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veillance. Parmi les personnages importants qui l'honorèrent de leur amitié, il faut citer le comte de Teba, chambellan du roi et brave officier d'artillerie. Abel remplit ses fonctions de page dans plusieurs circonstances délicates. La disette régnait à Madrid : il reçut directement du roi Joseph l'ordre de ne présenter que du pain de soldat à la table royale. Le général Hugo, gouverneur militaire , croyait déjà pouvoir assez compter sur l'énergie et le sang-froid du jeune homme pour lui contler des missions graves et difficiles. Une huit, un incendie se déclare dans un édifice qui renfermait des munitions de guerre, à l'insu de la population : Abel, averti du danger qui menace tout unquartierde la ville, accourt sur' le lieu du sinistre et réussit à faire enlever les tonneaux de poudre que le feu allait atteindre. Des bandes de guérillas parcouraient le pays : dans une reconnaissance, il fut blessé à la tète et demeura prisonnier entre les mains de l'ennemi , qui ne l'aurait pas épargné , si l'on avait reconnu sa qualité de Français : il eut la présence d'esprit de se faire passer pour Espagnol, et, dans les interrogatoires auxquels il dut répondre avant de recouvrer sa liberté, il se vit soumis à des épreuves de prononciation qn'un véritable Espagnol n'aurait peut-être pas subies avec autant de bonheur. Lorsque l'armée francoespagnole, pressée de toutes parts et incapable de proléger la capitale, commença son mouvement de retraite le 12 août 1812, Abel abandonna Madrid avec tous ses compatriotes et suivit la marche rétrograde de l'armée : il eut à souffrir de cruelles privations; le visage et les mains brûlées par l'ardeur < lu soleil, à travers les plaines arides de la Manche , il ne vivait que d'herbes et de feuilles ; il serait mort de faim après deux ou trois jours de ce régime, s'il n'eût pas imaginé de monter dans les clochers des villages pour y faire la chasse aux nids d'oiseaux. L'armée, en arrivant dans le royaume de Valence, ne tarda pas à se refaire : elle reçut des renforts et fut en état de reprendre l'offensive sous les murs de Salamanque. Abel, ce jour-là même, accomplissait sa quatorzième année; il assista donc auprès du roi à cette brillante affaire , qui allait rouvrir aux Français les portes de Madrid. Ce fut en y retournant, au mois de novembre, qu'il vit périr un bataillon entier dans les neiges du Guadarrama; il aurait été une des victimes de celte terrible catastrophe, si son énergie personnelle n'était venue à son aide pour l'empêcher de succomber. Au mois de mai 1813, l'évacuation de Madrid fut décidée pour la seconde fois : Abel se retrouva encore dans les rangs d'une armée affaiblie, épuisée, sinon vaincue. H eut de nouveau à lutter contre des privatious de tout genre. Son courage tae lui fit pas défaut ; dans les situations les plus critiques, il se consolait par la lecturé de quelques-uns de ses auteurs favoris , et quand le pain lui manquait ad bivouac , il allait
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chercher dans les fontes de sa selle un volume des comédies de Lope de Vega ou de Calderon. Après le désastre de Vittoria, il rentra en France au mois de septembre 1813, sans autre bagage que les trois ou quatre volumes qui lui avaient fait fidèle compagnie pendant les plus mauvais jours de sa vie de soldat. Il passa plusieurs mois dans le Midi, attendant, espérant que les événements le ramèneraient en Espagne : on le vit, en uniforme d'officier , suivre les cours du lycée de Pau. Mais sa mère le rappelait à Paris : il y revint comme à regret, et, sauf une courte absence qu'il fit encore pour aller voir son père, qui commandait la place de Thionville à l'époque douloureuse de -l'invasion étrangère, il ne quitta plus la capitale, où il s'était réuni à ses deux frères Eugène et Victor. Dès lors Âbel avait dit adieu à l'état militaire, et, pour obéir à sa mère , il prit sérieusement à l'égard de ses deux frères, qui étaient presque aussi jeunes que lui , le rôle de chef de famille. Ils avaient tous trois la même vocation littéraire. Abel commença le premier à leur montrer la route, mais il fut bientôt dépassé par son frère Victor, auquel il semblait avoir abandonné le domaine de la poésie ; car il écrivit toujours en prose. Il songea d'abord à mettre à profit la connaissance qu'il avait des littératures étrangères et surtout de la littérature espagnole, si peu connue en France. Ce fut par des leçons orales sur cette littérature qu'il débuta devant le public nombreux et choisi qui fréquentait alors les cours de la société des Donnes-Lettres. On peut dire avec justice qu'Abel Hugo , par ses éludes consacrées d'abord aux littératures de l'Espagne et de l'Italie , eut une influence mar- , quée sur la littérature de son temps, et prépara l'avénement de l'école romantique, qui devait bientôt avoir pour chef le jeune Victor Hugo. Son premier ouvrage, publié en 1817, fut une critique plaisante de la dramaturgie des théâtres des boulevards : il la composa, en se jouant, avec ses amis Malitourne et Ader : ce Traité du mélodrame, écrit d'un style finement approprié au sujet , contient des chapitres très-amusants sur le Tyran, le Niais, l'Innoceice persécutée et les autres éléments constitutifs du genre. Abel nugo écrivait dans les journaux politiques et dans les revues littéraires, notamment dans les Annales des arts et de la littérature. Il rédigeait des articles de toute espèce, des comptes rendus de livres et de spectacles, des nouvelles, des morceaux philosophiques, des facéties, le tout avec une facilité extraordinaire ; il s'était fait dès lors une certaine notoriété dans la presse périodique, quoiqu'il ne signât généralement que de son initiale les improvisations qu'il éparpillait de tous côtés. En 1819 , par le conseil de Chateaubriand , qui avait deviné le talent littéraire des trois frères Hugo et qui s'intécessait à leur avenir, Abel fonda, de concert avec Eugène et Victor, le Conservateur littéraire. Cette revue
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devait être, dans sa pensée, le complément indispensable du Conservateur politique, auquel la collaboration de Chateaubriand avait donné tant de vogue et tant d'éclat. Les trois frères, qui vivaient dans une touchante harmonie, et qui n'avaient pas d'autre rivalité que l'amour des lettrest étaient à peu près les seuls rédacteurs du Conservateur littéraire . dans lequel chacun d'eux reparaissait continuellement sous différents pseudonymes et sous des initiales différentes. Chacun d'eux était tour à tour critique, poète, romancier, moraliste, pour varier la rédaction des livraisons hebdomadaires, qui produisaient toujours beaucoup d'effet dans le petit monde des écrivains, sans amener les abonnés à l'aide desquels le recueil aurait pu continuer. Enfin, après dixhuit mois de persévérance et d'efforts, il fallut renoncer à une publication qui ne faisait pas ses frais (1 ). Abel Hugo, ainsi que ses deux frères, s'était rattaché au gouvernement de la Restauration, et il le servait avec autant de loyauté que de zèle, tout en conservant un souvenir d'admiration aux gloires de l'empire, tout en gardant ses sympathies pour la famille napoléonienne et surtout pour le roi Joseph , sous les yeux duquel il avait été élevé. Abel se regardait aussi comme un ûls adoptif de l'Espagne, et il ne cessa dans ses ouvrages de mettre en relief la littérature espagnole, qu'il possédait mieux que personne en France. Il avait projeté, en 1821 , une collection très -intéressante intitulée le Génie du théâtre espagnol, ou traductions et analyses des meilleures pièces de Lope de Vega , P. Calderon et autres, depuis le 16* siècle jusqu'à la fin du 18", avec un précis historique de l'art dramatique en Espagne, une notice biographique sur chaque auteur^etc. Mais la publication annoncée n'alla pas au delà du prospectus (2). Abel Hugo publia du moins, en 1822, une très-bonne édition du Romancero è Instar ta del re de Etpana don Rodrigo, et un recueil de Romances historiques traduites de l'espagnol. Abel concourut aussi à la fondation de plusieurs journaux politiques, particulièrement à celle de l'Etoile, le premier journal du soir qui ait paru en France. Il n'avait pas encore opté entre les diverses voies littéraires qui s'offraient à ses aptitudes et à ses goûts. Pendant l'année 1823, il fut auteur dramatique; il était l'ami d'Al-
(1) Il n'a para de cette Revue que trente livraison», formant trois volume» in-8-, Pari», A. Boucher. 1819-20. On Ut dana um note du Catalogue de livre» provenant de la bibliothèque de M. de N*" (iHSltti « Victor Hugo écrivait tous son nom et eoua di- « ver»a» initiale» pseudonymes la plupart de» article» de critique m littéraire qu'il n'a pas recueillit dans se» Mélangea On y trouva m aussi la première rédaction de Bxg-Jargal et des pièces de « vvrs qui manquent encore i ses œuvres complétas. Victor m Hugo signe tantôt V., tantôt // , tantôt V t A <\ -mry , tantôt « M., et quelquefois il ne signe pas du tout. 8on frère Abèl signe m A.; son frère Eugèna, E. Parmi les rédacteurs, on reconnaît « Théodore Pavie, Ader, J. Sainte-Marie, etc. Il faut signaler la . fameuse épltre Us Vous M Us Tu, signée Aristide; la L'Un u tU CuOlKoin Pttistot, les traductions de Virgile, de Lucais « et d'Ouiaa , qu'on voudrait voir ajoutées aux csuvres de Victor u Hugo, n
|3) Vojrex, sur cet ouvrage projeté, ta Roms tncyclofidi^ru,