HOK
adolescence de mademoiselle de Beauharnais. Elle était bonne musicienne , montait parfaitement à cheval , dansait avec grâce. Sur le petit théâtre de la Malmaison , elle se montrait une habile actrice ; elle y portait ce ton d'exquise délicatesse qui la rendait si séduisante dans la conversation. Lors de l'attentat du 3 nivôse, elle se trouvait avec sa mère. Leur voiture , au lieu d'être engagée rue St-Nicaise à la suite de celle du premier consul, débouchait de la place du Carrousel au moment de l'explosion. Hortensc fut légèrement blessée au visage par un éclat de glace ; ce qui ne l'empêcha pas d'assister au spectacle. Dans toutes les fttes offertes à cette époque au roi et à la reine d'Étrurie, ces deux Rourbons qui vinrent faire acte de vassclage devant le pouvoir nouveau, Hortensc avait brillé de cet éclat de jeunesse et de grâce qui faisait d'elle l'orgueil de sa mère et de son père adoptif. Ce fut dans ce temps qu'elle inspira la plus violente passion à un jeune homme de très-bonne famille, mais un peu faible de cerveau. Ce malheureux rôdait sans cesse autour de la Malmaison. Dès qu'llortensc sortait, il courait à côté de la voiture, et, avec les plus vives démonstrations de tendresse, jetait par la portière des fleurs, des boucles de ses cheveux et des vers de sa composition. Se promenait-elle à pied, il se prosternait devant elle avec des gestes passionnés, l'appelant des noms les plus tendres. Il la suivait malgré tout le inonde jusque dans la cour du château. Ilortcnse s'amusa d'abord des extravagances de cet adorateur. A la fin les importunités se multiplièrent au point de devenir insupportables. Il se tenait, à Paris , à la porte des théâtres quand elle devait s'y rendre. Ce manège amusait trop la foule pour continuer plus longtemps : on éloigna le malheureux , qui fut mis dans une maison de santé. Hortense eût été trop heureuse si elle n'avait connu l'amour que par de tels effets; mais, sensible comme on l'est à dix-huit ans, elle avait une inclination qu'elle tint toujours enfermée dans son cœur. Cependant elle n'eût pas refusé la main du générai Duroc, qui vivait depuis longtemps dans la familiarité des dames de la Malraaison : il entretenait même avec Hortense une correspondance suivie; mais soit qu'il n'éprouvût pour elle qu'un sentiment assez faible, soit qu'il eût découvert sa passion secrète pour un autre , il refusa les conditions auxquelles le premier consul lui donnait sa belle-(ille. La rupture fut d'autant plus facile que madame Bonaparte , en butle à la haine jalouse de la famille de son mari, travaillait de toutes ses forces au mariage d'IIortense avec Louis Bonaparte, dans l'espoir de se donner un appui. On l'a même accusée d'avoir eu en cela des vues encore plus profondément prévoyantes. Le premier consul , qui avait élevé son jeune frère, l'aimait alors comme son fils : aussi Joséphine n'eut-elle pas de peine à décider cette alliance, malgré les suggestions contraires de la mère de Bonaparte , qui n'aima jamais Hurleuse : « YoUà
« mon fils Louis qui se marie honorablement, « disait-elle; mais il aurait fait un meilleur ma- « riage s'il eût attendu quelques années. > Bourrienne, qu'on a appelé le Gil Bios de la cour consulaire, et que Napoléon, qui jugeait bien ses hommes , n'employait guère qu'à ses affaires de famille , fut la cheville ouvrière de toutes ces intrigues. Après s'être interposé d'abord pour Duroc, il s'interposa ensuite entre Hortense et Louis, entre madame Laetitia et Joséphine. « Hor- « tense, dont cette union fit le malheur, devait « redouter en Louis , dit la comtesse Dupont dans « ses notes sur Arenenberg, un époux déjà torturé « et défiguré parla maladie, et dont l'humeur, de- « venue triste à force de souffrances, paraissait peu « faite pour s'associer à ses goûts. Louis Bona- « parte , de son côté , devait redouter à son tour « cette gaieté, ce goût, si naturel à dix-huit ans, « des plaisirs du monde. Mais le premierçonsul « avait dit : Je U veux, et tous deux , courbant la « tête, s'étaient efforcés de le vouloir. » Hortense avait résisté longtemps ; mais , après sa rupture avec Duroc, elle avait enfin, dans un accès de dépit, donné sa parole; et l'on se hâta de l'engager encore davantage en répandant la nouvelle de l'union projetée. La cérémonie religieuse du mariage eut lieu le 7 janvier 1802, dans la maison que Bonaparte possédait rue de la Victoire (Chantcreine). Savary rappelle, dans ses Mémoires, que le consul profila de l'occasion pour faire bénir le mariage de Caroline sa sœur et de Murât, qui n'avait point été contracté devant l'Eglise. Hortense pleurait amèrement pendant la cérémonie , et ses larmes ne se séchèrent point après. De son côté , Louis était trop ulcéré de ces marques d'aversion pour lui montrer aucun empressement. On s'étonne d'après cela d'entendre , dans le Mémorial de Ste- Héléne. Bonaparte dire : « Toutefois ils s'aimaient « en s'épousant, ils s'étaient voulus l'un et l'autre; « ce mariage, au surplus , avait été le résultat des « efforts de Joséphine, qui y trouvait son compte. « J'aurais voulu au contraire , moi , m'étendre « dans une autre famille, et j'avais un moment « jeté les yeux sur une nièce de M. de Tallcyrand, « devenue depuis madame Just de Nouilles (1). » Ce fut madame de Montesson qui , d'après la volonté expresse de Bonaparte , donna la première fête à l'occasion de ce mariage (4). Sept cents per-
(11 L'abbé de Montgaillard avance dans non Uiitoirt de Franc*, où il y a tant d'anecdotes suspecte» |roy. MontcmllaRDI, qu'il avait été auparavant question de marier Hortense i un chel de bandes royaliste» du Languedoc, M. de l'auto, qui, apre* la dispersion de ses troupes, avait eu le bonheur de se sauver et d'être même accueilli dans les salons du premier consul. « Très- « joli homme, mais de peu dV»prlt, dit MontgiillarJ , il plut u infiniment à mademoiselle Hortense et a m.ulame Bonaparte. « Un parlait de mariage, il lut décidé; mais la jactance et le* u indiscrétions du jeune l'auto ne convinrent pas au premier « consul , qui l'exila en Languedoc, n
(2) Le due de Rovigo , dont le* Mémoires contredisent presque tous les autres , dit que Bonaparte tança vertement ses aides de camp pour s'être rendus à cette Ktc. lînc telle assertion est tout i lait invraisemblable. U est a croire que, >i le premier consul eut lieu d'être mécontent de ses aides de camp , du quel» était Savary, c'est que dans cette soirée quelque ; nanee avait été commise par un ou plusieurs d'entre i
iior