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temps à l'armée que commandait Beurnonville- Il vint à Paris intriguer auprès de la convention et surtout à h société des Jacobins , où il se fit recevoir; et bientôt on l'envoya combattre les royalistes de la Vendée , où il fut employé dès. le commencement de cette terrible guerre. Il y fut d'abord peu remarqué. Dans le mois de mai 1795, il était en Bretagne, et il y eut plusieurs conférences, prés de Bennes, avec des chefs royalistes, pour amener la pacification. Ce fut alors qu'il dénonça les infractions du chef de chouans Cormatin au traité convenu (voy. Cormatis). Il commanda ensuite l'avaut-garde de Hoche, qui combattit les émigrés débarqués à Quiberon , et ce fut lui qui , après s'être emparé du fort Peothièvre par la trahison d'une partie de la garnison, poursuivit les royalistes jusque dans le fond de la presqu'île, où il eut un entrelien avec Sombreuil et convint de celle célèbre capitulation si promptement violée envers des malheureux qui n'avaient mis bas les armes que sur la foi des (mités, et qui furent indignement fusillés par ordre des représentants Blad etTallien. Ce qu'il y eut de plus odieux dans ce massacre de deux mille prisonnicrede guerre, c'est que ce fut Humbert, qui les avait reçus en capitulation , que les conventionnels chargèrent d'apprêter leur supplice ! Hoche s'était éloigné pour ne pas en être témoin. Comme on jouissait à cette époque, en France, d'une grande liberté de la presse, les journaux de l'opposition royaliste attaquèrent vivement, à plusieurs reprises, la conduite du général Humbert ; et ils s'égayèrent souvent en rappelant au public son ancienne profession de marchand de peaux de lapins. Ces plaisanteries n'empêchèrent pas le directoire «le le nommer, peu de temps après, général de division, et de lui confier, en 1798, le commandement de l'avantgarde d'une armée destinée à faire une descente en Irlande, sous les ordres du général Hoche. On sait que, l'escadre qui portait celte armée ayant été dispersée par la tempête, et la frégate sur laquelle se trouvait Hoche forcée de revenir dans les ports français, Humbert débarqua à Killala avec environ quinze cents hommes. Sans se déconcer* ter, et très-bien secondé par le général Sarrasin, il prit le titre de général en chef, attaqua les troupes anglaises, qui accoururent à sa rencontre, sous les ordres du général Lack, et les battit dans plusieurs occasions, notamment à Casllbar, dont il s'empara. Déjà plusieurs milliers d'irlandaisunis s'étaient joints à sa troupe, et tout lui annonçait de plus grands avantages, lorsque lord Cornwallis parvint à r/unir un corps de plus de quinze mille hommes, et l'obligea de capituler à Conangen. S'étant rendu avec son armée , déjà réduite a huit cent quarante-quatre hommes, il fut fait prisonnier sur parole et bientôt échangé. Ce ministère anglais, qui s'était emparé de ses instructions et de sa correspondance , les fit imprimer, et elles furent répandues avec profusion dans
toute l'Angleterre. Revenu en France , le général Humbert fut aussitôt envoyé à l'armée du Danube ; et il fut blesst: en Suisse , combattant sous Masséna, à la fin de 1799. Il se montra peu favorable à la révolution du 18 brumaire, qui porta Bonaparte au pouvoir; et il fut, en conséquence, désigné |K>ur l'expédition de Saint-Domingue en 1802, sous les ordres de Leclerc. Ce fut lui qui, à la tête de sa division , s'empara du Port-au-Prince. Il dirigea ensuite, avec sa valeur accoutumée, quelques autres opérations; mais on sait de quels désastres la fièvre jaune et d'autres fléaux encore accablèrent celte malheureuse armée. Après avoir donné des preuves d'un grand courage et vu mourir à côté de lui le général en chef, llumbert revint en France en 1803, accompagnant la jeune et belle veuve de Leclerc, sœur de Napoléon, qui, dit-on , ne fut pas insensible aux soins d'un aussi l>eau cavalier. Cette circonstance ayant achevé de le perdre dans l'esprit du premier consul, il fut exilé en Bretagne, et bientôt obligé de se sauver furtivement en Amérique pour échapper à un sort plus rigoureux encore. Il vécut longtemps ignoré aux États-Unis; mais lorsqu'il vit le soulèvement des colonies espagnoles, il ne voulut pas laisser échapper une si belle occasion de se livrer à son caractère aventureux Après avoir formé à la Nouvelle-Orléans un corps d'environ mille hommes , de diverses nations, il alla se joindre aux insurgés du Mexique et se vit bientôt à la tétc de forces considérables. Mais ses succès furent suivis de plusieurs échecs ; llumbert éprouva encore d'autres contrariétés, et il fut enfin obligé de revenir à la Nouvelle-Orléans, où il mourut en février 1823, des suites de tant de travaux et de plusieurs blessures. M— dj.
HUMBOLDT (Charles -Guillaume, baron de), homme d'État et savant allemand , né à Berlin en 1767, reçut dans sa ville natale une instruction solide et dont il sut profiter autant que son frère Alexandre. Ayant pris chacun une direction différente, ces deux frères se sont illustrés par la science profonde dont ils ont empreint leurs ouvrages. Charles-Guillaume s'adonna a l'étude philosophique des langues et à la littérature ancienne. Étant à l'université d'Iéna, il contracta une liaison intime avec Schiller. Ces deux amis entretinrent ensuite une correspondance remarquable par l'élévation des vues qui y sont consignées. On y voit Humboldt encourager, soutenir ce poète, et quelquefois rectifier ses idées un peu exaltées. Cette correspondance, de 1793 à 1803, a été publiée en 1830 à Stuttgardt, avec une introduction par Ch.-Guill. de Humboldt, qui s'étend principalement sur le développement de l'esprit philosophique et poétique de Schiller. Ce n'est pas faire un médiocre éloge de Humboldt de reconnaître que dans ce commerce épistolaire il est à la hauteur des idées du célèbre poète, et que ses lettres ne le cèdent point en intérêt à celles de l'auteur de Jeanne d'Arc et de WalUn-
ttein. liumlioldt se lia pareillement avec Gcethe, et laissa, dans ses réflexions sur le poè'me de Her~ manu et Dorothée, un monument de celte amitié et de ses études approfondies sur la poésie épique. Vers cette époque , il fit paraître si s Estait esihétiquet, Berlin, 1799, où il a réuni ses articles critiques sur diverses productions de Schiller, Gœthe, Herder et Wieland. Peu de temps auparavant il avait fait avec son frère un voyage à Paris. Nommé résident prussien à Rome, il se rendit dans cette ville classique, dont le séjour ne fut pas sans influence sur son esprit, si disposé à recevoir toutes les impressions grandes et généreuses. Dans la suite son titre fut converti en celui de ministre plénipotentiaire. Rappelé dans sa patrie après quelques années «le séjour en Italie, il fut mis à la tète de la serlion des cultes et de l'instruction publique, dépendant du ministère de l'intérieur. Cette place subordonnée n'était guère du goût d'un homme dont l'esprit indépendant et éclairé ne s'accordait point avec les vues rélrécies ou méticuleuses de ses supérieurs. Il renonça bientôt à ces occupations, et alla cultiver les muses dans su terre de Tegel , aux environs de Berlin. Cependant le gouvernement, ayant besoin de ses lumières et de son expérience, le nomma ministre d'État. Kn cette qualité il fut chargé (1810) des fonctions d'ambassadeur de Prusse à Vienne. Comme rien n'a été publié sur les négociations dont il a dù être chargé, nous ignorons s'il a pu y déployer un grand talent diplomatique. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il eut la confiance de sa cour, qui l'envoya aux conférences de Prague, où l'on devait traiter de la paix, mais où aucun résultat ne fut obtenu, si ce n'est une liaison plus intime entre les puissances du Nord. Lors de l'invasion des armées alliées en France, il suivit le quartier général, vint à Châtillon, où la paix ne fut pas mieux rétablie qu'à Prague , et se rendit avec les souverains alliés à Paris. Là il fut adjoint au chancelier Hardenberg, pour le traité de paix, adjonction qui ne parait avoir été qu'une affaire de forme; du moins il n'a rien transpiré de la part que le baron de Humboldt peut avoir prise à la discussion et à l'adoption définitive des articles du traité. Il en est à peu près de même du congrès de Vienne, auquel il assista comme ministre plénipotentiaire de Prusse , congrès dans lequel furent fixés de si grands intérêts. Ce fut le baron de Humboldt qui signa, en 1813, le traité de paix par lequel la Saxe fut contrainte d'abandonner à la Prusse uue des plus belles parties de son territoire. L'année suivante, il fut chargé par sou souverain d'aller à Francfort régler, avec les autres ministres plénipotentiaires, les affaires territoriales de l'Allemagne. Celte mission fut interrompue par l'ordre qu'il reçut de représenter sa cour près celle de Londres, puis d'assister, en 1818, au congrès d'Aix-la-Chapelle, d'où il vint reprendre, l'année suivante, son poste à Francfort. Des que les affaires territoriale* furent
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terminées, il retourna à Berlin pour s'acquitter «les fonctions dont il avait été investi pendant son absence par la confiance du roi Frédéric-Guillaume , qui lui avait conféré les décorations des ordres royaux avec le don d'une terre. Appelé au conseil d'État, il fut chargé des affaires de la principauté de Meufchatcl, et fit partie de la commission qui devait élaborer le projet d'une constitution. On sait que son souverain changea d'avis et n'introduisit point le système représentatif qu'il avait promis à son peuple. Le baron de Humboldt, peu satisfait probablement du système dominant, et entraîné par son goût vers les sciences, qu'il n'avait cessé de cultiver au milieu même des affaires diplomatiques, se retira de la carrière politique, et, partageant son séjour entre sa terre de Tegel et la ville de Berlin , il ne vécut plus que pour les lettres. Il prit une part active aux travaux de la classe philologique de l'Académie de Berlin, dont il faisait partie; en 1823 il fut nommé associé étranger de l'Académie des inscriptions à Paris. Il avait débuté dans la littérature philologique par une traduction allemande de morceaux de Pindare et d'Eschyle, et parcelle de la tragédie d'Agamemnoti , Leipsick, 1810; traduction dans laquelle il s'est astreint à reproduire non-seulement le sens et la poésie, mais aussi le mètre de l'original grec. Ces traductions furent suivies de deux mémoires : l'un sur la différence des sexet et sur son influence dans la nature organique, et l'autre sur les /ormes masculine et féminine. L'année suivante , il fit paraître des Rectifications et additions pour le Mithridate d'Adelung. Berlin, 1817, ayant pour but de redresser les erreurs du linguiste allemand au sujet de la langue basque , que Humboldt avait étudiée dans la contrée où elle est parlée encore. Le même idiome lui parut assez important pour faire de nouvelles investigations à ce sujet. Il en a consigné le résultat dans un ouvrage particulier intitulé Recherches sur les habitants primitifs de C Espagne, démontrées par la Lingue basque, Berlin, 18:21, •n-4°, ouvrage dans lequel, adoptant en partie les idées de quelques savants d'Espagne , l'auteur cherche à prouver que le basque était la langue primitive, apportée de l'Orient, des Ibériens on habitants de la péninsule espagnole. Mais ce furent surtout les langues de l'Asie, prises séparément et dans leur ensemble, qui exercèrent la méditation de ce savant; une grande partie de ces travaux est insérée dans les mémoires de l'Académie de Berlin; quelques-uns ont été publiés dans d'autres recueils ou séparément. Kn voici les titres : Recherches sur la philosophie du Rhagavad- (iuita, dans lesquelles l'auteur a cherché à reconstruire le panthéisme indien en le rapprochant des idées énoncées dans l'épisode du poe'me sanscrit ; Sur le génie grammatical de la langue chinoise (Journal asiatique. 1X23); Utlre à AI. Abel Reinusut sur les Jorme* grammaticales en général, et sur le génie de la langue chinoise en particulier,
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Paris, 1827, in-8°. En caractérisant le génie du chinois, l'auteur est amené à conclure que, malgré l'absence presque totale des formes grammaticales, l'idiome chinois se place, par la netteté et la pureté qu'il met dans l'application de son système grammatical , au rang des langues classiques les plus parfaites; il recherche ensuite les causes qui ont contribué à donner au chinois ce caractère. Dans l'avertissement qu'Abel Rémusat a mis à la téte de ce travail, le sinologue de Paris ne parait pas admettre toutes les conjectures de celui de Berlin. De l'origine des formes grammaticales, et de leur influence sur la formation des idées (Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1822-23); Mémoire sur la séparation des mots dans les textes sanscrits {Journal asiatique, 1827); Sur les forma des verbes produites en sanscrit à l'aide des suffixes va et ya ; Essai sur les meilleurs moyens de constater les affinités des langues orientales (dans le tome 2 des Transactions de la société asiatique de Londres), essai qui renferme de bonnes règles sur la manière de comparer les langues. L'auteur veut qu'au lieu de comparer un certain nombre de mots, comme on se contente souvent de le faire, on compare tout le système grammatical de l'une et de l'autre langue, ainsi que les racines et les dérivés. Le baron de Humboldt lut aussi à l'Académie de Berlin un Mémoir* sur quatre statues égyptiennes à téte de lion qui »e trouvent dans tes collections d'antiques à Berlin. 1827, in-i°. Les inscriptions hiéroglyphiques de ces statues différent sous quelques rapports de celles de statues semblables qu'on voit au musée de Turin. L'auteur essaye de les déchiffrer à l'aide du système de Champollion. Dans les derniers temps de sa vie, Humboldt était occupé d'un grand ouvrage comparatif et philosophique sur les langues de l'Asie : sa mort , qui eut lieu le 8 avril 1833, l'empêcha de l'achever. Le premier volume a paru avec une préface de son frère Alexandre, sous le titre suivant: De la tangue kawi dans l'ile de Java , avec une introduction sur la diversité dans la structure des langues . et de son influence sur le développement intellectuel du geurt humain, Berlin, 183<i. Lue partie considérable de ce volume est consacrée a des considérations sur la philosophie des langues; l'auteur examine ensuite la marche qu'a prise la civilisation en se portant de l'Inde vers les Iles au sud de la Péninsule, civilisation dont les traces déjà très-anciennes se trouvent dans les monuments d'arts et dans les langues et la littérature. Au reste, Humboldt n'est pas arrivé encore dans ce volume à la langue kawi, qui, suivant le titre, devait en être le sujet principal. îXous ignorons s'il a laissé des matériaux pour la suite de son ouvrage. Il s'était occupé beaucoup aussi des langues de l'Amérique, avec l'intentioo de les soumettre également à une comparaison générale. Il est à regretter que la mort l'ait empêché de terminer ce grand travail , pour lequel il avait déjà recueiHi beaucoup
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de documents qui ont été déposés, avec tous ses autres manuscrits et livres linguistiques, à la bibliothèque royale de Berlin. Ilumholdt entretenait des relations avec les principaux savants qui, dans les divers pays, s'occupent de l'étude des langues, particulièrement de celles de l'Orient; ils lui avaient souvent fait des communications importantes. Dans la première séance publique que tint l'Académie de Berlin, après la mort du baron de Humboldt, M. Bœckh prononça son éloge. D— r;.
HCME (Patrick), Écossais, était établi comme maître d'école aux environs de Londres vers la fin du 17e siècle. Voilà tout ce que l'on sait de sa vie. Il publia, en lG'.tf>,un volume in-folio de trois cent vingt et une pages, intitule Annotations on Stilton't Paradise lost. Le titre porte seulement les initiales de son nom P. H. <I>t/oTroir,T7);. C'est un commentaire très-savant, mais trop prolixe, sur le célèlire poème de Millon. Ce commentaire a été mis à profit par les éditeurs et commentateurs postérieurs, tandis que le nom de Hume est tombé en oubli. Le docteur Newton , par la suite évéque de Bristol , dit dans la préface de son édition des OEuvres poétiques de Milton : « Hume est à la fois le pre- « Blier et le plus copieux annotateur de ce poète ; « c'est lui qui a jeté les fondements du commen- » taire, mais au milieu d'un amas de décombres. « La plus grande partie de son ouvrage est un « recueil fastidieux de lieux communs, d'observa- " Uons triviales qui expliquent ce qui n'a pas " besoin d'explications ; mais, si l'on ôtc ce qui est « superflu, il reste beaucoup île remarques utiles. " U y a de l'or dans ce fumier ; j'ai eu soin de « séparer l'un de l'autre. » Dans le Magasin d'Edimbourg, publié par Blackwood, P. Hume est désigné comme le père de la critique comparative, qui a été employée souvent dans lès derniers temps pour éclaircir les œuvres de l'auteur du Paradis perdu. Callamler, qui a laissé à la société des antiquaires d'Ecosse, dont il était membre, neuf volumes de commentaires sur Millon, et qui n'avait publié à Glasgow, en 17oQ, que ses notes sur le premier livre du poêle, a également mis à contribution le commentaire du maître d'école écossais. Voyez le rapport fait à ce sujet à la société des antiquaires d'Ecosse, dans le tome 5, part. \n de ses Transactions. 1828. D— C.
IIL'ME (David), philosophe et historien anglais, naquit, en avril 17H , à Edimbourg. Sa famille, issue des comtes de Home ou Hume, était pauvre, et il était encore enfant lorsque son père mourut. Sa mère, jeune et belle, restée veuve avec deux garçons et une fille, se dévoua entièrement à leur éducation. David Hume fit ses études avec succès, et eut dès son jeune égc ce goût prononcé pour l'élude et la littérature, qui fut par la suite sa passion dominante et la source de ses jouissances* de sa fortune et de sa célébrité. Ses habitudes studieuses, tranquilles et rangées le firent juger propre au barreau : mais il éprouvait
une insurmontable aversion pour toute autre étude que celle de la philosophie et des belleslettres, et lorsqu'on le croyait le plus occupé de Voèt ou de Vinnius, il dévorait en secret les ouvrages de Cicéron et de Virgile. La part qui lui revenait dans le patrimoine de son père était, d'après les lois de son pays, d'autant moins considérable, qu'il était cadet de famille, et le plan de vie qu'il avait adopté ne convenait ni à la modicité de sa fortune ni à la délicatesse de sa santé, altérée par une application trop constante. On parvint donc à le persuader de courir une carrière plus active en entrant dans le commerce : en conséquence il se rendit, en 1734, à Bristol, fortement recommandé à quelques riches négociants de cette ville ; mais il ne tarda pas de s'apercevoir qu'il n'était nullement fait pour ce genre de vie. Alors il forma la résolution de s'abandonner entièrement à ses goûts, de suppléer par une stricte économie à ce que la fortune lui avait refusé , et de conserver son indépendance. Pour réaliser ce plan de vie, il passa en France, où il était plus facile de vivre avec peu d'argent que dans sa patrie. Il habita Reims, et ensuite la Flèche en Anjou : c'est là qu'il écrivit son Traité de la nature humaine. Après trois ans d'absence il revint à Londres, en 1737, pour faire imprimer cet ouvrage, qui parut vers la fin de l'année suivante. « Jamais , dit-il « dans l'histoire de sa propre vie , jamais début « littéraire ne fut plus malheureux ; l'ouvrage « mourut en naissant, sans même obtenir l'hon- « neur d'exciter un signe de mécontentement « parmi les dévots. » Ce peu de mots annonce que Hume avait au moins compté sur le scandale, et montré de quel genre de succès il paraissait dès lors avide. Cependant il se D/ompe ou trompait le public en avançant cette assertion. Son livre fut réfuté avec beaucoup d'habileté dans la Reçue des ouvrages du monde savant, le seul journal périodique de cette nature qui existât alors en Angleterre, et un critique anglais n'hésite pas à faire honneur de cette réfutation au savant Warburton. Ainsi Hume était en quelque sorte incrédule et sceptique par nature. C'est dans la première jeunesse , c'est dans l'âge des douces illusions et sous le beau climat de l'Anjou que, par un vain désir de célébrité , il cherchait à ébranler les fondements de toutes les croyances, et à saper les bases de toutes les religions. H ne fut point rebuté par l'issue de cette première tentative, et, se renfermant de nouveau dans \a solitude, il écrivit la première parlie de ses Essais moraux, politiques et littéraires, qui parurent à Edimbourg en 1712. Ce livre fut accueilli assez favorablement, mais n'eut cependant pas d'abord tout le succès qu'il méritait. L'auteur y a renfermé la malierc d'un grand ouvrage dans de petits traités pleins d'idées neuves et d'aperçus intéressants. C'est dans ces Essais et dans ceux qu'il publia peu après que Hume eut la gloire de
poser les bases de l'économie politique , et les principes qui se trouvent épars , ou simplement indiques, dans ce qu'il a e'crit sur le commerce, sur l'intérêt de l'argent , sur les causes des progrès des arts et métiers, et dans ses discours politiques , réunis depuis , développés , et coordonnés en un ensemble régulier, ont donné naissance au bel ouvrage de son ami et compatriote Adam Smith sur la richesse des nations. Les autres Essais de Hume roulent sur l'origine et les principes du gouvernement, l'indépendance du parlement anglais, les partis politiques de la Grande- Bretagne, la liberté civile; sur la dignité et la faiblesse de la nature humaine , la délicatesse du goût et de la passion , les préjugés et l'enthousiasme , l'éloquence , l'origine et les progrès des sciences; sur les opinions des épicuriens, des stoïciens, des platoniciens et des sceptiques ; sur la polygamie , le divorce , la population des nations anciennes ; sur la simplicité et l'élégance du discours , le caractère national , la tragédie, les règles du goût, etc. Sous le rapport du style, Hume se fait remarquer par une diction singulièrement facile, claire, élégante et pure : comme philosophe, il se distingue éminemment par une raison toujours calme, forte et subtile. C'est avec une merveilleuse sagacité qu'il découvre les nombreux rapports qui compliquent les idées en apparence les plus simples, qu'il analyse et décompose les sujets les plus compliqués, qu'il les éclaire sous chacune de leurs faces, qu'il sonde d'une main attentive le sol sur lequel il s'appuie, et qu'après avoir élevé avec soin un édifice en apparence régulier et solide, il en indique les parties obscures ou imparfaites, et fait voir l'instabilité de quelques-unes des bases mêmes sur lesquelles il vient de le construire. Génie singulier ! toujours occupé à montrer l'incertitude et la faiblesse de cette raison humaine arec laquelle cependant il voudrait tout creuser, tout analyser, tout connaître ! Hume passa les années 1745 et 1746' en Angleterre, comme précepteur du marquis d'Annaldail ; il fut ensuite secrétaire du général Saint-Clair , qui devait commander une expédition au Canada, laquelle se termina par un débarquement sur les côtes de France. On voit par là que, malgré sa stricte économie et sa ferme résolution, Hume était, comme un autre, forcé de sacrifier son indépendance au besoin d'exister. En 1716, Hume, après la mort de Pringle , se mit sur les rangs pour obtenir la chaire de philosophie murale à Edimbourg ; mais le clergé écossais avait été choqué de ses principes, et on lui préféra le docteur Beattie. 11 n'a rien dit de ce fait dans l'histoire de sa vie. Eu 1747 , le général Saint-Clair détermina Hume à l'accompagner dans son ambassade auprès des cours de Vienne et de Turin , et il l'y présenta comme sou aide de camp. Pendant son séjour à Turin, Hume refondit son premier ouvrage, et le divisa en plusieurs petits essais ; il donna plus de
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précision aux raisonnements, en polit davantage le style, et le publia de nouveau sous le titre de Recherches sur l'entendement humain , mais avec aussi peu de succès que la première fois (1}. On avait fait même paraître alors une nouvelle édition de ses Essais moraux et politiques . qui ne fut pas beaucoup mieux accueillie. Sans se laisser décourager, il publia, en 1751, une seconde partie îles Essais, et l'année suivante ses Recherches sur Us principes de la morale : si on ajoute à ces ouvrages Y Histoire naturelle de la religion , ses Dialogues sur la religion . et son Essai sur le /«cide et sur l'immortalité de l'âme , on complétera la liste des productions philosophiques de Hume. Les deux dernières n'ont paru qu'après sa mort. Tous ces écrits, longtemps négligés par le public, Axèrent ensuite son attention. Plusieurs savants les attaquèrent, et contribuèrent encore à leur célébrité. On distingua dans ce nombre l'illustre Warburton. Hume parut plutôt flatté que courroucé de ces critiques, et ne répondit a aucune. La réfutation de Y Histoire naturelle de la religion, réfutation contre laquelle il s'exprime cependant avec aigreur et dépit, n'est pas de Ilurd, comme il le croyait; mais elle est de Warburton , qui la fit paraître sous le nom de Hurd. Les ouvrages métaphysiques de Hume ont exercé une grande influence en Angleterre et en Allemagne. On ne peut disconvenir qu'en signalant les points fondamentaux des recherches métaphysiques , et l'insuffisance du système de Locke, Hume n'ait beaucoup contribué à donner naissance aux belles considérations de Kant sur la nature de l'entendement humain. Nos idées, suivant Hume, se combinent d'après trois principes : 1° l'analogie; 2° l'espace et le temps ; 5° la cause et l'effet. Il n'existe pas, selon le philosophe anglais , de rapports démontrés par la raison entre la cause et l'effet , et cette idée île dépendance de la cautf à l'effet prend uniquement sa source dans l'habitude et l'instinct, qui peuvent nous tromper. Il est impossible de concevoir la force elle-même par laquelle la cause agit , et qui produit sa connexion nécessaire avec l'effet. L'idée d'une connexion nécessaire entre les phénomènes et les événements ne résulte que de l'observation d'un certain nombre de phénomènes et d'événements semblables qui ont été constamment unis ensemble : nos connaissances expérimentales ne sont donc , en dernière analyse , qu'instinctives, c'est-à-dire que ce sont des forces mécaniques qui agissent en nous. L'idée de la non-existence d'une chose est, sans exception, aussi claire et aussi évidente que celle de son existence. Tous les hommes, guidés par un iustinct naturel , ont confiance en leurs sens et admettent un monde hors d'eux avant de se livrer à des recherches raisonnées. Les sens trompent ; nous n'aperce-
(l) L'£mo> philo*, tur l'enUnd. Aum. a été trmdait en français par a* Mérian, avec des note* de Forma?, AnuterdMt, l?WJ.
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vous que les images des choses telles que nos sens nous les montrent, et jamais les choses ellesmêmes. .Nous ne pouvons nous assurer si ces dernières existent réellement hors de nous. L'univers peut donc n'être qu'un produit, qu'une illusion de notre entendement. Un voit par là que les recherches philosophiques profondes ont pour résultat un contraste «'vident avec les décisions de l'intelligence ordinaire de l'homme : elles ne donnent pas de conviction, et ne sont pas non plus réfutables. Donc il n'y a rien de fixe et de constant dans ce qu'on appelle la raison: mais, d'un autre côté, le scepticisme absolu ne sert à rien dans la pratique, et est incompatitde avec notre nature ; il faut donc permettre à notre instinct sensilif le raisonnement empirique sur l'existence et la nature des objets, parce que c'est une occupation utile et appropriée à notre intelligence, quoique les connaissances qui en dérivent demeurent toujours incertaines. Donc le philosophe, convaincu de la divagation et de la faiblesse de la raison, doit paraître modeste et circonspect dans ses recherches ; il doit prolonger ses doutes autant que possible , et chercher seulement à les mettre en harmonie avec l'entendement humuin. Telle est, en peu de mots , la conclusion de la philosophie de Hume. Mais , arrivé sur le bord de l'abîme, il n'a pas su le respecter. Il étend les nuages de son scepticisme sur l'existence de Dieu , le libre arbitre, l'immortalité de lame, et il justifie le suicide. En vain paralt-il conclure quelquefois, de l'impuissance de la raison humaine , la nécessite d'uu< révélation divine qui uous enseigne les grandes et importantes vérités dont il nous est impossible d'acquérir la conviction d'une autre manière ; cette considération , que Dascal avait prise pour base dans le grand ouvrage qu'il méditait sur la vérité de la religion chrétienne , n'est que faiblement indiquée par Hume : celui-ci semble au contraire tourmenté du besoin d'arracher du cœur de l'homme les plus utiles croyances , et d'étouffer en lui jusqu'à la dernière étincelle de ce feu sacré qui alimente dans son Ame la flamme des sentiments religieux. Cependant Hume s'apercevait que ses désespérantes recherches n'avaient abouti qu'à Isoler l'homme de son Dieu, de la nature, de lui-même, qu'a le placer au milieu d'un ride immense et à l'environner de ténèbres. Dans son ouvrage sur les principes de la moralité, il a cherché à se soustraire aux funestes conséquences de sa propre doctrine et à fonder une philosophie pratique : il admettait comme un fait l'existence d'une moralité dans le genre humain. '• On ne peut, disait-il, en trouver le principe ni dans l'amour de soi ni dans la raison. Les penchants de l'homme à la grandeur d'àme, à la bienveillance , à l'amitié , a la reconnaissance , à la compassion, etc., sont directement opposés au système qui prétend ériger l'amour de soi en principe de la morale : les impressions morales
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diffèrent manifestement et essentiellement des sentiments de l'intérêt personnel. On ne peut non plus le chercher, ce principe, dans la raison : le principe moral est actif et détermine la volonté ; la raison est un principe inactif qui demeure toujours dans l'empire des idées , et qui n'éveille en nous ni désir ni aversion. Cependant le jugement moral détermine la vertu comme un but absolu la vertu est désirable pour elle-même et non pour aucun autre intérêt ; elle procure une satisfaction, une jouissance indépendante de toute autre cause : il doit donc y avoir un sentiment intérieur qui soit affecté par elle, et de même que ce qui satisfait ou blesse notre sentiment physique et excite en nous un plaisir ou un déplaisir naturel est pour nous bon ou mauvais, il existe, par la nature même du sentiment moral inné en nous, un bien et un mal moral ; le premier s'appelle vertu , et le second vice. » Cette théorie des sentiments moraux, dont le germe se trouvait dans Shaftesbury , est plus consolante dans ses conséquences que la théorie des idées du même auteur : cependant le principe de la vertu, comme celui des idées , s'y trouve aussi ramené à un instinct primitif aveugle, quoique d'une nature différente. Le système de l'existence de ce sentiment moral a été adopté et développé par quelques philosophes et réfuté par d'autres. La doctrine de Hume sur l'entendement humain a aussi eu dans la suite de trop nombreux partisans ; mais elle a trouvé de plus habiles antagonistes dans Heid, Beatlie et Oswald. La seconde partie des Essais, ou les Discours politiques de Hume, avait paru en 1751 (1) ; c'est suivant lui le seul de ses ouvrages qui eut d'abord un succès véritable. Il ajoute que ses Recherches sur 1% théorie des sentiments moraux, le meilleur de tous, parurent en I75S sans produire In moindre sensation. L'auteur fut nommé cependant , cette année même , bibliothécaire de la faculté des avocats d'Edimbourg : cette place ne lui donnait que de très-faibles émoluments ; mais elle lui procurait l'usage d'une grande bibliothèque. Cet avantage lui suggéra l'idée d'écrire V Histoire d'Angleterre : cette grande entreprise a été l'occupation du reste de sa vie. Le premier volume de l'histoire de la maison de Stuart parut en 17î>| , le second en 1736 ; ce qui concerne la maison de Tudor fut publié en 1759; et enfiu, en 1701, on mit en vente les volumes qui traitaient des premiers temps de l'histoire d'Angleterre et complétaient tout l'ouvrage (2). Il est devenu classique,
m Traduite en françari par MaurWon, aans note», 17S4; par l'abbé Leblanc, avec noies. Pan», 1761, 2 vol. in-12; Dresde, 1750, 2 vol. in-t*°; et par un anonyme, soua le titre: Huai tur le commerce, te luzt, l'argml, etc., Lyon, I767,tn-I4.
|2| L'histoire des maison-* de Flantaçenet. de Tudor et de Stuart a été traduire en (tançai par madame Beiot et par l'abbé Prévost, Amsterdam, 17(50 t$ vol. in-4*. il en parut en 1819, à Paris, sous la direction de Cami'i-nnn, une nouvelle édition, la meilleure di: tout-s, revue et corrige, formant 10 volumes in-8», avec la continuation juseju en 1715", pa; Btnollct. D'autres publications aupplvutentairt*, egalttuicut traduites en (tança», ont
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mime du vivant «Je l'auteur ; mais, comme presque toutes ses autres productions , il n'eut point de succès dans sa nouveauté et essuya de nombreuses et violentes critiques. Il est curieux de voir avec quelle orgueilleuse malice Hume rappelle dans l'histoire de sa vie les dédains du public pour ce bel ouvrage. « Je comptais beaucoup, dit-il , sur « le succès de cette production. J'étais , je le « savais, le seul historien de mon pays qui eût •c écrit sans rien sacrifier à l'ascendant du pou- « voir dominant, à l'autorité présente , à l'intérêt « du moment, aux préjugés populaires , et comme - ce sujet était à la portée de tous les esprfls, je ■ m'attendais à recueillir l'approbation de tous « les lecteurs : mais combien je fus trompé dans « mon attente ! Des cris unanimes de reproches, « de désapprobation et même de haine m'assail- « firent de toutes parts ; les Anglais, les Écossais, « les Irlandais, les whigs, les torys, les incrédules « et les dévots, les partisans de l'Église établie « et les dissidents , les patriotes et les gens de « cour, tous s'unirent avec fureur contre l'homme « qui avait osé s'attendrir en racontant les « malheurs de Charles I" et du comte de Straf- « ford. Ce qui était plus humiliant, c'est qu'après « que cette effervescence de l'animadversion géx nérale fut apaisée , le livre parut tomber dans « l'oubli. M. Millar, mon libraire, m'apprit qu'il « n'en avait pas vendu quarante-cinq exemplaires « dans une année. Si j'excepte le primat d'Angle- " terre (le Dr. Herring) et le primat d'Irlande « (le Dr. Stone), qui m'écrivirent de ne point me «décourager, je ne pouvais trouver dans les « trois royaumes un seul homme un peu consi- « déré par son rang et par sa réputation comme « homme de lettres qui pût supporter la lecture « de mon livre. » Cependant Hume vit sa célébrité s'accroître dans sa patrie, et se répandre dans le reste de l'Europe. Ses ouvrages plus recherchés furent payés plus libéralement par ses libraires : il devint riche et indépendant , et le ministre lord Bute lui fit obtenir du roi une forte pension. H est assez étonnant qu'il n'ait rien dit de ce fait dans l'histoire de sa vie. Il avait résolu de ne plus sortir de l'Écosse , sa patrie, lorsque lord Hertford l'engagea, en 1765, à l'accompagner en qualité de secrétaire de son ambassade à la cour de France : il y consentit. La manière dont il fut reçu à Paris surpassa son attente. Écoulons Crimm (1), son contemporain, qui le peint d'une manière piquante et nous fait bien connaître le monde d'alors : « M. Hume doit •« aimer la France ; il y a reçu l'accueil le plus « distingué et le plus flatteur. Paris et la cour se
continué 1m événements jusqu'en 1820; continuation par Ailol- MM Jusqu'à la conclusion de la paix de 1 783, Paris, 18^2, 4 vol. in-8* j continuation par Aïkio et quelques autres historiens anfais, jusqu'en 1820. Paris, 1822, 2 vol. lit-»-. Le révérend O. Bcrkeley-Mltcuell a donné un* édition de l'original anglais, dans laquelle 11 a retranché tout ce qui était contraire à la reUgioncl.reucnnr, 1816,8 vol. in-tK (1) Correspondance, première partie, t. 6, p. 124.
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« sont disputé l'honneur de se surpasser. Cepen- « dant M. Hume est bien aussi hardi dans ses écrits philosophiques qu'aucun philosophe de ■ France : ce qu'il y a encore de plaisant , c'est « que toutes les jolies femmes se le sont arraché « et que le gros philosophe écossais se platt dan* « leur société. C'est un excellent homme que •< David Hume ; il est naturellement serein. Il » entend finement ; il dit quelquefois avec sel, " quoiqu'il parle peu : mais il est lourd et n'a « ni chaleur ni grâce , ni agrément dans l'esprit, <- ni rien qui soit propre à s'allier au ramage de « ces charmantes petites machines qu'on appelle « jolies femmes. Oh ! que nous sommes un drôle « de peuple ! » Hume, en retournant à Londres en 176(3, emmena avec lui Jean-Jacques Rousseau, avec lequel il s'était lié, et il se montra très-actif et très-empressé à lui rendre tous les services qui étaient en son pouvoir : il lui avait même obtenu une pension du roi d'Angleterre ; mais tout a coup et au moment où on s'y attendait le moins, une dissension éclata entre ces deux hommes célèbres, fiousseau refusa la pension qui lui était offerte. Hume crut devoir publier l'Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre il. Hume et M. Housseau, et le public fut alors inondé de brochures relatives à cette misérable querelle (1). Hume dit , dans cet exposé , que cette étrange affaire contient plus d'incidents extraordinaires qu'aucune autre aventure de sa vie , et pourtant dans l'histoire* qu'il a écrite sur lui-même il n'a pas dit un mot de ce démêlé , et le nom de Jean- Jacques Rousseau n'y est pas même prononcé. Il a pensé avec raison que cette affaire s'était mal terminée pour l'un comme pour l'autre et avait fait tort à tous deux. Jamais deux caractères ne furent plus opposés que ceux de Hume et de Rousseau. Tous les sentiments du premier étaient calmes et modérés ; ceux du second, fougueux et concentrés : Hume était sociable et gai ; Rousseau, misanthrope et chagrin. Hume dit de luimême qu'il a toujours considéré de préférence le beau côté des choses plutôt que leur mauvais coté; disposition d'esprit, ajoute-t-il, qui vaut mieux que toutes les richesses du monde : l'on sait avec quels pénibles soins .1 cari -Jacques Rousseau, dans les derniers temps de sa vie surtout, recherchait tout ce qui pouvait prêter quelque réalité aux fantômes créés par sa lugubre imagination. Rousseau, lorsque Hume lui offrit une retraite en Angleterre, avait déjà donné des preuves de cette affection hypocondriaque , qui augmenta en lui graduellement, et qu'on croit s'être terminée par le suicide. Une bienveillance naturelle, le désir d'être utile à un homme célèbre, un louable orgueil national, tels paraissent avoir été les motifs qui guidaient Hume dans sa conduite envers Housseau. Au milieu des protes-
(l) On en a recueilli une partie dant les tome» 27 et 28 de la collvctlon des Œuvres de Rousseau , «Mit. de Polnçot , libraire.
talions d'amitié qu'on lui prodiguait , ce dernier pénétra facilement une partie de ces motifs ; mais dans la solitude où il était retiré il les considéra sous les plus sombres couleurs. 11 lui parut certain que Hume, lié avec d'Alcmbert et les autres philosophes de Paris, ne l'avait attiré en Angleterre que pour nuire à sa réputation et le dégrader par ses bienfaits. Alors, des gestes, des regards , des exclamations faites en rêvant , devinrent bientôt pour Kousseau la démonstration des soupçons qu'il avait conçus. Cependant il craignait de se tromper, et résistait à ces sentiments de défiance qui le rendaient coupable d'ingratitude. Mais, sur ces entrefaites, on inséra dans les papiers anglais une lettre supposée du roi de Prusse, où la manie de Rousseau de se croire persécuté par le monde entier était tournée en ridicule : la lettre était d'Hor. Walpole. Ce fut un coup de foudre pour le malheureux Jean-Jacques : il crut que Hume eu était l'auteur , et ne considérant plus son ami que comme le plus noir et le plus affreux des hommes , il lui envoya cette longue lettre, datée de Wooton, le 10 juillet 1706, lettre curieuse à lire, parce qu'elle porte l'empreinte de tout son talent , et qu'il y met à nu toutes les bizarreries de son âme sensible, orgueilleuse et déliante. Hume, que cette liaison fatiguait sans doute, au lieu d'avoir pitié ainsi qu'il le i levait de cet esprit malade, répondit comme un homme offensé , et la rupture fut consommée. Cette affaire ayant fait quelque bruit dans le public, Hume , auquel les amis et les enthousiastes de Rousseau prêtaient des torts qu'il n'avait pas, publia sa correspondance avec le philosophe genevois, et y joignit un commentaire propre à faire ressortir l'ingratitude de ce dernier à son égard. Le philosophe auglais commit une grande faute en pnbliant ce pamphlet. Il n'avait pas le droit, même pour sa défense, de trahir le secret des correspondances privées , et en faisant connaître lui-même des bienfaits dont il était l'auteur , il perdait nécessairement aux yeux des hommes délicats tout le mérite d'un bienfaiteur. Hume fut nommé sous -secrétaire d'État en 1707, et en 1769 il se retira de nouveau à Edimbourg, riche d'environ vingt-quatre mille francs de rente, joyeux, plein de santé, espérant jouir longtemps de la réputation toujours croissante de ses ouvrages, et disposé, comme il le dit lui-même, à essayer du superflu après avoir longtemps été réduit au nécessaire. Mais, en 1775, il fut attaqué d'une dyssenterie, qu'il jugea bientôt lui-même incurable. H vit approcher sa lin avec calme et sérénité. Ses forces diminuèrent peu à peu, et il mourut presque sans douleur le 26 août 1776. Il avait fait lui-même toutes les dispositions que réclamait sa (in prochaine, et rédigé les instructions relatives à ses funérailles : enfin , peu de temps avant sa mort, il écrivit une notice sur sa propre vie, où il s'exprime toujours au passé et comme s'il n'était
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déjà plus, « J'étais, dit-il en terminant, d'un « tempérament doux, qui se possédait facilement, « ouvert , sociable , gai , capable d'attachement, « mais peu susceptible de haine, et né avec beau- « coup de modération dans toutes mes passions. « Le désir de me distinguer dans la carrière des « lettres, qui fut toujours ma passion dominante, « ne m'a jamais aigri le caractère , quoique j'aie « vu tant de fois mes espérances renversées. Ma « société n'était désagréable ni à la jeunesse « frivole, ni aux personnes studieuses et instruites. « Et comme je trouvais un plaisir singulier à « fréquenter les femmes modestes et vertueuses, « j'eus toujours à me louer de leurs procédés « envers moi. Plusieurs hommes éminents par « leur sagesse ont eu, je le sais, de justes raisons « de se plaindre de la calomnie; mais je ne fus « pas même atteint par sa dent envenimée , et ■ quoique je me sois imprudemment exposé à la « haine des factions civiles et religieuses , elles •< semblaient avoir perdu toute leur fureur à mon « égard : mes amis n'eurent jamais besoin de « justifier un seul trait de mon caractère ni une « seule circonstance de ma conduite. » H y a bien quelque exagération dans cet éloge que Hume fait de lui-même ; mais on doit dire cependant que sa vie fut irréprochable, si l'on est convenu de ne pas mettre au rang des actions coupables la publication d'écrits d'une tendance funeste à l'existence des sociétés et au bonheur de l'homme* Thom. Edward Ritchic a donné en anglais un Eisai sur la vie et les écrits de Daeid Hume, 1807, in-8° de 520 pages. On en peut voir l'extrait dans le Monthly Review de mai 1810, p. 57. La Vie de Hume . écrite par lui-même , a été traduite en français par Suard, 1777, in-12. Une Correspondance du docteur Tucker et de David Hume avec le lord K<iimes , concernant le commerce . se trouve à la suite du Coup d'ail sur lu force de tu Grande- Bretagne . par Clarke , traduit en français par Marchena, 1802, in-8" {voy. pour les traductions des ouvrages de Hume les articles de madame Belot, Dësroulmikrs, Holbach). W — a.
HUME (Abraham) , baronnet anglais , naquit vers 1718, et, après avoir longtemps hésité sur le choix d'une carrière, prit parti dans la marine à l'âge de trente ans. 11 était à bord de YOrson. en 1787, lors de l'armement contre la Hollande. Pendant la longue guerre de l'Angleterre contre la révolution et l'empire, il fut presque continuellement en mer, et se fit remarquer par une activité et une vigueur au-dessus de son âge. Enfin, en 1819, il obtint au port de Plymouth uu emploi qui fut pour lui comme une retraite. Quoique excellent officier, c'est surtout comme ingénieur de marine qu'Abraham Hume se distingua. On a de lui, sur l'architecture navale, un ouvrage court, mais substantiel, où il développe un plan pour construire, si l'on veut, mille vaisseaux sur une coupe donnée, sans ajouter ni retrancher aux dimensions voulues la longueur «le la pointe d'une
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aiguille, et si l'on veut, pour réduire, toujours en gardant le même modèle, le navire de première classe au cutter; le tout en passant par les grandeurs intermédiaires et en donnant à chaque sorte de bâtiment les propriétés et les avantages qui la caractérisent. Ses vues savantes ne restèrent point à l'état de projet et d'utopie : l'amirauté en Tut frappée, et lit construire, sur les principes d'Abraham Hume, un cutter de cent soixante tonneaux et un sloop de guerre de trente-six canons. Les deux essais réussirent parfaitement, surtout le sloop, qui fut nommé Y Inconstant, et que tous les juges compétents s'accordèrent à regarder comme le plus beau navire qui fût jamais sorti des chantiers de la marine anglaise. Abraham Hume mourut nonagénaire , le 50 août 4838. Il était doyen d'âge de la société royale de Londres. , P— ot.
HUME (David), jurisconsulte écossais, neveu du grand historien du même nom, naquit en 1756, et occupa plusieurs emplois publics importants; il se distingua dans tous par son habileté et par sa laborieuse assiduité à en remplir les devoirs, il fut successivement nommé schérifT des comtés de Berwick et de West-Lothian, professeur de droit écossais à l'université, et enfin l'un des barons de la cour de l'Échiquier. Il a rempli cette dernière
Îdace jusqu'à la suppression de la cour dont il aisait partie, qui eut lieu en 1850. David Hume a pris un rang éminent parmi les jurisconsultes écossais, par la publication d'un ouvrage intitulé Commentaires sur la loi d'Ecosse relativement à la classification et à la punition det crimes. 1797, 3 vol. in-i°. La Bibliographia brifanmea semble indiquer un autre ouvrage du même auteur publié en 1800; mais le titre qu'elle rapporte est si peu différent de celui qui a paru en 1797, que nous présumons que ce n'est qu'une seconde édition de ce même ouvrage. David Hume est mort le 50 août 1858, dans la 8i« année de son âge, à Ëdimbourg, dans la maison qu'il occupait depuis longtemps place Moray. Parmi ses papiers on a trouvé des lettres de J.-J. Housseau.de la Condamine et de plusieurs hommes de lettres, adressées à David Hume l'historien, ainsi que divers essais de ce dernier. Z.
HMi if Ml s (Charles d'). marquis d'Ancre, chevalier des ordres du roi , gouverneur de Compiégne pendant la Ligue, puis lieutenant général en Picardie, appartenait à la maison de Crevant, originaire de louraine, qui avait vu sortir de son sein une foule de guerriers recommandâmes par leurs services et leur valeur , entre autres Claude de Crevant, blesse' à la bataille de Pavie, et François de Crevant, tué à la bataille de St-Quentin. Il fut un des premiers seigneurs qui , au moment de la mort de Henri III, reconnurent Henri IV et lui prêtèrent serment de lidélité. 11 avait résolu depuis longtemps d'enlever a ia Ligue la ville de Corbie. Il effectua heureusement ce dessein le 10 décembre 1590, et fit passer au Ûl de l'vpee la
garnison et le gouverneur lui-même. A la prise de Ham, en 1895, il reçut à la tête un coup de mousquet dont il tomba mort aussitôt. Les regrets qu'il laissa ne se bornèrent pas à l'armée, dont il était aussi chéri qu'admiré. La province de Picardie, où ses ancêtres avaient tenu le premier rang, et toute la France, suivant le rapport de l'historien de Thou, pleurèrent une aussi grande perte. « Je donnerais, dit Henri IV, Ham et bien d'autres « places pour un homme de ce mérite. » Charles d'Humières ne laissa point de postérité. S — y.
HUMIERLS (Louis de Crevakt, maréchal d'). fut d'abord connu sous le titre de marquis. Il était fils de Charles-Hercule, premier gentilhomme de la chambre du roi, qui fut tué au siège de Royan, en 1632. « C'était, dit Saint-Simon, un homme « qui avait tous les talents de la cour et du grand « monde, et toutes les maniérés d'un fort grand « seigneur : avec cela homme d'honneur, quoique * fort liant avec les ministres et très-bon courti- « san. » Il était ami particulier de Louvois.ce qui contribua beaucoup à sa fortune. Il l'était aussi de Turenne, et de plus fort avant dans les bonnes grâces de Louis XIV, qui lui donna dans tous les temps des marques de faveur et d'estime particulière. Dans les fêtes de Versailles, en 1661, où le roi lui-même représentait Roger dans le palais d'Alcine. le marquis d'Humières faisait le rôle d'Ariodant. Il avait pour devise toutes sortes de couronnes, avec ces mots : Xo quiero menot. Benserade , le bel esprit de cour , avait composé des vers pour lui. « Il était brave, dit encore Saint- « Simon , et se montra meilleur en second qu'en « premier. ». Magnifique en tout, d'Humières voyait sa maison remplie de tout ce qu'il y avait de plus grand à la cour et à la ville : les prinrps du sang y venaient sans cesse II les recevait, eux aussi, « avec un air de liberté, de politesse, de « discernement qui lui était naturel et qui sépa- » rail toute idée d'orgueil d'avec la liberté et la « dignité d'un homme qui ne veut ni se con- « traindre ni contraindre les autres. Il avait les « plus plaisantes colères du monde, surtout en « jouant, et avec cela le meilleur homme de la « terre et généralement aimé. » Ayant obtenu le gouvernement général. de Flandre, il tenait à Lille une espèce de cour. Il fut le premier, pendant le siège d'Arras, en 1658, qui fit servir sa table à la tranchée en vaisselle d'argent. Il fut nommé, en 1668, maréchal de Frauce en même temps que le marquis de Créqui et le marquis de Ikllcfonds. Ses envieux disaient qu'il en avait principalement l'obligation à Louise de la Châtre, sa femme, qui par ses charmes et son esprit avait acquis beaucoup d'empire sur l'esprit du vicomte de Turenne. Ce fut à cette occasion que Louis XIV, ayant demandé au comte de Gramont s'il savait quels étaient les maréchaux de la nouvelle promotion : « Oui, sire, répondit-il, c'est M. de « Créqui (voy. Cbéqci) , M. de Bellefonds et m*~ m dame d'Humières. » L'année 1672, époque bril-
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lante du passage du Rhin et de la conquête de la Hollande, n'offrit pas l'occasion de louer l'obéissance ni le patriotisme du maréchal d'Humitres et de ses deux collègues. Il refusa comme eux de re'pondre au désir du roi et de prendre l'ordre de Turenne, quoique Louis XIV l'eut fait maréchal général dès l'année 1600. Le maréchal de Bellefonds reçut de Louvois l'ordre d'aller à Tours; le maréchal d'Humières, ami de ce ministre, ne parut point et alla à sa campagne planter des choux , aussi bien que le maréchal de Créqui, dit madame de Sévigné, puis ensuite à Angers. En 1 675 , les trois maréchaux consentirent à servir sous Turenne. L'année suirante, le marérhal d'Humières prit en cinq jours la ville d'Aire, pendant que les alliés étaient occupés au sié^e de Maastricht. En 1677, il se trouva à la bataille de Cassel ; il y commandait l'aile droite et contribua beaucoup à la victoire. La même année, au mois de décembre, il prit en moins de huit Jours St-f.hilain. En 1678, il s'empara de r.and, el en 1685 de Courtrai. En 1683, le roi l'envoya complimenter Jacques II, qui venait de monter sur If trône d'Angleterre, voulant, disent les historiens, témoigner à ce monarque le cas qu'il faisait de sa personne et de son alliance, en lui députant un des hommes de son royaume qu'il estimait !e plus. A son retour de cette mission, le marfehal d'Humières fut nommé (1083) grand maître de l'artillerie, dignité devenue vacante par la mort du duc de Ludc, et qui avait été, en 1661, la première cause des infortunes de Lauzun. On soupçonna Louvois d'avoir fait donner cet office à son ami pour en diminuer sans crainte la puissance au profit de ses attributions de secrétaire d'Etat de la guerre. La faveur du maréchal ne i'arréta pas là : il fut fait chevalier des ordres du roi en 1688. Il commanda en Flandre, en 1680, une armée nombreuse, lors de la guerre que Louis XIV déclara au prince d'Orange et aux Anglais. Le 27 août, il reçut un échec à Walcourt «ur la Sambre , dont il avait voulu emporter le château de vive force, et fut battu par le prince de Waldeck. Cet échec ayant porté atteinte à sa réputation, sans faire beaucoup de tort en réalité à la France, louvois fut obligé de lui dter le commandement, et le maréchal de Luxembourg le remplaça. D'Humières ne continua pas moins d'être aimé et favorisé de Louis XIV, qui érigea en duché-pairie sa terre de Mouchy en Picardie. Le roi alla plusieurs fois l'y visiter et l'aida à embellir ce Heu. Le maréchal d'Humières mourut à Versailles en 1694, assez brusquement, et témoignant de vifs regrets de n'avoir jamais pensé à trois choses : ses affaires, sa santé et son salut. Il finit néanmoins dans «les sentiments fort chrétiens et fut généralement regretté. On remarqu qu'il fut assisté à ses derniers moments par trois antagonistes, savoir : Bossuet et Fénélon, qui ne tardèrent pas à écrire l'un contre l'autre, et le pere Caffaro , théatin , son confesseur , auquel
on attribuait un livre pour prouver que la comédie était innocente et permise, livre qui fut réfuté par le célèbre évéque de Meaux. S— y.
HUMMEL (JEAN-NtfpoHiicfesE), célèbre musicien, né à Presbourg, le 13 juin 1778, est le chef de la nouvelle école de piano, intermédiaire entre la grande école allemande et l'époque de la difficulté vaincue. Il reçut de Mozart les premières leçons de piano. A l'âge de neur ans, il se fit entendre à Dresde , dans un concert au bénéfice de son illustre maître. Son habileté précoce excita l'enthousiasme de l'auditoire, et le même effet se reproduisit l'année suivante à Cassel. C'est à Londres qu'il écrivit son premier œuvre de sonates pour le piano , qu'il dédia à la reine. Après avoir séjourné en Angleterre près de deux ans, il retourna en Allemagne en 1793, et alla se fixer à Vienne. Il sentit alors le besoin d'approfondir encore plus la science musicale, et prit des leçons d'Albrcchtberger, le plus savant compositeur de son temps. Saliéri l'initia aussi dans le style idéal. C'est ainsi que le virtuose parvint à ce fini sur son instrument et à cette pureté de style qui l'ont placé au premier rang des improvisateurs. Maître de chapelle du duc de Weimar, il occupa cet emploi plusieurs années. Deux fois il sortit de sa retraite, la première en 18i3, lorsqu'il vint à Paris; la seconde, lorsque, trois ans après, il parcourut la Prusse et la Pologne. En 1850, il visita l'Angleterre el l'Ecosse; et, l'année suivante, il alla en Russie, puis revint à Weimar, où il est mort le 17 octobre 1837. L'auteur de cet article écrivait en 1830 : « Il est peu d'imaginations inu- « sicales plus riches et plus abondantes que celle « de Hummel. Tout en n'écrivant que pour le « piano, il fait rêver un orchestre, des voix, des « effets dramatiques; un simple morceau, sans « accompagnement , produit souvent des impres- « sions du même genre que celles que fait éprou- « ver une grande symphonie de Beethoven. Cette " manière toute poétique de sentir et de faire « parler son art se révèle surtout dans l'improvi- « sation. C'est là qu'il est prodigieux et peui-étre « sans rivaux. » Nous ne terminerons pas cette notice sans rapporter une anecdote qui honore également Hummel et Beethoven. Depuis plusieurs années ils étaient brouillés, et tous deux évitaient les occasions de se voir, quand tout à coup Beethoven fut atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau. Dès que Hdmiuel apprit le danger qui menaçait les jours de l'homme de génie, il partit de Weimar, voyagea nuit et jour, et arriva à Vienne assez tôt pour le trouver encore vivant. En entrant dans la chambre de son ancien ami, il fondit en larmes; Beethoven lui tendit la main , et les deux artistes oublièrent dans de douces étreintes leurs divisions et les motifs qui les avaient fait naître. Dans Hummel , il faut voir l'exécutant, l'improvisateur et le compositeur. Quant à l'exécution, il continua l'école mixte de Mozart et de Cleiuentl. Nul ne l'a égalé
pour la pureté et la correction du jeu. Comme improvisateur, il semblait exécuter des compositions méditées. Sa musique instrumentale l'a placé au premier rang. Cependant la renommée de Beethoven a éclipsé la sienne. Aux yeux des connaisseurs, ses ouvrages ont un mérite supérieur à leur réputation. Un artiste distingué a tracé ce parallèle de Hummel et de Beethoven : « Une belle composition de Humilie! laisse dans « l'esprit l'iilée de la perfection; mais le plaisir « qu'elle cause ne va jamais jusqu'à ta frénésie. « Beethoven , au contraire , avec ses incorrections
et ses irrégularités, produit, par la puissance de « son imagination, de profondes émotions, agite, « remue le cœur et laisse d'ineffaçables souvenirs « dans la mémoire. Beethoven, venu vingt-cinq « ans plus tard , aurait laissé à Hummel la gloire « incontestée «l'être le premier compositeur de « musique de son époque. » Hummel avait acquis une fortune de plus de quatre cent mille francs. H était décoré de plusieurs ordres, et il avait reçu de divers princes vingt-cinq bagues en diamauts, trente-quatre tabatières en or et cent quatorze montres magnifiques. F — le.
HUMPHHEY (Laurent), laborieux écrivain anglais, né, vers 1527, à Newport-Paguell, dans le comté de Buckingham, étudia à Cambridge, puis à Oxford , et fit ensuite un voyage à Zurich , d'où il rapporta en Angleterre une partie des opinions de Zwingle. Il fut nommé, en 1500, professeur de théologie à Oxford, président du collège de la Madelène l'année suivante, et doyen de Gloucester en 1570. 11 fut transféré, en 1580, au doyenné de Winchester, et il aurait été élevé probablement à l'épiscopat sans ses principes religieux, qui le faisaient appeler par quelques uns l'un des porteétendards des non-conformistes. Il mourut en février 1590 , père de douze enfants et auteur des ouvrages suivants : 1° Epistola de graeis liUeris, et Homeri lectione et imitaUone. imprimée à la téle de la Cornucopia d'Adrien Junius, Baie, 1558 ; 2° De religioni s conservatione et reformaJione , deque primatu regum. Bâle, 1559 ; 3° De ratione interpretandi auctoret. Bâle, 1559 ; 4° Optimales . sine de nobtlitate. ejusque antiqua origine, etc., Bâle, 15u0; 5° Joannis Juelli Angli, epi<copi Surisburiemit . vita et mors , ejusque verat doctriiiœ de/ensio. etc., Londres, 1573; 6° des sermons, des harangues et quelques écrits de controverse contre Campian et autres écrivains catholiques. Ou lui reproche d'avoir adopté aveuglément bien des calomnies contre l'Église romaine. L.
HUNALD, duc d'Aquitaine, fils d'Eudes et de Valtrude, cousine de Charles-Martel, fille du duc Anchise ou Valachise, naquit au commencement du 8* siècle. Après la mort du duc d'Aquitaine, Eudes, son père , qui eut lieu en 735 , Hunald lui succéda dans toutes ses souverainetés, réunissant le duché de Toulouse à celui d'Aquitaine , étendant sa domination, non-seulement en toute la partie de la France située sur la rive gauche de la
Loire et de la Garonne, mais encore sur le Toulousain, l'Albigeois, le Gévaudan, le Velay, etc. H régna pareillement sur presque toute la Provence, dont les Sarrasins ne tardèrent pas à le chasser, et qui, ayant été depuis conquise sur eux par Charles- Martel, ne retourna plus à son ancien maître. Hunald montait à peine sur le trône , lorsqu'il apprit que le maire du palais de Thierri accourait pour l'attaquer avec des forces considérables. Charles, après avoir traversé d'immenses campagnes qui ne présentèrent aucune résistance^ arriva sur la Garonne et s'empara de Blaye et de Bordeaux en 735. Au printemps suivant, 736, il rentra dans la Gascogne (on nommait alors ainsi tous les pays compris entre la Loire et les Pyrénées] , bercé de l'espoir d'un triomphe aisé ; mais il s'était trompé. Hunald, cette fois, ayant eu le temps de mettre sur pied des troupes considérables, marcha au-devant de Charles-Martel ; et, après lui avoir livré de sanglants combats dans lesquels il eut presque toujours l'avantage, il contraignit son ennemi à traiter de la paix. Cependant Martel obtint la plus importante de ses demandes; car Hunald, demeurant paisible possesseur de l'Aquitaine, sous le titre de duc, consentit à tenir ses domaines à foi et hommage de Charles-Martel et de ses deux fils, Carlomao et Pépin , sans qu'il fût question , ajoute l'historien dont nous tenons ces détails, du roi Thierri alors régnant; ce qui montre à quel degré de puissance le maire du palais était parvenu. Hunald, délivré du péril que lui avait fait courir son rival, s'occupa du soin d'augmenter son armée et de fortifier ses villes et ses châteaux. Après la mort de Charles- Martel, arrivée en 741, ses enfants, Pépin et Carloman, prirent les armes, passèrent la Loire à Orléans, ravagèrent le Berry, brûlèrent les faubourgs de Bourges et pénétrèrent plus avant. Hunald se mit en campagne ; le succès ne répondit point à son atteinte : il fut battu et contraint de se dérober par la fuite aux fers qu'on lui réservait ; il se jeta sur la rive gauche de la Garonne, avec sa famille, et les vainqueurs ne l'y poursuivirent pas. Pépin et Carloman , après avoir défait les Romains (c'est ainsi que nos anciens historiens appellent les Aquitains pour les distinguer des Français), après avoir pris le château de Loches, dévasté le Poitou et une partie de la Gascogne, se retirèrent sur la nouvelle qui leur parvint de la révolte des Allemands. Le duc d'Aquitaine, loin d'être découragé par le mauvais succès de ses armes, poursuivit son entreprise et alla chercher au loin de puissants alliés, dont le plus redoutable fut Odilon, duc de Bavière; son exemple ayant entraîné les Saxons et les Allemands, ils opérèrent une diversion favorable aux Aquitains. Hunald, de son côté, les seconda vivement : il entra en Normaudie, prit et pilla la ville de Chartres; mais, sur la nouvelle que les princes français avaient, en cinquante-deux jours, l'an 743, terminé leur expédition contre les Bavarois, il se
retira en toute hâte : plus tard l'orage l'atteignit. Effraye des grands préparatifs de ses adversaires, et ne se trouvant pas assez fort pour leur résister, il leur prêta de nouveau le serinent de fidélité, se reconnut leur vassal et leur donna des otages pour répondre de sa promesse. Après la conclusion de cette paix, les princes français repassèrent la Loire, laissant llunald paisible possesseur de l'Aquitaine. Cette même année 745, ce souverain, aveuglé par l'amhitiun, se souilla d'un crime horrible dout le ciel sembla poursuivre le châtiment sur sa race. Hatton , son frère, avait depuis longtemps fait alliance avec Charles-Martel et ses enfants ; deux fois il avait trahi son frère ilunnld : son caraclère inquiet et remuant, sa légèreté naturelle, étaient l'objet des craintes du prince d'Aquitaine. Celui-ci résolut de s'en délivrer, et le moyen qu'il choisit fut atroce. Peu de temps après qu'il eut traité avec Pépin et Carloman, il engagea son frère, qui pour lors était à Poitiers, de venir à sa cour, lui jurant qu'il ne lui serait fait aucun mal. A peine Hatton fut-il arrivé à Toulouse qu'il se vit entouré de farouches soldats et emprisonné; bientôt apr.'s, Hunald lui lit crever les yeux, supplice affreux qui ne tarda pas à causer la mort du malheureux Hatton. On l'ensevelit dans l'église cathédrale de Limoges. Ce forfait était à peine commis que déjà les remords pénétrèrent dans l'âme du coupable, qui, ne pouvant étouffer le cri de sa conscience, abdiqua sa couronne ducale peu de jours après en faveur de son fils Waïfre , et se revêtit de l'habit de pénitent dans le monastère de l'Ile de Ré. H demeura vingttrois ans dans cette solitude ; mais, en 768, ayant appris la mort cruelle du duc d'Aquitaine, son fils, assassiné par les ordres du roi Pépin; touché d'ailleurs de la désolation de sa famille et du triste état de Loup, son petit-fils, il se crut en droit de sortir du cloître pour tirer vengeance des maux dont la maison de Charles-Martel avait accablé celle de Clovis. L'instaut lui semblait favorable : le roi Pépin venait d'expirer; Charles et Carloman ses fils laissaient déjà éclater leur mésintelligence. Cette rivalité naissante, leur jeunesse et encore plus l'ancien attachement des Aquitains pour leur prince, tout excita Hunald, qui, bien qu'au déclin de l'âge, s'arma de nouveau, mit l'épée à la main , bien déterminé à ne la replacer dans le fourreau qu'après avoir reconquis la principauté d'Aquitaine. 11 se présenta à ses anciens sujets, se fit reconnaître pour souverain légitime, leur parla de vengeance ; et tous lui jurèrent de combattre et de mourir pour lui : mais il avait Charleinagne pour adversaire. Mettre d'Angoulême, conduisant une armée nombreuse, parfaitement équipée, celui-ci attaque le duc d'Aquitaine, le poursuit, l'oblige à fuir par delà de la Garonne, et d'aller avec son épouse, qu'liunald avait reprise en quittant le froc , et avec le reste de sa famille , chercher au delà de ce fleuve un asile chez Loup, duc ou prince de Gascogne, son neveu, fils de ce Hat-
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ton qu'il avait lui-même si cruellement égorgé : rapprochement frappant qui semblait amené par la Providence. Charlemagne continua de le poursuivre. Arrivé à l'embouchure de la Dordogne, il s'arrêta et envoya de là des ambassadeurs au duc Loup pour lui rappeler le serment de fidélité qu'il lui avait prêté, et le sommer, en conséquence, de lui livrer Hunald. Loup, hors d'état de résister aux forces de Charlemagne, prit le parti de se soumettre. Il viola l'asile accordé à ce prince malheureux, fit enchaîner Hunald avec sa femme, et les conduisit auprès du roi de France, auquel il les livra en 769. llunald, prisonnier de Charlemagne, s'évada deux ans après, sous le prétexte d'aller à Rome s'ensevelir dans un cloître, se rendit en Lombardie auprès du roi Didier, et l'engagea à déclarer la guerre à leur ennemi commun (roy. Charlemagne et Didier). Didier, vaincu, se renferma dans Pavie avec Hunald : le roi de France vint les y assiéger. Les habitants, fatigués de la longueur du siège, voulurent capituler: Hunald en frémit ; il s'efforça de les en dissuader; mais eux, furieux de voir que celui auquel ils devaient en grande partie les malheurs de la guerre prétendait encore la prolonger, tombèrent sur lui et l'assommèrent sous une grêle de pierres. Ainsi mourut misérablement, en 774, le dernier des princes de la race des Mérovingiens, successivement rois et ducs d'Aquitaine; et leurs États furent envahis par les usurpateurs de la couronne de France, comme l'avait déjà été le royaume fondé par Clovis. Les descendants de Hunald conservèrent une faible portion de ses domaines; mais ils régnèrent longtemps encore en Gascogne, Guyenne, Béarn, Aragon, Navarre, etc. Le nom de sa femme est inconnu; on a prétendu, sans beaucoup de fondement, qu'elle s'appelait Valtrude de Bourgogne. M—E.
HUNAULD (François-Joseph) naquit à Châteaubriant, le 24 février 1701. Son père était médecin à St-Malo. On doit à son grand-oncle paternel des Entretient sur la rage (Chàteau-Gootier, 1714, in- 12), un Discourt physique sur Us fièores malignes, et quelques autres ouvrages de ce genre. Fils, petit-tils, neveu et cousin de médecins, Hunauld embrassa la même profession. H se livra avec zèle a l'étude de l'anatomic, et suivit les leçons de Wiuslow et de Duverney, qui le firent recevoir, en 1721, à l'Académie des sciences. Ce ne fut toutefois qu'en 1728 qu'il communiqua des mémoires à celte société savante, à son retour de l'Allemagne, où il passa quelques années avec le duc, depuis maréchal de Richelieu, dont il était le médecin , et qui était alors chargé de l'ambassade de Vienne. Hunauld s'était surtout appliqué à i'ostéologie. On remarque parmi ses meilleurs mémoires des Recherches anatomiques sur tes os du crâne de l'homme; d'autres sur l'accourcissement ou rallonge meut du cœur dans la systole, dans lesquelles il parait se déterminer pour I accourcissement de ce viscère ; des Réflexions sur l'opération de la fistule
lacrymale, qu'il lut à la société royale de Londres, et qui furent insérées dans les Transactions philosophiques. Né avec une grande répugnance pour les dissections, l'amour de la science parvint à le faire triompher de ses dégoûts, au point qu'il composa une belle collection de pièces d'anatomie et d'injections curieuses. Son voyage en Hollande lui valut la connaissance et l'estime de Boerhaave : celui qu'il entreprit en 1735 à Londres lui Ht obtenir le titre de membre de la société royale. 11 avait succédé en 1730 à Duverney dans la place de professeur d'anatomie au jardin des plantes. Hunauld était aussi modeste qu'instruit, aussi sensible qu'éclairé et désintéressé : il envoyait à son père et à sa famille, qui étaient pauvres, le fruit de ses économies ; et il mettait à cacher cette bonne action tant de précaution, que ce ne fut qu'après sa mort que l'Académie en fut informée. Il mourut le 13 décembre 1742. On lui a attribué : 1" Nouveau traité de physique sur toute lu nature, Paris, 1742, 2 vol. in-12; 2° Dissertation en forme de lettres nu sujet des ouvrages de J.-L. Petit sur les maladies des os, suivie du Chirurgien-médrcin, ou Lettre contre les chirurgiens qui exercent ta médecine. Paris, 1720, 1 vol. in-12. Cette dernière lettre parait être de Hénéaume de la Garanne. — Ln autre HoiUOLB (P.) est auteur d'une Dissertation sur les vapeurs et les pertes de sang, Paris, 1736, in-12. D — h— s.
HUND (Wictii.ÉK), historien, né en Bavière en 1314, entra dans la carrière administrative, et parvint jusqu'à la dignité de président du conseil aulique. Il mourut en 1388. On a de lui deux ouvrages importants : 1° Metropolis salisburgensis, Ingolstadt, 1382, in-fol. C'est l'histoire de l'archevêché de Salzbourg, ainsi que des évéchi's suflragants de Frelsing, Halisbonne, Passau et Brixen, et des cent vingt-deux collégiales et couvents de ces diocèses : l'auteur y a joint un grand nombre de chartes. Il est possible que cet ouvrage ait servi de modèle aux Ste-Marthe pour leur Gallia christiana. Une deuxième édition, considérablement augmentée par l'archiviste bavarois Christophe Gewold (1}, parut à Munich, 1620, en trois parties in-folio. Les bibliographes signalent comme trèsrares les exemplaires contenant, page 87, partie 2e, le passage concernant l'ancienne chapelle de Hatisbonne , et commençant par ces mots : Xequaquam tacenda hoc toco, etc., passage qui, ayant été supprimé par ordre supérieur, nécessita un carton. Une troisième édition faite sur la précédente a été imprimée à Halisbonne en 1710, également en trois parties. Klle est trop incorrecte pour mériter l'estime des bibliographes. 2° Rayriseh Stammenbtsch (livre des généalogies bavaroises), Ingolstadt, 1383-80, 2 vol. in-fol. , ouvrage très-rare que l'auteur composa dans sa vieillesse, et pour lequel la
(1) <>wold, mort en lfiîl, » publié : Ckronieon Rtiehtribrr. grntt; Annales de Hebdor/; DrUneatio Norici vtUru, Defentto Ludoviei IV, lngol»Udt, 1618, in~i», et tutrvi ouvrages devenus
noblesse bavaroise lui communiqua , comme il le dit, plus de mille chartes. Le premier volume contient les grandes familles bavaroises éteintes ; et le deuxième, la généalogie des familles nobles qui existaient encore de son temps, et qui avaient droit d'être admises aux tournois, hlles étaient au nombre de cinquante-quatre, dont, suivant le chevalier de Lang, il n'existe plus que dix-sept, sans compter soixante-dix familles écuyères dont il ne reste plus que sept (1). Douze planches de figures héraldiques terminent l'ouvrage. Le premier volume seulement a été réimprimé à Ingolstadt en 1398. Hund s'était proposé de faire sur les grandes familles municipales un travail que son âge ne permit pas d'exécuter. I) — c.
HUNDElkLR (Jeax-Pierre), un des hommes qui ont le plus fait pour l'éducation , était natif du village de Grand-LaiTert dans la principauté de llildesheim. Né le 29 novembre 1731, il avait de quinze a seize ans lorsque son père, qui était mercier, le rappela de l'école de Peina, très-fàché qu'il se sentit un goût vif pour les livres, et résolu à lui faire suivre la carrière commerciale, qui avait été la sienne. Le jeune homme trouva moyen, non sans de fréquents conflits pourtant, de satisfaire au vœu de son père et a l'insatiable soif d'instruction qui le possédait, et suppléa par des élude» solitaires, par des lectures assidues à ce qui lui manquait : la philosophie de Basedow surtout le charma et devint pour lui comme une religion. Chemin faisant, son amour pour l'étude s'était changé en amour pour l'éducation. Il ne lui suffisait plus d'acquérir des connaissances, il voulait les transmettre. Pénétré de toutes les diUicultés de l'instruction sans maître, il voulait les épargner, les aplanir à d'autres. De telles idées ne pouvaient germer que dans uue belle Aine. Celle d'Hundeiker était aussi généreuse que sa tète était active et riche d'idées. Du reste , il ne dédaignait pas les éléments ; et c'est à l'enfance qu'il songea d'abord : pour elle iLémagina des méthodes propres à simplifier tant l'écriture que la lecture, méthodes qui depuis ont été remaniées et retournées en tout sens, mais dont il a vraiment été l'inventeur. Il commença ses essais d'é iucation sur une petite tille de quatre ans qui lit de rapides et solides progrès par sa méthode, et en même temps il eut le plaisir de se voir protéger par l'habile médecin Wagler, qui le mit en relation ou en correspondance avec des penseurs, des savants et des gens du monde capables soit de l'apprécier, soit de lui être utiles un jour. Ayant perdu son père eu 1775, Hundeiker se vil enfin à même de suivre librement sa vocation, mais sans abandonner son commerce et son village. Basedow et Wolke pourtant lui firent dos propositions ponr l'attirer a Dessau, où ils lui promettaient des élèves et leur concours. Hundeiker refusa, et opérant d'abord dans une
(Il Voy. l'aperçu de M. de Ung sur la nouvelle UUéraUir* hUtaclqtt de la Bavière cian» le tome 29 du I termes, Leipsick, 18U7.
sphère plus étroite , mais où peut-être il y avait plus d'obstacles à vaincre, il organisa une espèce d'école des connaissances utiles parmi les adultes de son village, sur lesquels il acquit la plus haute comme la plus juste influence, et dont il améliora l'intelligence et le moral ; puis il prit en main l'école d'enfants que possédait le village, et, y changeant tout successivement, principes et méthode , il porta de six à soixante le chiffre de ses élèves. Cependant il suspendit ses travaux en 1788, pour faire en Hollande un voyage commandé par ses relations commerciales. La révolution des Pays- Bas, qui éclata sur ces entrefaites, le mit dans la nécessite' de restreindre ses affaires, et il reprit de nouveau des élèves. Le nombre s'en accrut à tel point qu'il fut obligé de construire pour les loger. Les premières familles de Hildesheim et de Brunswick lui envoyaient leurs enfants. Les recommandations de plusieurs des notabilités philosophiques et littéraires de l'époque, l'estime dont le duc de Brunswick lui avait donné des preuves, plusieurs ouvrages élémentaires qu'il avait publiés donnaient à son nom un certain retentissement; enfin des Hollandais, des Anglais, des Français et des Espagnols se mêlaient chez lui aux enfants de l'Allemagne. Cependant il avait à combattre contre des difficultés pécuniaires accablantes pour ses modiques ressources. Heureusement la munificence du duc de Brunswick vint à son secours. Ce prince alla en personne visiter Laffert en 1804 ; et, croyant à juste titre faire un présent à ses sujets en transportant dans ses Étals l'établissement de Hundeiker, il lui prêta pour un temps indéfini le château de Vechelde avec un vaste jardin, des prairies, le droit d'abattre autaut de bois qu'il lui serait nécessaire et beaucoup d'autres avantages. L'institution de Laffert pritalors le titre d'institution de Vechelde, sous lequel elle augmenta encore en renom et en prospérité : l'éducation d'ailleurs y fut développée sur une plus grande échelle, et les élève:; y parcouraient tout le cercle des études préliminaires jusqu'à leur entrée a l'université. Hundeiker dans cette situation aurait peut-être dû solliciter du prince le don définitif de Vechelde : des amis qu'il avait à la cour lui en donnaient le conseil, et il est à peu près incontestable qu'il eût obtenu sa demande; mais une excessive délicatesse lui tint la bouche fermée. Bientôt la guerre éclata avec la France ; le duc, chargé du commandement en chef de l'armée prussienne, avait bien d'autres soins que Vechelde ; il périt à la suite de la bataille d'iéna, et l'occasion fut irrévocablement perdue. La position de Hundeiker devint alors très-précaire : tandis que l'exécution du système de Napoléon lui enlevait ses élèves anglais à tout moment, il courait le danger de se voir banni de Vechelde : on pouvait en faire cadeau à quelque général; on pouvait, après l'avoir réuni aux domaines de la. couronne de Jérôme Bonaparte , l'échanger où le vendre. Il fut question de tout cela , mais le gouvernement westphalien se con-