‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 85 sur 117 · VUI · texte numérisé non relu

VUI

Fouquet, violé le scellé apposé sur ses effets, et sonstrait des papiers qui pouvaient compromettre la mémoire du cardinal, et pcul-ètre Colbert lui-même, mais qui étaient utiles à la défense de Fouquet. On lit aussi dans les mémoires du temps que, dés qu'on eut imprimé les deux premiers cahiers de la défense de cet illustre accusé, Colbert les fit saisir chez l'imprimeur. Ce qui est certain, c'est que, parmi les juges qui conclurent à la peine de mort contre le surintendant, se trouvait Pusàort, oncle de Colbert. Mais si la chute de Fouquet, que le siècle de Colbert a reprochée à ce ministre, le mit un moment, sinon pour les talents, du moins pour les faiblesses du oamr humain, au rang des hommes vulgaires, il en sortit bientôt par de grands services et par de hautes vertus. La place de surintendant ayant été supprimée, ainsi que celle de premier ministre, Colbert fut nommé contrôleur général. Tout marcha bientôt vers un ordre nouveau. Une chambre de justice fut établie ; les traitants, d'abord poursuivis criminellement, furent condamnés ensuite à de fortes taxes, et les rentes qui leur avaient été données en payement, supprimées par forme de confiscation. En même temps une remise de 5 millions fut faite sur les tailles. Le peuple, satisfait de se voir immoler des victimes et d'être soulagé dans le plus onéreux des impôts, bénit le monarque et applaudit a son ministre ; mais les amis de Fouquet, cl ils élaient en grand nombre, les grands, qui ne subsistaient, pour la plupart, que de ses largesses, tous les gens d'affaires et de finances, haïrent Colbert, et cette haine fut le premier éloge de son administration. Quoique Colbert ne fût revêtu que du titre de contrôleur général, le roi lui accorda plus d'autorité que n'en avait eu jusqu'alors aucun surintendant. Il est vrai que Louis visait toutes les ordonnances, mais tout se réglait dans le conseil sur les avis de Colbert. Il serait difficile de présenter dans l'ordre chronologique le tableau de la vaste et savante administration de Colbert; on la considérera successivement dans cet article sous le rapport des finances, du commerce, de la marine, de l'agriculture, de la surintendance des bâtiments, de la protection accordée aux sciences, aux lettres et aux arts. L'administration des finances avait été jusqu'alors un véritable chaos, que Sully même n'avait pu débrouiller. Richelieu, occupé d'affermir l'autorité royale et d'étendre au dehors la puissance de Louis XIII, négligea les finances; et, après lui, les guerres de la fronde, l'esprit et le caractère de Mazarin portèrent le désordre à son comble. Colbert trouva le trésor vide, deux années de revenu consommées d'avance, le peuple accablé d'impôts, la perception des deniers publics confiée à des hommes cupides et ignorants, qu'on ne pouvait convaincre de prévarication, parce qu'il n'y avait point de plan fixe pour établir la recelte et la dépense, et qu'on était obligé de s'en rapporter aux bordereaux qu'ils présentaient. Les domaines se trouvaient aliénés, les charges, les exemptions, les privilèges singulièrement multipliés; les recettes étaient sans règle, les dépenses sans aucune mesure; partout fraude et malversation, confusion et

534 COL

désordre. Cblbert établît on ordre admirable dans toutes les branches du revenu et des dépenses publiques; H fit supprimer tous les droils et tous les offices qui étaient à charge au roi et onéreux au peuple. Les pages furent diminnés; les gains immenses des receveurs cessèrent ; le tralic des emplois fat banni, et les gens de la cour ne se trouvèrent plus intéressés dans le produit des fermes publiques. Un «ranci nombre de bourgeois, se disant gentilshommes, avaient usurpé les titres d'écnyer, de chevalier, de comte ou de marquis, et t'exemptaient de paver la taille, qui pesait avec plus de force sur le cultivateur. Colbert lit rechercher trnis ceux qui avaient usurpé les privilèges de la noblesse; il les obligea de représenter leurs titres devant les intendants de provinces, et les soumit à l'impôt commun. Il fit supprimer les justices que divers seigneurs ecclésiastiques ou laïques avaient dans Paris, et qui étaient aussi étendues que celles du roi. La réduction des rentes, l'une des opérations de Colbert qui n'a pu être justifiée, augmenta le nombre de ses ennemis; il méprisa leurs clameurs, leurs ntenaces, et renvoya PkoD, son premier commis, parce que, an milieu d'un rêve pénible, il s'était éveillé en sursaut, criant que les rentiers le tenaient à la gorge. Les domaines de l'État furent régis avec plus de soin et d' in tel licence. Colbert régla les droits de traite, qui subirent l.i réforme la plus utile aux manufactures et à la navigation dans les relations avec l'étranger. Il convertit en un droit de vente exclusive le droit d'entrée qui était établi sur le tabac. Les aides sont l'impôt que Colbert a le plus augmenté. Lorsqu'il entra au ministère, cet impôt ne rapportait que l,S20,000 liv. ; a sa mort, il montait a 21 millions. Cependant le régime des aides fut rendu moins défectueux, et le code que rédigea Colbert est regardé comme un des plus grands services que ce ministre ait rendus à la France. Il tendit toujours à réduire le prix du sel, regardant fa gabelle comme on impôt injuste, en ce qu'il pesait autant sur le pauvre que sur le riche. Une caisse d'emprunt avait remplacé la ressource de l'usure; l'intérêt de l'argent était réduit, la nature des divers impôts combinée avec art, et leur perception plus productive et moins onéreuse : tout était régularisé, amélioré. L'administration des finances, sous Colbert, présente les résultats suivants. Dans la première année de son ministère, en 1661, 1rs impôts s'élevaient à 81 millions, et en 1685, année de sa mort, ils ne montaient qu'a 8T millions, et cependant les conquêtes avaient étendu le territoire de la France, le taux des monnaies s'était accto, et les denrées avaient hanssé de prix. Il y avait donc une diminution réelle. Avant le ministère de Colbert, la taille s'élevait 4 53 millions; avant la mort de ce ministre, cet impôt se trouvait réduit à 33 millions, et il projetait de le réduire encore. Lors de son entrée au ministère, la dette était de 82 millions, les revenus s'élevaient à 81» millions. En 1683, la dette avait été réduite à 32 millions, et les revenus étaient portés à 115 millions. Le revenu disponible à l'avénement de Colbert n'était que de

COL

32 millions; à sa mort, Il montait & 83 mifitons. Chargé des finances et de la marine, Colbert soutenait l'un par l'autre ces deux départements, et Louis XIV, d'ailleurs si grand par lui-même, dut a son ministre une grande partie des succès de ses armes. Colbert fournit à son maître les moyens d'entretenir trois fois plus de gens de guerre que la France n'en avait eus sur terre et sur mer a aucune autre époque; et, malgré les dépenses prodigieuses laites en bâtiments et en spectacles, Louis, par ses flottes et par ses armées, devint l'arbitre de l'Europe. Colbert disait i ce monarque : « Il faut « épargner cinq sols au* choses non nécessaires, et « jeter les millions quand il est question de votre ■ gloire. Un repas inutile de 3,000 liv, me fait une « peine incroyable, et lorsqu'il est question de mil- « lions d'or pour la Pologne, je vendrais tout mon « bien, j'engagerais ma femme et mes enfants, et • j'irais à pied toute ma vie pour y fournir (I). » L'année la plus dispendieuse de la guerre, celle de 1672, ne coûta que 110 millions, tandis que dans la guerre de 1689, la première qui suivit la mort de Colbert, il y eut des années qui absorbèrent plus de 180 millions. Ainsi, grâce au ministre qui concevait avec sagesse et qui exécutait avec courage, l'ordre et l'harmonie étaient nés du chaos, et rien dins le royaume n'était plus clair et mieux réglé cnie. Us finances. — Avant Colbert, il n'y avait guère en France d'autre commerce actif et durable que celui de quelques provinces avec la capitale, et ce commerce n'embrassait que les productions du sol ; la France sérublait ignorer les avantages de sa situation et ce que pouvait son industrie, taudis que ses voisins étendaient leurs relations jusqu'aux extrémités du monde. Colbert fit ouvrir de nouvelles routes, et réparer les grands chemins devenus impratieablcs. La jonction des deux mers avait été proposée sous Louis XIII. Riqucl eut le mérite de la faire approuver cl exécuter sous Colbert. Ce ministre projeta le canal de Bourgogne. Il forma une chambre générale d'assurance en faveur des villes maritimes. Il établit une chambre de commerce, où les plus habiles négociants furent appelé* à discuter les causes de la prospérité nationale. Des mémoires envoyés â tous les ministres, â tous les consuls fiançais, allèrent chercher dans toutes les parties du monde des éclaircissements sur toutes les branches du commerce, sur tous les moyens de la rendre florissant. Les douanes furent conservées aux entrées du royaume, et Colbert rédigea pour leur service de sages règlements. Le prix de l'argent baissé fit diriger les capitaux vers le commerce et l'agriculture. Dunkerque était au pouvoir des Anglais. Cette ville, par son commerce, avait loagtemps donné de la jalousie aux Provinces-Unies et â l'Angleterre; Mazarin s'était vu forcé, par les circonstances, de la céder à Cromwell. Colbert en négocia le rachat avec habileté : Charles 11 livra Dunkerque moyennant 5 millions (1662), et cette ville devint en peu de Wiups une des places les plus Ûo-

(t) Extrait do plan de «p«o« tracé par Colbert ea

COL

COL

rissantes de l'Europe. Les compagnies des deox Indes, rega idées, après la fumeuse confédération des villes Hanséatiques, comme la plus grande entreprise exécutée en laveur du commerce, furent établies par Colbert en 1604. Une colonie, partie de la Rochelle, alla peupler Cayenne ; une autre prit possession du Canada et jeta les fondements de Québec ; une troisième s'établit à Madagascar. Colberl médita de sages lois pour lier toutes les colonies à la métropole. Par une Itabile politique, il fut permis à la noblesse de faire le commerce sans déroger; et Nantes, Sl-Malo, Bordeaux sont encore habiles par des négociants qui appartiennent aux meilleures familles de ienrs provinces. Colberl avait prêté 6 millions aux compagnies. Le commerce du Levant fut ranimé, celui du Nord ouvert, celui des colonies étendu. On vit partir, en un mois, du port de St-Mato, soixante-cinq grands navires pour la pêche de la morue. Les corsaires d'Alger, de Tunis et de Tripoli infestaient les mers et troublaient le commerce; des vaisseaux français allèrent attaquer les Barbaresques jusque dans leurs repaires; le jwrt de Gigeri fnt pris, et les corsaires airieains, foudroyés par Duquesne, ne virent plus sans frayenr le pavillon Irançais. En 1669. Colbert ayant succédé à Guénégaud dans la charge de secrétaire d'État, le roi lui confia le département de la marine. La marine avait repris quelque vigueur sous Louis XIII, pendant le ministère de Richelieu ; mais les guerres civiles l'avaient fait retomber dans le plus triste abandon. Colbert entreprit de la rétablir. Les Anglais et les Hollandais se partageaient alors l'empire de la mer ; la France étonna bientôt l'Europe en se montrant en état de disputer elle- même cet empire. Colbert avait compris que le siège de la puissance, déplacé dans l'ordre politique, se trouvait alors dans le commerce des deux mondes. Les ports de Brest, de Toulon et de Rochéfort furent rétablis, ceux du Havre et de Dunkcrque fortifiés ; des écoles de navigation furent ouvertes. Nos vaisseaux, d'une construction supérieure à celle des vaisseaux anglais et hollandais, les surpassèrent aussi en force et en grandeur; et quoique Louvois entravât les efforts de Colbert, plus de cent vaisseaux de ligne, 60,000 matelots, d'Estrécs et Duquesne, Tourville, Jean Bart et Forbin firent triompher le pavillon français, qui naguère, a peine connu sur les mers, y donna la toi anx autres nations (1). Colbert avait acheté en 1665, pouv la somme de 200,000 livres, la charge de surintendant des bâtiments du roi; aussitôt il s'occupa de réparer les maisons royales et de les orner de meubles magnifiques. Il établit, la même année, au faubourg St-Antoine, une manufacture ponr les glaces, qu'on était obligé d'acheter des Vénitiens à des prix excessifs. En 1667, la célèbre manufacture des Gobelins fut établie au faubourg St-Marreau, et Colbert en donna la direction a Lebrun. Une manufacture d'etoftes

(Il En 1673, la Fnnte avait déjà soixante vaisseaux de ligne et quarante frep(es;eiH68l, elle co<u|itar. ceal qiulre-viugt-dut-hiut Wunjeult de gwrre « W0.000 Sommes de met.

d'or et erargeTrt.pbcée à St-Maur, les manufactures des draps d'Abbcvifle, d'Elbeuf et de Louviers, les nombreux ateliers établis ponr les étoffes de soie de Lyon et de Tours, pour les bas au métier, et plusieurs antres, embrassant divers genres d'industrie nationale, turent, pour la plupart, d'utiles conquêtes sur l'industrie de l'étranger, et ces conquêtes

I sont dues à Colbert. Il encouragea ces grands établissements par des prêts considérables sans intérêt, par des evemptions, des lettres de noblesse, et des distinctions particulières. On sait qnc Sully s'était déchtré contre les manufactures; il voulait seulement que les peuples s'occupassent d'agriculture. « Pâturage et labourage, disait-il, sont les deux ma- « nielles de l'Etal. » Colbert lit principalement consister la richesse de la France dans le commerce et les manufactures : ces deux grands ministres avaient raison l'un et l'autre, selon le temps où ils vivaient. On a trop oublié cependant que Colbert encouragea l'agriculture. A son entrée dans le ministère, il diminua l'impôt sur les terres et supprima un grand nombre de charges par lesquelles, en achelunt l'exemption de contribuer aux besoins de l'État, on achetait aussi le droit de nuire aux pauvres cultivateurs. Il favorisa lu multiplication des bestiaux, voulut encourager la population par des récompenses, et punir le célibat. Il diminua la rigueur dis saisies, ne voulant pas, dit Necker, • que le malheur fût « puni par l'impuissance de le ré|wrer. » Il s'occupa enfin du grand projet d'un cadastre général,entreprisc plusieurs lois vainement tentée, et dont l'utile gloire était réservée à ios jours. Colbert fut aussi un grand législateur; les belles ordonnances du 17* siècle, sur toutes les parties de l'administration, ont été rédigées sous ses yeux. Il conçut, avec son oncle Pussort, le projet de réformer l'ordre judiciaire; l'ordonnance de 1667 fut en partie son ouvrage. L'ordonnance rie la marine, le code marchand et le code noir sont des monuments de son zèle et de son ministère : l'ordonnance de la marine est regardée encore comme un chel-d'œuvre. Le code marchand embrasse tout ce qm a rapport au commerce; il en règle les négociations, en étend les privilèges, en bannit les abirs. Colbert s'était entouré des négo-

i riants les phis intègres et les plus habiles; il les interrogeait, il coordonnait, en les rédigeant, leurs pensées et les siennes; et c'est ainsi qu'il forma cette législation qni a fait la gloire du ministre et la richesse de l'Etat. Il ne pouvait abolir la traite des nègres; il voulut la rendre moins affligeante pour l'humanité. H établit les obligations des maîtres envers leurs esclaves, chargea le ministère public de pvnir les oppresseurs; et, si les dispositions du code noir n'ont pas toujours été suivies dans les Aniilles, il en fant moins acenser la sagesse du ministre que les [lassions enflammées par le climat. L'éclatante protection qu'accorda aux lettres et aux arts le digne ministre d'un roi qui connaissait tous les chemins do la gloire, eût suffi pour rendre son nom immortel. Bn 4005, il londa l'académie des inscriptions, dont les premiers membres, choisis par lui dans l'Académie française, s'assemblèrent d'abord dans sa rnai-

556 COL

son : il les chargea de rédiger des inscriptions pour les monuments, et de composer, par les médailles, l'histoire de Louis le Grand. En 1666, il établit l'académie des sciences ; à sa voix se réunirent les plus célèbres géomètres, physiciens, mécaniciens, anatomisles et chimistes. Il en forma un corps qui s'assembla d'abord dans la bibliothèque du roi, ensuite au Louvre; devint la première société savante de l'Europe, et conserva toujours cette prééminence. La noblesse dut alors à Colbert de ne plus mépriser les sciences, et même de se faire honneur de les cultiver. Il était membre de l'Académie française; depuis 4640, aucun académicien n'avait cté dispensé de prononcer un discours de réception : le ministre ne fut point assujetti à l'usage, et le poids des affaires publiques fut le motif de celte exemption. « Il • contribua plus que personne, dit d'Olivet, à faire « connaître l'Académie et à la faire aimer au roi. » Il lui attira la plupart des grâces dont elle fut comblée sous son ministère ; ce fut lui qui lit les fonds pour ses besoins, qui établit l'usage des jetons pour déterminer l'assiduité aux séances, et qui commença la bibliothèque de l'académie par le don de six cent soixante volumes, mis sous la garde de Perrault. Colbertfit installer l'académie au Louvre, en 4672, et consacrer par une médaille cet événement. Il aimail à réunir ses collègues dans sa belle maison de Sceaux : le titre d'académicien donnait droit à ses bienfaits, et même à son amitié. L'abbé Régnier rapporte que Colbert, trouvant trop de lenteur dans le travail du Dictionnaire de F.dearfémt>, se rendit, un jour où on ne l'attendait pas, à une séance particulière, et qu'ayant écouté pendant deux heures la discussion engagée sur le mot ami, il sortit convaincu de l'impossibilité « qu'une compagnie allât « plus vite dans un travail de cette nature. » Colbert avait fondé, en 1664, l'académie royale de peinture, d'architecture et de sculpture ; il réunit les artistes célèbres qu'il fit venir de l'étranger, à ceux que Mazarin avait assemblés dans les dernières années de sa vie ; il en forma un corps d'académiciens, et le plaça dans le vieux Louvre. Il fonda l'académie de France à Rome. Le cabinet des tableaux au Louvre, singulièrement enrichi par ce ministre, est devenu le musée actuel Colbert augmenta le jardin des plantes ; il établit au Roule une pépinière pour les maisons royales. La bibliothèque du roi lui dut la partie la plus considérable de ses richesses, principalement en manuscrits, connus aujourd'hui sous le nom de fonds de Colbert. Il enrichissait à cette époque le cabinet des médailles et des pierres gravées. Alors même Nicolas Colbert, évéque d'Auxerre, frère du ministre, s'honorait du titre de garde de la bibliothèque ; elle était placée dans la rue de la Harpe, Colbert la fil transporter, en 1666, rue Vivienne, dans deux maisons qui lui appartenaient et qui étaient contiguès à son hôtel. Il lit construire l'Observatoire de Taris, en 1667, et bientôt parurent les savantes observations de Picard, de Richer, de Lahire ; bientôt de belles découvertes furent faites par Cassini et Huyjjrens, que Colbert avait attiré* en France par ses bienfaits. Ce fut cn-

COL

core lui qui fit commencer la méridienne qui traverse la France. On ne peut faire un pas dans la capitale sans y trouver des traces de Colbert. Avant lui, le palais des Tuileries était séparé du jardin par une rue qu'il lit supprimer, et l'un des plus beaux jardins de l'Europe, dessiné par Lenôtre, est encore dû à Colbert. Ce ministre, ayant conçu le projet d'acltever le Louvre, fit faire, en 1664, des plans et des dessins par les plus habiles architectes de France et d'Italie : il reçut avec une distinction particulière le cavalier Dernin, appelé à l'honneur d'élever la façade du Louvre; il le consulta, vit le plan de Perrault et le préféra. L'architecte italien s'en retourna chargé des bienfaits du prince, et la magnifique colonnade du Louvre devint, grâce au ministre, un monument tout à fait national. L'arc de triomphe de la porte St-Martin, celui de la rue St- Denis, l'hôtel des Invalides, une partie des quais et des boulevards, et les chemins voisins de la capitale, furent construits sous le ministère de Colbert. Il attachait sa pensée à tout ce qui était utile comme à tout ce qui était grand. Avant lui, les habitants de Paris étaient chargés de l'entretien du pavé; Colbert mit au nombre des dépenses publiques celte charge pénible, et d'ailleurs mal remplie. On avait aussi abandonné aux bourgeois de Paris le soin d'éclairer les rues ; Colbert mit l'éclairage au rang des dépenses publiques, et le rendit plus régulier et plus complet. Enfin, par la vigilance de ce ministre, vingt-quatre corps de garde furent établis, en 1606, dans la capitale, et ses habitants cessèrent d'être effrayés par des bruits de meurtres et de brigandage. Tandis que Paris devait à Colbert ses monuments et sa tranquillité, ce minisire fournissait les moyens d'élever ce double et triple rang de places de guerre qui, du côté du Nord, forme une barrière plus forte que les Alpes et les Pyrénées. Les villes étaient embellies, tandis que le ministre faisait construire pour son maître les superbes bâtiments de Versailles; mais il regrettait que Louis n'eût point employé à l'achèvement du Louvre les trésors qu'il prodiguait pour faire obtenir à l'art sur la nature un triomphe stérile et fastueux. « Votre « Majesté, disait-il au roi, sait qu'au défaut des ac- « lions éclatantes, rien ne marque davantage la « grandeur et l'esprit des princes que les bâtiments. « Pendant que Votre Majesté a dépensé de irès- « grandes sommes en celte maison (Versailles), elle « a négligé le Louvre, qui est assurément le plus a superbe palais qu'il y ait au monde, et le plus di- « gne de la grandeur de Votre Majesté. » Jusqu'alors les savants n'avaient eu ordinairement pour récoml>ense que l'estime publique. Louis voulut étendre sur eux ses bienfaits, ta ministre invita Chapelain à dresser une liste de ceux qui avaient le plus de droits à la munificence du souverain. Chapelain, qui conservait sous Colbert l'influence dont il avait joui sous Richelieu et sous Mazarin, rédigea en forme de mémoire une liste de quatre-vingt et un savants ou gens de lettres, avec les litres qu'ils pouvaient avoir. (Foy. Chapelain. ) Sur ce nombre, il y eut soixante gratifiés (c'est ainsi qu'on les appelait ), et

COL

parmi eax quinze étrangers et quarante-cinq Français, dont vingt-deux étaient ou devinrent membres de l'Académie française. On remarque sur cette liste Pellisson avec un bel éloge: Cliapeiain ne croyait pas déplaire à Colbeil en indiquant comme digne des grâces du monarque l'ami de Fouquet. Colbert devint sou bienfaiteur; il lui offrit de l'employer; et ce qui est peut-être la plus forte preuve que le successeur du surintendant avait été moins son ennemi que le sujet fidèle de son roi, c'est que Pellisson, autrefois commis de Fouquet, et qui dévoua |>our lui sa téte et sa réputation, entra ebez Colbert, accepta ses bienfaits, et s'honora publiquement de son estime et de sa confiance. «Il n'y avait point de savant « d'un mérite distingué, dit Perrault, quelque éloigné « qu'il fût de la France, que les gratifications n'ai- • lassent trouver chez lui par des lettres de change.» Les dons que Colbert adressait aux savants étrangers étaient toujours accompagnés d'expressions flatteuses. « Quoique le roi ne soit pas votre souverain, « écrivait-il a Isaac Vossius, il veut néanmoins être « votre bienfaiteur. » Cependant toutes les pensions accordées aux savants ne montaient annuellement qu'a 69,500 liv., dont 53,200 pour les nationaux, et 16,500 pour les étrangers; et en y comprenant les gratifications, la dépense ne s'élevait qu'a 100,866 livres (1). C'était un grand objet rempli à peu de frais. Cependant la munificence et la grandeur de Louis Turent en tous lieux célébrées, et l'Europe retentit de son éloge et de son nom. Baluzc et Boileau furent aimés de Colbert. Il logeait l'abbé Gallois dans sa maison. Racine, sortant du collège, éprouva en 1660 la libéralité de Colbert, pour une ode sur le mariage du roi. ( Foy. Jean Racine. ) Mais la Fontaine, qui avait plaint le malheur de Fouquet, fut oublié, peut-être parce que son élégie ne l'était pas; et il ne se présenta pour entrer à l'Académie qu'après la mort de Colbert. On remarque que ce ministre, qui a tant fait pour le progrés des sciences et des lettres, passait lui-même pour un homme peu savant et peu lettré ; mais il eut la science la plus utile aux rois et aux ministres : il conçut les grands avantages de la culture de l'esprit humain ; et « l'on « peut sans exagérer, observe d'Olivet, dire que le « nom de Mécène cessera d'être quelque chose, lors- « qu'on le mettra en parallèle avec le nom de Col- « bert. » Cependant ce ministre n'était pas toujours guidé par un goût éclairé dans la protection qu'il accordait aux lettres : Cotin, Chapelain et Boyer eurent part aux gratifieations,com me Corneille, Hacine et Fléchier; et l'abbé Cassagnes, nommé garde de la bibliothèque du roi, et l'un des quatre premiers membres de l'académie des inscriptions, obtint, pour ses vers, une pension de la cour. « Ce n'était pas par « sentiment, dit le président Hénault, que Colbert « aimait les artistes et les savants, c'était comme « homme d'État qu'il les protégeait, puisqu'il avait c reconnu que les beaux-arts sont seuls capables de c former et immortaliser les grands empires. » Ce ministre, qui avait lui-même une belle écriture, se

(») C# qui ferait, wr le pied, de la monnaie actuelle, 179,639 f. 43 1.

Page 1