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sonnes furent engagées; mais, bien qu'il n'y eut point encore de cour, on put remarquer l'extrême empressement, la basse flatterie de tous pour les membres de la famille consulaire. La féte fut magnifique; toutes les figures portaient l'expression de la joie, hors celle de la nouvelle mariée. Dès lors on put prévoir que cette union ne serait qu'une source de chagrins pour les deux e'poux. Chaque jour, on voyait madame Louis Bonaparte chercher la solitude pour y verser des larmes; elles lui échappaient même dans le salon du premier consul; alors retirée dans l'embrasure d'une fenêtre, elle y donnait un libre cours, ou déposait ses araères confidences au sein d'une personne de son intimité, tandis que son mari se tenait pensif et taciturne au bout opposé du salon. On peut juger par ces démonstrations publiques de la nature des entretiens qui devaient avoir lieu dans le tête-à-tête entre les deux époux. Il parait qu'alors la douceur et les ménagements n'étaient point du côté d'Hortense, et que Louis avait beaucoup à souffrir. Sa femme prétendait être libre de ses actions; lui entendait les connaître toutes; c'était, dit Napoléon dans le Mémorial, « un en- « fant gâté par la lecture de Jean-Jacques i bcau- « coup d'exigence de sa part, de l'étourderie de « la part d'Hortense, etc. » Les deux époux auraient pu se rapprocher pourtant par l'ardent amour que tous deux portaient aux beaux-arts. On a même prétendu que Louis avait fait pour Ilortense des couplets et des épltres que Bonaparte , ne voulant pas , disait-il , de rimailleur dans sa famille, empêcha d'imprimer. Ilortense, musicienne très- agréable , composait de jolies romances, les chantait avec goût et dessinait avec talent. Les artistes accouraient autour d'elle. Louis les allait chercher et, moins heureux en les traitant aussi bien, n'en était pas autant apprécié. Une sorte de jalousie d'artiste naissait encore entre le mari et la femme, qui faisaient de la littérature et de la musique chacun de son côté. Après les scènes fréquentes qu'elle avait avec son mari , Ilortense venait se plaindre à sa mère, qui, la consolait , pleurait avec elle, et l'exhortait à la patience. D'autres fois, appelant à elle toute l'énergie ou plutôt toute la légèreté d'un caractère de jeune femme, Ilortense se livrait avec les officiers d'ordonnance du premier consul à des parties de plaisir qui se ressentaient un peu du laisser-aller de l'époque. Le premier consul tempêtait quand il apprenait ces équipées; mais, indulgent jusqu'à la faiblesse pour les membres de sa famille, il pardonnait bientôt. L'éloigncment réciproque des deux époux ne fit que s'accroître chaque jour davantage. Que d'efforts ne fit pas Joséphine pour ramener l'union entre eux ! Sentant que ce mariage si mal assorti était son ouvrage, elle aurait youIu concilier sa politique de famille avec le bonheur de sa fille. On peut en juger par deux lettres qu'elle lui écrivait, et qui ont été imprimées dans les Mémoires sur Joséphine
de mademoiselle Ducrest. Au lieu de se soumettre aux avis maternels , Ilortense crut voir une sorte de jalousie dans les reproches qu'elle lui adressait. « Vous m'avez mal comprise, mon enfant, lui ré- « pondit celle-ci ; il n'y a dans mon style aucune « équivoque , comme il ne peut y avoir dans mon « cœur aucun détour. Comment a-t il pu vous « tomber dans l'imagination que je partageais « quelque opinion ridicule ou peut-être intéres- " sée ? Non , vous ne pensez pas que je vous croie « ma rivale ; nous régnons toutes deux en un « même cœur, mais à des titres bien différents, « quoique également sacrés; et ceux qui dans « l'affection que vous témoigne mon époux ont « pu voir d'autres sentiments que ceux d'un ami « et d'un père ne connaîtront jamais son âme. » Le premier consul ne fit pas moins d'efforts pour ramener l'union entre les deux époux. Quant à madame Laetitia , elle prenait le parti de son fils contre sa belle-fille, prétendant qu'il méritait une femme qui l'appréciât; et, avec les meilleures intentions du monde , elle aigrissait le jeune ménage. La naissance d'un fils en 1802 ne le réconcilia qu'imparfaitement. Bonaparte tint sur les fonts de baptême et voulait adopter Napoléon- Louis-Charles, le premier né d'Hortense; mais il reçut de Louis un refus obstiné que celle-ci ne pardonna point à son époux. A l'approche du couronnement , le 1 1 octobre, elle accoucha d'un second fils qui fut baptisé par le pape Pie VII sous les noms de Napoléon - Louis. Enfin, le 20 avril 1808, naquit son troisième fils, Charles- Louis-Napoléon. Tous les trois curent l'empereur pour parrain : I'atné est mort prince royal de Hollande , le second dans l'exil , et le troisième , sous le nom de Napoléon III, est aujourd'hui empereur des Français. Mais reprenons le fil des événements , que nous avons laissés au consulat. A cette époque, Horlense professait ainsi que sa mère des opinions fort royalistes, et toutes deux étaient pour ainsi dire de connivence avec le faubourg St-Cermain, afin d'engager Bonaparte à entrer en pourparlers avec le roi Louis XVIII , et à imiter Monk. « Ma mère pourrait devenir du- « chesse, dit un jour Ilortense au premier consul. « — Elle est mieux que cela, mademoiselle, ré- « pondit Bonaparte ; elle est ma femme , et avec « mon nom les duchesses passeront toujours à sa <* suite. » Plus tard il fut aisé de s'apercevoir qu'Hortense perdait de son royalisme à mesure que sa fortune grandissait. Cependant, lors du meurtre du duc d'Enghien, elle joignit ses larmes et ses supplications à celles de sa mère pour toucher l'âme du premier consul. L'ambition qui rendit alors ce dernier inexorable avait si peu fermé son cœur aux affections de famille, qu'à quelque temps de là, étant au camp de Boulogne, il écrivit à Joséphine pour se plaindre de n'avoir reçu aucune nouvelle d'Hortense, ajoutant qu'elle lui était aussi chère que si elle tenait de lui la vie. Joséphine s'empressa d'engager Hor-
tense à être moins négligente envers son beaupère : celle-ci lui répondit qu'il était impossible que l'empereur pût douter de son attachement , qu'elle serait un monstre d'ingratitude si elle ne lui rendait pas en reconnaissance et en affection tout ce qu'il avait fait pour elle et pour son frère Eugène ; mais qu'elle ne pouvait pas se défendre d'un peu de timidité avec lui, et que cette timidité gênait souvent l'expression de son affection , et que c'était la cause de son silence. En effet, il est certain qu'flortense ne put jamais soutenir le regard perçant de Napoléon; elle parut toujours intimidée devant lui. Les grandeurs, loin d'éblouir la nouvelle princesse , lui laissèrent toute la simplicité gracieuse de ses manières; elle eut même quelque peine à s'accoutumer aux hommages exa-
férés dont elle et sa mère devinrent tout à coup objet. Un jour que Cambacérès la haranguait, peu faite encore à l'épithète A* auguste, qu'on se croyait obligé d'ajouter au nom de Joséphine, elle partit d'un éclat de rire qui déconcerta quelque peu la gravité de l'orateur. On voit cependant par un fragment de ses Mémoires inédits, publiés par elle-même en 1834, qu'Hortense fut loin d'être insensible aux honneurs. Lorsque , à son retour d'Italie , Napoléon fit à l'armée réunie à Boulogne une seconde distribution des croix de la Légion d'honneur, il engagea son frère Louis, qu'il venait de nommer général de l'armée de réserve , à visiter le camp et à amener sa femme et son fils Napoléon. Louis, ne voulant pas interrompre les bains qu'il prenait à St-Amand , laissa partir llortense seule avec son fils et sa maison d'honneur. L'empereur s'étudia à ce qu'elle fût reçue dans le camp comme aurait pu l'être la souveraine de la France. » De tous les honneurs qu'une « femme peutrecevoir, dit-elle dans le fragment en « question, ceux que rendent les militaires ont « toujours quelque chose de plus chevaleresque « dont il est diilicile de ne pas être Halte. Aucune « circonstance , je crois , n'avait rien réuni de « plus imposant et de plus magnifique que les « hommages dont j'étais environnée : aussi est-ce « la seule occasion où ils me firent quelque « impression... Je n'allais pas visiter un camp > qu'aussitôt il ne fût sous les armes, niauocua vraut devant moi. Je demandais la grâce de « quelques militaires punis pour quelque faute « de discipline, et j'étais accueillie avec le plus « vif enthousiasme. Tous les états-majors à cheval « escortaient ma voiture , et partout une musique « brillante annonçait mon arrivée... Un jour on « me donna un déjeuner au camp d'Ambleteuse. « Je voulus y aller par mer ; malgré le vent con- ' « traire, l'amiral me conduisit. Je vis les Anglais, « et je passai si près d'eux qu'ils auraient pu fa- « cileiuent s'emparer de notre yacht. J'allai aussi « visiter les Hollandais commandés par l'amiral r Verhuell. Ils me reçurent avec de grands hour- « ras, aussi éloignés que moi de se douter qu'un « an après je serais leur reine... A ce déjeuner