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« d'Ambleteuse que le maréchal Davonst me donna « sous la tente, des grenadiers avaient appris des r couplets et venaient avec la timidité d'une jeune ■ fille les chanter autour de ma table... Les huit « jours expirés, je pris congé de l'empereur, je r passai par Calais, par Dunkerque : partout je « vis les troupes déûler devant moi , et je laissai 1 cette belle armée avec autant de regret que « d'effroi , en songeant que quelques jours après r elle serait peut-être exposée aux plus grands r périls... » Quand Napoléon distribua les couronnes dans sa famille, et qu'il fut question pour Louis de celle de Hollande, llortense eût préféré le trône de Naples. r J'aurais rallumé, disait-elle « avec une sorte d'enthousiasme , la flamme des » beaux-arts en Italie. J'aurais voulu recommenr cer le règne des Médieis et des princes de la r maison d'Esté. On me destine la Hollande , un r royaume chargé de brouillards, sans soleil, r sans poésie..., un royaume de bourgmestres r pesants et épais. J'aurais été reine à Naplcs , r tandis que selon toute apparence je serai reine r </(■ Hollande à Paris. » Eu effet, trôner ne lui plaisait pas; l'ennui était pour elle l'antidote de la vanité, et si elle n'eût pas eu d'enfants elle eût préféré vivre à Paris, princesse de la famille impériale, r Le soleil et la douceur de la société, « disait-elle encore, sont les premiers biens^ d'une r âme comme la mienne. » Une raison majeure s'opposait a l'accomplissement de ses désirs. Napoléon comptait plus sur la docilité de Joseph que sur celle de Louis; il tenait à avoir ce dernier sous la main. La conduite d'Hortense prouva qu'elle était fort peu charmée de sa royauté. Elle passa en Hollande une partie de l'année 1800, campée pour ainsi dire plutôt qu'établie. Ses appartements étaient de la plus grande simplicité, et, en cela du moins, elle était parfaitement d'accord avec son époux, pour ne pas mécontenter les Hollandais par un faste ruineux. Mais lui s'était fait Hollandais, et elle resta toujours Française, trop Française sans doute, car clic s'ennuyait cruellement dans son royaume. Sa plus douce distraction était d'écrire à sa mère et aux membres de sa famille, r J'aime que l'on « m'écrive, dit-elle à Stanislas de Girardin (voy. « ce nom), qui lui avait remis des lettres de Jor séphinc et de madame Joseph Bonaparte. On « aurait bien tort de m'oublier, car je n'oublie r personne. Mon frère Joseph a dû être content <t de moi; car, pendant mon séjour à Mayence, r je lui ai écrit fréquemment; je lui ai mandé » une foule de petites nouvelles dont l'éloigue- « ment seul fait sentir tout le prix. » Ce fut durant ce court séjour dans ses Etats qu'elle perdit l'atné de ses fils, qui était atteint du croup. Elle ne le quitta pas un instant pendant sa maladie. 11 expira sur ses genoux dans la nuit du 5 mai 1807, et la malheureuse mère, voulant rester auprès du corps inanimé de son enfant, passa ses bras autour de son fauteuil pour qu'on. ne pût
l'arracher à ce spectacle déchirant. À la fin elle s'évanouit; on prit ce moment pour la transporter dans son appartement, toujours sur ce fauteuil , que ses bras étreignaient convulsivement. Revenue à elle , elle poussa des cris perçants ; ses yeux fixes et secs, ses lèvres blanches firent craindre pour ses jours. Enfin on eut l'idée d'apporter le corps du jeune prince, et de le placer sur les genoux de sa mère. Cette vue lui fit un tel effet que ses larmes jaillirent en abondance, et la sauvèrent. Le roi Louis, également affligé, fit vainement tous ses efforts pour calmer la reine , qu'il emmena à sa maison de plaisance de Forbourg. Témoin de la profonde douleur d'Ilortense, Stanislas de Girardin la décrit ainsi dans ses Mémoires : « Elle était assise sur une « chaise longue, dans le même état d'immobilité. « Ses dames étaient assises autour d'elle. Blade- ■ moisellc d'Aunay faisait la lecture ; elle la sus- « pendit en nous yoyant entrer. Elle garda le « silence pendant plus d'un quart d'heure : elle « nous fit signe ensuite d'approcher et nous dit à « voix basse : « J'étouffe, j'ai là un poids, je suis « devenue immobile. Je ne sens plus rien. Je ne « puis parler de Napoléon sans verser une larme. « Je l'ai vu mort, ne respirant plus, je n'ai pas « eu le courage de l'embrasser. Pourquoi le ciel « me punil-il aussi cruellement, moi qui n'ai " jamais fait le moindre mal à personne? » La « peine que cette mère désolée nous lit éprouver » ne peut se rendre. Si on ne cherche pas à la « tirer de cet élat, elle deviendra stupide et <r s'éteindra dans les pleurs. » Si cet événement ne fit aucune sensation parmi les Hollandais, il n'en fut pas de même en France. La mort du jeune Napoléon fut non-seulement un malheur pour sa mère , mais pour Joséphine. Premier-né de la nouvelle dynastie, cet enfant avait concentré sur lui toutes les affections de son oncle. Sa mort fit naître chez Napoléon l'idée de son divorce avec Joséphine. Le jeune prince donnait les plus belles espérances; il ressemblait beaucoup à son père et par conséquent à son oncle. Il annonçait une grande fermeté de caractère et avait pour l'empereur tous les sentiments d'un fils. « Je me re- « connais dans cet enfant, » disait Napoléon. Combien de fois sur la terrasse de St-Cloud , après ses déjeuners , ne l'avait-on pas vu se mêler aux jeux enfantins de son neveu ! Pour peu qu'il montrât de ténacité , de penchant pour le bruit du tambour et pour les armes, son oncle s'écriait avec ravissement : « Celui-là sera digne de me « succéder, il pourra me surpasser encore ! » Le jeune Napoléon était en outre un lien de réconciliation entre son père et sa mère. Quand il les voyait en désaccord , il les prenait par la main et les exhortait à s'embrasser. Sa perte fut le premier coup porté à l'étoile jusqu'alors si remarquablement heureuse de Napoléon, qui songea dès ce moment à la possibilité d'avoir un héritier plus direct. Le discours prononcé à
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celte époque par Fontancs, président du corps législatif, prouve quelle importance les partisans de Bonaparte et de sa famille attachaient à cet événement. « Peut-être en ce moment, le héros qui
■ nous sauva pleure à la tête de trois cent mille « Français victorieux , et de tant de princes et de « rois confédérés qui marchent sous ses ensci- « gnes. 11 pleure, et ni les trophées accumulés « autour de lui, m l'éclat de vingt sceptres qu'il « tient d'un bras si ferme., et que n'a point réunis « Charlcmagnc lui-même , ne peuvent détourner « ses pensées du cercueil de cet enfant, dont ses « mains triomphantes ont aidé les premiers pas « et devaient cultiver un jour l'intelligence pré-
■ maturée. » A la mort de Napoléon-Louis- Charles, l'église et les caveaux de St- Denis n'étaient pas encore réparés. On déposa provisoirement ses restes à Notre-Dame, en attendant que le caveau impérial fût en état de les recevoir. On ordonna à la reine Hortcnsc un voyage dans les Pyrénées ; le roi Louis alla l'y rejoindre et revint avec elle à Paris. Comme elle était enceinte , et que la perte douloureuse qu'elle avait faite en Hollande lui rendait encore plus pénible le séjour de ce pays , elle n'y retourna plus qu'en 1809, et dès lors elle vécut plus que jamais séparée de son mari. La mère de Bonaparte, qui ne pouvait pardonner cet éloignement à Hortcnsc , lui joua un tour assez piquant en faisant insérer dans le Journal des Débats du 17 octobre 1807 un article qui annonçait le prochain retour de la reine de Hollande dans ses Etats. Hortcnsc se plaignit de ce faux énoncé au ministre de la police, qui se disculpa en lui prouvant de quelle main l'article avait été envoyé. Tout ce qu'elle put obtenir fut de faire insérer dans le même journal une espèce de bulletin de sa santé, appuyé sur la déclaration de ses médecins, qui affirmèrent que dans l'état de grossesse où elle se trouvait tout voyage lui était interdit. Dès lors son existence se concentra dans son hôtel de la rue Cérutti (Laffiltc), et dans quelques excursions à St-Leu ou à la Malmaison. Elle était loin de tenir une cour fastueuse, elle voyait du monde, mais dans l'intimité ; c'était un choix d'élus, rarement renouvelés. De temps en temps des soirées brillantes , mais peu nombreuses : jamais d'inconnus; elle haïssait surtout les nouveaux visages, et ne se prêtait que par nécessité aux embarras de la représentation. Ce fut dans son hôtel que l'on célébra en 1807 le mariage de mademoiselle Tascher, sa cousine , avec le prince d'Arcraberg. On y vit réunies toutes les grandeurs de l'Allemagne et des Pays-Bas. Les témoins de celle fête furent surtout frappés de la basse servilité avec laquelle tous ces souverains , toute cette noblesse médiate de Germanie , s'abaissaient devant les royautés nouvelles de la famille impériale. Arbitre de la mode et du goût , Hortense mit en vogue le genre gothique. Elle voulut que les meubles de son appartement rappelassent dans leurs formes ceux des siècles passes,
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et que des tableaux placés dans des cadres de forme antique représentassent les traits de notre vieille histoire. Ce goût prévalut, au grand regret de .Napolc'on, qui, éminemment ami, dans les arts, de l'héroï«|ueet du romain, ne pouvait supporter ni Richard, ni Révoil, ces peintres gracieux des temps chevaleresques. Hortense, qui affectionnait ces artistes, se cachait de l'empereur pour satisfaire ce goût. Elle dessinait le paysage et les fleurs avec beaucoup de talent; elle chantait «l'une voix agréable les romances dont elle composait la musique. Les poètes les plus distingués, entre autres les deux Ségur (1), se faisaient honneur de lui offrir des romances. Ce fut pour elle que M. de Laborde fit ces couplets chevaleresques : Partant pour la Syrie.... » dont l'air composé par Hortense n'est pas devenu moins populaire que cet autre : Reposez-vous , bon chevalier. La première, Hortense eut l'idée de faire placer un dessin en tête de chaque romance, ce qui s'est depuis converti en usage. Tenant de sa mère le goût de la botanique et des (leurs, elle se plaisait à en perfectionner la culture dans ses jardins. On a imprimé que son nom fut donné à l'hortensia , cette belle fleur exotique qui pendant l'hiver fait l'ornement de nos salons; c'est une erreur; le botaniste Commerson, mort en 1773, consacra, dit-on, ce genre à Hortense Rarré, sa maîtresse (voy. Lepaute). Fille aussi tendre que bonne mère, Hortense prodigua ses consolations à Joséphine lorsqu'il fut question du divorce. Au Te Deum que l'on chanta à Notre-Dame le 5 décembre 4809, après la campagne de Vienne, elle accompagna sa mère, qui, pour la dernière fois, devait figurer dans une cérémonie publique. Mettant de cote sa timidité ordinaire avec l'empereur, Hortense lui fît sur le divorce des représentations énergiques qui ne furent point écoutées. Lorsque le Ui décembre la famille impe'riale, réunie en grande cérémonie , entendit cet acte de séparation, Hortense entra, soutenant Joséphine, qui s'appuyait sur son bras. Aussi pale et non moins ému que sa mère, elle aurait hien voulu se dispenser d'assister à une aussi triste réunion , mais Joséphine lui avait dit : « Ma fille , me laisseras-tu « seule au milieu de ces femmes (la mère cl la « sueur de l'empereur), mes ennemies, et fauJra- « t-il que je dévore mes larmes si tu n'es pas là « pour les essuyer? •> Ainsi que sa mère, elle portait une robe de velours noir, ce dont l'empereur lui témoigna son mécontentement. Elle voulait se retirer avec elle en Italie ; car il fut un instant question d'y créer à Joséphine une principauté. En consolant ainsi les douleurs de sa mère , Hortense avait bien aussi les siennes. Le second mariage de l'empereur, conséquence imminente du divorce , allait ôter à ses enfants l'espoir de succéder au vaste empire de leur oncle. La cou-
(1| La comtes grand toaltre de» cérémonies, tt «on trère le
ronne de Hollande était bien chancelante sur la téte de leur père ; et le duché de Rerg et de Clèves était un bien faible dédommagement de tant de grandeurs promises. Lorsque le 6 décembre Napoléon dit au corps législatif que des changements deviendraient nécessaires dans le royaume de Hollande, Hortense lui demanda l'explication de cette phrase menaçante : « Ma " foi , répondit-il , entendez ces paroles de ma- « nière a en avoir peur. Votre mari est un ingrat; » la Hollande doit marcher avec la France : s'il « me pousse à bout , j'irai jusqu'à le faire inter- « dire. — Il vaudrait mieux, répliqua Hortense, « le détrôner que l'avilir ainsi. — Eh bien, qu'il « se soumette à mes volontés , donnez-lui ce « conseil. — H ne m'écoutera pas. — Tant pi» « pour vous , ce sera votre faute , vous n'avez « point voulu de son amour, il ne vous accorde «pas sa conflauce. Si vous aviez voulu, votre « mari serait votre esclave, et maintenant vous « le dirigeriez dans l'intérêt de vos enfants (i). u Lors de son mariage avec Marie-Louise, Napoléon voulut que les reines de sa famille portassent le manteau de la nouvelle impératrice. Hortense devint alors l'alliée naturelle de ses belles-sœurs contre celte prétention ; mais la volonté de Napoléon l'emporta ; et, aux fêtes du mariage , chacun put remarquer l'air profondément triste et humilié d'Hortensc. Marie-Louise ne fit rien pour dissiper ces impressions; elle affectait de tenir à distance toute la famille de l'empereur : « Dieu « merci , dit Hortense à cette occasion , nous « sommes bien vengées, ma mère et moi, des « malices de nos belles-sœurs ; elles trouvent « enfin à qui parler avec cette archiduchesse qui « les déteste et qui ne se gene pas pour le leur « montrer. Elle tient cercle à part ; on n'arrive « pas chez elle comme on arrivait chez ma mère. « Il faut se faire annoncer, savoir si ou veut vous « recevoir. Jugez des impaliences de ces dames , « si orgueilleuses et si familières avec la première « femme de leur frère ! w Au moment du divorce entre Napoléon et Joséphine, Hortenst- aurait bien désiré faire prononcer le sien avec Louis; mais Napoléon ne voulait pas d'un autre scandale dans sa famille. D'ailleurs, par un statut du 50 mars 1806, le divorce était interdit aux membres de la famille impériale ; ils ne pouvaient demander que la séparation de corps avec l'autorisation de l'empereur. En 1809, Hortense demanda cette séparation, et Louis se joignit à son épouse. L'avis du conseil de Tamille, assemblé par Nain Napoléon tenait le même langage à Stc-llélènc : m Horh tenue, si bonne et m généreuse, ."1 dévouée, n'est pa» sans u avoir eu quelques torts avec sou mari... Quelque bUarre, qucl- « que insupportable que lut Louis, il l'aimait ; et, en pareil ras, u avec d'aussi grand* intérêt», toute femme doit toujours être u m.iitrtuse de se vaincre, avoir l'adresse d'aimer a son tour. Si « elle eût su se contraindre, elle se serait épargné le chagrin de u le» derniers procès ; elle eut eu une vie plu» heureuse ; cllq u aurait suivi son mari en Hollande et y serait demeurée. LouU « n'eut point tui d'Amsterdam ; je ne me serais pas vu contraint «de réunir »on royaume, ce qui a contribué à me perdre en * Europe; et bien de» chose» se seraient passées autrement, m
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poléon, fut qu'il y avait lieu à ajournement. Horterise se laissa même déterminer à rejoindre son époux en Hollande. La politique de Napoléon exigeait alors qu'elle résidât dans ce pays , pour y surveiller en quelque sorte la conduite de son mari. Elle même aussi n'était pas fâchée de s'éloigner pendant quelque temps de sa nouvelle bdlesœur, dont la froideur et la réserve à son égard étaient par trop désagréables. Toutefois elle ne se rendait en Hollande qu'avec répugnance. On l'accusa dans ce pays d'être toute Française , et on lui attribua le traité par lequel Louis avait été forcé de céder une province à l'empereur, et s'était engagé à redoubler de rigueur, relativement aux douanes. Arrivé dans son royaume, il protesta contre ce traité arraché par la violence , et ce fut en vain qu'Hortensc essaya de le calmer. Sans l'en prévenir, il abdiqua en faveur de son fils aîné. L'empereur n'accepta point cette abdication ainsi formulée. Il ne laissa à Napoléon -Louis, prince royal de Hollande, que la possession du grand-duché de Berg ; le frère puîné de celui-ci , Charles-Louis-Napoléon, n'obtint aucun territoire. Quant à Hortense , comme sa réunion momentanée avec son mari n'avait servi qu'à démontrer l'impossibilité d'une réconciliation , l'empereur autorisa la séparation. Il y avait discussion entre eux sur la garde des deux enfants : Hortense en réclamait au moins un; Napoléon décida qu'elle les garderait tous les deux : tout cela fut réglé par une lettre que Duroc, grand maréchal du palais, adressa à Hortense au nom de l'empereur. H lui fut assigné un revenu de deux millions, dont un million sur le trésor comme prince français, et le second million composé de cinq cent mille francs de bois autour de St-Leu et cinq cent mille de propriétés en Hollande. Ce dernier million était l'apanage de son second fds , et elle devait en avoir le revenu jusqu'à sa majorité; mais, pour éviter à sa •belle-sœur l'embarras d'une administration compliquée, Napoléon fit vendre les biens de Hollande au profit du domaine extraordinaire de France, et donna à Hortense pour représenter cette valeur une inscription de cinq cent mille francs de rente sur le grand-livre. Dépouillée d'une couronne comme sa mère , Hortense s'était d'abord abandonnée au plus violent désespoir; mais sa fermeté prit le dessus, aux dépens de sa santé , qui devint chancelante. « J'aurai mainte- « nant, disait-elle, le loisir de faire de la mu- « sique. Mes sujets ne me fatigueront plus de « leurs demandes perpétuelles d'audience. Ce rôle ■ de reine honoraire a bien son agrément. » En effet , tandis que le roi Louis vivait retiré à Gratz en Allemagne , l'hôtel de la reine Hortense, à Paris , devint comme le centre de la société des Tuileries : alors elle dut s'apercevoir combien sa douceur et sa constante obligeance lui avaient fait d'amis. Sans l'altération de sa santé, elle eût pu être heureuse. Cependant , elle semblait reprendre ses forces dans chaque soirée, et se montait pour
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la conversation. Ses interlocuteurs les plus habituels étaient feu le comte de Ségur et M. Molé. Tous les deux jours elle allait voir sa mère à la Malmaison, sans négliger les visites d'étiquette à M a rie- Louise. Soumise à ces exigences par l'empereur, elle aurait pu alléguer l'excuse bien naturelle de sa santé pour s'y soustraire, mais elle n'en eut jamais la pensée, tant elle craignait de déplaire : l'empereur le veut . l'empereur l'a dit : cela pour elle répondait à tout. A cette époque , tandis que Marie-Louise était à St-Cloud, Hortense devait faire les honneurs de Paris. Malgré le désastre de Moscou, les cercles et les bals recommencèrent comme les autres années. Inquiète sur la vie de son frère Eugène , elle ne cessait de lui écrire pour lui recommander de la prudeuce : « II ne m'écoute guère , disait-elle ; j'ai envie de « mettre mes recommandations en chansons. « Composer la musique m'est facile , mais je ne « sais pas faire les vers. » Elle chargea plusieurs poiftes de lui composer des romances qu'elle envoya à Eugène, entre autres celle dont elle fit la musique et qui finissait par ce vers l
Eu trop aimé pour t' exposer toujours.
Comme toutes les personnes atteintes de consomption, elle se gouvernait assez mal : on en jugera par le trait suivant. SoufTrant depuis plusieurs jours d'une douleur poignante aux sourcils, pour y faire diversion , elle obligea le dentiste Bousquet de lui arracher une dent. Mécontente de son logement rue Cérutti , Surtout de n'avoir pas de soleil dans sa chambre à coucher, elle ne cessait de faire des plans pour l'embellissement de son hôtel : « Sire , dit-elle un jour à Napoléon , « je suis bien mal logée. Est-ce que le grand-duc « de Berg ne devrait pas avoir un beau palais à « Paris? Cela ferait travailler vos ouvriers. » L'empereur sourit, tira l'oreille à sa fille et lui dit : « A la paix, nous ferons tout ce que vous « voudrez. » Mais le grand-duc de Berg ne devait pas avoir à Paris plus de palais que le roi de Borne. D'une égalité constante pour son service, jamais Hortense ne faisait de reproches à ses femmes; mais si quelqu'une venait à manquer, une observation d'un ton doux et sérieux produisait plus d'impression que le blâme le plus sévère. S'étant rendue aux eaux d'Aix, en Savoie, dans le mois de mai 1813, elle y fut atteinte du coup le plus terrible. Son amie intime, Adèle Auguié, qu'elle avait mariée au général de Broc, tomba à ses yeux dans un affreux précipice. Hortense pleura longtemps sur ce cruel événement ; et ce fut en l'honneur de son amie qu'elle fonda pour les pauvres malades qui avaient besoin de prendre les eaux d'Aix un hôpital dont le soin fut confié à des sœurs joséphistes, qu'elle fit venir de France. Plus tard , elle fit construire dans 1 1 même intention à l'église de St-Leu une chapelle pour son amie. Le 45 août, elle célébra son départ d'Aix et la fête de l'empereur, en donnant
un festin à quatre cents pauvres , avec autorisation d'emporter leur dîner et les ustensiles qui avaient servi à le pre'parer. Les plus tristes pensées l'assiégeaient, lorsqu'elle rentra dans son hôtel de la rue Cérulti , où elle avait enfin fait construire sa chambre au midi , dépense qui ne laissa pas d'augmenter ses embarras de fortune. « Pourvu, dit-elle en y entrant, que les Cosaques > ne viennent pas me forcer à abandonner celte «jolie chambre! » Ses pressentiments n'étaient que trop justes. Au mois de de'cembre, elle apprit l'arrive'e du roi Louis à Paris : « J'en suis bien « aise, dit-elle; mon mari prouve qu'il est bon « Français, en rentrant dans sa patrie au mo- « ment où toute l'Europe se de'cbalne contre elle. f C'est un honnête homme ; et , si nos caractères « n'ont pu sympathiser, c'est que nous avions des « défauts qui ne pouvaient aller ensemble. Moi, « j'ai eu trop d'orgueil , on me gâtait , je croyais « trop valoir.... Le moyen, avec de pareilles dis- « positions , de vivre avec un homme qui est trop « méfiant ! » En dépit de ce beau discours , les deux époux ne se virent point pendant ce séjour à Paris. Quoiqu'elle eût été si malheureuse en ménage, elle avait la manie de marier tout le monde autour d'elle; et c'est ainsi qu'elle voulut faire épouser à M. Decazes, alors maître des requêtes, sa lectrice et sa favorite , mademoiselle Cochelet , depuis madame Parquin. L'empereur étant de retour à Paris au mois de novembre , Hortense intercéda pour M. de Charette, qui s'était porté à des violences contre son colonel, M. Philippe de Ségur, et il ne fut pas mis en jugement. Déjà, dans des temps plus heureux, en 18(Mi, au moment de son départ pour la Hollande, elle avait fait donner une pension de six mille francs à la duchesse de Gèvres, et lever un ordre d'exil prononcé par Fouché contre cette dernière descendante de Duguesclin, qui était alors âgée de quatre-vingts ans. Cependant la guerre se concentrait en France ; Hortense passait une partie de ses journées, entourée de ses femmes, occupée à faire de la charpie pour les blessés dont regorgeaient les hôpitaux de Paris. Quand le conseil de régence eut décidé le départ de Marie-Louise, elle en conçut le plus violent dépit. « Je suis outrée, « dit-elle , de la faiblesse dont je viens d'être té- • moin. On perd à plaisir et la France et l'em- «r pereur. — Ma sœur, dit-elle à l'impératrice , « vous savez qu'en quittant Paris vous neutralisez « la défense , et qu'ainsi vous perdez votre court ronne. Vous en faites le sacrifice avec beaucoup « de résignation. — Vous avez raison, répondit « Marie-Louise; mais ce n'est pas ma faute, le « conseil l'a décidé ainsi. » Lavalette demandait à Hortense ce qu'elle comptait faire : « Je reste « à Paris, dit-elle; je partagerai avec les Pari- « siens toutes les chances bonnes ou mauvaises. » Les Cosaques approchaient ; elle écrivit à sa mère pour l'engager à se rendre à Navarre. Sans sa tille, la pauvre impératrice, abandonnée, négligée
à la Malmaison, aurait pu voir arriver les ennemis chez elle avant qu'elle se doutât des événements. Malgré les injonctions de son mari, Hortense persista à rester à Paris : « Je voudrais être , di- « sait-elle, la mère du roi de Home; je saurais, « par l'énergie que je montrerais, en inspirer à « tous. » Itegnaud de Saint-Jean d'Angély, colonel de la garde nationale, vint lui exprimer le découragement inspiré par le départ de l'impératrice et de son fils : « Malheureusement, lui « répondit-elle , je ne puis les remplacer , et je « ne doute pas que l'empereur n'exécute des ma- « nœuvres qui le ramèneront bientôt ici. H faut « que Paris tienne; et, si la garde nationale veut ■ défendre la capitale, dites-lui que je m'engage « à y rester avec mes enfants. » Itegnaud s'empressa de faire part à la garde nationale de celle détermination de la reine; mais, dès le soir même, il vint lui rendre sa parole, vu l'impossibilité de défendre Paris, et l'engagea à partir à l'instant. Elle balançait encore, quand elle reçut un message de son mari , qui demandait ses enfants, pour les emmener. Il lui faisait dire qu'elle oubliait que, si Paris venait à être pris, on pouvait se saisir d'eux comme otages. Elle se mit donc en roule avec ses enfants, à neuf heures du soir, passa la nuit à Glatigny, puis se rendit à Trianon , d'où elle fut obligée de s'éloigner le jour même , de peur d'être enlevée par les ennemis. Le soir , elle arriva à Rambouillet , où elle trouva les rois de la famille impériale à souper. Le duc de Feltrc, ministre de la guerre, était parti de Paris sans donner des ordres pour la sûreté de la reine. « Calmez-vous, dit-elle au prince de Cari- « gnan, qui commandait le régiment destinéà pro- « téger sa retraite , puisque vous n'avez pas d'or- « dres, je vais vous en donntr. Je reste ici avec mes « enfants, et vous en confie la garde. » A Rambouillet encore, elle reçut un nouveau message du roi Louis, qui, toujours en crainte pour ses enfants, lui intimait l'ordre exprès de se rendre à Rlois. Une direction aussi sensée fut accueillie par elle comme une persécution ; elle s'écria , dans sa colère , qu'elle n'irait plus à Blois, où elle avait dessein d'aller, mais qu'elle se rendrait à Navarre, auprès de sa mère. Elle traversa la forêt de Rambouillet, non sans risque de tomber entre les mains des Cosaques. Arrivée à Navarre , ce fut au moins pour sa mère et pour elle une consolation de se trouver ensemble. Dans la multitude de projets qui assiégeaient alors l'esprit d'Hortcnse, elle eut un instant la pensée de se rendre à la Martinique, sur l'habitation qui appartenait à Joséphine. Ce fut alors qu'elle licencia sa maison d'honneur. Cependant à Paris, son hôtel était occupé par des Suédois, qui eurent la délicatesse de laisser libre son appartement. Sa lectrice mademoiselle Cochelet , qu'elle envoya dans la capitale , reçut de M. de Nesselrode les assurances les plus positives d'intérêt de la part de l'empereur Alexandre pour elle, pour sa mère et pour son frère Eugène.
Malgré ces dispositions bienveillantes , au lieu de revenir directement à Paris, elle pqrtit de Navarre le 12 avril, afln d'aller joindre Marie-Louise à Rambouillet. Marie -Louise la reçut d'un air embarrassé, et lui donna à entendre qu'elle ferait bien de repartir. Cependant l'empereur Alexandre témoignait à Joséphine et à Hortense la bienveUlance la plus marquée. Par la convention de Fontainebleau du 11 avril (article G), tandis qu'on accordait séparément au roi Louis un revenu de deux cent mille francs, la reine Hortense et ses deux enfants recevaient à part quatre cent mille francs. Ainsi se trouvait confirmée la séparation des deux époux et la dévolution à Hortense de la garde des enfants. 11 parait que Talleyrand stipula chaudement dans cette occasion les intérêts de cette princesse. « Je plaide pour la reine Hortense, « disait-il; c'est la seule que j'estime. » Mais elle devait recevoir de la restauration , grâce à l'influence de l'empereur Alexandre , une faveur encore plus signalée : ce fut l'érection de son apanage en, duché de St-Leu. Ce résultat ne fut pas obtenu sans difficulté ; d'abord Hortense affectait de ne rien vouloir, « pour ne pas, disait-
• elle , séparer sa cause de la famille à laquelle « elle était liée. » En second lieu, elle prétendait que son titre de reine fût consacré dans les lettres patentes. « J'ai reçu ce titre, disait-elle, sans
* le désirer; il ne m'a pas rendue heureuse, et « je le perds sans regret ; mais lorsqu'il s'agit de ■ s'abaisser devant un parti vainqueur , je ne dois « faire aucune concession. » Enfin, après maintes négociations, on eut recours à cette énoncialion qui terminait tout : ayant égard à la situation de madame Hortense-Eugénie . désignée dans le traité du 11 avril 1814 (1). Pendant ces négociations, l'empereur Alexandre alla voir plusieurs fois Joséphine et Hortense à la Malmaison et même à Navarre. Dans sa première entrevue avec cet empereur, Hortense fut très-froide, et ne répondit rien aux ofTres qu'il lui (it pour ses enfants. Mais dans les visites suivantes il fut si pressant qu'il réussit à la rendre moins fière , et que la médisance s'est donné carrière sur cette soudaine liaison. Dans une visite à la Malmaison, ils allèrent visiter la machine de Marly : l'empereur Alexandre, qui donnait la main à l'un des fils d'Hortense, plus occupé de cet enfant que de prendre des précautions pour lui-même, fut au moment où son habit allait s'engrener dans une des roues; la reine lui sauva la vie en le poussant vivement et en jetant un cri perçant. Depuis ce moment, l'autocrate sembla ne se trouver bien qu'à la Malmaison; il ne tarissait pas sur l'éloge de la reine,
(1) Il ne faut paa croire que cette cession fut purement gratuite. Le gouvi rnement royaî reprit le million du trc»»r et l'inscription de cinq cent mille franc* que Napoléon avait assuré* à iloricnm:; en outre, une partie des bois de St-Leu avait été rendue au prince de Condé. Enfin , sur la trésor particulier de Napoléon , six cent mille francs qui lui revenaient , ainsi qu'à sa mere Joséphine, avaient été dépo*és par le ministre du trésor
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et chacun se croyait obligé d'enchérir encore. Même enthousiasme à cette époque pour elle de la part d'autres étrangers illustres : Mettcrnich, Nesselrode, le prince Léopold, depuis roi des Belges, etc. Il parait cependant qu'elle ne se faisait pas faute de recevoir chez elle des officiers de l'armée française , assez mal disposes contre les alliés : c'est ce qui fit dire à M. Pozzo di Borgo : « Si c'est ainsi que se compose le salon de la « duchesse de St-Leu , je n'ai que faire d'y reve- « nir. » Auprès d'elle l'empereur Alexandre cherchait en quelque sorte à demander grâce pour ses victoires, et à cette occasion on peut citer ce passage des Mémoires de Rovigo : « Voyant la « reine Hortense à cette époque, je lui ma- « nifestai l'opinion que l'empereur de Russie « était la principale cause des malheurs de la « France, parce qu'étant chef de la croisade « contre nous, il n'avait laissé entreprendre que « ce qui lui convenait. La reine le défendait; elle « m'apprit qu'elle lui en avait fait l'observation, « et qu'il n'avait pas eu la moindre part à la dé-
* trônisation de Napoléon. « J'étais satisfait, lui
* disait-il , j'étais venu aussi à Paris. L'empereur « n'était plus à craindre pour moi , parce qu'on « ne fait pas deux fois dans la vie deux entre- « prises comme celle de Moscou; l'effet de ses « ressentiments n'aurait jamais pu arriver jusqu'à a moi; ainsi je n'avais aucune raison pour désirer ■ sa perte. Il n'en était pas de même de mes « alliés, qui, étant ses voisins, avaient sans cesse « devant les yeux le tableau de tout ce qui leur « était arrivé , et qu'ils redoutaient encore. L'em- « pereur d'Autriche particulièrement craignait « de revoir Napoléon à Vienne; il en était de « même des autres. J'ai dû condescendre à leurs « désirs; mais pour moi personnellement, je me « lave les mains de ce qui a été fait. » La reine « Hortense paraissait persuadée de la vérité de «- ce discours qu'elle avait la bonté de me répé- « ter. Quant à moi , je n'y vis qu'un artifice qui « avait été employé pour détourner le reproche « d'une action déloyale , et surtout indigne d'un « grand souverain. » A celte époque, les restes de son fils aîné, mort en Hollande, ayant été, par l'ordre de Louis XY1II , enlevés tic l'église de St-Dcnis, Hortense les fit déposer dans l'église de St-Leu. Le 28 mai , elle perdit sa mère Joséphine. Dans le partage de la succession avec Eugène , elle réserva vingt mille francs de pensions à payer, employa en gratifications cent mille francs qu'elle fut obligée d'emprunter, et eut le chagrin de voir M. de Blacas revendiquer les tableaux de la Malmaison comme propriété de l'État. Le départ d'Eugène fut pour elle un coup bien douloureux ; c'est alors que de toute sa maison elle ne conserva plus que madame de Boubers, mesdemoiselles Élise Courtin et Cochelct ; enfin l'abbé Bertrand, gouverneur de ses deux fils. A la saison des eaux, elle comptait se rendre à Aix en Savoie , où elle avait donné rendei-vous à son frère Eugène;
non
mais comme l'impératrice Marie-Louise avait obtenu la permission d'y aller, ce pays faisant encore partie de la France, M. de Blacas lui lit dire que la cour de Louis XVIII verrait avec peine qu'elle allât se réunir à sa belle-sœur. « Voilà , « dit Hortense, un gouvernement qui se montre « bien fort en redoutant ainsi l'entrevue de deux « femmes dont l'une, au milieu de sa puissance, « n'a pas essaye' de défendre sa couronne, et « l'autre n'aspire qu'au repos ! « Horlense partit pour Plombières, laissant ses enfants à Sl-Leu, et elle alla joindre son frère à Bade, où elle fut traitée en reine par la grande-duelicsse, sa cousine, par le roi de Bavière et l'impératrice de Bussie. Là , elle eut une entrevue avec madame de Krudner (poy. ce nom), qui lui prédit le retour de Napoléon et qui lui conseilla d'aller en Bussie. Elle persista à retourner en France. A son arrivée à Saverne , elle rencontra des officiers français revenant de l'étranger où ils avaient été prisonniers. Reconnaissant la reine Hortense, ils l'accueillirent par de grandes démonstrations de joie. « Nous voulons vous servir d'escorte , di- « saient-ils; vous êtes notre reine, nous n'en « voulons pas d'autre. » A Phalsbourg elle retrouva ces mêmes officiers , qui , malgré ses refus et ses protestations, recommencèrent de plus belle. De retour à St-Leu le 19 septembre, après un voyage au Havre où elle apprit avec douleur la destruction d'Écouen , un coup plus rude encore vint la frapper : Louis Bonaparte, qui s'était retiré en Italie, réclamait ses deux enfants, ou au moins l'atné. Un homme de confiance était chargé de les lui amener. Dès le lîi mai précédent, Louis avait écrit à sa femme : « Madame, « si vous voulez m'envoyer mon fils Napoléon , « cela me fera plaisir, et vous garderez le plus « jeune. Si vous ne voulez pas, dites-le-moi; je « consentirai à tout, parce que mon unique but « maintenant est d'être dégagé de mes liens avec « vous. Je sacrifierai tout à cela. » Eugène écrivit de Vienne à Hortense pour l'engager à ne pas résister aux volontés de son mari. L'empereur Alexandre, partageant cette opinion, lui fit dire qu'un refus de sa part soulèverait la malveillance contre elle. Hortense ne tint aucun compte de ces avis; sa conduite fut d'autant plus imprudente que son salon était constamment rempli de militaires et d'anciens fonctionnaires qui regrettaient Napoléon. Le bruit courut qu'elle conspirait contre les Bourbons. En même temps les partisans de Bonaparte lui reprochaient plus d'un propos favorable à la restauration. Elle alla jusqu'à dire : « Notre mission était de consoler, de faire « oublier les discordes civiles , de réparer les « maux passés par une fusion des partis, tout « en respectant les intérêts du peuple de qui nous « tenions tout. Les Bourbons reviennent pour « frapper sur ce peuple qui a osé innover et se « révolter contre eux. S'ils ne le font pas, cela « tiendra à leur bouté ; mais cela doit être dans
« leur système, puisqu'ils s'en croient le droit. » Dans son procès contre son mari , elle fit choix des quatre avocats les plus royalistes de tout 1« barreau : Bellart, Bonnet, Chauveau-Lngarde et Boux-l.aborie. Et dans ses Mémoires mademoiselle Cochelet prétend qu'llortense n'apprit que longtemps après les opinions et les antécédents de ses défenseurs. Fnlin ce fut le moment que choisit Hortense pour aller faire visite à Louis XVIIl et le remercier pour le duché de St-Lcu. Ce prince lui fit l'accueil le plus gracieux, et Sémonville, qui n'était pas moins assidu à St-Leu qu'aux Tuileries, dit à cette occasion à mademoiselle Cochelet : « Votre reine a tourné la tète au « roi. Il ne parle que d'elle; il est enchanté de « son esprit , de son tact , de toutes st m ières; « enlin on le plaisante au château. — Arranges « le divorce, lui dit-on dans sa famille, et épou~ « sez-la , puisque vous la trouvez si charmante. En « effet, Louis XVIII avajt dit au duc de Duras : « Je m'y connais, et je n'ai jamais vu de femme « qui réunisse à tant de grâce des manières aussi « distinguées... » — Oui, lui répondit le courti- « san, c'est une personne que tout le monde « s'accorde à trouver charmante; mais il est bien « malheureux et peut-être bien à craindre qu'elle « ne soit entourée que de gens connus pour êtr.e « les ennemis acharnés de Votre Majesté. » Celte insinuation porta coup, car Louis XVIIl ne la revit plus. Le 16 novembre elle revint habiter Paris. Son salon de la rue Cérutti devint exclusivement bonapartiste; on y parlait politique, elle recevait aussi les étrangers les plus illustres. Dans ces réunions, Labédoyère et M. de Flahault, qu'elle traitait avec une distinction toute particulière, affectèrent plus d'une fois de se présenter sans la rroix d'hon: eur. La reine Hortense les grondait, mais le sourire sûr les lèvrts. Enfin il n'y avait pas un seul acte du gouvernement royal qui ne fût tourné en ridicule dans les petits comités de la rue Cérutti. La chose alla si loin que le 21 décembre il fut question de mettre les scellés chez elle. Avertie à temps, elle fit deux boites de ses diamants, dont elle confia l'une à M. Alexandre de Girardin , l'autre à Boutiakim, agent diplomatique russe, que l'empereur Alexandre avait chargé spécialement de la protéger. Ne recevant pas les revenus qui lui étaient assignés par le traité de Fontainebleau , elle songea à vendre une infinité d'objets précieux qu'elle offrit d'abord à mademoiselle d'Orléans; mais cette princesse répondit qu'il y avait tant de dettes à payer dans la succession de son père < i ni elle ni son frère ne pouvaient rien acheter un ce moment. Quand on parlait à la duchesse de St-Leu des propos auxquels elle était en butte : « C'est que je gêne, répondait-elle, j'au- <t rais dû l'imaginer plus tôt. » Au premier janvier 1813, toute la cour ayant défilé devant la famille royale, nombre de personnes distinguées allèrent, par la même occasion, en sortant des
Tuileries, souhaiter la bonne année à la reine Hortense, entre autres madame du Cayla. On voyait alors quelquefois chez la duchesse de St- Leu le vicomte Sosthèncs de la Rochefoucauld, qu'elle avait connu aux eaux d'Aix, et même le marquis de Rivière, qui , autrefois impliqué dans la conspiration de Georges, avait dû la vie aux prières de Joséphine et d Hortense. Cependant la cause entre la duchesse de Saint-Leu et son mari commençait à se plaider. Les espe'rances d'Hortensc se fondaient sur les droits d'une reine nommée régente par son époux , et qui par là avait reçu tout pouvoir sur ses enfants; sur la confirmation de ses droits par décision spéciale de Napoléon ; enfin sur le traité du H avril qui fixait l'existc ce 4*s enfants avec leur mère. Mais les tribunaux voudraient-ils reconnaître les droits du gouvernement impérial sous le règne des Bourbons? La chose était plus que douteuse; les avocats de la duchesse de Saint -Leu en plaidant n'osaient pas même dire l'empereur; alors elle se fâchait : « Monsieur, disait-elle à Bonnet, vous « parlez pour moi, vous devez vous identifier à « ma position et vous servir de mes paroles. Ce « serait une lâcheté qui aurait l'air de venir de « moi , que de ne pas donner à ^'empereur un « titre que la France lui a conféré. » L'avocat n'en dit pas moins, dans le plaidoyer suivant, lionaparte. Labédoyère ne cessait de reprocher à la reine d'avoir choiside tels défenseurs. Ce fut le 7 janvier que M. Tripier, plaidant pour le comte de SaitH-Leu , conclut à ce que la duchesse fût tenue de remettre à son mari l'atné de leurs enfants. Le 19 janvier, Bonnet dans sa réponse passa en revue les différents actes qui constituaient les droits de la duchesse de Saint-Leu, et surtout les lettres patentes du 30 mai 1814 données par Louis XA11I : « Tout est terminé, ajoutait-il, par « cet insigne bienfait qui a trouvé des cœurs re- « connaissants. Que penser de cette indiscrète « réclamation qui tend à faire un étranger du « jeune duc de Saint-Leu? Peut-on l'enlever à sa « mère , à sa patrie , à son roi?. .. Je ne veux pas « jeter un coup d'œil indiscret sur les vues poli- « tiques qui peuvent être entrées dans les dispo- « sitions qui le concernent, je ne veux pas exa- « miner si le séjour de cet enfant en France n'est
■ pas dans l'intérêt de tous ceux entre qui ces « conventions successives ont été faites, mais « l'objet important c'est l'intérêt de l'enfant. Le « souverain légitime a investi Napoléon -Louis « d'une dignité, il a été dans sou intention que « Napoléon-Louis restât Français. » La réponse de Tripier présenta la conduite de la duchess: , sous un jour peu favorable : « L'argument tiré de- « la séparation passagère des époux n'a aucune « force , dit-il , pour déplacer la puissance pater-
■ nelle. Si la séparation existe, c'est à elle toute « seule que madame de Saint-Leu doit l'attribuer. « Il lui est facile de lever cet obstacle, de s'épar- « goer la douleur de la séparation de son enfant :
« qui l'empêche de se réunir à son mari ? Pour- « quoi ne pas faire ce léger sacrifice à celui-ci et « à son affection maternelle? Peut-être les per- « sonnes d'une morale sévère reprocheront à » madame de Saint-Leu sa conduite. Après avoir « uni son sort à celui de M. de Saint-Leu, à une » époque brillante, où tout lui présageait une « grande prospérité; après avoir reçu de cette « alliance les titres les plus faits pour flatter l'or- « gueil, peut-être serait-il aujourd'hui de la « loyauté, de la grandeur d'âme de madame de « Saint-Leu d'apporter des consolations à son « époux dans l'adversité ; mais si elle ne veut pas « faire ce sacrifice, qu'elle n'en impute qu'à elle- « même les conséquences. » Le tribunal ordonna que dans trois mois le fils atné du comte de Saint- Leu et de la duchesse fût remis à son père ou à son fondé de pouvoirs. 11 est à remarquer que la reine Hortense perdit ce procès le jour même où elle apprit le débarquement de Napoléon au golfe Juan. Toutes les voix se réunissaient alors pour l'accuser de n'être pas étrangère au complot qui amenait cette catastrophe; on allait jusqu'à lui attrihuer une part directe à la mort du général Quesnel (voy. ce nom) , assassiné par des conspirateurs bonapartistes qui craignaient les dénonciations de cet officier. Ainsi entourée de soupçons, menacée dans sa liberté, elle regretta d'avoir, en restant en France, mis ses enfants dans uuc fâcheuse position , et elle se hâta de les envoyer en lieu de sûreté. Toutefois rien ne fut changé à ses soirées ordinaires où l'on se réjouissait assez publiquement du retour de Bonaparte. Boutiakim vint alors remplir la mission de protection dont il était chargé en lui faisant savoir qu'à la cour de Louis XV1I1 on l'accusait de tous les événements, et qu'on avait été jusqu'à mettre en question si l'on devait l'arrêter. Lllc parut d'abord braver le péril : « Je ne puis empêcher cela, dit- « elle; on fera de moi ce qu'on voudra. » Cependant Fouché, menacé lui-même d'arrestation, lui fil demander pour fuir la clef de son jardin qui donnait sur la rue Taitbout, et lui conseilla de ne pas rester chez elle. Hortense se détermina enfin à se mettre en sûreté et trouva une retraite dans la rue Duphot , chez une créole de la Martinique qui avait accompagné en France l'impératrice Joséphine. Les événements marchaient rapidement : Napoléon approchait; le petit peuple se déclarait pour lui , et l'on disait qu'Hortensc avait mis ses diamants en gage afin de distrihuer de l'argent. Le moment vint où le roi dut quitter les Tuileries. Alors, au gré de la mobilité de ses sentiments, Hortense s'écria : « Louis XVIII, vieux « et infirme , forcé d'abandonner encore sa patrie, « m'inspire une profonde douleur. Le malheur « des Bourbons m'intéresse, je me mets à leur « place et je les trouve bien à plaindre. Je ne me « souviens plus que de la manière aimable dont « le roi m'a reçue; j'espère qu'on ne leur fera « aucun mal. » Elle fit alors offrir au duc et à la
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duchesse d'Orléans de prendre sous sa protection leurs enfants : « Je répondrai d'eux , disait-elle , « car je n'ai rien à redouter du peuple ; je ne puis ■ oublier la manière dont le duc d'Orléans a ac- « cueilli mon frère Eugène , en lui rappelant « qu'il était l'ami de son père ; c'est un devoir « pour moi de lui être utile. » Le duc d'Orléans n'accepta point cette offre, et son intermédiaire dit à l'agent d'ilortense : « C'est cette duchesse « de Saint- Lcu qui nous perd. » Tout occupée de manèges politiques en sens divers, le même jour qu'elle faisait prévenir Napoléon que des royalistes devaient endosser l'uniforme des chasseurs de la garde pour l'assassiner, elle eut l'idée d'écrire à Louis XVIII qu'elle était restée étrangère à tous les événements. Le 20 mars elle se rendit aux Tuileries et risqua d'être étouffée par la foule qui se pressait autour de Bonaparte. Comme elle devait s'y attendre après une conduite si extraordinaire, elle fut froidement reçue : Napoléon lut reprocha d'être restée à Paris au lieu de l'avoir suivi ou de s'être retirée auprès de son mari : « Vous avez , dit-il, placé mes neveux dans « une mauvaise position au milieu de mes enne- « mis. » 11 ne la blâma pas moins de s'être présentée à l'audience du roi et d'avoir accepté le duché de Saint-Lcu. Toutefois Hortense crut qu'allait recommencer pour elle cette existence dont le souvenir l'enchantait , et l'on ne saurait dire avec quel entraînement elle s'abandonnait au plaisir de faire les honneurs de la cour impériale en l'absence de Marie-Louise. « Les Bourbons, « disait-elle alors à ses entours , ne savaient pas « représenter comme nous; leur cour était d'un « mesquin à faire pitié; pas une femme un peu « élégante; et la duchesse d'Angoulêmc, comme « elle se mettait mal ! » Le 21 mars elle conduisit sis deux fds à Bonaparte, qui les accueillit avec tendresse et les montra au peuple rassemblé sous les fenêtres. Il la chargea d'écrire de sa part à l'impératrice Marie-Louise pour l'assurer du bonheur qu'il aurait à la revoir. La veille il l'avait également chargée d'écrire au prince Eugène. Labédoyère fut reçu par elle comme un triomphateur; c'était le héros du jour; elle le retint à dlncr. Plus de vie privée pour Hortense; c'étaient des audiences à n'en plus finir : quiconque avait quelque chose à demander s'alressait à elle comme à l'organe qui pouvait plus sûrement arriver à l'empereur. Tous les jours, à sept heures du soir, elle se rendait aux Tuileries, et y restait jusqu'à dix heures; puis elle rentrait chez elle pour y recevoir les personnes de sa société. Bedcvcnue puissante, elle usa de son crédit, comme elle avait toujours fait , pour rendre des services et empêcher des réactions. Ce fut sur son instante recommandation que Napoléon permit de rester en France à la duchesse douairière d'Orléans et à la duchesse de Bourbon (I). 11 fixa à la première
U) Lorique dan» ton écrit inUtulé La Reine Uortenu en
non
quatre cent mille francs de rente et deux cent mille à la seconde. Lorsque M. de Vitrollcs fut arrêté, elle écrivit au ministre de la police Fouché pour qu'il fût bien traité. Toutefois elle se faisait alors un mérite des dénonciations dont elle avait été l'objet de la part des royalistes. Tous les officiers de sa maison signèrent l'acte additionnel. Par l'ordre de l'empereur, elle reçut les autorités et les corps militaires. M. Gilbert de Voisins , président de la cour impériale, lui dit dans sa harangue qu'au milieu des maux qui avaient affligé la France on avait vu avec bonheur qu'elle y était restée , et que sa présence avait été pour tous les Parisiens une consolation comme t'etpoir qui reste aux cœurs déchirés qui souffrent. A un concert que donnait Carnot, ministre de l'intércur, elle fut accueillie avec enthousiasme. Les députés qui se trouvaient là se pressèrent sur ses pas : « Nous « soutiendrons à la vie , à la mort , s'écrièrcnt-ils, « la famille impériale, c'est la dynastie créée par « le peuple. » A la fin du concert, on chanta une romance de sa composition finissant par ces mots :
Il faut défendre sa patrie.
Ces joies furent de courte durée. A côté de l'opposition bourbonienne s'élevait l'opposition libérale qui annonçait assez que la génération actuelle n'appartenait plus à l'empereur. Ceux qui dans les premiers jours avaient assailli la reine de leurs sollicitations ralentissaient leurs démarches; beaucoup ne reparurent plus, et la foule s'éclaircit pour ne faire place qu'aux intimes. La lettre qu'elle avait écrite à Eugène fut interceptée, commentée d'une manière offensante pour l'empereur Alexandre, et communiquée à tous les souverains réunis au congrès de Vienne. C'est alors qu'elle reçut de Boutiakim , par une voie indirecte , un billet annonçant au nom de son souverain qu* l'Europe ne ferait ni paix ni trêve arec cet homme (Napoléon). Toujours occupée de son fils, Hortense lui cherchait un gouverneur; elle proposa celte place à M. Destutt de Tracy le fils, qui refusa; alors elle pensa à Manuel. Le 12 juin, clic mena ses fils faire leurs adieux à l'empereur qui partait pour l'armée. Six jours après, le désastre de
Italie, en France et en Angleterre pendant l'année 1631, la du.
chesse de Saint-Lcu rend compte de ses relation* avec le roi Louis- Philippe i celte époque, elle ne manque pas de citer cinq lcUrc* que lui écrivirent le» duchesses d'Orléans et de Bourbon. Toutes sont remplir» d'expressions de gratitude et de déférence. On en Jugera par la troisième lettre de la duchesse d"Orléan* douairière : «Je suis vraiment affligée que le mauvais état de ma « santé me prive d'exprimer i Votre Mnjoté , comme je le vou- « draï», ma sensibilité à l'intérêt qu'elle a témoigné à ma posi- « tion. Elle est encore bien pénible, ma jambe ne prenant aucuno * force. Mais je ne veux pas différer d'exprimer a Votre Majesté u et a Sa Majesté l'empereur, auprès duquel j'ose vous prier d'être u mon bon interprète , des sentiments dont je fais profession. — m Madame, de Votre Majesté, la servante. Louise-Maric-Adé « laïde DE liuUKiioN.rsvTltli.vRC, D. D. d'Orléans. » Les lettres de la durhesse de Bourbon , en exprimant les même» sentiment», ne donnent pas le titre de majesté à la duchesse de St-Lcu, et se terminent par une formule moins humble : « Agréez, madame, « l'assurance des sentiment* les plus distingués que je Tous prie - de rcccToir. L.-M.-J.-D. D'OnuS-sNt-Boi-Rno*. »
Waterloo était connu à Paris. Quand Napoléon se retira à la Malmaison, Hortensc lui en lit les honneurs et elle n'hésita pas à s'identifier à son sort : « Je n'ignore pas, dit-elle, que c'est justifier tout « ce qu'on a dit sur moi, relativement au retour « de l'tle d'Elbe, mais je remplis un devoir; l'em- ■ pereur m'a toujours traitée comme son enfant, « je serai toujours pour lui une fille dévouée et « reconnaissante. » Cependant elle avait mis ses deux (ils en sûreté dans un asile où l'on ne pouvait soupçonner leur présence. On a dit qu'à la Mal maison elle s'efforça de décider l'empereur à se remettre à la tête du gouvernement, et qu'elle animait tous les officiers qui l'entouraient à une défense désespérée. Ne voulant pas partir tant qu'il demeura dans celle maison , elle parvint à force d'instances à lui faire accepter son beau collier, dont la valeur était de 800,000 francs, et qui fut cousu dans un ruban de soie noire qu'il portait autour de lui (1). En retour de ce collier, il donna à la reine une délégation qu'il avait réservée sur sa liste civile et qui fut saisie par le gouvernement royal en 1815. Le 29 juin Hortensc revint à Paris; son salon ne désemplissait pas; on lui disait que l'année et le peuple demandaient des armes pour combattre: « Il est trop tard, dit-elle; on a re- « poussé l'empereur . Ceux qui l'ont éloigné auront « de grands reproches à se faire ; maintenant tout « est fini. » Le lendemain l'ex-conventionnel Courtois vint la trouver au nom d'une réunion composée de colonels et d'une partie des généraux de l'armée, pour lui dire qu'ils avaient décidé de renverser le gouvernement provisoire et de remettre à la tête de l'armée l'empereur, représentant et résultat de la révolution. Napoléon étant déjà sur la route de Rochefort, toute mesure semblable était impossible. Le 1er juillet, il y eut chez Hortensc une nombreuse réunion d'officiers qui l'engagèrent à se retirer avec ses enfants au milieu de l'armée; elle refusa : « Je dois, dit-elle, « subir mon sort tel que la destinée l'a fait. Je ne « suis plut rien ; je ne puis faire croire que je rallie « des troupes autour de moi. Si j'avais été souri veraine de la France, j'aurais fait tout au monde « pour qu'on se défendit; j'en avais donné le « conseil à ma soeur l'impératrice Marie-Louise « en 1814, mais aujourd'hui il ne m'appartient
(Il Napoléon , étant sur le Dttièrophon, confia ce collier l M. 4e la» Cura. Arrive i Sic-Hélène, celui-ci parla plusieurs (oii de le rendre. Napoléon coupa court en lui disant : * Voua « gênc-l-il ! — Non , Sire. — Kh bien, gardcx-lc. » Avec le temps M. de Us Canes n'y songea plu* ; il bien que lorsqu'il fui chassé de Longwoud II ne pensa point qu'il emportait le collier. Enfin, comme il était au secret, ce précieux dépôt lui revint à l'idée. Dans celte situation, risquant le tout pour le tout, il le remit, sous les yeux même du gouverneur, à un Anglais qui s empreas* de le rmdre à l'empereur. A son Ut de mort, Napoléon l'avait sou» son chevet; il pria M. de Montholon, s-t jamais il était a»sez heureux pour revoir la France, de le remettre A la reine Hortente. M. de Montholon put s'acquitter de cette commission. Hortease, dans un moment de pénurie, céda au roi do Bavière ce riche collier, moyennant une pension viagère de vingt-trois mille francs. Cette pension n'a été payée que deux ans. Ainsi, pour qusrante-.ix mille francs, Ha Maje-sM Bavaroise devlnl MOjwM*
• pas de mêler mes destinées à d'aussi grands « intérêts, et je dois me résigner. » Quelques jours après la capitulation de Paris, comme elle était assise sur la terrasse de son hôtel, pour voir passer les personnesqui allaient en foule au-devant de Louis XVIII à Saint-Denis, plusieurs hommes qui remplissaient une voiture, reconnaissant Hortensc, la nommèrent et vociférèrent contre elle. Cette scène lui fit prendre le parti île louer dans le voisinage, sous le nom d'une dame russe, un petit appartement où elle trouva un sùr asile. Le duc d'Otrante, prévenu du danger qu'elle avait couru, lui fit dire que les esprits étaient excessivement montés contre elle, sur de faux bruits répandus à dessein, qu'avant le départ de l'armée cllé avait parcouru les boulevards en calèche découverte.pour engager le peuple et les militaires à se défendre et à repousser les Rourbons. lin soir elle eut l'imprudence de quitter son asile pour faire une promenade et pensa être reconnue. Elle aurait dû sentir que le moment était venu pour elle d'invoquer les bonnes dispositions de l'empereur Alexandre; c'est ce que lui conseil, latent ses amis; mais elle s'y refusa positivement, méritant dans cette occasion comme dans tant d'autres l'épithète de douce entêtée que lui donnait son frère. Les souverains alliés étant entrés à Paris le 10 juillet, Schwarzenberg logea dans son hôtel. Hortense, qui trouvait une sauvegarde dans cette disposition, fit préparer pour le prince les appartements du rez-de-chaussée, se réservant ceux du premier. Ce fut dans ce moment si périlleux que Labédoyère déguisé s'introduisit chez elle et lui fit ses derniers adieux. Elle s'était enfin résolue à partir; l'argent lui manquant, elle vendit plusieurs tableaux, entre autres un que Tallcyrand paya 1G,000 francs. L'empereur Alexandre, étant venu visiter le prince de Schwarzenberg à l'hôtel de la reine Hortense, sortit sans avoir demandé à la voir. On peut croire qu'elle en ressentit quelque dépit. Les journaux annoncèrent qu'elle s'était elle-même présentée pour voir le czar; mais le lendemain le Moniteur démentit cette assertion en disant que, si elle s'y fût présentée, elle n'aurait point été reçue. Celte outrageante réfutation, évidemment autorisée, porta ses fruits contre la reine. Tant qu'on avait pu croire qu'elle était protégée par l'autocrate, on n'avait pas osé s'attaquer à elle; mais, dès que l'on sut qu'elle était sans appui, le déchaînement de ses ennemis ne connut plus de bornes. Le duc de Vicence, inquiet sur son sort, tenta vainement de lui faire écrire à l'empereur Alexandre pour réclamer sa protection et lui demander des passeports: « Je sais bien, dit-elle, que je ne puis me ■ passer de protection ; mais j'aimerais mieux la « devoir à l'empereur d'Autriche qu'à tout autre « souverain. » A la tin, l'inquiétude que sa présence causait à la cour des Tuileries fit décider qu'on lui donnerait l'ordre de partir. M. Decazes, alors préfet de police, voulant lui montrer des
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égard*, pria M. d'Arjuzon de lui apprendre ce qu'on exigeait d'elle ; mais celui-ci refusa de se charger d'une telle mission. Les choses en étaient à ce point, lorsque, sur le bruit d'un complot bonapartiste dont on désignait la reine comme instigatrice, le baron de Muflling, commandant de Paris pour les alliés, Ht signifier à Hortensc, le 1U juillet au matin, qu'elle eût à quitter la capitale dans deux heures. Il voulut bien ensuite lui accorder jusqu'au soir, et même il lui fit offrir une escorte de troupes alliées qu'elle refusa, n'acceptant qu'un officier autrichien pour l'accompagner. Ce fut le comte de Voyna, aide de camp du prince de Schwarzenlierg et chambellan de l'empereur, jeune seigneur de dix-neuf ans, qui par ses égards et son dévouement ne tarda pas à gagner les bonnes grâces de la duchesse. Partie avec ses enfants à neuf heures du soir, elle alla coucher au château de Bercy. Son voyage se passa sans occident jusqu'à Dijon. A Dole, le peuple, croyant que M. de Voyna l'emmenait prisonnière, voulait lui faire un mauvais parti; il fallut qu'llortcnse elle-même parlât à la foule pour la calmer. Dés le lendemain de son arrivée à Genève, le gouvernement de cette ville lui fit signifier qu'elle eût à s'éloigner. Elle espérait se retirer dans une propriété qu'elle possédait à Prégny; mais le comte de Tallcyrand, ministre de France en Suisse, manda au gouvernement de Genève qu'il eût à la renvoyer, que la France ne permettait pas qu'elle restât si près des frontières. On conçoit l'embarras de la reine , qui s'écria : « Je n'ai donc qu'à « me jeter dans le lac, car il faut bien que je sois « quelque part. » Le baron de Voyna, non moins embarrassé, voulait la ramener en France, la laisser à Bourg en Bresse, et se rendre à Paris pour y prendre de nouveaux ordres. Mais elle préféra se rendre à Aix, en Savoie; et, là encore, elle se vit inquiétée par les autorités sardes. Sa position pécuniaire n'était pas moins précaire que sa position politique. Cependant, à la sollicitation de M. de Voyna, les ministres des puissances alliées avaient décidé qu'elle pourrait habiter la Suisse, mais qu'elle y serait sous la surveillance des légations des quatre cours et de celle de Sa Majesté Très-Chrétienne. Malgré une déclaration si expresse, les autorités suisses apportèrent des entraves à son séjour dans leur pays ; elles appuyaient leur opposition d'une déclaration antérieure des quatre coure, {sortant que les individus compris dans la deuxième classe des bannis (1) ne pourraient séjourner ni en Suisse, ni en Allemagne, ni dans les Pays-Bas, ni en Italie. Hortensc fut à peine arrivée à Aix, que son époux, qui était établi à Borne , lui envoya le baron de Zuita pour réclamer son fils aîné, qui devait lui être remis, en vertu de la sentence des juges. Hortensc recula tant qu'elle put le moment de cette séparation ;
0 1 La premier» cUaw a» vompunit de» individu* arrélëe avec
mais il fallut enfin se soumettre. Inquiétée par la police française, qui ne voyait pas avec plaisir la prolongation de son séjour à Aix, elle désirait se fixer à Constance , dans les Etats du grand-duché de Bade. Le gouvernement suisse se montrant peu disposé à lui accorder passage, il fallut l'intervention du duc de Bichelicu pour lui faire enfin obtenir un passe-port pour Constance. Sa santé était dans un état déplorable; incapable de faire un pas, et partout manquant d'air, elle se faisait porter dans îles lieux élevés et solitaires où elle demeurait pendant plusieurs heures, employant le peu de forces qui lui restaient à crayonner quelques esquisses de ces lieux pittoresques. Elle quitta Aix le 28 novembre, ayant avec elle le plus jeune de ses fils, ainsi que M . de Marmold, son écuyer, l'abbé Bertrand et mademoiselle Coehelct. La première nuit, elle voulut par économie s'arrêter dans sa maison de Prégny, mais elle y fut cernée par les gendarmes. Les autorités françaises et genevoises lui signifièrent de s'éloigner. Arrivée à Payernc le 1er décembre, elle admit à souper avec elle le général Ameil, qui vint la trouver sous un déguisement ; imprudence qui donna une nouvelle activité aux soupçons de la police. Aussi, à peine arrivée à Morat, elle fut retenue prisonnière par la gendarmerie de Frfbourg pendant deux jours, jusqu'à ce que les autorités du pays en eussent ordonné autrement. A Berne, le chef de la police vint la questionner sur le personnage qui avait soupé avec elle à Payernc, et qu'on croyait être le roi Joseph. On arrêta même pendant vingt-quatre heures un de ses domestiques, pour en obtenir des renseignements. A son arrivée à Constance, où elle se croyait au terme de ce pénible voyage, on lui notifia qu'elle ne pouvait se ilxcr dans cette ville. Elle répondit que sa santé et la saison ne lui permettaient pas d'aller plus loin , et qu'elle ne comptait rester à Constance que jusqu'au printemps. Le grand-duc de Bade, dont les agents s'exprimaient ainsi, subissait la loi des grandes puissances. Ce prince, qui avait journellement à soutenir sa femme (Stéphanie de Beauharnais) qu'il aimait tendrement, et qu'on voulait lui faire répudier, ne trouvait qu'un embarras de plus dans l'arrivée d'Ilortense, à laquelle cependant il aurait désiré être agréable. La grande-duchesse écrivait pour sa cousine les choses les plus tendres, et lui faisait dire : « Prenez patience , tenez-vous « bien tranquille ; et peut-être au printemps tout •• s'arrangera. D'ici là, les passions seront calmées, « et bien des choses oubliées. » En attendant, llorlense, confinée dans une auberge, menait à Constance la vie la plus monotone, n'ayant ni piano ni musique; les journaux qu'elle recevait ne lui apportaient que des nouvelles tristes et alarmantes. Un article de la Gazelle de Istusanne rapportait qu'elle avait dit de Napoléon qu'il avait perdu la tète, et que, dans ces derniers temps il ne savait plus ni ce qu'il faisait ni ce qu'il disait.
Dans son indignation, elle écrivit au directeur de cette feuille, et en obtint toute satisfaction. Fatiguée d'être à l'auberge, où, malgré la simplicité de sa vie, on la faisait payer en reine, elle loua dans cette ville, sur les bords du lac, une maison dont elle prit possession dans les premiers jours de 181 G. Elle reprit alors ses occupations habituelles : la musique, le dessin, remplirent ses journées solitaires. Le voialuage du beau lac lui inspira quelques romances que les habitants de Constance répètent encore. Quelques-uns des croquis qu'elle fit alors furent envoyés au peintre Isabey, qui était en correspondance avec elle , et qui lui faisait passer de Paris les gravures nouvelles. Dans son isolement , elle reçut la visite de la princesse régnante de Hohenzollern-Sigmaringen. La duchesse ne tarda pas à l'aller voir à son tour à Sigmaringen, où elle fut reçue comme elle aurait pu l'être àu temps de sa haute fortune. Le prince Eugène vint aussi passer quelques jours avec elle. Cette visite, qui parut lui rendre la santé, mit toute la diplomatie en émoi, et, au moment où elle s'y attendait le moins, elle reçut une lettre de M. de Metternich qui lui disait qu'ayant appris que les bords du lac de Constance lui plaisaient, il s'empressait de mettre à sa disposition un passe-port pour Brégenlz, où elle serait traitée par les autorites autrichiennes avec tous les égards qui lui étaient dus. Les conventionnels régicides, qui étaient alors à Constance, et auxquels Hortense avait prodigué des secours, ayant su qu'elle allait habiter Brégentz, écrivirent aux autorités de cette ville pour obtenir la permission de s'y fixer aussi. Cette démarche attira à ceux qui l'avaient faite l'ordre de quitter Constance, pour aller se fixer sur divers points de l'Autriche. Comme elle ne pouvait se méprendre sur les intentions du gouvernement autrichien, Hortense se décida à rester à Constance. Bientôt elle fut compromise dans l'affaire de Mouton- Duvernct. On faisait à Lyon le procès à ce général ; Hortense reçut une lettre, dans laquelle on l'engageait à contribuer pour une somme de vingt mille francs à son évasion : elle n'hésita pas à faire ce sacrifice , et mit en gage , pour cet objet, un diamant de grande valeur. Le porteur de la lettre était un intrigant qui escroqua les vingt mille francs, et qui écrivit, sur les troubles de Grenoble, une lettre accusatrice contre la duchesse. Au retour du printemps, elle alla rendre à Eugène sa visite, à Berg, sur le lac Wurmséc, maison de plaisance du roi de Bavière. Les médecins lui ayant conseillé d'aller passer l'été à Geiss, dans les montagnes de l'Appcnzell, pour y prendre des bains de petitlait, le landammann de ce canton s'efforça de lui rendre agréable ce séjour. Le canton d'Appenzcll avait refusé de fournir son contingent pour la garde de Louis XVill L'ambassadeur de Frauce, M. de Tallcyrand, accusa Hortense d'avoir inspiré ce refus au landammann , qui ne
HOR lu
parlait d'elle qu'avec enthousiasme (1), Le fameux Justus Griincr, alors chargé d'affaires de Prusse à Berne , entendant le landammann d'Appenzcll s'exprimer ainsi, l'interrompit en disant: « Mais « si vous en êtes si admirateur, épousez-la. » Le bon Suisse, qui était veuf, prit la plaisanterie au sérieux; de retour chez lui, il écrivit à Hortense pour la demander en mariage, disant qu'en Suisse le divorce était permis, et qu'il lui serait facile de faire prononcer le sien. Hortense rit beaucoup de l'idée de se voir appeler madame la landammann. et fit à ce singulier adorateur un refus tellement gracieux, qu'il demeura toujours son ami. La persécution semblait s'être adoucie; les magistrats du canton démocratique de Thurgovie firent dire à la duchesse de Saint-Leu que, si elle voulait s'établir dans leur pays, elle y serait soutenue par les autorités et par le peuple (septembre 1810). Elle alla visiter la fameuse abbaye d'Einsiedeln ; et, pour reconnaître l'hospitalité vraiment royale des moines, elle leur donna une branche d'hortensia en diamant, destinée à parer l'image de la Vierge. Pendant l'hiver de 18IG, clic s'occupa de rédiger ses Mémoires. Elle donnait en même temps à son fils (les maîtres manquant) des leçons de danse et de dessin , et surveillait avec le même intérêt ses autres études. Tout ce qui composait la société de Constance venait assidûment chez la reine; cependant, au commencement de 1817, on signifia au grand-duc de Bade qu'il eût à la foire sortir de ses États. Alors elle se décida à acheter le château d'Arenenberg , dans le canton de Thurgovie, sur les bords du lac de Constance. Enchantée d'avoir enfin une maison à elle, Hortense se complut à embellir ce lieu si remarquable par sa situation pittoresque et ses magnifiques ombrages. La même année , elle passa l'hiver à Augsbourg, où elle acheta également une maison. Là, du moins, elle fut toujours tranquille; son frère venait la voir de temps à autre. Plus que jamais elle s'occupait de l'éducation de son second fils. Une sorte de rapprochement s'étant opéré entre elle et son mari, elle obtint d'avoir auprès d'elle, pendant plusieurs mois, son fils aîné (1818). Elle avait enfin trouvé le repos, lorsqu'elle fut
(l) Dan» son écrit intitulé La Reine HorUnte en Italie, en France, etc.. elle ne manque pas de se plaindre amèrement de cette surveUlance dis ministre» fronçai» en Suisse : « On l«i a « vu», dit-elle, pendant quinze ans , «'inquiéter outre mesure de « la plus petite chose qui la concernait. Une visite qu'elle rvee- « vait de son frère devenait un événement capable de bouleverser « l'Europe; le plus simple particulier qui passait auprès d'Are- « nenberg était un général français déguisé ; les mnrehands fo- « rains, des émissaires. Il est vrai , ajoute-t-etle, que M. Augu-Me u de Tallcyrand et M. de Mouxticrs, successivement ministres u de France en Suisse , avaient tous les deux servi l'empereur « avec zélé, et qu'il» pouvaient croire avoir besoin d'inquiéter u sor moi pour rassurer sur eux... Un ministre de Bavière a Uerne, « M. Aubry . secondait parfaitement lu* ministres de France ; « leurs menées m'ont souvent lait rire de pitié; et cet excellent « bon vieux roi de Bavière..., dont la protection avait toujours u l'air d'une all'uction paternelle, était souvent le premier a rire a avec moi de tant de rêves ombrageux dont j'étais l'objet, et m dont mi<ux qu'un autre il connaissait l'absurdité. Je dois rendre a Justice a MM. de Eayncvat et de Kumigny ; ils ont trop bien « réussi en Suisse , et leur caractère est Uop noble pour avow eu « besoin de pareil» manèges. »
frappée successivement par la perte des personnes qui lui étaient le plus chères : Napoléon en 1821, Eugène en 1824 ; puis, à la même époque, madame Campnn , qui l'avait élevée , madame de Caulaincourt, qui avait été sa dame d'honneur, et qui était restée pour elle une fidèle amie; enfin, sa lectrice, mademoiselle Cochelet, devenue madame Parquin (7 mai 1835). Déjà elle avait vu mourir (13 octobre 1823) le roi Maximilien, le dernier protecteur qui lui restât. Un séjour prolongé en Bavière n'ayant plus pour elle d'intérêt de famille, elle avait obtenu, non sans difficulté, d'aller en Italie. Tous les ans, elle passait l'hiver à Rome et revenait l'été habiter sa maison d'Arencnberg. On peut dire que cette époque de sa vie ne fut pas sans douceur. Son salon, qui sous l'empire avait résisté à l'étiquette (1), survivait également à l'exil. A Rome, partout elle voyait.se réunir autour d'elle des illustrations de tout genre. Là, les fidèles à la dynastie impériale la traitaient de majesté comme au temps de sa haute fortune; d'autres l'appelaient madame la duchesse ; les princes, les grandes dames de Rome, indifféremment reine, duchesse, majesté ou altesse. Il en était de même des étrangers. A Rome, elle habitait la villa Paolina, appartenant à sa belle-sœur, la princesse Borghèse. La politique était bannie de la conversation ; on obéissait scrupuleusement à la recommandation d'Hortense à ce sujet; il y allait de son séjour à Rome, de sa tranquillité à venir, et l'on craignait avant tout de la compromettre. La musique venait alors au secours de la contrainte générale; mais le concert terminé-, et la moitié des visiteurs partis, une seconde soirée commençait. C'est alors qu'Hortense essayait la romance qu'elle avait faite la veille, et qu'elle se livrait, avec ses plus intimes, au plaisir de coûter France. Dans ces soirées chacun lisait un rôle de la pièce nouvelle qui venait de réussir à Paris; c'était une espèce de représentation, où la duchesse s'acquittait toujours à merveille du personnage qu'elle avait choisi. A Arenenbcrg, elle vivait encore plus à son gré. Dans cette charmante retraite, ornée de maintes reliques de l'empire , et près d'une table couverte de tout ce qui avait appartenu à l'impératrice Joséphine , on voyait aussi l'image du roi de Borne, ce portrait qui avait reçu le dernier soupir de Napoléon. C'est là que mademoiselle Delphine Cay fit pour Hortense cette complainte touchante intitulée la Pèlerine (1828), et dont les vers semblaient prédire à la duchesse les pénibles agitations auxquelles elle fut en butte
(1) u Ett-il vrai, demandait un jour l'empereur A la reine - Ilortcnse, que f«m eaxttt shrx roui ! Et la Jeune reine, embaru rossée de cette question comme d'un reproche . répondit qu'éu tant trop souffrante pour faire de la musique, elle était souvent
■ réduite i cau«er avec les personnes de sa maison. Elle n'o*ait u avouer que o s Jour* de causeriez étaient ceux qu'elle préférait, a d'abord parce qu'elle savait que Napoléon n'aimait pas les
■ salons cauiturê, il en sortait toujours quelques bons mot» sur <• les choses et sur 1rs gens qui étaient l'intérêt du moment ; et
■ ce babil importunait l'empereur, m {Salon dt la reiiu IIotUhu,
trois ans après. En effet, l'ébranlement que la révolution de 1830 produisit en Europe arracha Hortense à la tranquillité dont elle jouissait. L'alné de ses deux fils , marié à sa cousine , seconde fille du roi Joseph, vivait à Florence, occupé d'inventions industrielles; le plus jeune suivait les cours d'artillerie et du génie à l'école militaire de Thun, dans le canton de Berne. Tous deux conçurent alors l'espoir de revenir en France ; mais la loi de proscription , renouvelée contre eux, les empêcha d'y rentrer, ainsi que leur mère. Cependant Hortense recevait de ses meilleurs amis des lettres qui lui disaient qu'elle pourrait peut-être revenir à Paris, mais sans ses enfants; elle n'eut point voulu se séparer d'eux, bien que le nouveau roi, Louis-Philippe, lui eût fait dire des paroles gracieuses par la grandeduchesse de Bade. Au mois d'octobre, elle partit comme d'ordinaire pour Rome, afin d'aller joindre ses fils. Des mouvements insurrectionnels se préparaient en Italie : on s'imagina que Louis-Philippe allait les favoriser; Hortense ne partageait pas cette croyance. Arrivée à Florence, elle passa quinze jours avec ses deux fils, qui s'abandonnaient à des illusions dont elle s'efforça vainement de les garantir. Elle partit pour Rome le 13 novembre. Arrivée à Bolséna, elle rencontra son époux, qui lui rendit son fils Napoléon-Louis, en lui témoignant ses craintes sur les idées politiques que leurs enfants manifestaient. A Rome, elle reprit sa vie habituelle, allant passer tous les jours deux heures chez sa belle-mère et lut lisant les écrits qui paraissaient sur Napoléon. Les soins d'Hortense semblaient alors agréables à celle qui, dans un autre temps, lui avait témoigne beaucoup d'éloignement. A la mort du pape Pie VUI , le gouverneur de Rome, craignant des troubles, vint trouver le cardinal Fesch et lui parla de la convenance d'éloigner pour quelque temps le prince Napoléon-Louis. Le cardinal Fesch, regardant ce conseil comme une vexation , se refusa à le suivre. Hortense au contraire exprima le désir de voir son (ils s'éloigner, puisqu'il causait de l'ombrage, et que d'ailleurs son père désirait l'avoir près de lui. De retour chez elle, elle vit arriver un colonel de la garde du pape, avec cinquante hommes qui avaient ordre de conduire à l'instant Napoléon-Louis aux frontières. Elle ne s'opposa nullement à cette mesure , il lui tardait seulement de savoir son fils arrivé près de son père. On était au moment du carnaval , un mouvement insurrectionnel éclata pendant la promenade du Corso; mais il fut promptement réprimé. La duchesse de Saint-Leu, qui avait reçu les confidences d'un des conspirateurs, passa la journée sur le qui-vive. « Mon salon, dit-elle dans ses « Mémoires, se remplit à l'instant de tous les « Français et Françaises de ma connaissance ; ■ chacun venait se réfugier auprès de moi. » Le sort la plaçait ainsi comme actrice dans tous les événements, et U est impossible de croire que
sa volonté n'y fût pas pour quelque chose. Elle ouvrit son palais à un conspirateur qui avait e'té grièvement blessé dans l'émeute. L'insurrection ayant gagné de proche en proche dans tous les États du pape, Hortense, cédant aux prières de ses fils, partit de Rome. Arrivée à Florence, où elle espérait les rejoindre , elle apprit qu'ils s'étaient réunis aux rebelles; que la jeunesse des villes et des campagnes leur obéissait; enfin, que le général Armandi, ancien gouverneur du prince Napoléon, venait d'être nommé ministre de la guerre par les insurgés. Louis Bonaparte, au désespoir, accusait Hortense de la direction que prenaient ses fils; il voulait absolument qu'elle partit pour aller les chercher. Elle s'y refusa : « S'ils doivent « revenir, dit-elle, ce ne peut être que de leur « plein gré. S'ils ont pris parti , je ne pourrai les « détacher, et l'on ne manquera pas de dire que
■ je vais avec des millions pour les aider. » Le prince Corsini lui conseilla alors de se dire malade, comme seul moyen de les faire revenir, afin de les attirer à la frontière où une troupe apostéc les ramènerait. « Ce piège qu'on proposait à une « mère, dit-elle dans ses Mémoires, me Ht préférer « encore le tourment sans cesse renaissant que « me causait l'inquiète agitation de mon mari. » Mais tandis que, de concert avec Louis Bonaparte, le cardinal Fesch et Jérôme envoyaient aux deux fils d'Hortense des ordres, des prières pour qu'ils quittassent l'insurrection, seule, elle les approuvait tacitement en ne joignant pas aux instances de la famille ses supplications, qui eussent été les plus puissantes. Elle-même ne le dissimule pas dans ses Mémoires: « Amis, ennemis, famille, tout « le monde se donnait le mot pour neutraliser
■ leurs efforts, tandis que l'enthousiasme le plus « grand animait le pays qu'ils occupaient et que « la jeunesse, calculant la réussite sur son ardeur m et sur son courage, se voyait déjà en espérance
■ maîtresse de Rome. » Cette jeunesse si fière ne tint pas contre les baïonnettes de l'Autriche , et les deux fils d'Hortense se virent en butte à toutes les polices italiennes. Le roi Louis voulait qu'Hortense s'embarquât avec eux à Ancône pour Corfou; mais, craignant d'être arrêtée par une croisière autrichienne , elle forma à l'insu de son mari le projet audacieux de les conduire en Angleterre, en passant par la France. Après avoir pris ostensiblement un passe-port pour Ancône, elle partit de Florence le 10 mars, en faisant usage d'un autre passe-port qu'elle avait obtenu sous le nom d'une dame anglaise voyageant avec ses deux fils. Arrivée à Foligno , elle écrivit pour leur communiquer toutes ses craintes et leur dire qu'elle attendait dans cette ville le résultat quel qu'il fût. Son courrier les trouva à Forli en pleine retraite. Cependant, au milieu de cette effervescence, Napoléon-Louis, l'alné de ses fils, avait négligé les premiers symptômes d'une rougeole qui devint bientôt mortelle, et quand Hortense arriva à Pésaro pour lui prodiguer ses soins, elle ne trouva
plus que son i "i l » Charles-Louis-Napoléon , l'autre avait succombé. Mais il fallut tout aussitôt se distraire de sa douleur maternelle pour songer à sauver le seul enfant qui lui restait. Les Autrichiens avançaient, il n'y avait pas un moment à perdre. Son passe-port anglais comprenait deux jeunes gens. Pour éloigner les soupçons , elle fit passer pour son second fils le jeune marquis Zappi, un des chefs insurgés, qui avait été chargé de porter à Paris les dépêche: du gouvernement révolutionnaire de Bologne. A Ancône, le prince Cbarles-Louis-Napoiéon fut atteint lui-même de la rougeole, et la reine obligée de s'arrêter et de le cacher à tous les yeux. Que d'angoisses n'eutellc pas à souffrir ! C'est d'Ancônc qu'elle fit semblant d'effectuer le départ pour Corfou. « Le soir, « dit-elle , un frêle esquif met à la voile , et per- « sonne ne doute qu'il n'emporte mon fils. » Hortense n'excepta pas même du secret son mari. Enfin , le médecin déclara que son fils était en état de se mettre en route, et le départ eut lieu le jour de Pâques. Hortense occupait sa voiture avec mademoiselle Mazuyer, sa dame de compagnie; son fils, qu'on croyait déjà à Malle, était sur le siège en livrée, et le jeune Zappi, dans le même costume, derrière la voiture de la femme de chambre. Ce fut à Pise que la duchesse commença à faire usage de son passe-port anglais, qui ne rencontra aucun obstacle ; son fils et le marquis Zappi avaient quitté la livrée pour se placer dans la seconde voiture. En France, il lui fallut redoubler de précautions pour cacher son nom. Le prince, exalté par la vue de son pays, soumit à sa mère une lettre par laquelle il demandait à Louis- Philippe d'être admis comme simple soldat dans l'armée française. « Je la lus , dit-elle , elle était « bien, mats je n'approuvai pas cette démarche. » A Paris, elle descendit à l'hôtel de Hollande, près de la place Vendôme, et s'empressa de faire connaître à Louis-Philippe son arrivée. Le roi chargea Casimir Périer, président du conseil, d'aller la voir. « Je sais bien, dit-elle, que j'ai transgressé « une loi; j'en ai pesé toutes les chances, vous « avez le droit de me faire arrêter : ce serait juste. « — Juste, non, répondit le ministre; légal, oui. » Le roi lui accorda une audience. 11 lui parla de l'exil de sa famille comme lui pesant sur le cœur. « Je connais toute la douleur de l'exil , dit-il ; il « ne tient pas à moi que le vôtre n'ait cessé. » Elle avoua que son fils était avec elle ; Louis-Philippe recommanda à cet égard la plus grande discrétion , puis il ajouta : « Je sais que vous avez « de légitimes réclamations à faire; écrivez-moi « une note de ce qui vous est dû, et que vous en- « verrez à moi seul. Je m'entends en affaires, et « j'offre d'être chargé des vôtres. » Hortense fut ensuite admise à voir la reine et madame Adélaïde, qui compatirent à ses douleurs maternelles. Le roi seul, sans en excepter Casimir Périer, savait qu'elle avait avec elle son fils, qui tomba assez | gravement malade. Quant aux autres ministres,
non
ils ignoraient même la pre'sencc ^le la duchesse. Si l'on en croit ses Mémoires. Casimir Périer lui fit les plus belles promesses sur le rappel de la famille «le Napoléon et sur la possibilité de lui rendre le duché de Saint-Leu. Il proposa, comme banquier, de lui prêter les moyens de continuer son voyage. Pareille offre lui avait été faite par le roi : elle refusa. Dès le lendemain de son arrivée, mademoiselle Mazuyer était allée toucher pour elle 1G,000 francs chez le banquier Jacques Lefehvre. Depuis onze jours qu'elle était à Paris, la fièvre de son fils ne se calmait pas. Le î> mai, l'afiluence du peuple, qui se dirigea vers la colonne de la place Vendôme pour y porter des fleurs, et une sorte d'émeute qui eut lieu à celte occasion , mirent le comble aux inquiétudes du roi et du premier ministre. U fallut absolument que la duchesse effectuât son départ. Pendant qu'on en faisait les préparatifs, elle ne put résister à la tentation d'aller sur la place Vendôme se mêler à la foule. Étant partie le G mai, elle coucha à Chantilly, et s'embarqua à Calais le 10. Arrivée à Londres, le peuple et les hommes de tous les partis lui témoignèrent beaucoup de sympathie, ainsi qu'à son fils. Talleyrand, alors ambassadeur de France, lui envoya un de ses amis pour s'informer du but de son voyage et de ses projets. Elle répondit qu'elle comptait retourner en Suisse par la Belgique. Cette réponse mit en émoi tout le corps diplomatique. On craignait encore plus son passage à Bruxelles qu'en France, dans un moment où les journaux anglais publiaient qu'elle n'était venue à Londres qu'afin d'obtenir des puissances le royaume de Belgique pour son fils. Talleyrand lui fit offrir un passe-port sous un nom supposé, pour traverser le nord de la France. Très-embarrassée de cette obligeance, elle répondit qu'elle avait déjà écrit au roi des Français pour obtenir celte permission, et qu'elle devait attendre sa décision. Enfin les passe-ports lui furent délivrés; elle quitta l'Angleterre le 7 août, débarqua à Calais, et voyageant sous le nom de baronne d'Arenenbcrg, il lui fut aisé de garder le plus strict incognito. Elle évita de passer par Paris, ce qui ne l'empêcha pas de visiter à Ruel le tombeau de sa mère. De là elle prit sa route par Versailles, Melun, Sens, et alla bientôt à Arenenberg se reposer de tant d'inutiles agitations. Ce voyage et le séjour de la duchesse de Saint-Leu à Paris devinrent, à la session de 1831, le sujet d'interpellations faites au ministère, par M. Mauguin, à la séance du 22 juillet. La réponse de Casimir Périer reproduisit une partie des détails que nous venons de rapporter, et il avança qu'on avait offert des secours à la duchesse. Dans son écrit publié en 183 i, comme un extrait de ses Mémoires, Hortense, qui d'ailleurs parait peu reconnaissante des procédés que le roi et le ministre eurent pour elle, se montre fort choquée de cette expression. Hais son ambition maternelle, comme toutes les autres ambitions , ne lui permettait pas le repos. Après
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avoir vainement combattu les projets de son fils, qui , appelé par quelques militaires, entreprit de relever la dynastie impériale à Strasbourg, sa » raison fléchit devant ses illusions. Cette tentative eut lieu le ÔO octobre 1830. Lorsque la duchesse de Saint-Leu, qui était à Arenenberg, reçut le premier avis que son fils était proclamé, elle fondit en larmes, en s'écriant : « Mon Dieu ! que do « malheurs je prévois ! » Un quart d'heure après un second courrier vint lui annoncer l'arrestation du prince et de ses adhérents. Quoique souffrante, elle partit sur-le-champ pour la France, accourant supplier l'autorité d'épargner son fils. Elle n'alla point jusqu'à Paris, et s'arrêta à Viry, dans la maison de campagne de madame la duchesse de Haguse. C'est de là que, par l'entremise de madame Salvage , qui fut depuis son exécutrice testamentaire, elle dirigea toutes ses démarches, soit auprès de la reine des Français, soit auprès de M. Molé, président du conseil. Ses voeux furent exaucés aussitôt que formés; mais le mal était fait. En voyant partir son fils, elle avait dit : « Hélas ! s'il succombe, j'en mourrai ! » Quand il dut partir pour l'Amérique sur un bâtiment de l'État, sa mère voulait le suivre, mais elle n'avait pas assez de forces ni de vie pour entreprendre un si long voyage. Elle mourut le octobre 18ô7, entre les bras de ce fils qui était revenu en Europe. Les sentiments les plus fervents de piété avaient rempli les derniers mois de sa vie. Le 5 avril précédent, elle avait fait un testament contenant différents legs aux personnes de sa famille et à toutes celles qui lui avaient montré quelque dévouement. Elle n'y prenait d'autre titre que : Mal, Hortense- Eugénie. Il se terminait ainsi : » Que « mon mari donne un souvenir à ma mémoire, « qu'il sache que mon plus grand regret a été de « ne pouvoir le rendre heureux. Je n'ai point de « conseils politiques à donner à mon fils; je sais « qu'il connaît sa position et tous les devoirs que « son nom lui impose. Je pardonne à tous les « souverains avec lesquels j'ai eu des relations « d'amitié, la légèreté de leur jugement sur moi. « Je pardonne à tous les ministres et chargés « d'affaires des puissances la fausseté des rap- « ports qu'ils ont constamment faits contre moi. « Je pardonne à quelques Français auxquels j'avais « pu être utile la calomnie dont ils m'ont accablée « pour s'acquitter. Je pardonne à ceux qui l'ont « crue sans examen, et j'espère vivre un peu dans « le souvenir de mes chers compatriotes. » Comme elle l'avait demandé par son testament, son corps fut transporté en France, et inhumé près de sa mère dans l'église de Ruel. 1) — r — r.
HORTENSIA, fille de l'orateur Q. Hortensius, se montra dans une circonstance importante la digne héritière des talents de son père. Les triumvirs Marc-Antoine, Octave et Lépidc, voulaient' obliger les dames romaines à faire la déclaration de. leurs biens , afin de les taxer pour les frais de la guerre. Les plus distinguées d'entre elles se
hor
réunirent dans le dessein de prévenir l'exécution de celte mesure tyrannique; après plusieurs démarches inutiles, elles se décidèrent enfin à se présenter à l'audience des triumvirs, et chargèrent Hortensia de faire valoir la justice de leurs réclamations. Le discours qu'elle prononça fut jugé très-heau , et Quintilien le cite avec éloge ; mais il ne produisit pas l'effet qu'on en attendait. Irrités de la hardiesse des dames , les triumvirs donnèrent l'ordre de les faire sortir, et les murmura du puhlic empêchèrent seuls qu'on n'usât de violence à leur égard. Cependant ils se relâchèrent de leurs prétentions, et au lieu de quatorze cents dames il n'y en eut que quatre cents de soumises à la déclaration et à la taxe. Les auteurs anciens qui rapportent ce fait ne sont point d'accord sur les circonstances; mais Bayle, au milieu de leurs contradictions, parait avoir su d«imélcr la vérité avec une sagacité rare (voy. dans son Dictionnaire l'article Hortensia). W— s.
HORTENSIUS (Qonmjs) , orateur célèbre , noble rival tlu prince de l'éloquence1 romaine, était fils de L. Hortcnsius, qui, dans les places importantes de préteur à Rome, et de proconsul en Sicile, se disliugua par son amour pour la justice et par son attachement aux lois et aux institutions anciennes. Sa mère, Scmpronia, était petite-fille de Tuditauus. 11 naquit l'an 040 de Rome, huit ans avant Cicéron, d'une illustre et antique famille [plébéienne , qui avait donné à la république un tribun du peuple eu "l , et un dictateur en 407. Dès sa dix-neuvième année, il parut au barreau avec le plus grand éclat , et « semblable à ■ une statue sortie des mains de Phidias , dit Ci- « céron , son génie n'eut qu'à se montrer pour « enlever tous les suffrages. » 11 défendit d'abord la province d'Afrique contre quelques-uns de ses magistrats, et ensuite Nicomède, roi de Bilhynie; mais bientôt la guerre sociale vint fermer les tribunaux. Suivant l'usage ordinaire à la jeunesse romaine , Ilortensius prit les armes , et servit comme simple soldat pendant la première campagne. L'année suivante il fut élevé au^rade de tribun militaire. Cette guerre fut terminée en 006, après avoir duré trois ans. Alors il passa en Asie, et devint lieutenant de Sylla, qui combattait contre Mithridatc. A son retour à Rome il trouva la tribune veuve de ses plus illustres orateurs. Une maladie avait enlevé Crassus quelques années auparavant; Q. Catulus s'était donné la mort pour se dérober aux fureurs de Marius;
Julius, Marc-Antoine , avaient péri dans les proscriptions. Ses talents n'en furent que plus remarqués. 11 entreprit avec L. Pbilippus, orateur très-renommé, la défense de Pompée, accusé d'avoir profité des exactions de son père; dans cette lutte il éclipsa son adjoint, « et le plus « jeune, dit Cicéron, obtint le premier rang. » Ce fut en 672 qu'il se rencontra pour la première fois dans l'arène avec Cicéron , qui plaidait pour Quinctius. Ils curent dans la suite de plus grands
intérêts à discuter. Nous ne rappellerons pas l'accusation intentée par Cicéron contre Verrès. Ilortensius, alors consul désigné , défendit celuici; mais malgré celte dignité, malgré tous les efforts de son éloquence, il ne put sauver ce client déshonoré pour ses concussions et ses crimes. Il fut consul l'année suivante; il avait été édile six ans auparavant, en 678, et s'était distingué par la magnificence qu'il déploya dans les jeux publics, et par une distribution de blé faite au peuple. Il avait ensuite obtenu la prélure. Pendant son consulat, Rome jouit d'une paix profonde. Elle triomphait en Asie par les armes de Lucullus. En quittant la pourpre, Ilortensius était appelé à commander les troupes envoyées en Crète pour arrêter quelques mouvements qui avaient éclaté dans cette Ile. Séduit par le repos glorieux qu'il trouvait à Rome , il céda cette commission à son collègue Q. Cécilius Créticus , pour se livrer à un noble loisir, à son goût pour une vie délicate que son opulence lui rendait facile, sans renoncer cependant à prendre part, comme sénateur, à l'administration de la république. Il fut constamment attaché au parti des grands, et la faction populaire le plaça au nombre de ces hommes illustres qu'elle appela à cette époque les sept tyrans. Il combattit avec force une loi somptuaire proposée par Pompée et Crassus , et résista aux tribuns Gabinius et Manilius , qui voulurent successivement investir Pompée de pouvoirs si extraordinaires qu'ils semblaient menacer l'indépendance de Rome. Mais en s'éloignant de la tribune, Ilortensius se relâcha de son assiduité au travail ; son éloquence en souffrit, ainsi que sa renommée. La gloire dont Cicéron se couvrit pendant son consulat sembla le réveiller. Malgré leur rivalité, ils avaient été constamment amis. Quand Clodius se déchaîna contre Cicéron et le menaça de l'exil , Ilortensius parut dans l'assemblée du peuple en habits de deuil, et fut attaqué par les satellites du tribun factieux , qui le laissèrent pour mort. C'est lui qui introduisit son rival , reveuu d'exil , dans le collège des augures, et si, en quittant Rome, Cicéron a exhalé quelques plaintes contre lui, elles doivent être attribuées au chagrin qui l'aigrissait alors, même contre ses amis les plus chers. Mais les efforts que fit Ilortensius pour reprendre le premier rang au barreau furent impuissants. Son éloquence fleurie semblait ne plus convenir à son âge. On applaudit cependant à ses plaidoyers pour Messala , son neveu , accusé de brigue, et pour Appius Claudius. Ce fut là son dernier triomphe. La vivacité qu'il mit dans l'action lui causa la rupture de quelque vaisseau ; il mourut de cet accident l'an de Rome 704 (cinquante ans avant J.-C). Aucun de ses ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous, et nous ne pouvons nous former une idée de son éloquence que par ce que nous en ont transmis les anciens; elle était ornée , fleurie , tenant de l'abondance asiatique , semée de traits sentencieux , brillants, re-
cherchés, souvent plus agréables ijue nécessaires. Son style c'tait animé, plein de saillies; sa composition extrêmement travaillée. Il excellait surtout dans l'art de diviser sa matière, et de résumer les objections de ses adversaires. Tant de belles qualités étaient encore aidées par une mémoire qui tenait du prodige , par la voix la plus sonore et la plus douce, par un geste auquel on ne pouvait reprocher que trop de recherche. Exclusivement voué à l'art oratoire et à la politique, il Taisait peu de cas des études philosophiques ; mais il cultiva la poésie avec succès. Il avait composé , sur la manière d'élever les animaux , un petit poi'mc grec, dont il prit le fond dans la fable d'Orphée attirant les bétes fauves par les sons de sa lyre , et qu'il intitula OïjaioTfwxpîîov. llortensius se maria de très-bonne heure avec Lutatia, fdle du célèbre Q. Lutatius Catulus. II en eut un fds dont la conduite excita son mécontentement , et qui pendant la guerre du second triumvirat, fut gouverneur de Macédoine, où il reçut Brutus, dont il embrassa le parti. Etant tombé après la bataille de Philippes entre les mains d'Antoine, celui-ci l'immola sur le tombeau de son frère, qu'Hortensius avait fait périr par ordre de Brutus pour venger la mort de Cicéron et celle d'un de ses parents : suite funeste de l'horrible loi des représailles. Notre orateur eut aussi une fille qui se distingua par son esprit; elle fut mariée avec Valérius Messala (toy. Hortensia). llortensius avait contracté un second mariage avec Marcia, fdle de Philippus, et épouse de Caton. Il faut lire dans Plutarque {Vie de Caton) les détails très-singuliers qu'il nous a transmis à ce sujet. Ami de Caton , llortensius feignit d'abord de lui demander sa fdle en mariage; mais bientôt, dépouillant (oui déguisement, il lui témoigna combien il désirait de s'unir à Marcia, alors en- . ceinte , et déjà mère de deux enfants [toy. Caton). Persuadé qu'en se communiquai! t-ainsi des femmes bien nées, les hommes de bien rendraient la vertu plus commune, Caton se rendit à ses désirs, et n'exigea que le consentement de Philippus. Tels étaient les principes qu'au sein de la ville la plus polie de l'univers professaient et niellaient en pratique les hommes les plus renommés par leurs lumières : exemple mémorable des égarements de la sagesse humaine abandonnée a elle-même, et que pouvait seul ramener et fixer le christianisme. Un buste antique, qu'on voit à la Villa Alboni, nous a conservé les traits d'Ilortensius. On en trouve une gravure dans la nouvelle édition des Vies de Plutarque. publiée par le savant M. Coray, t. 5, p. 50 (Paris, 1813, in-8u). Si— d.
I10KTO (Garcias ab), ou de la Huerta (qui signifie Dujardin) , célèbre botaniste portugais , né dans le 10# siècle, professait la philosophie à Lisbonne, en 1534 : il accompagna ensuite , en qualité de premier médecin, le comte de Redondo, nomme vice-roi des Indes, et profita de son séjour à Coa pour former une collection des plantes
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qui croissent spontanément dans les environs de cette ville. Il établit aussi Un jardin dans l'Ile de Bombay, où il rassembla les arbres les plus rares des Indes, afin de pouvoir en étudier les caractères et les propriétés. Garcias consigna le résultat de ses observations dans un ouvrage rédigé en forme de dialogues et qui a pour titre : Coloquios dos simplet o drogas da India, Goa, 1303, in-4°. Ces dialogues ont été traduits en latin par Charles Léclusc ( Clutiut ) , Anvers, 1509, in-8", plusieurs fois réimprimés : en italien, par Annib. Briganti , Venise , 157p , in-4° et plusieurs fois in-8°; en anglais, Londres, 1377, in-4°; et en français, par Antoine Colin, apothicaire de Lyon, 1019, in-8°. Jacques Bontius a laissé sur l'ouvrage de Garcias de la Huerta des notes qui ont été publiées par Pison en 1038 (roy. Bontius). On croit que Garcias passa le reste de sa vie à Goa, où il mourut dans un Age avancé. W — g.
HOSIDIUS CETA , poète latin de la décadence, sur la vie duquel on ne sait rien, non plus que sur l'époque où il dut écrire. C'est Tertullien qui nous le fait connaître dans son traité des Prescriptiont (cap. 39), et les expressions qu'il emploie peuvent faire conjecturer qu'il parlait d'un contemporain : Vides hodie. disait-il, ex Virgilh fabulam in totum aliam componi, materia secundum versus, versibus secundum maUriam concinnatis. Denique Hosidius Gela Medeara tragœdiam ex Vit* gitio plenissime exsuxit. La tragédie de ilédée se compose de quatre cent soixante et un vers faits avec des lambeaux de Virgile, et l'on sent bien ce que peut signifier un tel centon. Elle se trouve au t. 7, p. 440-502 de Portât latini minores de Lemaire. Comme Ovide avait écrit une ifédée. on a pensé qu'Hosidius n'était probablement autre chose qu'Ovidius, conjecture futile et vaine, car la tragédie de l'auteur des Métamorphoses n'était ni un centon ni une pièce en vers hexamètres, comme le prouve le seul vers qui nous en reste :
Serrans |.otui , fwrdcre an poiuim rtga»!
Au reste, ces questions littéraires qui sont relatives à la Mèdèe d'IIosidius Geta et au centonisle lui-même se trouvent débattues dans les prolégomènes de la collection Lemairc. G— l— t.
IIOSIUS (Stanislas), l'un des plus illustres cardinaux du 10" siècle, naquit en 1304 à Cracovie, de parents qui, par une sage économie, avaient acquis des richesses considérables dans l'administration des domaines du roi. Il montra dès son enfance un grand éloignement pour les maximes du monde, et se fit remarquer entre les jeunes gens de son âge par une piété sincère et l'attachement à ses devoirs. Après avoir terminé ses premières études , il fut envoyé à Padouc , où il s'unit d'une tendre amitié avec le célèbre Renaud Polus, qui devait être un jour, ainsi que lui , décoré de la pourpre romaine. Il se rendit ensuite à Bologne, y prit ses degrés en droit, et revint à
Cracovie occuper une place dans la chancellerie royale. Il donna dans plusieurs occasions des preuves de zèle et d'habileté , et parvint ainsi à mériter la confiance entière de son souverain. Ilosius, ayant embrassé l'état ecclésiastique, n< tarda pas à être pourvu de l'éveché de Culm , d'où U passa peu après sur le siège de Warmie, l'un des plus riches de Pologne. Il mit tous ses soins à remplir les devoirs que lui imposait sa nouvelle dignité, fit une visite générale de son diocèse, préchant, instruisant les peuples et laissant partout des marques de sa bienfaisance. Il attaqua courageusement les princq>es de Luther, qui commençaient à se répandre en Pologne , et publia divers écrits, lesquels reçurent l'approbation universelle. I^e pape Paul IV voulut le récompenser des services qu'il avait rendus à l'Église en le créant cardinal ; mais Ilosius refusa cet honneur dont il se croyait indigne, et ne se rendit poiut aux instances que lui Ot le souverain pontife pour le déterminer à l'accepter. Il fut député par Pie IV vers l'empereur Ferdinand 1er pour lui annoncer la continuation du concile de Trente, interrompu par les troubles de l'Allemagne. En 1501 . il reçut à Vienne le chapeau de cardinal, que le pape lui adressait par deux de ses caniéricrs ; il fut en même temps invité à se trouver au concile en qualité de légat du saintsiége. Étant tombé malade peu «le temps après l'ouverture de cette assemblée, il ne cessa point de prendre part aux délibérations, et donna son avis par écrit sur les différentes matières qui y furent discutées. La session terminée , il se relira dans sou diocèse, où il s'occupait à revoir ses différents ouvrages , lorsqu'il fut renvoyé à Roinc pour y régler quelques affaires relatives à l'Église de Pologne. Le pape Grégoire XIII l'y retint , et le nomma son grand pénitencier. U mourut à Caprarola , le 5 août 1579 , âgé de 76 ans. On a plusieurs éditions des ouvrages d'IIosius; la plus complète est celle de Cologne, 1581, 2 vol. in-fol. Ses écrits de controverse en forment la partie la plus considérable et la plus estimée. Bayle dit qu'ils ne le cèdent guère aux meilleurs qui furent faits dans ce siècle-là; on distingue dans le nombre : 1° Con/essio catholicœ fidei ebristiana, svat explicatif* confessianis a patribus f octet in synodo provincialis habita Petrikovia onno 1551, Maycnce, 4557, in-fol.; Home, Paul Manuce, 15155 , in-4°. Cet ouvrage a été imprimé jusqu'à trente fois pendant la vie de l'auteur, et traduit en français, en italien, en allemand, en flamand, en polonais, en anglais, en écossais qt même en arménien. 2° De txpresso Dei verbo, Rome, 1559, in-8°; 3° Dialoqus, num calieem laids et vxores tarer dot Unis permit! i, ne divina officia vulgari lingua ' peragi fas sU, Dillingen, 1559, in-«"; ouvrage curieux et rare de cette édition. 4° Judicium et censura de judicio minuirorum Tigurinorum et Ileidel-
tem in Folonia auper sparto, 1564. Il y parle avec
beaucoup d'aigreur contre les Suisses ; Bullinger lui a répondu dans la préface du traité de Josias Simler, De œterno Dei filio. On a encore de lui dc6 Lettre* imprimées dans le second volume de la collection de ses œuvres : elles sont trèscurieuses. Stanislas Rezeius a écrit la Vie d'ilosjus; PctramcUacius et Victorel ont écrit sou Eloge. W-s.
1I0SP1MEN (Jeajx), proproaçnt Wjrtu, né en 1515 à Steiu, petite ville de Suisse sur le Rhin, près de Sohaffhousc, mourut à Baie en 1570. U fit ses études à Tubingen , et devint professeur de rhétorique à Baie eu 1511. On a de lui : 1" <Juat~ tionum dialecticarum libri 0, 1543 et 1357; 2" Urbani Bellunensis institutionum grammaticarum lib. 2 ip epitomen redacti, 13iC; 3' De syllogismi catt~ gorici modit, 1500 ; 4° De modis figurarutn utilibus tu logica, 1300; 5° AriUotelis organi correctio. gr. et iaL, 1575 , 2 vol.; 0° Controverta dialecticœ, 1576. — Hospiniex (Rodolphe), pé en 1547 à Altorf, village du canton de Zurich où son père était curé, mourut à Zurich en 1620. Son grandpère et plusieurs de ses pnrepts avaient été décapités, martyrs de la religion réformée, qu'ils avaient embrassée de bonne heure. Rodolphe fit d'excellentes éludes à Marpurg et à Ucidelbcrg. De retour dans «a patrie, il obtint successivement différents emplois ecclésiastiques, dont d remplit les devoirs avec un soin religieux. Écrivain laborieux , il a publié des ouvrages considérables et remplis d'érudition : 1° De templit , 1587; ce livre n'est qu'un fragment d'un ouvrage immense que l'auteur n'a point achevé ; 2U De origine et progrestu papatus ac idololatriœ romanœ E<xlesice; 5° De monachis . 1588; 4° De fettit Judaorum et Ethnicorum. 1592; 5° Eetta eluistianontm . 1593; 6" Historia sacratnentarin, 1598 et 1002, 2 vol.; 7° Cancordia discors; 8° De origine et progressu formulas concordiœ bergensis, 1001) ; 9» Historia jesuitica, 1619. Une édition complète et augmentée des OEurres d'Uospinien a paru à Genève en 7 volumes in-fol., de 16(19 à 1081, par les soins de J.-U. Heidegger, qui y a joint une Vie de l'auteur. U — i.
IIOSPIXAL (Michel de l'). Voyez L'HÔPITAL.
UOSSCIIIIS (Sumosius), ou de Uosche, célèbre poète latin, naquit en 1590, à Mcrckhein dans le diocèse d'Ypres, d'un père si pauvre qu'il gardait les troupeaux. Sidronius fit cependant ses éludes et fut admis chez les jésuites, où il professa quelque temps les humanités. 11 fut ensuite chargé de la direction des novices , emploi qu'il remplit pendant treize ans avec beaucoup de zèle. U était doué d'un talent très-remarquable pour la pqésie , mais il ne la cultivait que par délassement et il n'attachait aucun prix à ses productions. Cependant il céda aux instances.de ses confrères, en publiant en 1033 quatre Elégies adressées à F. de Moncada. Le succès evi fut complet et lui mérita la bienveillance de l'archiduc Léopold-Guillaurac , gouverneur des Pays- Bas , qui le nomma précepteur de ses pages. Au
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liout de deux ans, ayant renoncé à ces fonctions, il exerça pendant quelque temps le ministère de la pre'dication. Il se retira m fin dans rétablissement que les jésuites araient à Tongres, et il en mourut supérieur le \ septembre 1633, regretté comme un bon religieux et un excellent littérateur. Le pape Alexandre VII chargea les poètes de sa pléiade ( voy. Furstemberg ) de composer des vers sur sa mort : ils ont été réunis aux Poésies d'Hosscbius , publiées par Jacques Wallius, son confrère, Anvers , Balth. Morclus, 1636, in-12. Ce recueil est divisé en deux parties : la première contient trois livres ^élégies et un de sylves , et la secondé trois autres livres \\ élégies; le volume est terminé par un petit poëme du P. Othon Zylius, intitulé Cameraeu* obsidione libération. Baillet a donné de trèsgrandes louanges à Hosschius : Glatis Borrich dit que son élégie adressée à Sarbiewski est une pièce divine, et quelques critiques l'ont comparé à Tibulle, d'autres à Ovide, avec lequel il a effectivement plus d'un trait de ressemblance. On lui trouve de l'élévation dans les idées ; son style est pur et facile ; mais il a le défaut de se tratner sur les mêmes pensées , de les reproduire sous toutes les formes et de ne les quitter qu'après les avoir épuisées. Ses Poésies ont eu un grand nombre d'éditions : les amateurs préfèrent celle de Paris, Barbou, 1723, 2 vol. in-12, dans laquelle on a réuni les Poésies de Guillaume Bécanus et de Jacques Wallius (voy. Becan). Lancelot Dcslandcs , avocat au parlement de Paris, a traduit en vers français les élégies d'Hosscbius sur la Passion de Jésus-Christ, 1736, in-12 (roy. Deslandes). W— s.
HOSSFELD (Jean-Guillaume) , savant allemand, né le 19 août 1768 à (JKpfershauscn , dans le duché de Saxe-Meiningcn , avait pour père un maître d'école de village, et n'apprit de lui que fort peu de chose. Un bon pasteur des environs lui donna de loin en loin quelques principes de latin. Deux ou trois vieux livres de mathématiques à moitié rongés des rats l'initièrent aux éléments d'arithmétique , d'algèbre et de géométrie. On ne peut se figurer quelle impression produisit sur lui la lecture de ces volumes. Né avec la vocation mathématique la plus forte , il sut bientôt tout ce qu'ils contenaient ; il gémissait de ne pouvoir aller plus loin ; il devinait par la force de son génie des conséquences éloignées et découvrait à nouveau, par une voie à lui , des vérités déjà découvertes. Un problème surtout l'occupait, c'était la manière de mesurer la hauteur d'un arbre sans y monter : il h- résol u t. Enfin son père consentit à lui faire donner une éducation régulière, et l'envoya au gymnase de Meiningen, puis au séminaire. Le jeune homme ne fut content ni de l'un ni de l'autre; il apprenait plus vite seul qu'avec ses maîtres. Ce dont il avait besoin, c'étaient des instruments, des livres, non des instituteurs. Cette forte puissance d'autodidaxie
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lui rendait donc insupportable le collège après lequel il avait tant soupiré, et qui vraiment n'était qu'une geôle pour son esprit. Cependant l'atmosphère qu'il y respirait , les secours de toute nature qu'il avait tout près de lui facilitèrent beaucoup ses progrès , et à tel point qu'à vingtdeux ans il put se faire placer comme géomètre à l'administration des ponts et chaussées de Saxe. Il est vrai qu'il n'y resta que peu de temps et qu'il vint passer trois mois à Olpfcrshausen, auprès de son père. Bientôt il entra comme professeur de mathématiques à l'école des sciences commerciales fondée par Hcimreich , à Zillbach, pour les Anglais. Plein de vénération et d'attachement pour le chef de cet établissement, il le suivit ensuite à Neustadt, près Gerstungen (1795), et il s'y maria en 1796. Son père, que l'âge accablait, voulait qu'il prit son école et le remplaçât. Hossfeld avait en horreur les détails matériels d'un pensionnat , probablement parce que , dans l'enfance , il n'avait été que trop obligé de les surveiller à la place de sa mère, qu'il avait perdue n'étant âgé que de douze ans , et parce que les soins qu'il donnait au ménage l'empêchaient de se livrer à son goût pour l'élude. Ces impressions de l'âge tendre sont de celles que rien n'efface. 11 aima donc mieux se rendre derechef à Zillbach , pour y occuper à l'institut forestier de Costa une chaire de mathématiques et pour suivre à son gré le cours de ses travaux (1 798). Les prières réitérées de son père l'en tirèrent en 1800; et il avait enfin cédé, de guerre lasse, et consenti à prendre l'école, quand la mort depuis longtemps prévue du vieillard et l'invitation de George, duc de Saxc-Meiningen , lui firent sans peine abandonner un état qu'il n'avait jamais aimé. Le duc l'avait nommé professeur de inathématiquesà l'école forestière de Dreyssigackcr. Hossfeld et Bcchstein furent les premiers à professer les sciences à cette école , qui devint bien vite et qui resta longtemps la plus célèbre et la plus suivie de l'Allemagne pour la spécialité forestière; tous deux furent pour beaucoup dans cette vogue méritée. On le savait , et le gouvernement ducal lui confiait fréquemment des opérations délicates ou difficiles, ne doutant point qu'il n'y réussit. C'est ainsi qu'en 1815 ce fut lui qui fit l'évaluation des forêts. En 1822, son souverain lui conféra le titre de membre du conseil des forêts. Ces travaux particuliers ne l'empêchaient pas de continuer ses études générales, et de les varier. Non-seulement il n'est pas de branche de sciences mathématiques dans laquelle il ne fût profondément versé , sans même en excepter l'astronomie , mais encore il avait des connaissances très-étendues en histoire naturelle, principalement en botanique. Il avait jeté les bases d'un nouveau système des plantes, différent de ceux de Linnée et de Jussieu , et il se proposait de le suivre dans tous ses développements : il y rêvait encore au milieu des hallucinations de
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sa dernière fièvre et quelques heures avant sa mort, qui eut lieu le 23 mai 1837. Hossfeld était dans toute la force du terme un honnie de génie. S'il eût dès le jeune âge rencontré de bons maîtres et des ressources , s'il ne se fût pas en quelque sorte circonscrit, pour vivre, à une spécialité au-dessus de laquelle il était fait pour s'élever, toutes les branches des mathématiques auraient senti son influence et lui devraient des agrandissements. Même dans la sphère subordonnée où presque toute son activité s'est concentrée il a rendu des services aussi incontestablesque peubrillants: la stéréométrie, l'évaluation des bois, le partage des figures, en un mot, toute la géométrie pratique et aussi la photographie forestière, lui doivent immensément. Voici la liste des principaux ouvrages de Hossfeld : 1° Traité de l'anneau de Saturne (couronné par l'Académie des sciences de Copenhague); 2° Éléments de stéréométrie. Gotha, 1812. C'est un des chefs-d'oeuvre de cette science et le manuel de quiconque s'occupe , autrement que par la routine, de la coupe des pierres. 3° Cours complet de mathématiques élémentaires pour toutes Us conditions. Gotha, 1818-1825, 1 vol. (publié aussi en trois livraisons ou grands articles dans Y Hylographie et la Cynégétique de lkchstein (2* partie, sect. 1 et 2, et 6* part.). Gel ouvrage et le suivant sont des mines abondantes, où quantité d'écrivains ont puisé depuis sans dire à quelle source. 4° Hé forme de T hylographie et principes sacramentaux de cette science , Hildburghausen , 1820; 5° Traité complet de Tèealuation des bois, Hildburghausen, 1823-25, 2 vol. (publié aussi dans YHylographie et la Cynégétique de Bechstein, 6e partie, t. 3 et \) ; 6° L'art de préciser les valeurs de produits forestiers isolés, de forêts entières, enfin de servitudes forestières , Hildburghausen, 1825; 7° Instructions pour l'amélioration du sort national, ou propositions pairibtiques , à l'effet de diminuer les souffrances et d'augmenter le bien-être des Etats fêdératifs allemands, Smalkalde, 1827. P— ot.
HOST (Georcils), voyageur danois, naquit le 8 avril 1734, dans la paroisse de Witthen , stift ou préfecture d'Aarhuus , dont son père était curé. Après avoir terminé un cours de philosophie et de théologie, il se livra à l'étude de la langue française et de la musique , dont la connaissance lui donna entrée dans les premières maisons du pays, qui lui confièrént l'éducation de leurs enfants. Il accepta plus tard la proposition que lui fit le conseiller intime de conférence Desmercières, et se rendit en 1760 à Maroc , en qualité de commis de la factorerie danoise. Ses talents et son activité lui firent obtenir bientôt de l'avancement , et lorsque le conseiller de chancellerie Barisien fut envoyé en 1763 à Maroc, comme consul de Danemarck, celui-ci employa Ilost dans toute» les affaires consulaires. Il avait appris l'arabe avec tant de promptitude et si parfaitement, que non-seulement il écrivait de sa propre
main les lettres que le consul avait à adresser au roi de Maroc, mais qu'il faisait ordinairement les réponses et conversait même familièrement avec le souverain , sans le secours d'un interprète. Aussi Barisien, chaque fois qu'il y avait quelque affaire difficile à traiter, se faisait-il accompagner à la cour par Host, qui s'y rendait souvent seul et terminait presque toujours à la satisfaction des parties intéressées tous les différends qui s'élevaient. Sa conversation et ses bonnes manières lui gagnèrent tellement l'afl'ection du roi de Maroc , que ce prince le nomma lui-même vice-consul à Suira ou Mogador, port qu'il affectionnait singulièrement. Host n'occupa cependant pas longtemps ce poste ; la compagnie danoise d'Afrique ayant été dissoute un an après, il fut rappelé en Danemarck en 1767. En revenant dans sa patrie , il fut obligé de s'arrêter à Cadix et profita de cette heureuse circonstance : les quatorze jours qu'il y passa lui suffirent pour apprendre Pespagnol. En 1769, il fut nommé secrétaire du conseil royal des Iles St-Thomas et Sl-Jean en Amérique, et la même année membre de ce conseil ; il exerçait en même temps l'emploi de notaire public, qui est réservé au secrétariat. 11 fut en outre administrateur des partages dans l'Ile de St-Thomas , et pendant quelques années, curateur de l'église et caissier de la direction supérieure des impôts et de la caisse de justice. En 1770, il devint conseiller de chambre. Il se maria l'année suivante avec une fille du colonel von Kragh, commandant de St-Thomas et de St-Jean ; et ce dernier étant mort en 1773, il exerça pendant un an les fonctions de commandant par intérim. Enfin, sa santé «'affaiblissant, il retourna en Danemarck en 1776, donna sa démission de ses emplois dans les Indes occidentales, reçut une pension de six cents rixdalers, et devint conseiller de justice ordinaire et ensuite secrétaire du département des affaires étrangères. Nous ignorons l'époque de la mort de Host. On a de lui en danois : 1° Relations de Maroc et de Fes recueillies dans le pays, de 1760 à 1768, Copenhague, 1779, 1 vol. in-4° avec une carte et des figures. Ce livre , un des meilleurs que l'on ait écrits sur l'empire de Maroc , traite dans le plus grand détail de tout ce qui le concerne. On y trouve beaucoup de choses nouvelles. A une connaissance profonde de la langue arabe, l'auteur joignait un esprit observateur qui l'avait mis à même de bien décrire les mœurs et les usages des habitants et de donner des notions exactes sur le gouvernement ainsi que sur la géographie et l'histoire naturelle du pays. On doit regretter que ce livre n'ait pas été traduit en français. Il l'a été en allemand, par Sussmdch , Copenhague, 1781, in-i° avec fig. Cette version contient de nombreuses inexactitudes, surtout dans l'orthographe des noms arabes. On trouve un abrégé de la relation de Host dans le tome 23 de la collection des voyages imprimée en allemand à Berlin.
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2° Histoire de Mahomet Ben Abdallah, empereur de Maroc, Copenhague , 1701 , in-8°. Cet ouvrage a été compose' sur la correspondance des consuls danois. Il renferme des particularités curieuses : Ilost avait d'ailleurs connu cet empereur, qu'il représente comme moins cruel que ses prédécesseurs : celui-ci était né vers 1718, et mourut le 11 avril 1790 dans une expédition guerrière. 5° Mémoires sur l'île Sl-Thomas et ses gouverneurs, composés dans Vile depuis 17G9 jusqu'en 1770, Copenhague, 1791, in-8°. Ce livre, fait avec soin, offre des détails précieux sur cette Ue, l'une des petites Antilles. E— s.
UOSTAL (Pieiire de h'), sieur de Iloquebonne, Scndos et Maucor, est un personnage singulier sur lequel on n'a pu recueillir que des renseignements très-incomplets. On sait qu'il était né dans le Réarn au 10e siècle, et qu'il remplissait la charge de vice-chancelier de Navarre. 11 avait embrassé la réforme de Calvin, dont il ne cessa jamais de se montrer l'un des plus zélés partisans. C'était d'ailleurs, au jugement de Scaliger, un bravache et un étourdi ; le cardinal Dupcrron le traite d'homme le plus impertinent qu'il fût possible de trouver; enfin liayle le nomme un fou. U est connu par quelques ouvrages que les amateurs recherchent avec empressement pour leur singularité; ce sont : 1° Discours philosophiques , desquels est traité de l'essence de l'dme et de la vertu morale, Paris, 1579, in-8"; 2° le Soldât français, 1004, 1000, in-8°. Le but de cet écrit est d'engager Henri IV à faire la guerre à f Espagne , pour l'obliger à rendre la Navarre. On y trouve d'assez bonnes choses, mais mal exprimées et sans ordre : l'auteur étale d'ailleurs une érudition fastueuse, et appuie tous ses raisonnements de citations latines. Cet ouvrage fut vivement critiqué par un ligueur caché sous le nom de Maître Cuiilaumc (toy. Ci u i ai «u ;• (1). On peut conjecturer que ce fut l'IIostal lui-même qui répondit par la Victoire
11) Les curieux nous sauront peut-être quelque gré rte chercher à rempli Ut ici la liste rte» ouvrage» publies sou* le noni rte ce personnage. 1* Appoinctement de Maquerellr faxet par Mataurine entre U soldat /tançai* et Matltt Guillaume , sans date, in-12, U" te Pattt-Temps de M. Guillaume , ICI I, in-12, 3* Iîtncontre de M. Guillaume en l'autre monde, lli07, in-H". C'est un dialogue entre Guillaume ctTur>;uant, où l'un trouve «le» chose» intéressantes sur les monnaies. 4» I~t R-i-cil de M. Guillaume aux traits de ce levtps, 1Ï>14 , lu-8» ; &« Discourt de M. Guillaume et de Jacquet Jionhomme, paysan, sur la defaite de trente-cinq poulet et le coq /aile en un souper par trois tnldaH, \C,\i, in-«»; fc La nouvelle lune de M. Guillaume, tur U retour Ue MM. les princes, 1614 , in-8« , 7«- Satire en vers de M. Guillaume contre ceux qui deciam'nt entre le qouvtrnevtent, 1614 , in-fi». Cette pièce a été réimprimée dans le Hecuei! A. li. C. D., au tome '2. Ku V Almanacn îles abuses de ce temps, composé et diligemment calcuU par le tcienl'jiqur M. Guillaume, arec la proHOstication de M Gonin tlfil&l , in-3«i 9» Atit de gros Guillaume sur les affaires de ce temps, avec une remontrance a ceux qui se meirnt de tout, Pari?, 1*»19, in-»»; 10- ta Jiencontr» dt AI. Guillaume el M. Ménager de fortune, parlant des affaires dt ce temps, ltïao, in-8« ; 11° Songe de M. Guuiaume, avec un récit gênerai dt tout ce qui s'est passe dans M mtauban, 1622, in-8» ; 12- lit Métempsycose , on deuxième Vie de if. Guillaume au monde, avec l'Intrude, ou première partie de set vitiont, 1G2K, in-H"; 13" Convertationdr M. Guillaume avec la princesse dt Conti aux CKampt-Rlyiiet, Paris, 1(131 , in-4et in-tf . C'est une satire contre le cardinal de Kichelien. 14» Rtnccmlrt dé il. Gmillaum* an*c i, maréchal d'I&at, lt3a, in-8».
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du soldat français contre Maître Guillaume ( 1G00, in-12), et YAnti-Tfiersite, ou Réponse à Maître Guillaume s'adressant au roi. 1G0G, in-12. 3° L 'avantvictorieux, Orthez, 1009; Bordeaux, 1010, in-8° très- rare. C'est l'éloge de Henri IV. mais écrit du style le plus extravagant. L'auteur le dédie à la France par un défi à tous les écrivains de son temps : « Fasse mieux qui pourra, me voici à « l'après d'abattre l'image d'un grand roi, pour, « en l'image de ses faits, faire voir au inonde tons « ses ennemis combattus... et si j'ai le vent aussi « bon que le cœur, peu de plumes auront le cœur « de se mettre au vent. Qu'on juge du lion par « l'ongle, et fasse mieux qui pourra. » Le passage suivant, dans lequel il s'excite à redoubler de zèle pour célébrer dignement les vertus de Un ni. suffira pour donner une idée de son style et de sa manière : « En l'air, ma plume; en l'air! deux et « trois, trois et quatre, quatre tirades et plus s'il « le faut; tirades à centaines, quintes sur quintes, « élans sur élans, à l'honneur de ce grand roi ! » Et les mots, en l'air, ma plume I en l'air, reviennent jusqu'à huit fois dans le morceau le plus court de l'ouvra ;c. 1° La Xavarre en deuil. Orthez, 1010, in-12. C'est une plainte sur la mort de Henri IV. Cet ouvrage est rare et recherché. \V-s.
HoSÎE (Vavl l*), mathématicien, né en 4682 à Pont-de-VcsIe dans la Bresse, fut admis à l'Age de dix-sept ans chez les jésuites, et, après avoir régenté quelque temps les basses classes, suivant l'usage de l'institut, s'appliqua particulièrement â l'étude des mathématiques. Ses talents le firent connaître d'une manière avanlageuse, et lui méritèrent la protection des maréchaux d'Estrées et de Tourville, qu'il accoihpagna dans plusieurs expéditions navales. Ses réflexions s'étant naturellement tournées sur la construction des vaisseaux, il composa sur ce sujet un traité, et le soumit au jugement de Tourville, qui lui fit différentes objections auxquelles il ne trouva pas de réponses satisfaisantes. Ils convinrent alors de faire construire chacun un vaisseau d'après leuri idées, et de s'en rapporter à la décision des hommes de l'art : le vaisseau exécuté sur les plans de Tourville fut jugé le meilleur, et le P. l'Hotte s'avoua" franchement vaincu (1). Ce savant jésuite remplissait alors la place de professeur royal de mathématiques à l'école de Toulon ; il mourut en cette ville, le 25 février 1700, à 49 ans. On a de lui : 1" Recueil des traités de mathématiques les plus nécessaires à un officier, Paris, 1692 , 3 vol. in-12; 2° l'Art des armées natales avec le traité de la construction des vaisseaux, Lyon, 1097, în-fol. ; nouvelle édition augmentée, ibid., 1727, 2 t. in-fol.* avec fig. Cet ouvrage est estimé. Louis XIV en accepta la dédicace, et récompensa l'auteur par un présent , auquel il joignit le brevet d'une pension; Les Taits y servent toujours de base aux raisonne-
III Une hure de Deslandca, commissaire de la marine, insérée dan» le» Mémoires de Tre.vvuz , niar» 1743, contient des
détails lotcrcsuDU sur la disuutedu P. l'Hotte et Us Tourrtllc.
mcnts ; et iiidépéndamment du mérite de cet ouvrage sous le rapport théorique, on peut le regarder comme un* bonne histoire de la marine française dans le 47* siècle , époque de sa plus grande prospérité. W— s.
HOSTE (Guillaume), un des plus habiles officiers de la marine anglaise, naquit en 4780. Sa famille, depuis deux siècles établie en Angleterre, était flamande d'origine, et s'était trouvée contrainte cTémigrer, lors des atrocités que le duc d'Alhc multipliait sot les plus honorables personnages des Pays-Bas. Hoste était à peine adolescent quand H débuta comme midshipman dans la marine anglaise; mais c'était l'époque où l'Angletere allait combattre sur toutes les mers la révolution française; et Nelson, sur le vaisseau duquel servait le jeune marin, le prit en amitié, et l'initia, en le tenant sans cesse près de lui, à tous les détails de la vie maritime. Hoste méritait ce glorieux patronage, et, à dix-sept ans, donnait à tous l'exemple de l'intrépidité et de la science. Après l'inutile expédition de Ténériffe , il passa sur le Thésée, que dirigeait le capitaine Ralph Miller, et là , comme sur YAgamemnon et les autres vaisseaux que montait Nelson, il fut jugé de la manière la plus avantageuse. Hais bientôt l'illustre amiral le rappela auprès de lui , et lui donna le commandement de la Mutine, petit navire qui prit une part énergique à la bataille d'Alexandrie, et sur lequel Hoste développa, pendant trois ans encore, toutes les qualités qui caractérisent le bon officier. La paix d'Amiens lui valut un eOngé momentané, en 1802. Mais, à la reprise des hostilités, il reçut un nouveau commandement. Peu de simples capitaines de Vaisseau, en quelque pays, en quelque temps qne ce soit, se sont signalés par une suite plus rapide d'opérations hardies et de succès. Ne pouvant le suivre pas à pas dans toutes ces petites expéditions, nous nous bornerons à citer, entre autres faits d'armes éclatants, la capture qu'il fit d'un brick français, le 8 février 4809; la vive attaque qu'il dirigea, la même année, sur les fortifications et les vaisseaux de Cortelazzo ; la brillante affaire qu'il eut, en 4844, devant Lissa contre une escadre française de onze voiles, tandis que lui-même n'en comptait que quatre ; les prises nombreuses et importantes qu'il fit, en 4814 et 4842, le long des côtes de llstrie et de la Dalmatie; la part qu'il eut à la prise de Fiume, en 4845; la réduction de Raguse, de Catlaro, et l'occupation de Parga. Hoste était infatigable. L'idée que tout le corps de la marine britannique se faisait de son habileté se résumait par un mot : on l'appelait vulgairement Nelson U jeune. Bien jeune effectivement, puisqu'il n'avait que trentequatre ans lorsque la chute de l'empire napoléonien vint mettre un terme à sa dévorante activité! Bois et peuples, étrangers et compatriotes lui témoignèrent à l'envi leur estime (4811). Il reçut de l'eriîpereur d'Autriche les Insignes de l'ordre de Marie-Thérèse. George 1U le créa baronnet* et
à ses armoiries il ajouta divers emblèmes, avec les noms de CaUaro d'un côté, et Lissa de l'autre; en 1815, il devint grand commandeur de l'ordre du Bain ; et enfin il fut nommé au commandement du yacht royal le Rayai- George. Mais déjà sa santé, affaiblie par les fatigues et le travail, lui interdisait les fonctions- de son grade : il survécut cependant encore plusieurs années à sa promotion , à l'aide d'extrêmes ménagements. 11 mourut le 6 décembre 1828, et une foule de personnages considérables accompagnèrent sa dépouille funèbre à sa dernière demeure. Bien qu'absent de fait des cadres de la marine, l'Angleterre considérait Hoste comme une de ses premières Illustrations navales, et elle pressentait en' lui le seul homme qui fût d'étoffe à remplacer son maître Nelson. — Son frère, Thomas-Edouard Hoste, né en 1794, était, dès l'âge de treize ans, à bord de YAmphion . que commandait Guillaume, et, malgré son extrême jeunesse, prenait part intrépidement aux affaires les plus vives. On jour, voulant être d'une expédition qu'on jugeait trop dangereuse pour l'y souffrir, il se cacha dans le porte-voix et ne se montra que lorsqu'il fut devenu impossible de le renvoyer. H assista du combat de YAmphion. dans la baie de Naples (mai 1809) et à la mémorable lia taille de Lissa (mars 4841); et dans ces deux engagements il se montra digne de son frère, et miment an-dessns de son âge. Promu au grade de lieutenant, il eourut, sous divers capitaines, là Méditerranée, les mers d'Irlande et d'Amérique; reçut en 4825 le titre de commandant, et, comme son frère, il pouvait prétendre aux plus hautes destinées, quand il mourut, le 27 juillet 483i. P-=-or.
HOSTILIEN (Caiis Valeîis Mess.cs Qciirrus Hos- TiLiAfctrs), second fils de l'empereur Rèce, survécut à la défaite de son père , et fut reconnu auguste avec Catus Vibius Trebonianas Gallus, qui s'empara facilement de toute l'autorité. Après un» règne de quelques moi9 , pendant lequel 11 n'attacha son nom à aucun événement important, le jeune Hostilien fut enlevé par une maladie pestilentielle, en 252. Sa mort devint le signal do nouveaux troubles : on accusa Gallus de l'avoir fait périr; et ce reproche injuste hâta la calas» trophe qui termina son règne (tfoy. Gallus). Quelques critiques pensent qu'Hostilien n'était point le fils, mais le gendre de Dèce. Banduri a discuté cette opinion dans la préface de ses Numismaticm imperator. romanor, (l); W — s.
HOTHAM (HertRi), amiral anglais, était le troisième fils du deuxième lord Hotham, Né le 49 février 4776, il entra de bonne heure au service,
(Il 11 paraît constant qu'Hostilien était fils plutôt que gendre de Trajsn Dêce. Se» médaille» pruuTent qu'il était césar »ou« •on rèffnc-, il est quelquefois appelé, comme Herennius, autre fils de Dèce, prinetpt juvmtuti$. Quelques-unes nou» présentent même la tétc de Declu» d'un côté avec celles d'HcrcnniO, fctruscllla et de ses deux fils : car que pourrait être la quatrième KM qu'offre cette médaille, «non celle de «on 11 lit Ses médaille* en bronze et en argent sont assez communes : mais celles d'or sont forthtre*; '
eut dès 1794, c'est-à-dire dans sa dix-huitième année, le commandement du sloop la Flèche, puis de trois frégates successivement. La guerre entre la France révolutionnaire et l'Angleterre lui fournit plusieurs occasions de se signaler, principalement en 1800. Du 30 au 29 septembre de cette année , il reprit un navire anglais qui , capturé par des Français, avait été quatre jours en leur possession ; il détruisit complètement un brick de guerre à l'ancre près de Noirmouliers ; il eut part à la prise de deux navires, dont un de seize canons. Il s'empara encore l'année suivante de quelques bâtiments , et vers la fin des hostilités, c'est-à-dire quelque temps avant la paix d'Amiens, il fit partie de la croisière qui surveillait le port de Brest. La prompte rupture d'une paix que tous les hommes d'État avaient jugée n'être qu'un armistice reudit bientôt Hotham 'à ses deux éléments favoris, la mer et la guerre. Toujours nommé à des commandements de plus en plus honorables et importants, en 1804 il conduisit le duc de Susscx de Lisbonne à Portsmouth, puis il escorta la flotte des Indes orientales pendant une partie de la traversée ; en novembre 1805 , il figura sous les ordres de sir IL Strachan dans l'escadre anglaise qui s'empara de celle de l'amiral Dumanoir; en 1809, il livra bataille seul à trois frégates françaises à la hauteur des Sables d'Olonne; et ensuite, manœuvrant le long des côtes de l'Espagne septentrionale , il aida les patriotes de celte contrée à démonter les batteries des lignes de la Corogne et à prendre la citadelle du Fer n>l, alors au pouvoir d'un commandant adhérent des Français. En 1812, capitaine du Northumberland et aidé par le Grogneur. il fut chargé de mettre obstacle au retour triomphant de deux frégates et d'un brick français qui revenaient d'une croisière de quatre mois dans l'Atlantique, chargés des dépouilles de trente-six navires qu'ils avaient ou capturés ou pris; et, s'il ne put venir à bout de s'emparer des bâtiments et de l'équipage, du moins put-il, par une suite de manœuvres habiles, leur barrer si victorieusement l'entrée du port de Lonent, que les braves qui montaient la petite escadre furent forcés de faire échouer et sauter leurs bâtiments, et de se sauver à la nage. Ces services multipliés valurent enfin à ilotham, en 1812, les commissions de capitaine de la flotte sous sir John Borlase Warren, de commodore sous sir Alexandre Cochrane, à la station américaine; en 1813, le grade de colonel de marine; en 1814, celui de contre-amiral; en 1815, la croix de commandeur de l'ordre du Bain. C'est Hotham qui, dans cette année si mémorable par l'évasion du prisonnier de File d'Elbe, eut le commandement de la flotte de la Hanche; et ce fut lui qui , après la bataille de Waterloo , bloqua les côtes occidentales de la France et reçut à bord de son vaisseau amiral, le Bellérophon, Napoléon fugitif. Cette étrange visite avait été précédée de pourparlers, dans lesquels le machiavé-
lisme du conquérant tombé se trouva aux prises avec celui de l'Angleterre. Napoléon , bien que la guerre entre l'Angleterre et lui ne fût pas terminée, aurait voulu que l'amiral le considérât, non comme captif, mais comme hôte : Hotham, sans prendre d'engagement, ne repoussa cependant point sa demande , et parut même persuadé par les séduisantes paroles de l'empereur déchu : « Si le prince de Galles, disait-il, entendait une « demi-heure ce diable d'homme , il deviendrait « son meilleur ami. * Le prisonnier connut bientôt sôD sort. Nous ne pensons pas qu'Hotham se soit jamais fait d'illusion à cet égard. Enfin il fut débarrassé du soin pénible de le garder et de le conduire (voy. Napoléon). En 1818 il devint un des commissaires au bureau de l'amirauté , poste qu'il occupa quatre ans. Promu ensuite au grade de vice-amiral , il fut chargé en 1831 du commandement de la croisière méditerranéenne. C'est d3ns ces fonctions que la mort le frappa, le 19 avril 1833, à Malte, chef-lieu de sa circonscription maritime. P — ot.
HOTM AN (François), célèbre jurisconsulte français, naquit à Paris le 23 août 1524, d'une famille originaire de Silésie. 11 était l'alné de onze enfants : son père, qui lui destinait sa charge de conseiller au parlement, l'envoya à quinze ans suivre les cours de Baudouin à l'université d'Orléans: il fréquenta ensuite le barreau ; mais bientôt dégoûté de toutes les subtilités de la chicane, il se renferma dans l'élude de la littérature et du droit romain , dont il fut en état de donner des leçons publiques à vingt-deux ans. La constance qu'Anne Dubourg montra dans les supplices toucha , dit-on , le jeune Hottnan , et suffit pour le déterminer à embrasser la réforme : il se retira donc à Lyon en 1517 ; mais son père , irrité de son changement de religion , lui refusa toute espèce de secours, et il se vit obligé, pour subsister, d'aller enseigner les humanités au collège de Lausanne. Il épousa dans cette ville une demoiselle d'Orléans réfugiée , et le désir de rendre heureuse celle qui n'avait pas craint de partager son sort , accrut son ardeur pour le travail : il eut le bonheur d'être nommé en 1550 professeur en droit à Strasbourg , et le talent qu'il déploya sur ce nouveau théâtre étendit sa réputation jusqu'en Angleterre. Décidé à vivre tranquille au milieu de sa famille , il refusa longtemps toutes les places qui lui furent offertes ; mais il ne put résister aux pressantes instances du roi de Navarre qui l'appelait à sa cour. Chargé par ce prince de missions délicates, il s'en acquitta avec succès, et fut récompensé de son zèle par le titre de maître des requêtes. Ce fut vers le même temps qu'Hotman entreprit deux voyages en Allemagne par ordre de Catherine de Médicis , qui faisait également servir à ses vues protestants et catholiques. En 15G1 il accepta, à la sollicitation de» Jean de Moulher , la chaire de droit de Valence , et il parvint à rendre à cette université l'ancien
éclat qu'elle avait perdu. Trois ans après , il alla remplir la même place à Bourges , et malgré les grands avantages qu'on lui offrait pour l'y retenir, il préféra rejoindre à Orléans les chefs du parti protestant. Ayant peu de confiance aux dispositions de la cour, il prit le parti de se retirer à Sancerre pour y attendre la fin des troubles , et ce fut dans cet asile qu'il composa son excellent traité De eonsolatione e tacris litterit. dont il envoya des copies à ses amis, mais qu'il ne crut pas devoir rendre public. Il se détermina cependant à reprendre ses fontions à Bourges, et il les continua jusqu'à la St-Barthélcmy, 1572. Informé quelques jours auparavant que l'amiral de Coligny avait été blessé en sortant du Louvre, il ne douta pas qu'un tel attentat ne couvrit des projets sinistres : il se tint caché , et après l'horrible massacre des protestants, il se hâta de fuir la France , résolu de n'y jamais rentrer. Dans le premier moment de son indignation, il publia sa Franco-Gallio , ouvrage rempli de maximes séditieuses , et qui fut désavoué par les protestants eux-mêmes : il veut y prouver que la France n'est point un royaume héréditaire , et que les états généraux, représentant la nation, ont le droit d'appeler à régner celui qu'ils en jugent le plus digne. Vingt ans après les ligueurs s'appuyèrent des principes d'Hotman pour exclure du trône le roi de Navarre ; mais l'auteur en avait reconnu lui-même la fausseté, et il combattit son propre ouvrage en le réfutant avec un zèle qui doit lui faire pardonner ses erreurs. La cour voulut acheter le silence d'Hotman en lui offrant une place de conseiller à la chambre mi-partie de Montpellier; mais il ne crut pas les esprits assez calmes pour pouvoir l'accepter sans crainte. En quittant la France il avait passé à Genève , d'où il se rendit à Bâle, et il fut si satisfait de l'accueil qu'il y reçut, qu'il résolut de s'y fixer entièrement. La peste l'obligea cependant d'aller demeurer à Montbéliard; mais ayant eu le malheur d'y perdre sa femme, ce séjour lui devint insupportable, et il revint à Genève, d'où la guerre le chassa encore. Il retourna enfin à Baie , et y mourut d'hydropisie le 43 février 4590, âgé de 66 ans. Ilotman fut toujours pauvre: il dépensa à la recherche de la pierre philosophale des sommes considérables , et plus d'une fois il fut obligé de recourir à la générosité de ses amis. Son inconduite l'engagea aussi quelquefois à faire trafic de compliments et d'épltres dédicatoires. Il se brouilla avec Baudouin son premier maître , et ce fut un tort sans doute ; mais on ne doit pas ajouter foi aux reproches que lui fait celui-ci dans plusieurs lettres. Hotman était bon mari ; il fut heureux dans son intérieur malgré les privations qu'il y éprouvait : il avait de la fermeté, et son attachement aux principes de la réforme fut si constant, qu'il parait avoir été le résultat d'une entière conviction. A de profondes connaissances en droit, il en joignait de très-grandes en littérature et en
antiquités. 11 avait achevé la révision de ses ouvrages , et il en préparait une nouvelle édition, qui parut enfin par les soins de Jacques Lect, Genève, 4599 , 3 vol. in-fol. ; elle est précédée de V éloge de François Hotman, par Nevehl, neveu de Pi thon. On renvoie pour le détail des pièces qui composent ce recueil aux Mèmoiret de Niceron, t. 1 1 , et on se contentera de citer les plus intéressantes : 4° Commentarius m IV instUutionum jurit n n li s librot. imprimé plusieurs fois à Bâle, à Venise et à Lyon, in-4° et in-8°; 2° Commentarius in epistolam Cieeronit ad Quintum fratrem de provineia recte administrante, Lyon, 4564, vol. in-4° ; Bâle , 4594 , in-8». C'est un excellent ouvrage, plein d'érudition et de remarques intéressantes. Hotman a laissé aussi un Commentaire estimé sur vingt-cinq des principaux discours de Cicéron. 3» Franc a -Ci a Ma. site Tractatus de regimine regum Gallia et de jure sueeetsionis , Genève, 4573, vol. in-fol. réimprimé avec des changements soUs ce titre : Ubellus statum teteris reipublicœ GaUicœ. deinde a Francis pccupalœ deseribens , Cologne, 1574, vol. m-K », augmenté d'un dix-huitième chapitre et de six pages à la fin de l'ouvrage ; ibid., 1576, vol. in-8», augmenté de six nouveaux chapitres, Francfort, 1586, in-8°; traduit en français par Simon Goulard , Cologne , 4574 , vol. in-8». Cette traduction a été insérée dans le deuxième volume des Mémoires du règne de Charles IX, Middclbourg, 1578, in-8°. Lorsque Hotman composa cet ouvrage, la France entière accusait Catherine de Médicis du massacre des protestants : il se proposa d'y démontrer que les femmes étant exclues de la couronne par la loi salique, on n'avait pas dû confier à une princesse étrangère la régence du royaume; mais il appuya cette opinion de principes subversifs des lois fondamentales de l'État, lois dont il connaissait la sagesse , et qu'il défendit avec vigueur dans l'ouvrage suivant : 4° Disputatio de controtersia successions regiœ inter patruum et ntpotem , atqtie in unicertum de jure successionis regiœ in regno Gallia , Francfort, 1585, in-8". Il y établit d'une manière incontestable les droits de Henri IV à la couronne, contre les prétentions du cardinal de Bourbon , son oncle , que les ligueurs voulaient placer sur le trône. Les ouvrages suivants d'Hotman ne font point partie de la collection de ses œuvres. 5° L' Anti-Tribonian , ou Discours sur l'étude des lois. 1567, in-8° ; traduit en latin, Hambourg, 4647 , in-8°. 11 l'entreprit à la demande du chancelier de l'Hôpital pour détourner les jeunes gens de la lecture de Tribonien , et les ramener à celle du Code. 6» De furoribus gallieis et cade admiralii Castiliottii algue illustrium virorum, ab Ernesto Varamundo FHsio, Edimbourg, 4575, in-4°, rare; Londres, 4573, in-8°; Leyde, 4649, in-8», et enfin Amsterdam, 4641, in-8°, avec VOrigo et historia Belgicorum Utmultuum. La traduction française, Bâle , 1573 , petit in-42 , est plus rare que l'original. On a longtemps attribué cette satire violente
à Théodore de Bèze ou à Hubert Languet. 7° Papa Sizti V , fulmen brutum in Henricum regem Navarrœ et Henricum Borbonium prineipetn Condœum vtl.ratum , aijus multiplex militas er protestatione palet, .1585, 1580, 1002, 1003, in-8* ; traduit en français, 1585, in-8°. Hotman y démontre l'injustice et la nullité* de la bulle d'excommunication lancée par Sixte V . contre Henri IV. Cette pièce ,est très -satirique ; il «n fut récompensé par un brevet de conseiller d'État. 8° Des Lettres latines. publiées par Jean-Guiil. Milius, Amsterdam, 1700, .in-4°. Ce, recueil en renferme plusieurs de Jean Hotman , son fils. W— s.
HOTMAN (Antoine), frère du précédent, fut un catholique zélé, et joua un rôle assez remarquable dans les troubles de la Ligue. Il écrivit en 1585 un libelle pour appuyer les prétentions du car- . dinal de Bourbon au trône ; question dans laquelle il eut son frère pour adversaire. Il fut nommé, en 1591 , avocat général au parlement de Paris, après la mort.de Jean le Maire : il revint enfin de ses égarements, soutint avec courage les droits de Henri IV, eut la consolation de voir la capitale ouvrir ses portes à son souverain légitime, et mourut presque subitement en 1590. On a de lui : 1» Traité de la dissolution du mariage pour cause d'impuissance et froideur de l'homme et de la femme, 1581 , iu-8° ; deuxième édition , Paris , Pâtisson, 15(95, in-B° avec des additions ; ibid., 1010, in-8°. Hotman composa cet ouvrage à la prière d'Etienne de Bray, son parent, accusé d'impuissance, et il : s'y élève avec force contre l'usage du congrès et des enquêtes ordonnées alors en pareil cas par Jes tribunaux. Etienne Pasquier, avocat de la femme de de Bray , réfuta l'ouvrage d'HoUnan par un Mémoire dans lequel il prouve que les lois civiles et ecclésiastiques autorisent les femmes à se pourvoir en séparation dans le cas d'inhabileté de leurs maris , et que par couséquent elles doivent être admises à en fournir la preuve. Un certain Vincent Tagenau, Angevin, s'appropria l'ouvrage d'HoUnan , et le publia avec quelques additions sous ce titre : Discours sur l'impuissance de l homme et de la femme . Paris , 1011 et 1012, in-8". L'illustre président Bouhier et Boucher d'Argis ont publié aussi des écrits sur la même matière(voy. Bouhier, BV >i cutRb'Aflcisel Pasquikr). 2" Les droits de l'oncle contre le neveu, en faveur du cardinal de Bourbon, 1585, in-8" ; 5° Traité de la loi salique, Paris, 1595, in-4". Ce dernier ouvrage est la réfutation du précédent. 4° De veteri ritu nuptiarum, inséré dans le tome premier des. OEuvres de François Hotman , et dans le recueil de Brisson : De ritu nuptiarum et jure connubiorum (voy. Barn. Buisson). 5° Dialogus de barba et coma, Anvers, 1580 , in-8°, et dans le tome premier des OEuvres de François Hotman ; 0" Traité des droits ecclésiastiques , franchises et libertés de l'Eglise gallicane, dans le recueil des Opuscules françaises de Hotman. — Jean Hotman ue Vilmkhs, Ul6 de François, et non pas d'Antoine comme on
l'a dit quelquefois, fut employé à différentes négociations en Allemagne pendant les années 1010 et 1011 , et s'acquit la réputation d'un homme d'État prudent et habile ; on n'a pu découvrir la date de sa mort. Ou a de lui : -1° Auii-Chopintu imo potius epistola congratulataria Mag. Sicodemi Turlupinai ad magn. Iltnatum Chopinum de Chopinis, s. unionis adeocatum incomparnbilissimtim in suprema curia parlamentï , Anvers, 1592, 1593, in-8°. C'est une critique en style burlesque du Discours dans lequel Chopin avait cru jusliûcr la conduite de la cour de Borne à l'égard de Henri IV. 2° Traité des devoirs de l'ambassadeur , Paris , 1002 et 1004 , in-8n ; 5° lAnti-Colazou , in-8». 11 s'y justifie contre le reproche que lui avait fait un gentilhomme de Bretagne nommé Colazon d'avoir pris dans le Legatus de Ch. Pascal toutes les idées développées dans son Traité de l'ambassadeur. 4° Présent royal de Jacques PT au prince Henri son fils, traduit du latin , Paris, 1003, in-8° ; 5° la Préface de l'histoire du président de Thou , traduite en français, Paris, 1001, in-8°. On conserve à la bibliothèque de Paris un volume de ses l. vitres et négociations. Les Opuscules français de François, Antoine et Jean Hotmail, ont été recueillis à Paris, 101 G, in-8°. W — s.
Ilo rihNCEK(JEA»-Il£NRi), célèbre orientaliste et théologien protestant, naquit à Zurich le 10 mars 1020; le succès avec lequel il commença ses études fit juger de ce que les lettres devaient en attendre. Volklin, professeur de cinquième sous lequel il étudiait, s'exprimait ainsi à son égard dans une composition de sa classe : Licet vero statura sit exigua , animi tamen magnitudine et virtute cedit nemini. Lorsque Hottinger eut achevé ses études, les curateurs du gymnase de Zurich résolurent de lui faire parcourir les universités les plus renommées, pour qu'il y continuât ses cours académiques. H quitta Zurich en 1058, vint à Genève, où il entendit Frédéric Spanheim , et accompagna le jurisconsulte Steibcrg en France et en Hollande. Groningue fut le lieu qu'il choisit pour sa résidence. Cette vilic comptait parmi ses professeurs Hen. Alting, qui à beaucoup d'autres connaissances joignait celle des langues orientales : rien ne devait être plus agréable au jeune Hottinger, dont le goût était dirigé vers ce genrc.d'étudcs. H profita aussi des leçons de Mathieu Pasor, professeur d'arabe. Le fils d' Alting lui proposa vers le même temps de se rendre auprès du célèbre Cul. us, qui cherchait un jcuue homme propre à le seconder dans ses travaux. Colius était regardé comme le plus habile orientaliste de son temps. Une pareille proposition était une fortune pour Hottinger; aussi accepta-t-il sans hésiter, et il se rendit à Leyde en 1039. H trouva un maître habile, une riche bibliothèque, et put en outre profiler des leçons d'un mahoinétan pour l'arabe et le turc : c'est sans doute Ahmed Ibn Ali , dont il parle dans ses ouvrages, et qui était de Maroc. Aucun de ces avantages ne fut négligé , et pen-
dant quatorze mois de séjour à Leyde , il copia un assez grand nombre de manuscrits pour son usage. En 1641, Guillaume fioswell ayant été nomme* ambassadeur des Étals généraux à Constantinoplc , quelques personnes, et Golius entre autres , lui firent accepter Ilottinger pour chapelain. Golius, ravi des heureuses dispositions de son élève, de son savoir précoce et de son activité , attendait de grands résultats de son séjour parmi les Turcs, soit pour l'histoire et l'état de l'Eglise grecque, soit pour l'acquisition de manuscrits grecs et orientaux. Mais ces projet» s'évanouirent par l'opposition qu'y mit le sénat de Zurich, et Ilottinger revint dans sa patrie, après avoir visité l'Angleterre %el la France, où il fréquenta le célèbre J. 1,'sher, J. Selden, Pockokc, Wheloc, llug. Grolius, etc., etc. L'année suivante, en H>',2, il Tut nommé professeur d'histoire ecclésiastique . puis de théologie et de lan-
Ses orientales en 1648. Ses services cl son mérite valurent de nouvelles faveurs du sénat de Zurich; et en 1655 on lui conféra les chaires de professeur ordinaire de rhétorique et de logique et de professeur extraordinaire de théologie de l'Ancien Testament et de controverse. 11 était à peine en possession de ces emplois, depuis deux années, lorsque l'électeur palatin , voulant donner quelque lustre à l'Académie de Ueidellwrg , obtint après bien des démarches que Hottinger vint y passer trois ans. Avant de s'y rendre, noire savant se fit recevoir docteur en théologie à Baie. 11 professa les langues orientales et la théologie de l'Ancien Testament à Heidelberg, et eut la direction du collège de la Sapience que l'électeur venait de rétablir. Son séjour dans le Palatinat se prolongea jusqu'en 1661 , époque à laquelle il revint à Zurich , comblé des faveurs du prince, et honoré du titre de son conseiller ecclésiastique. A son relour il reçut du sénat de nouvelles marques d'estime , et ayant été élu recteur de l'université , on lui conserva ce titre pendant le reste de sa vie, quoiqu'il ne se donnât que pour deux ans. En 166 i il fit un nouveau voyage en Hollande et en Allemagne. Sa réputation était telle que les plus célèbres académies cherchaient à se l'attacher. En 1067 les Etats de Hollande lui firent des propositions si avantageuses, «qu'il consentit à aller professer à Leyde. Avant son départ il entreprit un petit voyage pour visiter un bien qu'il possédait à deux lieues de Zurich , sur les bords de la Limath. Il s'embarqua le 5 juin 1667, avec sa femme, trois de ses enfants, deux amis et sa servante. A peine le bateau qui les portait avait-il avancé de quelques pas, qu'il alla donner contre un pieu, et chavira. Tous les passagers furent submergés. Ilottinger parvint à se sauver, ainsi que ses deux amis; mais apercevant sa femme et ses enfants entraînés par les Ilots et près d'être engloutis, il vole à leur secours avec ses deux amis, et péril victime de son amour : sa fille aînée cl la plus jeune, un de ses fils, et un des amis,
eurent le même sort. L'autre échappa avec sa femme et sa servante. Malgré la multiplicité de ses emplois et sa mort prématurée, Ilottinger a publié un grand nombre d'écrits. Nous n'indiquerons ici que ses principaux ouvrages, dont la liste complète , composée de trente-trois articles, se lit dans les Mémoires du père Niceron, t. 8: 1° Kxercitatioues anli-Moriniann de Pentateucko Samaritano ejusque udentica AYHKNTIA , Zurich, 1641, in-i". L'auteur combat vivement l'opinion du père Morin, qui défendait l'authenticité du Pentatcuquc samaritain, et le préférait au texte hébreu. Golius lui avait procuré le manuscrit m do ce
Pentatcuque dont se servait Louis de Dieu pour réfuter le père Moriu. Ilottinger profila aussi des notes critiques de Louis de Dieu. 2" Erotemntum lingua sanclœ libri duo, ntm appendice aphurismorum ad lectionem MM. ficbr., ibid. , 1647 ; *• Thésaurus philologicus seu Claris Script, qua quidquid fere Orientalium , Jlebra-orum maxime et Arabum halient mon'umenla de religione ejusque variis tpeciebus, judaismo, samaritanismo , muhamedistno, gentilismo; de ihcalogia, etthcologis, terbo Dei, etc., breciter et aphorislice ita reseratur et aperitur, ut multiplex inde ad philologiœ et theologia studiosos fruclus redundare possit , ibid., 164'J; réimprimé avec des caractères samaritains , hébreux et syriaques, en 1680, par les soins de J. Ilulric; 3« édition, 1696; 4° Historia ecclrsiastica X. T. Cel ouvrage est divisé en neuf parties qui ont paru successivement, 1'° et 2« IGril ; 3* 1053; 4« 165i; 5« 1053; 6« 1664; 7" 1003; 8« 1066; !>« 1607. Elle commence à Jésus-Ghrist et s'étend jusqu'à la fin du 16e siècle. Hottinger donne un texte très-bref, où il traite aussi de l'histoire des mahomélaris et des juifs , et le développe dans de très-longues notes, dont le mérite principal consiste dans la multiplicité des citations. H devait conduire cet ouvrage jusqu'à son temps, et tracer une histoire complète de la réformalion , d'après de nombreux matériaux inconnus jusqu'alors; la mort l'empêcha d'achever ce travail. 5° Historia oricntalis ex variis monumentis collecta, ibid., 1631, in-i"; 2« édition , 1660. Cette histoire se compose de six morceaux ou mémoires : 1. du mahométisriK', des causes qui l'ont établi , et de celles qui le conservent; 2. du saracénisme ou de la religion des anciens Arabes; 3. du chaldaïsme; 4. de l'état des chrétiens et des juifs lors de l'apparition de Mahomet; 3. des diverses sectes mahoinétancs; 6. généalogie de Mahomet, tirée du Tarykb boni Adam. 6° Grammatical chaldœo-syriaca libri duo, ibid., 1652 ; 7° Analccta historico-theologica, octo disserlationibus proposita. Ces huit dissertations traitent de la nécessité de la réformalion; des bibles heptagiottes de Paris; cet opuscule avait déjà paru séparément à Zurich, en 1614, in- 4°; du jubilé judaïque chrétien et papal; des opinions des Hébreux et des Arabes, touchant les tremblements de terre; de l'usage de la langue hébraïque contre les catholiques et les anabaptistes ,
de l'usage de la langue arabe en théologie, eu médecine, en jurisprudence, en philosophie et en philologie : introduction à la lecture des Pères; de l'usage des Pères. 8° Dissertationum miscellanearum pentas : 1 . De abtuu Patrum , 2. Catalogut scriptorum ccclesiasticorum supposititiorum ; 3. Sptcimen philosophice historicœ; 4. Irenicum helteticum; 5. àlethodus legendi hitlorius Heleeticas. ibid., 1(>34, in-8°. Des cinq pièces dont se compose ce volume assez rare, les trois première» offrent peu d'intérêt. La seconde est un abrégé , souvent faulif, de Cocus et de ltivet. La dernière, qui occupe la plus grande partie du volume, se termine par un discours d'Iluttinger, dans lequel il célèbre la ville de Zurich , sa patrie, et en trace l'histoire suçcinctc. 9° Diss. de tubsidiis analyteos sacrée, ubi prolixe de sensu terborum institulionis aenœ Dominicce, ibid., 1631, in-8" ; 10" Juris liebnvorxim leges 2G1 , juxta legis Mosaicœ ordiuem algue seriem depromptœ, etc. ; 11° S me y ma orientale sordibus barbarismi contemfttui prasertim iingvarum oriental, opposilum, Hcidelberg , 1637, ill-4". — Promptuarium, sire Bibliotheca orientalis, etc., ibid., 1058. Nous réunissons ces deux ouvrages, parce qu'ils n'en forment réellement qu'un seul divisé en 2 tomes. LcSmegma, dont le premier titre est De usu linguarum orientalium in rébus sacris, se compose de huit chapitres dans lesquels l'aulcur expose le motif de l'ouvrage; il combat l'espèce d'oubli , de mépris où restent les langues orientales, et démontre l'avantage qu'on en peut tirer pour la parfaite intelligence du texte sacré. Ces langues sont l'hébreu, le chaldéen, le syriaque, le persan, le copte et l'éthiopien : il examine chacune de ces langues en particulier, et établit les ressources que chacune d'elles peut offrir à la philologie sacrée. Le huitième chapitre,
{dus étendu que les autres , traite de l'usage des angues orientales pour la théologie historique, llollinger y donne l'histoire des patriarches et des prophètes jusqu'à Josué, tirée des auteurs orientaux. La Bibliotheca orientalis porte au haut des pages ce titre : Smcgmat. lib. III, p. 11, quoique les huit chapitres dont nous venons de parler ne composent que le 1" livre du Smegnui. Peut-être llollinger devait-il remplir-eelte lacune du lrr livre à la deuxième partie du 3" par quelque ouvrage qui n'aura pas vu le jour; ou bien aurat-il changé de dessein, car il travaillait sans avoir de plan bien fixe. La Bibl. orient, contient sous divers chapitres un catalogue des ouvrages composés eu hébreu, en arabe, eu syriaque, en samaritain, en copte cl en éthiopien. L'appendix olVrc un catalogue incomplet et imprimé trèsiucorreclement des manuscrits arabes de la bibliothèque de l'Lscurial, et les catalogues des manuscrits orientaux légués par Scaliger à la bibliothèque de Lcyde, possédés par Lrpenius, et rapportés d'Égyple par J.-b. llayniundi. 12° Crammatica IV ling. hebr. chald. syr. etarab. harmonica, ibid., 1637, in-8°. Uoltinger rapporte les prin-
cipes des diverses langues à l'hébreu, dont il les fait dériver. 13° Cippi hebraici. etc., ibid., 1630, in-8°, 1601 , 1662. C'est un traité écrit en hébreu par un anonyme, dont Hottinger publie le texte et la traduction avec des notes, il y a joint deux dissertations : l'une, De variis Orientalium. Hebrœorum cumprimis. inscriptionibtts ; l'autre, De nummis Orientalium, Judaortim maxime et Muhamtnedanorum : l'édition de 1662 contient le catalogue des ouvrages imprimés d'Ilottinger; 1 1" Primitiœ Heidelbergenses. ibid., 1659, in-4°. C'est un recueil de six dissertations prononcées par l'auteur, ou composées pendant son séjour à lleidelberg. La cinquième traite De sabbathismo judaico , christiano, mariano, mtihamedico , gentili ; 13" Dissert, theolog. philolog. fasciculus . ibid. , 1660. Ces dissertations sont au nombre de quatre : la première a pour objet la résurrection des morts ; la seconde, les signes de l'Église visible; la troisième, les traductions de la bible en langues orientales modernes; la quatrième , les divers noms de Dieu chez les Orientaux. On trouve jointes à ce volume huit autres dissertations déjà publiées séparément. 10° Etymologicon orientale, sire Lexicon harmonicum heptaglotton ; cum prœ/atione de gradibus studii philotogici et apologetieo brevi contra Abr. Ecchellensem, ibid., 1601 , in-4". Les sept langues qu'on y compare sont l'hébreu , le chaldéen , le syriaque, l'arabe, le samaritain, l'éthiopien et le rabbinique. Dans l'apologie , llollinger réfute Abraham Ecchcllcnsis , qui avait accusé llollinger, Selden , Louis de Dieu et autres, d'avoir uial compris les langues orientales , et de les avoir faussement appliquées à l'interprétation de l'Écriture. 47» Kpitome utriusque juris judaïci, aphorismis Maùnonides exhibita, ibid., 1661; 18° Compendium thcologia christianœ eccUsiarum orientalium , Syrorum cumprimis, /Ethiopum , Arabum et .■Kgypiioruiu ; 1 9° Compendium Theatri ismaélitici site saracenici , ibid., 1602, in-8°. llollinger parle souvent dans ses ouvrages d'un Theatrum mahammedicum , qui devait être un traité complet sur le mahométisinc; il aurait été divisé en cinq parties, dans lesquelles il aurait traité de la Théologie des musulmans ; de leur régime politique . tant avant qu'après la venue de Mahomet; de leurs études; de leurs forces militaires; de leurs mœurs et coutumes. Ayant été détourné de ce projet par d'autres travaux, il publia ce volume , qui n'est que l'abrégé du grand ouvrage. A ce Compendium se trouve jointe uue Topographia ecclesiastica orientalis, où sont expliqués les noms , les dogmes, et l'état îles diverses Églises d'Orient. 20° Bibliothccarius tri/xirtitus , Zurich, IGOi, in-4°. C'est un traité des fouctious de bibliothécaire , des bibliothèques anciennes et modernes; de la manière de disposer une bibliothèque et d'en dresser le catalogue. C'est dans celle compilation défectueuse que se trouvent ses vies de quelques philosophes célèbres , tirées do Léon l'Africain. Outre les livres que nous venons de citer, Hottinger en avait composé plusieurs
autres, dont quelques-uns sont restas manuscrits, et existent dans la bibliothèque des Chanoines, à Zurich , avec toute sa correspondance. Hottinger ohtint, de son vivant, une réputation prodigieuse et qui paraissait méritée. En effet, il joignait h la connaissance de l'hébreu et de ses dialectes, de l'arabe et des langues anciennes , une immense érudition, fruit d'une heureuse mémoire et de vastes lectures. Pénétré de l'avantage qu'on pouvait tirer, pour la théologie et l'intelligence du texte sacré, de l'étude des langues orientales et des monuments historiques de l'Orient, El ne cessa de travailler à propager ce genre d'études : mais son savoir n'était point accompagné d'une saine critique. Dans sa laborieuse activité, il compila plutôt qu'il ne composa et ne discuta : on s'aprrçoit de la précipitation avec laquelle il écrivait aux fautes dont fourmillent ses ouvrages. D'ailleurs U embrassa beaucoup de matières : il prit une grande part aux querelles de son Eglise avec celle de Rome; ce qui ne lut permit pas d'approfondir assez les sujets qu'il traitait. Sa bibliothèque? et son histoire orientales, recherchées à l'époque où elles furent publiées, ne présentent plus d'Intérêt, aujourd'hui que la littéra- . turc orientale s'est enrichie d'un grand nombre ( de traités sur l'histoire politique et littéraire de l'Orient. On doit même s'en servir avec précaution ; car les textes originaux y sont donnés d'une manière très-fautive , et il faut convenir qu'llottinger eût pu mieux faire, quoiqu'il ne possédât pas une connaissance très-approfondie de l'arabe. Si ses jours se fussent prolongés, et qu'il eût habite Leyde, peut-être aurait-il mis à profit les ressources qu'offrait la bibliothèque de cette ville. Il est digne de remarque qu'A a pu fournir à d'Herbelot l'idée de sa Bibliothèque orientale. Sa grande renommée et sa vaste correspondance le firent consulter dans les affaires religieuses les plus importantes de son temps, et même employer dans les affaires politiques. Il fut chargé de deux missions par le sénat de Zurich, l'une en 1639 auprès du duc de AYurtembcrg, et l'autre en 1003, relative à la guerre contre les Turcs; et il présida le collège chargé d'une nouvelle traduction allemande tic la Bible. En 1035 les députés des jansénistes, lors de leur retour de Rome à Paris , vinrent le trouver : le récit des conversations qu'ils eurent avec ce savant, rédigé par luimême et trouvé dans ses papiers, a été imprimé à la fin de l' Historia jansenismi donnée par Leydecker. On a une vie de ce savant écrite en lalîn par J.-Hcnr. Heidegger, 1071, in-4°. Hottinger avait traduit aussi en arabe le catéchisme de la communion helvétique, et se proposait de le faire imprimer. J — \.
HliTTINCER (Salomon) naquit en 1019, et mourut à Zurich en 1713. Troisième fils de Jean-llenri Hottinger, il s'appliqua à la médecine , et devint professeur de mathématiques et de physique à Zurich. Il a publié, outre un grand nombre de
dissertations, V Analyse de divers bains de sa patrie, de celui iVUrdof. en 1091 , et île celui de Baden en 1701. — Son neveu, Jean-llenri IIottixghi , né en 1080, mourut en 1730. Il fut aussi médecin : il a publié une dissertation sur les cristaux, une description des glaciers, et d'autres observations insérées dans les Miscell. aead. nat. curius. — Le frère de Jean-Henri , £)<ir/</Ib»TTi.\<;r.n, mort en 1736) occupa le premier la chaire d'histoire suisse à Zurich. 11 s'occupa de la connaissance des médailles et des monnaies de sa patrie. En 1702, il a publié une dissertation De numis bractealis Tigurinis. U — I.
HOTTINGER (Jean-Reniu), petit fils du théologien du même nom , né à Zurich en 1081 , mourut à Heidelberg en 1730. Il avait étudié à Zurich, à C.enèvc et Amsterdam, et il obtint en 1702 la chaire de philosophie et d'antiquités à l'université de Marbourg. Savant distingué et versé dans h littérature orientale, il professa des doctrines mystiques qui parurent dangereuses dans un instituteur de la jeunesse. U dut quitter sa place en 1717, et il accepta la cure que lui proposa la paroisse réformée de Frankenthal. En 1721 il obtint une chaire de théologie à l'université de Heidelberg. Nous ne ferons pas l'énuméralion de la longue série des écrits théologiques qu'il a publiés. U— i.
HOTTINCER (Jean-Jacques), professeur et chanoine à Zurich , sa patrie , était né en 1730 et mourut le 1 février 1819. 11 passa la plus grande partie de sa vie dans l'étude des classiques anciens, dont il a donné des éditions et des traductions estimables. 11 connaissait à fond la littérature de son pays , et comme critique littéraire, comme esthétiste, il se lit au moins autant de réputation que comme philologue. Son Essai d'un parallèle entre les poètes allemands et ceux de la Grèce et de Home fut couronné par l'Académie de Manheim. Plus tard il fit paraître, conjointement avec Wieland et Jacobs, le Xouveau Musée unique. Parmi les ouvrages qu'on lui doit, nous indiquerons surtout : 1° de fort bonnes traductions : 1 . de la Dirination de Cicéron ; 2. du De officiis ; 3. des Caractères de Thèophraste (2° édit., Munich, 1811, gr. in-8°; 3' édit, 1821) ; i. des Dits mémorables de Socrate , par Xénophon (Zurich, 1820, gr. in-8°) ; 2° des éditions de Salluste,et.du De offieiis, qu'il traduisit ensuite; des Êpitres de St-Jacques et de St-Picrre (avec commentaire latin et traduction, 1813, gr. in-80) ; 3° Bibliothèque de littérature, de philosophie et de théologie modernes (Zurich, 178M780, 3 vol. in-8°) ; 4» V Essai dun parallèle entre les portes allemands et ceux de la Grèce et de Borne (Manheim, 1789), que nous avons déjà cité plus haut. Cet ouvrage méritait la distinction honorable dont il fut l'objet. C'est encore un de ceux qu'on peut lire avec le plus d'avantage sur cette matière. 3° Opuscula oratorio (Zurich, 181G), et divers morceaux, les uns en latin, les autres en français, insérés soit dans ce recueil,