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tenta île lui retirer les avantages accessoires dont il jouissait indépendamment de l'usage des bâtiments; et, dans deux occasions, où véritablement il courut quelque risque d'être évincé , les commissions chargées d'examiner à quel titre il était en possession se montrèrent on ne peut plus favorables à rétablissement. H n'en aimait pourtant pas davantage la domination française ; et, fidèle à la reconnaissance envers la maison de Brunswick, c'est lui qui le premier en 1809, lors de l'audacieuse retraite du prince Guillaume-Frédéric et de son corps uoir, lui offrit, aux portes de Brunswick, le pain et le vin; puis la plus franche hospitalité, lorsqu'il eut pénétré dans la ville (voy. Bru>swick- OEls). On comprend tout ce que cette conduite avait de noble et de hardi; mais peu s'en fallut que le lendemain les Hollandais au service de Jérôme et de la France ne pillassent Vechelde. Hundeiker fut donc au comble de la satisfaction , quand, après la campagne de 1813, la domination de Jérôme cessa de fait, et il fut un des plus ardents à manifester sa joie en voyant réintégré dans ses États le prince dont il avait tant souhaité le retour. Qui croirait que ce retour lui fut fatal , et que celui qu'il avait reçu fugitif et dépouillé s'aviserait de vouloir le dépouiller de la jouissance du château où l'avait établi son père, où lui-même avait trouvé l'hospitalité, et cela malgré la parole formelle qu'il avait donnée lui-même à Hundeiker, malgré ces mots si peu équivoques : * Gardez ce « que vous avez, et restez ce que vous êtes? » Après de vaines tentatives pour faire révoquer l'inconcevable et brusque édit qui le mettait à la porte, Hundeiker eut le regret de plaider contre son prince. Les cent jours vinrent à la traverse ; on sait la mort héroïque du duc de Ligny, mais la procédure continua. Hundeiker septuagénaire tomba malade et se résigna, n'espérant point un dénoùment en sa faveur, à transiger pour une médiocre indemnité qu'il devait recevoir sous forme de pension, et qu'on lui permit «l'aller dépenser hors du duché de Brunswick. Effectivement il finit par se retirer, en 1821, auprès d'un de ses beaux-fils à Dresde ; et c'est dans les environs de cette ville, à Friedslein, qu'il mourut le 2 février 1856. On a de lui, entre autres écrits, des Chantg pour l'enfance , mis au jour successivement et qui furent imprimés séparément daus des livres élémentaires; un Abécédaire qui a servi de modèle à une foule d'autres, etc., etc. On trouve des détails sur son institut dans YEtuébu de Henke, où il a aussi écrit lui-même. P— ot.
HUNbT-llADOWSKY (Hartwig HCNDT, dit communément), écrivain tt pamphlétaire allemand, naquit en 1759, au domaine de Scbleswen, dans le Mecklcmbourg-Schwerin, passa plusieurs années comme instituteur particulier chez un gentilhomme polonais ( Hadowsky), dont il ajouta le nom au sien, étudia ensuite le. droit à Helmstaedt, et de 1810 à 1813 remplit à Parchim les fonctions d'avocat du tribunal aulique; mais bientôt, soit
m Jusqu'il ne vit point assez affluer les causes, soit
flutot qu'il ne pût se plier à la vie méthodique , l'allure monotone du barreau, d'ailleurs hargneux et moqueur, jugeant d'un roup d'oeil ces médiocrités qui pullulent et qui réussissent, mais ne pouvant ni Taire semblant de les admirer ni se taire, il quitta le Mecklrmhourg; et, toujours errant, tantôt à Berlin, tantôt à Leipsick, à Altembourg (1818), à Strasbourg (1840), à Rothweil (1823), puis en Suisse, il fut réduit h courir le cachet , finit par être partout mal vu ou mal reçu , se vit même chassé d'Appenzcll pour l'excentricité de ses opinions et peut-être de sa conduite. Knlin H alla passer à Burgsdorf les derniers jours d'une vie nomade, semée de caprices et de déboires, et dans le cours de laquelle il avait sans cesse été aux prises avec le besoin. Sa mort eut lieu le 13 août 1833. On ne peut nier que llundt n'unit à beaucoup «le connaissances beaucoup d'esprit et de facilité. Mais sa niordacité, son irrésistible penchant au paradoxe et à la satire lui firent partout trouver des ennemis. S'il eût été puissant et riche, on aurait répété ses bons mots, tout en les redoutant et le haïssant tout bas : obscur et pauvre, on étouffait ses saillies en ne les répétant pas, en les imputant à son mauvais cœur, à la jalousie, à la profonde dépravation de ses idées tranchantes sur tous les problèmes sociaux et politiques. Du reste, ni les gouvernements, ni l'aristocratie de l'Allemagne ne pouvaient sympathiser avec ce champion des idées philosophiques; sans cesse armé contre la noblesse , contre la censure , contre les méticuleuses précautions des souverains, perçant souvent de sa plume la cuirasse du général prussien Dierick , son antagoniste , et corrodant de son encre les écussons de la vieille noblesse. Voici les écrits les plus saillants de cet acrimonieux censeur: 1° Les Fleurs de la rie, Berlin. 1807 ; 2° Harpe et lance* Berlin et Leipsick, 1815; 3° Couronne de purs, Mersebourg, 1818 et 1819, 2 vol. ; 1" Petit coq d'Inde (roman satirique et comique), Leipsick, 4819; S" te Miroir des Juifs, tableau de honte et de mœurs des âges anciens et modernes, Wurzhourg , 4819; 0° Souvclles badines, St-Call, 18Î1 ; 7° cole des Juifs, 1" livre, Londres (Aarau), 1823; 8° le Xoureau miroir des Juifs . ou Apologie des enfants d'Israël, Cannstadt, 1 828 ; 9° Un peu plus de dix mots en réponse au mot de il. le lieutenant général prussien de Itierkk sur la noblesse de Prusse , arec des remarques sur la noblesse en général, Mersebourg, 1818 (plus tard il y donna un supplément. Leipsick et Mersebourg, 1820, ou plutôt 1819 ; 10° le Meurtre de Kotxebue, ou Quelles sont les causes et quelles seront vraisemblablement les suites littéraires de cette mort en Allemagne/ Berlin, 4819; 41» (en réponse à Grœvell), De la conduite du conseiller Renther à mon égard, de la censure, de la liberté de la presse, de l'impression , de ? oppression tt de quelques autres pressions (nous traduisons ce titre fort librement, ainsi qu'il doit Pétru*, Leipsick, 1819; 12° De la grande conspiration prus-
sienne , de nos relations avec les conspirateurs et des unions secrètes en général (pour servir de rectification et de profession de foi), en Allemagne (Sondershausen), 1819; 13° le Miroir des chrétiens, ou Co»«déralions sur les révélations immédiate*, sur la doctrine du Christ et sur le christianisme. Stuttgardt, 1830, 3 petits Vol.; 14° le Miroir de la Suisse, i l'usage des Suit ses et des étrangers, des gouvernant! et des sujets . des ecrléilastiques et des laïques , Slullgdrdt, 1831 ; \Yf ta Pologne et sa révolution, Cannstadt, 1831, 2 parties (intitulées, la 1" la Pologne au dernier comble d'humiliation , la 2* Renaissante de la Pologne.) P— ot.
HURE (AruiRtf-CHnisToiMir.-ALBEKT), écrivain allemand, naquit à (;œttingue le 4 mai 1777. Son père, bien qu'il n'eût qu'un mince emploi au conseil de la ville et qu'il ne comptât pas moins de huit enfants, voulut qu'il reçût une éducation libérale ; Hune en profita plus que ne le voulait son père, qui l'avait destiné au commerce, et auquel il déclara qu'il suivrait la carrière de l'éducation ou qu'il prendrait les ordres. Bientôt en effet, après avoir suivi ou commencé à suivre quelques cour» de l'université de Gœttingue, il entra comme précepteur particulier dans une maison d'où il ne sortit qu'avec îles épargnes Assef considérables pour lui donner le temps (l'achever ses études universitaires, et il se mit alors à celle de la théologie avec un zèle si vif, qu'il égala bientôt ses maîtres et qu'il résolvait toutes les difficultés de l'Ecriture ou du dogme ou de l'histoire «le PEgiise avec une facilité qui tenait du prodige. Du reste, à côté de la théologie il fit marcher la géographie, la politique , l'histoire et acquit aussi dans toutes ces branches de grandes connaissances. Trois ans plus tard , renonçant à ses idées ecclésiastiques . il revint aux éducations particulières. Placé chez le baron W intzingerode d'Adelsborn , il vit au bout de quelques mois une maladie inopinée ravir son élève en trois jours. Ha douleur à cette vue fut si vraie, si expressive, il trouva des paroles si touchantes pour les notices qu'il inséra dans les feuilles publiques allemandes sur cet événement, que le père inconsolable voulut d'abord le fixer auprès de lui et ensuite le recommanda comme un autre lui-même dans plusieurs maisons opulentes. Hune retrouva bien vite une autre place. Ce fut chez le premier maréchal de la cour, Derenthal, qui , en le choisissant pour gouverneur de ses fils, lui assigna des honoraires considérables. Hune resta dix ans (1804-1811) auprès de ses jeunes élèves, la plupart du temps à Wallbruch dans la Prusse occidentale, résidence favorite de leur père. C'est pendant son séjour dans cette belle propriété que le major Schill vint s'y réfugier et y passa plusieurs journées , à l'abri des recherches de la soldatesque et de la police. Comme presque tous les Allemands, a cette époque, Hune détestait la domination française qui pesait sur l'Allemagne , et il n'avait point eu de peine à inspirer ces sentiments aux fils d'un grand officier du pa-
Hun
laii d'un roi de Prusse et dans une contrée dont la capitale (Colberg) avait tenu ses portes fermées aux soldats de Napoléon. Les événements de 181i produisirent une explosion dans la famille Derenlhal. Les deux jeunes gens, bien qu'à peine l'alné comptât seize ans, coururent combattre sous la bannière de l'indépendance nationale; Hune fut nommé capitaine de landsturm , fonctions qu'il remplit avec autant d'empressement que de courage, et dans lesquelles il rendit beaucoup de services de tout genre. Le ministre prussien voulut l'en récompenser par un brevet de capitaine de landwehr. Hune déclina l'offre, et, dans une lettre qu'il adressa directement au roi , déclara que, né en Hanovre, il voulait ne s'attacher irrévocablement qu'au service du Hanovre. Cette lettre ne lui nuisit point auprès du monarque; et quelque temps après il fut choisi, par suite sans doute de cette auguste influence, pour gouverneur des fils d'un des princes de la famille royale de Prusse (181 4); mais il ne resta pas même un an dans cette position : les détails de la vie des cours , la morgue des uns, la bassesse et les jalousies des autres, la lui rendirent insupportable. Il offrit et fit agréer sa démission. Nous avons omis de dire que, dans l'intervalle de 1815 à 1814, il avait été chargé par les créanciers de son patron d'administrer provisoirement sa fortune très-embrouillée , tant par de dispendieuses et magnifiques fantaisies que par suite de pertes ou des sacrifices pécuniaires faits à la cause de l'Allemagne. Redevenu libre, M une alla passer quelques mois à Gœltingiie, reçut ensuite à l'université d'Iéna le grade de docteur en philosophie; et, après un autre séjour à Sarreguemines en qualité de si crétaire du général bavarois Lamotte, il reprit le chemin de sa ville natale, résolu de se livrer uniquement désormais aux sciences et aux lettres. Ne se sentant pas fait à son Age pour l'enseignement des collèges, et d'ailleurs le regardant comme au-dessous de lui , il visait en secret à une chaire académique, mais ses prétentions ne se réalisèrent jamais; et il fut obligé de se contenter de la place que lui faisaient dans leurs colonnes plusieurs journaux et recueils de l'Allemagne, et du titre de secrétaire de la bibliothèque royale de Hanovre que lui donna le gouvernement hanovrien. Cette bibliothèque , jusqu'alors à peu près abandonnée et chaque jour en proie à uuc détérioration plus grave , changea de face sous sa direction et devint véritablement utile au public. La mort de Hune eut lieu le 51 décembre Jsr.;.. Les ouvrages imprimés qu'on a de lui sont : 1° une foule d'articles, qui presque tous sont des analyses ou critiques littéraires, dans la Gazette de littérature d'Iéna, et dans les Annonces savantes de Gœtttng*e; les autres sont des mémoires ou notices sur des questions d'économie politique , de philosophie , d'histoire, de belles-lettres, etc.; 2° des Biofrapkiei en assez grand nombre, dans le Xonveau necrologe allemand (où ligure à présent la |
sienne, t. 15, 1835, n° 340). 3° des Points, en général fort mélancolique et qui faisaient un contraste bizarre avec les saillies et la pétulante jovialité de leur auteur. La mélancolie cependant y est bien réelle : il y eut un moment où HUne fut comme écrasé par la douleur : ce fut celui où Napoléon balaya si promptement l'armée prussienne réputée invincible , et où toutes ses illusions d'enfance et de jeunesse disparaissaient devant la froide et triste réalité. 4° Histoire d'Angleterre; 5° Petite histoire du Hanovre ; (i° Esquisse historique et philo» sophique du commerce des esclaves nègres et de toutes les mutations quil akuhies depuis son origine jusqu'en 1820, t. 1. Cet ouvrage, sans être vraiment complet, expose avec lucidité l'origine et les phases de la servitude , et c'est jusqu'à présent le meilleur manuel qu'on puisse avoir sur ce sujet. Hune a laissé de plus un bon nombre de manuscrits, parmi lesquels figurait celui du tome second de YHirloire du commerce des esclaves; les autres u'ont point encore été publiés. P — ot.
HUNKKIC, second roi des Vandales établis en Afrique, était l'alné des trois fils que laissa Gen* série. Aussitôt après la mort de son père, arrivée au commencement de l'année 477, il monta sur le trône où l'appelait la loi même par laquelle Censéric avait régie! que la couronne passerait toujours au plus âgé des princes ses descendants, soit que celui en qui se trouverait cette condition appartint à la ligne directe, soit qu'il sortit des branches collatérales; mais cette loi, conçue dans le but de prévenir les désordres des minorités, causa la ruine de la famille royale: Hupéric le premier se baigna dans le sang des siens pour assurer la couronne à soi! fils. On sait peu de chose des premières années de ce prince. Il devait être fort jeune encore lorsque Censéric l'envoya en otage auprès de Yalentiuien III, à la suite du traité par lequel il s'engageait à payer tribut à l'empire, puUqu'à cette époque (en 455) le conquérant de l'Afrique était lui-même à peine Agé de trente ans. Hunéric fut bientôt renvoyé à son père, tant ce barbare eut l'art d'inspirer de confiance à la cour d'Occident; et sept ou huit ans après, il épousa la fille de Théodemer, roi des Visigoths, qui régnait sur les provinces méridionales des Gaules. Ces liens furent rompus par le cruel et soupçonneux Genséric, qui , prétendant que sa bru avait voulu l'empoisonner pour régner à sa place, lui fit couper le nez et les oreilles, et la renvoya dans cet état à Théodemer. C'est peut-être à celte violence qu'il faut attribuer, au moins en partie, la fameuse expédition d'Attila dans les Gaules, par suite de l'alliance que se hâta de contracter avec le roi des Huns, Genséric devenu également l'ennemi des Romains et des Visigoths. La seconde épouse d'Hunéric fut la lille aînée de Valenlinien III {cou hci>oxu.).A l'avènement d'Hunéric, le royaume des Vandales, fondé par la victoire , semblait affermi par la paix; mais une marine redoutable, des troupes qui devaient se croire invincibles,
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n'étaient que de faibles appuis pour un trône que ne soutenaient pas en même temps l'amour du peuple et les talents du chef de l'Etat. Le fils de Genséric n'avait hérité d'aucune de ses grandes qualités; et s'il conserva l'Afrique, c'est que le faible Zénon, tremblant devant les autres barbares qui se disputaient les lambeaux de la puissance romaine, n'osa entreprendre de l'en chasser. D'ailleurs les Vandales ne pouvaient avoir d'ennemi qui leur fût plus funeste que leur roi luimême. Dans son impitoyable avarice, il épuisa les peuples pour grossir son trésor : les flottes et l'armée sans paye, sans entretien, cessèrent d'être l'effroi des Romains. Ce règne cependant s'était annonce avec quelque modération : un des premiers soins d'Hunéric avait été d'envoyer en Espagne auprès d'Euric, roi des Visigoths, une ambassade chargée d'entretenir la bonne intelligence alors établie entre les deux nations. Il donna aussi un peu de repos à l'Eglise , persécutée sous son père , et réndit même contre les manichéens des ordonnances sévères qui lui valurent les éloges des catholiques. Mais déjà la révolte impunie des Maures qui se cantonnèrent sur le mont Aurase en Numidic, où ils se maintinrent jusqu'à la chute de Gélimer, avait attesté la lâcheté du roi des Vandales, quand le meurtre «le ses proches, les supplices des chrétiens, l'oppression du peuple, Tinrent encore déposer contre sa cruauté et sa tyrannie. Son frère Théodoric fut une de ses premières victimes. La veuve de ce prince s'était acquis l'estime des Vandales par ses grandes qualités ; et son fils aîné faisait concevoir les plus belles espérances : ils n'en devinrent que plus coupables aux yeux d'Hunéric, qui les punit de leurs vertus en les faisant égorger. In autre de ses neveux, Godagize, fut condamné avec sa femme à la misère et à l'exil. Les nombreux amis «le Théodoric effrayaient son persécuteur: pour n'avoir plus à les redouter, il ordonna leur supplice. Les vieux conseillers de son père, les serviteurs qu'en mourant il lui avait recommandés gémissaient sur les maux de l'État : leur mort délivra le tyran de leurs plaintes importunes. Heldica, ancien ministre de Genséric, versa sous le fer des bourreaux un reste de sang que l'Age avait presque glacé. Son frère Garauth, condamné à des travaux publics et cruellement fustigé une fois par mois, ne trouva qu'au bout de cinq ans, dans une mort désirée, la fin de ce long supplice. On ne sait pour quelles /aisons l'empereur d'Orient crut, sur ces entrefaites, devoir user de quelques ménagements envers Hunéric ; mais, en 4X0, il lui envoya en ambassade Alexandre, intendant de la maison de Placidie, belle-soeur du roi des Vandales. L'objet de cette mission parut être d'obtenir d'Hunéric qu'il renonçât formellement aux prétentions sur l'héritage de Valenlinien , dont Genséric n'avait cessé d'inquiéter la cour de Constanlinople. Hunéric se montra disposé a satisfaire Zénon sur ce point. 11 lui fit dire qu'il voulait contracter avec lui une
:imitié inviolable; qu'il renonçait pour toujours à toutes les demandes formées par son père, et qu'il saisirait toutes les occasions de témoigner à l'empereur sa reconnaissance des bons traitements que Placidie recevait à sa cour. Les ambassadeurs i|ui portèrent ces assurances à Constantinople y furent comblés de présents. Alexandre ne fut pas inoins magnifiquement traité par les deux princes: il obtînt même d'Hunéric qu'il permit aux catholiques d'élever un évêque de leur communion sur le siège de Garthage, vacant depuis vingt-quatre ans. Leur choix tomba sur Eugène, dont les travaux et le zèle religieux furent, selon le rapport des auteurs ecclésiastiques, couronnés de si grands succès, qu'ils excitèrent la fureur des ariens et rallumèrent dans l'Afrique les feux d'une cruelle persécution , quoique l'on puisse soupçonner de quelque exagération les récits qui nous en ont transmis les affreux détails. Hunéric, qui, bien qu'arien , n'avait pas épargné le patriarche de sa propre secte, Jocundus, qu'il fit brûler vif à cause de son attachement à la famille du prince Théodoric, ne devait pas être plus humain à l'égard des catholiques. St-Victor de Vile nous a laissé ! histoire de leurs souffrances : nous n'en ferons remarquer qu'une seule circonstance assez singulière; c'est que, dans sa description des diverses tortures employées ou imaginées par les bourreaux , l'on peut reconnaître l'horrible pratique d'arracher la chevelure , que l'on a retrouvée parmi les sauvages du nouveau monde. Il parait qu'on employait pour ce supplice une espèce de tourniquet de bois, auquel on attachait les cheveux de la victime. Les uns, dit St-Victor, perdaient les yeux pendant l'exécution : la plupart y laissaient aussi la vie. Le même auteur rapporte que cette persécution , par laquelle Dieu voulut punir, ditil, la corruption introduite dans son Église, fut précédée d'une foule de phénomènes, signes menaçants de lu colère céleste ; il cite dans le nombre une pluie de pierres qui mettaient le feu aux maisons où elles tombaient. On porte à plus de quatre cents le nombre des cvêques qui furent alors chassés de leurs églises, dont les biens furent vendus ou livrés aux ariens; mais il parait qu'un seul reçut la palme du martyre : ce fut l.a»tus. évêque de Leptis. Les gémissements des autres chrétiens livrés au supplice, les plaintes des confesseurs, dont plusieurs, si l'on en croit les annalistes du temps, conservèrent l'usage de la parole après qu'on leur eut coupé la langue, parvinrent jusqu'à Rome , et émurent vivement le pape Félix II. Il invoqua, en faveur des fidèles, l'intrrcefsion de Zénon , qui envoya Vranc en Afrique pour essayer d'adoucir le cruel Hunéric. Mais, loin de se laisser fléchir, le roi, par une sorte de rallinement de férocité, ordonna que les rues par où l'ambassadeur allait passer fussent bordées d'échafauds, de chevalets, de bourreaux, de victimes; spectacle qui devait lui ôter tout espoir d'apaiser une haine si terrible et si implacable.
Celte inutile ambassade eut lieu en 48-4. Dans celte même année, la mort vint mettre fin aux cruautés et au règne d'Hunério. Méprisé des étrangers, détesté de ses sujets, il laissa son royaume dans un tel état d'épuisement que ses successeurs ne purent le relever. On rapporte qu'il mourut rongé des vers, et dans des douleurs si horribles qu'il se déchirait les membres avec les dents. Selon la chronique de St-lsidore, il rendit ses entrailles comme Arius. Hunéric laissa trois fils, Hilde'ric, Hoamer et Kvagès. llildéric fut d'abord écarté du trône, où monta, par la loi d'âge, son cousin Gondamond ou Gondebaud, flls de Genzon, dernier frère d'Hunéric. Au bout de douze ans, à Gondamond succéda son frère Trasimond, qui en régna vingt-sept : après lui, llildéric, qui alors, en 325, devait être âgé d'environ soixante ans, obtint à son tour la couronne. Avant de la placer sur sa tète, il se hâta de rappeler les évéques et de faire cesser la persécution, afin d'éluder, par cette pieuse subtilité, le serment que lui avait arraché Trasimond à son lit de mort, de ne point protéger les catholiques quand il serait roi. Cependant le prince Hoamer signala les commencements de ce règne par des victoires sur les Maures qui lui valurent le surnom d'Achille des Vandales. Mais bientôt les apparences d'une guerre avec les Goths d'Italie qu'llildéric avait offensés en faisant enfermer, sous prétexte de conspiration, Amalfride, veuve de Trasimond et sœur du grand Théodoric, vinrent offrir à Gélimer l'occasion de faire éclater les projets ambitieux qu'il couvait depuis longtemps. Il se saisit en 550 de la personne d'Hildéric et de ses deux frères, les retint en prison, et monta sur le trône des Vandales, dont il fut le dernier roi (eoy. Hélisaibf.). G — o.
HINLADE (Jeaj-Corvin ) , vaïvode de Transsylvanie, régent de Hongrie, naquit au comuq-ncement du 13» siècle. Sa mère était Grecque, et son père était Valaque. S'il eût tiré quelque orgueil de sa naissance , il aurait pu prétendre être du sang des empereurs de Constantinople du côté maternel ; et le nom romain «le Corvinus était plus que suffisant chez un Valaque pour l'autoriser à se croire issu îles plus célèbres patriciens de l'ancienne Rome, les Vnlériens. Mais Huniade, pour vivre dans l'histoire et pour être illustre, a pu ne compter que sur ses exploits et sur, sa gloire. Des sa jeunesse il se distingua dans les guerres d'Italie ; et Philippe de Gomines, dans ses Mémoires, le préconise sous le nom du chevalier blanc de Valacbie. Huniade ne tarda pas à se montrer avec bien plus d'éclat en défendant contre les Ottomans les frontières de la Hongrie qui l'avait appelé à son secours : il remporta sur eux trois victoires dans la même année. Ce fut à ses soins et à son crédit que le jeune I jdislas, roi de Pologne, dut, en 1440, la couronné élective de la Hongrie : il récompensa Huniade en le faisant vaïvode de la Transsylvanie. La malheureuse bataille de Varna, où le brave Huniade repoussa l'aile droite des
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Turcs, mais où le jeune roi, par sa témérité, fut défait et perdit la vie, amena une minorité, pendant laquelle Jean Huniade fut élevé, par un suffrage unanime, au rang de capitaine général et de gouverneur de la Hongrie. Ine régence de douze années prouva qu'il était aussi grand politique que bon guerrier. Quatre ans après la terrible défaite de Varna, on le vit reparaître dans le cœur de la Bulgarie, et soutenir pendant trois jours dans les plaines de Cassovie tout l'effort de l'armée ottomane, quatre fois plus nombreuse que la sienne. Ce fut à la suite de cette déroule que, fuyant à travers les bois de la Valachie, Huniade fut surpris par deux brigands : pendant qu'ils se disputaient une chaîne d'or qu'ils lui avaient arrachée du cou , le brave chevalier blanc eut le bonheur de ressaisir son sabre : il tua un de ces deux misérables, fit prendre la fuite à l'autre; et ce fut ainsi qu'après avoir couru mille fois le risque d'être tué ou d'être fait prisonnier, il reparut au milieu des chrétiens qui pleuraient déjà sa perte. Le dernier exploit «le sa vie, comme le plus glorieux , fut la défense de Belgrade en i436. Mahomet second et toutes les forces de l'empire ottoman échouèrent devant ce boulevard de la chrétienté. Huniade vil fuir ce formidable ennemi; mais il mourut un mois après «le ses blessures. La vie militaire «le ce héros n'olTre pas les savantes combinaisons d'un général consommé. Il était le plus brave de ses soldats: sur le champ de bataille il leur «lonnail l'exemple, et comme eux il ne savait que se bat Ire : il attaquait avec intrépidité; mais ipiand le sort «les armes ne le favorisait pas, il ne voyait pas de honte à fuir. Il était si redouté <hs Ottomans qu'ils l'avaient surnommé le Diable, et qu'ils se servaient du nom «l'Huniade quand ils voulaient effrayer leurs enfants. Cette haine même est une preuve de l'estime qu'ils portaient au héros hongrois : mais son plus bel éloge funèbre sortit de la bouche «le Mahomet second, qui, en apprenant sa mort, dit en soupirant : ■ Je n'ai donc plus l'espérance de « me venger du seul chrétien qui puisse se vanter •< de m'avoir vaincu ! » Mathias Corvin , ûls de Jean Huniade, fut, après la mort «le La«lislas V, élu roi de Hongrie (roy. Corvis). S— ï.
Hl'NNH S (Gilles), l'un des plus fameux théologiens de la confession d'Augsbourg, naquit le -21 décembre 1530, «lans le duché de Wittemberg. Dès qu'il eut achevé ses éludes à Tubingen, on l'envoya professer la théologie à l'université de Marbourg ; et, quoique très-jeune encore , il justifia la bonne opinion qu'il avait fait concevoir de ses talents. Hunnius ne tarda pas à se montrer l'adversaire des calvinistes; et, avant de publier des écrits contre leur doctrine, il ne laissa guère échapper l'occasion de les attaquer «lans les «lisputes académiques. Ses ouvrages ajoutèrent encore à sa réputation. Eu 15t>2, il fut rappelé dans l'électorat de Saxe pour y réformer les abus qui s'étaient introduits dans l'enseignement. Nommé
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premier professeur île théologie à Wittemberg, il fut en même temps investi de la dignité de premier prédicateur de la cour, et créé membre du sénat ecclésiastique. Il dressa, de concert avec ses collègues, une profession de foi; tous ceux qui refusèrent de la signer furent privés de leurs emplois et condamnés à l'exil. Jamais, suivant Bayle, les plus violent* inquisiteurs ne déployèrent dans leurs fonctions autant tic sévérité que liuunjus dans les siennes, l ue telle conduite ne pouvait manquer de lui atlirer beaucoup d'ennemis; mais, avec l'appui de la cour, il en triompha. Créé surintendant des églises de Wittemberg en 1995, il eut à soutenir, la même année, un rude combat contre Samuel Iluber, touchant la prédestination. lluber enseignait que tous les hommes sont élus à la vie éternelle. Eu le combattant, llunnius s'attira lui-même le reproche d'hétérodoxie et fut obligé de scjustiQer.il assista, en lli02, à la conférence de Itali.shonne, où il eut pour opposants deux savants jésuites, les Pl'.Gretzer et Tanner. Il mourut à Wittemberg le i avril MHI5. Ses nombreux ouvrages ont été recueillis dans la même ville, lli07, .f>vol. in-fol. I.e premier contient les traités dogmatiques; le second, les polémiques; le troisième et le quatrième, les exégéliques; et enfin le cinquième, les thèses et les harangues académiques. De tous les écrits de llunnius, le seul qui soit encore recherché des curieux est le Calcinus judéiùant. Wittemberg, 1898, in-8", où il reproche à Calvin d'avoir employé les interprétations des rabhins pour dénaturer le véritable sens des Ecritures, lia vie pense, d'après ce livre, que, si Calviu eut été à la disposition de llunnius, il aurait couru le risque d'éprouver le même traitement que luimême avait fait subir au malheureux Servel. On peut, pour plus de détails, consulter sur llunnius le Dictionnaire de Bayle, où l'on trouve un article très-intéressant , tiré de son Oraisun funèbre par Léonard tluterus; les I itœ theoUgonm de Melch. Adam, etc. W— s.
HCNT (Thomas), savant héhratsant anglais, na- quit en ItiUu*. Il fit ses études à Oxford, a Haii- Hall, où il fut reçu maître es arts en 1721 ; et i| était l'un des quatre plus anciens agrégés ou tuteurs lorsque celte société, recevant une organisation régulière, prit la dénomination de collège île Hertford : il prit les degrés de bachelier en théologie en 1715, et ceux île docteur en 1744. Sa première production annonça la direction qu'il avait donnée a ses études : ce fut un Iragment de St-llippolj te, publié d'après deux manuscrits, et inséré dans la Bibtiotheca Bihliea de Parker (1728, iu-t"). Eu 1758, il fut promu a la chaire d'arabe fondée par le docteur Laud, et, à cette occasion, prononça le discours suivant : De anliquitate, eleyintia, uliiitute lingute arabica-, oratio, Oxford, 1739, ln-t° «le .'.<; pages, llunt obtint, eu 1747, la chaire de proUsseur roval en hébreu; et, à son Inauguration, il (il un nouveau discours qu'il publia ensuite : De tuu diaUctorum orienUtiium, ac
praeipue arabica, in hebraîco codite interpreiando, Oxford, 1748. L'auteur a consacré la plus grande partie de ce discours à la louange d'Ed. l'ococke. En 17 10, il mit au jour une notice sur la relation de l'Egypte d'Abd-allatif , et proposa la publication de cet ouvrage par souscriptions; mais ce projet ne reçut pas son exécution, quoiqu'il paraisse certain, d'après le témoignage de G. Sharp (l'rolog. adSynl. Dits. Hydii, p. 29), que II uni termina sa traduction. En 1757, il donna au publie les œuvres complètes de llooper, évéque de Bath; il avait précédemment fait imprimer ses conjectures, De benedictione palriarchœ Jacobi, Oxford, 1728, in-4°, qui ne furent tirées qu'à cent exemplaires, llunt mourut le 51 octobre 1774, et eut pour successeur dans sa chaire d'arabe le célèbre Wbite. Il avait été reçu à la société royale de Londres en 1740, et appartenait aussi à celle des antiquaires. Le docteur llunt entretenait une correspondance très-étendue avec les hommes les plus savants de son temps. Plusieurs de ses lettres se lisent parmi celles de Doddridge, publiées par Stedman : il y parle souvent de son histoire d'Egypte et de ses travaux sur Abd-allalif. L'année même de la mort de llunt, Kennicott publia un excellent ouvrage posthume de ce savant, intitulé Observation* sur quelques passages du litre dt$ Proverbes, suivies de deux sermons, in 4°. L'ne par» lie considérable de cet ouvrage était imprimée du vivant de l'auteur; mais la défiance qu'il avait de ses propres forces et la crainte de la critique en retardèrent l'impressiou. llunt poussa celte crainte à l'extrême vers la fin de sa vie; et elle l'empêcha île faire jouir le public du fruit de ses travaux. La nouvelle édition du traité De religion* Versarum est due aux soins du docteur Hunl, qui y a fait quelques additions (roy. Hïde). J — N,
HLM (Hesri), fameux orateur radicaliste, naquit le 0 novembre 1775 à la ferme de Weddington (comté de W ilts). Son père, qui faisait valoir des terres, dont une partie seulement lui appartenait, tenait un rang honorable daus le canton : il descendait d'un de ces Normands qui vinrent avec Guillaume le Conquérant ravir aux Saxons et aux Angles ce qu'ils avaient ravi aux Bretons. Les ancêtres de Hunt avaient reçu, en récompense de leurs exploits, de riches terres dans les comtés de Devon et de Somerset; et la famille n'en fut privée qu'au temps de Cromwell, qui punit ainsi sa fidélité aux Stuarts. Cette spoliation, bien que les Stuarts ne l'eussent point réparée à leur retour, laissa toujours aux llunt un fond d'aversiou pour les successeurs des Stuarts , et conséquemmenl une propension à se ranger sous toute bannière qui déplaisait à la maison «le Hanovre. Le jeune llunt était surtout de caractère a prendre aiusi le contre-pied de tout ce qu'il voyait établi. De Irès-bounc heure il se montra opiniâtre, hargneux et frondeur. Toute subordination lui pesait. L'autorité paternelle I même lui semblait une tyrannie : une remontrance
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le mettait en fureur. C'est ainsi qu'un jour de simples représentations lui firent quitter le toit paternel : il s'enfuit à Dristol et signa .non engagement comme matelot à bord d'un vaisseau négrier. Heureusement le navire ne mit point à la voile : on apprit la résolution du fuyard; des amis s'entremirent et le ramenèrent à son père. H arrive quelquefois qu'un jeune homme de cette trempe se signale par de rapides progrès au collège. II n'en fut point ainsi de Hunt : il prit les langues mortes, la routine et ses maîtres en un superbe dégoût. Aussi ne put-on le lancer dans aucune des carrières qui supposent des éludes ; et, de retour auprès de son père, il le seconda dans ses travaux d'exploitation rurale. Cette vie active, au milieu d'inférieurs et sur une nature à dompter, lut convenait assez. Mais, comme son père voulait être maître dans sa maison, l'harmonie ne dura pas longtemps. Bientôt le jeune homme se maria, et comme on pouvait s'y attendre, son choix ne fut point ratifié par son père. I.e mariage n'en fut pas plus heureux, et au bout de quelques années il se sépara de sa femme, qui semble n'avoir eu aucun tort. La mort de son père, arrivée en 1707, avait précédé cet événement et l'avait laissé à la téle d'environ quinze mille francs de revenu en biens-fonds. Cependant la monotonie, la simplicité de la vie de campagne lui pesaient : ses brusqueries, ses incartades plus ou moins originales avaient trop peu d'éclat sur -cet étroit théâtre. Les menaces d'invasion de la part de la France lui ouvrirent un autre champ. La yeomanry (milice rurale) de son comté ayant notifié au ministère que, prête à défendre le pays en cas d'attaque, elle ne consentirait pas à se mobiliser et à servir loin de ses foyers, Hunt, qui faisait partie de cette yeomanry, se récria sur la tiédeur et le manque de patriotisme de ses camarades, et dans une lettre qu'il eut soin de rendre publique, il déclara qu'indigné du refus qu'on venait d'articuler, il quittait à l'instant même la yeomanry. Ce coup de boutoir contre la milice bourgeoise plut singulièrement au ministère, dont quehfue agent peut-être l'avait provoqué; et lord Bruce écrivit sur-le-champ à Hunt pour lui offrir du service dans son corps. Hunt accepta. C'était débuter avantageusement dans la route de l'ambition, et avec un peu d'adresse, de patience ou d'urbanité, Hunt eût pu faire son chemin sous les auspices du cabinet. Mais il ne possédait point les deux premières qualités et il eût rougi de la dernière, bien qu'il aimât à s'entendre appeler gentleman, et qu'il prit la qualilicalion de squire; il prétendit trop vite et trop haut à trop d'avancement. D'ailleurs ses formes violentes, l'ironie triviale avec laquelle il exprimait les vœux de son orgueil et son opinion sur les personnes le firent bientôt détester. Las de ses criailleries, lord Bruce prit au bout de quelques mois le parti de lui écrire que désormais ses services étaient inutiles. Hunt irrité va lui demander une explication caté-
gorique, et sur le refus de ce seigneur, il lui envoie un cartel. La réponse du lord fut une plainte an criminel devant les assises de Salisbury. Hunt commença par refuser de comparaître; mais condamné par les juges, il rappela, et cette fois consentit à se présenter et à se défendre : la cour du banc du roi lui infligea six mois de prison, outre une amende de cent livres sterling et les frais du procès. L'irritation de Hunt contre lord Bruce était déjà devenue de la haine contre l'aristocratie; on doit deviner ce qu'elle devint sous les verrous, surtout après qu'il y eut trouvé pour compagnons Waddington et le conseiller Clifford, tous deux privés de la liberté pour avoir proclamé la nécessité de réformer la constitution britannique. C'était au moment où commençaient à naître en Grande-Bretagne les germes de nouveaux partis politiques bien autrement divisés que les whigs et les lorys. Hunt se fit, avec tonte l'impétuosité de son caractère frondeur et fougueux, le disciple des maîtres profonds, qui virent dans ce gmtUman /armer, dans ce bouledogue cambrien, un porte-voix des plus sonores, et qui l'initièrent complètement à leurs doctrines, issues en ligne droite de celles des jacobins. Toutefois ces principes ne purent produire d'explosion sérieuse tant qutt dura la guerre conlre .Napoléon. Les ressorts «lu gouvernement étaient alors trop sérieusement tendus : beaucoup de têtes turbulentes étaient dans les camps; la marine employait une infinité de gens du peuple. Hunt pendant ce temps ne put que déblatérer sur ses terres ou dans un cercle assez restreint contre Castlereagh et les coryphées du gouvernement anglais, se plaindre drs taxes immodérées qui pesaient sur les propriétaires, attribuer à la guerre et aux ministres la détresse des campagnes et la sienne. Effectivement il faisait assez mal ses affaires, et en cela il ressemblait à beaucoup de ses voisins; mais les exigences de la guerre et de la dette publique n'en étaient pas les seules causes. Enfin la France succomba sous la coalition; 1814 et 181.1 rendirent la paix à l'Europe. Alors l'Angleterre glorieuse et haletante moissonna les fruits amers de sa politique. L'énorme dette, le retour de la population licenciée sans avoir île quoi vivre, l'engorgement des carrières pacifiques et des ateliers industriels • causèrent une agitation sourde et qui bientôt se traduisit en émeutes. Le jacobinisme, élevé à la forme scientifique et appliqué à la critique de la constitution du Hoyaume-Uni, prit le nom de radicalisme ; et dès lors Hunt eut trouvé son vrai théâtre et sa sphère d'action. Se roidir contre des difficultés, verser en cynique le sarcasme et l'invective sur les supériorités qui l'offusquaient et qui l'avaient froissé, promener la faux et la sape de haut en bas sur tous les points de l'édifice social, et en ruiner la base même, primer parmi les masses, par l'intarissable flux de son éloquence souvent triviale et fougueuse et par le retentissement de ses infatigables poumons, parler du haut
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des tréteaux ou de l'impérial r d'un fiacre, tomber de sa frêle tribune dans un bain de crotte et se relever sans contusion , recevoir à la téte des oranges pourries et dire avec Horace : Si fracttu
illabatur orbis. impavidum ferient étaient pour
. lui des plaisirs plutôt que des travaux : il y avait en lui de l'Érostrate et de l'Antée, du Diogène et du Stentor. Les adhérents de la doctrine radicale se sont de bonne heure partagé le travail de la propagande , comme dans une manufacture établie sur une grande échelle on divise le travail manuel. Les uns se sont faits économistes, métaphysiciens, jurisconsultes et se sont adressés aux esprits sérieux amis du droit, de l'utilité ou des théories vastes et fécondes : tel a surtout été Itentham. Les autres ont voulu parler à l'opinion des classes qui lisent et qui conversent, et fournir au radicalisme un arsenal d'armes plus ou moins redoutables : de là ses organes parlementaires, les Cochrane, les llobhouse, les Burdett, etc.; ses littérateurs à commencer par llazlitt; ses pamphlétaires que domine tous Cobbett. Il fallait aussi parler à John Bull le langage qu'il comprend et qifil aime : la grande voix, les grosses saillies, la verve querelleuse et fantasque, l'imperturbable aplomb de Hunt étaient autant de précieuses qualités pour cet objet : point d'atticisme^ point de formes cicéroniennes dans ses harangues, très- j peu d'idées, force personnalités et injures : les I idées, par cela même qu'elles étaient peu nombreuses et très-tranchantes, qu'elles n'admettaient ni nuances ni distinction , n'en étaient que plus simples, plus saisissables, par conséquent plus captivantes : les personnalités précisaient, les injures tenaient en éveil. Rarement homme par ses qualités et ses défauts fut mieux taillé que HUnt pour le rôle de démagogue en sous-ordre et d'orateur en plein vent. Aussi à peine mit-il en œuvre ses talents qu'il jouit de la plus haute popularité, à tel point que plus d'une fois ses amis et collaborateurs, les radicaux, à partir de llobhouse, en devinrent jaloux. C'est en 1810 qu'elle commença au milieu des excès des luddistes, des émeutes des charbonniers, des révoltés des prisonniers de Newgate, des menaces des marins à la demi-sol. Trowbridge, Glasgow, Nollingham, Heckington, Guildhall, le comté de Leicester, Southwark, Spafields, Westminster^ Londres, trente autres villes ou localités importantes, étaient à tour de rôle le théâtre de mouvements insurrectionnels qui eussent été redoutables s'ils avaient été organisés avec concert ou qu'un ambitieux, un militaire, un homme d'action se fût mis à la téte des mécontents. Ce qui sauva le gouvernement britannique, c'est qu'à cette époque personne n'était capable de jouer ce rôle ou bien que personne n'y songea. Four Muni , non-seulemcDt il n'était pas cet homme ( il n'avait pas l'intrépidité, l'esprit militaire, le talent de l'homme d'action), mais encore il ne prit part à nulle émeute réelle; il se bornait n les préparer en avivant l'irritation, en
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excitant l'effervescence populaire. Il assistait à la plupart de ces conciliabules ou meetings dans lesquels se réunissaient dix, vingt, trente et quelquefois, s'il faut en croire l'exagération britannique, soixante-dix mille personne». Grand et gros, réjoui et goguenard , il allait de grande ville en grande ville dans les districts manufacturiers de l'Angleterre , catéchisant à sa façon la multitude sans pain et sans chaussure, mais non sans genièvre, s'apitoyant sur le pauvre marin mis à la demisolde, criant haro sur Castlereagh, et sur la cour, et sur les sinécuristes , et sur les bouchers de Waterloo, et sur la chambre des communes; et pour talisman, pour remède à tous maux, présentant à tout propos la réforme radicale, qui, comme on sait , se résume par cinq points principaux : l'annuité des parlements, le suffrage et l'éligibilité universelle, la suppression de l'armée permanente, la prohibition des sinécures, la réduction de la liste civile. Veut-on avoir uq échantillon de son éloquence? Voici de quelle manière à peu près, au début de sa carrière oratoire, il s'exprimait le 1g septembre 1816, au milieu du meeting de la place du palais qu'il présidait : « Pitt n'a été « qu'un grand voleur, un chien homicide, plus « éhonté que ce Walpolc qui offrait de la main à « la main le billet de cinq cents livres sterling à » ses créatures, ou bien le plaçait sous la serviette << de ses convives, l'itt avait des consciences et des n gosiers à tout prix : ainsi Ilorner était à deux « mille livres sterling, Ponsonby à quatre mille, « d'autres à dix, à vingt, à trente mille; mon « vieil ami lord Camden a l'an passé touché trente- " huit mille quatre cents livres sterling à la tré- « sorerie, où il ne fait rien.... En vérité, messei- « gneurs, vous me rappelez le maraudeur qui « gruge l'oie d'un pauvre paysan et lui laisse l'a- '< bâtis, ou mieux encore ce voleur de grand che- « min qui prend au passant un billet de mille «< livres et lui jette un penny pour passer la bar- « rière ! Ne voilà-t-il pas de quoi crier merci?... « La souscription a déjà produit trente-trois mille « livres sterling ! Eh bien , la souscription de tou* « les riches de l'Angleterre pour les pauvres a « moins produit que les pauvres ne donnent en « un an à un seul riche, à lord Camden !... Ud « Français a donné deux cents guinées ! faut-il ■ que les braves marins de la vieille Angleterre « tendent la main dans le pays qu'ils ont sauvé, « et tendent la main à l'aumône d'un Français? « Les gentlemen de campagne auxquels j'appar- « tiens ne sont guère plus heureux ; ils eotreuen- « nent les grands pauvres au-dessus d'eux, ils « payent les petits pauvres au-dessous, et ils ne n peuvent payer le marchand qui ne peut payer » l'ouvrier, lequel ne peut payer son pain...» Le 16 novembre suivant, à la première assemblée de Spafields, du haut du char numéroté que l'auditoire trouvait aristocratique : « D'où rient, dit- « il, que pour vous haranguer, mes amis, on est « venu me chercher à cent milles, moi obscur
« gentleman qui fais valoir mes terres ? « donc qu'il manque de gens qui se disent vos « amis, «qui font avec fracas de l'opposition au « gouvernement ? Non , mais c'est que ces whlgs « ne s'inte'ressent point à vous , n'osent élever la « voix pour vous , et lors même qu'ils le pour- « raient , ne feraient rien pour vous ! Vous avez « deux sortes d'ennemis, les loups qui vous pouri suivent et vous dévorent au grand jour, et les « loups couverts de peau de brebis. Craigne* « ceux-là plus que les autres. Ceux-là, ce sont les « whigs ! les torys sont loups loyaux et sincères. « Voulez-vous voir comment les uns et les BUtres « vous rongent jusqu'à l'os ? Je vais vous lire un » petit extrait d'un petit livre imprime' par ordre « de la chambre des communes qui , par Dieu ! « ne se doutait pas de l'usage que j'en vais faire.
« Liste des pessioss Eh bien , vous le
« voyez, les loups de toute couleur s'entendent « contre tous; torys et whigs vous tondent éga- « lement. Dix livres sterling de pension au matc- « lot qui a sauvé le navire le Royal-Charlotte ! dix « mille livres sterling par an à lady C... sur son • sofa ! Or, dites-moi à quoi servent lady C***, « lady et tant d'autres ladies pensionnées? « Siqudqu'un répond que Leurs Seigneuries sous- « crivent pour vous (avec l'argent de votre poche), « que moi Hunt je souscris pour bien moins « qu'elles, que nous ne sommes pas si à plaindre, « puisque nous fumons et que nous buvons un «verre d'ale, que nos délibérations sentent le « genièvre et le grog, eh bien , ce quelqu'un est « encore utl loup à peau de brebis, c'est moi Hunt « qui le certifie ! » Il prit cinq ou six fois la parole dans ce meeting, et ses déclamations incendiaires, grotesques parfois, mais qui n'en allaient que plus sûrement à leur adresse , exaltèrent au plus haut point les dix ou douze mille têtes rolles qui s'agitaient autour de lui. Le meeting de Palace- Yard s'était fermé après avoir reconnu l'urgence d'une réforme radicale ; celui de Spafields alla plus loin : il résolut d'adresser au prince-régent une pétition qui énumérerait les griefs par suite desquels avait eu lieu la réunion; il chargea Hunt de la rédiger et de la présenter. La démarche ne fut pas heureuse : Hunt, armé de la fameuse pétition, se présenta un beau matin aux portes du
Palais, et fut éconduit, m qu'on n'était admis à audience du prince-régent qu'après des formalités qu'il n'avait point remplies. Il se rejeta sur le ministre lord Sidmouth, qui consentit à le recevoir et qui l'écouta patiemment , sans doute afin de pénétrer ce qu'il comptait faire ultérieurement et d'étudier son caractère. L'entrevue, comme do raison, ne produisit rien ; et à un second meeting de Spafields, tenu le 2 décembre, Hunt, après s'être pavané en landau et avoir déployé ses talents de jockey, dont il ne se glorifiait pas moins que de ceux d'orateur, déplora prolixement l'obstination des sangsues du peuple, en conclut qu'il était de plus en plus nécessaire de s'unir
pour triompher de leur égolsme , proclama pourtant que toute violence et toute émeute gâteraient la sainteté de la cause populaire, et termina par les résolutions suivantes, qui furent adoptées avec un tonnerre d'appfâudistementt : 1° le peuple anglais s'abstient de toute sédition et révolte; 2" la représentation nationale est corrompue; on répond aux doléances, aux suppliques du peuple par des charges «le cavalerie : que l'univers juge où est la brutalité, l'abus de la force ; 3° la misère de la Grande-Bretagne est un fait avéré, notoire; 4° il est ridicule de faire une aumône de deux sous à l'homme auquel on vole à coups de taxes la moitié de son gain; l>° les causes des taxes (qui elles-mêmes sont causes de tout le mal) sont ia dette, les pensions, l'énormilé de la liste civile, la permanence de l'armée, le papier-monnaie; t»° nulle de ces institutions abusives n'existerait si la chambre des communes était la fidèle représentation du peuple; 7° donc il faut une réforme parlementaire, en d'autres termes, il faut que la chambre soit annuelle, que tout Anglais de vingt et un ans soit électeur, que tout électeur soit éligible ; 8° à la ehainlire on votera au scrutin secret; 9° on présentera de nouveau une pétition au prince-régent ; cette pétition sera signée de tout bon Anglais. 11 y avait certes un grand art dans la modération apparente de ces conclusions opposées à la violence des invectives par lesquelles Hunt y préludait; mais là il était dirigé parllobhousc et Uurdett, les vrais chefs du parti. Les protestations pacifiques de ces meneurs n'étaient au fond qu'hypocrisie : leur pian était, s'ils n'arrivaient incessamment au pouvoir par la forme légale, de s'en saisir par l'insurrection, et une fois qu'ils en seraient nantis, n'importe comment, de dépecer la Grande-Bretagne en dix-huit Ëtats distincts qui formeraient ensemble un corps fédéralif : Hunt n'était point oublié dans l'organisation «le ce gouvernement modèle , il devait devenir lord chief-justice. Heureusemeut ces plans furent éventés, et le cabinet sut parfaitement à quoi s'en tenir sur chacun des coryphées du radicalisme. Aussi quand Hunt, en 1817, se mit sur les rangs pour l'élection de Bristol , c'est vainement qu'il tonna du haut des hustings; il eut la doideur d'échouer. Il ne fut pas plus heureux l'année suivante à l'élection de Westminster, en dépit de ses hautes prétentions et des lettres emphatiques par lesquelles il promettait d'être incorruptible : le nerf de la guerre et des élections,, l'argent, manquait; et pourtant il en dépensa beaucoup, et la caisse des radicaux aussi! mais celle du ministère était, on le sent, bien mieux garnie. Hunt eut même l'humiliation, en pérorant du haut des hustings, de se voir menacé de coups de cravache par un nommé Dowling. Il se vengea de cet antagoniste quelques jours après en le battant en pleine rue, parce qu'il ne voulait point boxer avec lui. En 1817, il avait tenu un meeting à Bath dans la grande çour de sa
maison , et une troisième assemblée à Spafields; en 1818, il présida le meeting de Westminster, re'uni pour discuter les privilèges de la nation , et il y fit adopter une Bemontranee aux ministres sur la fréquente violation des droits du peuple , qu'il transmit à lord Sidmouth en l'accompagnant d'une déclaration très-insolente , qu'il regardait naïvement comme modérée. Le ministre refusa de faire lire au prince-régent des pièces si inconvenantes, et sur la demande du démagogue il les lui renvoya. Ilunt alors le désigna aux haines et presque au poignard de ses radicaux, en lui écrivant dans une lettre qui fut bientôt publique : « Vous êtes le premier ministre d'État qui ait in- « terposé officiellement son autorité pour empê- « cher ces communications entre le monarque et i la nation , si essentielles à la gloire de l'un , a
• la prospérité de l'autre » (4 sept. 1818). Son audace alors croissait à chaque instant, et aux efforts par lesquels on essayait de la paralyser, de la punir, il ne répondait que par des moqueries. Dowling avait porté plainte contre lui : « On a beau- « coup exagéré , dit Ilunt , les coups que j'ai portés
* à M. Dowling; je ne lui ai administré qu'une « correction légère. » Cette explication ironique n'était pas faite pour amener son acquittement; mais on ne prononça contre lui qu'une amende de cinq livres sterling au profit du roi , punition plus ridicule peut-être qu'un acquittement complet. Quelque temps après, son frère, sourd-muet de naissance, et l'alné de ses fils s'embarquèrent pour la Nouvel le-Orléans, se proposant de mettre en valeur un vaste domaine chez les Illinois : le bruit courut que Ilunt lui-même allait les suivre, et que, las des tracasseries du ministère et de l'ingratitude de ses concitoyens, il allait Unir sa vie dans ces régions lointaines. Soudain il se bâta de rassurer ses amis et ses dupes (dont peut-être il avait à dessein fait naître les alarmes), et , par une lettre aux journaux radicaux , il déclara que la Grande-Bretagne le verrait combattre jusqu'au dernier soupir les vendeurs de bourgs. Effectivement, l'année suivante, dès le mois de janvier, en dépit de la prohibition des magistrats , il vint tenir et présida un meeting à Manchester, à l'effet de demander le rappel du bill relatif au commerce des grains. Hunt partageait et flattait tous les préjugés de la populace : comme elle, il croyait la liberté du commerce des grains une cause de famine et de détresse, et il en demandait à grands cris la suppression ; ces huit mots : Point de loi sur le commerce des grains devinrent une des devises , une des formules sacramentelles du radicalisme. Sans doute il est simple que la tourbe des grandes villes ne comprenne rien à l'économie politique ; mais le gentleman Hunt, en sa qualité de propriétaire, eût dû sentir que cette réprobation du prolétaire pour l'exportation et la libre circulation des grains n'est bonne qu'à déprécier les céréales et à diminuer les revenus et les salaires «le quiconque possède, de quiconque cultive le sol. Au
reste, tout fut en harmonie dans cette brillante réunion, l'auditoire et les orateurs, les principes et le langage, le but et les moyens. Les tréteaux où s'égosillaient à tour de rôle knight, Ogden, Mitchell et Hunt, s'abattirent fOM leurs poids, mais les orateurs se relevèrent sains et saufs, et continuèrent à gesticuler; de violentes menaces et des recommandations pacifiques bigarraient leurs discours; ils suppliaient si perpétuellement leurs fidèles amis de ne point se révolter contre la tyrannie qu'ils les forçaient de songer à tout instant à la révolte. Ceux-ci criaient à vingt reprises : Vire Hunt ! Hu»t et la liberté l Beaucoup portaient avec affectation le bonnet rouge. Cependant, grâce à la prudence des magistrats, la journée se passa sans désordre, et l'on en fut quitte pour des harangues, liais une sourde agitation régnait par toute la ville : les habitants se partageaient en deux camps , les admirateurs et les antagonistes de la réforme. Si Hunt croyait les premiers capables tic faire la loi sans difficulté à leurs adversaires, il s'aperçut bientôt qu'il était dans l'erreur. Trois jours après le meeting , il se rendit au spectacle dans une loge d'avant-scène , avec Cbapman et deux autres amis, comptant sur une espèce de triomphe. Mais chaque parti était à son poste : à son entrée une salve d'applaudissements et une salve de sifflets le saluèrent. Bientôt l'orchestre joua le God tare the king : contrairement à l'usage où sont tous les Anglais de se tenir debout pendant cet air, Hunt et ses amis s'avisèrent de rester assis. Sur quoi des officiers de hussards allèrent, suivis de bon nombre de curieux, enjoindre aux quatre démagogues de su lever tandis qu'on recommencerait l'air; et, comme tous quatre résistaient , ils les mirent à la porte de leur loge. Hunt pourtant y rentra bientôt avec son monde , mais l'inévitable Godsave the king recommença , et cette fois il fallut se lever. Le lendemain au matin il fit poser partout Manchester une affiche promettant cinquante guinées de récompense à celui qui lui désignerait le coquin qui la veille, en compagnie de messieurs les hussards, avait volé la montre de son ami Cbapman, et sur ses indications on arrêta un Manchestérien (Torr) que quelques jours après on acquitta. Le soir, il comptait renouveler au spectacle le scandale de la veille, mais dans une salle remplie de ses adhérents; heureusement les magistrats prévinrent des rixes qui n'eussent point manqué de devenir sanglantes en interdisant le spectacle. Manchester n'en resta pas moins le centre des opérations des radicaux, ou du moins partagea ce triste honneur avec Londres. De là partaient les publications radicales les plus audacieuses, C Observateur, Us Gorgones, les Méduses. U Nain noir, et une foule de pamphlets qui , directement et indirectement, conviaient la misère à la sédition. A Manchester, et dans toute cette région populeuse et manufacturière qui l'environne, s'organisaient des clubs nombreux de réformateurs et même aussi de réformatrices, ne reculant
devant aucun moyen de propagande. Aux environ* de Manchester, dans les terrains vagues, s'exerçaient à la manœuvre et au maniement des armes de fortes bandes en bonnets rouges et en guenilles : il est vrai que pour armes elles n'avaient guère que des bâtons. Cependant il était urgent que le gouvernement prit un parti. Pendant que Hunt entretenait la fermentation à Londres, Wailhman, qui faisait partie du corps municipal en qualité d'alderman, forma dans l'ombre un complot qui devait commencer par l'incendie de quelques quartiers de la ville, lin placard anonyme, en annonçant un grand meeting à Smithûeld, proclama ouvertement la révolte. « Si nos vœux peu- « vent se réaliser sans effusion de sang , à la bonne « heure! mais s'ils ne le peuvent, advienne que « pourra. » Telle était la pensée paraphrasée par cinq ou six formules différentes, dans ce document sincère du moins autant qu'atroce. Les radicaux le désavouèrent, et, selon la tactique révolutionnaire connue, l'attribuèrent au gouvernement. L'assemblée se tint pourtant : un chariot à charbon servit de tribune à Hunt et aux digne» acolytes qui le relayaient : le grand agitateur était en train de dire qu'on l'avait menacé de mort s'il osait tenir le meeting , et proposait des resolutions qu'il voulait faire voter en masse, lorsqu'un constate vint arrêter sur son chariot Harrison , un de ses compagnons : Hunt engagea le mob à rester impassible spectateur de cet acte t> im unique et à s'envelopper d'un calme majestueux , ajoutant héroïquement que lui-même, s'il était ainsi saisi en vertu d'un mandat légal , livrerait sans mot dire sa personne au magistral. Toutefois cet incident amortit un peu sa verve, et le meeting se termina par le vote pur et simple d'une pétition nouvelle au prince-régent; pétition qui, comme les autres, ne lui fut pas présentée. Bientôt l'élection d'un shérif à Londres vint lui fournir une autre occasion de se montrer. Le lord-maire s'était prononcé avec horreur contre le complot : les radicaux, qui en niaient l'existence, résolurent de profiter de la réunion électorale pour censurer sa conduite : YYaithman présidait. A la motion déjà très-dure par laquelle une fraction des assistants réprouvait la conduite du lord-maire, Hunt, après ses déblatérations habituelles contre les adhérents du gouvernement, et spécialement contre ceux qui parlaient sans rire du grand complot, « auquel, « dit-il , ne croyaient pas dix vieilles femmes en « Angleterre, » proposa une résolution plus outrageante que la première pour le magistrat, et, à force de criaiUeries, la fit adopter. Ce ne fut pas sans résistance de la part de Waithman, avec lequel même il eut une altercation très-vive : « Ma résolu- ■ tion est un amendement , vous devez la mettre « aux voix la première. — Je l'y mettrai bien, mon-
• sieur Hunt, sans que vous veniez me beugler aux « oreilles comme un taureau. — C'est pourtant ce
• que tous ne m'empêcherez pas de faire, mon- « sieur Waithman, en grognant comme un veau. »
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Le colloque dura encore quelque temps sur ce ton entre les deux gentlemen, qui pourtant ne se brouillèrent pas pour si peu. Du reste, si les radicaux eurent le dessus tant qu'il ne s'agit que du blâme à infliger au lord-maire , ils ne purent empêcher leurs adversaires de triompher pour la nomination du shérif. C'était le 26 juillet. Ils se promirent de prendre leur revanche au grand meeting de Manchester, de longue main annoncé pour le 9 août. Le but de cette assemblée était, suivant la version hypocrite des meneurs, d'entretenir les auditeurs de l'impossibilité où leurs mandataires s'étaient trouvés de présenter la dernière pétition au prince-régent , et de leur faire un appel solennel sur les moyens d'établir des communications entre la nation et le roi. Mais quels auraient pu être ces moyens , sinon le triomphe d'une insurrection et la création d'une magistrature révolutionnaire , interprèle et fondée de pouvoirs de la populace qui s'appelait la nation? c'est à ce résultat que Hunt et des hommes plus énergiquement trempés que lui, quoique moins habiles à manier la passion populaire, amenaient graduellement les masses; mais tout n'était pas prêt encore pour l'explosion. Le gouvernement, qui depuis trois ans n'avait fait que céder du terrain et mollir, choisit enfin cet instant décisif : il était temps. Il ne se borna plus à prohiber comme par le passé la tenue du meeting et à recommander de ne pas s'y rendre, cette fois il prit de* mesures décisives pour la répression. Tandis que Hunt faisait son entrée triomphale à Manchester, que les réformistes s'attelaient à son qig aux cris de Hunt à jamais! qu'on distribuait des pamphlets avec des cigares, les magistrats mirent sur pied les constatées, la yeomanry, et firent venir un régiment de hussards. Le meeting remis du 9 au lt> s'ouvrit pourtant ce jour-la : soixante-dix mille personnes au moins s'y rendirent de tous le* points de la circonférence dont Manchester est le centre : ces sinistres auditeurs venaient, non plus un à un comme par le passé, mais par bandes de deux à trois mille hommes. Chacune avait son drapeau , et sur le drapeau sa devise ; une d'elles était ainsi conçue : « Mourons en hommes et ne « nous laissons pas vendre en esclaves! - On distinguait aussi des escouades , des bataillons de réformatrices , quelques-uns avec des drapeaux de soie. Mais l'intervention de la force armée coupa court aux délibérations à peine ouvertes. Hunt n'avait guère eu que le temps de se plaindre de la mauvaise disposition des hustings placés à rencontre du vent, de manière à emporter sa voix, lorsque la cavalerie de la yeomanry se mit en marche. 11 l'aperçut, et par ses gestes sembla la détier. Elle s'approcha pourtant, perça jusqu'à l'échafaudage où il trônait avec ses amis, et l'enveloppa. Un magistrat de police le déclara prisonnier, ainsi que tous ceux qui étaient avec lui sur les tréteaux. Il ne résista point et se laissa conduire au bureau de police , affectant le plus grand
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respect pour le mandat du magistrat, et seulement feignant de craindre que le parti du gouvernement ne l'insultât en route. Pendant ce temps le tumulte régnait sur la place. Bien que privée de ses chefs , la foule restait réunie et murmurait des menaces : plusieurs charges de cavalerie la dispersèrent enfin; mais il en coûta du sang, et quelque temps encore l'exaspération des radicaux fut effrayante : on parlait mime de délivrer Hunt par la violence. Mais l'arrestation des principaux meneurs les avait frappés de terreur. A partir de cet instant, l'état de fièvre morale à laquelle le pays était en proie alla décroissant. La convalescence fut lente et longue, il est vrai. Hunt , au bout de onze jours de détention provisoire, subit un premier interrogatoire dans lequel il déploya de l'adresse et de l'aplomb, surtout au contre-interrogatoire des témoins à charge. Toutes ces subtilités ne pouvaient pourtant prévaloir contre l'évidence : il fut mis en prévention et assigné à comparaître devant le grand jury de Lancastre. Cependant il obtint sa liberté sous caution. Dans l'intervalle qui devait s'écouler jusqu'à la décision de son sort , il voyagea suivant son usage de ville en ville, fut fété à Preston, à Blackburn, è BoIton,à Manchester, à Londres, où mime une espèce d'ovation signala son entrée, et il sembla de temps à autre faire de son mieux pour s'entourer d'une popularité menaçante. Aux élections générales qui eurent lieu sur l'entrefaite, il se présenta pour représenter le bourg de Preston , et probablement il eût été nommé si l'on n'eût hâté son procès. Il écrivit aussi diverses lettres un peu du style de celles qui jadis lui conciliaient les sucrages de la tourbe , et accusa de calomnie le New Times, qu'il ne put venir à bout de faire condamner, ce qui lui fournit l'occasion de crier au déni de justice. Au total cependant il ne s'abandonna pas, comme on eût pu le penser, à toute la fougue de son caractère : la prison et l'amende lui faisaient peur, il obéissait assez souvent à l'instinct qui l'engageait à ne pas se compromettre davantage. C'était le moment où Thistlewood, associé de ses prédications réformistes, venait de voir échouer sa conspiration et allait avec ses complices expier son crime au gibet. Hunt alla jusqu'à décliner l'offre que lui firent les radicaux de présider plusieurs meetings, et il atteignit ainsi l'époque fatale. L'affaire, renvoyée aux assises d'York, fut appelée le 15 mai 1820. Il se défendit lui-même, et peut-être eut-il tort : il eût fallu au moins en cette occasion saisir avec hardiesse, avec ampleur le rôle de martyr, et exposer superbement son système, ses motifs, sa ronduite, au risque d'être plus fortement frappé par ses juges; mais il eût fallu pour cela avoir le cœur haut. Il ne chercha au contraire qu'à travestir aux yeux de ses juges la nature et la portée de ses actes. Cependant il n'esquiva point la punition : le tribunal le condamna à deux mois et demi de détention, à mille livres sterling d'amende et à fournir, cinq
ans durant, caution au sortir de sa prison ; vainement il demanda la révision du jugement. Son appel rejeté, il fut conduit à l'étroite et sale prison d'Ilchester, où il n'eut pas même le triste avantage de la détention solitaire, car on l'y logea en compagnie de voleurs et de bandits. Hunt n'était pas fait pour se taire en semblable occurrence ; mais ses réclamations ne servirent qu'à le faire traiter un peu plus mal par le gardien de la prison ; et quand ensuite il élabora des pétitions pour le déuoncer, pour signaler l'insalubrité de l'édifice, on n'en* tint compte pour l'instant : plus tard, il est vrai, on fit droit à l'une et à l'autre demande : le geôlier fut destitué, et la prison changea de face. Malgré son antipathie pour Hunt, Burdett, alors membre de la chambre des communes, fit aussi un elï'ort pour le captif. Le but de sa proposition était de tenir les esprits en éveil et de ranimer l'exaltation que chaque jour alors éteignait : elle ne pouvait réussir et ne réussit point. Le gentleman de Weddington subit sa peine en totalité, et ne quitta la prison que le 11 novembre 18ii. Sa sortie fut annoncée pompeusement dans tout le parti radical , et les ovations recommencèrent à Londres et ailleurs; le comté de Somerset lui offrit un beau vase d'argent. Mais les révolution* naires eux-mêmes sentaient ce qu'il y avait de factice et de vide dans ces démonstrations. On se lasse d'adorer toujours la même idole; la fatigue les gagnait. Puis Hunt s'était montré vraiment trop peu homme de main ou homme de tête pour conserver une influence prédominante. Cependant le parti de la réforme avait changé de lactique, il procédait avec moins de violence. Hunt resta d'abord un des coryphées et en quelque sorte l'enfant perdu de la secte; il devint l'éditeur du journal le Libéral, dont la virulence le mit bien vite dans le cas de comparaître devant le jury pour être encore une fois condamné , ce qui ne manqua pas. Mais quelque temps après, soit que son humeur querelleuse et arrogante eût froissé des susceptibilités peu endurantes, soit qu'on s'ennuyât d'entendre toujours son nom comme celui du plus célèbre des radicaux, soit que réellement il fut coupable de ce dont le soupçonnèrent ses camarades d'émeute, il se brouilla avec les chefs du radicalisme. Dépositaire de quelques sommes produites par les cotisations révolutionnaires, il ne put en justifier l'emploi. On l'accusa d'en avoir détourné des parties à son usage, et cet épisode diminua singulièrement sa popularité. C'est vers cette époque qu'il imagina de se faire débitant d'un cirage de son invention : non content tl'en placer des dépôts sur tous les points de la Grande-Bretagne, il parcourait lui-même les villes, les bourgs, les comtés dans sa voiture, prônant, vendant se» bouteilles en véritable marchand d'orviétan, et renouant ainsi le fil de ses relations avec ses anciens admirateurs, ce qui était probablement le but réel de ses courses. Nous ne savons point ce qu'il y gagna au juste; mais il continuait
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de faire fort bonne figure. Il vint même se montreren France, où son nom dtait connu plutôt que son rôle, et vendit aux badauds parisiens de ce fameux cirage. Au milieu de ces parades , la comédie de quinze ans se terminait dans ce pays. En Angleterre, Guillaume venait de remplacer sur le trône George IV; l'utopie de la réforme allait enfin passer dans les réalités de la constitution. Hunt en ce moment reparut sur la scène plus radieux que jamais : le rejet du bill de réforme par la chambre des communes, en 1851, avait amené la dissolution du parlement : réconcilié tant bien que mal avec les réformistes, toléré, 6inon secondé par le cabinet, il se présenta derechef à Prestoo, et cette fois il fut élu. Sa physionomie oratoire dans cette chambre où il avait tant ambitionné un siège fut terne et pâle ; cinquante orateurs l'éclipsaient en logique, en souplesse, en fécondité, en élégance, en tactique parlementaire. Toutefois, il faut lui rendre cette justice, que sur les bancs comme à la tribune il fut fidèle a son caractère. Repoussant à haute voix les reproches d'apostasie, de vénalité, il ne cessa de demander avec bien plus de bruit que d'adresse, et bien plus de ténacité que d'à-propos, la réforme la plus large, la plus radicale. En 1831, année qui vit rejeter à la chambre des lords le bill admis par les communes, il demanda que celles-ci prissent une résolution portant que toute influence dans l'élection des représentants constituait un attentat aux privilèges de la nation, et serait punie la première fois par un emprisonnement d'un an à la Tour et une amende de dix mille livres sterling; en cas de récidive, par vingt mille livres sterling et deux ans à Newgaie; en cas enfin de seconde récidive, par l'extinction de la pairie. En 1832, il s'éleva contre l'habitude de répondre au discours de la couronne par une adresse qui en reproduisait pas à pas la marche insignifiante, et contre l'usage des ministres eux-mêmes, qui dans ce document parlaient de tout ce qu'il était inutile de dire et ne sonnaient mot des difficultés de la situation. Il proposa que la chambre s'ajournât , réclamant du ministère un exposé nouveau et sincère de l'état de la Grande-Bretagne. Relativement à la réforme, il demanda que quiconque payait la moindre taxe concourût aux élections. Ce n'est pas là le suffrage universel; mais un pas encore, et l'on y arriverait. Au reste, Hunt n'avait jamais parlé que du suffrage universel des contribuables, et en cette occasion encore U était fidèle à luimême. Appuyé par sept voix seulement, il reproduisit sa demande sous une forme nouvelle en la retournant. « Que tout citoyen privé du droit «électoral, dit-il, soit par cela même déclaré m exempt de taxes. » Celte fois il n'eut pas même une voix pour lui. « Au moins, dit-il alors, que ■ le bill n'empire pas la condition des bourgs qui m n'ont jamais été sujets au moindre reproche. « Preston , qui m'envoie à vous , comptait de sept « à huit mille électeurs par le passé : la présente
« loi réduit ce nombre à huit ou neuf cents; sti- « index une exception en sa faveur. » Cet appel ne fut pas plus entendu que les précédents. Malgré ces mécomptes, Hunt eut plaisir à voir enfin passer le bill. Il survécut trois ans encore à ce triomphe, et il ne mourut qu'en 1838. P — ot.
HUNTER (Robert), écrivain anglais, fut nommé, en 1708, lieutenant-gouverneur de la Virginie; mais ayant été pris par des Français dans la traversée, il fut retenu prisonnier à Paris, où le doyen Swift lui adressa deux lettres qui font un égal honneur à tous deux, et qui se trouvent dans le douzième volume des œuvres du doyen. Hunter était déjà connu alors par sa Lettre sur t'enthousiasme, qui a été attribuée à Swift, et plus généralement au comte de Shaftesbury; ce qui fait assez son éloge. C'est, à ce qu'il paratt , tout ce qu'il a écrit, quoiqu'on lui attribue une farce intitulée Audroboros : mais cette seule lettre sur l'enthousiame a suffi pour lui procurer une assez grande célébrité. H partit, en 1710, pour New- York avec le titre de gouverneur, accompagné de deux mille sept ceuts Palatins qui devaient s'y établir et y travailler à des objets de marine. Il fut par la suite gouverneur de la Jamaïque, où il mourut le l«r mars 1754. !..
HUNTER (William), célèbre anatomiste et médecin écossais, né en 1718, à Kilhride, dans le comté de Lanark, étudia d'abord avec succès au collège de Glascow. Quelques entretiens qu'il eut avec le docteur Cullen , à Hamilton, décidèrent le choix de sa profession. En 1737, il vint résider dans la maison de Cullen, et il y passa trois années, qu'il regarda comme les plus heureuses de sa vie. Il alla ensuite a Edimbourg, OÙ il profita surtout des leçons d'Al. Monro, et de là à Londres, où il fut accueilli par le docteur Smellie. Le docteur Douglass, déjà avancé en âge, jeta sur lui les yeux pour qu'il l'aidât dans ses travaux anatomiques, et il lui confia en outre l'éducation de son fils. Hunter devint alors aide-chirurgien de l'hôpital de Saint-George. Il communiqua en 1743 à la société royale de Londres un k**ai sur la structure et les maladies des cartilages d*s articulations, qui prouvait déjà de grandes connaissances en anatomie. Il y démontrait que les cartilages sont formés de fibres qui s'élèvent perpendiculairement à l'extrémité de l'os. Il commença , quelques années après, des cours particuliers de chirurgie et d'analomie , qui eurent beaucoup de succès. 11 fut élu, eu 1747, membre de la corporation des chirurgiens. Quoiqu'il ait toujours paru dédaigner la chirurgie, il la pratiqua d'abord conjointement avec l'art des accouchements, où son adresse supérieure et ses manières nobles et affables lui procurèrent bientôt une grande vogue. Il fut successivement accoucheur de deux hospices de maternité. On le consultait en même temps comme une autorité sur toutes les maladies dont le siège était incertain. En 1730, ayant reçu le doctorat à l'université de Glascow, il commença •
exercer la médecine, et , dès l'année suivante, travailla à son principal ouvrage sur l'anatomie de b» matrice. 11 devint, en 1764, médecin extraordinaire de la reine. La multiplicité de ses occupations l'obligea de se soulager de ses cours en s'adjoignant W. Hewson , auquel succéda Cruikshank. La société royale l'appela dans ses rangs en 1767, et celle des antiquaires l'année suivante. Lors de l'établissement d'une académie royale des arts, il y Tut nommé professeur d'anatomie, et, par son zèle et ses lumières variées, il répondit bien à ce choix judicieux. Il succéda, en 1781, au docteur J. Fothergill, comme président de la société des médecins de Londres. La société de médecine de Paris et l'Académie des sciences l'élurent un de leurs associés étrangers. C'est en 1774 que parut en latin et en anglais son Anntomia uteri humant gravidi, Birmingham, Baskerville, in-fol., orné de 54 planches , où les objets , de grandeur naturelle, sont représentés avec autant de vérité que de précision. Il avait été considérablement aidé dans ce travail par son frère J. Hunter: comme il manquait un texte à cet ouvrage, le docteur Baillie, neveu de l'auteur, a suppléé à cette lacune en rédigeant, en partie d'après les papiers de son oncle, une Description anatomique de l'utérus humain et de son contenu, publiée en 1795, gros in-4°. Les autres écrits de W. Hunter sont principalement : 1° une Dissertation sur l'incertitude des signes de mort violente dans les enfanU nouveaunés; 2° des Réflexions sur la section de la symphyse du pubis, où il se déclare contre cette opération; 3° quelques écrits réunis dans ses Commentaires médicaux (1762); 4° des Observations sur des os de quadrupèdes trouvés près dr l'Ohio. etc. (dans les Trans. philos.}; 5° et enfin des écrits inédits «le peu d'étendue. Célibataire, et vivant avec une extrême frugalité, Hunter eut bientôt amassé une fortune considérable. Après qu'il se fut assuré l'indépendance à laquelle il avait aspiré, il forma le projet d'employer le surplus de ses richesses à ■établir à Londres une école d'anatomie, et voulut en être le seul fondateur. Sur un terrain qu'il acheta , il fit bâtir une maison spacieuse qui offrit un vaste amphithéâtre, divers appartements pour les cours et les dissections, et une superbe salle qu'il destina à contenir un muséum. La formation de ce muséum, composé d'abord uniquement d'objets d'anatomie, et où il rassembla ensuite aussi des fossiles, des livres, des médailles, etc., l'occupa jusqu'à sa mort, conjointement avec sa pratique et ses cours, qu'il n'ab.mdonna jamais. Ce muséum jouit d'une grande célébrité : il est riche surtout en livres grecs et latins. Une partie des médailles grecques qui s'y trouvent a été décrite par le docteur Combe, sous le litre de Nummorum veterum populorum et urbinm qui in museo G. Hunter asstreantur descriptio Jiguris illuttrata, 1783, in-4°. Les dernières années de sa vie , Hunter fut tourmenté par de vives douleurs de goutte. Il mourut le 30 mars 1783, avec une tranquillité d'âme re-
marquable. Se tournant vers M. Combe, qui était près de son lit : « Si j'avais, disait-il, assez de « force pour tenir une plume, j'écrirais combien « il est aisé et doux de mourir. » Il laissa son muséum, avec des fonds pour l'entretenir et l'augmenter, à H. Baillie , tenu de le remettre après trente ans à l'université de Glascow, qui le possède actuellement. Le docteur Foart Simmons a écrit la vie de W. Hunter. Comme opérateur, il était circonspect jusqu'à la timidité. On lui a reproché une vivacité excessive dans la controverse; il la manifestait surtout quand il soutenait ses droits à quelques découvertes anatoraiques qu'on lui contestait. L.
HUNTER (Jkam), frère du précédent, célèbre chirurgien, naquit, en 1728, à Long-Calderwood, en Êcosse, et mourut le 16 octobre 1793. Sa famille était pauvre. Il savait à peine lire et écrire à l'âge de vingt ans, et se disposait à prendre le métier de soldat, lorsque William, son frère, qui déjà était un chirurgien distingué, l'appela auprès de lui pour l'aider dans ses opérations et dans ses dissections anatomiques. Bientôt Jean Hunter montra tant d'aptitude pour ces divers travaux , que son frère résolut de ne rien épargner, aûn de l'instruire complètement dans toutes les parties de son art. Ses progrès furent rapides; il contribua aux découvertes que William Hunter fit sur le système des vaisseaux lymphatiques et sur ceux de l'utérus. Lui-même en fit d'importantes en névrologie, en angeïologie et en anatomie comparée : ainsi il suivit les ramifications i lu nerf olfactif sur les membranes du nez; il reconnut la route, jusqu'alors ignorée, de quelques-unes des branches delà cinquième paire de nerfs; il injecta les artères de l'utérus dans l'état de gestation, et les suivit jusqu'à leur épanouissement dans le placenta. Hunter découvrit aussi chez les oiseaux l'appareil des vaisseaux lymphatiques. L'anatomie comparée devint pour lui une étude favorite; il s'y livra avec passion, et conçut le projet d'en tirer des lumières générales sur les fonctions de la vie. C'est de cette époque qu'il commença celte collection anatomique devenue célèbre par la suite, et dont la beauté lui fit beau* coup d'honneur parmi les savants. Jean Hunter disséqua d'abord des animaux domestiques de nos climats , et ceux qui y vivent dans l'état sauvage; ensuite il dirigea ses recherches sur le* espèces étrangères et rares qu'il se procurait à prix d'argent, ou que lui envoyaient, de toutes lesj»arties du monde, les personnes qui connaissaient son goût pour ces sortes de recherches. U réunit chez lui une ménagerie d'animaux féroces qu'il essayait d'apprivoiser, et dont il étudiait l'instinct et les mœurs. Jean Hunter avait trentetrois ans et jouissait déjà d'une grande réputation, lorsque, pendant la guerre de sept ans, il prit du service aux armées de sa nation en qualité de chirurgien-major : il s'embarqua sur l'escadre qui fut envoyée pour attaquer Belle-Ue, puis se rendit
en Portugal et ensuite à la Jamaïque. Il eut occasion , par là , d'observer les plaies d'armes à feu , et composa sur ce sujet un excellent traite', le meilleur qu'eût encore l'Angleterre. De retour à Londres en 1765, Jean llunter se livra tout entier à l'enseignement de l'anatomie et de la chirurgie, et à l'exercice de cet art. Il parvint à une haute renommée comme professeur et comme praticien, et il obtint tous les honneurs et toutes les dignités auxquels on peut aspirer dans sa profession. Il fut successivement élu membre de la société royale do Londres, de la société des chirurgiens de la DËiJtj ville , chirurgien extraordinaire du roi. inspecteur général des hôpitaux, chirurgien en chef de l'armée, vice-président du collège vétérinaire de Londres, etc. Toutes ces distinctions ne purent le distraire de ses études favorites : il consacrait les journées à l'enseignement et à la pratique, et tous les soirs, une maison qu'il avait fait bâtir près de In ville était destinée à ses expériences sur divers points de l'histoire naturelle et de la physiologie. Sa collection d'anatomie, commencée dès sa jeunesse, était, en 1787, assez riche pour attirer l'attention des gens du monde; et deux fois par an , il en faisait une démonstration publique. « L'objet île cette collection, dit M. Eve- ■ rard Home, était de montrer les gradations « que suit la nature depuis l'état do vie le plus " simple jusqu'à l'être le plus parfait, l'homme. » Jean limiter, indépendamment des services qu'il a rendus à la science dans la culture de l'anatomie comparée, a contribué à l'avancement de son art par ses belles recherches anatomitjues, physiologiques et pathologiques sur les dents; il a heureu- - sèment expliqué plusieurs symptômes des maladies syphilitiques, quoiqu'il ait avancé quelques paradoxes sur ces affections; il a répandu d'utiles lumières sur l'étiologic de l'hydrophobie; ses recherches ont eu parliculierement pour ohjet de déterminer les conditions du développement du virus rabifîque. Ce savant prouve que la morsure du chien malade n'est pas toujours nécessaire pour propager l'infection , et qu'il suffit quelquefois pour cela que l'animal lèche une plaie. J. Hunter aperçoit une grande affinité entre le tétanos et la rage, et remarque que la course, qui est la suite de l'anxiété extraordinaire qu'éprouve l'animal infecte , contribue à diminuer l'intensité des accidents. Il fixe à dix-sept mois le plus long intervalle qui puisse s'écouler entre la morsure et l'invasion de l'hydrophobie. J. Hunter a publié plusieurs faits curieux sur les bydalides, sur la rétroversion des intestins et sur d'autres points importants de l'anatomie pathologique. En physiologie , cet auteur croit avoir découvert que le sang jouit de la vitalité à raison de la propriété qu'il a de se coaguler. Il soutient que l'élasticité des artères diminue en raison directe du rétrécissement de leur diamètre et de l'augmentation de leur force musculaire. En pathologie, il a laissé des idées vraiment médicales sur l'inflammation,
sur la suppuration , sur la résorption, sur la cicatrice, sur la cause du développement des bourgeons charnus dans les plaies. Il est l'inventeur d'un procédé qui porte son nom pour l'opération «le la fistule lacrymale : il consiste à perforer l'os unguis avec un emporte- pièce. Tant d'utiles travaux placent J. Hunter au premier rang des anatoraistes et des pathologistes de sa nation. Il mourut, presque subitement, d'une maladie dont la cause et le traitement sont encore peu connus , l'angine de poitrine. Il a laissé de nombreux mémoires, imprimés dans les Transactions philosophiques et dans d'autres ouvrages périodiques , et qui ont, pour la plupart, été publiés séparément. Tous ses écrits sont remplis d'aperçus ingénieux, de considérations neuves; mais son style manque de correction et de clarté, défauts qui tiennent à l'insuffisance de ses études classiques. Ses principaux écrits sont : 1° Histoire naturelle des dents humaines et traité de leurs maladies , etc., in-4°, 1771; 2 part., 1778; 2° Observations sur certaines parties de l'èronotnie animale, 1786, in-i°; 3° Traité sur les maladies vénériennes, 1786, in-4°. La publication de cet ouvrage fit, dans le temps, le plus flrand honneur à l'auteur, et le mit en faveur dans l'école française. Il a été traduit en français par M. Audiberli, Paris, 17S7, in-8°, et par G. Richelot, annoté par M. Ricord, Paris, 1815, in-8°avec9 planches. 4" Traités sur tes maladies gui régnent entre les tropiques, 1790, in-8" ; 5° Observations sur les maladies de la Jamaïque. 1 791 , in-8°. Ces deux ouvrages ont contribué à enrichir la médecine pratique de faits utiles, jusqu'alors peu conuus. 6° Traité sur tes plaies d'armes à feu. 1794, in-4" (traduit en fran- » çais par J. Dubar, Ostende et Paris, an 7, 3 vol. in-8°). A la suite de cet ouvrage posthume, M. Evérard Home, beau-frère de J. Hunter, et qui devait à ce dernier son éducation médicale, a publié à son sujet une notice biographique très-complète. L'on peut y recourir pour de plus amples éclaircissements, et pour prendre connaissance de la description des objets généraux dont se composait la riche collection anatomique dont il a déjà été parlé. On trouve une analyse bien faite de cette notice dans la Bibliothèque britannique de 1796 (n° 16, litt. t. 2). La vie de J. Hunter a encore été écrite en anglais par Jessé Eoot, 1794, in-8" de 287 pages, et par Jos. Adams, 1817, in-8°. Suivant le vœu de J. Hunter, le gouvernement anglais fit l'acquisition de son muséum pour 1,500 livres sterling, et le donna au collège des chirurgiens de Londres, à la condition de le rendre public et d'en expliquer le contenu dans un certain nombre de leçons annuelles. C'est en 1810 que l'on a commencé ses leçons (I). F — r.
HUNTER. (Alexandre ou André), médecin anglais, né en 1733 à Edimbourg, étudia son art successivement à Edimbourg, à Londres, à Lyon
(l) Le docteur J.-F. Palmer a donné une traduction de* Œ%vrts complète' d'HunUr, arec de* note* par O. Richelot, Pari», 1B38-42, 4to1. in-&.
sous Lccat, et à Paris sous Petit, et l'exerça à Gainsborough , à Beverley, et enfin à York , avec beaucoup île réputation. Il y concouru! , en 1770. à rétablissement d'une société d'agriculture dont il publia les travaux sous le titre d'Essais géorgiques, en 6 volumes in-8°, 1803-1808. Il s'occupa beaucoup des maladies de l'esprit, fit le plan de l'asile pour les aliénés à York, ilont il devint médecin, et publia des Essais sur des dis de démence. On lui doit aussi une édition de la Sylva d'Evelyn (voy. Evelvn) et plusieurs autres écrits utiles. Il fut membre des sociétés royales de Londres et d'Edimbourg, et membre honoraire du bureau d'agriculture. 11 est mort à York, le 17 mai 1800, à 80 ans. L.
BUNÏEk (Herm)i écrivain écossais, né en 1738, ou, suivant d'autres, en 17 il, à Culross, dans le Perthshire , fut d'abord l'un des ministres de Soulh-Leilh , et ensuite, pendant trente et un ans, pasteur de la congrégation presbytérienne de London-Wall. Il joignait à beaucoup de savoir et de talent, comme prédicateur et comme homme de lettres, un esprit agréable, fait pour briller dans la meilleure société. 11 mourut à Bristol le 27 octobre 1802. On cite parmi ses ouvrages, qui sont tous écrits avec goùl et d'un style facile et naturel : 1° Biographie sacrée, ou suite de discours sur les vies des patriarches, 1786, 3 vol. in-8°, suivis de trois autres en 1702 : c'est un livre qui jouit d'une grande réputation en Angleterre, et qui a eu différentes éditions ; 2° un volume de Sermons estimés; 3° la traduction en anglais des Études de la nature , traduction très-bien faite et qui lui mérita, dit-on, les remerclments de l'auteur, Bernardin de Saint-Pierre; -i0 ta traduction des Voyages de Sonnini en Ègypte ; 3° celle de la Physiognomonie de Laealer, avec des gravures superbes et imprimée avec beaucoup de luxe. C'est un des plus beaux ouvrages typographiques qui aient alors paru ; chaque exemplaire se vendait quarante guinées. limiter ne commença cette traduction qu'après être allé visiter Lavatcr lui-même dans son pays natal. 6° La traduction du sixième volume des Sermons de Saurin; 7° la traduction de la Vie de impératrice Catherine H, par Castera; 8° la traduction des Lettres d Euler à une princesse d'Al- Umaqne, 1705, 2 vol. in-8". . L.
HLNTEfi (Jeax), marin anglais, naquit à Lcitti en septembre 1738. Son père, qui pendant plusieurs années fut commandant d'un vaisseau marchand, se fil accompagner par lui lors d'un voyage à la côte de Norvège; l'enfant y fut témoin d'un naufrage; on eût dit que c'était un présage de tout ce que plus tard il devait subir de traverses et de catastrophes dans la carrière navale. Toutefois, ce n'est pas à la marine qu'il fut d'abord destiné. Placé à l'école de Lyne et ensuite à l'université d'Aberdecn, il sembla d'abord se plier au vœu de son oncle et de sa mère, qui souhaitaient le ▼oir prendre les ordres. Mais cette vocation par avis de famille n'eut qu'un temps : en 1754, il