‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 32 sur 106 · BUR · texte numérisé non relu

BUR

par le désintéressement que sa fortune indépendante lui permit d'y apporter, et par l'heureuse application qu'il fit d'un art dont les principes étaient ignorés de la grande masse des hommes grossiers qui s'y adonnaient. Pendant plus de vingt années, son temps fut partagé entre la visite, toujours gratuite, des animaux malades et les travaux du cahinet. Le séjour des armées dans l'arrondissement de Montreuil, de 5803 à 1805, lui donna l'occasion d'observer sur une grande échelle' le farcin et la morve, qui causent tant de ravages parmi nos chevaux de troupes. Dès lors se forma en lui la profonde conviction du caractère contagieux de ces deux maladies, qui ne l'a jamais quitté au milieu des fluctuations de l'opinion à cet égard. En 4814, il publia , avec des notes, un extrait de Y Instruction de Tessier sur les bétes à laine, ouvrage que la société d'agriculture de Boulogne jugea assez important pour le faire imprimer à ses frais. En 4815, le département du Pas-de-Calais était ravagé par une épizootie de typhus; llurtrel, nommé commissaire du gouvernement pour combattre ce fléau , ne tarda pas à l'éteindre , tant par les sages mesures qu'il sollicita de l'autorité et qu'il fit exécuter avec vigilance , que par les instructions sommaires qu'il publia, et qui furent répandues à profusion. En 4849» il fit imprimer , sur l'invitation du préfet de son département et du ministre de l'intérieur, de précieuses Instructions sur les maladies qui s'étaient développées parmi les bestiaux, après un été chaud et sec, suivi d'un automne pluvieux et froid : ce petit ouvrage eut promptement quatre éditions. En 4822, parut Son Traité de la clavette, de la vaccination et de la clavelisation des bêtes à laine, travail remarquable par les faits nombreux qu'il contient, la manière dont ils sont coordonnés, et la justesse d'observation dont ils portent l'empreinte : les vétérinaires le regardent encore aujourd'hui comme ce qu'ils possèdent de meilleur en ce genre. De 4824 à 4826, llurtrel inséra un grand nombre d'articles de chirurgie et de médecine vétérinaires, tant dans le Journal complémentaire , que dans le Dictionnaire abrégé des sciences médicales. Mais son principal titre littéraire est le grand Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires, qu'il publia en 4826, en quatre volumes, et dont une seconde édition , accrue de deux volumes, a paru en 1859. Rassembler une foule de matériaux disséminés et pour ainsi dire perdus dans des écrits périodiques ou des recueils

Eeu répandus, les choisir, les classer sous les lées principales auxquelles ils se rapportent, introduire enfin l'ordre et la lumière dans un chaos jusque-là informe , tel fut le but de l'auteur. Une critique minutieuse n'aurait pas de peine à signaler des imperfections , à relever des erreurs dans cette œuvre immense , qu'un homme seul osa entreprendre, et que le concours même de plusieurs ne pourrait peut-être pas rendre de beaucoup meilleure dans l'état présent de la science. Mais |

ce n'est pas ainsi qu'on doit envisager le Dictionnaire d'Hurtrel , pour le juger d'une manière équitable. L'avantage qu'on ne saurait lui contester, c'est d'avoir présenté pour la première foi» la science vétérinaire dans son ensemble , de l'avoir réunie en corps de doctrine , d'avoir signalé partout à l'attention des observateurs les lacunes, les obscurités, les absurdités mêmes que la routine a consacrées ; c'est surtout d'en avoir rattaché toutes les parties à une doctrine que la médecine humaine, à laquelle elle fut empruntée, répudie aujourd'hui, il est vrai, mais qui n'en eut pas moins une grande utilité comme point de ralliement , comme moyen de s'élever à d'ultérieure.* recherches, ce qui dans les sciences est sinon le but avoué , du moins l'inévitable résultat de toute hypothèse qui n'affiche pas la prétention de se poser comme l'expression une et indivisible de U vérité, llurtrel d'Arboval a succombé le 20 juillet 4839 ; mais son nom ne périra pas dans la science à laquelle sa vie entière fut vouée. J-o-*.

I1US (Jea*), hérésiarque, célèbre surtout par son supplice et les guerres terribles qui sortirent de son bûcher, naquit en 4373 d'une famille de paysans de la Bohème, dans le bourg d'Hussinetz, auquel il emprunta son nom de llus. Dans le cours des disputes suscitées par celui qui le portait, il a été fait de fréquentes allusions à ce nom , qui veut dire oie en bohémien. Ses parents, quoique pauvres, n'épargnèrent rien pour son éducation, et on croit qu'ils furent assistes dans leurs efforts pur le seigneur du bourg, Nicolas de llussinctz, qui, du reste , ne cessa de porter à Jean l'attachement le plus dévoué, fut un de ses disciples les plus fervents et, après sa mort, devint un des chefs les plus influents et les plus respectés des hussites. Hus fit ses études à Praschatitz, ville voisine «lu lieu de sa naissance, et alla prendre ses degrés » l'université de Prague. A ce propos, les auteurs contemporains racontent une anecdote qui peut intéresser les esprits curieux de présage. Sa mère, devenue veuve, voulut l'accompagner dans re voyage. Elle s'était munie d'une oie et d'un gâteau pour en faire hommage au recteur. L'oie s'échappa et fut perdue. La pauvre femme, prenant cet accident pour un funeste augure, tombai genoux en pleurant , et pria Dieu d'en détourner la menace de la tète de son fils. Dès sa jeunesse, sur laquelle on a d'ailleurs peu de renseignements, llus montra des signes de cette volonté indomptable et exaltée qui devait plus tard le conduire au bûcher. Un soir d'hiver, il lisait devant son feu la vie de St-Laurent; tout à coup il plongea sa main aux flammes du foyer. Arrêté par un de ses condisciples, qui lui demanda le motif de cette action étrange : « J'essayais, répo'ndil-il, quelle « part des tourments de ce saint homme je serais « capable d'endurer. » Il fut reçu bachelier ès arts à l'université de Prague en 4393, maître en 4393, et fut investi en 1400 de l'ordre de la prêtrise. U parcourut plusieurs des universités de

l'Europe et se rendit même à Paris, où il soutint des thèses dont quelques opinions furent signalées au concile de Constance par l'illustre Gerson, comme déjà suspectes d'hére'sie. Il n'est pas douteux qu'il acquit promptement une grande autorité parmi ses concitoyens, car il fut bientôt choisi pour recteur de l'université de Prague, alors la plus célèbre d'Allemagne, et pour confesseur de Sophie de Bavière, seconde femme du roi de Bohème Wenceslas. Dans cette position , il se fit à la cour et dans le royaume des amis puissants et nombreux, qui presque tous lui restèrent fidèles jusqu'à la fin , et il conserva toujours l'affection de la reine. Mais dès 1404 il avait fait de la chapelle de Bethléhem, qu'il desservait, le foyer de ses prédications, d'où elles se répandirent dans toute la Bohême et portèrent son nom dans le monde chrétien. A vrai dire, dans ses prédications, (lus n'apportait pas d'idées nouvelles. Il ne faisait que poursuivre, en quelque sorte, la tradition des hérésies précédentes. Il était le continuateur de Wycliffe, plus connu dans l'Église sous le nom de Wicleff (w>y. ce nom) , comme cent ans après Luther devait être à son tour son continuateur. Un an avant la mort du docteur anglais, ses écrits avaient été condamnés par l'université d'Oxford. Ils n'en circulaient pas moins en Angleterre, d'où ils s'introduisirent péu à peu sur le continent. Le mariage de la princesse Anne de Bohême, sœur du roi Wenceslas, avec Richard II d'Angleterre, ayant rendu les relations plus fréquentes entre les deux pays , on raconte qu'un jeune seigneur bohémien rapporta d'Oxford à Prague les ouvrages de Wycliffe et les communiqua à Jean Hus. Celui-ci, après les avoir parcourus avec une sorte d'épouvante, les rendit au jeune imprudent en lui conseillant de les brûler ou de les jeter dans la Holdau. Mais cette première impressipn ne fut pas longue à s'effacer. Les exemplaires des livres de Wycliffe se multiplièrent en Bohême. Hus se pénétra de plus en plus des idées de son nouveau maître, sans aller toutefois aussi loin que lui sur plusieurs points. Ainsi, il ne partageait pas ses opinions sur l'inefficacité des prières pour les morts, l'adoration des saints, la confession , l'absolution et l'excommunication des prêtres. Il admettait ces principes en faisant des réserves sur l'abus. Mais il était d'accord avec Wycliffe coutre trois autres points fondamentaux de la doctrine romaine. Il soutenait: l'appel aux Écritures comme seule autorité infaillible ; la nécessité de ramener le clergé à sa discipline et à son institution primitive, en lui interdisant toute participation aux affaires temporelles et en le dépouillant des biens dont il ferait un mauvais usage ; la dispensation des pouvoirs spirituels aux prêtres par le Saint-Esprit, en raison de leur pureté intérieure et seulement autant qu'ils seraient aptes à les recevoir et dignes d'en user. On le voit, le premier de ces articles n'était pas autre chose que le principe du libre examen

qui, depuis > a prévalu dans les cultes réformés, c'est-à-dire la négation de l'infaillibilité de l'Église ; le second était la clôture hermétique de la papauté dans le sanctuaire en un temps où elle disposait des territoires et des couronnes , et les biens du clergé placés à la merci du pouvoir séculier; la troisième était la controverse et l'incertitude toujours suspendues sur l'autorité spirituelle du prêtre. Cependant Hus, jusqu'à la mort, dont il scella ses convictions, ne cessa de protester qu'elles étaient parfaitement orthodoxes. Le moment, d'ailleurs, était propice pour la propagation et la popularité de ces prétentions. Un schisme profond divisait l'Église ; Grégoire XII à Rome, Benoit XIII à Avignon, se disputaient, en se lançant réciproquement les foudres de l'excommunication, l'obéissance des fidèles. Convoqué pour mettre fin à ces désordres, le concile de Pisc déposait les deux rivaux et nommait à leur place Pierre de Candie, cardinal de Milan, intronisé sous le nom d'Alexandre V. Grégoire et Benoit protestèrent, convoquant un autre concile, l'un à Civitat de Frioul et l'autre à Perpignan, et par le remède qui devait le guérir le schisme se trouva ainsi aggravé au lieu d'être extirpé. Ces circonstances malheureuses favorisaient singulièrement les attaques de Jean Hus, et, s'il faut en croire les auteurs les moins suspects de partialité pour lui, il possédait les qualités les plus propres à faire illusion à la multitude. « Jean Hus, dit le « jésuite Balbinus, était plus subtil encore qu'élo- « quent; mais la modestie et la sévérité de ses « mœurs, sa vie austère et irréprochable, son « visage pâle et mélancolique, sa grande douceur « et son affabilité envers tous , même envers les « plus humbles, persuadaient mieux que la plus « grande éloquence. » Dès 1407 il prêcha publiquement ses doctrines et la nécessité d'une réforme du clergé. Le concile de Pise venait de se réunir ; il excita le peuple à se séparer de Grégoire XU et à soutenir le concile. L'archevêque de Prague , Sbinko, fulmina contre Hus et l'interdit; mais ayant, bientôt après, reconnu Alexandre V, l'élu du concile, il leva cette interdiction. A la même époque , l'université de Prague était en proie à des dissensions intestines. Fondée par l'empereur Charles IV , elle avait été partagée en quatre nations : la Bohême, la Bavière, la Pologne et la Saxe. Les trois dernières, réunies sous le nom général de nation allemande, n'avaient qu'une seule voix dans les délibérations, et la Bohême en avait trois. Mais avec le temps la nation allemande déplaça ce privilège et trouva moyen de se faire attribuer trois voix, en n'en laissant qu'une à la Bohême. Hus réclama l'exécution de l'acte d'institution de l'université, invoqua les droits de ses concitoyens, et, par son crédit, parvint à les faire prévaloir. Les Allemands, irrités, abandonnèrent Prague au nombre de plusieurs milliers, et, se répandant dans les autres universités du continent, y répandirent en même temps les

194 UUS

idées de Wyclifle. La prospérité de la ville eut à souffrir de cette émigration. Cependant la popularité de Hus n'y perdit rien, il fut au contraire, à la suite de ce triomphe, nommé recteur de l'université, et parvint ainsi au poste qui pouvait donner le plus d'influence et d'autorité à sa parole. Toutefois, dès 1409, le 20 décembre, Alexandre V publia contre ses doctrines et ses actes une bulle où il n'était pas encore personnellement désigné. Elle faisait défense de prêcher dans des chapelles particulières et d'enseigner dans aucun lieu la doctrine de Wycliffe. Hus ré' pondit : « J'en appelle d'Alexandre mal informé m à Alexandre mieux informé. » L'archevêque, néanmoins, exécuta la bulle; il fît saisir et brûler plusieurs exemplaires des ouvrages de Wycliffe. L'université déclara ses privilèges violés, son recteur protesta, et la question fut soumise à l'université de Bologne. L'archevêque, alors, cita Jean Hus à son tribunal, pour y répondre de sa doctrine. L'université de Bologne, à qui le jugement de l'affaire avait été référé, blâma l'archevêque. Jean Hus, fort de ce jugement, en appela au pape. Sur ces entrefaites, Alexandre V était mort et avait été remplacé par le cardinal Balthazar Cossa, sous le nom de Jean XIII. Ce pontife le cita à sa cour; un orage terrible semblait gronder sur la tête du prédicateur de la chapelle de Bethléhera. On put alors mesurer l'ascendant qu'il avait déjà pris dans toute la Bohême. Le roi , la reine, l'université, les principaux barons, envoyèrent une ambassade au pape, le suppliant de dispenser Jean Hus de ce voyage, de recevoir ses procureurs ou d'envoyer à Prague des légats aux frais de la couronne. Le pape fut inflexible , une procédure s'engagea contre Jean Hus. On ne voulut pas recevoir ses délégués : ne comparaissant pas en personne, il fut excommunié. Le pape confirma la sentence, mit Prague en interdit, et défendit, tant que Hus y séjournerait, d'y célébrer la messe, d'y donner le baptême aux enfants, la sépulture aux morts. Hus en appela du pape à « son juge et son maître Jésus-Christ. » Pourtant il céda à l'orage, et, quittant Prague, il se réfugia dans son village natal , où il continua à propager ses idées. Bientôt après des soulèvements éclatèrent : l'archevêque, menacé, mourut empoisonné en route en allant solliciter les secours de l'empereur SigUmond, et Hus rentra à Prague plus puissant que jamais. Ce fut à cette époque qu'il s'adjoignit son plus fameux disciple, Jérôme de Prague (voy. ce nom), qui devait plus tard partager son sort. Les maisons d'Anjou et de Hongrie se disputaient avec acharnement la couronne de Naples. Jean Mil était du parti d'Anjou, Grégoire XII soutenait les prétentions de Ladislas de Hongrie. Jean Mil excommunia Ladislas et ordonna une croisade contre lui. Jean Hua fut sommé d'obéir à la bulle et de prêcher la croisade. Il «'y refusa : il publia même un écrit dans lequel U osa discuter et réfuter la bulle.

Prague fut partagé en deux camps. Le roi de Bohême, en guerre avec Ladislas, accepta les bulles et retira son appui à Jean Hus. Celui-ci, de son côté, persista dans sa désobéissance. Il ût afficher aux portes des églises et des monastères une invitation au public, surtout aux docteurs, aux prêtres, aux moines et aux écoliers, à venir débattre les thèses suivantes : si, selon la loi de Jésus-Christ , les chrétiens peuvent en conscience approuver la croisade ordonnée par le pape contre Ladislas et contre ses complices, et si cette croisade peut tourner à la gloire de Dieu, au salut du peuple chrétien et au bien du royaume de Bohême. Ces conférences amenèrent naturellement des disputes très-vives. Un instant on fut sur le point de recourir aux armes. Hus calma les esprits, et le peuple l'accompagna jusqu'à la chapelle de Bethléhem en l'exhortant à se montrer ferme et inébranlable. Mais, le lendemain, une violente sédition éclata. Il fallut recourir, pour la dissiper, à l'intervention de Jean Hus. Peu de jours après, on apprend que trois hommes ont été arrêtés pour avoir attaqué le pape et les indulgences. Les étudiants et le peuple s'ameutent de nouveau. Hus, à leur tête, va demander que le châtiment ne frappe pas les prisonniers. Les magistrats le promettent, la foule se disperse, et les trois captifs sont exécutés secrètement dans leur prison. A cette nouvelle, un tumulte effroyable s'élève, on force les portes, on enlève les corps, on leur fait dans la chapelle de Bethléhem de magnifiques obsèques : ce sont des saints morts pour l'Evangile de Dieu. Hus répète ce cri ; toute la Bohême lui répond. Dans ses invectives, il franchit toutes bornes envers le pape, l'accuse sans mesure de despotisme et de simonie , dénonce le faste et la débauche du clergé à la haine populaire , et oppose comme supérieure à toute autre autorité celle des Ecritures. L'hérésie gagnait de plus en plus tout le royaume. Loin de s'en alarmer, Wenceslas en voyait les progrès avec un plaisir secret. Il se sentait surtout un faible particulier pour les doctrines de Hus sur les dîmes et les biens ecclésiastiques, et lorsqu'on voulait l'exciter contre lui : « Laissez-le faire, répondait-il, c'est ma « poule aux oeufs d'or. » Son avarice ajoutait encore à la haine et à la déconsidération populaire du clergé en vendant à prix d'argent les plus hautes dignités de l'Église. C'est ainsi qu'il vendit, après la mort de Sbinko, l'archevêché de Prague à un certain Albicus, qui ne tarda pas à être remplacé par Conrad , evéqiie d'Olmiitz. Le nouvel archevêque interdit la prédication à Hus. Celui-ci désobéit. Cité à Home une seconde fois, au lieu de comparaître, il publie, au nom de la faculté de théologie de Prague , une défense des quarante-cinq articles extraits des ouvrages de Wycliffe et condamnés par le St- Siège. U appelle en quelque sorte le clergé et le peuple à son secours : ■ Ceux qui cessent de prêcher , « s'écrie-t-il, ou d'entendre U parole de Dieu,

nus

• seront réputés pour traîtres au jour du juge* « ment. Il est permis à tout diacre, à tout prêtre « de prêcher la parole de Dieu sans l'autorisation

• du siège apostolique ou de l'évéque; enfin , tout

• seigneur temporel, tout prélat, tout évéque en « péché mortel n'est ni seigneur temporel, ni « prélat, ni évéque. » 11 prêchait encore, aux applaudissements de la foule, contre le culte des images; il enseignait que les prêtres devaient être pauvres, que la confession auriculaire était inutile, qu'il n'était pas indispensable d'enterrer les morts en terre sainte, et que l'observation des heures canonicales et l'abstinence des viandes n'étaient nullement ordonnées par la parole de Dieu. Ces enseignements indignaient et irritaient les orthodoxes : Prague était en feu ; tous les jours des rixes sanglantes éclataient dans ses rues. Le clergé catholique résolut, par un coup de vigueur, de mettre un terme à cet incendie. Plusieurs docteurs en théologie, dont quelques-uns devaient figurer plus tard comme ses accusateurs au concile de Constance, le taxèrent d'hérésie et de faire revivre la secte des Arminiens. Us lui reprochaient d'anéantir à la fois et l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle. « A l'entendre, disaient-ils, il « ne faut obéir aux ordres des papes, des empe- ■ reurs, des rois, des princes et autres supérieurs, « que s'ils sont fondés sur l'évidence et sur la « raison, ce qui ne tend à rien moins qu'au boule- « versement de l'ordre établi, » Jean XIII, irrité de la désobéissance de Hus et du progrès de ses erreurs, invoqua l'assistance de la puissance séculière. Il écrivit au roi de Bohême, au roi de France, aux universités. L'illustre Gerson répondit à cet appel au nom de l'université de Paris. H adressa à l'archevêque de Prague une lettre où U l'invitait aux mesures les plus énergiques. « Si « les remèdes présents sont inutiles, il ne reste « qu'à mettre la cognée du bras séculier à la ra-

• cine de cet arbre infructueux et maudit. » Encouragé par ces puissantes voix, l'archevêque se décida à frapper. Il lança un décret obligeant toute personne revêtue d'un office public à signer un formulaire catholique. Il interdisait de nouveau la prédication à Jean Hus et à ses disciples, ordonnait son expulsion de la chapelle de Bethléhem et l'excluait de la société des fidèles. Il prohibait les livres où ses opinions étaient reproduites en langue vulgaire, et il en excommuniait les vendeurs et les acheteurs. Ce décret, quoique approuvé par Wenceslas, resta cependant sans exécution. Hus refusait de se soumettre, discutait, réfutait le décret au lieu d'y obéir, et son parti était trop fort pour le soumettre par la contrainte. Le roi, d'ailleurs, s'en fût peu soucié. L'archevêque ne fléchit point pourtant ; il mit l'interdit sur la ville de Prague et sur tous les lieux qu'habiterait Jean Hus. Celui-ci recula devant ce coup, au moins en apparence. U quitta Prague et se retira dans son asile habituel, sous la protection du seigneur de Hussinetz. Mais de là il poursuivit

la lutte avec une nouvelle animosité. De sa retraite, H publia plusieurs traités, dont l'un, intitulé De r Église, fournit la plupart des articles qui le firent condamner. Un autre, les Sise Erreurs, attaquant surtout le clergé, fut affiché à la porte de la chapelle de Bethiéhem, et se répandit rapidement dans toute la Bohême. Il leur fit bientôt succéder C Abomination des moines; puis les Membres de t Antéchrist, violente et fougueuse diatribe contre la cour romaine. C'est dans ces circonstances qu'il fut cité devant le concile de Constance, convoqué le 30 octobre 1413 par l'empereur Sigismond pour le 1er novembre 1414. Cette fois , Hus se disposa à obéir. Quoique ferme et résolu à tout braver jusqu'à la mort, il ne négligea pourtant rien de ce qui pouvait servir sa défense ou sa sûreté. Il eut l'assurance de demander un certificat d'orthodoxie au grand inquisiteur de la foi pour le diocèse de Prague, et, chose encore plus incroyable, il l'obtint. Il quitta Prague muni d'un sauf-conduit du roi Wenceslas, et reçut en route celui qu'il avait demandé à l'empereur Sigismond , dont voici les termes : « Sigismond , « par la grâce de Dieu, roi des Romains, etc., à • tous princes ecclésiastiques et séculiers, etc., « et à tous nos autres sujets, salut. Nous vous re- <* commandons d'une pleine affection, à tous en - général, et à chacun en particulier, l'honorable « maître Jean Lins , bachelier en théologie et mal- « tre ès arts, porteur des présentes, allant de « Bohême au concile de Constance , lequel nous « avons pris sous notre protection et sauvegarde, « et sous celle de l'empire, désirant que vous le « receviez bien et le traitiez favorablement, lui « fournissant tout ce qui sera nécessaire pour « hâter et assurer son voyage, tant par eau que « par terre , sans rien prendre , ni de lui , ni des « siens, aux entrées et aux sorties , pour quelque « cause que ce soit, et vous invitant à le laisser « librement et sûrement passer, demeurer, s'ar- « rêter et retourner; en le pourvoyant même, « s'il en est besoin, de bons passe-ports, pour « l'honneur et le respect de Sa Majesté Impériale. « — Donné à Spire, le 18 d'octobre 1414, le troi- « slème de notre règne de Hongrie, et le cinquiè- « me de celui des Romains. » Hus arriva à Constance le 3 novembre, c'est-à-dire le troisième jour après celui indiqué pour la première réunion du concilejl y trouva plusieurs seigneurs bohémiens de sa croyance, ses amis, et entre autres Jean de Chlum, qui ne cessa jusqu'à sa fin de l'assister et de le défendre avec le plus énergique dévouement. 11 se mit à parler avec liberté , soutenant ses doctrines comme pures et orthodoxes, et même disant la messe dans une chambre particulière de sa maison , où l'on pouvait l'aller voir et entendre. Mais l'arrivée des deux docteurs en théologie de Prague, Étienne Paletz et Michel Causis , vint bientôt troubler cette sécurité. Hs n'eurent point de peine à prouveT, par des extraits des écrits de Jean Hu», qu'A avait avancé plu-

sieurs propositions contraires aux lois de la foi catholique, et le concile le décréta d'arrestation. Il fut gardé huit jours dans la maison du chantre de la cathédrale , et de là enfermé dans un monastère sur les bords du Rhin, où il tomba si grièvement malade, qu'on craignit pour ses jours. Le pape lui envoya son propre médecin. La nourelle de son emprisonnement causa à Ihrague une véritable tempête. Les seigneurs les plus puissants de la Bohême écrivirent à Sigismond pour solliciter la mise en liberté du captif, en lui rappelant son sauf-conduit et les attestations d'orthodoxie données à Jean Hus par les prélats de Prague. On voyait déjà poindre dans cette représentation les colères qui , peu de temps après, devaient mettre en feu toute l'Allemagne. Le concile, cependant, ne voulut pas reconnaître la validité du sauf-conduit. Jean Hus, disait-on, appartenait à l'Église et l'empereur n'avait pas le droit de lui enlever un hérétique. Des commissaires furent nommés pour instruire sa cause, et des docteurs furent chargés d'examiner ses écrits. Il demanda un défenseur; mais il ne l'obtint pas, par suite de cette opinion du temps, que c'était un crime de défendre un homme soupçonné d'hérésie. Après avoir condamné WyclifTe et ses œuvres , le concile s'occupa du procès de Jean Hus , que la voix publique désignait comme son disciple et en quelque sorte comme son successeur. Le 5 juin , il fut amené du château de Gottleben , où, par une étrange coïncidence, il était détenu avec le pape Jean XIII, qui venait d'être déposé, et fut enfermé au monastère des franciscains , où il demeura jusqu'à sa mort. 11 comparut enfin devant le concile. Dans tous ces débats, qui durèrent trois jours, il montra une hardiesse et une présence d'esprit inébranlables. Le concile ne voulait pas sa mort, mais il était résolu d'obtenir sa rétractation, ou, à défaut, d'employer les rigueurs les plus sévères. Tous les moyens furent mis en oeuvre pour décider Hus à reconnaître ses erreurs. Les pères, les cardinaux l'en pressèrent dans les termes les plus instants; l'empereur lui-même, voulant essayer de le persuader : « Qu'avez-vous à craindre, lui dit-il, en abjurant «tous ces articles? (Hus prétendait que plu- » sieurs n'étaient pas de lui.) Pour moi , je n'hé- « site pas à désavouer toutes sortes d'erreurs. S'en- « suit-il que je les aie tenues? — Désavouer, ce « n'est pas abjurer, » répondit Jean Hus. Et dès lors sa condamnation fut inévitable. Le concile pourtant voulut faire un dernier effort. Il rédigea un formulaire de rétractation et l'envoya au prisonnier par le cardinal de Viviers. Hus résista à toutes les instances. Le 6 juillet, il parut pour la dernière fois devant ses juges, pour être dégradé de son caractère de prêtre et entendre sa condamnation. Après cette cérémonie, l'Église se dessaisit de lui et le livra au bras séculier. Il marcha sur-lechamp au supplice, entre quatre valets de ville, suivi des princes , escorté par huit cents soldats ,

au milieu d'un peuple immense. En passant devant le palais épiscopal, Hus rit ses ouvrages brûlés par la main du bourreau. En arrivant sur le lieu de l'exécution , qui était une prairie en dehors de la ville, il s'agenouilla, récita plusieurs psaumes , et fut enfin attaché au funèbre poteau. Pendant que la flamme était mise au bûcher qui «levait le consumer, on l'entendait chanter des hymnes; et il ne cessa de donner les marques d'un enthousiasme et d'un fanatisme que rien ne put abattre. Après l'exécution, ses cendres furent recueillies et jetées dans le Rhin. Mais ses sectateurs allèrent ramasser la terre sur laquelle il avait été brûlé, et s'en partagèrent les débris. Loin d'arrêter cette hérésie, ce supplice ne fit que l'exaspérer. Les hussites ne tardèrent pas de courir aux armes; sous les ordres de Ziska et ensuite des deux Procope, ils résistèrent à toutes les forces de l'empire, se livrèrent aux plus horribles représailles, et sur les ruines des couvents incendiés, sur les cadavres des ministres des autels , ils criaient en fureur : « Nous célébrons les « funérailles de Jean Hus. » Cette effroyable lutte dura vingt ans, désola l'Allemagne et fut l'épouvante de la chrétienté. Les protestants racontent que sur son bûcher, Jean Hus, faisant allusion à son nom, s'écria : « Vous brûlez une oie , mais de « son bûcher il sortira un cygne dont la voix em- « plira le monde. » C'était, disent-ils, la prédiction de la venue de Luther. Mais cette anecdote est parfaitement apocryphe, et chaque secte a de semblables prodiges à raconter. La collection des œuvres de Jean Hus, publiées à Nuremberg, 1558 , 2 vol. in-fol., avec une préface de Luther, a été réimprimée en 1715, sous le titre de J. Huu et Hieron. Pragentit confttsorum Christi historia et monumenta. On n'y trouve pas néanmoins plusieurs opuscules de Jean Hus, imprimés soit séparément (à Dcventer.en 1491), soit dans la Uonarchia S. A imperii. de Goldast. (Voyez Commentatio de vita, fatit et scriptis Jok. H us ri. par W. Seifrid; revue par Mylius, 17-43, in-8°.) La vie de J. Hus a été aussi écrite ên allemand par A. Zitte, Prague, 1709, 2 vol. in-8»; et par Tischer, Leipsick, 1804, in-8°. Z.

HUS, nom fort connu au théâtre et quelque peu dans les lettres et la politique. Madame Hus donna au Théâtre-Italien, en 1756, Plutus rival de CAmour, comédie en un acte, en prose, qui aurait obtenu plus de succès, si l'ingénieuse allégorie qui en fait le sujet eût été soutenue par plus d'action et de situations comiques. Les vers que la célèbre actrice Silvia débita avant la première représentation avaient d'ailleurs prévenu le public en faveur de l'auteur. Longtemps actrice en province, madame Hus s'essaya au Théâtre-Français, le 17 et le 20 janvier 1760, dans quatre rôles de l'emploi dit des caractères; mais elle y échoua, ne s'y montra plus, et mourut vers 1780. — Hus. son fils, danseur et compositeur de ballets, ne en 1735, fut élève du fameux Du pré, comme Ves-

HCS

tris père (voy. ce nom). Après avoir été attaché quelques années à l'Académie royale de musique , il fut successivement maître de ballets en province et dans diverses cours de l'Europe, notamment à Turin, il le fut aussi, pendant un an, au théâtre de la comédie italienne à Paris, de 1779 à 1780. Outre ses deux fils, Auguste et Eugène, dont nous ferons mention ci-après, il eut une fille qui débuta le 29 novembre 1779, sur le Théâtre-Italien de Paris, par le rôle de Gogo dans le Coq de village: mais ses grâces enfantines et ses heureuses dispositions inspirèrent trop d'intérêt pour qu'on voulût la laisser exposée aux dangers de la séduction, £t elle ne reparut plus sur la scène. Hus mourut en 1805. Son ballet des Mutes et celui de la Mort d'Orphée, ou les Fêtes de Bacchus, imprimé en 1759, sont, de tous ses ouvrages, ceux qui obtinrent le plus de succès. — Adèlaide-Louise-Pauline Hus, fille et sœur des précédents, naquit à Rennes, en 1731. Élève de mademoiselle Clairon (voy. ce nom), elle débuta au Théâtre-Français, le 20 juillet 4751 , dans Zaïre, puis dans Adèlàide du Gueselin , dans Iphigénie en Aulide , dans Lucile du Chevalier à la mode, etc. Comme elle était extrêmement jolie, on l'applaudit beaucoup, mais elle ne fut pas reçue. Elle ne se découragea point et reparut , le 22 janvier 1753, dans Andromaque, ensuite dans Monime de Mithridale, Chimène du Cid. Agnès de l'Ecole des Femmes , Agathe des Folies amoureuses y et fut reçue sociétaire le 22 mai suivant. Deux mois après, elle fut vivement applaudie comme danseuse , dans les Hommes, comédie-ballet de Saint- Foix. Malgré cette variété de talents, mademoiselle Hus ne fut jamais précisément une actrice du premier ordre , et elle dut principalement sa fortune à sa jolie figure. Aussi pendant les vingt-sept ans qu'a duré sa carrière dramatique n'a-t-ellc créé qu'un petit nombre de rôles, malgré l'influence de son amant Berlin, trésorier des parties casuelles, dont elle eut un (Us {voy. Bertin de Blagny et Bektin d'Antilly). Ayant eu la sotte vanité, en 1762, de ne pas vouloir céder, dans la tragédie du Comte d'Essez, lé râle de la duchesse d'irton (qu'elle joua fort mal) à mademoiselle Clairon, qui, pour la mystifier, se chargea de celui de confidente, elle se brouilla avec celte célèbre actrice. Renonçant alors à l'emploi des princesses dans la tragédie , elle se borna à celui des jeunes premières dans la comédie , où sa .beauté, ses grâces et son zèle pour conserver les bonnes traditions , lui continuèrent la bienveillance du public, quoiqu'elle eût pour rivales mesdemoiselles Gaussin etd'Oligny. Mademoiselle Hus avait de l'esprit et surtout de l'à-propos : elle le prouva lorsqu'en 17(35, à une représentation de la comédie d' Heureusement, où elle avait créé le rôle de madame Lisban , elle se tourna vers le prince de Condé, en lui adressant cet hémistiche destiné à Lindor : Je vais donc boire à Mars. Riche des prodigalités de Bertin, car son mobilier seul était estimé cinq cent mille francs, elle s'amoura-

eha, en 1765, d'un clerc de procureur, nommé Vellene , le fit débuter au Théâtre-Français , où il doublait Molé, qu'il semblait appelé à remplacer. Il venait d'y être reçu sociétaire , lorsqu'il mourut en avril 1769. Mademoiselle Hus s'était si fortement attachée à ce jeune homme, qu'elle ne le quitta point tant qu'il fut malade. Lorsqu'il fut mort, elle se jeta sur son cadavre et se livra à tout le délire du plus violent désespoir. Elle refusa longtemps de prendre aucuue nourriture et tomba dans un état de langueur et de stupidité qui intéressa tout Paris. Enfin elle recouvra la raison; mais, en poursuivant ses succès dramatiques, elle réforma entièrement ses mœurs, expiant par des actes de bienfaisance et de charité les égarements de sa vie passée. Dans l'hiver rigoureux de 1776, elle fit distribuer six cents livres de pain par semaine aux ouvriers indigents. L'année précédente, elle avait épousé un sieur Lelièvre. Elle quitta le théâtre en mars 1780, avec une pension de quinze cents francs , et mourut le 18 octobre 1805. De tous les comédiens invités à ses funérailles, qui eurent lieu à St-Germain-l'Auxerrois, la Rochelle fut le seul qui y assista. A— t.

HUS (Auguste), littérateur, petit-fils, fils et neveu des trois personnages précédents, naquit à Turin en 1709, et fut d'abord danseur et professeur de danse. H obtint même la survivance de la charge de danseur de la cour qu'avait son père: mais en 1792 il embrassa fort chaudement le parti de la révolution française, et se fit remarquer parmi les étudiants de l'université, qui se livrèrent à quelques mouvements d'insurrection. Compromis dans la conspiration dont les chefs Junot, Boyer et Santel furent pendus dans la ciladeUe de Turin, en juillet 1794, il fut obligé de se sauver ainsi que Carapana , Botta et quelques autres. S'étant réfugié à Paris, il y écrivit dans les journaux, publia plusieurs brochures révolutionnaires , et ne revint dans sa patrie qu'après l'invasion des Français, en 1796. Le directoire exécutif l'avait chargé de disposer les Piémontais à leur réunion à la France. Lorsque cette réunion eut été opérée, Hus fut nommé sous-bibliothécaire à Turin ; il composa encore quelques brochures politiques. Ayant perdu sa place en 1804, quoiqu'il eût célébré le consulat de Bonaparte, il revint à Paris et y fut employé à la police. Après avoir flagorné l'empereur et publié, en 1843, des Imprécations patriotiques contre le traître Moreau , il célébra les Bourbons dans deux brochures en 1814: Y Origine de la paix, OU Y Heureux retour , et Hommage aux Bourbons , la Renaissance des lys en France, in-8°. Pendant les cent jours, il chanta encore Napoléon, et attaqua dans un pamphlet virulent des hommes de lettres qu'il avait encensés quelques jours auparavant : il donna aussi dans le même temps son histoire apologétique sous ce litre : Histoire de Suthauguse (anagramme $ Auguste Hms)y 4845,

in-8*. Il détint bientôt le panégyriste de la seconde restauration dans deux brochures : De ftnfiuence du règne de Louis XV III sur te bonheur de ta France et de l'Europe, 1*15, in-8° de 20 pages; Paris à la fin de 1816, ou Trois lettres à tordre du jour, précédées de deux fragments d'histoire philosophique sur Charlemagne et Henri IV, Paris, 1816 , tn-8° de 16 pages. De» lors il s'abandonna sans mesure à la prolixe facilité de sa plume , et ne cessa de publier, sans réflexion et sans choix, une foule de brochures sur toutes sortes de matières. Politique, philosophie, morale, sciences, beaux-arts, littérature, prose, vers, chansons, tout {ut de son ressort, mais aussi tout fut traité par lui de la manière la plus médiocre et la plus superficielle; car il ne prit jamais le temps ni la peine d'écrire un volume. Le Journal de la librairie, depuis la fin de 1811, cite soixante-douze brochures d'Auguste II us, qui n'ont que quatre pages et au-dessous. Voici les titres de quelques autres qui ont un peu plus d'étendue : 1° De la liberté et de ta répression de la presse, 1797, in -8°; 2° f Agonie du gouvernement anglais , 1798, in-12 ; 3° le Petit code de la jolie femme; 4° Deux discours sur le roi de Rome; 5° Tablettes d'un voyageur au commencement du 1 9" siècle , ou Course sentimentale et philosophique de Turin à Paris, 1810, in-8°; 6° le Werther des bords de la Doire, etc., suivi dm Aventures d'un Vaudois dans les différentes cours de l'Europe , ou les Amours d'un proscrit, 48)1 , in-8° de 90 pages ; 7° l'Ombre de Fènelon à madame de tien li s , suivie d'une mosaïque littéraire, 1811 , in-8° de 40 pages ; 8° le Nouveau Faldoni , ou les Martyrs de t Amour , histoire de ces derniers temps, dédiée à Hoffman, Sevelinges et Colnet, 1812 , in-8° de 24 pages; 9* De l'influence de l'abbé Delille sur la poésie française, précédé à'alexandrins patriotiques, 1813, ln-8° de 16 pages; 10° Mélanges , fOU l'Arrivé* de l'illustre Lagrange aux Champs-Elysées. 1813, in-8° de 24 pages; 11° Pensées diverses sur les journalistes, les auteurs. Acteurs et actriets , et sur quelques ouvrages de littérature, suivies de quelques chansons patriotiques , philosophiques et anacréontiques , 1813, in-8° de 40 pages. L'auteur y distribue à tort et à travers des éloges et des critiques qu'il a rétractés dans d'autres brochures. Il y affecte un ton plaisant et goguenard qu'il pousse jusqu'au ridicule, jusqu'à la satiété, comme dans tous ses opuscules. 12° Esquisse littéraire sur les ouvrages de madame de Staël, 1814, in«8° de 16 pages; 13° De la philosophie française, ou Histoire d'une belle dame de la Chaussée d'Antin , petit roman de ces derniers temps , précédé d'une épigramrae et d'un couplet, 18J5, in-8° de 16 pages; 14° les Alpes illustrées à la fin du 18e siècle, OU Trois penseurs nés au pied des Alpes et devenus célèbres à Paris, par lo. MM. Bolton, Botta et Ch. Bossi sont les héros de cette brochure dédiée à l'ombre de madame de Staël. 15° L'Ermite du boulevard du Panorama. 1817, in-8»; 16« le Ealèidoscope philosophique et litté-

raire, ou Y Encyclopédie en miniature, 1818-1849, huit numéros de 4 pages chacun. Hus, poursuivant ses flatteries aux Bourbons, ne manquait pas de donner tous les ans à Louis XV LU , puis à Charles X leurs étrennes, et de célébrer chaque anniversaire de leur naissance , de leur fête, de leur avènement au trône, de leurs deux rentrées. C'est ainsi qu'il publia Quelques mots bourboniens; des Réflexions et des pensées bourboniennes; le Rourbonisme ; la Colonne de la place Vendôme bourbonisée ; Étrennes bourboniennes; etc. Nous ignorons s'il reçut quelques récompenses de tant de plates et ridicules adulations , mais il est certain que, loin d'avoir contribué à sa réputation, elles ne lui ont pas mérité la plus légère mention dans le Dictionnaire des girouettes, où il était si di^ne de figurer, ni dans les deux Biographies des contemporains. En 1824, il fit ses Adieux à ses lecteurs. qui probablement n'en furent pas plus to uchés qu'ils ne se réjouirent lorsque à la fin de cette année il annonça sa Résurrection littéraire. Cependant il devint un peu plus sobre de publications, et ne donna plus qu'en 1829, sous le ministère Martignac, des Pensées sur le discours du trône, des Pensées d'un royaliste constitutionnel; il recommençait ainsi à chanter la palinodie, et pourtant ii célébra encore , au mois d'octobre de cette année, la Fête de la St-Charles, suivie de Pensées diverses et de souvenirs de ma vie ; ce fut son dernier ouvrage. Il mourut à la fin de 1829, et se trouva par conséquent dispensé de célébrer la révolution de juillet 1830, ce qu'indubitablement il n'aurait pas manqué de faire. Quoiqu'il eût donné en 1828 des Fragments de ses Mémoires, on doit peu regretter qu'il n'en ait publié que cet échantillon. Voici le portrait que traçait de ce folliculaire , en juillet 1819, le journaliste M irtainville, dans son Drapeau blanc : « Auguste Hus vient de « publier un pamphlet de trois pages, intitulé « f Histoire philosophique de ces derniers temps; et « comme il a l'habitude de se jouer de son sujet , « de son titre , et surtout de ses lecteurs , il n'y a h pas trois lignes de ces trois pages qui aient le « moindre rapport à thistoire de ces derniers « temps. Je veux cependant bien croire qu'elle y « est toute, et réellement pour l'honneur de ces « derniers temps , cela serait à souhaiter. Quoi qu'il « en soit, M. Auguste Hus parait s'être constitué « le Tacite du ministère . et jamais historien ne « fut plus à la hauteur de son sujet.... Immo- « bile à sa manière, M. Hus a un dévouement io- « variable pour le pouvoir, une admiration à « toute épreuve pour la police et pour ses eiu- ■ ployés. Hors, de la police , il n'y a pour lui o> « goût, ni esprit, ni véritable patriotisme : c'est « son Panthéon et son Portique. Ne vous imagi " nez pas qu'il se borne à imprimer le sceau de « ses louanges à M. le comte Decazes. Ce ne serait u qu'un hommage bien légitime à l'équitable M.- « cène qui a su apprécier ses travaux ; mais les « chefs de division n'ont pu s'y soustraire, la

• chefs de bureau n'en sont pas exempts, et les « agents les plus subalternes s'en défendent par

• modestie ou par un autre sentiment. Cependant

■ personne n'ignore que le ministère de la police « n'existe plus; et la chute de cette grande admi- « nistratîon , qui mettait la fidélité de M. Auguste

• Il us à l'épreuve la plus rigoureuse, n'a fait que

• redoubler l'éclat de son zèle, comme si ses an- « ciens protecteurs pouvaient encore quelque

■ chose pour son bonheur ou pour sa renommée !

■ Docile à ses premières inspirations , il continue « à sacrifier, sur les autels vacants de cette puis-

• sance absente, les ultra-royalistes, qu'il traite " de baladins ; et sans critiquer l'expression sous

■ le rapport de la justesse, on doit convenir « qu'elle manque de mesure dans la polémique d'un i maître à danser. M. Auguste Hus a fêté Terpsi-

■ chore avant de se dévouer au culte de Clio, etc. » — fies (Eugène), probablement frère du précédent, fut danseur, chorégraphe et auteur dramatique. La France littéraire ne cite aucun de ses ouvrages; nous empruntons les titres de quelquesuns à la Biographie des hommes vivants : Le Gascon Gascon maigri lui, opéra buffa, 1805, in-8°; F Ingénu , ou le Sauvage du Canada , pantomime , 1803, in-8°; Ildumor et Zulëma, ou l'Étendard du prophète, mélodrame, 1803, in-8"; la Fille mal gardée , ou // n'est qu'un pas du mal au bien ,1812, in-8». A— T.

HUS-DESFORGES (Pierre- Louis) , violoncelliste et compositeur de musique, né à Toulon le 14 mars 1773, eut pour mère une fille du célèbre violoniste Jarnowick, et l'on a dit que son aïeule paternelle appartenait à l'illustre famille de Courtenai. Dès son enfance, il suivit ses parents, qui menaient la vie nomade d'artistes. A l'âge de huit ans, il fut enfant de choeur de la cathédrale de la Rochelle, et il y reçut les premiers éléments de la musique. En septembre 1792, il entra au service comme trompette, au 14* régiment de chasseurs à cheval, lit les premières campagnes de la révolution et fut réformé en 1796, ayant eu le doigt majeur de la mainMroite emporté par un coup de feu. A Berlin , il se perfectionna sur le violoncelle par les leçons du fameux Duport. Après avoir dirigé plusieurs orchestres, entre autres celui du Théâtre-Français à Saint-Pétersbourg, pendant huit ans , et celui du Grand-Théâtre de Bordeaux, il vint à Paris, où il fut successivement chef d'orchestre du Vaudeville et du Gymnase- Dramatique, de 1823 à 1829, puis du théâtre du Palais-Koyal, de 1831 à 1832. Mais habitué à diriger l'exécution des opéras des plus grands maîtres, Hus-Desforges était tout désorienté quand il fallait accompagner les chanteurs de flonflons et de ponts-neufs; aussi fut-il forcé d'y renoncer. Il était, dan» ses dernières années, chef de l'enseignement musical au collège royal de Pont-Levoi (Loir-et-Cher), lorsqu'il y mourut le 20 janvier 1838 (i). On a de lui soixante -onze œuvres de (1) Cm* sur U tombe de Haa-Deaforçee que Berblgukr, si-

musique, symphonies, quatuors, concertos, romances et ouvrages classiques, parmi lesquels on distingue une Méthode de violoncelle très-estimée. U a composé aussi la musique de quelques mélodrames de Cuvelier, et de quelques opéras représentés en Russie. A— t.

11USCHKE ( Emmanuel -Théophile ) , philologue allemand, né le 8 janvier 1761 , était depuis 1811 professeur de belles-lettres et premier bibliothécaire à l'université de Rostock, lorsqu'il mourut à Greussen enThuringe le 18 février 1828. On lui doit plusieurs ouvrages ou morceaux pleins d'érudition et très-utiles: 1° Commentatio de inscrip» tione crise uh Locris in Italia reperti ad Olaum Gerh. Tychsium, linguarum orient, profess., etc., Rostock, 1813, in-fol.; 2" Albii Tibulli carmina, ex recensione et cum animadoersionibus Im.-G. Huschkii, Leipsick, 1819, 2 vol. in-8°. Cette édition est accompagnée d'un spécimen gravé de l'édition de Venise de 1492. Huschke avait préludé à la publication de tout l'ouvrage par plusieurs essais (la première élégie, avec des notes, Rostock, 1813, in-4°; Progr. in quo illuslratur Tibulli t le gui tertio. , et notes, ibid., 1814, in-4°; Progr. in quo UL T. eUg. 7, 1814, in-4°; Mb. Tib. el. très, 1814, in-4°); frAnalecta UUeraria. Leipsick, 1 826, gr. in-8°, contenant 1. C. VaL Catulli carmina sex priora (avec commentaires de J. Broekhuysen, de Verburg et de l'éditeur); 2. M. Tull. Ciceronis orationes pro if. TuUio qua exstant (avec commentaire et excursus de Huschke); 3. Comment, de Tibutlo et Propertio; 4° Epistolee virorum doctorum inedita ; 5° Commentatio de Cannio Cimbro Lysidici filio , Rostock, 1824, in-4°; 6° divers articles insérés dans la Feuille libérale du soir de Schwerin; des poésies ou discours d'apparat, et sa dissertation De progressa humanitatis studiorum in Germania, Rostock, 1810, in-8°. P— ot.

HUSKISSON (Guillaume), homme d'État anglais, naquit le 11 mars 1770 à Birchmoreton dans le comté de Worcester. Ayant de bonne heure perdu sa mère, il fut emmené à Paris en 1783 par son oncle maternel Gem, qui, médecin de l'ambassade anglaise , conçut l'idée de lui laisser un jour sa place comme si elle eût été inféodée à sa famille. Mais l'anatomie, la clinique inspirèrent plus de répulsion que d'ardeur au jeune homme ; et il ne parait pas vrai qu'il soit jamais entré comme apprenti chez un pharmacien. 11 n'est pas exact non plus de dire que son oncle l'ait placé commis dans une maison de commerce. Le fait certain est que très-jeune encore, et tandis qu'il était censé se livrer aux études médicales, il se mêlait de politique avec l'enthousiasme et l'inexpérience de son âge. La France alors, après un long calme, débutait dans la carrière des révolutions. Parlant le français avec facilité, grâce à son éducation parisienne, Huskisson lisait les jour-

lèbro flûUate, annonça lui-même aa fin prochaine. Dan» huit jours, dit-U , vous reviendra pour moi; et boit Jour» après U •uifit aon ami au tombeau. F— ts.

naux, les pamphlets, les discours que chaque jour voyait éclorc, prenait parti pour les innovations, et, membre du club de 1789, y pérorait parfois. Il faut dire pourtant que ce club, d'abord en faveur du mouvement, ne tarda point à se trouver dans la résistance, et qu'en conséquence c'est à tort que plus tard les ennemis de Huskisson lui jetèrent à la tête , à cette occasion , les épilhètes de de'mocrate et de jacobin. Ses paroles au reste roulaient sur des sujets spéciaux et sérieux d'économie politique; et ce qu'il proclamait dans l'effervescence de sa jeunesse n'eût point été réprouvé par la circonspection de son âge mûr. A propos d'une émission d'assignats, par exemple, il insistait sur la nécessité de ne point multiplier des valeurs évidemment dépréciables, sans faire marcher de front la vente «les propriétés nationales, seule base de leur valeur, conseil avoué par l'économie politique la plus méticuleuse. La rnodération de Huskisson devint plus grande encore quand, cette même année 1792, sur la présentation du chapelain Warner, il fut nommé secrétaire particulier de l'ambassadeur anglais en France , lord Gower, que bientôt il suivit en Angleterre lorsque la rupture entre le cabinet de Saint-James et la convention fut imminente. Il resta quelques - mois dans la société de son patron, sans position nette et sans autre occupation que l'étude des questions du jour et des livres d'économie politique jusqu'à ce qu'il passât de la maison de lord tlower au bureau d'émigration de Ihiudas, qui, pour se tenir au fait de tout ce qui regardait les nombreux réfugiés français , avait besoin d'un homme parfaitement au courant et de la langue française et des événements (1795). Ce fut là l'origine de la haute fortune de Huskisson. Sa facilité, l'étendue et la précision de ses connaissances, la méthode et la clarté de ses rapports le firent remarquer de Canning, avec lequel dès lors il se lia intimement, et de Pitt, qui acheva de lui faire oublier ses précédents révolutionnaires. En 179?>, Dundas, alors ministre de la guerre, le nomma clerc-chef; et l'année suivante, au titre de membre de la chambre des communes que lui décerna le bourg-pourri de Morpetb, sous les auspices de Pitt, il joignit l'office de sous-secrétaire d'Etat, et un peu plus tard les bonnes places de receveur

Sénéral du duché de Lancastre et de commissaire u bureau de commerce. Vers la même époque aussi son mariage avec la fille de l'amiral Mark Milbanke (1799) le classa enfin dans l'aristocratie anglaise. Il n'avait encore que vingt-neuf ans. La retraite de Pitt en 1801 interrompit un instant cet avancement rapide. Il quitta le secrétariat de la guerre ; et aux élections générales de 1802 il fut évincé par une forte majorité à Douvres, où il se croyait plus de chances qu'à MorpeUi. Il ne reparut au parlement qu'en 1804, pour le bourg de Liskeard. Le jour même de son élection (15 mai), Pitt ressaisissait le pouvoir, et bientôt après U partageait entre Huskisson et Slurgers-Bournc

le secrétariat de la trésorerie. Dépouillé de cette charge lucrative à l'avènement de Fox , en 1806, Huskisson la recouvra l'année suivante sous Perceval, et pendant ce temps il n'avait cessé de faire partie de la chambre, où le renvoyèrent d'abord ses amis les électeurs de Liskeard, et ensuite ceux du bourg de liarwich : dès lors il ne quitta plus le parlement, trois fois Chichester (1812, 1818, 1820), et une fois Liverpool (en 182ô) l'ayant choisi pour les représenter. La réputation à laquelle, à partir de 1807, s'éleva Huskisson justifia leur choix. Jusqu'alors il n'avait parlé que rarement. Les ministres pouvaient connaître ses talents : ils faisaient à la tribune grand usage des documents qu'il avait élaborés, et transmettaient en quelque sorte à la chambre les explications et les développements qu'il leur donnait de vire voix. Mais dans la session de 1807, et plus encore dans les suivantes, il parut fréquemment à la tribune et se fit une réputation d'orateur et d'économiste. Tantôt ministre, tantôt fonctionnaire en rapport intime avec le cabinet, il appuyait pour l'ordinaire les projets du ministère : plus d'une fois pourtant il différait par quelques nuances d'avec les ministériels purs, soit sur l'émancipation des catholiques dont il soutenait avec Canning l'urgente nécessité, soit sur l'opportunité de cette guerre à mort que l'Angleterre soutenait contre Napoléon et qu'il n'approuvait pas complètement, soit enfin contre diverses mesure» relatives au commerce et à l'agriculture. Bien qu'en général il pût parler sur toute espèce <le sujets, ce fut spécialement de ces derniers qu'il entretint la chambre. Les lois sur les grains et sur les tarifs protecteurs des manufactures exercèrent aussi son éloquence, ainsi que celles sur les manufactures et le commerce des soies, des laines et du sucre. Ses principes, en harmonie avec ceux des économistes les plus hardis , fléchissaient pourtant devant les exigences des circonstances : il admettait que les manufactures doivent savoir se passer de tarifs protecteurs, qui trop souvent éteignent l'émulation par le monopole et empêchent les perfectionnements, et que le commerce des grains «loit être libre comme tout autre : au besoin, cependant, il restreignait l'exportation et graduait des tarifs. 11 demandait la liberté du commerce, et par conséquent l'abolition du célèbre acte de navigation de Cromwcll, pour le remplacer par la réciprocité dans tôt» les traités de commerce. Il posait les vrais principes en matière de papier-monnaie, de banques privilégiées, 9e colonies, d'adoucissement de» droits; et partout il savait nuancer, modifier le rigorisme des théories suivant les temps, les lieux, les précédents et l'opinion. Premier secrétaire de la trésorerie en 1807, il vint au secours de Perceval et soutint contre les attaques de lord Pelty et de Tierney le système suivi par le ministre a l'égard de la banque. Moins favorable à l'adaiinbtration depuis qu'il eut cessé d'en faire partie en

1809, il éleva en 1814 de solides objections contre la demande d'un secours à donner aux manufactures el au commerce. II critiqua vivement les budgets de 1811 et de 1812, et surtout relui de l'Irlande, sur lequel il attira de sévères investigations. En 1813 il se prononça contre le système de Yansittart, comme en opposition avec la loi constitutive de l'amortissement , et comme lésant U foi publique et le gage des créanciers. L'année suivante il entra au conseil d'État et fut nommé premier commissaire des eaux et forêts. Il avait de plus le titre d'agent de la colonie de Ceylan, qui lui valait par an cent mille francs, et qu'il garda de 1812 à 1823. On put alors remarquer quelques variations dans son langage. H s'éleva en 1815 contre la tentative de lord Hamilton, à l'effet de forcer la banque à reprendre ses payements en numéraire, et n'adhéra qu'en 1816 à cette mesure, encore fut-ce en l'ajournant à deux ans et en la transformant en espérance de la cham- *re. En 1817 il défendit les privilèges de la banque, et prétendit la justifier de toutes les plaintes amoncelées contre elle. En 1820 il se rendit trèsimpopulaire chez les propriétaires de terres, en restreignant les facilités d'exportation des grains, et il ne se réhabilita point en 1821 en justifiant de son mieux la conduite du ministère à l'égard de la reine, et en défendant l'impôt foncier et la taxe sur les fenêtres et les droits sur la drèche, droits que cependant il fallut enfin abaisser, indépendamment d'un prêt de cent vingt-cinq millions à l'agriculture. L'année suivante, Canning nomma son ami trésorier de la marine et président du bureau de commerce. C'est alors que, maître d'un portefeuille, Muskisson fit abolir l'acte de navigation. Déployant en liberté ses vues forges et hardies, il repoussa les demandes de ceux qui voulaient qu'on prohibât l'exportation des machines. Il proclama, mais vainement, l'absurdité des lois restrictives de l'usure (182i); il avertit fabricants et ouvriers que la fixation des salaires par une loi était une mesure inique, illusoire et ruineuse pour les uns comme pour les autres. Au nom de l'histoire et de la raison, il se déclara sans réserve contre le système qui force la colonie à n'importer, à n'exporter que vers la métropole ou sur les vaisseaux de la métropole (1825). Dans l'application pourtant il sut modifier -** principes, du moins pour l'exportation des machines (qu'il restreignit en 1826) , et sur quelques autres points. Aussi Parnell et son école lui reprochaient-ils, non sans quelque raison, de n'avoir qu'en apparence établi la liberté du commerce des grains; et, pressé entre deux systèmes ennemis, Muskisson ne se retirait du combat •N'nec peine. L'échec du bill des céréales, évidemment élaboré par lui en 1826, n'ébranla pas u position ministérielle; mais on remarque, comme incident curieux , que lord Wellington , dont l'amendement dénatura le bill au point d'en kire opérer le retrait, s'appuya par inadvertance

nus 20i

de l'opinion du trésorier de la marine, opinion diamétralement contraire à la sienne. Bientôt après, Canning mourut; Huskisson devint ministre de la guerre et des colonies dans l'administration Goderich, et quand, ainsi que tout le monde le prédisait, cet éphémère cabinet tomba, Huskisson resta debout. On lui reprocha trèsvivement cette fidélité à sa place, et il ne se dé* fendit que par le protocole accoutumé. Le fait certain est que son ambition ne pouvait laisser aller le portefeuille, et que pour le retenir il eût fait plus que beaucoup d'autres. Mais sa flexibilité ne pouvait désarmer l'antipathie du torysme , et il était bien convenu qu'on l'évincerait, n'importe comment. Une discussion au parlement sur l'affranchissement d'East Bedford en fournit l'occasion : on le somma de tenir un engagement que jadis il avait pris imprudemment en faveur de cette ville, et par là de se mettre en opposition avec ses collègues. Il obéit à cette brusque nécessité, puis il écrivit au duc de Wellington pour offrir sa démission au cas où ses collègues la croiraient nécessaire. Le duc le prit au mot, et, maigre' toutes les tergiversations, les explications et les manœuvres auxquelles eut recours le démissionnaire, il lui donna un successeur. Huskisson se jeta dans l'opposition, et n'appuya parmi les mesures gouvernementales que le bill d'émancipation catholique, en 1829; il croyait devoir à la mémoire de Canning cette manifestation. Du reste il parla pour l'abaissement des droits imposés au commerce avec la Chine et l'Inde ; puis contre le monopole de la compagnie des Indes et contre celui de la banque d'Angleterre; puis pour l'assimilation des juifs aux autres Anglais en matière civile, et il présenta au parlement la pétition des négociants de Liverpool , relativement à l'interruption des communications commerciales entre le Mexique et la Grande-Bretagne. Sur ces entrefaites, les chambres furent dissoutes. Huskisson malade déclara ne plus vouloir être réélu, et il alla passer quelques semaines' dans l'Ile de Wight. Mais on vint lui dire que son nom était plus que jamais populaire à Liverpool : il accepta la candidature qu'on lui offrait et se rendit dans cette grande ville : une mort terrible l'y attendait. Oo inaugurait la route en fer de Liverpool à Manchester, Huskisson avec plusieurs illustres personnages venait de faire le rapide voyage sur le Northumbrie; et, descendu de cette voiture, il courait familièrement sur la route entre les deux rails: tout à coup une autre voiture à vapeur l'accroche , lui brise la jambe et le jette mourant sur le sol. Il expira la nuit suivante, le 13 septembre 1830. P— ot.

HUSS (Jim). Voyex Hus.

HUSSEIN, pacha, favori du sultan A murât IV, fut d'abord selictar-aga. Il parait qu'Amurat avait une haute estime pour la bravoure et les talents militaires de cet homme extraordinaire ; car il ne prenait, dit-on , aucune résolution importante à

la guerre sans le consulter. Hussein est compte" parmi les guerriers les plus distingués de l'empire ottoman. Il est remarquable entre tous les autres par des vertus moins communes que la valeur, telles qu'une égalité' d'âme qui ne se démentit ni dans la bonne ni dans la mavtvaise fortune. Il ne fut pas moins distingué par son éloquence, sa présence d'esprit et la vivacité de ses reparties. Une faute fit encourir au favori la disgrâce de son mattre ; et il fut jeté dans une prison du château des Sept-Tours. Pendant trois jours Amurat l'oublia ; le prisonnier laissa croître sa barbe et ne prit aucun soin de sa personne. Le sultan, qui l'aimait, se souvint enfin de lui et lui ordonna de reparaître. Hussein accourut tel qu'il était dans sa prison : « T'cs-tu fait derviche, lui « dit Amurat, pour te montrer en public dans un « tel état? ou bien es-tu devenu fou, et crois-tu « avoir la téte d'un autre homme sur tes épaules ? « — Tant que j'ai été privé des bonnes grâces «le « Ta Hautesse, reprit Hussein, je n'ai pas voulu « penser à ma tête, ne sachant pas si elle me reste- « rait. » Ce musulman, d'une philosophie si gaie, devint pacha, commandant de la Ualmatie ottomane : il occupait ce poste avec honneur sous Mahomet IV , lorsque le grand vizir Méhémet- Kiouperli, le sacrifiant à son ressentiment, le lit mettre à mort sous ses yeux avec autant de perfidie que d'injustice. S — t.

HUSSLÏN-PACHA , surnommé Koutchouk (le petit), quoique M. Castellan, dans ses Lettres sur Lt Crèce^ dise qu'il était de haute taille, naquit en Circassie ou en Géorgie vers 1750. Esclave dès son enfaucc et amené à Constantinople , il fut élevé parmi les itch-oglans ou pages du vieux sérail, attaché au service du prince Sélim, qui, en qualité d'héritier présomptif du trône ottoman, y était retenu prisonnier, et il devint son confident et son ami. Une heureuse circonstance lit naître cette intimité , qui dura autant que leur vie. Les jours de Sélim, menacés par une intrigue des femmes du sultan Abd-ul-llamid (voy. ce nom), avaient été sauvés par l'avis officieux d'une esclave du harem, sœur de Hussein. Parvenu à l'empire, Sélim III (voy. ce nom) ne mit point de bornes à sa reconnaissance. Il combla de bienfaits son ami, lui fit épouser sa cousine germaine, fille du dernier sultan, et dès l'année 1780 il le nomma capitan-pacha (grand amiral) et surintendant de la marine à la place du fameux Gazi-IIassan (voy. ce nom) , qu'il venait d'élever à la charge de grand vizir. Hussein se montra toujours digne de la confiance et des faveurs de son souverain. Joignant au sang-froid et au caractère réfléchi des Turcs beaucoup de connaissances, de vivacité, de présence d'esprit, un sens droit et une grande activité, il se livra avec autant de zèle que d'intelligence aux importantes fonctions dout il était chargé. Plus instruit que son intrépide prédécesseur, et surtout plus heureux en ce que, contrarié dans ses projets d'innovations par la jalousie de

tous les ministres et par les préjugés de l'ignorance et de la superstition, il était soutenu par son maître, il trouva dans l'attachement de Sélim les moyens pécuniaires pour les mettre à exécution. Il fit aflecter au département de la marine une grande partie des revenus de l'empire. Il s'entourait de gens instruits de tous les pays et dans tous les genres, et utilisait leurs talents pour le service de l'État. 11 ne se borna pas à réorganiser l'école de marine fondée par le baron de Tott {voy. ce nom) et rétablie par Gazi-IIassan ; il y attacha des professeurs habiles que dirigeaient des ingénieurs européens, et qui instruisaient plus de deux cents élèves destinés à fournir des officiers de marine et des ingénieurs constructeurs. Ce fut à sa persuasion que Sélim demanda à la France et à la Suède des ingénieurs qui firent approvisionner les magasins de la marine et rétablirent l'ordre et l'activité dans les divers chantiers. Aussi en peu d'années on vit sortir de ceux de Sinope, de llliodes et de Constantinople. une vingtaine de vaisseaux de ligne , dont quelques-uns à trois ponts, et qui, pour la coupe, les proportions et les gréements, étaient comparables aux plus beaux navires de France et d'Angleterre. Connaissant l'indolence des Turcs et leur éloignemenr pour la marine, Hussein encourageait le commerce du cabotage, favorisait les Crées insulaires et protégeait leurs expéditions lointaines. Profitant de leur expérience, il en formait de bons matelots, et, pour les diriger, il attirait par l'espoir des récompenses des pilotes et des officiers européens. Son inexorable sévérité' et même ses largesses continrent les lèvent is, soldats de marine turque, qui cessèrent d'être la terreur des habitants de Constantinople par leur licence et leurs excès. Il les employait à de fréquentes croisières sur les diverses mers qui baignent les côtes de l'empire ottoman. Les forêts et les mines de cuivre de l'Asie Mineure furent mises en régie et exploitées avec succès pour la construction et le doublage des navires. Peut-être Hussein s'occupail-il trop minutieusement des moindres détails; mais en dirigeant les travaux de l'arsenal de Constantinople, en y passant des journées entières, il stimulait l'activité des ouvriers par sa présence. Cet amiral possédait d'ailleurs les qualités administratives plutôt que les talents militaires. Ln donnant une grande impulsion à la marine ottomane, que les circonstances ne lui permirent pas de rendre aussi redoutable qu'il l'aurait désiré, il n'eut pas occasion de se distinguer dans le commandement d'une armée navale. Ln 1708, chargé par le sultan de réduire le rebelle Passwan-Oglou (voy. ce nom) , il échoua complètement devant Viddin, dont il fut forcé de lever le siège, et il immola à son ressentiment son ancien drogman, Rangerli, hospodar de Valachie, fortement soupçonne d'intelligences avec les ennemis de l'empire. Hussein était à Constantinople le meilleur ami des Français. Sa predi-

lection pour eux avait sa source dans le souvenir du secours que lui avait donné le capitaiue de frégate de Vennel pour détruire la flottille d'un corsaire russe. I.orsqu'en 1797 l'armée française, traversant la Save et la Drave, marchait sur Vienne, le capitan-pacha entretenait un grand nombre de courriers pour être informé de ses nouvelles, et chaque victoire des Français faisait éclater sa joie. Hussein-Pacha ne prit d'abord aucune part directe à la guerre dans laquelle leur expédition en Égypte entraîna la Porte Ottomane : ce fut un de ses lieutenants qui coopéra, avec l'escadre russe, à leur enlever, en 1799, les Iles vénitiennes; deux autres débarquèrent en Syrie et en Égypte les troupes qui furent vaincues par Bonaparte et par kléber. Mais Hussein vint croiser, en mai 1800, devant Alexandrie, pour tenter de renouer les négociations du traité rompu d'El-Arisch, ou pour y jeter une partie des troupes ottomanes échappées à la bataille d'Iléliopolis. II commandait aussi la flotte qui, jointe à celle des Anglais, décida l'évacuation de l'Egypte en 1801 , et il fut un des signataires de la capitulation du général Belliard et de celle du général Menou. 11 s'était conduit loyalement dans cette guerre; mais, après le départ des Français, il ne put se dispenser de seconder le grand vizir, son rival, dans les mesures perfides ordonnées par la Porte contre les Mamelouks. Sept de leurs beygs, attirés dans son camp devant Alexandrie, résistèrent, le sabre à la main, lorsqu'il voulut les faire embarquer sur sa flotte ; trois furent tués, et il relâcha les autres, sur les réclamations du général anglais, qui le détermina à remettre a la voile. Malgré l'opposition du grand vizir, il avait fait nommer pacha du Caire Mohatmned-Khosrow, sa créature et son lieutenant. De retour à Constantinople, Hussein contribua au rétablissement de la paix entre la France et la Turquie, et il poursuivit l'exécution du système qu'il avait fait adopter par le sultan pour réorganiser la tactique, les manœuvres et la discipline des troupes ottomanes. Déjà il s'était attaché les étrangers renégats qui avaient servi dans le bataillon d'infanterie régulière dissous depuis la mort d'Aubert-Dubayet, et après le départ des officiers instructeurs que cet ambassadeur avait amenés àConstautinople en 179G. Hussein les faisait manœuvrer devant lui tous les vendredis; il avait modifié leur costume militaire en substituant à leur culotte large et embarrassante un pantalon serré parle bas. Il s'était procuré de nouveaux instructeurs européens, et il avait formé une compagnie d'artillerie volante qui propageait l'enseignement parmi les canonniers turcs. Néanmoins le recrutement de ce corps, contrarié par les railleries des janissaires, ne l'avait porté qu'à cinq ou six cents hommes, qui s'étaient distingués à la défense de St-Jeand'Acre contre les Français. A leur retour, ils devinrent le noyau de la nouvelle milice nommée Nizam-Djédid, dont Husscin-Pacha fut le princi-

pal instigateur, et qu'il lit discipliner et armer régulièrement comme les troupes d'Europe, malgré la résistance des janissaires et des ulémas. 11 ne tint pas à Hussein que le sultan n'eût une flotte formidable et une armée de terre respectable. Malheureusement il ne vécut pas assez pour compléter leur réorganisation. 11 mourut à Constantinople, le 7 décembre 1803, des suites d'un asthme dont il était atteint depuis longtemps, et que son ardeur pour le travail lui avait fait négliger, heureux du moins de n'avoir pas été témoin ou victime de la révolution qui priva Sélim du trône et de la vie, et qu'il eût probablement prévenue ou arrêtée par son ascendant et sa fermeté. Xul doute, s'il eût vécu , qu'il n'eût puissamment contribué aux réformes du sultan Mahmoud II (roy. ce nom) et à la réorganisation de l'empire ottoman. Doué d'un mérite supérieur, Hussein passait en cfTet, chez .les Turcs, pour un homme extraordinaire. Loin de thésauriser, comme la plupart des fonctionnaires publics chez les Orientaux, il ne laissa que des dettes. Avant d'expirer il donna Ja liberté à un grand nombre de ses esclaves. Quoique sévère jusqu'à la cruauté pour le maintien de la discipline militaire et le châtiment des sangsues du peuple, il avait gagné, par cela même autant que par sa libéralité , un grand nombre de partisans, surtout dans les basses classes. U arrivait toujours le premier dans les incendies, si fréquents à Constantinople , et il récompensait largement ceux qui lui en avaient donné avis ou qui montraient le plus d'ardeur à y porter secours. Aussi élait-il toujours accueilli, dans ces circonstances, par les acclamations des habitants. 11 ne se montrait pas moins généreux envers les chrétiens. Peu de jours avant sa campagne de Viddin, il rendit la liberté à deux chevaliers de Malte, esclaves depuis deux ans à Constantinople , où ils attendaient vainement leur rançon, et il leur fit compter mille piastres pour leurs Irais de voyage, en les priant seulement de s'interposer auprès du grand maître de leur ordre, afin d'adoucir le sort des esclaves turcs à Malte. Hussein était maigre et pale, il avait la barbe et les cheveux trèsnoirs, les yeux noirs aussi, petits et creux, mais très-brillants et très-mobiles, le regard un peu égaré, la physionomie plus expressive qu'agréable, les mouvements vils et inquiets. Il aimait les arts, et ses appartements, qu'ornaient des trophées d'armes groupés avec des drapeaux et des instruments de musique, offraient en outre des peintures de paysages et de figures humaines, contrairement a la loi prohibitive du Coran. A — T.

HL'SSEIN-PACIIA, dernier dey d'Alger, était né à Smyrne, vers 1773 (1), dans un rang obscur.

il! 11 avait fait dan» sa jeunesse le commerce du Ubac, d'où lui vint le surnom tic Khodjak imarrhandl, qui, signifiant aussi professeur, lui fut peut-être donné parce qu'il parlait et écrivait correctement le turc, et qu'il l'exprimait hCucUMfflt en arabe. Comme il avait lait quelques études et obtenu le titre d'uléma (docteur de la lui 1, il passait pour l'homme le plus savant de la régence, où l'on trouvait à peine dans le divan trois hommes

Porte par sa destinée dans cette milice algérienne

Îui, chargée de la garde du dey, disposait souvent e sa rie et de sa couronne, son avancement fut rapide, et il obtint bientôt la confiance d'Ali-Pacha, dont il devint ministre. Ce dey ne tarda pas à subir le sort de la plupart de ses prédécesseurs. D'après une opinion qui parait fondée, il fut assassiné secrètement et transporté dans son marabout. Un de ses nègres, le jeune Mohammed, y étant entré, pour lui présenter le café, ne trouva qu'un cadavre déjà refroidi. Alors on publia qu'Ali-Pacha était mort de la peste. Hussein, qu'on n'accuse pas d'avoir pris part à ce complot, en recueillit le fruit : il fut à l'instant proclamé dey (1er mars 1818). Son élévation n'avait été le prix ni de l'audace ni du génie. Arrivé ainsi subitement au pouvoir, cet homme ignorant et craintif ne voulut pas habiter la même résidence que son prédécesseur, le palais de la Jennina, situé au sein de la ville. Il alla s'établir à la Casbah, édifice trèsvaste et fortifié en tête d'Alger, dans lequel furent logés sa maison, ses officiers et même une partie de ses, troupes. C'est à de telles précautions, on ne peut le nier, qu'il a dû un règne de douze ans, considéré comme fort long dans cette contrée. Enfermé dans sa forteresse, il ne s'en éloigna jamais pour combattre des ennemis ou réduire des tribus rebelles. Il n'en sortait que pour aller à son beau jardin sur le bord de la mer, non loin de la Pointe Petcade, auquel on donne encore aujourd'hui le nom de Jardin du dey. quoiqu'il soit converti en un vaste hôpital militaire. Là seulement, au milieu d'une seconde enceinte de murailles, Hussein jouissait de quelque tranquillité. Les populations d'Alger et de la régence ne furent jamais moins pressurées , moins tourmentées que sous son règne. La piraterie avait aussi perdu de son intensité, et l'esclavage des chrétiens était moins affreux que sous ses prédécesseurs. Son caractère doux et tolérant semblait avoir amendé celui des barbares auxquels il commandait (1). Fort enclin aux plaisirs du harem, il avait des femmes de toutes les couleurs, surtout des négresses. Mais cette passion, qu'il poussa à l'excès, avait épuisé ses forces au point qu'il crut devoir recourir à des spécifiques pour les réparer. Il s'adressa pour cela à un vieux juif qui passait pour avoir des recettes merveilleuses. Cet homme, effrayé d'une pareille demande, et redoutant les suites que pouvait avoir l'inefficacité de son remède, hésita un moment; mais enfin il fallut l'administrer. Hussein , plus défiant encore , n'en prit que la moitié. Ayant aussitôt ressenti une violente

capable» de lire et d'écrire leur langue. Quoiqu'il ne manquât pas rte courage, il n'aTait pas l'humeur guerrière, et il ne commanda Jamais d'armée. A— T.

lit Adoptant un système Inconnu A la plupart de tes prédécesseurs, il nul en liberté et dota richement des filles juive» et chrétiennes qu'AU Pacha avait (ait enfermer dans son harem. Il était surtout | chute (orl rare chei le* musulmans ) doué d'une extrême tolérance en matière de religion. Il rendit à la liberté de conscience un juif qu'Ail avait forcé d'embrasser l'Islamisme. A-t.

colique , il se crut empoisonné. Pour toute vengeance, il ordonna que le juif bût lui-même ce qui restait ; et il ne s'en occupa plus, le croyant mort. Mais ayant au contraire appris, quelque temps après, que cet homme jouissait d'une santé parfaite , et même qu'une jeune femme qu'il avait épousée au moment de son aventure en portait un témoignage évident, il le fit appeler et lui demanda comment il pouvait se faire que son breuvage lui eût fait du mal au lieu de le guérir. Le juif, sans se déconcerter, répondit que c'était précisément parce qu'il n'en avait bu que la moitié. Le dey persuadé luit alors la potion tout entière , et il se crut réellement guéri. Cette anecdote, publique à Alger, et qui n'a rien de commun avec certains récits du même genre, peut seule faire juger de la crédulité etdu caractère d'Hussein, qui, d'ailleurs, n'était pas plus avancé sur des points autrement importants. Ilien ne peut se comparer, par exemple, à ce que des personnes, intéressées sans doute, lui avaient fait accroire sur les usages, la valeur et la manière de s'armer et de combattre des Français. H avait l'habitude de recevoir, le vendredi, jour de la fête hebdomadaire musulmane, les consuls accrédités auprès de lui, et en tête desquels se plaçaient celui de France et celui d'Angleterre. C'est alors qu'il s'entretenait avec eux des affaires relatives aux puissances qu'ils représentaient. Un se fait facilement une idée du zèle et des efforts que ces diplomates déployaient pour obtenir sa confiance et ses bonnes grâces, dans l'intérêt du commerce et des sujets de leurs cours (1). Us mémoires manuscrits de M. Deval, consul de France, donnent à cet égard de curieux détails. Presque tous les gouvernements de l'Euro;* avaient renouvelé avec Hussein ces bizarres traités appelés capitulations, par lesquels les Euroj>éens pouvaient, au prix d'un tribut humiliant, se soustraire aux cruels attentats de la piraterie, à h honte de l'esclavage ; et la France était la puissance qui avait le moins à s'en plaindre. Toutefois, l'année 1827 lit nallre de nouvelles complications dont le germe n'était guère que dans les préventions et l'humeur du pacha. On l'avait surtout beaucoup aigri contre le consul français ; il n'écoutait plus qu'avec impatience les réclamations que celui-ci se croyait en droit de lui adresser. Hussein y répondait par de dures observations ; et il se plaignait à son tour que deux de ses sujets, les juifs Bacri et ttusnach, n'eussent pas encore obtenu le payement d'une créance de quatorze millions, réduite à sept millions, que la France leur devait pour des fournitures de blé faites depuis plus de

M) Faisant droit aux réclamaUons du roi de Hardulçne, appuyée* par la marine anglaise, il indemnisa un navire tarif dont la cargaison axait été pillée, et déliera de la capitule ose partie de l'équipage. Vassal de la Porte Ottomane, et forcé dr prendre part en laXi à la guerre contre les Grecs, sa faible escadre re^ta e» croisière devant la mer Adriatique, tjuclquc lvir.pt après, Hussein ayant fait enlever plusieurs Maures au wt'Kt du consul anglais, cet agent en obtint réparation par un trait» conclu, le 20 juillet 1B24, sur le» bases de celui de 1»I6 (*»» EXKOOTH). A— T

HLS

trente ans à l'armée d'Égypte. Un jour que la chaleur lui avait fait quitter son appartement ordinaire, les ministres et les consuls étant venus selon la coutume à son audience dans une vaste galerie, la conversation s'établit entre M. Deval et lui sur la créance Bacri. Hussein, élevant bientôt la voix, proféra des paroles injurieuses pour le roi de France. Le consul, à son tour, s'exprima de manière à piquer le dey (1)» qui, tenant dans ses mains un grand éventail, l'approcha tellement et avec un geste si brutal de la figure du représentant de la France , que celui-ci jugea devoir se retirer sur-le-champ pour informer son gouvernement de l'outrage qui venait de lui être fait. Cette nouvelle produisit à Paris une grande sensation, et elle y réveilla le souvenir de beaucoup d'autres provocations qui avaient précédé cette injure. Un a lieu de croire que d'autres motifs encore dirigèrent dans cette occasion le cabinet îles Tuileries. Quoi qu'il en soit, la guerre fut résolue, et l'on ne s'occupa plus en France que de réprimer les pirates d'Alger, et de venger les nations européennes si longtemps victimes de leur barbarie. L'ignorance du dey était telle qu'il croyait sa puissance au-dessus d'une pareille attaque. Cet homme ne se doutait pas qu'autrefois l'amiral français Duquesne avait démoli un tiers de sa capitale, et imposé de dures conditions à l'un de ses prédécesseurs. A peine savait-il qu'en 181 C l'amiral anglais Exmouth (voy. ce nom) avait brûlé la marine algérienne, délivré tous les esclaves chrétiens, et forcé son avant-dernier prédécesseur (voy. Omar-Pacha) à demander grâce, après avoir payé une forte rançon. Le seul fait dont Hussein eût connaissance était la défaite des Espaguols sous Charles-Quint (2). Cette circonstance le rassurait beaucoup ; et il méprisait complètement les armes des Européens (3). Cependant une armée formidable et une flotte imposante se réunissaient sur les côtes de France, sous les ordres du général de Bourmont et de l'amiral Dupcrré {voy. ces

(1) Mon maUrt ne ri pond pat à sut homme tel que toi , dit

M. Deval , qu'une longue résidence dam le Levant avait familiarité avec le» forme* du langage oriental. A— T.

Il aurait dû encore mieux ne souvenir de leur déroula plus récente, »ou» le règne de Charles III, en 1776. A— T.

(3i De* la première nouvelle de l'insulte faite par le dey, une division navale, commande* par le capitaine de vainseau Collet, •c présenta devant la rade dAlger le 11 juin ; et, n'ayant pu obtenir la oatlilaction qu'elle exigeait, elle commença dè« le lendemain le blocus de son port. Hussein fit aussitôt détruire les étubltMsemenU français »ur la côte d'Afrique, noUmme.it le fort de la Calle, près de Bonc, lequel avait été rendu à la France en l-i 17, et fut ruiné du lond en comble le 1» Juin 18*27. Le blocus durait inutilement depuis deux an* et ruinait sept million» annuellement A la trrance. Trois chaloupes françaises, en poursuivant un corsaire algérien , avaient échoué, le 27 Juin 1029, sur la cote , où deux élèves de marine et vingt- deux marins furent massacrés par les bédouins. Le gouvernement français , avant d'en venir à des hostilités plus décisives, tenta une dernière démarche auprès de la régence. Le comte de la Bretonnlère, commandant le vaisseau la Province , entra comme parlementaire dans le port d'Alger, le 30 juillet 1S^9, pour remettre au dey luimême le* propositions de la France. Il fut admis en audience; mais il n'obtint aucune satisfaction; et lorsqu'il se retira, il essuya le feu de touUt les batteries pendant une demi heure. Il est juste de dire que' Hussein , sans désavouer officiellement ce nouvsd outrage, destitua le commandant des forts qui s'en était rendu coupable. A— T.

noms). Hussein comprit alors qu'il fallait se préparer à la résistance. 11 envoya à ses vassaux , les beys de Constant ine, de Titterl et d'Oran, l'ordre de venir auprès de lui défendre Alger la sainte. Il fut obéi avec un médiocre empressement, mais enfin il vit arriver ces chefs de province avec tout ou partie de leurs contingents. Le 13 juin 1830, à dix heures du matin, la flotte française, chargée de plus de trente mille soldats, était en vue d'Alger ; et le pacha eût pu compter ses ennemis luimême. La mer était belle, un vent favorable enflait les voiles. L'amiral français déploya pompeusement sa ligne sous les murs de la ville et se dirigea vers Sidi-Féruch , en passant à une encâblure du port, dont les quais et le môle étaient hérissés de canons. Ce port, ce môle et toutes les constructions qui s'y rattachent sont l'ouvrage d'Aroudj', si connu sous le nom de Barbermute, et de son frère, le fameux Khatr-ed-Din, le fondateur de l'État algérien, le fléau de PKspagne et de l'Italie, et dont la mémoire est encore vénérée des musulmans. Une demi-heure après, la flotte était devant Sidi-Féruch. Les troupes de terre et de mer s'attendaient à combattre, avant même d'avoir posé le pied sur la plage; mais on sut bientôt que la presqu'île était sans défense, que le fort qui la protège était abandonné, et que les Arabes s'étaient retirés sur les hauteurs qui l'avoisinent. Cependant on était informé que le débarquement se ferait sur ce point, et les beys de Constantine et de Titteri , ainsi que le khalifa du bey d'Oran, y avaient d'abord placé leurs magnifiques tentes, qui servirent bientôt à abriter les Français. Des batteries rasantes bien servies pouvaient devenir un obstacle insurmontable ; on ne comprend pas comment ces dispositions si simples et si bien indiquées par la disposition des lieux furent complètement omises, ni comment la flotte en passant sous les canons du môle et de la marine ne reçut pas même une bordée. Si l'on en croit quelques bruits populaires, Hussein, alors frappé d'un nouveau vertige, aurait pensé que le Dieu de Mahomet lui amenait les Français pour être sa proie. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il défendit de tirer sur eux. Le 14 au matin commença le débarquement. Les Arabes tiraillèrent des hauteurs où ils étaient placés ; mais le soir toute l'armée et un matériel abondant en toutes choses étalent établis sur cette terre d'Afrique, qu'aucun chef, qu'aucun soldat n'avait vue, et au sujet de laquelle on leur avait fait tant de récits fabuleux. Plusieurs jours se passèrent en combats presque tous malheureux pour les Arabes et que termina l'influence irrésistible de l'artillerie. Cependant, le 2i, les Africains , réunis en masses considérables et trèssupérieurs en nombre à l'armée française, viennent l'attaquer en poussant d'borribles hurlements. Les Français se forment en carrés, comme autrefois aux Pyramides, et plus de deux mille cavaliers africains viennent expirer sous leurs baïonnettes. Le 28, l'armée française est dirigée sur le fort de

Sors NUS

l'Empereur, qui domine, à porte'e de canon, la Casbah et le reste de la ville. Hussein , regardant cette position comme imprenable, était persuadé qu'on ne pourrait l'attaquer qu'en élevant à l'un de ses cotés un édilice de la même force. Pendant la nuit du 29 au 50, la tranchée est ouverte. Les tirailleurs du pacha inquiétaient les assaillants, auprès desquels ils arrivaient courageusement en se glissant comme îles bêtes fauves à travers les figuiers et les broussailles, mais aucune sortie sérieuse ne fut faite de la citadelle. De son côté, la flotte ne restait pas inactive; elle aussi envoyait ses boulets sur les forts et les remparts d'Alger. Elle favorisa d'autant plus les opérations de terre qu'elle força d'appeler beaucoup d'artilleurs auprès des pièces destinées à tenir les vaisseaux à distance. Le i juillet, tous les travaux de siège terminés, commença, à quatre heures du matin, un feu général auquel la garnison du fort répondit avec vigueur. Les canonniers turcs y soutinrent dignement leur réputation de bravoure ; mais à sept heures ils furent réduits au silence. A dix heures, l'ordre avait été donné de battre en brèche, lorsqu'une détonation épouvantable se fit entendre. Le bruit en retentit à trente lieues dans la mer, et jusque sur les cimes de l'Atlas. Des tourbillons de flamme et de poussière s'élevèrent jusqu'aux nues; un orage de pierres et de débris couvrit l'horizon ; le château de l'Empereur venait de sauter. Ses défenseurs avaient désespéré de le sauver , et le dey, désabusé , avait commandé sa destruction. Hussein comprenait enfin que la Providence n'était pas pour lui, et il envoya son secrétaire offrir à la France de / indemniser des frais de la guerre. La terreur était dans la ville, le peuple accusait le dey de vouloir la faire sauter comme le château de l'Empereur, et d'avoir pour cela rempli de poudre des souterrains. La populace demandait à grands cris de capituler, d'implorer la clémence du vainqueur que déjà elle croyait voir dans ses murs, accompagné de tous les fléaux de la guerre. Hussein eut beaucoup de peine à se décider ; mais enfin le feu des deux côtés s'arrêta tout à coup pour faire place aux messages diplomatiques, dans lesquels on vit d'abord figurer le consul et le vice-consul de l'Angleterre, qui dans le principe étaient loin, dit-on, de détourner le dey de la guerre avec la France, et qui, maintenant qu'une capitulation était devenue indispensable , l'assistaient de leurs démarches officieuses. Beaucoup de notables habitants d'Alger lui conseillaient aussi de capituler. Mais il est probable que les propositions, peut-être trop généreuses, qu'on lui portait ne furent pas fidèlement présentées; ciir, lorsque M. Brudchevits, interprèle qui lui fut expédié sur sa demande, les lui eut clairement expliquées, il ne témoigna plus aucune répugnance. D'ailleurs l'exaspération du peuple était telle que s'il eût hésité plus longtemps c'en était fait de sa vie, menacée par des signes auxquels les despotes de Barbarie ne se trompent pas. Il se

réserva seulement de prendre, pour la forme, l'avis de son conseil , et , sous ce prétexte , obtint un répit jusqu'au lendemain. Le 5, à la pointe du jour, une batterie de brèche allait être établie contre la Casbah, lorsque deux Maures apportèrent la capitulation, revêtue depuis la veille du sceau du pacha vaincu. Par ce traité, Hussein perdit ses Etals, mais il conserva sa liberté, celle de sa famille et la possession de tout ce qui leur appartenait personnellement, avec la faculté de remporter où bon lui semblerait. Il obtint les mêmes avantages pour ses soldats, et pour son peuple le libre exercice de sa religion, une liberté entière et le respect des femmes, des propriétés, du commerce et de l'industrie (1). Ainsi finit une domination fondée trois siècles auparavant par les deux Rarberousse, et qui pendant tout ce temps n'avait pas cessé d'être le fléau de l'Europe. L'exdey d'Alger (c'est ainsi qu'à Paris il se qualifiait dans ses cartes de visite) se retira pendant quelques jours dans la belle maison qui avait été construite pour son gendre , et s'assura qu'on ne l'enverrait point à Constantinople, dont il avait bravé les firmans, lorsque Tahir lui portait le cordon fatal. Le M juillet 1850, il s'embarqua sur la frégate la Jeanne d'Arc, avec cinquante-huit femmes, ses deux gendres et une suite de soixante personnes. Il emporta avec lui environ dix millions de son trésor particulier, dont le reste fut laissé à la Casbah, ainsi que presque tous les bijoux de ses femmes qui n'eurent pas le temps de les sauver. Il laissa aussi le trésor de l'Etat, conservé dans la même forteresse, placé dans quatre petites caves voûtées, et évalué a cinquante millions. Il se rendit d'abord à Mahon pour purger sa quarantaine, puis à Naples, où il débarqua le 5 août, ensuite à Livourne, où il s'arrêta assez longtemps. Il vint enfin à Paris; mais bientôt, poursuivi par une curiosité importune, il renonça à la pensée qu'il avait eue de s'y fixer, et se détermina à retourner à Smyrne, sa patrie, puis à Alexandrie, où il mourut en 1838, âgé d'environ (>5 ans (i). Ch — s.

BUTCHESON (Fbajjcis), philosophe anglais, naquit en Irlande, en KiUi. Il montra de bonne heure le désir d'acquérir des connaissances, désir secondé pur l'éducation classique qu'il reçut, et par une très-heureuse conception. 11 acheva ses étude? dans l'université de Clascow , et fut destiné à la carrière ecclésiastique : il était près d'être installé comme pasteur d'une congrégation de dissenters,

(1) Accable- de «a chute, il se remit bientôt en disant : %» i ■mt.>r Ue ii haut, on peut bit» c'tre un p'u étourdi, i — T.

|2| Hus*ein-Pacha était replet et du taille moyenne , >• - lra.it> manquaient de noblesse et de régularité , il avait le regard inquiet, ton caractère, dé pourra d'énergie, «e laissait taciiemrat influencer. Comme il avait failli être assassiné un jour qu'il <-Uil •orti de la Casbah, il était devenu soupçonneux. En 1827, jouant aux échecs avec l'agita mon parent, chef de la force militaire, fl généralement estime, il le lit impitoyablement étrangler, sou» prétexte de conspiration contre «a vie. Malgré quelque-, autra traits de cruauté dirigés par une politique ombrageuse ou par le sentiment de sa propre conservation , Hussein jouissait d'uM certaine réputaUon d'équité pour tous le» acte* de «on gouvernement. A— T.

HU't

lorsque les sollicitations de quelques personnes le I déterminèrent tle préférence à ouvrir une école à Dublin. Ses succès dans l'enseignement ne tardèrent pas à lui faire une re'putation , qui s'accrut ensuite considérablement par la publication , d'abord anonyme, d'un ouvrage intitulé Recherches swUsidéesde beauiéetde vertu, 1723, in-8°; traduit de l'anglais par Eidous, Amsterdam, 1719, in-12. La philosophie de Hutcheson se rapprochait beaucoup de celle de lord Shaftesbury, quoiqu'il fit entrer l'intérêt personnel pour bien moins dans les motifs qui nous portent à la vertu. Le lord Granville, alors lord lieutenant d'Irlande, et le protecteur de tout ce qui lui paraissait utile et distingué , remit au libraire une lettre pour l'auteur, dont le nom lui était encore inconnu, et lui accorda bientôt toute son amitié. Hutcheson compta d'autres amis généreux, tels que le lord Moles worth, l'évéque Synge, l'archevêque Kinget le primat Boulter; et il n'employa son crédit auprès d'eux que pour servir l'humanité et la science. II publia, en 1728, in-8°, un Traité sur les passions, où, comme dans le traité précédent, les raisonnements de l'auteur ne parurent pas à tout le monde solidement établis, mais où son style et le noble sentiment qui l'inspirait toujours obtinrent l'admiration générale. Ces deux ouvrages, qui furent souvent réimprimés, semblent, avec quelques écrits insérés dans le recueil intitulé Lettres d'Hibernicus, et des lettres de controverse, être tout ce qu'il a donné au public par la voie de l'impression. Mais en 1729, appelé par l'université de Clascow pour remplir la chaire de philosophie morale, sa réputation s'augmenta de plus en plus par le mérite de ses leçons, qui contribuèrent beaucoup à propager en Ecosse cet esprit de discussion analytique qui a rendu, depuis, l'école métaphysique d'Ecosse célèbre dans toute l'Europe. Il mourut à 53 ans, en 1717, laissant un 01s qui a publié, d'après le manuscrit de son père, un Système de philosophie morale, en 3 livres, Clascow, 1733 , 2 vol. in-4°; précède' d'une notice sur la vie, etc., de l'auteur, par le docteur Leechman; traduit en français, Lyon, 1770, 2 vol. Hutcheson soutenait que le plaisir que nous éprouvons à exercer un acte de bienveillance n'en est pas le principe dominant ; mais qu'indépendamment de cette jouissance personnelle, dont il reconnaît en partie la réalité, il y a dans le cœur humain un désir calme du bonheur de tous les êtres raisonnables, lequel non-seulement peut s'accorder avec notre propre bonheur, mais influe beaucoup sur la direction de notre conduite ; de sorte que quand ces principes viennent à se trouver en opposition, le sens moral décide en faveur du premier contre le dernier. C'est de ce sens moral, espèce d'instinct qui, selon lui , nous conduit naturellement et sans réflexion à faire ou approuver ce qui est raisonnable ou juste, qu'il fait dériver toutes les idées morales. Le principe de son système, qu'il avait puisé dans son cœur, donne de lui une opinion très-favorable,

1IUT

quelle que soit l'idée qu'on ait du système en luimême. On trouve, dans le musée de Mazzuchelli, la gravure d'une médaille frappée en l'honneur de ce philosophe. L.

IRTCIHNS (Jon>), auteur anglais, né en 1698, à Bradford-Péverel , dans le comté de Dorset, fut recteur de l'église de Waréham, où il mourut le 21 juin 1773. C'était un homme d'un esprit médiocre, mais très-laborieux. Il a laissé l' Histoire et Us antiquités du comté de Dorset; ouvrage qui parut l'année d'après sa mort, Londres, 1774, 2 vol. in-fol., et qui est assez estimé. On en a fait depuis une deuxième édition , considérablement augmentée, en quatre volumes, publiés successivemetit.en 1796, 1805, etc., par Nichols. — Thomas Hutchins, géographe des Etats-Unis, mort à l'ittsburg en 1789, a publié quelques ouvrages sur la topographie de la Virginie et des Etats voisins. H a aussi eu part à la composition du Gautier américain de Morse. L.

HLTCNINSON (Francis), écrivain anglais, vivait au commencement du 18" siècle. On avait publié en Angleterre , depuis le rétablissement de Charles 11 , irhe» quantité considérable d'écrits , tendant à prouver qu'il existait des sorciers. Les tribunaux retentissaient encore des accusations de cette espèce, et il en émanait quelquefois des jugements très-sévères. C'est ce qui engagea Hutchinson à publier, au commencement 'de ce siècle, en 1718, un Essai historique sur le sortilège. avec des observations sur divers faits qui peuvent éclaircir quelques passages de l'Ecriture sainte. L'ouvrage est en forme de dialogue; les interlocuteurs sont un ecclésiastique, un avocat écossais, l'auteur et un juré. L'auteur remarque que , depuis la trente -troisième année du règne de Henri YIH jusqu'en 1644, espace de 103 ans, on ne fit mourir (pue quinze sorciers; mais que, pendant les seize années suivantes, on en fit pendre environ cent neuf. Il examine les faits d'après lequels les pi-océdures ont été faites dans les tribunaux; et il en résulte que toutes les relations auxquelles ils ont donné tant d'importance sont remplies d'absurdités et d'extravagances. T — v.

IIL'TCHLNSON (John), philosophe anglais, né en 1674, à Spcnnythorn, dans le comté d'York, reçut sa principale instruction d'un gentilhomme qui était en pension chez son père , et fut ensuite intendant de plusieurs personnages considérables, notamment du comte de Scarborough et du duc de Somerset. Entre 1702 et 1706, il parcourut, pour les aff aires du duc, plusieurs parties de l'Angleterre et du pays de Galles, et publia le fruit de ces excursions sous le titre d'Observations faites par J. H., principalement en 1706. Son maître, devenu grand écuyer tle George I", le fit intendant de ses écuries {riding purceyor), espèce de sinécure, avec un traitement de 200 liv. sterl. Hutchinson s'était beaucoup ^occupé d'histoire naturelle, et avait formé unè superbe collection de fossiles qu'il confia, aveo des notes, au docteur

Page 1