‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 12 sur 106 · I1UB · texte numérisé non relu

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a été réfuté par Jourd. Guibelet, sous le titre (Y Examen de l'Examen des esprits . Paris, 1(331 , in-8". V Examen des esprits a été traduit en italien parCamilli, Venise, 1582, in-8c; en latin par .Eseh. Major, Halle, 10G2, in-8°; et en français par Gabriel Chappuis, qui en donna plusieurs éditions, dont la première fut imprimée à Lyon, 1580, in-16, et auquel on a reproché d'avoir rendu quelques passages de son auteur dans des expressions qui choquèrent, même de son temps, la délicatesse française. Parmi les autres traductions que nous en avons dans notre langue, on estime celle de Paris, 1045, in-8°, par Vion-Dalibray, réimprimée en 1058 et 1075, et celle d'Amsterdam , 1072 , par Savinien d'Alquié. Cette dernière est la plus estimée. Le traducteur y a mis les additions que Jean Huarte avait insérées dans la deuxième édition de son livre : elles sont importantes et à l'égard du mérite et à l'égard de la quantité ; mais le nouveau traducteur n'a pu les mettre chacune en sa place ; il a été obligé de les donner les unes au commencement du livre et les autres à la fin. — Un autre Huarte (Georges) a écrit une Histoire de Notre-Dame de Tongres, 1071 , in-12. G. C.

HUIIEK(Ulric), jurisconsulte, naquit le 13 mars 1050 à Dorckum, dans la Frise, d'une famille d'origine suisse qui s'était établie en Hollande à l'époque de la guerre des IVovinces Unies contre l'Espagne. Après avoir achevé ses premières études dans sa ville natale , il fut envoyé à Leuwarde, puis en 1031 à Franeker , où, quoique bien jeune encore, il fit de rapides progrès dans la science du droit. En 1051 il alla suivre à l trecht les leçons du célèbre professeur Matthasi ; l'année suivante il revint à Fraueker, d'où il partit avec quelques jeunes seigneurs pour visiter les principales académies de l'Allemagne. Un passaut à llcidclberg, il s'y fit recevoir docteur en droit : il n'avait alors que vingt et un ans. Pendant son absence, il fut nommé professeur d'éloquence à Franeker; et dès qu'il eut terminé ses voyages, il vint prendre possession de celte chaire, qu'il remplit avec beaucoup de zèle. Il se maria peu de temps après; mais ayant eu le malheur de perdre sa femme, il chercha des consolations dans l'étude. C'est alors qu'il composa sur la durée «le l'empire des Assyriens une Dissertation très-savante et qui lui fit un grand honneur parmi les érudits. En 1005 il succéda dans la chaire de droit à Wisseinbach ( voy. ce nom ) , son ancien maître. Les curateurs de l'académie de Leyde, sur sa réputation, firent plusieurs tentatives pour l'attirer dans cette ville; mais il refusa constamment leurs offres, voulant se consacrer au service de sa patrie. Ses sacrifices furent appréciés par les états de Frise, qui cherchèrent à l'en dédommager par de nouveaux honneurs et par l'augmentation de ses appointements. Cisbert Uuker ayant, en 1086, publié une thèse dans laquelle il avançait que la divinité de l'Écriture sainte ne peut être approuvée

que par la raison, Iluber, qui trouva cette proposition peu orthodoxe, entreprit de la re'futer, et il s'ensuivit une querelle si vive que les états de Frise se virent obligés d'imposer silence aux deux parties. Cette dispute était à peine apaisée qu'Huber en eut une seconde avec Perizonius , sur le sens du mot prétoire dans l'Epltrc de St-Paul aux Philippiens, I, 13; et les deux adversaires, s'étant échauffés, ne se ménagèrent pas les injures. Iluber mourut à Franeker le 8 novembre 1694, laissant d'un second mariage plusieurs enfants, dont l'aîné , Zacharie , d'abord professeur en droit à Franeker, fut fait en 1716 conseiller de la cour souveraine de Frise , et mourut dans l'exercice de cette charge avec la réputation d'un bon jurisconsulte. Ulric a publié plusieurs ouvrages de droit fort estimés de son temps, mais qui n'offrent pas le même intérêt aujourd'hui. Chaufepié en donne les titres dans une note de l'article qu'il lui a consacré dans son Dictionnaire. L'introduction à l'étude de l'histoire , Institutionum historiœ civilis tomi 1res, Franeker, 1692, in-8°, et réimprimée depuis, est un livre très-érudil. L'autcury a joint sa Dissertation sur l'empire des Assyriens , pleine de recherches savantes, mais qu'à fait oublier V Essai de Fréret sur l'histoire et la chronologie des Assyriens. W— s.

HUBER (Jean-Rodolphe), fils d'Alexis Iluber, aubergiste et membre du grand conseil de Baie , naquit dans cette ville en 1668. Dès l'âge de dix , ans sa passion pour le dessin était si marquée , que ses parents crurent ne pouvoir se dispenser de lui en faire apprendre les principes. En 1682 il fut confié à Gaspard Meyer, peintre médiocre, et ensuite il passa dans l'école de Joseph Werner. Les plâtres moulés sur les statues antiques furent pour le jeune élève une si bonne étude, qu'en peu de temps il devint un savant dessinateur. L'envie de se perfectionner l'engagea à voir l'Italie. Il alla d'abord à Mnntoue,où les ouvrages de Jules Romain l'arrêtèrent. Il passa ensuite à Venise, où il étudia particulièrement la couleur du Titien. Il en copia les productions, ainsi que celles du Bassan, du Tintoret et de Paul Véronèse; et après un séjour de trois ans il se rendit à Rome, où la vue des ouvrages de Raphaël, des Carrache, de Jules Romain et du Guide achevèrent de le porter à la perfection de son art. Il dessina d'après l'antique et marqua une grande assiduité aux leçons de l'Académie; il fut bientôt connu, quitta Rome, revint dans le lieu de sa naissance en 1693, et l'année suivante il fut nommé membre du' grand conseil. Le prince Evrard-Louis de Stultgard l'occupa, le nomma son premier peintre, le fit surintendant de ses bâtiments et le combla des marques de son estime. Il fut mandé par le roi de Prusse , qui voulait attacher ce peintre à sa personne; mais l'amour de la liberté lui fit refuser les offres avantageuses qui lui furent faites de la part de ce prince. 11 se rendit à Bade, où étaient pour lors assemblés les plénipotentiaires nommés

pour la conclusion de la paix. Huber les peignit tous dans un seul tableau. Ceux de la part de la France étaient le maréchal de Villars, M. de Saint-Contest, le comte du Luc et M. Dutheil , secrétaire d'ambassade; ceux de la part de l'Empire, le prince Eugène, les comtes de Goes, de Seilern, et M. de Bendeurietb, secrétaire de légation. En 1738, satisfait de la gloire qu'il avait acquise et de la fortune qu'il avait amassée, il voulut borner sa carrière et vivre tranquillement. Il revint à Bâle et y fut élu conseiller; mais sollicité de tous les côtés, il ne put se refuser d'entreprendre des ouvrages qui abrégèrent ses jours. Il mourut le 8 février 1718, âgé de 80 ans. La fécondité de ce peintre est surprenante; on compte de lui plus de trois mille portraits, sans ses tableaux d'histoire ; sa couleur est vigoureuse, sa touche légère et facile, et son dessin trèscorrect. On ne lui connaît point d'élèves. Z.

HUBER (Jean-Jacques) naquit à Bâle en 1707, et mourut à Cassel en 1778. 11 s'appliqua d'abord à la pharmacie ej. ensuite à la médecine : il fit de bonnes études à Bâle. à Berne et à Strasbourg. Il parcourut en botaniste les montagnes de la Suisse et du Valais : souvent il accompagna le célèbre daller dans ses excursions; et les ouvrages de cet illustre savant sur les plantes de la Suisse ont été enrichis des observations et des découvertes de Iluber. A son retour d'un voyage qu'il entreprit en France, llaller le fit nommer en 1736 prosecteur d'anatomie à Gœtlingue ; il y obtint une chaire de médecine en 1737; trois ans après, il fut. appelé à Cassel pour professer l'anatomie. Il a publié un grand nombre de dissertations et d'autres écrits, la plupart relatifs à l'anatomie, et qui renferment d'excellentes observations et des descriptions exactes ; on n'en citera ici que quelques-uns : Ie Commentatio de medutla spinali, speciatim de nervis abea provenientibus, Gœttingue, 1741 , avec fig.; 2° Comment, de vagina uteri structura rugosa, neenon dehymene, 1748.; 3° Epist.de nervo intercostali . 1 74-4. U — i .

HUBER (Makie), née à Genève, ou suivant d'autres à SchafThouse, en 1695, mourut à Lyon le 13 juin 1733. Plusieurs ouvrages sortis de sa plume annoncent qu'elle avait de l'esprit et des connaissances; mais cet esprit, égaré par l'opinion d'une secte qui affranchit les particuliers de toute autorité dans l'interprétation de l'Écriture sainte, la conduisit naturellement au déisme ; et ses connaissances mal digérées rendent pénible la lecture de ses livres. Cette femme théologienne publia en 1731 un ouvrage intitulé Systèmes des théologiens anciens et modernes conciliés par C exposition des différents sentiments sur l'état des dmes séparées des corps , in-12, réimprimé en 1733 et 1739. Son but est d'attaquer, sous une certaine apparence de piété , le dogme des peines éternelles qui, étant commun aux protestants et aux catholiques, lui attira des adversaires dans les deux communions, quoiqu'elle se fût proposée

de concilier les théologiens de Genève avec ceux de Home. Ils lui reprochèrent de s'être fait une fausse idée de la justice et de la bonté' de Dieu; de mettre perpétuellement ces'deux attributs en opposition l'un avec l'autre; de donner aux passages les plus formels des livres saints où ce dogme est clairement établi îles sens forcés ou allégoriques absolument contraires à l'esprit et à la lettre du texte. Les protestants surtout lui surent mauvais gré d'avoir imaginé des peines expiatoires après cette vie, dans un lieu mitoyen entre le paradis et l'enfer, où les criminels vont se purifier poiir être ensuite admis dans le ciel. Le principe général de son système était, pour nous servir de ses propres expressions, celui d'un Être in/mi suffisant à soi ; principe d'où l'on peut déduire de grandes vérités et de grands paradoxes. Le mauvais usage qu'elle en avait fait dans son livre le rendait extrêmement suspect. Ce fut pour développer davantage ce même principe et pour repousser les attaques livrées à son système qu'elle publia en 1738, Amsterdam, 2 parties, ses Lettres sur la religion essentielle à l'homme : elles furent augmentées du double dans l'édition de 1751, six parties in-12, et ont été traduites en anglais et en allemand. Considérées sous le rapport littéraire, ces lettres n'ont rien de bien attrayant. C'est -une suite de lemmes et de théorèmes qui répandent quelquefois plus d'obscurité que de lumière , et en rendent la marche très-difficile à suivre. Le style en est froid , la morale assez triviale; les raisonnements en sont embarrassés. Mais quoiqu'il ne paraisse nul ordre dans la ma • nière de procéder de l'auteur, il y en a un trèsréel dans ses idées; de sorte qu'à travers celte irrégularité apparente on découvre un système lié dans toutes ses parties et une dialectique trèssubtile. Ces qualités jointes au fond du système, qui flatte les passions en débarrassant des frayeurs qu'inspire la croyance des peines éternelles, servirent sans doute au succès de l'ouvrage. Mademoiselle Huber s'y était proposé de réconcilier les incrédules avec la religion révélée. En conséquence, elle cherche à simplifier le christianisme en faisant disparaître les dogmes qui les choquent et les mystères qui les humilient. Tous les articles qui sont au-dessus de leur conception , elle les attribue au charlatanisme des théologiens; et après avoir ainsi dégagé la religion de tous ses mystères, elle la réduit à un petit nombre de vérités capitales mises à la portée de tous les esprits et destinées à former un centre de réunion pour les hommes simples comme pour ceux qui sont doués d'une plus grande étendue d'intelligence. Elle témoigne un grand respect pour les livres sacrés, en même temps que, d'après ses principes, ils deviennent faux ou ridicules. Si elle s'appuie du suffrage des auteurs inspirés, c'est uniquement pour mieux insinuer ses raisonnements dans les esprits que révolterait une profession déclarée d'incrédulité. Elle inculque des

principes d'une morale pure et même sévère; elle plaide avec force la cause des mœurs; mais elle ne s'en attache pas moins à affaiblir l'autorité des saintes Écritures en rendant la raison juge souverain de ce qu'elles contiennent , en énervant ou rejetant les principaux dogmes qu'elles enseignent, en n'admettant que l'évidence pour règle et pour mesure de la foi. Enfin elle cherche même quelquefois à repousser le joug de l'autorité humaine pour porter ensuite atteinte à l'autorité divine ; comme quand elle affecte de ne voir dans les apologistes du christianisme que des avocats suspects qui , plaidant pour leur partie, ne sauraient persuader personne. Les Lettres sur la religion essentielle à ï homme ont été réfutées par fr. de Hoches, professeur de théologie à Genève, dans sa Défense du christianisme . Lausanne, 1740, 2 vol. in-12. Houllier (voy. ce nom) a aussi publié nnc réfutation de ces mêmes Lettres en 1741. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, mademoiselle Huber en a composé d'autres moins connus, tels que : Le monde fou préféré au monde sage , Amsterdam , 1731 , 1714, in-12 ; Réduction du Spectateur anglais; cet abrégé, qui n'eut point de succès, parut en 1753, à Amsterdam, en six parties in-12. T— d.

Ill'BEft (Jean), membre du conseil des deuxcents à Genève, naquit dans celte ville en 1722. H manifesta dès sa jeunesse un goût très-vif pour les arts du dessin; mais bientôt, désirant n'avoir point de rivaux , il s'adonna à un genre particulier qui , sans doute très-inférieur a la peinture, n'est cependant pas dénué d'agréments. Ce fut l'art frivole de la découpure qui charma ses loisirs; et il y acquit une telle supériorité qu'il découpait, surtout le profil de Voltaire, sans avoir les yeux fixés sur le papier ou ayant les mains derrière le dos, ou même sans ciseaux en déchirant une carte : il faisait aussi exécuter le même profil par son chat en lut présentant à mordre une tranche de fromage. H tirait de son génie les compositions les plus agréables, les plus sentimentales et les rendait avec une précision , un esprit étonnants. Grimm , dans sa Correspondance, en fait connaître plusieurs. La plupart de ces découpures, exécutées sur vélin , sont en Angleterre dans les cabinets des curieux. La réputation que Huber s'était acquise le fit hasarder de M livrer a la peinture. Seul , sans maître , sans aucun guide, il parvint à composer des tableaux pleins de vérité, de goût et d'une touche trèspiquante , réunissant souvent le naturel de van Dyck aux conceptions dramatiques de Greuze. v. mi passé vingt ans de sa vie auprès de Voltaire, il entreprit de peindre en plusieurs scènes la vitdomestique du patriarche de la littérature. Il annonça son projet a Catherine 11, qui se hata de lui répondre qu'elle retenait tous ses tableaux, et que plus il y en aurait plus elle serait satisfaite. Senebicr assure que cette suite a été gravée. Un seul fut volé par un graveur. Il représentait Vol-

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taire sortant de -son lit et passant ses culottes , tout en dictant à sou secrétaire. Le graveur le publia séparément avec des vers au bas, dont le sens était que Voltaire montrait son derrière et que d'AIembert le baisait, tandis que Fréron le fessait. Huber, naturellement gai, Ht un jour à MalletduPan une plaisante mystification. Il avait fait insérer dans les feuilles publiques que l'automate joueur d'échecs de Kempelen devait s'arrêter à Nyon. Il engage Mallet à l'aller voir avec lui, manque au rendez-vous et le laisse partir seul. Mallet arrive à Nyon, trouve l'automate, joue avec lui , perd et revient émerveillé. Il se disposait à communiquer son admiration aux journalistes, lorsque Huber lui apprend en riant qu'il a été la dupe d'une mortification , et que c'est lui, Huber, qui a joué le rôle de l'automate. Bientôt cependant des études plus sérieuses, sinon plus utiles, vinrent l'attacher. La découverte de Montgolfier lui fit naître l'idée d'étudier le vol des oiseaux. Il publia ses premiers aperçus, ou plutôt leur application , dans le Mercure de France du 13 décembre 1783, sous le titre de Sote sur la manière de diriger les ballons sur le toi des oiseaux de jn-oie. On sait combien les tentatives de ce genre ont été jusqu'ici infructueuses. L'année suivante il fit imprimer : Observations sur le toi des oiseaux de proie, Genève, 1784, in-4° avec sept planches dessinées par lui. Ce petit ouvrage est divisé en douze chapitres. Huber partage les oiseaux de proie en rameurs et en voiliers , quant aux ailes : pour la queue, il soutient qu'elle ne sert point de gouvernail à l'oiseau; son seul usage est de l'aider quand il monte ou quand il descend. Les rameurs sont dits de haute volerie, les voiliers de basse. Le gerfaut, le sacre, le faucon sont de la première espèce; l'autour, l'épervier, l'aigle, le vautour de la seconde. Huber fit un voyage à Paris avec toute sa famille, et y séjourna à peu près un an. Il mourut à Genève vers 1790. D. L.

HUBER (François), naturaliste, flls du précédent, naquit à Genève le 2 juillet ilSO. Les observations, la bibliothèque et l'aspect du cabinet île son père développèrent de bonne heure l'amour de la nature chez l'enfant qui , à l'âge où d'autres se débattent encore avec les premières éludes, avait des connaissances positives et l'habitude d'observer. 11 acquit surtout ce talent aux cours de physique de Saussure et dans le laboratoire d'un vieux parent, alchimiste obstiné. Malheureusement, à quinze ans sa vue déclina , par suite peutêtre des lectures que trop souvent il faisait la nuit à la lueur de la lampe ou de la lune. Sa santé aussi était atteinte gravement. Son père le conduisit à Paris , où le célèbre Tronchin combattit avec succès son état de marasme en l'assujettissant à vivre quelques mois à la campagne, labourant , battant le grain et conduisant les charrois, mais où l'oculiste YYenzel déclara son ophthalmie sans remède et refusa même de l'opérer de la

cataracte : il faut dire que l'art de l'oculiste était alors bien loin de ce qu'il est devenu. De retour à Genève, Huber, malgré tous les ménagements imaginables, ne put qu'ajourner le moment où devait se réaliser la prédiction, il fit du moins provision de souvenirs pour le reste de sa vie et arrangea son existence. Il eut le bonheur de rencontrer dans mademoiselle Lullin une femme qui ne craignit point d'associer son sort au sien, en dépit des égoïstes remontrances de ses parents, et qui, dans ce dévouement généreux, fit preuve d'autant de constance que d'énergie. Son père vécut longtemps encore, et sa fortune, bien administrée, lui permit de satisfaire ses goûts sans rien avoir à démêler avec les débats et les amertumes dont la vie est ordinairement semée. Enfin son goût pour les sciences non-seulement abrégea pour lui les longues heures qui pèsent à l'homme privé d'un sens précieux et bannit l'ennui, mais encore lui fit trouver une célébrité sans envieux. Son séjour à la campagne l'avait conduit à observer de près les abeilles, et plus tard, se faisant lire les ouvrages de Kéaumur et de Bonnet sur ces industrieux coléoptères, il crut y trouver, indépendamment de nombreuses lacunes, des faits contraires à ceux qu'il avait entrevus. Totalement privé de la vue, il entreprit de vérifier, de découvrir des phénomènes qui jusqu'alors avaient échappé aux yeux les plus fins et au microscope. Ce qu'il ne pouvait apercevoir par lui-même, il résolut de le faire observer par un autre dont il dirigerait l'attention et les recherches, qu'il apprécierait et coordonnerait ensuite ; cet autre luimême fut Burnens, qui.de son domestique, devint son secrétaire et son ami, et qui finit par être un des magistrats de Genève. Burnens avait beaucoup de sagacité naturelle, qu'Huber prit soin de développer, et un vif auiour pour la vérité: s'idenlifiant à son maître, il était ainsi que lui animé du désir de prendre la nature sur le fait , et pour y parvenir il ne craignait point d'affronter la colère d'une ruche entière. On sent bien que ce dévouement, celte collaboration de la main et de l'œil n'enlèvent rien à la gloire personnelle de son maître, seul auteur réel des expériences exécutées par un autre, mais sur les points spéciaux, mais dans l'ordre, mais avec les circonstances et les instruments que lui-même indiquait ou imaginait. 11 dut beaucoup surtout à son invention de diverses formes de ruches vitrées ( les ruches eu livres ou en feuillets et les ruches plates : celles-ci permettent d'observer les moindres détails du travail de chaque abeille en particulier). Un plein succès couronna ces recherches opiniâtres : Huber parvint a recueillir sur ces insectes chéris une foule de particularités inespérées , et la série de ses découvertes forme presque complètement l'histoire naturelle de l'abeille. Les unes sont relatives à la constitution, aux habitudes, à la naissance et au développement , aux diverses classes, à l'hymen, aux combats des abeilles; elles

furent publiées en 1792 sous la forme de Lettres à Ch. Bonnet et sous 1»; titre de XouveUes observations sur les abeilles. Genève, in-8° (réimprimées à Paris, 1796, in-12, avec un Petit traité pratique de l'éducation des abeilles, p:ir un anonyme). Les autres furent faites principalement avec le concours de sa femme et ensuite de son fils (coy. l'art, suivant). Elles roulent sur l'origine de la cire, sur la construction des cellules, sur les sens de l'abeille : publiées d'abord en 1801 dans la Bibliothèque britannique {Se. et arts. t. 11), sous le titre de Premier mémoire sur l'origine de la cire, et (t. 17) sous celui de Lettre à M. Pictet, elles furent réimprimées avec de grands développements en 181 i, à la suite de la deuxième édition des premières observations, et elles en forment le tome second. Huber n'avait point attendu la célébrité jusqu'à cette époque : dès l'apparition de son premier ouvrage il avait excite une grande sensation; la précision des recberches, l'inattendu des résultats, cette cécité de l'auteur qui donnait à ses succès quelque chose de miraculeux, tout concourut à répandre son nom dans l'Europe savante, et les diverses académies, notamment l'Académie des sciences de Paris, l'admirent successivement dans leur sein. Ilubcr avait d'abord amèrement regretté le malheur de sa cécité. 11 finit par s'y résigner, au point que plus tard il refusa de laisser faire à un de ses yeux une opération de la cataracte que les progrès de la science faisaient juger praticable. Cependant il aimait à dire : J'ai vu, j'ai vu de mes yeux. Du reste, si cette allusion au passé le consolait parfois, jamais il ne faisait allusion au présent ni pour s'attrister ni pour déclarer sa résignation. Véritable philosophe, il jouissait d'une sérénité d'âme admirable ; il aimait tout ce qui l'environnait , il continuait de se livrer à ses éludes favorites et s'intéressait aux nouvelles de la science. Vers la lin de sa vie il alla se fixer à Lausanne, près d'une de ses filles. C'est là qu'il mourut le 22 décembre 1851. A la liste de ses ouvrages il faut ajouter le Mémoire sur l'influence de t'air dans la germination des graines, Genève, 1801, in-8°, que Senebier écrivit, mais dont Huber lui fournit les matériaux en exécutant les expériences souhaitées par son collaborateur. Huber avait été amené à ce travail par l'idée qu'il avait eue de faire germer des graines dans les ruches, afin de reconnaître la nature de l'air qu'y respirent les abeilles. Les deux savants constatèrent la nécessité de l'oxygène dans la ger. mination; et, comme les graines germent dans les ruches, Ilubcr en put conclure que l'air des ruches contient de l'oxygène. Parmi les autres résultats positifs qu'il découvrit, les plus célèbres sont ceux qui tiennent à la fécondation de la reine. C'est lui qui dit et prouva le premier que cet hymen a lieu à distance de la ruche et dans les airs, à une assez grande élévation : il suivit dans tous leurs détails les conséquences, soit de la précocité, soit du retard de ce phénomène; il démontra ce

qu'avait avancé Schirach , sans voir son opinion admise au rang des faits, que les innombrables œufs pondus par la reine peuvent à volonté devenir abeilles neutres ou femelles par une nourriture appropriée; il décrivit le massacre des maies ou faux-bourdons par les neutres quand , l'acte de la fécondation opéré, ils deviennent inutiles et onéreux à la laborieuse communauté : il raconta comment les neutres, dans une inquiète prévoyance, élèvent plusieurs femelles, afin que si la reine meurt une autre la remplace ; comment la reine jalouse parcourt les alvéoles, donnant la mort aux œufs que leur mode d'alimentation rend apte à produire des rivales; comment parfois deux femelles adultes en même temps se battent jusqu'à ce que l'une des Aux succombe et fasse place à l'autre. 11 fit connaître quelle influence exerce la grandeur des cellules sur la taille des insectes qui s'y développent, et de quelle manière les larves des abeilles filent la soie de leurs coques. Il mit hors de doute l'usage des antennes, qui permettent aux abeilles de se reconnaître ; il tenta de déterminer la puissance et le siège des sens, notamment de l'odorat, chez ces insectes; il précisa toutes les opérations auxquelles se livrent les diverses classes d'abeilles dans la construction de ces merveilleuses cellules hexagones qui doivent recevoir le miel , et assigna la part de chacune d'elles; il expliqua l'origine, jusqu'alors fort mal connue, de la propolis; et, administrant les preuves d'une assertion jadis émise, que la cire est fabriquée avec du miel , il reconnut comment elle s'échappe sous forme de lames entre les anneaux de leur abdomen, et comment ils la préparent pour leurs édifices. H dit aussi les ravages du sphinx atropos dans les ruches où il s'introduit; il prouva que l'oxygène est essentiel à la respiration de l'abeille ; puis , se demandant comment il peut se faire que l'air se renouvelle et se conserve pur dans une ruche close presque de toutes parts, il en vint à se convaincre qu'un mouvement spécial des ailes agite l'air assez pour en amener le renouvellement ; il imita cet effet au moyen d'une ventilation artificielle. Enfin , se basant sur taut de notions exactes et nettes , il ajouta de bonnes règles à ce que l'on savait sur l'administration économique de ces précieux insectes. Hien d'essentiel depuis Huber n'a été découvert sur les abeilles, et l'on peut dire que s'il n'a pas le premier abordé ce sujet, du moins il l'a épuisé. De Candollc a nommé lluberia laurina un genre d'arbres élégants du Brésil appartenant à la famille des mélastomécs. P — ot.

HUBER (Pierre), fils du précédent, né à Genève le 25 janvier 1777, mort à Yverdun le 22 décembre 18J0, est auteur d'un certain nombre de mémoires intéressants qui ont été insérés dans divers recueils; nous signalerons seulement les suivants : 1° Mémoire sur les bourdons relus, espèce d'insectes qui vivent en république. Ce mémoire , la première production de Pierre Huber,

est le résultat d'observations faites aux environs de Lausanne. Il fut imprimé en français et en anglais dans les Transactions <le la société Linnéenne de Londres en mai 1801 , et reproduit en 1801 dans le tome 25 de la Bibliothèque britannique. 2° Mémoire sur les relations des pucerons avec les fourmis et les galle-insectes, imprimé en 1805 dans le tome 2H de la Bibliothèque britannique. Depuis 1801 , Huber s'occupait de l'histoiré des fourmis. Son mémoire contient le résultat de ses recherches jus<|u'en 1803. Il les étendit pendant les années suivantes, et il en publia l'ensemble dans un nouveau travail plus complet et |»lus étudié, sous le titre : Becherches sur les fourmis indigènes. Genève, 1810, 1 vol. in-8°. Ce volume, qui a été traduit en anglais, contient beaucoup de faits curieux et intéressants sur les mœurs des fourmis et dévoile notamment les expéditions des fourmis amazones et leur singulière association avec les fourmis brunes. 3" Mémoire sur différents instruments de physique et de météorologie. inséré dans le tome 1er des Mémoires de la société de physique et d'histoire naturelle de Genève, 1821, dnns lequel on trouve entre autres choses la description d'un anémomètre de l'invention d'Huber, très-simple et portatif, ainsi que d'un anémographe destiné à noter graphiquement toutes les indications de l'anémomètre; 4° Lettre à M. le professeur Prévost sur l'écoulement et la pression du sable dans la Bibliothèque universelle. t. 40, janvier 1820; 5° Histoire du trachuse doré, t. 2 des Mémoires de la société de physique et d'histoire naturelle de Genève, 1824 ; 6° Notice sur une migration de papillons, t. 3 du même recueil, 1826; 7° Mémoire sur la chenille du hamac, t. 7 du même recueil, 1839; ce mémoire, fort intéressant par les détails qu'il contient sur les procédés de construction suivis par la chenille, qui en fait l'objet, avait été dès 1812 lu à la société de physique et d'histoire naturelle de Genève, et communiqué à l'Institut de France, qui l'avait reçu avec faveur; 8° Notice sur le melipone ou Cabeille domestique du Mexique, t. 8 «lu même recueil ,1839 ; 9° Mémoire pour servir à l'histoire des attelabet. insectes voisins des charançons, t. 8 du même recueil, 1839, etc. P. flubert avait aidé son père dans ses recherches sur les abeilles, et il prit une part active à la composition du deuxième volume de la nouvelle édition des Observations sur les abeilles, publié à Genève en 1814. 11 laissa à sa mort en manuscrit plusieurs autres travaux qui ont été publiés après sa mort dans les Mémoires de la société de physique et d'histoire naturelle de Genève. Le tome 10 de ces mémoires contient son éloge par M. le professeur Gautier. « Chacune « des productions de P. Iluber, dit M. Cauticr, « porte l'empreinte de l'esprit ingénieux d'ohser- « vation , de la sagacité, de l'amour de la nature « et de la vérité qui le caractérisaient. Il ne se « bornait pas à de simples descriptions, mais il - excellait à scruter les mœurs et l'instinct des

« animaux et à les suivre dans les détails de leurs » procédés, toujours si admirablement adaptés à « leur organisation et à leurs besoins. » Z— D.

HUBER ( Michel), né en 1727 à Frontenhauscn en Bavière, « vint fort jeune à Paris, dit le Magas sin encyclopédique , t. 55, p. 535, et se lia avec « plusieurs hommes de lettres distingués. H four- « nit beaucoup d'articles de littérature allemande « au Journal étranger, dont MM. Arnaud et Suard « avaient entrepris la continuation. En 1766, il « fut appelé à l'université de Leipsick, pour y en- « seigner la langue française. » 11 rendit de grands services aux lettres, « en établissant , par ses tra- » ductions , les premières communications litté- « raires qui aient existé entre la France et l'Aile- « magne. C'est lui qui le premier traduisit les « Idylles et poèmes de Gessner... 11 a eu beaucoup « de successeurs dans cette carrière ; mais on peut « dire qu'aucun n'excita comme lui l'enthousiasme « des Français pour les muses allemandes. Huber n joignait à ses talents un caractère plein de fran-

1 chise , de candeur et de bonté. » Il est mort à Leipsick le 15 avril 1804. On a de lui : 1° Mémoires pour servir à l'histoire de la vie et des outrages de Winckelmann (en français), sans date, in-8° ; 2° Vie de Manstein (à la tête des Mémoires hist., polit, et milit. sur la Bussie par le général Manstein, 1 772,

2 vol. in-8°); 3° Lettre de M. l'abbé Winckelmann sur les découvertes d'Hcrculanum , à M. le comte de Bruhl, traduite de l'allemand, Paris, 1764, in-4°; réimprimée dans le Becueil de lettres, etc., publié par Jansen, 1781, in-8°; 4° la Mortd'Abel, poème en cinq chants, traduit de l'allemand de Gessner, 1761, in-8°; très-souvent réimprimé; 5° Idylles, ou Poèmes champêtres de Gessner, traduits de l'allemand, 1762, in-8°. On fait honneur au ministre Turgot de la plus grande partie de cette traduction ; 6° Daphnis et le premier navigateur, traduit de l'allemand de Gessner, 1764, in-8°. Ces traductions sont reproduites dans les diverses éditions des OEuvres de Gessner traduites en français. 7° Choix de poésies allemandes. 1766, 4 vol. in-12; 8" Wilhelmine. traduit de l'allemand, 1769, in-8°; 9" Lettres choisies de Gellert, traduites de l'allemand, avec YÈloge de l'auteur, 1770, in-8»; 10° Réflexions sur la peinture, par M. Hagedornt traduites de l'allemand, 1775, 2 tomes in-8°; 11° Histoire de l'art de l'antiquité, par Winckelmann. traduite de l'allemand, Leipsick, 1781,

3 vol. in-ln; nouvelle édition, revue par Jansen, Paris, 1793-1803, 3 vol. in-4°; 12° Lettres philosophiques sur la Suisse, par Meiners, traduites de l'allemand, 1786, 2 vol. in-8°; 13° Notice générale des graveurs, divisés par nations, et des peintres, rangés par écoles , précédée de [histoire de la gravure et de la peinture, Leipsick, 1787, in-8°; nouvelle édition , refondue en partie avec C.-C.-IL Rost, sous le titre de Manuel des curieux et des amateurs de fart, 1797, 8 vol. in-8°; un neuvième volume a été publié en 1808; 14" le Nouveau Bobinson, traduit de l'allemand de M. Campe, 1793,

in -SM; l.'i" Catalogue du cabinet d'estampes de I Brandes, 1793-1796, 2 vol. in-8°. Huber avait revu la traduction française que MM. 0. et K. avaient faite (le la Méthode naturelle d'instruction propre à accélérer, sans traduction, l'intelligence des mots de chaque langue étrangère, etc., par Wolke, 1782-88, 2 vol. in-8°. A. B— t.

HUBER (Louis-Ferdinand), fils du précèdent, né à Paris le 13 septembre 1761, est mort à Ulm le 24 décembre 1804. « Ses talents littéraires «étaient, dit le Magasin encyclopédique, t. 5$, « p. 380, généralement estimés en Allemagne; « c'est lui qui dirigeait l'excellente Gazette géné- « raie (Allgemeine Zeitung) qui paraissait à Ulm. « Il travaillait aussi aux Annales de C Europe, dont « la direction lui avait été confiée depuis la mort « de M. Posselt. L'électeur de Bavière l'avait « nommé récemment membre de la direction gé- « nérale de l'administration des États bavarois de « Souabe. « Il a composé en allemand, et traduit de l'anglais et du français en la même langue, un grand nombre d'ouvrages, dont on peut voir le détail dans une Xotice étendue sur sa vie, mise à la téte de ses œuvres posthumes publiées par sa veuve, Tubingen, 1806-1810, 2 vol. iu-8°. A. B— t.

HUBER (Marie-Thérèse HEYNE, dite vulgairement Thérèse), fille du célèbre philosophe Chrétien-Théophile Heyne, naquit à Gœttingue le 7 mai 1764. Son éducation ne fut pas négligée, ainsi que ses biographes l'ont dit les uns après les autres; elle ne fut qu'irrégulière et capricieuse comme le hasard; mais dans une ville telle que Gœttingue, dans une maison telle que celle de Heyne, le hasard était un maître de langues et de littérature plus instructif que les maîtres qu'on paye. Douée d'un goût très-vif pour ta lecture , peu surveillée par une mère maladive et mélancolique , Thérèse dévora une quantité prodigieuse de romans, de pièces de théâtre, de voyages, commençant par le facile et l'amusant, mais ne reculant point devant le grave et le positif, lorsque le frivole était épuisé , et ne s'aflligeant que de ne rien lire. Elle acquit ainsi des connaissances trèsvariées, un peu superficielles peut-être, mais qui pour elle n'étant qu'un prélude à d'autres lectures, à une autre gymnastique intellectuelle , la mettaient infiniment au-dessus des jeunes personnes de son âge. Elle comprenait et goûtait la conversation des Uerder, des Burger, des liolberg, des . Dohm et de tous ces hommes illustres qui hantaient la maison Heyne. Sa mère mourut : pour distraire la douleur du savant, Thérèse passait des journées entières près de lui, feuilletant des livres d'histoire, de statistique ou d'antiquités, puis, grâce à sa science toute fraîche , l'entretenant de ses sujets favoris. Ses soirées s'écoulaient aiusi entre Heyne et Brandes, dont bientôt la sœur devint la femme de Heyne. Ce second mariage exila pour quelque temps Thérèse de la maison paternelle : elle fut placée dans un pensionnat de Hanovre. Toutefois, lorsqu'elle revint à Gœttingue,

âgée de quinze ans, elle ne trouva pas chez sa belle-mère cet égoïsme jaloux, cette malveillance hypocrite si formidables à leurs victimes. Peu certaine pourtant d'avoir en elle une amie, elle contracta l'habitude d'observer avec méfiance le monde où elle fit bientôt son entrée , et soit par suite de ce qu'elle vit, soit par la conversation des penseurs, elle se forma des opinions indépendantes très-susceptibles d'être mal comprises et mal interprétées. Elle était fort belle et comptait de nombreux adorateurs Le célèbre voyageur et naturaliste J.-G.-Adam Forsler, qu'elle connaissait un peu de vue et beaucoup de réputation, obtint sa main en 1784, sans doute à cause de son caractère fantasque et aventureux , ou même à cause de ses aventures singulières, dont alors s'entretenait le public savant. Thérèse suivit en Lithuanie son mari , nommé récemment professeur à l'université de Vilna ; puis en 1788, lorsque de la capitale de la Lithuanie il vint à Mayence , en qualité de premier bibliothécaire, elle s'y rendit avec lui. Mais là éclata une mésintelligence qui couvait depuis quelque temps, et à laquelle avait préludé un mutuel désenchantement. Les hostilités de part et d'autre finirent par une espèce de capitulation et de serment de solide, mais simple amitié. Ce ne fut pas sans regret de la part de Forsler, plus vivement épris de sa femme à cette époque que lors de son mariage ; et celle-ci effectivement avait beaucoup gagné, depuis, par ses efforts pour lui plaire, en l'élevant à sa hauteur, et par son expérience de la société. Thérèse au contraire avait cessé d'être admiratrice enthousiaste , et rien ne ranime une passion éteinte : qu'est-ce donc si clic a changé d'objet? Forster, enfin obligé de s'en apercevoir, n'en persévéra pas moins ainsi qu'elle dans la ligne de conduite qu'ils avaient adoptée de concert. Cependant, lorsque l'occupation de Mayence par les Français (17D2) l'eut déterminé à se déclarer adhérent de la révolution , quoiqu'il pût craindre de voir la coalition reprendre cette place et punir ceux qu'elle traitait de défectionnaires et de transfuges, ce n'est pas sans plaisir que, cédant aux conseils d'un jeune Anglais, il envoya sa femme à Strasbourg pour être plus indépendant. De Strasbourg Thérèse alla , suivie de ses enfants, à Neufchâtel , d'où elle entretint une correspondance très-active avec son mari, alors député du département du Mont-Tonnerre à Paris, et où à la fin de 17U3 elle eut avec lui une entrevue. L'année suivante Forster mourut, laissant sa veuve à peu près sans fortune et réduite pour vivre à se créer des ressources nouvelles. C'est alors qu'elle essaya pour la première fois ses forces dans l'arène littéraire. Aidée d'un jeune journaliste et romancier, Louis-Ferd. Huber («>y. l'art, précédent), auquel son mari l'avait confiée, lors de l'entrevue de Neufchâtel, elle imagina de traduire, en l'arrangeant, le Divorce nécessaire Je Louvct, et une fois lancée dans cette carrière nouvelle elle ne la quitta plus,.bien qu'en commençaut

uni

ri le ci'it fort mal réussi, et que son ami eût cru nécessaire de rayer des pages entières du manuscrit. Cet ami ne tarda pas à devenir son mari (1795), et fous deux à l'envi se livrèrent à la rédaction de journaux et d'opuscules littéraires qui leur valurent quelque réputation. Le puhlic ne comprit pas d'abord tout le mérite de Thérèse. Bien différente de ces femmes qui signent l'ouvrage d'un collaborateur, elle signait du nom de son mari toutes les poésies et nouvelles qui, de 1795 à 180i, échappèrent à sa plume élégante et facile. La mort seule de ce deuxième époux (1804) rompit le voile que jusqu'alors sa modestie avait jeté sur son talent. LTIe commença par publier la collection des OEurret complètes de L.-F. Huber, en tète desquelles elle plaça une notice sur sa vie, où elle comprit tout ce qu'elle avait publié sous son nom f les poésies et nouvelles, de 1795 à 1804, et celles du 1. 14 ) ; puis elle se mit à composer tantôt des romans, tantôt des articles pour les feuilles périodiques ou les journaux. Enfin , elle se chargea de la rédaction du MorgenblaU d'Augsbourg. Avant de venir dans cette ville, elle avait successivement habité Stuttgard (avec son mari), Gtinzbourg et Ulm. Elle continua sa rédaction du Morgenblatt jusqu'à l'année de sa mort, 15 juin 1829. Les écrits originaux de Thérèse Huber sont tous remarquables par une vraie chaleur de cœur, par la finesse des observations, par la vérité, par la profondeur. On lui doit, outre sa traduction du Divorce nécessaire et les morceaux mentionnés plus haut : 1° Remarques sur la Hollande, tirées du journal de voyage d'une dame allemande, Leipsick, 1811, in-8°; 2° Louise, nouvlU pièce à Cappui de l'histoire drs convenances, Leipsick, 1796, ill-8°; 3" Suite du recueil d'historiettes et nouvelles (Gesammelte Erzamlungen) de L.-F. Huber, tomes 3 et 4, Stuttgard, 1820, in-8°; \°Anna. ou l'enfant trouvé de Débora, la saur morave. Leipsick, 1820, in-8°; 5° F.llen Percy. ou C éducation par les événements. Leipsick, 1822, in-8*>; 2« édit., Reutlingen, 1825, 2 vol. in- 8°; 0° Jeune cœur et courage, Leipsick, 1825-24 , 2 vol. in-8"; 7° de nombreux articles, presque tous anonymes, pour YUranie (1817- 19), la Cornèlie (1816-1820), la Minerve (1818), YAlmanach des dames (1817, 1818, 1819, 1820, 1822), et surtout pour le ilorgenblatt , dont elle eut la rédaction en titre; 8° des traductions (mais largement et librement remaniées) : 1 . du Voyage du comte de la Carde, de Moscou à Vienne pur Kiev, Odessa, Constantinopte , la mer foire, Varna, Sitistrie. Heidelberg, 1825, in-8°; 2. des Souvenirs du capitaine Landolf, Leipsick, 1825, i»-8°. Deux volumes d'oeuvres posthumes de Thérèse Huber ont été publiés par son fils à Leipsick, 1831. P — ot.

HUBERT(Mathieu), prêtre de l'Oratoire et prédicateur distingué, naquit à Chatillon, près Mayenne, en 1640. Ses parents, quoique pauvres, ne négligèrent rien pour cultiver les heureuses dispositions qu'il montrait , et l'envoyèrent faire ses études au Mans. Mascaron était alors professeur

au collège de cette ville. Le jeune Hubert eut l'avantage d'étudier la rhétorique sous un tel maître, qui se plut à orner son esprit, et devint pour ainsi dire le directeur de sa conduite. En 1661 Hubert entra dans la congrégation de l'Oratoire , et fut chargé pendant quelques années d'enseigner les belles-lettres ; mais , entraîné par un goût dominant qu'éclairait une piété solide, il se consacra tout entier au ministère de la chaire, et prêcha pendant plus de quarante ans, soit à la cour, soit à Paris ou dans les provinces. Bourdaloue, qui se plaisait à l'entendre, rendait justice à ses talents. Le P. Hubert méritait le suffrage de ce grand orateur. « Sa manière de raisonner, « dit l'éditeur de ses œuvres, n'avait point cette « sécheresse qui fait perdre l'onction du discours, « et ne tenait rien de cette élocution trop étu- « diée qui l'affaiblit à force de la polir. » Sans prétention comme sans jalousie, Hubert disait que Massillon, son confrère, devait prêcher les grands, les riches-, et lui le peuple et les pauvres. (1 répondit avec humilité à un seigneur qui lui rappelait , devant une nombreuse assemblée , qu'ils avaient fait leurs études ensemble. « Je n'ai garde « de l'oublier, monsieur ; vous aviez la bonté de « me fournir des livres et de me donner de vos « habits. Sans vos secours, que je me fais gloire « d'avouer, j'aurais eu bien de la peine à rester <« au collège. » Hubert mourut à Paris le 22 mars 1717. Ses œuvres ont été publiées par les soins du P. de Montreuil, oratorien, Paris, 1723, 6 vol. in-12. On y trouve des serinons et des panégyriques. L'oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse d'Autriche, qui en fait partie, prouve, quoique l'exorde en soit imposant , que le talent de l'auteur n'était pas l'éloquence académique. L — u.

HUBERT DE L'ESPLNE, voyageur français, était natif d'Avignon. Resté orphelin sans biens et sans amis , il voulut , après avoir un peu étudié les lettres humaines, aller chercher fortune dans les pays étrangers , et , sans prendre congé de frère ou de sœur, il partit le lundi de Pâques 1512. S'étant rendu à Marseille, il gagna par terre Gènes, où il se mit au service du capitaine d'un navire prêt à faire voile pour l'Ile de Candie. Dans la traversée, le bâtiment fut pris par une escadre turque ; Hubert, mené à Alexandrie, y fut acheté par un juif de Bosette, qui le tourmenta beaucoup pour le forcer à renier sa foi, puis le vendit a un gros marchand de Tartarie, lequel le donna à un gentilhomme de la cour du Grand Khan des Tartares. Hubert passa neuf ans au service «le ce nouveau maître, dont il était palefrenier et dont il acquit les bonues grâces par le soin qu'il prenait de ses chevaux. 11 finit par obtenir de lui sa liberté et un sauf-conduit de l'empereur pour aller dans les pays plus à l'est, à condition que lorsqu'il aurait satisfait sa curiosité il reviendrait lui rendre compte de ce qu'il aurait vu. Hubert, comblé des dons de son maître, se mit en route, bien résolu de tenir sa promefse

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mais, à son retour, son bienfaiteur e'tait mort; alors i! prit le chemin Je la France, où il fit imprimer la relation de se^ courses : elle est intitulée Description des admirables et merveilleuses régions loingtaines et eitranges nations payennes de Tartarie et de la principaulté de leur souverain seigneur avec le voyage et pérégrination de la fontaine de rie (autretnenl de Jouvence), Paris, 1558, in-12. L'auteur annonce qu'il publie ce livre afin de récréer l'esprit des hommes studieux ; il prie les lecteurs , s'ils trouvent des choses de difficile croyance , de ne l'en blâmer nullement, car il proteste qu'il n'a dit que la vérité. Il a vu l'Arménie, Tauris, Casbin et d'autres villes de Perse, une partie de l'Inde et de l'Asie centrale, sujette du Grand Khan ; elle est montagneuse, froide et mal habitée. Il traversa des déserts , il vint dans un pays où il y avait des rhinocéros ; de là il s'avança dans l'ouest. Il était près de la fontaine de Jouvence ; il y alla , s'y baigna sept fois avec ses compagnons, et tous s'en trouvèrent frais et dispos ; elle est dans les montagnes voisines de la source de l'Euphrate. Ayant cheminé longtemps , il arriva au Caire , ensuite au mont Sinaï, et le 15 août entra dans Jérusalem. Après avoir visité les environs , il prit la mer à Jaffa, passa par Raguse, et surgit à Venise. Le livre d'Hubert serait très -intéressant si les noms des villes et des contrées où il est allé étaient écrits un peu correctement; mais ils' sont tellement défigurés qu'il n'est pas possible de les reconnaître, et que le travail de les déchiffrer exigerait un temps très-long, au risque de n'y pas réussir. On est porté à penser que le tout n'est qu'une fiction ; le succès que venait d'obtenir une traduction française de Marc Pol (1550) aura suggéré l'idée de publier une relation qui contint également des choses merveilleuses ; mais l'imitation est maladroite. Trop de faits qui se ressemblent y sont répétés à satiété. Ce volume, qui est de petit format et dont les pages ne sont chiffrées qu'au recto, en a cent quarante-trois. Il contient quelques ligures d'animaux intercalées dans le texte ; les unes recotmaissables , les outres imaginaires; il doit être très-rare ; aucun des auteurs qui ont donné des bibliographies de voyages n'en font mention. L'exemplaire sur lequel nous avons rédigé cet article appartient à M. Henri Ternaux ; nous n'en avons pas trouvé sur le catalogue de la Bibliothèque de Paris. E— s.

HUBERTIN DE CASAL. Voyez, Casali et Grascolas.

HUBNER (Jean), géographe allemand, né en 1008 à Tyrgau, dans la haute Lusace, devint recteur de l'école de la ville à Hambourg, et y mourut le 21 avril 1731. Il professait avec beaucoup de talent, et ses leçons étaient Irès-suivies. On a de lui plusieurs ouvrages en allemand ; les principaux sont : 1° Abrégé de la géographie ancienne et moderne , Leipsick , 1705, in-12 ; ibid. , 1701, G vol. Ce livre eut un si grand succès que du

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vjvant de l'auteur il en parut trente-six éditions, et il en fut vendu plus de cent mille exemplaires, on en publia des traductions dans toutes les langues de l'Europe. La première version qui fut donnée en français est de 1729, en 2 volumes in-8°. La dernière, par M. Duvernois, porte ce titre: Géographie universelle, Baie, 1757, G vol. in-8". Cet ouvrage conserva sa vogue jusqu'au moment où la géographie de Busching la lui fit perdre. La partie géographique , surtout celle qui concerne l'Allemagne, n'est pas mauvaise ; mais dans ce qui est relatif à l'histoire, il y a beaucoup de choses inutiles , inexactes , et même fausses. Ce serait peut-être à tort que l'on jetterait sur Hubner le blâme de ces défauts ; car, après sa mort, les éditeurs de son livre le grossirent de tout ce qu'ils crurent propre à piquer la curiosité du lecteur. 2° TabU s généalogiques , Leipsick, 1708- I73S, in- fol. ; elles sont au nombre de trentetrois et suivies d'éclaircissements, in-12 ; 3° Abrégé de l'histoire politique, 1700, 10 vol. in-8°. Il y a joint des suppléments , et son fils a continué ce livre. i° Muséum geographicum , ou Notice des meilleures cartes de géographie, 2* édit., 1 7 17, in-8° ; 5° Bibliothèque historique hambourgeoise , Leipsick,

10 vol. in-12. Il y donne des notices succinctes, mais assez exactes , sur mille historiens. La première centurie parut en 1715, et la dixième en 1729, suivie de suppléments et de tables. Le savant J.-Alb. Fabricius, Michel Riehey et Phil.-Fréd. Han , eurent aussi part a cet ouvrage. 0" Jocher lui attribue une traduction en vers allemands de Y Imitation de Jésus-Christ ; 7° Des mémoires dans plusieurs recueils, et entre autres une dissertation De galantismo et padantismo ; il représente ces deux défauts comme les deux pestes «le l'école.

11 eut part aussi à la rédaction de plusieurs collections et de quelques dictionnaires souvent réimprimés en Allemagne, dont il passe à tort pour être seul auteur. — Son fds, Jean Hibseu, avocat à Hambourg, où il mourut le 20 mars 1758, a publié en allemand : 1" Bbliotheca genealogica. ou Xotice de tous les ouvrages de généalogie anciens et modernes, Hambourg, 1729, in-8° ; cet ouvrage a été traduit en français, Paris, 1731, in-12 ; 2° Lexicom genealogicum , ou Notice de tous les personnages illustres a (ut ilement vivants, ibid., 1729, in-12; 8e édit., 1751 ; 5» des suppléments et de nouvelles éditions de divers ouvrages de son père. E — s.

HUBNER (Martin), publiciste, né en 1723 dans le Hanovre, mais élevé en Dancmarck, commença son éducation à l'école de Frederiksborg , et devint précepteur chez le comte Christian de llolslein. Plus tard (1751) il fut nommé professeur à l'université de Copenhague. La direction de ses études le conduisit à rechercher les sources du droit ; il se proposait de consigner le résultat de ses travaux dans un grand ouvrage qu'il aurait intitulé Système du droit de la nature et des gens ; mais différents voyages qu'il fit , soit par ordre

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