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que HrosvUa n'était qu'un nom de baptême ou de religion. Quel fut son nom de famille? on l'ignore; tout ce qu'on peut affirmer, c'est que sa naissance était illustre , car le monastère de Gandersheim , fondé par Ludolphe , arrière-petit-fils du fameux Witikind , ne compte dans la liste de ses abbesses que des princesses de sang impérial ou ducal. Les trois abbesses qui précédèrent Ilrosvita sont llatumoda, Gcrbcrge et Christine, toutes trois filles du duc de Saxe Ludolphe et de la duchesse Oda. Sclnecccr (l'adagogia, part. I, tituL De usuris) avance que Ilrosvita était fille d'un roi de la Grèce; mais cette extraction romanesque est d'autant moins probable que des Allés allemandes étaient seules admises à Gandersheim. Plusieurs chroniqueurs disent avec plus de vraisemblance qu'elle appartenait à la famille ducale de Saxe. Un catalogue manuscrit des abbesses de Gandersheim (Lcuckfcld, Antiquit. Gandesh., p. 217) la qualifie de fille du duc Othon l'Illustre, second fils de Ludolphe et père de l'empereur Henri l'Oiseleur; mais les historiens ne donnent au duc Othon qu'une fille nommée Adélaïde , qui mourut abbesse de Quedlimbourg. Ilrosvita étuil déjà religieuse au monastère de Gandersheim quand elle fut appelée à sa direction en 905 (Ilenr. Bodo, Synt. eccles. Gand. . ap. Leibn. Script. Bruntv. , t. 3, p. 710). Quelque distinguée que fût sa naissance, Ilrosvita était par ses talents seuls digne de celte fonction éminente. Une chronique citée par Meibomius (Rer. Germ. script.. 1. 1 , p. 700) parle comme il suit de celte femme remarquable : « Elle excellait en plusieurs sciences, parlicu- « fièrement dans la logique et la rhétorique , « comme le prouvent ses livres et ses manuscrits. « Elle a composé en effet un traité de logique « très-célèbre. » Ce traité ne nous est pas parvenu. Il serait possible que la Vie (en prose) de St-Willibald et St-Wunibald, attribuée par Casimir Oudin (SuppL de script, eccles. a Bellarmino omissis . ad annum 080) à l'illustre nonne Ilrosvita , et qui évidemment lui est antérieure, comme Outlin l'a reconnu (Comment, de script, ecclesiast. , t. 2 , p. 508), fut un ouvrage de Hrosvila l'abbesse. Ces vies sont imprimées dans Canisius (Lect. antiq., t. 4), dans Mabillon (Sacul. M. Sa ne t. sancti ilened.. t. 2, p. 170), et dans Surius (Act. Sanct.). Comme l'histoire de cette époque n'est jamais exempte de légendes superstitieuses, on a raconté que cette -pieuse abbesse eut le pouvoir d'arracher des mains du diable un pacte ou cédule qu'un jeune imprudent avait signé de sou sang (Selneccer, loc. cit.). Cette aventure a , comme on le verra, des points de ressemblance si frappants avec deux légendes mises en vers par la seconde Ilrosvita, qu'il est aisé de reconnaître dans cette croyauce populaire un des ellets de la confusion très-ancienne qui s'établit entre la vie comme entre les œuvres de ces deux femmes. Ilrosvita ne gouverna que pendant trois années le monastère de Gaudersheim. Elle mourut , en grand re-
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nom de sainteté, l'an 906 (Gasp. Bruschius, CkronoL tnonast. Germon., p. 233), d'autres disent à tort , croyons-nous , en 926 ( Chron. Hildesh. , ap. Leibn.. Scr- Dr., t. 1 , p. 743), dans les deux cas , avant la naissance de son illustre homonyme. M — g — w.
HftOSVITA ou HROTSVrT, religieuse, ou, comme quelques-uns disent , chanoinesse au couvent de Gandersheim, près du fleuve Ganda, s'illustra par ses écrits en vers et en prose pendant la dernière moitié du 10* siècle. La vie de cette femme célèbre, sur laquelle on ne possède guère d'autres renseignements que le peu qu'elle nous apprend d'elle-même, a donné' lieu à des erreurs d'autant plus graves que ses écrits, source à peu près unique de son histoire , ont été plus longtemps moins étudiés et moins connus. On ne s'accorde même pas sur son nom, que l'on trouve écrit fort diversement. Nous avons heureusement le moyen de le fixer d'une manière à peu près certaine. Dans un manuscrit de ses œuvres, qu'on peut voir à Munich , et qui est presque contemporain , elle se nomme elle-même Urotsvit, et quelquefois, en élidant le T du milieu , Hrosvit. Il n'est donc pas douteux que tel n'ait été son nom ou surnom ; je dis surnom, car cette poétique appellation, qu'elle traduit par Voix éclatante, « Ego clamor valtdus Gandeshemensis « (In sex comadias suas prœfatio) a bien l'air de n'avoir élé qu'un nom de baptême ou de religion. Cette interprétation, fournie par elle-même et adoptée par Jacques G rinun (Lateinische GedicAte des X und XI Jh. . Gœt- • lingue, 1838, p. 9), détruit l'explication plus racieuse du nom de Ilrosvita, que J.-Christ. ottsched (Xœthigcr Vorrath sur Geschichte der deutsclien dramatischçn Dichlkunst . 1757, t. 2, p. 15) avait proposé de traduire par Rose blanche. ainsi qu'une autre étymologic, rapportée par les IJollaudistes (Act. Sanct. Jun., t. 5, p. 205), et tirée ab equis pascendis. Cette interprétation ruine du même coup une hypothèse hasardée par Martin-Fred. Seidcl dans ses Icônes et elogia tirorum aliquot prœstantium , etc., 1070, in-fol. Ce biographe avait avancé d'après Knesebeck, mais sans désigner l'ouvrage où ce paradoxe est consigné, que le II initial de Ilrosvita n'est pas le signe d'aspiration en usage au moyen âge dans les mois germaniques tels que iirabanus , Urodolphus, licarolus et beaucoup d'autres, mais l'abréviation de Uelena; et, sur cette supposition, il prétendait que le nom de Ilrosvita cachait celui de Uelena a Russow, faisant ainsi descendre l'illustre nonuc d'une ancienne famille saxonne, mentionnée dans la Chronique d'Enzelt, p. 00, mais qui, suivant Goltschcd, ne remontait pas à beaucoup près au 10* siècle. Le même Seidcl a joint à sa notice sur Ilrosvita un portrait dont il ne fait pas connaître l'origine. Cette image qui a été reproduite dans les Antiquités de Lcuckfcld , l'édition de Schurzflcisch, le Diarium theologieum (Fortgesetitc Sammiung v. ait. und neuen t/teotog. Sachen, 1732,
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p. 678) et même dans le Mercure allemand de Wieland (1803, 1. 1, p. 258), n'en parait pas pour cela plus authentique. On s'est trompé d'une manière plus grave encore sur le temps où elle a reçu. D'abord, il faut citer comme un singulier exemple de préoccupation nationale l'opinion de l'Anglais Laurent llumphrey, qui , jaloux de conquérir cette muse à sa patrie, n'a rien trouvé de mieux que de la confondre avec la poétesse anglaise Hilda lleresvida, qui vécut au 7« siècle (1). 11 ne servirait de rien à ce critique trop patriote de prouver , comme il s'efforce en vain d'y parvenir, que Hilda vivait au 9» siècle, puisque Hrosvita ne vécut pas plus au 9» qu'au H" siècle, double erreur contradictoire, dans laquelle, pour le dire en passant, on n'est pas peu surpris qu'ait pu tomber le savant Trithème (Lib. de script, eccles.. in-4°, 1512, p. 8D) (2), on n'est pas moins étonné de voir du Gange classer Hrosvita parmi les écrivains du 12« siècle (Index scriptorum média et wjimtr latinitatis). \\ suffit de jeter les yeux sur le poème de Hrosvita intitulé Panegyris sfoe historia Oddomm, et sur la dédicace à Othon II, qui le précède , pour être certain qu'elle florissail dans la seconde moitié du 10e siècle ; mais il est plus malaisé de déterminer exactement la date de sa naissance et celle de sa mort. Hrosvita nous apprend elle-même (Carmen de constrnet. cœnob. Gcmdeth., v. 532, seqq.) qu'elle vint au monde longtemps après le trépas d'Othon l'illustre, duc de Saxe, arrivé le 29 novembre 912 (lselin, Hist. Lexic, Bâle, 1726, in-fol. t. 3, p. 753). Elle se dit, dans la préface de ses œuvres en vers , un peu plus âgée que Gerberge II , fdle du duc Henri et nièce de l'empereur Othon \«, ordonnée abbesse de Gandersheim, l'an 957 ou 59, et née, suivant toute apparence, vers 940. Il résulte de ces deux témoignages combinés que Urosrita naquit nécessairement entre les années 912 et 940, et beaucoup plus près de la seconde date que de la première. L'époque de sa mort est encore plus difficile à fixer. Un seul fait est certain, c'est qu'elle vivait encore en 973, puisqu'elle dédia à Othon 11, réconnu empereur cette année* là même , le poème qu'elle a consacré à la gloire de la maison de Saxe. Si nous ne nous sommes pas trompés dans nos calculs précédents, elle avait alors environ quarante ans ; Casimir Houdin dit que Hrosvita mourut l'an 1001 (Comment, de script, ecclesiast., t. 2, p. 506) ; il se fonde sur ce qu'elle a célébré les trois premiers Othon. Le premier livre que nous avons du Panégyrique s'arrête à la mort d'Othon le Grand ; mais le titre même (Panegyris Oddonum) prouve que nous ne possédons que le commencement du poème. La seconde dédicace adressée à Othon H précédait
(I) Martin Seldcl M les autre* écrivains qui ont t. futé cette {(range asserUon ont négligé le citer le livre où elle est émise.
Trithéme a évité cette double faute dan* deux autre» ouvrages où il parle de Hrosvita : 1* De viruilltutrib. Germa»., P- la», «d. FraMoAut-i Uinaugiens., t. I , p. II».
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probablement un second livre consacré à ce prince. Enfin , on lit dans la Chronique des évoques d'Hildesheim que Hrosvita a célébré les trois Othon. Elle entra jeune au monastère de Gandersheim et y reçut une éducation à la fois religieuse et poétique. Dans les études de cette illustre maison , sorte d'oasis intellectuelle jetée au milieu des sables de la barbarie, on mêlait à la lecture des livres saints celle des vers de Virgile et des comédies de Térenoc. Un des biographes de Hrosvita (Henr. Bodo, Syutagm. de ecct. Gond.) nous assure qu'elle était même versée dans les lettres grecques. Elle parle avec une naïveté modeste de ses premiers essais. Dans la préface en prose, placée à la tête de ses poésies, elle sollicite l'indulgence pour les fautes qu'elle a pu commettre contre la prosodie et la grammaire, alléguant pour excuse la solitude du cloître, la faiblesse de son sexe et son âge encore éloigné de la maturité. Elle ne s'est proposé, dit-elle , d'autre but en écrivant ses vers que d'empêcher le faible génie que lui a départi le ciel de croupir dans son sein et de se rouiller par sa négligence ; elle a voulu le forcer à rendre sous le marteau de la dévotion un faible son à la louange de Dieu. Dans une invocation en vers élégiaques, qui précède son Histoire en vers de la Ste-Vierge, elle demande à la Mère de Dieu de lui délier la langue, et rappelle modestement, à cette occasion, l'ânesse de l'Ancien Testament, a laquelle Dieu daigna accorder la parole. Hrosvita mentionne avec reconnaissance ses deux principales maîtresses : l'une fut une religieuse obscure, nommée Itikkarde, l'autre la jeune abbesse Gerberge elle-même, qui, moins âgée que son élève, avait cependant sur elle la supériorité de connaissances qui convenait à une princesse de sang impérial. Hrosvita lui a respectueusement dédié plusieurs de ses ouvrages ; mais bientôt l'écolière surpassa ses maltresses et même ses maîtres ; car, si elle gémit dans la préface de son premier recueil d'être dépourvue des conseils des hommes habiles, on voit par l'épltre qui précède ses comédies (Efjistola ad quosdam sapientes, hujus libri fautores et emendatores) que l'attention et les suffrages des hommes les plus éminents de l'Allemagne ne lui manquèrent pas longtemps, et qu'elle reçut bientôt de toutes parts des encouragements et des éloges. En effet , les écrits de cette femme illustre sont de ceux qui honorent le plus son sexe, et qui, malgré quelques défauts inhérents à l'époque où elle a vécu , relèvent le mieux le 10* siècle de l'accusation de barbarie qu'on lui a trop légèrement prodiguée. Un des anciens biographes de Hrosvita (Henr. Bodo, loc. cit.), termine sa vie par ce trait : Rara ans in Saxonia visa est. C'est trop peu dire. Cette Sapho chrétienne, cette dixième muse, comme l'appellent ses compatriotes, ne fut pas seulement une merveille pour la Saxe: elle est une gloire pour l'Europe entière. Dans la nuit du moyen âge on
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trouverait difficilement une étoile poétique plus éclatante. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les ouvrages de Hrosvita sont tous écrits en latin , seule langue alors usitée en Occident pour les compositions littéraires. II existe deux éditions de ses œuvres. La première a été donnée en 1501 à Nuremberg, en un volume in-folio, par Conrad Celtes , poète lui-même , et , qui plus est , poète lauréat de l'empereur Maximilien. La seconde, qui n'est qu'une simple réimpression, augmentée d'éclaircissements et de préfaces, fut donnée en 4717 et non en 1707, comme le titre le porte par erreur, à Wittenberg, en un volume in-quarto, par Léonard Schurzfleisch. Ces deux éditions reproduisent à peu près textuellement un beau manuscrit du 11* ou peut-être de la fin du 10* siècle, qui du couvent de StEmméran, à Katisbonne, où Celtes le copia et où Gottscfaed le vit encore en 1719, a passé dans la bibliothèque royale de Munich. Ce manuscrit est divisé en trois livres, précédés chacun d'une préface. Le premier renferme huit poèmes ou histoires pieuses mises en vers ; le second contient six, ou, comme nous chercherons à l'établir, sept comédies en prose ; le troisième, un poème intitulé le Panégyrique ou l'histoire des Othon. Us deux éditeurs ont eu le tort de changer sans motif la disposition du manuscrit, qui nous parait offrir l'ordre véritable et chronologique dans lequel ces productions ont été composées. En effet, l'auteur montre dans la préface de son dernier livre (le Panégyrique) beaucoup moins de timidité et de défiance en ses talents que dans la préface de ses comédies , et surtout que dans le préambule de ses poésies mêlées. Voici le contenu des trou parties. Le 1** LtVKK {Opéra carminé eonseripia) se compose des huit récits suivants : 1° L'Histoire de l'immaculée Vierge Marie, mère de Dieu, tirée du Prot-évangile de St-Jacques , frère de Jésus (J.-Alb. Fabric. , Cod. apocrypk. Xav. Testant.. 1. 1", p. 40 seqq.) ; 859 vers hexamètres léonins. comme tous les hexamètres de l'auteur ; 2° Y Histoire de {ascension de Nôtre-Seigneur. Cette pièce, composée de 150 vers hexamètres, a été faite sur une traduction du grec en latin, due à Jean l'évéque. 3° La Passion de St-Gandoife, martyr ; 564 vers élégiaques. L'auteur a employé ici un mètre moins grave que dans les pièces qui précèdent et qui suivent , sans doute parce que le sujet est, comme on va le voir, comique plutôt qu'héroïque. Gandolfe , qui vivait au milieu du 8« siècle, sortait de la tige royale des Burgondes. La sainteté de ce jeune prince était si grande qu'il reçut le don des miracles. Il épousa une fort belle femme , que Hrosvita nomme Ganea. probablement par allusion à ses mœurs dissolues. Elle s'abandonna bientôt à un clerc de la maison de son mari. L'adultère fut prouvé par l'épreuve de l'eau. Ganea se brûla la main et le bras en les plongeant dans une cuve d'eau tiède. Au lieu d'accepter le pardon que lui offrait généreu-
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sèment son mari, elle le fit assassiner à Varennes en Bourgogne. Plusieurs miracles opérés sur le tombeau de St-Gandolfe furent rapportés à cette méchante femme, qui s'en moqua dans des termes très- immodestes : Wracula mm seeus ut ventrù crepitum existimatit. Elle fut aussitôt punie de cet impur blasphème par un châtiment digne de sa faute : ■ In pana perfidiam (sic; tenter ilti quoad viverel perpétua erepahat. » Ce sujet de poésie, singulier surtout dans un couvent, prouve que 1« badinage et une gaieté même assex grossière n'étaient pas entièrement bannis de ces pieux asiles. 4° La Passion de St- Pelage à Cor doue. Ce poème, composé de 404 hexamètres, est le récit d'une aventure que Hrosvita mit en vers, d'après une relation qu'elle tenait d'un témoin du fait. Cette circonstance dénote des rapports remarquables entre l'Allemagne et les habitants de la Péninsule, Maures ou Espagnols. Aussi rencontre-t-on dans cette pièce plusieurs hispanisme? singuliers, entre autres, l'emploi du mot rostrum pour faciès. L'action se passe du temps d'Abrahamen , c'est-à-dire d'Abdalrabman , ou, comme nous disons , d'Abdérame III. Lors de l'expédition de ce prince en Galice, entre les années 940 et 945 , le père de Pelage ayant été fait prisonnier par les Maures , ce jeune Galicien obtint d'être emmené captif à Cordoue à la place de son père. La beauté de ce jeune homme l'exposa aux outrages des Sarrasins. Ayant refusé de servir aux plaisirs infâmes de leur chef, il fut précipité du haut du rempart dans le fleuve. Recueilli par des pêcheurs, il fut achevé par les soldats du tyran. Ce poème , qui a été réimprimé plus correctement par lesfioUandistes [Acta Sanctor.. 20 jun., t. 5, p. 209, seqq.), diffère en plusieurs points de la relation du père Raguel , insérée dans le même recueil. 5° La Chute et la conversion de Théophile , vidame ou archidiacre d'Adona en Cilieie (et non en Sicile, comme le disent à tort les deux éditions de Celtes et de Schurzfleisch) ; 455 vers hexamètres. Cette légende , qui se rapporte environ à l'an 538, a été insérée dans les Bollandistes (Ad. Sonet.. 4 feb., t. 1er, p. 480, seqq.). C'est l'histoire d'un clerc qui par ambition se voue au diable. Cettedonnée fantastique a été pendant le moyen âge le texte de beaucoup d'ouvrages d'imagination. Elle a été, entre autres, mise en drame, au 13* siècle, par Rutebeuf, sous le titre de Miracle de Théophile. ( Œuvres complètes de Rutebeuf, publiées par M. Jubinal , 1839, in-8°, t. 2, p. 79 et suiv.). Cest vraisemblablement l'origine de la légende de Faust. 6° L'Histoire de la conversion cT un jeune esclave exorcisé par St- Basile. Dans ce poème , composé de 249 vers, ce n'est plus par ambition, mais par amour, que l'esclave d'un riche habitant de Césarée se voue au diable. Êperdument amoureux de la fille de Protérius , que son père destinait au cloître, ce jeune homme, aidé de l'esprit malin, parvint à se faire aimer d'eUe, et
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l'épousa, au grand déplaisir de sa famille. Cependant la jeune femme, s'étant bientôt aperçue que son mari n'osait pas entrer dans l'église, devina la vérité. Elle sollicita aussitôt et obtint le divorce, et, suivant son premier dessein, se voua à la rie monastique. Cependant le jeune homme, repentant de son crime , fut exorcisé par St-Basile, qui contraignit le démon à rendre la cédule que l'imprudent avait souscrite. 7° L'Histoire de la passion de Si-Denis, illustre martyr; 266 vers hexamètres. Dans ce poëme, calqué sur la légende (/1c/. Sanct. , 9 octobre, t. 4, p. 696, seqq.), le voyage miraculeux du saint décapité est peint en traits qui ne manquent ni de poésie ni de grandeur. 8° L'Histoire de la passion de Ste- Aenis, vierge et martyre. Le sujet de cette pièce, composée de 459 vers et tirée d'une légende, écrite par St-Ambroise (Act. Sanct., 21 janvier, t. 2, p. 351 , seqq.), est plus délicat et plus scabreux que celui d'aucun des pommes précédents. Agnès, jeune Romaine d'une grande beauté, avait embrassé le christianisme et fait vœu de chasteté. Un jeune homme, fils du comte Sempronius, préfet de la ville , s'éprit de la belle chrétienne , et, n'ayant pu la gagner ni par ses prières ni par ses présents, tomba dans une mélancolie qui fit craindre pour ses jours. Les médecins, ayant découvert la cause de son mal , en informèrent Sempronius, qui commanda avec emportement à l» jeune fille de céder aux désirs de son fils. Agnès restant inébranlable, Sempronius la fit traîner au temple de Vesta , pour y adorer le feu Mcré. Sur le refus d'Agnès , il ordonna qu'on la conduisit nue dans un lieu de prostitution ; mais, au moment de subir cet arrêt , le ciel , pour ménager sa pudeur, permit que ses cheveux grandissent au point de tomber jusqu'à ses pieds , comme un voile. Le fils du préfet , l'ayant poursuivie dans ce lieu infâme, n'eut pas plutôt porté la main sur elle qu'il tomba mort à ses pieds. Le père, au desespoir, accusa la jeune vierge de magie; Agnès, pour se disculper, demande au riel et obtient la résurrection du jeune insensé. Le père et le fils se font chrétiens. Cependant les prêtres païens poursuivent la condamnation d'Agnès; celle-ci , qui consent au martyre, meurt *ms l'épée du bourreau, et va prendre place auprès de Jésus-Christ dans le chœur immortel des vierges. 2* LrvtE. Six comédies, savoir : Galbtanus; Du latins; Callimachus ; Abraham; Paphnuàus; Saptentia. sive Fiées, Spes et Charilas. Celte annonce de six comédies portant la date du W siècle doit paraître à nos lecteurs un fait inouï et absolument incroyable. Dans ce temps de pleine féodalité , le nom seul de comédie semble un anachronisme. Durant cette laborieuse époque de concentration religieuse et de morcellement politique, il semble qu'il n'existât pour le drame ni poète, ni scène, ni spectateurs. Cependant, en examinant avec plus d'attention l'espace obscur qui sépare le 4* siècle du 13* siècle, on a
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fini par s'apercevoir que le génie dramatique n'a pas manqué aussi complètement à cette époque qu'on l'avait d'abord supposé. A la place des vastes théâtres et amphithéâtres qui avaient autrefois réuni d'immenses populations dans une même idée comme dans une même enceinte , la féodalité vit s'agrandir et monter vers le ciel ces immenses cathédrales où la religion , à de certains jours, réunissait, sans les confondre, tous les ordres de l'État, les barons et les clercs, les vilains des cités et les serfs des campagnes. Aussi est-ce dans les temples chrétiens, ces lieux de passagère réunion, ouverts à tous pendant la période féodale , que commença à poindre le génie dramatique moderne ; car ce lieu était alors le seul qui, malgré la division des forces sociales, offrit ce dont le drame a besoin avant tout, un grand auditoire , capable de s'unir dans une pensée sympathique et de recevoir une émotion commune. Il en fut de même et mieux encore des monastères, asiles privilégiés de l'aristocratie cléricale, qui s'ouvraient aussi à toutes les conditions, et qui, à de certains jours, admettaient même des séculiers à leurs fêles. Dans tes sanctuaires de la science et de la piété, le drame religieux put se développer plus libre , plus dégagé de l'inflexibilité du dogme, plus cultivé, plus poétique. C'est là proprement qu'on peut trouver le drame au moyen âge. Les six comédies de Hrosvita sont un des plus curieux échantillons de cette littérature monastique ; elles sont un des chaînons les plus brillants, et peut-être le plus pur, de la série non interrompue d'œuvres dramatiques qui lient le théâtre païen expirant au 5* siècle au théâtre moderne renaissant au 13* dans toutes les contrées de l'Europe. On peut deviner , d'après la nature des sujets mis en vers par Hrosvita , quelle sera la couleur générale de son théâtre. Honorer et recommander la chasteté , tel est le but presque unique que se propose la pieuse nonne. C'esf à cette louable intention qu'il faut attribuer ce qu'il y a ordinairement d'un peu chatouilleux dans les sujets qu'elle s'impose. Elle-même explique ingénument sa pensée dans la préface qui précède ses comédies : « J'ai « voulu, dit-elle, substituer d'édifiantes histoires « de vierges pures aux déportements des femmes « païennes. Je me suis efforcée, selon les facultés « de mon faible génie (juxta mei Jacultatem tiije- « nioli), de célébrer les victoires de la chasteté, « particulièrement celles où l'on voit triompher « la faiblesse des femmes, et où la brutalité des « hommes est confondue. » Or, pour montrer ces triomphes féminins dans tout leur éclat , il était nécessaire que ces chastetés de femmes fussent exposées aux plus grands périls. De là le choix de ces légendes, toutes au fond très-édifiantes et très-morales, mais qui roulent presque toutes sur des aventures propres à alarmer la modestie. Il est juste d'ajouter que si les sujets traités par Hrosvita sont pris d'ordinaire dans un ordre de
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faits et d'idée* qui semblent périlleux pour la
décence , la diction de la pieuse nonne demeure toujours aussi pure et aussi chaste que ses intentions sont candides et irréprochables. La première de ces comédies, écrite à l'imitation de Térence (ad amulationem Terentii), suivant la teneur un peu ambitieuse du titre, est intitulée Gallicanus. Suivant une division introduite probablement par Celtes, cette pièce est aujourd'hui coupée en deux actes; mais nous sommes tenté de croire que la légende de Gallicanus et celle de Jean et Paul, qui sont séparées dans les Bollandistes (Act. Sanct., 25 et 26 jun., t. », p. 55, seqq.), ont fourni à IIrosvita le sujet de deux comédies distinctes et qui se suivent, à peu près comme dans Shakspearc les diverses parties de Richard II ou de Henri IV. Ce qui nous confirme dans cette opinion, qui est aussi celle de Gottsched (Nathiger Vorrath, t. 2, p. 19), c'est que la première partie se termine par la formule finale amen, qui dans les drames religieux du moyen âge correspond aux plaudite des comédies païennes; et que la seconde partie commence par une nouvelle liste de personnages. Dans la première pièce, Constantin le Grand , impatient de soumettre les Scythes , charge de cette mission difficile le plus habile de ses lieutenants , Gallicanus , encore païen. Avant de partir, Gallicanus demande à l'empereur de lui accorder , s'il réussit dans cette campagne , la main de sa fille Constantia , dont il est amoureux. L'embarras de l'empereur est très-grand , car non-seulement sa fille est chrétienne, mais elle a fait secrètement vœu de virginité. Constantia conseille à son père de ne donner qu'un vague espoir à Gallicanus; et cependant elle le fait prier d'emmener avec lui à cette guerre Paul et Jean, sesprimiciers; elle prendra, de son coté, auprès d'elle, Artémia et Attica, les deux filles de Gallicanus. Celui-ci, satisfait de ces arrangements , offre un sacrifice aux dieux et se met en marche. Dans une première rencontre, les Scythes , guidés par leur roi firadan , ont l'avantage sur les Romains; les tribuns eux-mêmes lâchent pied. Dans cette extrémité, Gallicanus, par le conseil de Paul et Jean, invoque le Christ, et aussitôt il voit apparaître un ange qui rend le courage à ses troupes et ôte la force aux ennemis. Les Scythes mettent bas les armes et se reconnaissent tributaires de Constantin. A son retour, Gallicanus, converti au christianisme, consent, ainsi que Constantia l'avait prévu, à ce qu'elle entre dans un cloître, et lui-même se voue, comme ses deux filles, à la vie monastique. Dans la seconde pièce, ou le deuxième acte, trois règnes se sont écoulés ; nous assistons à la réaction païenne tentée par Julien. Gallicanus, placé entre l'abjuration et la confiscation de ses biens, persiste dans la foi, et se retire en Égypte, où il périt martyr. Julien , forcé de garder plus de mesure avec Paul et Jean , qui ont rempli de hautes fonctions dans le palais , cherche à les ramener à sou service et
à leur faire abjurer le christianisme. Il échoue dans cette double tentative. Furieux , il ordonne à Térentianus de les mettre à mort et de les enterrer secrètement. Ce crime ne reste pas longtemps impuni. Julien d'abord est frappé; puis le fils du meurtrier , tourmenté par les démons , confesse publiquement le crime de son père et le mérite des deux martyrs. Térentianus effrayé a recours au baptême, et son fils, délivré de la possession, se fait aussi chrétien. Telle est cette pièce , qui , comme les drames historiques anglais, ne dure pas moins de vingt-cinq ans. M. Villemain, qui le premier en France a cité IIrosvita dans une chaire publique, a porté sur la seconde partie de Gallicanus un jugement que nous ne pouvons que répéter : « L'auteur, dit-il ( Tableau « de la littérature au moyen âge, t. 2, p. 260). « dans la prose assez correcte de son drame, fait « habilement parler Julien. Il y a là un sentiment « vrai de l'histoire. Julien ne parait pas un féroce
« et stupide persécuteur La religieuse deGan-
« dersheim a bien saisi son caractère.... sa mode* « ration apparente, son esprit impérieux et iro- « nique. » La seconde comédie du recueil, Dulcitius, est disposée pour exciter le rire et la gaieté. On peut même dire qu'elle dépasse quelque peu les bornes du genre; c'est plus qu'une comédie; c'est une farce religieuse, une parade devote , qui se déploie , chose étonnante ! sans trop de disparate, à coté du martyre de trois héroïques sœurs , Agapé, Chionie et Irène. Dans cette pièce, où les prestiges et le merveilleux dominent, les persécuteurs ne sont pas simplement représentés, suivant l'usage, comme des bourreaux farouches et sanguinaires, mais comme des hommes ineptes, comme des niais en butte aux plus ridicules illusions et livrés aux mystifications d'une main cachée qui se joue d'eux. Cette légende bizarre, écrite par Métaphraste, et plus anciennement par l'auteur inconnu de la vie de Ste-Anastasie, se trouve dans les Bollandistes à la date du 5 avril (t. 1er p. 245). Voici le sujet de cette pièce : les saintes vierges, Agapé, Chionie et Irène, ayant refusé d'abjurer le culte du vrai Dieu, sont remises par l'empereur Uioclétien à la garde de Dulcitius, officier du palais. Celui-ci, les ayant fait enfermer dans le vestibule des cuisines, cherche à s'introduire auprès d'elles pendant la nuit dans une intention criminelle. Mais, aveuglé par un pouvoir surnaturel, il saisit, au lieu des prisonnières, les chaudrons et les lèchefrites, qu'il couvre de baisers. Pour se venger, il condamne ces pieuses vierges à être exposées nues aux regards du peuple; mais leurs vêtements s'unissent si étroitement à leur chair, qu'il est impossible de les en dépouiller, et lui-même donne à la foule le spectacle honteux d'un juge qui s'endort sur son tribunal. L'empereur, instruit de ces prodiges, qu'il attribue à la magie, charge le comte Sisinnius d'accomplir sa vengeance. Agapé et Chionie, livrées aux flammes, sou -
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haïrent de réunir leur âme à lVsprit divin et expirent sans douleur au milieu du brasier. La plu» jeune des trois sœurs, Irène, dont Sisinnius espérait vaincre plus aisément la résistance, suit courageusement l'exemple de ses aînées. Sisinniusonlonne de la traîner dans un lieu de débauche; mais, en chemin , deux anges Têtus en messagers apportent aux gardes l'ordre de conduire Irène au sommet d'une montagne voisine. A la nouvelle de cette dernière déception , Sisinnius s'élance à cheval et court à la montagne ; mais il tourne incessamment alentour, et ne peut ni avancer ni revenir sur ses pas. Enfin Irène , qui consent au martyre , tombe percée d'une flèche et expire en louant le Seigneur. La troisième comédie , Callimaque, tirée de l'Histoire apostolique d'Abdias (lib. 5, de Sancto Johanne, ap. Fabric. Cod. apoer. X. T. t. 2, p. 542, seqq.), est de tous les drames de Hrosvita celui qui par la délicatesse passionnée des sentiments, l'exaltation du langage et le romanesque de la légende , se rapproche le plus du drame de nos jours. On a dit souvent que l'amour est un sentiment moderne, né en Occident du mélange de la mysticité chrétienne et de l'enthousiasme propre aux races dites barbares. Toujours est-il bien remarquable que ce soit Hrosvita, une religieuse allemande, contemporaine des Olhon, qui nous ait légué la première et une des plus vives peintures de cette passion, peinture sur laquelle près de neuf cents ans ont passé et qu'on dirait d'hier, tant nous y trouvons déjà les subtilités , la mélancolie , le délire de l'âme et des sens et jusqu'à cette fatale inclination au suicide et à l'adultère, attributs presque inséparables de l'amour au 19" siècle. Aussi ne voit-on dans Callimaque aucun de ces jeunes ou vieux libertins des comédies de Plante et de Térence, qui se disputent une belle esclave ou marchandent une courtisane. Ce que peint Hrosvita dans Callimaque, c'est la passion effrénée, aveugle, furieuse d'un jeune homme encore païen pour une jeune femme chrétienne et mariée; femme chaste et timorée, au point de demander en grâce à Dieu de la faire mourir, pour la soustraire aux dangers d'une tentation trop vive. Et, en même temps que la pudeur excite de si délicats scrupules dans la conscience de Drusiana, l'amour bouillonne si violemment dans les veines de Callimaque, qu'après la mort Ue celle qu'il aime, il ose, comme Roméo , violer sa tombe à peine fermée et chercher les embrassements qu'elle lui a refusés vivante dans la couche de pierrre où gisent ses restes inanimés. Certes, quand cet ouvrage n'aurait d'autre mérite que de nous montrer un échantillon des sentiments et des paroles qu'échangeaient dans leurs tête-à-tête les amants du 10* siècle et de soulever ainsi un pan du voile qui nous cache ta vie intime et passionnée de ces temps encore mal connus , ce monument, par cela seul , serait pour uou» d'une valeur inappréciable. Mous avons déjà
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rapproché involontairement Roméo et Callimaque. C'est qu'en effet il est impossible de n'être pas frappé des points nombreux de ressemblance qui existent entre cette première esquisse du drame passionné et le véritable chef-d'œuvre du genre, Roméo et Juliette. On aperçoit, au premier coup d'œil, dans ces deux ouvrages, des rapports qui, pour être extérieurs et en quelque sorte matériels, n'en sont ni moins singuliers ni moins notables. Ainsi le dénoûment des deux pièces présente aux yeux un tableau presque pareil. Dans l'un et l'autre, on voit un caveau sépulcral , une tombe de femme ouverte, une jeune morte, fraîche encore, dont le suaire a été écarté par la main égarée d'un amant, un jeune homme étendu mort au pied d'un cercueil. Sur le lieu de celte scène douloureuse et tragique, surviennent , dans l'un et l'autre drame , deux hommes navrés de douleur, mais qui sont maîtres de leurs passions; dans Shakspeare, le père de la jeune fille et le moine Laurence; dans Callimaque , le mari de la jeune défunte et l'apôtre SWean, qui, plus heureux que le franciscain , aura le double pouvoir de ressusciter Drusiana et Callimaque, et de rendre celui-ci à la sagesse aussi bien qu'à la vie. Ce sont là, il faut l'avouer, des ressemblances de personnages et de situations incontestables, mais qui, après tout, ne sont peut-être qu'accidentelles et peu profondes. Ce qui mérite d'être vraiment et sérieusement observé, c'est le ton de mysticité sophistique, qui donne aux plaintes amoureuses de Callimaque un air de si proche parenté avec celles de Roméo. Chose étrange ! la langue de l'amour est au 10* siècle aussi raffinée, aussi quintessenciée, aussi préeieute, qu'au 16» et au 17° siècle! Ouvrez les deux pièces : l'une et l'autre commencent par un entretien de l'amant mélancolique avec ses amis. Eh bien , dans les deux scènes, dont le dessin est presque identique , l'affectation des idées et la recherche des expressions sont égales des deux parts. Seulement, dans le poêle de la cour d'Elisabeth, le jeune amoureux se perd en jeux d'esprit à la manière italienne ; dans Hrosvita , ce sont des arguties scolasliques et des distinctions tirées de la doctrine des universaux d'Aristote. On serait vraiment tenté de conclure de cette ressemblance que la bizarrerie de la pensée , aussi bien que la recherche et le raffinement du langage, sont dans la nature même de ce sentiment si tumultueux, si complexe, si indéfinissable, de ce sentiment qui ne serait plus l'amour, s'il cessait d'être une énigme de vie ou de mort pour le cœur sanglant et l'imagination bouleversée qui l'éprouvent. Les deux comédies qui suivent, Abraham et Vaphnuce, sont comme deux variantes d'une même histoire ; les lieux et les personnages seuls durèrent. Le sujet à* Abraham est tiré d'un hagiograpbedu 4" siècle, de St-Êphrcm, diacre d'Édesse. On peut lire cette légende traduite par Arnauld d'Andiily dans les Vie* des saùUt pire* des diteru