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[éd. 4701, t. 1 , p. 5 17 et suit.)- Malgré la source respectable où a puisé l'auteur, l'action de ce drame pourra bien n'en pas paraître moins hasardée à quelques personnes , et choquera peut-lire la pruderie de nos mœurs. Un saint homme , un pieux solitaire qui quitte sa grotte , s'habille en cavalier, couvre sa tonsure d'un large chapeau militaire et se rend dans un lieu plus que suspect afin d'en retirer sa nièce , jeune sainte déchue , qui s'est envolée un matin de sa cellule pour mener la vie honteuse de courtisane; c'est là une étrange histoire ! Et cependant cette comédie, qui repose sur une donnée si voisine de la licence, a été écrite par une religieuse , jouée par des religieuses , en présence de graves prélats , peut-être devant quelques hautes notabilités laïques, et n'a sans doute pas moins édifié la noble assemblée réunie dans la grande salle de Gandersheim, que les tragédies d Eslher et d'Athatie n'ont édifié le pieux auditoire réuni à St-Cyr autour de Louis XIV et de madame de Maintenon. On remarque dans la comédie d'Abraham un enchaînement de scènes bien liées, un extrême naturel dans les sentiments et dans le langage , en un mot , beaucoup plus d'art que ne semblait en comporter l'âge où vivait l'écrivain. La tristesse que la jeune pécheresse éprouve au milieu de ses désordres , les larmes furtives qui s'échappent de ses yeux pendant le repas qu'elle devrait égayer, enfin la belle scène de la reconnaissance, au moment où, retiré dans un réduit secret et les portes bien closes, l'oncle jette à terre son chapeau de cavalier et montre à sa nièce foudroyée ses cheveux blanchis dans le jeûne et les veilles; les paroles compatissantes du saint ermite , la contrition profonde , les soupirs étouffes de la jeuue pénitente , sont des beautés de tous les lieux et de tous les temps. Le texte de cette comédie a été réimprimé à lireslau par M. Gustave Freytag, 1859, in-8°, mais seulement sur l'édition de Celtes et sans collation du manuscrit de Munich. L'auteur a joint à cette édition une notice intéressante sur Hrosvita. Le sujet de Paphnuce et Thait est tiré d'un auteur grec antérieur au 5e siècle ( Sirlct,G><rr. menoiog. ap. Canit. Antiq. Uetion., t. 2, et Act. tanctor., 8 octobre, t. 4, p. 235). Arnauld d'Andilly a donné place à cette histoire dans ses Vies des pères des déserts (t. 1«, p. 541 et suiv.). On voit dans cette pièce, comme dans la précédente, un ermite quitter sa solitude , pour aller sous des habits mondains convertir une courtisane. Celle-ci , touchée de repentir, jette dans un brasier ses richesses mal acquises et pleure ses fautes pendant trois ans au fond d'une étroite cellule. Ce qui rend ce drame moins pathétique que le précédent , c'est qu'il n'existe pas entre Thaïs et Paphnuce les mêmes liens d'affection et de parenté qu'entre Abraham et Marte; l'auteur, toutefois, a su compenser cette cause réelle d'infériorité par l'effusion la plus abondante des sentiments d'une angélique charité. La mort de Thaïs est une scène à
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la fois des plus naturelles et des plus touchantes. Il faut convenir, en revanche, que dans aucune pièce Hrosvita ne s'est montrée aussi pédante et n'a étalé un appareil d'érudition aussi déplacé. Dans aucune autre pièce, non plus, elle n'a aussi bizarrement substitué les mœurs de son temps à celles de l'époque où l'action du drame est censée se passer. La première scène nous montre Paphnuce donnant à ses disciples des leçons qui n'ont rien de la simplicité qu'on serait en droit d'attendre d'un solitaire. L'auteur a représenté le pieux ermite comme un vrai controversiste du 10* siècle, étalant les arguties les plus abruptes de la scolastique naissante. Nous nous trouvons introduits avec surprise, mais non sans profit, sur les bancs d'une école du 10* siècle. Nous assistons à un cours de théologie morale et naturelle , qui se termine par une leçon de musique, d'après les principes de Martianus Capella et de Boè*ce. Plus loin, Hrosvita nous montre Paphnuce recommandant Thaïs pénitente à la supérieure d'un couvent de femmes. Cette entrevue, qui ne retrace en rien les usages du 5* siècle, nous offre, en retour, un exemple curieux des formules de pieuse courtoisie avec lesquelles s'abordaient et conversaient un évéque et une abbesse dans le siècle et dans la patrie des Othon. Nous ajouterons que des défauts de composition et de costume sont, dans des œuvres aussi anciennes que celles de Hrosvita, non moins piquants et non moins instructifs que ne le seraient des beautés. Le sujet de ces deux pièces, quelque étrange qu'il puisse paraître, a été traite à deux reprises par des modernes, et, il faut le dire , avec bien moins de ménagements et de pudeur. D'abord, Erasme a inséré dans ses Colloques une scène intitulée Adolescens et scortum. C'est un libertin converti qui demande, comme Paphnuce, à une courtisane de le conduire dans le lieu le plus sombre de sa maison, pour n'y être vu ni de Dieu ni des anges , et qui finit par lui faire quitter sa honteuse profession. Ensuite, Decker, poète contemporain de Jacques 1er, a mis au théâtre ce même sujet , sous le titre grossier de The honest tvhore. Dans cette pièce , comme dans celle d'Abraham, un père (mais un père selon la chair, et non pas seulement un père spirituel) franchit le seuil d'une maison de débauche, pour en arracher sa fille tombée au dernier degré du désordre et de l'abjection. Quant à nous, nous n'hésitons pas à dire que pour la délicatesse des sentiments, pour la finesse et la retenue du langage , ponr l'inspiration religieuse et l'élévation morale, la comédie d'Abraham et celle de Paphnuce et Thaïs nous semblent incontestablement supérieures au bel esprit libertin et médiocrement sérieux d'Érasme , aussi bien qu'au cynisme déclamatoire du dramaturge anglais. La sixième et dernière Comédie du recueil, laSapience ou la Foi, f Espérance et la Charité, est la seule pièce où Hrosvita n'ait pas suivi pas à pas la marche d'une légende. En effet, dans ses comédies, de même que dans
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ses poè'mes, la pieuse nonne s'est bien gardée de rien innover. Comme plus tard les grands dramatistes du 10* siècle, elle garde toute son intention pour les détails. La Sapience est la seule pièce où elle se soit élevée à une sorte de création fantastique cl idéale. Ce drame allégorique est un des premiers et, sans contredit, un tles plus remarquables modèles de ce qu'on a appelé dans la suite moralités. L'action, comme on le pense bien, est fort simple. L'empereur Hadrien apprend qu'une femme étrangère, nommée la Sapience, et ses trois filles la Foi. l'Espérance et la Charité, viennent d'arriver à Rome pour y propager le christianisme. L'empereur résout de ramener ces femmes au culte des idoles ou de les faire mourir. Après avoir vainement employé les séductions et les tortures, Hadrien fait mettre à mort les trois jeunes tilles. La mère rassemble leurs membres, et, aidée dans ce pieux office par des matrones chrétiennes, les enterre à trois milles de Home. Alors elle n'émet plus qu'un vœu, celui de mourir en Jésus-Christ, quand elle aura achevé sa prière. Elle élève donc son âme vers le ciel dans un hymne magnifique, et exhale sa vie dans cette sublime aspiration. Cette dernière scène est d'un effet vraiment religieux et grandiose; elle rappelle un peu le dénoûment d'OEdipe à Colone. Ces deux premiers litres sont suitis d'un court épilogue en prose qui leur est commun et qui semble prouter que ces deux recueils, encadrés, en quelque sorte, entre une préface générale et un épilogue, ont été disposés par l'auteur même dans l'ordre où les présente le manuscrit de Munich. Le troisième livre ne contient qu'un seul ouvrage , le Panégyrique des Othon {Panegyris sivehisloria Oddonum). Ce poème, dont nous ne possédons qu'un fragment de huit cent treute-sept vers hexamètres, n'a été, comme l'avoue l'auteur, composé sur aucun document écrit, mais sur des rapports oraux, et pour ainsi dire confidentiels. Ce sont, en quelque sorte, des mémoires de la famille ducale et impériale de Saxe. Bien que les troubles excités par la révolte de Henri, duc de Bavière, surnommé Rixosus, père de l'abbesse Gerberge H, contre son frère, l'empereur Othon Ier, soient fort atténués par la plume officieuse de Hrosvita,ce poème n'en est pas moins un tableau intéressant et véridique des intrigues intérieures qui agitèrent alors la maison impériale. L'importance historique et anecilotique de cet ouvrage fait qu'il a été plusieurs fois réimprimé depuis l'édition donnée par Celtes , d'abord par Justus Reuberus dans les Scriptores rer. Germ.([>. 101 , seqq.), puU par Henri Mcibotnius avec les Wilichindi Annales, 1021, in-4°, et par Uenri Meibomius, neveu du précédent, dans les Scriptores rerum Germon. (t. i , p. 709, seqq.). Outre ces ouvrages, qui se troutent dans le manuscrit de Munich et dans les deux éditions des oeutres de Hrosvita, elle a encore composé un poème de huiteent trente-sept ters hexamètres sur la fondation du monastère de
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Gandershcim ( Carmen de constructione cœnobii Gandersheimensis). Ce poème, précieux pour l'histoire littéraire et monastique des 9» et 10» siècles, a été publié pour la première fois par Leuckfcld (Antiquit. Gandersh., 1709, p. 410, seqq.), puis par Leibnitz (Script. Brunsv., 1710, t. 2, p. 319, seqq.) et, enfin, par J.-Chr. Harenberg (Hist. eccles. Gandersh., 1731, p. 409, seqq.). Il est regrettable que l'éditeur de 1717 ait négligé de joindre ce poè*me aux autres oeuvres de Hrostila. Bodo et Harenberg citent une Vie en vers de St- Innocent et de St-Anastase, patrons de Gandersheim, que Hrosvita avait placée comme une sorte d'introductlbn devant son poè"me sur la fondation de Gandersheim. Ce morceau parait perdu. Plusieurs biographes, entre autres Trithèrac ( Liber de tir. illtutr. German.), citent de Hrosvita un livre d'épigrammes et d'épitres qui ne se trouve point dans le manuscrit de Munich , et qui n'a été découvert nulle paî t ailleurs. Il est probable que ces épigramraes et ces épltres ne sont autre chose que les préfaces et les dédicaces en vers et en prose dont l'auteur a fait précéder la plupart de ses écrits. Voici la liste de ces opuscules : 1° une préface en prose placée devant ses huit poèmes ; 2° la dédicace de {'Histoire de la Sainte-Vierge, composée de six distiques et adressée à l'abbesse Gerberge ; 3° une préface eu vers pour la même histoire, sorte d'invocation à la Vierge, composée de seize distiques; 4° une préface pour le poè*rae de St-Gandolphe, en neuf distiques; 5° une préface pour l'Histoire de St-Pélag*, composée de onze vers hexamètres; 0° dix vers de même mesure que les précédents, formant une préface pour l'Histoire de l'esclave de Protérius exorcisé par Si-Basile; 7° la dédicace du même poème en trois distiques, adressée à l'abbesse Gerberge ; 8° une préface en prose placée en tête de ses comédies; 9° une épltre également en prose adressée à quelques hommes de savoir, qui avaient encouragé et corrigé le recueil de ses comédies; 10° un épilogue en prose, servant de conclusion aux deux premiers livres de ses couvres; 11° la dédicace en prose du Panégyrique des Othon, adressée à l'abbesse Gerberge; 12° une préface pour le même poè'me, composée de trente-quatre vers hexamètres; 15° une seconde préface de trente-huit vers adressée à Othon II. Les traductions en langues modernes des œuvres de Hrosvita ne sont pas nombreuses. Kn Allemagne, Gottsched a inséré dans son Sœthiger Vorrath la traduction de la première partie du Gallicanus, et Franz Horn a traduit le Carmen de constructione cœnobii Gandersheimensis (V. Nordalbingische Blœtter, t. 1", cah. 1er, Hambourg, 1820, in-8°). En France, M. Villemain ( Tableau de la littérature au moyen âge, t. 2, p. 201 et suit.) a traduit une belle scène de la seconde partie de cette pièce; la traduction d'Abraham, de Dulcitius et de Callimaque, essayée par l'auteur de cet article , se trouve dans le Théâtre européen (1835, in-8°, t. 1", p. 1" et
suif.), et ce"e (,e Paphnuee et Thdit dans la Revue des deux mondes (n° du 15 novembre 1839); enfin l'auteur de cet article a donné : Théâtre de Hrosvita traduit pour la première fois en français, avec le texte latin, revu et corrigé d'après le manuscrit de Munich, précédé d'une introduction et suivi de notes, Paris, 1845, in-8°. A tous les mérites qui font de Hrosvita une des renommées les plus brillantes du moyen Age, quelques biographes ont voulu ajouter encore un talent d'un autre genre. On lit dans l'Encyclopédie musicale, dirigée par le docteur Schilling (Stuttgard, 4834-1838), un article, d'ailleurs fort incomplet, où l'on place Hrosvita parmi les musiciens et où on lui attribue* des compositions musicales. L'auteur de l'article prétend que cette femme illustre a mis en musique le Panégyrique des Olhon , ainsi que plusieurs de ses poifmes, et il ajoute On a encore d'elle » le martyre d'une sainte mis en vers et en musi- « que... » Nous craignons bien que ces assertions, dépourvues de preuves, ne soient le résultat d'une méprise. Hrosvita emploie fréquemment les mots modulari, componere. 11 est possible que l'auteur ait été trompé par ces mots d'une signification très-générale et leur ait attribué un sens précis et technique qu'ils n'ont point. Hrosvita a bien assez de sa gloire réelle ; il n'est pas besoin de lui en prêter une imaginaire. M — g — n.
HUA (Eustache-Antoine), législateur et magistrat, naquit à Mantes , le 30 janvier 4759, d'une famille ancienne et respectée. Son père , riche négociant, remarquant la vivacité précoce de son esprit et son penchant pour l'étude , ne chercha point à contrarier ses premières inclinations et le plaça pour les cultiver et en fixer le développement au collège du Plessis, où il ne tarda pas à justifier les espérances conçues par la tendresse paternelle. Sorti du collège avec des précédents déjà favorables, Hua se décida pour le barreau et fut inscrit au tableau des avocats en 1783. Il y fut bientôt distingué par Gerbier, dont il reçut de bons conseils et d'honorables encouragements. Hua, auquel la fortune paternelle assurait une indépendance convenable, pouvait dès ce moment se placer au barreau dans un des rangs les plus honorables. Mais alors éclata la révolution île 1789, qui, en renversant les parlements, désorganisa l'ancien ordre judiciaire. Hua fut élu juge * au tribunal du district de Mantes. Bientôt , par suite du décret du 13 mars 1791, qui instituait à Paris des tribunaux criminels provisoires , pour instruire et juger un nombre immense de procès criminels arriérés par l'effet des circonstances et mettre un terme à l'encombrement des prisons, Hua , en qualité de membre d'un des tribunaux les plus voisins, fut désigné pour faire partie d'une de ces cours judiciaires, et développa dans ces occupations nouvelles pour lui autant de zèle que d'activité. Ses concitoyens ne crurent pouvoir mieux récompenser son dévouement et sa capacité, qu'en lui décernant un nouvel honneur, et
ils le nommèrent leur député à l'assemblée qui devait, sous le nom de législative, soutenir et continuer les travaux de la constituante. Si , comme jurisconsulte, il prit une part active aux travaux intérieurs de cette assemblée dans son comité de législation , il crut également de son devoir de prendre part , comme orateur, aux luttes alors si orageuses de la tribune, en supposant à la mention honorable d'une dénonciation contre les ministres ; en réclamant l'ajournement sur le projet d'accusation contre les princes français émigrés; en soutenant le comte de Narbonne et Duport du Tertre contre l'acharnement de leurs dénonciateurs, et enfin en obtenant , lors de la séance mémorable du 20 avril 1792, une nouvelle épreuve sur la question relative à la déclaration de guerre contre l'Autricbe que Louis XVI , contraint par les menées de Dumouriez, alors son ministre, était venu en personne soumettre à la discussion du corps législatif. Hua, dans cette conjoncture si grave, dont les conséquences ont donné lieu a tant d'événements si imprévus, sut s'élever à la hauteur qu'elle comportait et réunir l'éloquence à l'intrépidité. Peu après, Hua, sur lequel compta toujours le parti royaliste, fut initié dans le projet fomné d'engager Louis XVI à quitter Paiis pour se rendre à Rouen, où le siège du gouvernement aurait été temporairement transféré. Il fit, à cette occasion et en secret, un voyage dans cette ville pour y étudier les localités et s'assurer d'avance de la disposition des esprits. Mais ce projet , conçu , selon toute apparence, avec plus de zèle que de réflexion , avorta comme tant d'autres par la faiblesse et les indécisions du malheureux monarque, et n'eut pour conséquence que de signaler Hua, encore plus qu'auparavant, à la fureur des jacobins. La catastrophe du 10 août et les événements qui en furent la suite mirent fin à sa carrière législative. Pour se sousstrairc aux poursuites dont il ne pouvait manquer de devenir l'objet, il quitta la capitale et fut assez heureux pour rencontrer un refuge que lui ménagea, dans le département de l'Aisne, l'amitié d'un de ses beaux-frères. Il ne fut donc point, quant à sa personne , une des victimes de la tyrannie révolutionnaire. Mais il n'en fut pas de même de son patrimoine, presque anéanti par la tourmente et parl'impossibilitéd'ydonnersessoins. Pouressayer d'en réparer les pertes, il revint sous le directoire à Paris (1790) , où tout était changé pour lui , n'y trouvant que des ruines et des amis de moins. Le général Aubert-Dubayet, son ancien collègue, qui était resté son ami ,- quoique ayant suivi une autre route, quittait alors le ministère de la guerre pour aller représenter le nouveau gouvernement à Constantinople. 11 lui proposa de l'accompagner comme un des secrétaires en litre de son ambassade. Hua, dont cette proposition inattendue flattait l'amourpropre et sans doute éveillait l'ambition par une perspective souvent plus brillante que solide, l'accepta d'abord, et plus tard s'en désista, laissant
partir Dubayet, qui le regrettait et qui, au surplus, comme on le sait, mourut quelques mois après à Péra. Dans cette circonstance, Hua fit preuve de jugement et se rendit justice, car les détours si souvent tortueux de la diplomatie n'étaient certainement pas faits pour celui dont la parole a toujours su le moins déguiser la pensée. Mais à quelques mois de là il s'offrit une autre occasion, étrangère cette fois à la politique et n'exigeant que les connaissances du Jurisconsulte : Mua la saisit et devint ainsi un des administrateurs de la conservation générale des hypothèques du département de la Seine, à la tétc de laquelle était M. Jollivet, que, depuis, nous avons vu sous l'empire élevé au rang de conseiller d'État. La conservation des hypothèques étant entrée dans les attributions de l'administration de l'enregistrement , il se trouva privé de son emploi; il résolut, pour rassembler les débris de sa fortune et en féconder les ressources, de retourner à Mantes, où il fut quelque temps après appelé à remplir les fonctions de maire. Appelé par suite à faire partie du conseil général du département de Seine-et- Oise , il en devint un des membres les plus assidus et les plus considérés. A l'époque de l'organisation judiciaire de 1811, Hua fut choisi pour remplir les fonctions de procureur impérial près le tribunal de son arrondissement. 11 les exerça peu de temps, et le besoin de s'occuper plus fructueusement dans l'intérêt de sa famille l'engagea à rentrer au barreau par un emploi d'avocat à la cour de cassation , dont les habitudes graves et savantes étaient plus compatibles avec son âge et son expérience que celles d'un avocat à la cour royale. La même année (1812), il publia, in-8", une dissertation concise, à la vérité, mais remplie de substance et de profondeur, ayant pour titre : De la nécessité et des moyens de perfectionnrr la législation hypothécaire, dans laquelle , en signalant plusieurs des améliorations dont cette partie de notre législation était susceptible , il ne craignit pas de combattre avec les armes d'une logique pressante et nerveuse l'excessive sévérité des arrêts de la cour de cassation qui , dans un grand nombre de cas, frappait de nullité les inscriptions par suite de l'omission de quelques formalités. Depuis cette publication, la cour de cassation , désertant peu à peu son rigorisme souvent désespérant, a fini sur ce point par revenir à un système de modération plus conforme aux règles de l'équité, protectrices de la bonne foi et inconciliables avec des formalités que la loi ne prescrit pas d'une manière impérative. Hua fut donc le premier promoteur de cette réforme salutaire due à la seule force et à la lucidité de ses preuves , et qui a fait époque dans les annales de la jurisprudence française. Le cabinet formé par les soins de Hua prenant chaque jour de nouveaux accroissements, son importance pouvait lui permettre d'en espérer les résultats les plus avantageux, lorsque les
événements de 1814, en renversant le régime impérial et en détachant de la France, proprement dite , les vastes contrées réunies à l'empire et dans lesquelles se trouvaient le plus grand nombre de ses clients, vinrent à leur tour influer sur sa position personnelle et la soumettre à de nouvelles incertitudes. Son dévouement aux Bourbons lui fit supporter ce désastre sans murmurer, et il salua de tout le zèle de son vieux attachement pour son pays le jour qui les vit remonter sur le trône. Des compensations étaient cependant dues à son dévouement à la cause monarchique. Bellart, ancien confrère de Hua au barreau, avait été à même de le connaître et de l'apprécier. Désirant , comme procureur général , s'entourer d'hommes éprouvés, il le désigna pour un des avocats généraux de la cour royale de Paris ; et , appuyé de l'influence de Beugnot et du président Amy, ses anciens condisciples, Hua fut ainsi compris dans l'organisation royale de 1815. Dans ces nouvelles fonctions, il se montra ce qu'il avait toujours été, plein de loyauté, de zèle et de justice. Chargé de porter la parole dans plusieurs procès politiques, il en remplit le devoir pénible avec la conscience et la fermeté d'un vrai magistrat, et ne fut pas inférieur aux adversaires souvent redoutables que la défense lui opposa. Les plus remarquables furent ceux de Lavalctte et des Anglais qui favorisèrent son évasion. On a droit de supposer que le succès de cette tentative fut indirectement dû aux sentiments d'humanité de Hua, qui, alors chargé de la direction du parquet, prit personnellement sur lui, en écartant les observations qui lui étaient faites, d'accorder à l'épouse du malheureux condamné la permission de le visiter avec la femme qui l'accompagnait et dont l'intervention devait contribuer si puissamment à la réussite de l'entreprise, procurant ainsi sans s'en douter à ceux qui s'intéressaient au sort de Lavalctte les moyens d'exécuter le projet d'arracher une victime à l'échafaud. Cette conduite de Hua, dans une des circonstances les plus saillantes de sa vie publique , a été rappelée avec autant de simplicité que d'éloquence, sur sa tombe même, par le maréchal Grouchy, l'un de ses gendres. Peu après, par le crédit du duc de Richelieu, qui avait été un de ses condisciples, Hua fut nommé avocat général à la cour de cassation , où déjà, comme on l'a vu plus haut, il avait laissé plus d'un souvenir honorable ; puis, en 1819, inspecteur général des écoles de droit. Il soutint avec dignité le poids de ces doubles fonctions. Chargé comme inspecteur général de présider divers concours dans les facultés d'Aix, de Toulouse, de Strasbourg , etc., il chercha constamment à fixer le choix tïe l'autorité sur les candidats les plus savants et les plus capables. En 1823, il quitta sa place d'avocat général pour y être remplacé par Marchangy, que le gouvernement voulait récompenser, et prit alors rang parmi les conseillers de la cour de cassation, dont il a rem-
pli les devoirs avec autant d'exactitude que d'indépendance et d'intégrité jusqu'à sa mort, arrivée le 29 mai 1830. La même année, à la rentrée de la cour de cassation, M. Dupin', esquissant quelques traits de l'éloge tant de fois tracé du plus grand de nos magistrats, crut devoir ajouter en parlant de Hua , ces mots d'une imposante simplicité et qui résument à eux seuls tout ce que renferme cette notice... : « L'Hôpital ne l'eût pas « mieux choisi. » Hua a fait insérer dans le Souveau répertoire de législation de Favard de Langladc , son ami , plusieurs articles importants , rédigés avec autant d'élégance que de concision; mais il n'a jamais fait imprimer à part que la dissertation indiquée plus haut. Il a, en outre, laissé des manuscrits assez nombreux sur des matières de législation et de politique, ainsi que des mémoires intéressants sur les événements de sa vie , écrits avec la candeur et la franchise qui étaient le fond de son caractère. Ces productions, selon toute apparence , ne verront jamais le jour et seront conservées par sa famille comme un objet de respect et de vénération. C'est à tort que, dans toutes les bibliographies de droit, on lui a attribué un Commentaire sur la loi du M brumaire an 7, et des Conférences sur le Code civil, Paris, 1812, 5 vol. in-12. Ces deux ouvrages sont de Hua-BelUbat , son parent et son beau-frère. F — m — t.
HUA RTE (Jean), né à St-J«an-Pied-de-Port , dans la Navarre française, acquit une certaine célébrité vers la fin du 10» siècle , par son Examen de ingenios para las sciencias ( Examen des esprits propres aux sciences), qu'il fit paraître en 1580 in-8°, et qui fut réimprimé plusieurs fois. Cet ouvrage causa un étonnement général par la hardiesse des idées. L'auteur y avait mêlé à beaucoup de paradoxes, qui lui attirèrent de* vives attaques , des vues saines et quelques vérités neuves auxquelles ses critiques mêmes rendirent justice. H posait en principe que, chaque science exigeant un esprit déterminé et particulier, l'individu en qui l'esprit analogue è l'une se maninifeste s'appliquerait inutilement aux autres sciences. Il indiquait à quels signes on pouvait reconnaître ces dispositions naturelles, et il les dirigeait, selon leur espèce, vers les scicjices qui naissent tic la mémoire, de l'entendement ou de l'imagination. On doit regretter que l'érudition et la méthode qu'on admire dans cet ouvrage n'aient été employées que pour disposer les esprits au système de génération qui le termine : système absurde, où l'auteur de VArt de procréer les sexes àvolonlé-et celui de la kiégalanthropogénèsie ont , selon toute apparence, puisé leur singulière doctrine. L'auteur n'est point excusable d'avoir donné comme une pièce authentique une prétendue lettre du proconsul Catulus au sénat romain de Jérusalem , dans laquelle se trouve le portrait de Jésus-Christ, la hauteur de sa taille , la couleur de ses cheveux, les qualités de sa barbe. L'ouvrage