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disciple ; car dans une e'dition latine (complète) du texte de son histoire des plantes, publiée à Paris in-8» en 15i3, on trouve des scolies anonymes qui doivent encore appartenir à Delon , et elles semblent adressées à Fuchs lui-même : elles parurent avant le voyage de Relon ; mais celui-ci ne mit aucune importance à ces deux ouvrages. Cependant la simple traduction du dernier a Tait toute la réputation de Jarava : car il n'y a ajouté qu'une seule flgure, encore assez mauvaise ; c'est celle de la scorsonère, dont les auteurs espagnols exaltaient alors les propriétés : toutes les autres ligures appartenaient à Fuchs, excepté les trois dernière*. Ces planches étaient destinées à voyager beaucoup pour fournir un grand nombre d'éditions; c'était un des avantages des gravures en bois. Ainsi de Bâlc, où elles avaient été exécutées en 1545, elles vinrent à Paris en 1549, et y servirent à cet abrégé, ainsi qu'à une traduction française, de Compan de Maigret; de là elles passèrent à Anvers, où elles entrèrent dans l'herbier flamand de Dodoèfns en 1553, et dans la traduction française de Clusius, en 1557, comme l'ouvrage de Jarava ; enfin dans l'herbier anglais de Lyte en 1578. Il résulte de ces détails que Jarava est fort au-dessous de sa réputation , et qu'il mériterait à peine une notice, si son article ne devenait un supplément pour ceux de Belon et de Fuchs. Cependant ses compatriotes Ruis et Pavon lui avaient consacré dans la flore du Pérou un genre nouveau sous le nom de jarava. de la famille des graminées; mais ce genre a été réuni au
ttipa. D p g
JAKCI1I. Voyez Rasciii.
JAKD (Feançois) , prédicateur distingué, né en 1675, à Rollène, dans le comtat Venaissin, fit ses premières éludes aux Barnabites de St-Andéol. Il entra en 1692 dans la congrégation des doctrinaires , où il enseigna pendant plusieurs années les humanités : il exerça ensuite la fonction de catéchiste à Montpellier; mais ce fut dans la paroisse de la Madeleine à Béziers que se manifestèrent ses talents pour la chaire. Le prôniste eut bientôt décelé le prédicateur fait pour être écoulé avec intérêt à Paris, où il se rendit en 1705. Le cardinal de Noailles, qui le retint pour le carême de Notre-Dame en 1713, fut si content de son premier discours, qu'il lui appliqua ces paroles de l'Évangile : Munquam sic locutus est homo. Aussi fut-il rappelé dans la même église pour les stations de 171 G, 1721, 1723. Le successeur du cardinal ne s'accommodant ni de la doctrine de ce religieux , appelant très-prononcé, ni de son inlluence sur des auditeurs nombreux, commença par lui cette foule d'interdits qui signalèrent les premières années de son épiscopat : celui du père Jard surtout attira au prélat de vives sollicitations de la part des personnes de la plus haute considération. M. de Vintimillc aurait voulu le rétablir, mais à des conditions que les scrupules du prédicateur repoussaient. Déchargé du poids du minis-
tère, le père Jard se consacra tout entier à la retraite, d'où une première lettre de cachet l'arracha pour l'exiler à Beaucaire. Cette lellre, qui lui fut signifiée au moment même où il descendait de l'autel, n'eut pourtant pas son effet, la duchesse de Rochechouart ayant obtenu en faveur du proscrit une seconde lettre de cachet qui l'envoyait à Tours : c'est là qu'il reçut de M. de Rastignac l'accueil le plus honorable ; mais après la mort de cet archevêque, il fut relégué à Auxerre par une troisième lettre de cachet, et y mourut au mois d'avril 1768, âgé de 95 ans. il avait appelé de la bulle Unigenitut en 1717, réappelé en 1720, et il a consigné ses motifs dans son testament spirituel, daté du 28 octobre 1757. Ses sermons ne répondait pas à sa grande réputation : ils sont instructifs et solides ; mais ils ne présentent rien de neuf, ni quant au fond, ni quant à la manière : on les a recueillis en 5 volumes in-12, Paris, 1768. On a encore du père Jard un ouvrage qu'il composa avec le père Débonnaire ; c'est la Religion chrétienne méditée dans le véritable esprit de ses maximes, Paris, 1745, 1763, 6 vol. in-12; nouvelle édition, Lyon, 1819, 6 vol. in-12. C — r— t.
JARD-PANVILLIER (Locis-Alexxxdre), né le 7 novembre 1757, à Rigonnay près de Niort, exerça d'abord la médecine dans cette dernière ville, dont il fut, en 1790, le premier maire constitutionnel. Il était procureur-syndic des Deux- Sèvres, quand ce département le nomma député à l'assemblée législative en 1791, puis en septembre 1792 à la convention nationale. Voici ses votes dans le procès de Louis XVI : la détention jusqu a la paix, le bannissement et enfin le sursis à l'exécution. Il risqua aussi une démarche éminemment courageuse à cette époque ; ce fut lui qui entraîna le député Duchâtel, alors presque mourant, jusqu'au sein de l'assemblée, le soutint dans ses bras à la tribune, et le mit à même de voter en faveur de l'infortuné monarque. Celle action, qui le» honore tous deux, les vouait aux vengeances révolutionnaires (voy. Dichatkl), et bientôt elle servit de prétexte à Marat, lorsque, dénonçant Jard- Pan vil lier comme modéré, il provoqua ainsi son rappel d'une mission qu'il exerçait auprès de l'armée des côtes et de la Rochelle. Du reste , les paroles qu'il prononça à l'occasion de la loi sur les employés de la liste civile témoignent suffisamment de sa probité politique , de son respect pour les droits acquis. « Les règles de l'équité, «dit-il, sont immuables, en vain voudrait«on « reprocher à ces hommes les abus du régime « auquel tenait leur existence ; on ne saurait les « blâmer d'être entrés dans une carrière où le « sort a fait naître la plupart d'entre eux. » Apres le 9 thermidor, Jard-Panvillier lutta encore avec énergie contre le système mal comprimé du terrorisme. Membre du conseil des cinq-cents en 1795, il en sortit en 1797, mais il fui immédiatement réélu. 11 combattit dans cette assemblée la
)gle
loi du 3 brumaire an 4, qui déclarait les parents d'émigrés incapables d'exercer aucune fonction publique. Sa voix, dans la discussion sur le rétablissement du culte (an S, juillet 1797), retentit encore en faveur des prêtres rentrés en France : « Lorsqu'on apprend, s'écric-t-il , qu'ils sont dé- « nués de tout, on ne voit plus en eux que îles ' « hommes accablés d'âge et d'inGrmités, ou expo- « ses à toutes les horreurs du besoin. » Kn l'an 7 (juillet 1799), il s'éleva contre la loi des otages et contre la motion de déclarer la patrie en danger. S'étant montré favorable à la révolution du 18 brumaire, il fut nommé commissaire du nouveau gouvernement dans les départements de l'Ouest, puis appelé au tribunat, où il remplit successivement les fonctions de secrétaire, de président et de questeur. Il vota ensuite pour la proposition de Curée, tendant à porter le premier consul au trône impérial. Rapporteur de la commission qui avait été chargée de l'examiner, il fut aussi le président de la députation qui alla présenter aux sénateurs le vœu du tribunat, et il obtint les titres de commandant de la Légion d'honneur et de baron de l'empire; enfin son département le nomma premier candidat au sénat appelé conservateur. Lors de la suppression du tribunat, en 1808, Napoléon l'éleva aux fonctions de président de chambre à la cour des comptes. C'est en cette qualité qu'il lui adressa, en décembre 1812, après la retraite de Russie, un discours dans lequel il s'exprima avec indignation sur la conspiration du général Malet (roy. ce nom). Plus tard, le 5 avril 1814, il adhéra à la déchéance de l'empereur. La chambre des députés le vit toujours sous la restauration au nombre îles membres dont la modération réglait la conduite parlementaire, il mourut à Paris, le 13 avril 1822. Jardl'anvillier.dans le commencement de la révolution, paya sans doute quelque tribut à l'effervescence du temps, mais aucun excès, aucun acte odieux ne pèse sur sa mémoire. Il a pu répéter à la fin de sa vie ce qu'il disait au conseil des cinq-cents en faveur des émigrés rentrés : « Moi aussi , j'ai ii essuyé bien des larmes et n'en ai jamais fait « répandre. » Uarbé-Marbois, premier président de la cour des comptes , voulant peindre dignement le collègue dont sa compagnie pleurait la perte, se contenta de citer les paroles de Jard- Panvillier à un fonctionnaire qui lui demandait comment on pouvait préserver la ville de Metz des factions qui la désolaient alors : « Nous « sommes, lui dit-il, dans le trajet qui d'un état a antisocial conduira tôt ou tard à la concorde « et à la paix. Nous avons encore des lois cruelles ■ et soupçonneuses ; gagnez un peu de temps, « elles seront bientôt sans force. Les lois que les « passions n'ont point dictées finissent toujours « par reprendre leur empire ; faites-les exécuter, « ne souffrez aucune injustice, et vous préserverez « votre commune des fléaux dont tant d'autres « sont victimes. » L ■ G t.
JARDEL (....), homme d'esprit et de gont et savant bibliophile, oublié dans tous les dictionnaires, et sur lequel on regrette de ne pas trouver une notice dans la statistique du département de l'Aisne, était né vers 1720, dans le Soissonnais, à Rraine, de parents qui tenaient dans le pays un rang honorable. Arrivé à l'âge de prendre un état, il acquit une charge d'officier dans la maison du roi , et put facilement continuer de se livrer à l'étude des antiquités de sa province. Il s'était occupé de bonne heure de rassembler des livres rares et des manuscrits, principalement sur l'histoire du moyen âge ; et il y joignit un cabinet curieux d'histoire naturelle et d'antiques, trouvés en grande partie à Rraine ou dans les environs de cette ville, qu'il habita presque constamment. D'un caractère obligeant, Jardel s'empressait de mettre à la disposition des savants le résultat de ses recherches. C'est ainsi qu'ayant trouvé près de Rraine une pierre égyptienne, il l'envoya à Caylus, qui la fit graver dans le tome 4 de ses Antiquités, pl. 21, et en donna l'explication p. 62. Fontettc lui dut la notice de quantité de manuscrits précieux pour son édition de la Bibliothèque de l'histoire de France ; et l'abbé Cartier, d'utiles renseignements dont il a fait usage dans son Histoire du Valois, notamment la description du magnifique tombeau d'Agnès de Champagne, dame de Rraine, détruit en partie durant les guerres civiles du 16* siècle. Kn 1773, Jardel songeait à se défaire de ses livres rares et de ses manuscrits. Il en fit un primer, cette année, le catalogue à quarante exemplaires, qu'il distribua dans les pays étrangers, espérant y trouver plus facilement un acquéreur qu'en France (Pcignot, Rcpert. biblioar., p. 103). Ce fut un bonheur pour lui de ne pas réussir à vendre la totalité de ses livres, puisqu'il put jouir de sa bibliothèque encore plus de vingt ans. La notice des livres précieux qui lui restaient à sa mort fut imprimée à Paris en 1799, in-8°. Jardel avait composé sur Rraine et ses environs plusieurs ouvrages dont on trouve les titres dans la Bibliothèque de Fontettc. Il suffira donc d'indiquer ici les principaux : \° Mémoire circonstancié pour prouver que Rrenxatim ou Braine est situé sur l'emplacement du Ribrax des Commentaires de César, in-l°. Celte opinion n'a point été adoptée par les historiens plus récents du Soissonnais. Suivant M. de Russy, Ribrax est Fismes sur la Vesle (Statist. du département de t Aisne, t. 1 , p. 136). 2° Lettre sur la tille de Braine ; elle est imprimée dans les Xourelles recherches sur la France publiées par Hérissant en 1766, t. 1", p. 133 ; 3° Mémoire sur l'histoire naturelle du Soissonnais, ibid. , t. 2, p. 310; 4° Lettre sur quelques antiquités trouvées près de la Fère en Tardenois (Mercure. 1766, janvier 74-83). W— s.
JARDIN (César) naquit à Lisieux , en 1772, de parents qui tenaient un des plus beaux hôtels garnis de la ville, et qui donnèrent à leur fils une éducation soignée, dont une mémoire heureuse et
des disposition» naturelles le firent profiter. Ses sentiments répondirent à son éducation. Atteint par les lois île la réquisition , il entra dans le, cinquième bataillon du Calvados, qui avait été envoye dans la Vendée. Ayant vu chez ses parents quelques-uns des chefs contre lesquels on l'envoyailcombatlre, il quitta bientôt les républicains pour passer dans les rangs opposés. Il avait quelque teinture du mécanisme de l'imprimerie, et s'offrit comme pouvant travailler à la composition des écrits royalistes et des proclamations qui se faisaient au quartier général des Vendéens. Les circonstances ayant changé les idées aprè& la révolution du 9 thermidor, il vint à Paris, et fil dans les journaux divers articles , où l'on remarquait de l'esprit et de la facilité. Bientôt il fut attaché à la rédaction du Courrier républicain, journal qui n'avait de républicain que le titre, et qui professait les opinions royalistes les plus prononcées en attaquant les républicains et ce qu'on appelait alors les terroristes. Barras fut surtout l'objet de ces attaques, et il s'en irrita au dernier point. C'était, si l'on peut le dire, la mouche qui pique le lion, comme dans la fable de la Fontaine; car Barras en rugissait dans son palais du Luxembourg. Il attribua ces sorties , dont tout Paris s'amusait, à l'abbé Poncelin, propriétaire de cette feuille. Soit qu'il se trompât sur l'auteur véritable, soit qu'il voulût se venger de la liberté que celuici laissait à Jardin, Barras ne recula pas devant un odieux guetapens. Il aposta des alguazils qui s'attachèrent aux pas de Poncelin, et saisirent une occasion de s'emparer de sa personne pour le conduire au Luxenfbourg dans les appartements de Barras, qui lui fit donner une correction des plus sauglautes et telle que jamais écolier n'en avait reçu de pareille ; puis on le rejeta tout meurtri dans la rue. Les journaux parlèrent longuement de cette indignité, pour la flétrir comme elle le méritait ; mais l'auteur, alors l'un des membres les plus influents du directoire, échappa à toute punition. Les royalistes eux-mêmes ue purent s'empêcher de rire entre eux de cette bizarre rengeance. Barras n'en fut que plus maltraité ; car dans ce temps, qu'on ajustement appelé Ydge d'or de la pensée, tout se disait : on n'avait pas besoin de cet en tortillage, de ces circonlocutions auxquelles on est obligé de recourir aujourd'hui. Ou disait sans le moindre détour Merlinpotence , juges bourreaux, lâches régicides, et ceux qui étaient ainsi désignés ne pensaient pas à demander des réparations aux tribunaux, qui d'ailleurs ne leur en auraient pas donné. On recevait et l'on se renvoyait les épilhètes les plus blessantes, sans se mettre plus en peine des suites que de la vérité ; c'était l'esprit du temps. Quand, en 1804, Georges Cadoudal appelait Thuriot Tue-roi, il ne faisait que répéter ce que les journaux avaient dit librement à une autre époque. C'est à la faveur de cette liberté, on peut dire illimitée, qu'on vint à bout de renverser le directoire, dont au reste peu
de personnes voulaient. 11 tomba sous les coups de la presse bien plus encore que sous ceux de Bonaparte, qui trouva les esprits préparés à 1a chute de ce gouvernement. Mais avant son renversement , celte puissance directoriale , devenue ridicule, fit un dernier eflort pour prolonger sa déplorable existence, et cet effort fut le 18 fructidor. Barras n'oublia ni Poncelin ni Jardin, et tous deux furent compris, avec une vingtaine de députés, dans le décret de déportation à la Guianc. Jardin fut assez heureux pour échapper à celte mesure, il se cacha; mais lorsque le temps eut calmé les irritations, et que Bonaparte eut pris le pouvoir, il lui fut permis de se rendre à l'Ile d'Oleron avec les Siméon, les Dumolard, les Villaret- Joyeuse, les Boissy-d'Anglas, les Muraire, les Donmerc, etc. , dans la société desquels il ne put que trouver des avantages et perfectionner une éducation qui n'avait pas toujours eu une très-bonne direction. On assure qu'il existe de lui une correspondance où la biographie des hommes avec lesquels il a passé le temps de sa déportation à l'Ile d'Oleron est présentée d'une manière fort piquante , et où il juge avec assez de bonheur et une grande finesse ses compagnons d'infortune. Si elle parait un jour, on y verra que ceux à qui la renommée a donné un certain éclat sont sujets aux mêmes faiblesses que le vulgaire. Mais reportons-nous à une époque antérieure à la révolution de brumaire, qui fit de Bonaparte un premier consul et bientôt un empereur, à une époque antérieure même au 18 fructidor. Jardin, dont les opinions n'étaient pas équivoques, désira que les républicains lui donnassent eux-mêmes un certificat de royalisme. Dans cette vue, il pria l'auteur de cet article de faire insérer dans Y Ami des lois, journal rédigé alors par un ancien moine devenu député, nommé Poullier, une lettre où furent supposés divers actes de royalisme qu'on attribua à Jardin , qui pouvait bien en avoir fait quelquesuns, mais non pas ceux qui renfermaient en euxmêmes une sorte de honte. La lettre parut dans le journal que nous venons de citer, le G avril 1797; Jardin la trouva trop forte, et à cette occasion répéta le mot du régent : « Tu me d«:gjis«s trop. 5 Après le 18 fruclidor, Jardin s'étail rendu librement à l'Ile d'Oleron, comme les autres déportés à qui celte tle fut assignée pour lieu d'exil : il en sortit avec eux, et revint à Paris. Mais il survécut peu à ce retour. Des maladies , causées par son inconduite, le forcèrent d'entrer à l'hospice des Capucins, où l'art fut impuissant pour lui rendre la sauté. Après six mois de souffrances, il y mourut en 1802. Ceux qui l'ont connu rendent justice à son courage et à ses talents, qui auraient fait de lui un bon écrivain et un zélé défenseur de la monarchie. M— T.
JARDINIER (Claude-Donat), graveur, né à Paris en 1746, fut élève de Nicolas Dupuis, et travailla ensuite sous la direction de Lcbas et de Laurent Cars. Ses principaux ouvrages sont : une Vierge
JAH
et l'enfant Jésus, d'après Carie Maratle ; le Génie de l'honneur et de la gloire, d'après Annibal Carrache; ces deux estampes font partie du recueil d*ia galerie de Dresde; le Silence, d'après Greuze, et des Soldats jouant aux cartes dans un corps de garde, d'après Valentin. Jardinier s'était chargé de graver, dans l'atelier de L. Cars et sous les yeux de cet artiste, un tableau de Carie Vanloo, où mademoiselle Clairon était représentée dans le rôle de Médée, gravure dont Louis XV faisait les frais. Cette planche, quoique exécutée supérieurement, fut un sujet de chagrin pour plusieurs artistes d'une grande réputation. L'actrice n'était pas jolie; le rôle de fureur dans lequel on l'avait reproduite n'était nullement fait pour rendre sa figure agréable : aussi témoigna-t-elle beaucoup d'humeur à la vue de la première épreuve qu'on lui en présenta. Cars, qui voulut retoucher à la téte, n'obtint pas plus de succès. Saint-Aubin essaya aussi de refaire le portrait, et ne fut pas plus heureux que ses prédécesseurs ; enfin, après sept tentatives infructueuses, Beauvarlct, que rien n'intimidait, eut le courage de risquer l'entreprise, et réussit complètement au gré de l'héroïne du sujet. Cette planche, qui a paru sous les noms de Cars et Beauvarlct , et celle du Génie de la gloire, sont d'une excellente manière, et placent Jardinier au rang des plus habiles graveurs. Fort modeste, extrêmement timide, et surtout très-négligé dans son habillement, il ne jouit sous aucun rapport de son talent et de la réputation qu'il devait lui mériter : il fut même refusé lorsqu'il se présenta à l'Acailémie de peinture, honneur auquel il n'aspira que d'après les sollicitations de L. Cars. 11 mourut à Paris en 1774. P— e.
JARDINS (des). Voyez DesjARnns et Villediev.
JARJAYES (François-Augistin-Reimer de) , né à Grenoble le 24 octobre 1743, d'une ancienne famille du Dauphiné, était neveu du lieutenant général de Bourcet (eoy. ce nom), connu par ses Mémoires sur les frontières des Alpes, etc. D'abord élève, puis coopérateur de son oncle dans ses travaux topographiques, il servit sous lui comme aide de camp de 1709 à 1779, et passa en qualité de capitaine à l'état-major de l'armée. Il fut ailjoint à la direction générale de la guerre, décoré de l'ordre de St-Louis et nommé maréchal de camp par Louis XVI, en 1792. De Jarjayes avait épousé une des prlhiières femmes de chambre de la reine Marie-Antoinette, que celle princesse honorait d'une bienveillance particulière. Cette circonstance le mit à portée d'être personnellement connu de la famille royale, et lui fournit plus d'une occasion de témoigner son dévouement. Voici ce qu'on lit à son sujet dans les Mémoires de madame Campan. t. 2, p. 129 : « M. de Jarjayes, « colonel , attaché à l'état-major de l'armée, eut « le bonheur de rendre plusieurs services à la « reine, et de s'acquitter avec la discrétion et la « dignité convenables de plusieurs missions ira- « portantes. Leurs Majestés avaient la plus grande
» confiance en lui, quoique souvent la sagesse de « ses craintes, quand il s'agissait de projets in* « considérés, l'eût fait taxer, par des imprudents « et des ennemis, de suivre les principes des con- •> stilutionnels. Envoyé à Turin, il eut de la peine ■ à dissuader les princes du projet qu'ils avaient - formé à celte époque de rentrer en France ■■ avec une très-faible armée, et lorsque, dans un « conseil qui se prolongea jusqu'à trois heures-du « matin, il eut fait voir ses instructions et dé- « montré que cette démarche exposerait le roi, « le comte d'Artois seul se prononça contre le « plan qui était du prince de Condé. » Plus tard, selon les mêmes Mémoires, M. de Jarjayes fut le premier intermédiaire des relations qui s'établirent entre la reine cl Barnave, Duport et Alexandre de Lameth, pour affermir le système- constitutionnel contre les projets des républicains. « Après le « 20 juin, dit encore madame Campan, la reine « mit dans un portefeuille, qu'elle confia à M. de « Jarjayes, ses lettres de famille, plusieurs cor- « respondances qu'elle jugeait nécessaire de con- « server pour l'histoire du temps de la révolution, « et particulièrement des lettres de Barnave et « ses réponses, dont elle avait fait des copies. » On verra qu'il nu dépendit pas de la fidélité du dépositaire que ce but ne fût rempli. Jarjayes se trouva aux Tuileries le 10 août 1792, comme officier d'état-major : le roi lui ayant fait connaître le plan de défense que le baron de Vioménil avait préparé, il ne se dissimula pas que, vu la faiblesse des moyens, la défaite était certaine. Bientôt il fut du petit nombre des serviteurs fidèles qui accompagnèrent le monarque dans la traversée, depuis le château jusqu'à l'assemblée. Lorsque la famille royale fut confinée dans la loge du Logograpke, Jarjayes parvint jusqu'à Louis XVI, dont il prit les ordres, et fut forcé de s'éloigner. On sait qu'à la fin d'août des visites domiciliaires très-sévères eurent lieu chez toutes les personnes qui avaient eu des relations avec la cour ; elles furent jetées dans les prisons et presque toutes y périrent aux journées de septembre. Ce fut en ce moment d'effroi général que Jarjayes, ne pouvant confier à aucun autre le portefeuille de la reine, se vit réduit à le brûler et à chercher un asile hors de chez lui. Néanmoins, depuis que la famille royale avait été transférée au Temple, il était parvenu à entretenir quelques relations avec elle. La mort de Louis XVI ne lui ôla pas toute espérance de manifester encore son dévouement à la reine et à son lils ; en effet une occasion périlleuse se présenta. Toulan (roy. ce nom) , l'un des plus exagérés des commissaires chargés de la surveillance intérieure de la tour, et qui s'était montré sous les formes les plus acerbes, n'avait pu voir la magnanime résignation du roi et des princesses sans en être touché. De concert avec Turgy et Cléry (eoy. ces noms), il avait employé secrètement tous les moyens pour adoucir la captivité
de ce prince et de sa famille. Après le 21 janvier, s'apercevant que la vigilance des autres commissaires devenait moins rigoureuse, il conçut le hardi projet de faire évader Louis XVli et les princesses, projet qu'il ne faut pas confondre avec la tentative d'enlèvement qu'essaya plus tard le baron de Batx {toy. ce nom). La reine, à qui Toulon le soumit, voulut, avant tout, que ce projet fût. examiné par le chevalier de Jarjayes, et lui remit un billet de sa main pour ce général : le municipal se rendit auprès de lui. Introduit, son vêtement, ses manières, tout inspire de la défiance à Jarjayes, qui le considère avec inquiétude et craint d'apprendre l'objet de sa visite. Il repoussait les confidences de l'inconnu, lorsque celui-ci, (tour prouver sa mission, présente le billet, et le général reconnaît la main qui a tracé les mots suivants: « Vous pouvez prendre con- « fiance en l'homme qui vous parlera de ma part • en vous remettant ce billet. Ses sentiments me « sont connus ; depuis cinq mois il n'a pas varié. « Ne vous fiez pas trop à la femme de l'homme a qui est enfermé ici avec nous : je ne me fie ni « à elle ni à son mari (1). » C'était Tison et sa femme. Revenu de sa surprise, Jarjayes s'empressa de demander à Toulan par quels moyens il se proposait d'arriver à son but, et s'il ne pourrait pas l'introduire au Temple afin d'en conférer avec la reine. Le commissaire ne regarda pas cette difficulté comme insurmontable, et sur un mot que le général lui donna pour la princesse, il lui rapporta ce billet : « Maintenant, ■ si vous êtes décidé à venir ici, il serait mieux « que cela fût bientôt. Mais, mon Dieu! prenez « bien garde d'être reconnu et surtout de la « femme qui est enfermée ici avec nous. > Sous un déguisement qui le rendit méconnaissable, Jarjayes fut introduit dans la tour par Toulan ; il discuta devant la reine le plan d'évasion imaginé par le municipal, et reconnut la possibilité de réussir ; mais il jugea qu'il était indispensable de mettre un second commissaire daus le secret. Lepilre, qui, par sa conduite , avait inspiré de la confiance à Louis XVI et procuré des consolations à Marie-Antoinette, fut désigné. A peine le général eut-il quitté la tour que cette princesse, toujours frappée de l'idée des dangers auxquels une indiscrétion pouvait l'exposer, lui fit parvenir ces mots : « Prenez garde à madame Archi. Elle « me parait bien liée avec l'homme et la femme » dont je vous parle dans l'autre billet. Tachez « de voir madame Th. ; on vous expliquera pour- » quoi. Comment est votre femme ? Elle a le cœur <- trop bon pour n'être pas malade. » Jarjayes
|1) Ce billet et le» «uivanU que nou» transcriront nou» avaient •'•te communiqué» par le chevalier de Jarjaye», en IH18, aln»l qu'on peut le rrconnnllre par le» fragments que nous en avons inseréa dans la 3» édition des Mémoires Ailtoriçuet sur Lduit AT//*, mai» il exigea le silence sur certain» fait* qui y •ont mentionnés. Le» motif.» de cette réticence ayant eea-é, un Jac-u 'm ilr de ce* billets, conservé* par la (amille, a paru depuis le ilerè» tic ce général . il cal joint i un mèmoirt dont il et parlé dans l'article du baron do Goguelat (rcy. et nom).
avait répondu par écrit aux demandes que la reine lui avait faites de vive voix lors de l'entrevue au Temple. Bientôt il reçut de cette princesse une lettre plus importante, la voici : « Votre biMct «■ m'a fait du bien. Je n'avais aucun doute sur le « Nivernois, mais j'étais au désespoir qu'on pût « en penser du mal. Ecoutez bien les idées qu'on « vous proposera ; examinez-les dans votre pru- « dence : pour nous , nous (nous) livrons avec « une confiance entière. Mon Dieu ! que je serais « heureuse, et surtout de pouvoir vous compter i au nombre de ceux qui peuvent nous être utiles ! « Vous verrez le nouveau personnage : son exte- « rieur ne prévient pas (1), mais 11 est absolument
« nécessaire, et il faut l'avoir. T voua dira ce
« qu'il faut faire pour cela. Tachez de vous le « procurer et de finir avec lui, avant qu'il revienne « ici. Si vous ne le pouvez' pas, voyez M. de « Laborde de ma part, si vous n'y trouvez pas « d'inconvénients ; vous savez qu'il a de l'argent « à moi. » Le général vit le commissaire , lui donna une connaissance entière des projets, et convint de tout avec lui et avec Toulan ; mais il craignit, en s'adressant à M. de Laborde, de mettre quelqu'un de plus dans la confidence. Au risque de sa vie, Jarjayes voulut joindre celui de sa fortune ; il en écrivit à la reine, qui lui répondit : « En effet, je crois qu'il est impossible de « faire aucune démarche dans ce moment près de
■ M. de Lab... Toutes auraient de l'inconvénient.
■ II vaut mieux que ce soit vous qui finissiez cette « affaire par vous-même, si vous pouvez. J'avais « pensé à lui pour vous éviter l'avance d'une somme « si forte pour vous. - L'avance fut faite. Le commissaire toucha la somme et prit l'engagement de concourir de tout sou pouvoir à la réussite de l'entreprise. Le lendemain Jarjayes reçut la récompense la plus digne de ses soins dans ces
mots: « T m'a dit ce matin que vous avi™
« fini avec le coinm Combien un ami tel que
« vous m'est précieux ! - La reine eût désiré que Toulan fût récompensé ; elle le témoigna au général par ce billet : « Je serais bien aise que vous
« pussiez aussi faire quelque chose pour T ;
« il se conduit trop bien pour ne pas le recon- « naître. » Aussi désintéressé qu'il se montrait dévoué, Toulan ne voulut rien accepter de cette princesse qu'une tabatière en or, dont elle faisait quelquefois usage : celte bolfb fut , dans la suite, la principale cause de sa perte. Dès que le chevalier de Jarjayes eut arrêté les première» bases du plan d'évasion et qu'il eut fait préparer des habits d'homme et d'autres vêtements pour la reine et madame Elisabeth, les. commissaires introduisirent sous leurs manteaux ces effets dans la tour. Les princesses auraient ceint des écharpes tricolores, et munies de cartes d'entrée telles que les municipaux, elles seraient sorties sous ce travestissement. Il paraissait difficile d'enlever de la
tour madame Royale el surtout le jeune roi, qui était le plus surveillé : oo en trouva le moyen. Chaque jour , l'homme chargé de nettoyer les quinquets et le» réverbères venait le soir les allumer; il était accompagné de deux enfants qui l'aidaient dans son travail, et il sortait du Temple bien avant sept heures. Après son départ et lorsque les sentinelles auraient été relevées, un ami de Toulan, Ricard (I), royaliste éprouvé, serait entré dans la tour au moyen d'une carte semblable à celh: des ouvriersemployés au Temple : arrivé à l'appartement de la reine, sa boite de fer-blanc au bras, il aurait reçu les enfants des mains de Toulan , qui l'eût grondé de n'être pas venu lui-même arranger les quinquets, et il se serait éloigné avec eux pour les conduire à l'endroit convenu. Trois cabriolets étaient disposés pour le voyage. La reine, le jeune roi seraient montés dans le premier avec le général ; madame Royale aurait été conduite par Lepitre, et madame Elisabeth par Toulan. Les dispositions et les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des prisonniers que cinq à six heures après leur départ. Des passe-ports bien en règle ne laissaient aucune inquiétude pour la route. On avait d'abord pensé à chercher un asile dans la Vendée, qui commençait à se soulever; mais la distance parut trop grande et les difficultés trop multipliées. Il semblait plus facile de gagner les côtes de la Normandie et de s'assurer les moyens de passer en Angleterre. C'était même à ce dernier parti que le général s'était arrêté ; il avait sur un point de la cote, près du Havre, un bateau que son ami intime, Amabert, premier commis des finances, tenait à sa disposition. « M. de Jarg**» dit Le- « pitre, qui l'écrit toujours ainsi, se chargeait de « pourvoir à tout ; il avait l'argent nécessaire , et « nous pouvions compter sur ses talents et sur « son zèle à toute épreuve. » Les différentes mesures dont il est inutile d'énumérer les détails ayant été arrêtées, l'exécution du projet avait été indiquée aux premiers jours de mars ; « le ■ succès, au dire encore de Lepitre, paraissait « assuré. » Mais les irrésolutions, les frayeurs de ce commissaire Tirent différer le départ d'un jour à l'autre ; malgré les vives instances de Jarjayes et de Toulan , et quoique la reine eût daigné lui donner une mèche de ses cheveux et de ceux de ses enfants , avec cette devise : Poco ama eh' il mori terne, rien ne put vaincre sa pusillanimité ; enfin, les débats qui s'élevèrent dans la convention sur les mesures à prendre contre les Bourbons rendirent aux membres de la commune toute leur sévérité ; l'évasion de toute la famille royale devint désormais impossible, et principalement celle du jeune roi, sur lequel on exerçait le plus de surveillance. La même impossibilité n'existait pas encore pour faire évader la reine
11) I*ritrt 1« nomn» Guy; c'eat à tort.
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seule ; c'est ce qui détermina le chevalier de Jarjayes à supplier celte princesse, dont les jours étaient les plus menacés, de profiter des ressources qui lui restaient encore pour se soustraire à ses bourreaux. Toulan, dont le courage et le zèle étaient au-dessus de toute crainte, mit sous les yeux de Marie-Antoinette les détails du nouveau projet, auquel Lepitre ne fut aucunement initié. Pour cette fois , Toulan se chargeait de faire sortir la reine et de la conduire dans un lieu où elle aurait trouvé le général, qui avait fait des dispositions telles que le salut de cette infortunée princesse était assuré. Elle approuva en entier le nouveau plan. Mais, la veille même du jour fixé pour le départ, ne pouvant supporter l'idée de se séparer de ses enfants et de madame Élisabeth, elle écrivit au chevalier de Jarjayes ce billet, éternel monument de sa tendresse maternelle : « Nous avons fait un beau rêve, voilà tout ; mais « nous y avons beaucoup gagné en trouvant en- « core dans cette occasion une nouvelle preuve « de votre entier dévouement pour moi. Ma con- « fiance en vous est sans bornes ; vous trouverez « dans toutes les occasions en moi du caractère « et du courage : mais l'intérêt de mon fils est le
■ seul qui me guide, et quelque bonheur que « j'eusse éprouvé à être hors d'ici, je ne peux pas « consentir à me séparer de lui. Au reste, je re- * connais bien votre attachement dans tout ce « que vous m'avez dit hier. Comptez que je sens « la bonté de vos raisons pour mon propre inté- « rét, et que cette occasion peut ne plus se ren-
■ contrer : mais je ne pourrais jouir de rien en « laissant mes enfants, et cette idée ne me laisse « pas même de regret. » D'après sa résolution et la crainte que la reine avait de se voir à chaque instant privée de toute communication, cette princesse et madame Elisabeth chargèrent le chevalier de Jarjayes de la mission , délicate en ce temps de terreur, de transmettre à Monsieur et au comte d'Artois le*cachet , l'anneau et le paquet renfermant des cheveux de la famille royale, que Louis XVI, peu de moments avant son départ du Temple , avait remis à Cléry pour les porter à la reine. Les municipaux s'en étaient emparés et les avaient mis sous les scellés ; mais, par une pieuse fraude, Toulan, pendant les préparatifs du projet d'évasion, était parvenu à les retirer, en les remplaçant par d'autres, et il s'était empressé de les remettre à la reine. Ce fut vers la fin de mars 1793 que Marie-Antoinette confia ce précieux dépôt au chevalier de Jarjayes ; il alla d'abord à Turin remplir une mission dont madame Elisabeth l'avait chargé pour la princesse de Piémont, sa sœur. Le roi le retint auprès de lui, adressa lui-même à Monsieur les dépêches des prisonniers du Temple, par un courrier extraordinaire, nomma le général son aide de camp, et lui conféra l'ordre militaire des Sts-Maurice et Lazare. Peu après, Jarjayes reçut de Monsieur une lettre autographe que nous avons lue, datée de llamm,
572 JAIl
le 14 mai 1793, et dont nous avons copié ces expressions: « Vous m'avez procuré le bien le « plus précieux que j'aie au monde , la seule vé- • niable consolation que j'aie éprouvée depuis « nos malheurs. Il ne me manque que de témoi- «■ gner moi-même aux êtres plus chers que ma « vie , dont vous m'avez donné des nouvelles, « combien je les aime , combien leur billet et « l'autre gage de leur amitié, de leur confiance, « ont pénétré mon Ame des plus doux senti-
« mcnts J'aurais désiré vous voir, vous parler
« de ma reconnaissance, m'entretenir avec vous « d'eux, des moindres détails, des services que « vous leur avez rendus. Mais je ne puis qu'ap- « prouver les raisons qui vous font rester en Pié- « mont. Continuez à y servir notre jeune et raal- « heureux roi, comme vous avez servi le frère que « je regretterai toute ma vie. «• Après l'invasion des troupes françaises en Piémont, Jarjayes trouva le moyen de rentrer en France, où, dépouillé de ses biens, il soutint sa famille par ses travaux. Une ordonnance du 4 février 1815 l'avait élevé an grade de lieutenant général. Sa capacité* et son caractère le firent appeler par le ministre des finances, sur la présentation des sociétaires des salines de l'est, aux fonctions de vice-président de cette compagnie. Il les exerçait, lorsque, âgé de 77 ans, il mourut à Fontenay-aux-Roses, près Paris, le 11 septembre 1822. Il n'a manqué à son honorable entreprise que le succès pour immortaliser son nom. — Jarjates (Uuise-Marguerite-Émilie Quetpée de Laborde, madame de), femme du précédent, obtint de la reine Marie- Antoinette la plus entière confiance et s'en montra digne dans toutes les occasions. Pendant les plaidoiries au tribunal révolutionnaire, Chauveau- Lagardc, qui avait parlé le premier, était déjà en arrestation , lorsque la reine remit à Tronson du Coudray , son autre défenseur, une boucle de ses cheveux et deux anneaux d'or qui lui servaient de pendants d'oreilles depuis sa captivité? En fouillant cet avocat, qui fut aussi arrêté, on trouva sur lui ces précieux objets ; il fut aisé d'en connaître la destination, puisque le nom et l'adresse étaient sur l'enveloppe. .Madame de Jarjayes fut incarcérée aux Madelonnettes pour avoir reçu celte preuve touchante du souvenir de cette princesse ; elle y resta six semaines. Mise eu liberté, elle fut arrêtée de nouveau pour la même cause et avec la plus grande partie de sa famille, et ne recouvra la liberté qu'au bout de neuf mois, après la chute de Robespierre. Celte dame mourut à Paris le 2ô juin 1837. . E— n— d.
JARNAC. l'oyez CilATElGMERAlE.
J ARNOWICK (Ciornovichi , plus connu sous le nom de), né à Paris de parents italiens, fut un des plus célèbres virtuoses de son temps sur le violon. 11 était l'élève favori du fameux Lolli. Son début au concert spirituel eut peu de succès ; mais bientôt on l'apprécia mieux, et pendant dix ans il fit les délices de tout Paris. Il quitta la France
en 1781, et passa en Prusse, où le prince royal le mit à la tête de sa chapelle. Le jeu de Jarnowick avait de la justesse , de la pureté , de l'élégance ; ses airs variés étaient pleins de grâce et d'origi- ' nalité. Il les exécutait de la manière la plus pittoresque.- Lui-même était d'un caractère assez bizarre. Dans un voyage qu'il fit à Lyon , il annonça un concert à six francs le billet. Les Lyonnais, plus sensibles aux spéculations du commerce qu'aux charmes de la musique, n'y vinrent point, trouvant le prix trop élevé. Le lendemain , il fait afficher le même concert à trois francs : la chambrée fut complète ; mais au moment de l'exécution on apprit que Jarnowick venait de partir en poste : l'argent fut rendu, et chacun s'en retourna chez soi. Ayant un jour cassé par mégarde, chez le marchand de musique Bailleul, un carreau dont le prix était de trente sous, il présenta un écu pour le payer; mais Bailleul n'ayant pas de monnaie : - Il est inutile d'en chercher, » dit Jarnowich , et aussitôt il cassa un second carreau. Dans un moment de vivacité, il donna un jour un soufflet à Saint-Ceorge : « J'aime trop son talent, dit ce « dernier, pour me battre avec lui. •■> Jarnowick mourut à St-Pétersbourg en 1804, en jouant au billard. Z.
JAROPOL ou JAROPOLK, deuxième du nom, grand prince de Kief, était arrière-pelil-fils de Jaroslaf Ier, grand-duc de Russie, de la famille de Rurik (coy. Jaroslaf). Il succéda, en 1132, à son frère Mostislaf, entre les enfants duquel il eut assez de peine à maintenir la paix pour la distribution de leurs apanages. Le bruit s'étant répandu, quelques années après, que les Russes menaçaient la Pologne d'une invasion, Vlostovicz, sénateur polonais, promit à Boleslas III, son souverain, de détourner ce coup en enlevant le grandprince. Il vient en effet à Kief, se donnant pour un homme injustement persécuté, dépeint Bolcslas comme un tyran détesté de ses sujets, prêts à le livrer au premier qui viendra l'attaquer, et gagne si bien la confiance de Jaropol, qu'il l'entraîne dans une partie de chasse, où il le fit arrêter par des gens apostés, qui l'emmenèrent à Cracovie. Les Russes le rachetèrent au moyen d'une grosse rançon ; mais ils ne tardèrent pas à prendre leur revanche. Boleslas ayant donné à sa cour un asile à Jaroslaf, frère naturel de Jaropol, chassé de Halicie par les habitants de cette ville, qui lui avait été donnée pour apanage, Jaropol embusqua des troupes nombreuses dans la Galli* cie, et engagea les habitants à redemander leur prince, avec promesse d'une parfaite soumission, lioleslas vint lui-même, avec un corps de troupes peu considérable, ramener son protégé, cl fut enveloppé par les Russes, contre lesquels il se battit avec la plus brillante valeur : il parvint à s'échapper, couvert de blessures, ayant perdu la plus grande partie de sa petite armée; et l'on croit que le chagrin qu'il conçut de celle défaite l'entraîna au tombeau (coy. Boleslas). Jaropol
)gle
mourut deux ans après, avec la réputation d'un prince humain, juste et bienfaisant, l'an 1140; et la Russie fut encore en proie à de grands troubles après sa mort. Z.
JAROPOLK ou JAROPELK 1", cinquième grandduc de Russie, succéda à Swientoslas Ier (roy. ce nom). S'étant laissé entratner par des insinuations perfides, il déclara la guerre à son frère Oleg, dont il déplora sincèrement la mort; quand il vit sous ses yeux son corps ensanglanté (coy. Oleg), peut-être éprouvait-il un pressentiment secret du >ort qui l'attendait. Son autre frère , Vladimir le Grand (coy. ce nom), réfugié chez les Varègues ou Normands, desquels descendait la famille régnante . de Russie , s'étant avancé à la téte d'un corps de troupes jusqu'à Kiow , proposa à Jaropolk de venir le trouver pour se concerter. Un brave serviteur, appelé Variajko, employa tous les moyens pour en détourner le prince : «Craignez cette « entrevue, lui disait-il, vous n'en reviendrez « point; réfugiez-vous près des Piezyngowiens ou « Petchénègues, rentrez à la téte des troupes « qu'ils vous donneront, et vous ferez la loi à « Vladimir. » Malgré ce conseil sage, Jaropolk alla trouver le vainqueur, et il fut égorgé par lui (980). G— Y.
JAROSLAF (Jouri ou George), grand-duc de Russie, fils de Wladirair I", contre lequel il se révolta en 101 3, avait eu en partage la principauté de Novogorod. Les Novogorodiens s'étant soulevés contre lui, ce prince montra beaucoup de fermeté et les traita avec .rigueur. Il apprit bientôt la mort de son père et l'avènement de son frère Sviatopok, qui venait de se souiller du meurtre de deux de ses frères, dont il redoutait la popularité. Jaroslaf, craignant de partager le même sort, marcha contre Sviatopok, dans le dessein de lui arracher la couronne. Le nombre des troupes était à peu près égal dans les camps des deux frères ennemis. Jaroslaf conduisait les Novogorodiens et les Varaigues : les deux armées restèrent longtemps sans agir sur les bords opposés du Dnieper. Enfin, voulant que ses soldats fussent dans la nécessité absolue de vaincre, Jaroslaf fit mettre le feu aux baraques : ils franchirent aussitôt le fleuve et remportèrent, en 101 G, une victoire complète. Jaroslaf entra triomphant dans Kief, où il fut proclamé souverain de toutes le» Russies. Un incendie ayant réduit la ville en cendres, il la rebâtit, l'embellit, et lui donna une plus grande étendue. Les Petchénègues vinrent l'insulter; il les repoussa. Attaqué, en 1018, à l 'improviste par Boleslas , roi de Pologne , son armée fut enfoncée et dispersée; et lui-même prit la fuite, accompagné seulement de trois cavaliers. Il porta la première nouvelle de sa défaite à Novogorod, et apprit bientôt que son frère Sviatopok venait d'être rétabli par Roleslas. Dans son découragement, il voulait se réfugier chez les Varaigues; les Novogorodiens, disposés à tout entreprendre pour lui, s'y opposèrent, et lui offrirent
des secours de tout genre. Jaroslaf rassemble une année, se met à la poursuite de Boleslas; il est encore vaincu. Cet échec ne l'empêche pas de se présenter aux portes de Kief : elles lui sont ouvertes par la fuite précipitée de Sviatopok; mais ce prince reparut bientôt avec une armée de Petchénègues : les Russes défendaient Jaroslaf. Les deux armées se mesurèrent dans une sanglante bataille, qui dura trois jours. Enfin la victoire se déclara pour Jaroslaf, qui se trouva paisible possesseur du trône de son père. Il ne le fut pas longtemps. Forcé de marcher contre son propre neveu, qui venait de lui enlever Novogorod , il le vainquit ; mais il fut moins heureux contre son frère Moslislaf, qui malgré lui resta maître de Tchernigof. Peu après il attaqua Roleslas, roi de Pologne, et fut encore vaincu. Humilié par ces deux défaites, il fit la paix avec Mostislaf, et lui accorda un agrandissement de territoire en Russie. Luimême, par son habileté, ne tarda pas à augmenter la puissance russe. U reprit, en 1031, la Russie rouge sur les Polonais, et en 1043 leva une armée de cent mille hommes pour faire la guerre à l'empereur grec. Cette expédition, qu'il confia à ses fils, fut heureuse d'abord et finit par des revers. Trois ans après, les deux nations rétablirent la paix entre elles, par le besoin qu'elles avaient d'une alliance mutuelle.. La guerre ne fut pas l'unique occupation de Jaroslaf : ce prince studieux lisait nuit et jour ; il rassembla un grand nombre de copistes, et fit traduire beaucoup de livres grecs. U appela de la Grèce en Russie l'art de la peinture , et fit orner les temples. Bientôt même il établit à Novogorod une maison d'éducation, où l'on élevait dans les lettres trois cents enfants de slarostes. Dès 1017, il avait donné aux Novogorodiens un code de lois qui l'a fait regarder comme le premier législateur de la Russie , quoique, à beaucoup d'égards, il n'ait fait que réformer les lois suivies par les Russes au temps d'Oleg, et en ajouter de nouvelles. Sous son règne on vit s'étendre la foi chrétienne, dont les premières semences avaient été jetées par sou père; il fonda beaucoup d'églises, et leur assura des revenus. L'étendue de ses États et l'éclat de son règne le rendirent le premier souverain du Nord , à une époque surtout où la Russie, concentrée plus tard en elle-même et presque oubliée , avait des liaisons avec presque tous les souverains de l'Europe. Casimir, roi de Pologne, avait épousé Marie, soeur de Jaroslaf; et Henri 1er, roi de France, épousa sa seconde fille. Il avait donné la première au roi de Norvège, et la troisième au roi de Hongrie. On ne doit donc pas être étonné qu'un souverain dont les alliances s'étendaient depuis la Grèce jusqu'en Angleterre n'ait pas été inconnu à la cour de France. Tel fut ce prinee que Voltaire appelait duc inconnu d'une Russie ignorée. Jaroslaf mourut en 1034, dans la 77* année de son âge, après un règne de trente-cinq ans. Ami sûr , allié fidèle , ennemi généreux, il était doué d'un caractère
doux, et ne conservait aucune haine après la réconciliation. Moins ambitieux que brave , il était plus attentif à rendre heureux ses sujets que jaloux d'en acquérir de nouveaux. Sa révolte contre son père, dont les motifs ont échappé à l'histoire» est la seule tache qui dépare sa vie ; car s'il châtia sévèrement les Novogorodiens , à la suite de leur révolte, il le fit avec équité, et ceux-ci, loin de le haïr, le chérirent toujours depuis cette époque. Conservant de lui, après sa mort, le plus tendre souvenir, ils continuèrent de donner son nom au palais de leur prince; et quand ce palais tomba en ruines, ce nom resta encore au sol où il avait été construit. B — p.
JAROSLAF 11, dit Vnéwolowitch, troisième fils de Vszéwolod III (voy. ce nom), succéda en 1238 à son frère aîné, George II (voy. ce nom), dans le grand-duché de Russie. La bataille de Site ayant été perdue, les Tartares, qui ne rencontrèrent plus d'obstacles, s'avancèrent sur Souzdal et Kolelsk ; tout fut pillé et massacré. Batu-Khan {voy. Batu), rassasié de carnage, se retira pour quelque temps sur le Don , et Jaroslaf quitta Kiow , afin de prendre possession du grand-duché dont la ville capitale était Vladimir (1Î38); peu après on apprit que Batu s'avançait de nouveau pour dévaster les provinces méridionales de l'empire. Péréiaslaf et Tchernigow furent pillées, brûlées ; de là Batu marcha sur Kiow, qui, après une défense courageuse, éprouva le même sort. Ainsi disparut pour jamais cette antique capitale, que les annales du temps appellent la mère des villes ruttes. Rien n'y fut épargné, pas même l'asile sacré des tombeaux. Les églises, construites par des architectes grecs, furent ruinées jusqu'aux fondements. Le prince Démétrius, <pji, par ordre du grand-duc, avait défendu Kiow, fut pris les armes à la main et amené devant Batu, qui , contre son ordinaire, lui dit : Je t'accorde la vie. De Kiow, Batu s'avança sur Râliez et sur les provinces que nous appelons aujourd'hui la Gallicie; de là il se jeta sur la Hongrie. * 11 semblait, disent « les annalistes du temps, qu'un fleuve de feu se « fût roulé sur la Russie, depuis les rives de l'Oka ■ jusqu'à celles du San. Pareil à unebéte féroce, « Batu dévorait les provinces et en déchirait les « restes avec ses griffes. Les plus vaillants parmi « les princes russes étaient morts dans les com- « bats; les autres erraient sur des terres étran- « gères. Les mères pleuraient leurs enfants , « qu'elles avaient vu écraser sous les chevaux des « Tartares , ou exposer à des traitements ignomi- « nieux. » Batu, ayant conduit les dépouilles de la Russie sur les bords de la mer Caspienne, envoya de là à Jaroslaf l'ordre de venir le reconnaître pour souverain. Le grand-duc obéit, et du camp de Batu il fit partir Constantin, le plus jeune de ses fils, pour aller en Tartarie se prosterner aux pieds du grand khan Oktal-khan {voy. ce nom), qui célébrait les victoires que ses armées venaient de remporter en Chine et en Europe. Jaroslaf,
accueilli par Batu avec distinction , fut nommé chef des princes russes; et, deux ans après, Constantin revint de la Tartarie, apportant avec lui l'ordre intimé à son père de se rendre à la- grande horde. Jaroslaf n'était point en mesure de désobéir. Ayant fait ses adieux à la Russie, qu'il n'espérait plus revoir, Il arriva sur les bords du fleuve Amour, et là il subit une nouvelle humiliation. Contraint de se prosterner devant le trône du grand khan, il mourut de douleur (30 sept. 1146) en revenant de ce honteux voyage. Il fut le père d'Alexandre Newski , si célèbre dans les annale* de la Russie (voy. Alexandre), et d'André Jaroslawitch (voy. André). G — T.
JABRIC {Pierre dd), jésuite, né à Toulouse eo 1363, professa pendant quinze ans la théologie morale au collège de Bordeaux avec beaucoup de réputation, et mourut à Saintes en 1616. il est auteur île V Histoire des choses mémorables advenues tant ès Indes orientales que autres pays de la découverte des Portugais, etc., Bordeaux, 1608-1610- 1614, 3 vol. in-4°. Cet ouvrage, rare et recherché, a été traduit en latin par le P. Math. Martinex, Cologne, 1613, 3 vol. in-8°. Dans le principe, Jarric s'était seulement proposé de mettre en français les relations publiées par les jésuites italiens et espagnols sur les établissements que la société venait de former en Amérique. Mais chaque écrivain, n'ayant traité que d'une province, donnait des détails omis par les autres ; et , à moins de lire toutes ces relations, on ne pouvait avoir qu'une idée incomplète des travaux des missionnaires dans le nouveau monde , et des pays dont ils avaient, pour ainsi dire, fait une seconde fois la découverte. Jarrie renonça donc à son projet, et , prenant dans la relation de chaque missionnaire ce qu'il y avait de plus intéressant, en composa l'ouvrage dont il s'agit. Bien qu'il n'ait pas été, comme on le dit dans la Biographie toulousaine (1). témoin oculaire des faits qu'il rapporte. son ouvrage n'en contient pas moins, sur les mœurs des Indiens et sur l'histoire naturelle de l'Amérique, une foule de détails dont les récits des nouveaux voyageurs ont confirmé l'exactitude. La bibliothèque de Toulouse possède quelques manuscrits de Jarric. W — s.
JARRIGE (Pierre), si connu par son emportement contre les jésuites, était né à Tulle, en 1605, de parents peu aisés, mais qui s'imposèrent des sacrifices pour le faire étudier. Après avoir terminé ses cours, il sollicita son admission dans la compagnie de Jésus, et fut choisi pour enseigner la rhétorique au collège de Bordeaux. 11 prononça dans cette ville l'oraison funèbre du Dauphin, en présence du prince de Condé, avec un tel succès, que ses supérieurs l'engagèrent à cultiver le talent
(M Le P. du Jarric a deux article* dan» la Dtograpku lonitm tainé. C'wt dan» lo second tt- 1, |). 4ry.i «juc «« trouvent les mot» •oulijrnAt. Dan» le premier (t. 1, p. 8341, le rédacteur dit qst luurragc de Jarric , donl il change la litre, eo celui do Tré*er ét rhittoirt d*t Indu, ne méritait pa» l'honneur d'être traduit « latin.
qu'il annonçait pour la chaire. Il suivit ce conseil, et recueillit dans toutes les villes où il prêcha des applaudissements unanimes. Les éloges dont on le comblait lui persuadèrent qu'il était digne des premiers emplois de la société : mais n'ayant pu les obtenir, il résolut de quitter ses confrères, et d'embrasser le calvinisme. En conséquence il adressa, au mois de novembre 1647, sa profession de foi à un ministre de la Rochelle, et fit, quelque temps après, son abjuration dans cette ville. Il passa ensuite en Hollande, et y prononça à Leyde un discours dans lequel il développa les motifs qui l'avaient engagé à changer de religion. Ce discours eut du succès; Jarrige obtint une pension des Etats généraux , et la promesse d'un pastorat après quatre années d'épreuves. Cependant les jésuites faisaient informer contre lui ; et sur leurs poursuites il fut condamné, par jugement rendu à la Rochelle, à être pendu, son corps brûlé, et les cendres jetées au vent. A cette nouvelle, Jarrige irrité rassembla tous les faits que sa mémoire put lui fournir contre ses anciens confrères, et en composa un libelle qu'il publia sous ce titre : Les jésuites sur l'échafaud. Jamais la passion n'avait produit d'écrit plus violent, mais par cette raison même de moins dangereux. Les jésuites cependant crurent devoir y répondre ; et Jarrige acheva d'exhaler, dans sa Réplique au P. Beaufis, tous les poisons de la haine la plus atroce. Après cela, qui aurait imaginé de réconcilier Jarrige avec son ordre ? Le P. Ponthelier, attaché alors à l'ambassadeur de France à la Haye, entreprit cette tâche si difficile, et la termina heureusement. Jarrige, repentant de sa conduite, quitta Leyde en 1630, et se retira chez les jésuites d'Anvers , où il publia la Rétractation de ses erreurs (1 ) ; mais on a remarqué que plusieurs passages tic cette pièce témoignent qu'il ne pardonnait pas encore sincèrement au P. Beaufis, ni à ceux de ses confrères qui s'étaient prononcés ouvertement contre lui. On le laissa maître de rester dans la société, ou de rentrer dans sa famille, et il préféra ce dernier parti. Il vécut depuis ce moment dans une telle obscurité qu'on a cru qu'il avait fini ses jpurs dans une prison ; mais l'abbé Joly a publié (dans ses Remarques sur le dictionnaire de Bagle. t. 2, p. 440) une pièce qui prouve que Jarrige mourut à Tulle le 26 septembre 1660. L'écrit qui attache à son nom une triste célébrité a eu deux éditions. La plus jolie et la plus rare est intitulée Les jésuites mis sur Le chah nul pour plusieurs crimes capitaux, par eux commis dans la province de GuUnne, avec la réponse aux calomnies de Jacq. Beaufis (Leyde , Elzeviers), 1649, in-12. Ce libelle a été traduit en latin sous ce titre : Jesuita in/erali peqmate, cumjudicio generali de hoc ordine, Leyde, 1665, in-12. Restaut a joint à sa traduction de la Monarchie des Solipses
(1) Rétractation du P. Jarrig» , retiré dé sa doublé apottatit par la mutrtctrdt d» Dieu, Anvers, 1660, la-12; traduit en flamand , MM. l'iuswurs ministres protestants y répondirent avec
une analyse de l'ouvrage de Jarrige, et il dit dans
la préface qu'on n'entendit plus parler de l'auteur; qu'on sait ce que les jésuites en ont pu faire, mais non pas ce qu'ils en ont fait. On a vu que ces soupçons répandus par des ennemis de la société sont dénues de fondement. W — s.
JARRY (Nicolas), le plus célèbre calligraphe français, était né à Paris vers 1620; on lit dans le Dictionnaire universel qu'il entra a l'hôtel des Invalides, pour cause de blessures, après avoir fait la guerre : mais cet établissement ne fut disposé pour recevoir les militaires qu'en 1674; et quoiqu'on ne puisse fixer la date de la mort de Jarry, il est cependant probable qu'il ne vivait plus à cette époque. En effet, c'est de 1640 à 1663 que cet excellent artiste a exécuté ses chefs-d'œuvre, et l'on ne peut pas croire qu'il soit entré postérieurement dans la carrière militaire. Debure lui donne le titre de mailre écrivain, circonstance qui fait conjecturer qu'il avait ouvert une école pour l'enseignement des principes de l'écriture. Louis XIV, qui encouragea et protégea tous les talents, fit expédier à Jarry le brevet d'écrivain et de noteur de sa musique. Voici la liste de ceux de ses ouvrages qui sont les plus connus : 1° La guirlande de Julie, 1641, In-foL, volume de 30 feuillets. L'abbé Rive a publié une Notice de ce chef-d'œuvre, Paris, Didot, 1779 (eoy. Rive). On ne peut rien imaginer de plus parfait que ce volume, monument éternel de la galanterie du duc de Montausier, qui le fit exécuter pour Julie-Lucine d'Angennes, qu'il épousa quelque temps après. Le frontispice est entouré d'une guirlande qui a donné son nom au recueil; sur chaque feuillet est une fleur détachée de cette guirlande , peinte par le fameux Robert, et au-dessous, un madrigal écrit par Jarry, avec une perfection que le burin le plus délicat n'atteindrait pas. Ce précieux volume passa de la bibliothèque de M. de Caignat dans celle du duc de la Vallière, où il a été vendu, en 1784, quatorze mille cinq cent dix francs. 2° Une copie de la Guirlande, mais sans les peintures, in-8°, volume de 40 feuillets, a été portée, dans la même vente, à quatre cent six francs. Il en existe une 3* copie aussi faite par Jarry, in-4°, qui a passé dans la maison Didot. 3° Un Livre d'emblèmes, in-4° de 60 feuilles vélin, et enrichi de trente dessins emblématiques, lavés à l'encre de la Chine. Ce volume né^>orte point le nom de Jarry; mais, dit Debure, il est impossible de se méprendre à la régularité, la netteté et la précision des caractères tracés par la main de cet artiste. Il fut vendu chez le duc de la Vallière seize cent et un francs. 4° hl'usale solemne, 1 641, in- fol. de cent feuilles de vélin , sur deux colonnes arec le chant noté : vendu six cent et un francs en 1813 (roy. le catalogue de Schérer) ; 8° la Prigione di Filindo il constante, poi'me en vers italiens, petit in-fol. de 51 feuillets sur vélin, écrit en 1643, comme on le voit, avec la signature de Jarry, page 13 recto. Il est à la bibliothèque de Paris,
suppléai. D° 54. 6° Prières dévolet,- in-24, 1615 (Calai, de Mac-Carthy, n» 436); 7° Hevret de Notre- Dame. 1647, in-8° de 120 feuillets vélin. Jarry s'est surpassé dans ce chef-d'œuvre (voy. le Catal. de la Vallière, n° 318); 8° Oftcium B. Maria Virginis. 1U 48, in-lU. Ce petit volume, exécuté pour M. de Rebé, archevêque de Narbonne, a été acquis par le rédacteur de cet article pour la bitdiothèque de Besançon ; 9° Petit office de la Ste-Vierge, accom/tagné de plusieurs autres prières, 1650, in-18 Je 159 pages vélin ; vendu trois cent deux francs en 1811 {voy. le Catal. de M. d'O. (d'Ourches) , n° 38) ; 10° Prêtes thristianm cum parvo officia B. Maria Virginis, 1652, in -12 (CataL de M. le comte de Mac-Carthy, n° 427); H" Les sept offices de la semaine atec leurs litanies. 1653, in-24 (Catal. de M. de Brienne, n- 18); 12° Office de la B. Vierge Marie, 1655, in-18 (Ibid., n» 16); 13" Les sept offices pour la semaine, 1659, in-16 de 74 feuillets vélin (Catal. du baron d'Ileiss), 14° L'office de la Vierge et t office de Ste-Anne, 1660, in-32 vélin ; 15° Les sept offices pour la semaine, 1663, in-18 de 128 pages, décoré de fleurs peintes : vendu huit cents francs [Catal. d'Ilangand); 16° L'office de la Vierge. in-24, sur vélin (Catal. de Brienne, n» 17); 17» Livre de prières dévotes, in-16 (Catalogue de Filheul); 18° Petit livre de prières, in-18 de 58 feuillets vélin (Catal. de M. d'O. (d'Ourches), n» 39); 19» Adonis. poème de la Fontaine , in~4u avec miniatures. Ce volume précieux , exécuté pour le surintendant Fouquet , a été en la possession de M. Chardin , amateur de livres, à Paris (voy. le Manuel de M. Brunei). 20° Airs nouveaux de la cour, in 8°, avec des initiales peintes en or (voy. le Dict. bibliographique de Cailleau et Duclos); 21° Un recueil de poésies de Tristan l'Hermite commençant par l'Ode à Madame, Xoble sang des rois d'idumée, in4° écrit sur vélin. Laporle-Duthcil attribuait à Jarry ce joli manuscrit, acquis en 1759, pour la bibliothèque de Paris par un échange fait avec l'abbé Rolhelin (supplém. nu 916). — Mudelon Jauky , sieur de Vurigny, gentilhomme du Maine, mort en 1575 à l'âge de 40 ans, avait composé une histoire de France, intitulée Des faits des Françoys ; mais Fontetlc croit qu'elle n'a jamais été imprimée. — François Jarry, prieur de la Chartreuse de N.-D. de la Prée-lcs-Troycs, dans le 16e siècle, a publié : Description de l'origine et première fondation de l'ordre sacré dis Chartreux, Paris, 1578, in-4°, en vers latins et français. Les vers latins, qui avaient déjà été imprimés sans nom d'auteur à Paris, 1551 , in-4°, étaient écrits sur les murailles du petit cloître des Chartreux de Paris : c'est le même poème qui est joint et sert d'explication à la Vie de St-Bruno, gravée d'après Lesucur, par Chauvcau, 2 vol. in-fol. W — s.
JAR II Y (Lairest Julhard, plus connu sous le nom de du), né au Jarry, village près de Saintes, vers 1658, serait peut-être oublié aujourd'hui, s'il n'avait eu l'avantage de l'emporter sur Voltaire dans un concours académique. Destiné par ses
parents à l'état ecclésiastique, à peine avait-il reçu les ordres sacrés, qu'il obtint le prieuré de N.-I). du Jarry; et satisfait de ce modeste bénéfice, il employait ses loisirs à cultiver les lettres, sans désirer le vain titre d'auteur. Dans un voyage qu'il fit à Paris, il fut présenté au duc de Montausier, qui l'accueillit avec bonté, loua ses Essais, et lui procura la connaissance de Bossuet , de Fléchier et de Bourdaloue. Encouragé par les suffrages de ces grands orateurs, l'abbé du Jarry se hasarda à concourir, en 1679, po^ur les prix proposés par l'académie française; ri obtint celui de poésie, pour une pièce où l'on trouve dçs vers qui ne sont pas sans mérite, et ne manqua celui d'éloquence que pour avoir négligé de faire approuver son discours par deux censeurs. Il commença dès lors à s'appliquer à la prédication , et parut avec succès dans les principales chaires de Paris : mais il ne recueillit de ses travaux que de stériles applaudissements; e\ les protecteurs qu'il s'était faits ne lui rendirent aucun service. Un procès qui dura dix années l'obligea de quitter Paris, et lui enleva une partie de sa fortune. 11 avait près de soixante-cinq ans lorsqu'il s'avisa de rentrer dans la lice académique : l'ode Sur le vœu de Louis XIII, qu'il envoya au concours de 1713, obtint la préférence sur celle de Voltaire, fort jeune à cette époque, et qui, mécontent d'avoir été vaincu, s'égaya aux dépens de son rival et de ses juges (I). l/abbé du Jarry, peu après ce dernier triomphe , se relira dans le lieu de sa naissance, où il vécut obscur, et mourut en 1730, âgé de 72 ans. On a de lui : 1° Btcueilde divers ouvrages de piété, Paris, 1688, in 12; 2° Sentiments sur te ministère évangélique avec des réflexions sur te style de l'Ecriture sainte et sur ? éloquence de la chaire, Paris, 16K9, in-12; réimprimés, en 1726, avec des additions, sous ce titré*: Le ministère écangélique , ou Réflexions sur féloquence de la chaire, etc. C'est cependant, dit Cibcrt , moins un recueil de préceptes que de sentiments du cœur (Jugements sur les auteurs qui ont traité de la rhétorique). 5° Essais de sermons et de panégyriques. Paris, 1692 à 1698, 5 vol. iu-8°. C'est la suite d'une compilation (entreprise par l'abbé de Bretteville ) des sermons des meilleurs prédicateurs (voy. Brettevim.k ). 4° Sermons sur les mystères de X. S. et de la Ste-Vierge. Paris, 1709, 2 vol. in-12. Ces sermons, fort négliges aujourd'hui, offrent cependant, par intervalles, plusieurs traits d'une éloquence vive, noble et digne du ton qui convient à la chaire (Sabaticr, Trois siècles de la littérature). 5° Panégyriques et oraisons funèbres, ibid., 1709 ,2 vol. in-12. Parmi les oraisons
(Il La pièce de l'abbé du Jarry renferme un Ter. que ton ridicule a rendu célèbre :
Pôle» glacés, bri tamis, où «a gloire connue, etc.
Ce rer» annonçait dans l'auteur une ignorance complète de» première» notion» géographique-». Lamotte-Houdarl , son ami, i qui l'on lainait crue obscrTation, répondit que c'était une affaira de physique, du ressort de l'Académie de» acienre» et nnn de l'Académie française. Una semblable excuse ne serait plu» admise
JAIl
funèbres, on distingue celle de Fléchier; elle a été réimprimée en téte des œuvres posthumes ou mandements et lettres pastorales de cet illustre prélat. G0 Poésie» chrétiennes, héroïques et morales. ibid., ÎWJi in-I2. C'étaient ces poésies que Voltaire avait en vue lorsque, dans sa Corresjmndance, il parlait des vers héroïques, moraux, chrétiens et galants de tabbé du Jarry. On doit encore à l'abbé du Jarry la Préface des sermons de morale de Fléchier, et une édition des Harangues de Vaumorière, Paris, 1713, in-4°. W^s.
JAKRY (Pierre-François-Théophile), chanoine de Liège et écrivain ecclésiastique, était né en mars 1 70 i, à Saint-Pierre sur Dive, en Normandie. Il commença ses études en province et vint les achever à Paris; mais il n'eut point le temps de faire sa licence en Sorbonne , la révolution ayant fermé cette célèbre école. Nommé curé d'Escots, paroisse voisine du lieu de sa naissance, il ne fit que prendre possession de sa cure et fut obligé de s'éloigner immédiatement, par suite des persécutions qui furent dirigées contre le clergé. Non content de refuser le serment, il le combattit par quelques écrits. EnJ179l il se retira à Jersey, d'où il passa en Angleterre l'anuée suivante, et de là en Allemagne. Nous croyons qu'il séjourna quelque temps dans l'évéché de Liège et à Macstricht. On lui attribue une instruction pastorale du prince-évéque de Liège sur les causes de la révolution cl sur les moyens d'en arrêter les progrès; celte instruction est datée de Burgos, mais celle date n'avait été imaginée sans doute que pour dérouter les persécuteurs, car ni l'évéque ni l'abbé Jarry n'étaient allés en Espagne. L'évéque d'Auxerre, 11. de Cicé, qui connut l'abbé Jarry en Allemagne, lui donna le titre de son grand vicaire en 1708. Pie VI, alors exilé à Florence, le nomma archidiacre et chanoine tréfoncier de l'église princière de Liège; mais les événements, qui devin* rent de jour en jour plus funestes, ne permirent pas à l'abbé Jarry de jouir de cette prébende. Il demeura longtemps a Munster, en Westphalie, où plusieurs évéques français et un grand nombre d'ecclésiastiques étaient réfugiés. Son esprit cultivé, sa conversation piquante et ses manières aimables lui concilièrent l'estime de plusieurs seigneurs allemands. Il eut part à la conversion du célèbre comte de Stolberg, et, dans les derniers temps de sa vie, il entretenait encore une correspondance avec ses amis de Westphalie. Il ne rentra point en France après le concordat, y fit seulement un court voyage en 1807, et ne revint tout à fait qu'après la restauration. Retiré à Falaise auprès d'une parente, il y a passé ses dernières années, partageant son temps entre les exercices de piété et l'étude. Ayant écrit en 1816 une lettre de félicitations à Pie VII sur son retour dans ses Luis, ce pontife lui adressa le 29 juin un bref honorable. L'évéque de Bayeux lui donna le titre de vicaire général. L'abbé Jarry s'aflligeait vivement des maux de la religion; il s'effrayait
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du délire des opinions et de la licence de la presse. La mort du duc de Berry fit sur lui une vive impression. 11 s'était rendu à Lisieux pour assister à une retraite ecclésiastique, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui l'emporta , le 31 août 1840. On a de lui un assez grand nombre d'écrits qui montrent autant de talent que de zèle : 1° Question sur le serment, 1791, in-8°; 2» L'abbé Fauchet peint par lui-même, Jersey, 2 août 1791 , in- S" de 62 pages; 3° Vie de l'abbé Fauchet, Jersey, 1791 , in-8° de 30 pages; 4° Contraste entre un quaker et l'abbé Fauchet. Jersey, 1791 , in-8° de 89 pages. Ces opuscules , publiés sous le nom de l'abbé de Valméron, sont dirigés contre Fauchet, évéque constitutionnel du Calvados ; 5° Discours sur la délivrance de Mac strie ht , 1793 ; 6° Oraison funèbre du cardinal de la Rochefoucauld, Munster, 1801 , in-4° de Kl pages; 7° Oraison funèbre de la comtesse Antoinette de KauniU-Riclhberg. 1808, in-8°; 8» Dissertation sur l'épiscopat de St-Pienre A Antioche, Paris, 1807, in-8° de 133 pages. C'est une réfutation d'un religieux allemand , Molkenbuhr, qui avait publié, de 1783 à 1801, plus de vingt dissertations critiques où il niait les faits les plus avérés de l'histoire ecclésiastique. L'abbé Jarry avait rédigé un ouvrage latin pour lui répondre, mais il ne l'a point publié; sa dissertation est un extrait de cet ouvrage. 9° Examen d'une dissertion sur la mitigation des peines des damnés, Leipsick^ 1810, in-N" de 200 pages : c'est une réponse à une dissertation de l'abbé Émery qui n'a point été publiée, mais dont on avait envoyé quelques exemplaires à Munster ; 10° Du rétablissement de l'empire germanique tel qu'il était avant 1792, par un tréfoncier de Liège, Paris, 1814, in-8»; 11" Discours sur la catastrophe du 20 mars et sur le retour du roi, ibid., 1813, in-8»; 12° Discours prononcé à Rouen à la St-Louù, 1816, Pari* 1817; 13" Sur St-Herminégilde, par U. A. T. D. L. (un ancien tréfoncier de Liège), Paris, 1817, in-8» de 68 pages : c'est une réponse à un article de Malte-Brun dans le Journal des Débats du 7 mars 1812; à la fin il y a deux notes, l'une sur l'Essai sur toriison funèbre de M. Villcmain ; l'autre sur V Histoire du Bas- Empire de Royou; 14° Oraison funèbre du prince de Condé, Paris, 1818, in-8°. Ce discours ne parait pas avoir été prononcé; il renferme des considérations élevées sur nos malheurs et sur leurs causes. 15* De la liberté de la presse, MA., 1819, in-8° de 52 pages; 16° Sur la petite Église, Ibid., 1820, in-8° de 46 pages. U y a des choses curieuses dans cet écrit, qui est une réponse à des ecclésiastiques du Mans. L'abbé Jarry était un homme de mérite et de talent. Plusieurs des écrits cidessus sont remarquables par les pensées et par la verve du style. P— -c — t.
JAKS (François de Rochechocart , plus connu sous le nom du chevalier de), joignit à beaucoup d'esprit et d'amabilité une fermeté d'âme peu commune. Sa naissance et ses quabtés personnelles lui avaient mérité l'honneur d'être admis à
l'intimité de la reine Anne d'Autriche , qui avait en lui une confiance particulière. C'en fut assez pour le rendre suspect au cardinal de Richelieu ; et après la fameuse journée connue sous le nom des Dupes, le chevalier de Jars fut exilé en Angleterre, où il passa le temps de sa disgrâce dans des fêtes et des plaisirs continuels. Rappelé en 1631 , il recommença bientôt à prendre part aux intrigues de la cour ; et le ministre se vit obligé d'employer une seconde fois l'autorité pour déjouer les projets de ses ennemis. Le chevalier de Jars fut arrêté dans les premiers jours de l'année 1632, et conduit à la Bastille, où il resta onze mois enfermé dans un cachot. Laflémas, qu'on appelait le Bourreau du cardinal, l'interrogea quatre-vingts fois pendant ce temps-là, sans pouvoir tirer de lui le moindre aveu : on le transféra ensuite à Troyes avec le même appareil et les mêmes précautions que s'il eût été convaincu des plus grands crimes. LafTémas s'y rendit pour l'instruction du procès, et il employa vainement tous les moyens pour intimider le prisonnier et lui arracher des aveux : de Jars fut inébranlable. Enfin LafTémas, qui avait sans doute J'ordre de porter les choses à la dernière extrémité, prononça l'arrêt de mort, et fit conduire le chevalier à l'échafaud ; mais au moment où celui-ci plaçait sa tête sur le fatal billot, on vint lui annoncer sa grâce , et il fut reconduit en prison, où il resta longtemps sans pouvoir parler et comme privé de sentiment (1). Il obtint enfin sa liberté; mais il reçut en même temps l'ordre de partir pour l'Italie, d'où il ne revint qu'après la mort de Richelieu. Pendant son séjour à Rome, il avait connu le cadinal Mazarin, et il contribua à fortifier l'opinion favorable que la reine avait conçue de sa capacité; mais il se brouilla avec le nouveau ministre dès qu'il le trouva opposé à ses amis* Le chevalier de Jars joua un rôle dans les premiers troubles de la Fronde, et contribua à les apaiser en s'entremettant pour réconcilier Mazarin avec le garde des sceaux, Cbâteauneuf : on lui avait donné pour prix de ses services la commanderie de Lagny-Ie- Sec et l'abbaye de Sl-Salur, et il ne cessa jamais de jouir de la plus haute faveur près de la reine mère ; il parait cependant qu'il abandonna la cour, afin de mettre, suivant le conseil du Sage, un intervalle entre les dissipations de la vie et sa fin prochaine. Les dictionnaires placent sa mort à l'aunée 1670. W— s,
JARS (Gabriel), minéralogiste français, membre de l'Académie des sciences, naquit à Lyon le
(1| Jeu Leclcrc dit pourtant [Vit du cardinal dt RicktHtn, 11*. ai que, comme le chevalier de Jars était prêt dejdescendre de l'échafaud, un de* jugea l'exhorta, apré* avoir éprouvé la clémence du rot, à découvrir le* intrigue* du garde de* sceaux; maia qu'il répondit courageuacment que rien ne serait capable de lui arracher de la bouche les atcrelt de *e» ami», ni quoi que ce fût qui put leur faire tort. Ce récit e»t tout a fait Invralaernblable. et l'on a préféré celui de madame de Moltevilla, amie intime du chevalier de Jar«, et qui aavait de lui-même lei particularitéa qu'elle rapporte mr aoa procee. I Voycx lea Mémoire* 4* gMÉHN d* AfoUmUt.)
26 janvier 1732. Son père, qui avait commencé l'exploitation des mines de Sainbel et de Chessy, l'y appela dès qu'il eut fini ses études. Jars s'adonna avec ardeur à ses nouvelles occupations, entra ensuite à l'école des ponts et chaussées, pour acquérir les connaissances qui lui étaient nécessaires, visita les mines de diverses provinces, et ensuite, à plusieurs reprises, de 1757 à 1766, celles de Saxe, d'Autriche, de Bohème, de Hongrie, du Tyrol, de Carinthie, de Styrie, d'Angleterre, du Hartz, de Norvège et de Suède. Les fruits de toutes ces courses furent de bons mémoires sur les objets qu'il avait observés, et des améliorations importantes qu'il introduisit dans diverses parties de l'exploitation. Une place à l'Académie, où il entra en 1768, fut la récompense de ses travaux. Il était, depuis 1761 , correspondant de cette société savante. Chargé, l'année suivante, de parcourir les manufactures du Berry, du Bourbonnais et de l'Auvergne, il fut frappé d'un coup de soleil , dans une excursion qu'il était obligé de Taire à cheval, et mourut à Clermont le 20 août 1769. Un de ses frères, qui avait pris part à ses travaux et l'avait accompagné dans ses derniers voyages , publia les mémoires qu'il avait laissés inédits. Celui-ci fut aussi un métallurgiste distingué, et correspondant de l'Académie des sciences. Forcé de quitter le Lyonnais dans des temps orageux où sa vie était compromise, il vint se réfugier à Paris. Pour le soustraire aux périls qui le menaçaient, on lui donna une commission d'inspecteur général des mines. Le danger passé, il retourna dans ses foyers, et y mourut en 1796. Voici le titre de l'ouvrage de son frère : Voyages métallurgiques, ou Recherches et observations sur Us mines et forges de fer, la fabrication de Coder, celle du fer-blanc, et plusieurs mines de charbon de terre, faites depuis l'année 1757 jusques et compris 1769, en Allemagne. Suéde, Norvège, Angleterre et Ecosse ; suivies d'un Mémoire sur la circulation de Cair dans les mines, c* d'une Notice de la jurisprudence des mines de charbon, dans te pays de Liège, la province de Limbourg et le pays de Namur, avec fig., Lyon, 1774-1781, 3 vol. in-4». Ce livre, qui a été traduit en allemand, offre, non un itinéraire, mais divers mémoires sur les mines des pays visités par l'auteur : elles sont décrites avec beaucoup d'exactitude ; il donne leur histoire, les règlements et la forme de leur administration, le mode de leur exploitation , en un mot , tout ce qui peut intéresser. Quand Jars commença ses voyages, la France était, pour la minéralogie , et surtout pour la métallurgie, bien en arrière de plusieurs autrrs pays de l'Europe. Il rendit donc un véritable service à sa patrie, en la mettant à portée de mieux connaître deux sciences du plus grand intérêt pour son industrie. Il a donné une impulsion qui a été suivie d'un succès toujours croissant. Le produit des mines de Chessy devint, grâce à ses soins, bien plus considérable qu'il n'était auparavant ; et
«on frère a continué, jusqu'à sa mort, à s'occuper de cette exploitation. E — s.
JAKS (Antoine-Gabriel), fils du précédent, naquit à Lyon le 9 janvier 1774, et fit avec succès s*'S études sous un ancien oratorien, l'abbé Claude- Antoine Roux. Les troubles qui ensanglantèrent la ville de Lyon portèrent le jeune Jars à embrasser la profession des armes. Il était capitaine du génie quand , au commencement de l'empire , il se retira du service militaire pour revenir dans sa famille, laissant dans les rangs de l'armée de nombreux amis, parmi lesquels le général Bertrand. Maire d'Ëcully près Lyon, il fut créé chevalier de la Légion d'honneur par Louis XVIII en 1815, et, peu de mois après, nommé maire de Lyon par Napoléon ; il signa en celte qualité le pacte fédératif et présida le 5 juillet à la proclamation de Napoléon IL Rentré dans la vie privée lors de la seconde restauration , il fut porté à la chambre des députés par les électeurs du parti libéral en 1822. Dans cette nouvelle position, il ne tarda pas à se faire apprécier de ses collègues. Ko 1828, il parla dans la discussion des projets de loi sur la presse périodique et sur le budget. I n 1830, il votait parmi les 221 , et était élu secrétaire de la chambre élective pour le reste de la session. A partir de cette époque, désormais rassuré sur le sort de la liberté, il se voua à la défense de l'ordre, auquel la victoire de juillet avait porté une si rude atteinte. Le ministère de Casimir Périer eut toutes ses sympathies. On le vit prendre part dans les rangs conservateurs à toutes les grandes discussions : Loi de la presse, loi municipale, loi électorale (il combattit l'abaissement du cens à 200 fr.), loi sur la pairie (il vota pour l'hériditéj; proposition d'indemnité en faveur des victimes de 1834 et de 1839 ; il lutta avec énergie contre les orateurs de la coalition , et stigmatisa la fameuse maxime : Le roi régne et me gouverne pas. En 1840, il parla contre la réforme électorale ; en 1841, contre la proposition d'exclure de la chambre les députés fonctionnaires publics salariés. En 1842, il réitéra les mêmes argumenta contre la même proposition, et se faisait toujours remarquer dans toutes les discussions par la correction et l'élégance de sa parole, embellie encore par un débit d'une rare perfection. Son mandat électoral n'ayant pas été renouvelé en 1842, il rentra définitivement dans la vie privée, et dut demander a la culture des lettres un sujet de délassement qu'il leur avait déjà emprunté au sortir de la vie des camps. On a de lui : 1° Ut Confidencet , comédie-lyrique en deux actes, musique de Nicolo lsouard, 1803 ; 2° Julie, ou le Pot de fleurs, opéra-comique en un acte, musique de Fay et Spontiui, 1803; 3° le Rival supposé, opéracomique, Paris, 1805, in-8°; 4« Poésies, extrait d'un petit portefeuille, Paris, 1856, in-8«; 5° Mes derniers vers. Paris, même année, in-8*. En 1831, il avait été nommé président de la commission chargée d'examiner l'état du Théâtre- Français.
Jars est mort à Paris le 16 mars 1857, laissant deux filles mariées, l'une à M. de Chichiliane, l'autre à M. le comte de Vougy. Plusieurs membres de sa famille s'étaient distingués au siècle dernier dans la carrière métallurgique; lui-même possédait des connaissances très-étendues en minéralogie. G. B — M et A. P.
JASINSKI (Jacques), général polonais, né en Lithuanie, était lieutenant d'artillerie pendant la campagne que les Polonais soutinrent en 1792 contre les Russes. En 1794 se trouvant presque seul au milieu de la Lithuanie, occupée par les Russes, il conçut et exécuta le dessein de délivrer la ville de Wilna et de soulever la province. Dans la nuit du 23 au 24 avril 1794, n'ayant avec lui que cinq cents hommes, il tomba sur la garnison, qui était de trois mille Russes, en fit prisonniers plus de deux mille avec leur général Arseniew et son état-major, et répandit au loin la terreur de son entreprise. Kociuszko appela auprès de lui ce chef entreprenant et le plaça dans le conseil national. Jasinski fit, mais bien inutilement, des prodiges de valeur à l'assaut de Praga. U tomba après avoir vendu chèrement sa vie. La veille de l'assaut, il avait dit à ses amis que si les Russes n'étaient point repoussés on ne le verrait plus : il tint parole. G — v.
JASON, frère d'Onias ni, grand prêtre des Juifs (roy. Ohias), dépouilla celui-ci du souverain pontificat, qu'il obtint à prix d'argent d'Antiochus- Epipbane, roi de Syrie, sous la domination duquel était alors la Judée (175 avant J.-C.). Loin d'imiter la piété de son frère, il s'efforça d'introduire parmi les Juifs les moeurs et les coutumes des païens. Quelques années après, Ménélaus, que Jason avait envoyé auprès d'Antiochus, gagna les bonnes grâces de ce monarque et en acheta à son tour la dignité de grand prêtre. Revenu à Jérusalem, il en expulsa Jason, qui se réfugia chez les Ammonites , mais qui bientôt, sur un faux bruit de la mort du roi de Syrie, rassembla mille hommes, et pénétra dans la capitale de la Judée, où il commit toutes sortes de violences, sans pouvoir néanmoins ressaisir l'autorité. Contraint de prendre la fuite, il erra successivement en Arabie, en Egypte et se retira enfin à Lacédémone, où il mourut misérable et méprisé. Tel est le récit de l'auteur du second livre des Machabées ; celui de Flavius Josèphe (Antiq.jud.) est moins étendu et diffère sur quelques détails généalogiques. — Jason de Cyrène écrivit en grec l'histoire des persécutions exercées contre les Juifs par les rois de Syrie. Son ouvrage est perdu ; mais il en reste un abrégé, écrit aussi en grec par un auteur dont le nom n'est pas connu. Cet abrégé forme le second livre des Machabées. — Jason de Thessalonique, cité dans les Actes des apôtres (chapitre xvu), et dans YÈpUre aux Romains (xvi), était parent de St-Paul et le logea chez lui avec Silas, son compagnon de voyage. Les Juifs de la ville, étant venus assaillir la maison de Jason pour se saisir de ses
hôtes et ne les ayant pas trouas, le conduisirent lui-même devant les magistrats, qui le renvoyèrent absous. Suivant les Grecs, il fut d'abord éveque de Tarse et ensuite d'Icône. 1» — rt.
JASON de Phères, un des princes les plus célèbres de la Grèce, dut naître vers le temps de l'expédition des Athéniens en Sicile, c'est-à-dire de 416 à 413 avant J.-C. Sa famille, la plus noble et la plus opulente du pays, faisait remonter son origine aux anciens rois de Thessalie, et ne le cédait point en illustration aux fameux Alévades de Larissc. Lycophron, son père, était le premier personnage de Phères, où il joua un grand rôle politique, faisant alliance avec Sparte, battant, à la tétc de l'armée phéréenne, les Larisséens et d'autres peuples de Thessalie, vers le temps de la grande éclipse solaire du 3 septembre 404 avant J.-C. , et très-probablement il couvait des plans très-vastes , lorsqu'il mourut vers 396. Il léguait avec ses projets de grandes richesses à ses trois fils, Jason,Polyphron, Polydore. Jason réunissait toutes les qualités qui peuvent donner la popularité dans une cité guerrière : une générosité sans bornes, un corps de fer, un courage invincible, la hardiesse à concevoir, la circonspection et la rapidité dans l'exécution; qu'on y joigne l'adresse, la prévoyance, l'art de coordonner étroitement les moyens aux moyens pour arriver au but; enfin une activité que ni les obstacles ni même les succès ne pouvaient paralyser, on comprendra combien Jason devait agir sur l'imagination mobile et vive, sur l'audace vagabonde et aventureuse de la Grèce. Il est vrai que seuls l'Ilellade et le Péloponèse avaient jadis prétendu au titre de Grèce, et qu'à l'Illyrie, à l'Épire, à la Macédoine, qualifiées de barbares, l'orgueil des Doriens et Ioniens du sud avait joint la Thessalie. Mais ces anathèmes surannés ne tenaient point contre les faits; presque toute la classe dominante de Thessalie participait à la civilisation grecque, et, à mesure que l'on s'éloignait des premières guerres médiques, les lumières, se répandant de proche en proche, projetaient leurs rayons sur les peuplades restées en arrière. D'autre part, la guerre du Péloponèse avait usé les forces des deux grandes républiques méridionales, et déjà se dessinait ce grand phénomène de l'organisme social en Grèce, l'impuissance à se centraliser. Athènes avait irrémédiablement perdu sa suprématie, et la victorieuse Sparte, malgré ses efforts pour en hériter, allait reculer même en Péloponèse. C'est en ce moment, et pendant les tentatives desThymbron, desDcrcyllidas, des Agésilas en Asie, que Jason parut sur la scène. Une suite d'artifices et d'intrigues, sur lesquels nous n'avons point de renseignements, lui valut la totalité ou peu s'en faut de l'héritage paternel au préjudice de ses deux frères, et bientôt, au sein de sa ville natale , la souveraine autorité, autorité illégitime et usurpée, il est vrai, mais qui n'emportait pas essentiellement par ellemême l'idée odieuse que les modernes attachent
avec raison à l'usurpation. En effet, à peu d'exceptions près, les petits États de la Grèce étaient sans cesse agités par des révolutions qui faisaient passer les pouvoirs de l'aristocratie à la démocratie, et réciproquement, et qui, si elles n'eussent été ensanglantées par la férocité générale du temps, auraient offert une grande analogie avec ces brusques changemenU de ministères qui semblent devenir l'état normal du gouvernement représentatif : l'aristocratie, l'esprit dorien, représentaient la résistance, le parti conservateur; la démocratie, l'esprit ionien.au contraire, aspirait au mouvement, à l'innovation. Le mal de la Grèce fut que généralement les deux systèmes se balancèrent exactement, et qu'aucun n'eut assez de supériorité pour terrasser l'autre et se sentir de l'énergie de reste. Le bien des guerres civiles, c'est qu'un parti écrase l'autre promptement, sans que du côté du vainqueur la déperdition de forces amène la prostration, de sorte qu'avec ce qu'il se trouve de forces libres et disponibles exercées par la lutte et exaltées par le triomphe, le maître du champ de bataille les applique immédiatement et à l'aise à quelque œuvre utile et grande. Cest ce qui ne pouvait se réaliser en Grèce que sur les ruines des deux partis; en d'autres termes, ce qui ne pouvait se réaliser que par un tyran. Le tyran au milieu de ce flux et reflux des deux partis, c'était au milieu des ministères au jour le jour le roi qui règne et gouverne, indifférent et supérieur aux devises des partis , usant des forces des uns et des autres , les harmoniant et les faisant converger ensemble. Malheureusement le génie grec était antipathique à ce régime salutaire; nulle tyrannie ne naquit viable en Grèce. Il lui fallut, pour qu'elle agit comme corps unique, des princes qu'elle regardait comme étrangers, un Philippe, un Alexandre; encore Sparte, l'Ktolie et bien d'autres contrées protestèrent-elles par une malveillante inertie, et l'union factice des Grecs sous le protectorat macédonien "fut -i I lr aussi rapidement dissoute que péniblement établie. Peut-être eût-elle eu plus de chances de durée si le centre de l'autorité eût été la Thessalie , si le généralissime de la Grèce eût été Jason ; le cri : « A bas l'étranger! » eût eu moins d'écho ; la répulsion n'eût point été si vive : la Thessalie était le berceau des Grecs du sud, elle touchait aux Ioniens, elle avait encore une Doride, elle avait les Thermupyles; sa cavalerie était la meilleure connue; ses ports, son commerce lui donnaient quelque ressemblance avec Athènes. Telles sont les considérations qui, graduellement, amenèrent Jason aux plans gigantesques qu'il finit par concevoir, mais qui n'eussent été que de la démence s'il eût débuté par y songer. Ce qui classe cet usurpateur parmi les grands hommes, c'est que son bon sens n'était pas moindre que la largeur de ses vues; c'est que ses idées s'agrandirent par le succès comme ses succès par ses idées; c'est qu'il ne tenta jamais que ce dont il était sûr, et
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JÀS
par conséquent qu'il ne manqua pas une de ses entreprises. Une fois maître absolu à Phères (390), il mit ses soins à se former un noyau de troupes d'élite; il le porta en peu de temps à six mille hommes, tous choisis parmi les plus robustes et les plus braves, bien exercés, bien payés, ne respirant que la guerre, ne connaissant que Jason. Sans cesse au milieu d'eux, souvent vétu comme eux, mangeant comme eux, jeûnant comme eux et plus longtemps qu'eux, Jason était leur type et leur modèle, leur idole et leur espoir. Il récompensait libéralement leur valeur; aux blessés, aux malades, il prodiguait des soins; des obsèques honorables accompagnaient les morts à la tombe- A quiconque se dégoûtait do service ou ne s'y portait qu'avec peu de zèle, il accordait facilement son congé. C'était le temps où les mercenaires commençaient à fourmiller en Grèce; Jason peutêtre fut un de ceux qui contribuèrent à introduire ce fléau ; mais ses mercenaires étaient la plupart Thessaliens : ceux-là au moins étaient presque des nationaux, et, si ses plans se fussent réalisés, ils l'eussent été complètement Les mercenaires, d'ailleurs, étaient les seuls éléments alors possibles de troupes permanentes, et des troupes permanentes étaient la condition essentielle de toute puissance durable. Avec l'augmentation de son armée, Jason faisait marcher de front les mesures politiques, et amenait par d'habiles préparatifs l'instant de frapper les grands coups. Il étendait en pleine paix son influence sur tous les points de la Tbessalie; son hospitalité magniQque attirait les notabilités voisines à Phères et lui valait d'utiles liaisons; il affectait du goût pour les arts, pour l'éloquence, et ses flatteurs le représentaient comme se livrant lui-même , ainsi que Denys, à la composition d'œuvres littéraires; il charmait les Athéniens en venant sans gardes défendre en personne, devant les tribunaux démocratiques d'Athènes, son ami le général Timothée. Ce mélange de force et d'adresse lui soumit de bonne heure diverses peuplades de l'ouest et du sud : les Dolopcs, habitants des Callidromes, les Maraces, sur les frontières de l'Étolie, les Enianes et les Dryopes, répandus sur les versants de l'GEta, tous intrépides montagnards qui ne demandaient pas mieux que d'être conduits par un chef habile et heureux au pillage des contrées voisines. Grâce à son secours, >éogène, tyran d'Histiée, en révolte contre Athènes, consolida son autorité en prenant la citadelle, et même parvint à dominer Orope. Tournant ensuite au nord, il profita des dissensions de la maison royale issue de Caranus pour intervenir dans les affaires de la Macédoine. A my nias 111, en assassinant l'usurpateur Pausanias, n'avait conquis qu'un trône chancelant (396); les lilyriotes s'étaient abattus sur la Macédoine, et, après avoir réduit le pauvre monarque à fuir de sa capitale, à céder des cités, des districts à Olynthe, et finalement à se réfugier en Thessalie à peu près tant
à l'insignifiant Argée II, fantôme de roi qui n'eût osé résister à la moindre de leurs volontés (390). Jason changea cet état de choses : le roi dépossédé trouva un asile à sa cour, et bientôt, à la tète des troupes thessaliennes que conduisait Jason en personne, secondé par l'insurrection des Macédoniens, que les violences et les rapines des lilyriotes n'avaient que trop fatigués, il vit reprendre rapidement à ces derniers la plupart des provinces qu'ils possédaient, et fut rétabli à Pella (388). On comprend combien un tel événement dut augmenter la puissance et l'influence de Jason. La Macédoine dès lors lui paya un tribut et lui fournit des auxiliaires robustes et aptes aux fatigues militaires. On peut s'étonner de ne pas le voir rester en Macédoine pour aider Amyntas, en lutte avec Olynthe ; c'est Sparte qui , à la sollicitation des cités grecques menacées dans leur indépendance par cette reine de la péninsule chalcidique, entreprit la guerre contre elle. Jason resta inactif en celte occasion. C'est probablement qu'à la suite de l'expédition macédonienne il attaqua par ses armes ou par l'or et par l'intrigue les cités opulentes et populeuses du centre et de l'est : Larlsse et Pharsale surtout fixèrent son attention. Il assujettit la première sans grandes difficultés; il fut obligé d'ajourner la conquête de la seconde. Vers le même temps, il entrait en lutte avec Athènes au sujet de l'Eubée, qu'il eût voulu soustraire à la domination athénienne, et à laquelle il se faisait présenter de loin comme un libérateur. Il convoitait aussi le sud de l'Épire, et fomentait parmi les Molosses l'émeute qui contraignit Alcétas à s'expatrier. Les Molosses s'allièrent avec lui , et de protégés il comptait bien en faire des sujets, quand l'intervention athénienne arrêta ses projets. Alcétas revint , et les Histiéotes , à la voix de Thérippide, qui prit sur eux un ascendant sans bornes, ouvraient leurs portes et acceptaient derechef le joug d'Athènes. Chabrias, à la tête de ces derniers, s'avança en Thessalie, prit Métropolis, 377 avant J.-C., et menaçait de soulever les Dolopcs , les Enianes et les Maraces. Iphicrate vint ensuite, puis Timothée. Ce dernier était plutôt là négociateur que général. Jason, depuis longtemps son ami, traita volontiers avec Athènes par son intermédiaire; mais on ne sait point exactement quel fut le traité. Suivant les uns, Jason abandonnait complètement l'Epire; selon les autres, il se bornait à l'évacuer; Alcétas, en gardant le trône, était son tributaire, et le maître de Phères, obéi depuis la mer Ionienne jusqu'à la mer Egée, étreignait l'Hellade comme d'une ceinture. Sur ces entrefaites, Thèbes, qui venait de se délivrer de la tyrannie de Sparte, osait, grâce à Pélopidas el à Épaminondas, grâce aussi à l'appui d'Athènes, entrer en luUe avec la grande cité du Péloponèse, et la lutte se soutenait sans désavantage. L'occasion parut favorable à Jason pour attaquer Pharsale. Battu en plusieurs rencontres, enfin Poly-
38î JAS
de Jason, le plus ferme coryphée du système aristocratique, demanda un armistice : Jason y consentit et eut arec lui une conférence où , lui dévoilant sincèrement ses vastes plans, soit pour la réunion des Thessaliens en une nation et un empire, soit pour la destruction de l'empire médopersan, et, promettant de lui donner le premier rang après lui dans ses États, il terminait en ces termes : « Tu le vois, seul et par tes forces tu ne i peux me résister, et tes efforts n'ont pour ré- « sultat qu'une inutile effusion de sang. Va donc « chercher les alliés les Spartiates, j'y consens : « s'ils veulent, s'ils peuvent l'envoyer des secours, « nous continuerons la guerre , je combattrai et « Sparte et toi ; mais si tes alliés ont trop de leurs « propres affaires pour se mettre encore les
■ tiennes sur les bras, s'ils le laissent isolé, alors
■ renonce à soutenir une cause insoutenable, aide- • moi à devenir le généralissime de la Grèce, et
■ sois le premier en Thessalie après Jason. » Polydamas se rendit en effet à Sparte, déjà peut-être converti par la parole puissante de Jason, et souhaitant que ses alliés du Péloponèse l'abandonnassent. Si tel était son désir, il dut être satisfait: les Spartiates avouèrent leur impuissance et n'offrirent que des renforts insignifiants. Polydamas, de retour, ne balança plus : il convertit la trêve en paix définitive, ouvrit les portes de Pharsale à Jason , ne se réservant que la citadelle, et le fit reconnaître dans toutes les villes qui dépendaient de Pharsale. Une diète de toutes les cités Ihessaliennes s'assembla par ses soins réunis à ceux de Jason ; Jason y fut proclamé prince de Thessalie. Il s'occupa dès lors de régler les contingents des cités en argent et en troupes. Bientôt il eut sur pied vingt mille hoplites, ce qui supposait quarante mille hommes, et plus de huit mille cavaliers. A cette armée régulière il pouvait à volonté joindre un nombre proportionné de peltastes, dont les régions limitrophes lui offraient les éléments. Avec ces forces, Jason, pour peu qu'il maintint son autorité sur les Thessaliens, ne craignait aucune puissance grecque et pouvait en faire trembler beaucoup. L'Épire barbare était divisée ; la Macédoine affaiblie n'était un royaume que de nom et lui payait tribut; les Odryses étaient trop loin , et Sparte s'acharnait en pure perte sur Thèbes, qui bientôt allait lui ravir sa renommée el sa prépondérance militaire. La vaste puissance d'Athènes, éparse en tronçons par Lysamlre , avait tenté en vain de se recomposer. En de telles circonstances, nul doute qu'avec de l'unité, avec un homme de génie pour chef, la Thessalie ne pût sous peu de temps devenir la puissance dominante de la Grèce. Et quel champ immense s'offrait à elle! Puissance navale en même temps que puissance continentale (car elle dominait la Macédoine, d'où Alhcnes tirait ses bois de construction ; ses nombreux esclaves étaient une pépinière de matelots , et elle n'avait besoin d'aller demander du grain et de l'argent
a personne), elle s'annexerait successivement l'Eubée, les Cyclades, les lies de Thrace et d'Asie dont est semée la mer Egée, et prendrait dès lors pied en Asie. Tel élait le plan de Jason ; il le méditait depuis longtemps; il s'en était ouvert à ses amis; Polydamas l'avait apprécié. La partie la plus chimérique de ce plan, l'expédition contre les Achéménides, n'était pas si dépourvue de sens qu'on a semblé le croire. N'est-ce pas ce que Philippe voulut, ce qu'Alexandre exécuta un tiers de siècle après Jason? et l'Anabase et Agésilas n'en avaient-ils pas démontré la possibilité à certaines conditions, qui toutes auraient été bientôt réunies par Jason? Quant à la réalité du projet lui-même, bien qirt? l'accomplissement en fût éloigné, on n'en saurait douter. Outre que le témoignage formel de Xénophon l'atteste, il est à remarquer que l'invasion de la Perse par les Grecs était alors le texle le plus fréquent des déclamalions des sophistes : ainsi le grand homme auquel était réservé l'honneur de prendre, au nom de la Grèce, cette éclatante revanche des dévastations de Darius et de Xerxès, ne pourrait prétendre à l'honneur d'en avoir conçu l'idée. Or, Jason, avec son goûr réel ou feint pour les lettres, était au courant des déclamations des sophistes, et peutêtre en suggérait plus d'une. Pendant ce temps, les événements marchaient. Sparte , de moins en moins heureuse, avait enfin perdu la bataille de Leuctres, mais disposait toutes ses forces pour réparer ce coup terrible , dont elle ne se releva pas (370). Thèbes, à la fois ravie et comme épouvantée de son éclatante victoire, cherchait partout des alliés. Tandis qu'Athènes décline impolitiquementsa demande et même s'unit à Sparte, Jason souscrit avec empressement aux vœux des Thébains, équipe nombre de galères, comme pour préserver la Béotie des attaques maritimes; puis, rapide comme l'éclair, arrive aux environs de Thèbes, avec sa cavalerie et son infanterie soldées, longtemps avant que les Thébains aient eu le temps de rassembler des forces. Cette précipitation cachait des vues ambitieuse 6 : l'astuce profonde dont Philippe de Macédoine usa pendant la guerre sacrée, Jason se préparait à la déployer. Quand les Spartiates parurent, il les ménagea : il n'eût tenu qu'à lui, s'il eût voulu, par exemple, tomber avec sa cavalerie du haut d'un coteau sur l'ennemi, de l'écraser et d'en faire une épouvantable boucherie. Il se garda bien de rendre les Thébains si heureux et si puissants, et, sous des prétextes frivoles, il refusa de combattre. Il eut soin en même temps de faire savoir aux Spartiates que leurs ennemis n'étaient pas tous irréconciliables, et que quelques-uns pourraient s'allier à eux. Son grand but, en tenant ainsi la balance entre la puissance nouvelle qui grandissait et la puissance ancienne qui s'en allait mourante, était de prolonger la lutte entre elles deux et de les affaiblir l'une par l'autre. 11 avait aussi un but secondaire : c'était de faire, à l'aide des corps nombreux qu'il amenait
comme auxiliaires, quelque coup de main heureux et lucratif. Il n'y manqua pas. Dès qu'il eut conclu arec le roi de Sparte Cléombrote un armistice, il commença sa retraite sur Creusis , puis sur Egosthène, et retourna par Hyampolis en Phocide, s'empara des faubourgs de la ville , qui lui ferma ses portes, dévasta le pays, puis tout à coup signa la paix avec les Phocéens, se bornant à démanteler Erginée sur son passage, afin de pouvoir toujours à son gré s'avancer en Hellade sans laisser derrière lui de place fortifiée, il envahit ensuite les deux Locrides opontienne et épicnémidienne, qui ne firent pas plus heureusement résistance. Repassant les monts, il mit le siège devant Héraclée de Trachinie, colonie lacédémonienne fondée pendant la guerre du Péloponèse. Soit par suite d'accord secret avec Sparte, soit simplement parce que, auxiliaire nominal des Thébains, il était en guerre avec Sparte, il détruisit cet établissement, dont la décadence, au reste, était déjà marquée , et qui , après avoir jeté un grand éclat à sa naissance, avait faibli subitement. Il en acheva la ruine : quelques habitations seules survécurent au passage de Jason; le territoire colonial fut partagé entre les QEthéens et les Méliens. De là , enfin , il marcha en Perrhébie , où propableraent il n'eut pas moins de succès. Ainsi le pouvoir de Jason en Thessalie devenait, par la contestation même, plus incontesté de jour en jour; les résistances à main armée ne servaient qu'à consolider et à étendre sa suprématie. Chef des Thessaliens , supérieur à la Macédoine et à l'Êpire ses tributaires, protecteur des Eubéens, médiateur en Béotie, invoqué par les uns, redouté par les autres, respecté de tous, il ne voyait encore dans tout ce. qu'il avait fait que les premiers échelons de sa grandeur. Il méditait une expé. dition prochaine contre la Phocide, dont évidemment la possession aurait été pour lui du plus haut intérêt : par elle il eût coupé en deux la Hellade; il eût occupé les positions les plus fortes, les plus centrales de ce pays ; il eût toujours été à même de prendre à revers la Béotie , qui n'eût dès lors agi que par ses ordres ou sous ses ordres. Un an plus tard , les Thébains avec les alliés du Péloponèse, mais sans concours de la part des Thessaliens, envahissaient la Laconie et achevaient de briser sans retour la puissance de Sparte ; que n'eussent-ils point fait avec Jason? Il est vrai qu'il venait de signer la paix avec la Phocide. Aussi ne donnait-il son expédition que comme un voyage pieux au temple de Delphes, et telle avait été la pensée de la paix qu'il venait de conclure. Les jeux pithiques approchaient ; il voulait s'y rendre et offrir en personne un sacrifice au dieu , mais avec toute son armée. Il avait réuni à grands frais, et en proposant des primes à qui lui fournirait les plus belles têtes de bétail, des milliers de bœufs, de brebis, d'agneaux, de chèvres; il avait requis de toutes les villes de Thessalie leur contingent pour construire cette colossale hétacombe;
il multipliait de tous côtés les préparatifs, les revues, les messages patents et secrets. Outre son armée, il voulait avoir à Delphes et autour de Delphes de nombreuses créatures. En un mot, il occupait de lui toute la Grèce. On se sentait à la veille d'un immense événement, mais qu'on ne devinait pas : suivant les uns, il voulait piller le temple de Delphes; d'autres le soupçonnaient de viser à se faire déférer, par les Grecs réunis pour la solennité, l'intendance des jeux et celle du temple. Cette supposition était sans doute vraie : ce titre qui, en d'autres mains, était un hochet ou un instrument inutile, ce titre tout à fait légal eût investi Jason d'autant de considération morale qu'il avait de force matérielle, l'eût introduit au nom du ciel et pacifiquement dans les affaires générales de la Grèce, eût mis en ses mains le maniement des sommes énormes déposées au temple de Delphes ; enfin il n'eût point eu besoin de le piller, et, quant au contrôle exercé par l'Amphictyonie sur la gestion des intendants, il n'y avait pas là de quoi faire pfeur au maître de cinquante mille hommes. Les Phocéens ne firent rien pour écarter leur entreprenant rival; car, tel avait été, ils eurent soin de le répandre, l'ordre d'Apollon, qu'ils avaient consulté, et qui, en vrai style d'oracle, avait répondu : • J'y pourvoirai, • ou quelque chose d'équivalent. Il y pourvut en effet. Jason venait de passer sa cavalerie en revue dans la plaine de Phères, et commençait à donner audience; sept jeu nés gens approchèrent de lui, et, feignant de se prendre de querelle, tirèrent leurs épées, qu'ils eurent le temps de plonger dans son sein avant que les gardes vinssent au secours (369). Ceux-ci tuèrent sur place deux des assassins, un troisième fut percé de coups en montant achevai, les quatre autres s'échappèrent au galop et se réfugièrent dans la Grèce méridionale, où ils furent accueUlis avec honneur, loin d'être livrés par voie d'extradition. Il ne parait pas d'ailleurs que le gouvernement de Phères les ait réclamés. Bien qu'on n'ait jamais su exactement quel fut le mobile des meurtriers de Jason, il ne nous semble pas douteux que les vrais coupables étaient ses deux frères; ce fut une dès rumeurs qui coururent. Tout autre bruit, s'il eût été fondé, se serait vérifié avec le temps. La facilité avec laquelle sept hommes armés approchèrent indique quelque connivence de la part des gardes; la promptitude avec laquelle furent tués ceux qui probablement avaient le secret du complot en est une autre preuve. Enfin Polydore et Polyphron ne vengèrent point la mort de leur frère. Toutefois, il est à croire que les chefs de la Phocide ne furent point étrangers à l'événement : instruits du mécontentement jaloux des frères de Jason, ils durent se mettre en rapport avec ces princes haineux, les animer, leur fournir des moyens, leur répéter que jamais occasion ne serait plus favorable pour frapper que celle où la mort de leur frère proviendrait un sacrilège et semblerait l'œuvre
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d'Apollon Pythien lui-même. Les grandes rues de Jasoo finirent avec lui, bien que son empire fût de force à subsister même sous des princes médiocres; mais l'incapacité, les discordes ne tardèrent point à les ruiner. D'abord Polyphron et Polydore s'emparèrent de tout au préjudice de leurs neveux (Lycophron, Tisiphone, Pitbolas), tous trois fils de Jason ; puis Polyphron tua Polydore pendant son sommeil , en se rendant à Larisse; lui-même il périt assassiné par le fils de Polydore, Alexandre, si connu par ses querelles avec Pélopidas, par son abominable tyrannie et par sa mort non moins affreuse. Il avait épousé Tbébé, sa cousine, fille de Jason, et Thébé força ses trois frères à lui donner la mort. Pendant ce temps, la Macédoine, l'Ëpire, diverses cités de Thessalie s'étaient soustraits à la domination de Phcres : sous les trois fils de Jason, ce fut encore pis. Pbères même se souleva contre les Jasonides; Philippe de Macédoine intervint pour l'aristocratie, ou , comme on disait , pour le parti de la liberté contre lac Jasonides, chassa trois fois le jeune Lycophron , et soumit à l'influence macédonienne le pays qui semblait devoir devenir le premier de la Grèce. P— ot.
JASON. Voyez Maino.
JAUBERT (l'abbé Piebbe), membre de l'Académie de Bordeaux, était né dans cette ville, vers 1715. Après avoir terminé ses éludes, il embrassa l'étal ecclésiastique et fut pourvu de la cure de Sestas, qu'il administra plusieurs années, partageant son temps entre ses devoirs et l'étude; il résigna ensuite ce bénéfice afin de pouvoir se livrer entièrement à la culture des lettres, et vint habiter Paris; il y mourut vers 1780. Outre une Traduction des œuvres d'Ausone, assez médiocre, mais la seule qu'il y eût alors en français (roy. Ai sone). on a de l'abbé Jaubert : 1° Dissertation sur un temple octogone et plusieurs bas-reliefs trouvés à Sestas, Bordeaux, 1745, in-8». Les bas-reliefs représentent un sacrifice à Cybèle. 2° Éloge de la roture, dédié aux roturiers (Paris), 17136, in-12; 3° Des causes de la dépopulation et des moyens d'y remédier, ibid., 1767, in-12. On y trouve quelques vues utiles. 4° Une traduction française de l'Imitation de Jésus-Christ, ibid., 1770, in-12. Il n'y en a eu que celte seule édition. Au reste Jaubert , d'après l'abbé Lenglel-Dufresnoy , a inséré dans sa traduction les passages de Vlntsrnelle consolation, qui ne se trouvent point dans Y Imitation latine, qu'il regarde, mais sans citer d'auteur, comme la version abrégée du vieil original français. 5° Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers , contenant leur description et la police des manufactures de France et des pays étrangers, Paris, 1773, 5 vol. in-8*; souvent réimprimé. Phibppe Macquer avait donné une première édition de ce dictionnaire en 1760; mais l'abbé Jaubert l'a tellement augmenté et amélioré qu'il ne reparaît plus que sous son nom. On y trouve , comme dans tous les ouvrages de ce
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genre, des articles excellent* et d'autres qui sont traités trop superficiel lemen t. Le tome 5 est un Vocabulaire technique, ou dictionnaire raisonné de tous les termes usités dans les arts et métiers; il est suivi d'une Table historique contenant les noms des inventeurs, des artistes les plus distingués, et de tout ce qui se rattache à l'histoire des arts et métiers, aussi par ordre alphabétique. L'abbé Jaubert se proposait d'écrire l'Histoire de Bordeaux, et il avait laissé en manuscrit des Recherches sur les antiquités de cette ville, dont on regrette la perle. W — s.
JAUBERT (le comte François), né en 1758, commença , ainsi que tant d'autres illustrations de notre époque, par la profession d'avocat, qu'il exerça à Bordeaux, et, dans un âge encore peu avancé, il enseigna le droit. En 1789, il fut nommé membre de la municipalité, puis commissaire auprès du tribunal civil , et membre de la commission fédéraliste qui s'organisa dans cette ville, en 1793, pour résister à la convention nationale. Il eut, avec un grand nombre de ses amis et compatriotes, l'honneur d'être mis hors la loi par un décret. Cette proscription ne lui permit de reprendre sa profession d'avocat qu'en 1795. Nommé, en 1799, membre du conseil général du département de la Gironde, il fut appelé, en 1802, à faire partie du tribunal, où il fut élu plusieurs fois secrétaire , et président en 180t. Il prit beaucoup de part à la rédaction de nos codes, et concourut à plusieurs projets de loi où dominaient les considérations politiques les plus importantes, notamment sur les colonies. Le discour» qu'il prononça dans cette occasion est plein d'idées et de vues non moins applicables dans les circonstances actuelles qu'au temps où il fut écrit: « L'erreur politique est à côté de la philanthropie, a dit-il ; l'ellet de la loi présentée sera de con-
■ server à la France ses colonies, qui l'avaient « élevée à un degré de splendeur, le désespoir de « ses rivaux. Le commerce des colonies portait
■ des sommes immenses dans le trésor public; il « était un des principaux moyens d'accroissement
■ pour la marine du commerce, et conséquemment
• pour la marine de l'Etat : toutes ces vérités « sont reconnues. Dans un temps nù la fureur « d'innovation a fait mettre en question les choses
■ les plus positives, ajoutait-il, on a pu demander « si la France ne pouvait pas être ramenée à la « seule qualité d'agricole; mais aujourd'hui toutes
■ ces abstractions sont bannies. Nos voisins ont
• des colonies riches ; nous devons recouvrer, « nous devons conserver les nôtres; autrement
• plus d'équilibre. Ce ne sera pas en vain que « nous aurons fait tant et de si grands sacrifices « pour reconquérir ces colonies que nos ateux < avaient formées. • L'orateur terminait en demandant que la loi conciliai les intérêts des propriétaires avec les ménagements que méritaient les hommes de couleur ; que l'homme ne fût point outragé, mais que la culture non plus ne fût point
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sacrifice. La question de l'émancipation donne à ces réflexions tout le mérite de l'opportunité. La France y devra regarder à deux fois avant d'adopter cette opinion de certains esprits,' que nos intérêts se sont transportés de l'océan Atlantique dans la mer Méditerranée; elle y regardera à deux fois avant d'abandonner les fruits de cette guerre d'Amérique qui, en faisant germer chez nous les idées de liberté , nous a du moins donné un allié puissant dont la puissance maritime est parvenue à ébranler celle de nos rivaux. Rapporteur du projet de loi sur les donations et les testaments, Jaubert proclamait les principes delà propriété, compromis par des sophisme» dans le cours des précédentes législatures. Il réfuta aussi les objections de ceux auxquels répugnait l'unité de législation. Enfin il ne craignit pas de reconnaître qu'il n'avait rien moins fallu qu'un mouvement d'ensemble, auquel la nation entière avait pris part, pour arriver à ce désirable résultat d'une même loi pour tous les enfants de la même patrie. Le jour vint où il put dire, avec sa part de joie et de juste orgueil, dans son rapport du projet relatif à la réunion des lois civiles en un seul corps (23 mars 180i) : « 11 est donc vrai que nous sommes parvenus à cette époque si intéressante dans l'histoire d'une nation, si ardemment désirée par les amis de la morale et de la philosophie, si vainement attendue pendant plusieurs siècles, où il est permis aux législateurs du plus bel empire de dire, avec la certitude d'avoir rempli dignement le plus noble ministère : « Français, le code de vos ■ lois civiles est complet. La diversion qui régnait « dans la législation accusait la raison humaine. » Il est curieux d'entendre le même orateur reprocher à Louis XIV, devant Bonaparte, d'avoir trop aimé la guerre et par là empêché la législation de s'asseoir uniformément sur un sol sans cesse ébranlé. Ou ne s'étonnera pas que Jaubert ait appuyé la proposition de confier le gouvernement de la république à Napoléon Bonaparte avec le titre d'empereur. Il fut nommé membre de la commission chargée de l'examen de cette question. Quelques mois auparavant, au moment où la conspiration de l'ichegru fut découverte (19février 1804), il avait été chargé, au nom du tribunat, d'exprimer au premier consul la part que celte assemblée prenait à ses périls. Dans son discours, il accusa l'Angleterre de perfidie, et ce n'est pas la seule fois qu'on le verra atteindre celte puissance de ses invectives. Pour Bonaparte, ce temps était encore celui d'une apparente modération : « Je ne puis, dit-il, me défendre d'un sentiment k pénible lorsque je songe à la situation dans « laquelle se trouverait aujourd'hui le grand « peuple si le dernier attentat avait pu réussir, n C'est contre la gloire, la liberté, les destinées du « peuple français qu'on a conspiré.... » D'autres projets de loi eurent encore Jaubert pour rapporteur, notamment l'organisation du notariat et le contrat de louage. Il fut un des secrétaires rédac-
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teurs du procès-verbal du code de procédure civile, et fut ensuite nommé inspecteur général des écoles de droit de Poitiers et de Toulouse. Le corps législatif alors était le seul conseil du gouvernement, car les plus hautes questions de la politique, même celles qui regardaient la paix et la guerre, étaient de son domaine. Napoléon fut même jusqu'à la fin le souverain qui se mit le plus souvent en communication avec ses conseillers sur les projets de sa politique , sauf à ne tenir compte que de ses propres desseins. Nous voyons Jaubert, comme organe du tribunat, s'expliquer sur la rupture avec l'Autriche dans un discours qu'il prononça le 28 septembre 1805 : il y dit que la France avait exécuté ûdèlement les traités; qu'il n'en était pas de même des cabinets de Londres et de Vienne; que, tandis que l'Angleterre avait donné ostensiblement aux Hollandais l'ordre de rendre le cap de Bonne-Espérance, secrètement elle leur avait prescrit de le retenir. L'Autriche, conservée deux fois sur des trônes par la France, avait osé, d'accord avec l'Angleterre, déployer des bataillons et occuper la Bavière. L'empereur reçut les félicitations de l'orateur du tribunat, qui le loua d'avoir tout fait pour éviter la guerre , pour conquérir la liberté des mers et la paix du monde. L'année suivante, Jaubert, qui était commandeur de la Légion d'honneur, fut nommé conseiller d'État et attaché à la section des finances. Il présenta au corps législatif, entre autres projets de loi, celui des finances. Jurisconsulte et homme d'État, il était en même temps économiste et financier -. c'est en cette dernière qualité qu'il fut nommé gouverneur de la Banque, le 9 août 1807. De même que Napoléon, Jaubert était alors à l'apogée de sa fortune publique. A la première assemblée générale des actionnaires de la Banque, il manifesta avec beaucoup de force l'espoir qu'il mettait dans la paix générale : « La paix conti- « nentale, dit-il, réjouit toutes les âmes. Ce doit « être le résultat des immenses travaux de l'em- « pereur. Déjà les transactions devenaient plus « nombreuses et le commerce reprenait une nou- « vclle vie.... » Économiste plus conséquent que ne l'avaient été ses devanciers, il exposa au corps législatif (25 août 1807) les motifs du projet de loi sur l'intérêt de l'argent, et aussi sur les droits du trésor public, sur les biens des comptables, sur le mode de recouvrement des frais de justice au profit du trésor. Nommé plus tard membre du comité du contentieux de la liste civile, créé comle et commandeur de l'ordre de la Réunion, il présida deux fois le collège électoral du Gers, et deux fois il fut élu premier candidat au sénat par le collège électoral de la Gironde; mais de tels succès furent mêlés de quelques infortunes. Au retour de Dresde, Jaubert eut à subir, en présence de la cour, des reproches amers sur la Banque, sur le conseil de régence. Ces reproches étaient surtout dirigés contre M. Rodier, l'un des sousgouverneurs. Il répondit avec courage, se justifia
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sur tous les points, et jusqu'à trois fois défendit son collègue arec beaucoup de force. Dans les premiers jours de 1814, il fut nommé chef de la 4" légion de la garde nationale parisienne; mais, ainsi que Talleyrand et d'autres grands personnages dont Napoléon craignait l'influence, il reçut l'ordre de quitter Paris le 30 mars au soir, aussitôt après la capitulation. Quand la déchéance fut prononcée , le comte Jaubert vint reprendre le commandement de sa légion, à la UHe de Jaque) le il se trouvait lors de l'entrée du comte «l'Artois dans la capitale. Louis XVIII ne manqua pas de le comprendre dans la promotion qui eut lieu, le 6 janvier 1813, en faveur de la garde nationale : il fut nommé grand officier de la Légion d'honneur, et, au mois de février suivant, remplaça Sieyès en qualité de conseiller à la cour de cassation, où il fut installé par le nouveau président de Sèze, son compatriote et son ami. Il reçut en même temps le titre de conseillerd'Etat honoraire. Les actionnaires de la Banque profitèrent de la première restauration pour attaquer la constitution de celte société et demander des changements; mais Ladite, gouverneur provisoire, parlant au nom du conseil général, dut vanter la conduite de Jaubert et reconnaître qu'il avait atténué, autant qu'il était en lui, les inconvénients de la loi de 1800. Lors du débarquement de Bonaparte, en mars 1813, le comte Jaubert signa l'adresse de la cour de cassation au roi , ce qui n'empêcha pas Napoléon de le nommer, le 24 mars, directeur général des contributions indirectes et de le rappeler au conseil d'État. Il marqua son passage dans cette administration en y introduisant la division territoriale qui a été maintenue depuis, et qui commença l'essai du système des abonnements pour les boissons en remplacement des exercices. A la même époque, il soutint contre Bonaparte, en présence de plusieurs témoins, une nouvelle lutte en faveur de Lainé et de de Sèze, qui avaient été, comme en 1814, traités de factieux. Jaubert les défendit courageusement et parla avec éloge de l'un et de l'autre. Au second retour du roi, il conserva son commandement dans la garde nationale jusqu'au mois de novembre 1813. A celte époque, le duc de Beggio lui appliqua le règlement qui s'opposait à ce qu'il fût officier d'une légion qui n'était pas celle de sa résidence; mais il accompagna cette décision d'une lettre flatteuse, et le comte d'Artois le nomma colonel honoraire. Depuis celte époque jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 17 mars 1823, le comte Jaubert parait s'être occupé uniquement d'agronomie. On le retrouve en 1821 apportant ses soins à la naturalisation des chèvres du Thibel. Le Moniteur du mois de mars 1822, dans un article nécrologique qui lui est consacré, dit qu'il s'était particulièrement attaché un neveu qu'il avait jugé digne de devenir son fils adoptif, et qui promettait de porter avec honneur le titre dont il venait d'hériter. Si le chois du père adoptif a honoré le fils, celui-ci, de
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son côté, fut loin de se montrer indigne d'un tel choix. M. D-v.
JAUBEBT (le comte Loirts de), né à Thionville le 19 février 1764, suivit d'abord la carrière militaire, quitta le service en 1794, avec le grade de capitaine d'artillerie, et se retira en Allemagne. Bentré en France sous le consulat , il fut nommé en 1801 bibliothécaire de la ville de Metz, et de 1810 à 1819 il fut propriétaire rédacteur du Journal de la Moselle. Il mourut à Metz le 27 septembre 1828. Outre plusieurs pièces de poésies insérées dans le Spectateur du Nord, on a de lui: 1° Aperçu d'un plan d'éducation à Fustige d'un jeune seigneur. Vienne, 1796, in-8°; 2° Tableau historique des costumes, des mœurs et des usages des principaux peuples de l'antiquité et du moyen âge , traduit de l'allemand de Bobert de Spallart, Metz, 1804-1809, 7 vol. in-8" avec 7 cahiers in-4° de figures. Cet ouvrage n'a pas été continué : il devait avoir dix volumes de texte et dix cahiers de figures. P — ht.
JAUBEBT (Pierhe-Axédée-Emilien-Probe), né à Aix en Provence, le 3 juin 1779, mort à Paris le 27 janvier 1847, appartient à cette pléiade de savants distingués qui, sous l'heureuse influence de Silvestre de Sacy, contribuèrent, au commencement de ce siècle, à placer la France au premier rang dans le domaine de l'érudition orientale. La carrière qu'il parcourut si honorablement se divise en deux périodes bien tranchées : dans la première, voué à la vie la plus active, il prend part à l'expédition d'Egypte ; nommé , à son retour en France , professeur de turc à l'école des langues orientales vivantes, il quitte sa chaire à plusieurs reprises , pour remplir d'importantes missions diplomatiques. Dans la seconde, il emploie les loisirs d'une retraite que lui imposent deux changements de gouvernement successifs à publier d'utiles travaux et à se rendre digne , par des études sérieuses , de recueillir une partie de l'héritage du plus habile des orientalistes de l'Europe. — Picrrc-Amédée Jaubert était d'une bonne famille de Provence; son père, avocat au parlement, avait été chargé par Mirabeau de défendre ses intérêts dans le procès en séparation que la comtesse sa femme lui avait intenté, et il n'avait pu faire triompher la cause de son client après de longs débats od il avait eu pour adversaire le célèbre Portalis, qui fut depuis ministre des cultes sous Napoléon l*r; du moins devait-il conserver l'amitié du grand orateur, qui le fit nommer plus tard procureur général syndic du département des Bouches-du-Bhône, fonctions équivalentes , sous quelques rapports , à celles de préfet. — Le jeune Amédée reçut sa première instruction au collège des doctrinaires. En 1793, lorsque les exécutions révolutionnaires répandirent partout la terreur, il fut témoin des scènes les plus horribles; son père, qui s'était efforcé de maintenir le bon ordre dans le dé* parlement et de faire respecter les lots, fut dénoncé, poursuivi par une troupe de factieux
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venus de Marseille, et obligé de se réfugier à Paris, où il devait heureusement trouver des amis; il Tut résolu bientôt après que sa femme et ses six enfants viendraient l'y rejoindre. Amédée Jaubert était Palné; il avait à peine treize ans, et il se trouva chargé de tous les soins du voyage, qui se fit par voiturin, en vingt-huit jours. C'était déjà un garçon actif et plein de résolution ; il avait, quelque temps auparavant, donné une preuve de cet esprit hardi et aventureux qu'il déploya en maintes circonstances dans le cours de sa vie. Lyon s'était soulevé et le Midi était en armes; un corps de fédérés, destiné à secourir la ville assiégée, étant passé à Pellisannc , près de Salon, où se trouvait Amédée Jaubert dans une propriété de famille, celui-ci se joignit aux volontaires, le fusil sur l'épaule ; mais l'on rencontra à quelque distance le général Carlaux et 4,000 hommes qui marchaient sur Toulon, et qui n'eurent qu'à se montrer pour mettre en pleine déroute les acteurs de cette expédition improvisée. — Pendant le voyage, 1« jeune Jaubert fut obligé de payer plusieurs fois de sa personne : à Lyon , qui venait de tomber au pouvoir des républicains et où la guillotine était en permanence sur la place des Terreaux ; à Auxcrrc , dont les autorités s'émurent du mot demoiselles désignant sur le passe-port les filles de madame Jaubert, qui obtint à grand'peine la permission de continuer sa route. Une fois dans la capitale , d'autres tribulations attendaient la pauvre famille exilée; il fallait se tirer d'affaires, et Amédée Jaubert entra comme compositeur, avec son frère Maxime, dans l'imprimerie des Didot. Dès l'an 5, il faisait partie de la garde nationale, et en l'an 4 il fut employé aux archives du ministère de la guerre. Le goût qu'il avait toujours manifesté pour les constructions navales le porta en même temps à se préparer aux examens de l'école polytechnique, sous la direction du mathématicien Deparcieux, qui réunissait à minuit quelques élèves d'élite; mais il se troubla aux épreuves du concours cl ne fut point admis. — Le hasard voulut que, passant un jour avec son frère rue Richelieu , il s'arrêtât au coin de la rue d'Aniboise, devant une grande affiche annonçant la prochaine ouverture des cours de turc, d'arabe et de persan, à l'école des langues orientales, dont la création était toute récente; Yenturc, Langlès et Silvestre de Sacy étaient titulaires de ces diverses chaires. Amédée Jaubert, qui étudiait déjà l'italien et l'anglais, prit soudain la résolution de suivre les leçons de ces savants maîtres, et ses progrès furent si rapides qu'on le jugea bientôt en état de remplir la place de jeune de langue à Constanlinople. L'expédition d'Egypte se préparait alors, et Vcnture, ancien consul de France au Caire, mis dans le secret de l'entreprise, désigna Jaubert comme l'un des quatre interprètes qui devaient être attachés, sous sa direction , à l'armée de Bonaparte. — La flotte française appareilla le 30 floréal an C (19 mai 1708). Amédée Jaubert, parti de Paris le 3 floréal, sur un