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tbier d*Omey, premier secrétaire de l'intendance de Champagne. A cette époque, âgé de 88 ans, Collot était tombé presque en enfance; il mourut au Mcsnil, prés de Châlons-sur-Marne, en octobre 1801. — Son frère, André-Joicph Collot, subdélégué de l'intendance de Champagne, trésorier de la guerre, et receveur des traites et deniers communs de Cliaileville, était mort dans celte ville, le 9 septembre 1797, a l'âge de 06 ans. André-Joseph avait été garde-marleau des eaux et forêts, et il aimait à s'occuper d'agriculture. On a de lui un opuscule intitulé • Entretiens d'un seigneur avec «on fermier, particulièrement utiles pûur les communautés de la subdélégation de Mézières. et relatifs au climat, à la nature des terres et aux abus qu'on remarque dans ce pays, par M. C***, Cbarlevillc, Baoeoort, 1784, in -8°. N— F— e.
COI.LLCCIO (Saîltato). Voyez Sylutato.
COLLYEll (Joseph) , graveur, né à Londres, en 1748, eut pour premier maître Antoine Walker, artiste d'un grand mérite, auquel sont dues quelquesunes des plus belles eslampes d'une collection célèbre en Angleterre, celle <le Hougbton. Il reçut ensuite des leçon* du frère de cet artiste, William Walker, et il en prolita à tel point qu'on n'a su auquel des deux précisément on devait attribuer la Veillée flamande, d'après Ténicrs, une des estampes de la collection dont nous venons de parler. Ayant eu occasion de graver, entre autres portraits, celui de sir Josné Keynolds, président de la société royale de Londres, d lui donna une telle opinion de son babileté et de son goût, que Reynolds lui conlia le soin de propager par la gravure son admirable tableau de Fénii*. Il parait que c'est pour reconnaître le talent remarquable queCollyer avait déployé dans ce morceati capital, que le titre d'associé de l'académie royale lui fut conféré en 1786. Il est mort en 18-27, doyen des académiciens de cette catégorie et de ce titre d'associés. Parmi les nombreux portraits qu'il a laissés, on admire particulièrement ceux de George IV, et de la princesse Cbarlotle, lille de ce souverain. Mais il n'a rien fait de plus achevé et de plus exquis pcnt-élre qu'une gravure circulaire représentant sir William Young, baronnet, membre de la société royale de Londres et de la chambre des communes. On trouve une notice assez détaillée sur sa vie et ses travaux dans le Gentleman's Magazine. Cil— R.
COLMAN (George), auteur dramatique anglais, naquit vers 1755, a Florence, de Thomas Colman, résident d'Angleterre à la cour du grand-duc de Toscane, et d'une sieur de la comtesse de Uatli. George II fut son pana in. Élevé au collège de Westminster, il y eut pour condisciples Lloyd, Churchill, Thornton, trois poètes anglais qui ont eu quelque réputation. Colman se distingua de bonne heure par son goût |tour la poésie. Ce fut peu d'années après son admission à Oxford (1751 ), que, Irés-jeune encore, il s'associa avec llonnel Thornton dans la rédaction du Connaisseur, ouvrage périodique qui paraissait une lois par semaine, et qui fut continué depuis le 31 janvier 1751 jusqu'au 50 sep-
tembre 1756. On y trouve beaucoup d'esprit, et des peintures piquantes des momrs du temps, de l'instruction, de la gaieté, mais peu de profondeur et de solidité, qualités qu'on ne pouvait guère attendre de l'âge des auteurs. Colman, destiné à suivre la carrière des lois, passa d'Oxford à l'école de droit de Lincoln's-Inn ; mais il ne se montra guère au barreau. En 1760, parut à Drury-Lanc son premier ouvrage dramatique, Polly Honneyeomb, pièce fort gaie, qui obtint de grands applaudissements, et fut suivie, en 1761, de la Femme jalouse, ouvrage plus important, et dont le succès fut encore plus flatteur. La comédie française de la Femme jalouse, composée par Desforges, n'est qu'une imitation de la pièce anglaise ; et, quoique le ton en soit trop sérieux et l'effet |>cu piquant, elle a mërilé de rester sur le répertoire du Théâtre- Français. Colman donna successivement plusieurs autres comédies, qui obtinrent, en général, la faveur du public, particulièrement le Mariage clandestin, qu'il composa avec Garrick. Il avait déjà composé avec son ami rtolicrt Lloyd les meilleures parodies du temps moderne, les odes à l'Oubli et d l'Obscurité, et était devenu propriétaire d'un journal intitulé le Si- Jam s's Chronicle, dans lequel il inséra plusieurs morceaux en prose, entre autres le Génie. En 1764, la mort du lord Bath lui procura une fortune indépendante, que la mort du généraf Pultncy, héritier du lord Bath, vint encore augmenter en 1767. Il publia, vers cetle époque, une traduction de Térence, fort estimée, quoiqu'on n'ait pas généralement approuvé l'espèce de rhylbme qu'il a choisie : c'est une sorte de vers blancs, peu réguliers, qui ne sont tout à fait ni vtrs ni prose. En 1768, il acheta, en société avec trois autres personnes, le privilège, du théâtre de Covcnt-Garden, dont il prit lui-même la direction. Cette association fut la cause de quelques querelles qui ont fait beaucoup de bruit en Angleterre, et ont donné lieu à divers pamphlets pleins d'esprit et d'animosilé. Après avoir dirigé ce théâtre pendant sept années, Colman vendit la part qu'il y avait, pour acheter, en 4777, le théâtre de Hay- Markct, auquel il sut donner une vogue extraordinaire; car il était, après Garrick, l'homme le plus propre à diriger un théâtre 11 lit paraître ensuite une nouvelle traduction en vers réguliers de J ' .4 r r poétique d'Horace, avec un commentaire, où, contre l'opinion du docteur Ilurd, il explique ce poème suivant une idée de Wieland, qui a cru que cette éphre d'Horace, mal à propos appelée Art poétique, a été adressée a un des petits-fils de Pison, d'après le désir de sa famille, pour le guérir d'un penchant pour la poésie qui n'était pas accompagné de talent. Ainsi, dans celte hypothèse, Horace, sous prétexte d'instruire le jeune Pison des régies de l'art îles vers, l'effraye par le tableau de ses difficultés. Colman est auteur de vingt-six pièces de théâtre; d'une préface pour une édition de Deaumont et Fletcher; d'une dissertation ingénieuse imprimée en tète du théâtre de Massinger, etc. Ses œuvres dramatiques ont clé recueillies en 4 vol. in-8", Londres, 1777, et ses opuscules en prose, en 3 volumes, sous ce titre :
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Prose on several occasions, etc., ibid . , 1787. Vers la fin de sa vie, une attaque de paralysie vint déranger cette téte si bien organisée, et l'on fut obligé de renfermer dans une maison d'aliénés à Paddington, où il mourut le II août 1794. Sa stature était cxtraordinairement petite, et il élait le premier à en plaisanter; il disait qu'il perdait plus de temps qu'un autre sur les grandes routes, parce que, lorsqu'il voyageait à cheval, les commis ne manquaient jamais de fermer les barrières à son approche, croyant toujours voir venir à eux un cheval échappé, attendu que son corps élait entièrement caché par la tète cl le cou du cheval. — George Coi.man, lils du précédent, auquel il a succédé dans la propriété du théâtre de Ilay-Market, a publié un recueil de mélanges, sous U titre de Mynighl-gmcn and slippers, 1799, in-4°, et un grand nombre de pièces de théâtre : son opéra-comique tflnkle et Yanko a été réimprimé à Paris en 1805. S— D.
COLMAU (Jean), né à Nuremberg, en 1681, devint en 1719 recteur de l'école de l'hôpital de la môme ville, et en remplit les fonctions avec autant de zèle que de talent. Il bannit les restes de barbalie qui subsistaient encore dans le système d'enseignement, perfectionna surtout l'éducation morale, et introduisit dans son école l'élude du grec et celle de l'éloquence. Il mourut d'une altaquc d'apoplexie, le 2 avril 1737. Ses principaux ouvrages sont : 1° Antihenoticon, seude cauta negati l.ulheranos inter et Calvinianot unionis successus disquisilio methodo malhematica instiluta, 1714. 2" Distertatio de summa judaorum aslorgia, Altorf, 1716, in-4«. 3° Le Monde dans une noix, Nuremberg, 1730, in-8" (en allemand). C'est une nouvelle édition, continuée jusqu'à 1730, et arrangée par demandes et réponses, d'un ouvrage fort curieux. ( Yoy. Samuel Faber. ) 4" Cellarius tnnemonicus, id est ratio promptissima latinm lingnœ voces primigenias facile percipiendi et fideliter retinendi, 1730, in-8". Cet ouvrage, qui est aussi écrit en allemand, lui est généralement attribué, quoique anonyme. C. H . P.
COLMLNAR (now Juan Alvarez peï, historien espagnol du 18* siècle. On a de lui deux ouvrages estimés : 1" Annales d'Espagne et de Portugal, Amsterdam, 1711, 14 vol. in-80 ou 8 vol. in-12, lig. : celte histoire, traduite en français par Massuet, embrasse les annales des deux monarchies depuis leur établissement jusqu'à l'époque où l'auteur écrivait. 2° Les Déliées de l'Espagne et du Portugal, Leyde, 1707, 5 vol. in-8°, et 1715, 6 vol. in-12, lig. Cette description de la péninsule offre plus d'intérêt et moins d'inexactitudes qu'on n'en tro:ive dans ces compilations connues sous le nom de Délices de l'Italie, de la Suisse, etc. Colmcnar est le premier qui ail donné quelques notions assez satisfaisantes, mais incomplètes, sur les diverses routes de l'Espagne et de ses principales villes ; mais son livre a été singulièrement défiguré par les additions de l'éditeur hollandais, qui a laissé pereer jusque dans les estampes sa haine aveugle contre l'Église catholique. V— ve.
COLMENARES (Diego de), ne à Ségovic, long-
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temps curé de l'église de St-Jean en cette ville, consacra tons les loisirs que lui laissait son ministère n étudier l'histoire et les antiquités de sa patrie. Il découvrit dans les archives nationales un grand nombre de monuments historiques qu'il publia, et mourut au mois de février 1051. Son principal ouvrage a pour titre : Hisloriade la insigne ciudadde Sigovia, y compendio de las Historias da Castilla, Ségovic, 1637, in-fol. Les auteurs espagnols, en louant son style et sa méthode, reconnaissent qu'il doit être compté le premier parmi ceux qui ont écrit l'histoire particulière des \illes. V— ve.
COLMI, plutôt que COLINS, poète du Hainaut," attaché à Jean de Beaumonl {voy. ce nom), a composé un poème, ou rotulus français, sur la bataille de Crécy, livrée le 26 août 1546, poème dont parle! Bréquipny dans les Notices des manuscrits, t. 2, p. 225-226, et que M. Buchon a inséré en entier au t. 1 1 <le son édition de Froissart, p. 281-300. L'auteur y célèbre surtout la mort du roi de Bohème, tué dans cette journée, et sur lequel on trouve des vers flamands assez curieux dans une chronique de Biabant depuis l'an 605 jusqu'à 1497 jont | au[cur est Vincent le jacobin ( Vincent de jacopyn), et qui était dans la bibliothèque de J.-F. Verdussen. Col mi nomme un grand nombre de seigneurs qui périrent avec ce prince. Au surplus, il fait un continuel emploi de personnages allégoriques, insipides fictions alors généralement à la mode ; car il semblait que le système des unit ers aux, ou des idées générales Personnifiée!, avait envahi la poésie comme les sciences et les arts. Le trouvère s'exprime ainsi sur son propre compte :
Il seroil bon que reste chose
Fust mise en rime et non en prose.
Et t a ci un ménestrel '
Colmi a nom de Ilénaut nés Qui par plusieurs fois s'est penèi Du bien des bons ramcnlevoir.
Bréquigny écrit Colmi et Bénaut, auxquels M. Buchon substitue Ilenaut et Colins. Il semblerait, d'après les deux derniers vers, (pie Colmi ou Colins s'était encore exercé sur d'autres sujets; mais les historiens de la littérature française n'en diseut mot. R 0,
COLNET du Ravel (Ciiarles-JosephAlgcste- Mammilien de), naquit le 7 décembre 1768, à Mondrepuy, en Picardie (1). Son jiére servait dans les garde» du corps de Louis XV, et il se distingua aux champs de Fontenoy. Le jeune Colnet commença ses études au collège militaire de Rebais, dans la Brie, et vint les continuer à l'école militaire de Paris, où il eût pour camarades Bonaparte cl le général Bertrand. Mais se sentant peu de goût pour la car- Mi On ne uit sur qnel fondement le tortionnaire biographique nmterset et pitlorts,,», le Wl naître en I7«.9. .1 QUlcM|TOfUL pi es de Venin* ; selon h Biographie à« hommes vivanli, il se rait ne en 1770. Ou ne lui donne que les deux pren.ims de Charle,- Joieyh. sans ajouter le surnom po Ratei, ui la particule aristocratique devant son nom.
riére de* ernu*, Colnet alla terminer ses éludes à la riedie, où il ta lit remarquer par son application et par tes nombreuses couronnes qui lui furent décernées dans les exercices public*. Quand il sortit de la Flèche, la révolution était eommencë«. Il vini à Paris pour échapper à la réquisition : il y étudia la médecine sous Cabanis et Corvisart, et lorsqu'on 1703, un décret excisa de la capitale et des places fortes tous les.nobles, il se réfugia à Cliauny, en Picardie, chez un apothicaire : il y passa deux ans dans la solitude et dans l'étude des lettres (I). En 1797 il revint dans la capitale, se lit libraire, et s'étabjit dans une boutique, au coin de la rue du Bac, en (ace du Pont-Royal. Il avait trente ans quand LL commença a se (aire imprimer, et son premier ouvrage lut une satire : la Fin du 18* tiiclt (1799). L'Juslitut tenait alors ses séances au Louvre, ci voici les deux premiers ver* du satirique :
le ne puis plus garder un coupable silence: La sottise en personne au Louvre a pris séance.
Excepté Pernardin de St-Pierre et Képomucéne Lemercier, aucun poète, aucun litteraieur ne trouve grâce devant Colnct. C'est ainsi qu'il affaiblit luimême les traits railleurs et mordants dont U poursuit les médiocrités littéraires qui sont toujours en nombre dans les académies. On remarque d'ailleurs dan? cette satire quelque* vers dignes de Gilbert, et des traits rapide» :
Un sot e*t toujours sot, même au sein des honneurs. Le clinquant passera, l'or a toujours son prix.
A la même époque, Colnct publia une seconde satire intitulée Jlfon Apologie, où l'on remarque la même verve caustique et la même exagération, qui ne tardèrent pas à déborder dans ses Ètrennes à l'Institut (1799-1800) : ce sont deux pamphlets io-li, auxquels il ne mit pas son nom. Voici la lin de l'avant-propos des Êlrennes de l'an 9 (I800J; il s'adresse aux membres de l'Institut : « Peu irez donc « dans le néant, vous que le néant vit naître... déjà « le mépris public vous a enveloppés... Malheur et « hontç a celui de qui l'on dira : // fui de l'Jnstim tut. » C'était passer toutes les bornes. Encore si l'auteur se fût contenté de dire que Delille, Laharpc et Fonlancs avaient été écartés de l'Institut I Mais, en faisant une cliarge générale, il ne blessait personne, et l'auteur restait seul, avec tout son esprit, sur le champ de bataille. Les membres de l'Institut ne suffisaient pas à ses rancunes, et il attaquait beaucoup d'autres écrivains. Le goût ne pouvait approuver toutes ses plaisanteries ; je ne citerai que celleci : « Et vous, Cubières, quittez Lisette et les Mu- « ses, qui se plaignent également de votre impuis- « sanec. » Ce fut à la même époque (1800) que Colnct se mit à publier (toujours sous le voile de l'anonyme) un recueil périodique mensuel, sous ce litre : Mémoires secrets de la république des lettre*,
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(t ! On ne Mit pourquoi ta mittrtti tt pittoraeu font de Colnrt an »ouuo4 irai vKeirt ie fMfue 4e
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ou Journal d'opposition HUéraitt. Cette était faite à coups d'épingles, oui» a<»sex avec plus de malice que de sens, avec plus d'esprit que de raison. — ? Le 18 brumaire versa la république dans le consulat pour renverser bientôt le consulat dans l'empire. Culaet avait espéré que Bonaparte ambitionnerait l'honneur de rétablir l'ancienne monarchie des Bourbons; et, de leur côté, les partisans de la république se flattaient que ie consul n'oserait ou ne pourrait ceindre lui-même la couronne. Le poète Lebrun chantait ainsi ses espérances:
Le peuple souverain, qu'un héros sut défendre, N'obéira qu'aux lois;
Jusqu'au troue des rois.
Cependant l'heureux Bonaparte y descendit en croyaut y monter. Dés lors Colnct, qui avait admiré le guerrier, qui même dans ses Mémoires secrets, avait inséré une ode à sa louange, entreprit de mêler une opposition politique à son oj>position littéraire. Le général Bertrand, son ancien camarade de collège, voulut en vain le faire entrer dans ses vues, et l'engager dans la fortune du premier consul : il le ht inviter, par un de ses amis, à venir le voir au diàteau des Tuileries. Colnct répondit : « Dites-lui « où je demeure, et, s'il veut me voir, qu'il vienne 1 a Ce fut sous le consulat que parurent deux pamphlets littéraires de Colnet ; la Guerre des petits dieux, poème héroïco-burlcsque (181X1), et la Correspondance turque contre Laharpc (1802). L'auteur garda l'anonyme : il n'avait encore rien publié sous son nom. — Napokon s'était fait empereur, lorsqu'en 1805 Colnet réunit son magasin de librairie du coin rlc la rue du Bac à celui qu'il avait déjà sur le quai Malaquais, cl qui n'était séparé de litote! de lu |*> lice générale que par un mur mitoyen. Là, dans un cabinet que ses amis appelaient sa caverne, se réunissaient des écrivains qui, pour la plupart, étaient peu favorables au gouvernement impérial. Le fameux comte Béai venait quelquefois visiter la caverne, et disait : « On sait que vous dabaudez ; mais vous « n'êtes pas dangereux. ; on vous connait pour de* « principiers. » Colnet publia, sous l'empire (1810), l'Art de dîner en ville, à Fusagê des gens de lettres, poème en 4 chants, qui a eu trois éditions. C'est un badinage ingénieux, plein de verve, de gaieté, et qui n'est pcut-élre pas inférieur au poème de la Gastronomie. Mais l'auteur donne aux gens de lettres des conseils qu'il suivit peu lui-même; car, dit un biographe qui fut son ami, « c'est a peine si, dans « le cours de sa vie, il a dlué dix fois en ville. * En revanche, il allait souvent dîner, avec quelques amis, au cabaret, pour fuir l'étiquette, et aussi pour économiser son temps, qu'il appelait sa richesse. Il avait recueilli, en 1800. les Satiriques du siècle, au nombre desquels il se comprit lui-même, et qu'il fit imprimer en 7 vol. iu-8". — Dans les premiers temps de la restauration, quelques royalistes se réunissaient encore à la caverne de Colnet. Cest laque, surtout dans les momcjUs de crise, il* venaient, ici
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uns pour apporter des nouvelles, les autres pour
en demander. Dans l'hôtel de la police générale* continu à la bouliquc et à la carême, on voyait avec inquiétude ces réunions ; et, à cette époque, Colnct publiait des articles assez hostiles, intitulés : le Foisin de Son Excellence (I). Plusieurs fois, le ministre essaya, sur l'inflexible libraire, des moyens de corruption. Sous prétexte d'acheter des livres, des émissaires venaient proposer a Colnet d'acheter son silence et la clôture de sa caverne, In jour, il parut vouloir réfléchir aux propositions qui lui étaient faites, et il remit les ambassadeurs au lendemain, en leur fixant une heure : c'était aile de son dîner. Les ambassadeurs furent exact»; un Intime était présent. Le journaliste libraire, petit Fabricius, mangeait un potage dans une écuelle de terre, et un morceau de bœuf figurait seul sur sa table. « Khbienl « vous étes-vous décidé? — Oui: dites a votre mailre « que vous m'avez vu diner, cl que mes repas n'arw a noncent guère que je puisse me laisser tenter par u son or : je n'ai plus rien a vous dire. » Les deux émissaires confus se retirèrent, «I le voisin de Son Excellence continua d'ouwïr sa caeenw. 11 avait entrepris depuis 1810, avec plusieurs collaborateurs, la rédaction du Journal des arts, qui commença sa réputation comme journaliste, et, dés cette é|>oquc, 11 ne cessa, dans tout le reste de sa vie, de travailler à divers journaux ( le Journal de Paris , le Journal général, la GazeUt de France). Ses feuilletons et ses articles eurent souvent le succès de la vogue* Ce fut en 1811 qu'il devint on des plus utiles collaborateurs du Journal de Paris: il l'était encore pendant les cent jours (1815} , lorsqu'il fut arrêté comme prévenu de correspondance avec Gand. On le conduisit à la préfecture de police, et sa détention eût pu se prolonger sans l'intervention do M. Jay, qui obtint de ftéal sa mise en liberté. Après la seconde restauration, Colnct prit part à la rédaction du Journal flnéral, et, lorsque cette feuille fut devenue ministérielle, il passa à la Gasette de France, où ses feuilletons cl ses articles élevèrent, pendant plus de quinze ans, la fortune du journal et la réputation du journaliste. 11 était presque le seul de ses confrères qui signât alors son nom en toutes lettres, et le seul peut-être qui n'eût pas eu besoin de signer ses articles; car il avait un style à lui , une manière à lui ; et si cette manière n'était pas toujours assez sage et sans reproche, du moins elle portait son empreinte facile à reconnaître. En I8Î1, un premier Choix dos articles de Colnet fut publié soUs ce titre : l'Uermitc du faubourg ShGermafn, 2 vol. in-8°. Colnt t avait plusieurs fois attaqué, avec des traits Incisifs, ces mémoires apocryphes qui compromettaient plus ou moins la réputation des j>ersoiinagcs sous le nom desquels ils étaient publiés. Le ministre Corbière, qui aimait le libraire journaliste , lui écrivait en 182S) : o Continuez, mon cher Colnet, d'exprimer tout le « mépris de* honnêtes gens pour ces incroyables u mémoires qui sont aujourd'hui à l'ordre du jour
U) Ces articles ont éle riants dm ClltrmUt i» fMttmrf Sl-€er- *a»,Pariî,«iS,Jvol.uH3.
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« cliez vos libraires ; et, puisque ces vilenies trou* « vent des lecteurs pour les encourager, qu'elles trou* a vent aussi des juges qui ne se lassent pas do les « flétrir. C'est une bonne œuvre que vous nous de* o vez pour la réputation future de notre pauvre siô* « de ; je ne puis mieux le recommander qu'a vous, u Conservez-moi, mon cher ami, une part dans voira « souvenir eu faveur de notre vieille amitié. » Ert 1829, Colnct s'était retiré à Belle ville, sans cesser de fournir hebdomadairement à la Gazette des ar* licles dont il mêlait le travail avec celui de la culture des fleurs. Ln jour un mauvais plaisant, le voyant s'avancer vers la barrière, s'avisa de le signaler comme un fraudeur chargé d'esprit; un commis, qui n'en avait guère, comprit qu'il était chargé de liquides spiritueux : il l'arrêta, et ce ne fut qu apréfl avoir été rigoureusement tâlé, fouillé, examiné, que le prétendu contrebandier fut relâché. Colnet, qui aimait les jeux de mots, rit en apprenant plus tard qu'il avait été victime d'un calembour. — On croira facilement qu'avec ses principes politiques, Colnet ne put voir, sans un extrême déplaisir, lesévénemenu) lie juillet. Depuislongtempsilprevoyait.il annonçait uue révolution, mais non encore celle de 1830. Il était convaincu que tout Unirait par le sabre, et il avait dit plusieurs fois : « Celui qui doit nous pou- <i verner un jour fume à présent sa pipe dans qoel- « que corps de garde. » Il avait deux pensions, chacune de 1,200 francs, l'une sur la cassette du roi» l'autre au ministère de l'intérieur; il perdit la première à l'avènement de Louis-Philippe ; la seconde fut supprimée par U. Galant; et Colnet réfléchit alors< mais sans se repentir, qu'il s'était souvent moqué des doctrinaires, de leurs canapés et de leur quaii. Il perdit aussi, en 1850, une somme considérable qu'il avait conliée u une maison de corhmerce : il ne lui resta plus que 5,200 lianes, prix annuel de sa collaboration a la Gasette. Mais, comme il vivait de peu, il |H>uvail se trouver riche encore. Persuade que la plupart des besoins de la vie étaient ceux qu'on se créait soi-même, il était négligé dans sa toilette et dans son ameublement; il dlliail souvent au cabaret, et imssait pour être plus qu'économe. Il se couchait entre huit et neuf heures du soir, se levait à quatre heures du matin, recevait beaucoup de visites, et n'en rendait jamais. Il vivait retiré, plus occdpé do faire du bruit dans le monde avec sa plume qu'avec sa parole. U y avait de l'originalité, même un peu de cynisme dans sa vie, comme dans ses écrits. Colnet fut douloureusement affecté, le 15 février 1831, lorsque, en passant sur les quais pour retourner ù sa maison de campagne, il vit flotter sur la Seine la bibliothèque de l'Archevêché. C'était Itd qui, sous le cardinal Fesch,availmis en ordre celle bibliothèque et en avait rédigé le catalogue : elle contenait alors environ 50,000 volumes. L'aclede vandalisme dont le hasard le rendit témoin arracha de vives paroles à son indignation. 11 venait de se faire construire à IJellevillc une petite chaumière, et il l'habitait à peine depuis deux mois, lorsque, pendant l'invasion du choléra, il mourut, le 29 mai 1832, sans agonie, ayant conservé toute sa raison, et consolé par