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déclara le protecteur de ceux qui excellaient dans cet art, et les employa de préférence dans ses bureaux. Le nommé Gouaille , maître à écrire établi à Poissy, avait la réputation de tracer avec élégance tous les caractères; Colbert alla le voir, examina ses ouvrages, conversa familièrement avec lui, cl le relira de l'obscurité de son école. On a reproche à Colbert une ambition excessive. On prétend que, réunissant déjà le double ministère des finances et de la marine, il aspirait encore à la dignité de chancelier, et que, dans ce dessein, il se fit recevoir avocat ; mais cette ambition des places et de la fortune se montra toujours suivi de l'amour de la gloire et de l'humanité. Ayant la paix de Nimègue, les courtisans ne parlaient à Louis que de guerre et de triomphes. Tout retentissait à la cour du monarque du bruit de ses conquêtes. Colbert osa parler de la misère du peupie; le front du prince s'obscurcit; et lorsque le ministre demanda la permission de se retirer des affaires, pour n'être plus témoin de la ruine de l'État, Louis garda le silence. Colbert rentra clvez lui ; la douleur cl l'inquiétude étaient empreintes sur ses traits. Il traversait ordinairement sa bibliothèque (1), où quelques gens de lettres réunis attendaient son arrivée, et s'entretenaient quelque temps avec lui. Ce jour-là Colbert réfusa de les voir, et s'enferma dans son cabinet. Cependant Louis avait réfléchi sur les saires conseils de son ministre, et quand il le revit, il lui rendit, avec sa faveur, l'csiioir d'une paix prochaine. Colbert continua de travailler, et chercha de nouveaux fonds pour la dépense des armées; mais plus il trouvait de ressources, plus la paix semblait s'éloigner. Il fit de nouvelle* représentations. Le roi l'écouta sans chagrin, et convint que la paix élait nécessaire. «Je veux, dit-il, la ren- « dre a la France et à l'Europe; et pour vous prou- « ver que rien désormais ne me détournera de ce « dessein, je vous laisse le choix d'un des pléiipo- « lenliaires. » Colbert nomma le marquis de Croissy, son frère : la paix fut signée, et, par le traité de (\~imègue, Louis devint l'arbitre de I Europe. En 1679, ce prince se rendit dans les Pays-Bas, pour se montrer aux villes qui lui avaient été cédées. Colbert la suivit et tomba dangereusement malade. On désespérait de sa vie, lorsqu'un médecin anglais lui lit prendre du quinquina, médicament qui avait été jusque-là peu employé. Bientôt le ministre recouvra la santé, et le quinquina devint le remède à la motle. En 1662, les ennemis de Colbert, Cherchant à le perdre, avaient présenté au roi le plan d'une supeibc fête, qui devait donner, disaient-ils, aux étrangers une haute opinion des ressources de l'État, et ajouter a l'idée qu'on avait de la puissance du monarque. Louis désirait l'exécution de ce projet; mais il n'osait en parler à Colbert, qui se plaignait sans cesse de l'épuisement des finances. Le
(I) Il laissa unr grande ri riche bibliothèque. (Voy. Jarquet-Nicolas Colbert".) L'auteur anonyme de la Vie de Colbert p. retend que ce ministre avait pris dans la liiullollieqne tla cardinal Maurin lit manuscrits et les livres les pins précieux, et qu'il n'entoja a La bibliothèque dn collése des Quatre-Nalions que les livre* Jet plus communs.
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eonli l 'leur, informé de ce qui se passa H, feignit de l'ignorer, et prit secrètement des mesures pour satisfaire le roi, même au delà de ses désirs. Enlin Louis, voyant <|uc sou ministre s'obstinait à se taire, lui parla de la fête projetée connue d'une idée agréa- Lie, nuis à laquelle il renoncerait si elle devait entraîner des dépense* trop considérables. A ce mut de dépense, Colbert parut surpris, troura le sourcil, cl Louis, éprouvant une espèce d'embarras, déclaia qu'il était disposé à choisir dans tous les plans <|ui lui avaient été présenter celui qui serait le moins dispendieux ; mais quel lut sou élonnenienl, loisque le ministre lui dit : « Sire, puisqu'il o est question de donner une fêle, il faut la ren- « dre digne du plus grand roi du momie, et ne « rien oublier de ee qui peut en augmenter l'é- « elat. » Alors il examina les plans, et annonça que la de|iense s'élèverait a i ,80() OOO livre». Le roi se récria : « Mon iuleutioii, dit-il, n'est |>oiiit de « ruiner le peuple pour divertir les courtisans, et je « renonce à cette féte. — Sire, répliqua Colbert, « vous l'avez annoncée vous-même à toute la cour; a votre honneur est engagé à la donner; rien ne
* serait plus capable île taire connaître le mauvais « état de vos finances, que de ne pas enchérir eu « cette occasion sur la magnificence qui vous est « naturelle. » Colbert promit au roi de rassembler )es fomJs nécessaires, et se retira, il lit mettre aussitôt dans les feuilles publiques, que, dans quelques mois, Louis XIV donuerait à Paris uu carrousel, qui surpasserait en magniliccncc tout ce qu'un avait vu jusque-la dans le même genre. La noblesse du royaume et les étrangers accoururent en foule, et tirent dans la capitale une dépense prodigieuse. Le carrousel s'exécuta ; les lelcs turent magnifiques, et Louis craignit qu'elles n'eussent coûté des sommes exorbitantes; mais sa joie fut extrême, lorsque Colbert lui montra que tous les frais se montaient a I, -.00,000 livres : les produits des fermes avaient augmente de plus de 2 titillions. Pendant la guerre de 107'i, Louvois proposa le système des emprunts, pour lequel Colbert montrait de la répugnance. Le premier président, Lamoi gnon, consulte par Louis XIV, lit prévaloir l'avis de Louvois, et Colbert dit à ce magistrat : « Vous triompliez, mais croye* - vous « avoir fait l'action d'un homme de bien? Croyez- « vous que je ne susse pas, comme vous, qu'on pour-
* rail trouver de l'argent a emprunter? Mais connais- « scz-vous comme moi l'homme auquel nous avons « affaire, sa passion pour la représentation, pour les « grandes entreprises, pour tout genre de dépense? « Voilà donc la cainére ouverte aux emprunts, par « conséquent à des dépenses et a des inqtols illimio le» ! Vous venez d'ouvrir une plaie que vos petilsa lils ne verront pas refermer ; vous en ré|tomlrez « à la nation et à la postérité. > Ln jour, Colbert, étant à sa maison de Sceaux , regardait tristement la campagne, et ses yeux étaient baignés de larmes. Un de ses amis le surprend, et demande à connaître la cause de celte vive émotion : « Je voudrais, répond « Colbert, pouvoir rendre ce pays heureux, et qu'eloi- « goé de la cour, sans appui, sans crédit, l'herbe
a crût jusque dans mes cours. » Ilot simple et ton chant, qui nous apprend encore quelle était la noble ambitiou de Colbert. Quoiqu'il fut religieux, et peut-être aussi parce qu'il l'était, il s'opposa tant qu'il vécut a la revocation de ledit de Nautes : « Il « n'y aura plus qu'une religion dans le royaume, « écrivait madame de Mainlenon; c'est le sentiment a de M. de Louvois, et je le crois là-dessus plus vc- « loatiers que M. Colbert, qui ue pense qu'a ses li- «t nances et presque jamais k la religion, a Colbert a\ait une laille médiocre, l'uni perçant, des sourcils épais, le regard austère, le pli de front redoutable. Louis XIV disait qu'il avait conservé a la cour le ton et les manières d'un bourgeois. 11 était, (bus ses audiences, froid et silencieux. Madame de Cornue! , si connue par la vivacité de son esprit et par ses bons mots, lui dit, un jour qu'elle 1 entretenait d'affaires, sans pouvoir obteuir une réponse : « Monseigneur, faites au moins signe «ne « voua m entendez. » Les mémoires que Colbert mettait sous les yeux du roi n'étaient point exempts de l'empreinte de son caractère entier et intolérant; mais ils offraient aussi la preuve d'une probité sévère et de la passtou qui l'animait pour le bicu de l'Etat. Celte grande vert* , qui 1m taisait souvent risquer de déplaire k son maître pour le servir, relevait au-dessus de l'opinion publique, qu'il savait braver lorsqu'elle était injuste; et c'est avec l'intrépidité des atues tories qu'U luttait contre toutes les contradictions. Quand le poète HénauH publia contre lui un sonnet injurieux, Colbert demanda si le roi y était offensé ; ou lui répondit que «ou ; « Des « lors, dit-il, je dois croire que je ne le suis pas. • Il ne se montra point aussi indulgent envers Mènerai. Cet écrivain ayant domié, dans son Abrégé de ïUittoirt de ïrttncc, l'origine des impôts, avec <les inicxious qui pouvaient n être pas saus danpcr sur leur extension irrégulière, Colbert lui ht dire que le roi était trop juste pour craindre la vérité, trop grand et trop généreux pour s'ojqjoser à sa promulgation; mais nue Sa Majesté ne lui donnait |ias une (tension pour qu'il s'urigeal en criliqae amer des impôts, sur le produit desquels il était payé , et qu'il fallait que ses écrits ne dégénérassent plus en une satire de la f inance ; et sa pension fut réduite et ensuite supprimée. { Yoy. Mézeaai. t Collteit ne connaissait ni le plaisir, ni le repos. U voulut apprendre le latin ; mais ac pouvant donner a cette étude le temps qu'il Consacrait aux affaires, c elait dans son carrosse, quaud il sortait, qu'un savant lui enseignait la langue de Virgile. Il exigeait que ses commis fussent rendus à leurs bureaux a cinq heures et demie du matin, et souvent, »ar vingt-quatre heures, ils en avaient seize de travail. Colbert concevait lentement. Ses plans étaient motus le fruit d'une iuspiration soudaine que d'une lungua méditation, et il dut ses succès moins encore à l'étendue de ses talents qu'à sa persévérance. La grande inllucnce dont il jouissait commença de s'affaiblir ea 1 670, et fut toujours en déclinant jusqu'à «a mort. Louvois ayant pris un grand ascendant sur Louis XIV, Colbert ne put arrêter les dépenses qu'en! rainaient
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la guerre , les bâtiments et 1rs fêtes de îa cour ; et celui qui avait étendu son autorité sur tons les ministères finit par ne pins être maitredans le sien. Un jour (pt'il rendait compte de ce qu'avait conté la grande grille du château de Versailles, Louis XIV dit : « Il y a là de la friponnerie. —Sire, répondit « Colbert, je me flatte que ce mot ne s'étend pas jus- « qu'à moi. — Mon , répliqua le mi, mais il fallait a avoir plus d'attention. Si vous voulez savoir ce (pie
• c'est que l'économie, allez en Flandre; vous verrez « combien les fortifications des places conquises ont « peu coûté. «Cette comparaison avec Louvois fut un coup de foudre pour Colbert. Déjà son application continuelle , ses travaux excessifs avaient altéré son tempérament. Attaqué de la pierre, il souffrit les douleurs les plus violentes avec une constance héroïque. Dans les derniers temps de sa maladie, le roi voulut loi donner un témoignage éclatant de son estime : il partit de Versailles avec un cortège nombreux, se rendit à l'hôtel du ministre, et entra seul, craignant de l'incommoder. Ce prince, alors sans faste et dépouillé de foirte sa grandeur, n'avait jamais paru plus grand. Colbert fut attendri lorsque Louis lui répéta plusieurs fois qu'il le priait de se conserver, et (pt'il avait toujours liesoin de ses services. Enfin le monarque se retira, et Colbert ne se montra plus occupé que de son salut. Dans les temps les plus ditliciles de son ministère, il n'avait jamais interrompu ses exercices de religion. Cet homme si occupé trouvait le temps de lire chaque jour quelques chapitres de la Bible et de réciter le bréviaire ; if en avait fait imprimer un { Paris, 4879, in-8*) pour son usage et pour celui de sa maison, qu'il conduisait avec le plus grand onlre. 11 répondit à sa femme, qui ne cessait de l'entretenir d'affaires : « Vous ne me laisserez donc « pas le temps de mourir. » Bourdalotie l'assista dans ses derniers moments, et il mourut le 6 septembre 1685, âgé de 64 ans (1). 1-e peuple, dont il avait été le plus zélé défenseur, le poursuivait do son aveugle haine. On n'osa célébrer ses obsèques qu'au milieu des ombres de la nuit, enrore fallut-il que des archers escortassent le convoi. Il fut enterré à St-Eustache, où ses enfants lui firent élever un superbe monument,, ouvrage deGirardoti. L'Académie française voulut faire prononcer l'oraison funèbre de Colbert dans l'église des Billettes , par un de ses membres, et aller ainsi au delà de ce qu'elle fait pour tout autre académicien ; mais les prêtres, membres de l'Académie, ayant été retenus pour l'oraison funèbre de la reine, qui mourut à la même époque, il Fut tenu au Louvre une séance extraordinaire, où Colbert fut célébré en vers par Quinaull, et mué
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visiter «.on luimsire, Louis lui écrivit et envova un de ses gentilshommes porter sa loitre ; que Colbert s'ecria : « h ne veux c plis entendre par 1er do roi ; qoao moins a présent il me laisse « Innajulle, Si j'avais tait pont Dieu ee que j'ai lait pour cet nomme,
* je serais sauve du (ois, cl je ne sais ce que je vais devenir. » Les mêmes écrivains ajoutent que quand le genuilMmiue. cutia, UUwrt « semblant de dormir, et qoeusorte tt refusa d'ouvrir la kiirettanL
en prose par l'abbé Talfctuant (t). En même temps on répandait avec une profusion scandaleuse, dans Paris et dans les provinces, plus de quarante épitaphes de Colbert : c'étaient des pièces satiriques en latin et en français. On faisait aussi circuler, en plus grand nombre encore, des sonnets, des chansons, des épigrammes, des pamphlets dégoûtants (2). Les services de Colbert furent longtemps méconnus, et il fallut qnc ses successeurs, par les fautes de leur administration, apprissent à la France qu'elle avait perdu un grand ministre. (Voy. les Particularités et Observations sur les ministres de France les plus célèbres, par le baron de Montyon, Londres, 1812, in-8*>.) L'époque de la mort de Colbert fut celle où commença le déclin du règne jusqu'alors si brillant de Louis XIV. Aucun ministre n'a rendu des services aussi importants. Pour bien juger Colbert, il faudrait décrire ce que la France était avant lui, et ce qu'elle a été depuis. Sully ne Lit que son précurseur; ceux qui sont venus après lui n'ont été que ses éroliers. Des plus hautes spéculations, il savait descendre aux plus petits détails, analyser les parties et diriger l'ensemble. Il eut des adulateurs, il eut des censeurs; il ne pouvait avoir de juges. Si ■ Louis XIV obtint le nom de Grand, c'est surtout à Colbert qu'il eu lut redevable. On a voulu comparer Louvois avec Colbert, sans songer que le premier travailla seulement pour la gloire du roi et pour su propre réputation , tandis que Colbert joignait au* mêmes motifs l'avantage des peuples qui fut toujours son principal objet. Les deux ministres suivirent des routesopposées : Louvois ne voulait se signaler que par la guerre et les conquêtes ; Colbert, qu'en faisant régner l'abondance et la paix. Cependant Colbert dut tous ses succès à lui-même, et ceux de Louvois, qui dépendirent de l'administration des finances, appartiennent encore à Colbert. On a plus souvent comparé ce dernier avec Sully; mais comme on l'a observé, Sully faisait la loi à son maître, et Colbert la recevait du sien. Henri IV et Louis XIV tendaient tous deux aux grandes choses, mais l'un pour son royaume, et l'autre [>our lui-môme. Sully était absolu et approuvé; Colbert dépendant et contrarié. Il fil sans doute tout ce qu'il pouvait pour le bonheur de la France; mais il ne ht jamais tout ce qu'il voulait. Richelieu avait eu besoin d'être seul pour agrandir l'autorité royale; Mazarin, de n'avoir point de concurrents pour la
(t) Cet Êioge funèbre fat Imprime à Paris, en IW, in-*».
(t) Toutes en pièces, au nombre d» cent, ont été imprimées dans on recueil astex rare, initiale : te JakUaa.de la ne Je MM. les eariiaaux HirkelicH et Maiana, et de M. Colbert, répétants en diverse» tailreset punies, ne., Cologne, test, in-IA On y reproche 1 Colbert d'avoir fait an ttûtel-Dteu de ta France, d'ilre le deilructtur de sa patrie, etc. On l'appelle le plu* grand des tarant, on poltron dt cour qve te toleil fil naître. La pierre qui le tua doit iappeter p-erre pkiloiophale, eie. Les moins mauvaise* de ce* épilapucs *Out celles-oi :
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maintenir telle que Richelieu l'avait faite. Colbert, élève de Mazarin, avait pris de lui Habitude de ne pas regarder comme distinctes et séparées les différentes parties de l'administration ; mais elle n'étaient pas toutes dans ses mains , et plusieurs, résistant à son influence, nuisirent à son administration. Pour juger les liommes d'État , il ne (aut point les isoler des circonstances où ils se sont trouvés. Enfin, s'il est facile, après un siècle d'expérience, de découvrir quelques taches dans l'administration de Colbert, ce n'est qu'à l'aide de la lumière apportée par lui-même qu'on peut les apercevoir. On « remarqué que Colbert est le seul ministre des finances qui ait conservé son emploi jusqu'à sa mort. Cette remarque, honorable pour ce grand liomme, fait également l'éloge de Louis XIV. La fortune de Colbert s'élevait, en 1683, a plus de 10 millions ; mais il en expliqua l'origine au monarque, et prouva que, pendant vingt-deux ans d'administration, les appointements de ses places et les bienfaits de son maître avaient pu lui donner les moyens d'élever cette grande fortune. Des alliances illustres flattèrent son ambition : ses irois filles épousèrent trois ducs et pairs, Clievreuse, St-Aignan et Mortemar, fils du maréchal de Vivonne. 11 ouvrit à tous les siens la carrière des honneurs ; son fils aîné eut la marine, un de ses frères les affaires étrangères ; ainsi quatre grands départements se trouvèrent réunis dans sa famille. Colbert eut neuf enfants, six fils et trois filles. On trouve la généalogie de la maison de Colbert dans le recueil des titres de la maison d'Estouleville , imprimé en 4741, in— Ie. Les Mémoires et Dépêches du cardinal Mazarin et de Jean-Baptiste Colbert à M. Leleltier, vendant le voyage de Bordeaux, en 1650, et les Mémoires deJ.-U. Colbert , 2 vol. manusc. in-fol., qui étaient, l'un dans le cabinet de Louvois, l'autre dans celui de Chauvelin, intendant des finances, se trouvent maintenant à la bibliothèque royale. La Fie de J.-B. Colbert , imprimée à Cologne en 1095, in-12, est un libelle plein d'injures et de faussetés, qu'on attribue à Sandras de Courlilz. Le Testament volitique de J.-B. Colbert, la Haye, 1094 et 1704, in-12, estime des nombreuses compilations du même Sandras de Courlilz, et une mauvaise copie du Testament politique du cardinal de Richelieu. D'Auvigny a donné une assez bonne Vie de Colbert, dans celles des Hommes illustres de France, t. 5. Les Mémoires de Charles Perrault, publiés par Patte, architecte, Avignon, 1759, in-12, contiennent beaucoup de particularités et d'anecdotes intéressantes du ministère de Colbert. Quatre-vingt-dix ans après la mort de ce ministre, son éloge fut mis au concours par l'Académie française, et le prix décerné à Necker, en 1775; Pcchmeja obtint le second accessit; leurs discours lurent publiés la même année, in-8". De Bruny, directeur de la compagnie des Indes, fit imprimer à Paris , en 1774, in-8", un Examen du ministère de M. Colbert. Le marquis d'Audiffret a publié, dans le Plutarque français, une notice fort détaillée sur Colbert, Paris, 1844, in-4*. V— Vf.
COLBERT (Champs), marquis de Croissy, rére du grand Colbert. né a Paris, en 1629, fut suc-
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cessivement conseiller d'Etat, président au conseil d'Alsace, premier président du parlement de Metz, et intendant de justice. Son mérite ]>ersonnel, joint au crédit de son frère , le fit nommer ambassadeur en Angleterre. 11 fut l'un des plénipotentiaires au congres de Nimèguc, et eut la plus grande part au traité d'Aix-la-Chapelle, conclu en 1668. H succéda à Arnauld de Pompone dans la place de ministre secrétaire d'Etat, et mourut le 26 juillet 1696. à 67 ans. 11 a laissé manuscrits des mémoires sur l'Alsace, les Trois- Évéchés et le Poitou, conservés à la bibliothèque royale, et des lettres concernant ses différentes ambassades. Celles qui ont rapport au traité de Nimègue ont été imprimées avec celles du comte d'Estrade et du comte d'Avaux, la Haye, 1710, 3 vol. in-12. W— s.
COLBERT ( Jean-Baptiste ), marquis de Seignelay, fils aîné du grand Colbert, né a Paris en 1651 , fut formé aux affaires par son père, qui obtint pour lui la survivance de sa charge de secrétaire d'Etat au ministère de la marine. Seignelay commença à le diriger seul en 1676. 11 avait reçu de la nature un esprit vaste, capable de concevoir les plus grands projets, et cette fermeté de caractère qui seule les fait exécuter. Il donna tous ses soins à la marine, et ce fut sous son administration qu'elle devint la plus belle et la plus puissante de l'Europe. En 1684, les Génois, alors alliés de la France, ayant construit quelques frégates pour le service de l'Espagne, le roi leur fit défense de les lancer à la mer. Sur leur refus d'obéir, une flotte, sur laquelle se trouvait Seignelay , sortit de Toulon , parut devant Gènes, et commença le bombardement de cette ville. Les Génois furent obligés de s'humilier, et Seignelay ramena à Versailles le doge et quatre sénateurs, qui firent toutes les satisfactions qu'on exigea d'eux. ( Voy. Lescaro.) Seignelay s'embarqua de nouveau en 1088, sur la flotte destinée à combattre les Anglais et les Hollandais ; enfin il dirigea l'armement qui eut lieu en 1090 contre les mêmes puissances, et put jouir du succès de ses soins, par la nouvelle de la victoire signalée remportée a la hauteur de Dieppe sur les flottes combinées , le 10 juillet de la même année. ( Voy. Cil ateau-Regnagd et Tocavi lue.) A celte époque, il était deja atteint de la maladie de langueur dont il mourut le 5 novembre suivant , âgé seulement de 59 ans. L'année précédente, il avait été nommé ministre d'Etat. W— s.
COLBERT (Jacques-Nicolas), frère du précédent, archevêque de Rouen, né à Paris en 1654, fut reçu à l'Académie française en 1078. Racine lui répondit en qualité de directeur de la compagnie, et sa réponse (imprimée pour la première fois en 4747, à la suite des mémoires sur sa vie, et depuis dans différentes éditions de ses ouvrages) contient l'éloge le plus complet des talents et des qualités du rectpiendiaire. Placé jeune encore à la tête du diocèse de Rouen, l'abbé Colbert s'était fait remarquer par la sagesse de sa conduite et par sa tolérance envers les calvinistes, sentiment qu'il exprima dans un discours adressé au roi , au nom du clergé de France, et qui parut si beau qu'on soupçonna Racine d'en
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être railleur, et que son fils n'a pas hésité de le i joindre à ses autres ouvrages. Héritier de la bibliothèque connue sous le nom de Colberl, parce qu'elle fut fondée par le chef de cette maison, il l'augmenta de beaucoup de livres rares. On peut juger combien cette bibliothèque était précieuse , par le catalogue qu'en a publié Martin, en 1728, 5 parties in-8\ L'abbé Colbert mourut le 10 décembre 1707, dans sa 53* année. H avait été l'un des fondateurs et des premiers membres de l'académie des inscriptions et belles-lettres. W— s.
COLDERT ( Michel ) , de la même famille que les précédents, fut docteur de Sorbonne et abbé général des prémontrés. Il était entré dans cet ordre très-jeune, et il y remplit successivement les emplois de maître des novices, de sous-prieur et de prieur. Charmé de sa douceur et de ses talents pour l'administration, le Scellier, abbé général, qui inéditait son abdiration , résolut de faire son possible pour que Colbert lui succédât dans la première prélature de l'ordre ; et, dans un chapitre où il donna sa démission, il fil en sorte qu'il fut élu ; mais cette élection ne s 'étant point faite avec les formes convenables, une partie des capitulants y fit opposition, et ce ne fut qu'en 1670 que Colbert, par le crédit du ministre son parent , obtint ses bulles de Rome. Ce prélat était instruit, et protégeait Its bonnes études; son gouvernement, quoique sage, fut cependant mêlé, d'agitations , et sa conduite critiquée. Un religieux de la réforme de Prémontré, Casimir Oudin, qui se relira en Hollande après avoir quitté l'habit de sa profession , et y embrassa le protestantisme , a publié un commentaire de Scriptoribus ecclesiaslicis, dans lequel il traite l 'a bbé Colbert et même tout son ordre de la manière la plus outrageante (I). On dut à l'abbé Colberl la reconstruction du collège de Prémontré, qui tombait en ruines ; il en fit une maison vaste et commode. Il réussit â attirer dans son ordre des Iwmmes capables de l'illustrer par leurs talenls, et entre autres le célèbre abbé Vertot , qu'il admit dans sa propre abbaye, et auquel il donna le prieuré de Valscry. On a de Colbert ; 1° Lettres d'un abbé à ses religieux, Paris, 2 vol. in-8° : elles traitent des différents devoirs de cet état; 2" Lettres de consolation : elles sont adressées à madame Plot , «a sœur, qui venait de perdre son mari, premier président du parlement de Rouen. L'abbé Colbert : après avoir gouverné son ordre pendant trente-deux ans, mourut à Paris, le 29 mars 1702 , à l'âge de 69 ans , et fut inhumé dans la chapelle du collège qu'il avait fait reconstruire. L— y.
• COLBERT, duc d'Estoute v i I le, peli I -fi Is du grand Colbert, a traduit en français la Divine Comédie du Vante Alighieri, contenant la description de l'enfer, du purgatoire et du paradis, Paris, 171)8, in-8°, publiée par les soins de Sallior, qui a revu le travail. Le traducteur avait inséré dans le texte beaucoup de pensées et de choses tirées des commentaires sur le Dante : c'était alors la seule traduction complète
{{) Il appelle CulUcrl rr»e>miumitm ceMrum, fur .illusion sans duuic aux armoiries de celle famille, qui portaient une evuleutre.
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que I on eût de cet auteur. Elle est inexacte et sans notes; aussi u'cut-elle aucun succès, et l'éditeur prit le parti extrême d'anéantir tous les exemplaires qui lui restaient : c 'était l'édition presque tout entière. On croit que d'Estoutcville a été le collaborateur de Fréron pour les Vrais]Plaisrrs , ou Us Amours de Venus et d'Adonis, 1718, in-12. Cet ouvrage , qui est une imitation, en prose, du 8* chant de VAdone du cavalier Marin, fut reproduit sous la titre d'Adonis , poème , 1775 , in-8«. D'Estouteville est mort dans la dernière moitié du 18* siècle. Montesquieu disait de lui « qu'il avait son style parlicu- « lier, auquel il ne renonre pas même en parlant « aux ministres. » Il demandait un jour quelque chose à Chauvelin, garde des sceaux, qui lui répondit : « Monsieur, je dois vous dire que ni le roi, ni « M . le cardinal, ni moi n'y consentirons jamais. » A quoi d'Eslouteville répliqua : « Ma foi, monsieur, « voilà deux beaux pendants que vous donnez au « roi. M. le cardinal et vous. Je suis lils et petit-fils « de ministres ; mais si mon père ou mon grandci père eussent tenu un pareil propos, on les eût mis « aux Petites-Maisons. » A. B— t.
COLBERT (Jean-Baptiste), marquis deTorcy, né à Paris, le 14 septembre 1665, était âgé de six ans lorsqu'il fut mené à Londres par le marquis de Croissy, son père, nommé ambassadeur près de Charles II. Son heureux caractère et les dispositions qu'il laissait déjà apercevoir lui valurent les éloges et l'affection de plusieurs personnages considérables de la cour d'Angleterre, circonstance qui lui fut trèsulilc dans ta suite. De retour en France, après deux ans de séjour à Londres, il fit ses études au collège de la Marche. Sans négliger la lecture des ouvrages de littérature, dans lesquels il apprenait à s'exprimer avec goût et politesse, il s'appliquait particulièrement à l'histoire, la première des sciences pour le négociateur. A dix-neuf ans, il fut envoyé prés d'Alphonse VI, roi de Portugal, |K>ur le féliciter sur son avènement au trône. 11 reçut à Lisbonne l'ordre de se rendre en Danemark. L'objet de sa mission terminée, il visita Hambourg, Berlin, Ralisbonne, Vienne, Rome et Naples, dans le dessein de s'instruire des intérêts des diverses puissances. En 1687, il retourna à Londres, et, deux années après, H fut chargé d'accompagner l'ambassadeur de France qui se rendit à Rome pour l'élection du successeur d'Innocent XI. Nommé ensuite secrétaire et grand trésorier d'Etat, il remplaça son beau-père, M. de Pompone , au ministère , et ouvrit l'avis d'accepter le testament de Charles II, qui, à défaut d'héritier, laissait le trône d'Espagne à un prince de la maison de Bourbon. Il détermina le conseil 4 déclarer la guerre au duc de Savoie , et en rédigea les motifs, qui furent rendus publics. Il tenta en 1709 de faire renoncer les Hollandais à la coalition armée contre la France, et , sur leur refus, parvint, à l'aide des amis qu'il avait conservés à Londres, à conclure une paix séparée avec l'Angleterre. Les autres puissances ne tardèrent pas à accepter les conditions qu'en leur proposait, ainsi l'on peut dire qu'il fut le premier auteur de la pacification générale de l'Europe.
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Maigre ses nombreux services, il fui obligé, mus ta régence, de se démettre de ses emplois. Sa vie, depuis cette époque, ne fut mière moins laborieuse. Nommé membre de l'académie des sciences en 1718, il suivit assidûment les séances de cette société, et remplit tous les devoirs d'un simple académicien. Il mourut le 2 septembre 1710, âgé de prés de 81 ans. Grandjean de Fouchy prononça son éloge. On a de lui : 1° Relation de la fontaine sans fond de Sablé, en Anjou, imprimée dans les Mémoires de l'académie des sciences, année 1741 ; 2* Mémoires de M. de *** pour servir à l'histoire des négociations, depuis le traité de ttiiicick jusqu'à la paix dl'trecht, la Haye (Paris!, 1750, 3 vol. in-12; Amsterdam, 1737, 3 vol. in-8°. Ces mémoires, plusieurs fois réimprimés, contiennent des faits intéressants, et les rédacteurs de la Bibliothèque de la France ajoutent mie l'auteur est un témoin irréprochable et un juge éclairé. W— s.
COLDERT (Ciiari.es-Jo.w.hi m ), second fils du marquis de Croissy, né à Paris, le 1 1 juin 1667, fut destiné à l'état ecclésiastique. Après avoir fait ses études au collège de la Marche , il entra en théologie. Les talents qu'il annonçait et la sagesse de sa conduite lui firent des amis de Rcnaudot, Hermant et Mabillon, qui se plaisaient à reconnaître et à encourager ses heureuses dispositions, il se préparait à sa licence, lorsque le pape (murent XI mourut, et cet événement lui fournit l'occasion de voir Home, OÙ il accompagna le cardinal de Furstcmberg, qui se rendait au conclave. A son retour, il fut enlevé parmi détachement d'Espagnols, et enferme dans le château de Mdan. Il adoucit l'ennui de sa captivité par l'étude , et s'appliqua particulièrement à apprendre la langue espagnole. Au bout d'un rai de détention, il recouvra sa liberté, et revint a P u is, où il prit ses degrés en Sorlionne. Apiès avoir rempli, pendant quelque temps, les fonctions de grand vicaire de l'archevêque de Rouen , son cousin , puis celles d'agent du clergé île France, il fut nommé, en 1607, evéque de Montpellier. Il montra beaucoup de zèle pour l'instruction de ses diocésains, et engagea le P. Pouget (coi/, ce nom) a conqwser pour eux le célèbre catéchisme connu sous le nom de Catéchisme de 3lonlpcllicr (roy. ClÉUEKT XII ), traduit depuis en latin, et dont il a été fait un très-grand nombre d ciblions. Il prit une part trop active aux disputes qu'excita la bulle Fnigenilus , et publia à ce sujet plusieurs instructions, des lettres pastorales et des mandements, recueillis en 17 50, 3 vol. in- 4", et qui servirent plutôt à augmenter les troubles qu'à les apai»er. Il regardait les COm'uUiOftS du cimetière de Sl-Mcdard comme des miracles du premier ordre. Ce prélat était mort dès le 8 avril 1738. — La famille Coi-BEKT a produit encore plusieurs autres personnages distingués. Nous nous contenterons de citer: t" Antoine-Martin, lilsdu grand Colbert, bailli et grand'eroix de Malte, général des galères de cet ordre, colonel du régiment de Champagne, mort le 2 septembre 1680, d'une blessure qu'il avait reçue au combat de Valcourt; 2° Jules-Armand, frère du précédent, lieutenant général, mort à Ulm en 1701,
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] des bl< ssures qu'il reçut à la bataille d'Hoebstetl : et 3* Edouard-François, leur oncle, comte de Maulevrier, lieutenant général, mort gouverneur de Tourna}-, le 31 mai 1605. W— s.
COLBERT DE MAI LEVRIER (Édocard- 1 Chaulks-Yictliinin, d'abord chevalier et ensuite comte de), de la même famille que les précédents, né en 1758, entra dans la marine en 4774. il lit quelques campagnes en Amérique, lors de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis, et était capitaine de vaisseau au commencement de la révolution. Alors il émigra, lit la campagne de 4792 à l'armée des princes , et après l'ex|>édilion «le Ojiibcrou . (tassa dans la Vendée. Là il trouva feto filet , l'ancien garde-chasse de son frère aîné, devenu général des Vendéens de l'Anjou, et il se mit sous ses ordres. Après la mort de ce chef, le chevalier de Colbert passa en Amérique, puis, revenu en France sous le consulat , il épousa mademoiselle de JJontboissier, |H!litedille du vertueux Malcsherbes. A la rentrée des Bourbons, il devint successivement capitaine des gardes «lu pavillon , contre-amiral et commandeur de l'ordre de Si -Louis. Nommé député d'Eure-et-Loir en 1813, il ligura dans la majorlté de cette chambre, et fut bientôt atteint d'une Ion. nie et douloureuse maladie, à laquelle il succomba au commencement de 1820. F — t — E.
COLDERT(AcoLSTE-MAHiE-FnAPiçois), général français, né à Paris, le 18 octobre 1777, entra fort jeune dans la carrière des armes comme simple soldat, lorsque la terreur obligeait tous les nobles, ou de servir la révolution, ou (le se mettre à l'abri de ses fureurs. Doué île beaucoup d'activité et de valeur, le jeune Colbert fut bientôt distingué «le sps chefs, et ilevint aille de camp du général Grouciiy, puis de Murât, qu'il suivit en Italie et en Egypte, où il déploya beaucoup decouraîe. notamment dans l' i m p rud en te écbaufTburée île .Salahié, et au siège de St-Jean-d Acre, où il fut blessé grièvement. Revenu eu France avec Rcsaix, il assista avec ce général a la bataille de Marengo, fut nomme aussitôt après colonel du 10' régiment de chasseurs à cheval, puis général «le brigade, et lit en celte «pialité la campagne d'Austerlitz , où il déploya encore beaucoup «le valeur. Peu «le tem|» après, il se rendit à St-Pctersbourg avec une mission diplomatique de liautc importance, et vint bientiU reprendre son poste à la grande armée, ou il lit de la manière la plus glorieuse la campagne de 1806 contre les Prussiens. Il fut cité dans le bulletin de la bataille d'Iéna. Envoyé en Espagne après la paix de Tilsitt, il se distingua encore dans plusieurs occasious, et fut tue d'un coup de feu au front près d'Aslorga. Deux jours auparavant, Napoléon lui promettait de hautes récompenses, et il lui avait répondu : « Repêchez- vous; ■ car, bien que je n'aie que trente ans, je sais que « je suis déjà vieux!...» Colliert était du nombre des généraux auxquels le gouvernement impérial avait décerné une des statues qui devaient être |ifacées sur le pont de la Concorde. On a réimprimé en 1830 : Eloge funèbre du général Colbert, mort en Espagne (1809). M— D. j.
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COLCHEN (le romie Jbas-Victob), sénateur, pair de France, était lils d'un procureur au parle- "nient de Metz, où il naquit le fi novembre 1731. j D'un caractère studieux et d'un travail facile, il se concilia l'estime de Bertrand de Boucheporn, magistrat que Metz compte avec orgueil parmi les hommes qui ont honoré leur berceau. Ce fut à lui que Colchen dut son entrée dans la carrière administrative. Boucheporn, appelé, en 1775, à la tache difficile de régénérer la Corse, et voulant s'entourer de personnes sur le zèle et l'instruction desquelles il pût compter, fit choix de M. Chandelier, retiré à Metidon, de M. Cadet de Metz, littérateur rerommandablc, et de Colchen, qui n'avait pas encore vingt-quatre ans. Ces trois jeunes gens devinrent les secrétaires intimes de l'intendant de Corse, et Victor Colchen fut nommé peu de temps après premier secrétaire et subdélégué général de l'intendance d'Auch. Pendant la révolution, on le créa chef de la quatrième division des relations extérieures. Sous le régime des douze commissions executives , il devint commissaire dans la même partie, et demeura chef de division sous le directoire, jusqu'au 18 brumaire. En 1797, il assista , en qualité de secrétaire de légation, aux conférences de Lille, fit partie de la première commission chargée de négocier la paix avec l'Angleterre etl 1801, et tal nommé préfet dp la Moselle, par décret du 12 ventôse an 8 (1800V Les fondions administratives étaient devenues bien difficiles aune époque où les orages d'une sansrlante révolution venaient de détruire toute espèce d'harmonie sociale, où les lois méprisées et méconnues n'opposaient plus de frein à la licence, et où le bon plaisir de chacun pouvait s etayer de mille exemples d'impunité. Les talents de Colchen, sa modération, sa justice, donnaient confiance en lui ; la sécurité générale s'accrut encore, lorsqu'on le vit éclairer les maires sur leurs devoirs, porter une attention scrupuleuse sur le régime des prisons, parcourir les communes, visiter les manufactures, proposer au gouvernement les moyens qui lui paraissaient convenables pour vivifier l'agriculture et l'industrie, créer une société d'agriculture, qui est venue se fondre depuis dans l'académie royale de Metz, enlin instituer le lycée, et encourager tout ce qui pouvait tourner a l'avantage de ses administrés. En l'an 1 1 (1803) Colchen composa un Mémoire sta- (ùlique du département de la Moselle, adressé au ministre de rintérieur, d'après set instructions, Paris, imprimerie de la république, in fol., grand atlas de 19G pages. Le gouvernement en ordonna l'impression à ses frais, regardant cette statistique comme une des meilleures qui eussent alors été publiées. Appelé au sénat par décret du 12 février 1803. en récompense des soins qu'il n'a cessé de donner à l'administration dans les temps les plus difficiles, Colchen fut député à Berlin le 14 octobre 1806, avee François de NcufchAteau et le prince d'Aremberg, pour porter à l'empereur l'adresse du sénat qui le félicitait sur ses conquêtes. Ils furent présentés à Nn|K>léon le 19 novembre, et il les chargea de rapporter en France les trois ceut quarante dra* !
peaux pris sur l'ennemi, ainsi que l'éeharpc, le hausse-col et le cordon du grand Frédéric. Appelé le 12 mats 1808 au conseil du sceau des titres, il fut présenté par le sénat, le 8 décembre 1809, comme candidat à une sénatoreric ; mais il ne l'obtint pas. Nommé comte la même année, il devint membre du grand conseil d'administration du sénat, présida en 1810 la société du Muntc-Xapolconc , et fut secrétaire du sénat pour 181 1. Un décret du 20 décembre 1813 ayant envoyé des commissaires extraordinaires dans les différentes divisions militaires, Colchen se rendit à Nancy, où il agit aussi bien (pie le comportaient sa mission et les circonstances difli.'iles où se trouvait la France. L'année suivante, il adhéra à la déchéance de Napoléon, qu'il venait de servir avec zèle, cl fut nommé pair de France par le roi, le -5 juin 1814. Ce titre ayant été confirmé pendant les cent jours, Louis XVIII l'exclut de la chambre à son retour ; mais il le rappela le 5 mars 1819 dans !a grande fournée du ministère Decazes. Depuis lors, Ici travaux législatifs de Colchen se sont bornés à quelques rapports. Sa santé, devenue de jour en jour plus chancelante, l'empêcha de prendre une part active aux délibérations de la chambre; mais il ne cessa pas de se faire remarquer par ses opinions Sages, modérées et ses votes indépendants. Il mourut à Paris, le 21 juillet 1830.— Ctaude-Xicnlas-François Coi.ciien, un des frères du précédent, mort en I S.~5, président de la cour royale de Metz, avait siégé au corps législatif depuis 1808 jusqu'en 1814, et à la chambre des députes de 1814 a 18IÏÎ. B— \.
COLCH ESTER. Voyez Adbot.
COLDEN (C vDWALLAUEn), médecin écossais, naquit en 1GSS, et après avoir achevé ses études à Edimbourg, passa en I'ensylvanie, où il exerça son état avec distinction. II revint en Angleterre en 1715, mais les troubles qui agitaient alors ce royaume le déterminèrent à retourner eu Amérique. Coldcn se fixa dans la province de New-York, et y acheta «les terrains considérables qu'il mil en culture. En 1761, il fut nommé lieutenant gouverneur de cette province, pétulant l'absence du gouverneur Tryon, signala son administration par la fondation de plusieurs établissements de bienfaisance, et exerça cet emploi jusqu'en 1773. Il mourut l'année suivante, avec la douleur de voir, avant d'expirer, un incendie consumer un quart de la ville de I\e\v - York. Golden était en liaison intime avec Franklin. Ses nombreux ouvrages sont autant de monuments de son ardeur pour le travail et de la variété de ses connaissances; ils sont écrits en anglais ; nous ne citerons que les suivants : t» Histoire des maladies particulières à l'Amérique: il s'y' montre zélé adversaire du régime échauffent dans les fièvres et la variole. 2° Traité de la fièvre jaune qui exerçait ses ravages à New-York en 17 53. 3" Histoire des cinq nations Indiennes, Londres, 17 53. 4° Caurrs de lu gravitation : il en donna, en 1751, une édition totalement refondue, sous ce titre : Principe de l'action dans lu matière, et il y ajouta un Traité abrégé des fluxions, ou éléments tf'l calcul différentiel. 5" Observations
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sur un mal de gorge épidémique qui affligea la Nouvelle-Angleterre en 4753. H a laissé plusieurs manuscrits sur le mouvement vital , sur les propriétés de la lumière, sur l'intelligence des animaux, sur les causes des phénomènes que présente le mélange des métaux ; une introduction à l'étude de la médecine, qu'il écrivit en 1768, pour l'instruction d'un de ses petits fils; des observations sur l'inexactitude et la jiartialilé de l'histoire de New- York, par Smith, etc. Colden avait du goût pour la botanique; il s'occupa de la recherche des plantes de l'Amérique septentrionale, particulièrement de la contrée qu'il habitait, et dont il était inspecteur général dès 1748. Il entretint a ce sujet une correspondance suivie avec Linné, et lui envoya un grand nombre de plantes, parmi lesquelles il y en avait plus de deux cents espèces nouvelles , dont l'illustre botaniste suédois donna la description dans les Ae les de l'académie det sciences d'Upsal en 17 S5 et 1744, sous le titre de Planta Novaboracenses, ou Plantes de la Nouvelle- York. Linné, en reconnaissance du zèle que ce gouverneur avait pour la botanique , et pour perpétuelle souvenir des services qu'il avait rendus à cette science , a donné le nom de Coldcnia à un nouveau genre de plantes. D — P— s.
COLDORÉ, graveur en pierres fines, parait être le même que Julien de Fontenay, que Henri IV, dans ses lettres patentes du 32 décembre 1608, qualifie de son valet detcliambre et de son graveur cri pierres fines. On pense que le surnom de Coldoré lui a été donné à cause de plusieurs chaînes d'or dont il était décoré et qu'il portait à son cou. Ces chaînes étaient, sous les régnes de Henri III et Henri IV, les récompenses ordinaires que les princes faisaient aux gens de lettres et aux artistes. Henri IV, qui honorait Coldoré d'une protection particulière, le fit beaucoup travailler; il grava le portrait de ce prince plusieurs fois, tantôt eu creux, tantôt en relief, et toujours avec le même succès dans la ressemblance et la même finesse dans les détails. On ne connaît point de pierres gravées de la main de Coldoré où cet artiste ait représenté des ligures entières. Il n'est pourtant pas croyable qu'un homme qui a fait des portraits aussi achevés que les siens n'eût pas su exécuter avec la même perfection des sujets plus compliqués; il est présumable qu'il en a fait; mais que ces ouvrages précieux, égarés dans le trouble des guerres civiles, ont disparu, ou sont tombés en des mains ignorantes qui n'y ont recherché que le prix de la matière. Les portraits graves par Coldoré sont estimés presque a l'égal des pierres antiques ; les Anglais, *i indifférents pour les productions de nos artistes, les recherchent avec empressement. La reine Elisabeth, jalouse d'avoir son portrait gravé par Coldoré, l'attira en Angleterre. On sait que cette reine avait fait rendre, en 1563, une ordonnance par laquelle il « était défendu à tout ■ peintre et graveur de continuer de la peindre ou « de la graver, jusqu'à ce que quelque excellent ar- « liste eût pu faire un portrait fidèle, qui devait * servir de modèle pour toutes les copies qu'on en » ferait à l'avenir, après que ce modèle aurait été
« examiné et reconnu aussi bon et aussi exact qu'il « pourrait l'être. » Cet honneur fut accordé à Coldoré. A — s et P — e.
COLE (GoilLACHB), botaniste et théologien, né en 1626, à Adderbury, dans le comté d'Oxford, fut reçu bachelier ès-arts dans l'université de cette ville eu 1650, et alla ensuite à l'utney, près de Londres, où il s'appliqua avec beaucoup de succès à l'élude delà botanique. A la restauration de Charles II, en 1660, il devint secrétaire du docteur Duppa, évéque de Winchester , au service duquel il mourut en 1662, à l'âge de 36 ans. On a de lui les ouvrages suivants, en anglais : 1" the Art of simpling, etc., c'est-à-dire. Introduction à l'Art dlierboriser, suivi de la description d'un microscope (pertpicillum microco$mologicum), ou lunette d'approche {prospective), pour la découverte du monde inférieur dans lequel l'homme est un compendium, ou extrait, abrégé, Londres, 1656,in-12. 2° Adam in Eden, ou le Paradis de la nature : c'est l'histoire des plantes, des herbes et des fleurs avec leurs différents noms originaux. 3« L'Homme considéré suivant la théologie, la philosophie, l'anatomie, et comparé avec l'univers. ■ — Guillaume Cole, médecin anglais, reçu docteur à Oxford en 1666, et qui pratiqua à bristol, fut lié d'amitié avec Sydenliam, qui lui paye un juste tribut de louange dans une dissertation épislolaire sur le traitement des petites véroles conllucntes et l'affection hystérique. On a de lui les ouvrages suivants : i* Cogilata de secretione animati, Oxford, 1674, in-12 : il y assure qu'il n'est aucune sécrétion cher l'homme qui ne se fasse par le moyen des glandes, aussi en trouve-til partout. 2* Praclical Kssay coneerning theLate frtquentgof Appoplexis, Oxford, 1689, in-8-; I^ndres, 1693, in-8". 3" Nota Uypolheseos, ad explicanda febrium intermitlentium symplomata et lypos excogilata hypotyposis, Londres, 1693, in-8"; Amsterdam, 1C98, in-8". Dans cet ouvrage, qui traite des lièvres intermittentes, l'auteur se déclare partisan du quinquina. 4° Disquisilio de perspiralionis insensibilis malcn <, etc., Londres, 1702, in-8°. 5" Plusieurs mémoires et dissertations scientifiques. D — P— s et P — K— L,
COLE (Thomas), ministre dissident, mort en 1707, fut élève de l'école de Wcsminstcr, d'où il passa à celle du Christ, à Oxford. En 1656, il fut nommé principal du collège de Ste-Mnric, où il compta Locke au nombre de ses disciples. A la restauration, expulsé comme non conformiste, il tint une académie à Nettlebcd; il s'établit ensuite à Londres, et devint un des professeurs de Pinncrs-Hall. On a de lui les ouvrages suivants : 1° des Discourt t sur la régénération, la foi et la pénitence, in-8°;2»u* Discours sur hi religion chrétienne, in-8", et d'autres ouvrages mystiques. — Un autre Thomas Cole. ministre dissident de Glocester, a vécu au commencement du 18* siècle; il était en correspondance avec le célèbre botaniste Dillenius. Pulteney dit, dans ses Esquisses historiques cl biograpliiqucs sur les botanistes de l'Angleterre, que Thomas Cole avait formé un herbier ; niai* que, dans un redoublement de zeie religieux (ou plutôt de mélancolie), il se
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repentit d'avoir mal employé son temps à faire cette collection et la livra aux flammes. D— F— s.
COLE (Guillaume), savant antiquaire anglais, fils de Guillaume Cole, riche propriétaire du comté de Cambridge, et de .Catherine Tuer, sa troisième femme, naquit le 3 août 1714, dans le village de Liltle-Abington. Il reçut sa première éducation lillé» raire à Eton, et la termina à l'université de Cambridge. En 1756, Cole lit un voyage dans la Flandre française, et se rendit l'année suivante à Lisbonne pour y rétablir sa santé. Après un séjour de six mois en Portugal, il revint en Angleterre, obtint, en 1739, une petite place de magistrature, et fut nommé, en 1740, député lieutenant du comté de Cambridge, par la protection de son ami lord Montfort, qui en était lord lieutenant. Cole retourna de nouveau en Flandre peu de temps après, et en visila les villes principales. En 1744, il fut ordonné diacre ; exerça pendant deux ans le rectorat de Hornscy dans leMiddlesex, auquel il avait été nommé en 1749, et devint eu 1753 recteur de Bletchley, dans le comté de Buckingbam. Ami intime d'Horace Walpole, Cole visita avec lui la France en 1765, et y lit quelque séjour, parce qu'il pouvait, disait-il, y vivre à meilleur marché, ou plutôt, si l'on s'en rapporte aux manuscrits qu'il a laissés, à cause de sou attachement pour la religion catholique et pour les cérémonies de son culte. Il parait même qu'il avait formé le projet de finir ses jours dans ce pays ; mais Walpole l'en détourna en lui faisant craindre que, par suite de l'application du droit d'aubaine, ses manuscrits ne devinssent a sa mort la propriété du gouvernement français, et ne fussent probablement détruits. Ce qui se passait alors dans ce pays lui faisait d'ailleurs prévoir une prochaine révolution, et ses expressions à ce sujet sont vraiment remarquables. «Je renonçai, dit- « il, au projet de m'établiren France à cette époque « où les jésuites venaient d'être chassés ( tchen Ihe « Jrsuitt terre erpelled), et où les pliilosopbes déistes « étaient assez puissants pour menacer d'une des- « Iruction complète, non-seulement tous les ordres « religieux, mais le christianisme lui-même (I). » A son retour en Angleterre, Cole résigna le rectorat de Bletchley. Lord Montfort le fit nommer, en 1771, membre de la commission de paix (commiision of peace) de la ville de Cambridge, fonctions qu'il ne parait pas avoir longtemps remplies. Retiré dans use maison qu'il avait fait construire au petit village de Milton, il l'habitait encore au moment de sa mort, arrivée le 16 décembre 1782. Cole a consacré toute sa vie à l'étude des antiquités de l'Angleterre, et ses recherches sur la topographie, principalement des comtés de Cambridge et de Lincoln, et sur la biographe des hommes célèbres, lui assurent un rang distingué parmi les savants anglais. 11 avait réuni une masse énorme de renseignements qu'il communiquait volontiers avec la plus grande libéralité ; et quoiqu'il n'ait fait imprimer aucun ouvrage sous son nom, il a contribué à l'amélioration d'un
(l> Il enbie an journal de son TOjr»Bc « France din* le t. 54 de 1) collctttua de se> auuusciiu.
grand nombre de publications, soit par des dissertations qu'il y a insérées, soit par des communications et des corrections. Parmi les ouvrages qu'il a ainsi enrichis, nous pouvons citer, par exemple, les Antiquités de G rose, Ely de Benlham, la Vie du cardinal Pôle de Philip, la Topographie de l'Angleterre de Gough, la Collection de Poimet de Niclvols, les Anecdotes de Hogarlh, VHitloire de Hinckley, la Vie de Bowyer, etc. 11 entretenait une correspondance suivie avec Grangcr, et cet écrivain adoptait presque toutes ses corrections. Cole avait fait une collection immense de portraits; on prétend qu'elle n'en comprenait pas moins de 3,200, parmi lesquels se trouvaient cependant quelques dessins topographiques, et on raconte à celte occasion des traits curieux d'origiualité. Cole avait eu en vue deux objets principaux dans ses collections manuscrites: le premier, la compilation d'un ouvrage dans le genre de yAlhenœ de Wood, qui devait contenir les vies des savants de Cambridge, et le second l'histoire du comté de ce nom. 11 avait commencé d'y travailler dès 1742, et ce qu'il a laissé forme cent volumes petit in-fol. U tenait note exacte de tout ce qu'il apprenait, non-seulement par ses lectures et ,'ses recherches, mais aussi dans la conversation, et lorsqu'il parle de ses contemporains, il ne ménage ni amis ni ennemis. Cette immense collection, qui contient toutes les lettres que Cole écrivait et dont il conservait copie, de même que toutes celles qui lui étaient adressées, renferme des indications très-précieuses, et sera consultée avec fruit par les historiens futurs. 11 hésita longtemps sur le parti qu'il prendrait au sujet de ses manuscrits; il avait eu d'abord l'intention de les léguer à un collège qu'il désigne, mais il y renonça en réfléchissant que le grec et le latin y étaient seuls estimés; il pensa ensuite à Eton, puis à l'université de Cambridge, et se décida enfin en faveur du muséum Britannique, sous la condition qu'ils ne seraient ouverts que vingt ans après sa mort, sans doute parce que le caractère de beaucoup de personnes encore vivantes y avait été représenté sous des couleurs défavorables. L'examen de ces manuscrits a démontré que Cole était profondément attaché à la religion catholique, et il n'y cache pas son mépris pour les prélats anglais qui ont contribué à l'établissement de l'anglicanisme. On peut consulter sur Cole, fticholt Bowyer, d'Itraéli'i calamities of authors, etc. D— z — s.
COLEBROOKE ( Hemry-Tiiomas) , célèbre indianiste anglais, naquit à Londres, le 15 juin 1705. Son père, dont il était le septième enfant, sir George Colebiooke, baronnet, fut pendant plusieurs années présidcntdc la Compagnie des Indes. Dès son enfance, Henry manifesta ces dispositions de solitude grave et studieuse qu'il conserva toute sa vie, et qui, sans aucun doute, contribuèrent puissamment a le faire pénétrer jusque dans les profondeurs les plus abstraites de la langue, de la religion, de la philosophie, de la jurisprudence, des mathématiques et de la poésie des Uindous. Son éducation ne se fit point dans les écoles publiques , mais dans la maison pa-
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tcrnelle , sous la direction d'un précepteur. A l'âge; ele quinze an», il lisait déjà couramment les classiques grecs et latins ; il élait aussi déjà très-versé dans les mathématiques, ainsi que dans la connaissance des langues allemande et française. 11 apprit celle dernière langue en France même où il résida nvec sa famille de l'âge de douze à seize ans. Il apprit aussi à celte époque l'espagnol et l'italien, mais île toutes les langues européennes, à part la langue maternelle, celle qu'il plaçait au-dessus de toutes les autres c'était la langue française ; car, dans les dernières années de sa vie, il disait à l'auteur île celte notice: « J'ai passé trenle ans dans l'Inde ; j'y ai oti- « blié presque toutes les langues européennes que « j'avais apprises; mais je n'ai pas oublié te fran- « rnii. » — En effet , à l'âge de soixante-dix ans, il raisonnait aussi bien et mieux pMit-étre sur notre littérature et nos grands écrivains des dernières siècles que plusieurs écrivains français ses contemporains*. On a dit avec raison que l'étude «les langues agrandit l'esprit, qu'elle rend ceux qui s'y livrent en quelque sorte les citoyens du monde, au lieu de ne l'être le plus souvent que d'une étroite contrée ; rela est vrai si l'on cherche dans l'élude d'une langue aulre chose qu'une stérile sc ience de mots qui laisse l'esprit d'autant plus vide cpie la mémoire est plus enrichie. Tel n'était pas Colehrooke. Aucun savant n'a fuit de la connaissance des langues une application plus sûre, plus noble et plus instructive. — Envoyé dans l'Inde, clés 1782, en qualité de secrétaire pour le service civil, il porta dans cette belle partie du monde son aptitude extraordinaire |>our l'élude des langues et la haute raison philosophique de son siècle , qui le mit en garde contre les préjuges et les préventions de la plupart de ses compatriotes, sans toutefois le rendre hostile à aucune des croyances de l'humanilé. Arrivé à Calcutta en I7N3, il resta huit à dix mois ou non activité, chez un de ses frère» qui l'avait précédé dans l'Inde. Il chercha ci'.ibord a occuper un de ces emplois auxquels la connaissance de la langue et des manières françaises semblait l'appeler naturellement. A peine arrivé à sa nouvelle destination, il se fait un plan d'éludés pour l'accomplissement desquelles il demande à Londres une collection complète des classiques groa et latins. Celait l'époque 00 le régime de Warrcn Hasting» avait jeté un profond discrédit sur la Compagnie des Indes et avait fourni à Rurkc le sujet d'éloquentes e t vives accusations. C.olebronkc eut un instant le désir de quitter l'Inde, qu'il envisageait m us un jour sombre et ou il n'avait pas encore réussi à se placer convenablement. Il avait même formé le projet d'un établissement en Amérique, t ependant ayant obtenu un emploi subalterne comme aiile-rccevcur des impôts , il se livra à l'étude de l'arabe, du persan et du samrril. Le premier emploi qu'il lit de la connaissance de cette dernière langue savante fut l'élude de l'astronomie indienne, qui le frappa vivement par l'état avancé dans lequel il la trouva à une époque reculée. Les éludes de Colehrooke furent dirigé?* dans ce;te voie sérieuse-, moins peuKlre par les habitudes réfléchies de son
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I esprit que par opposition aux travaux légers de plu- ] sieurs orientalistes ses compatriotes, qui dominaient dans l'Inde. « Si vous en exceptez deux ou trois, « écrivait-il à son père, il n'y a ici aucun homme « de science: et quant aux amateur» (le mot est en « fiançais dans l'original) ils ne sont pas nombreux, « et, à mon avis, ce ne sont rien moins que des pé- « dants prétentieux qui ne cherchent pas l'aequisio tion d'une science utile, niais qui ne désirent « que d'attirer l'attention publique, sans prendre la « peine de la mériter; et cela est facilement obtenu « par une ode du persan, une fable du sanscrit, ou « un chant de quelque dialecte inconnu de l'Hin- <( demi , dont l'amateur favorise le public par une « traduction libre, sans entendre l'original, comme « vous eu serez immédiatement convaincu si vous a prenez la peine d'ouvrir ce répertoire de non-sens « qu'on nomme YAsiaiû Miseellamj'. » — Le caractère sérieux de l'esprit de Colcbrooke se révèle tout entier dans ce passage. — Il ne lui suflisait pa* de s'appliquer aux éludes les plus graves des langue*, l'état de l'agriculture et du commerce intérieur de l'Inde attira aussi vivement son attention ; et en I7!)'i, il publia sur ce sujet à Calcutta, pour des amis seulement, un ouvrage intitulé : Remarks on thr présent slaleoft/ie Husbamlry and Commerce oftheBennal, lequel fut réimprimé et véritablement publié a Londres dix ans après. Cet ouvrage, dans leqnei sont exposées des vues libérales, faillit lui attirer la di«grace de la Compagnie îles Indes. « J'ai écrit cet « ouvrage, disait Colehrooke, dans un montent de « mauvaise humeur, en voyant la manière dont « laie:il ee traitées les question* d'administration intérieure de « l'Inde.» — Maïs il se sentait déjà attiré vers ces travaux d'érudition orientale epii l'ont placé au premier rang des indianistes européens. La pensée dominante qui l'avait porté a étudier l'ancienne langue des brahmanes, le sanscrit, était celle de parvenir a comprendre les traités d'algèbre des Hindous . epi'd traduisit plus lard. Ses éludes ne se bornèrent pas là; il leur lit parcourir le cercle entier des connaissances indiennes. La mort de l'illustre illiiitn Joncs (my, ce nom), epii avait fait compiler par des savants indigènes un code des lois indiennes, ayant laissé ce monument inachevé et sans interprétation, la traduction pu fut cnnlice à Colehrooke, cpn l'entreprit de la manière la plus désintéressée. Cette traduction anglaise, qui forme cpiatrc volume* in-fo'. dans I édition de Calcutta , est un de» monuments les plus remarquables de l'érudition orientale, et 1.» traducteur de cette immense digeste montrait trop de modestie en «lisant : « L'exactitude dans la ma duel ion est tout ce que l'on pouvait me demander; « à ce point de vue je ne crains aucun reproche. » La grande connaissance «lu droit Irindou «pii y est déployée lit donner au traducteur un emploi «le juge dans les tribunaux du Ucngale. C'est dans cette nouvelle carrière qu'il eut le temps de se livrer avec plus de fruit à ses travaux d'érudition indienne. On voit . dans mie lettre à son père , date* du 1 1 août 171K>. qu'il avait déjà à cette épOipte étudié les différents systèmes de philosophie indienne qu'il
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devait, (rente ans plus tard , faire connaître à l'Europe savante, dans cinq mémoires d'une profondeur, d'une concision et d'une lucidité admirables (1). — Il commença dés loi s à enrichir les Mémoires de la Société asiatique de Calcutta de ces traités profonds et variés, composés avec une exactitude et une connaissance des autorités indiennes inconnues avant lui : sur les Droits des veuves hindoues fidèles; sur les Classes ou castes indiennes ; sur les Cérémonies religieuses des Hindous et des brahmanes socialement ; sur des Anciennes Inscriptions de Delhi ; sur les Langues sanscrite et pracrile ; sur les 17das[i), etc. C'est aussi à celte époque (1805) qu'il publia sa Grammaire de la langue sanscrite, dont le premier volume seul a paru, et qu'il surveilla l'impression en sanscrit de la grammaire de Pànini , la plus ancienne sans aucun doute et en même temps la plus profonde et la plus abstraite de toutes les grammaires. Lu dictionnaire sanscrit, par ordre des matières , celui û\imara , fut aussi publié par Colebrooke, avec une traduction anglaise. — Mais tous ces travaux n'empêchaient pas le célèbre indianiste d'appliquer son esprit à l'étude des sujets politiques relatifs à l'Inde, a Les dis|iosi lions qui ont clé pu- « blices ici, ccrivail-il, concernant le commerce ma- « ritime et le commerce intérieur et privé de l'Inde « ne sont nullement satisfaisantes. L'Inde bri- « lanniquc, qui est un empire plus grand qu'aucun « de ceux sur lesquels régnèrent les empereurs de « Delhi, ne doit pas être gouvernée par les étroits « principes du monopole commercial. » — Vers la lin de l'année 1805, Colcbrookc fut élevé au grade de chef de justice ou membre du tribunal suprême de justice de l'Inde. Cette charge lui prenait ordinairement huit heures par jour; il lui en restait donc peu à consacrer aux travaux d'érudition. Cependant nous le voyous continuera publier, dans les Transactions delà Société asiatique de Calcutta, de savants mémoires ftir les Sectes des Djai- I nas ; sur les Divisions indienne et arabe du Zo- i diaque ; sur des Anciens Monuments couverts d'inscriptions indiennes ; sur la Poésie sanscrite et pracrite; sur les Sources du Gange dans l'Himadri ou Hcmodus; sur tes Notions des astronomes indiens concernant la précession des équinnxes ; sur les Hauteurs des montagne» de Vnimàlaya, et sur divers sujets de botanique on d'histoire natnrclle. — Ses mémoires sur l'astronomie indienne, où l'on remarque , comme d'ailleurs dans tous ses travaux, l'exactitude la plus scrupuleuse dans les citations et la traduction des autorités indiennes en même temps que l'investigation la plus profonde et la plus éclairée , lui attirèrent de vives attaques de son compatriote Bentley, qui n'avait qu'une connaissance très-
(I) VsnUXI .le telle noiirc en a raidie mie tradntiion fraiicaisc MHS ce liirc : £«.r. iir/i phiiotopkie det IIimlo»i,t>ar Colebrooke, toro. «833, t »ol. lu-8".
12; »> de rnier mémoire, publié en 1803, accuse une lecture un- BCBX et une rminai»anre extraordinaire de* ucklM monuments sacres .le I Inde. Il a cte. au«i induit l'autour de relie maire «1*1.1* |»rc*iu en entier «Jau* le volume iaUliU : Unes saae, U l Orient, l'arts, 1810.
superficielle de la langue et des autorités sanscrites, et qui s'était donné la tache de moderniser à tout prix l'antiquité indienne. Colebrooke lui répondit dans Witiatic Journal, mars 1810, avec toute l'atilorité et la gravité de l'homme supérieur qui, ainsi qu'il le dit , n'a eu d'autres motifs dans toutes :>cs publications que le désir de découvrir et de publier la vérité. — De retour en Lui ope après un séjour de trente ans dans l'Inde, Colebrooke continua de propager les éludes orientales par de nouvelles publications et en provoquant la création de la société asiatique de Londres, dont il fut nommé directeur. C'est dans les Transactions ou Mémoires de celle dernière société qu'il publia successivement les cinq profonds traités sur la Philosophie des Hindous, dont nous avons parle précédemment. — Par suile de >cs travaux infatigables, la vue de Colebrooke s'était considérablement affaiblie, et lorsqu'il vil pour lui l'impossibilité d'utiliser désormais les richesses uniques et inappréciables en manuscrits sanscrits qu'il avait amassées dans l'Inde, au prix des plus grands sacrifices , il donna sa bibliothèque indienne ( estimée à une valeur de plus de 200,000 francs) à la Compagnie des Indes, qui l'a fait placer dans son riche musée. — Colebrooke esl mort à Londres, le 10 mars 1857, après une longue et cruelle maladie qui l'avait retenu pendant plusieurs années sur sou lit de douleur. On peut dire de lui qu'il a honoré la mission de savant autant qu'il a été donné à aucun homme de le faire, sans jamais trahir la vérité , et sans jamais blesser aucunes croyances, fussent-elles idolàiriqucs. — Voici la lisic des principaux ouvrages qu'il u publies : I" Rcmarks on the présent stalc of Husbandry an Commerce in Uengal Calcutta, 17i>5, in- i '. 2J A Diyest of Hindu Law on Contract and Successions, with aCommenlary byjagannatha Tercapanchûnara. translatcd from the original Sanscrit. Four vols, folio, Calcutta, 171)8. 3' Grammar of the Sanscrit Language. Vol. i. Calcutta, 18uo. 4* The Aiiiura Koshu, a Sanscrit Lexicon, wilh marginal translations. Serampore, 1808. i>" Translations ofttco treatise of the Hindu Law of Inhéri tance, or of llic Dayabhugc ofJimulavahana and Yajriyavalkyn. Calcutta, le 10. 0" Algebra, uith Arithmelic and Mensuration, from the Sanscrit of lirahmegupta and Bhàscara , preceded byja Dissertation on the Haie of the Science as known to the Hindu». bondon, 1817. 7" On import ofColonia Corn. Londun, 18.8. 8" Treatise on obligations and conUacls { traduit du sanscrit ), London, 1818. — Les principaux mémoires de Colebrooke publiés dans différents recueils de sociétés savantes ont été recueillis sur les instances de l'auteur de celle notice , par Colebrooke luimême, avec les soins d'un indianiste de grand sautir et du plus beau caractère , feu le docteur Rosen , et publiés sous ce titre . Miscellancous Essays by H. T. Colebrooke, Londres, 1857, 2 vol. iii-8". — On peut consulter pour de plus amples renseignements Notices of the live of Henry Thomas Colebrooke, Esq., publié par son fils dans le numéro 1» du Journal of the Royal asiatic Society of lit cal Dritlain aud It eland. Augutl 1858. G. P.
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COLEONI (Barthélémy), général italien du 15* siècle, issu d'une famille noble de Bergame, qui pendant longtemps était demeurée à la tétc du parti guelfe de cette ville, et qui y exerçait, par ses nombreux adhérents, une sorte de souveraineté. Il était fils de Pierre-Paul Coleoni, surnommé l'irho, qui avait acquis quelque réputation dans la petite guerre qu'il faisait aux Gibelins autour de son château de Solza, ou de celui de Trezzo, dont il s'était emparé. Barthélémy Coleoni était né en 14(M), au château de Solza. Avant d'arriver à l'âge viril, il perdit son père, assassiné par trois de ses parents. Après avoir été page du seigneur de Plaisance, il apprit le métier des armes dans le royaume de Naples, à l'école des deux plus grands généraux du siècle, Sforza et Braccio de Montone. Il entra ensuite au service de la république de Venise, et fut employé par clic à combattre l'ambitieux duc de Milan, Philippe-Marie Visconli, qui savait attacher à son service des hommes d'un rare talent. Coleoni, sous les ordres de Carmagnola, fut longtemps opposé à Nicolas Piccinino, son ennemi personnel. Son général, comme ses adversaires, pouvaient lui donner d'utiles leçons, et le jeune condottiere avait le talent de les mettre à profit. Il remporta sur Piccinino, dans la val Camonica, des avantages qui lui méritèrent les rcmcrclments du sénat et le grade de capitaine général de l'infanterie vénitienne. Il surprit l'armée milanaise au delà du lac de Garda, qu'il avait traversé, contre toute attente, sur des barques qu'il avait fait transporter au travers des moutagnes. Coleoni profila d'une de ces paix que le duc et les Vénitiens signaient souvent, et n'observaient jamais, pour changer de service, « t passer, avec cinq cents gendarmes qui s'étaient attachés à sa personne, dans l'armée du duc de Milan. 11 le servit utilement contre son gendre Sforza et contre les Vénitiens; mais la jalousie de Piccinino, ou peut-être la découverte de complots réels de Coleoni. le firent tout à coup arrêter en 1446, et enfermer dans les cachots de Monza, où il resta détenu pendant un an. Il y serait mort sans doute, si l'extinction de la maison Visconli n'avait produit une révolution dans l'Etat de Milan. Les habitants de cette ville essayèrent de rétablir leur ancienne république ; ils tirèrent Coleoni de son cachot, et croyant |>ouvoir compter sur la reconnnissance de l'homme auquel ils rendaient la liberté et la vie, ils le nommèrent général en chef, honneur que Coleoni n'avait point obtenu encore, et qu'il justifia le 11 octobre 1447, par sa victoire sur la petite armée française que le duc d'Orléans destinait à conquérir l'Etat de Milan. Mais l'année suivante, Coleoni abandonna les Milanais, auxquels il débaucha toute leur armée, pour passer au service des Vénitiens, leurs ennemis, et celte trahison ne le déshonora point, tant la mauvaise foi était alors fréquente : ce ne fut pas même sa dernière désertion. Opposé par les Vénitiens à François Sforza, il passa au service de ce général avec un corps de transfuges, et il lui facilita l'acquisition de la souveraineté de Milan; il le quitta ensuite pour retourner aux Vénitiens. Le conseil des dix, croyant l'avoir
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offensé, voulut, en 1451, le faire assassiner; Coleoni échappa au danger |»r une prompte fuite ; mais disposé à pai donner une perfidie dont il sentait qu'il aurait été capable à son tour, il rentra en 1454 au service de ces mêmes Vénitiens qui avaient voulu le faire périr. Il demeura encore vingt et un ans leur générât issi me. Ce fut, il est vrai, une période de paix presque constante en Italie; mais Coleoni, qui passait pour le meilleur tacticien du siècle, qui avait le premier fait usage de l'artillerie de campagne, et qui avait donné des affûts aux canons, était digne de se signaler dans un temps plus agité, tandis que son manque de foi, son avidité et les brigandages de ses soldats le faisaient redouter de ceux mêmes qu'il servait. 11 survécut à la race glorieuse de ces grands généraux que l'Italie avait produits en si grand nombre au commencement du 15e siècle. Sa fortune ne fut point si brillante que la leur ; au lieu de prétendre s'élever à la souveraineté, cou. nu- Sforza, Braccio, Malatcsla, Cavalcabo et taut d'autres de ses anciens compagnons d'armes, il se contenta d'amasser d'immenses trésors. Demeuré seul après tant de grands hommes, il fixa les yeux des princes italiens que Paul II voulait engager, en 1468, dans une nouvelle croisade ; onlui en offrit le commandement avec 100.000 florins d'appointements, ou plutôt de paye pour le corps de gendarmes qu'il s'engageait à conduire; mais la chrétienté était bien loin alors d'une intention réelle de prendre les armes coutre les infidèles. Barthélémy Coleoni, toujours généralissime des Vénitiens, passait sa vieillesse dans son château de Malpaga, où il tenait une cour des plus brillantes de l'Italie : c'est la qu'il mourut, le 4 novembre 1475. Le sénat de Venise lui ayant envoyé pendant sa maladie deux de ses membres p<>ur lc complimenter, il leur dit : « Conseillez à la repu- « blique de ne jamais confier à aucun autre géné- « ral une si grande puissance et une autorité aussi « étendue que celles qu'elle m'a laissées. » Le jaloux gouvernement de Venise était fait pour entendre ce conseil. Coleoni partagea son immense fortune entre les quatre filles qu'il avait eues de Thisbë Martinengo de Brescia, quelques collatéraux et 1) république de Venise, à laquelle il laissa plus de 100,000 florins. Il enrichit Uergame de plusieurs établissements publics, entre autres de l'hospice de la Picta, destiné à donner des dots à des filles honnêtes et pauvres. On dit que dans certaines années plus de cinq-cents ont été ainsi dotées. La république, p.ir reconnaissance, lui a fait ériger une statue équestre en bronze doré sur la place de St-Jean et St-Paul, à Venise. S — S— i.
COLER (Jean), médecin allemand qui vivait vers le commencement du il* siècle, a écrit, sur l'agriculture et l'économie rurale, des ouvrages estimés, et qui ont eu un grand nombre d'éditions. Le premier est intitulé : OEconomiaoder Hau$lmch, etc., divisé en 6 parties, qui |«rurent successivement à Wittcmberg, in-4°, depuis !59o jusqu'en 1602. La
ne parut que la dernière, en IMS. La 6e contient un calendrier d'agriculture, c'est-à-dire l'indication des travaux de chaque mois. Ces diverses
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fiartics furent réimprimées plusieurs fois, in-4° et in-fol., jusqu'à l'année 1622; enfin elles furent toutes réunies, et l'ouvrage fut publié en entier à Wittetnberg, en 1632, in-fol., et plusieurs fois depuis: les éditions de Francfort, 1672, 1680et 1692, in-fol., sonl les plus complèleset les meilleures. C'est le lils de fauteur qui en fut l'éditeur. Dans le calendrier d'agriculture, il y a plusieurs plantes qui sont décrites sous chaque mois. Ce livre traite de toutes les parties de l'agriculture, principalement de ce qui est relatif au Urandebourg. L'auteur tenait encore nux préjugés de son temps; il croyait à l'influence des planètes. 2e Calendarium perpeluum aconomicum,erstcr Theil, W iltembcrg, «592, in-V ; ander Theil, ibid., 1606, 1607, in-4°; 162», in-fol ; 1622, 1627, 1652, in-lol. : cet ouvrage fut très-utile, et il est le premier en ce genre que l'on ait publié. 3* Une dissertation de Bombyee, imprimée à Giessen, 4665, in-4°. D— P— s.
COLER (Jean). Voyez Spinosa.
CO LE R (J ean Ch ristop h e) , bi bliograplie et théologien protestant, né en 1691, à Alten-Gotlern, près de Langen-Salza, en Tliuringe, devint en 1724 ministre, et, en 1731 , prédicateur de la cour à Weimar, où il mourut le 7 mars 1736. Il s'appliqua surtout à l'histoire littéraire dans son rapport avec la théologie. Ses principaux ouvrages sont : 1° quelques dissertations académiques : de Epigraphe rabbinica, tive pracipuis qnibus in teribendit hbris suit rabbini vsi fuerint rationibus ; de Ephrœmo et Joanne Damasceno; de IUutlribus principum juventulis Peregrinalionibus , etc., Wiltemberg , 1714, in-4°. 2° Uisloria Gothofr. Arnoldi, ibid., 1718, in-8". 3» Arta lilteraria academia Witlcbergcnsis, ibid., 1719, 2 cahiers in-8°. C'est un recueil de programmes, discours, éloges et autres pièces publiées a l'université de Wiltcmberg. Ce recueil commençait à devenir intéressant lorsqu'il fut interrompu par le départ de Coler; il a ensuite été repris par S. -M. Rucher, en 1724. \» Austrlesene Iheol. Bibliolhek, c'est-adire Bibliothèque théotogique choisie, Leipsick, 1724- 1736. in-S°. Cejournal. formanl7 vol., ou 84 numéros, dont Coler a fait seul les trente-six premiers, donne l'analyse détaillée des ouvrages théologiques les plus récents et les plus estimes des protestants ; ou y trouve l'extrait ou la traduction de ceux qui paraissaient en fiançais. Après la mort de Coler, il a été continué par Guill. Ern. Rarlholomxi. 5* Anlhologia, sen Epislolœ varii argumenli, Leipsick, 1723-1728, f> cahiers formant 1 vol. in-8°. Ces lettres sont remplies de recherr lies curieuses. 6° Xutzliche Anmerkungen... ou Remarques importantes sur divers sujd$ de théologie, d'histoire naturelle, de critique et de littérature, Leipsick, 1735, 4 cahiers. V Acla historico-ecclesiaslica : c'est une gazelle ecclésiastique éciïteaussi en allemand, Weimar, 1735 et suiv., in-8°. Coler étant mort après la publication du 3* numéro, ce journal fut continué, de même que le précèdent, par G -E. Dartholonirci, jusqu'au 90* numéro, et, d»puis 1733, par sou frère (Jean-Christian), conscr- Tateur de la bibliothèque ducale de Weimar. La collection, terminée en 1738, forme 120 numéros,
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soit 20 volumes, sans compter 3 volumes de supplément. Coler avait aussi écrit la vie de tous les théologiens et professeurs de l'université de Willem berg ; mais il n'en a publié que celle de Théophile Wernsdoif, Wiltemberg, 1719, in-*°. C. M. P.
COLERIDGE (Samuel Taylor), poète anglais, naquit en décembre 1772, au village de Ste-Marie- Otlery, dans le Devonshire. Son père, ministre de cette |>aroisse, avait publié divers ouvrage» de théo*| logie et assisté le docteur Kennicolt dans la collation des manuscrits pour son édition hébraïque de la Riblc. : Colcridgc, qui eut en lui son premier instituteur, n'avait encore que huit ans lorsqu'il le perdit. H n'avait pas moins de dix frères et sœurs vivants à cette époque (1780). Heureusement un des gouverneurs de l'hôpital du Christ à Londres le fit admettre dans cette excellente école élémentaire (1782). Il y resta neuf ans, pendant lesquels il montra plus d'anlitude que de gout pour le travail. Telle était sa facilité pourtant qu'il eut quelque renom comme humaniste parmi ses condisciples. La littérature proprement dile eut plus d'attrait pour lui que les langues. Enthousiaste des sonnets de Rowles, qui venaient de paraître (4789), il les copia quarante fois de sa main pour en gratifier ses amis et tous ceux aveclegoiU dcsquclsil sympathisait particulièrement. Le sien était déjà formé à cette époque. Il avait appris de son maître, Jacq. Rowyer, & distinguer le clinquant de l'or, à dédaigner les déclamations et les lieux communs. Il détestait surtout les termes si grotesquement répétés par la plupart des poètes, lyre, harpe, Muscs, Ilippocrène, Pégase, etc. Il porta ces principes au collège de Jésus à Cambridge, ou il eut encore une place gratuite en sortant de l'hôpital du Christ. Mais déjà l'esprit poétique le dominait ; et au lieu des études suivies, solides, auxquelles il pouvait se livrer, il ne fit que des tentatives incohérentes et presque anti-universitaires. Une seule fois il concourut pour un des prix académiques, la médaille londéc par Rrowne en laveur de la plus belle ode grecque sur un sujet donné ; encore fallut-il que ses amis l'enfermassent en ne lui laissant que des plumes, de l'encre et du papier. L'acrimonie avec laquelle en toute occasion il s'élevait contre le christianisme acheva de lui donner une assez triste réputation près des supérieurs du collège. Toutefois il faut dire que plus lard Coleridgc a protesté contre cette accusation, et prétendu au contraire que les prosélytes de la philosophie française à Cambridge le regardaient romme un bigol, à cause de son ardeur à détendre la religion. Nous inclinerions beaucoup à croire que les deux faits sont vrais, et que, doué de l'esprit le plus \ il et le plus mobile en même temps, Coleridge fut tour à tour enthousiaste de christianisme, et fanatique d'irréligion, n'importe, au reste, dans quel ordre ces deux fantaisies se saisirent de son imagination. On a imprimé (AVu> monlldy Magasine) que, dans l'automne de 1793, il fit le coup de tète de s'enrôler dans le 15* régiment de dragons : ses amis le dégagèrent presque aussitôt; et il rentra au collège, où son aventure ne fut point ébruitée, et où il mu jusqu'eu octobre 1794. A celle
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époque, il quitta Cambridge sans cause connue ; et les administrateurs de l'hôpital du Christ prirent une résolution motivée, qui le privait de sa pension trimestrielle, comme élève au collège de Jésus. Lié depuis deux ans avec Soulhey, que comme lui avaient frappé vivement les grandes vues proclamées parla révolution française, il venait décomposer en collaboration avec lui un drame qui portait pour titre : la Chute de Robespierre. Il se mit ensuite, pendant l'hiver de 1794 à 1795, à faire i Bristol un cours public sur l'histoire, les causes et les effets de la révolution fr.inçaisc, dont il désavouait quelques épisodés, mais non le principe et le point de départ. L'esprit de parti ne pouvait laisser passer un tel langage inaperçu. Coleridge eut bien quelques panégyristes; mais ses détracteurs remportèrent. Il lit alors connaissance avec le jeune Robert Lowell, poète comme lui et comme Southey . Mécontents de la vieille Angleterre, de la décrépite Europe, les trois amis, que l'on n'applaudissait pas suffisamment à leur gré, imaginèrent d'aller se fixer dans les déserts de l'Amérique pour y vivre en commun et pour donner à l'univers lemodéle du véritable système de propriété. Cette association d'un nouveau genre ne devait être ni aristocratique, ni démocratique, autocratique encore bien moins. Ce devait être la panisocratie, ou iiocratie universelle, c'est-à-dire le gouvernement de l'égalité pour tous. Quelque temps après tous trois se marièrent a trois sœurs de Bristol. Les douceurs de la lune de miel les firent sans doute clianger d'avis; Southey partit le lendemain même de son mariage pour Lisbonne, et n'en revint que pour se mettre trèspaisiblement à l'étude des lois anglaises, que sans doute il ne comptait point aller soutenir dans les solitudes des Illinois. Lowell et Coleridge restèrent à Bristol ou aux environs, demandant à leur plume une existence moins poétique sans doute, mais plus commode et plus confortable que celle qu'ils eussent trouvée de l'autre côté du Missouri ou de la rivière de Cuivre. Coleridge, on le devine par le genre de ses premiers essais, flottait dès lors entre la poésie et la politique. Celte indécision dura autant que sa vie. Toutefois, en 1795, il commença par essayer de la politique; et, sur l'instigation de quelques amis, il publia ses Cornoues ad populum, ou Adresse au peuple, qui eurent assez de succès et le tirent connaître même à Londres. L'année suivante, il entreprit un journal, et, pour échapper à la taxe du timbre, il voulut que ce fut un recueil hebdomadaire. Du reste, comme les publicalious périodiques abondaient, il fallait capter le public par quelque appât nouveau : Coleridge annonça que le Watchmann, c'est-à-dire la Sentinelle (c'était le titre de son recueil), contiendrait 32 pages grand in-8° par numéro, et ne coûterait que quatre pences (8 sous). Le Watchmann fut dispendieuseinent et pompeusement annoncé par les grandes feuilles de la capitale. Coleridge lui - même se mit en campagne et remplit de son mieux les fonctions de commis voyageur à son prolit. Il ne ramena qu'un millier de souscripteurs; et quoique a peine couvert de ses frais pu- ce nombre un peu mod..juc d'abonnés, il se mit courageusement à l'ont-
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vre. Mais, comme il avait la Iwnhomic de vouloir être impartial, il eut le malheur de déplaire. Il n'était ni Pittiste, ni Foxiste, ni totalement démocrate. Ses patrons jacobins s'indignèrent qu'il ne louât pas tout dans la convention; les lecteurs voltairianistcs trouvèrent étrange qu'il proclamât l'Evangile base de toute organisation sociale. Bref, à peine né, son journal fut atteint de cette fatale maladie qu'on appelle le désabonnement. Peut-être aussi le morcellement des articles les plus intéressants qu'il commençait dans un numéro pour les terminer dans un autre, et qui se trouvaient inexorablement coupés en deux, dès que l'on arrivait à la lin de la deuxième feuille, fut- il pour beaucoup dans l'accueil trop indifférent que reçut le Watchmann. Coleridge, malgré sa bonne volonté, se vit obligé de suspendre sa publication au dixième numéro. Encore eût-il été fort embarrassé en cet instant sans l'assistance d'un ami généreux qui paya pour lui l'imprimeur. Dans cet intervalle, il avait composé un pamphlet intitulé : Protestation contre tes bills soumis aux chambres pour la répression des assemblées tédilieusts. il s'y montrait fort opposé aux mesures par lesquelles le ministère se proposait de contenir une effervescence populaire vrop vive. Cependant son nom était sorti de l'obscur^-. Des hommes de mérite, les llartlcy , les Wedgwood, les Charles Lamb, les Shéridan lui prodiguèrent des encouragements. Fixé auprès du premier à Nether-Stowcy. au pied des collines ou monts Quantock, dans le Soinmerset, il s'y livia plus spécialement que jamais à la poésie. C'est de cette époque que date sa tragédie du Remords, composée par les conseils de Shéridan, et sa délicieuse ballade, Thit limetree bow'r, my prison. ( Ce berceau de tilleuls, ma prison.) Une de ses habitudes favorites était alors de prêcher lous les samedis à la chapelle unitaire «le Taunton. 11 s'en acquittait a merveille, et un contemporain (Hazlitt, Libéral) s'est plu à redire quelle vive et fantastique impression avait produite sur son esprit la prédication du poète, dont l'œil, dans celte chaire nouvelle pour lui, élincelait comme celui d'un Colomb dans la première de ses courses aventureuses au travers d'un nouveau monde, et dont les cho* veux touftus pendaient en masses noires sur le devant de sa tète. En1796avait paru un volume de poésies de Coleridge ; en 1797, il en donna une autre édition, qu'il accompagna de quelques morceaux de ses amis, Ch. Lloyd et Ch. Lamb, a l'imitation de Southey, qui venait de l'aire paraître les siennes avec celles de Lowell L'année suivante furent publiée! séparément les Craintes dans (a solitude, l'o ie »ur/ii I rance, et fa Gelée à minuit. Tous ces jets poéii<|tics curent h? genre de succès que pt ut souhaiter un poète. Tout le monde ne leur décerna pas des louanges ; mais tout le monde les lut et en parla. Coleridge fut des lors une des notabilités littéraires de la Grande* Bretagne. Il ne lit qu'ajouter a sa gloire en met! nt au jour la même année SCS Ballades lyriques, qui ne .sont pas seulement de jolis morceaux élegiaqiicsou lyriques, classiques ou romantiques, mais qui ont contribué a lancer la jtoésie anglaise dans une toie nouvelle, où clic n'a pas longtemps cheminé i
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Les conversations, les lettres auxquelles donna lieu la publication des Ballades lyriques inspirèrent bientôt à Coleridge le désir de visiter l'Allemagne, berceau véritable de toutes ces traditions dont l'Angleterre commençait à savourer les charmes. Les deux Wedgwcod s'empressèrent de lever les difficultés pécuniaires qui eussent pu faire ajourner longtemps au poète la réalisation d'un désir moins chimérique pourtant que la panisocratie : ils lui assurèrent un viatique annuel de 100 ou même 150 livres sterling, et Coleridgc se mit en route, accompagné de Wodsworth. La jalousie prit celte occasion de le calomnier en l'accusant d'avoir quitté M femme et ses enfants sans secours, le tout pour se faire citoyen du monde. A cette époque, au contraire, Co'eridge revenait de ses rêves philosophiques et poliiiques : les utopies avaient cessé de lui plaire; il était très-franchement antifranrais en matière gouvernementale non moins qu'en matière littéraire, et il allait se fortifier dans cette double antipathie pour la France dans la très-peu gallicane Germanie. Son temps tut très-bien employé sur le continent. Il commença par s'initier dans les mystères de la langue allemande à Ratzeburg; puis, comme son but était d'étudier à fond la littérature si riche et si diversifiée de ce grand peuple, aussitôt qu'il parla tolérablement l'idiome contemporain, il se mit sous le professeur Tyrhsen au gothique d'Ulphilas , lut la paraphrase métrique de l'Evangile, par Oltfricd, et les restes les plus importants du tudesque; passa en revue les ouvrages des minnesingers, et traversa ainsi de siècle en siècle toutes les phases qui forment la transition du vieux langage des Goths au souabe ancien, au souabe poli, et enlin au saxon dont l'allemand actuel n'est qu'une bien simple transformation. Tout en s'occiipant de ces objet*, il visita plusieurs régions de l'Allemagne, et vit quelques-uns des hommes remarquables dont elle s'enorgueillit. A Goettingue, il suivit les leçons de Blumenbach sur la physiologie , et se fit rendre compte de celles d'Eichhorn sur le Nouveau Testament. Il eut avec Klopstock un entretien où ce grand poète lui communiqua sa pensée sur Lessing, GtWhe, Kotzebue et Wieland. Il a de même consigné, dans quelques pages trés-pii|uantes , des souvenirs sur Eberling. lie venu en Angleterre en 1800, il al!a s'établir à Keswick , dans le voisinage de Londres, ou était alors son ami Southey. La même année vil sortir des presses de la capitale sa traduction du Wallenstein de Schiller, curieux monument qui atteste en même temps et ses rapides progrès dans la langue et la littérature du pays qu'il quittait , et son originalité , même lorsqu'il semblait se borner à l'humble rôle d'interprète. Ses démarches et l'assurance qu'il donna d'un changement total d'opinions politiques lui ouvrirent bientôt l'entrée du lUorning-Post, où il fut chargé des principaux articles tant politiques que littéraires. Coleriilge proteste , dans les mémoires dont il sera question plus bas, qu'il n'accepta les propositions des propriétaires qu'à la condition de voir le journal se diriger d'après des principes invariables qu'il posa
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lui-même, et dont il ne serait jamais obligé ou prié de dévier. Il y a plus de faste que d'exactitude dans cette assertion. Le fait est que le journal, bien décidément an li français et antirévolutionnaire, ne fut qu'assez timidement antiministériel jusqu'à l'installation du ministère Addington, dont Coleridgc se montra l'intrépide champion ; bien des fois aiêmc la véhémence du journaliste contre ce qu'on appelait l'ambition française passa toutes les bornes. Ce n'est pas qu'il faille croire ce que Fox dit un jour en parlant de la guerre de 1803, que cette nouvelle lutte avait été causée par le Morning-Post. Coleridge toutefois aimait beaucoup a se défendre de celle imputation, que I personne ne songeait à reproduire : au fond, c'était la rappeler et s'en faire gloire. Il dit même quelque part que, lorsqu'un |>eu plus tard il voyageait en Italie, un ordre vint tout exprés de Paris pour se saisir de sa personne. L'affectueuse obligeance d'un bénédictin et l'intervention du pape le mirent à l'abri de ce danger. Peut-être crut-on que, comme alors il venait de Malte où il avait rempli un poste de confiance, il était chargé de quelque mission politique ; on se trompait. Coleridge n'avait été a Malle que pour voir un beau pays , cl un de ses amis , le docteur Sloddart, avocat du roi. La conversation et l'esprit de Coleridgc plurent au gouverneur de l'Ile, sir Alexander Dali, qui, pendant l'absence du secrétaire de gouvernement, investit par intérim le poète de cet office qui valait 800 livres sterling par an. Mais les appointements convenaient mieux à Coleridge que Coleridge à la place, et la sympathie que le gouverneur et l'homme de lettres avaient sentie l'un pour l'autre, en parlant littérature, beaux-arts et voyages, alla bien vile s'affuiblissant lorsque l'on se vit quotidiennement et pour affaires. Coleridge ne devint donc pas titulaire de la place lucrative qu'il avait trouvée à Malte , et après un séjour de seize mois, dont neuf dans les bureaux du gouvernement, il quitta cette possession britannique ( octobre 1805 ), pour se rendre en Calabrc, et de cette contrée à Naples, puis à Rome. Il reparut en Angleterre Tannée suivante ; mais il ne reprit la plume qu'en 1809 et 1810, époque à laquelle il essaya derechef la publication d'un recueil hebdomadaire. L'Ami (c'était le titre de cette leuille) offrait les mêmes inconvénients, et il eut le même sort que ce pauvre Watchmann, si utile à mistriss Coleridge et à sa domestique pour allumer le feu : seulement il eut ce sort un peu plus lard , et tint bon jusqu'au vingt-septième numéro. En 1812, Coleridge inséra de jolis fragmenta dans VOmniana de Southey, el l'année suivante le théâtre de Drury-Lanc, alors dirigé par Whilhread, lui demanda sa tragédie du Remords , que jusque-là il avait laissée dormir. Les applaudissements d'usage donnèrent un instant d'existence à la pièce; et, à la première représentation , les amis de l'auteur voulurent qu'il vint sur la scène s'offrir aux regards du public ; mais ces témoignages bruyants d'admiration ne furent point contagieux. Lt Remords est un beau poème , non un drame ; et à Londres , encore plus qu'ailleurs, un drame doit avant tout être dra-
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matique. On pardonne tout, les anachronismcs , la platitude, l'inconvenance, des monstruosités même, plutôt que l'absence d'action ou de situations. Est-ce cet insuccès qui ramena Coleridge vers les graves études de la théologie? Nous ne le savons pas ; mais le fait est qu'immédiatement après avoir fait jouer et imprimer le Remords, précède d'un spirituel prologue de C. Lamb, il mit au jour (1816 et 17) deux sermons intitulés l'un, Manuel de l'homme d'Etat, ou la Bible le meilleur des guides tant pour l'activité que pour la prévoyance politique, l'autre, Aux Classes haute et moyenne de la itopulation sur la détresse et les mécontentements actuels. Il recueillit ensuite tout ce qu'il avait semé de vers dans ses productions périodiques , et les publia la même année (1817), sous le titre de Lois sibyllines. Quelque emps auparavant il avait publié à part sa ballade inachevée tic Christabel, dont la première partie avait été composée en 1797, à Slordey, et la seconde en 1800. Jusque-là on avait espéré qu'il achèverait ce chef' d'œuvre ; on sut alors qu'il y renonçait. Au reste, au bout de seize ans d'attente, on eût peut-être trouvé le dénoùmenl de Christabel peu digne des premières parties; et cette ballade d'ailleurs est un de ces morceaux à qui ne messied pas la forme fragmentait?. Depuis ce temps, Coleridge ne s'occupa plus activement de littérature. En 18l6.il avait été choisi pour directeur de l'Encyclopédie métropolitaine, et il en écrit ît le prospectus; mais cet arrangement n'eut pas de suite. En 1818, il publia sou drame inédit de Zapolya; et dix ans plus tard soigna une édition de ses o uvres complètes, Londres, 1828, 5 vol. in-8* (reproduite avec de nombreuses additions en 183J). Celle même année 1828, Coleridge voyagea sur le continent, en Hollande, en Flandre, aux bords du Rhin. Lue pension de 100 livres sterling, qu'il recevait du roi à litre de membre «le la société royale de littérature, le mettait à l'abri du besoin. Dans ses dernières années, il fut en proie à des souffrances très-vives. La mort seule put y mettre un terme, le 23 juillet 1831. Il hit enterré dans le cimetière d'ilighgale, et l'on Inscrivit sur son tombeau une épitaphe composée par luimême, et qui est peut-être le chef-d'œuvre du genre. Aux ouvrages déjà cités, il laut joindre, pour avoir la liste complète des œuvres de Coleridge , un manuel de morale intitulé : Auxiliaire de la méditation pour /i/rmer un caractère d'homme d'après tes bans diverses de prudence, de moralité, de religion, etc., Londres, 1825; un pamphlet sur la Constitution de l' Église et de l'Êlal d'après l'idée de l'un et de l'autre, etc. ; enlin des mémoires sur sa vie, 1817, 2 vol. in-8", sous le titre de Biographia lilteraria. Avec beaucoup des qualités qui fout le grand poêle, Coleridge a manqué sa destinée. Il y avait du décousu dans son esprit, dans ses idées, dans ses désirs. Il voulait en même temps faire de la politique et sacrifier a la poésie ; il eut voulu surtout une existence opulente, brillante; mais tous ses désirs ne lurent jamais que des velléités. 11 quitte le collège pour un régiment, son régiment pour le collège; il quitte la l^nisociatie pour le mariage, puis sa lemme et sa
maison pour l'Allemagne ; il quitte les vers pour se faire journaliste, il laisse la le journal pour les vers; de temps à autre il soulève , il entame de hautes questions par des pamphlets, puis il les abandonne; il semble vouloir se faire puissance par la presse, puis tout à coup il y renonce ; il accepte ou sollicite un emploi dans les bureaux; dès, qu'il en est nanti, il l'en dégoûte ; il commence des journaux, niais ne croyez pas qu'il les achève ; il coule d'un jet sa première partie de Christabel, il a grand'peine à fabriquer la seconde; la troisième ne sorlira jamais des brouillards de son cerveau. El pourtant les encouragements ne manquaient pas à ce fantasque trouvère du 19' siècle. Les libraires savaient combien le public aimait à le lire. Son vrai triomphe, c'était sa conversation : celle du Coleridge était un feu roulant d'épigrammes , de vues hautes , de raisonnements spirituels , de traits piquants , vifs , inattendus, d anecdotes inédites, du moins par la forme; grâce à celte inconstance qui l'avait porté vers tout successivement , il parlait de tout avec savoir, avec esprit, quelquefois même avec profondeur. L'n des riches cafés de Londres lui faisait des appointements pour qu'il y vint causer le soir. Coleridge ne profita de ces heureuses dispositions ni pour sa fortune ni même pour sa gloire.. Dien des poêles contemporains l'égalent, et quelques-uns l'effacent. Et pourtant il n'eût tenu qu'à lui de se placer au niveau des premiers. Christabel a inspiré les poésies ' de Scott, de Byron : ni l'un ni l'autre de ces grands poètes ne l'a nié. Coleridge n'est pas, comme on l'a dit quelquefois, leur frère, c'est leur père ou peu s'en faut. 11 c-t vrai que lui-même il a puisé ses inspira- 1 lions et dans la vieille Germanie cl dans la nature; mais l'originalité n'en existe pas moins chez lui; il a pi is ses modèles dans un amour un peu maniéré de la nature, j et a importé dans son pays une littérature inconnue, i toute nouvelle par la forme, l'esprit, l'accent, la len- . dance. De pareilles innovations au reste étaient bien i dans le caractère intellectuel de Coleridge, qui, dés i renfonce, détesta les lieux communs, les tirades in- I signifiantes et de commande , le charlatanisme des i mythologies surannées. Les croyances du moyen âge vivantesencore dans tant de cœurs, sous tant de toits de chaume, les vestiges de vieilles coutumes, les légendes que l'on se conte à la veillée au coin de l'âne ou dans la grange, et auxquelles on croit comme a l'Evangile, voila les sujets auxquels devait se porter avec amour un esprit poétique familier, ca- ! [table d'essor et incapable d'une longue traite. Os sujets étaient aussi de nature à captiver un public assez semblable au poète, impressionnable cl superlieiel comme lui. Indépendamment du choix heureux i des sujets, le style seul l'eût recommandé. Ses pièces sont presque toutes des modèles de correction et d'élégance. Grâce à une heureuse distribution de toutes les masses secondaires et a l'art des tnirsilions, il est si facile d'apprendre par cœur les vers de Coleridge, que, pendant seize ans ue suite , on récita sa Christabel avant qu'il l'imprimât [mur la première lois. Son Vùux Marinier, sa Dame noire, n'ont guère moins de mérite. L'n trait eu quelque
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sorte unique dans les fastes de la poésie, c'est qu'ayant traduit le Wallenstàn de Schiller sur un manuscrit de l'auteur, avant que la pièce originale fïitsous presse, il en usa irés-librementavcc le texte, où il intercala plusieurs passades qui lui appartien- • nent exclusivement, et que , loin de le désapprouver, Sc hiller, dans une deuxième édition allemande, traduisit à son tour ces |wssages de la version anglaise, et les inséra dans la réimpression définitive de Wallenslcin. Colerigde lit partie de cette école poétique dont AY'ortdsworh, ijoulhey, \Y ilson et lui furent les membres le* plus distingués, et que les Anglais ont appelée Y Ecole des Lacs, parce que la plupart de ces poêles ont habité sur les bords des lacs du Westniorcland et du Cumberland. Val. P.
COLES (le sieur de). Duverdierct la Croix du Maine font mention de ce poète, niais ils ne nous ont conservé aucune particularité sur sa vie. Il n'est connu que par un ouvrage intitulé : l'Enfer île Cupido, Lyon, Macé Bonhomme, 1535, in-8*. Cette édition, ornée de lig. en bois, est rare. C'est une satire assez piquante contre les femmes, dont il parait que l'auteur avait eu à se plaindre. On en trouve l'analyse dans la Bibliothèque française de l'abbé Goujel, t. Il, p. 204 et suiv. Duvet dier en a inséré un fragment dans la sienne. W— s.
COLES (Elisiia), habile sténographe et grammairien anglais, né vers 16S0, dans le ES'orlhamptonshire, lit ses éludes à l'université d'Oxford, cl vint en 1663 s'établir à Londres comme maître de langues. Ses leçons étaient fort suivies, et il commençait à jouir d'une grande répulalion, lorsqu'une procédure criminelle, dans laquelle il se trouva implique, le força de s'expatrier. Il se retira en Irlande, et on ignore l'époque de sa mort. Ses ouvrages, tous écrits en anglais, sont en grand nombre ; nous ne citerons que les suivants : I8 the complète english Schoolmastcr (la Méthode la plus facile d'épeler et de lire l'anglais, suivant la meilleure prononciation adoptée à Oxford et à Londres), 1674, in-8°. ¥ The neveest, plainett, and shorlest Short-Band, 1674, in-S°. Ce traite de sténographie a clé souvent réimprimé; on recherche surtout la 10e édition, Londres, Marshall, 1707, in 8', où l'on trouve les alphabets comparés et les règles fondamentales des méthodes de ltish, de Mason,de Shellon, de Melcalf, [ de Steel, de Wïllis, et de plusieurs autres systèmes de tachygraphie usités jusqu'alors. 3° Nolens, volens, ou Vous saurez le latin bon gré, malgré, ibiil., 1673. 4" La Bible visible de la jeunesse, oITraut par ordre alphabétique les traits principaux de la Bible expliqués par des emblèmes, et ornée de 21 planches. Ces deux ouvrages se réunissent ordinairement. 3° Dictionnaire anglais , où l'on trouve l'explication des termes d'arts et de sciences, ainsi que leur étymologic. On fait maintenant peu d'usage de ce dictionnaire, qui a eu dans son temps une grande réputation. 6» Dictionnaire anglais-latin et latin-anglais, 1677, in-4a; la 14* édition a paru à Londres, 1742, in-8». C. M. P.
COLET(Jeas), théologien anglais, naquit à Londres, en 1460, de sir Henri Colet, deux lois lord-
maire de cette ville et qui, outre Jean, avait vingt et un enfants. 11 fut élevé à Oxford, où il apprit tout ce qu'on y apprenait alors, et d'où il sortit pourvu d'un riche bénéfice, auquel, dans le cours de sa vie, il en ajouta un grand nombre d'autres. 11 possédait bien Cicéron, et connaissait aussi les auteurs grecs qu'il ne pouvait cependant lire que dans des traductions, car, à l'époque où il vivait, on regardait le grec nonseulement comme peu nécessaire, mais encore comme dangereux ; de là le proverbe : Cave a Gratis, ne fiât hœreticus ; Colet avait fait aussi une élude particulière des mathématiques. En 1403 il voyagea en France et en Italie, il se lia avec les hommes les plus éclairés de ce temps, et en particulier avec Robert Gaguin, Budé, Erasme, etc. Il étendit et perfectionna ses connaissances dans ses voyages, et t'instruisit surtout dans la langue grecque, qu'on cultivait peu en Angleterre. Après son retour dans ce royaume, il se relira à Oxford, où il prononça des discours publics sur la théologie, auxquels les auditeurs accouraient en foule, mais où le clergé ajiercevait, avec un grand mécontentement, des opinions du genre de celles qui amenèrent, bientôt après, la rétormalion. Ayant pris en 1504 le degré de docteur en théologie, il fut nommé chanoine et ensuite doyen de Mora, dans la cathédrale de St-Paul, s'occupa de la réforme des abus introduits dans cette église, et y fit instituer trois leçons par semaine, pour l'explication des Écritures, qu'on] appelait alors la nouvelle science, et qu'il contribua beaucoup à faire substituer aux ridicules subtilités de l'école. 11 professait aussi un grand mépris pour les moines et pour les prêtres, qu'il accusait de ne remplir aucun des devoirs de leur état , et ami pic très-charitable, il ne leur donna jamais rien. 11 blâmait le célibat des piètres, et condamnait beaucoup moins sévèrement dans un prôlre une simple faiblesse que l'orgueil et l'avarice. Il rejetait la confession auriculaire, et ne disait la messe que les dimanches et les grandes fêles. Les évéques s'élevèrent plusieurs fois contre lui : il fut accusé d'hérésie, et courut grand risque de se faire condamner au feu. Ayant survécu ù tous ses frères, et riche de ses béuélices et de sa fortune personnelle, qu'il dépensait en charités, il songea a en disposer d'une manière plus absolue : consultant à la fois, et son extrême tendresse pour les petits enfant* et son désir de répandre l'instruction et les lumières, il l'employa à fonder l'école deSl-Paul, à Londres, qu'il dédia à Jésus-Christ dans son enfance, cl d'où sont sortis un grand nombre d'hommes distingués. Il s'occupait de faire bâtir une jolie habilalion près de Richemond dans le Surrey, où il comptait vivre dans la retraite, lorsqu'il éprouva plusieurs attaques de siocalingsickncss ; il succomba à la troisième, le lOseptembrc 15l9,danslao3'annéede son âge. Colet fut enterré dans le chœur de St-Paul, où on lui prépara un modeste monument avec son nom seul pour inscription. Mais plus tard la compagnie des merciers en fit ériger un plus convenable qui fut détruit avec la cathédrale en 1666, mais dont sir William Dugdalc a conservé le dessin dans son Bistoire de St-Paul. Colet a laissé,
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outre plusieurs sermons : Ie Rudimen(a grammalices, etc., Londres, 1539, in-8", pour l'usage de son école de St-Paul. 2° Absolutistimus de oclo orationit parlium construetione libtllus, Anvers, 1350, in-8°. 5" Des Epitret à Erasme, qui, dans son royale en Angleterre en 1 495, s'était lié avec lui d'une amitié particulière et qui dura jusqu'à la lin de leur vie. Ces lettres sont, pour la plupart, imprimées parmi celles d'Erasme, d'autres se trouvent à la fin de la vie de Colel par Knight. 4" Des commentaires sur différentes parties des livres saints, et un grand nombre d'ouvrages de tliéologie. Son esprit était aimable, sa personne agréable, son langage simple et énergique, niais peu correct. 11 méprisait l'élude de la grammaire et de la rhétorique, travers singulier pour un savant du 10* siècle, et qui venait peut-être de ce que ces deux études avaient trop longtemps composé tout renseignement public. S— D.
COLET (Claude), ou COLLET, né à Rumilly en Cliampagne, au commencement du 16* siècle. On croit qu'il avait une cliargc à la cour de France ; cependant il n'en prend point le litre à la tétc de ses ouvrages, et François Uabcrt, dans une épigramme qu'il lui adresse, ne le désigne que par la qualité de maître «l'hôtel de madame la marquise de Nesle. Il a publié une traduction française du 9* livre d'^wiadii des Gaules, roman espagnol célèbre , et qu'on recherebe encore aujourd'hui. La Crois du Maine attribue la traduction de ce livre à Gilles Boileau de Dullion. Cette double attribution, en apparence contradictoire, s'explique très-bien par les dates, qui prouvent que Boileau est le premier traducteur, et Colet le réviseur de la traduction de Boileau. Aussi ce dernier se plaignit-il, dans la prérace de sa Sphère des deux mondes, de l'espèce de larcin que Claude Collet lui avait fait. Colel a encore traduit lie l'espagnol Yllisloire palladienne, traietant des gestes et généreux laids d'armes et d'amours de plusieurs grand: princes et seigneurs, spécialement de Pulladien et de la belle Sé lé) ine, Paris, 1555, In-foL, rare; Paris, 1573, in-8°, édition moins recherchée. L'abbé Lenglet Dufresnoy a indiqué ce roman dans sa Bibliothèque sous deux titres et comme deux ouvrages différents. On a du même auteur X Oraison de Mars aux dames de la court (en limes), Paris,- 1514, in-4" ; î" édition augmentée, Paris, 1548, in-8". A la suite de ce poème, qui renferme une apologie de la guerre, on trouve d'autres pièces, parmi lesquelles on dislingue des épigrammes, et une Epitre du coq à l'une, espèce d c salira d'un genre singulier. Rigolet de Juvigny lui attribue une traduction de Vllistoire athiopiqur d'IKIiodore , Paris, 1549, in-8", et il reproche a Fabi iciusde ne l'avoir pas citée dans sa Bibliothèque; ii, ai s la traduction que Juvigny donne à Colet n'est autre que celle d'Amyot; Colet est auteur des vers qui sont après l'avertissement , et qui sont a la louange du traducteur. On ignore l'époque de la moil de Colet, mais on sait qu'il vivait encore en 15.';.", puisqu'il a compo-é Pépilaphe de Gilles d'Avrigny , mort celle même armée. Il avait lait beaucoup de vers, et, si on l'en croit, la plus •"■omlnnar*
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lie lui fut dérobée, sans qu i! ait jamais pn en recouvrer seulement une copie. W — s.
COLETTE (Sainte), réformatrice de l'ordre de Ste-Claire, vint au monde à Curbie en Picardie, le 15 janvier 1580. Son nom de famille était Bon. et. Ses parents, très-dévots envers St. Nicolas, lui lirent donner au bapléme celui de Colette, c'est-à-dire petite Nicole. Douée, dès sa plus tendre enfance, d'un gout naturel pour l'humilité et le soulagement des pauvres et des infirmes, elle trouva dans la pratique de ces vcrlus un préservatif contre les dangers du monde, auxquels aurait pu l'exposer sa rare beauté. Après la mort de ses parents, elle distribua le produit de son modique patrimoine en rcuvres de charité, se retira chez les béguines, espèce de demireligieuses qui vivaient du travail de leurs mains; puis chez les sœurs du tiers-ordre de St-François, qui n'étaient liées par aucun vn u; enfin dans un ermitage dépendant de l'abbaye de Corbie. Elle ne sortit de celle solitude, après y avoir passé trois ans dans les exercices de la plus rigoureuse pénitenec , que pour entrer chez les religieuses de Ste-Claire, dites Urbanistes, du nom d'Lrbain IV, qui avait mitigé leur, institut. Colette ayant formé le dessein d'y rétablir la règle dans toute son austérité primitive, le fameux Pierre de Lune, que la France reconnaissait alors pour pape légitime, sous le nom de Benoit XIII, l'investit de tous ses pouvoirs à cet effet, et lui conféra le titre de supérieure générale de tout l'ordre. Les premières lentalives de la nouvelle réformatrice échouèrent dans les monastères de France, où elle fut regardée comme une visionnaire. Ceux de Savoie lui Offrirent des dépositions plus favorables, et leur exemple eut une grande inlluence sur ceux de Bourgogne, des Pays-Bas et d'Cspagnc.où la mission de Colette eut le plus heureux succès. 11 eu résulta dans l'ordre une distinction entre les pauvres Clarisses ou les Culélines, et les Urbanistes. ( Voy. Claire. ) Cet état dura jusqu'en 1517, que Léon X en réunit toutes les branches sous le titre général d'Ofarrranti'ne*. L'esprit d'humilité, de simplicité, qui caractérisait la sait.: : réformatrice, se retraça dans leurs églises, d'où toute décoration brillante, capable de faire illusion il la vraie dévotion, était bannie, et où l'un ne se servait que d'ornements de laine ; dans leurs maisons, dont la Structure et les meubles annonçaient la pauvreté ; dans leurs personnes, vêtues d'étoflcs ' grossières; dans leur genre de vie, soumis aux plus 1 grandis privations et à toute sorte d'austérités. G> i letle, pai venue à l'âge de 00 ans, mourut a Gand, , le 0 mars 1444. Sixte IV lui donna de vive voix la I qualité de Bcata et sancla. Clément VIII pet mit aux clarisses de Gand d'en faire solennellement I l'office au commun des vierges. Urbain VIII étendit cette permission atout l'ordre de St François. Le grand obstacle a sa canonisation venait t!e ce j qu'elle avait reçu sa mission d'un antipipe, et qu'elle avait voulu mourir dans le voile qu'il lui a>ait donné Cependant son corps ayant été relevé «lu tombeau, en 1747, il s'y opéra des miracles, dont le procès-verbal, dressé juridiquement par l'évcque
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diwrsain, et envoyé à Rome, a décidé sa canonisalion, qui a été prononcée par Pic VII, le 3 mars 4807. La vie dcSte. Colette fut écrite dans leUmps par le P. Dcvaux, sou confesseur. ( Voy. l'Hist. des ordres nwnast du P. Hélyut, et les Vies des saints de Baillet, au G mars. T— D.
COLETTI (Nicolas ou Niccolo), savant Vénitien, lut en même temps orètre, imprimeur et libraire. Né à Venise, en t6<»l, d'un père qui portait le même prénom, il fut d'abord élève, et ensuite prêtre de l'église, alors cathédrale de Sl-Moïse. Il s'appliqua d'abord aux études s|>écialcs de sa profession, et particulièrement à celles «le l'histoire et Ues antiquités ecclésiastiques. Ayant confié à son frère Ferdinand la direction de la librairie et de l'imprimerie qu'il avait créées à Venise, il entreprit de douner une nouvelle édition corrigée et augmentée de Yltalia sacra d'Ughelli. 11 termina et publia tout son travail. Pour atteindre le but qu'il s'était proposé, il fit une ample récolte des histoires sacrées et profanes des vdles et autres lieux d'Italie, ainsi que des Iles qui l'avoisincnt, comme aussi des pays d'outre-mer ayant dépendu de la république de Venise. Celte collection d'ouvrages s'agrandit depuis par les soius de ses neveux, lils de son frère Ferdinand, qui la portèrent jusqu'à près de 5,000 volumes. Jean-Antoine Colctti, l'un de ces neveux, a lait et imprimé un catalogue raisonne et plein d'érudition, de cette collection, mais avant qu'elle s'élevât au nombre des volumes cidessus indiqué. Elle ne comprend point, comme l'a dit M. Guillon, dans l'article Coletti de la 4" édition de la Biographie universelle, l'histoire de l'Italie en général, mais les histoires particulières des villes d'Italie, ainsi qu'on l'a dit plus haut, et elle est distincte de la bibliothèque domestique de la famille Coletti. Lorsqu'on imagina à Venise d'y réimprimer, avec des additions et des corrections, la Collection des conciles publiée à Paris par le P. Lahlw, jésuite, Nicolas Coletti fut un des premiers à se présenter pour ce travail, dont lui seul resta chargé. Non-seulement les Italiens, mais encore les étrangers ont applaudi aux augmentations, aux notes et aux réflexions dont il a enrichi cet ouvrage, qu'il a porté à 21 vol. grand in-8°. L'ardeur du travail de Coletti était aussi infatigable que ses connaissances en matières ecclésiastii|ues étaient "vastes. Dans un âge Irés-avancé, il s'appliquait encore à l'élude avec la vigueur et l'activité de la jeunesse. Outre une correspondance trés-élcnlue qu'il suivait avec les savants de son époque, il avait plus de soixantedix ans lorsqu'il composa les Monumenla ecelesim VenelœS. Moysis, qu'il accompagna de deux dissertations latines; l'une sur St. Victor (S. f'ittore', premier titulaire de cette église, l'autre sur les vicaires (ticarj) qui, depuis les temps anciens, pos>cdaient la cure ( godevano i pierani ) de St-Bartlielcmy. La Série des évéques de Crémone, qu'on lui attribue dans la 1" édition de la Biographie universelle, n'est |)oint de lui. mais du P. François- Antoine Zaccaria, jésuite. Nicolas Coletti moulut en 1765, a l'ôge de 85 ans, et fut enlcrré dans
l'église de St-Moïse, à laquelle nous avons vu qu'il était attaché. Ses exemples littéraires Turent suivis par ses quatre neveux, dont les noms suivent, tous fils de son frère Fenlinand.— Aïc-oia* Coletti, neveu du précèdent, fut versé dans la connaissance des monuments et des cartes de ce qu'on appelle le moyen âge, ainsi que des médailles, dont i) avait formé un musée assez considérable. Distrait par les voyages que les intérêts de son commerce de librairie le forcèrent de taire en Italie et en Espagne, et pendant lesquels il obtint l'estime des savants de ces pays, il ne put se livrer à son goût pour les recherches littéraires. On ne connaît de lui que la préface latine dont il a fait précéder V Embriologia sacra rie François Cangiamila, publiée dans son imprimerie, en 17(53, et deux traductions assez exactes du français en italien, l'une du Recueil des observation» sur les peuples du monde, de l'abbé Lambert, 15 1., l'autre de l'Histoire universelle, sacrée et profane, de D. Calmet, 12 t., toutes deux sorties de ses presses. Il mourut en 1812. — Jean-Dominique Coletti était déjà prêtre et docteur en droit civil et canonique lorsqu'il entra dans la compagnie de Jésus, et passa comme missionnaire dans la province de Quito de l'Amérique méridionale. Après y Cire resté dix ans, pendant lesquels il s'occupa à réunir d'abondants matériaux, il fut obligé de quitter ce pays par suite de l'expulsion des jésuites de toutes les possessions de la monarchie espagnole. A son arrivée en Italie, on lui assigna pour résidence le collège de Bagnaeavallo dans la basse Homagne. Son ordre ayant été définitivement supprimé en 1773, il rentra dans la maison paternelle. Ses grands talents le firent rechercher par Giovanni, évêque de Foligno, par le patricien vénitien Philippe Nani, lieutenant d'L'dinc, et enfin par Vinciguerra de Collallo, abbé de Narvcsa, qui le fit nommer archiprétre de Spcrzenigo, dans le diocèse de Trévise. D'un génie vaste, fertile et rempli de vivacité, il cultivait avec succès l'architecture et les belles-lettres; il fut à la fois bon poète latin et toscan. Il s'attacha en même temps à l'étude des inscriptions et des pierres antiques, dans laquelle il fit de grands progrés, et se lit estimer des littérateurs, non-seulement par ses recherches, mais aussi par ses compositions dont les manuscrits sont conservés dans sa famille. S.-E. Théodore Correr possède un beau recueil en plusieurs volumes d'inscriptions concernant les patriciens de Venise , copiées par lui, non -seulement daus cette ville, mais en d'autres endroits. Les ouvrages publiés par Jean-Dominique Coleiti sont : 1° nouvelle éilitiou des o uvres île Lucifero, évêque de Cagliari, faite eu commun avec son frère Jacques, et dédiée au pape Pie VI, qui lui donna à celte occasion le titre de protonotaire apostolique. 2° Dizionario geografico dell' America méridionale, Venise, 1771, 2 vol. iii-t°. Ce dictionnaire, rédigé en partie d'après des matériaux iieui» et authentiques, est indispensable pour tous ceux qui s'occupent de la géographie de l'Amérique. 3° Aofo et Sigta in nummis cl lapidibus w-
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terum llomanorum explicala, etc. , qui n'ont reçu aucune annotation de Villoison, malgré l'assertion de l'auteur de 1 article Colclli, dans la Inédit, delà Biographie universelle. 4» Xutizie sloriche delta chiesa di San Piclro in sihis di Bagnacavatlo. J>° Spec\e$ facti, ctc;, ou défense de quelques droits de l'abbé de Isarveta contre l'évêque de 'J révise. 0° Leitera topra la inscrizione Demmundana in S. ilartino di cividale del Friuli. 7» Hispellalct Intcripliones emendala. 8" Epislola Academiœ Cartanensis, etc., ou critique de l'inscription d'un anonyme. 9° Memorie itioriche intorno al cavalier Cesare Hfrcotani. 40* Epislola de nova varii voce et officio ex inedila inscriptione Mavanate. IIe Jriclinium Opiterginum. Ce dernier opuscule est un petit poème latin sur un paxement antique découvert à Oderzo; il lut ensuite traduit en vers italiens par le savant Vénitien François Ncgri. J.-B. Coletti coopéra avec son frère Jean-Autoine à la collection des Vies des femmes illustres, dont il n'a paru qu'un volume. On conserve dans la famille Coletti les 10 tomes de ses corrections et augmentations à l'Jtalia sacra ; ce savant mourut à Venise en 1799. — Jacques Coi.etti entra de bonne heure dans la compagnie de Jésus. Il y vécut vingt et un ans, et se trouvait dans le collège de Padoue, avec Daniel Farlali (I), alin de terminer YItlirico sacro commencée par ce dernier, lorsque la suppression de son ordre le força de rentier dans sa famille. Il se consacra tout entier au ministère ecclésiastique, et il termina en même temps Vlltirico sacro, avec 3 volumes, et le Martyrologue illyrien, eu conservant par respect à l'ouvrage enti' f le nom du I'. Farlali, mort eu 1773, et dont il plaça la vie en tête du t. o. Jacques Coletti a imprimé en outre un opuscule des l'edagogi degli Antichi, et un autre de Situ Stridonis, patrie de St. Jérôme. Il a travaillé avec son frère Jean-Dominique à l'édition de l'ouvrage de Lueifero, cvèque de Cagliari, ainsi qu'on l'a déjà dit à l'article précédent. On lui doit encore les notes, jointes a la dissertation posthume du P. Farlati, de Arlis criticœ inscitia antiquilati objecta, et l'oraison funèbre de Barthélémy Zender, vicaire patriaical de l'église de St-Bartltéleuiy, ainsi que le Becueil des exemples édifiants, imprimé en langue illyrienne à Maearsea, par les soins de Joseph Paulovich Luaieh, chanoine et vicaire général de celle église. Jacques Coletti n'était point mort en 1812, comme on le dit dans la l"édit. de la Biographie universelle; mais comme il avait plus de quatre vingt-dix ans en 18*23, on doit croire qu'il n'existe plus aujourd'hui (I8J4), quoique nous ignorions la date piécisc de son décès.! — Jean- Antoine Coletti, frère des trois précédents, tout en consacrant une grande partie de son temps aux affaires et à l'imprimerie qu'il tenait do sa famille, trouva moyen de devenir très- habile dans les langues italienne, latine, precque et hébraïque, et de cultiver avec succès la poésie, ainsi (pi on le voit par les manuscrits qu'il a laissés. Il a traduit en
(l Xmmè pir erreur t-eruli dans U première Édition te II EitfUlphlt Miwirite
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langue italienne les oraisons funèbres du pape Clément XIII et de Jérôme Zuccato, chancelier de la république de Venise, que le docteur Dalle taste, qui avait été son niaitre pour les belles-lettres et d'autres travaux plus graves, avait composées en latin. J.-A. Coletti a travaillé au catalogue raisonné des histoires particulières des villes d'Italie, mais seul et non avec son frère. Nous avons vu qu'il avait commencé avec son Itère Jean-Dominique le recueil des Fie* des dames illustres. Il a publié une nouvelle édition avec de savantes notes de la Leitera di Bernardino Tomilano a Francesco Longo, tous deux littérateurs du 16* siècle. Dans la préface, il prend la défense de François Sansorino, qu'on avait à ce sujet accusé d'imposture. Knfin il a traduit en vers italiens les vers grecs de St. Grégoire de IS'azianze sur la charité. On ne doit pas omettre de faire remarquer que, par ses corrections typographiques, Coletti a donné un grand prix à l'édition de l'Iliade d'Homère, publiée, d'après un ancien manuscrit de Si- Marc, par Villoison, ainsi qu'à ses anecdotes grecques. Aussi le savant Français, qui fut pendant un an entier l'hôte de Coletti, le combla-t-il d'éloges à ce sujet. Après avoir joui toute sa vie de l'estime et de l'affection de tous les erudits qui fleurirent dans sou temps à Venise, Coletti mourut dans cette ville, en 1818. Mous devons les renseignements contenus sur les Coletti à M. l'abbé Andréa Collclti, qui parait on ne peut mieux informé, et qui pourrait bien être de la même famille, quoique l'orthographe de son nom offre une légère différence, qui provient peut-être d'une erreur de typographie. D— z— s.
COLEY (Hemii), ne à Oxford, en 1653, mort en 1090, était lils d'un tailleur, et destiné a l'eut de son père ; mais ayant eu l'occasion de connaître l'astronome Leilly, il quitta l'aiguille pour l'astrolabe, et s'adonna surtout aux rêveries de l'astrologie judiciaire. On a de lui : Clavis Astrologiœ climala, or a h i y lo tchole art of Astrology, etc., Londres, 1U75, in-8", seconde édition augmentée. C'est un traité complet des éléments de celte science fantastique. On y trouve l'art de dresser toutes sortes de thèmes, avec tles exemples de nativités calculées. L'auteur s'efforce d y faire concorder les principes de l'art génétliliaque avec les calculs de Itcgiumontanus, de Keppler et des Tables rudolphines. Z.
COLIGM ( Gaspard I"dk), d'une ancienne maison, qui tire son nom d'un bourg a château situé sur les confins de la Bresse et de la Franche-Comté. Jean de Coligni, son père, seigneur de Chatillon-sur-Loing, avait quitté la Bourgogne pour s'établir en France, où il possédait de grandi biens, et s'était acquis la réputation d'un capitaine habile, par le courage et la prudence dont il avait f.iit preuve en plusieurs occasions, notamment à Montlhéiï, où il combattit pour Louis XI contre le duc de Charolais, lils de son souverain. Gaspard accompagna Charles VI II à la malheureuse1 ex|Kklitmn de Naples, et Louis XII a la conquête du Milanai»; il Commandait un corps de troupes à la bataille rl'Ai-nadel, en 1o09, et un plus considérable a U
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bataille de Marignan. François I*r le créa maréchal de France, et lieutenant de Champagne et de Picardie. Il avait épousé, eu 1514, Louise, sreur du connétable de Montmorcnci , dont la protection contribua à son rapide avancement. En 1518, il prit possession de Tournay au nom du roi, et, en 1520, il assista à l'entrevue qui eut lieu entre François I" et Henri VIII, près de Guines , dans un lieu nommé depuis le Champ du drap d'or. Nommé lieutenant général de l'armée française en Espagne, il allait au secours de Fontarabie, assiégée par Charles-Quint, lorsqu'il tomba malade, et mourut à Aqs, le 24 août 1522, laissant trois enfants, Odet, cardinal de Châtillon; Gaspard, amiral deColigni; et François, connu sous le nom de Dandelot. Brantôme lui rend ce témoignage que « c'esloit un bon c et sage capitaine, du conseil duquel le roi s'est fort « servi tant qu'il a veseu, comme il avoit raison, « car il avoit bone teste et bon bras. « W— s.
COLIGNI (Odet de), cardinal de Châtillon, fils aîné du précédent, naquit en 1515, et fut fait cardinal en 1555 par Clément VIL qui consulta moins dans cette circonstance les véritables intérêts de l'Eglise que son désir de faire une chose agréable au roi. Nommé archevêque de Toulouse, ensuite évéque, comte de Bcauvais, il fut en outre pourvu de riches bénéfices ; mais on convient généralement qu'il en employait les revenus d'une manière trèshonorable. Brantôme dit o qu'il fesoit plaisir à tout « le monde, et jamais ne refusa homme à lui en faire, « et jamais ne les abusa ni vendit de la fumée de la « cour. » Non-seulement il aidait ses frères, l'amiral et Dandelot, à soutenir l'état de leurs maisons, mais encore il venait au secours des gentilshommes pauvres qui trouvaient au service de l'Etat plus d'honneur que de fortune. Il aidait aussi de son crédit et de sa bourse les jeunes gens qui s'adonnaient aux lettres. La lecture de quelques ouvrages de Calvin, mais surtout l'ascendant de Dandelot {voy. ce nom), commencèrent à ébranler la foi du cardinal ; des conférences qu'il eut ensuite avec les chefs de la réforme achevèrent de le déterminer pour leurs principes; mais il n'en lit une profession ouverte qu'à l'époque de la première guerre civile. Pie IV, informé de sa conduite, le raya de la liste des cardinaux : alors il ne garda plus de ménagements. Il épousa publiquement Elisabeth de Hautcville, qui fut présentée à la cour, où on la nommait indifféremment madame la cardinale ou madame la comtesse de Beaurais, dont son mari occupait le siège épiscopal ; il parut même avec elle en habit de cardinal à la cérémonie de la majorité de Charles IX. Cependant la paix ménagée entre les catholiques et les protestants n'était qu'apparente; les Guises ne cherchaient qu'un prétexte pour la rompre, et peutêtre Condé ne demandait-il pas mieux que de reprendre les armes. Les chef protestants pensèrent qu'il était de leur intérêt d'enlever le jeune roi à I l'iirfluence des Guises, et en conséquence de s'emparer de sa personne. Ils échouèrent dans leur dessein ; mais la guerre recommença par la bataille de Si-Denis (voy. Coudé et Montmokesci , à la-
quelle assista le cardinal. « Il y fit très-bien, dît « Brantôme, et montra au monde qu'un noble et > généreux cœur ne peut mentir ni faillir, en quel- « que lieu qu'il se trouve, ni en quelque habit qu'il « soit. » A la suite de cette journée, le cardinal, décrété de prise de corps, passa en Angleterre, où il fut accueilli par Elisabeth. Après la pacification de 1570, il revenait en France, lorsqu'il mourut à Hampton.le 14 février 1571, du poison que lui avait donné un de ses valets de chambre, lequel, arrêté peu de temps après à la Bochclle, y subit le dernier supplice. La veuve du cardinal de Châtillon réclama son douaire ; mais sa demande fut iv jetée par un arrêt du parlement de 1G02 . W— s.
COLIGNI (Gaspard II de), amiral de France, frère du précédent, naquit à Chàtillon-sur-Loing, le 16 février 1517. Après la mort de son père, le connétable de Montmorenci, son oncle, se chargea de veiller à son éducation. Il eut pour précepteur Nicolas Bérault, habile grammairien, qui sut démêler ses heureuses dispositions et en protiter. Il lit d'abord des progrès rapides dans les langues et dans la philosophie ; mais la crainte qu'il eut qu'on ne le forçât à embrasser l'état ecclésiastique, s'il réussissait trop bien dans ses études, les lui lit abandonner. En arrivant à la cour, il se lia avec le duc de Guise, l'un des cavaliers les plus accomplis qu'il y eût alors, et leur amitié devint si vive, qu'ils ne pouvaient rester l'un sans l'autre. La guerre avec l'Espagne s'étant rallumée en 1543, ils demandèrent a servir ensemble sous les ordres du duc d'Orléans, qui commandait en Flandre. Coligni fut blessé deux fois dans cette première campagne : au siège de Montmédy, d'une balle qui ne lui occasionna qu'une contusion assez légère, et à celui de Bains, d'un coup de feu dans la gorge : il était alors dans la tranchée, et quoiqu'il perdit beaucoup de sang, il s'opiniàtra à y rester, disant « qu'il sentait son mal mieux que personne, s L'année suivante, il se trouva à Cei isoles avec son frère Dandelot, cl le comte d'Enghien les arma chevaliers sur le champ de bataille même. 11 contribua puissamment à la prise de Carignan, qui devait entraîner celle du Milanais, et mérita, par sou courage et ses autres belles qualités, l'estime et l'affection des soldats. L'Empereur ayant essayé de faire une diversion en Champagne, le dauphin eut le commandement de l'armée qu'on lui opposa, et Coligni demanda à servir sous les ordres de ce prince. Au siège de Boulogne, que le maréchal de Biez ne put reprendre sur les Anglais, il commandait un régiment d'infanterie. Il profila de la paix momentanée conclue avec Henri VIII, pour établir dans ce corps une discipline sévère. Nommé colonel général de l'infanterie à la mort du seigneur de Tais, pour qui avait été créée celte charge importante, il s'appliqua à faire régner dans les bandes françaises un ordre et une subordination qu'on n'y connaissait pas auparavant, défendit le pillage, le meurtre, hors d'une défense légitime, et fit plusieurs règlements qui obtinrent la sanction du roi, et ont servi de base à l'ancien code militaire. Il accompagna Henri II en Lorraine dans le voyage qu'y fit ce prince en 1552;
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la même année, il succéda à d'Anncbaut «tons la place d'amiral, et tut nommé chevalier de St- Michel. En 1554, il servait en Flandre, et il eut part au sucrés delà bataille de Iteiily, dont le duc de Guise s'attribua tout l'honneur. Ce fut le sujet ou le prétexte rte la rupture qui éclala alors entre ers deux hommes, qui jusque-là s'étaient tendrement aimes. La France, épuisée d'hommes et d'argent, paraissait hors d'état de continuer la guerre avec avantage. Coligni lut chargé d'entamer une négociation avec l'Empereur, et il parvint à obtenir une trêve de cinq années, mais qui tut aussitôt rompue par suite des intrigues des Guises. Lnc armée espagnole commandée par Emmanuel-Philibert de Savoie entra en Picardie et vint mettre le suge devant St Quentin, où l'amiral s'était jeté à la hâte avec quelqms soldats déterminés. Le connétable de Monlmorcnci (voy. Montmorenci ) marche à son secours, tuais il est battu; et, après avoir perdu ses meilleurs officiers, tombe au pouvoir de l'ennemi. La place est enlevée d'assaut, et l'amiral, conduit prisonnier au lort de l'Écluse, n'en sortit qu'après avoir pavé une rançon de 50,000 écus. Déjà, avec le consentement du roi, il s'était démis de sa place de colonel général en faveur de Dandelot; lassé des intrigues île la cour, il résigna successivement ses autres charges, et, retiré dans ses terres, il chercha la paix dans sa famille. Dandelot, avec qui il avait eu plusieurs conversations secrètes au sujet de la religion, l'avait engagé à lire les livres qui en contiennent les principes. Ces lectures l'amenèrent insensiblement à partager les opinions des prolestants; mais il ne voulut point en faire profession ouverte, dans la crainte des maux qui pouvaient en résulter pour sa famille. Dés re moment sa conduite lut encore [dus réservée; il employait plusieurs heures chaque jour à des exercices de piété. Les premiers édils rendus contre les protestants l'affligèrent d'autant plus qu'il en prévit les suites, et ce fut pour les détourner, autant qu'il était en lui, qu'il chercha à établir des colonies de réformés, l'une au Brésil en 1557, que la division des chefs empêcha de se soutenir ( wy. VlLLEGAGNON), et l'autre dans la Floride, qui fut ruinée par les Espagnols. Cependant les édits contre les novateurs se renouvelaient et prenaient un caractère alarmant. Coligni ne crut pas pouvoir refuser plus longtemps l'appui de son nom aux malheureux qui le réclamaient, et il se chargea de remettre au roi lui-même un mémoire pour obtenir aux protestants le libre exercice de leur culte. Le résultat de celle démarche tôt la convocation des états à Orléans, d'où ils furent transportés à Ponloise On n'y prit aucune mesure pour soulager le royaume endetté de 42 millions, ni pour contenir l'ambition des Guises. L'éJit de 1502 sembla devoir rendre à la France la tranquillité ; mais le meurtre de quelques protestants à Vassy. par les gens du duc de Guise, réveille leurs craintes, ils courent aux armes, et s'empirent d'Orléans, Le prince de Condé est nommé leur généralissime, et Coligni son lieutenant général. Le duc de Guise marche au-devant des protestants, les reucontre à
Dreux et les défait. Coligni recueille les débris de son armée, et asMire sa retraite en Normand e, cù il s'empare de plusieurs places toiles. Cependant ici duc de Guise, poursuivant sa victoire, vient assiéger Orléans ( 1507 ) ; au moment de donner I assaut à celte ville, il est assassiné dans son camp d'un coup de pistolet. ( Voy, PoLTROT. ) On accusa Coligni d'avoir conseillé ce crime; il s'en justilia mal ; mais la connaissance qu'on a de son caractère semble repousser cette odieuse imputation. La mort du duc de Guise fut suivi d'un nouvel édii de pacification. Coligni licencia ses soldats, et se relira une seconde lois à Chalillon. Pendant ce temps-là, Catherine de Medieis, dont la politique consistait à opposer les Guises aux Uourbons, les protestants aux catholiques, pour les aliaibl.r les uns par les autres, cl régner ensuite sous le nom de son lils, se rendit avec Charles IX à Rayonne, où elle eut une entrevue avec le duc d'Albe. Lorsqu'elle se fut assurée des dispositions de l'Espagne, clic lit des levées de troupes qui inquiétèrent les protestants et les forcèrent â se tenir sur leurs gardes. Lorsqu'ils virent que la cour pensait à reprendre avec eux une altitude menaçante, ils voulurent la prévenir. Pour ne pas mériter le nom de sujets rebelles, et pour prévenir l'effet des conseils des Guises sur l'esprit du jeune roi, ils résolurent de l'enlever pendant qu'il était à Mcaux. Ce projet échoua, mais les protestants ne pouvaient plus reculer. La bataille de St-Denis ( 1507) fut sanglante et pourtant indécise. La reine, qui attendait de nouveaux renforts, fait parler de paix aux chefs du parti ; elle essaye d'attirer à Paris le prince «le Condé et Coligni, sous l'appât des promesses les plus séduisantes ; mais ils s'y relusent, et, après une trêve de six mois, la guerre recommence avec plus d'animosité de part et d'autre. Le duc d'Anjou ( depuis Henri III) commandait l'armée royale : après différents combats où les avantages furent balances, vint la bataille de Jarnac, où le prince de Coude fut tué. Coligni se retire à Cognac, où il est joint par Jeanne «l'Albrct, qui lui amène Henri de Bourbon, son lils, lequel esl reconnu pour généralissime. Il marche ensuite sur Cliâlclleraul, dont il s'empare, et vient mettre le siège devant Poitiers, défendu par le jeune duc de Guise. Forcé de renoncer a prendre cette place, il est défait à Moncontour par le duc d'Anjou ; mais ce prince ne profita pas de cette victoire, et laissa à Coligni le temps de recevoir les secours qu'il attendait d'Allemagne. Comme on vit les protestants, qu'on croyait écrases, disposés à entrer de nouveau en campagne, la cour parla encore de paix, et on conclut un troisième traité à Sl-Gcrmain (août 1570 ). Les conditions en étaient si avantageuses aux protestants, que les chefs en conçurent quelques soupçons. Pour dissiper leurs inquiétudes, on négocia le mariage de Henri de Bourbon avec Marguerite, s<rur du roi, et on parla de confier à Coligni le commandement d'une armée qui devait entrer en Flandre. Rassuré par cette offre. Coligni vint à Paris, où il reçut de la reine mère et du roi un accueil plus flatteur qu'il ne devait l'espérer. «Je a vous tiens, lui dit le roi, et vous ne nous quitterez
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• pas quand vous voudrez ; » puis il a jouta : « Voici « le jour le plus lieurcux de ma vie. » Toutes ces marques d'afiection ne furent pas prises de la même manière par les intéressés. In gentilhomme attaché à l'amiral lui demandant son congé : « Pourquoi donc? « dit Coligni. — Parce qu'on vous fait trop de ca- « resses. » Cependant les fêtes du mariage de Henri avaient commencé. Le jour de la cérémonie, protestants et catholiques l'étaient rendus a la cathédrale. En voyant les drapeaux pris sur lui a Jarnac et à Monrontour, Coligni avait «lit : « Bientôt ils seront « remplacés par d'autres plus agréables à des yeux « fiançais.» Il était occupé des pre|«ratifs pour la guerre de Flandre, et chaque jour il en allait conférer avec le roi. Comme il sortait du conseil, un homme aposté par les Guises lui tira par une fenêtre un coup d'arquebuse qui lui perça le bras gauche cl lui enleva l'index de la nain droite. Le roi vint dans l après-midi visiter Coligni, lui témoigna la plus grande peine de cet événement, et jura que le coupable serait puni. Cependant les amis de Coligni, effrayés, voulaient le transporter à sa campagne; niais il n'y consentit point, disant qu'il en serait ce qu'il plairait à Dieu, puisqu'il était resigné à sa volonté. La nuit du 25 au 24 août, jour de St-Barthélemy (roy Catherine de MËmcis, Ciuri.es IX, Guise, Tav amenés et RlTS), la porte de la maison de Coligni, rue de Bélhizy (dans la portion qui fait aujourd'hui partie de la rue des Fossés-Sl-Germainl'Auxerrois ), est enfoncée, les gardes qu'on lui avait donnés sont égorgés, et un bohémien, nommé Bême, monte à sa chambre. ( Voy. Bèue I L'amiral, qui s'était levé au bruit, la lui ouvre, a Est-ce toi qui es
• Coligni? lui demande l'assassin. — C'est moi-même, a répondit-il tranquillement ; jeune homme, respecte « mes cheveux blancs. » Pour toute réponse, Bême lui donna un coup d'épée sur la tête, et, après l'avoir terrassé, le traîna par les pieds vers la fenêtre, et le jeta daus la cour, où était le duc de Guise qui avait voulu présider à cet horrible assassinat. Il eut l'intamie de frapper du pied le corps de l'amiral expirant, et de le livrer à la populace, qui le mit eu pièces. On a porté à plusieurs milliers le nombre des Français qui furent égorgés par suite de cette journée ; et heureusement encore le roi ne trouva pas dans tous les officiera des ministres de ses vengeances. ( Voy. Hënmiter et JaIMUJV.) Les restes du malheureux Coligni lurent pendus au gibet de Montlaucon, où Charles IX alla le voir, répétant, dit-on, le mot de Vitcllitis, « qu'un ennemi mort « n'a rien d'horrible et ne sent pas mauvais. » Quelques-uns des serviteurs de Coligni enlevèrent ses restes, au péril de leur vie, et les déposèrent daus le tombeau de sa hittllle, a Châlillou. fcin 1786, ils furent transportés a Mauperluis, dotit le propriétaire fit élever un monument à la mémoire de l'amiral. Les papiers laissés par Coligni Curent saisis et portés à la reine mère, qui les lit lire en présence de plusieurs personnes. Fntre autres avis qu'il donnait au roi, était celui de ne laisser à ses frères ni trop de biens, ni trop de pouvoir. La reine, qui savait que le ducd'Alençon regrettait l'amiral, dit à
ce prince : « Voilà nn bel ami qui vous était si cher a et en si bonne estime.— Je ae sais, répondit lo a duc, s'il a été bien mon ami, mais, par ce couseil, il « montra clairement qu'il était celui du roi.» La reine, cherchant à détruire l'effet que l'assassinat de Coligni pouvait causer en Angleterre, dit à l'ambassadeur que l'amiral avait toujours engagé le roi à se délier de celte cour. « 11 est vrai, reprit l'ambas- « sadeur, qu'il était mauvais Anglais, mais très-bon a Français. » Coligni était naturellement grave . sa sévérité le faisait rraindre et respecter du soldat, sa douceur et sa bienveillance l'en faisaient aimer. Intrépide dans le danger, officier de la plus grande valeur, mais général malheureux, il réparait par son habileté ce qui semblait irréparable, et se montrait plus dangereux après une défaite que ses ennemis après une victoire. 11 parlait et écrivait avec pureté. On conserve à la bibliothèque royale ses lettres et ses négociations ; différentes autres pièces de lui sont insérées daus le recueil connu sous le nom de Métnoiret de Condé, et sa relation du siège de St- Quentin a été imprimée plusieurs fois. On peut con» sulter sur cet homme célèbre : 1° sa vie en latin par Jean de Serres, 1575, in-8", L trecht, 1044, in-12. traduite en français, Amsterdam, 1645, in-4°, bonne édition; Leyde,Elzévir, 1645, in- ni, moins complète que la précédente. L'édition de Leyde a été copiée sous le titre de Mémoires de Coligni, Paris, 1665, in-12. Dans toutes on trouve le Discours sur ce qui s'est passé au siège de St-Quentin. 2° Discours sur l'amiral de Chàiillon, par Brantôme, t. 8, édition de 1740. 5" Vu de l'amiral de Coligni ( par Sandras de Courtilz), Cologne (Amsterdam), 1686, 1601, in-12, ouvrage p:ein de fables ridicules. 4* La Vit de Coligni, par Pérault, et formant les 1. 15 et 16 de ses r te* des Hommes illustres de France, etc. ( Voy. Bol'ciiet.) 4" fcufin mie Fie militaire de Coligni, par le marquis de Paulmy, et insérée dans ses Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, Paris, 1770- 68, 60 vol. in-8*. Cbantelouve et d'Arnaud- Baculard ont fait chacun une tragédie sur la mort de Coligni. ( Voy. CiiA.vTEi.oL VK et Aruand.) W— s.
COLIGM ( François de), fils de l'amiral, né le 28 avril 1557 échappé au massacre de la Sl-Barthélemy se réfugia d'abord à Genève, et ensuite à Baie, où il séjourna deux ans. Il rentra alors en France, et se joignit aux mécontents, déjà maîtres d'une partie du Languedoc, et ayant à leur tête le duc d'Alençon. A la paix qui suivit, les protestants obtinrent la confirmation des édits qui leur accordaient le libre exercice de leur culte dans le royaume ; la mémoire de l'amiral de Coligni fut réhabilitée, et son lils mis en possession de ses biens. Au bout de linéiques mois, les troubles recommencèrent, et les protestants reprirent tes armes. Coligni retourna en Languedoc, et força le duc de Bellegarde a lever le siège de Montpellier (4577). D'autres avantages obtenus par les protestants déterminèrent Henri 111 a leur proposer un nouveau traité sur les mêmes bases que les précédents. Pendant les guerres de la ligue, Coligni resta fidèle a Henri IV, qui le récompensa par le gouvernement du Itouergue, et
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la place de colonel général de l'infanterie, que son père et son oncle avaient remplie. A son avènement, en 1589, Henri IV le nomma amiral de Guienne; il mourut en 4591. Il avait épousé, en 1581, la fille de Charles d'Ailly, seigneur de Ségneville.— Henri, son fils, qui lui succéda dans la place d'amiral de Guienne, fut tué d'un coup de mousquet au siège d'Ostende, le 1 0 septembre 1601, à I âge de 20 ans. W— s.
COLIGN1 (François de). Voyez Dandelot.
COLIGNI (Gaspard III), lils de François, amiral de Guienne, né le -26 juillet 1584, fit ses premières armes en Hollanile, contre les Espagnols. Nommé colonel général de l'infanterie, place qui semblait héréditaire dans sa famille, il montra beaucoup de zélé pour le maintien de la discipline. En 1622, il fut fait maréclial, pour avoir remis Aigues- Mortes au pouvoir du roi. En 1630, il assiégea Montmélian sur la frontière de Savoie ; en 1635, de concert avec le maréchal de Brezé, il gagna la lataille d'Avein, sur les Espagnols commandés par le prince Thomas de Savoie; l'année suivante, il leur reprit Corbie; en 1658, il continua à commauder en Flandre, assiégea Sl-Omer, mais ne parvint pas à s'en emparer. En 1639, il passa en Piémont, y obtint différents succès ; revint en Flandre, et eut la plus grande part à la prise d'Arras, qui fut vaillamment défendu. Moins heureux en 1641, il fut battu à la Marfée par le comte de Soissons, qui paya la victoire de sa vie. Coligni se retira du service, et mourut le 4 janvier 4646. W— s.
COLIGNI ( Gaspard IV ), fils du précédent, duc de Cbâlillon, lieutenant général des armées du roi, abjura le calvinisme, et mourut le 8 février 1639, à Si ans. d'une blessure qu'il avait reçue a l'attaque de Charenton; il laissa enceinte son épouse, Angélique de Montmorenci, qui accoucha d'un fils, mort à l'âge de 17 ans, et en qui finit la postérité de l'amiral de Coligni. — Jean de Coligni, de la branche deSéligni, gouverneur d'Autun, et lieutenantgénéral, embrassa le parti du prince de Condé, dans les guerres de la fronde. Lorsque le prince fit sa paix avec la cour, il ne se rappela pas les services de Coligni, qui fut oublié pendant plusieurs années. On lui confia cependant le commandement des troupes envoyées en 1664 au secours de l'Empereur attaqué par les Turcs. Forcé de quitter momentanément l'armée, il fut remplacé par le duc de la Feuillade, qui gagna la bataille de St-Gothard. Coligni rendit néanmoins d'autres services à l'Empereur, qui le récompensa par le don de son portrait. Il mourut le 16 avril 1686. Jean de Coligni a laissé des mémoires manuscrits dont on ne parle pas dans la Bibliothèque hiilorique de la France. Il ne s'y montre ni aussi fidèle ni aussi dévoué au grand Condé qu'on pourrait le croire, d'après le témoignage de Voltaire. Ces mémoires de Coligni, écrits et signés de sa main, sont sur les marges d'un missel dont le célèbre Mirabeau avait fait l'acquisition. W — s.
COLIGNI (Henriette). Voyez Sczb.
COLIGNON (François), graveur, naquit a Nancy vers 1621. Callot fut son maître et son modelé. Le$ facétieuses Inventions d'amour furent un I
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de ses premiers ouvrages ; l'accaeil favorable que celte suite de gravures reçut du public engagea Colignon à s'exercer encore dans le même genre. Les ouvrages de la Belle et de Sylvestre furent aussi l'objet de son émulation. Il fit le voyage de Rome en 1640; plein d'ardeur et d'amour pour son art, il partagea son temps, pendant le long séjour qu'il fit dans cette ville, entre le travail et le commerce des estampes. Colignon a gravé avec un égal succès le paysage, l'histoire, les vues et les tableaux de genre. Les vues qu'il a gravées d'après les dessins d'Etienne la Belle et de Callot sont les plus recherchées : plusieurs même de ces vues sont aujourd'hui d'autant plus curieuses pour l'artiste qui aime à suivre dans ses différentes révolutions l'histoire des monuments et des grands édifices publics, que la plupart de ces monuments ou de ces grands édifices ont reçu de chaque siècle, depuis celui qui les vit élever, tant de modifications, qu'ils conservent à peine de nos jours quelque trace de leur physionomie primitive ; c'est ainsi que les Bâtiments de Rome tous le pontificat de Sixte- Quint, gravés par Colignon, sont |»our tous les Romains d'aujourd'hui, et pour tous les amis des arts, des objets de comparaison trésintéressants. La Vue de Florence, gravée de même par Colignon, porte avec elle le même genre d'intérêt : on peut en dire autant de la Ville de Malte arec sa anciennes fortifications. Colignon méconnut le genre de son talent quand il grava, d'après Raphaël, Attila mis en fuite : cet ouvrage était au-dessus de ses forces, et nullement dans son caractère de gravure : il fut mieux inspiré dans la composition des jolis paysages qu'il grava d'après ses propres dessins; la touche en est facile et légère. 11 a encore gravé, d'après Louis Valesio, des principes de dessin, qui forment un cahier composé de dix-neuf feuilles in-4°. Colignon mourut en 1671, laissant un œuvre considérable et estimé. A — s.
COLIGNON (Charles), médecin anglais, fils de Paul Colignon, de Hesse-Cassel, naquit à Londres en 1725, fut professeur d'anatomie et de médecine à Cambridge, et mourut en 1785. On a de lui plusieurs écrits relatifs à sa profession, des fragments de morale et des poésies fort médiocres, recueillies en 1786, en 1 vol. in-4\ sous le titre d'ÛEuvres mêlées. Les principales productions qui composent ce recueil sont : 1° Recherches sur la structure du corps humain, relativement à son influence sur les mœurs des hommes; 2» Dialogue de morale et de médecine ; 3° Medicina politica, ou Réflexions sur l'art de la médecine comme inséparablement liée à la prospérité des Étals. X — s.
COLIN (Jacqces), né a Auxerre, était lecteur et secrétaire du roi François I*'. Ce prince, qui l'aimait beaucoup, le pourvut de plusieurs bénéfices considérables, et notamment de l'abbaye de Sl-Ambroise de Bourges. Il se servit de la faveur dont il jouissait pour être utile aux personnes qui cultivaient les lettres. Ainsi on ne doit pas s'étonner que les poètes contemporains lui aient donné de grands éloges. Quelques indiscrétions qu'il se permit causèrent sa disgrâce ; il perdit sa place auprès du roi,
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(juitta la cour, et mourut vers 1517, suivant les continuateurs de Moréri. Culin composait des vers en latin et en français; il a traduit d'Homère , en vers français, la Description des armes d'Achille; et d'Ovide, le Procez d'Ajax et d'Ulysse pour ses armes, Lyon, 1547, in-16; réimprimé dans un recueil de vers de différents auteurs, Lyon, 1549, in-16. On trouve dans cette seconde édition une Epitre à une dame sur ses infidélités, et un Dialogue entre Vénus et l'Amour par Colin. Celte petite pièce est fort ingénieuse. L'abbé Goujet l'a réimprimée dans le t. 2, p. 403, de sa Bibliothèque française. On lui attribue encore une traduction du Courtisan de Balth. Casliglione, de laquelle il parut une seconde édition, Lyon, 4558, in-8*. Quelques critiques ont conclu de ce que Mélin de St-Gelais avait pris soin de celte édition, que Colin ne vivait plus à cette époque: mais c'est fort mal raisonner. Mélin de Sl-Gelais, ami de Colin, a très-bien pu, du vivant de l'auteur, lui rendre le service de revoir une édition qui ne s'imprimait pas sous ses yeux. On trouvera quelques anecdotes sur Colin dans le Menagiana, et dans les notes de la Monnoie sur les contes de Desperriers. g W— s.
COLIN (Jeak), licencié es-lois, bailli du comté de Beautort, vivait vers le milieu du 16* siècle. Il est le premier qui ait donné une traduction française de l'histoire d'Hérodien, Paris, 1541 ; Lyon, 1546, in-10 Comme il se servit, pour faire cette traduction, de la version latine d'Ange Politien, il est probable qu'il ne savait pas le grec. Il a cependant traduit l'opuscule de Plutarquc, de l'Éducation et Nnurrilure des enfunts, Paris, sans date, in-8*; et son traité de la Tranquillité desprit. Paris, 1558; mais il est probable qu'il eut recours aux versions latines qu'on avait déjà de ces deux traités. On a encore de lui la traduction du livre de l'Amitié, de Cicéron, Paris, 1537 et 1512, in-8»; des trois livres des Lois, et du Songe de Scipion, du même auteur, Paris, 1511, in-8°; et enfin l'/n/roduclion d ta vraie sapienee, trad. du latin de Loys Vives, 1548, in-8°. La Croix du Maine et Duverdier sont les seuls bibliographes français qui aient parlé de Colin. (Biblioth. franç.) Il ne méritait cependant point cet oubli, à raison de l'utilité dont ses traductions ont été dans un temps où il n'en existait pas de meilleures. W — s.
COLIN (Philibert), né en 1507, à Chailly en Auxois, était avocat à Dijon, et fut conseiller au parlement de cette ville pendant trente-quatre ans. Il forma dans sa vieillesse un recueil en 4 livres, qu'il intitula Senilia, et dont il adressa une copie à Cl. Mignault, son compatriote, professeur à l'université de Paris, en le priant de le publier. Mignault ne trouva personne qui voulût s'en charger, et on ignore ce que ce recueil est devenu. Les seuls ouvrages qu'on ait de Colin sont : 1° Paradoxon de morosophia et sapienle stullilia, Dijon, in-4°. On trouve à la suite des plaintes sur la mort de Bercy de Bellemont. 2» De Majuma Festivitate, quœ fit maio mente in duros mari ton qui rf/rralo trucique onïmo uxoribus plaças infigunl, Dijon, 1571 ^57^
in~4°. Ce poème, devenu très-rare, est relatif à la coutume qui existait dans plusieurs provinces de France de placer sur un âne, le 1er mai, les maris connus pour avoir battu leurs femmes pendant l'année, et de les promener ainsi au milieu dea huées générales. W— s.
COLIN (Antoim-I, apothicaire à Lyon, publia, en 1612, un ouvrage dont la 2" édition est de 1619, sous le titre d'Histoire des drogues, épiceries, et de certains médicaments simples qui naissent ès Indes et en l'Amérique, divisée en 2 parties, Lyon, 1 vol. in-8». Ce n'est autre chose que la traduction française d'une des parties du traité des Plantes exotiques de Lécluse, qui ne sont même encore que la traduction latine, laite sur l'espagnol et le portugais, des ouvrages d'Acosta, de Monardes, de Garcias ab Oi ta, et d'un de Prosper Alpin ; en sorte que ce livre n'était qu'une compilation, et a été d'un médiocre intérêt, même dans le temps où il parut. 11 y a un assez grand nombre de figures gravées sur bois ; mais elles sont copiées de celles des auteurs traduits, et généralement mauvaises. D— P — s.
COLIN (Alexandre), célèbre statuaire, né en 1520 à Malines, (ut appelé à Inspruck par l'empereur Ferdinand l*r pour achever le mausolée que ce prince laisait ériger en l'honneur de l'empereur Maximilien 1", son aïeul. Le monument devait être orné de vingt-quatre tables de marbre. Les frères Abel de Cologne en avaient déjà fait quatre, et dans IV — pace de trois ans Colin acheva les vingt autres. Le monument lut terminé en 1566; on le voit par la légende suivante qu'on lit sur le revers : Alex. Colinus, Mechliniensis, sculpsil anno MDLXVI. Coati s'étant établi à Inspruck, l'Empereur et son fils, l'archiduc Ferdinand, souverain du Tyrol, le nommèrent leur statuaire. Outre les grands ouvrages dont il a orné la ville d'Inspruck, il exécuta, en 1577, les décorations pour le monument octogone que l'Empereur faisait élever sur une fontaine à Vienne. Cet artiste mourut le 17 août 1612. Son tombeau, que l'on voit encore à Inspruck, est orné d'un mausolée en marbre. 11 lui fut probablement érigé par son lils Adam, qui lui succéda dans son art, mais qui n'a point hérité de sa réputation. Voici les œuvres du père : 1* la plus importante est le mausolée qui s'élè\e majestueusement au milieu de l'église de la cour à Inspruck. L'empereur Maximilien en avait, à ce que l'on croit, donné lui-même le dessin. C'est un carré oblong, entouré de vingt-huit statues en bronze qui représentent les plus célèbres béros du moyen âge. Le prince, revêtu des habillements impériaux, est à genoux sur le couvercle du mausolée. Les quatre murs du carré sont couverts de vingtquatre tables en marbre, sur lesquelles le statuaire a exposé les grands événements de la vie de Maximilien et ses principaux exploits, ses mariages, batailles, alliances, sièges, etc. Les connaisseurs louent cette grande composition, dont tous les détails sont parfaitement soignés. Il parait qu'en travaillant aux bas-reliefs Colin avait pris pour modèle la porte de triomphe de Maximilien faite par le célèbre Albert Durer. 2« La seconde œuvre de Colin est le niauso-
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lée qu'il érigea en l'honneur de l'archiduc Ferdinand. Ce monument, formant une vortte pratiquée dans la muraille de l'église, est en marbre noir. L'archiduc, de grandeur naturelle, est couché, levant les mains vers le ciel. Il est entouré de vingt-six tables, qui représentent les armes «les Etals que l'Autriche possédait alors en Allemagne et en Espagne. Sur une loble de marbre sont inscrits les exploits du prince. Il y est dit que, sous son père Ferdinand, et sous son frère Maximilien II, il avait commandé les armées de l'Empire contre les Turcs, qu'il allait se mettre pour la troisième fois à la tète de l'année et marcher contre le sultan Amuralh, lorsqu'une maladie violente l'avait, en 1595, surpris et conduit au tombeau. Quatre autres tables de marbr blanc représentent le prince dans quaire eirconsiances remarquables de sa vie. Dans la première, on le voit très-jeune commandant un corps d'année a la bataille de Muhlberg, où Jean-Frédéric électeur de Saxe, fut fait prisonnier par Charles-Quint. Dans la seconde, Ferdinand est présenté par son père aux états de la Itohême dont il était nommé gouverneur. Les deux dernières tables le représentent dans deux moments décisifs de la guerre contre les Turcs. 3" La troisième «ruvre de Colin est le mau.-olée qu'il a érigé dans la chapelle d'argent de l'église de la cour à luspruck en l'honneur de la princesse Philippine, première épouse de l'archiduc Ferdinand, morte le 21 avril 1580. Le prince y lit meitrc celte courte inscription : Ferdinand à sa chère épouse Philippine. 4* La quatrième œuvre est le monument de l'orque Jean [Vas de grandeur naturelle, en marbre blanc. Nas, né de parents pauvres, reçu d'abord comme frère ronvers chez les franciscains de Munich, s'éleva, par ses propres moyens, jusqu'à la place de premier minisire de l'archiduc Ferdinand, qui, après la mort de Nas, lui lit ériger ce tombeau que l'on voit encore aujourd'hui dans l'église «les jésuites à Insprm k. Cette >ille possède irois autres monuments de noire célèbre artiste. Le dernier est celui qui fut érigé en son honneur et dont il avait donné le dessin. On voit stir sa tombe Lazare ressuscité par Jésus Christ. Pouvait-il choisir un sujet plus touchant et plus simple? Comme Albert Durer, Culin dut tout à lui-même et à son fn nie. Quand il avait un sujet a exécuter, il s'essayait d'abord sur la cire, ensuite sur le bois, puis il peignait a l'huile; et, quand il se croyait b:en maître de son sujet, il se niellait à travailler sur le marbre. Ses monuments renferment plusieurs parties en mosaïque d'une grande perfection, et «pie l'on compare a ce que les Médicis lirent exécuter de plus beau a la mémo é|ioque à Florence. R— g.
COLIN (l'ablté Hyacinthe), trésorier et vicaire perfiéiucl de l'église de Paris, mort dans cette ville en 1754, remporta, de 1705 à 17 17, trois prix déloqoence à l'Académie française; mais l'ouvrage qui lui fait le plus d'honneur est une traduction du traité de l'Orateur, de Cicérun. qui joint au mérita de la liildilé celui d'être écrite d'un style pur et agréable. La préface est elle-même, sinon une rhétorique complète, du moins une bonne introduction
à la lecture de l'ouvrage de Cicéron. Les notes placées à la lin de chaque chapitre contiennent des explications, les unes grammaticales, les autres purement littéraires, qui prouvent l'érudil ion et le goût du traducteur. Sa tradticlion, imprimée pour la première fois à Paris en 1757, in-12, a eu plusieurs éditions On trouve à la suite les trois discours académiques de l'abbé Colin. On lui attribue encore une Fie de mada-ne de Lumague, veuve Polaillon, fondatrice de l'hôpital de la Providence, avec les pieces justificatives, Pairs. 1741, in-12, et quelques opuscules, entre autres, une lettre conire un livre intitulé Curiosités de Nohe-Damc de Paris, imprimée dans le Journal de Verdun de décembre 1557, p. 453-442. W — S, COLIN. Foyrs ColiîN.
COLIN ES (Simon de), célèbre imprimeur français du 16* siècle, naquit à Gentilly prés de Paris, ou, suivant d'autres, à l ont-à-Colines, près de Montreuil en Picardie, d'où l'on suppose qu'il a tiré son nom. La Caille dit qu'il exerça son art à Mcaux; mais ce fait est très-douteux, puisqu'on n'est pas encore parvenu à découvrir un seul ouvrage sorti de ses presses dans celte ville. Il est plus probable qu'il travailla d'abord chez Henri Eslienne. le chef de cette illustre famille d'imprimeurs, et qu'après qu'il eut donné des preuves de sa capacité, Henri se l'associa. Chtvillier [Origine de t'imprim. de Paris ) cite une édilion de Clichlovc, de 1519. qui porte leurs noms réunis. Henri Estienne étant mort l'année suivante, Colines épousa sa veuve, dont il eut une lille, mariée à Guillaume Ctaudiére. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, il publia un grand nombre d'éditions, remarquables, pour la plupart, par la coneclion du texte, la branlé du papier et I élégance des caractères. 11 se servit pendant quelque temps de ceux qu'avaient laissés Henri Estienne. et dont la forme approche des caractères dils goiliiques ; mais dans la suite il en lit fondre de romains, beauroiif plus beaux que tous ceux que l'on con- ! naissait, et d'italiques, que Maillaire juge supérieurs même à ceux d'Aide. ( F»<y. M \MCt.) Colines n'a donné que très- peu d'éditions grecques. Maittaireen cite quatre La [dus rare et la plus belle est celle du Nouveau TvManient, de 1554. On lui reproche cependant d'avoir altéré le tevlc dans quelques endioits. et d'avoir omis en entier le passage fameux de lai™ Epilre de St. Jean, chnp. v, vers 7 : Quoniam lr« rWMi qui testimonium dtint in cœ!o, etc. Colines éli t très-versé dans les langues anciennes, et il reçut deà marques d'estime de plusieurs savants, tant fiançais qu'étrangers. On conserve une lettre de Sépulveda qui lui est très-honorable. La date de ses dernières éditions est de 1556, et il mourut sans doute cette même année ou la suivante; cependant en ne connaît point d'ouvra.'c souscrit par ses héritiers avant 1550. Maitiairc a publié la vie de Colines dans h- 1" volume de ses Yitce typngraphorum inter Paririmtr*. et le catalogue chronologique de ses éditions, qui avait déjà été donné pur H. CalJerioS, Paris, 1518, in-S". Sa devise était : Ftcui tola acicm retondit islam, et sa marque une ligure de
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Saturne ou du Temps ; mais il ne Ta pas toujours i employée. W — s.
CoLINL Voyez Çollim.
COLINS (Pibriie'de), chevalier, seigneur d'Hcctveld, d'une noble et ancienne maison de Flamlre, Xiaqr.il au château de Ter-Mceren, en 15(10. Il servit avec distinction dans les guerres île Flandre, sous le duc de Farine, et se signala surtout aux sièges de Tournai, if Oudenarde, de Meninet de INinove. Il quitta le service à trente ans, et se retira à Enghien, pour ne s'occuper que de la culture 'des lettre*. Il a laissé une Histoire des choses les plus mémorables advenues en l'Europe depuis l'an 1 130 .?"•',"' "' noire siicle, etc., Mons, 1034, in-4°; Tournai. 1618. in-4°; livre estimé autrefois, à cause des généalogies des maisons d'Iinghien, de Luxembourg et de bourbon ; mais depuis elles ont été mieux établies. L'auteur n'est pas lort exact pour les faits anciens ; mais on trouve dans son livre des particularités sur les événements qui se passèrent de son temps. Pierre de Colin* est mort à Enghien, le 3 décembre 1646.— Son arrière-pctit-lils, le comte DE CoLt>s-MoaTAC.\E, chevalier d'honneur de madame la dauphinc (Charlotte de lia vicie) et capitaine en second des gendarmes de bourgogne, mourut en 1720, avec la réputation d'un des courtisans les plus aimables de la cour de Louis XIV. Il avait épousé Charlotte de Ivohan, fille du prince de Gueméné- Monibazon. Sr— t.
COLLADO (Louis,) médecin qui vivait dans le 46' siècle. Il étudia et prit des grades dans l'université de Valence, et il cultiva l'anatomie, tandis que Valcsio, comme praticien, jouirait de la plus grande faveur & Madrid. Sa haute réputation dans cette science le lit appeler en celle ville, où il devait être membre du conseil de santé du roi; mais l'esprit d'indépendance, si ordinaire chez ceux qui cultivent les sciences et les lettres, le détermina à ne point changer sa liberté pour l'esclavage; il préféra une vie tranquille au sein de l'académie, aux jouissances de la cour. Les ouvrages sortis de sa plume sont : 1" in GnUni librum de osiibus L'ommentarius, Valence, 1555, in-K*. Il s'y dit être le premier qui ait découvert rétrier dans la caisse du tympan. 2" Ex Jiip\>ocratis et Galeni monumenlis Isagoge ad faciendam medicinam. ibid.. 1561, in 8'. V De Indicationibut liber unus, ibid., 1572, in-8". P — H — L
COLLADO (Didace), dominicain espagnol, né à Mezzadas en Eslramadnrc, partit comme missionnaire |iour le Japon en 161'J. Malgré la persécution que les eh retiens souillaient dans cet empire, il y donna des preuves de son zèle et de sa charité. Envoyé par les religieux du Japon à Home en 1025, pour solliciter du souverain |>onlife une plus grande elendue de pouvoirs, sa demande lui fui accordée après quelques années de séjour dans celte ville. Muni du bref d'Lrbain VIII. qui donnait aux religieux de tous les ordres la faculté de prêcher la foi à la Chine, au Japon, et dans toutes les contrées de l'Orient , sans avoir besoin de s'adresser socialement à leurs supérieurs pur chaque pnys, il alla s'embarquer eo Espagne, où le roi lui donna des
lettres patentes pour les Philippines. Arrivé en 1055 avec vingl-quaira missionnaires de son ordre, il eut quelques difficultés avec le gouverneur. Il venait cependant de se conlormer à ce que celui-ci exigeait, lorsqu'il fut rappelé en Espagne. Il s'embarqua à la Nouvellc-Ségovie pour aller à Manille; mais le vaisseau qui le portail essuya une tempête affreuse. Cnliado, qui savait très-bien nager, eut pu se auver; mais le désir de donner les derniers secours spirituels à ses compagnons d'infortune le fit périr avec eux en 1658 On a de lui : 1* Ars yrammaiica japonicœ lingua. Home, I63I, m-4" ; ibid., 1632. 2° Dictùmai ium , lire thesauri lingua japonicat comper,d»um, Home, 1032, in-4* de 358 p., y compris deux suppléments, intitulés, l'un Pratermissa, et l'autre Additiones. Ce dernier est réellement le vrai dictionnaire latin-japonais; car la première partie du livre n'est qu'un recueil informe de phrases. 5" Modiit cunfilendi et examinandi panitenlem japonensem formula suamel lingua japonica, lîome, 1031, in-l"; ibid., 1632. Ces trois ouvrages furent composés de mémoire pendant le séjour que l'auteur fil à Itoine; tous les textes japonais y sont écrits en caractère latin. 4° Uistoria ecelesiastiea de los succesos de la chiisliandad de Japon , etc. por El F. H. Orfancl , anadida por Coltado, Madrid, 1632, in- 4°, ibid. , 1U53. 5° Dirtionarium lingua sinensis cum expUcaliune latina et hispanica, c/iaraclere sinensi et lulino, H<>me, 1642, in-4" (1 ). 6* Divers opuscules. Les ouvrages de Collado sont trèsutiles pour la connaissance des langues de la partie la plus orientale de l'Asie, sur lesquelles nous avons si peu de livres et de renseignements. E — s.
COLLA DON (Germais J, d.-cteur en droit, né a la Chaire, vint professer à Genève la religion protestante qu'il avait embrassée. Il obtint la bourgeoisie en 1555, et fui, cinq ans après, chargé, avec Dorsières, de la confection du code des édits politiques et civils de Genève, imprimé en 1508, et qui avait de grands rapporte avec la coutume du Herri. ( Voy. Calvin ) Ce (ut chez Collad»n que Henri Eslicnne trouva le manuscrit d'après lequel il imprima l'édition donnée par Th. de Uézc, du Livre contn les .ii ••■ni de St. Pbébade. Colladun donna à la bibliothèque de Genève un manuscrit très-bien écrit, du 13* au 14' siècle, du Codex Justinianeus. — Nicolas Collapo.v, son parent, d'abord ministre à Bourges, se relira à Genève en 1553, obtint le droit de bourgeoisie en 1557, fut, en 1564, élu recteur de l'académie. En 1565, il succéda à Calvin dans sa place de professeur de théologie. Sa hardiesse à censurer dans ses sermons le conseil souverain de Genève le (it déposer en 1571, et renvoyer au consistoire pour êlre censuré. Colladon rcionnut ses torts dans un sermon ; cependant il se retira ensuite à Lausanne, où il fut professeur de belles-lettres. On a de lui : i" une traduction estimée d'un ouvrage
(l] Cet ouvrage HaU sou* prew en <G>3, «loo le rapport de L.-oii Albt!U>, (Uns m-s Apet Lriaxa; nui» il parait qu'il n'a point vu le j"ur : l linpniikTie de U propagande naiaowU rleu rutile eu CUSCItrci clwiuis.
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LSI COL
de Bèzc ( rot/, ce nom ) ; 2- Me(hodut facillima ai explicationem Apocalypscos Johannis, Morges, 1591; 5° Jésus Nazarenus ex Malthceo, chap. 11, v. 52, Lausanne, 1580, in-8°. — David Coi.i.adon, fils de Germain, professeur de droit en 1584, conseiller d'État en 1604, a laissé en manuscrit des Mémoires sur l'Histoire de Genève.— isaïe Colladon, professeur de philosophie à Lausanne, puis à Genève en 1691, a public divers ouvrages de J. Godefroy, avec des préfaces. A. B-T.
COLLADON (Théodore), originaire de Bourges, pratiqua la médecine à Genève, et a publié, dit Sénebier : Adversaria, seu commentarii medicinalis eritici dialylici, Genève, 1615-17, 1 vol. in-8", sous le litre de : Sphalmala medica adornala et correcta lam in theoria quam in praxi. a C'est un ouvrage « de pratique ; mais l'auteur, en voulant corriger « Houllier, Lepois et Heuruius, s'est jeté , dit Eloy, ci dans des minuties déplacées qui l'écartent de son « but. • A. B-t.
COLLA FRT { A nu es ), dessinateur et graveur, naquit vers 1520 à Anvers. Après avoir appris dans sa patrie les principes de son art, il alla visiter les chefs-d'œuvre de l'Italie : c'est là qu'il se lorma celte grande manière de graver qui est le caractère distinctif de son talent. A son retour à Anvers, il publia successivement un grand nombre d'estampes. Les gravures de Collaert sont exécutées avec beaucoup de propreté ; mais on leur reproche un pen de sécheresse; les masses de lumière sont rarement bien ménagées, et les ombres, également fortes partout, détruisent l'effet de l'ensemble. Ces défauts sont rachetés par une grande correction de dessin, et des figures pleines de caractère. Plusieurs des gravures de Collaert sont faites d'après ses propres compilions. Les Annoncialions , Vlsaac, le Samson, le St. Jean- Baptiste, les Bergers, sont regardés comme les meilleures estampes de ce maître. Il mourut à Anvers en 1567. — Son fils, Jean Colla ket, fut aussi graveur, et eut beaucoup de part aux ouvrages de son père. Il lit seul, d'après Rubens, plusieurs gravures estimées, cl que l'on préfère même à celles d'Adrien. A — s.
COLLALTO et non COLALTO ( Antoine ), célèbre mathématicien, était né vers 1750 à Venise. Après avoir professé pendant plusieurs années la physique et les mathématiques dans les écoles de sa ville natale, il obtint la place d'examinateur de la marine. Plus tard, il visita les ports et les grands établissements d'industrie des principales nations de l'Europe, pour décrire et dessiner les machines les moins connues. Il fut, en 1805, nommé professeur de mathématiques transcendâmes à l'école militaire de Pavic , et il passa quelque temps après, avec le même titre, à l'université de Padoue. Déjà membre de plusieurs académies, en 1815 , il rem. plaça Valperga di Caloso ( voy. ce nom ), correspondant de la société italienne des sciences. Il mourut à Padoue, le 20 juillet (I) 1820, avant d'avoir entiè-
(1) F.« nnn au mois de mars, comme Sala le cul dans ta notice cteeplasta».
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rement terminé son grand Traité àtt Machinet, qui devait mettre le sceau à sa réputation. Cet ouvrage est intitulé : la Deserizione, il maneggio e l'uso dei principali strumenti di meeaniea (1) applieabili aile scienze ed altre arti. Tous ceux qui s'intéressent aux progrès de l'industrie doivent en désirer la publication. Parmi les autres ouvrages de Collalto les plus connus sont : Idenlità del calcolo differenziale con quello délie série, otvero il metodo degli infinitamenU piceoli di Leibnizio, Milan, 1802, in-8°. 2* Geomelria analiliea, a due e tre coordinate, Padoue, 1802, in-8». Cette édition est la meilleure. Dans une courte notice insérée par Salfi dans la Revue encyclopédique, 1821, t. 2, p. 455, et copiée par tous les biographes, on lit que les recueils des différentes académies italiennes contiennent des mémoires de Collalto. 11 faut du moins en excepter ceux de la Société délie scienze, qui n'en renferment aucun. VV — s.
COLLANGES (Gabriel de), né à Tours près de Billom en Auvergne, en 1524, fut chargé de l'éducation du duc d'Atry, qui, par reconnaissance, lui procura une charge de valet de chambre de Charles IX. Il périt au massacre de la St-Barthélemy en 1572, victime, selon toute apparence, de la jalousie de quelques ennemis, puisqu'il n'avait jamais donné lieu de suspecter la sincérité de son attachement à la foi catholique. Mathématicien habile pour le temps, il n'employa ses connaissances qu'à la recherche des ridicules secrets de la cabale et des nombres. Les curieux recherchent encore sa traduction de la Polygraphie et universelle écriture cabalistique de Trilhème ( voy. Taithème ) , Paris, 4561 , in-4*. Un certain Dominique Holtinga, Frison, fit réimprimer celle traduction à Emdcn, en 1620, in-4', sous son propre nom, et sans daigner faire mention de Trilliémc ni du véritable traducteur. La Croix du Maine cite plusieurs autres ouvrages de Collanges, dont aucun n'a été imprimé, entre autres des traductions de YHisloire d'Angleterre de Polydore Vftrgile ; du Polycratique de Salishury; de la Philosophie occulte de Corneille Agrippa ; une Histoire universelle; un Traite' de l'heur et malheur du mariage, et un Discours des sectes et ordres de religion. W — s.
COLLANTES (François) , né à Madrid, en 1599, cultiva avec succès les différents genres de la peinture ; ses tableaux d'histoire, ses paysages et ses tabagies sont également estimés. Palomino Vclasco dit qu'il avaitété formé peintre de paysage par la nature. Il composait avec une grande facilité ; tout parle, tout est en mouvement dans ses tableaux ; les groupes, les personnages, les sites sont variés comme la nature. Le tableau où il a représenté St. Jérôme passe pour un chefd'œuvre ; ce tableau est tout à fait dans la manière de l'Espagnole! ; mais l'ouvrage qui a marqué la place de Collantes au nombre des artistes les plus distingues de l'Espagne est celui qu'on voit au palais de Bucn-Ketiro, cl qui représente la Résurrection de la chair. On y voit des cadavres qui sortent du
(r, Sjlfl, iur nne inconcevable distraction, fait de ce iraïui de» machines uu ouvrage sur ta instrument* rfc rualhànaiijua.
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tomlxvm, et dont les squelettes dépouillés de cliah', présentent le spectacle de la mort dans toute son barreur. Collantes mourut en 1056. A— s.
COLLAS (le Père), l'un des derniers jésuites français missionnaires à la Chine, naquit à 'I h ionville, vers 1730 ou 1732. Son goût lui fit diriger toutes ses éludes vers les sciences exactes, et il professa de bonne heure et avec distinction les mathématiques à l'université de Lorraine. L'auteur de cet article a eu l'avantage d'y vivre avec lui, de suivre ses leçons pendant trois ans, et de l'aider quelquefois, comme son élève, dans ses observations astronomiques. Le collège de Pont-a-Mousson était pourvu d'un bon observatoire, et fourni d'excellents instruments. Les PP. Barlctct Collas y tenaient registre des phénomènes célestes, et y lirent, |>endaut un grand nombre d'années, d'intéressantes observations. Ils y observeront même une éclipse partielle de soleil, qui n'avait été ni prévue ni annoncée par les astronomes de Paris. Les détails de cette observation furent publiés par tous les journaux du temps. Le P. Collas partit de France en 1707, arriva à la Chine dans la même année, et se rendit à Pékin. Les fonctions qui l'attachèrent au service du palais furent celles de mathématicien. Nous lui devons d'intéressantes notices sur différents objets, insérées dans les divers volumes des Mémoires sur les Chinois : \° État des réparations et additions faites à l'observatoire btlti tlrpuis longtemps dans la maison des missionnaires français à Pékin; 2» Observations astronomiques faites à Pékin en 1775; Z» Lettre sur la quinteseenee minérale de M. le comte de Lagarayr ; 4° Lettre sur un sel appelé par les Chinois h'ien; 3* Lettre sur la chaux noire de la Chine; sur une matière appelée Licou-li, espèce de verre, cl sur une sorte particulière de mottes à brûler; 0° Lettre sur le Hoangfan ou Vitriol , sur le Naocha ou sel ummoniae, sur le Iloang-pé-mou ; 7° Notice sur le charbon de terre ; 8* Notice sur le cuivre blanc de la Chine, sur le minium et l'amadou ; 9° Notice sur un papier doré sans or; 10" Notice sur le bambou; 11° Mémoire sur la valeur du taël d'argent en monnoie de France. Cet habile et laborieux missionnaire est mort à Pékin, le 22 janvier 1781. G — R.
COLLATINUS (Tauqunils), Romain plus fameux par la situation pénible où le sort le plaça dans quelques circonstances, que recoramandablc par ses qualités personnelles. Il était de la famille des Tarquins et mari de Lucrèce, dont la beauté et la vertu n'avaient point encore été connues au dehors de ses foyers domestiques, lorsque Collatinus eut l'imprudence de l'exposer aux regards de Sextius Tarquin. Après la mort tragique de son épouse, Collatinus devait être le premier à jurer l'expulsion des Tarquins : il prêta ce serment. Brutus et lui lurent les deux premiers consuls de Rome constituée en république. Lorsque Tarquin lit demander ses biens, Collatinus Tut d'avis qu'on lui accordât sa demande, puisqu'elle semblait promettre qu'il renonçait à la pensée de recouvrer son trône à main armée. L'affaire fut portée devant le peuple, et le sentiment de Collatinus ne l'emporta, dit-on, que d'une voix sur celui de
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Brutus, qui lui était opposé. Lors de la conspiration de quelques jeunes Romains des principales familles contre la république naissante, trois fds d'une sœur de Collatinus élaicut au nombre des conjurés. Colla* tinus se montra très-sensible a leur destinée. Lorsque les fils de Brutus eurent péri par ordre de leur père, Collatinus essaya de sauver ses neveux, et leur accorda un jour pour se justifier; mais le peuple, & la persuasion de Yalérius Publicola, ordonna qu'eux et les autres conjurés seraient mis à mort le jour même. Collatinus s'était montré jusque-la plutôt )mrtisau des Tarquins, ses parcnU, que sensible à l'injure qu'il avait reçue d'eux. Brutus profita des soupçons élevés contre lui pour le faire déposer. En vain Collatinus voulut- il opposer d'abord quelque résistance à ce projet de son collègue. Cédant aux instances de Spurius Lucrélius, son beau -père, et encore plus sans doute à la nécessité, il abdiqua sa charge. Brutus satisfait détermina le peuple à lui faire présent de 20 talents, auxquels il en ajouta 5 autres en son propre nom. Avec ces richesses, qu'il n'aurait pas dû accepter, Collatinus se retira a Laviuium, où il vécut obscurément, et mourut dans une extrême vieillesse. ( Voy. Tite-Live, I. 1 et 2; Florus, 1. 1, cli. 8 et 9, et Valére-Maxime. ) D— t.
COLLAT1US (Pierre- Apollonius), prêtre de Novare, vivait k la lin du 15* siècle. On croit qu'il était de la famille des Caltaneo : voilà tout ce qu'ont pu découvrir sur sa vie Bayle, D. Clément, Faht icius, Cerdès, Gérius, Ucumann, la Monnoie, Sassi, Scaliger, Vossius, Warlbon. Tous ces savants se son occupés de Collatius, auquel on doit : 1" de Eversiotu. urbis Jérusalem carmen heroicum, Milan, 1481 , in-8% poème en 4 chants, où l'auteur, quoique prêtre, a invoqué les Muses et les divinités païennes. Ce poème a été réimprimé sous le titre d' Apollonius de excidio Hierosolymilcmo, Paris, 1540, in-8°, par les soins de. Jean Gagncy,qui croyait publier l'ouvrage pour la première fois. Margarin de la Bigne le fit entrer dans le t. 8 de sa Biblioth. Patrum. Bayle, trompé par le catalogue de la bibliothèque d'Oxford, a pris cette réimpression donnée par de la Bigne pour une édition faite séparément. Margarindela Bigne avait de son côté commis l'erreur de regarder Collatius comme un auteur du 7e siècle : enfin la 4* et dernière édition de l'ouvrage de Collatius parut i Anvers en 1580, in-8% par les soins de Adrien van der Burgh. Des exemplaires de cette édition portent, sous la même date, le titre de Leyde. Van der Burgh a intitulé son édition edilio ucunda, parce qu'il ne connaissait pas celle de Milan, et qu'il ne comptait pas celle de la Bigne. 2° Fastorum majorum libellus, Milan, 1492, in-8». C'est donc à toi t que D. Clément a dit qu'avant Cotta on ne connaissait qu'un ouvrage de Collatius. L'auteur a dédié cet ouvrage à Ardicin de la Porte, né à Novare, évêque d'Aléria et cardinal. Ardicin ne fut revêtu de la pourpre qu'en 1489 par Innocent VIII. Cette dédicace, que Sassi a imprimée sous le n° 44, à la p. 501 de son Uisl. typogr. litler. Mediolanensis, prouve l'époque de l'existence de Collatius. 5° Heroicum carmen de dudlo Davidis et Golt'œ, elegice cl epi-
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çrammala, Milan, 1002, in-4s, publié par les soins de Laz.- Auguste Cotta, jurisconsulte de Novnre. Le poème sur le combat de David et Goliath est dédié à L. de Médicis, cl a été réimprimé par les soins de J.-Il. Acker, Rudolsla.lt, 1714, in-4°. I ne nouvelle édition parut en 1762. {Voy. Closs ) Clirisl. Hcumann, dans son Paccite, s est occupé de ce poëme. Mabillon parle des épilaphcs de Paul IV et de Sixte IV, composées par Collatius, et que Cotta n'a pas mises dans son recueil. Les deux élégies de Collatius sont peu estimées. Scaliger loue la piété de l'auteur, mais le qualitic de poète un |>eu froid (paela frigidiusculus). Platinus Plutus a cependant dit:
Pctrus Apollonius, referons ab Apolline nomeo, Carniiua componil nomine dijjua suo.
COLLE (Raphaël dal). peintre, né au bourg St-Sépulcro en 1490, fut élève de Raphaël et de Jules-Homain. Ces deux grands maîtres s'attachèrent fa cultiver les heureuses dispositions qu'il annonçait, et il répondit à des soins si généreux par des progrès rapides. Jules-Romain était si content de sa manière, qu'il ne dédaignait pas d'employer le pinceau de son élève dans sts compositions. Plusieurs des ouvrages de ce peintre ont été ainsi exécutés, sous ses yeux, par Colle. Plein d'admiration pour le génie de son n»llr«, il a encore souvent travaillé d'après ses cartons. Clic n'a pas seulement réussi à rendre les pensées pittoresques de Jules-Romain; il s'était fait une manière de composer qui lui était propre; son style était noble et sévère comme celui de son maître; son dessin pur et correct, et sa couleur, plus chaude c; plus éclatante. S'il appartient à I c.-ole romaine par la sagesse de ses compositions, il tient à l'école de Venise par la vivacité de son coloris. Le tableau du Déluge fut regardé par ses contemporains comme un ouvrage d'une plus belle exécution que les peintures de Jules-Romain. En olant de cet éloge co qu'il peut contenir de trop exagéré, Colle reste toujours un peintre très-habile. Il fut célèbre h Rome dans un temps où le mauvais goût et la médiocrité n'étaient pasencore des litrcssuflisants pour prétendre à l'admiration. Les loges du second étage du Val u an sont enrichies de plusieurs fresques de ce maître, qu'on regarde encore comme des modèles. Colle savait si bien prendre, dans quelques-uns de ses ouvrais, la manière de peindre de Raphaël son premier maître, que les artistes de son temps lui avaient donné le surnom de Rafaellino. Il mourut à Rome, en 1530. Cayluset N. Lcsueur ont gravé, d'après un de ses dessins en clair-obscur, Jésus- Christ apparaissant à ses disciples. Gisbert Venins a gravé dans une même composition les Quatre Saisons, sous le nom de Raphaël d'Lrbin ; mais le dessin est de Raphaél dal Colle. A— 9.
COLLE (Juan), médecin, né à Belluno, ville de l'État de Venise, en 1558, étudia à Padoue, sous Jélùme Capivatcio, Albert llattoni et ICmile Campolongo, dont il s'acquit l'estime et la bienveillance. Reçu docteur en 1W4, il se rendit à Venise, où il
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escrça la médecine pendant quinze ans avec une grande réputation. François-Marie II, duc d'Urbin, l'avant choisi pour son premier médecin, il en remplit les fonctions pendant vingt-trois ans, et alla ensuite occuper la première chaire de médecine aux écoles de Padoue, où il succéda à Roderic Fonseca. Il mourut dans celle ville, en 1630, âgé de 72 ans. On a de lui plusieurs ouvrages: 1* de Ideaet Thcatro imitalricium et imitabilium adomnes intcllectus faeultates, scientias et artes, libri aulici, Pesar», 1618, in-fol. : c'est une espèce d'encyclopédie à l'usage dos gens du monde, et où il traite, d'une manière tressnccincie.dcs sciences, des arts et métiers. 2° Medicinapractica, site MelhoduscognoscenJorum et curandorum omnium affeetuum malignnrum, et pestiten' O'tim, ihid., 1617, in-fol. 5° De Morbis matignis, Padoue, 1020, in-fol. 4* Elucidarium anatomienm et chirurgicum, ex Grœeis, Arabibus, Latinis seleclum ; uvacum commentants in quarti libri Avieenna fen tertium, etc., Venise, 1621, in-fol. C'est de Dulaurcns qu'il a principalement tiré ce qui a rapport à l'anatoinic ;son commentaire sur le 4* livre d'Avicenneest estimé. 5* Cosmiior Mcdicœuslriplex, in quo exercHatio totius artis medieœ, etc., Veni>e, 1621, in-fol. Par le titre de cet ouvrage, l'auteur fait allusion au nom de Cosme de Médicis, grand- lue de Toscane, auquel il voulait le dédier. 0° De cognilu Difficilibus in praxi ex tibcllo Wppocratis de //uomnn*, etexlibris Avenzoaris per commentaria et senlentias dilucidala, Venise, 1628, in-4°. 7° Mcthodus facile parandi jucunda, tuta et nova medicamenta, et rjut applicalio adversus chymieos. De Yita et ser.erl-te lotigius prvtrahenda. De alcxipharma ^s chymieis adversus omnia rcnçna, ucenon de anliqua murai gallici nalura , r jusque tymplnmatibus , nolilia tt tnedfla singulari. De alica, cirrhis, capiltorum agglomcrativne et rjus anliqua origine. De Fascino dtgnoscendnetenrando, Venise, 1028, in-4*. D — P— S.
COLLÉ iCuam.es) naquit à Paris, en 1709. Son pore éîait procureur du roi au Clialelel et trésorier de la chancellerie du palais. Cousin de Rcgnard, il soutint l'honneur de celte parente par sa gaieté vire et spirituelle. Dès ses plus jeunes années, il se sentit un aitacliemcnl invincible pour la poésie cl surtout pour le théâtre; nos vieux auteurs malins et naïfs faisaient ses délices ; il chantait sans cesse les couplets de Haguenier, mais il leur préréra bientôt ceux de Gallct et de Panard, avec qui il s'était hé. Né avec beaucoup de délianec de lui même, il n'osa d abord marcher sur leurs traces, et se borna à (aire des amphigouris. Il chantait un jour celui-ci devant Fontencllc chez madame de Tencin :
Qu'il cl heureux de se défendre Quand le cœur ne s'est pas rendu !
Mai» qu'il est fâcheux Oc se rendre.
Quand te bonheur est su-pendu; Par un discours sans suite el tendre.
Égares un cœur éperdu:
Boutent par un malentendu L'amaul adroit se l'ait entendre.
Fontcnclle, croyant comprendre un peu oc couplet,
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voulut le faire recommencer. « Eh ! grosse bête, lui a dit madame de Tencin, ne vois-tu pas <|iie ce n'est «que du galimatias?— Cela ressemble si fort, ré- « pondit Fontenellc, à tous les vers que j'entends ttici, qu'il n'est pas élonnant que je m'y sois mé- « pris. » Crébillon le lils força Colle de renoncer à ce méprisable genre, et lui lit faire sa première chanson raisonnable. Ils étaient l'un et l'autre de celte fameuse société du Caveau où régnaient la gaieté et la franchise, où l'amitié, s'armant de l'épigramme, donnait d'excellentes leçons de goût et de modestie. Cette aimable réunion ayant été dissoute vers la lin de 1739, Colle lut accueilli dans la société du duc d'Orléans, dont la comédie faisait le principal amusement. Ce fut pour les plaisirs de cette société jjue, pendant vingt ans, il composa des parades dont quelques-unes ont été imprimées dans le Théâtre des boulevards ( Paris, 1765, 5 vol. in-12), et toutes les pièces qui forment son Tliéâlrc de socièlé. Le prince l'en récompensa en le nommant l'un de ses lecteurs ordinaires, et en lui donnant dans ses sousfermes un intérêt qui lui procura une existence aisée. Collé s'éleva avec succès jusqu'au Théâtre-Français, où il donna, en 1703, Uupuis eî Détrônais (Paris, même année, et 17(18, in-8 ) La comédie de la Veuve n'y eut qu'une représentation ; la Partie de chasse de Henri IV, comédie en 3 actes, ne put tire jouée qu'en 1774, mais elle l'était depuis près de dix ans sur lous les théâtres de province et de société. Celte pièce a été imprimée plusieurs fois, notamment, I'aris, 4760, in-81; ibid., 1814,1813, in-8%eHS2Q, in-52(l). Ayant perdu une épouse qui, pendant longtemps, avait fait son bonheur, il tomba dans une espèce de mélancolie qui lui lit désirer la mort, et qui même, suivant quelques-uns, le porta à se la donner. Il mourut le ô novembre 1783, âge de 73 ans. « Parmi o hs comédies de la seconde classe, nous en avons « peu, dit Laliarpe, d'aussi suivies et d'aussi inté- « r essai i tes que Uupuis el Vesronais et la Partie de « chasse. Le nom île Henri IV est s,ans doute pour «celle dernière un relie* très-précieux, mais l'ou- « vrage en lui-même, quoique assez, irrégulier, a u beaucoup de mérite... Dupuis et Desronais, tiré « du roman des Illustres Françaises {voy. Chaules], u c>t une pièce de caractère. Celui de Dupuis est o bien soutenu ; et, s'il n'est pas dans l'ordre comu mun, il n'est iws non plus hors de la nature... La a versification est la partie faible de l'ouvrage ; mais «lous les sentiments sont naturels : rien de faux, « rien de recherché. » Le même critique, parlant des pièces du Théâtre de société, où la gaieté n'est pas exempte de licence, remarque que cette gaieté est si originale et si franche, qu'on pourrait croire qu'elle n'anil pas besoin de si mauvaises ni'i'ius. La Vérité dans te vin est le chel-d' ouvre de ce genre. Les chansons de Cullé font une grande partie de sa gloire ; le ton d'indécence aisée et spirituelle de la bonne compagnie d'alors y e>l imité avec une vtiité parfaite. L'auteur ne s'est jwint borné aux
(|)||. Oslil-Bb/e a fa II de relie comèJie un opëra-enmiqin en ftaeles représente et Imprimé en 1826, <ou* le litre de ta turtt de Siwrt, <* la partit it Chatte de Henri IV. tu- s.