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ordre du ministre Talleyrand et avec une lettre de recommandation pour le célèbre Monge, arrivé à Toulon le 17, s'était embarqué le 2* sur la frégate la Justice, qui devait s'arrêter plusieurs fois en route pour accomplir (melques missions particulières; aussi n'arriva-t-il à Malte qu'après la prise de possession de cette tle, et en Egypte que peu de temps avant la bataille navale d'Aboukir. A Malle, il avait trouvé parmi les commandeurs de l'ordre un parent qui lui fit l'accueil le plus gracieux et le combla de prévenances. Dès qu'il eut rejoint Venture, interprète en chef de l'armée, dont la santé dépérissait chaque jour, il resta au quartier général et se trouva chargé des travaux les plus importants. Lorsque l'expédition de Syrie fut résolue, il accompagna seul le général Bonaparte et rendit d'éminenls services en traduisant les pièces officielles , rédigeant les capitulations, et surtout en traitant avec les Driues et les tribus du Liban ennemies de la Porte , qui nourrirent L'armée française pendant toute la durée de la campagne. On ne lui laissait pas un instant de relâche, et c'est là qu'il apprit à vaincre les difficultés que présente la lecture des piècesofficielles émanées des chancelleries de l'Orient, science dans laquelle il n'eut jamais d'égal, et qui offre souvent un dédale inextricable par la multiplicité des ligatures et des ornements dont chaque caractère est entouré. — II ne faut pas oublier qu'après la bataille des Pyramides il avait été envoyé auprès de Desaix , qu'il rejoignit entre Siout et le canal de Bahr-Iouscf, dans la haute Egypte; il se plaisait à raconter des traits de caractère de ce général , nommé par les musulmans eux-mêmes le sultan juste, et qui savait allier à une énergie peu commune une douceur et une simplicité dignes des temps antiques. — Pendant que l'armée française faisait d'inutiles tentatives pour s'emparer de St-Jean-d'Acre, défendue par Djezzar-Pacha , Venture succombait à la maladie de langueur dont il était atteint, et Jaubert, à son retour au Caire, le remplaçait comme premier interprète. Jaubert traduisit aussi à Bonaparte les journaux anglais que l'amiral Sidney Smith s'était fait un malin plaisir de lui envoyer, et qui contenaient le récit des désastres du directoire. C'était quelques semaines après la bataille d'Aboukir, où Jaubert avait failli perdre la vie : au moment de l'action , son cheval s'emporte, et dans sa course effrénée a les deux oreilles emportées par un boulet de canon. — A peine Bonaparte eut-il appris les événements qui venaient de se passer en Europe, que sa résolution fut arrêtée, et, le 22 août 1790, il s'embarquait avec Lannes, Berthier, Murât, Berthollet, Monge et Jaubert pour retourner en France à travers mille dangers ; le 9 octobre, il abordait à Fréjus. La traversée n'avait offert aucun incident remarquable. Tandis que l'anxiété était dans tous les cœurs, Bonaparte jouait tranquillement aux échecs, et tel était l'ascendant de eu homme extraordinaire sur ses compagnons qu'il
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pouvait d'un mot relever les courages abattus, communiquer de l'énergie aux plus timides. Un soir, le pacifique Monge, électrisé par ses paroles et persuadé qu'on était tombé au milieu de la flotte anglaise , se tint pendant la plus grande partie de la nuit prêt à mettre le feu aux poudres pour faire sauter la frégate et échapper ainsi à l'ennemi. Débarqué à Fréjus, Bonaparte voulait partir le jour même pour Paris; mais on manquait de voilures. Jaubert écrivit aussitôt au maire d'Aix, qui, redoutant une mystification, soumit la lettre du jeune interprète à sa grand'mère maternelle; celle-ci reconnut l'écriture de son petitfils, et trois voitures attelées de quatre chevaux vinrent prendre Bonaparte et sa suite. Le général, en passant à Aix, rendit visite à la vieille dame, lui adressa ses remerctments et l'embrassa. — Le 48 brumaire, c'est-à-dire trente jours après, Bonaparte était à la téte du gouvernement. A partir de ce moment, Amédée Jaubert obtint du chef de l'État des marques d'une bienveillance qui ne se démentit jamais. Il fut appelé, dès l'année 1800, aux fonctions de secrétaire interprète au ministère des affaires étrangères, et remplaça Venture comme professeur de- turc à l'école des langues orientales vivantes. — En 1801, Amédée Jaubert était envoyé à Marseille avec le général Berthier, pour recevoir les débris de l'armée d'Egypte que la capitulation d'Alexandrie rendait à la France. Au mois de septembre de la même année, il accompagnait le colonel Sébastiani, chargé de visiter Tripoli, l'Egypte et la Syrie, et d'établir des relations de commerce avec les habitants de ces contrées. L'expédition s'embarqua sur la frégate la Cornélie, commandée par le capitaine Gourdon, depuis amiral, et, après avoir touché à l'Ile St-Pierre, en Sardaignc, se dirigea vers Tripoli, pour ménager la paix entre le dey de cette ville et la Suède. L'amiral Cedestrom, qui bloquait la place depuis deux ans, ne demandait pas mieux que de traiter, et Amédée Jaubert fut l'intermédiaire des négociations qui se terminèrent heureusement. — 11 avait décidé son frère Maxime Jaubert, actuellement conseiller honoraire à la cour de cassation , à faire avec lui cet intéressant voyage. — Les membres de l'expédition arrivés en Egypte prirent terre à Alexandrie, visitèrent le champ de bataille d'Aboukir, couvert encore d'ossements humains, se rendirent à Rosette , et remontèrent le Nil jusqu'au Caire. Accueillis favorablement par le pacha, ils allèrent contempler les pyramides, et descendirent par une branche du fleuve à Damiette, où la frégate la Cornélie vint les prendre. La peste avait causé quelques ravages dans cette ville, et, après avoir parcouru le champ de bataille de Mansourah ou de la Massoure , théâtre de la défaite de St- Louis, nos voyageurs se rembarquèrent avec empressement. Arrivés au pied du mont Carmel , à quelque dislance de Saint-Jean d'Acre, on jeta l'ancre et l'on songea au moyen de faire parvenir un message au farouche Djezzar, qui,
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depuis le siège de la ville par Bonaparte, n'avait signalé son administration que par des actes de la plus atroce cruauté; un Syrien à bord du bâtiment refusa péremptoirement une mission qui l'exposerait, disait-il, aux plus affreuses tortures. Mais Amédée Jaubert eut le courage de la remplir avec un jeune officier, M. Ch. Delagrange, aujourd'hui lieutenant général en retraite. Us traversèrent la ville à travers mille obstacles, apercevant à chaque pas des victimes de la férocité de Djezzar: la plupart des satellites du tyran, euxmêmes, avaient le nez ou les oreilles coupés. Introduits à grand'peine dans les jardins du pacha, ils le trouvèrent assis au pied d'un arbre, et il leur fit subir un long interrogatoire où il déploya autant de ruse que d'esprit; cependant tout se passa mieux qu'on ne l'espérait, et on peut lire les détails de cette entrevue dans le Voyage en Perse, publié par Jaubert en 1821 (p. 180). De Saint-Jean d'Acre, l'expédition se rendit aux Iles Ioniennes, à Céphalonie, et de là à Messine, qui se relevait à peine d'un récent tremblement de terre; repoussée de Naples par un coup de vent, elle atteignit rapidement Gênes, et Amédée Jaubert partit immédiatement pour Paris. — En 1804, ce fut lui que Napoléon choisit pour transmettre la nouvelle de son élévation à l'empire au sultan Selim III ; le général Brune était alors ambassadeur à Constanlinople. — Deux ans plus tard Amédée Jaubert partait pour la Perse avec des instructions secrètes, alln d'engager le souverain de cet empire, Feth-Ali-Schah (voy. ce nom), dans une politique favorable aux intérêts français. Il devait surtout éviter que le gouvernement anglais ne soupçonnât le but de sa mission ; il traversa donc rapidement l'Allemagne et les provinces danubiennes, et, le 10 avril, il était à Constantinople, où il recevait de Selim III l'accueil le plus gracieux; le 7 juin.il abordait à Trébixonde, se dirigeait ensuite vers Erzeroum, et, après avoir passé l'Araxe, n'échappait aux attaques des Kurdes que pour tomber entre les mains de Mahmoud, pacha de Bayazid. Nous ne rappellerons pas en détail 1rs incidents dramatiques de ce voyage, dont la relation a été imprimée (voyez plus haut). Tout le monde sait que, jeté au fond d'une citerne infecte où il resta près de huit mois, il ne dut sa liberté qu'à un hasard providentiel; la peste frappa le pacha et son fils aîné; une femme, parente du gouverneur du château, émue de compassion, avait fait parvenir en Perse un billet du pauvre prisonnier, qui fut enfin réclamé par la cour de Téhéran. Il ne sortit de cet affreux souterrain, où sa santé avait reçu de rudes atteintes, qu'avec les plus grandes difficultés. Ce fut au milieu de ces épreuves que se développèrent chez Amédée Jaubert ces sentiments de piété éclairée qu'il conserva jusqu'à sa mort. — Tout n'était pas terminé. Il fallut l'intervention de la diplomatie pour qu'il lui fût permis de continuer sa route. Il se rendit d'abord près d'Endrès, au camp d'Yousouf-
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Pacha , ancien grand vizir du sultan, dont il était particulièrement connu, et, muni d'un nouveau firman de la Porte Ottomane, il partit pour Van bien escorte'. Le 4 mai, il entrait à KhoT, première ville de la Perse; traversant ensuite Marand, Tauris, Ardebil, Khalkhal, Zenghian, Sultanieh, Baber et Caswin, il arriva le S juin à Téhe'ran. Feth-AIi-Schah lui fit de grands honneurs, rem* mena à Sultanieh , où il devait passer la revue de ses troupes, l'assura de ses bonnes dispositions pour la France, et lui fit de magnifiques présents; parmi ses dons, se trouvaient plusieurs manuscrits conservés aujourd'hui à la hibliothèque de Paris et qui comprennent l'histoire de Nadir-Schah, de Mohammed, de Feth-AIi-Schah, etc. Le 1 4 juillet, Amédée Jaubert prit congé du souverain de la Perse et revint par le chemin qu'il avait déjà suivi à Trébizonde; de là il se rendit à Coumdjughaz, d'où il espérait gagner par terre la ville de Sinope; mais, arrêté dans sa marche par une population en révolte ouverte, il fut assez heureux pour trouver un bâtiment prêt à partir, et, reprenant la voie de mer, il atteignit Constantinople le 31 octobre 1806. Il y fut rejoint par l'ambassadeur persan, Mirza-Mahraoud-Riza-Khan. La bataille d'Iéna avait mis un nouveau royaume aux pieds de Napoléon ; on apprit bientôt que le vainqueur était à Varsovie ; Amédée Jaubert et l'envoyé de Feth-Ali-Schah firent route vers cette ville par Widdin et Vienne. Le ministre des affaires étrangères leur donna audience les 2 et 3 mars 1807, et l'empereur les reçut à Finkenstein le 26 avril. La prise de Stralsund venait d'ajouter un nouveau lustre à la gloire de ses armes. II accueillit Jaubert avec le plus vif intérêt, le compliment,! sur le succès de sa mission, et, remarquant l'altération profonde que les souffrances du voyage et les mauvais traitements subis à Bayazid avaient imprimée sur ses traits, l'engagea à se rendre à Paris et à s'y reposer de ses fatigues. Dès le 9 janvier 1807, il l'avait nommé membre de la Légion d'honneur; le H mai, par un décret daté du camp de Finkenstein, il loi accorda une pension de 4,000 francs que, par une honorable exception, les chambres législatives maintinrent dans la loi du 25 mars 1818. Là ne se bornèrent pas les faveurs de l'empereur : Jaubert était nommé auditeur au conseil d'État le 5 juin 1807, maître des requêtes le 7 novembre 1809, et plus tard président, en l'absence du directeur général, du conseil du contentieux des douanes, institué par décret impérial du 31 août 4810, et composé de sept membres, dont quatre auditeurs; vers le même temps il recevait le titre de chevalier, avec constitution d'un majorât de 4,000 francs de rente en lllyrie; ce majorât devait être respecté par les traités avec l'Autriche, mais réduit au quart; il subsiste encore à présent. — Arrivé à Paris au mois de mai 1807, Jaubert fut le héros du jour; le public avait appris en même temps, par le Moniteur, et le but de sa mission et sa dure cap-
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tivité; la société parisienne lui fit une véritable ovation. L'impératrice Joséphine le reçut à la Malmaison, et les cachemires qu'il avait rapportés de Perse excitèrent l'admiration de toute la cour. Deux ans plus tard (9 décembre 1809) il épousait la fille aînée de M. Bouchet, un des plus honorables banquiers de cette époque. Dès lors le bonheur du courageux voyageur fut assuré pour le reste de sa vie, et les événements politiques vinrent seuls le troubler en 1813 et 1814. Depuis son mariage, Amédée Jaubert avait poursuivi son honorable carrière sans incident remarquable. C'était à lui que le gouvernement avait recours lorsqu'il arrivait à Paris quelque envoyé des souverains de l'Orient ; déjà en 1808 il avait été chargé de faire les honneurs de la capitale à l'ambassadeur persan Asker-Khan, et ses rapports avec l'ambassade ottomane étaient journaliers. Tous lesdocumentsque recevait le ministère des affaires étrangères lui étaient aussitôt transmis, et il en faisait la traduction. Au milieu de ses nombreuses occupations, il déployait une activité rare et suffisait à tout. En 1814, il assistait à la bataille de Paris comme chef de bataillon de la 2* légion de la garde nationale, et montrait ce sang-froid, ce .courage dont il avait donné tant de preuves dans sa mission de Téhéran ; sous ses ordres se trouvaient M. de Gazes, M. Roy, Horace Vernet, qui l'a placé près de Dupaty dans l'immortel tableau consacré à rappeler le souvenir de ces journées mémorables. La première restauration laissa Jaubert maître des requêtes en service ordinaire (6 juillet 1814); mais, pendant les cent jours, un ordre de Napoléon l'envoya à Constantinople comme chargé d'affaires; nommé le 18 avril, il part le 19, et, retenu à Toulon jusqu'au commencement de mai, faute d'un bâtiment de transport, il n'arrive à sa destination que le 9 juin. Le sultan refuse de le recevoir; mais il arbore la cocarde tricolore, fait rétablir l'aigle impériale sur la façade de l'hôtel de l'ambassade française, et résiste à toutes les injonctions de la Porte, qui ne partageait pas sa confiance dans les hautes destinées de l'empereur. La nouvelle de la bataille de Waterloo décida son retour en France. Le Midi était en feu ; Jaubert était désigné comme bonapartiste et pouvait partager le sort du maréchal Brune. Débarqué à Toulon, il reçut de M. le comte Redon , commissaire général de la marine , et de M. de Rosily, commissaire extraordinaire, qui faillirent payer de leur destitution cet acte d'humanité, un passe-port sous le nom de Leblanc, négociant, et se rendit à Paris. M. de Cazes était alors préfet de police : il lui recommanda de ne point se montrer et l'assura qu'il ne serait pas inquiété. La position d' Amédée Jaubert était bien changée ; il support! la mauvaise fortune avec résignation , mais les souvenirs du passé l'oppressaient; il manquait un aliment à son activité naturelle. Aussi, en 1818, saisit-il avec empressement une occasion qui te présentait de retourner dan» le
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contrées orientales. Il s'agissait d'aller à la recherche de cette race de chèvres dont la laine sert à fabriquer les tissus de cachemire. Il conclut avec le célèbre manufacturier Ternaux et le duc de Richelieu, ministre des affaires étrangères, un traité qui mettait à sa disposition les sommes nécessaires pour atteindre le but proposé. Il se rendit d'al>ord à Odessa par la Russie méridionale, à Tidis et Astracan. Partout il recul un accueil favorable, et ses notes nombreuses sur les divers pays qu'il traversait pourraient être l'objet d'une publication très-intéressante. Le général Yermolofr, qui se préoccupait beaucoup du succès de son entreprise, lui conseilla de passer la mer Caspienne sur un bâtiment russe, de prendre par Khiva, laschkend et Kasohgar, de franchir la frontière chinoise, et d'aller acheter à Kaschkend ou à Khoten des chèvres du Tibet. C'était une nouvelle voie de communication ouverte avec les Indes, où l'on pourrait transporter par terre les produits de l'industrie européenne. Mais on ne connaissait pas encore les résultats de la mission de Mourawieffà Khiva, et l'on devait craindre, d'après les récits de Meyendorff et la Rn déplorable du voyageur Moorcraft, que le gouvernement barbare et inhospitalier de la Roukharie n'opposât des. obstacles insurmontables à une expédition de ce genre. Amédée Jaubert, d'un autre côté, avait appris qu'il existait dans l'Oural des troupeaux de chèvres de même race que celle de Cachemire; il voulut s'assurer du fait avant de prendre une résolution définitive, et le succès le plus complet répondit à ses espérances : il put acheter près de treize cents chèvres de l'espèce la plus rare, les ramener par la Crimée sur les bords de la mer Noire , les embarquer sur les bâtiments russes le Saint-Nicolas et la Catherin*, et atteindre Marseille et Toulon au mois de mai 1819, sans avoir éprouvé d'accident grave. Une relation de ce voyage fut publiée quelque temps après dans la Revue encyclopédique, et l'on peut consulter aussi à ce sujet un recueil de pièces imprimé à Paris, en 1822, au nom des sociétés d'encouragement et d'agriculture. Si l'on ne réussit pas à acclimater ces chèvres en France, du moins le commerce sut-il procurer à Ternaux les laines dont il avait besoin, et les cachemires français rivalisent aujourd'hui avec les chalet de l'Inde. — Cette mission, entreprise sous les auspices du gouvernement, amena quelques changements dans la position d'Amédée Jaubert. Dès le 25 mars 1819, il avait été rétabli sur le cadre des maîtres des requêtes en service extraordinaire, et le 16 novembre on lui rendit sa place de secrétaire interprète pourles langues orientales. A partir de ce moment, il se livra tout entier à ses études de prédilection, et ne les interrompit plus qu'une seule fois pour revoir Constanlinople. C'était en 1829; la guerre avait éclaté de nouveau entre les Russes et les Turcs; A médéu Jaubert, envoyé auprès du sultan, contribua puissamment a la conclusion du traité d'Andrinople; il devait en même
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temps régler les affaires grecques, faire cesser la persécution des catholiques arméniens , et ses efforts furent couronnés de succès. La révolution de juillet le surprit au milieu de ces négociations, et il eut l'honneur d'arborer de nouveau à l'ambassade française le drapeau tricolore. — A son retour en France, il fut nommé conseiller d'État en service extraordinaire; le 25 décembre 1811, il était élevé à la dignité de pair de France, et jusqu'à ses derniers jours il ne cessa de servir son pays avec le zèle le plus ardent. Telle fut la carrière politique d'Amédée Jaubert, carrière des plus honorables et des mieux remplies. -—Nous allons le suivre maintenant comme professeur et comme savant dans un autre ordre de travaux. Partageant les loisirs que lui laissait ta restauration entre sa chaire de turc à l'école des langues orientales virantes et la rédaction d'ouvrages utiles ou intéressants, il publia, dès l'année 1821, la relation de son Voyage en Arménie et en Perse; en 1 825, ses Eléments de grammaire turque ; en 1825, la notice d'un klanuterit turc en caractères ouigours, envoyé par M. de Ranimer à M. de Rémusat; en 1820, le récit d'un Voyage d'Orenbourg à Bokhara; en 1827, un extrait de la version turque du Bakhii/ir-Xameh , d'après un manuscrit en caractères ouigours que possède la bibliothèque d'Oxford. Il était membre.de l'Institut royal de Hollande depuis le 21 juillet 1809, et de l'institut royal de Belgique, du 9 avril 1822; il fut nommé correspondant de la société asiatique de Londres le 7 juin 1825, de la société des sciences de la ville d'Aix le 9 juillet 1825, de la société des antiquaires le 10 janvier 1825; et, par une exception bien flatteuse pour un absent, il fut élu en 1850, pendant son séjour à Constantinople, membre de l'Académie des inscriptions et beUes-lettres. La noblesse de ses sentiments, la variété de ses congaissances, son éloignement de toute coterie et cette incomparable modestie qui le portait toujours à s'effacer devant ses confrères, lut assignèrent une place à part dans cette compagnie, dont il fut un des plus précieux ornements. En même temps qu'il remplissait scrupuleusement ses devoirs d'académicien, il ne négligeait rien pour mettre en relief deux sociétés savantes à la fondation desquelles il avait contribué : nous voulons parler de la société de géographie et de la société asiatique de Paris. Dans la première, il se faisait remarquer, dès 1821 , par la multiplicité de ses communications, tantôt sur le millomèlre arabe, sur des manuscrits en langues orientales, ou sur des missions entreprises au loin, tantôt sur l'utilité d'une polyglotte géographique relative aux idiomes de l'Asie , ou d'un recueil de questions à adresser aux voyageurs. En d'autres circonstances, il s'attachait à éclaircir l'histoire des divers peuples de l'Afrique; déjà, à l'époque de l'expédition d'Égyptc, il avait recueilli les matériaux d'un intéressant travail sur les tribus arabes de l'isthme dt Sue*, qui a été imprimé dans le grand
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de la commission d'Egypte; en 1825, il donnait quelques renseignements curieux sur le Sennaar, et publiait dans le tome 2 des Mémoires de la société de géographie la Relation de Ghana, par un Arabe de Tunis; en 1824, il avait fait un rapport sur un Traité de géographie écrit en latin et en caractères gothiques par le frère Jordanus; en 1828, il annonçait à la société qu'il avait découvert un manuscrit arabe d'Edrisi beaucoup plus complet que toutes les copies connues de cet ouvrage, et, se rendant aux instances de ses collègues, il consacra huit années de sa vie à la traduction de ce monument inestimable de la science arabe. L'Edrisi (roy. ce nom) d'Amédée Jaubert forme les tomes 5 et 6 des Mémoires de la société de géographie, et restera toujours un des titres de gloire de l'illustre orientaliste. — La société asiatique ne lui fut pas moins redevable : en 1827, elle obtenait communication de sa notice sur le Bakkliar-Nameh , dont il a été question ci-dessus; de sa Lettre à M. Abel Rémusat au sujet de l'édition du texte en turc oriental de Y Histoire généalogique des Tatars; du récit de l'Expédition de Djenghii- Khan, etc.; d'une note sur le Traitement de la peste chez les Arabes d'Afrique. En 1833, Amédée Jaubert donnait au Journal asiatique des extraits de la Goutte turque de Constanlinople et son mémoire sur Y Ancien cours de l'Ozus , lu à l'Institut; en 1831, il analysait VHistoire persane de la dynastie des Cadjars. où il est parlé dans les termes les plus flatteurs de sa mission en l'erse , et où l'on imite fort sévèrement un autre représentant du nom français ; enfin il insérait au même journal (1833) un nouveau mémoire intitulé Constanlinople en 1830. — A la mort de Silvestre de Sacy, Amédée Jaubert se trouvait naturellement désigné pour une partie de son héritage : il fut nommé, le 23 mars 1838, membre du comité des impressions gratuites et inspecteur de la typographie orientale; le 23 avril, président de l'école spéci: le des langues orientales vivantes; le 13 mai, professeur de langue et de littérature persane au collège de France ; il devenait en même temps président de la société asiatique. Cette même année, il était élu membre honoraire de la société asiatique du Bengale (7 février), et il recevait du sultan (23 août) la décoration du Nichani-lJUhhar. Déjà , en 1853 (12 janvier), le schah de Perse lui avait envoyé' l'ordre du Lion et du Soleil , et le roi de Prusse, longtemps auparavant (23 mars 1830), l'ordre de l'Aigle rouge. Il ne fut nommé officier de la Légion d'honneur qu'en 1843. Au milieu des nombreuses fonctions dont il était revêtu, Amédée Jaubert déployait un zèle et une activité très -remarquables t il faisait exactement ses deux cours de turc et de persan, et, pendant sa longue carrière , s'il se fît quelquefois suppléer par MM. Bianchi, J.-JL Sédillot, Garcin de Tassy, ce ne fut que pour raison d'État ou à l'époque de ses missions en Asie. Ses anciens élèves ont conservé un pieux souvenir de l'intérêt qu'il leur témoi-
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gnait et de ses constants efTorts pour les mettre à
même de vaincre les difficultés d'études très-ardues et très-ingrates. Placé comme administrateur à la tête de l'école des langues orientales, il s'efforça de rendre à cet établissement son ancien éclat, et il commença, avec les plus faibles ressources, une série de publications importantes: sous sa direction et par ses soins, dix-huit ouvrages ont été successivement imprimés et constituent la base d'un excellent recueil de textes ou de chrestomathies dans les différents dialectes de l'Asie et d« l'Afrique; c'est, pour le persan, le Traité astronomique dOUtug-Beg, Y Histoire des Sassanides, des sultans du Kharezm, de Djenghiz-Khan et des Mongols. etc.; pour l'arabe, le roman d'Antar; pour le turc, la Relation des ambassades de Mohammed- Effendi et de Said-Wahid-Effendi ; pour le turc oriental, des Fragments d'Ali-Schir; pour le nialay, des Chroniques, des Lettrée et des Pièces diplomatiques; pour les idiomes de l'Inde, des Extraits d'auteurs hindoustanis et hindouis. Ajoutons à cette nomenclature déjà bien longue, une Chrestomathie chinoise et un Spécimen de la langue berbère. On sait combien il serait utile, par suite de nos rapports avec les Kabyles, de connaître i fond Je berbère. Amédée Jaubert, qui présida la commission chargée en 1 842, par le ministre de la guerre, de la publication d'un dictionnaire français-berbère, et qui devait contribuer dans une large part à la rédaction de cet ouvrage, imprimé en 1844, avait demandé qu'une chaire spéciale fût créée pour cet intéressant dialecte à l'école des langues orientales; M. Villemain, alors ministre de l'instruction publique, préféra au berbère le chinois moderne , et il ne fut plus question d'un enseignement qui cependant avait sa raison d'être et qui aurait produit, sans aucun doute, d'excellents résultats. — Partout où il y avait quelque bien à faire, on était sûr de trouver Amédée Jaubert; aimant la science pour elle-même, passionné pour l'astronomie, attachant le plus grand prix à la pureté du langage, et constamment occupé d'études grammaticales, il recherchait les travailleurs, les encourageait, leur marquait la sympathie la plus vive. Toujours prêt à obliger, il offrait à ses élèves les secours dont ils avaient besoin et mettait à leur disposition sa vieille expérience. Les jeunes enfants que le gouverne* ment turc faisait élever en France étaient placés sous sa surveillance spéciale, et les ambassadeurs de la Porte Ottomane, notamment le fameux Rcschid-Pacha , prenaient ses conseils, et lui témoignaient la plus haute considération. Lié avec tous les hommes d'un mérite éminent, et particulièrement avec le savant Maurice de Genève, Cordier, Lepelletier d'Aulnay, Haxo, etc., fidèle à l'amitié, il commandait à la fois le respect et l'affection de ceux qu'il admettait dans son intimité. Il admirait beaucoup l'érudition d'Et. Quatremère, et la notice qu'il consacra en 1858 à la traduction de Y Histoire des faongols, qui fait partie
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de la Collection orientale imprimée sous les auspices du garde des sceaux , montre assez quelle était la nature de ses sentiments à l'égard de cet habile professeur. Âu reste , les deux honorables académiciens avaient également à gagner dans leurs relations réciproques, et les vastes connaissances de l'un n'effaçaient en aucune façon le rare mérite et le savoir de l'autre. On a cité une description de la ville de Samarcande, extraite des mémoires du sultan Baber, qu'Et. Quatremère a donnée dans le Journal des savants comme lui appartenant en propre, tandis que nous la devons en réalité à Amédée Jaubert. Cet illustre maître avait le premier rédigé une version en français de ce curieux document, insérée dans les Prolégomènes d'Oloug'Beg par l'auteur de cet article. Et. Quatremère, en rendant compte du livre, n'a fait que proposer des corrections ou plutôt des variantes qui, nous pouvons le dire, ne sont pas toutes très-heureuses. — Pour terminer la notice des travaux d'Araédée Jaubert, nous n'avons plus qu'à mentionner les discours qu'il prononça , en 1855, comme vice-président de la société de géographie; en 4838, sur la tombe de Silvestre de Sacy, comme président de la société asiatique, et à l'ouverture de son cours de persan. Plus tard, à la chambre des pairs, il lisait un rapport favorable sur le voyage de Flandrin et Botta aux ruines de Ninive (1846); il n'avait plus alors que quelques mois à vivre, et il se livrait encore avec une sorte d'enthousiasme à ses chères études. Il avait fait depuis longtemps d'intéressantes recherches sur les grandes voies de communication de l'Asie supérieure. Son mémoire sur l'ancien Oxus et son Itinéraire d'Orenbourg à Bokhara avaient attiré son attention sur ce sujet, et en 1856 il exposait dans une des séances de la société de géographie l'utilité scientifique et les moyens d'exécution d'un voyage aux sources de l'Indus, en engageant le général Allard à concourir à cette importante exploration. Depuis lors, il n'avait un instant cessé de se préoccuper de cette question , et il y revenait toutrs les fois qu'il lui était permis de se reposer à la campagne de ses graves fonctions. Il avait acheté en 1824, dans les environs d'Étampes, le château de Gillevoisin , ancienne résidence de Jacques Amyot , le traducteur de Plutarque. C'est là qu'il se délassait de ses fatigues et qu'il visitait un rejeton d'un saule de Ste-Ilélène, présent île M. de Menneval, et seul témoin de ses amers regrets. Il avait voué en effet à Napoléon un culte bien naturel, et l'émotion qu'il ne put maîtriser au retour des cendres de son empereur attesta la profondeur de son attachement pour le protecteur de sa jeunesse. — Mais le moment approchait où cette vie si laborieuse allait s'éteindre, et, au commencement de 1847, Amédée Jaubert, qui venait d'épuiser les derniers efforts de son intelligence sur un manuscrit mandchou appartenant à l'Académie des sciences de St-Pétersbourg , expirait après une
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courte maladie au milieu de sa famille, à laquelle il léguait une renommée sans tache, de nobles exemples et la mémoire d'un homme de bien ; il était à peine âgé de 67 ans. Il a laissé deux enfants : un flls, chef de bataillon du génie, officier distingué de notre armée, et une tille digne de sa mère, mariée à M. Dufaure, ancien ministre, l'une des gloires les plus pures du barreau français. S— D— T.
JAUCOURT (Lodis, chevalier de), l'un des philosophes modernes les plus estimables, et l'un des plus utiles collaborateurs du grand dictionnaire encyclopédique, naquit à Paris, le 26 septembre 1701, d'une famille ancienne et considérée. Ses parents s'attachèrent à développer ses heureuses dispositions, et l'envoyèrent, dès l'âge de huit ans, faire ses études à Genève. Après avoir terminé ses cours, il passa en Angleterre, et y suivit trois ans les leçons des meilleurs professeurs de l'université de Cambridge ; il vint ensuite en Hollande, où il s'appliqua à la médecine sous Boerhaave. Pendant son séjour à Leyde, il connut Tronchin, et se lia avec lui d'une amitié durable. Les deux amis soutinrent leur thèse le même jour, et reçurent ensemble le bonnet de docteur; mais le chevalier de Jaucourt était déjà résolu à ne pratiquer la médecine que pour les pauvres, et à n'employer ses talents qu'au soulagement des malheureux. Il revint en 1756 à Paris, et se vit obligé de donner quelque temps à l'arrangement de ses affaires : enfin il paya sa tranquillité par le sacrifice d'une partie de sa fortune, et put dès lors se livrer uniquement à son goût pour l'étude. D'Alembert l'ayant invité à travailler à l'Encyclopédie, il se chargea de la rédaction des articles de médecine et de physique pour ce grand ouvrage ; mais il tint plus qu'il n'avait promis. Tout en partageant le zèle de quelques-uns de ses associés pour les progrès de la raison humaine, il sut se préserver de leurs écarts ; et les morceaux sortis de sa plume sont peut-être ceux où l'on trouve le moins de choses répréhcnsibles. Le chevalier de Jaucourt était d'un caractère doux et affable : il n'avait d'autre passion que celle de rendre service ; et quoique sa fortune fût médiocre, il aidait de sa bourse tous ceux qui s'adressaient à lui. Il ne sollicita jamais aucune faveur, ne prit part à aucune dispute littéraire : enfin , comme il le dit lui-même, sans besoins, sans désirs, sans ambition, sans intrigue, il chercha son repos dans l'obscurité de sa vie. L'affaiblissement de ses forces lui faisant présager sa fin prochaine, il se relira à Compiègne, et y mourut quelques mois après, le 3 février 1779, âgé de 76 ans. 11 était membre de la société royale de Londres, et des académies de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux. Les écrits du chevalier de Jaucourt, dit Palissot, se font lire avec intérêt; son style est simple, naturel, facile, et ne manque ni de correction, ni d'élégance : mais ce qui caractérise surtout ses productions, c'est que l'honnête homme n'est
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jamais éclipsé par l'auteur ; il fait aimer la vertu en imprimant à ses moindres ouvrages le caractère d'une àme droite et sensible. Jaucourt possédait la plupart des langues modernes, et les parlait avec beaucoup de facilité. Outre les nombreux articles qu'il a Tournis à l'Encyclopédie (1), on a de lui : 1° Recherches sur l'origine des fontaines (en latin), in-4°; 2° Dissertation anaiomique sur l'allantoide humaine (en latin) , in- 1° et in-8° ; 5" Une traduction latine du Traité de Duverney sur l'organe de l'ouie ; 4° La Vie de Leibnitz, imprimée à la téte de son édition des Essais de théodicée sur la bonté de Dieu. 1756, 2 vol. in-8». On a réuni les Synonymes français de Jaucourt, d'Alembert et Diderot, épars dans l'Encyclopédie, 1800, in-12. Jaucourt a coopéré à la Bibliothèque raisonnèe des ouvrages des savants de l'Europe, depuis l'établissement de ce journal, en 1728, jusqu'en 1740. Il est, avec Caubius, Musschenbreè'ck et Massuet, l'un des éditeurs de la description du cabinet de Seba (Musceum Sebaanum), 1754, 4 vol. in-fol. Enfin il avait rédigé un Lexicon medicum univtrsaU, qui devait former G volumes in-fol. ; mais le manuscrit qu'il envoyait à un imprimeur d'Amsterdam périt dans le naufrage du bâtiment qui le portait, sur les côtes de la Nort-Hollande. W— s.
JAUCOURT (Arxail-François, marquis de), d'une famille de la Champagne dont la noblesse remonte au 9e siècle, naquit à Paris en 1757, et, comme la plupart de ses ancêtres, entra fort jeune dans la carrière des armes. Il était colonel du régiment des dragons de Condé lorsque la révolution commença. Son rang et sa position semblaient devoir lui en faire repousser les principes, mais comme son cousin le chevalier de Jaucourt (coy. l'article précédent) . lié dès sa jeunesse avec le parti philosophique qui la préparait, il en embrassa la cause, et il se sépara de la cour quand il la vit se mettre en opposition avec l'assemblée constituante, bien qu'il voulût loyalement la durée du trône. Cependant après l'arrestation de la famille royale à Varennes, ses opinions semblèrent se modifier. S'étant rangé du parti constitutionnel, il entra dans la société des Feuillants, et devint un de ses membres les plus influents. Nommé en 1790 président du département de Seine-et- Marne, il adressa en cette qualité, le 4 juillet 1791, au président de l'assemblée nationale, une lfltre par laquelle il le priait de recevoir le serment, qu'il faisait comme administrateur et comme soldat , de rester éternellement attaché à la constitution. Nomme peu de temps après député à l'assemblée législative, il figura dans le comité militaire, s'opposa successivement aux lois contre l'émigration, à l'admission à la barre des soldats de Cbâteauvieux envoyés aux galères par suite de
(I) Son article Paris ett regardé comme un des meilleur» du Dictionnaire. « Cett, dit Paliasot, une alluaion line et bien m soutenue ; on y voit i quel degré le caractère dea habitant* de - Paria est calqué sur celui dea Athénien». »
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l'insurrection de Nancy, et à la formation près la capitale d'un camp de vingt-quatre mille hommes. A la fin de 1791, il demanda l'impression d'une adresse du département de Loir-et-Cher contre les émigrés et les prêtres réfractaircs ; et, en 1792, il fut un des sept membres qui votèrent contre la déclaration de guerre à l'Autriche. On le vit plus tard combattre avec énergie les jacobins qui attaquaient Louis XVI avec tant de fureur. S'étant lassé un jour des insolentes diatribes du capucin Chabot, il le menaça de sa canne ; ce qui lui attira de violentes injures, et le fit envoyer prisonnier à l'Abbaye, après la révolution du
10 août, par ordre delà municipalité de Paris. 11 réclama vainement auprès de l'assemblée nationale sa mise en liberté. Cependant, grâce aux correspondances qu'il avait su se ménager, et à quelques sacrifices pécuniaires, il échappa aux massacres de septembre, sous la protection ilu Panis, qui le retira de prison, la veille même de ces sanglantes exécutions. Il se réfugia en Angleterre et en Suisse, et ne rentra en France qu'après la chute de Robespierre, en même temps que Talleyrand, son ancien ami, qui, après la révolution du 18 brumaire, le fit nommer Acmbre du tribunal. Il y vota dans le sens du gouvernement consulaire, défendit le concordat auprès du corps législatif, fut nommé président vn octobre 1802, élu candidat au sénat en septembre 1805 par le collège électoral de la Nièvre, et appelé au sénat le 50 octobre suivant. En 1804, il fut nommé premier chambellan de la maison de Joseph , frère de Napoléon, et décoré du titre de commandant de la Légion d'honneur. En 1810, le sénat le présenta à Bonaparte comme candidat de la sénatorerie de Florence. Il avait pour concurrents Cornet et Férino. Celui-ci fut préféré. Le comte de Jaucourt continua de prendre part aux actes du sénat jusqu'au 1er avril 1814. A celte époque , il vota la déchéance de Bonaparte et la création d'un gouvernement provisoire, dont il fut lui-même nommé membre le même jour. Lu 13 mai, il fut créé ministre d'État, pair de France le 4 juin, puis lieutenant général , et fut chargé, par intérim, du portefeuille des affaires étrangères, lors du congrès de Vienne. A l'époque du 20 mars, le marquis de Jaucourt suivit le roi dans son exil, et fut, comme ayant été membre du gouvernement provisoire, excepté de l'amnistie accordée par Bonaparte à son retour de l'Ile d'Elbe. Apres la seconde rentrée du roi, en 1815,
11 fut appelé au ministère de la marine, qu'il ne garda que peu de temps. Il fut ensuite membre du conseil privé. Sous le règne de Louis-Philippe il ne pril d'autre part aux affaires publiques que par ses notes et ses discussions à la chambre des pairs, dont'il était membre. Le marquis de Jaucourt était protestant, et il s'occupa de la direction du protestantisme en France. En 1818 et en 1829, il avait obtenu du gouvernement l'autorisation de fonder deux associations utiles, la société
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biblique de Paris et la société d'encouragement de l'instruction primaire protestante, dont il conserva la présidence jusqu'à sa mort, arrivée le 5 février 1852. B — u et M— d j.
JAUFFUET (Gaspard-Jeas-André-Joseph), évêque de Mets, était né le 13 décembre 1759, à la Roque- Brussane en Provence. Atné d'une famille nombreuse , il étudia au collège de Toulouse , puis à l'université d'Aix, et fut fait, jeune encore, chanoine de la collégiale d'Aulps. Le désir de se fortifier dans les connaissances propres à son état l'engagea à venir à Paris. 11 suivit les prédicateurs les plus distingués de ce temps-là, se lia entre autres avec l'abbé Boulogne, son compatriote , et monta lui-même dans la chaire. 11 s'attacha au clergé de Sl-Hoeh, puis à celui de St-Sulpice. Au commencement de la révolution, il publia quelques écrits. Un journal qu'il entreprit, sous le litre à! Annales de la religion et du sentiment, parut depuis le commencement de 1791 jusqu'à la moitié de 1792. Après le 10 août, l'auteur fut obligé de se cacher, et se retira à Orléans, puis en Provence, où il passa plusieurs années, et où il exerça le ministère après la terreur. Étant revenu à Paris, il fut UTl des premiers rédacteurs des Annales religieuses, qu'il abandonna ensuite à l'abbé Boulogne pour s'occuper de la composition de divers écrits. En 1802, après le concordai, l'ancien évêque d'Angers, de Lorry, ayant été nommé évêque de la Rochelle, et ne pouvant s'y rendre immédiatement à cause de sa mauvaise santé, l'abbé Jauffret fut chargé d'y aller, avec la qualité d'administrateur; mais, avant son départ, il fut choisi pour grand vicaire de Lyon , et se rendit dans celte ville, où le clergé constitutionnel avait suscité des divisions. Il se trouva même bientôt à la tête de l'administration du diocèse, l'archevêque de Lyon ayant été nommé ambassadeur à Rome. Ce diocèse lui fut redevable d'établissements utiles; ce fut le premier où l'on forma des séminaires, et où furent rétablis les frères des Écoles chrétiennes, qui de là se répandirent dans le centre de la France. U contribua aussi au rétablissement des sœurs de St-Chnrlcs. Appelé à Paris comme vicaire général de la grande aumônerie, il provoqua des mesures utiles et fit revivre des instituts recommandables; différentes congrégations furent autorisées, les missions étrangères reçurent quelques encouragements, les associations d'hospitalières et d'institutrices obtinrent plus de protection. Les dames de St-Maur, celles du Hefuge, dites de Si-Michel, durent beaucoup, entre autres, aux soins de l'abbé Jauffret. Lorsqu'on forma la chapelle des Tuileries, il fut nommé un des chapelains. L'évéque de Metz, Bienaimé, étant mort au commencement de 1800, Jauffret fut nommé à sa place le 15 juillet, préconisé à Rome le 20 août, et sacré par le cardinal Fesch le 8 décembre; son titre de chapelain fut alors changé en celui d'aumônier. Le nouvel évêque trouvait tout à faire dans son diocèse, l'âge et les
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infirmités de son prédécesseur ne lui ayant pas permis de former les établissements indispensables. Ses premiers soins se portèrent sur les séminaires ; le grand séminaire de Metz sortit de ses ruines, et trois petits séminaires furent établis- L'évéque exhorta les curés, dans une lettre pastorale, à favoriser les vocations ecclésiastiques. Luimême logea quelque temps les jeunes gens dans son palais, et obtint du gouvernement les bâtiments nécessaires. Il parcourut avec soin son diocèse, qui, alors, comprenait trois déparlements, la Moselle, les Forêts et les Ardennes. L'autorité civile s'était crue obligée , peu auparavant, d'interdire l'exercice du culte extérieur, afin de prévenir des révoltes fâcheuses; le nouvel évêque (it lever cette défense sans qu'il en résultât aucun inconvénient. Il prêchait dans les églises et procura des missions dans plusieurs cantons ; on lui dut ie rétablissement de quelques anciennes congrégations; en outre, il en institua deux nouvelles, les dames de Ste-Sophie et les soeurs de Ste-Chrétienne, qui se livrent à l'instruction des jeunes personnes de différentes classes; il leur donna des règlements et se plaisait à diriger ces instituts naissants. Les soeurs de Ste-Élisabelh , à Luxembourg, et celles de la Providence, établies par un pieux ecclésiastique près Forbach , furent encouragées par ses soins. Son titre d'aumônier le forçait de temps en temps de venir à Paris pour son service au château. En 1810, il fut désigné pour faire parlie du cortège qui devait aller audevant de l'archiduchesse Marie-Louise; il fit donc le voyage de Brunnau, et revint à Paris avec la princesse, dont il fut le confesseur en quelques circonstances. La même année , il fut du nombre des dix-neuf évéques qui écrivirent à Pie VU pour demander une amplialion de l'induit sur les dispenses de mariage. L'archevêque d'Aix, de Cicé, étant mort le 22 août, l'empereur avait d'abord nommé à sa place l'abbé Duvoisin, évêque tic Nantes; mais celui-ci fit agréer les motifs de son refus, et, le 5 janvier 1811 , l'évéque de Metz fut nommé à Aix; il fit quelques représentations, mais le moment n'était pas favorable pour résister à celui qui venait de frapper d'une éclatante disgrâce l'abbé d'Astros et le comte Portalis. Le prélat n'osa refuser sa translation , se prêta au* arrangements qu'on prenait alors, et reçut les pouvoirs conférés par le chapitre d'Aix, tandis qu'il donnait à l'abbé Laurent, nommé évêque de Metz, des pouvoirs de grand vicaire pour administrer ce diocèse. Cependant il ne se pressa point de se rendre à son nouveau poste , et passa près d'un an à Paris, attendant les événements. Arrivé à Abc, il n'exerça aucune fonction épiscopale , n'usa dlaucuo des droits réservés aux prélats canoniquement institués et ne prit d'autre place dans le chœur de la cathédrale que celle d'un évêque étranger. Sa modération et sa réserve le firent aimer dans ce pays. U s'occupa d'y former des établissements religieux, et eût souhaité
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y introduire les deux congrégation* qu'il avait créées à Metz. Il Tut du nombre des douze évéques qui, le 27 avril 1811 , écrivirent au pape, alors à Savune, pour le prier d'accueillir une députation de trois évéques français ; il ne prenait dans cette lettre que le titre d évéque de Metz. Quelques jours après, il adressa, en son propre nom, une lettre à Pie VII; dans cette lettre, datée du 1er mai, il parlait de sa nomination au siège d'Aix, et exposait le besoin des églises et les raisons qui devaient, selon lui, engager le pape à donner des bulles aux évéques nommés. Le prélat assista au concile de 1811, où il ne se lit pas remarquer. Se trouvant à Paris à l'époque de la restauration, il se hâta de renoncer à l'administration du diocèse d'Aix, et reprit le gouvernement du diocèse de Metz , où il retourna peu après. Le retour de Napoléon, en 1815, replaça JauflVet dans une situalion difficile. Instruit que l'abbé Laurent, qu'il avait nommé curé de Sedan , s'était rendu précipitamment à Paris et prétendait faire revivre sa nomination à Metz, il crut devoir venir lui-même dans la capitale pour exposer ses droits. On assure qu'il manifesta l'intention de ne plus quitter Metz, mais la peur le lit assister au champ de mai. Après le second retour du roi, il retourna à Metz. Un professeur du collège de Luxembourg, l'abbé
* Munchen, ayant fait soutenir, le 8 août 1810, uue thèse, pleine de propositions hardies et dangereuses, I'évéque, dont la juridiction s'étendait encore sur le grand-duché de Luxembourg, qui
' était l'ancien département des Forêts, condamna la thèse par une ordonnance du 12 septembre, et défendit aux élèves ecclésiastiques de suivre les cours du professeur. Muncben se retira à Garni , où il mourut peu après. L'évêque de Metz concourut à former dans celte ville un établissement de frères des Écoles chrétiennes; il les reçut même d'abord dans son palais. Il établit des retraites annuelles pour le clergé, et remit en vigueur l'officialilé, ce qui lui attira des critiques de Lanjuinais dans la Chronique religieuse. En 1830, il convoqua les archiprélres de son diocèse, et publia des statuts synodaux qui ont été imprimés. L'érection de l'archevêché de Keims, en 1821 , retira le département dis Ardennei de la juridiction de l'évêque de Metz, qui non-seulement vit celte soustraction sans peine, mais s'tmpressa de rendra au nouvel archevêque de Heims tous les services qui étaient eu son pouvoir. Le conseil général des Ardeunes lui témoigna de la reconnaissance de son administration par des lettres flatteuses, accompagnées de l'offrande d'un calice, de burelles et d'un bassin en vermeil. Ln 1823, l'évêque avait tenu son synode; étant venu à Paris, il mourut subitement chez son frère, dans la nuit du 12 au 13 mai. 11 laissa de vifs regrets à Metz, où sa douceur et son esprit conciliant étaient justement apprécies. Son corps, déposé provisoirement dans l'église des Carmes, à Paris, fut transporté, en juin suivant, à Metz
et inhumé dans le caveau des évéques. Une oraison funèbre fut prononcée en son honneur; elle est courte et contient peu de faits. Nous terminerons en donnant la liste des écrits du vertueux prélat : 1° De la religion à l'assemblée nationale, discours philosophique et politique, 1790, in-8°, plusieurs fois réimprimé sous les titres De la re/igionaux législateurs, et De la religion aux Français; 2" Annales de la religion et du sentiment, journal hebdomadaire, 1791-1792; 3" Du culte public, 1 793, in-8°. Cet ouvrage parut d'abord par extraits dans les Annales religieuses, et fut ensuite imprimé à part. i° Annales religieuses, les dix-huit premiers numéros seulement ; 3° des Consolations, ou Recueil de ce que la raison et ta religion peuvent ojfrir de consolation aux malheureux , 1790, 15 vol. in-18; on en a extrait : 0° Consolations des divines Ecritures, 3 vol. in-18; 7° du Suicide, 2 vol. in-18; 8° Examen critique du nouveau calendrier , 1 797 , in-8°; 9° OEuvres choisies de Fénelon, 1800, G vol. in-)2; 10° OEuvres spirituelles de Fénelon, 4 vol. in-12; 11° l'Adorateur en esprit et en vérité, 1800, in-18 ; 12° des Services que les femmes peuvent rendre à la religion, 1800, in-12; la 2' édition, qui a pour titre : Vies des dames françaises, 1816, in-12, est d'un ami de l'évêque; 13° Examen particulier pour des sœurs, in-12; 14u Lettres sur la religion et la métaphysique, de Fénelon, in-12; 15° Méditations sur les souffrances de N.S., avec une Instruction sur les indulgences, 1800, in-8"; 16° Mémoires pour servir à l'histoire de la religion à la fin du 18'- siècle, 1803 , 2 vol. in -8° : ce devait être le commencement d'une collection de pièces relatives à la persécution contre les prêtres pendant la terreur. Jauflret avait réuni un grand nombre de matériaux pour cet objet, et, ne pouvant plus s'en occuper, avait engagé des amis à continuer son plan. Différentes circonstances s'opposèrent à l'exécution de ce projet. 17° De la vraie sagesse, pour servir de suite à l'Imitation. 1801, in-12; 18" Eutrttiens sur le sacrement de confirmation, 1809, in-8°; 19° Recueil choisi de mandements, 1820 , 2 vol. in-8»; 20" Instruction sur l'esprit du sacerdoce chrétien, 1821 ; 21° autre sur la morale de l'Évangile, 1822. Nous aurions pu citer encore quelques écrits publiés par cet évéque avant son épiscopat. 11 donna une édition du Paradis de l'âme, traduit du latin de Horstius, 2 vol. in-12, et des Éloges des échues français, par Godeau, iu-8". La Biographie des vivants lui attribue les Illustres victimes vengées des injustices de leurs contemporains, 1802, in-8°. l'Art épistolaire, 1793, 3 vol. in-18 , et les Paroles mémorables des grands hommes, 1802, 2 vol. in-18, qui ont paru sous le nom de Louis -François Jauffret, frère de l'évêque, sont, dit-on, de ce dernier. Enfin le prélat s'était beaucoup occupé, dans ses dernières années, d'un ouvrage auquel il attachait une grande importance. Cet ouvrage était destiné à montrer comment on peut séparer les dogmes primitifs reconnus par tout le genre humain des
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erreurs que l'ignorance et la passion y ont mêlées , et comment on peut arriver ainsi à la religion véritable. L'auteur voulait donner à son travail le titre de Reeherchet de la vraie religion. Il l'avait fait imprimer en épreuve pour le communiquer à quelques amis, et profiter de leurs remarques et de leurs avis. Celui qui écrit cet article a eu, dans le temps, connaissance de l'ouvrage pour lequel l'évéque s'était beaucoup servi du Parallèle des religions, de l'abbé Rrunet, 1792, 5 vol. in-4«. Mais il ne s'était peut-être pas mis assez au courant des recherches historiques faites dans ces derniers temps par des savants français et étrangers. La famille de Jauffret avait formé le projet de publier cet ouvrage; mais elle parait y avoir renoncé. Nous croyons d'ailleurs qu'il serait nécessaire de soumettre le travail du prélat à un nouvel examen, et qu'il y aurait beaucoup à ajouter. p__o T,
JAUFFRET (Jean-Baptiste), frère du précédent, naquit en 1771. Il quitta la France de bonne heure , et se fixa en Russie. Nommé directeur de l'institution des sourds-muets à St-Pélcrsbourg, il mérita l'estime et la confiance de l'empereur Alexandre, qui le créa chevalier de l'ordre de Si- Vladimir. Les honneurs qui lui furent accordés après sa mort, arrivée en 1828, parlent hautement en faveur de sa longue administration. Son portrait, demandé à sa famille, a été placé dans une des salles d'honneur de la maison des sourdsmuets de St-Pétersbourg, et l'empereur Nicolas a voulu faire lui-même les frais des obsèques de l'ancien directeur. F.
JAUFFRET (Joseph), le dernier des quatre frères de ce nom, naquit à la Roque-Brussane , le 6 décembre 1781 . Dès l'âge de vingt et un an, il entra, en qualité de chef du secrétariat, à la direction des cultes, dont Portalis était chargé. C'était l'époque où se préparait le concordat entre le gouvernement français et la cour de Rome (1801). Jauffret fut témoin de tout ce qui se fit à cette occasion, et cette circonstance contribua beaucoup à développer en lui le penchant pour l'étude des questions ecclésiastiques qui l'a distingué plus tard. Il ne quitta point le ministère des cultes à la mort de Portalis, en 1807, et continua d'y remplir diverses fonctions, notamment celles de secrétaire général. Admis, en 1814, comme mattre des requêtes au conseil d'État, il s'y lit une réputation de savoir et d'impartialité. Depuis lors, tout en se consacrant aux devoirs de sa charge avec une assiduité fatale, peut-être, à sa complexion délicate, il s'occupa, jusqu'en 1830, d'écrits sérieux, In plupart touchant les matières dont il avait fait l'objet de ses plus habituelles méditations. A cette dernière époque, il était le doyen des maîtres des requêtes et à la veille d'occuper la première vacance parmi les conseillers d'État, lorsque la mort le frappa, le 9 mars 1830. On a de lui : 1* Examen des articles organiques, publiés à la suite du concordat de 1801 , dans leurs rapports avec nos
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libertés, les régies générales de t Église et la police de l'État. 1817, in -8»; 2» Examen du projet de loi relatif au nouveau concordat, 1817, in-8°; 3° Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les premières années du 19* siècle. 1819, 3 vol. in-8°. Jauffret avait préparé, avant sa mort, une nouvelle édition de cette curieuse relation historique. 4° Des missions en France, 1820, in-8°; 5° de la juridiction épiscopale , à [occasion d'un écrit de Lanjuinaii contre les nouvelles officialités. 1821 , in-8°; 6» des recours au conseil d'État, dans les cas d'abus en matières ecclésiastiques. 1 in-8«. Cet ouvrage a eu une deuxième édition en 1830. 7» Du célibat des prêtres, à l'occasion d une ordonnance rendue par le président du tribunal de première instance du département de la Seine. 1828, in-8°; réimprimé, dans le mois qui suivit sa publication, avec le jugement du tribunal. Les talents de J. Jauffret ne se bornaient point aux connaissances spéciales à ses fonctions. Il était membre des Académies ou sociétés savantes de plusieurs villes de France, Paris, Lille, Marseille, Abbevillr; et il cultivait avec distinction l'art de la peinture, qu'il avait étudié sous David. L'Ami de la religion, dans le numéro du 30 avril 1830, contient une notice sur J. Jauffret. F.
JAUGEON (N.), habile mécanicien , oublié dans tous les Dictionnaires, fut reçu à l'Académie des sciences en 1099, et se chargea avec le P. Truchet et Desbillettes de la Description de fart de rimprimerie; il recueillit les alphabets de toutes les langues anciennes et modernes, dont il composa l'histoire, et fut le premier qui retrouva l'alphabet étrusque, d'après l'examen des monuments. Il communiqua, en 1702, à l'Académie, un mortier de bronze de son invention , assez léger pour qu'un seul homme pût le porter avec son affût , assez solide pour résister à la plus forte explosion , et qui lançait une douzaine de grenades à quatre cents pas. Il fournit, en 1703, la Description de la frappe des poinçons; en 1705, l'Histoire naturelle du ver à soie; en 1706, un Mémoire sur les différentes préparations que subit la soie avant d'être mise en œuvre; en 1707, la Description des métiers à soie; en 1708, l'Art du relieur de livres; en 1709, un Mémoire sur la fabrique des bas à l'aiguille et au métier; en 1710, il lut à l'Académie un Mémoire sur l'origine des caractères latins; et en 1711, un autre sur l'origine des caractères français : enfin, en 1718, il lui fournit de nouvelles observations sur l'art du relieur; et l'on trouve tle lui, dans les recueils de cette société savante, beaucoup d'autres observations de physiologie, d'histoire naturelle ou de technologie. Ce laborieux académicien mourut à Paris en 1723. C'est sur ses dessins que fut fondu le caractère dont on s'est servi pour l'impression de l'Histoire de Louis XIV par les médailles. Paris, imprimerie royale, 1702, grand in-fol. On connaît encore de lui : 1° Le jeu du monde, ou l'Intelligence des plus curieuses choses qui se trouvent dans tous Us Kttats.
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les terra et les mers du mondé, enrichi des devises (en taille douce) des plus grands princes de l'Europe, Paris, 1684, in- 12 de 264 pages. C'est l'explication détaillée d'un jeu gigantesque, contenu sur une table de dix-huit pieds , promis par l'auteur, qui l'appelle te pius riche et le plus précieux meuble qui ait jamais paru. On ne croit pas que ce grand travail ait été exécuté. 2° Carte nouvelle et générale , contenant les mondes céleste, terrestre et civil, ou la Manière d'apprendre sensiblement l'astrologie , la géographie et l'histoire, en 6 planches (voy. le Journal des savants de 1688). Ce n'est probablement qu'un extrait du jeu annoncé dans l'ouvrage précédent. W— s.
JAULT (Augustin-François), né à Orgelet en Franche-Comté, le 1er octobre 1700, montra un goût décidé pour les langues; il entra , à l'âge de dix-huit ans, chez les jésuites, qu'il quitta en 1730. Cinq ans après il prit à Besançon le bonnet de docteur en médecine : mais cela ne lui fit pas négliger ses éludes favorites; successivement interprète du duc d'Orléans pour les langues orientales, professeur de grec, de syriaque, censeur royal , il fut employé plusieurs fois par le gouvernement pour la traduction de lettres étrangères. Il mourut à Paris le 24 mars (où, selon le Journal de Verdun, le 25 mai) 1737. Il avait une grande pénétration , une mémoire qui ne laissait rien échapper, une ardeur infatigable pour l'étude, beaucoup de justesse et de netteté dans l'esprit. Sa modestie le tint longtemps caché. Il répondit un jour à M. le duc d'Orléans , qui s'étonnait qu'il ne fût d'aucune académie : « Monseigneur, je ne « l'ai jamais recherché. » Voici le catalogue de ses ouvrages : 1° Traité des opérations de chirurgie . traduit de l'anglais de Sharp, 1742, in-12, avec figures; 2° Recherches critiques sur l'état prêtent de la chirurgie, traduites du même auteur, 1751, in-12; 3° Histoire des Sarrasins, sous les onze premiers califes, traduite de l'anglais de Simon Ockeley, 1748, 2 vol. in-12. Le traducteur a ajouté quelques remarques historiques et géographiques. Ockeley avait, pour ce qui regarde Mahomet, renvoyé à l'histoire de Prideaux : Jault a mis en téte de sa. traduction un abrégé de la vie de ce conquérant célèbre. 4° Traité des maladies vénériennes, traduit du latin d'Astruc, 1747, 4 vol. in-12. Il y manque les deux derniers livres de l'ouvrage original, le traducteur les ayant jugés peu nécessaires à ceux qui n'entendent pas le latin. 5° Pneumato-pathologie. ou Traité des maladies venteuses, traduit du latin de Combalusier, 1754, 2 vol. in-12; 6° Traité de l'asthme, traduit de l'anglais de Floyer, 1761, in-12. 7° 11 a mis eu ordre , dirigé et augmenté des deux tiers la nouvelle édition du Dictionnaire étymologique de la langue française , par Ménage, Paris, 1750, 2 vol. in-fol. Il avait entrepris la traduction de Pline l'Ancien; il en était au 21* livre quand il a cessé de vivre. 11 a encore traduit de l'anglais la Médecine pratique de Sydenham , et y a joint des notes
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et une préface, Paris, 1774, in-8». Enfin il a laissé en manuscrit une Défense de la Vulgate contre les impostures des rabbins, conservée à la bibliothèque de Paris. Voyez au surplus les Mémoires sur le collège royal de France, par Goujet, et la Notice sur Jault, par le président de Courbouzon, dans le tome 2 des Mémoires de l'Académie de Besançon. W — s et A. B — t.
JAUME SAINT -HILAIRE (Jean-Henri), né a Crasse, le 28 octobre 1772, fut obligé, comme toute la jeunesse française de celte époque, d'obéir à la première réquisition , et servit de 1793 à 1800. Aussitôt qu'il put quitter les armées, il vint à Paris et se livra à l'étude de la botanique et du dessin appliqué à celte partie de l'histoire naturelle. Son premier ouvrage, intitulé Exposition des familles naturelles, et de la germination des plantes, 2 vol. in-4°, parut en 1805, sous les auspices, en quelque sorte sous la direction du professeur Desfontaines, avec lequel Jaume Saint- Hilaire était lié. Il continua de publier plusieurs autres travaux dont nous donnons les titres plus bas, et qui n'eurent pas tout le succès qu'il pouvait en attendre. Imprimés à ses frais, avec figures, sa modeste fortune put à peine y suffire; aussi vécut-il dans un état de géne presque toute sa vie. Il rêvait des moyens de s'enrichir, sans y réussir, et la plupart de ses projets ne servirent qu'a augmenter sa pauvreté'. Napoléon ayant promis des prix de cent mille francs à ceux qui, pendant le blocus continental, trouveraient le moyen de remplacer par une production française une substance en grand usage produite à l'étranger, Saint-llilaire voulut remplacer l'indigo par un produit analogue, fabriqué en France ; il imagina qu'il pourrait en extraire du polygonum tinctorium, plante de l'Inde, qui croit facilement chez nous. Il lut à plusieurs sociétés savantes des notices , imprima dans les journaux des avis sur ce sujet. Il ne prétendait à rien moins qu'à retrouver par ce moyen les vingt- cinq millions que chaque année la France donne aux Anglais pour en tirer de l'Inde, depuis la destruction de notre colonie de St-Domingue , qui non-seulement nous en fournissait, mais en revendait à l'Angleterre même. 11 cultiva en petit le polygonum tinctorium , et établit par des calculs, un peu exagérés sans doute, qu'il pourrait retirer d'un hectare de terre, huit à dix mille kilogrammes de feuilles de cette plante, dont il parviendrait à extraire soixante ou quatrevingts kilogrammes d'indigo. En 1839, il soumit ses idées au ministre de l'agriculture, dont il n'obtint pas de réponse. Sans se décourager, il entretint l'Académie des sciences, la société royale et centrale d'agriculture, la société d'encouragement, de la possibilité de cultiver en grand le polygonum tinctorium, et ne fut pas plus heureux. Enfin il s'adressa aux chambres, et obtint de celle des députés, en 1844, un rapport favorable. Saint- Hilaire croyait toucher le prix de cent mille francs qui ne ta h pas abrogé, disait-il dans sa pétition ,