bailli de Blois. La même année, Mazarin, (KHirsuivi par la luine publique et par les grands du royaume, se retira à Cologne, d'où il continua de gouverner la France. Lionne, Servien et Lelellier ne décidaient rien, dans le conseil de la reine régente, sans l'avoir communiqué à Mazarin. Colbert, intendant de la maison du cardinal, était l'agent secret de celte correspondance ; les dépèches du ministre lui étaient adressées, et il les portait à la reine, qui lui remettait les siennes. Sa conduite dans ces temps difficiles honore également son cœur et son esprit. Lorsque le grand Condé se plaignit si vivement de Lionne, de Servien et de Lelellier, il n'avait point soupçonné Colbert. Sa prudence égalait son zèle, et son secret ne tut jamais découvert. Mazarin, reutré en France, admit Colbert dans sa confidence intime. Il fit pourvoir un de ses frères de plusieurs bénéfices ; un second frère obtint une lieutenance au régiment de Navarre; un troisième fut fait directeur des droits de prise en mer. En 1652, Colbert fut nommé intendant de la maison du duc d'Anjou, et, l'année suivante, il vendit celle charge 40,000 liv. En 4654, Mazarin fit avoir a Colbert la charge de secrétaire des commandements de la reine, et à l'abhé, son frère, un nouveau bénéfice de 6,000 liv. de rente. Tels furent les commencements de la fortune de Colbert et de sa famille. Il lésa retracés lui-même dans une lettre adressée au cardinal, sou bienfaiteur, el datée du 9 avril 1655. Celle lettre curieuse est un monument de la reconnaissance de Colbert : « Je sup- « plie, dit-il, Votre Éminencc de trouver bon que je « ne paraisse pas insensible à tant de faveurs qu'elle a « répandues sur moi et sur ma Umille.et qu'au moins, « en les publiant, je leur donne la sorte de payement « que je suis capable de leur donner. » Il parle ensuite de la risxHance qu'il oppo$ait au (orrent des
libéralité* du cardinal (1). Lorsqu'en 4659 Mazarin voulut secourir l'Ile de Candie assiégée par les Turcs, et faire restituer au duc de Parme le duché de Castro que retenait le pape Alexandre VII, il chargea Colbert, i|iii prit alors le nom de marquis de Croitsi, d'aller remplir à Borne cette double mission ; et si elle n'eut aucun succès, on ne doit l'altribuer qu'au mécontentement que nourrissait le pontife contre le cardinal Mazarin. Après quatre mois de séjour à Borne, Colbert se rendit à Florence, A Gènes, A Turin. Il devait y solliciter des secours pour Candie; mais les Vénitiens, qui possédaient cette ile, excitaient plus la jalousie que la compassion de leurs voisin*. Cependant Colbert finit |«r obtenir du duc de Savoie 1,000 hommes de pied, qui s'embarquèrent avec les troupes que la France envoya, mais qui ne purent empécl-.er Candie de tomber au pouvoir des Ottomans. A son retour à Paris, Colbert trouva Mazarin attaqué de la maladie dont il mourut dans les commencements de l'année suivante. Louis XIV connut bientôt le zèle et les talents de f.nlbcrt. Le cardinal-ministre, retenant le timon de l'Etat jusque dans les derniers temps de sa vie, travaillait presque tous les jours avec Colbert, en présence du jeune monarque. Colbert, dans des conférences secrètes, exposait, avec une entière liberté, toutes ses idées sur l'administration des finances et sur les traitants, qui ruinaient l'État et le peuple par leur insatiable avarice. Clair et concis dans ses discours, Colbert s'attacltait à prouver au roi que l'ordre dans les finances est une des principales sources de la puissance et de la prospérité des empires; et Louis voyait alors, dans l'administration de Fouquet, une telle confusion, un état si désespéré, qu'il ne pouvait comprendre comment il serait possible de débrouiller ce chaos. Il interrogeait Colbert, et Colbert gagnait sa confiance en répondant avec justesse et solidité. Mazarin, affaibli par les progrès de la maladie.se fit transporter à Vincennes. Colbert lui conseilla de donner tous ses biens au roi, et d'abandonner A la générosité du prince le soin de sa famille. Colbert lui-même présenta celle donation à l ouis, qui la refusa, et fit expédier un brevet portant qu'il faisait don au cardinal de tout ce qu'il avait acquis pendant son ministère. Mazarin fit alors son testament, qui contenait des dispositions honorables [tour Colbert, le don de l'hôtel qu'il occupait auprès de celui du cardinal, et l'ordre exprés qu'on remit entre ses mains toutes les dépèches et toutes les négociations, tous les traités et tous les papiers concernant les affaires de l'Etat. Colberl lut nommé exécuteur testamentaire avec Fouquet. Letellier, Lamoignon et ZungoOndedei, évèque de Frejus. Cependant Louis allait tous les jours a Vincennes voir son premier ministre, qui lui parlait souvent de l'activité, de la sagesse et de la fermeté de Colbert. On lit dans plusieurs mémoires du temps, que Fouquet étant devenu l'ennemi du cardinal après lui avoir rendu de grands services, Mazarin le perdit dans l'esprit de son mailre, en faisant retom
(•} ColtKTt «i Imj'riaer cette lettre, In-M. de S p. ; eue est eicmireiucnt rire.
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ber sur lui toutes les malversations financières, auxquelles, comme premier ministre, il avait eu le plus de part. D'autres, prêtant au cardinal un motif plus honorable, prétendent que son zèle pour l'Étal lui fit recommander, au monarque, Colbcrt, comme le seul homme qui pût rétablir l'ordre dans les finances. Il parait certain que le ministre mourant dit à Lotus : « Je vous dois tout, sire, mais je crois m'acquiitcr « en quelque sorte avec Votre Majesté, en vous « donnanl Colbert. » On doit compter, dit le président Hénault, parmi les services du cardinal Mazarin, celui d'avoir tellement préparé, sur la fin de sa vie, la confiance du roi pour Colbert, qu elle se trouva tout établie quand le cardinal mourut. Louis fit expédier sur-le-champ à Colbert des lettres portant rétablissement en sa laveur d'une des deux charges d'intendant des finances qui avaient été supprimées après la mort des derniers possesseurs. Ce prince communiquait à Colbert les états qu'il recevait du surintendant; Colbert en montrait les erreurs au jeune monarque, et lui faisait voir que la recette était partout diminuée et la dépense exagérée. C'est ainsi que le ministre infidèle se conservait les moyens de continuer ses profusions. Celte épreuve dura plusieurs mois. Fouquet voulait tromper son maître ; Louis paraissait trompé, et Colbert l'empêchait de l'être : c'est ce que les amis du surintendant appelèrent la trahison de Colbert. Il est vrai qu'il eut pu avertir Fouquet, afin que, changeant de conduite, il pût mériter le pardon que le monarque paraissait disposé à lui accorder ; mais tout annonce que Colbert aspirait à la place de surintendant. IL/ut donc ambitieux, mais il ne fut point traître. Près de sa chute, Fouquet osait se flatter de succéder à Mazarin comme premier ministre. Louis, qui avait résolu de gouverner par lui-même, et qui songeait déjà à livrer le surintendant i une commission, voulait qu'auparavant il se démit de sa charge de procureur général, afin que le parlement de Paris ne réclamât point le droit de le juger. On dit que Colbert fut cliargé de tromper Fouquet, el qu'il le détermina à vendre sa charge, comme étant incompatible avec celle de premier ministre. On ajoute que le surintendant ayant fait fortifier Belle -lie, qui lui appartenait, Colbert se servit de ce prétexte pour inspirer au jeune roi des soupçons, et pour lui faire craindre que Fouquet ne cherchât à se rendre souverain en Bretagne. Quoi qu'il en soit, Louis se rendit à Nantes ; Fouquet malade y fut attiré. Il se flattait d'effacer Colbert, peut-être même de le perdre. Les deux rivaux voyageaient sur la Loire dans deux bateaux différents, et les courtisans disaient en les voyant voguer : « L'un coulera l'autre à fond. > Ce fut Fouquet qui périt. ( Voy. Fouquet. ) St-Simon, dans ses Mémoiret, appelle Lelcllier et Colbert les artitans de la ruine du surintendant. On blâmait devant Turenne l'emportement de Colbert contre Fouquet, et on louait la modération de Letellier. « Effeclive- « ment, dit Turenne, je crois que M. Colbert a plus « d'envie qu'il soit pendu, et que M. Letellier a plus a de peur qu'il ne le soit pas. » Pellisson impute à Colbert d'avoir, pendant l'instruction du procès de I