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quelconque; il pouvait le premier déduire à priori les fameuses lois de Keppler... Mais ces rapprochements lui échappèrent : il forgea les armes d'Achille et ne les porta point lui-même au combat. — IV. Huygcns ne se bornait pas à provoquer l'admiration par ses découvertes et ses écrits : doué d'une humeur affable et communicative, il se rendait accessible aux jeunes savants, et les initiait par ses conseils dans les routes de l'invention. L'illustre Leibnilz s'est plu à faire counaltrc toutes les obligations qu'il avait eues à ses entretiens avec ce grand géomètre : il le vit fréquemment dans le cours des années 1672 et 1673 ; et c'est dès lors, racontait-il dans la suite, qu'un monde nouveau s'était ouvert pour lui et qu'il s'était senti un autre homme. Imprimer à un génie de celte trempe une direction qui devait être si féconde, n'était-ce pas encore bien mériter de la société? Iluygens lui rendait dans le même temps un nouveau service, par le mécanisme, aujourd'hui si populaire, qu'il appliqua aux montres de poche. Avant lui, ces merveilleuses machines, d'un usage si précieux, si commode, si fréquent, n'étaient susceptibles ni de simplicité ni de régularité; et leur grossière complication n'eut pas permis qu'elles fussent jamais généralement répandues : son esprit inventif y adapta le ressort spiral pour régler les oscillations du balancier; et en perfectionnant leur construction, il les mit à la portée du grand nombre, qui ne jouit guère des inventions trop compliquées, de même qu'il refuse son suffrage à ce qui n'est pas réellement utile. Une idée aussi heureuse fut disputée à Huygens, à Paris, par l'abbé Hautefeuille, un de ces hommes à projets qui commencent tout et ne finissent rien [voy, IIaiîtefeuille), qui sans rien faire se vantent toujours d'avoir tout fait, et comme il y en avait, dit-on, en ce temps-là; mais ces prétentions furent écartées. Elle fut encore revendiquée par un savant anglais fort ingénieux, le Dr. Ilooke ; mais il est prouvé que la première montre à ressort spiral fut construite à Paris par Thuret, habile horloger de cette époque (.674), et que cette montre passa ensuite en Angleterre. C'est là tout ce que nous pouvons dire de ces deux procès aujourd'hui oubliés; et nous nous bornerons de même à indiquer deux autres discussions que Iluygens eut à soutenir, l'une avec un abbé de Catclan, qui attaquait sa théorie des centres d'oscillation; l'autre avec notre célèbre marin, le chevalier Kenau, l'inventeur des galiotes à bombes, sur les principes de la manœuvre des vaisseaux. La première discussion fut remarquable par sa longueur et par l'opiniâtreté de l'opposant; la dernière, par l'extrême politesse qu'y déployèrent les deux adversaires : phénomène assez rare à cette époque, où les caractères moins assouplis d'hommes alors peu répandus dans le monde amenaient assez souvent des injures dans les disputes savantes. Aujourd'hui on discute avec moins d'aigreur et sans s'écarter ni de l'objet en vue ni
des convenances : nous ne savons pas si la franchise y a perdu; mais la science tout au moins y a gagné, l'n nouveau voyage devint nécessaire à Huygens; il se rendit encore en Hollande, en 4675, pour y reprendre des forces que sa grande application au travail diminuait sensiblement. Dans les années qui suivirent son retour, il s'occupa beaucoup d'optique et de physique ; on en peut juger par les mémoires qu'il envoyait à la société royale de Londres, comme par les traités qu'il lisait à l'Académie. Il communiquait à ce corps savant ses premières recherches sur la nature et les propriétés de la lumière, et sur la cause de la pesanteur; on trouve aussi dans les registres de cette époque un traité de lui sur l'aimant, qui n'a jamais été imprimé. Il ne faut
|>as le regretter. Huygens y cherche à expliquer es faits principaux par des suppositions analogues aux théories de Descartes : la terre y est considérée comme un grand aimant dont les effets sont peu discernables dans les phénomènes particuliers; et l'aimantation du fer est présentée comme le résultat d'une disposition spéciale de ses pores, qui le rend singulièrement perméable aux particules du tourbillon de l'aimant qui le modifie : on n'y trouve point, d'ailleurs, d'expériences proprement dites; et, quant aux explications générales, on sent qu'elles ne sauraient être avouées par la saine physique. Mais, fidèle à son goût dominant pour les recherches utiles, Huygens ne bornait pas ses travaux à ces considérations hypothétiques. Ainsi, dans le même temps, il perfectionnait la construction du baromètre ; il inventait un niveau à lunette d'une vérification tout à fait aisée; il proposait une machine susceptible d'une grande. énergie, et du genre de nos machines à feu, où la vapeur de la poudre à canon remplissait l'office aujourd'hui confié à la vapeur de l'eau; il recherchait enfin des démonstrations rigoureuses de ces premiers principes de statique si difficiles a bien établir: l'équilibre du levier, et «les polygones funiculaires. — - V. Cependant sa santé continuait à être dérangée; il était éloigné des siens, dont il fut toujours tendrement aimé : ces deux motifs le firent songer sérieusement à quitter la France, projet qu'il effectua en 1G81, eu renonçant à tous les bienfaits du roi, et quelles que fussent les instances employées pour le retenir. On a prétendu que la révocation de l'édit de Nantes avait été la cause de sa retraite; et l'on a voulu le louer du refus qu'il aurait fait d'habiter plus longtemps un pays où il prévoyait la persécution des protestants, malgré l'assurance qu'on lui aurait donnée d'uue entière liberté pour son culte : mais assez de conséquences plus ou moins funestes ont accompagné cette mémorable révocation, pour qu'il soit inutile d'en grossir le nombre sans raison , comme sans nécessité ; et quand les recherches les plus scrupuleuses n'ont pu nullement nous faire découvrir qu'un tel molif ait contribué au départ de cet illustre savaut,
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nous ne craindrons pas d'avancer que sa détermination eut une cause toute différente (1). Huygens, fixé toujours en Hollande, s'y occupa de la construction d'un automate planétaire, pour représenter les mouvements réels des corps qui composent le système solaire. Cette invention, dit Lagrangc (2), le conduisit à l'une de ses principales découvertes. Lord Brouncker et Wallis, qui le suivit, considérèrent les premiers les fractions continues; toutefois il ne parait pas que ni l'un ni l'autre aient connu les principales propriétés et les avantages singuliers de ces fractions. Mais si l'on veut parvenir à représenter exactement les mouvements et les périodes des planètes, comme on ne peut pas employer des roues où les nombres des dents soient précisément dans les mêmes rapports que ces périodes dont l'exacte expression n'est donnée que par de très-grands nombres, on est obligé de se contenter d'un àpeu-près. La difficulté consiste donc à trouver des rapports exprimés en nombres plus petits, qui approchent autant qu'il est possible de la vérité, et plus que ne pourraient faire d'autres rapports quelconques qui ne seraient pas conçus en termes plus grands. Tel fut le problème que résolut Huygens au moyen des fractions continues, en donnant le moyen de les former par des divisions continuelles; et il démontra ensuite les principales propriétés des fractions convergentes qui en résultent , sans oublier même les fractions intermédiaires. H reprit aussi, avec son frère Constantin, son occupation favorite, le travail des grands objectifs, et il y consacra plusieurs années. De ses nombreux essais résultèrent deux grandes lentilles, l'une de cent soixante-dix , l'autre de deux cent dix pieds de foyer, dont il fit présent à la société royale de Londres (roy. Derham); et comme une lunette de telle dimension n'eût été ni facile à construire ni commode à manœuvrer, il proposa d'élever en l'air l'objectif seul en supprimant le tube de l'instrument*, l'observateur s* plaçait alors au foyer, tenant à la main l'oculaire convenable, et changeait de lieu à mesure que le mouvement de l'astre déplaçait le foyer des rayons. Cette idée était ingénieuse, mais sujette à beaucoup d'inconvénients. On l'employa néanmoins; et l'on y renonça dans la suite quaml l'usage des télescopes à réflexion permit d'abandonner ces lunettes démesurées. Peu après, et pour se faire une idée approchée de la distance des étoiles, il imagina de construire une lunette au moyen de laquelle le diamètre apparent du soleil était réduit à celui de Sirius, la plus éclatante des fixes. H trouvait ainsi que ce diamètre réduit était vingt-sept mille six cent soixante quatre fois plus petit que le diamètre apparent;
il Voyez B.iyle, Chnufl'emé, "sOravesande et les journaux littéraires publié? en Hollande par de» r</ugitM, u ( époque de !» mort dHuVRtn» :K.'.<r»i; ils gardent le »ll«ncc nur ce prétendu motif, maigre l'intérêt de leur parti à l'alléguer en reproche a» gouvernement de Loin» XIV.
AddiUon. à VAtgibre d'Euler, t. 2, p. 3*0-411.
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d'où il suivait que, si la grosseur de Sirins est ou inoins e'gnle à celle du soleil, sa dislance à la terre est, de même, au moins vingt-sept mille six cent soixante-quatre fois plus grande. Ce résultat n'était guère concluant; mais aujourd'hui encore nous ne sommes pas beaucoup plus avancés sur ce point, qui n'est au resle que de pure curiosité. — VI. Tandis que ces recherches d'optique absorbaient l'attention de Huygens, une révolution se préparait dans le monde mathématique; Leibnitz publiait la découverte du calcul différentiel (1684), et quelques applications qu'il en avait faites (roy. Leibsitz). Mais ces premiers essais d'une méthode qui devait être si admirée parurent d'abord n'avoir été' ni appréciés ni même bien compris. Pour éveiller la curiosité des géomètres, Leibnitz leur proposa, dans les Actes de Leipsick, de chercher la courbe isochrone, ou que doit suivre un corps pesant pour s'éloigner ou s'approcher également, en temps égaux, d'un plan horizontal. Huygens, qui ne rendait pas encore à la découverte de Leibnitz la justice qu'elle méritait, jugea cependant lt problème digne de son attention, et, sans prendre la peine d'étudier la nouvelle méthode, résolut la question par celles qui lui avaient valu tant de succès. Il fut seul à obtenir celui-ci : les Bernoulli ne descendaient pas encore dans l'arène; et bientôt Newton mettant au jour son immortel ouvrage des Principes, le désir d'en connaître l'auteur entraîna une troisième fois Huygens en Angleterre en iG89. Il en revint pour publier luimême, en français (Leyde, 1G90), deux de ses écrits les plus remarquables, et sur lesquels nous ne tarderons pas à présenter quelques réflexions : l'un , son Traité Je la lumière, où se trouve surtout, mathématiquement expliquée, la double réfraction du cristal d'Islande; l'autre, son Discours sur la cause de la pesanteur, (pie terminent de belles recherches sur l'aplatissement cl la figure de la terré , et des théorèmes curieux sur la logarithmique, les espaces et les solides qu'elle engendre. Les propriétés de cette courbe lui nt seni à déterminer le mouvement des corps dans un milieu résistant; mais il ne donnait que ses résultats: leurs démonstrations, à la manière des anciens, ont été ensuite suppléées par lé P. Crandi, halnle géomètre italien (roy. Cuido Grandi], et Tonnent a elles seules un volumineux ouvrage qu'on trouve à la suite de l'édition latine de ces mêmes traités. Pour arriver à la connaissance vt â la détermination de l'aplatissement de la terre , Hu\ gens part du raccourcissement du pehdule observé par (licher près de l'équateur; et ce fait lui prouve que la pesanteur y est diminuée par la force centrifuge : il découvre ensuite que la combinaison de cette force, qui varie avec la latitude , et de la sphéricité de la terre , ne laisserait pas aux graves une tendance perpendi- I culaire à U surface du globe; et il en conclut que, puisqu'ils ont, par le fait, cette direction, la terre est nécessairement aplatie vers ses pôles.
HUY sali calcule d'après cela les deux axes qui en résultent ; mais faute d'adopter, avec Newton , la gravitation réciproque de toutes les molécules de la matière , et pour avoir considéré cette force comme agissant uniquement vers le centre de la terre (1), il trouve ces axes dans le rapport de cinq cent soixante-dix-sept à cinq cent soixantedix-huit : rapport trop faible de près de moitié. Ce dernier calcul est postérieur à la publication de l'ouvrage des Principes : le reste ne l'est pas. De ces méditations Huygens passa au problème «le la chaînette que venait de proposer Jacques Rernoulli, déjà profond dans l'analyse leibnitzienne. Il s'agissait de trouver la courbe formée par un fil pesant, flexilde et inextensible, suspendu à deux points fixes par ses extrémités. Galilée n'avait pu le Taire; Huygens y réussit, en n'employant encore que les méthodes anciennes. C'était sans doute uu grand tour de Torce; mais il ne Tant pas oublier <uie les solutions qui peuvent se déduire de ces méthodes ne sont le plus souvent que des solutions particulières : Condorcet remarque avec raison qu'elles n'admettent point cette généralité* qu'introduit l'admission des constantes arbitraires dans les équations complétées après leur intégration. Cependant la répugnance de lluygens pour le caïcul différentiel commeuçait à s'ébranler; il correspondait avec Leibnitz, lui proposait ses objections et ses doutes, et ne craignait point de consulter sur ce qu'il n'entendait pas encore celui dont il avait encourage' les premiers pas dans la carrière. Il faisait le même honneur au marquis de L'Hôpital, donnant ainsi un Ivel exemple de modestie et d'amour pour la vérité. Quand il tnuvait des difficultés, il ne s'en prenait pas à la méthode elle-même, mais à ce qu'il ne la possédait pas assez. 11 se rendit enfin nous dit Kontencllc, et il déclara dans une lettre au géomètre français * qu'il voyait avec surprise « et avec admiration l'étendue et la fécondité de « cet art; que, de quelque côté qu'il tournât sa «vue, il en découvrait de nouveaux usages; « qu'enfin il y concevait uu progrès et une spé- « culation infinies. ■ U écrivit même dans les Actes de Leipsick (I69Ô), en envoyant la solution d'un problème de Jean Iternoulli sur la courbe dont les tangentes et les parties de l'axe sont en raison donnée, qu'il n'eut pu la trouver sans une équation différentielle : « Il faut remarquer dans « ce problème, ajoutait-il, une analyse nouvelle « et singulière, qui ouvre le chemin à quantité de « choses sur la théorie des tangentes, comme l'a « très-bien observé l'illustre inventeur d'un cal- « cul sans lequel nous aurions bien de la peine à « être admis dans une si profonde géométrie. - Dès ce moment il se voua tout entier aux progrès de cette nouvelle méthode; et Leibnitz attendait
U) On pourrait remarquer dans la pirec d'Eulcr sur le flux et reflux, couronnée en 1740, que ce grand géomètre montrait encore a cette époque de la répugnance a reconnaître cette attfac- \i<jn réciproque de toutes le» molécules (ou partie») de la inaUtro.
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les plus grands résultats îles efforts d'un tel homme, quand ses forces, épuisées avant le temps, l'abandonnèrent tout à coup. Au commencement de 1695, il tomba dangereusement malade; son esprit s'affaissa, et il ne recouvra guère l'usage de ses facultés que pour disposer de ses biens et de ses manuscrits. 11 légua les premiers, qui étaient assez considérables, aux fils de son frère puîné; les derniers, à la bibliothèque de Leydc; et le soin d'en publier ce qui méritait de voir le jour, à deux de ses élèves, Volder et Fullen, qui s'acquittèrent dignement de cette commission. Peu après il mourut, à la Haye, le 8 juillet 1605, Agé de 66 ans trois mois. — VII. Cet homme illustre ne s'était point marié; sa figure était assez belle; son caractère noble et élevé : il aimait peu le grand monde, quoique sa naissance l'appelât à y vivre; mais son goût pour le travail et pour une vie paisible et méditative lui faisait préférer la retraite et surtout le séjour de la campagne. On rapporte cependant que durant son séjour à Paris, il avait fréquenté parfois la société de la célèbre Ninon, pour laquelle il fit, dit-on, d'assez mauvais vers. 11 est probable qu'il y cherchait un délassement que tant d'études profondes rendaient nécessaire à sa santé naturellement délicate. 11 y a lieu de s'étonner en eftel de tout ce qu'il a produit et inventé dans des genres différents, quand on songe à ces nombreux voyages, à ces déplacements répétés qui ont marqué sa carrière, et à la vaste correspondance qu'il entretenait avec la plupart des savants de l'Europe. L'examen de ses papiers prouva que sa tète était loin d'être épuisée. Outre ses recherches sur le calcul différentiel qui n'étaient point terminées et qui n'ont jamais vu le jour, on y trouva un traité de la force centrifuge où ses fameux théorèmes étaient démontrés, et ceux qu'il avait écrits depuis longtemps sur le mouvement résultant de la percussion et sur la dioptritjue: dans ce dernier, qu'il avait souvent retouché, on vit qu'il avait adopté la belle découverte de Newton sur l'inégale réfrangibilité de la lumière, et qu'il en déduisait divers théorèmes sur la distinction des images dans les instruments optiques. Il laissait encore un traité pratique en langue hollandaise , sur Cart de tailler et de polir les verres des grandes lunettes, dont la traduction latine, faite par le célèbre médecin BoèYhaave, fut seule publiée ; la Description raisonnéc de son automate planétaire, et un traité des couronnes et des parhélies, phénomènes qu'on n'avait pas encore réussi à expliquer : il en trouvait la cause dans des gouttes de neige, sphériques ou cylindriques, qui flotteraient en l'air environnées d'une couche d'eau ou de glace transparente ; et il pouvait ainsi rendre raison, d'une manière assez satisfaisante, des circonstances qui avaient accompagné certains parhélies extraordinaires. Un dernier ouvrage de lui, fort singulier, et dont l'impression était commencée, fut le premier qu'on publia (1698.1 1 il était dédié à son frère aîné, alors
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secrétaire d'État du roi Guillaume, et avait pour titre Cosmothéoros , ou conjectures sur la constitution physique des mondes et sur leurs habitants; il a été traduit du latin en français par D. (Dufour), Amsterdam, in-12. lluygens avait payé le tribut, nous l'avons dit plus d'une fois, à l'esprit systématique de son siècle, mélange assez bizarre de timidité et d'audace , où la dernière dominait le plus souvent. C'est ainsi qu'après qu'il eut découvert un satellite à Saturne, il se persuada que les planètes secondaires ne devaient pas être en plus grand nombre que les principales, et ne prit pas la peine de lui en chercher de nouveaux ; il crut le monde complet, et fut fort étonné quand Cassini, moins arrêté par le préjugé, eut révélé l'existence des quatre autres. Dans son Cosmothéoros , il donnait au contraire une libre carrière à son imagination, et décidait, avec le plus grand sérieux, des questions qui nous seront toujours inaccessibles : les planètes sont-elles, comme la n<\tre, couvertes de plantes et d'animaux divers? Ne sont-elles pas aussi habitées par des êtres doués de raison ? Quelle est, en général, la figure de ces habitants? Quelles sont leurs habitudes, leurs arts, leurs sciences, lenrs lois? etc. Il prononçait que le soleil était inhabitable, et se permettait cependant de douter si la lune est dans le même cas. L'ingénieux Fontenelle a depuis, dans ses Entretiens, touché la plupart de ces questions d'une main bien plus adroite et plus légère : l'ouvrage de Huygens , inférieur au sien pour l'agrément et la sage réserve des opinions, est à d'autres égards plus recommandable. On y trouve, par exemple, nombre d'observations curieuses sur les apparences des corps célestes, et des inductions judicieuses sur leur constitution réelle ; et les tableaux que l'auteur présente des firmaments divers qui entourent ces corps rappellent un homme à tête forte et qui connaissait bien les cieux.— VIII. Dans les autres écrits de ce savant illustre, ceux où il n'a pas été, pour ainsi dire, circonvenu de toutes parts par la rigueur de la méthode géométrique pourraient donner lieu à des remarques analogues. Nous prendrons pour exemples deux de ses productions les plus estimées, ses traités de la lumière et de la cause de U pesanteur, sur lesquels un des hommes les plus capables de porter un tel jugement (i) a bien voulu nous communiquer les réflexions suivantes: — « lluygens a découvert dans les phénomènes de la double réfraction une loi mathématique qui doit être comptée parmi les plus beaux monuments de son génie; mais comme elle se lie aux idées qu'il s'était formées de la lumière, idées qui, après avoir été vivement soutenues par Euler, ont repris dans ces derniers temps une nouvelle faveur, nous allons essayer de donner d'abord un exposé Adèle de ses opinions sur ce sujet. Huygens conçoit tout l'espace rempli d'un fluide tub-
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lil, invisible, impondérable, éminemment élastique, qui pénètre l'intérieur des corps matériels, et se continue entre les interstices de leurs particules infiniment plus grossières que lui. Il appelle ce lluide matière èihèrée. Les corps qui nous paraissent lumineux sont ceux dont les particules, étant mises dans un mouvement de vibration trèsrapide par une cause que nous indiquerons tout à l'heure, agitent les parties de la matière éthérée, et y excitent des ondes tout à fait analogues à celles que les corps sonores excitent dans l'air, arec la seule différence que leur propagation est plus rapide en conséquence de la plus grande élasticité du milieu. Ces ondes, en venant frapper nos yeux, produisent en nous la sensation de la vision , comme les ondes aériennes produisent la sensation du son quand elles viennent frapper notre oreille; mais pour que leur effet soit appréciable, il y faut cette particularité, tout au moins bien singulière, qu'un certain nombre d'entre elles conspirent simultanément, de manière que les cercles qui en résultent puissent avoir une tangente commune. Huygens en donne pour raison que, l'ébranlement particulier produit par chaque onde perdant de son intensité à mesure qu'elle s'étend , il est nécessaire , pour que leur effet soit sensible, que plusieurs ébranlements pareils conspirent à un même mouvement : mais pour légitimer cette explication et montrer la nécessité de la condition même qu'elle suppose, il aurait fallu, à ce qu'il nous semble, établir les limites d'énergie auxquelles chaque onde commence à devenir sensible. Cela était d'autant plus nécessaire que, les sensations excitées par les ondes sonores n'exigeant rien de pareil, on a lieu d'être surpris de voir cette condition introduite pour les impressions des ondes lumineuses. Mais, si nous osons le dire, il nous parait qu'au lieu d'être prise dans la nature physique des choses, elle n'est qu'une déduction établie a posteriori, pour accorder les phénomènes de la réflexion et de la réfraction de la lumière avec l'hypothèse des ondulations : car, dans cette hypothèse, chaque particule matérielle de la surface d'un corps que vient frapper la circonféreuce d'une onde lumineuse devenant elle-même un centre à son tour, il est évident que, si chacune de ces ondes en particulier devenait sensible, il y aurait, toujours et dans toutes les circonstances, de la lumière transmise et réfléchie dans toutes sortes de directions; ce qui n'a pas lieu, par exemple, dans le cas de la réflexion intérieure, qui se produit sous certaines limites d'incidence, lorsque la lumière tend à sortir d'un milieu pour entrer dans un autre moins réfringent que lui : car alors, dans les limites que nous désignons, il ne se fait absolument aucune transmission de lumière. Or l'incidence où ce défaut de transmission commence «l'avoir lieu d'après l'expérience est précisément celle à laquelle les ondes transmises qui proviennent d'une même onde incidente cessent d'ad-
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mettre au même instant une tangente commune. On voit donc que la possibilité de cette tangence est une condition nécessaire pour faire accorder l'hypothèse des ondes avec la disparition observée. On trouve ensuite que la même condition donne aussi la loi de l'égalité des angles dans la réflexion, ainsi que le rapport constant des sinus dans la réfraction ordinaire; ce qui doit peu surprendre, puisqu'on, sait que tous ces phénomènes sont liés intimement entre eux. II est tout simple encore que, ces lois fondamentales étant représentées, la réfraction dans les milieux de densité variable le soit aussi ; de sorte que cet accord que Uuygcns présente comme une confirmation de son système, n'en est point une, puisque, dans toute hypothèse possible , elle résulte mathématiquement de la loi primitive des réfractions. On pourrait, à notre avis, faire beaucoup d'objections solides contre le fond même du système de Huygens : mais ce n'est pas ici notre but ; il nous suffît d'avoir montré nettement quelle condition ce système admet pour fondamentale, et quelle cause secrète ou plutôt quelle nécessité indispensable a conduit l'auteur à introduire cette condition. En général, lorsqu'on examine de près les travaux physiques de Huygens, on y remarque toujours l'empreinte de la méthode que Descartes porta dans l'élude de la nature, et qui consiste à imaginer des combinaisons artificielles pour la représenter, au lieu de chercher, comme Newton, à déduire mathématiquement et nécessairement les forces qui agissent en elle, d'après la comparaison des faits observés. C'est encore un artifice pareil, mais plus heureux, parce qu'il est appliqué à des mesures infiniment multipliées et extrêmement exactes, qui a conduit Huygens à la belle loi par laquelle il a réussi à représenter les phénomènes de la réfraction extraordinaire du spath d'Islande; car, bien qu'il ait donné cette loi comme une déduction et une confirmation de son * système, elle n'est, dans la forme sous laquelle il la présente, qu'une manière de plier ce système aux nouveaux phénomènes par une nouvelle supposition : celle de la formation d'ondes elliptiques, dont aucune raison physique ne peut établir l'existence ou indiquer la réalité. Aussi croyonsnous qu'ici comme dans les explications de la réflexion et de la réfraction, Huygens a suivi une marche inverse de ce qu'il nous montre lui-même; c'est-à-dire qu'au Ueu de prévoir la loi de la réfraction extraordinaire d'après la considération des ondes, il a tiré les nouvelles modifications de cès ondes de la loi même que son génie d'observation lui avait fait empiriquement découvrir. Aussi les ondulations elliptiques ne font-elles que reproduire les propriétés que la loi renferme, ou déterminer les directions des rayons, soit ordinaires , soit extraordinaires , qui traversent le cristal dans tous les sens. Mais, n'étant pas ellesmêmes l'indication d'une cause physique, ni l'expression abstraite et mathématique d'une force,
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comtne l'attraction est l'expression (lu principe îles mouvements célestes, il en re'sulte que leur considération est absolument inféconde pour tout autre usage que celui auquel elles sont adaptées : aussi n'en peut-on déduire, par exemple, aucune explication sur les proportions d'intensité des rayons, non plus que sur les conditions d'après lesquelles ils se divisent ou ne se divisent pas, lorsqu'après être sortis d'un premier cristal1 ils entrent dans un second. C'est, au reste, ce dont lluygcns est convenu avec une extrême candeur; car son imagination, qui le Taisait se complaire à des considérations de ce genre, cl dont il avait tiré un parti si précieux dans l'explication des apparences de l'anneau de Saturne, ne l'aveuglait pas cependant jusqu'à l'empêcher de voir les objections qui contrariaient ses idées. Cette même méthode de philosophie qu'il a suivie dans son Traité de la lumière se retrouve dans son Discourt sur la cause de la gratitè. 11 entreprend d'expliquer les phénomènes de la pesanteur , par «la pression d'une matière subtile contenue autour de la terre dans une sphère limitée, et qui étant douée d'un mouvement circulaire très-rapide, par conséquent d'une force centrifuge très-grande, tend à déplacer et à pousser vers le centre «le la terre les corps matériels supposés imperméables pour elle. Les particules de bette matière éthérée sont ellesmêmes agitées par des mouvements très-rapides, dirigés dans des sens divers; de sorte que chaque point de l'espace libre est sans cesse traversé dans tous lés sens par des millions de ces partieilles. Cette conception est plus compliquée sans doute que ne l'est celle de particules lumineuses capables de produire immédiatement dans nos yeux là sensation de la vision; et elle doit le paraître surtout à ceux qui ne veulent pas même admettre l'existence de semblables particules, à cause de la rapidité et de l'égalité de mouvement dont elles devraient être douées. Cependant ce second fluide éthéré est tout aussi nécessaire au système de Huygens sur la lumière que l'est le premier fluide où les ondulations sont excitées et propagées; car, selon lui, c'est cette matière agitée qui agite par son choc les particules des corps, et les rend capables d'exciter les ondes lûmineuses par leurs vibrations. En général , pour toute théorie de la lumière fondée stlr des ondulations, la difficulté capitale consiste toujours dans la détermination précise des qualités du fluide où ces mouvements doivent s'opérer, et dans le mode logique de déduction des phénomènes, une lois quë ces qualités sont assignées. Aussi les partisans des ondulations se laissent-ils rarement attaquer dans ces premiers fondements, où l'on voit disparaître l'apparente simplicité que semblait offrir ce mode de concevoir les phénomènes de la lumière. Ce traité de Huygens sur la cause de la pesanteur est encore remarquable par une addition qu'il a écrite après avoir connu l'admirable ouvrage de Newton sur les principes de la philosophie natu-
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relie. On y rencontré une sorte d'extrait de ce dernier ouvrage pour lès parties dans lesquelles Huygens y trouve des rapports avec ses propres idées; mais il est curieux de voir ce grand génie, tellement préoccupé de la philosophie dogmatique, qû'il méconnaît, ou peu s'en faut, ce qu'il y a de vérité et de certitude dans la manière dont Newton établit la gravitation universelle; et que, refusant de s'qrrêter avec lui au fait même que les corps gravitent les uns vers les autres, Il est tenté de n'en reconnaître pour preuve que la liaison plus ou moins intime qu'il lui semble avoir avec son système, ou la facilité plus od moins grande avec laquelle il peut l'expliquer. Certes on ne pourrait guère trouver un exemple plus frappant de la fausse direction que les esprits les plus éminents peuvent recevoir de leurs propres conceptions, lorsqu'ils les enfantent par le seul travail de leur imagination , au lieu de les recevoir de la nature même; ou lorsque , séduits par un accord plus ou moins soutenu avec leurs hypothèses favorites, accord qui peut souvent dépendre d'une analogie bornée que certaines parties des hypothèses ont avec les conséquences générales de la naturë, ils en viennent à donner un corps à ces spéculations, et à les substituer au\ réalités. On trouvera, peut-être, que c'est oser beaucoup que d'exprimer une opinion aussi libre sur un si grand génie que Huygens : mais que l'on veuille bien oublier un moment ce qu'il fut, pour examiner ses opinions sous leur valeur propre, et que l'on juge si les réflexions précédentes s'appliquent ou non exactement. Personne, plus que nous, n'admire les pas que Huygens a fait faire aux sciences; mais une chose nous parait plus précieuse et plus sublime encore que ces découvertes mêmes : c'est la méthode par laquelle l'esprit humain peut s'avancer avec assurance dans la route de la vérité. C'est cette méthode que nous avons voulu défendre contre l'autorité d'un grand exemple, et non un homme illustre que nous avons voulu attaquer. » — IX. Mais veut-on retrouver tout entier, en quelque sorte, ce Huygens, dont le nom est venu jusqu'à nous avec tant d'éclat? Prenons son Horologium : examinons la méthode qui le guide dans la belle recherche qu'il se propose; suivons-le dans les rigoureuses déductions1 qui assurent tous ses pas} et s'il est impossible de faire voir comment il fait pour Inventer, montrons du moins comme il sait raisonner : Galilée à reconnu que les petites vibrations d'Un pendule s'achèvent sensiblement ën temps égaux ; mais elles peuvent s'arrêter, et le compte en est difficile: il faut y pourvoir. Eh bien, restituons au pendule la portion de force que lui dtent le frottement et la résistance de l'air; attachons le haut de la verge à une ancre, dont les extrémités ou palettes s'appuient alternativement contre les dents d'une roue mue par le poids de l'horloge, et qui tantôt arrêtent sa marche, tantôt échappent à sa prise. Yoilà l'échappement trouvé; voilJ
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le mouvement du pendule entretenu par eclui tic la machine : reste à le rendre régulier; car, prenant ensuite des roues, un cadran, des aiguilles, ce mouvement va se peindre à l'observateur sans qu'il s'en môle, le temps se compter et se diviser à ses yeux. Pour que cette division soit exacte, le pendule ne doit faire que de petites oscillations; mais un choc, un accident, les mouvements d'un vaisseau si l'horloge s'y transporte, peuvent tout déranger en faisant varier l'arc de vibration : existerait-il une courbe dont les arcs terminés au point le plus bas fussent décrits dans le même temps, quelle que fût leur grandeur, une courbe lautochronc? Oui, il en est une : la cycloïde jouit de
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tautoc, cette
tte propriété remarquable. Il faut donc que le pemlulc décrive une cycloïde; et 'comment faire? Le voici : toute courbe peut être enveloppée d'un fil, et l'une des extrémités de ce lil, en développant la courbe, laisserait sur son plan la trace d'une autre courLe; mais il est évident que cette développante varierait avec la nature de la développée; on peut donc concevoir la cycloïde comme l;i développante d'une certaine courbe; quelle sera celle-ci? Encore une cycloïde, dans une situation renversée. Suspendons maintenant le pendule à un fil flexible, et plaçons aux deux côtés du point de suspension deux lames cycloïdalcs : le pendule, dans sou mouvement, forcé de s'appliquer alternativement sur ces lames, décrira uue cycloïde par son autre extrémité; ses vibralions seront donc isochrones (I). Il faut encore qu'elles durent précisément une seconde : quelle longueur faudra-t-il donner au pendule? Mettonsen deux quelconques eu mouvement, et comparons : leurs longueurs sont réciproquement comme les carrés des nombres «le leurs oscillations dans un temps donné; ainsi, prenons un pendule d'une longueur arbitraire et bien connue , et comptons ses oscillations en une heure , par exemple : celui que nous cherchons doit en faire 3,000 ; sa longueur sera donc aisément déterminée, liais tout ceci n'est vrai que du pendule mathématique, ou d'une ligne inflexible et sans pesanteur, terminée par un seul point pesant; et le pendule des astronomes est d'une forme cl d'une masse bien différentes : comment ramener la complication de celui-ci à la simplicité du premier? en remarquant que ces deux pendules, malgré toute leur diversité, peuvent être conçus de longueurs telles que leurs oscillations s'opèrent dans le même temps; qu'il est ainsi, dans le pendule des astronomes, un point qu'on peut eonsidérer comme le centre de l'oscillation, et qui sera placé à la même distance du point de
il) Quelque admirable' que soit cette InvenUon de Huygcnt, on y a pourtant renoncé dans la pratique. D'une part, la difficulté de donner à ces deux lames la courbure cycloldale et de la leur conserver; de l'autre, la certitude que le Uutochronisine appartient aussi aux trit-pttitt arcs de cercle, et la possibilité reconnue de maintenir dans de tel* arcs les vibrations du pendule circulaire, ont décidé les artiste* et le» savants en faveur de celui-ci. D'ailleurs l'usage des clironunr tre* à ressort et a balancier dis- -sur mer le. horloges à pendule.
suspension, que le point pesant dans le pendule mathématique. Demandons maintenant à la mécanique l'art de trouver ce centre dans les pendules de formes données; à la géométrie, les moyens de ramener a ces formes celles des corps les plus composés; et voilà le problème résolu.... Quelle marche lumineuse et sévère ! quelle puissance d'invention ! C'est là qu'on peut admirer sans réserve cet homme que Newton honora toujours du nom de grand (summus Hugenius), et dont il ne cessa de recommander les méthodes et le style comme des modèles; cet homme, que Leibnitz et les BernouIIi appelèrent toujours incomparable, et dont la perte, qu'ils jugèreut prématurée, leur laissa des regrets qui éclataient encore longtemps après sa mort ! Sa patrie reconnaissante lui a, vers le commencement de ce siècle, décerné une statue. Le sort de Descartes , omet du culte de sa jeunesse, a été pareil : il s'écoula plus d'un siècle depuis l'instant où le inonde le perdit, jusqu'à l'époque des honneurs publics rendus en France à sa mémoire. — Les œuvres d'Iluygens ont été recueillies après lui, et publiées par les soins de 'sGravesandc, dans une édition fort estimée que nous nous bornerons à indiquer, sans remonter aux éditions originales des écrils qu'il publia de son vivant, et qu'on ne trouve presque plus aujourd'hui. En voici le titre ■ Christiani Hugenii Zulichemii opéra varia, in 1 tomot disinbula, Leydc, 1724, 1 vol. in-l°; — Christiani Hugenii Zulichemii opéra reliqua. 2 vol. in-t", quorum secundum, in duos tornos distributum, continet opéra posthuma. Amsterdam, 1728. Ce recueil contient tous les écrits imprimés de lluygens, si l'on excepte treize mémoires insérés dans les Transactions philosophiques (du n° 15 au II" 121 ), où l'on peut en remarquer deux sur des expériences faites avec des plantes dans le vide, comme écrits en commun avec Papin, l'inventeur de la machine de ce nom. 11 existe d'ailleurs plusieurs autres pièces de lui dans les registres de la société royale; mais elles n'ont jamais paru. L'éloge de lluygens, mort avant le renouvellement de l'Académie des sciences (1000), n'avait pas pu être écril par Fontenelle : Condorcet a* voulu y suppléer (OKuvres complètes de Condorcet, t. 1); mais c'est une production de sa jeunesse, et il semblerait qu'on pût s'en apercevoir. M— e.
1IUYOT (Jean-Nicolas) , l'un des architectes les plus distingués de la première moitié de ce siècle, naquil à Paris, le 2o décembre 1780, d'un père engagé dans la même profession, et qui lui donna les premières notions de son art. Entraîné par ses goûts, le jeune lluyot quitta l'élude des mathématiques pour se faire admettre dans l'atelier du peintre David, où il passa quelques années. Plus tard, les leçons de Peyre, architecte plus actif que châtié dans son goût el qu'habilement sévère dans l'art de la construction, le mirent en élat d'obtenir à l'école des beaux-arts des succès nombreux et couronnés en 1807 par le grand prix de Home.
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Après cinq ans de séjour en Italie, il revint avec sa restitution du temple de la Fortune à Préncstc, envoi célèbre, et que l'on considère comme le point de départ des succès obtenus par les pensionnaires de l'Académie de Rome dans ce genre de travail. Huyot y avait déployé un sentiment élevé de l'architecture romaine , une imagination poétique et un talent d'exécution qui jusque-là était resté le privilège des peintres. I ne position subordonnée qu'on lui donna dans les agences des travaux publics alors en cours d'exécution ne pouvait satisfaire la nature ardente du jeune architecte. Dégoûté des emplois secondaires qui lui furent confiés, et ne trouvant pas de monument à construire, il accepta avec empressement, en 1817, l'offre qui lui fut faite par le comte de Forbin , récemment nommé directeur des musées royaux, de l'accompagner dans un voyage au Levant. On ne sait ce qui serait résulté de cette association d'un amateur homme du monde avec un artiste d'un caractère entier et de manières peu étudiées, si , dès le début , un accident grave n'y eût mis fin. A son arrivée dans l'Archipel, et à peine débarqué dans l'Ile de Milo, lluyot se cassa la jambe et il fallut le transporter à Smyme, où il reçut des soins empressés dans un des couvents placés sous la protection de la France. Après avoir employé les loisirs de sa longue convalescence à préparer la grande exploration qu'il allait désormais entreprendre seul (I) et à faire des projets d'architecture pour les établissements français de Smyrnc , il se dirigea vers Constanlinople en traversant la Troadc et la Mysie, où le temple d'Assos, alors presque inconnu, fixa particulièrement son attention. Les précieux bas-reliefs d'ancien style grec tirés de ce temple, et qui ornent aujourd'hui le musée du Louvre, avaient été signalés par Huyot à l'attention du gouvernement français. S'étant muni dans la capitale de l'empire ottoman des Armant nécessaires, il se dirigea vers l'Égypte, où, accueilli avec empressement par M. Drovetti, notre consul général, zélé collecteur d'antiquités, il remonta le Nil jusqu'à la seconde cataracte. Le voyage d'Huyot dans l'Asie Mineure , ainsi que le séjour prolongé qu'il fit à Athènes, n'eut lieu que dans les années suivantes. L'infatigable investigateur allait se diriger vers le Péloponnèse lorsque les premiers événements de la révolution grecque lui en fermèrent le chemin. Parti d'Athènes et débarqué à Patras, il perdit dans l'incendie de cette dernière ville tout ce que lui avaient fourni de précieux ses précédentes explorations, et il ne conserva que ses portefeuilles. Riche au moins d'expérience, Huyot ne rentra en France qu'en 1823, après un second séjour à Rome, où il s'occupa d'une restitution de la ville antique qu'il voulait mettre en parallèle avec la restitution de Thèbes et avec cille d'Athènes, afin d'exprimer
(1) Huynt eut pour collaborateur en A»ic Mineure et en Grèce M. P. A. Dcdrcux. architecte, dont le» recherche» topogruiiliùmcs «liraient mérité d ctre publiées.
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par un contraste saisissant le caractère des trois architectures, égyptienne, grecque et romaine. Il est profondément à regretter que le résultat des voyages d'Huyot n'ait pas été publié. Ses travaux d'ensemble sur Thèbes, Athènes et Rome ont été acquis par le gouvernement français, et placés dans une des salles de l'école des beaux-arts. On conserve à la Bibliothèque Impériale une partie des notes et des croquis de ses voyages. I*s dessins préparés par l'habile architecte pour son cours de l'école, et parmi lesquels quelques emprunts ont été faits à d'autres voyageurs , appartiennent aujourd'hui à M. Lcbas, architecte, membre de l'Institut, qui a bien voulu les communiquer à l'auteur de celte notice : tout le reste est dispersé en différentes mains. A son retour en France, lluyot avait quarante-trois ans : des honneurs mérités et de graves devoirs l'y attendaient. Dans la vieillesse de Fontaine et de Percier, sa nomination à l'Institut, la chaire d'histoire de l'architecture qui lui fut confiée à l'école des beaux-arts, et le soin qu'on lui remit d'achever l'arc de triomphe de l'Étoile, offraient une vaste carrière à son influence et à son activité. Il devait pourtant mourir à 00 ans, sans avoir attaché son nom à une publication importante, et sans laisser sur un grand monument l'empreinte exclusive de son génie. On peut dire qu'à cet égard, lluyot a joué de malheur, la révolution de 1830 ayant fait abandonner le projet d'une église à bâtir sur les hauteurs de Chaillot, qui lui avait été confié, et amené la destruction du vaste établissement religieux qu'il avait commencé au sommet du Mont-Yalérien. L'arc de triomphe de l'Étoile pouvait à lui seul le dédommager de ces mécomptes : mais il était très-difficile à Huyot, homme d'imagination plutôt que de calcul et poussant à l'excès le juste sentiment d'indépendance que tout artiste doit porter dans ses travaux, de trouver dans le gouvernement des protecteurs capables de sentir ses grandes qualités et disposés à souffrir ce qui lui manquâ t sous le rapport de la soumission et de l'ordre. I n conflit avec le ministre de l'intérieur éclata presque aussitôt après l'installation d'Huyot comme architecte de l'arc de l'Étoile. Ce monument, commencé sous le premier empire, s'élevait à peine hors de terre : Huyot voulait profiter des fondations puissantes qu'on lui avait données pour élever, dans les mêmes proportions générales, unédifice où le caractère gigantesque des constructions égyptiennes se serait associé à la noble richesse de l'architecture des Romains : le ministre, de son côté, craignant l'excès de la dépense, ne comprenait pas qu'on voulût apporter aucune modification grave au projet primitif, ouvrage de Chalgrin. Quelque effort que fit Huyot pour intéresser aux changements qu'il proposait les personnages les plus éminents, entre autres le Dauphin, à l'honneur duquel la nouvelle destination de l'arc devait être appropriée, il succomba dans la lutte , et son énergique persévérance lui
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dicta le conseil d'abandonner la direction du monument plutôt que de céder à la volonté du ministre. C'est alors que, sous la surveillance d'une commission de quatre architectes, l'arc fut élevé jusqu'à la première assise de l'architrave qui commençait l'entablement, et que la roideur austère imprimée à ce monument par son premier auteur en parut désormais inséparable. Cependant le jour de la réparation était venu. En 1828, un autre ministre, le vicomte de Martignac, replaça Huyot à la téte des travaux, et c'est alors que l'artiste fit exécuter le magnifique entablement qui surmonte l'édifice, et imprima à la décoration de la grande voûte le cachet de grandeur et d'opulence qui la distingue. Après la révolution de 1830, on rendit, autant que possible, l'arc de triomphe à sa destination première, sans rien changer aux plans d'Iluyot. Mais deux ans plus tard de nouvelles difficultés, fondées, à ce que nous croyons, sur des négligences dans la comptabilité des travaux, enlevèrent définitivement à l'arahitccte la direction de l'édifice qu'il avait grandement amélioré, quoiqu'il n'y eût pas fait tout ce que sa puissante imagination s'était d'abord promis. Heureusement le successeur qui lui fut donné, A bel Blouet, homme d'un esprit plus froid et d'habitudes plus exactes, était digne de comprendre et de respecter l'œuvre de son prédécesseur. C'est à Blouet qu'on doit tout le complément de l'édifice, sauf le couronnement encore à faire et qui parait indéfiniment ajourné. L'ornementation de l'attique avec l'acrotère qui le surmonte appartient au dernier architecte; il rappelle heureusement le caractère des supports de l'arc, tout en restant en harqionie avec l'entablement et les sculptures de la voûte. C'est ainsi qu'un monument livré aux influences les plus diverses a pu reconquérir le mérite d'une imposante unité. Sans Huyot, il n'aurait pas échappé au reproche de froideur et de sécheresse; sans Blouet, on aurait eu peut-être à craindre une fâcheuse disparate entre ses différentes parties. Cependant Huyot se consolait de ses déconvenues administratives, en se livrant dans sa chaire à un enseignement plein d'animation et d'intérêt, et en inspirant à ses élèves le goût de la grande architecture. Il aurait peut-être trouvé un dédommagement à ses déboires dans l'exécution des travaux du Palais de Justice qui lui avaient été couûés vers la fin de sa vie; peut-être aussi son talent n'aurait-il pas été avantageusement placé dans une entreprise qui exigeait une grande habileté de distribution cl un respect religieux pour les souvenirs des âges écoulés, que renferme un édifice habité par les rois à l'époque la plus florissante des arts au moyen âge. Une fin inopinée trancha la solution du problème : Huyot mourut le 2 août 1810 dans la force de l'âge et du talent. La perte que l'école française venait de faire fut vivement sentie ; et Von rendit alors la plus éclatante justice à un î auquel on n'avait guère à reprocher que de
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porter jusqu'à l'exagération quelques-unes de s«s grandes qualités. Depuis Gabriel, la France n'avait pas compté d'architecte plus capable d'imprimer à ses créations un aspect grandiose et majestueux et l'on ne pouvait s'empêcher de déplorer amèrement les Incessantes difficultés qui avaient entravé sa carrière. Ses leçons du moins et la juste influence dont il jouissait dans les concours avaient contribué largement à produire une génération d'architectes savants et d'un goût élevé, dont quelques-uns n'ont pas été plus heureux que lui. Les élèves de cet artiste éminent firent, après sa mort, graver par M. Auguste Blanchard un portrait de leur maître, peint par son ancien condisciple Drolling. Ce portrait rend avec une vérité frappante le regard animé et l'énergie un peu rude du célèbre architecte. L'éloge d'Iluyot a été lu par Raoul-Bochette dans la séance publique de l'Académie des beaux-arts, le 2 octobre 1841. Une communication bienveillante de M. Lebas a permis à l'auteur de cette notice de puiser de précieux renseignements dans une leçon, demeurée manuscrite, où cet architecte, en montant dans la chaire d'Iluyot, inaugura son cours par un tableau de la vie et des travaux de son prédécesseur- Ca. L— t.
HUYSUM (Jeas vas), peintre de fleurs et de fruits. On peut dire qu'il a fait oublier tous ceux qui de son temps avaient excellé dans ce genre, et que depuis aucun autre ne l'a égalé pour le goût de la composition, la légèreté et la variété du coloris, la finesse des détails et l'harmonie générale. Né à Amsterdam le ÎJ avril 1682, de Juste van Huysum, peintre de fleurs, il était l'alné de quatre frères qui, s'occupant avec plus ou moins de succès du même art, avaient fait de la maison paternelle une espèce de magasin où les amateurs pouvaient se procurer en tableaux de paysage ou d'animaux, figures, ornement ou architecture, tout ce qui peut servir à la décoration des appartements. Jean ne se borna pas à une pratique expéditive qui n'eût contribué que faiblement à sa réputation. Lorsqu'il eut acquis la maturité de l'âge et qu'il se fut rendu maître de son temps et de ses goûts , il se livra tout entier à cette exacte imitation de la nature, qui seule pouvait le conduire à la perfection de son art. 11 étudia les ouvrages de Mignon et de David de llcem, reconnus jusqu'alors pour les premiers dans leur genre ; il les imita dans la richesse et la vivacité des nuances , la précision de la touche, et les surpassa dans l'art de disposer les objets , de grouper les ombres et les lumières, et d'obtenir l'effet général de l'accord ou de l'opposition des teintes les plus fortes ou les plus harmonieuses; il se fit admirer aussi par la suavité, la grâce et le moelleux du pinceau. Ces moyens séduisants parurent tout à fait nouveaux et firent une grande sensation parmi les amateurs, qui ne pensaient pas que le talent d'un peintre de fleurs pût aller au delà de l'imitation individuelle des productions
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de la nature. Ceux qui se faisaient une occupation particulière de la culture des fleurs s'empressèrent d'offrir à l'artiste les modèles les plus beaux et les plus rares. Son pinceau semblait nonseulement les faire revivre, mais leur prêter un nouveau charme, un nouvel éclat. Les hommes les plus distingués par leur rang ou par leur richesse cherchèrent à se procurer de ses ouvrages, et le prince Guillaume de liesse fut un de ses premiers et de ses plus zélés protecteurs. Il lui commanda plusieurs tableaux qu'il paya généreusement. Mais c'est en France que le mérite de ce grand peintre parut être le plus justement apprécié, et c'est de là que sa réputation , bien établie; se répandit dans les principales cours de l'Europe. Le comte de Marville , envoyé de France , acheta pour lui deux de ses tableaux , deux autres pour le duc d'Orléans, et paya pour chacun douze cents florins de Hollande. Le prix des ouvrages de van lluysum, quoiqu'ils devinssent nombreux, ne fit qu'augmenter de jour en jour , et les faveurs de la fortune ne ralentirent ni son zèle ni ses soins dans l'exécution de ses chefs-d'œuvre. Vers la même époque , il Ht dix tableaux qui furent envoyés à Londres, et le prince de liesse lui en commanda encore quelques autres. Le roi de Pologne, l'électeur de Saxe, le roi de Prusse , presque tous 1rs princes d'Allemagne et les plus riches particuliers voulurent avoir quelque ouvrage de sa main. 11 y en eut même plusieurs d'exposés en vente publique ; car nul autre artiste n'a joint une plus grande facilité au fini le plus précieux. Jaloux de la conservation de ses tableaux, van llujsum ne négligeait aucun moyen d'en assurer, par la préparation de ses couleurs, la transparence et la solidité , l'un des principaux mérites des peintures de ce genre. Mais il paraissait faire un mystère de ses procédés chimiques ou du moins de sa manière d'opérer, soit pour l'ébauche, soit pour le fini de ses tableaux. Personne ne pouvait entrer dans son atelier lorsqu'il travaillait. Ses frères mêmes n'y étaient pas admis. On dit qu'il ne voulut jamais avoir d'autre élève qu'une demoiselle llaverman , et que les talents prodigieux de celte jeune artiste lui ayant donné de l'ombrage, il finit par la congédier. Itien n'eût manqué au bonheur de van Iiuysum, si son repos n'eût pas été troublé par des chagrins domestiques. La mauvaise conduite de son fils en fut une des principales causes. Devenu méfiant, sauvage , il s'éloigna du monde , qui parut enfin l'oublier, quoique ses tableaux fussent toujours recherchés avec le même empressement. Il mourut le 8 février 1749. Jean van lluysum ne s'était pas appliqué seulement à peindre des fleurs et des fruits : il a composé des paysages d'un bon style, ornés défigures agréablement dessinées , et d'une touche ferme et spirituelle. Il a fait aussi plusieurs études au dessin et au lavis , qui ne sont pas inoins estimées que ses tableaux. Le musée de Paris possède quelques-uns des meilleurs ouvrages
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de ce maître; entre autres deux superbes tableaux de fleurs, deux de fruits, et quatre petits paysages. — Juste vas Hl'YStM, l'un de ses frères, s'était adonné aux sujets de batailles, qu'il peignait avec beaucoup de goût et de facilité; mais tout d'imagination et sans modèles. Il mourut à 22 a ns. — Jacquet , son autre frère , copiait les tableaux de Jean avec tant d'adresse, qu'on y était trompé. Il en a fait aussi de sa composition, et est mort à Londres. — Le plus jeune des vas Huvsum resta en Hollande, et donna des leçons de dessin. Il vivait encore en 17<U. L — N.
BUZARD (Jeax-Baptiste ) , vétérinaire célèbre , naquit à Paris, le 3 novembre 1733, d'une famille qui y exerçait la maréchalerie depuis plusieurs générations. Sa première éducation fut peu soignée, et il commença par être simple apprenti dans l'atelier paternel : il faisait en même temps, chez les augustins réformés ou petits-pères, quelques études restées incomplètes, mais qui ont suffi à la carrière où il devait acquérir une grande célébrité. Ce fut même à leur persuasion que son père le fit entrer à l'école royale vétérinaire d'Alfort, récemment fondée, où il remporta plusieurs prix, entre autres celui de pratique, qui consistait en une trousse d'instruments, qu'il conserva religieusement et légua ensuite à l'alné de ses fils. Après trois ans d'études, il quitta l'école pour s'attacher à la maréchalerie de son père. Cependant il concourut pour le prix de pratique vétérinaire fondé à l'école d'Alfort par Louis XVI , et il reçut la médaille d'or. Devenu membre titu- • laire de la société royale de médecine, il y fit différents rapports avec Vicq-d'Azyr, qui décida son studieux et jeune confrère à écrire les articles de médecine vétérinaire de Y Encyclopédie milhodique. En 1785, il fut chargé par le tribunal des juges et consuls des marchands, et ensuite par plusieurs autres tribunaux de Paris, des expertises relatives aux vices rédhibitoires des animaux domestiques. Il exerça cette fonction jusqu'en 1821 , et, dans cet intervalle de quarante années, il réunit douze volumes in-folio de rapports et d'actes qui contiennent d'utiles matériaux sur la jurisprudence vétérinaire. Tout le monde convient qu'à cet égard il a rendu de véritables services. Avant lui, la jurisprudence vétérinaire n'avait aucune base: ce fut lui qui la fonda sur des principes vrais, et dont lui-même fit, dans toutes les occasions, des applications rigoureuses. Nommé en 4702 membre du conseil vétérinaire et des remontes de l'administration de la guerre, lluzard fut chargé, avec le général Drune de surveiller les réquisitions de chevaux. Son inflexible probité sut préserver l'Etat de toute concussion. Deux ans après (1791), lorsque le gouvernement fut organisé en douze commissions executives ou départements ministériels, lluzard entra à la commission d'agriculture et des arts qui forma ensuite le ministère de l'intérieur, sous les titres successifs d'agent, de commissaire du gouvernement et
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enfin d'inspecteur général des e'coles vétérinaires, fonctions qu'il exerçait encore dans sa quatrevingt et unième année avec toute la plénitude de ses facultés. Dès l'instant de sa nomination , il quitta, au détriment de sa fortune privée, l'établissement de maréchalerie qu'il avait à Paris, pour se livrer exclusivement à ses occupations administratives. Il eut avecTessier, Gilbert, et surtout Daubenton , beaucoup de part à l'introduction en France de la précieuse race des mérinos d'Espagne, en faisant insérer dans le traité de l'an 3 conclu avec cette puissance l'article secret par lequel le gouvernement espagnol permettait l'exportation de plus de cinq mille mérinos, qui, réunis à ceux que Louis XVI avait déjà fait venir en 1786, ont servi à la propagation de cette race, assurée aujourd'hui. C'est par ses instances, jointes à celles de ses deux collègues, que les domaines royaux de Versailles, St-Cloud, St-Cermain, du Raincy, de Fontainebleau et Rambouillet furent préservés du vandalisme révolutionnaire , en recevant le titre d'établissements ruraux qu'il eut l'heureuse idée de leur faire appliquer. La commission gouvernementale y établit des troupeaux d'élite, des pépinières et des cultures expérimentales. Iiuzard, dans ses fonctions d'inspecteur général , fut chargé d'observer les épizooties régnantes, soit en France, soit dans tout le territoire étranger incorporé à l'empire. II visitait chaque année et présidait avec une bonté sévère les écoles de Lyon et d'AIfort. En 1793, il sauva la première dejees écoles, qui était menacée de suppression , et bientôt après la seconde, en détruisant de ses propres mains une pétition imprudente que les professeurs d'AIfort adressaient à la convention, pour renvoyer les élèves dans leurs familles à l'époque de la disette. Vers la fin de l'empire, Huzard avait été chargé de créer deux écoles : à Aix-la-Chapelle et à Zutphen. La marche des événements arrêta ses opérations; mais peu de temps après le roi des Pays-Bas adopta le plan tracé par Huzard. Le gouvernement de la restauration le chargea à son tour d'établir une nouvelle école vétérinaire, plus particulièrement destinée aux races bovines, soit à Cahors, soit à Toulouse. Cette dernière viHe, plu» au centre de la France méridionale, obtint la préférence qu'elle méritait. Huzard installa cette école en 1829, et la visita assidûment chaque année. Membre du comité de la vaccine , il contribua beaucoup à la propagation de cette importante découverte. Ayant commencé des l'âge «le seize ans à acheter des livres qui avaient trait à l'étude des animaux, il continua sa collection jusqu'à la dernière année de sa longue carrière, et parvint à créer une bibliothèque spéciale de plus de quarante mille volumes, dont il annota les plus rares, et qu'il rendit accessible à tous les agronomes et vétérinaires qui roulaient y. puiser de l'instruction. Il recueillit en outre, avec une rare persévérance, tous les ouvrages imprimés ou manuscrits rédi-
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gés par les membres ou les correspondants de l'Institut, qui n'avaient pas fait partie des recueils annuels publiés par ce corps savant : il y joignit une multitude de notes et de renseignements sur la rie privée ou publique des académiciens Huzard était entré à l'Académie des sciences lors de la formation de l'Institut, en 1795. Doué d'une santé constante qu'il sut fortifier par une vie occupée et conséquemment heureuse, il mourut sans souffrances au sein de sa famille, le 30 novembre 1839, à l'Age de 8i ans. Une notice biographique sur Huzard par M. L. Bouchard , son gendre , a été insérée dans les Annales de l'agriculture française (janvier 1839); une autre notice par M. de Sylvestre se trouve dans les Mémoires de la société royale d'agriculture (même année). Huzard était doué «l'une rare intelligence, d'une mémoire trèsheureuse, et suppléait par de tels avantages à ce qui avait manqué à sa première éducation. Divisé d'opinions avec quelques-uns de ses confrères sur différents points de doctrine vétérinaire, il se montra quelquefois peut-être trop arrêté dans les siennes. Ce fut surtout à l'occasion du système de non-contagion de la morve Jchronique aujourd'hui admis par l'école , mais encore controversé à l'Académie des sciences, qu'il montra le plus de ténacité (roy. Hirtrel d'Arboval ). Les écrits publiés par Huzard sont : 1° Almanach vétérinaire, avec Chabert et Flandrin, 1782, in-12; 2° Essai sur les eaux aux jambes des chevaux, 1 784, in-8°; 3° Instruction sur les moyens de s'assurer de l'existence de la morve et d'cJi prévenir les effets , 1783, in-8°. Cet écrit, publié avec Chabert, eut quatre éditions; la dernière, celle à laquelle Huzard a coopéré, augmentée d'une loi promise sur les maladies contagieuses, parut en 1797. 4° Instruction sur les soins à donner aux chevaux pour les conserver en santé sur les routes et dans les camps, imprimé par ordre du comité de. salut public, an 2 (1794), in-8°; nouvelle édition, 1817. Ce petit ouvrage , qui eut un grand nombre d'éditions, fut tiré à plus de soixante mille exemplaires. 3° Essai sur les maladies qui affectent les vaches laitières des faubourgs et environs de Paris , 1794, in-8°; 6° Instruction sur l'épidémie des vaches, etc., 1796, in-8°; 7° Instruction et nouveau rapport imprimés en France et en Allemagne et relatifs à la maladie des bêtes à cornes qui a régné dans le déparlement des Forêts, 1797 , in 8»; 8» Instruction sur les maladies inflammatoires et épizootiques. et principalement sur celte qui affecte les bêtes à cornes des départements de l'Est, d une partie de r Allemagne et des parcs d'approvisionnement des armées de Sambre-et-Mcust et de Rhin-et-Moselle, publiée par le conseil d'agriculture, 1797, in-8"; 9° Mémoire sur la péripneumonie chronique , ou phlhisie pulmonaire, qui affecte les vaches laitières • de Paris et des environs, avec les moyens curatifs et prèserratifs de cette maladie , et des observations sur l 'usage du lait et de la viande des vaches malades, au 8 (1800), in-8°; 10° Comptes rendus à ta
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etatse des sciences mathématiques et physiques de l'Institut national, de la vente des laines du troupeau de Rambouillet pendant les années 9-11 (1801-3), avec Tessicr, in-4°; 11° Instruction sur l'amélioration des chevaux en France, destinée princijMlementaux cultivateurs, an 10(1802), in-8°; 12° Compte rendu à l'Institut national des améliorations qui se font dans l'établissement rural de Rambouillet, et principalement de celle des bêles à laine, etde la vente qui a eu lieu le 15 prairial an H (1803), in-i"; 13° Notice bibliographique des différentes éditions du Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres, lue à la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut de France, le 23 mai 1806, in-i°; 14° Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques , avec les moyens de les guérir, de les conserver en santé, de les multiplier, de les élever avec avantage , etc., publiées avec Chabert et Flandrin, 1812, 6 vol. in-8°; les 4«, 3» et 6« volumes ont eu une troisième c'dition de 1812 à 1824; 13° Instruction sommaire sur la maladie des bêles à laine appelée pourriture, avec Tessier, 1822, 9 in-8°; 16° Conjectures sur l'origine ou l'étymologie du nom de la maladie connue dans Us chevaux suus le nomdefourbure. auxquelles on a ajoute des notes bibliographiques sur quelques anciens ouvrages de vétérinaire, 1827, in-8°; 17° Notes bibliographiques sur l'ouvrage d'Hortensio Lando, intitulé: Sermoni fitnebri de' tari authori nella morte di diversi animait , 1835 , in-8°; 18° Notes bibliographiques concernant les ouvrages du duc de Nardo (Be'lisaire Aquaviva) sur la vénerie et la fauconnerie , 1835, in-8°. Indépendamment des ouvrages c^opuscules mentionnés plus haut, Huzard est auteur de nombreux articles d'économie domestique et rurale et d'articles vétérinaires, Insérés dans le Dictionnaire d'agriculture de la section d'économie rurale de l'Académie des sciences , qui a eu deux éditions : dans le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, édité par Deterville, ainsi que d'un grand nombre de mémoires publiés dans divers recueils scientifiques, tels que la Feuille du Cultivateur, ceux de la société centrale et royale d'agriculture, les Annales de l'agriculture française, etc. On connaît encore de lui un Mémoire sur les causes qui s'opposent à la guérison des fractures dans les grands animaux, et sur quelques moyens simples propres à contribuer à cette guérison, inséré dans les Mémoires de la société agraire de Turin ; et des observations et remarques sur un veau qui est resté mort et intact dans la matrice près de quinze mois après le temps du vêlage, dans le deuxième volume des Mémoires de l'Institut (section des sciences matbématiqueset physiques, 1799). Iluzard a été l'éditeur du Traité des haras et des mulets, de Hartmann, 1788, in-8°; de plusieurs ouvrages de Bourgelat qu'il a enrichis de notes importantes. On lui doit aussi quatre éditions augmentées de Y Instruction de Daubenton pour les bergers et les propriétaires de troupeaux. Ses principaux écrits ont été traduits en diverses langues. B — r — s.
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HVITFELD (Arxoldis, en danois Amidon Arrild;, historien et chancelier de Dancmarck, né en 1549, d'une famille ancienne et illustre de ce royaume, était fils de Christophe Hvitfeld, seigneur de Berredsgaard; sa mère s'appelait Ollegaard-Trolle. 11 fut envoyé, en 1597, comme ambassadeur extraordinaire en Angleterre et ensuite en Hollande. En 1602 il se rendit à Brème avec la même qualité, et mourut sans avoir été marié le 13 décembre 1609, après avoir résigné peu de temps auparavant la charge de chancelier du royaume. Ses loisirs furent consacrés principalement à l'histoire de son pays , dont sa place de chancelier le mettait à même de connaître les sources. Il fit paraître plusieurs ouvrages auparavant inconnus au public, et rédigea en danois une Chronique du royaume de Danemarck , qui est un ouvrage classique dans son genre, parce qu'il contient un très-grand nombre de documents authentiques tirés des archives, tels que des traités de paix, des traités de commerce, des édlts royaux. On y trouve de plus une Chronique des évéques de Danemarck. Cet ouvrage, qui s'étend jusqu'à l'an 1339, et qui a été de la plus grande utilité à ce \\\ qui ont écrit sur l'histoire danoise, a d'abord paru à Copenhague en dix tomes in-quarto, de 1593 a 1604; il a été réimprimé avec plus de soin en quatre tomes ou 2 volumes in-fo)., 1652, à Copenhague, avec une dédicace au roi Frédéric III. On lui doit encore : 1° Andréa Sunonis versio legum provincialium Scania tait ni, Copenhague, 1390 ; 2° Jus aulicum Norvegicr, vutgo nordske Hirdskraa, ibid., 1594 (en danois); traduit en suédois, Stockholm, 1648; 5° Chronique norvégienne de Jens Mortensen (en danois) , ibid. , 1394 ; 4° Histoire de l'archevêque Jens Grand, publiée par Jens Sofreusen Nornissom, Copenhague, 1650, et depuis dans l'édition in-folio des Chroniques de Hvitfeld; 5° OKlnothus de vita et passionibus S. Canuti. ibid., 1602. Baden l'accuse de bigoterie, et lui reproche de parler trop favorablement de la noblesse dans sa Chronique. Les auteurs du Danske Magasin relèvent aussi quelques erreurs qu'il a commises dans le même ouvrage. Parmi les personnages de la même famille dont l'histoire a conservé le nom , nous devons citer Hvitfeld (Claus) , l'un des nobles danois qui mirent au pillage les églises de Norvège après l'introduction de la réforraation dans ce royaume, et un autre Hvumi». capitaine du vaisseau le Danebrog . lequel , dans un combat naval contre les Suédois, en 1710, (it sauter son navire plutôt que de le rendre su\ ennemis. C— -au et D — z— s.
HWIID (Audre-Chjubtiaji) , orientaliste danois, né à Copenhague le 20 octobre 1749, était fils de l'évéque Mathias Hwiid. 11 fit de bonnes études à l'école latine de Koeskilde, où il apprit non-seulement leslanguesanciennes, mais l'anglaise! lefraoçais, qui lui furent par la suite d'une graude utilité. Destiné par sa famille à la carrière ecclésiastique, il fut envoyé, en 1769, a l'université de Co-
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penhague pour y suivre un cours de théologie. Indépendant par caractère , Hwiid , qui faisait ses déKces des écrits de J.-J. Rousseau, s'attacha particulièrement à la philologie et à la critique des textes sacrés. 11 se fit connaître dans le monde littéraire par un ouvrage imprimé à Copenhague, en 1775, et intitulé De vita Cyri majoris et minons. Ce livre lui attira la bienveillance du conseiller intime de conférence O.-H. Guldberg, par la protection duquel il fut chargé de voyager à l'étranger aux frais du gouvernement. Parti de Copenhague le 7 juillet 1777, il se rendit à Gœttingue pour y étudier la critique de la Bible et les langues orientales sous les savants professeurs J.-D. Michaelis et Heyne. Après un séjour de plus d'un an dans cette ville, il alla à Vienne pour collalionner quelques Codices de la bibliothèque impériale, et il eut l'heureux avantage, pendant les trois mois qu'il y resta , de se faire connaître de l'archevêque prince Migazzi et du savant comte Garampi, à cette époque nonce du pape, et avec lequel il entretint depuis une correspondance suivie. Hwiid poursuivit son voyage par Venise, Ferrare, Bologne et Florence jusqu'à Home, où il séjourna quinze mois, étudiant avec ardeur les langues orientales et les manuscrits , et fréquentant les érudits de cette capitale comme ceux du royaume de Xaples, où il se rèndit pour examiner les ruines d'Herculanura. Le vieux cardinal Albani, conservateur de la bibliothèque du Vatican, et monsignor Borgia, secrétaire de la propagande , auxquels il avait été fortement recommandé par les cardinaux Migazzi et Garampi, lui fournirent les moyens de visiter les différentes bibliothèques de la capitale du monde chrétien. Il quitta Home après avoir obtenu une audience du pape Pie VI, pour se rendre en 1780 à Paris. A la fin de l'année , le but de son voyage étant rempli, il retourna à Copenhague. 11 y obtint en 1781 le titre et le rang de professeur de l'université , et devint ensuite vicaire de réVèquc. L'Académie royale des sciences de Naples, la société des Arcades de Borne et des Volsques de Veletri , l'admirent dans leur sein , et il fut aussi nommé membre correspondant de la société des antiquaires d'Édimbourg et de la société des sciences de Goettingue. Il avait épousé, en 1782, la tille du conseiller de justice Soren Munck. Outre l'ouvrage déjà cité on a de Hwiid : 1° Spécimen inedita versionis arabico-samaritanœ Pentateuchi e codice manuscriplo bibitoth. Barberinœ edidit et animadvernonet adjecU Ronce, 1780. Ce quarante-neuvième chapitre de la Genèse avait déjà été imprimé par Durell en 1763 , à Oxford, avec une traduction que Hwiid ne connaissait certainement pas (voir la Bibliothèque orientale de Michaelis, th. 16}. Dans sa jeunesse il avait traduit en danois plusieurs articles du Spectateur anglais , et écrit pendant le cours de son voyage plusieurs lettres qui ont été insérées dans le Brief-Wecksel du professeur Schloscr. On trouve
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encore de lui dans la Bibliothèque orientale de J.-D. Michaelis : 2° Mémoire sur la Biblia arabica Rutilana ; 3° variantes d'un Codex manuscr. coptogrœcus Kvangelii S.Johannis, appartenant à l'évéque Borgia, et qu'il a collationné le premier ; K° Description d'un fragment d'un manuscrit samaritain du Pcnlateuque, qu'il trouva dans une bibliothèque particulière de Paris, et dont on n'avait fait jusqu'alors aucune mention ; 3" Commentaire complet, critique et philologique en latin sur le prophète Zacharie . dont il avait collationné le manuscrit pendant qu'il se trouvait à Rome ; 6° Curœ eritica in textum grœcum Act. apostol. ; 7° Libellus criticus de indole codicis nu. graci N. T., etc., Copenhague, 1783. H a aussi publié des morceaux de critique dans les journaux scientifiques de Copenhague, et a laissé un journal de ses voyages dans lequel il émet avec une extrême franchise les opinions sur les choses et les hommes. Hwiid mourut le 3 mai !788 sans laissrr de postérité. Il aimait passionnément les beaux-arts et il les admirait en connaisseur. Outre les jugements qu'il a portés sur Raphaël et le Corrége, il a publié dans la Minerva deux articles remarquables, l'un en 1780, sur Zeuxis, et l'autre en 1788, sur Protogène. Le même journal contient aussi une notice biographique qu'il a consacrée au peintre de batailles Mandelberg. Lorentsen et Paulsen, peintres danois dont il était l'ami , ont fait son portrait, qui n'a pas été gravé. D— z — s.
HYDE (Edouard). Voyez Clarendon.
HYDE (Thomas), célèbre orientaliste anglais, naquit en 1636 à Billingsley , près de Bridgenorlh , dans l'Yorkshire , et reçut de son père, ministre de cette paroisse, le goût et les éléments des langues orientales. A l'âge de seize ans il fut admis au collège du roi à Cambridge, et s'y attacha à YVhcclock , professeur d'arabe , qui sut distinguer ses heureuses dispositions et prit un soin particulier de son avancement. Ce fut Wheelock ipd lui inspira sa propre prédilection pour le persan , langue à laquelle Hyde s'appliqua particulièrement. Ce dernier était à peine depuis un an à Cambridge, lorsqu'il partit pour Londres avec la recommandation de Wheelock, afin de contribuer par ses travaux à l'édition de la Bible polyglotte de YValton. H devint un des collaborateurs les plus utiles à cette entreprise : outre qu'il suivit l'impression des textes arabe , syriaque et persan, il transcrivit en lettres persanes la traduction en cette langue du Pentateuque, qui avait été précédemment Imprimé à Constantluople en caractères hébreux, et y joignit une version latine: cette transcription offrait de grandes difficultés et exigeait une connaissance très-étendue de la langue persane ; elle valut à son auteur les éloges des plus savants hommes du temps. En 1638 , Hyde entra dans le collège de la reine à Oxford, et y devint peu après lecteur en hébreu. Vers le même temps, d'après les lettres du chancelier de cette université , il fut
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reçu maître ès arts, et soutint sa thèse en persan. Vers 1039, il succéda à H. Stubbe dans la place de sous-garde de la bibliothèque Bodléiennc, et se distingua tellement dans cet emploi , que celui de bibliothécaire en chef étant devenu vacant, l'université le lui conféra d'un consentement unanime. Depuis ce moment, llyde s'occupa sans relâche de faire connaître le riche dépôt confié à ses soins. En 1000 il devint chanoine de l'église de Salisbury, en IG78 archidiacre de Glocester, et reçut le degré de docteur en théologie en 1682. A la mort d'Edouard Pococke, arrivée en 1091 , il le remplaça dans la chaire d'arabe, et le docteur Altham , professeur royal d'hébreu et chanoine de l'église du Christ, ayant été privé de ces emplois, ils furent donnés à Thomas llyde. Ce savant , fatigué par ses longs travaux , résigna sa place (le bibliothécaire en 1701 , et mourut deux ans après, le 18 février 1703, à l'âge de 07 ans. Il avait rempli les fonctions de secrétaireinterprète pour les langues orientales sous les règnes de Charles II, Jacques 11 et Guillaume III, et pendant cet espace de temps il traduisit un grand nombre de pièces relatives aux relations politiques de l'Angleterre avec les princes musulmans. 11 eut pour successeur dans sa chaire d'hébreu et son canonicat de l'église du Christ le même docteur Altham , duquel il les avait reçus. On doit à Th. llyde : 1° Tabula long, ac latit. ttellarum fixarum ex obsereatione L'iugh Beighi, etc., aeeetterunt Mohammed Tizini tabula derlinaliottum et rectarum asrensionum, Oxford, 1065, in-4°. Ce catalogue des étoiles fixes est extrait des tables astronomiques dressées par les soins et d'après les propres observations d'Oulough Dey, petit-fils de Tamerlan. Ce qui en fait le principal mérite est le savant commentaire que llyde y a joint et dans lequel il compare les divers noms des étoiles chez les peuples orientaux et les Grecs, en recherche l'origine, en détermine les rapports et la conformité. 2° Catalogus impressorum librorum bibl. Bodleianee, Oxford, 1074, in-fol.; 3° Quatuor Evangelia et Acta apostolorum hngua mollira caracteribut europœis, Oxford, 1077, in-4°; ■4° E/nstola de mensuris et panderibus Sérum site Sinensium : cette lettre se trouve à la suite du traité d'Éd. Bernard, De mensuris et ponderibus. C'est encore aujourd'hui ce que l'on a de mieux sur les poids et les mesures des Chinois. 3° Annotatiuneula in traetatum Alherti Bobocii, de Turcarum liturgia, jieregrinatione ileccana , circumeisione, etc., Oxford , 1090 , in-4\ A la suite de cet opuscule se trouve une réponse virulente de llyde à la critique faite par le P. Ange de Saint-Joseph de la Polyglotte de Wallon {voy. Asge de Saist- Joseph). 0° Binera mundi auet. Abr. Peritsol. latin a tersione donarit et notas passim adjecit Th. Hyde, ibid., in-4" (voy. Farissol). Les notes de l'éditeur et du traducteur sont presque l'unique mérite de ce livre. Hyde le publia pour suppléer en quelque sorte à la Géographie dAboul/éda. dont il avait
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entrepris de donner le texte et une traduction latine , à l'invitation du célèbre Fell , évéque d'Oxford : mais la mort de ce généreux protecteur ayant suspendu l'exécution de cette entreprise, il mit au jour cet Itinéraire, et en dédia l'édition au comte de Nottingham, espérant qu'un semblable essai pourrait engager les savants à se livrer à ce genre de littérature. 7° De ludis on>«talibus //Ari2, Oxford, 1094, in-8°, fig. Le premier livre est tout entier consacré au jeu d'échecs, llyde en recherche l'origine et trace les diverses modifications que ce jeu a éprouvées en Orient et en Occident. 11 donne à la suite le texte et la traduction d'un petit poe'uie d'Abraham ben Ezra, et de deux petits traités du R. ben lahia, qui ont ce même jeu pour objet. Le second livre traite des autres jeux connus des Orientaux, et de leurs rapports avec les jeux des Grecs, des Latins, et même de l'Europe moderne. Lacroze reproche à llyde d'avoir dit ici peu de choses nouvelles, empruntant beaucoup à Saumaise sans le nommer. .Mais dans tout ce qu'il dit sur le Siang-ki (jeu dei éléphants) , ou les échecs chinois , ainsi que sur le jeu du mandarin, sur la boussole des Chinois, etc., Hyde nous a le premier fait connattre ces objets avec exactitude. 8° Velerum l'ersanm et Magorum religionis historia, ibid., 1700, in-4*. Cet ouvrage a joui longtemps et jouit encore d'une grande réputation, surtout en Angleterre, et il faut avouer que l'auteur y a fait preuve de la plus vaste érudition et de la connaissance de presque tous les idiomes de l'Asie. C'était la première fois que l'on voyait les auteurs orientaux employés à confirmer, développer ou rectifier les récits des écrivains grecs et latins touchant la religion des anciens Perses. Hyde s'applique à établir que la notion d'un Dieu unique , créateur de toutes choses , a formé la base de la religion des Perses à toutes les époques de leur histoire. Ils reçurent ce culte de Sem et d'Elain, en altérèrent ensuite la pureté en y mêlant quelques pratiques du saheisme, et en rendant au soleil et aux planètes un culte excessif, mais non pas absolu. Abraham les rappela à leur première religion, qui s'altéra de nouveau par le retour aux mêmes pratiques. Enfin les Perses élevèrent des autels au feu, à l'imitation de l'autel du temple de Jérusalem ; mais ce peuple , dans toutes ses aberrations , conserva le dogme de l'unité de Dieu, et ne rendit aux astres et au feu qu'un culte relatif, ayaut en vue la Divinité même dans les hommages rendus à ses œuvres. L'abbé Fooeber s'éleva fortement contre ce système , et s'eflorça d'établir que le sabéisme avait réellement et originairement régné en Perse : Anquetil Duperron a confirmé l'opinion de llyde en s'appuyant du témoignage des livres de Zoroastre. Malgré ces autorités , qui ne sont pas d'ailleurs à l'abri de toute objection , on peut encore conserver des doutes sur ce point d'histoire. Toutefois il est aussi un moyen d'expliquer la diversité qui règne
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entre les livres sacre's des Perses et les récits des écrivains grecs et musulmans : c'est d'envisager la religion persane sous deux rapports : telle qu'elle e'tait pratique'e par le peuple, et telle (pie les philosophes la concevaient. Le temps et l'ignorance ont pu, sans doute, alte'rer la croyance du vulgaire et le plonger dans les erreurs du sa* be'ismc, et les historiens étrangers auront été' vrais en parlant du culte des Perses. Les philosophes, au contraire, voues à l'e'tude des sciences exactes et dogmatiques , peuvent avoir conserve' la notion d'un Dieu , unique créateur de toutes choses, et toutes les idées religieuses que nous offrent les livres de Zoroaslre. Fouché et Anquetil ont reproché à Hydc de n'avoir employé, dans la composition de son histoire, que des écrivains musulmans , c'est-à-dire d'un âge très-récent, tandis qu'il annonçait posséder la connaissance de l'ancienne langue des Perses et des livres écrits dans celte langue. II est aujourd'hui reconnu que Hydc ignorait l'ancien persan, et que l'emploi des auteurs aral>es , persans et turcs l'a induit souvent en erreur. Ainsi toute son histoire d'Abraham est dénuée de fondement , le nom de ce patriarche ne se trouvant pas une seule fois dans les livres parsis. Il n'est pas plus exact dans ce qu'il dit des anciennes langues de la Perse, surtout lorsqu'il prétend que les livres de Zoroastre sont écrits en pchlevi. Enfin il déploie plus de savoir que de critique et de méthode, adoptant ou rejetant telle ou telle autorité saus raison plausible , et se livrant à des discussions étrangères à son sujet. Toutefois l'ouvrage de Hydc , malgré ces défauts , sera mis au nombre des livres qui font honneur à la science , et il peut être consulté avec fruit à cause de la diversité des matières qui y sont traitées. MM. Hunt et Costard en ont donné- une nouvelle édition, à Oxford , en 1700. Les éditeurs ont corrigé quelques erreurs manifestes qui s'étaient glissées dans la première édition , profité de quelques corrections ou additions faites par Hyde , et rejeté au bas des pages les passages enfermés entre deux parenthèses et qui interrompaient le 111 du discours ; enfin ils ont ajouté trois planches offrant : 1° les notes arithmétiques des Chinois; 2° des médailles ou monnaies anciennes de la Perse ; 5° un ancien alphabet de la Perse. Par ces soins, la nouvelle édition est préférable à la première. Hydc a laissé en manuscrit un très-grand nombre d'ouvrages , dont Gf, Sharp nous a conservé la nomenclature , et parmi lesquels on distingue des traductions latiues du Boustan , du Biharistan . de la Géographie d'Aboulféda , de Y Histoire de Tamerlan. du More XemcAim de Malmonide , de la Relation a" Ud-allatif . etc. ; une Grammaire persane , un Dictionnaire persanlatin et turc-latin. Ce même savant avait traduit en hébreu le catéchisme de l'Église anglicane ; il y en eut même une page d'imprimée. Hyde, ainsi que nous l'avons dit , connaissait presque
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tous les idiomes de l'Asie et avait une immense érudition. 11 est certainement du nombre des hommes qui honorent leur patrie et le siècle dans lequel ils ont vécu , dont on conservera toujours le souvenir, inoins encore pour leurs propres travaux, qu'à cause des routes nouvelles qu'ils ont ouvertes et des progrès qu'ils ont préparés pour la science. Il nous apprend qu'il devait à Chin-fo-coung, jeune Chinois très-instruit, amené en Europe par les jésuites , la connaissance du chinois et plusieurs renseignements relatifs à la Chine et employés dans ses ouvrages. H nomme aussi un Joseph Laazar, Arménien, dont il avait reçu quelques détails sur les usages de sa nation. Gr. Sharp a fait réimprimer sous le titre de Syntagma dissertationum quat olim D. TA. Hyde separatitn edidit , Oxford , 1767 , 2 vol. in-l°, tous les ouvrages indiqués dans cet article , à l'exception de VHisi. relig. ret. Pers., dont le docteur Hunt et Costard avaient donné une nouvelle édition. A ces ouvrages Sharp a ajoute d'autres opuscules qui n'avaient pas vu le jour, tels que : \° Spécimen Mnïmonidis More Ncvochim lingua et caractère arabico cuin interpretatione latina rt notis; 2° Spécimen hist. Timuri arabice , persice tt latine. Hyde se proposait de publier les histoires de Tamerlan écrites en arabe par Ibn-Arabschah, tt en persan par Chéréf-cddyn-Aly Yezdy. 3° S/>ccimen cantici primi dicini porta Hajh ; i° Orat 'u» de linguœ arabicœ antiquitate, prastantia et utililate. Hyde prononça ce discours le 18 mars 1002, lorsqu'il prit possession de la chaire d'arabe, «i» Commercium epistolicum. C'est un recueil de trente lettres écrites par Hyde , ou que lui ont adressées Olcarius, Boylc, Jacq. Cronovius, Th. Smith , etc. On remarque dans cette collection une lettre curieuse d'Ed. Bernard à J. Ludolf, touchant le jeu d'échecs. 0" Appendix de lingua sinensi, aliisque liuguis orientalibus, una cum quamplurimis tabulis aneis. quibus earum caractères exAibetitur. Cet- essai est de Cr. Sharp (1). J— n.
HYDE DE NEUVILLE (Jean-Cullalme, baron;, comte de Bemposta , député, ambassadeur et ministre de la marine sous la restauration, naquit le 21 janvier 1770 à la Charité-sur-Loire, où son grand-père , Ecossais d'origine , partisan dévoué des Stuarts , était venu s'établir après la bataille de Culloden. Hyde de Neuville, père du futur ministre, y avait élevé une vaste minufaclure de
11) Hydc est, avec Bayer et Fourniont, l'un des Kuropé^i.s non missionnaires qui a iu le plus de chinois dans un temps où le» moindres progrès en ce genre étaient une sorte de nu-m-IIU u cau«c du défaut de secours. Un ne peut plus, il cal vrai , tirer un grand parti de ses eitsais, depuis l'époque, tuute récente encore, où l'étude du chinois est devenue pour ainsi dire classique. Mais on ne doit pas oublier qu'on lui doit la connaissance de* caractères numériques dont les Chinois se serrent dan* les actes publics toutes les fois qu'il» veulent mettre l'énoncé d'un nombre ou d'une somme que conque à l'abri des atteinte» d'un faussaire. Leur» chiffre» ordinaires sont très-simples, composé» de lignes peu variées, et peuvent, par conséquent, au moyen de l'additiuii (le quelque» point» ou de quelques trait», se transformer le» un-, dans le» autres. Il n'en est pas de même de ceux que Hydc a fuit graver; les figure» en août à dessein très-compliqués-.» rt fort différente» les unes des autre». A. U— t.
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boulons. Le jeune Hyde s'inspira de bonne heure des traditions de fidélité monarchique répandues dans sa h mi Ho, et la révolution de 1789 , dès son début , trouva en lui un adversaire dont l'opposition ne devait se démentir en aucune circonstance de sa vie. Il achevait alors à Paris des études heureusement commencées au collège de Bourges, et ne put assister sans une vive émotion à quelques-unes des scènes de violence qui ensanglantèrent l'inauguration de ce tumultueux régime. On rapporte qu'un des jours de cette période sinistre où la captivité avait déjà commencé pour la famille royale , ayant rencontré au Jardin des Plantes la reine et Madame Elisabeth, il s'approcha de leur voilure avec un tel air d'intérêt et de douleur, que Marie- Antoinette ne put retenir une exclamation sympathique. Hyde de Neuville accompagna le courageux Malesherbes à toutes les séances de la convention où s'instruisait le procès de Louis XVI, et, renonçant à un brevet de sous-lieutenant d'infanterie dont il était pourvu , il se relira à Ncvcrs après la mort de l'infortuné monarque. Il ne cessa d'y déployer son zèle en faveur des victimes de la révolution , prêtant aux accusés l'appui de sa parole, offrant asile aux proscrits ou aux condamnés, et combattant la plume à la main les doctrines anarchiques, sous quelque forme qu'elles se produisissent. L'humanité bien connue de Hyde servit pendant quelque temps de passe-port à ces actes de courage; mais ses démarches actives en faveur des princes de la maison de Bourbon , qu'il visita plusieurs fois en Angleterre , le signalèrent enfin à l'attention de la police, et lui-même prit soin de fortifier ses suspicions ombrageuses par une démarche tout empreinte de la franchise et de la témérité de son caractère : il demanda au vainqueur de Marengo , à son retour d'Italie , une audience secrète, l'obtint et lui proposa ouvertement de concourir à la restauration du tronc légitime. 11 ne fut point écouté, devint de plus en plus suspect, et Kouché le désigna parmi les complices présumés de l'attentat du 3 nivôse ; mais ce ministre s'empressa , dans un rapport postérieur, de rectifier cette odieuse imputation et de constater l'alibi de l'inculpé (1). Hyde de Neuville fut accusé avec plus d'insistance en 1804 de participation au complot de Moreau et de Georges Cadoudal, avec lesquels il entretenait des relations qui ne permettent guère de douter qu'il n'eût eu au moins connaissance de leurs projets, yuoi qu'il en soit, placé sous le coup d'une arrestation imminente, il se réfugia dans le bourg de Couzon , aux environs de Lyon, où il vécut pendant plusieurs mois au sein de la famille Valesque , sous le nom supposé Ac Rolland (2), puis il alla plus tard chercher en
11] Moniteur du S octobre 181'J.
12. ('ne particularité »hi piquante de la via de Hyde du Neuville, c'est qu'il obtint alor», pour son aète i propager la »ac.:ine nouvellement importée en France, une médaille d'encou-
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Suisse et à Paris même une retraite plus ignorée.
Hyde de Neuville avait épousé en 1794 mademoiselle Rouillé de Marigny. Lasse de cette existence errante et précaire, madame nyde de Neuville entreprit de la faire cesser. Elle alla à travers mille périls solliciter de la générosité de Napoléon , pendant la campagne d Austerlilz, la levée définitive du séquestre apposé sur les biens de son mari ; elle l'obtint , mais sous la condition que celui-ci se retirerait aux Etats-Unis. Hyde de Neuville traversa la France lentement, en proscrit, non en coupable, s'embarqua en Espagne pour New- York , et fixa sa résidence aux environs de cette ville. Les liaisons honorables qu'il forma durant ce premier séjour en Amérique , l'estime qu'il sut y conquérir, lui préparèrent des ressources précieuses pour l'exercice des hautes fonctions diplomatiques qu'il revint y remplir six ans après. Cette faveur publique , dont il devait tirer plus tard un parti profitable aux intérêts de son pays , fut aussi justifiée par les actes de bienfaisance auxquels se livra Hyde de Neuville, et parmi lesquels nous mentionnerons la fondation d'une école gratuite (Economical school), spécialement destinée aux enfants des colons de St-Dominguc, réfugiés en grand nombre aux États-Unis. La paix de 1814 rouvrit «au noble exilé les portes de b France ; mais il y était de retour depuis quelques mois à peine , lorsque les événements du 20 mars l'obligèrent à s'expalriir «le nouveau. Il accompagna Louis XVIII dans sa retraite, et contribua par d'activés négociations à aplanir les difficultés de son retour. La constance et l'énergie de ses opinions monarchiques désignaient naturellement Hyde de Neuville aux suffrages de ses concitoyens. Élu député du département de la Nièvre , il apporta à la chambre, qui le nomma l'un de se» secrétaires, celle exubérance de zèle réactionnaire et cette probité de principes qui caractérisèrent la plupart des membres de la majorité ;l). Hyde de Neuville se fit remarquer, dès le début, parmi les plus exaltés , et son nom fut associé avec ceux des La Hourdonnayc , des Kergorlay, des Sallaberry, des Chilllet , des Castelbajac et de plusieurs autres, aux mesures de rigueur que la chambre inspira au ministère, ou dans lesquelles elle sroonda son initiative. Il appuya vivement la proposition de M. de La Bourdonnaye qui tendait à comprendre tout chef de rébellion parmi ceux dont l'invocation constituerait les cris séditieux , et rappela à celte occasion l'inqualifiable mission de Lafayelte, de Voyer d'Argenson et
de se douter qu'il récompensait, tous le ■ u Jonyme de Rolland
le proscrit même quo »a police faisait rechercher. (Il C'est la justice que lui ont rendue lea adversaires min*
le» plut déclare» de la restauration : u I- or race en grand* maj«u rité , dit l'un d'eux , de propriétaires simple* contribuable*. u gens pardonné» mai» probe», et qui apportaient une sort* d* u religion dan» l'accomplissement de leur mandat de ceasetui « desdepense» publiques, sa composition ticeptiounellt impure» « a -K-* Iravnux financier» une rectitude et une rigidité qui H .< ont (ail -un ivre même i la chut* de U reaUuntUtM. • |4- *< Vaulabelle, JIul. dt, dtnx rtttamr., t. 4, p. 88.|
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de Sébastiani , qui étaient allés réclamer quelques mois avant, dans les camps de ^étranger, « tout autre souverain que le roi légitime; » il exprima le vœu que les statues des rois de la maison de Bourbon fussent substituées dans la salle des séances à celles des législateurs de l'antiquité. Enfin il demanda que les individus exceptés de l'amnistie contribuassent proportionnellement à la réparation des dommages causés par l'invasion; mais dans la discussion de la loi sur les cours prévôtales, il insista chaleureusement pour que l'accusé fût pourvu d'un conseil, et s'éleva sans succès contre la limitation du droit de grâce aux seuls condamnés que ces cours recommanderaient à la clémence royale. Ce fut sur la proposition de Hyde de Neuville que la chambre vota, quelques semaines plus tard, l'érection d'un monument à la mémoire du malheureux duc d'Engbien. Lors des débats relatifs à la nouvelle lui électorale, Hyde vota avec la commission pour le renouvellement intégral de l'assemblée, et cita à celte occasion les paroles si connues et si souvent altérées de Louis XVIII : « Dans l'état des ■ choses présentes , une telle chambre paraissait •< introuvable , et la Providence s'est plu à la for- « mer des éléments les plus purs. » Enfin il provoqua, dans un intérêt d'humanité, la révision de toutes les lois rendues depuis la révolution sur la contrainte par corps. Ce fut le dernier discours qu'il prononça dans cette première phase de sa vie parlementaire. Le 14 janvier! 81 (i, Hyde de Neuville avait été nommé ministre plénipotentiaire de France aux Etals-lnis. Il partit au mois d'avril pour sa nouvelle résidence, et arriva à Washington un mois avant la célébration de la Saint-Louis. Son allocution dans celte solennité se fit remarquer par les idées de tolérance qu'il exprima au sujet des protestants du midi de la France, « les enfants de son souverain comme « tous les autres, » et l'ensemble de sa conduite diplomatique répondit à la faveur de ce début. • Tous les Français qui étaient venus chercher au delà de l'Atlantique un abri contre les rigueurs de l'ordonnance du 24 juillet 1815 trouvèrent auprès de lui aide et protection. Il secourut de ses propres deniers les naufragés français du brick la Confiance, dépouillés par des pirates dans le golfe de Panama , paya généreusement plus tard le passage en France des colons de St-Domingue qui ne pouvaient en acquitter le prix, et termina en 1822 cette noble période de sa carrière publique en concourant activement au traité de navigation et de commerce avec les Etats-Unis (24 juin) , qui régla à la satisfaction commune les intérêts des deux peuples. Hyde de Neuville, qui depuis six ans n'avait reparu en France que pendant quelques mois de 1820, quitta définitivement au mois de juillet 1822 ce continent américain, que , dans son enthousiasme pour l'accueil hospitalier qu'il y avait reçu à deux reprises, il appelait la « terre de la liberté et de l'humanité ». Il
débarqua au Havre, où la ville lui donna une féte magnifique, et reçut de Louis XVIII le grade de grand officier de la Légion d'honneur, et le don de son portrait. L'ambassade de Constantinople lui fut offerte, mais il la refusa. Élu sur la fin de celte année député par l'arrondissement de Cosne, Hyde de Neuville fit partie de la commission appelée à délibérer sur la proposition d'exclusion de Manuel et vota hautement en faveur de cette mesure. « Ministres du roi, s'écria-t-il à cette occa- « sion, marchez ouvertement téte levée dans la ■ route du vrai comme sur celle de Madrid, nous « vous soutiendrons... Rien ne plaît aux hommes - comme l'union étroite et constante de la justice « et de la force. « Cependant, par un amendement qu'adopta la chambre, il demanda que l'exclusion fût limitée à la session actuelle. Il se prononça , dans cette même session , pour l'adoucissement du régime de la contrainte par corps, insista pour l'augmentation des fonds accordés aux sourds-muets , blâma l'insuffisance des traitements des agents consulaires et des magistrats de première instance , mais en demandant itérativement la réduction du nombre des Iribunaux , et s'opposa vivement, lors de la discussion du projet de loi sur la police de la chambre , à ce qu'en aucun cas un député pût être envoyé en prison , à l'exemple de ce qui se pratique en Angleterre et en Amérique. Le 10 juin 1823, Hyde de Neuville fut appelé au poste d'ambassadeur en Portugal. 11 eut le 3 septembre, au palais de Itemposta, son audience de réception, et remit les insignes des ordres de St-Michel et du St-Esprit au roi Jean VI, qui lui adressa des félicitations personnelles et justement méritées sur l'invariable constance de sa fidélité à la cause du pouvoir légitime. Ces sentiments étaient à la veille de subir, au profit même du prince qui les glorifiait, une éclatante épreuve. Un an à peine s'était écoulé depuis la contre-révolution de Villa-Franca , qui avait rétabli le roi Jean dans la plénitude de son autorité, lorsque, le 30avriM824, une proclamation de l'infant dom Miguel de Bragance, second fils du monarque, appela les troupes aux armes sur le fondement que la secte des francs-maçons avait voulu assassiner son père, la reine et lui-même. Par un autre manifeste du même jour, le prince signalait le gouvernement du roi comme opprimé par le reste d'une faction révolutionnaire dont il fallait le délivrer à tout prix. Quelque vrai que pût être le fond de cet exposé (1), l'entreprise teutéc par dom Miguel présentait certains caractères équivoques propres à inspirer une juste défiance. L'ambassideur frauçais, par une initiative hardie, convoqua le corps diplomatique chez le nonce
(1) Cette situation prcVajre du Portugal n'avait pa» échayp» à la sagacitt diplomatique de Hyde d<: Neuville, qui, de» le» premier» mois de 1<>2I, écrirait à «on gouvernement: » 8i ou « n'aide pas le roi de Portugal à donner une loi monarchique à «*e» peuples , avant dix-huit mois ou verra à LUbonne une m charte républicaine donnée par dom Texlro, et des uabit» roug « pour la soutenir, «i
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Franzoni, et le rendit à m tels au palais du roi, qui liait gardé par les troupes. Le commandant refusa d'abord de le laisser pénétrer sans un ordre particulier de l'infant. Mais l'intrépide ministre, tirant son épée, déclara hautement qu'il était l'ambassadeur du roi de France , que le roi de France passait partout, et que l'Europe ne reconnaissait en Portugal aucun autre souverain que le roi Jean. La fermeté de ce langage déconcerta toute résistance. Le corps diplomatique fut admis auprès du monarque, qui désavoua timidement la démonstration de son fils, et annonça d'ailleurs la prochaine arrivée de ce prince. Dom Miguel en effet se présenta bientôt, mit un genou à terre, baisa la main de son père, et donna aux ambassadeurs des explications plus ou moins plausibles sur tout ee qui venait de se passer. « Monseigneur, -< lui dit sévèrement Hyde de Neuville , on par- ■ donne aux princes rebelles, mais on pend leurs « complices (1). » Les troupes rentrèrent dans leurs quartiers, et le corps diplomatique se retira aux approches de la nuit. Le lendemain t" mai il retourna auprès du roi , et se rendit chez le marquis de Palmella , ministre des affaires étrangères. Cependant une vive agitation régnait dans Lisbonne. Les moteurs du coup d'État s'efforçaient de le soustraire aux conséquences de son avortement. Les arrestations s'y multipliaient et l'ordre public était en péril. Hyde de Neuville et le chevalier Thornton accumulaient sans effet les réclamations et les démarches contre un état de choses si ouvertement contraire à la sûreté et aux intérêts de leurs nationaux. Jean VI n'était plus libre dans son palais de Hemposta. Une démarche énergique , concertée entre les deux ministres, amena la solution de cette crise. Le 0 mai au matin, le roi , sous prétexte d'aller entendre la messe par mer à l'une de ses maisons de campagne , s'embarqua sur le Tage avec les princesses ses tilles et quelques seigneurs dévoués ; mais à un signal convenu, les rameurs changèrent de route, prirent le large, et dirigèrent le bâtiment royal sur le Windior-Castle , vaisseau de ligne anglais embossé dans la rivière. Tout était disposé pour repousser toute attaque. Le pavillon portugais fut arboré dès l'entrée du roi à bord du navire britannique, et la présence du corps diplomatique et des ministres vint bientôt sanctionner cette restauration du pouvoir royal à laquelle ne manquèrent ni l'exil de la reine, ni la reconnaissance personnelle de dom Miguel, ni son éfoignement immédiat et le pardon de son père, qui colora du nom d'excès de juridiction un mouvement moins dirigé peut-être contre le rot que contre son ministère (2). La fermeté et la pré-
(I) Document* iné-iiU du baron Tlyde de Neurille.
(3t Le» caractère* et la portée politique de* événement, de ont soulevé des obtcuritii et dri contradictions qui ne sont point encore aujourd'hui i|hô7( entièrement ii»«ii>«-<»« Crie note explicite , publiée, au mol» dv juillet -le cette, union', dam VVnion et dan* le Courrier Ht Paris, a 1- région de Hvde de Neuulle lui-mime, ttDd à d..culper complètement l'infant dom
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sence d'esprit que déploya Hyde do Neuville en cette circonstance lui firent beaucoup d'honneur. Le roi Jean VI lui conféra (mai 182 1) le titre de comte de Bemposta, et quelques jours plu* tard M. de Villèle, ministre des affaires étrangères pnr intérim, le félicita hautement de m belle conduite en lui transmettant de la part de Louis XVIII le cordon de grand-croix de la Légion d'honneur. — Ici nous touchons à une phase nouvelle et délicate de la vie politique de Hyde de Neuville. Une destitution trop méritée venait de punir M. de Chateaubriand de son opposition jalouse au ministère dont il faisait partie; mais ce coup d'autorité avait violemment exaspéré contre M. île Villèle les nombreux partisans que conservait l'illustre vicomte, et Hyde de Neuville, qui depuis longues années déjà subissait plus que tout autre l'influence de ce décevant génie, s'associa à toute l'ardeur de son ressentiment. Se» rapports avec M. de Villèle n'avaient jamais eu k caractère de l'intimité. Le conseiller de Louis XVlll avait perdu beaucoup plus tôt que lui cette ferveur ultra- royaliste stimulée par les événement» de 181 S, et sa prudence quelquefois cauteleuse s'ajustait mal à la nature loyale, généreuse, uui> passionnée du député nlvernais. En désertant b fortune du ministre triomphant pour suivre crue du ministre disgracié, Hyde de Neuville montra plus de chevalerie que de sagacité politique. La conduite postérieure de M. de Chateaubriand et les Mémoires d'outre-tombe ont dévoilé tout ce qu'il y avait d'inconsistance monarchique au fond de cette âme altière , vindicative et chez qui l'esprit de personnalité semblait avoir absorbé tout autre genre de dévouement. Réélu député en 18Î4 par le collège de La Charité, Hyde de Neuville prit une part active aux travaux des sessions de 18x5. de 1820 et de 1827. Dans les débats sur le projet de loi d'indemnité, il proposa de prélever quioïc millions sur la caisse d'amortissement pour eu accroître le capital -, il réclama vivement en faveur des rentiers victimes des confiscations révolutionnaires , et présenta cet acte de réparation connut le moyen le plus sûr de préparer l'abolition définitive de cette odieuse peine. Il combattu aver chaleur, l'année suivante, le projet de lot sur l'émancipation de St-Doiningue, comme attenta toire à la prérogative royale, et fit entendre » celle occasion ces paroles remarquables : « II « faut «b'S siècles sans doute pour que la légtti- » mité s'établisse; mais il faut plus de teoq* » encore pour la faire oublier, m Hyde de Neu-
Miguel du l'accusation trou souvent reproduite mail »T*jt ».
tente en cette cirvonsUinee a la royauté et même a la vie «le •».«• père. D'un autre cite, le silence affecté que t'illustre autear «* l'urt. Jean VI, insère dan» la première édition de celte Utafr •pAi* |t. C8, p. 122 i, sarde »ur cet épisode si considérable de t» vie de ce prince, «emble autoriser des conjectures moin» laTortble*. Nous avori» cherché a éviter le repri»crie d'une rigueur w juste ou d'une in-lul^i u»--- blâmubîe en adoptant sut ce» étil**ment" In version pure et simple du Moniteur, les «xphctlt» tucutc inédite» du comte de Ui;mpo»ta Im-mV-rur , «t surtout « nous at Menant de caractériser d'uuc manière trop trâwche* <nit« vnC'.re mal éclairés
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ville appuya la pétition plusieurs fol* reproduite du colonel Simon-Lorière, qui réclamait contre la privation de non grade , et à propos d'une autre pétition qui tendait à la clôture des maisons de jeu, il entreprit de justifier la génération actuelle du reproche d'un surcroît d'immoralité par rapport aux générations antérieures. Enfin il insista de nouveau sur l'adoucissement «le la contrainte par corps. L'esprit généralement libéral de cette attitude ne l'empêcha point de se prononcer avec énergie, dans la commission de t'adresse, contre les forfanteries révolutionnaires de M. Canning à l'occasion des derniers événements de Portugal, a II faut, dit-il, que l'Angle- « terre sache que, si nous avons un fardeau « quelconque, nous n'avons besoin, en aucune a manière, qu'on nous aide à nous en débarras- « aer. Il faut que M. Canning sache que nous ne <» craignons pas la guerre, et qu'enfin il n'y a « plus chex nous de mécontents quand il s'agit a de venger l'honneur du pays. » Mais la chambre refusa de s'associer formellement a son improbation..La discussion des comptes de la guerre d'Kspagnt fut le théâtre du premier acte d'hostilité ouverte de Hyde de Neuville contre le ministère de Villèlej il s'unit à plusieurs orateurs de la contre-opposition pour demander que les pièces de ce grand procès fussent soumises à un examen approfondi , et appuya quelques jours après la demande faite par C. Périer d'une commission pour apprécier la régularité des rachats faits par la caisse d'amortissement. Il se livra, dans la même session, à un examen critique des budgets de la justice, de la guerre, de la marine , de l'intérieur et des affaires étrangères. Mais ces escarmouches ne devaient être que le prélude d'une opposition plus aeeentuée. Hyde attaqua avec une extrême violence, en 1827, le projet de loi destiné à réprimer la licence toujours croissante de la presse, et accusa hautement le ministère auquel la France était redevable d'une prospérité presque inouïe jusqu'alors, de diviser, d'affaiblir ce parti royaliste, qui comptait dans son sein ses plus dangereux ennemis. Son discours, semé de prophéties sinistres , se terminait par une exhortation pressante aux conseillers de la couronne d'avoir a changer de système et à rentrer enfin dans les voies nationales; * Tous les non* Français, « ajoutait-il, reviendront à lui; ce u'est point aux - hommes qu'ils font la guerre , ils n'en veulent « qu'au délire qui lea pousse vers l'abîme et les a met sous l'influence de quelques pygmées... » Et, faisant allusion , dans le cours du même débat, à un mot bien connu de M. de Yillèle i « Moi •c aussi, je joué tartes $ur tablé, mais je joue « toujours avec de lionnes cartes... L'homme du « despotisme et de la gloire disait : « Sauvons -« au moins la république des lettres... » Si le « ministère persiste dans son funeste système, que » sauvera-t-ll du naufrage?» Lorsque l'ambassadeur autrichien, M. d'Appony, commit l'incon-
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venanee de refuser dan* ses salons leurs noms de fiers aux maréchaux de l'empire, flyde de Neuville s'éleva avec chaleur à la tribune contre la témérité de ce diplomate, ■ qui avait fait débaptiser « de braves maréchaux par un valet, » et déclara que « si le ministère supportait cette insulte avec .< résignation , lui-même outragerait l'honneur et « la gloire du pays, » La discussion du budget de 1828 remit en lumière les derniers événements accomplis dans la péninsule ; dans une allocution franche et loyale , mais vive et énergique , Hyde reprocha au cabinet « de se montrer anglais à Lis- « bonne, et de se faire apostoliques Madrid, » et de a ne savoir ni servir ses amis, ni résister à ses ■ ennemis. » Cette nouveUe levée de boucliers poussa à bout le ministère, qui retira à l'orateur le traitement de disponibilité dont il jouissait comme ambassadeur. Egalement sincère et désintéressé, Hyde de Neuville se montra médiocrement sensible à cette disgrâce ; il prit une part active et éclairée à la discussion du Code forestier j ce fut en quelque sorte la clôture de sa vie parlementaire. La chute de M. de Villèle rendit à M. de Chateaubriand un éclair de puissance dont il profita pour faire entrer son ami au conseil (1) avec le portefeuille de la marine (3 mars 1828) en remplacement du comte Chabrol de Crousol. Hyde de Neuville venait d'être récemment élu député par les départements de la Nièvre et de la Mayenne. Etranger, comme la plupart de ses prédécesseurs, à l'organisation du service maritime , le nouveau ministre embrassa avec la vigueur d'intelligence qui lui était propre toutes les branches de cette organisation , et ses efforts , réunis à ceux du général de Caux , ministre de la guerre, contribuèrent puissamment au succès de l'expédition de Morée, qui, quelques mois plus tard, consomma la libération définitive de la Crèce (2). Hyde monta à la tribune pour présenter un projet de loi destiné à accorder une pension viagère de quinze cents francs à la veuve de l'intrépide Bisson , mort héroïquement à bord du brick le Panayoti. H parla dans la discussion du projet de loi sur l'emprunt de quatre millions de rente destinés à faire face aux éventualités qui pourraient survenir dans les événements d'Orient. « On nous a demandé, dit-il à cette « occasion, si le vent venait des bords de la Newa « ou des bords de la Tamise... Non, Messieurs, « le vent ne vient ni des bords de la Nevra , ni de •< ceux de la Tamise; il vient et viendra toujours « chez nous des bords de la Seine. » Enfin, il défendit l'expédition d'Espagne contre le général Lafayette, qui l'avait qualifiée d'expédition eoupabU et malhtureute. Un ex-conventionnel, M. Gleizal, s étant adressé à la chambre pour réclamer la restitution d'une pension de quatre mille francs
(1) Congrhd* Vérotu, Xéjociationt, eh. 3S.
(2» HUUirtén dtui rtitanratio*; par V«ttl*b«)I«,t.T,p. 110. - NoUce »ur Hyde de Neuville. p*f M de V«tin*.nil . Cerreepèmtmi dn»juinl8fi7.
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dont il avait joui jusqu'en 1823, connue ancien secrétaire du corps législatif, Hyde de Neuville déclara que, « si le ministère n'avait pas à ap- « prouver la pension comme article de budget , ■ il aurait à en occuper le roi comme d'un secours » direct de sa munificence. » Le même esprit de conciliation lui fit proposer au roi le grade de capitaine de vaisseau pour M. Besson , qui , en 1815, à Rochefort, s'était chargé de conduire Napoléon à bord d'un vaisseau américain , en trompant la surveillance de la croisière anglaise (1). Par diverses ordonnances de septembre et d'octobre 1828, Hyde de Neuville avait étendu aux lies de la Martinique et de la Guadeloupe l'application des lois françaises sur la procédure civile et criminelle. Cette extension, évidemment intempestive, occasionna une espèce de soulèvement dans ces colonies , et motiva de la part des principaux créoles des représentations et des plaintes auxquelles le ministre eut sagement égard. Il donna le rare et salutaire exemple de ne point persévérer dans une voie dont il entrevit les dangers, et fil partir pour la Martinique le baron de Freycinet , ancien gouverneur de Cayenne , dont la présence et les sages dispositions pacifièrent rapidement les esprits. Au mois de septembre 1828, Hyde de Neuville visita le port de Cherbourg et se livra à un examen approfondi des travaux en cours d'exécution. Il couronna utilement son exercice ministériel en faisant publier aux frais de l'État la relation de l'expédition scientifique de l'Astrolabe . entreprise sous la direction de Dumont-d'L'rville , et promut cet officier au grade de capitaine de vaisseau (2). Mais sa prédilection outrée pour M. de Chateaubriand l'entraîna à un acte de condescendance regrettable. Les profusions de l'illustre écrivain avaient épuisé ses ressources, et son départ pour l'ambassade de Kome ne s'était accompli qu'aux dépens de la munificence personnelle de Charles X. Le Journal Jet Débats, qui , depuis sa disgrâce , avait renoncé à une subvention mensuelle de douze mille francs qu'il recevait sous le ministère de Villèle, n'était pas dans une meilleure position financière. M. Berlin de Vaux, directeur de cette feuille , réclama à l'avènement du cabinet de 1828 ce qu'il appelait l'arriéré, c'est-à-dire la somme due pendant le temps où il avait livré au précédent ministère une guerre si acharnée. Cette étrange réclamation fut portée au conseil par Hyde de Neuville, qui représenta combien , dans les circonstances difficiles où l'on se trouvait, il importaitdc neutraliser au moins le Journal des Débats , cet organe si considérable alors de la presse périodique. Elle fut accueillie, et l ambassa deur partagea avec le journaliste une somme de cinq cent mille francs dont le roi fit sur sa cassette particulière
11) CorretpoHdant du y, juin l*r,7 VmiUMIf. I 3. p 21", M 23T,.
2* Jimrnal -I.- rttimnnMTrvilIr,
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une avance qui ne lui a jamais été remboursée (!}. La session de 1820 mit à nu toutes les plaies de la situation. Les débats du projet de loi sur l'organisation départementale constatèrent le peu d'influence que le ministère avait acquis sur l'opinion libérale, en dépit d'un système de concession qui lui avait aliéné la faveur du parti ullraroyaliste. L'accusation formidable portée par lecôté gauche contre le dernier cabinet n'avait abouti qu'à la révélation de quelques abus inséparables d'une administration de longue durée, sans aucun grief sérieux. Mais cet esprit d'agression qu'en-' courage toujours en France tout régime débonnaire durait encore , et Hyde de Neuville eut à défendre l'ancien garde des sceaux de l'emploi irrégulier de quelques milliers de francs consacrés à l'ameublement de son hôtel. Celte irritation s'accrut par le retrait du projet de loi sur l'administration communale, et M. de Martignae fit retentir la tribune de cette parole sinistre : « Mous marchons à Canarchie ! » Consulté par Charles X, M. Uoyer-Collard déclara au roi qu'il n'y avait chance certaine de majorité dans la chambre pour aucun ministère , quelle que fût sa nuance. De ce jugement naquit le ministère Polignac, réaction excessive mais naturelle de la royauté contre un système de condescendance qui n'avait servi qu'à aggraver ses embarras. Hyde de Neuville reçut le titre de ministre d'État et de membre du conseil privé, avec douze mille francs de pension. Dans la discussion de l'adresse dite des deux cent vingt et un, il se prononça énergiquement contre l'usurpation de dora Miguel (S), et vota, avec la plupart des membres d€ la défection , pour ce trop fameux manifeste dont l'effet devait être de rejrter de nouveau la France sur cette mer sans pilote, sans fond et sans rivages appelée la révolution. Lorsque le peuple de Paris eut répondu par une insurrection victorieuse i l'imprudent défi de la couronne , Hyde de Neuville déploya l'activité la plus louable pour conjurer l'abandon de ce principe de la légitimité, qu'il regardait comme un contre-poids indispensable aux écarts et aux fluctuations de la liberté constitutionnelle. Ce fut sur sa proposition que, le 30 juillet, les députés présents à Paris déridèrent qu'une commission de cinq membres réunis à un nombre égal de commissaires choisis dans la chambre des pairs examinerait ce qu'il convenait de faire dans les graves conjonctures où l'on se trouvait. Il fit partie de cette commission , qui se rendit aussitôt au Luxembourg, où trente pairs environ furent rassemblés. Le duc de Morteraart, porteur des ordonnances rendues la veille par Charles X, pour révoquer celles du 23 et constituer un nouveau ministère, exiiorta l'assemblée à lui prêter son concours pour l'exé-
(1) Bulletin Inédit de
du conseil des ministre*.
Si Hyde de Neuville publia quelque* jours plua tard mm dnn^ une brochure intitulée I)« la f«««s Ion vor
P.iri«, in-S".
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cution de ces derniers actes de l'autorité royale; mais ces exhortations n'excitèrent qu'un faible empressement. Hyde de Neuville insista avec chaleur sur la réception de ces ordonnances , et M. de Chateaubriand, qui assistait à la réunion, joignit ses efforts à ceux de son ami; mais l'éloquent écrivain , tout enivré de l'espèce d'ovation qu'il venait de recueillir aux portes du Luxembourg , se montra préoccupé par-dessus tout de sauver la liberté de la presse, et le seul résultat île cette conférence fut de frayer au ducd'Orh:ans l'accès au trône par l'attribution du titre de lieutenant général du royaume. La mission de M. Collin de Sussy obtint moins de succès encore auprès du comité insurrectionnel de l'hôtel de ville, et la cause de Charles X, perdue sans retour, n'inspira plus à son constant défenseur, lors de la discussion de la nouvelle Charte, qu'une impuissante mais noble et judicieuse protestation. Elle fut écoutée dans un religieux silence. « Je ne me • reconnais pas, dit-il , le droit de briser un trône « et de faire un roi ; je ne puis donc que repous-
■ ser la souveraineté dangereuse que votre com- « mission m'appelle à exercer. Je crois qu'il peut «y avoir péril à vouloir fonder l'avenir, tout
■ l'avenir d'un peuple sur les impressions et les
- préventions du moment. Mais enfin je n'ai pas « reçu du ciel le pouvoir d'arrêter la foudre; je « n'opposerai donc à ces actes, que je ne puis
- seconder, approuver, que mon silence et ma.
■ douleur. » L'intronisation du duc d'Orléans dut être pour Hyde de Neuville le signal de la retraite. H se confina dans sa propriété de l'Étang , près de Sancerre, sur les bords de la Loire, s'y livra assidûment à l'agriculture , fonda le comice agricole de Sancerre, dont il fut élu président, et, donnant cours à son penchant inné pour la bienfaisance, il convertit une partie de son château en un hôpital où les malades de toute la contrée purent être librement admis. Hyde de Neuville présida aussi la Société de géographie et l'institution des sourds-rnucts de Paris, et remplit ces dernières fonctions jusqu'à la fin de ses jours. Cette existence si utile à la fois et si modeste ne le mit point à l'abri des persécutions du nouveau pouvoir. Il fut arrêté , le 16 juin 1832, avec MM. de Fitz-James et de Chateaubriand , par suite d'une communication du préfet de Rennes (1), mais relâché le 2 juillet suivant. Madame Hyde de Neuville, femme d'un grand caractère et d'un esprit distingué, était morte au mois de septembre 1849, sans enfants. Hyde de Neuville mourut à Paris, le 28 mai 1857 , dans les sentiments religieux qu'il avait toujours professés , vivement regretté de tous ceux qui l'avaient approché, et emportant cette estime solide et réfléchie que les siècles même les plus amollis ne refusent pas au dévouement et à la fidélité. Cet homme si ferme et si intrépide portait à l'excès l'indulgence person-