‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 36 sur 106 · EUT · texte numérisé non relu

EUT

par M. Gervinus, Leipsick, 1835-38, 3 vol. in-8°. On y trouve des renseignements précieux sur llutten. W— s.

HUTTEN (Philippe »e), aventurier du 16* siècle, était un gentilhomme de Pranconie qui fit partie, avec d'autres Allemands, de la première expédition envoyée par les Welsers d'Augsbourg au continent de l'Amérique méridionale. Charles- Quint, pour s'acquitter des sommes énormes qu'il devait à ces banquiers, leur concéda, à titre de fief héréditaire, la province de Venezuela. La conduite des Allemands surpassa, s'il est possible, en atrocités, celle des Espagnols. Oviedo rend à llutten une justice, c'est que, moins féroce que ses compatriotes, il ne leur cédait ni en ambition ni en intrépidité. Depuis son débarquement à Coro en 1531 jusqu'à sa mort en 1546, il ne jouit pas d'un seul instant de repos. Sa vie fut un tissu de privations, de dangers et d'infortunes. Dans une de ses expéditions vers le lac de Maracaïbo, il entendit parler du pays A'Eldorado. Un Indien également distingué par son rang et son bon sens lui donna les renseignements les plus positifs sur cette contrée imaginaire, et lui en indiqua le chemin eu se proposant pour guide. llutten voulut prendre une autre route suivie précédemment par un aventurier espagnol ; mais il emmena avec lui l'Indien pour se diriger. Après huit jours de marche par un temps affreux, l'Indien s'évada pendant la nuit. La troupe de llutten, forte de cent trente hommes, eut à souffrir des peines et des fatigues incroyables; une partie de ses gens y succomba. Abusé par de faux rapports, promené pendant quatre ans d'un lieu à un autre, il arriva enfin près d'une grande et belle ville dont les habitants se jetèrent sur sa troupe, réduite à trenteneuf hommes; lui-même venait d'être blessé. Cette poignée de guerriers repoussa quinze mille Indiens ; mais il fallut songer à retourner à Coro. Avant d'y arriver, llutten fut assassiné en 1540, avec ses compagnons les plus adulés, par les ordres de Carvajal, qui, au moyen de fausses provisions, s'était emparé du gouvernement de la province et avait pensé qu'il lui importait de se défaire de llutten, lieutenant général légalement nommé et auquel le gouvernement revenait de droit, llutten, comme beaucoup d'aventuriers de son temps, avait écrit le récit de ses campagnes. Son manuscrit, apporté en Allemagne, y était resté enseveli dans le coin d'une bibliothèque et devenu presque indéchiffrable par vétusté. U fut enfin publié dans le tome 1" du recueil intitulé Magasin historique littéraire, par Meusel, Bayreuth et Leipsick, 1785. Ce morceau, qui porte pour titre Moutelles de l'Inde, est écrit avec une candeur qui prévient favorablement. On y trouve des détails précieux sur tous les événements dont l'auteur a été le témoin, depuis 1535 jusqu'en 1516, sur les contrées qu'il a parcourues, ainsi que sur l'Eldorado. Il ne cherche nullement à pallier les fautes de ses compatriotes. M. de Pons, dans son voyage

à la partie méridionale de la terre ferme, a métamorphosé le nom de cet aventurier en Philippe de Urré. E— ».

HUTTICH ou HUTTICHIUS(Jkan), archéologue et numismate, était né vers 1480, à Mayence, d'une famille patricienne. Ayant été pourvu jeune d'un canonicat de la cathédrale de Strasbourg, il partagea ses loisirs entre ses devoirs et l'étude de l'antiquité. A l'exemple de Pcutinger, il se livra surtout à la recherche des monuments romains dont les vestiges subsistaient encore en Allemagne. Il avait recueilli d'anciennes relations de voyages; et il les remit à l'imprimeur Hervagius de Baie, qui les fit paraître, avec une préface de (■rynams, sous ce titre : Novus orbit regionum vrteribus mcogniUtrum (voy. Grïn*:us). Huttich mourut le 4 mars 1541, laissant une fortune considérable qu'il légua pour doter des filles de bourgeois pauvres de Strasbourg qui épouseraient des ouvriers lesquels n'auraient pas été soldats. On a de lui : 1° Collectanea antiquitatum in urbe atque agro moguntino repertarum. Mayence, 1320, in-fol. (1), volume très-rare, orné de quatorze planches en bois représentant divers monuments, parmi lesquels on distingue celui de Drusus. Cet ouvrage a été réimprimé dans les Scriptores rerum moguntinarum de Joannis, t. 3, p. 321. 2° Imperalorum vita, cum iconibut et numismatibus ad vivum expressis, Strasbourg, 1525, in-8°; ibid., 1334 ou 1337; Lyon, 1330 et 1334, in-8°; traduit en allemand, Strasbourg, 1526, in-8°. L'édition originale est très-rare et recherchée. Ce n'est pas cependant, comme Banduri le dit dans sa Bibliotheca numismnt., t. 6, le premier livre dans lequel on trouve des médailles. Dès 1517, André Fulvius avait publié les médailles des empereurs d'après la collection de Mazocchi {voy. Foi.vius)j et cet ouvrage était connu de Huttich , qui s'en est servi pour composer le sien. 3° Elenchus contulum romanorum. Strasbourg, 1532, in-8°. Ce dernier ouvrage fut publié après la mort de l'auteur, dont l'éloge par Joannis est inséré dans les Scriptoret rerum mogunt, t. 3, p. 321-20. W— s.

HUTTON (William), membre de la société des antiquaires d'Edimbourg, naquit à Derby en 1723. Son père, cardeur de laine de profession, ayant fait de mauvaises affaires, fut réduit à travailler comme simple journalier. Aussi l'éducation que reçut le jeune Hutton se ressentit-elle beaucoup de cet état de détresse. A l'âge de sept ans il était apprenti dans un moulin à soie; et à quatorze, il entra comme second apprenti chez son oncle, fabricant de bas à Nottinghara. Il continua ce métier jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, époque à laquelle il travailla pour son compte, d'abord comme relieur à Southwell, et ensuite comme

(Il Dani la dernière édiUon de la MltKodt jx^r étudier i'Aù- Mrt de Lentïrt-Dufrwnoy, t. ll,p.383,ontrou»ecité:/oan.,,j Uuilitthai anl\q%Uaiu noa*%t%**, lM&.in fol., rare Cert tans doute l'ouvrage de liuuidt, dunt le nom e*t défiguré par une étrange faute d'impreeaion.

libraire à Birmingham. A trente-deux ans, il épousa la fille d'un bon fermier d* Aston dans le comté de Derby, et, sans abandonner sa librairie, il s'occupa aussi d'agriculture ; ce qui lui procura une certaine aisance. Après avoir été inspecteur de la plus grande paroisse de Birmingham, il fut nommé commissaire de la cour des requêtes, place qu'il remplit dix-neuf ans à la satisfaction générale. Ce ne fut qu'à cinquante-six ans qu'il se fit connaître comme auteur : il débuta par Y Histoire de Birmingham, qui a eu 4 éditions, et qui passe pour l'une des meilleures histoires topographiques; elle valut à l'auteur l'honneur d'être nommé, en 1782, membre de la société des antiquaires d'Edimbourg. Dans les troubles de 1791, Hutton, malgré son caractère paisible, eut beaucoup à souffrir: car sa maison de la ville fat d'abord détruite avec toutes les marchandises et les meubles qu'elle renfermait; et sa maison de campagne le fut également par une populace furieuse excitée par deux individus qui attribuaient la perte d'un procès à Hutton, alors président de la cour des requêtes. Il abandonna tout à fait le commerce à soixante-neuf ans, et se retira avec une très-belle fortune à Bennet's-hill près Birmingham. Il a rédigé sur tous les événements de sa vie des Mémoires fort curieux , mais qui n'ont pas été publiés. Ceux de ses ouvrages qui ont vu le jour sont : I" Histoire de Birmingham, 1779, in-8°, dont nous avons déjà parlé; 2» Voyage it Birmingham à Londres, entremêlé d'anecdotes, VKS, in-12 ; 3° Cour des requêtes, description de ses attributions, utilité et pouvoir, 1780, in-8°. Il a été longtemps commissaire et ensuite président de et tribunal . 4e Histoire des tribunaux de canton (Hundred Court), 1787, in-8»; 5° Histoire de Blackpool dans le comté de Lancastre, 1788, in-8u ; 6° Batailli de Boswonth Field (en 1485), avec un plan descriptif, 1788, in-8°; 7° Dissertation sur. les jurés, 1789, in-8°; 8° Histoire de Derby, 1790, in-8°; 9° les Barbiers, ou la Boute des richesses, poème, 1793, in-8°; 10° Edgar et Elfrida, poème, 1794, in-8*; 11° Remarques sur le nord du pays de Galles, 1800, in-8»; 12° Histoire de la muraille des Romains, 1801, in-8°; deuxième édition, avec des additions par Nicholg, 1803; 13° Voyage à Scesrboromgk , 1803, in-8»; 14° Poèmes et contes, 1804, in-8»; 15° Voyage par mer aux bains de Coathnm dans le comté d'York, 1810, in-8°. Hutton a visité à pied, au moins trois ou quatre fois, tous les endroits qu'il a décrits. Il avait soixante-dix-huit ans lorsqu'il alla inspecter la fameuse muraille, ouvrage d'AgricoIa, d'Adrien et de Sévère, qui traverse la Grande-Bretagne d'une mer à l'autre. Il décrit avec beaucoup d'originalité sa manière de voyager avec sa fille; celle-ci, montée sur un cheval derrière son domestique , allait aussi vite qu'elle voulait. Pour lui, le sac sur le dos, une bouteille d'encre attachée à sa boutonnière, muni de deux ou trois volumes, d'une carte du pays et de la description de la muraille, il poursuivait

son chemin tranquillement, à pied, en faisant des

observations, et rejoignait sa fille à certaines auberges, choisies pour lieux de rendez-vous. C'est ainsi qu'il fit, en sept jours et six heures, cette route de (KM milles, qui lui coûta, dit-il, quarante guinées et huit livres de son poids (voy. la Bibliothèque britannique, litt., t. 33, p. 48, n« 287, septembre 1806). Hutton conserva jusqu'à quatrevingt-douze ans une santé robuste, fruit de sa grande tempérance et d'un exercice continuel. Il est mort en'octobre 18ir$. — Sa fille Catherine, morte le 13 mars 1846 âgée de 90 ans, a publié, en 1813, un roman en 3 vol. in-12, intitulé L'avare marié (the Miter married). On lui doit encore entre autres ouvrages : le Château d'Oakwood (Oahwood H «II), le Montagnard gai/oit (the Welsh Mountaineev), le Voyageur en Afrique {the Tnatetier in Africa), résumé historique des diverses entreprises tentées pour étendre les connaissances géographiques et faciliter les relations avec les habitants dans cette partie du monde. D — i — s.

HUTTON (James), médecin, philosophe sceptique anglais, membre de la société royale d'Edimbourg, né dans cette ville en 1726, a obtenu un rang distingué parmi les géologues, quoique plusieurs de ses opinions aient été violemment attaquées. -Il s'attacha d'abord aux sciences mathématiques; mais il conçut bientôt une prédilection particulière pour la chimie après avoir vu le phénomène de l'eau régale (acide nitro-muriatique) , qui est le seul dissolvant de l'or. On sait que ce métal ne peut être dissous que par l'action réunie de deux acides, tandis que chacun d'eux suffit pour dissoudre tout autre raéta^Les amis du jeune Hutton le placèrent dans un bureau; mais au lieu de s'occuper à copier des rôles et à étudier les formes de la procédure, genre d'occupation qui lui convenait fort peu , il passait son temps à faire des expériences avec des creusets et des retortes. Lorsque son goût bien prononcé fut connu, on lui fit apprendre la médecine , si intimement liée à la chimie. Après avoir suivi des cours en Angleterre, il alla terminer ses études à Lcyde, où il fut reçu docteur eu 1749. A son retour il songea sérieusement à embrasser un état. Ses vues se dirigèrent d'abord vers la médecine; mais il l'abandonna bientôt, et résolut de s'adonner à l'étude et à la pratique de l'agriculture. H fixa en conséquence sa résidence chez un fermier de Norfolk, qui lui donna des leçons d'agriculture pratique. Pendant son séjour en Angleterre il fit différents voyages à pied pour étudier la minéralogie et la géologie; il visita ensuite la Flandre, et, en 1754, revint en Écosse, où il introduisit dans une ferme qu'il possédait dans le comté de Berwick le nouveau mode d'agriculture qui depuis a fait de si grands progrès dans ce pays. Vers 1768 il vint se fixer à Edimbourg pour s'adonner entièrement aux recherches scientifiques, et jouir de la société des gens instruits. Ce fut en 1777 que le docteur Hutton publia sa première production : Considé-

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